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26 janvier 2013

Mali : une guerre peut en cacher une autre

Par Thierry Meyssan
Source : http://www.voltairenet.org
21/01/2013

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Préparée de longue date et annoncée par François Hollande six mois à l’avance, l’intervention française au Mali a été présentée comme une décision prise en urgence en réponse à des développements dramatiques. Cette mise en scène ne vise pas seulement à s’emparer de l’or et de l’uranium maliens, elle ouvre surtout la voie à une déstabilisation de l’Algérie.

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Depuis Nicolas Sarkozy avec Laurent Gbagbo, Mouammar el-Kadhafi et Bachar el-Assad, la diplomatie française pratique le baiser de Judas. Ici le président François Hollande venu à Alger embrasser son homologue Abdelaziz Bouteflika, le 19 décembre 2012. Trois semaines plus tard, il allumera la guerre au Mali pour enflammer l’Algérie.
©Présidence de la République 
 
« L’appétit vient en mangeant », dit le proverbe. Après avoir recolonisé la Côte d’Ivoire et la Libye, puis tenté de s’emparer de la Syrie, la France lorgne à nouveau sur le Mali pour prendre l’Algérie à revers.

Durant l’attaque de la Libye, les Français et les Britanniques ont fait un large usage des islamistes pour combattre le pouvoir de Tripoli, les séparatistes de Cyrénaïque n’étant pas intéressés à renverser Mouammar el-Kadhafi une fois Benghazi indépendante. À la chute de la Jamahiriya, j’ai personnellement été témoin de la réception des dirigeants d’AQMI par des membres du Conseil national de transition à l’hôtel Corinthia, qui venait d’être sécurisé par un groupe britannique spécialisé venu exprès d’Irak. Il était évident que la prochaine cible du colonialisme occidental serait l’Algérie et qu’AQMI y jouerait un rôle, mais je ne voyais pas quel conflit pourrait être utilisé pour justifier une ingérence internationale.

Paris a imaginé un scénario dans lequel la guerre pénètre en Algérie par le Mali.

Peu avant la prise de Tripoli par l’OTAN, les Français parvinrent à soudoyer et à retourner des groupes Touaregs. Ils eurent le temps de les financer abondamment et de les armer, mais il était déjà bien tard pour qu’ils jouent un rôle sur le terrain. Une fois la guerre finie, ils retournèrent dans leur désert.

Les Touaregs sont un peuple nomade vivant au Sahara central et sur les bordures du Sahel, soit un vaste espace partagé entre la Libye et l’Algérie, le Mali et le Niger. S’ils ont obtenu la protection des deux premiers Etats, ils ont au contraire été délaissés par les deux derniers. Par conséquent, depuis les années 60, ils n’ont cessé de remettre en question la souveraineté du Mali et du Niger sur leurs terres. Bien logiquement, les groupes armés par la France décidèrent d’utiliser leurs armes pour faire aboutir leurs revendications au Mali. Le Mouvement national pour la libération de l’Azawad (MNLA) prend le pouvoir dans presque tout le Nord-Mali où il habite. Cependant, un groupuscule d’islamistes touaregs, Ansar Dine, rattaché à AQMI, en profite pour imposer la charia dans quelques localités.

Le 21 mars 2012, un étrange coup d’État est perpétré au Mali. Un mystérieux « Comité pour le redressement de la démocratie et la restauration de l’État » (CNRDRE) renverse le président Amadou Toumani Touré et déclare vouloir restaurer l’autorité malienne au Nord du pays. Il en résulte une grande confusion, les putschistes étant incapables d’expliquer en quoi leur acte améliorera la situation. Le renversement du président est d’autant plus bizarre qu’une élection présidentielle était prévue cinq semaines plus tard et que le président sortant ne se représentait pas. Le CNRDRE est composé par des officiers formés aux États-Unis. Il empêche la tenue de l’élection et transmet le pouvoir à un des candidats, en l’occurrence le francophile Dioncounda Traore. Ce tour de passe-passe est légalisé par la CEDEAO, dont le président n’est autre qu’Alassane Ouattara, mis au pouvoir un an plus tôt par l’armée française en Côte d’Ivoire.

Le coup d’État accentue la division ethnique du pays. Les unités d’élite de l’armée malienne (formées aux USA) ayant un commandement touareg rejoignent la rébellion avec armes et bagages.
Le 10 janvier, Ansar Dine —appuyé par d’autres groupes islamistes— attaque la ville de Konna. Il quitte donc le territoire touareg pour étendre la loi islamique au Sud du Mali. Le président de transition Dioncounda Traore décrète l’état d’urgence et appelle la France au secours. Paris intervient dans les heures qui suivent pour empêcher la prise de la capitale, Bamako. Prévoyant, l’Élysée avait pré-positionné au Mali des hommes du 1er Régiment parachutiste d’infanterie de marine («  la coloniale  ») et du 13e Régiment de dragons parachutistes, des hélicoptères du COS, trois Mirage 2000D, deux Mirage F-1, trois C135, un C130 Hercule et un C160 Transall.

En réalité, il est fort peu probable qu’Ansar Dine ait représenté une menace réelle, car la vraie force combattante, ce ne sont pas les islamistes, mais les nationalistes touaregs, lesquels n’ont aucune ambition au Sud du Mali.

Pour conduire son intervention militaire, la France demande l’aide de nombreux États, dont l’Algérie. Alger est piégé : accepter de collaborer avec l’ancienne puissance coloniale ou prendre le risque d’un reflux des islamistes sur son sol. Après hésitation, il accepte d’ouvrir son espace aérien au transit français. Mais en définitive, un groupe islamiste non identifié attaque un site gazier de British Petroleum au Sud de l’Algérie en accusant Alger de complicité avec Paris dans l’affaire malienne. Une centaine de personnes sont prises en otages, mais pas seulement des Algériens et des Français. Le but est manifestement d’internationaliser le conflit en le transportant en Algérie.

La technique d’ingérence française est une reprise de celle de l’administration Bush : utiliser des groupes islamistes pour créer des conflits, puis intervenir et s’installer sur place sous prétexte de résoudre les conflits. C’est pourquoi la rhétorique de François Hollande reprend celle de « la guerre au terrorisme », pourtant abandonnée à Washington. On retrouve dans ce jeu les protagonistes habituels : le Qatar a pris des parts dans de grandes sociétés françaises installées au Mali, et l’émir d’Ansar Dine est proche de l’Arabie saoudite.

Le pyromane-pompier est aussi un apprenti sorcier. La France a décidé de renforcer son dispositif anti-terroriste, le plan Vigipirate. Paris ne craint pas une action des islamistes maliens sur le sol français, mais le reflux des jihadistes de Syrie. En effet, durant deux ans, la DCRI a favorisé le recrutement de jeunes musulmans français pour se battre avec l’ASL contre l’État syrien. Du fait de la débandade de l’ASL, ces jihadistes reviennent actuellement au pays natal où ils pourraient être tentés, par solidarité avec Ansar Dine, d’utiliser les techniques terroristes qu’on leur a appris en Syrie.

 
Source
Al-Watan (Syrie)

13 mai 2012

Anonymous contre Bayer, Sony, LG, Samsung

Par
11 Mai 2012
pour http://owni.fr

Depuis ce 10 mai au soir, des Anonymous attaquent les sites de plusieurs multinationales au titre de leur implication dans le commerce d'un minerai rare en Afrique, particulièrement recherché par les fabricants de téléphones mobiles et l'industrie de la chimie. Sony, Bayer, Samsung et LG sont visés et certains de leurs sites tombent tour à tour. En Afrique centrale, les rivalités pour contrôler l'extraction de ce minerai sont à l'origine de plusieurs conflits armés.

L’avidité occidentale frappe le Congo dans un conflit inhumain, le pire qu’ait connu le pays depuis l’an 800. Aux seigneurs de l’industrie et aux banques : vous détruisez l’environnement, vous condamnez l’espèce humaine en la réduisant à l’escavage. Come on Anons !!!
Le cri de ralliement est lancé. L’assaut, imminent, virtuel et pacifique. Pas de doute : une nouvelle salve d’attaques informatiques revendiquées par des Anonymous est en cours depuis moins de 24 heures.
Baptisée “Opération coltan” (du nom de ce minerai indispensable à l’industrie des téléphones mobiles ou de la chimie), la dernière manifestation du collectif d’hacktivistes s’envole cette fois pour la République démocratique du Congo (RDC). Et s’en prend à des multinationales telles Sony, LG, Samsung ou encore Bayer.
La revendication est nouvelle, cependant. Selon un communiqué publié sur un blog apparenté, Anonymous entend mettre au jour le “trafic de coltan” orchestré par les dites multinationales en RDC. Le coltan, aussi appelé “or gris”, est l’un des quatre “minerais de conflit” désignés comme tels par le Dodd Frank Act, la réforme de Wall Street adoptée par le Congrès américain en 2010. Il appartient au nombre de ces ressources naturelles dont le contrôle est devenu un enjeu économique si grand qu’il nourrit des affrontements entre milices armées. Notamment en RDC, qui concentre à elle seule trois quarts des réserves mondiales de coltan.
Si la ruée vers l’or gris date de la fin des années 1990, le coltan est devenu indispensable ces dernières années, pour l’industrie, et pour les consommateurs de téléphones et ordinateurs portables. C’est en effet à partir du coltan qu’est extrait un métal aux propriétés uniques, le tantale, présent dans la plupart des appareils électroniques. Le tantale est par ailleurs très prisé des industries aérospatiale et chimique pour sa grande malléabilité.

Seigneurs du coltan

Fin avril 2012, le ministre des Mines de la province du Nord Kivu alerte sur un regain de violences entre les milices de l’Est de la République démocratique du Congo. La mise en garde est prise au sérieux par les États-Unis, l’Allemagne et la Chine, qui perçoivent la région comme le point névralgique de leurs intérêts stratégiques en Afrique. Lentement mais sûrement, la bataille du coltan est à nouveau médiatisée aux États-Unis. Des hacktivistes s’en emparent.

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Anonymous surveillés depuis huit mois

Anonymous surveillés depuis huit mois

Trois supposés Anonymous ont été arrêtés par les services de renseignement français cette semaine. OWNI a ...

Le 3 mai, “l’Opération Green Rights” connaît un nouveau souffle. Cette méga-opération rassemble des personnes se revendiquant d’Anonymous et faisant des risques environnementaux le dénominateur commun de leurs actions numériques, les fameuses attaques par déni de service consistant à bombarder un site web de requêtes pour le rendre inaccessible. C’est d’ailleurs dans le cadre de “l’Opération Green Rights” que le site Internet d’EDF avait été attaqué au printemps 2011, donnant lieu à l’arrestation de trois Anonymous présumés que nous avions décryptée sur OWNI. Au nom donc des droits verts, le collectif d’hacktivistes annonce son intention de “faire tomber” les sites des “seigneurs du coltan”. Rapidement, un pad – document web public et collaboratif – est élaboré pour préparer l’attaque. En marge des données géographiques et démographiques de la RDC, des Anonymous décrivent sommairement les conditions de vie des mineurs et de leurs familles. Le principe : mobiliser les consciences en allant au plus simple. Mais leurs affirmations – sensationnelles – manquent parfois de preuves :
Conséquences de cette situation [l’exploitation illégale du coltan, NDLR] :
- Les jeunes filles et les jeunes garçons ne vont pas à l’école
- Chaque kilo de coltan extrait coûte la vie à deux enfants
- Les familles dorment et s’alimentent dans les forêts des montagnes alentours
- La population d’éléphants a diminué de 80%
- La population de gorilles a chuté de 90%
Et ça marche. Le 10 mai au soir, la première attaque est lancée contre le site Sony Mobile, le portail du groupe consacré à la téléphonie mobile. Sur un canal IRC – une interface de chat anonyme – dédié, les hacktivistes s’échangent des informations sur des failles découvertes sur le site de Sony. Avant de lancer leur fameux outil d’attaque, LOIC, un logiciel permettant de surcharger de requêtes un serveur hébergeant un site Internet.
Ultime raffinement, les Anonymous impliqués ont ici utilisé une version navigateur de LOIC, c’est-à-dire sans passer par un logiciel mais en créant un mini-site qui possède les mêmes fonctionnalités que LOIC. En trente lignes de code informatique, les hacktivistes créent un système tel que tout utilisateur qui se connecte sur la page Web envoie 16 requêtes à la seconde sur une cible, hier Sony, ce matin LG et Bayer. Succès :

Le Sud de l’hémisphère

Cette coordination d’attaques, qui devraient se poursuivre jusque tard dans la nuit du 12 mai, illustre en tout cas un nouveau rapport de force parmi les Anonymous sensibles aux causes écologistes. À l’origine, “l’Opération Green Rights” a été créée par des Italiens, et a donc surtout rassemblé des hacktivistes venus d’Europe, France et Allemagne en tête. Le spectaculaire coup de filet des forces de police italiennes intervenu à l’été 2011 pour arrêter une quinzaine de membres d’Anonymous a rebattu les cartes de l’hacktivisme environnemental.
Reprise par les Américains et les Canadiens dans le combat contre les sables bitumineux, la bannière “Opération Green Rights” est depuis largement utilisée par des internautes venus d’Amérique du Sud. Les industries minières sud-américaines ont ainsi été visées par plusieurs vagues d’attaques au cours du mois de février 2012, alors même qu’Anonymous Venezuela et Anonymous Columbia voyaient leurs rangs grossir. “L’Opération Coltan” semble justement avoir été déclenchée par Anonymous Columbia, comme en atteste cette vidéo, publiée pour l’occasion :




Des diverses entreprises contactées par OWNI, Bayer est la seule à s’être exprimée sur ces attaques pour le moment :
Plusieurs sites Internet du Groupe Bayer (Portugal, Pays-Bas, Afrique du Sud) font actuellement l’objet d’attaques et plusieurs ont été désactivés pour des raisons de sécurité. (…)
Anonymous a revendiqué ces attaques, au nom de l’implication supposée du Groupe Bayer dans le commerce du coltan au Congo. Ces allégations datent de plus de dix ans et sont sans fondement. À la suite d’une enquête, les Nations Unies ont retiré toutes leurs accusations à l’encontre du Groupe Bayer en 2003.
Dans la foulée de cette enquête, d’ailleurs, le Groupe Bayer avait estimé opportun de préciser dans son rapport annuel sur le développement durable 2004 qu’il finançait le Dian Fossey Gorilla Fund, un “projet visant à aider les habitants de l’Est de l’Afrique centrale à pratiquer l’extraction des ressources naturelles en cohérence avec l’environnement”. Et de poursuivre dans le même rapport :
Plusieurs organisations environnementales ont appelé à un moratoire international sur les exportations de la région pour mettre fin aux activités illégales comme l’extraction minière dans les parcs nationaux. D’autres organisations, dont le Dian Fossey Gorilla Fund, considèrent de telles mesures comme inappropriées, particulièrement pour des raisons humanitaires, puisqu’elles élimineraient une importante source de revenus pour les populations locales. En cas de moratoire, les organisations craignent que ces populations soient contraintes de se nourrir dans les parcs nationaux (…), ce qui entraînerait sûrement l’extinction permanente de plusieurs espèces en danger.

Illutrations via Anonymous /-)

8 mai 2012

Afrique : Un appel à plus de transparence dans les transactions foncières de terres arables

Ecrit par Lova Rakotomalala · Traduit par Abdoulaye Bah
le 6 Mai 2012 
pour http://fr.globalvoicesonline.org

TraductionsLire cet article en d'autres langues:

Português · África: Clamor por Transparência Diante do Aumento Significativo da Venda de Terras
English · Africa: Calls for Transparency Over Marked Increase in Land Deals


Une coalition internationale de chercheurs et d'ONG a publié la plus grande base de données publique du monde sur les transactions foncières internationales, rapporte le blog Global Development du quotidien The Guardian (Royaume-Uni). Il s'agit d'une étape importante pour mettre en évidence un problème de développement qui a reçu peu d'attention  des médias.
Le rapport indique que près de 5% des terres agricoles africaines ont été achetées ou louées par des investisseurs depuis 2000, et insiste sur le fait que ce n'est donc pas un phénomène nouveau, mais souligne aussi que le nombre de telles transactions de terres a considérablement augmenté au cours des cinq dernières années.


De nombreux observateurs sont de plus en plus inquiets car ces transactions de terres ont lieu généralement dans les pays les plus pauvres du monde et auront un impact sur la frange la plus vulnérable des populations, les agriculteurs. Les bénéfices profitent rarement à l'ensemble de la population, en partie en raison d'un manque de transparence dans la procédure des transactions.
Un rapport complémentaire publié par Global Witness, intitulé Dealing with Disclosure, (Gérer la divulgation), met l'accent sur l'impérieuse nécessité de la transparence dans les transactions foncières.

Les nations les plus pauvres du monde sont ciblées
Le rapport de Global Witness indique que 754 transactions foncières ont été identifiées, impliquant la majorité des pays africains pour environ 56,2 millions d'hectares.

Target countries of land deals from the Land Matrix Project
Les pays cibles de transactions foncières,carte du projet Land Matrix

Les nations ciblées sont généralement parmi les plus pauvres du monde. Les pays où la plupart des transactions sont en cours sont le Mozambique (92 offres), l’Éthiopie (83), la Tanzanie (58) et Madagascar (39). Certains de ces accords ont fait les gros titres parce qu'ils ont été conclus afin d'assurer le contrôle des importations alimentaires des pays ou entités acquéreurs, alors que les régions ciblées sont confrontées à des crises alimentaires majeures.

L'ONG GRAIN a déjà expliqué en détail l'essentiel de ses préoccupations dans un rapport approfondi publié en 2008:
La synergie actuelle entre la crise alimentaire et la crise financière a déclenché un nouvel « accaparement des terres » au niveau mondial. D’un côté, des gouvernements préoccupés par l’insécurité alimentaire qui recourent à des importations pour nourrir leurs populations s'emparent de vastes territoires agricoles à l’étranger pour assurer leur propre production alimentaire offshore. De l’autre, des sociétés agro-alimentaires et des investisseurs privés, affamés de profits dans un contexte d’aggravation de la crise financière, voient dans les investissements dans des terres agricoles à l’étranger une source de revenus importante et nouvelle. De ce fait, des terres agricoles fertiles sont de plus en plus privatisées et concentrées. Si elle devait rester incontrôlée, cette main basse sur les terres à l’échelle planétaire pourrait sonner le glas des petites exploitations agricoles et des moyens de subsistance ruraux dans bien des régions du monde.
Au Malawi, les transactions foncières ont augmenté de plus en plus principalement au détriment des agriculteurs locaux. Un rapport de Bangula explique les difficultés rencontrées par les agriculteurs du Malawi, comme Dorothy Dyton et sa famille :
Comme la plupart des petits exploitants agricoles au Malawi, ils n'ont pas de titre de propriété pour la terre où Dorothy Dyton est né, et en 2009 elle et environ 2 000 personnes qui pratiquent l'agriculture de subsistance dans la région ont été informées par leur chef local que la terre avait été vendue et qu'ils ne pouvaient plus y cultiver. […] Depuis lors, dit Dorothy Dyton, “la vie est très dure pour nous.” La réserve de chasse d'un côté de la communauté et la rivière Shire et la frontière du Mozambique de l'autre, il n'y a pas d'autres terres disponibles pour eux à cultiver et la famille gagne la vie péniblement maintenant en vendant du bois de chauffe qu'elle collecte de la forêt voisine.
Land construction in Madagascar. Photo by Foko Madagascar, used with the author's authorization
Préparation de la terre à Madagascar. Photo de Foko Madagascar, utilisée avec l'autorisation du e l'auteur


Les agriculteurs de Madagascar partagent des préoccupations similaires, car ils n'ont pas de droit de propriété sur la terre qu'ils cultivent et une véritable réforme agraire doit encore être mise en œuvre. L'association Terres Malgaches est à la pointe de la protection des terres pour la population locale. Elle signale que :
Les familles malgaches ne possèdent pas de document foncier pour sécuriser leurs terres contre les accaparements de toutes sortes. En effet, depuis la colonisation, l’obtention de titres fonciers auprès de l’un des 33 services des domaines d’un pays de 589 000 km2 nécessite 24 étapes, 6 ans en moyenne et jusqu’à 500 dollars US. (..) .  Face aux convoitises et accaparements dont les terres malgaches font l’objet actuellement, seule la possession d’un titre ou d’un certificat foncier, seuls documents juridiques reconnus, permet d’entreprendre des actions en justice en cas de conflit.
L'association fait état également des pratiques de la société minière Sheritt, à Ambatovy, qui ont créé un buzz dans la blogosphère locale en raison des inquiétudes de la population locale pour l'environnement et les malversations (par l'intermédiaire de Mines Alerte Canada) :
Le projet Ambatovy de Sherritt International dans l’Est de Madagascar – dont le coût d’investissement s’élève à 5,5 milliards USD et dont le début de la production est prévu ce mois-ci - comprendra des mines d’extraction à ciel ouvert […] Il s’arrêtera dans 29 ans. Il y a déjà de nombreuses raisons de préoccupation au sujet de la mine de la part des milliers de personnes locales à proximité des installations.Elles disent que leurs champs ont été détruits, l’eau est sale, les poissons dans les rivières sont morts, et il y a eu des glissements de terrains près de leur village. Pendant les essais de la nouvelle usine, il y a eu au moins quatre fuites différentes de dioxyde de soufre venant de l’installation hydro-métallurgique qui, selon les villageois auraient causé la mort d'au moins deux adultes et deux bébés et rendu malades au moins 50 personnes.
En janvier, des travailleurs originaires d'Ambatovy durant la phase de la construction licenciés ont commencé une grève sauvage, en faisant valoir que les emplois qui leur ont été promis ne se sont pas matérialisées à la fin de la construction. Les gens dans les villes voisines comme Moramanga disent que leurs filles sont de plus en plus engagées dans la prostitution.
Video montrant le témoignage d'un travailleur d'Ambatovy.

Les solutions pour la population locale ? 
Peut-être, cependant, le sort des agriculteurs malgaches est-il en train de changer lentement. Les discussions sur la réforme foncière sont en cours, selon cet article :
Selon un document présenté à la International Conference on Global Land Grabbing 2011 (Conférence internationale sur l'accaparement des terres 2011), environ 50 projets agro-industriels ont été annoncés entre 2005 et 2010, environ 30 sont encore actifs, couvrant une superficie totale d'environ 150.000 ha. Les projets comprennent des plantations pour la production de canne à sucre, le manioc et du biocarburant à base de plantes médicinales jatropha.
Pour éviter les impacts négatifs de l'accaparement des terres, l'ONG EPT a élaboré des modèles sociaux pour les investisseurs, avec un financement du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD). L'objectif est d'aider les investisseurs dans les négociations avec les habitants de la région où ils veulent réaliser des projets, comme un moyen de prévenir de futurs problèmes.
Joachim Von Braun, ancien membre de l'Institut International de Recherche sur les Politiques Alimentaires(IFPRI) a écrit ce qui suit sur les transactions foncières :
Il est dans l'intérêt à long terme des investisseurs, des gouvernements hôtes et des populations locales concernées de veiller à ce que ces dispositions soient bien négociées, que les pratiques soient durables et que les avantages soient partagés. En raison de la nature transnationale de ces accords, aucun mécanisme institutionnel unique ne permettra d'atteindre ce résultat. Il faut plutôt, une combinaison du droit international, des politiques gouvernementales, et l'implication de la société civile, des médias et des communautés locales pour minimiser les menaces et réaliser des avantages réciproques.
La nécessité d'une transparence dans les transactions foncières est aussi soulignée par Megan MacInnes, chargée de campagne sur le terrain  de Global Witness :
Beaucoup trop de personnes sont maintenues dans l'ignorance d'offres de transactions massives de terres qui pourraient détruire leurs maisons et leurs moyens de subsistance. Que cela doive changer, c'est bien compris, mais comment changer ne l'est pas. Pour la première fois, ce rapport (Dealing with Disclosure) [Gérer la divulgation] expose en détail quels sont les outils que les gouvernements, les entreprises et les citoyens peuvent utiliser pour lever le voile du secret qui entoure l'acquisition de terres. Il tire des leçons du travail déjà effectué pour améliorer la transparence dans d'autres secteurs et  expérimente ce qui est susceptible de s'appliquer au régime foncier. Les entreprises devraient porter la responsabilité de prouver qu'elles ne font  pas de torts ; les collectivités, qui ont peu d'informations ou de pouvoir,  ne devraient pas avoir à faire la preuve qu'une transaction foncière les affecte de façon négative.






 

15 novembre 2011

Hotel Sahara (Reportage)

http://www.hotelsahara.de
(Allemagne, 2008, 52mn)
ZDF




Direct Link : DP , FSO , WP


Bettina Haasen (*1969) a étudié les langues africaines et les sciences politiques à l’université de Hambourg et à Paris. Entre 1997 et 2001 elle a travaillé en tant que productrice pour la boîte de production EGOLI Films à Berlin. 

Ses premières réalisations de films documentaires sont récompensées en 1999 avec le Prix FIPRESCI (du meilleur premier film à IDFA) pour son film «Entre 2 mondes». Entre 2001 et 2004 elle a travaillé pour la coopération allemande au Niger. A son retour en Allemagne, elle a réalisé «La tente de l’inconnu» (IDFA, Lussas, Thessalonique), puis «Shadows of the Desert» (43’ & 52’ pour SWR/Arte), «Irene Dische–Ma Vie» (43’, ZDF/Arte). HOTEL SAHARA est son premier documentaire long-métrage. Actuellement Bettina Haasen vie en tant qu’auteure indépendante à Berlin.



La liberté de circulation n’est pas un droit universel, mais est réservé à un petit cercle de privilégiés. Parce que l’univers de la migration me préoccupe depuis bien longtemps, il me tenait à cœur de montrer son développement par le prisme du film documentaire. Dans ce monde des migrants tel que je l’ai découvert, les personnages déchirés sont sur le qui-vive en permanence ou emprisonnés dans une immobilité non désirée. C’est un espace irréel, de transit qui accueille des personnes d’issues du Ghana, du Cameroun, du Togo, du Nigeria et autres pays d’Afrique. «Nouadhibou» en Mauritanie est la dernière escale avant la destination, tant rêvée, tant prisée: l’Europe. Un dernier obstacle les sépare de leur rêve, ce petit bout d’océan atlantique à traverser. Au début, cette obsession du départ à n’importe quel prix me fascinait. Cependant, pourquoi tant d’hommes et de femmes risquent tous les jours cette traversée dont  l’issue est entièrement aléatoire au péril leur vie ? «Le grand gendarme européen» FRONTEX (Agence Européenne pour la gestion de la coopération opérationnelle) vient d’avouer son échec dans la lutte contre l’immigration clandestine. Le flux s’avère non seulement incontrôlable, mais de plus les efforts des aventuriers pour éviter les brigades de FRONTEX au cours de la traversée rend le périple encore plus dangereux. Seule une minorité arrive sur les îles Canaries, à peine 1000 km de distance des côtes mauritaniennes.

Quatre années de recherche ont précédé les premiers tournages. J’ai tenté de comprendre, de découvrir les nuances du monde du transit, en rencontrant les migrants et tous les acteurs. Quels sont les visages derrière les stéréotypes, les statistiques et les images de naufragés qu’on voit sans cesse, depuis 2001 dans les médias ? Que veut dire être déjà en route mais pas encore arrivé ? Comment définir cette vie «entre deux» ? Une vie en attente. En stand-by. J’avais l’intention de trouver un langage au niveau de l’image mais aussi sonore qui pourrait traduire cet état de transit, de capter cette ambiance morbide que j’ai pu observer lors de mes repérages. Nous connaissons tous le besoin plus ou moins fort de pouvoir se réinventer autrement, ailleurs, en mouvement, afin de satisfaire nos rêves.
Pendant les années de repérages dans des lieux de transit j’ai pu rencontrer des destins et biographies multiples. Ces rencontres m’ont confrontée avec ma propre définition de la liberté de mouvement. Les personnes que j’ai pu rencontrer ont toutes un point commun: une sensation d’invulnérabilité et la conviction qu’il n’y a plus rien à perdre.

HOTEL SAHARA est synonyme d’un lieu qui héberge des existences disloquées, entre le désert et l’Atlantique, des vies qui se sont installées dans une sorte de faille temporelle et qui ne s’attachent à rien, sauf à leur rêve.

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22 septembre 2011

De la Zambie à l’Ouganda : arbre chinois, forêt indienne

Par Alain Vicky
Pour http://blog.mondediplo.net

Le gagnant de l’élection présidentielle zambienne qui se tient le 20 septembre ? Le ressentiment à l’égard des investisseurs étrangers. « La plupart des investissements ne sont pas menés par des Zambiens mais par des entreprises étrangères, ce qui explique que les profits sont aussi externalisés », explique Euziah Bwalya, chauffeur pour une société de distribution à Lusaka, dans un radio trottoir réalisé à l’occasion de ces élections par le quotidien sud africain Mail and Guardian [1].

Depuis le milieu des années 2000, la Zambie, 13,3 millions d’habitants, apparaissait surtout comme l’une des nations africaines parmi les plus « hostiles » à l’encontre des entreprises chinoises venues s’installer dans sa copperbelt — l’expression « ceinture de cuivre » désigne la province la plus riche en gisements minéraux du pays. Pratiques de management calquées sur celles menées au pays, les Chinois de Zambie — une diaspora que certains estiment compter 80 000 personnes — étaient devenus les mauvais élèves de la Chinafrique. Bon client des médias occidentaux, M. Michael Sata, opposant historique et leader du Front patriotique, qui affronte une nouvelle fois le président sortant Rupiah Banda, avait d’ailleurs fait de cette rhétorique anti-chinoise l’une de ses thématiques clefs durant les campagnes de 2006 puis de 2008. Aujourd’hui, celui-ci a sérieusement adouci ses propos. Pour son collègue de parti, M. Given Lubinda, M. Sata n’a d’ailleurs « jamais dit qu’il était contre les investissements chinois ». Ce changement de ton pragmatique ne garantit pas pour autant la victoire pour ce candidat populiste de 74 ans que l’on surnomme King Cobra. Ni d’ailleurs une baisse du taux d’abstention. En trois ans de présidence Banda, élu après avoir dû remplacer au pied levé le défunt Levy Mwanawasa, l’opinion publique zambienne, avec à sa tête une nouvelle génération d’activistes et de bloggeurs [2], a eu en effet le temps de découvrir la réalité des grandes manœuvres internationales qui se poursuivent sur ses gisements de cuivre.

L’arbre des négligences chinoises — en premier lieu dans le domaine des libertés syndicales — cache en fait une forêt d’infractions tout aussi graves commises par des transnationales de l’extraction minière issues du Vieux Monde comme des pays émergents. Malgré les 7 % de croissance prévue pour 2011, tirée en premier lieu par les investissements dans le secteur du cuivre, 64 % de la population continue à vivre sous le seuil de la pauvreté. Etonnamment, ces pratiques de pirate ont été beaucoup moins relayées par la presse internationale que les méfaits du capitalisme chinois en Zambie.

Evasion fiscale et pluies acides : le dossier du Suisse Glencore [3], qui gère le site zambien de Mufulira, est-il jugé trop peu spectaculaire — contrairement à la mort d’une cinquantaine d’employés en 2005 dans une usine d’explosifs chinoise — pour demeurer hors des radars de la grande presse internationale ? Et quid des pratiques délictueuses des multinationales indiennes ?

Société fondée en 1976 à Bombay par Anil Agarwal, cotée à la Bourse de Londres depuis 2003, le géant Vedanta est une valeur bien établie dans la black list des transnationales de l’exploitation minière. Le combat remporté par une communauté de l’Etat de l’Orissa contre l’un de ses projets miniers eut des résonances planétaires [4]. Dans cette lutte à la Avatar, la tribu Dongria Kondh était allée jusqu’à faire appel au réalisateur de ce film, l’Américain James Cameron. Ce dernier pourrait se rendre en Zambie, vendue parallèlement comme un sanctuaire animalier alternatif au Zimbabwe encore trop défaillant. Là-bas, à Chingola, la filiale de Vedanta KCM (Konkola Copper Mine) s’est rendue responsable, en automne dernier, d’un nouvel acte de pollution de la rivière Kafue, affluent du fleuve Zambie [5]. Hasard de l’actualité, Vedanta était au même moment condamnée pour un autre acte de pollution commis en 2006, toujours dans la rivière Kafue. Des rejets dix fois supérieurs à la tolérance en cuivre, 770 fois supérieurs à celle en manganèse et cent fois à celle du cobalt y avaient été alors déversés. Pour cette atteinte à l’environnement, l’entreprise a écopé d’une amende de… 4 000 dollars [6].

Afin de « réhabiliter une réputation qui a été ternie par plusieurs allégations dans les domaines de l’environnement et des droits de l’homme », Vedanta vient de s’attacher les services de Senjam Raj Sekhar, l’un des meilleurs communicants indiens au service des entreprises indiennes [7]. Ce dernier a été arraché au premier opérateur indien en téléphonie, Bharti Airtel, qui s’est taillé ces deux dernières années de conséquentes parts de marché sur le continent africain. Vedanta vient au même moment de rallier « la ruée sur minerai qui est en cours en Afrique de l’ouest » en prenant la majorité, moyennant 91 millions de dollars versés en cash, d’une entreprise d’exploitation de minerai de fer libérienne, la Western Cluster LTD [8]. Vedanta rejoint dans cette région un autre géant indien, le groupe sidérurgique ArcelorMittal.
Le commerce Inde-Afrique représente près de 40 milliards de dollars, trois fois moins que celui que mène la Chine avec le continent. Ce qui n’est pas une raison de s’en désintéresser. Pour Alex Vines, directeur régional auprès du centre britannique en relations internationales de Chatham House, « L’Inde a jusqu’ici été l’objet de beaucoup moins d’attention rigoureuse que la Chine en ce qui concerne sa politique africaine. » A l’occasion du second sommet Chine-Afrique organisé fin mai 2011 à Addis Abeba, le premier ministre indien Manmohan Singh a répété que ce partenariat reposait sur trois piliers : la mise en valeur du potentiel africain et les transferts de compétences, le commerce et le développement des infrastructures [9]. Officiellement, l’Inde cherche en effet à « tisser des liens politiques et économiques de manière à se positionner différemment d’une Chine qui renvoie une image de nouvelle puissance impériale », note Brahma Chellaney, professeur au New Delhi Centre for Policy Research [10]. Mais dans la réalité, les entreprises indiennes font preuve de tout autant de pragmatisme sans pitié que leurs rivales chinoises, en premier lieu dans le secteur agricole. Plusieurs géants indiens de l’agro-alimentaire envisagent ainsi de participer aux « plus grands achats de terres agricoles africaines en l’espace de cinquante ans » : 2,5 milliards de livres britanniques d’investissements entre Ethiopie, Tanzanie et Ouganda [11].

D’autres Indiens ont des projets pour ce dernier pays. Le groupe agro-alimentaire Metha s’est associé dans une joint venture avec l’Etat ougandais : la Sugar Corporation of Uganda Limited. Le quart des 30 000 hectares de la forêt de Mabira pourrait être attribué à leur projet de culture de canne à sucre, en vue de produire du bio-ethanol. Or la forêt de Mabira est un écosystème sacré, seulement exploité par les tradipraticiens. En 2007, un premier projet initié par la même société indienne avait débouché à Kampala sur des manifestations de mécontentement, provoquant le lynchage d’un Indien. La nouvelle affaire de Mabira, rajoute non seulement de l’huile sur le feu de la question foncière [12] mais pressurise un peu plus le régime Museveni. Depuis sa réélection contestée, au printemps 2011, l’homme fort de Kampala, au pouvoir depuis 25 ans, est en effet confronté à un mouvement de résistance et de protestations pacifiques qui s’est déjà soldé par la mort de neuf manifestants.

Le ressentiment anti-asiatique qu’instrumentalisa sous son règne ubuesque le dictateur Idi Amin Dada, en expulsant d’Ouganda 40 000 Indiens, peut il ressurgir à Kampala ? Une chose est sûre, pour l’opposant Norbert Mao, président du Parti démocratique ougandais, et révélation des dernières présidentielles : « Je prévois des heurts violents lors des prochaines manifestations. »

Sur le radar


Chimurenga. Basée au Cap, cette exceptionnelle publication africaine (lire Alain Vicky, « Une arme pour le futur », septembre 2011) a été fondée en 2002 par le camerounais Ntone Edjabe. Consécration : elle vient de se voir décerner le Grand Prix 2011 de la Fondation Prince Claus « pour son rôle important dans la destruction des tabous sur le continent africain ».

E-déchets. Après Nollywood, le photographe sud africain Pieter Hugo a posé ses boîtiers parmi les petites mains de la décharge ghanéenne d’Agbobloshie, considérée comme l’un des principaux points de chute des déchets électroniques exportés par containers vers le continent africain. Réunissant les portraits pris sur ce site, son livre Permanent Error est publié aux éditions Prestel.

Cacao. Publié aux éditions Zed Books, Chocolate Nations est une enquête menée par la journaliste britannique Orlan Ryan entre Ghana et Cote d’Ivoire au sein de la filière cacao. Pour découvrir les coulisses, dessous et dossiers noirs — des petits producteurs précaires aux multinationales en passant par les limites du commerce éthique et l’affaire Guy André Kieffer — d’une industrie qui vend dans le monde pour plus de 75 milliards de dollars de chocolat par an.

 

Notes

 

[1] Louise Redvers, « Zambia’s election voices », Mail and Guardian, 9 septembre 2011.
[2] Voir entre autres le site Zambian Watchdog.
[3] Sophie Verney-Caillat, « Le docu “Zambie : à qui profite le cuivre ?” mouille l’Europe », Rue 89, 31 mai 2011.
[4] Antoine Guinard, « Un rapport officiel barre la route à Vedanta en Orissa », Aujourd’hui le monde, 19 août 2011.
[5] Kapembwa Sinkamba, « Vedanta : serial offending in Zambia too ? », Mines and communities, 28 décembre 2010.
[6] Lire « On achève bien les mineurs zambiens », Le Monde diplomatique, mai 2009.
[7] Arun Sudhaman, « Controversial mining giant Vedanta taps Senjam for new global comms role », Holmes Report, 6 juin 2011.
[8] Alex MacDonald, « Vedanta enters west africa with Liberia iron ore stake buy », Dow Jones Newswires, 8 août 2011.
[9] David Smith, « India starts trade talks with african countries in an effort to rival China, The Guardian, 23 mai 2011.
[10] Henry Foy, « India PM eyes trade, catch-up with China in Africa visit », Reuters, 23 mai 2011.
[11] John Vidal, « Indian agribusiness sets sights on land in east Africa », The Guardian, 24 août 2011.
[12] Lauriane Gay, « L’instrumentation politique des questions foncières en Ouganda » (PDF), Ceri, juin 2011, et Alain Vicky, « En Ouganda, les rois, l’Etat, la terre, Le Monde diplomatique, juillet 2001.

19 septembre 2011

Le Dessous des Cartes - Mondes Arabes

Pour http://ddc.arte.tv






Depuis la vague de soulèvements qui traverse de nombreux pays méditerranéens et la péninsule Arabique depuis fin 2010, le « monde arabe » est souvent présenté par les médias comme une unité. Mais est-ce vraiment le cas ? En se dégageant d’une actualité qui ne cesse d’évoluer, le Dessous des Cartes présente la géométrie variable de cet ensemble pas si homogène, en proposant des clés de lectures multiples.



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Lectures

Le choc des révolutions arabes
Mathieu Guidère Autrement - Collection : frontières
Le 17 décembre 2010, un jeune tunisien désespéré s'immolait par le feu, marquant par ce geste tragique le début des " révolutions arabes ". Tel un tsunami, ces révolutions ont déclenché un raz-de-marée humain, du Golfe à l'Océan. Personne en Occident ne s'attendait à un tel bouleversement, surtout en un temps aussi rapide et pour des régimes aussi solides en apparence. La surprise a donc été à la mesure de la méconnaissance d'un monde vu et jugé suivant des grilles de lecture occidentales. Comment décrypter ces événements exceptionnels, qui chamboulent la donne géopolitique du monde entier ? Dans « Le choc des révolutions arabes », l'auteur explore pour chacun des vingt-deux pays de la Ligue arabe les événements récents, il analyse les rapports de force entre les tribus, les islamistes et les militaires, donnant les clés des dynamiques à l'oeuvre dans chaque pays. Cette vision unique de l'intérieur met en perspective les acteurs d'hier et d'aujourd'hui, qui, du Maroc au Yémen en passant par l'Égypte et la Syrie, seront les arbitres de demain. Mathieu Guidère est professeur d'islamologie à l'Université de Toulouse II. Agrégé d'arabe, ancien directeur de recherche à l'École spéciale militaire de Saint-Cyr et ancien professeur de veille stratégique à l'Université de Genève, il est l'auteur d'une vingtaine d'ouvrages, dont le dernier est paru aux éditions Autrement : « Les Nouveaux Terroristes », 2010.
Le rendez-vous des civilisations
Youssef Courbage, Emmanuel Todd Seuil - Collection : La république des idées
Le "Choc des civilisations" n'aura pas lieu. C'est au contraire un puissant mouvement de convergence qui se profile à présent à l'échelle planétaire. Le monde musulman n'échappe pas à la règle. Du Maroc à l'Indonésie, de la Bosnie à l'Arabie Saoudite, sa démographie en témoigne : hausse du niveau d'alphabétisation des hommes et des femmes, baisse de la fécondité, érosion de l'endogamie... Des bouleversements qui sont à la fois le signe et le levier d'une mutation en profondeur des structures familiales, des rapports d'autorité, des références idéologiques. Ce processus ne va pas sans générer crispations et résistances. Mais ces réactions sont moins des obstacles à la modernisation que les symptômes de son accélération. Youssef Courbage est démographe à l'Ined. Il a notamment publié « La Syrie au présent » (avec B. Dupret et Z. Ghazzal, Actes Sud, 2007), « Juifs et chrétiens dans l'islam arabe et turc » (avec Ph. Fargues, Fayard, 1992) et « Nouveaux horizons méditerranéens » (PUF, 1999). Emmanuel Todd est historien et anthropologue. Il a notamment publié « Après l'empire » (Gallimard, 2002), « L'Illusion économique » (Gallimard, 1998) et « Le Destin des immigrés » (Seuil, 1994).
L'Egypte au présent - Inventaire d'une société avant révolution
Vincent Battesti , François Ireton Actes Sud - Collection : la bibliothèque arabe
La "révolution du 25 janvier" ébranle un régime despotique qui domine depuis plusieurs décennies l'Egypte et annonce sûrement une nouvelle ère pour tous les peuples de la région. Il n'existait cependant en France aucun ouvrage de référence examinant à la fois les transformations profondes de la société égyptienne et les blocages institutionnels et politiques propres au régime de l'ex-président Moubarak. Pour combler cette lacune, quarante chercheurs et universitaires, qui comptent parmi les meilleurs spécialistes de l'Egypte, se proposent dans la présente somme d'analyser tous les aspects de la vie économique, sociale, politique et culturelle du pays et de tracer des pistes de réflexion permettant d'aborder les derniers événements dans leur véritable contexte, au-delà des préjugés et des clichés. On trouvera ainsi des chapitres substantiels sur : - les tensions démographiques et leur impact sur l'aménagement du territoire et l'environnement ; -  la situation politique et les mécanismes qui permirent le maintien, durant trente ans, du régime de Moubarak ; - les "réformes" économiques néolibérales qui ont contribué, entre autres effets, à l'institutionnalisation de la corruption et à l'exacerbation des inégalités sociales ; - la vie sociale au quotidien (la santé, l'éducation, l'emploi, les modes de consommation, les conditions des femmes et de la jeunesse, la justice) ; - la place de la religion dans la société ; les médias, anciens et nouveaux ; - enfin, la culture dans ses diverses expressions ainsi que la vie et les débats intellectuels. Vincent Battesti, anthropologue, chercheur au CNRS, est aujourd’hui en poste au Muséum National d’Histoire Naturelle à Paris. François Ireton, socioéconomiste, ingénieur au CNRS, est aujourd’hui en poste au SEDET, Université Paris-Diderot.
La révolution tunisienne - Dix jours qui ébranlèrent le monde arabe
Olivier Piot Editeur : Petits Matins (Les) - Collection: Essais
4 janvier 2011 : décès de Mohamed Bouazizi, le jeune homme qui s’est immolé par le feu à Sidi Bouzid. 14 janvier 2011 : fuite du président Ben Ali, et fin d’un régime autoritaire de 23 ans. Dès le 6 janvier, Olivier Piot, grand reporter, est sur place. Il y restera durant toute la durée des événements. Nous suivons avec lui cette révolution en marche, au fil de ses discussions avec de nombreux témoins, de son émouvante rencontre avec la famille du jeune Bouazizi, des incroyables mouvements de rue, de ses démêlés avec des policiers qui cherchent en vain la carte mémoire de son appareil photo, dissimulée dans son col. Au fil de ce reportage très vivant, nourri d’explications sur les ressorts de la révolte, apparaît une révolution avant tout populaire, née de la colère de marchands et de mineurs contraints à une précarité grandissante. Une colère qui, on le voit actuellement, ne cesse d’essaimer sous des formes différentes dans l’ensemble du monde arabe. Olivier Piot est grand reporter. Il publie régulièrement des reportages dans Le monde diplomatique, Géo, Ulysse, le National Geographic et Le monde.
Anatomie politique de la domination
Béatrice Hibou La Découverte
Qu'est-ce que la domination ? Comment s'exerce-t-elle ? Par quels mécanismes se reproduit-elle ? Quels sont les critères et les pratiques qui permettent aux pouvoirs de se légitimer ? Quelle part de consentement, voire de désir d'Etat, est nécessaire à son exercice ? De quelles manières y participons-nous ?... En relisant Marx, Weber, Gramsci ou, plus près de nous, Bourdieu ou Foucault, Béatrice Hibou s'affronte à son tour à l'une des questions centrales de la théorie politique et sociale, celle de l'exercice de la domination d'Etat. Dans cet ouvrage, l'auteure renouvelle cette problématique avec une approche alliant comparatisme, analyse du quotidien et économie politique. Elle met en évidence les dispositions, les compréhensions et les pratiques qui rendent la domination concevable, supportable, voire acceptable ou rassurante. Celle-ci apparaît d'autant plus insidieuse et indolore qu'elle renvoie souvent à la question du désir d'Etat. Pour mener à bien cette démonstration, Béatrice Hibou s'appuie sur une analyse de situations autoritaires ou totalitaires - en particulier sur la reprise des cas paradigmatiques du fascisme, du national-socialisme et du socialisme soviétique - qui nous permet aussi de saisir ce qu'est la domination dans le cadre démocratique actuel. Ce faisant, elle nous fournit les instruments nécessaires à l'élaboration d'une critique renouvelée des dérives du politique dans la cité contemporaine. Béatrice Hibou est directrice de recherches au CNRS (rattachée au Centre d'études et de recherches internationales - Sciences Po). Ses recherches sont consacrées à l'économie politique des réformes et de la domination en Afrique subsaharienne, au Maghreb et en Europe du Sud. Elle est l'auteure de plusieurs livres dont, à La Découverte, « La Force de l'obéissance ». « Economie politique de la répression en Tunisie » (2006), paru aussi en anglais chez Polity Press.

Agenda

23e Festival International du photojournalisme
Perpignan Du 27 août au 16 septembre 2011
- Au programme de cette édition 2011 : L’actualité de l’année sur tous les continents : guerres, crises, politique, insolite, sport, culture, science… Mais rien, ou presque, sur les mariages princiers. Tunisie, Égypte, Syrie, Libye, Algérie, Yémen, Bahreïn… Soulèvements populaires et révolutions. Haïti, année électorale. Afghanistan, Irak, la guerre toujours. Il y a 10 ans, les attentats du 11 septembre aux États-Unis. Côte d’Ivoire, duel de Présidents sur fond de guerre civile. Grèce, la voix de la rue. Inde, industrialisation et exploitation minière. Exploration volcanique et sous-marine. Bangladesh, Népal, Pakistan, Mali, Ceuta et Melilla, Chine… Et puis le Japon… 25 ans après Tchernobyl, une catastrophe sans précédent. - L'éducation Pour l'Association Visa pour I'Image, l'éducation est un élément clé. L'an dernier, ce sont quelque 8 000 élèves ( étudiants, collégiens, lycéens ) venus de toute la France, mais aussi d'Espagne, qui ont visité les expositions commentées par des acteurs du monde de la photo. Cette année, une collaboration avec le CLEMI permet d'inviter les écoliers, collégiens et lycéens de la région à visiter les expositions, du 12 au 16 septembre. Ces visites seront animées par des professionnels de la photo, de la presse et de l'édition : Martina Bacigalupo, Matthias Bruggmann, Peter Dejong, Bertrand Gaudillère et Pierre Terdjman. La participation des établissements scolaires confirme l'ambition du festival Visa pour l'Image de devenir un outil pédagogique afin d'enseigner comment appréhender et déchiffrer les médias. Le CLEMI est un établissement du Ministère de l'Education nationale. Il a été créé en 1983, avec la mission « de promouvoir, notamment par des actions de formation, l'utilisation pluraliste des moyens d'information dans l'enseignement, afin de favoriser une meilleure compréhension par les élèves du monde qui les entoure, tout en développant leur sens critique. - Une trentaine d’expositions est prévue Parmi les Expositions : Martina Bacigalupo / Agence VU Prix Canon de la Femme Photojournaliste décerné par l’Association des Femmes Journalistes en 2010 et soutenu par Le Figaro Magazine. Je m’appelle Filda Adoch Entre l’armée ougandaise et l’Armée de résistance du Seigneur (la LRA), une guerre fait rage depuis plus de vingt ans, qualifiée de « pire crise humanitaire oubliée au monde ». Aujourd’hui, la Cour pénale internationale a été saisie pour enquêter sur les massacres de civils par la LRA. Je m’appelle Filda Adoch raconte la vie quotidienne d’une femme du district de Gulu et montre les souffrances du peuple du nord de l’Ouganda. C’est aussi l’histoire d’une résistance silencieuse et admirable. Jocelyn Bain Hogg / VII Network The Family Ce voyage en images de trois ans a démarré à la suite d’un sujet réalisé en 2008 sur le problème des crimes à l’arme blanche et à l’arme à feu commis au sein de la jeunesse britannique. Fort de sa connaissance de la pègre, qu’il a photographiée en 2001 pour The Firm, Jocelyn a décidé de s’intéresser à nouveau à ceux qui fournissent armes et drogue aux cités du Royaume-Uni. Joe Pyle senior et les jumeaux Kray, parrains « à l’ancienne », sont morts depuis. En 2008, il a trouvé des criminels britanniques divisés, peu ou mal organisés, sans véritables chefs, qui peinent à concurrencer leurs rivaux internationaux. Ce sont aujourd’hui les Russes, les Albanais, les Kosovars et les Turcs qui dirigent la pègre du Royaume-Uni, mais les « roués » et autres malfrats autochtones affichent toujours les signes de leur héritage. Jonas Bendiksen / Magnum Photos pour National Geographic Bangladesh Contre vents et marées. Le Bangladesh compte parmi les nations les plus vulnérables face au changement climatique. Une grande partie de ce pays très plat se situe à moins de cinq mètres au-dessus du niveau de la mer. La pauvreté et la forte densité de population ne font qu’assombrir ce triste tableau. Si la bataille semble perdue d’avance, c’est compter sans la résilience et la créativité des Bangladais. Jonas Bendiksen examine les effets du changement climatique et les efforts de tout un peuple pour repousser la montée des marées. Valerio Bispuri Encerrados Voyage dans les prisons d’Amérique du Sud. En l’espace d’une décennie, Valerio Bispuri a sillonné l’ensemble du continent sud-américain. Des 74 établissements pénitentiaires dans lesquels il s’est rendu, il nous décrit les difficultés, la violence, la surpopulation, mais aussi la vie de tous les jours et le moral des détenus. Encerrados, véritable plongée dans l’univers carcéral et portrait de tout un continent. Chien-Chi Chang / Magnum Photos pour National Geographic Birmanie : au pays des ombres. En un demi-siècle, la Birmanie est passée du rang du pays le plus riche de l’Asie du Sud-Est à celui du plus pauvre, qu’elle occupe aujourd’hui ; c’est aussi devenu une des nations les plus isolées au monde. Les militaires au pouvoir tentent à présent de séduire les touristes et les investisseurs étrangers en ne leur montrant que les beaux temples et les sites pittoresques de ce pays profondément bouddhiste. Mais derrière la façade culturelle, le régime répressif qui a maintenu la prix Nobel et leader politique Aung San Suu Kyi en résidence surveillée pendant quinze ans monte la garde. Lorsque Chien-Chi Chang se faisait passer pour un touriste afin de prendre ces photos, il ne savait jamais qui était en train de le surveiller. Big Brother a de nombreux petits frères. Fernando Moleres / Panos / laif L’incarcération des jeunes en Afrique. En Afrique, des milliers d’enfants abandonnés à leur sort finissent en prison. Ils y vivent aux côtés de détenus adultes dans des conditions telles, que leur survie n’est pas toujours assurée. Surpopulation, violence, harcèlement sexuel, promiscuité, manque d’hygiène, maladies infectieuses et manque de soins : c’est là leur quotidien. La plupart des pays africains ont ratifié la Convention des Nations unies relative aux droits de l’enfant de 1990, qui établit notamment les règles et conditions d’incarcération des jeunes de moins de 18 ans. Peter Dench Angleterre version non censurée : dix ans de photographie L’Angleterre n’a jamais été synonyme de glamour. Accoutrements grotesques, malbouffe et manque de savoir-vivre : aujourd’hui encore, beaucoup d’Anglais s’obstinent à se rendre ridicules. Angleterre version non censurée nous emmène dans un voyage convivial et humoristique à travers cette nation-trublion qu’est l’Angleterre du XXIe siècle. Loin des clichés de cartes postales, Peter Dench dresse un portrait détaillé et sans complaisance de ses compatriotes. Lu Nan / Magnum Photos Les oubliés État des services de psychiatrie chinois L’exposition dépeint la situation des patients psychiatriques en Chine, qu’ils vivent à l’hôpital, chez eux ou dans la rue. En 1989 et 1990, Lu Nan a parcouru dix provinces et rencontré 14 000 malades mentaux dans 38 hôpitaux. Il a rendu visite à plus d’une centaine de patients psychiatriques chez eux, et il a également été en contact avec des malades sans abri. Un travail réellement exceptionnel. Shaul Schwarz / Reportage by Getty Images La culture narco « Qu’on se le dise, les héros d’aujourd’hui, ce ne sont pas les avocats ou les politiciens, ce sont ceux qui font circuler l’argent », explique Joel Vasquez, imprésario de musique narco, devant un club Narcocorrido de Los Angeles. « Le marché n’a jamais été aussi porteur. Nous pourrions avoir le même succès que le mouvement hip-hop à son époque. » Derrière les sombres statistiques du trafic de drogue que l’on ressasse ad nauseam, se cache une réalité sociale bien plus vaste, dont on parle peu alors qu’elle concerne des millions de Mexicains et Latino-Américains. Pour beaucoup ici, les narcos représentent l’unique modèle de réussite et de succès. De l’appât du gain, de la drogue et de la violence est née une nouvelle culture : la culture narco. Riccardo Venturi / Contrasto / Réa L’après-Haïti 12 janvier 2010. 16h53. La république d’Haïti est frappée de plein fouet par un séisme d’ampleur catastrophique. L’épicentre se situe à seulement 25 kilomètres de la capitale Port-au-Prince. Riccardo Venturi montre ce qu’il peut : la population, la destruction et toute l’horreur de cet évènement. Six mois plus tard, il y retourne et découvre la ville de Port-au-Prince métamorphosée en camp de réfugiés. En novembre, lors de son troisième voyage en Haïti, Venturi assiste au coup de grâce : l’épidémie de choléra. En mars 2011, l’Organisation mondiale de la santé recense quelque 252 640 personnes infectées et 4 672 décès. Brian Skerry / National Geographic Ocean Soul Ocean Soul est une histoire d’amour. Une histoire de découverte et d’espoir. Avec Ocean Soul, le photographe primé Brian Skerry nous montre un monde fait de beauté et de mystère, un monde menacé mais aussi porteur d’espoir, qui pourra retrouver sa santé pourvu que les soins nécessaires lui soient accordés. Ocean Soul présente une incroyable variété de faune marine baleines géantes, requins, phoques et poissons minuscules et d’habitats, situés dans des récifs de corail aussi bien que sous la banquise. Alvaro Ybarra Zavala / Reportage by Getty Images Colombie, l’éternel déchirement Plus de quarante ans de guerre civile et de violence ont divisé la Colombie et ont coûté bien trop de vies humaines dans ce merveilleux pays. Aujourd’hui, la guerre est dictée par des intérêts stratégiques et économiques qui n’ont plus guère de lien avec les valeurs idéologiques à l’origine de la crise. Le trafic de drogue, l’huile de palme, l’eau, et maintenant le marché de la compensation carbone sont autant de facteurs qui régissent le conflit. La violation des droits humains est devenue monnaie courante. Le nombre de déplacés internes est le plus élevé au monde : plus de trois millions de personnes. Pourtant, officiellement, il n’y a pas de guerre en Colombie." www.livresphotos.com/evenements-de-la-photo/visa-pour-l-image-2011,2329.html - Les prix Des directeurs photos de réputation internationale sélectionnent parmi tous les sujets vus dans l'année (publiés ou non) quatre noms pour le Visa d'or News et quatre noms pour le Visa d'or Magazine. Un deuxième jury se réunit à Perpignan pour désigner les lauréats. Les trophées sont une création des ateliers Arthus-Bertrand. Visa d'or catégorie Magazine : Olivier Jobard / Sipa Press pour Paris Match pour son dossier : Zarzis-Lampedusa, l'odyssée de l'espoir". Visa d'or catégorie News – Lauréat 2011 : Yuri Kozyrev / NOOR pour Time pour "le printemps arabe, les chemins de la révolution". Visa d'or – Presse Quotidienne – Lauréat 2011 : Shiho Fukada pour International Herald Tribune pour :"Tsunami au Japon". Des directeurs photo de magazines internationaux ont élu fin juin le lauréat du Prix du Jeune Reporter de la Ville de Perpignan pour la sixième année consécutive. Ils ont voté pour le jeune photographe Ed Ou / Reportage by Getty Images pour The New York Times, pour son travail sur les enfants soldats en Somalie, exposé dans le cadre de Visa pour l’Image : "Enfants des hommes" . Selon des associations des droits de l'homme somaliennes et des responsables des Nations unies, le gouvernement fédéral de transition somalien, qui dépend de l'aide occidentale pour survivre, envoie des centaines d'enfants sur les lignes de front, pour certains âgés de seulement 9 ans, afin de combattre les insurgés islamistes. Les enfants-soldats sont une réalité partout dans le monde, mais les sources onusiennes soutiennent que le gouvernement somalien fait partie des « contrevenants les plus constants » aux droits de l'enfant, notamment en les envoyant à la guerre, ce qui vaut à la Somalie de figurer sur une liste qui comprend également des groupes rebelles notoires tels que l'Armée de résistance du Seigneur. Ed Ou a passé quelque temps à Mogadiscio … Le travail de Ed Ou est exposé à Visa pour l’Image - Perpignan 2011. www.reportagebygettyimages.com/ed-ou/ Getty Images propose son septième programme de bourses annuel à l’occasion de cette 23e édition du festival l’Image. Initié en 2005, ce programme de bourses vise à donner aux photographes les moyens d’attirer l’attention sur des questions sociales et culturelles d’importance ainsi qu’à soutenir les prochaines étapes de leur œuvre créative. Les 5 récipiendaires sont : Alvaro Ybarra Zavala pour "Colombia : in the Eternity of Sorrow", Joan Bardeletti pour "The Kill (African Gays) Bill", Liz Hingley, pour : "The Jones Family", Walter Astrada pour "Violence Against Women - Norway" et enfin le projet du photographe, co-fondateur de la fondation Noor et meilleur livre de photographie de la célébre "Pictures of the Year International" pour "Black Passport", avec un projet documentaire intitulé : "The E-Waste Trail – China/Pakistan/Nigeria". imagery.gettyimages.com/getty_images_grants/default.aspx?isource=direct-entry_grants Pour la troisième année, FRANCE 24 et RFI organisent le Prix du Webdocumentaire. Il a récompensé, parmi 8 finalistes, « La Zone, une exploration de la zone interdite de Tchernobyl » de Bruno Masi et Guillaume Herbaut produit par David Coujard, Arnaud Colinart et Nicolas Blanc pour Agat Films & Cie - Boris Razon pour lemonde.fr www.lemonde.fr/week-end/visuel/2011/04/22/la-zone-retour-a-tchernobyl_1505079_1477893.html Catalina Martin-Chico est la lauréate 2011 du Visa d'or humanitaire du CICR. Les 10 membres du Jury de la première édition du VISA d'OR HUMANITAIRE du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) ont décerné, hier, à Paris et à l'unanimité, le prix à la photographe (Agence COSMOS) pour son photo-reportage intitulé « La révolution yéménite ».

19 mai 2011

Formation aux Émirats d’une armée secrète pour le Proche-Orient et l’Afrique

par Manlio Dinucci *
pour http://www.voltairenet.org

Chaque État membre du Conseil de coopération du Golfe est invité à contribuer à la contre-révolution arabe. En ce qui les concernent, les Émirats arabes unis, qui ont déjà fourni un contingent de policiers pour réprimer les manifestations à Bahreïn, vont constituer une armée secrète. Pour cela, ils se sont tournés vers la société de mercenaires Xe (ex-Blackwater).



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Vue satellitaire de la base d’entraînement en construction de Xe aux Emirats.
 
À Zayed Military City, un camp d’entraînement dans une zone désertique des Émirats arabes unis, est en train de naître une armée secrète qui sera utilisée non seulement à l’intérieur du territoire mais aussi dans d’autres pays du Proche-Orient et de l’Afrique du Nord. C’est Erick Prince qui est en train de la mettre sur pied : un ex commando des Navy Seals qui avait fondé en 1997 la société Blackwater, la plus grande compagnie militaire privée utilisée par le Pentagone en Irak, Afghanistan et autres zones de guerre. La compagnie, qui en 2009 a été renommée Xe Services, (afin, entre autres motifs, d’échapper aux actions juridiques pour les massacres de civils en Irak) dispose aux États-Unis d’un grand camp d’entraînement où elle a formé plus de 50 000 spécialistes de la guerre et de la répression. Et elle est en train d’en ouvrir d’autres.

À Abu Dhabi, Erick Prince a conclu, sans apparaître personnellement mais à travers la joint-venture Reflex Responses, un premier contrat de 529 millions de dollars (l’original, daté du 13 juillet 2010, a été récemment rendu public par le New York Times) [1]. Sur cette base a commencé dans divers pays (Afrique du Sud, Colombie et autres) le recrutement de mercenaires pour constituer un premier bataillon de 800 hommes. Ils sont entraînés aux Émirats par des spécialistes étasuniens, britanniques, français et allemands, provenant de forces spéciales et de services secrets. Ceux-ci sont payés 200 à 300 000 dollars par an, et les recrues 150 dollars par jour. Une fois prouvée l’efficience du bataillon dans une « action réelle », Abu Dhabi financera avec des milliards de dollars la mise sur pied d’une brigade entière de plusieurs milliers de mercenaires. On prévoit de construire aux Émirats un camp d’entraînement analogue à celui en fonction aux États-Unis.

Le principal appui de ce projet est le prince héritier d’Abu Dhabi, Sheik Mohamed bin Zayed al-Nahyan, formé à l’académie militaire britannique Sandhurst et homme de confiance du Pentagone, fauteur d’une action militaire contre l’Iran. Le prince et son ami Erick Prince ne sont cependant que les exécutants du projet, qui a sûrement été décidé dans les hautes sphères de Washington. Son but réel est révélé par les documents cités dans le New York Times : l’armée qui est en train d’être formée aux Émirats conduira « des missions opérationnelles spéciales pour réprimer des révoltes intérieures, du type de celles qui sont en train de secouer le monde arabe cette année ».

L’armée de mercenaires sera donc utilisée pour réprimer les révoltes populaires dans les monarchies du Golfe, avec des interventions comme celle qui a été menée en mars par les troupes des Émirats, du Qatar et de l’Arabie saoudite au Bahrein où on a écrasé dans le sang la demande populaire de démocratie. « Des missions opérationnelles spéciales » seront effectuées par l’armée secrète dans des pays comme l’Égypte et la Tunisie, pour briser les mouvements populaires et faire en sorte que le pouvoir reste entre les mains des gouvernements garants des intérêts des États-Unis et des plus grandes puissances européennes. Et en Libye aussi, où le plan USA/OTAN prévoit sûrement l’envoi de troupes européennes et arabes pour fournir « l’aide humanitaire aux civils libyens ». Quel que soit le scénario —soit une Libye « balkanisée » divisée en deux territoires opposés dirigés par Tripoli et Benghazi, soit une situation de type irako-afghan à la suite du renversement du gouvernement de Tripoli— l’utilisation de l’armée secrète de mercenaires s’annonce : pour protéger les implantations pétrolières qui sont de fait aux mains des compagnies étasuniennes et européennes, pour éliminer des adversaires, pour garder le pays dans un état de faiblesse et de division. Ce sont les « solutions innovantes » que Xe Services (ex Blackwater), dans son auto présentation, se vante de fournir au gouvernement étasunien.


Documents joints

Contrat de Reflex Responses (société écran de Xe) aux Emirats arabes unis.

(PDF - 6 Mo)
 
 Manlio Dinucci
Géographe et géopolitologue. Derniers ouvrages publiés : Geograficamente. Per la Scuola media (3 vol.), Zanichelli (2008) ; Escalation. Anatomia della guerra infinita, DeriveApprodi (2005).
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Traduction Marie-Ange Patrizio
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Source Il Manifesto (Italie)
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