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13 mai 2012

Anonymous contre Bayer, Sony, LG, Samsung

Par
11 Mai 2012
pour http://owni.fr

Depuis ce 10 mai au soir, des Anonymous attaquent les sites de plusieurs multinationales au titre de leur implication dans le commerce d'un minerai rare en Afrique, particulièrement recherché par les fabricants de téléphones mobiles et l'industrie de la chimie. Sony, Bayer, Samsung et LG sont visés et certains de leurs sites tombent tour à tour. En Afrique centrale, les rivalités pour contrôler l'extraction de ce minerai sont à l'origine de plusieurs conflits armés.

L’avidité occidentale frappe le Congo dans un conflit inhumain, le pire qu’ait connu le pays depuis l’an 800. Aux seigneurs de l’industrie et aux banques : vous détruisez l’environnement, vous condamnez l’espèce humaine en la réduisant à l’escavage. Come on Anons !!!
Le cri de ralliement est lancé. L’assaut, imminent, virtuel et pacifique. Pas de doute : une nouvelle salve d’attaques informatiques revendiquées par des Anonymous est en cours depuis moins de 24 heures.
Baptisée “Opération coltan” (du nom de ce minerai indispensable à l’industrie des téléphones mobiles ou de la chimie), la dernière manifestation du collectif d’hacktivistes s’envole cette fois pour la République démocratique du Congo (RDC). Et s’en prend à des multinationales telles Sony, LG, Samsung ou encore Bayer.
La revendication est nouvelle, cependant. Selon un communiqué publié sur un blog apparenté, Anonymous entend mettre au jour le “trafic de coltan” orchestré par les dites multinationales en RDC. Le coltan, aussi appelé “or gris”, est l’un des quatre “minerais de conflit” désignés comme tels par le Dodd Frank Act, la réforme de Wall Street adoptée par le Congrès américain en 2010. Il appartient au nombre de ces ressources naturelles dont le contrôle est devenu un enjeu économique si grand qu’il nourrit des affrontements entre milices armées. Notamment en RDC, qui concentre à elle seule trois quarts des réserves mondiales de coltan.
Si la ruée vers l’or gris date de la fin des années 1990, le coltan est devenu indispensable ces dernières années, pour l’industrie, et pour les consommateurs de téléphones et ordinateurs portables. C’est en effet à partir du coltan qu’est extrait un métal aux propriétés uniques, le tantale, présent dans la plupart des appareils électroniques. Le tantale est par ailleurs très prisé des industries aérospatiale et chimique pour sa grande malléabilité.

Seigneurs du coltan

Fin avril 2012, le ministre des Mines de la province du Nord Kivu alerte sur un regain de violences entre les milices de l’Est de la République démocratique du Congo. La mise en garde est prise au sérieux par les États-Unis, l’Allemagne et la Chine, qui perçoivent la région comme le point névralgique de leurs intérêts stratégiques en Afrique. Lentement mais sûrement, la bataille du coltan est à nouveau médiatisée aux États-Unis. Des hacktivistes s’en emparent.

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Anonymous surveillés depuis huit mois

Anonymous surveillés depuis huit mois

Trois supposés Anonymous ont été arrêtés par les services de renseignement français cette semaine. OWNI a ...

Le 3 mai, “l’Opération Green Rights” connaît un nouveau souffle. Cette méga-opération rassemble des personnes se revendiquant d’Anonymous et faisant des risques environnementaux le dénominateur commun de leurs actions numériques, les fameuses attaques par déni de service consistant à bombarder un site web de requêtes pour le rendre inaccessible. C’est d’ailleurs dans le cadre de “l’Opération Green Rights” que le site Internet d’EDF avait été attaqué au printemps 2011, donnant lieu à l’arrestation de trois Anonymous présumés que nous avions décryptée sur OWNI. Au nom donc des droits verts, le collectif d’hacktivistes annonce son intention de “faire tomber” les sites des “seigneurs du coltan”. Rapidement, un pad – document web public et collaboratif – est élaboré pour préparer l’attaque. En marge des données géographiques et démographiques de la RDC, des Anonymous décrivent sommairement les conditions de vie des mineurs et de leurs familles. Le principe : mobiliser les consciences en allant au plus simple. Mais leurs affirmations – sensationnelles – manquent parfois de preuves :
Conséquences de cette situation [l’exploitation illégale du coltan, NDLR] :
- Les jeunes filles et les jeunes garçons ne vont pas à l’école
- Chaque kilo de coltan extrait coûte la vie à deux enfants
- Les familles dorment et s’alimentent dans les forêts des montagnes alentours
- La population d’éléphants a diminué de 80%
- La population de gorilles a chuté de 90%
Et ça marche. Le 10 mai au soir, la première attaque est lancée contre le site Sony Mobile, le portail du groupe consacré à la téléphonie mobile. Sur un canal IRC – une interface de chat anonyme – dédié, les hacktivistes s’échangent des informations sur des failles découvertes sur le site de Sony. Avant de lancer leur fameux outil d’attaque, LOIC, un logiciel permettant de surcharger de requêtes un serveur hébergeant un site Internet.
Ultime raffinement, les Anonymous impliqués ont ici utilisé une version navigateur de LOIC, c’est-à-dire sans passer par un logiciel mais en créant un mini-site qui possède les mêmes fonctionnalités que LOIC. En trente lignes de code informatique, les hacktivistes créent un système tel que tout utilisateur qui se connecte sur la page Web envoie 16 requêtes à la seconde sur une cible, hier Sony, ce matin LG et Bayer. Succès :

Le Sud de l’hémisphère

Cette coordination d’attaques, qui devraient se poursuivre jusque tard dans la nuit du 12 mai, illustre en tout cas un nouveau rapport de force parmi les Anonymous sensibles aux causes écologistes. À l’origine, “l’Opération Green Rights” a été créée par des Italiens, et a donc surtout rassemblé des hacktivistes venus d’Europe, France et Allemagne en tête. Le spectaculaire coup de filet des forces de police italiennes intervenu à l’été 2011 pour arrêter une quinzaine de membres d’Anonymous a rebattu les cartes de l’hacktivisme environnemental.
Reprise par les Américains et les Canadiens dans le combat contre les sables bitumineux, la bannière “Opération Green Rights” est depuis largement utilisée par des internautes venus d’Amérique du Sud. Les industries minières sud-américaines ont ainsi été visées par plusieurs vagues d’attaques au cours du mois de février 2012, alors même qu’Anonymous Venezuela et Anonymous Columbia voyaient leurs rangs grossir. “L’Opération Coltan” semble justement avoir été déclenchée par Anonymous Columbia, comme en atteste cette vidéo, publiée pour l’occasion :




Des diverses entreprises contactées par OWNI, Bayer est la seule à s’être exprimée sur ces attaques pour le moment :
Plusieurs sites Internet du Groupe Bayer (Portugal, Pays-Bas, Afrique du Sud) font actuellement l’objet d’attaques et plusieurs ont été désactivés pour des raisons de sécurité. (…)
Anonymous a revendiqué ces attaques, au nom de l’implication supposée du Groupe Bayer dans le commerce du coltan au Congo. Ces allégations datent de plus de dix ans et sont sans fondement. À la suite d’une enquête, les Nations Unies ont retiré toutes leurs accusations à l’encontre du Groupe Bayer en 2003.
Dans la foulée de cette enquête, d’ailleurs, le Groupe Bayer avait estimé opportun de préciser dans son rapport annuel sur le développement durable 2004 qu’il finançait le Dian Fossey Gorilla Fund, un “projet visant à aider les habitants de l’Est de l’Afrique centrale à pratiquer l’extraction des ressources naturelles en cohérence avec l’environnement”. Et de poursuivre dans le même rapport :
Plusieurs organisations environnementales ont appelé à un moratoire international sur les exportations de la région pour mettre fin aux activités illégales comme l’extraction minière dans les parcs nationaux. D’autres organisations, dont le Dian Fossey Gorilla Fund, considèrent de telles mesures comme inappropriées, particulièrement pour des raisons humanitaires, puisqu’elles élimineraient une importante source de revenus pour les populations locales. En cas de moratoire, les organisations craignent que ces populations soient contraintes de se nourrir dans les parcs nationaux (…), ce qui entraînerait sûrement l’extinction permanente de plusieurs espèces en danger.

Illutrations via Anonymous /-)

8 mai 2012

Afrique : Un appel à plus de transparence dans les transactions foncières de terres arables

Ecrit par Lova Rakotomalala · Traduit par Abdoulaye Bah
le 6 Mai 2012 
pour http://fr.globalvoicesonline.org

TraductionsLire cet article en d'autres langues:

Português · África: Clamor por Transparência Diante do Aumento Significativo da Venda de Terras
English · Africa: Calls for Transparency Over Marked Increase in Land Deals


Une coalition internationale de chercheurs et d'ONG a publié la plus grande base de données publique du monde sur les transactions foncières internationales, rapporte le blog Global Development du quotidien The Guardian (Royaume-Uni). Il s'agit d'une étape importante pour mettre en évidence un problème de développement qui a reçu peu d'attention  des médias.
Le rapport indique que près de 5% des terres agricoles africaines ont été achetées ou louées par des investisseurs depuis 2000, et insiste sur le fait que ce n'est donc pas un phénomène nouveau, mais souligne aussi que le nombre de telles transactions de terres a considérablement augmenté au cours des cinq dernières années.


De nombreux observateurs sont de plus en plus inquiets car ces transactions de terres ont lieu généralement dans les pays les plus pauvres du monde et auront un impact sur la frange la plus vulnérable des populations, les agriculteurs. Les bénéfices profitent rarement à l'ensemble de la population, en partie en raison d'un manque de transparence dans la procédure des transactions.
Un rapport complémentaire publié par Global Witness, intitulé Dealing with Disclosure, (Gérer la divulgation), met l'accent sur l'impérieuse nécessité de la transparence dans les transactions foncières.

Les nations les plus pauvres du monde sont ciblées
Le rapport de Global Witness indique que 754 transactions foncières ont été identifiées, impliquant la majorité des pays africains pour environ 56,2 millions d'hectares.

Target countries of land deals from the Land Matrix Project
Les pays cibles de transactions foncières,carte du projet Land Matrix

Les nations ciblées sont généralement parmi les plus pauvres du monde. Les pays où la plupart des transactions sont en cours sont le Mozambique (92 offres), l’Éthiopie (83), la Tanzanie (58) et Madagascar (39). Certains de ces accords ont fait les gros titres parce qu'ils ont été conclus afin d'assurer le contrôle des importations alimentaires des pays ou entités acquéreurs, alors que les régions ciblées sont confrontées à des crises alimentaires majeures.

L'ONG GRAIN a déjà expliqué en détail l'essentiel de ses préoccupations dans un rapport approfondi publié en 2008:
La synergie actuelle entre la crise alimentaire et la crise financière a déclenché un nouvel « accaparement des terres » au niveau mondial. D’un côté, des gouvernements préoccupés par l’insécurité alimentaire qui recourent à des importations pour nourrir leurs populations s'emparent de vastes territoires agricoles à l’étranger pour assurer leur propre production alimentaire offshore. De l’autre, des sociétés agro-alimentaires et des investisseurs privés, affamés de profits dans un contexte d’aggravation de la crise financière, voient dans les investissements dans des terres agricoles à l’étranger une source de revenus importante et nouvelle. De ce fait, des terres agricoles fertiles sont de plus en plus privatisées et concentrées. Si elle devait rester incontrôlée, cette main basse sur les terres à l’échelle planétaire pourrait sonner le glas des petites exploitations agricoles et des moyens de subsistance ruraux dans bien des régions du monde.
Au Malawi, les transactions foncières ont augmenté de plus en plus principalement au détriment des agriculteurs locaux. Un rapport de Bangula explique les difficultés rencontrées par les agriculteurs du Malawi, comme Dorothy Dyton et sa famille :
Comme la plupart des petits exploitants agricoles au Malawi, ils n'ont pas de titre de propriété pour la terre où Dorothy Dyton est né, et en 2009 elle et environ 2 000 personnes qui pratiquent l'agriculture de subsistance dans la région ont été informées par leur chef local que la terre avait été vendue et qu'ils ne pouvaient plus y cultiver. […] Depuis lors, dit Dorothy Dyton, “la vie est très dure pour nous.” La réserve de chasse d'un côté de la communauté et la rivière Shire et la frontière du Mozambique de l'autre, il n'y a pas d'autres terres disponibles pour eux à cultiver et la famille gagne la vie péniblement maintenant en vendant du bois de chauffe qu'elle collecte de la forêt voisine.
Land construction in Madagascar. Photo by Foko Madagascar, used with the author's authorization
Préparation de la terre à Madagascar. Photo de Foko Madagascar, utilisée avec l'autorisation du e l'auteur


Les agriculteurs de Madagascar partagent des préoccupations similaires, car ils n'ont pas de droit de propriété sur la terre qu'ils cultivent et une véritable réforme agraire doit encore être mise en œuvre. L'association Terres Malgaches est à la pointe de la protection des terres pour la population locale. Elle signale que :
Les familles malgaches ne possèdent pas de document foncier pour sécuriser leurs terres contre les accaparements de toutes sortes. En effet, depuis la colonisation, l’obtention de titres fonciers auprès de l’un des 33 services des domaines d’un pays de 589 000 km2 nécessite 24 étapes, 6 ans en moyenne et jusqu’à 500 dollars US. (..) .  Face aux convoitises et accaparements dont les terres malgaches font l’objet actuellement, seule la possession d’un titre ou d’un certificat foncier, seuls documents juridiques reconnus, permet d’entreprendre des actions en justice en cas de conflit.
L'association fait état également des pratiques de la société minière Sheritt, à Ambatovy, qui ont créé un buzz dans la blogosphère locale en raison des inquiétudes de la population locale pour l'environnement et les malversations (par l'intermédiaire de Mines Alerte Canada) :
Le projet Ambatovy de Sherritt International dans l’Est de Madagascar – dont le coût d’investissement s’élève à 5,5 milliards USD et dont le début de la production est prévu ce mois-ci - comprendra des mines d’extraction à ciel ouvert […] Il s’arrêtera dans 29 ans. Il y a déjà de nombreuses raisons de préoccupation au sujet de la mine de la part des milliers de personnes locales à proximité des installations.Elles disent que leurs champs ont été détruits, l’eau est sale, les poissons dans les rivières sont morts, et il y a eu des glissements de terrains près de leur village. Pendant les essais de la nouvelle usine, il y a eu au moins quatre fuites différentes de dioxyde de soufre venant de l’installation hydro-métallurgique qui, selon les villageois auraient causé la mort d'au moins deux adultes et deux bébés et rendu malades au moins 50 personnes.
En janvier, des travailleurs originaires d'Ambatovy durant la phase de la construction licenciés ont commencé une grève sauvage, en faisant valoir que les emplois qui leur ont été promis ne se sont pas matérialisées à la fin de la construction. Les gens dans les villes voisines comme Moramanga disent que leurs filles sont de plus en plus engagées dans la prostitution.
Video montrant le témoignage d'un travailleur d'Ambatovy.

Les solutions pour la population locale ? 
Peut-être, cependant, le sort des agriculteurs malgaches est-il en train de changer lentement. Les discussions sur la réforme foncière sont en cours, selon cet article :
Selon un document présenté à la International Conference on Global Land Grabbing 2011 (Conférence internationale sur l'accaparement des terres 2011), environ 50 projets agro-industriels ont été annoncés entre 2005 et 2010, environ 30 sont encore actifs, couvrant une superficie totale d'environ 150.000 ha. Les projets comprennent des plantations pour la production de canne à sucre, le manioc et du biocarburant à base de plantes médicinales jatropha.
Pour éviter les impacts négatifs de l'accaparement des terres, l'ONG EPT a élaboré des modèles sociaux pour les investisseurs, avec un financement du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD). L'objectif est d'aider les investisseurs dans les négociations avec les habitants de la région où ils veulent réaliser des projets, comme un moyen de prévenir de futurs problèmes.
Joachim Von Braun, ancien membre de l'Institut International de Recherche sur les Politiques Alimentaires(IFPRI) a écrit ce qui suit sur les transactions foncières :
Il est dans l'intérêt à long terme des investisseurs, des gouvernements hôtes et des populations locales concernées de veiller à ce que ces dispositions soient bien négociées, que les pratiques soient durables et que les avantages soient partagés. En raison de la nature transnationale de ces accords, aucun mécanisme institutionnel unique ne permettra d'atteindre ce résultat. Il faut plutôt, une combinaison du droit international, des politiques gouvernementales, et l'implication de la société civile, des médias et des communautés locales pour minimiser les menaces et réaliser des avantages réciproques.
La nécessité d'une transparence dans les transactions foncières est aussi soulignée par Megan MacInnes, chargée de campagne sur le terrain  de Global Witness :
Beaucoup trop de personnes sont maintenues dans l'ignorance d'offres de transactions massives de terres qui pourraient détruire leurs maisons et leurs moyens de subsistance. Que cela doive changer, c'est bien compris, mais comment changer ne l'est pas. Pour la première fois, ce rapport (Dealing with Disclosure) [Gérer la divulgation] expose en détail quels sont les outils que les gouvernements, les entreprises et les citoyens peuvent utiliser pour lever le voile du secret qui entoure l'acquisition de terres. Il tire des leçons du travail déjà effectué pour améliorer la transparence dans d'autres secteurs et  expérimente ce qui est susceptible de s'appliquer au régime foncier. Les entreprises devraient porter la responsabilité de prouver qu'elles ne font  pas de torts ; les collectivités, qui ont peu d'informations ou de pouvoir,  ne devraient pas avoir à faire la preuve qu'une transaction foncière les affecte de façon négative.






 

19 mai 2011

Formation aux Émirats d’une armée secrète pour le Proche-Orient et l’Afrique

par Manlio Dinucci *
pour http://www.voltairenet.org

Chaque État membre du Conseil de coopération du Golfe est invité à contribuer à la contre-révolution arabe. En ce qui les concernent, les Émirats arabes unis, qui ont déjà fourni un contingent de policiers pour réprimer les manifestations à Bahreïn, vont constituer une armée secrète. Pour cela, ils se sont tournés vers la société de mercenaires Xe (ex-Blackwater).



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Vue satellitaire de la base d’entraînement en construction de Xe aux Emirats.
 
À Zayed Military City, un camp d’entraînement dans une zone désertique des Émirats arabes unis, est en train de naître une armée secrète qui sera utilisée non seulement à l’intérieur du territoire mais aussi dans d’autres pays du Proche-Orient et de l’Afrique du Nord. C’est Erick Prince qui est en train de la mettre sur pied : un ex commando des Navy Seals qui avait fondé en 1997 la société Blackwater, la plus grande compagnie militaire privée utilisée par le Pentagone en Irak, Afghanistan et autres zones de guerre. La compagnie, qui en 2009 a été renommée Xe Services, (afin, entre autres motifs, d’échapper aux actions juridiques pour les massacres de civils en Irak) dispose aux États-Unis d’un grand camp d’entraînement où elle a formé plus de 50 000 spécialistes de la guerre et de la répression. Et elle est en train d’en ouvrir d’autres.

À Abu Dhabi, Erick Prince a conclu, sans apparaître personnellement mais à travers la joint-venture Reflex Responses, un premier contrat de 529 millions de dollars (l’original, daté du 13 juillet 2010, a été récemment rendu public par le New York Times) [1]. Sur cette base a commencé dans divers pays (Afrique du Sud, Colombie et autres) le recrutement de mercenaires pour constituer un premier bataillon de 800 hommes. Ils sont entraînés aux Émirats par des spécialistes étasuniens, britanniques, français et allemands, provenant de forces spéciales et de services secrets. Ceux-ci sont payés 200 à 300 000 dollars par an, et les recrues 150 dollars par jour. Une fois prouvée l’efficience du bataillon dans une « action réelle », Abu Dhabi financera avec des milliards de dollars la mise sur pied d’une brigade entière de plusieurs milliers de mercenaires. On prévoit de construire aux Émirats un camp d’entraînement analogue à celui en fonction aux États-Unis.

Le principal appui de ce projet est le prince héritier d’Abu Dhabi, Sheik Mohamed bin Zayed al-Nahyan, formé à l’académie militaire britannique Sandhurst et homme de confiance du Pentagone, fauteur d’une action militaire contre l’Iran. Le prince et son ami Erick Prince ne sont cependant que les exécutants du projet, qui a sûrement été décidé dans les hautes sphères de Washington. Son but réel est révélé par les documents cités dans le New York Times : l’armée qui est en train d’être formée aux Émirats conduira « des missions opérationnelles spéciales pour réprimer des révoltes intérieures, du type de celles qui sont en train de secouer le monde arabe cette année ».

L’armée de mercenaires sera donc utilisée pour réprimer les révoltes populaires dans les monarchies du Golfe, avec des interventions comme celle qui a été menée en mars par les troupes des Émirats, du Qatar et de l’Arabie saoudite au Bahrein où on a écrasé dans le sang la demande populaire de démocratie. « Des missions opérationnelles spéciales » seront effectuées par l’armée secrète dans des pays comme l’Égypte et la Tunisie, pour briser les mouvements populaires et faire en sorte que le pouvoir reste entre les mains des gouvernements garants des intérêts des États-Unis et des plus grandes puissances européennes. Et en Libye aussi, où le plan USA/OTAN prévoit sûrement l’envoi de troupes européennes et arabes pour fournir « l’aide humanitaire aux civils libyens ». Quel que soit le scénario —soit une Libye « balkanisée » divisée en deux territoires opposés dirigés par Tripoli et Benghazi, soit une situation de type irako-afghan à la suite du renversement du gouvernement de Tripoli— l’utilisation de l’armée secrète de mercenaires s’annonce : pour protéger les implantations pétrolières qui sont de fait aux mains des compagnies étasuniennes et européennes, pour éliminer des adversaires, pour garder le pays dans un état de faiblesse et de division. Ce sont les « solutions innovantes » que Xe Services (ex Blackwater), dans son auto présentation, se vante de fournir au gouvernement étasunien.


Documents joints

Contrat de Reflex Responses (société écran de Xe) aux Emirats arabes unis.

(PDF - 6 Mo)
 
 Manlio Dinucci
Géographe et géopolitologue. Derniers ouvrages publiés : Geograficamente. Per la Scuola media (3 vol.), Zanichelli (2008) ; Escalation. Anatomia della guerra infinita, DeriveApprodi (2005).
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Traduction Marie-Ange Patrizio
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Source Il Manifesto (Italie)
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25 février 2011

Berlin 1885, la ruée sur l'Afrique (Documentaire)

http://videos.arte.tv
Réalisateur : Joël Calmettes
(France, 2010, 85mn)
ARTE F / RBB
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Comment les diplomates occidentaux ont décidé de l'avenir de l'Afrique, fixant les règles de sa colonisation. Un huis clos passionnant reconstitué à partir des minutes de la conférence de Berlin.

 15 novembre 1884. À l'initiative de Bismarck, une conférence internationale réunit à Berlin les représentants de toutes les grandes puissances européennes, ainsi que ceux de l'Empire ottoman et des États-Unis. À l'heure où les visées colonisatrices en Afrique s'intensifient, son objectif est d'organiser le partage du bassin du Congo et, plus généralement, d'établir des règles pour la colonisation du centre de l'Afrique. Car si les Européens se sont depuis longtemps installés le long des côtes, le coeur du continent est encore presque totalement terra incognita et attise les convoitises. Pendant plusieurs semaines, des diplomates qui ne connaissent rien à l'Afrique et n'y mettront jamais les pieds vont y tracer des frontières, au nom du libre commerce et de la mission civilisatrice de l'homme blanc...

Rivalités européennes
Comment raconter les âpres négociations d'une conférence du XIXe siècle aujourd'hui tombée dans l'oublin ? Il n'y a aucun film d'archive de la conférence de Berlin (le cinéma naîtra quelques années plus tard) et aucune photographie n'y a été prise. En revanche, Joël Calmettes a retrouvé toutes les minutes des débats qui se tenaient alors dans un français impeccable - la langue diplomatique de l'époque. À partir de ces comptes-rendus, il a recréé à l'aide de la fiction les moments clés de la conférence : la rivalité entre Français et Anglais, les manoeuvres du roi des Belges Léopold II, les interventions du célèbre explorateur Henry Morton Stanley, l'influence des diplomates américains, la position subtile de Bismarck, les discours pleins de bons sentiments des représentants belges et portugais (sur l'alcool, l'abolition de l'esclavage)... Ces séquences élégamment mises en scène sont complétées par des éclairages d'historiens européens, américains et africains. L'ensemble montre avec une rigueur implacable la façon dont l'histoire de l'Afrique s'est écrite à Berlin - sans aucun Africain, avec des diplomates se comportant comme des copropriétaires vétilleux, prisonniers de leurs nationalismes et de leurs préjugés.

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Dossier en partenariat avec Slate Afrique

Paroles d'Africains

En partenariat avec le site SlateAfrique, les papiers d'un écrivain et d'un journaliste africains pour éclairer le débat.

11 février 2011

L’Afrique en manque d’infrastructures

par Philippe Rekacewicz
pour http://blog.mondediplo.net
PERMALINK

Le numéro de février 2011 du Monde diplomatique propose un reportage de Tristan Coloma sur les grands projets hydroélectriques en République démocratique du Congo (RDC) avec le développement du barrage Grand Inga dont le gigantesque potentiel de production pourrait, à terme, servir une grande partie des besoins d’Afrique subsaharienne. Ce complément cartographique donnera aux lecteurs une idée de la situation socio-économique de la RDC, et plus généralement de l’Afrique subsaharienne.
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Etat sanitaire et social du pays où 24 000 milliards de dollars dorment dans les couches géologiques
Sources : PNUD ; Banque mondiale ; Transparency International.
« Le bilan congolais est pour le moins paradoxal. La RDC fait partie des Pays pauvres très endettés (PPTE), écrit Tristan Coloma, alors même qu’elle regorge de matières premières, au point de se voir qualifier de scandale géologique. Selon l’analyste des affaires Stuart Notholt, cité par le magazine African Business en février 2009, les potentialités minières de la RDC sont évaluées à 24 000 milliards de dollars – équivalent au PIB cumulé de l’Europe et des Etats-Unis. » Si scandale il y a, c’est qu’avec un tel potentiel, la RDC affiche d’aussi tragiques résultats pour le développement humain.

Transports

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Un réseau de transport fragmenté
Sources : Banque mondiale ; Vivien Foster et Cecilia Briceño-Garmendia, « Africa’s Infrastructure A Time for Transformation », Agence française de développement et Banque mondiale, 2010.
Très fragmenté, le réseau ferroviaire et routier manque cruellement de connexions reliant les régions entre elles. En dehors de l’Afrique du Sud, la vétusté des routes et des voies ferrées entraîne de nombreuses interruptions dans le service. Certaines lignes restent fermées dans les zones de guerre ou de forte insécurité, alors qu’elles seraient vitales pour le développement de ces régions. Sans moyens de se déplacer, il est difficile d’installer et de gérer des infrastructures de santé et d’éducation : « Ttant que l’Afrique subsaharienne ne disposera pas d’un réseau de transport digne de ce nom, rappelle Benjamin Steck, directeur du Centre interdisciplinaire de recherche sur les mobilités (CIRTAI) au Havre, il est presque inutile de parler de développement. »

Ruralité et urbanisation

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Un continent sans réseau urbain
Source : Nations unies, division de la population, base de données en ligne, 2008, 2009 et 2010. Carte extraite de l’Atlas du Monde diplomatique « Un monde à l’envers », 2009.
L’Afrique reste le continent le plus rural de la planète avec 600 millions de ruraux sur une population total d’un peu plus de un millard de personnes en 2010. Mais depuis une dizaine d’années, l’exode des campagnes vers les villes est spectaculaire par son intensité. A l’exception du Maghreb et de l’Afrique du Sud, il n’y a pas de « réseau urbain » bien hiérarchisé comme en Europe ou en Chine (avec un canevas de villes intermédiaires qui offrent des services spécifiques). Le modèle est plutôt monocéphale (ou unipolaire), avec en général une grande ville ou une mégalopole, éventuellement (mais pas nécessairement) une ou deux villes moyennes, puis directement les villages. Plusieurs immenses conurbations sont en train de se former : en Egypte, sur la côte du Golfe de Guinée et à la frontière des deux Congos avec Kinshasa et Brazzaville. Dans les pays les plus pauvres, l’essentiel de la population (jusqu’à 80 % ...) vit dans des taudis (lire « L’Urbanisation du monde », Manière de voir n° 114, décembre 2010 – janvier 2011).

Énergie

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Potentiellement richissime
Source : Banque africaine de développement ; African Energy Atlas 2011.
L’Afrique peut compter sur un immense potentiel de production d’énergie renouvelable. Deux méga-projets son actuellement en cours d’étude. Le premier, soutenu par la fondation Desertec, est un projet intercontinental regroupant les pays du Golfe, le Proche-Orient, l’Afrique du Nord et l’Europe au sein d’un immense réseau de production, spécialisée selon les milieux géographiques : panneaux solaires dans le désert, éoliennes sur les côtes, barrages dans les montagnes... L’ensemble étant relié par un écheveau de lignes électriques de grande capacité. Le second, c’est la construction du Barrage du Grand Inga qui, avec ses 44 GW pourrait à terme « illuminer » une grande partie de l’Afrique subsaharienne. La RDC pourrait même exporter de l’electricité vers l’Europe et le Proche-Orient. Ces rêves énergétiques ne doivent pas nous faire oublier que le continent reste encore très riche en ressources fossiles, qui continueront d’être exploitées quelques décennies. L’Afrique du Sud est à l’heure actuelle le seul pays produisant de l’électricité nucléaire, mais les cinq pays d’Afrique du Nord ont signé des accords avec la France pour développer des projets de centrales nucléaires, à l’horizon 2020-2025.

Accès aux services de base

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Consommation d’électricité
Source : United Nations Statistics Division, Energy Statistics Database.

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En Afrique subsaharienne, les pauvres sans eau ni électricité
Vivien Foster et Cecilia Briceño-Garmendia, « Africa’s Infrastructure A Time for Transformation », Agence française de développement et Banque mondiale, 2010.

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Accès aux services de base en Afrique subsaharienne : en quinze ans, très peu de progrès
Vivien Foster et Cecilia Briceño-Garmendia, « Africa’s Infrastructure A Time for Transformation », Agence française de développement et Banque mondiale, 2010.

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Le téléphone portable règne en maitre
Source : Telecommunications, International Telecommunications Union - online database.
Les deux gros consommateurs d’électricité restent deux pays fortement urbanisés, l’Egypte et l’Afrique du Sud. En quinze ans, la population ayant accès à l’electricité est passé de 20 % à 30 %, soit une augmentation de 10 % seulement, alors que l’accès à d’autres services de base (eau, toilettes et téléphone) n’a pratiquement pas évolué. L’accès à Internet reste très marginal dans les pays les plus pauvres (moins de 2 % de la population). Enfin, seule une toute petite fraction de la population la plus démunie du continent (moins de 4 %) à accès à l’eau potable et/ou l’électricité. Il n’est pas rare que les ménages soient équipés d’un téléphone portable avant même de disposer de l’eau courante ou de suffisamment d’argent pour nourrir correctement toute la famille.

Santé

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Mortalité des enfants de moins de cinq ans
Source : Africa development indicators, Banque mondiale, 2007. Carte extraite de l’Atlas du Monde diplomatique « Un monde à l’envers », 2009.

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Espérance de vie
Source : Africa development indicators, Banque mondiale, 2007.

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Fuite des blouses blanches
Sources : Michael Clemens et Gunilla Pettersson, « Medical leave : A new database of health professional emigration from Africa », CGD Center for Global Development ; Organisation mondiale de la santé. Carte extraite de l’Atlas du Monde diplomatique « Un monde à l’envers », 2009.

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L’Afrique, grande perdante du développement
Source : Banque mondiale ; PNUD.
Pourtant estimées à des milliers de millards de dollars, l’exploitation des richesses minières et énergétiques n’ont pas accompagné — loin de là — le développement socioéconomique des populations. Pour l’essentiel des pays, les indicateurs d’éducation et de santé restent catastrophiques : en RDC, un enfant sur cinq meurt avant d’atteindre l’âge de 5 ans. L’Afrique est le seul continent sur lequel le développement humain stagne depuis ces dix dernières années. Mais que faire lorsqu’un seul médecin n’est disponible pour servir plusieurs dizaine de milliers de personnes ? Un Africain, en moyenne, vit trente à quarante ans de moins qu’un Européen.

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