"Que sert d’être habile à parler ? Ceux qui reçoivent tout le monde avec de belles paroles, qui viennent seulement des lèvres, et non du cœur, se rendent souvent odieux ..." ( Confucius )
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27 avril 2014
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27 février 2014
Armes chimiques sous la mer
Réalisation : Nicolas Koutsikas, Eric Nadler, Bob Coen
25/02/2014
Source : http://www.arte.tv
Source : http://future.arte.tv
English : Chemical weapons under the sea
Cachées depuis des décennies, les décharges d'armes chimiques sous-marines livrent un peu de leur secret grâce à cette enquête : un scandale militaire hérité de deux guerres mondiales et une véritable menace pour l'homme et pour l'environnement.
Plus d'un million et demi de tonnes d'armes chimiques non utilisées gisent sur les fonds marins de la planète. Encore s'agit-il d'une estimation, puisque le secret défense qui les entoure à travers le monde empêche toute évaluation précise. Les poisons qu'elles contiennent (gaz moutarde, gaz sarin, arsenic...) s'échappent lentement, inexorablement, des fûts corrodés par des décennies d'immersion. Ces armes sont l'un des terribles héritages des deux guerres mondiales. Jusqu'au début des années 1970, avec un pic entre 1917 et 1945, les armées des grandes puissances ont systématiquement déversé leur arsenal chimique quasi indestructible au fond des mers, dans les lacs ou l'ont enterré. À la conférence de Potsdam, en 1945, les Alliés rassemblent l’ensemble des armes chimiques collectées chez les belligérants et les immergent en mer Baltique, dans l'Atlantique Nord, dans l'Adriatique et dans la Méditerranée (non loin de Saint-Tropez notamment). Les fonds marins au large du Japon et des États-Unis, ainsi que l'océan Indien, sont également concernés.
Bombes à retardement
Des documents déclassifiés et des recherches indépendantes, sur fond de progrès scientifique et technologique, ont permis de lever une part du secret qui entoure ces décharges. Depuis quelques années, en Italie, en Allemagne, aux États-Unis, au Canada ou au Japon, des individus se battent pour localiser et éliminer ces bombes à retardement. Mais les obstacles sont colossaux : la dissimulation et l’imprécision des archives, le secret militaire, le coût des opérations de nettoyage et la crainte de nuire à la pêche ou au tourisme. Il est donc difficile d'évaluer l’ampleur de la menace qui pèse sur les populations et sur les écosystèmes, d’autant que les États font la sourde oreille. L'espoir vient d'une poignée de scientifiques qui ont saisi l'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques afin qu'elle s'empare du problème. Ce documentaire captivant, nourri d’interviews et d'images d'archives, passe en revue les zones à risque et montre que des solutions sont possibles pour nettoyer les décharges. À condition que les États acceptent d'y mettre le prix.
Repères historiques
22 avril 1915 : L’Armée allemande fut la première à lancer une offensive chimique d’envergure, lors de la 2ème bataille d’Ypres en Belgique, en utilisant un gaz chloré.
1917 : Le gaz moutarde devient le « roi des gaz de combat ».
2 décembre 1943 : Début de la plus grande catastrophe chimique en Europe : 105 bombardiers de la Luftwaffe coulent 27 navires américains dans le port de Bari, dont « Le John Harvey », qui transportait une cargaison secrète de 2000 bombes de gaz moutarde. Pour éviter d’offrir aux Allemands une grande victoire sur le terrain de la propagande, les Alliés décident de garder le secret sur la nature des armes. Des centaines de civils italiens ne reçoivent alors aucun traitement lorsque le nuage de gaz envahit leur ville…
17 juillet - 2 août 1945 : à la conférence de Potsdam, les Alliés victorieux concluent un accord : ils se répartissent les stocks de toutes les armes chimiques et décident de les déverser en mer. à l’époque, cette solution paraît la plus simple et la plus sûre. Des immersions d’armes chimiques ont eu lieu en mer du Japon, dans l’océan Indien, en mer Baltique, en mer du Nord, dans l’Atlantique Nord, au large de la Côte d’Azur, en France et au large des côtes américaines et canadiennes.
1970 : Fin des versements en mer des armes chimiques.
1972 : Une loi du Congrès américain interdit le déversement d’armes chimiques en mer.
13 janvier 1993 : Signature à Paris de la Convention sur l'interdiction de la mise au point, de la fabrication, du stockage et de l'emploi des armes chimiques et sur leur destruction. Elle est entrée en vigueur le 29 avril 1997.
2005 : Début de la construction du gazoduc Nord Stream, qui révèle au grand jour la présence des armes chimiques dans la mer Baltique.
11 octobre 2013 Le prix Nobel de la Paix est décerné à l’Organisation pour l’Interdiction des Armes Chimiques. Créée en 1997, elle a supervisé la destruction de 80% des stocks d’agents chimiques déclarés (environ 60 000 tonnes), ainsi que près de 60% des 8 millions de munitions.
12 décembre 2013 : L 'ONU confirme l'utilisation d'armes chimiques en Syrie. Aux termes de la résolution, toutes les armes chimiques syriennes doivent être détruites avant le 30 juin 2014.
2017 : Date de la levée du secret d’état concernant les immersions en mer aux états-Unis et en Grande-Bretagne.
Les principaux gaz utilisés
De nombreux produits toxiques ont été employés dans les armes chimiques. Ces produits se présentent généralement sous forme de gaz ou d’aérosols largués dans des bombes ou pulvérisés par des avions spécialement équipés.
Parmi les principaux :
L’Arsine ou le trihydrure d’arsenic
Un gaz incolore et toxique, plus lourd que l’air, utilisé par l’armée allemande, en association avec d’autres gaz, dans les obus chimiques de la Première Guerre mondiale. Diffusé en aérosol assez fin pour passer la barrière des filtres des masques à gaz, il forçait les soldats à tousser, éternuer ou vomir. Poussés à ôter leur masque, ils respiraient alors d'autres gaz mortels libérés par les obus. Dans la mer, les armes chimiques à base d’arsenic se décomposent en arsenic inorganique, qui est toxique.
Le chlore
Utilisé lors de la première attaque chimique en 1915, le chlore est un puissant agent irritant qui peut infliger des dégâts aux yeux, au nez, à la gorge et aux poumons. À haute concentration, il peut causer la mort par asphyxie.
Le gaz moutarde
Il s’attaque à tous les organes du corps, provoquant de fortes brûlures, notamment aux yeux, menant à la cécité. Jusqu’à dix jours après l’exposition, les poumons peuvent être atteints : toux, inflammation, saignements, puis apparition de lésions alvéolaires entrainant une détresse respiratoire, un oedème pulmonaire et la mort. Dans la mer, le gaz moutarde se décompose en soufre, carbone et hydrogène, des éléments chimiques relativement inoffensifs.
Le Sarin
Découvert en 1939 par trois chercheurs allemands à la recherche de meilleurs pesticides, le gaz sarin est une substance inodore, incolore et volatile. Même à très faible dose, ce neurotoxique peut être fatal pour l’homme et l’animal.
Le Tabun
Découvert par hasard en Allemagne en 1936 par Gerhard Schrader, c’est un gaz à action rapide, inodore et incolore, qui s'attaque au système nerveux et respiratoire.
CARTES DES VERSEMENTS EN MER D'ARMES CHIMIQUES :
EUROPE :

NORTH EUROPE :
SOUTH ITALIA / FRANCE :
SOUTH ASIA :
JAPAN / KOREA :
NORTH UNITED STATES OF AMERICA :
PACIFIC :
La pollution de la mer Baltique
Le développement du trafic maritime est néfaste pour l’environnement, et la Baltique est déjà l’une des mers les plus polluées de la planète. En effet, l’intensité du trafic maritime favorise les accidents de navire (matérialisés par des points rouges sur la carte). Ainsi, plus de 700 barils de pétrole en moyenne sont déversés dans la Baltique chaque année. Ensuite, les fonds marins de la Baltique contiennent des milliers de tonnes de munitions et d’armes chimiques, déversées à la fin de la Seconde Guerre mondiale, dans les zones cerclées de bleu clair sur la carte.
Source : http://ddc.arte.tv/nos-cartes/mer-baltique-la-mediterranee-du-nord
25/02/2014
Source : http://www.arte.tv
Source : http://future.arte.tv
English : Chemical weapons under the sea
Cachées depuis des décennies, les décharges d'armes chimiques sous-marines livrent un peu de leur secret grâce à cette enquête : un scandale militaire hérité de deux guerres mondiales et une véritable menace pour l'homme et pour l'environnement.
Plus d'un million et demi de tonnes d'armes chimiques non utilisées gisent sur les fonds marins de la planète. Encore s'agit-il d'une estimation, puisque le secret défense qui les entoure à travers le monde empêche toute évaluation précise. Les poisons qu'elles contiennent (gaz moutarde, gaz sarin, arsenic...) s'échappent lentement, inexorablement, des fûts corrodés par des décennies d'immersion. Ces armes sont l'un des terribles héritages des deux guerres mondiales. Jusqu'au début des années 1970, avec un pic entre 1917 et 1945, les armées des grandes puissances ont systématiquement déversé leur arsenal chimique quasi indestructible au fond des mers, dans les lacs ou l'ont enterré. À la conférence de Potsdam, en 1945, les Alliés rassemblent l’ensemble des armes chimiques collectées chez les belligérants et les immergent en mer Baltique, dans l'Atlantique Nord, dans l'Adriatique et dans la Méditerranée (non loin de Saint-Tropez notamment). Les fonds marins au large du Japon et des États-Unis, ainsi que l'océan Indien, sont également concernés.
Bombes à retardement
Des documents déclassifiés et des recherches indépendantes, sur fond de progrès scientifique et technologique, ont permis de lever une part du secret qui entoure ces décharges. Depuis quelques années, en Italie, en Allemagne, aux États-Unis, au Canada ou au Japon, des individus se battent pour localiser et éliminer ces bombes à retardement. Mais les obstacles sont colossaux : la dissimulation et l’imprécision des archives, le secret militaire, le coût des opérations de nettoyage et la crainte de nuire à la pêche ou au tourisme. Il est donc difficile d'évaluer l’ampleur de la menace qui pèse sur les populations et sur les écosystèmes, d’autant que les États font la sourde oreille. L'espoir vient d'une poignée de scientifiques qui ont saisi l'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques afin qu'elle s'empare du problème. Ce documentaire captivant, nourri d’interviews et d'images d'archives, passe en revue les zones à risque et montre que des solutions sont possibles pour nettoyer les décharges. À condition que les États acceptent d'y mettre le prix.
Repères historiques
22 avril 1915 : L’Armée allemande fut la première à lancer une offensive chimique d’envergure, lors de la 2ème bataille d’Ypres en Belgique, en utilisant un gaz chloré.
1917 : Le gaz moutarde devient le « roi des gaz de combat ».
2 décembre 1943 : Début de la plus grande catastrophe chimique en Europe : 105 bombardiers de la Luftwaffe coulent 27 navires américains dans le port de Bari, dont « Le John Harvey », qui transportait une cargaison secrète de 2000 bombes de gaz moutarde. Pour éviter d’offrir aux Allemands une grande victoire sur le terrain de la propagande, les Alliés décident de garder le secret sur la nature des armes. Des centaines de civils italiens ne reçoivent alors aucun traitement lorsque le nuage de gaz envahit leur ville…
17 juillet - 2 août 1945 : à la conférence de Potsdam, les Alliés victorieux concluent un accord : ils se répartissent les stocks de toutes les armes chimiques et décident de les déverser en mer. à l’époque, cette solution paraît la plus simple et la plus sûre. Des immersions d’armes chimiques ont eu lieu en mer du Japon, dans l’océan Indien, en mer Baltique, en mer du Nord, dans l’Atlantique Nord, au large de la Côte d’Azur, en France et au large des côtes américaines et canadiennes.
1970 : Fin des versements en mer des armes chimiques.
1972 : Une loi du Congrès américain interdit le déversement d’armes chimiques en mer.
13 janvier 1993 : Signature à Paris de la Convention sur l'interdiction de la mise au point, de la fabrication, du stockage et de l'emploi des armes chimiques et sur leur destruction. Elle est entrée en vigueur le 29 avril 1997.
2005 : Début de la construction du gazoduc Nord Stream, qui révèle au grand jour la présence des armes chimiques dans la mer Baltique.
11 octobre 2013 Le prix Nobel de la Paix est décerné à l’Organisation pour l’Interdiction des Armes Chimiques. Créée en 1997, elle a supervisé la destruction de 80% des stocks d’agents chimiques déclarés (environ 60 000 tonnes), ainsi que près de 60% des 8 millions de munitions.
12 décembre 2013 : L 'ONU confirme l'utilisation d'armes chimiques en Syrie. Aux termes de la résolution, toutes les armes chimiques syriennes doivent être détruites avant le 30 juin 2014.
2017 : Date de la levée du secret d’état concernant les immersions en mer aux états-Unis et en Grande-Bretagne.
Les principaux gaz utilisés
De nombreux produits toxiques ont été employés dans les armes chimiques. Ces produits se présentent généralement sous forme de gaz ou d’aérosols largués dans des bombes ou pulvérisés par des avions spécialement équipés.
Parmi les principaux :
L’Arsine ou le trihydrure d’arsenic
Un gaz incolore et toxique, plus lourd que l’air, utilisé par l’armée allemande, en association avec d’autres gaz, dans les obus chimiques de la Première Guerre mondiale. Diffusé en aérosol assez fin pour passer la barrière des filtres des masques à gaz, il forçait les soldats à tousser, éternuer ou vomir. Poussés à ôter leur masque, ils respiraient alors d'autres gaz mortels libérés par les obus. Dans la mer, les armes chimiques à base d’arsenic se décomposent en arsenic inorganique, qui est toxique.
Le chlore
Utilisé lors de la première attaque chimique en 1915, le chlore est un puissant agent irritant qui peut infliger des dégâts aux yeux, au nez, à la gorge et aux poumons. À haute concentration, il peut causer la mort par asphyxie.
Le gaz moutarde
Il s’attaque à tous les organes du corps, provoquant de fortes brûlures, notamment aux yeux, menant à la cécité. Jusqu’à dix jours après l’exposition, les poumons peuvent être atteints : toux, inflammation, saignements, puis apparition de lésions alvéolaires entrainant une détresse respiratoire, un oedème pulmonaire et la mort. Dans la mer, le gaz moutarde se décompose en soufre, carbone et hydrogène, des éléments chimiques relativement inoffensifs.
Le Sarin
Découvert en 1939 par trois chercheurs allemands à la recherche de meilleurs pesticides, le gaz sarin est une substance inodore, incolore et volatile. Même à très faible dose, ce neurotoxique peut être fatal pour l’homme et l’animal.
Le Tabun
Découvert par hasard en Allemagne en 1936 par Gerhard Schrader, c’est un gaz à action rapide, inodore et incolore, qui s'attaque au système nerveux et respiratoire.
CARTES DES VERSEMENTS EN MER D'ARMES CHIMIQUES :
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NORTH EUROPE :
SOUTH ITALIA / FRANCE :
SOUTH ASIA :
JAPAN / KOREA :
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La pollution de la mer Baltique
Le développement du trafic maritime est néfaste pour l’environnement, et la Baltique est déjà l’une des mers les plus polluées de la planète. En effet, l’intensité du trafic maritime favorise les accidents de navire (matérialisés par des points rouges sur la carte). Ainsi, plus de 700 barils de pétrole en moyenne sont déversés dans la Baltique chaque année. Ensuite, les fonds marins de la Baltique contiennent des milliers de tonnes de munitions et d’armes chimiques, déversées à la fin de la Seconde Guerre mondiale, dans les zones cerclées de bleu clair sur la carte.
Source : http://ddc.arte.tv/nos-cartes/mer-baltique-la-mediterranee-du-nord
Documentaire de Nicolas Koutsikas, Eric Nadler et Bob Cohen (France 2013, 88mn)
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16 février 2014
Des armes pour le monde
Réalisation:
Daniel Harrich
Source : http://www.arte.tv
04/02/2014
En dépit des contrôles, les zones de conflit sont inondées d’armes importées illégalement, notamment de l’Allemagne. Cette passionnante enquête nous mène du Mexique au Darfour en passant par la Bosnie-Herzégovine.
Malgré la sévérité des restrictions à l’exportation, un nombre
incalculable d’armes à feu sortent illégalement d’Europe chaque année
pour finir entre les mains de milices, de magnats de la drogue ou
d’enfants-soldats. Dans les régions du monde ravagées par les guerres
civiles, les armes issues de ces trafics coûteraient la vie à 500 000
personnes par an. Au Mexique, la guerre contre les cartels de drogue qui
fait rage depuis plusieurs années a déjà fait plus de 70 000 victimes :
dans ce pays, tout comme en Colombie, au Soudan du Sud ou dans les
Balkans, une grande partie du marché noir est alimenté par des fusils
d’assaut, mitrailleurs ou pistolets venus directement d’Allemagne. Si
dix millions d’armes à feu circulent légalement en Allemagne, les
spécialistes avancent un chiffre trois à quatre fois supérieur pour les
flux illégaux. Des réseaux tentaculaires qui entraînent dans leur
sillage les pires exactions et violations des droits humains – et
engrangent des profits colossaux.
Complicités
Qui sont les marchands, les contrebandiers et les hommes de l’ombre qui parviennent à contourner tous les contrôles et à acheminer ces cargaisons jusque dans les zones de conflit ? Que sont devenus les stocks des armées soviétique et est-allemande ? Mais avant tout, les autorités ont-elles encore une chance dans la lutte contre le trafic d’armes international ? Ce passionnant documentaire, qui prend l’allure d’une enquête policière, dévoile la face sombre d’un marché inquiétant et particulièrement opaque, et part à la recherche de complicités souvent très haut placées : douanes, polices et ministères publics.
Source : http://www.arte.tv
04/02/2014
En dépit des contrôles, les zones de conflit sont inondées d’armes importées illégalement, notamment de l’Allemagne. Cette passionnante enquête nous mène du Mexique au Darfour en passant par la Bosnie-Herzégovine.
Complicités
Qui sont les marchands, les contrebandiers et les hommes de l’ombre qui parviennent à contourner tous les contrôles et à acheminer ces cargaisons jusque dans les zones de conflit ? Que sont devenus les stocks des armées soviétique et est-allemande ? Mais avant tout, les autorités ont-elles encore une chance dans la lutte contre le trafic d’armes international ? Ce passionnant documentaire, qui prend l’allure d’une enquête policière, dévoile la face sombre d’un marché inquiétant et particulièrement opaque, et part à la recherche de complicités souvent très haut placées : douanes, polices et ministères publics.
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13 septembre 2013
Drones tueurs et guerres secrètes
Jean-Martial Lefranc / Réalisateur
Source : http://www.france5.fr
Comment gagner une guerre sans faire de victimes dans ses rangs ? Comment sécuriser un territoire sans y envoyer de soldats ? Objet volant dénué de pilote, le drone est la nouvelle arme de guerre du XXIe siècle. Les Etats-Unis ont recours depuis plusieurs années à ces espions pour lutter contre le terrorisme. Si les frappes de drones sont commanditées par l'armée américaine dans les pays où les Etats-Unis sont en guerre, c'est la CIA qui opère dans les autres zones. Dans bien des cas, la guerre des drones échappe au contrôle des pouvoirs législatifs et judiciaires et à celui de la hiérarchie militaire. Quelles sont les dérives liées à l'utilisation de ces engins de «guerre propre» et, plus généralement, des systèmes robotisés ? Au Pakistan, les victimes de cette guerre secrète s'organisent.
Alternative Video Player
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Source : http://www.france5.fr
Comment gagner une guerre sans faire de victimes dans ses rangs ? Comment sécuriser un territoire sans y envoyer de soldats ? Objet volant dénué de pilote, le drone est la nouvelle arme de guerre du XXIe siècle. Les Etats-Unis ont recours depuis plusieurs années à ces espions pour lutter contre le terrorisme. Si les frappes de drones sont commanditées par l'armée américaine dans les pays où les Etats-Unis sont en guerre, c'est la CIA qui opère dans les autres zones. Dans bien des cas, la guerre des drones échappe au contrôle des pouvoirs législatifs et judiciaires et à celui de la hiérarchie militaire. Quelles sont les dérives liées à l'utilisation de ces engins de «guerre propre» et, plus généralement, des systèmes robotisés ? Au Pakistan, les victimes de cette guerre secrète s'organisent.
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19 mars 2013
1946. Essais atomiques à Bikini (Mystères d'archives)
Source : http://www.arte.tv
Depuis que le cinéma existe, jamais autant de caméras n’ont filmé un événement. Pourquoi une telle débauche d’appareils pour faire les images de deux explosions atomiques dans le Pacifique au lendemain de la guerre ?
Since the movie is, never have so many cameras filmed the event. Why such a profusion of devices to the images of two atomic explosions in the Pacific after the war ?
======
Mystères d'archives
Directeur de la collection Serge Viallet
Une coproduction ARTE France, Ina
DL
Depuis que le cinéma existe, jamais autant de caméras n’ont filmé un événement. Pourquoi une telle débauche d’appareils pour faire les images de deux explosions atomiques dans le Pacifique au lendemain de la guerre ?
Since the movie is, never have so many cameras filmed the event. Why such a profusion of devices to the images of two atomic explosions in the Pacific after the war ?
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8 décembre 2012
Irak : après les feux de la guerre, les cancers
Par Agnès Stienne
05/12/12
Source : http://blog.mondediplo.net
english
[2] Depleted Uranium Radioactive Contamination In Iraq : An Overview http://www.brussellstribunal.org/DU...
[3] Metal contamination and the epidemic of congenital birth defects in Iraqi cities, septembre 2012, Bulletin of environmental contamination and toxicology
[4] « The moral equivalent of Nuremberg », The Chicago Tribune, 18 octobre 2012
[5] Lire « U.S. Used Phosphorous Munitions In Fallujah », The Washington Post, 16 novembre 2005
[6] « US forced to import bullets from Israel as troops use 250,000 for every rebel killed, The Belfast Telegraph, 10 janvier 2011
05/12/12
Source : http://blog.mondediplo.net
english
C’est en homme satisfait que l’ancien premier ministre britannique Tony Blair déclarait à l’automne 2012 que « les
forces britanniques devaient être fières de leur intervention en Irak,
lors de l’invasion américaine, car le pays a connu une forte croissance
économique depuis que Saddam Hussein a été chassé du pouvoir en 2003 », et se réjouissait d’« une chute de la mortalité infantile ».
Ces déclarations enthousiastes ont indigné les médecins irakiens, qui
doivent faire face à une progression alarmantes des cancers et des
malformations congénitales des nouveaux-nés dans les villes bombardées
par la coalition internationale.
La situation environnementale de l’Irak est calamiteuse. En cause,
les industries polluantes et l’absence de règlement pour les contrôler.
Les guerres et les insurrections qui ravagent le pays depuis trente ans
ont, elles aussi, des conséquences désastreuses sur l’environnement,
notamment lorsque pipelines et sites industriels sont bombardés. Mais ce
n’est pas tout. Il semble que les munitions utilisées pour soumettre
les villes irakiennes pendant la guerre du Golfe (1990-1991) et
l’invasion en 2003 par les Etats-Unis et ses alliés (Lire « Une guerre à mille milliards de dollars », Défense en ligne (blog du Monde diplomatique),
janvier 2011) soient devenues un agent majeur de pollution
environnementale, avec de graves conséquences sur la santé publique.
« Atomisées » dans la nature lors des bombardements, elles continuent de tuer à petit feu les populations civiles plusieurs années après que les combats aient cessé. Les militaires réfutent, la science dénonce.
On retrouve une forte accumulation de dioxine aux abords des installations industrielles détruites pendant la guerre du Golfe, alors que la stratégie consistait à pilonner systématiquement les sites industriels civils et militaires, pipelines et raffineries. Dans la région de Bassorah, l’une des plus touchées par les bombardements, c’est un véritable désastre sanitaire. « Business is business » : après 2003, la priorité fut donnée à la remise en service des installations pétrolières et gazières. Hélas, les pluies de pétrodollars — loués par M. Blair — n’ont pas encore réussi à lessiver les zones contaminées.
L’uranium appauvri, interdit par certains pays, provient des munitions utilisées par la coalition en 1991 et 2003 [1]. Ce métal lourd a les faveurs de l’industrie de l’armement en raison de son fort pouvoir de pénétration des matériels blindés. Une fois la charge explosée, ce composant chimique se disperse et s’infiltre dans le sol et dans l’eau, occasionnant des pollutions durables dans les rues, les jardins, les champs ou les aires de jeu pour enfants… Il contamine aussi les soldats sans que le commandement ne s’en émeuve. D’autres métaux lourds, comme le plomb et le mercure, entrent dans la composition des munitions et se retrouvent aussi disséminés en quantités significatives dans l’environnement.
Passé l’orage, le cauchemar se prolonge malgré tout pour les civils. Le ciel ne tonne certes plus, les armes se sont tues, la rue s’anime, on circule et on commerce. La vie reprend, semble-t-il, comme avant. Pas tout à fait, pourtant. Partout le même constat tragique : une hausse alarmante de la mortalité infantile, des leucémies, des cancers, des tumeurs, des malformations congénitales.
En 2009, les médecins de l’hôpital général de Falloujah, effrayés par ce qu’ils constataient au fil des années, adressèrent un courrier commun aux Nations unies pour réclamer des investigations indépendantes : « En septembre 2009, sur 170 nouveaux-nés , 24 % d’entre eux sont morts dans leur première semaine, parmi lesquels 75 % présentaient des malformations importantes. » Des enquêtes partielles seront ensuite menées à Falloujah et à Bassorah quelques mois plus tard et les résultats publiés dans le « Bulletin of environmental contamination and toxicology » de l’université du Michigan [3]. Les auteurs résument leurs observations en une phrase qui veut tout dire : « Le taux de cancers, de leucémies et de mortalité infantile observé à Falloujah est plus élevé qu’il ne le fut à Hiroshima et Nagasaki en 1945. » [4] Il est rappelé que l’exposition aux métaux toxiques (dont les effets morbides sont reconnus) est source de complications sévères pour les femmes enceintes et le développement du fœtus. En conclusion, il est plus que probable que les munitions utilisées pour les bombardements dans ces deux villes soient à l’origine de ces tragédies.
A Falloujah, cinquante-six familles se sont mises à la disposition du personnel hospitalier pendant trois mois pour répondre à un questionnaire type et se soumettre à des examens.
Entre 2004 et 2006, le taux de fausses couches s’élève à 45 % du nombre de grossesses et celui de bébés malformés à 30 % du nombre de naissances.
Entre 2007 et 2012, le nombre de fausses couches diminue et tombe à 15 %, tandis que celui de bébés souffrant de malformations augmente sensiblement pour atteindre 54 %.
Plus de la moitié des nouveaux-nés souffrent de malformations congénitales affectant le cœur, le cerveau, la moelle épinière, les poumons et le palais.
Sur la base des chiffres fournis par le département de la défense, à Washington, John Pike, le directeur du groupe de recherche GlobalSecurity.org, estime que les soldats américains ont tiré en moyenne entre deux cents cinquante à trois-cents mille munitions de petit calibre par insurgé tué en Irak et en Afghanistan [6].
Voilà des chiffres qui laissent perplexe. Et s’ajoute à cela l’artillerie lourde. C’est au bas mot des milliers de tonnes de munitions éclatées en petites particules toxiques de métaux lourds, notamment du mercure et du plomb, qui contaminent les sols et l’eau. Ce n’est donc pas un hasard, si les analyses de cheveux des enfants de Falloujah souffrant de malformations congénitales révèlent la présence de plomb et de mercure à des taux très supérieurs par rapport au reste de la population.
À Bassorah, l’étude présente des résultats similaires. Les voix s’élèvent pour que des recherches plus poussées et exhaustives soient entreprises à travers tout le pays, afin que la situation soit enfin reconnue avec précision et des mesures adéquates mises en place. Pour la justice et les réparations, il faudra bien un jour mettre la coalition — principalement les Etats-Unis et le Royaume-Uni — face à ses responsabilités pour qu’elle reconnaisse enfin son rôle dans ce qu’il faut bien appeler un crime. Un crime de plus, puisque les crimes d’hier — Hiroshima, Nagasaki, Vietnam — demeurent, aujourd’hui encore, impunis.
« Atomisées » dans la nature lors des bombardements, elles continuent de tuer à petit feu les populations civiles plusieurs années après que les combats aient cessé. Les militaires réfutent, la science dénonce.
Constats sanitaires alarmants
En 2005, le programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE), dans un rapport intitulé « Assessment of environmental hot spots in Iraq », estimait à plusieurs milliers le nombre de zones contaminées cumulant — à des degrés divers — pollutions industrielles et contaminations militaires. Plus de trois cents « points chauds » — comprendre hautement toxiques —, ont été identifiés, parmi lesquels quarante-deux sites concentrant des taux considérables de dioxine et d’uranium appauvri, et dont dix avec des taux très élevés de radioactivité.
On retrouve une forte accumulation de dioxine aux abords des installations industrielles détruites pendant la guerre du Golfe, alors que la stratégie consistait à pilonner systématiquement les sites industriels civils et militaires, pipelines et raffineries. Dans la région de Bassorah, l’une des plus touchées par les bombardements, c’est un véritable désastre sanitaire. « Business is business » : après 2003, la priorité fut donnée à la remise en service des installations pétrolières et gazières. Hélas, les pluies de pétrodollars — loués par M. Blair — n’ont pas encore réussi à lessiver les zones contaminées.
L’uranium appauvri, interdit par certains pays, provient des munitions utilisées par la coalition en 1991 et 2003 [1]. Ce métal lourd a les faveurs de l’industrie de l’armement en raison de son fort pouvoir de pénétration des matériels blindés. Une fois la charge explosée, ce composant chimique se disperse et s’infiltre dans le sol et dans l’eau, occasionnant des pollutions durables dans les rues, les jardins, les champs ou les aires de jeu pour enfants… Il contamine aussi les soldats sans que le commandement ne s’en émeuve. D’autres métaux lourds, comme le plomb et le mercure, entrent dans la composition des munitions et se retrouvent aussi disséminés en quantités significatives dans l’environnement.
Passé l’orage, le cauchemar se prolonge malgré tout pour les civils. Le ciel ne tonne certes plus, les armes se sont tues, la rue s’anime, on circule et on commerce. La vie reprend, semble-t-il, comme avant. Pas tout à fait, pourtant. Partout le même constat tragique : une hausse alarmante de la mortalité infantile, des leucémies, des cancers, des tumeurs, des malformations congénitales.
La coalition réfute, la science dénonce
En dépit des avertissements successifs lancés par les médecins, aucune étude sérieuse n’a été menée pour déterminer l’origine de ces symptômes. Washington refuse de reconnaître un lien de causalité entre les contaminations militaires et ce très inquiétant problème de santé publique, et semble même déterminé à entraver toute recherche scientifique [2].
En 2009, les médecins de l’hôpital général de Falloujah, effrayés par ce qu’ils constataient au fil des années, adressèrent un courrier commun aux Nations unies pour réclamer des investigations indépendantes : « En septembre 2009, sur 170 nouveaux-nés , 24 % d’entre eux sont morts dans leur première semaine, parmi lesquels 75 % présentaient des malformations importantes. » Des enquêtes partielles seront ensuite menées à Falloujah et à Bassorah quelques mois plus tard et les résultats publiés dans le « Bulletin of environmental contamination and toxicology » de l’université du Michigan [3]. Les auteurs résument leurs observations en une phrase qui veut tout dire : « Le taux de cancers, de leucémies et de mortalité infantile observé à Falloujah est plus élevé qu’il ne le fut à Hiroshima et Nagasaki en 1945. » [4] Il est rappelé que l’exposition aux métaux toxiques (dont les effets morbides sont reconnus) est source de complications sévères pour les femmes enceintes et le développement du fœtus. En conclusion, il est plus que probable que les munitions utilisées pour les bombardements dans ces deux villes soient à l’origine de ces tragédies.
A Falloujah, cinquante-six familles se sont mises à la disposition du personnel hospitalier pendant trois mois pour répondre à un questionnaire type et se soumettre à des examens.
Entre 2004 et 2006, le taux de fausses couches s’élève à 45 % du nombre de grossesses et celui de bébés malformés à 30 % du nombre de naissances.
Entre 2007 et 2012, le nombre de fausses couches diminue et tombe à 15 %, tandis que celui de bébés souffrant de malformations augmente sensiblement pour atteindre 54 %.
Plus de la moitié des nouveaux-nés souffrent de malformations congénitales affectant le cœur, le cerveau, la moelle épinière, les poumons et le palais.
Petit retour en arrière et gros plan sur la ville
Située à soixante-cinq kilomètres à l’ouest de Bagdad, Falloujah est toujours, en cette année 2004, un bastion des fidèles de Saddam Hussein et, pour cette raison, l’objet de fréquentes attaques menées par l’armée américaine. La situation s’embrase lorsque les corps de quatre mercenaires américains tués au combat sont exhibés à travers la ville. En représailles, l’artillerie lourde et l’aviation sont déployées. Un premier assaut meurtrier est lancé pour y déloger les insurgés — sans réel succès —, puis quelques mois plus tard, une seconde offensive, pendant laquelle les bombardements intensifs dureront plusieurs semaines. Le Pentagone reconnaîtra plus tard, dans une brève note, avoir utilisé des bombes au phosphore blanc [5]. Le nombre de morts côté irakien est incertain : plusieurs centaines d’insurgés et plusieurs milliers de civils. Côté américain, 95 soldats...
Sur la base des chiffres fournis par le département de la défense, à Washington, John Pike, le directeur du groupe de recherche GlobalSecurity.org, estime que les soldats américains ont tiré en moyenne entre deux cents cinquante à trois-cents mille munitions de petit calibre par insurgé tué en Irak et en Afghanistan [6].
Voilà des chiffres qui laissent perplexe. Et s’ajoute à cela l’artillerie lourde. C’est au bas mot des milliers de tonnes de munitions éclatées en petites particules toxiques de métaux lourds, notamment du mercure et du plomb, qui contaminent les sols et l’eau. Ce n’est donc pas un hasard, si les analyses de cheveux des enfants de Falloujah souffrant de malformations congénitales révèlent la présence de plomb et de mercure à des taux très supérieurs par rapport au reste de la population.
À Bassorah, l’étude présente des résultats similaires. Les voix s’élèvent pour que des recherches plus poussées et exhaustives soient entreprises à travers tout le pays, afin que la situation soit enfin reconnue avec précision et des mesures adéquates mises en place. Pour la justice et les réparations, il faudra bien un jour mettre la coalition — principalement les Etats-Unis et le Royaume-Uni — face à ses responsabilités pour qu’elle reconnaisse enfin son rôle dans ce qu’il faut bien appeler un crime. Un crime de plus, puisque les crimes d’hier — Hiroshima, Nagasaki, Vietnam — demeurent, aujourd’hui encore, impunis.
A consulter
Depuis que les munitions à l’uranium appauvri (UA) ont été testées par les Etats-Unis contre l’Irak, décès et maladies inexpliquées se multiplient chez les combattants ayant servi dans le Golfe, mais aussi en Bosnie et au Kosovo. A des degrés divers, les agences des Nations unies ont imposé une chape de silence sur la dangerosité radiologique et chimique de cette arme. N’a-t-il pas fallu attendre janvier 2001 pour que l’Organisation mondiale de la santé « envisage » d’enquêter sur les effets de l’UA sur les populations du Golfe ?
- Les bombardements ciblés de l’OTAN en République Fédérale de Yougoslavie (mars-juin 1999) par Philippe Rekacewicz, Le Monde diplomatique, janvier 2000.
- Munitions à l’uranium appauvri sur le Kosovo - I par la « Balkans Unit » - PNUE, 2000.
- Munitions à l’uranium appauvri sur le Kosovo - II par la « Balkans Unit » - PNUE, 2000.
Notes
[1] Lire Depleted Uranium Radioactive Contamination In Iraq : An Overview
[2] Depleted Uranium Radioactive Contamination In Iraq : An Overview http://www.brussellstribunal.org/DU...
[3] Metal contamination and the epidemic of congenital birth defects in Iraqi cities, septembre 2012, Bulletin of environmental contamination and toxicology
[4] « The moral equivalent of Nuremberg », The Chicago Tribune, 18 octobre 2012
[5] Lire « U.S. Used Phosphorous Munitions In Fallujah », The Washington Post, 16 novembre 2005
[6] « US forced to import bullets from Israel as troops use 250,000 for every rebel killed, The Belfast Telegraph, 10 janvier 2011
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31 août 2012
Guerre D'Irak : Les dossiers secrets
- Durée : 45 mn
- - 10 Interdit aux moins de 10 ans
Le site Web WikiLeaks a mis en ligne quelque 400 000 rapports militaires américains secrets sur la guerre en Irak, dévoilant les coulisses d'un conflit qui aurait fait environ 110 000 morts entre 2004 et 2009, dont 66 000 civils. Puis le site a confié ces documents à une équipe de télévision anglaise, demandant aux journalistes de les confronter avec des témoignages recueillis sur place. L'enquête menée par ces professionnels jette une lumière crue sur la guerre en Irak, entre bavures, usages disproportionnés de la force et de la torture. Les rapports laissent aussi penser que, loin d'anéantir Al-Qaida, l'offensive américaine a, bien au contraire, renforcé l'organisation d'Oussama Ben Laden.
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28 juin 2012
Supprimer la bombe ?
Par Philippe Leymarie
mercredi 27 juin 2012
pour http://blog.mondediplo.net
mercredi 27 juin 2012
pour http://blog.mondediplo.net
Tollé et débat aussitôt refermé sur le nucléaire militaire français, après la proposition volontairement provocatrice de l’ancien premier ministre Michel Rocard de « supprimer la force de dissuasion française — 16 milliards d’euros par an qui ne servent absolument à rien ». Il est vrai que le vieux cacique socialiste avait un peu chargé la barque : la « force de frappe », comme on disait au temps du général de Gaulle, engloutit environ 3,4 milliards par an — ce qui est déjà beaucoup trop lourd pour les « abolitionnistes », mais considéré par les défenseurs du statu quo comme raisonnable, pour le prix d’une « assurance-vie ».
En dépit de sa bourde sur les chiffres — il répondait à la volée (sur BFM-TV, le 19 juin 2012) à une question sur les recettes nouvelles pouvant être mobilisées pour ramener le déficit des finances publiques à 3 % du produit intérieur brut (PIB) en 2013 —, Michel Rocard a reçu quelques soutiens :
— « Nous ne pouvons plus asseoir notre défense comme dans les années 1960. on n’a pas changé de doctrine depuis lors, et on a une dissuasion nucléaire en réalité faiblement dissuasive » (Jean-Vincent Placé, président du groupe écologiste au Sénat, Le Parisien, 22 juin 2012) ;
— « Abandonner la dissuasion nucléaire permettrait d’accélérer la sortie du nucléaire civil qui n’est que le prolongement du nucléaire militaire » (Noël Mamère, député EELV, 20 juin 2012) ;
— « La dissuasion nucléaire n’a jamais protégé des groupes terroristes… Ce n’est pas une assurance-vie, mais une assurance-mort… Si la dissuasion nous protège, pourquoi vouloir construire un bouclier ? » (Paul Quilès, ancien ministre de la défense, puis président de la commission de défense à l’Assemblée nationale, sur le site Atlantico, le 22 juin 2012). Le même Paul Quilès dans L’Express, le 4 janvier 2011, avait estimé que « la question de sa pertinence aurait dû se poser dès lors que la confrontation des blocs a pris fin, à partir de la chute du mur de Berlin, en novembre 1989 ».
— La dissuasion est « un élément qui contribue à la paix », confère en outre à la France son statut de grande puissance et justifie son siège de membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU » (le président François Hollande, le 20 juin, depuis le sommet de Rio de Janeiro) ;
— « Renoncer à la dissuasion nucléaire pour des raisons d’économie budgétaire n’est pas aujourd’hui la position de la France » (idem) ;
— « On ne fait pas d’économies sur son assurance vie » (Jean-Yves Le Drian, ministre de la défense, sur RTL, le 20 juin) ;
— « L’abandon de la dissuasion nucléaire serait une fausse piste, dans un monde aussi instable, s’il n’y a pas un renforcement de l’Europe en ce qui concerne la défense » (Claude Bartolone, président de l’Assemblée nationale) ;
— la dissuasion « permet de prévenir l’irruption des guerres ou d’éviter que des conflits régionaux ne dégénèrent en conflits mondiaux » (Jean-Claude Mallet, conseiller du ministre de la défense).
— « Ce qui fait que la France pèse sur la scène internationale, c’est qu’elle a la force de dissuasion » (Christian Jacob, chef du groupe UMP à l’Assemblée nationale) ;
— « Il y a d’autres façons de trouver des milliards », et « ce serait une très grave erreur stratégique que de baisser la garde de la défense française aujourd’hui », (Alain Juppé, Europe 1) ;
— « Tant que cette menace subsistera, il n’est pas temps d’aller plus loin dans le démantèlement de notre capacité de dissuasion » (Alain Juppé, alors ministre de la défense, dans la revue Défense-IHEDN, 2010).
Les défenseurs de la dissuasion font valoir que son coût (3,4 milliards d’euros en 2012, soit un cinquième du budget d’investissement et d’équipement, ou un dixième du budget global de la défense) n’est pas si élevé. Cette estimation comprend les surcoûts induits par la production, l’entretien et le stockage de 300 têtes nucléaires, des quatre sous-marins lanceurs d’engins (SNLE) de la Force océanique stratégique, et des deux escadrilles des Forces aériennes stratégiques, auxquelles peuvent se joindre les Rafale du porte-avions Charles de Gaulle, quand ce dernier est disponible.
Une dissuasion avec 30 % de dépenses en moins serait à la rigueur concevable sur le plan opérationnel, mais la France rejoindrait alors un modèle de dissuasion de type britannique (30 % moins chère) au prix d’une dépendance à l’égard d’un « parrain » extérieur (dans les vecteurs, la recherche).
Bruno Tertrais, un connaisseur et défenseur de la dissuasion, considère comme « dommage » que le débat sur le nucléaire militaire ait toujours été « activement découragé par l’exécutif » (Séminaire-sandwich à l’IFRI, 10 mai 2012). Il estime qu’il n’y a pas de décisions urgentes à prendre dans ce domaine, mais qu’au milieu du quinquennat, l’exécutif devra prendre position sur la future génération de la dissuasion, qui devrait voir le jour à l’échéance 2020-30.
A plus court terme, le gouvernement devra cependant décider s’il commande une douzaine d’avions-ravitailleurs de type MRTT, pour remplacer l’actuelle flotte de C-135, à bout de course : la composante aérienne de la dissuasion ne peut se passer de ces « nounous », qui allongent le rayon d’action des appareils. Il reste aussi, côté doctrine, à lever des ambiguïtés sur la nature et le périmètre des « intérêts vitaux » invoqués pour agiter la menace nucléaire (sont-ils étendus aux lignes de ravitaillement, à l’accès aux sources d’énergie, à l’outre-mer, à la base française d’Abou Dhabi, sur le Golfe ?).
Quant à Michel Rocard, il avait cosigné avec Alain Juppé (avec qui il a présidé la commission du Grand emprunt), Alain Richard et le général Norlain, une tribune publiée à l’automne 2009 par le quotidien Le Monde, où il plaidait pour un désarmement nucléaire mondial, en engageant « un processus conduisant de manière planifiée au désarmement complet », en y associant « pleinement les trois puissances nucléaires de fait » [Israël, Inde et Pakistan], en écartant « tout projet de développement d’arme nouvelle », et en prenant « plus d’initiatives et de risques politiques pour surmonter les crises régionales majeures ».
Paul Quilès, dans une note à sa tribune du 4 janvier 2011 dans L’Express, rappelait que la force principale de la dissuasion française consiste en quatre SNLE (sous-marins nucléaires lanceur d’engins). Cette composante océanique permet à la France de frapper en premier un adversaire étatique comme de répondre avec certitude à son attaque. Ces SNLE, en cours de modernisation, seront dotés chacun à l’horizon 2015 de seize nouveaux missiles M51 (d’une portée de 9 000 km) et de nouvelles ogives nucléaires (TNO) d’une puissance de 100 kt. De quoi dissuader tout adversaire situé sur n’importe quel point du globe. Une frappe d’un seul missile (avec 6 ogives au maximum) provoquerait des dégâts incommensurables, si l’on se souvient des 200 000 morts d’Hiroshima consécutifs à l’explosion d’une bombe... de 15 kt. Dans le même tribune, Quilès conteste l’utilité de la composante aérienne de la dissuasion.
En janvier dernier, nous rappelions que la France est, avec la Grande-Bretagne (mais cette dernière reste fortement dépendante du cousin américain), le seul pays européen à posséder un arsenal de dissuasion nucléaire. Ce dispositif, qui avait fait ses preuves aux débuts de la Ve République dans un contexte de distance prise avec l’OTAN et de conflit Est-Ouest, donnant à la France les moyens de son autonomie stratégique, doit être réexaminé aujourd’hui, sur :
— son efficacité technique (compte tenu de son échelle actuellement très réduite) ;
— ses justifications stratégiques (en l’absence de son challenger historique, l’ex-Union soviétique) ;
— son coût (qui absorbe en gros un cinquième des crédits d’équipement de la défense).
Les Etats et les opinions européennes ont considéré ce parapluie nucléaire français à la fois comme un fait imposé et comme une prestation gratuite — qui s’ajoute au dispositif de dissuasion de l’OTAN, dans le cadre du grand parrainage américain. Mais son positionnement n’a jamais fait l’objet de concertation internationale.
— « Nous ne pouvons plus asseoir notre défense comme dans les années 1960. on n’a pas changé de doctrine depuis lors, et on a une dissuasion nucléaire en réalité faiblement dissuasive » (Jean-Vincent Placé, président du groupe écologiste au Sénat, Le Parisien, 22 juin 2012) ;
— « Abandonner la dissuasion nucléaire permettrait d’accélérer la sortie du nucléaire civil qui n’est que le prolongement du nucléaire militaire » (Noël Mamère, député EELV, 20 juin 2012) ;
— « La dissuasion nucléaire n’a jamais protégé des groupes terroristes… Ce n’est pas une assurance-vie, mais une assurance-mort… Si la dissuasion nous protège, pourquoi vouloir construire un bouclier ? » (Paul Quilès, ancien ministre de la défense, puis président de la commission de défense à l’Assemblée nationale, sur le site Atlantico, le 22 juin 2012). Le même Paul Quilès dans L’Express, le 4 janvier 2011, avait estimé que « la question de sa pertinence aurait dû se poser dès lors que la confrontation des blocs a pris fin, à partir de la chute du mur de Berlin, en novembre 1989 ».
Destruction ponctuelle
L’ancien premier ministre — fils du physicien Yves Rocard, un des pères de la bombe atomique française — n’en est pas à son coup d’essai à propos de la dissuasion, et ne s’en tient pas aux seuls arguments financiers. En juin 2008, par exemple, il affirmait que « le nucléaire n’est d’aucune utilité devant les menaces d’aujourd’hui : il est clair que la destruction de populations entières n’est pas la bonne réponse », alors qu’il faut plutôt privilégier « la destruction ponctuelle et précise d’installations et d’engins, voire de personnes ».
- « Donner une chance à la paix »
- Des écoliers écrivent des prières pour la paix sur des bâtonnets. Mémorial de la paix, Hiroshima, Japan. Photo d’isado.
— La dissuasion est « un élément qui contribue à la paix », confère en outre à la France son statut de grande puissance et justifie son siège de membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU » (le président François Hollande, le 20 juin, depuis le sommet de Rio de Janeiro) ;
— « Renoncer à la dissuasion nucléaire pour des raisons d’économie budgétaire n’est pas aujourd’hui la position de la France » (idem) ;
— « On ne fait pas d’économies sur son assurance vie » (Jean-Yves Le Drian, ministre de la défense, sur RTL, le 20 juin) ;
— « L’abandon de la dissuasion nucléaire serait une fausse piste, dans un monde aussi instable, s’il n’y a pas un renforcement de l’Europe en ce qui concerne la défense » (Claude Bartolone, président de l’Assemblée nationale) ;
— la dissuasion « permet de prévenir l’irruption des guerres ou d’éviter que des conflits régionaux ne dégénèrent en conflits mondiaux » (Jean-Claude Mallet, conseiller du ministre de la défense).
Modèle britannique
On trouve des réactions de tonalité comparable du côté de la droite :
— « Ce qui fait que la France pèse sur la scène internationale, c’est qu’elle a la force de dissuasion » (Christian Jacob, chef du groupe UMP à l’Assemblée nationale) ;
— « Il y a d’autres façons de trouver des milliards », et « ce serait une très grave erreur stratégique que de baisser la garde de la défense française aujourd’hui », (Alain Juppé, Europe 1) ;
— « Tant que cette menace subsistera, il n’est pas temps d’aller plus loin dans le démantèlement de notre capacité de dissuasion » (Alain Juppé, alors ministre de la défense, dans la revue Défense-IHEDN, 2010).
Les défenseurs de la dissuasion font valoir que son coût (3,4 milliards d’euros en 2012, soit un cinquième du budget d’investissement et d’équipement, ou un dixième du budget global de la défense) n’est pas si élevé. Cette estimation comprend les surcoûts induits par la production, l’entretien et le stockage de 300 têtes nucléaires, des quatre sous-marins lanceurs d’engins (SNLE) de la Force océanique stratégique, et des deux escadrilles des Forces aériennes stratégiques, auxquelles peuvent se joindre les Rafale du porte-avions Charles de Gaulle, quand ce dernier est disponible.
Une dissuasion avec 30 % de dépenses en moins serait à la rigueur concevable sur le plan opérationnel, mais la France rejoindrait alors un modèle de dissuasion de type britannique (30 % moins chère) au prix d’une dépendance à l’égard d’un « parrain » extérieur (dans les vecteurs, la recherche).
Culture de la dissuasion
Culturellement, la gauche est traditionnellement plutôt favorable à un allègement du dispositif de défense : ainsi, Martine Aubry, première secrétaire du PS, a évoqué récemment la possibilité de « réduire l’armée avec l’accord de l’armée » (!). De « grandes consciences » comme Michel Rocard ou Stéphane Hessel ont fait campagne contre la dissuasion, mais n’ont pas entraîné de mouvement significatif. La génération des « quadra » post Est-Ouest, qui arrive aux affaires, semble moins sensibilisée aux questions de défense, et ne possède pas la « culture de la dissuasion » de la génération grandie sous De Gaulle, l’Union soviétique, etc. — ce qui, finalement, pourrait renforcer à terme le courant abolitionniste.
Bruno Tertrais, un connaisseur et défenseur de la dissuasion, considère comme « dommage » que le débat sur le nucléaire militaire ait toujours été « activement découragé par l’exécutif » (Séminaire-sandwich à l’IFRI, 10 mai 2012). Il estime qu’il n’y a pas de décisions urgentes à prendre dans ce domaine, mais qu’au milieu du quinquennat, l’exécutif devra prendre position sur la future génération de la dissuasion, qui devrait voir le jour à l’échéance 2020-30.
A plus court terme, le gouvernement devra cependant décider s’il commande une douzaine d’avions-ravitailleurs de type MRTT, pour remplacer l’actuelle flotte de C-135, à bout de course : la composante aérienne de la dissuasion ne peut se passer de ces « nounous », qui allongent le rayon d’action des appareils. Il reste aussi, côté doctrine, à lever des ambiguïtés sur la nature et le périmètre des « intérêts vitaux » invoqués pour agiter la menace nucléaire (sont-ils étendus aux lignes de ravitaillement, à l’accès aux sources d’énergie, à l’outre-mer, à la base française d’Abou Dhabi, sur le Golfe ?).
Dégâts incommensurables
Le désarmement nucléaire n’en est pas moins un horizon théorique pris en compte par les politiques des deux bords. François Hollande, en marge du sommet Rio+20, a rappelé qu’il s’est « engagé devant les Français pour préserver la dissuasion nucléaire parce que c’est un élément qui contribue à la paix. Il y a des négociations et une discussion sur le désarmement nucléaire, la France doit y prendre toute sa part et nous le ferons ».
Quant à Michel Rocard, il avait cosigné avec Alain Juppé (avec qui il a présidé la commission du Grand emprunt), Alain Richard et le général Norlain, une tribune publiée à l’automne 2009 par le quotidien Le Monde, où il plaidait pour un désarmement nucléaire mondial, en engageant « un processus conduisant de manière planifiée au désarmement complet », en y associant « pleinement les trois puissances nucléaires de fait » [Israël, Inde et Pakistan], en écartant « tout projet de développement d’arme nouvelle », et en prenant « plus d’initiatives et de risques politiques pour surmonter les crises régionales majeures ».
Paul Quilès, dans une note à sa tribune du 4 janvier 2011 dans L’Express, rappelait que la force principale de la dissuasion française consiste en quatre SNLE (sous-marins nucléaires lanceur d’engins). Cette composante océanique permet à la France de frapper en premier un adversaire étatique comme de répondre avec certitude à son attaque. Ces SNLE, en cours de modernisation, seront dotés chacun à l’horizon 2015 de seize nouveaux missiles M51 (d’une portée de 9 000 km) et de nouvelles ogives nucléaires (TNO) d’une puissance de 100 kt. De quoi dissuader tout adversaire situé sur n’importe quel point du globe. Une frappe d’un seul missile (avec 6 ogives au maximum) provoquerait des dégâts incommensurables, si l’on se souvient des 200 000 morts d’Hiroshima consécutifs à l’explosion d’une bombe... de 15 kt. Dans le même tribune, Quilès conteste l’utilité de la composante aérienne de la dissuasion.
Stricte suffisance ?
Sur ce blog, en mars 2011, nous demandions « A quand le débat sur le nucléaire ? ». Les partisans de la dissuasion rappellent qu’il n’y a pas eu de guerre entre grandes puissances depuis soixante-cinq ans : l’arme nucléaire, une sorte d’assurance tous risques, conçue pour ne pas avoir à être utilisée, y a, selon eux, largement contribué. Ils font remarquer que l’arsenal français actuel — qui a été réduit par étapes depuis vingt ans, au point d’être ramené à ce que les spécialistes appellent une « stricte suffisance » — n’est pas surdimensionné : un SNLE en moins, par exemple, et il n’y aura plus la possibilité d’assurer en permanence une patrouille à la mer. D’autant que les 3,5 milliards d’euros annuels qui seraient libérés par une sortie du nucléaire militaire iraient au remboursement de la dette publique, et non à l’équipement des armées.
En janvier dernier, nous rappelions que la France est, avec la Grande-Bretagne (mais cette dernière reste fortement dépendante du cousin américain), le seul pays européen à posséder un arsenal de dissuasion nucléaire. Ce dispositif, qui avait fait ses preuves aux débuts de la Ve République dans un contexte de distance prise avec l’OTAN et de conflit Est-Ouest, donnant à la France les moyens de son autonomie stratégique, doit être réexaminé aujourd’hui, sur :
— son efficacité technique (compte tenu de son échelle actuellement très réduite) ;
— ses justifications stratégiques (en l’absence de son challenger historique, l’ex-Union soviétique) ;
— son coût (qui absorbe en gros un cinquième des crédits d’équipement de la défense).
Les Etats et les opinions européennes ont considéré ce parapluie nucléaire français à la fois comme un fait imposé et comme une prestation gratuite — qui s’ajoute au dispositif de dissuasion de l’OTAN, dans le cadre du grand parrainage américain. Mais son positionnement n’a jamais fait l’objet de concertation internationale.
17 novembre 2011
Bilan des exportations d’armes (FRANCE)
Par Marion Boucharlat
pour http://owni.fr
“La crise n’entame pas la dynamique générale” affirmait mercredi le général Philippe Pontiès, porte-parole adjoint du ministère de la Défense, lors de la présentation du rapport sur les exportations d’armement en 2010. “Avec 5,12 milliards d’euros de prises de commandes en 2010, la France se maintient au quatrième rang des exportateurs mondiaux d’armement” se félicite Gérard Longuet, ministre de la Défense, dans un communiqué. Les prises de commande en 2010 sont pourtant en net recul par rapport à l’année précédente, faisant de 2010 la plus mauvaise année depuis 2006.
En 2009, elles plafonnaient à 8,1 milliards d’euros. Comme le montre notre visualisation, plusieurs importantes commandes ont été enregistrées en 2010, notamment avec l’Inde, la Malaisie, l’Arabie Saoudite et le Kazakhstan. Ils se concentrent dans les domaines aérien et supra-aérien, maritime, balistique, d’interception et brouillage des communications. (Cliquez sur l’image pour voir afficher l’ensemble des pays et des commandes).

Sur le globe, la région du Proche et Moyen-Orient réunit la majorité des commandes, pour un montant de 1,2 milliards en 2010, loin devant l’Asie du Sud (802 millions) et l’Union européenne (541 millions).
Un Moyen-Orient en pleine ébullition révolutionnaire depuis le début de l’année 2011. Le général Pontiès du ministère de la Défense et Bernard Valéro, porte-parole du Quai d’Orsay, ont assuré que les autorisations d’exportation pour les pays où la répression faisait rage, Syrie et Yémen en tête, étaient gelées, sans toutefois être en mesure de le confirmer pour Bahreïn.
Depuis 2006, la France a livré du matériel militaire pour une valeur de plus de 6,2 milliards d’euros aux pays de la région, principalement à l’Arabie Saoudite et aux Emirats arabes unis. En 2010, le montant des livraisons (en gris clair sur le graphique ci-dessous) s’élevait à 1,6 milliards d’euros.
Visualisation réalisée par Marion Boucharlat. Vous pouvez télécharger le poster en haute définition.
pour http://owni.fr
“La crise n’entame pas la dynamique générale” affirmait mercredi le général Philippe Pontiès, porte-parole adjoint du ministère de la Défense, lors de la présentation du rapport sur les exportations d’armement en 2010. “Avec 5,12 milliards d’euros de prises de commandes en 2010, la France se maintient au quatrième rang des exportateurs mondiaux d’armement” se félicite Gérard Longuet, ministre de la Défense, dans un communiqué. Les prises de commande en 2010 sont pourtant en net recul par rapport à l’année précédente, faisant de 2010 la plus mauvaise année depuis 2006.
En 2009, elles plafonnaient à 8,1 milliards d’euros. Comme le montre notre visualisation, plusieurs importantes commandes ont été enregistrées en 2010, notamment avec l’Inde, la Malaisie, l’Arabie Saoudite et le Kazakhstan. Ils se concentrent dans les domaines aérien et supra-aérien, maritime, balistique, d’interception et brouillage des communications. (Cliquez sur l’image pour voir afficher l’ensemble des pays et des commandes).
Légende : les points beige correspondent aux commandes entre 1 et 50 millions, les points rouge aux commandes supérieures
Un Moyen-Orient en pleine ébullition révolutionnaire depuis le début de l’année 2011. Le général Pontiès du ministère de la Défense et Bernard Valéro, porte-parole du Quai d’Orsay, ont assuré que les autorisations d’exportation pour les pays où la répression faisait rage, Syrie et Yémen en tête, étaient gelées, sans toutefois être en mesure de le confirmer pour Bahreïn.
Depuis 2006, la France a livré du matériel militaire pour une valeur de plus de 6,2 milliards d’euros aux pays de la région, principalement à l’Arabie Saoudite et aux Emirats arabes unis. En 2010, le montant des livraisons (en gris clair sur le graphique ci-dessous) s’élevait à 1,6 milliards d’euros.
Plusieurs indices permettent de mesurer les exportations de matériel militaire. Seules les prises de commande font l’objet d’un traitement détaillé dans le rapport du ministère. La catégorie de l’armement exporté est donnée, sans préciser ni le nombre de contrats, ni le matériel précis concerné.
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18 mars 2011
Nucléaire militaire : à quand le débat ? (III)
par Philippe Leymarie
pour http://blog.mondediplo.net
[2] Membre de la Fondation pour la recherche stratégique, auteur de La Menace nucléaire, Armand Colin, Paris, 2011, 160 pages, 14,90 euros.
[3] Directeur d’études à l’Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS) et président du Centre interdisciplinaire de recherches sur la paix et d’études stratégiques (CIRPES).
pour http://blog.mondediplo.net
Sur la lancée des catastrophes au Japon, on se fait peur avec le nucléaire civil. Mais quid du militaire ? La « dissuasion » – qui absorbe un cinquième du budget des armées – reste l’alpha et l’oméga de la défense française, même si elle paraît en mal d’ennemi identifié. Mais, comme au sujet de l’Afghanistan ou de l’abandon de la défense européenne au profit d’un retour dans le giron américain de l’OTAN, pas de débat, ou presque, en France. Pas plus que sur le « bouclier » antimissile concocté par Washington, autour duquel les Européens vont bien devoir se positionner...
Le nucléaire français, civil comme militaire, est toujours resté mystérieux et opaque, apanage de l’Etat, maintenu sous le manteau du secret défense. C’est d’autant plus le cas pour les réacteurs des sous-marins nucléaires lanceurs d’engins (SNLE), des sous-marins nucléaires d’attaque (SNA) ou des obus nucléaires de la composante aérienne de la dissuasion (Rafale et Mirage 2000), même si, tout au long de la chaîne industrielle et militaire qui y concourt, on assure que toutes les précautions sont prises, les matériels renouvelés à temps, les délais de maintenance respectés, les procédures de contrôle et de décision rodées, recoupées, multipliées, etc.
En Grande-Bretagne, grâce à la déclassification récente d’un rapport de novembre 2009 sur le renouvellement des sous-marins nucléaires, on sait que les machines actuelles – 7 SNA et 4 SNLE – sont dangereuses, ou en tout cas « potentiellement vulnérables », comme l’écrivent ses experts du ministère de la défense de Londres (MOD). Le site Zone militaire signale que le rapport, initialement réservé aux « UK eyes only », a été sérieusement expurgé, avant d’être divulgué (PDF).
Le contre-amiral Andrew McFarlane, responsable de la sécurité nucléaire au ministère de la défense, y estime que « les pratiques britanniques actuelles sont très loin des bonnes pratiques couramment admises » ailleurs. Les réacteurs à eau pressurisée pourraient être sujets à « une défaillance structurelle du circuit primaire » : en cas de « libération de produits de fission hautement radioactifs » (c’est-à-dire, de fuite), il existerait « un risque significatif pour la vie de ceux qui sont à proximité et un danger pour la sécurité du public dans un rayon de 1,5 km autour » du submersible. Ces problèmes de réacteur pourraient aussi causer « la perte du contrôle de l’immersion », avec risque d’être envoyé par le fond !
On comprend mieux, à la lecture de ce qui précède, pourquoi les Britanniques ont été intéressés par cette joint venture [1] Cette « entente frugale » a l’avantage, pour les Britanniques, de mettre de fait l’Europe hors jeu – ce qui est une constante de la diplomatie de Londres. L’accord permet à la Grande-Bretagne de renvoyer à plus tard une décision sur un démantèlement de son dispositif nucléaire, pour lequel plaidaient d’anciens responsables de la défense de ce pays, une opinion réticente, et… un budget militaire en baisse de 8 % cette année, avant d’autres révisions déchirantes.
Côté français, on peut se satisfaire d’avoir découplé, même en très petite partie, le dispositif britannique, jusqu’ici entièrement dépendant du parrain américain (qui fournit à son allié « caniche » les missiles Polaris, les plans, brevets, etc.). Et d’avoir, en s’alliant avec la seule autre puissance nucléaire européenne, mis à l’abri – si l’on peut dire – son propre dispositif de dissuasion, Paris remettant ainsi à plus tard un débat sur la dénucléarisation française. Et évitant donc de faire un geste supplémentaire en matière de désarmement (au risque d’un isolement diplomatique croissant, qui peut lui coûter cher).
Paris, bien que réintégré au commandement militaire de l’OTAN, ne participe pas à son comité des plans nucléaires, très largement dominé là encore par les Américains qui en sont le bras armé quasi unique. L’organisation transatlantique a entrepris à son tour une « revue des enjeux nucléaires », qui devrait déboucher à la fin de cette année. Entre-temps, une réunion à Paris des cinq puissances nucléaires traditionnelles est annoncée pour septembre prochain.
Ultra-suiviste, l’OTAN avait réaffirmé, lors de son sommet de novembre dernier à Lisbonne, que « tant qu’il y aurait des armes nucléaires, elle resterait une alliance nucléaire » : une mention exigée, et obtenue par la partie française. Dans le contexte européen, la posture très « blairiste » de Nicolas Sarkozy, le président français, a détonné, au moment où les quatre pays accueillant des armes nucléaires tactiques américaines en demandent au contraire le retrait.
Faute de débat sur un éventuel désarmement nucléaire français, partiel ou total, on ne pose pas non plus la question du transfert éventuel des crédits nucléaires sur le secteur conventionnel. L’engagement en Afghanistan a montré que les besoins peuvent être pressants : faute des matériels adéquats, il a fallu équiper les forces françaises en urgence (« crash programs »), en procédant à de coûteux achats sur étagères, pour les mettre à l’abri des mines posées par les talibans et leur fournir quelques drones d’observation.
Les partisans de la dissuasion rappellent qu’il n’y a pas eu de guerre entre grandes puissances depuis soixante-cinq ans : l’arme nucléaire, une sorte d’assurance tous risques, conçue pour ne pas avoir à être utilisée, y a largement contribué. Ils font remarquer que l’arsenal français actuel – qui a été réduit par étapes depuis vingt ans, au point d’être ramené à ce que les spécialistes appellent une « stricte suffisance » – n’est pas surdimensionné : un SNLE en moins, par exemple, et il n’y aura plus la possibilité d’assurer en permanence une patrouille à la mer. Ou que les 3 milliards d’euros annuels qui seraient libérés par une sortie du nucléaire militaire iraient sans doute au remboursement de la dette publique, et non à l’équipement des armées…
« En dehors des cercles spécialisés, on ne sait plus très bien à quoi sert la dissuasion », renchérit Paul Quilès, ancien ministre socialiste de la défense : « Une assurance contre quoi exactement ? » Mais il invite à la prudence : « Opposer le monde réel du nucléaire au virtuel du désarmement, c’est porter le discrédit à la posture de type Obama, qui change tout de même du style Bush ». En France, « le président est maître du feu nucléaire, mais un parlement, des députés, pour quoi faire ? ».
L’Iran, pour Jacques Fath, responsable des relations internationales au PCF, a droit au développement du nucléaire civil ; il doit appliquer le Traité de non-prolifération (TNP), mais cela ne vaut que si son respect est exigé de tous, alors que certains pays se moquent des résolutions internationales depuis des dizaines d’années. Il faut remettre l’ONU au centre, refonder le système des Nations unies, « acquis décisif du XXe siècle », menacé aujourd’hui par les G8, G20, Davos, OTAN, etc., estime Jacques Fath.
A quoi s’ajoutent des interrogations sur le programme antimissile adopté également au sommet de l’OTAN de novembre à Lisbonne : selon le Mouvement de la Paix, il va « coûter cher, relancer la course aux armements, et porter un coup final à l’indépendance européenne ». On ne comprend d’ailleurs toujours pas très bien, au stade actuel, comment, pourquoi, et avec qui sera mené ce projet, même si on voit bien les profits qu’en attend le lobby militaro-industriel du nucléaire, élément moteur de l’économie américaine. Certes, il sert de message à l’Iran : « Vos missiles ne serviront à rien, on pourra les arrêter. » Mais on ne sait toujours pas si cette garantie de dissuasion sera valable pour toute l’Europe.
Pour l’heure, le bouclier antimissile est virtuel. Les 200 millions de dollars de budget annoncés par l’OTAN ne représentent que le coût de la liaison entre le système préparé par les Américains, avec les moyens antimissiles des Européens. Mais cela en vaut-il la peine, alors qu’existe déjà un dispositif de dissuasion nucléaire ? Est-ce, là aussi, une alternative adaptée et crédible, face aux types de menaces qui se profilent ? Beaucoup plus de questions que de réponses...
En Grande-Bretagne, grâce à la déclassification récente d’un rapport de novembre 2009 sur le renouvellement des sous-marins nucléaires, on sait que les machines actuelles – 7 SNA et 4 SNLE – sont dangereuses, ou en tout cas « potentiellement vulnérables », comme l’écrivent ses experts du ministère de la défense de Londres (MOD). Le site Zone militaire signale que le rapport, initialement réservé aux « UK eyes only », a été sérieusement expurgé, avant d’être divulgué (PDF).
Le contre-amiral Andrew McFarlane, responsable de la sécurité nucléaire au ministère de la défense, y estime que « les pratiques britanniques actuelles sont très loin des bonnes pratiques couramment admises » ailleurs. Les réacteurs à eau pressurisée pourraient être sujets à « une défaillance structurelle du circuit primaire » : en cas de « libération de produits de fission hautement radioactifs » (c’est-à-dire, de fuite), il existerait « un risque significatif pour la vie de ceux qui sont à proximité et un danger pour la sécurité du public dans un rayon de 1,5 km autour » du submersible. Ces problèmes de réacteur pourraient aussi causer « la perte du contrôle de l’immersion », avec risque d’être envoyé par le fond !
Posture blairiste
Lors d’un colloque organisé fin janvier à Paris par la sénatrice communiste Michelle Demessine, il a été rappelé, par exemple, que la batterie d’accords signés en novembre dernier entre Paris et Londres – laquelle comporte pour la première fois un volet sur la dissuasion – revient pour la France à prendre en charge une partie des coûts de recherche britanniques dans le domaine nucléaire.On comprend mieux, à la lecture de ce qui précède, pourquoi les Britanniques ont été intéressés par cette joint venture [1] Cette « entente frugale » a l’avantage, pour les Britanniques, de mettre de fait l’Europe hors jeu – ce qui est une constante de la diplomatie de Londres. L’accord permet à la Grande-Bretagne de renvoyer à plus tard une décision sur un démantèlement de son dispositif nucléaire, pour lequel plaidaient d’anciens responsables de la défense de ce pays, une opinion réticente, et… un budget militaire en baisse de 8 % cette année, avant d’autres révisions déchirantes.
Côté français, on peut se satisfaire d’avoir découplé, même en très petite partie, le dispositif britannique, jusqu’ici entièrement dépendant du parrain américain (qui fournit à son allié « caniche » les missiles Polaris, les plans, brevets, etc.). Et d’avoir, en s’alliant avec la seule autre puissance nucléaire européenne, mis à l’abri – si l’on peut dire – son propre dispositif de dissuasion, Paris remettant ainsi à plus tard un débat sur la dénucléarisation française. Et évitant donc de faire un geste supplémentaire en matière de désarmement (au risque d’un isolement diplomatique croissant, qui peut lui coûter cher).
Paris, bien que réintégré au commandement militaire de l’OTAN, ne participe pas à son comité des plans nucléaires, très largement dominé là encore par les Américains qui en sont le bras armé quasi unique. L’organisation transatlantique a entrepris à son tour une « revue des enjeux nucléaires », qui devrait déboucher à la fin de cette année. Entre-temps, une réunion à Paris des cinq puissances nucléaires traditionnelles est annoncée pour septembre prochain.
Ultra-suiviste, l’OTAN avait réaffirmé, lors de son sommet de novembre dernier à Lisbonne, que « tant qu’il y aurait des armes nucléaires, elle resterait une alliance nucléaire » : une mention exigée, et obtenue par la partie française. Dans le contexte européen, la posture très « blairiste » de Nicolas Sarkozy, le président français, a détonné, au moment où les quatre pays accueillant des armes nucléaires tactiques américaines en demandent au contraire le retrait.
Assurance tous risques ?
Ce n’est pas la tendance lourde du moment, considère le chercheur Bruno Tertrais [2], pour qui le « global zero » défendu par Barack Obama « a fait un flop ». Selon lui, « le vrai but d’Obama n’est pas le désarmement nucléaire, mais la lutte contre le terrorisme nucléaire ». L’affaiblissement de sa majorité au sénat interdira désormais au numéro un américain ce type de rhétorique. En outre, ses partenaires européens sont divisés sur le nucléaire : entre pays, et parfois même à l’intérieur des pays (comme en Allemagne).Faute de débat sur un éventuel désarmement nucléaire français, partiel ou total, on ne pose pas non plus la question du transfert éventuel des crédits nucléaires sur le secteur conventionnel. L’engagement en Afghanistan a montré que les besoins peuvent être pressants : faute des matériels adéquats, il a fallu équiper les forces françaises en urgence (« crash programs »), en procédant à de coûteux achats sur étagères, pour les mettre à l’abri des mines posées par les talibans et leur fournir quelques drones d’observation.
Les partisans de la dissuasion rappellent qu’il n’y a pas eu de guerre entre grandes puissances depuis soixante-cinq ans : l’arme nucléaire, une sorte d’assurance tous risques, conçue pour ne pas avoir à être utilisée, y a largement contribué. Ils font remarquer que l’arsenal français actuel – qui a été réduit par étapes depuis vingt ans, au point d’être ramené à ce que les spécialistes appellent une « stricte suffisance » – n’est pas surdimensionné : un SNLE en moins, par exemple, et il n’y aura plus la possibilité d’assurer en permanence une patrouille à la mer. Ou que les 3 milliards d’euros annuels qui seraient libérés par une sortie du nucléaire militaire iraient sans doute au remboursement de la dette publique, et non à l’équipement des armées…
Maître du feu
Pour Alain Joxe [3], cette arme nucléaire ne sert à rien dans les conflits réels. « On ne peut s’en servir : une petite salve est déjà effrayante ! » Face aux soulèvements, on recourt aux kalachnikov, aux drones, pas aux bombes atomiques. Il ne sert à rien de donner l’illusion que la France a la même taille que de vraies grandes puissances comme l’Inde, alors que les Etats-Unis eux-mêmes perdent de l’influence, que la souveraineté bancaire paraît aussi forte ou supérieure à celle des Etats (et « on ne peut leur balancer une arme nucléaire ! »). Le chercheur conclut : « Comment se débarrasser de ce mythe », qui n’est plus adapté aux réalités du monde ?« En dehors des cercles spécialisés, on ne sait plus très bien à quoi sert la dissuasion », renchérit Paul Quilès, ancien ministre socialiste de la défense : « Une assurance contre quoi exactement ? » Mais il invite à la prudence : « Opposer le monde réel du nucléaire au virtuel du désarmement, c’est porter le discrédit à la posture de type Obama, qui change tout de même du style Bush ». En France, « le président est maître du feu nucléaire, mais un parlement, des députés, pour quoi faire ? ».
L’Iran, pour Jacques Fath, responsable des relations internationales au PCF, a droit au développement du nucléaire civil ; il doit appliquer le Traité de non-prolifération (TNP), mais cela ne vaut que si son respect est exigé de tous, alors que certains pays se moquent des résolutions internationales depuis des dizaines d’années. Il faut remettre l’ONU au centre, refonder le système des Nations unies, « acquis décisif du XXe siècle », menacé aujourd’hui par les G8, G20, Davos, OTAN, etc., estime Jacques Fath.
Bouclier virtuel
« Le nucléaire militaire, arme de puissance, structure toute la géopolitique internationale. Le remettre en question, c’est s’en prendre à l’ordre du monde », fait valoir Arielle Denis, co-présidente du Mouvement de la Paix. Le TNP, soi-disant universel, est inégalitaire, violé par un de ses signataires (Iran), foulé aux pieds par les Etats nucléaires qui n’y ont jamais adhéré (Israël, Inde, Pakistan). Pourtant, d’anciens responsables de la nucléarisation du monde (les Henry Kissinger et d’autres) en sont venus à la prise de conscience que conserver ces arsenaux, aujourd’hui, est devenu dangereux...A quoi s’ajoutent des interrogations sur le programme antimissile adopté également au sommet de l’OTAN de novembre à Lisbonne : selon le Mouvement de la Paix, il va « coûter cher, relancer la course aux armements, et porter un coup final à l’indépendance européenne ». On ne comprend d’ailleurs toujours pas très bien, au stade actuel, comment, pourquoi, et avec qui sera mené ce projet, même si on voit bien les profits qu’en attend le lobby militaro-industriel du nucléaire, élément moteur de l’économie américaine. Certes, il sert de message à l’Iran : « Vos missiles ne serviront à rien, on pourra les arrêter. » Mais on ne sait toujours pas si cette garantie de dissuasion sera valable pour toute l’Europe.
Pour l’heure, le bouclier antimissile est virtuel. Les 200 millions de dollars de budget annoncés par l’OTAN ne représentent que le coût de la liaison entre le système préparé par les Américains, avec les moyens antimissiles des Européens. Mais cela en vaut-il la peine, alors qu’existe déjà un dispositif de dissuasion nucléaire ? Est-ce, là aussi, une alternative adaptée et crédible, face aux types de menaces qui se profilent ? Beaucoup plus de questions que de réponses...
Notes
[1] Dans un entretien accordé au quotidien Le Télégramme, le chef d’état-major de la marine française a précisé qu’un sous-marin français est passé récemment « sous commandement britannique dans le grand Nord pour surveiller de plus près les Russes » – une démarche qui « témoigne d’un niveau de confiance élevé entre les pays concernés ».[2] Membre de la Fondation pour la recherche stratégique, auteur de La Menace nucléaire, Armand Colin, Paris, 2011, 160 pages, 14,90 euros.
[3] Directeur d’études à l’Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS) et président du Centre interdisciplinaire de recherches sur la paix et d’études stratégiques (CIRPES).
Défense européenne, OTAN : à quand le débat ? (II)
par Philippe Leymarie
pour http://blog.mondediplo.net
[2] Derniers en date : l’Afrique, l’Amérique latine.
[3] Il a servi par exemple à justifier l’engagement des pays membres de l’OTAN en Afghanistan, pour venir en aide aux Américains, agressés à travers les attentats du 11 septembre 2001.
[4] Rebaptisée, pour simplifier, « Politique de sécurité et de défense commune de l’Union européenne » (PSDC-UE).
[5] D’autres thèmes, non traités lors de ce colloque – les ventes d’armes ou l’assistance à certains régimes africains – mériteraient bien sûr d’être également discutés, au Parlement ou ailleurs.
pour http://blog.mondediplo.net
En dépit des bonnes intentions annoncées lors du remaniement ministériel du 27 février, et du lancement, par exemple, d’une opération de secours humanitaire au profit des opposants au leader libyen Mouammar Khadafi, il ne faut pas s’attendre à un revirement de la diplomatie et de la politique de défense de la France, que ce soit à propos de sa participation à la guerre en Afghanistan, de son retour au sein du commandement intégré de l’OTAN et de l’articulation avec la politique européenne de défense, ou de l’utilité de la dissuasion nucléaire – tous domaines qui ne font guère l’objet de débats, comme l’a regretté un colloque organisé récemment au Sénat à l’initiative de Michelle Demessine, ancienne ministre et sénatrice communiste du Nord. Eléments pour un éventuel débat, en tout cas, avec – après l’Afghanistan – ce deuxième volet consacré à l’OTAN et à la PESD, entre atlantisme et européanisme...
A propos de la guerre en Afghanistan, cette remarque d’abord du général Vincent Desportes – qui était jusqu’à ces derniers mois directeur du Collège inter-armées de défense, redevenu récemment « l’Ecole de guerre » : quinze pays de l’Union européenne ont engagé des soldats dans ce conflit, et ont représenté – jusqu’à l’arrivée des derniers renforts américains – un tiers de l’effectif de l’opération menée sous couvert de l’OTAN en Afghanistan. Or, pointe le général, « il n’y a presque pas d’Europe, de défense européenne en tant que telle, dans cette opération : l’Europe y mène sa guerre la plus longue... sans même exister, apparaissant comme un simple protectorat américain : il est temps qu’elle se prenne en main » [1].
« Ils sont en train de perdre leur leadership économique, mais pensent compenser par le militaire », estime ce chercheur pour qui « l’Europe est sans importance là-dedans », la question de l’OTAN n’occupant d’ailleurs que 2 pages (sur 128) dans la Quadriennal Defence Review (QDR) établie à la fin de l’année 2010. « Le sujet n’a même plus la vertu de figurer dans le discours US, et encore moins sous Obama que sous Bush. »
L’actuel président, pour Alain Joxe, a renforcé cette vision œcuménique d’un instrument US/OTAN capable d’assurer à lui tout seul la sécurité de la planète. Les cinq commandements « régionaux » américains [2], et les deux ou trois commandements fonctionnels, constituent « un système impérial complet », dans une optique qui est « le contraire d’une multilatéralisation » (pourtant appelée de ses vœux par le numéro un américain au début de son mandat).
La préparation du nouveau « concept stratégique » de l’organisation transatlantique, avalisé lors du sommet de Lisbonne en novembre dernier, a d’ailleurs été – selon Jean-Pierre Maulny, directeur-adjoint de l’Institut des Relations internationales et stratégiques (IRIS) – « confisquée par les experts, et reste difficile à décrypter ».
Ce document fait référence au fameux article 5 du Traité de l’OTAN, organisant la sécurité collective par un mécanisme de solidarité quasi obligatoire [3]. La mention de cet article reste capitale pour les pays de l’Est européen, toujours inquiets de leur voisinage avec la grande Russie – ce qui explique aussi pourquoi le partenariat avec ce pays, mais également avec les pays du Caucase, du Moyen-Orient et du Golfe (Initiative d’Istanbul), et du Maghreb (Dialogue méditerranéen) a été réaffirmé et même développé.
Déjà, il n’est plus nécessaire d’élargir l’OTAN (en y accueillant de nouveaux membres) : il suffit d’étendre cette politique de développement des points d’appui, via les « partenariats » (qui concernent plus de cinquante pays, outre les vingt-huit Etats-membres), dans le cadre d’une sorte de « mondialisation de la sécurité », à l’exemple de l’économie. Un compromis a d’ailleurs été trouvé, dans la rédaction de ce nouveau « concept », pour justifier l’extension des prérogatives de l’OTAN : par le biais des « nouvelles menaces » (terrorisme, ADM, attaques NRBC, piraterie, etc.), l’organisation est plus « sans frontières » que jamais, et pratiquement « déterritorialisée ».
Le pilier européen de l’Alliance, et surtout l’Europe de la défense, auraient dû – selon la rhétorique en vigueur à l’Elysée en 2009 – bénéficier de ce retour (inespéré), au sein du commandement militaire intégré de l’organisation, du pays qui le boudait depuis 1964, suite à un sursaut indépendantiste du général de Gaulle. C’était même une « condition », disait-on pour faire avaler la pilule.
Mais la réintégration « n’a pas eu l’effet bénéfique annoncé », estime le chercheur de l’IRIS, qui rappelle que la France demande par exemple sans cesse, depuis 2003, la mise en place à Bruxelles, dans les locaux de la Commission de l’UE, d’une cellule de planification militaire – embryon d’un état-major opérationnel – « ce qui n’est toujours pas gagné ! ». De même, il est probable, selon lui, que la modalité de « coopération structurée permanente » prévue par le traité UE de Lisbonne ne verra jamais le jour.
Selon un intervenant, « les Britanniques ne croient plus à l’Europe de la défense », alors qu’ils s’étaient laissés entraîner, en paroles, dans le processus d’autonomisation lancé à Saint-Malo en 1998, sous l’impulsion des Français. Ils sont dans une logique purement bilatérale (avec les USA, avec la France), aux prises avec des réductions budgétaires, et une tendance au repli, pour défendre leur industrie de l’armement. « Cameron fera tout pour ne pas appliquer l’accord de novembre avec la France, négocié par son prédécesseur. »
Côté français, on continue à évoquer la Politique européenne de sécurité et de défense (PESD) [4] dans les discours, mais sans prendre d’initiatives. Si bien que l’Europe de la défense paraît en position de faiblesse aujourd’hui, et bien loin de pouvoir contrebalancer l’OTAN. Seule la crise financière contraint l’UE et l’OTAN à discuter aujourd’hui de la mutualisation partielle de certaines de leurs capacités [5]…
A suivre : Dissuasion nucléaire, bouclier antimissile : à quand le débat ? (III)
Système impérial
Alain Joxe, directeur d’études à l’EHESS, rappelle que pour la première fois, dans sa guerre en Afghanistan, l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN) n’agit pas dans une... « zone OTAN », mais dans un secteur qui relève surtout de trois commandements militaires américains : « L’Afghanistan a au moins servi, finalement, à renforcer le rôle de super-commandant en chef du président US », avec cette idée sous-jacente d’un commandement sécuritaire américain global, qui n’a pas besoin de l’ONU, et qui continue, Obama ou pas.« Ils sont en train de perdre leur leadership économique, mais pensent compenser par le militaire », estime ce chercheur pour qui « l’Europe est sans importance là-dedans », la question de l’OTAN n’occupant d’ailleurs que 2 pages (sur 128) dans la Quadriennal Defence Review (QDR) établie à la fin de l’année 2010. « Le sujet n’a même plus la vertu de figurer dans le discours US, et encore moins sous Obama que sous Bush. »
L’actuel président, pour Alain Joxe, a renforcé cette vision œcuménique d’un instrument US/OTAN capable d’assurer à lui tout seul la sécurité de la planète. Les cinq commandements « régionaux » américains [2], et les deux ou trois commandements fonctionnels, constituent « un système impérial complet », dans une optique qui est « le contraire d’une multilatéralisation » (pourtant appelée de ses vœux par le numéro un américain au début de son mandat).
OTAN sans frontières
Alain Joxe relève « une grande continuité dans la réforme permanente de l’OTAN : dès que les Américains annoncent un changement dans leur dispositif, l’organisation transatlantique doit s’aligner ». Le document préparé par l’ancienne responsable de la diplomatie US, Madeleine Albright, en vue du sommet de l’OTAN, évoquait l’abandon partiel du système du consensus (qui est « une façon polie de présenter un droit de veto »), fondement basique de l’actuel traité. Il s’agissait de tenir compte des réticences des Américains et de certains Européens à être automatiquement engagés dans un conflit. La proposition n’a pas été reprise, de même d’ailleurs que la « réforme du commandement » préconisée par le secrétaire général Anders Fogh Rasmussen, dont on n’entend plus parler...La préparation du nouveau « concept stratégique » de l’organisation transatlantique, avalisé lors du sommet de Lisbonne en novembre dernier, a d’ailleurs été – selon Jean-Pierre Maulny, directeur-adjoint de l’Institut des Relations internationales et stratégiques (IRIS) – « confisquée par les experts, et reste difficile à décrypter ».
Ce document fait référence au fameux article 5 du Traité de l’OTAN, organisant la sécurité collective par un mécanisme de solidarité quasi obligatoire [3]. La mention de cet article reste capitale pour les pays de l’Est européen, toujours inquiets de leur voisinage avec la grande Russie – ce qui explique aussi pourquoi le partenariat avec ce pays, mais également avec les pays du Caucase, du Moyen-Orient et du Golfe (Initiative d’Istanbul), et du Maghreb (Dialogue méditerranéen) a été réaffirmé et même développé.
Déjà, il n’est plus nécessaire d’élargir l’OTAN (en y accueillant de nouveaux membres) : il suffit d’étendre cette politique de développement des points d’appui, via les « partenariats » (qui concernent plus de cinquante pays, outre les vingt-huit Etats-membres), dans le cadre d’une sorte de « mondialisation de la sécurité », à l’exemple de l’économie. Un compromis a d’ailleurs été trouvé, dans la rédaction de ce nouveau « concept », pour justifier l’extension des prérogatives de l’OTAN : par le biais des « nouvelles menaces » (terrorisme, ADM, attaques NRBC, piraterie, etc.), l’organisation est plus « sans frontières » que jamais, et pratiquement « déterritorialisée ».
Pilier européen
Selon Maulny, s’agissant de la France, « on aurait pu penser que notre positionnement politique nous permettrait de servir de passerelle » entre l’OTAN et les (rares) pays qui refusent ses avances. Mais « c’est impossible aujourd’hui », affirme ce chercheur, qui prévoit que deux décisions du sommet de Lisbonne – la réforme du commandement intégré (passage de 13 000 à 8 000 agents) ainsi que la réduction du nombre des agences ( de 14 à 5) – « pourraient être douloureuses pour la France ».Le pilier européen de l’Alliance, et surtout l’Europe de la défense, auraient dû – selon la rhétorique en vigueur à l’Elysée en 2009 – bénéficier de ce retour (inespéré), au sein du commandement militaire intégré de l’organisation, du pays qui le boudait depuis 1964, suite à un sursaut indépendantiste du général de Gaulle. C’était même une « condition », disait-on pour faire avaler la pilule.
Mais la réintégration « n’a pas eu l’effet bénéfique annoncé », estime le chercheur de l’IRIS, qui rappelle que la France demande par exemple sans cesse, depuis 2003, la mise en place à Bruxelles, dans les locaux de la Commission de l’UE, d’une cellule de planification militaire – embryon d’un état-major opérationnel – « ce qui n’est toujours pas gagné ! ». De même, il est probable, selon lui, que la modalité de « coopération structurée permanente » prévue par le traité UE de Lisbonne ne verra jamais le jour.
Logique bilatérale
Le pompon, sur ce plan, étant ce traité franco-britannique de novembre dernier, avec ses 17 mesures (en plus du nucléaire) qui font partie d’un processus sans doute utile de rationalisation des capacités entre les deux pays (on verra à l’usage), mais qui n’est pas en phase avec la construction européenne, et dont, par exemple, les Allemands et les Italiens n’avaient pas l’air très heureux.Selon un intervenant, « les Britanniques ne croient plus à l’Europe de la défense », alors qu’ils s’étaient laissés entraîner, en paroles, dans le processus d’autonomisation lancé à Saint-Malo en 1998, sous l’impulsion des Français. Ils sont dans une logique purement bilatérale (avec les USA, avec la France), aux prises avec des réductions budgétaires, et une tendance au repli, pour défendre leur industrie de l’armement. « Cameron fera tout pour ne pas appliquer l’accord de novembre avec la France, négocié par son prédécesseur. »
Côté français, on continue à évoquer la Politique européenne de sécurité et de défense (PESD) [4] dans les discours, mais sans prendre d’initiatives. Si bien que l’Europe de la défense paraît en position de faiblesse aujourd’hui, et bien loin de pouvoir contrebalancer l’OTAN. Seule la crise financière contraint l’UE et l’OTAN à discuter aujourd’hui de la mutualisation partielle de certaines de leurs capacités [5]…
A suivre : Dissuasion nucléaire, bouclier antimissile : à quand le débat ? (III)
Notes
[1] Michelle Demessine, sénatrice du Nord, a posé le jeudi 3 mars une question orale au gouvernement, au Sénat, demandant un grand débat public sur la situation en Afghanistan.[2] Derniers en date : l’Afrique, l’Amérique latine.
[3] Il a servi par exemple à justifier l’engagement des pays membres de l’OTAN en Afghanistan, pour venir en aide aux Américains, agressés à travers les attentats du 11 septembre 2001.
[4] Rebaptisée, pour simplifier, « Politique de sécurité et de défense commune de l’Union européenne » (PSDC-UE).
[5] D’autres thèmes, non traités lors de ce colloque – les ventes d’armes ou l’assistance à certains régimes africains – mériteraient bien sûr d’être également discutés, au Parlement ou ailleurs.
4 février 2011
Egypte : une armée formée et équipée par le Pentagone
par Manlio Dinucci*
PERMALINK
La mise en image de la situation actuelle en Egypte par les médias atlantistes assimile l’insurrection populaire à une guerre civile et érige l’armée en arbitre. C’est évidemment faux. Le régime du président Hosni Moubarak et son armée sont les produits de la politique des Etats-Unis dans la région et de leur soutien inconditionnel à Israël.
Actuellement le régime de Moubarak reçoit des USA environ 2 milliards de dollars annuels, se plaçant ainsi parmi les principaux bénéficiaires après Israël. La majeure partie de cette somme est dépensée dans l’achat d’armes états-uniennes. Comme leur valeur dépasse la disponibilité financière du gouvernement égyptien, celui-ci a accumulé une dette envers les Etats-Unis. Mais Washington a été généreux : en 1990, pour récompenser l’Egypte de sa participation à l’imminente guerre contre l’Irak, il lui a accordé une remise de dette militaire de 7 milliards de dollars. Dix ans après, il lui a concédé un crédit extraordinaire de 3,2 milliards de dollars pour la modernisation des forces armées : celles-ci ont ainsi pu acquérir 24 chasseurs-bombardiers F-16 de dernière génération, 3 batteries de missiles Patriot et d’autres systèmes d’armes avancés. Le Pentagone a en outre fourni aux forces armées égyptiennes des armes qu’il a en excédent, ou qui sont remplacées par d’autres de nouvelle génération, pour une valeur annuelle de centaines de millions de dollars. En même temps il a entraîné des officiers et des soldats égyptiens, surtout des forces spéciales, en organisant tous les deux ans l’opération Bright Star, une grande manœuvre qui se déroule en Egypte avec la participation d’environ 25 000 militaires états-uniens.
De façon significative, dans les commandements établis par le Pentagone à l’échelle mondiale, l’Egypte de Moubarak n’entre pas dans le Commandement Afrique (AfriCom), mais a été détaché du continent pour être annexé au Commandement Central (CentCom), dont l’aire de responsabilité couvre le Proche-Orient pétrolier. L’Egypte, explique le CentCom, « joue un rôle clé dans l’exercice d’une influence stabilisatrice au Proche-Orient », en particulier pour « faire face à l’instabilité croissante de Gaza ». Le CentCom continue donc à opérer en contact étroit avec les forces égyptiennes pour « bloquer les envois illicites d’armes aux extrémistes à Gaza, et pour empêcher que l’instabilité de Gaza ne se propage en Egypte et au-delà ». Le gouvernement égyptien, de fait, doit « faire face à une menace extrémiste interne ». L’aide extérieure états-unienne est donc « fondamentale pour renforcer le gouvernement égyptien ».
Tout est prévu, donc, pour affronter la « menace extrémiste intérieure ». Sauf le fait que celle-ci a pris les dimensions d’une insurrection populaire. Sauf le fait qu’on ne sait pas comment vont se comporter ces militaires, en grande partie conscrits, qui à bord des chars d’assaut états-uniens made in Egypt, devraient assurer que l’Egypte, une fois Moubarak déchu, reste dans la sphère d’influence états-unienne.
PERMALINK
La mise en image de la situation actuelle en Egypte par les médias atlantistes assimile l’insurrection populaire à une guerre civile et érige l’armée en arbitre. C’est évidemment faux. Le régime du président Hosni Moubarak et son armée sont les produits de la politique des Etats-Unis dans la région et de leur soutien inconditionnel à Israël.
- La tribune des officiers supérieurs lors des exercices Bright Star 05/06 à Moubarak Military City. L’armée égyptienne est formée et équipée par les Etats-Unis pour mettre en oeuvre la paix séparée israélo-égyptienne.
Actuellement le régime de Moubarak reçoit des USA environ 2 milliards de dollars annuels, se plaçant ainsi parmi les principaux bénéficiaires après Israël. La majeure partie de cette somme est dépensée dans l’achat d’armes états-uniennes. Comme leur valeur dépasse la disponibilité financière du gouvernement égyptien, celui-ci a accumulé une dette envers les Etats-Unis. Mais Washington a été généreux : en 1990, pour récompenser l’Egypte de sa participation à l’imminente guerre contre l’Irak, il lui a accordé une remise de dette militaire de 7 milliards de dollars. Dix ans après, il lui a concédé un crédit extraordinaire de 3,2 milliards de dollars pour la modernisation des forces armées : celles-ci ont ainsi pu acquérir 24 chasseurs-bombardiers F-16 de dernière génération, 3 batteries de missiles Patriot et d’autres systèmes d’armes avancés. Le Pentagone a en outre fourni aux forces armées égyptiennes des armes qu’il a en excédent, ou qui sont remplacées par d’autres de nouvelle génération, pour une valeur annuelle de centaines de millions de dollars. En même temps il a entraîné des officiers et des soldats égyptiens, surtout des forces spéciales, en organisant tous les deux ans l’opération Bright Star, une grande manœuvre qui se déroule en Egypte avec la participation d’environ 25 000 militaires états-uniens.
De façon significative, dans les commandements établis par le Pentagone à l’échelle mondiale, l’Egypte de Moubarak n’entre pas dans le Commandement Afrique (AfriCom), mais a été détaché du continent pour être annexé au Commandement Central (CentCom), dont l’aire de responsabilité couvre le Proche-Orient pétrolier. L’Egypte, explique le CentCom, « joue un rôle clé dans l’exercice d’une influence stabilisatrice au Proche-Orient », en particulier pour « faire face à l’instabilité croissante de Gaza ». Le CentCom continue donc à opérer en contact étroit avec les forces égyptiennes pour « bloquer les envois illicites d’armes aux extrémistes à Gaza, et pour empêcher que l’instabilité de Gaza ne se propage en Egypte et au-delà ». Le gouvernement égyptien, de fait, doit « faire face à une menace extrémiste interne ». L’aide extérieure états-unienne est donc « fondamentale pour renforcer le gouvernement égyptien ».
- L’US Army a formé les militaires égyptiens aux combats de rue (ici lors des exercices à Mubarak Military City). Le soutien stratégique de l’Egypte à Israël interdit toute forme de démocratie dans un pays où la population est majoritairement opposée au projet sioniste. Il exige l’organisation par les Etats-Unis d’une dictature militaire.
Tout est prévu, donc, pour affronter la « menace extrémiste intérieure ». Sauf le fait que celle-ci a pris les dimensions d’une insurrection populaire. Sauf le fait qu’on ne sait pas comment vont se comporter ces militaires, en grande partie conscrits, qui à bord des chars d’assaut états-uniens made in Egypt, devraient assurer que l’Egypte, une fois Moubarak déchu, reste dans la sphère d’influence états-unienne.
| Manlio Dinucci Géographe et géopolitologue. Derniers ouvrages publiés : Geograficamente. Per la Scuola media (3 vol.), Zanichelli (2008) ; Escalation. Anatomia della guerra infinita, DeriveApprodi (2005). Les articles de cet auteur Envoyer un message Traduction Marie-Ange Patrizio Les articles de cet auteur Envoyer un message Source Il Manifesto (Italie) Les articles de cet auteur |
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