Par Akram Belkaïd *
08/2013
Source : http://www.monde-diplomatique.fr
English Gulf by his words
* Journaliste
En avril 2013, lors d’une conférence sur l’énergie
organisée à Doha, au Qatar, l’un des intervenants, un
officiel qatari, commence et conclut son intervention
en anglais – la lingua franca dans le Golfe – en
rendant hommage à la « vision éclairée » de son émir.
Dans la salle, journalistes et universitaires échangent
clins d’oeil et sourires entendus. Habitués de ce genre
de manifestations, certains ont même parié sur le
nombre de fois où serait prononcée l’expression « the
vision ». Il faut dire qu’elle est devenue omniprésente
dans toutes les monarchies pétrolières ou gazières du
golfe Arabo-Persique. Que ce soit lors d’un colloque,
dans un document officiel ou dans une simple
plaquette touristique, il faut célébrer la « vijieune »
– exigez l’accent – de Son Altesse royale, ou plutôt,
en forçant un peu le trait, de « Son Altessissime des
cieux très élevés ».
Au-delà de l’obséquiosité dont il témoigne, pareil
propos résume l’image que les monarques et leur cour
tentent de projeter à l’extérieur. Ainsi, il faut donc
savoir que le roi, l’émir ou le sultan a eu un jour une
vision, personnelle cela va sans dire, quant à la
manière de développer son pays. « A strategic
vision », une vision stratégique, bien sûr, et non un
caprice de nouveau riche.
Les gratte-ciel de Dubaï, les villes nouvelles
d’Arabie saoudite, les ports du sultanat d’Oman, la
diversification de l’économie d’Abou Dhabi pour
sortir du tout-pétrole, l’activisme du Qatar sur tous
les fronts de la planète, les hôtels fantasmagoriques
que la presse anglo-saxonne qualifie d’« al-blingbling
», les compagnies aériennes (Emirates, Etihad
Airways, Qatar Airways, Oman Air…) qui dament le
pion à leurs concurrentes européennes (1), les fantaisies
touristiques : tout cela relèverait de la « vision »
cohérente de monarques qui seraient à la fois stratèges
et planificateurs, gestionnaires avisés et
entrepreneurs.
Opportunistes, et souvent à l’origine des grands
projets économiques dans la région, les cabinets de
conseil anglo-saxons ont compris tout l’intérêt d’investir
dans ce terme de « vision ». Depuis plusieurs
années, c’est à qui élaborera le plus beau et le plus
dense des rapports de prospective. « Vision 2020 »,
« Vision 2030 » – en attendant ceux de 2040 : les
pays du Golfe ne cessent de se projeter dans l’avenir
et d’imaginer tous les scénarios susceptibles de faire
d’eux de véritables puissances économiques et énergétiques.
Souvent, les consultants mobilisés au service de
« the vision » n’ont guère de scrupules, vendant
successivement la même idée à des monarques rivaux
et obsédés par l’idée de faire mieux que le voisin.
L’émirat de Charjah est connu dans le monde pour la
beauté de ses musées, notamment celui de la Civilisation islamique ? Le Qatar en aura un plus
grand, tandis qu’Abou Dhabi entend réussir
l’exploit de réunir le Louvre et le Guggenheim
dans le même « district culturel ».
Dubaï possède la plus grande tour du
monde ? L’Arabie saoudite envisage d’en
ériger une encore plus haute, en signe manifeste
de sa domination régionale…
Alors que le projet européen se réduit
comme peau de chagrin et que les Etats-
Unis ne savent pas comment sortir d’une
croissance qui ne crée plus d’emplois, les
pays du Golfe revendiquent leur confiance
en l’avenir, même si, dans les coulisses, le
nucléaire iranien provoque cauchemars et
sueurs froides. Il ne se passe donc pas un
jour, ou presque, sans que l’on parle de
« projects » à plusieurs dizaines de
« billions » – milliards – de dollars. Les
sommes citées par l’hebdomadaire MEED (Dubaï)
ou par le quotidien émirati The National – tous deux
en anglais, langue des affaires, mais aussi de l’éducation
supérieure et de tout ce qui touche aux loisirs
et à la culture – donnent le tournis. A lire et à
entendre les déclarations officielles, tous ces projets
sont « world-class », d’envergure internationale, car
le temps des cheikhs fortunés achetant d’obsolètes
éléphants blancs (2) serait révolu.
LE projet doit être lourd, impressionnant, mais
aussi rentable, de façon à permettre au pays concerné
de tenir son rang d’« emerging market » – marché
émergent –, au même titre que la Chine ou le Brésil,
mais aussi et surtout de « hub ». C’est-à-dire de carrefour
stratégique et de noeud de communications et de
transports où il est opportun, pour ne pas dire obligatoire,
de se rendre pour faire de bonnes affaires. Il
y a d’ailleurs un aspect quasi obsessionnel dans la
volonté des pays du Golfe d’être aujourd’hui à la
convergence des mondes. « To be on the map » : être
sur la carte du globe et, surtout, être enfin connu et
reconnu. C’est, entre autres, ce qui motive les monarchies
de la région, comme le montre l’exemple très
médiatisé du Qatar.
Voilà pourquoi le qualificatif « global » s’accole
inévitablement au terme « hub ». Aucun projet,
aucune activité, aucun colloque n’a droit de cité s’il
n’est pas « global », c’est-à-dire inscrit dans la
mondialisation. De passage à Doha ou à Manama,
on ne sera donc pas surpris si la carte de visite de
l’attachée de presse d’une petite affaire familiale
proclame sa fonction de « global press officer ».
Même le « mall », ce gigantesque centre commercial
climatisé où expatriés et nationaux traînent leur ennui
dans de tristes galeries de marbre, se doit d’être
« global ». Les pays du Golfe ? « A global hub with
a strategic vision. »
Ce matériel linguistique suffit à charpenter des
livres et des colloques célébrant l’avènement d’une
nouvelle économie. Une économie robuste (« strong
economy »), mais aussi, vous préviendra-t-on, très
attentive au développement durable (« sustainable
development »). Car, bien sûr, dans cette région qui
est la première du monde en termes d’émissions de
gaz à effet de serre par habitant, se soucier de l’environnement,
c’est aussi très « world-class ».
Dans la terminologie abondante à laquelle recourent
les documents relatifs à la « vision », le « capital
humain » (« human capital ») s’accommode à toutes
les sauces. Officiellement, il faut le développer et le
protéger. Bien entendu, cela ne concerne guère les
légions de travailleurs immigrés, notamment ceux
originaires du sous-continent indien, pour lesquels
on parle plutôt de « deportation », c’est-à-dire d’expulsion.
Une punition automatique quand il leur prend
la mauvaise idée de faire grève pour réclamer
leurs (maigres) droits ou leurs salaires, trop souvent
versés en retard et amputés du coût de leur nourriture
et de leur logement, qu’ils n’ont d’ailleurs pas la
possibilité de négocier.
Ces derniers temps, intérêt de l’Occident protecteur
oblige, on lie le « human capital » au sort des
femmes. A Dubaï comme à Doha ou à Koweït, il
n’est question que de leur donner un meilleur accès
à la vie professionnelle. Dès lors surgit un autre terme
qui mérite attention, tant il cristallise les sousentendus
politiques et idéologiques chers à
l’idéologie néolibérale : celui d’« empowerment »,
qui, dans les textes, signifie « donner progressivement
plus de pouvoir aux personnes concernées pour
qu’elles puissent mieux agir d’elles-mêmes ».
« Empowerer » une femme émiratie ou qatarie, c’est
donc lui faire prendre conscience qu’elle pourrait
avoir plus, mais sans pour autant remettre en question
le système patriarcal dominant. En clair, l’émanciper,
mais pas trop.
A l’inverse, pratiquer l’« empowerment
» des jeunes « locals », les locaux,
terme qu’emploient les expatriés pour
désigner les nationaux, consiste à les
convaincre d’en faire plus et d’accepter
des emplois jusque-là réservés aux étrangers,
notamment dans le secteur privé.
Campagne après campagne, la « labor
nationalization », le remplacement des
travailleurs étrangers, demeure toutefois
un échec, et la dépendance aux « foreign
workers » reste importante. Ce qui, chose
nouvelle, alimente de longs débats dans la
presse et les Parlements, pour la plupart
consultatifs (3).
Mais comment ne pas comprendre cette
jeunesse masculine blasée et désoeuvrée,
qui inquiète les puissants chouyoukh
– terme par lequel on désigne les monarques,
mais aussi les grandes figures
tribales ? Pas facile pour elle d’exister, de
mener une vie normale ou, plus important
encore, d’acquérir le goût de l’effort et du
travail bien fait, quand tout ce qui l’entoure
ne parle que de « luxury » – mot signifiant
luxe, mais que l’on peut aussi traduire par
luxure quand on connaît certains aspects
de la vie nocturne de quelques villes du
Golfe. Comment mettre au travail cette
jeunesse autrement qu’en la recrutant dans
une fonction publique pléthorique, dans
des pays où un autre maître mot est
« leisure » – loisir, à comprendre surtout
dans le sens de farniente –, et le maître
verbe, « enjoy » – prendre du plaisir ?
Il n’y a cependant pas que la jeunesse qui inquiète
les chouyoukh. Quatre décennies d’énormes bouleversements
sociaux ont engendré une forme de malêtre
et de quête identitaire. C’est pourquoi, au nom
de la cohésion nationale, il est souvent question de
« heritage » (prononcer « heuritadje », en roulant bien
le « r ») et de « culture » (prononcer « keultch’re »).
Ah, ce « cultural heritage », expression bien utile pour
compenser le malaise généré par la « modernity » tant
revendiquée – du moins pour ce qui est de l’aspect
technologique, car, pour les mentalités…
MAIS, persifle le visiteur en provenance du
Proche-Orient ou du Maghreb, de quel héritage
culturel parle-t-on en ces terres jadis connues pour
leur vacuité ? La tente ? Les chameaux ? La poésie
antéislamique ? La frugalité imposée par le désert ?
Les joutes marines ? La gastronomie sommaire, dont
le visiteur prendra garde à ne pas demander si elle
est « spicy » (épicée), le terme « spice » faisant désormais
référence à des substances synthétiques de plus
en plus prisées par la jeunesse locale en quête de
paradis artificiels ?
La terminologie en vogue n’a pas d’expression
favorite pour cela. Elle se contente tout au plus de
reconnaître que les pays de la région sont engagés
dans un « nation building », la construction d’une
nation. Un « challenge » qui demeure incertain,
malgré l’existence d’une « vision » stratégique et
prospective qui, il faut tout de même le reconnaître,
fait défaut à nombre de pays.
Notes :
(1) Lire Jean-Pierre Séréni, « Emirates veut faire redécoller Dubaï »,
Le Monde diplomatique, novembre 2010.
(2) Un « éléphant blanc » est un ouvrage ambitieux qui soit n’aboutit
jamais, soit se révèle un gouffre financier.
(3) Lire « Les Emirats arabes unis saisis par la fièvre nationale »,
Le Monde diplomatique, mai 2010.
"Que sert d’être habile à parler ? Ceux qui reçoivent tout le monde avec de belles paroles, qui viennent seulement des lèvres, et non du cœur, se rendent souvent odieux ..." ( Confucius )
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3 août 2013
Le Golfe par ses mots
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22 septembre 2011
Le Dessous des Cartes - Turquie , Retour vers l'Orient ?
Bénéficiant d’une position géopolitique centrale, la Turquie a adopté une politique étrangère pragmatique. Sa posture pro-occidentale traditionnelle cohabite désormais avec une ouverture vers le Moyen-Orient. Ce qui n’est pourtant pas contradictoire avec son désir, ancien, de rentrer dans l’Union européenne.
Lectures
- Istanbul, ville monde
- Coordonné par Nil Deniz et Thierry Fabre Actes Sud / La pensée de midi n°29
- Après Alger, Palerme, Athènes, Beyrouth et Tanger, voici, dans la série des “portraits de ville”, le nouveau numéro de la revue "La pensée de midi "consacré à Istanbul. Istanbul est une ville saturée de clichés. Minarets et mosquée Bleue, Bosphore et Corne d’Or, perle d’Orient et rêve d’Occident… Comment échapper à ces images toutes faites ? Comment se détacher du poids de l’histoire qui fait de cette ville une des rares mégapoles depuis plus de 2000 ans, à travers Byzance, Constantinople puis Istanbul ?... Poli, la ville par excellence ! Notre choix, dans ce dossier, a été de tenter d’approcher la ville d’aujourd’hui, dans ses facettes les plus contemporaines. Comment saisir cette ville monde, ville monstre qui laisse une empreinte durable, ville-aimant, qui s’entoure d’un halo de mystère et de brume, ville étendard de la Turquie contemporaine ?… Ce numéro propose un voyage au centre d’Istanbul, en dix-neuf escales, avec des textes de : Elif Safak, Kerem Öktem, Karin Karakasli, Ugur Tanyeli, Michel Peraldi, Senem Deviren, Altan Gökalp, Atilla Yücel, Tangör Tan, Orhan Esen, Cengiz Aktar, Korhan Gümüs, Pelin Tan, Feride Çiçekoglu, Derya Bengi, Nil Deniz, Timour Muhidine, Küçük Iskender et des photographies de Alp Sime. Une invitation à découvrir la multiplicité de cette ville “entre-mondes”, où quelque chose de singulier du XXIe siècle advient sous nos yeux… Un projet labellisé par Cultures France dans le cadre de la saison culturelle de la Turquie en France. La pensée de midi en quelques mots... La pensée de midi est une revue littéraire et de débats d’idées fondée en 2000 par plusieurs intellectuels et écrivains de la Méditerranée au nombre desquels Thierry Fabre, Jean-Claude Izzo, Bernard Millet... Avec ses trois parutions annuelles, coéditées avec Actes Sud, son ambition est de réunir, à partir de Marseille et pour un public qui se veut le plus large possible, les textes, les créations et les prises de paroles des mondes méditerranéens contemporains. “La pensée de midi” est une image, inventée par Camus, pour ouvrir l’horizon et s’opposer au nihilisme de la violence totalitaire et tracer des limites face à la démesure de son temps. Cette pensée est toujours fertile aujourd’hui, elle nous inspire et nous oriente, notamment dans la définition d’une autre relation entre l’Europe et la Méditerranée... www.lapenseedemidi.org/Revue-no29-Istanbul-ville-monde.html
- Le mondial des nations
- Sous la direction de João Medeiros, avec une préface de Jean-Baptiste Meyer Choiseul
- Cet ouvrage est né d'un pari scientifique ambitieux, et même un peu fou : visiter un maximum de nations sur les cinq continents et cartographier l'identité nationale de chacune d'entre elles. Chercheurs, diplomates et journalistes, français et étrangers, ont ainsi interrogé le sentiment afghan, brésilien, marocain, israélien, chinois, yéménite, français... pour nous offrir un voyage insolite, passionnant et troublant. Le Mondial des nations se lit comme un grand livre de contes humains, définitivement originaux.
- La tulipe du mal
- Jörg Kastner. Traduction de Olivier Mannoni Éditions JC Lattès
- "La tulipe et les Néerlandais Si les premiers oignons de tulipe arrivèrent aux Pays-Bas, en provenance de l'Empire ottoman, en 1562, ce fut plutôt le fruit d'un hasard. Ils se trouvaient à bord d'un navire de commerce, coincés, sans que l'on sache pourquoi, entre des ballots de tissu. Le marchand de drap, surpris, fit ce que l'on fait généralement avec des oignons : il demanda qu'on lui fasse revenir à la poêle une partie de cette marchandise qu'il n'avait pas commandée, et se les fit servir avec du vinaigre et de l'huile. Le plat lui parut tellement succulent qu'il fit planter le reste des bulbes dans la terre de son jardin, pour pouvoir en manger un plus grand nombre l'année suivante. Mais il n'en fit rien : le printemps venu, il découvrit que sa plate-bande brillait des vives couleurs de la tulipe. C'est du moins ce que raconte la légende. Ce qui est certain, c'est que la tulipe, originaire des territoires ottomans, arriva en Europe au cours du XVIe siècle et s'y répandit rapidement. On la vit à Augsbourg en 1570, à Vienne deux ans plus tard, en Angleterre en 1582 et à Francfort en 1593, en 1598 dans le sud de la France. Partout, la tulipe trouva des amis et des admirateurs, pas tant comme aliment - bien que le savant Charles de L'Escluse (Carolus Clusius) l'eût, dit-on, jugée excellente confite dans du sucre -, mais pour sa beauté. C'est la multiplicité de ses formes, et tout particulièrement de ses couleurs, qui avait séduit ses admirateurs, mais aussi et surtout le fait que les oignons produisaient parfois de tout nouveaux types de fleurs. Ce sont les Néerlandais qui s'entichèrent le plus de la tulipe, après que ce même savant, Charles de L'Escluse, nommé en 1593 professeur de botanique à l'université de Leyde, leur eut fait découvrir cette fleur. Les Hollandais, toujours prêts à faire des affaires, transformèrent leur passion en commerce, et au cours des décennies suivantes le commerce des oignons de tulipes prit des dimensions insoupçonnées. Une véritable « tulipomania » s'empara du pays. Pour un seul oignon de l'une des espèces rares, qui se caractérisaient par un dessin inhabituel, on paya bientôt mille, puis cinq mille, voire dix mille florins. Pour une somme pareille, on aurait pu avoir une belle maison au bord des grachten (des canaux) les mieux situés du cœur d'Amsterdam. Mais en 1637, la bulle spéculative sur les tulipes éclata brutalement lorsque la demande cessa de suivre l'offre. De plus en plus nombreux, des spéculateurs qui avaient pu s'enrichir en revendant les oignons avant même d'avoir la marchandise en main se retrouvèrent avec leurs collections achetées à prix d'or dans les bras. Grands et petits marchands de tulipes sombrèrent ainsi les uns après les autres dans la pauvreté. Et d'un seul coup, la tulipe eut mauvaise réputation. On continuait certes à trouver des amateurs pour en faire le commerce, mais désormais, leurs prix étaient régulés par la loi. La tulipe ne conduirait plus jamais les Pays-Bas au bord de la catastrophe. C'est du moins ce que l'on croyait.…" extrait
Ailleurs sur le web
- Vie Politique Turque
- ovipot.hypotheses.org/
- L’Observatoire de la Vie Politique Turque (OVIPOT), dont la responsable est actuellement Élise Massicard, a été créé au sein de l’Institut Français d’Études Anatoliennes (IFEA) d’Istanbul en 2005. Le Blog date de 1997 et fut créé par Jean Marcou. Ovipot est membre de Hypotheses.org, plateforme de carnets de la communauté académique des disciplines des sciences humaines et sociales. La Question de l'intégration européenne et de la puissance régionale turque est au coeur d'un chapitre dédié, alimenté d'analyses actualisées. Le blog a privilégié en ce début septembre 2011 : Les enjeux de la tournée des printemps arabes de Recep Tayyip Erdogan (au Caire, le 12 septembre 2011), Le retour des Turcs de l’étranger ? ( 50 ans après la signature en 1961 du traité d’enrôlement des salariés turcs sur le marché du travail allemand qui marquait le début de la plus grande migration de travail en Europe) et enfin, le rapport de la commission d’enquête sur l’arraisonnement meurtrier du Mavi Marmara, le navire amiral de la flottille Free Palestine, que les Nations unies publient ce 2 septembre 2011.
- Turquie Allemagne
- www.commongroundnews.org/article.php?id=26591&lan=fr&sid=1&sp=0
- CGNews est une initiative créée par l’organisation internationale de transformation des conflits Search for Common Ground. Les articles de CGNews accueillent les points de vue des différents acteurs intéressés aux questions de fond touchant aux relations musulmano-occidentales par des auteurs de plus de 45 pays Armin Laschet, Ministre des Générations, de la Famille, des Femmes et de l'Intégration du Land de Rhénanie du Nord – Westphalie s'entretient, en 2009, avec l'écrivain indépendant Eren Güvercin, de la transformation du modèle de migration de la société et du manque continuel d'opportunités d'ascension sociale pour les immigrés en Allemagne.
- Bulbes turcs
- www.todayszaman.com/news-247892-turkish-police-detain-two-dutchmen-in-tulip-smuggling-operation.html
- La tulipe du mal (Jörg Kastner, éditions JC Lattès, 04/2011) raconte, dans le style d'une enquête policière historique, l'arrivée des bulbes, originaires des territoires ottomans, qui se répandirent rapidement en Europe au cours du XVIe siècle et provoquèrent la première crise spéculative en 1637. En juin 2011, le magazine en ligne turc Today Tzaman signale l'arrestation de deux Hollandais soupçonnés de tenter de faire sortir clandestinement 57 bulbes de tulipes rares et endémiques de la Turquie.
- Atatürk Günlügü
- www.ataturktoday.com/
- Atatürk Günlügü, ou Ataturk Aujourd'hui, est un site d'archives historiques sur la vision et la politique de Mustafa Kemal Ataturk depuis les débuts de la République turque.
Agenda
- " Untitled (12e Biennale d'Istanbul), 2011"
- Antrepo 3 - Istanbul - Turquie du 17 septembre au 13 novembre 2011 Journées professionnelles : 15 -16 septembre 2011 Istanbul Kültür Sanat Vakfi Adriano Pedrosa et Jens Hoffmann
- Le magazine Beaux-Arts (BAM 327) a posé à Adriano Pedrosa et Jens Hoffmann, commissaires invités, la question de l'inscription de cette édition 2011 dans l'histoire de la biennale qui explore depuis plusieurs années les liens entre art et politique. Réponse : " Nous voulons maintenir cette préoccupation, mais en trouvant une approche nouvelle. À trop se préoccuper de questions militantes ou documentaires, on en arrive à négliger une interrogation sur les formes plastiques. Or, nous pensons que le visuel et le politique peuvent très bien s'articuler. Ce que nous démontrons notamment en prenant comme figure tutélaire de la biennale Felix Gonzalez-Torres , qui brasse des questions sociales et corporelles autant qu'esthétiques. Il sera comme une présence désincarnée au coeur de notre exposition, dont nous ne voulons pas dévoiler la liste des artistes, afin qu'elle ne soit pas "consommée" avant d'être vue." La 12e Biennale d'Istanbul va donc explorer la relation entre art et politique, en se concentrant sur les œuvres qui sont à la fois formellement innovant et politiquement franc-parler. Le travail de l'artiste américano-cubain Felix Gonzalez-Torres (1957-1996) est un exemple clair de ce type de pratique artistique et la source principale d'inspiration de la biennale. Le titre de la biennale :"Untitled (12e Biennale d'Istanbul), 2011", fait délibérément référence de la manière dont González-Torres nommée la plupart de ses œuvres : "Untitled" suivi d'une description entre parenthèses. La 12e Biennale d'Istanbul comprendra cinq expositions de groupe et quelques 45 présentations en solo. Chacune des expositions de groupe mettra en évidence un grand nombre d'œuvres d'artistes réunis sous un thème particulier : "Untitled" (passeport), "Untitled" (Ross), "Untitled" (Death by Gun), Untitled (Abstraction) et Untitled (Histoire). Ces thèmes se référent à des œuvres de Gonzalez-Torres. Pour réaffirmer le principe de l'exposition elle-même, la biennale sera en un espace unique privilégiant la présentation et la juxtaposition des œuvres d'art. Une attention particulière est accordée à l'architecture de l'exposition, conçue par Ryue Nishizawa des Sejima et Nishizawa et Associés (SANAA), Tokyo, avec une conception graphique développée en collaboration avec Jon Sueda of Stripe, de San Francisco. Le Festival du Film d'Istanbul (Avril 2011) avait était un préambule à la Biennale. Untitled (Film) présenta 10 des films qui se rapportent esthétiquement et politiquement aux 5 thèmes examinés par la biennale. Les noms des artistes présents seront gardés secrets jusqu’à l’inauguration de la Biennale dans le but de respecter le principe « Untitled » — sans nom.
19 mai 2011
Formation aux Émirats d’une armée secrète pour le Proche-Orient et l’Afrique
par Manlio Dinucci *
pour http://www.voltairenet.org
Chaque État membre du Conseil de coopération du Golfe est invité à contribuer à la contre-révolution arabe. En ce qui les concernent, les Émirats arabes unis, qui ont déjà fourni un contingent de policiers pour réprimer les manifestations à Bahreïn, vont constituer une armée secrète. Pour cela, ils se sont tournés vers la société de mercenaires Xe (ex-Blackwater).
À Abu Dhabi, Erick Prince a conclu, sans apparaître personnellement mais à travers la joint-venture Reflex Responses, un premier contrat de 529 millions de dollars (l’original, daté du 13 juillet 2010, a été récemment rendu public par le New York Times) [1]. Sur cette base a commencé dans divers pays (Afrique du Sud, Colombie et autres) le recrutement de mercenaires pour constituer un premier bataillon de 800 hommes. Ils sont entraînés aux Émirats par des spécialistes étasuniens, britanniques, français et allemands, provenant de forces spéciales et de services secrets. Ceux-ci sont payés 200 à 300 000 dollars par an, et les recrues 150 dollars par jour. Une fois prouvée l’efficience du bataillon dans une « action réelle », Abu Dhabi financera avec des milliards de dollars la mise sur pied d’une brigade entière de plusieurs milliers de mercenaires. On prévoit de construire aux Émirats un camp d’entraînement analogue à celui en fonction aux États-Unis.
Le principal appui de ce projet est le prince héritier d’Abu Dhabi, Sheik Mohamed bin Zayed al-Nahyan, formé à l’académie militaire britannique Sandhurst et homme de confiance du Pentagone, fauteur d’une action militaire contre l’Iran. Le prince et son ami Erick Prince ne sont cependant que les exécutants du projet, qui a sûrement été décidé dans les hautes sphères de Washington. Son but réel est révélé par les documents cités dans le New York Times : l’armée qui est en train d’être formée aux Émirats conduira « des missions opérationnelles spéciales pour réprimer des révoltes intérieures, du type de celles qui sont en train de secouer le monde arabe cette année ».
L’armée de mercenaires sera donc utilisée pour réprimer les révoltes populaires dans les monarchies du Golfe, avec des interventions comme celle qui a été menée en mars par les troupes des Émirats, du Qatar et de l’Arabie saoudite au Bahrein où on a écrasé dans le sang la demande populaire de démocratie. « Des missions opérationnelles spéciales » seront effectuées par l’armée secrète dans des pays comme l’Égypte et la Tunisie, pour briser les mouvements populaires et faire en sorte que le pouvoir reste entre les mains des gouvernements garants des intérêts des États-Unis et des plus grandes puissances européennes. Et en Libye aussi, où le plan USA/OTAN prévoit sûrement l’envoi de troupes européennes et arabes pour fournir « l’aide humanitaire aux civils libyens ». Quel que soit le scénario —soit une Libye « balkanisée » divisée en deux territoires opposés dirigés par Tripoli et Benghazi, soit une situation de type irako-afghan à la suite du renversement du gouvernement de Tripoli— l’utilisation de l’armée secrète de mercenaires s’annonce : pour protéger les implantations pétrolières qui sont de fait aux mains des compagnies étasuniennes et européennes, pour éliminer des adversaires, pour garder le pays dans un état de faiblesse et de division. Ce sont les « solutions innovantes » que Xe Services (ex Blackwater), dans son auto présentation, se vante de fournir au gouvernement étasunien.
pour http://www.voltairenet.org
Chaque État membre du Conseil de coopération du Golfe est invité à contribuer à la contre-révolution arabe. En ce qui les concernent, les Émirats arabes unis, qui ont déjà fourni un contingent de policiers pour réprimer les manifestations à Bahreïn, vont constituer une armée secrète. Pour cela, ils se sont tournés vers la société de mercenaires Xe (ex-Blackwater).
- Vue satellitaire de la base d’entraînement en construction de Xe aux Emirats.
À Abu Dhabi, Erick Prince a conclu, sans apparaître personnellement mais à travers la joint-venture Reflex Responses, un premier contrat de 529 millions de dollars (l’original, daté du 13 juillet 2010, a été récemment rendu public par le New York Times) [1]. Sur cette base a commencé dans divers pays (Afrique du Sud, Colombie et autres) le recrutement de mercenaires pour constituer un premier bataillon de 800 hommes. Ils sont entraînés aux Émirats par des spécialistes étasuniens, britanniques, français et allemands, provenant de forces spéciales et de services secrets. Ceux-ci sont payés 200 à 300 000 dollars par an, et les recrues 150 dollars par jour. Une fois prouvée l’efficience du bataillon dans une « action réelle », Abu Dhabi financera avec des milliards de dollars la mise sur pied d’une brigade entière de plusieurs milliers de mercenaires. On prévoit de construire aux Émirats un camp d’entraînement analogue à celui en fonction aux États-Unis.
Le principal appui de ce projet est le prince héritier d’Abu Dhabi, Sheik Mohamed bin Zayed al-Nahyan, formé à l’académie militaire britannique Sandhurst et homme de confiance du Pentagone, fauteur d’une action militaire contre l’Iran. Le prince et son ami Erick Prince ne sont cependant que les exécutants du projet, qui a sûrement été décidé dans les hautes sphères de Washington. Son but réel est révélé par les documents cités dans le New York Times : l’armée qui est en train d’être formée aux Émirats conduira « des missions opérationnelles spéciales pour réprimer des révoltes intérieures, du type de celles qui sont en train de secouer le monde arabe cette année ».
L’armée de mercenaires sera donc utilisée pour réprimer les révoltes populaires dans les monarchies du Golfe, avec des interventions comme celle qui a été menée en mars par les troupes des Émirats, du Qatar et de l’Arabie saoudite au Bahrein où on a écrasé dans le sang la demande populaire de démocratie. « Des missions opérationnelles spéciales » seront effectuées par l’armée secrète dans des pays comme l’Égypte et la Tunisie, pour briser les mouvements populaires et faire en sorte que le pouvoir reste entre les mains des gouvernements garants des intérêts des États-Unis et des plus grandes puissances européennes. Et en Libye aussi, où le plan USA/OTAN prévoit sûrement l’envoi de troupes européennes et arabes pour fournir « l’aide humanitaire aux civils libyens ». Quel que soit le scénario —soit une Libye « balkanisée » divisée en deux territoires opposés dirigés par Tripoli et Benghazi, soit une situation de type irako-afghan à la suite du renversement du gouvernement de Tripoli— l’utilisation de l’armée secrète de mercenaires s’annonce : pour protéger les implantations pétrolières qui sont de fait aux mains des compagnies étasuniennes et européennes, pour éliminer des adversaires, pour garder le pays dans un état de faiblesse et de division. Ce sont les « solutions innovantes » que Xe Services (ex Blackwater), dans son auto présentation, se vante de fournir au gouvernement étasunien.
Documents joints
| Contrat de Reflex Responses (société écran de Xe) aux Emirats arabes unis. (PDF - 6 Mo) |
| Manlio Dinucci Géographe et géopolitologue. Derniers ouvrages publiés : Geograficamente. Per la Scuola media (3 vol.), Zanichelli (2008) ; Escalation. Anatomia della guerra infinita, DeriveApprodi (2005). Les articles de cet auteur Envoyer un message Traduction Marie-Ange Patrizio Les articles de cet auteur Envoyer un message Source Il Manifesto (Italie) Les articles de cet auteur |
Libellés :
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Arabie Saoudite,
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