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3 février 2013

Qui gouvernera Internet ?

Par DAN SCHILLER
Source : http://www.monde-diplomatique.fr
02/2013
english :  Masters of the Internet

En France, le fournisseur d’accès à Internet Free reproche au site de vidéo YouTube, propriété de Google, d’être trop gourmand en bande passante. Son blocage, en représailles, des publicités de Google a fait sensation. Free a ainsi mis à mal la «neutralité d’Internet » – l’un des sujets discutés en décembre à la conférence de Dubaï. La grande a!aire de cette rencontre a cependant été la tutelle des Etats-Unis sur le réseau mondial.


Habituellement circonscrite aux contrats commerciaux entre opérateurs, la géopolitique d’Internet s’est récemmentétalée au grand jour. Du 3 au 14 décembre 2012, les cent quatre-vingt-treize Etats membres de l’Union internationale des télécommunications (UIT, une agence affiliée à l’Organisation des Nations unies) s’étaient donné rendez-vous à Dubaï, aux Emirats arabes unis, pour la douzième conférence mondiale sur les télécommunications internationales.

Une rencontre où les diplomates,abreuvés de conseils par les industriels du secteur, forgent des accords censés faciliterles communications par câble et par satellite.

Longues et ennuyeuses, ces réunions sont cependant cruciales en raison du rôle déterminant des réseaux dans le fonctionnement quotidien de l’économie mondiale.

La principale controverse lors de cesommet portait sur Internet : l’UIT devaitelle s’arroger des responsabilités dans la supervision du réseau informatique mondial, à l’instar du pouvoir qu’elle exerce depuis des dizaines d’années sur les autres formes de communication internationale ?

Les Etats-Unis répondirent par un «non» ferme et massif, en vertu de quoi le nouveau traité renonça à conférer le moindre rôle à l’UIT dans ce qu’on appelle la «gouvernance mondiale d’Internet». Toutefois, une majorité de pays approuvèrent une résolution annexe invitant les Etats membres à «exposer dans le détail leurs positions respectives sur les questions internationales techniques, de développement et de politiques
publiques relatives à Internet».

Bien que «symbolique», comme le souligna le New York Times (1), cette ébauche de surveillance globale se heurta à la position inflexible de la délégation américaine, qui refusa de signer le traité et claqua la portede la conférence, suivie entre autres par la France, l’Allemagne, le Japon, l’Inde, le Kenya, la Colombie, le Canada et le Royaume-Uni. Mais quatre-vingt-neuf des cent cinquante et un participants décidèrent d’approuver le document. D’autres pourraient le signer ultérieurement.

En quoi ces péripéties apparemment absconses revêtent-elles une importance considérable ? Pour en clarifier les enjeux, il faut d’abord dissiper l’épais nuage de brouillard rhétorique qui entoure cette affaire. Depuis plusieurs mois, les médias occidentaux présentaient la conférence de Dubaï comme le lieu d’un affrontement historique entre les tenants d’un Internet ouvert, respectueux des libertés, et les adeptes de la censure, incarnés par des Etats autoritaires comme la Russie, l’Iran ou la Chine. Le cadre du débat était posé en des termes si manichéens que M. Franco Bernabè, directeur de Telecom Italia et président de l’association des opérateurs de téléphonie mobile GSMA, dénonça une «propagande de guerre», à laquelle il imputa l’échec du traité (2).


Fronde antiaméricaine

Ou que l’on vive, la liberté d’expression n’est pas une question mineure. Où que l’on vive, les raisons ne manquent pas de craindre que la relative ouverture d’Internet soit corrompue, manipulée ou parasitée.
Mais la menace ne vient pas seulement des armées de censeurs ou de la «grande muraille électronique» érigée en Iran ou en Chine.

Aux Etats-Unis, par exemple, les centres d’écoute de l’Agence de sécurité nationale (National Security Agency, NSA) surveillent l’ensemble des communications électroniques transitant par les câbles et satellites américains. Le plus grand centre de cybersurveillance du monde est actuellement en cours de construction à Bluffdale, dans le désert de l’Utah (3).

Washington pourchasse WikiLeaks avec une détermination farouche. Ce sont par ailleurs des entreprises américaines, comme Facebook et Google, qui ont transformé le Web en une «machine de surveillance » absorbant toutes les données commercialement exploitables sur le comportement des internautes.

Depuis les années 1970, la libre circulation de l’information (free flow of information) constitue l’un des fondements officiels de la politique étrangère des Etats-Unis (4), présentée, dans un contexte de guerre froide et de fin de la décolonisation, comme un phare éclairant la route de l’émancipation démocratique. Elle permet aujourd’hui de reformuler des intérêts stratégiques et économiques impérieux dans le langage séduisant des droits humains universels. «Liberté d’Internet », «liberté de se connecter» : ces expressions, ressassées par la secrétaire d’Etat Hillary Clinton et les dirigeants de Google à la veille des négociations, constituent la version modernisée de l’ode à la « libre circulation ».

A Dubaï, les débats couvraient une myriade de domaines transversaux. Au programme, notamment, la question des rapports commerciaux entre les divers services Internet, comme Google, et les grands réseaux de télécommunication, tels Verizon, Deutsche Telekom ou Orange, qui transportent ces volumineux flux de données. Crucial par ses enjeux économiques, le sujet l’est aussi par les menaces qu’il fait peser sur la neutralité du Net, c’est-à-dire sur le principe d’égalité de traitement de tous les échanges sur la Toile, indépendamment des sources, des destinataires et des contenus. Le geste de M. Xavier Niel, le patron de Free, décidant début janvier 2013 de s’attaquer aux revenus publicitaires de Google en bloquant ses publicités, illustre les risques de dérive. Une déclaration générale qui imposerait aux fournisseurs de contenus de payer les opérateurs de réseaux aurait de graves conséquences sur la neutralité d’Internet, qui est une garantie vitale pour les libertés de l’internaute.

Mais l’affrontement qui a marqué la conférence portait sur une question tout autre : à qui revient le pouvoir de contrôler l’intégration continue d’Internet dans l’économie capitaliste transnationale (5) ?

Jusqu’à présent, ce pouvoir incombe pour l’essentiel à Washington. Dès les années 1990, quand le réseau explosait à l’échelle planétaire, les Etats-Unis ont déployé des efforts intenses pour institutionnaliser leur domination. Il faut en effet que les noms de domaine (du type « .com»), les adresses numériques et les identifiants de réseaux soient attribués de manière distinctive et cohérente. Ce qui suppose l’existence d’un pouvoir institutionnel capable d’assurer ces attributions, et dont les prérogatives s’étendent par conséquent à l’ensemble d’un système pourtant extraterritorial par nature.

Profitant de cette ambiguïté originelle, les Etats-Unis ont confié la gestion des domaines à une agence créée par leurs soins, l’Internet Assigned Numbers Authority (IANA). Liée par contrat au ministère du commerce, l’IANA opère en qualité de membre d’une association californienne de droit privé, l’Internet Corporation for Assigned Names and Numbers (Icann), dont l amission consiste à « préserver la stabilité opérationnelle d’Internet ». Quant aux standards techniques, ils sont établis par deux autres agences américaines, l’Internet Engineering Task Force (IETF) et l’Internet Architecture Board (IAB), ellesmêmes intégrées à une autre association à but non lucratif, l’Internet Society. Au vu de leur composition et de leur financement, on ne s’étonnera pas que ces organisations prêtent une oreille plus attentive aux intérêts des Etats-Unis qu’aux demandes des utilisateurs (6).

Les sites commerciaux les plus prospères de la planète n’appartiennent pas à des capitaux kényans ou mexicains, ni même russes ou chinois. La transition actuelle vers l’« informatique en nuages » (cloud computing), dont les principaux acteurs sont américains, devrait encore accroître la dépendance du réseau envers les Etats-Unis. Le déséquilibre structurel du contrôle d’Internet garantit la suprématie américaine dans le cyberespace, à la fois sur le plan commercial et militaire, laissant peu de marge aux autres pays pour réguler, verrouiller ou assouplir le système en fonction de leurs propres intérêts. Par le biais de diverses mesures techniques et législatives, chaque Etat est certes à même d’exercer une part de souveraineté sur la branche «nationale » du réseau, mais sous la surveillance rapprochée du gendarme planétaire. De ce point de vue, comme le note l’universitaire Milton Mueller, Internet est un outil au service de la «politique américaine de globalisme unilatéral (7) ».

Leur fonction de gestionnaires a permis aux Etats-Unis de propager le dogme de la propriété privée au coeur même du développement d’Internet. Quoique dotée, en principe, d’une relative autonomie, l’Icann s’est illustrée par les faveurs extraterritoriales accordées aux détenteurs de marques commerciales déposées. En dépit de leurs protestations, plusieurs organisations non commerciales, bien que représentées au sein de l’institution, n’ont pas fait le poids face à des sociétés comme Coca-Cola ou Procter & Gamble.

L’Icann invoque le droit des affaires pour imposer ses règles aux organismes qui administrent les domaines de premier niveau (tels que « .org », « .info »). Si des fournisseurs nationaux d’applications contrôlent le marché intérieur dans plusieurs pays, notamment en Russie, en Chine ou en Corée du Sud, les services transnationaux – à la fois les plus profitables et les plus stratégiques dans ce système extraterritorial – restent, d’Amazon à PayPal en passant par Apple, des citadelles américaines, bâties sur du capital américain et adossées à l’administration américaine.

Dès les débuts d’Internet, plusieurs pays se sont rebiffés contre leur statut de subordonnés. La multiplication des indices signalant que les Etats-Unis n’avaient aucune intention de relâcher leur étreinte a progressivement élargi le front du mécontentement. Ces tensions ont fini par provoquer une série de rencontres au plus haut niveau, notamment dans le cadre du Sommet mondial sur la société de l’information (SMSI), organisé par l’UIT à Genève et à Tunis entre 2003 et 2005.

En offrant une tribune aux Etats frustrés de n’avoir pas leur mot à dire, ces réunions préfiguraient le clash de Dubaï. Rassemblés en un Comité consultatif gouvernemental (Governmental Advisory Com mittee, GAC), une trentaine de pays espéraient convaincre l’Icann de partager une partie de ses prérogatives. Un espoir vite déçu, d’autant que leur statut au sein du GAC les mettait au même niveau que les sociétés commerciales et les organisations de la société civile. Certains Etats auraient pu s’accommoder de cette bizarrerie si, malgré les discours lénifiants sur la diversité et le pluralisme, l’évidence ne s’était imposée à tous : la gouvernance mondiale d’Internet est tout sauf égalitaire et pluraliste, et le pouvoir exécutif américain n’entend rien lâcher de son monopole.


Revirement de l’Inde et du Kenya

La fin de l’ère unipolaire et la crise financière ont encore attisé le conflit interétatique au sujet de l’économie politique du cyberespace. Les gouvernements cherchent toujours des points de levier pour introduire une amorce de coordination dans la gestion du réseau. En 2010 et 2011, à l’occasion du renouvellement du contrat passé entre l’IANA et le ministère du commerce américain, plusieurs Etats en ont appelé directement à Washington. Le gouvernement kényan a plaidé pour une «transition » de la tutelle américaine vers un régime de coopération multilatérale, au moyen d’une « globalisation » des contrats régissant la superstructure institutionnelle qui encadre les noms de domaine et les adresses IP (Internet Protocol). L’Inde, le Mexique, l’Egypte et la Chine ont fait des propositions dans le même sens.

Les Etats-Unis ont réagi à cette fronde en surenchérissant dans la rhétorique de la « liberté d’Internet ». Nul doute qu’ils ont aussi intensifié leur lobbying bilatéral en vue de ramener au bercail certains pays désalignés. A preuve, le coup de théâtre de la conférence de Dubaï : l’Inde et le Kenya se sont prudemment ralliés au coup de force de Washington.

Quelle sera la prochaine étape ?

Les agences gouvernementales américaines et les gros commanditaires du cyber-capitalisme tels que Google continueront vraisemblablement d’employer toute leur puissance pour renforcer la position centrale des Etats-Unis et discréditer leurs détracteurs. Mais l’opposition politique au « globalisme unilatéral » des Etats- Unis est et restera ouverte. Au point qu’un éditorialiste du Wall Street Journal n’a pas hésité, après Dubaï, à évoquer la «première grande défaite numérique de l’Amérique (8) ».


NOTES :

(1) Eric Pfanner, « Message, if murky, from US to the world », The New York Times, 15 décembre 2012.
(2) Rachel Sanderson et Daniel Thomas, «US under fire after telecoms treaty talks fail », Financial Times, Londres, 17 décembre 2012.
(3) James Bamford, «The NSA is building the country’s biggest spy center », Wired, San Francisco, avril 2012.
(4) Herbert I. Schiller, «Libre circulation de l’information et domination mondiale », Le Monde diplomatique, septembre 1975.
(5) Dwayne Winseck, «Big new global threat to the Internet or paper tiger : The ITU and global Internet regulation », 10 juin 2012, http://dwmw.wordpress.com
(6) Harold Kwalwasser, « Internet governance », dans Franklin D. Kramer, Stuart H. Starr et Larry Wentz (sous la dir. de), Cyberpower and National Security, National Defense University Press - Potomac Press, Washington-Dulles (Virginie), 2009.
(7) Milton L. Mueller, Networks and States : The Global Politics of Internet Governance, The MIT Press, Cambridge (Massachusetts), 2010.
(8) L. Gordon Crovitz, «America’s first big digital defeat », The Wall Street Journal, New York, 17 décembre 2012.

Dan Schiller
Professeur de sciences de l’information et des bibliothèques à l’université de l’Illinois à Urbana-Champaign.

8 mars 2012

L’Himalaya, le coeur de la prochaine stratégie des Etats-Unis ?

Par Pierre 
jeudi 8 mars 2012
pour http://www.agoravox.fr

Toute l’attention des médias est actuellement dirigée vers la Syrie et vers l’Iran alors que le véritable enjeu géostratégique se joue peut-être ailleurs, dans une partie du monde dont on parle peu en Occident.
 
 
L’Himalaya : un cocktail détonnant.
 
Personne ne peut douter que la réorientation de la stratégie des États-Unis vers l’Asie et plus précisément vers les océans Indien et Pacifique est destinée à bloquer l’expansion de la Chine dans son environnement proche et à l’empêcher de conclure des alliances avec ses voisins du sud. 
 
La subordination des pays producteurs de matières premières aux États-Unis et le contrôle des routes maritimes d’approvisionnement de la Chine permettront d’asphyxier son économie si elle devait un jour avoir des velléités de concurrence de l’hégémonie étatsunienne. 
 
Après la Somalie, la Cote d’Ivoire et la Libye, pays où la Chine avait entamé une pénétration économique, d’autres pays, également partenaires de la Chine, pourraient suivre la même voie, celle de la déstabilisation.
 
Le dessein qui semble s’esquisser est la mise en place de blocs de pays vivant sous la tutelle d’une puissance régionale, elle-même vassale des États-Unis. Ces derniers leur accorderaient aide militaire et protection.
 
Une Europe étranglée par la dette souveraine et sans plus aucune ambition de politique étrangère au-delà de ses proches voisins serait prise sous la tutelle d’un pilier européen de l’OTAN. La Turquie pourrait retrouver son influence sur une grande partie de l’Empire ottoman. L’Arabie Saoudite gèrerait le monde arabo-sunnite. L’Australie étendrait son influence vers le nord. Le Japon et la Corée du Sud seraient les verrous orientaux de l’Asie.
 
La Russie, débarrassée de son ambition impériale et soumise aux États-Unis pourrait, comme puissance régionale, garder une influence sur son étranger proche ou, en cas de non-acceptation, être déstabilisée de l’intérieur, soit par une révolution colorée, soit en manipulant sa minorité musulmane (ou les deux).
 
Pour atteindre une hégémonie globale sur la planète, les États-Unis auraient encore à affaiblir la Chine en la fragilisant par ses points les plus faibles : les régions himalayennes de son territoire, le Xinjiang et le Tibet.
 
Trois pays de cette zone sont des puissances nucléaires : la Chine, l’Inde et le Pakistan. Une quatrième puissance nucléaire, la Russie, n’est pas loin et une cinquième, les États-Unis, est encore pour quelques années militairement présente. (Afghanistan.)
 
Cela pourrait, de toute évidence, faire un cocktail détonnant en cas de conflit régional.
 
Les ingrédients du cocktail.
 
Les frontières politiques himalayennes sont des frontières subies, un héritage du début du XXe siècle. Le colonisateur britannique a défini des frontières naturelles (ligne Mac Mahon) plus aisées à défendre, sans tenir compte ni des ethnies locales ni des États régionaux qui se sont ainsi trouvés divisés. Il s’agissait à l’époque d’arrêter l’expansion de la Russie tsariste en créant des États tampons et de voir la Chine perdre tous ses territoires périphériques. Tout cela faisait partie du Grand Jeu dont Zbigniew Brzezinski s’est inspiré pour écrire Le Grand Échiquier.
 
Après l’indépendance de l’Inde et du Pakistan et après la victoire communiste en Chine, des guerres postcoloniales ont ajusté les limites de chacun de ces États. 
 
La Chine annexera d’abord le Xinjiang (Turkestan oriental ou chinois) et le Tibet. L’Aksai Chin et l’Arunachal Pradesh seront pris à l’Inde lors de la guerre de 1962. La Chine se retirera de l’Arunachal Pradesh lors de la signature du cessez-le-feu mais le revendique encore toujours aujourd’hui alors que l’Inde continue à revendiquer l’Aksai Chin.
 
De son côté, en 1948, l’Inde annexera la plus grande partie du Cachemire. Un État majoritairement peuplé de Musulmans qui voulaient un rattachement au Pakistan mais qui était gouverné par un Maharadjah hindou qui préférait voir son pays devenir un État tampon indépendant. 
 
Suite à un soulèvement populaire soutenu par le Pakistan, il demanda une intervention militaire et le rattachement à l’Inde. Le référendum prévu par les accords de partage de l’Inde n’aura jamais lieu au Cachemire.
 
Les tensions entre les deux pays restent très vives, particulièrement du côté du glacier du Siachen.
 
Aujourd’hui, l’entièreté du Cachemire est encore revendiquée par l’Inde et par le Pakistan. 
 
En 1975, un autre État tampon, le Sikkim, sera rattaché à l’Inde suite à l’appel du premier ministre incapable de faire face aux revendications de ses administrés.
 
L’Inde doit aussi faire face aux revendications séparatistes en Assam.
 
Et il y a encore la guérilla naxalite dans tout le sud-est du pays qui a fait des milliers de morts et qui dure depuis 40 ans. Il est à noter que cette rébellion maoïste n’est pas du tout soutenue par la Chine (pour le moment). Elle représente la plus grande menace pour la sécurité intérieure de l’Inde.
 
Le Bhoutan, aussi un État tampon, et son Bonheur National Brut semble vivre en dehors du temps et avec d’autres règles de vie. On sait, malheureusement, que certains n’aiment pas ceux qui n’acceptent pas les règles de la mondialisation alors, une petite révolution pour renverser le roi et instaurer la démocratie de force. Pourquoi pas !
 
Le dernier et principal État tampon entre l’Inde et la Chine est le Népal. C’est un pays complexe, multi-ethnique, multi-religieux, multilingue et au relief varié. 
 
Les populations semblent vivre dans la tolérance et le respect des autres. J’ai parfois gravi des collines coiffées de temples en compagnie de Bouddhistes et d’Hindouistes qui bavardait ensemble en toute convivialité.
 
Il ne faut cependant pas oublier que le royaume du Népal a longtemps été un pays interdit aux étrangers et que certaines vallées jouissaient d’une autonomie totale.
 
C’était le cas du royaume du Mustang, situé dans la vallée du même nom et qui ressemble à un doigt enfoncé dans le Tibet. Il est peuplé par quelques milliers d’habitants d’origine tibétaine.
 
 
 C’est là que la CIA avait établi un camp d’entrainement par où sont passés deux mille Tibétains qui ont ensuite participé à des opérations antichinoises au Tibet. Ce camp a définitivement été démantelé en 1974 par les autorités népalaises. C’était une condition exigée par la Chine pour établir des relations diplomatique avec les États-Unis. Le principal camp d’entrainement était établi dans les Rocheuses, à Camp Hale.
 
Ces dernières années, on a vu fleurir au Népal des mouvements politiques qui peuvent parfois exploser dans la violence et qui pourraient à nouveau embraser le pays. 
 
Le mélange du shaker.
 
Les deux géants régionaux, la Chine et l’Inde, en plus d’être des rivaux géopolitiques, ont de sérieux contentieux frontaliers. Le statut quo prévaut pour le moment mais les deux pays sont loin d’être des alliés, même s’ils font parties des BRICS et que l’Inde fera peut-être un jour partie de l’OCS. Ils ont tous les deux de bonnes relations diplomatiques avec la Russie.
 
Le Pakistan est l’ennemi juré de l’Inde et est politiquement soutenu par la Chine et économiquement par les États-Unis. La Russie ne lui pardonne pas sa responsabilité de base arrière durant sa guerre d’Afghanistan et son soutien aux Islamistes du Caucase par djihadistes interposés.
 
Les États-Unis cherchent à amener l’Inde dans leur orbite tout en gardant un œil sur l’arsenal nucléaire pakistanais. Ils tentent aussi de repousser l’influence de la Russie hors de cette région d’Asie. (Lire Le Grand Échiquier. Par Zbigniew Brzezinski qui est le principal conseiller en géostratégie de Barack Obama.)
 
Depuis les attentats de Bombay, en 2006, l’Inde cherche aussi ce rapprochement avec les États-Unis et avec l’Occident en général mais ne veut pas rompre son partenariat stratégique avec Moscou.
 
Le Népal est sous l’influence de l’Inde mais cherche à davantage s’émanciper en s’ouvrant sur la Chine et cela au grand dam de l’Inde.
 
Le Bhoutan est entièrement sous le contrôle de l’Inde et se méfie de la Chine.
Vu la complexité des rapports des États de la zone himalayenne entre eux, la maxime bien connue « L’ennemi de mon ennemi est mon ami. » ne s’appliquera pas du tout à cette région. 
 
Le boutefeu.
 
Il est clair que les États-Unis aimeraient voir l’Inde jouer un plus grand rôle de puissance régionale. Il n’y a qu’à voir les accords dans le nucléaire civil (alors que l’Inde n’a pas adhéré au TNP) ou la proposition de vente d’avions de combat F35 pour s’en convaincre. 
 
La contrepartie serait de voir l’Inde ou un de ses satellites jouer le rôle de base arrière pour la formation d’une opposition politique et militaire au Tibet chinois comme avant 1974.
 
L’impression qui prévaut actuellement est que l’Inde accepterait le rapprochement stratégique avec les États-Unis d’égal à égal mais pas de vassal à suzerain. 
 
Le Népal serait une base idéale mais il faudrait écarter le gouvernement actuel qui ne tolère pas les manifestations antichinoises. 
 
De son côté, l’Inde voudrait bien garder le Népal sous son influence et freiner les appétits chinois sur ce pays. C’est sans doute le meilleur argument que les États-Unis puissent présenter à l’Inde.
 
Empêcher un accord militaire entre la Chine et le Pakistan et promettre la récupération de l’Aksaï Chin en sont deux autres. Avoir une influence sur l’Afghanistan, voire sur le Myanmar aussi.
 
Le deuxième front, le Xinjiang, serait infiltré par la nébuleuse islamique sunnite aidée par une ou des monarchies du Golfe soutenues par les États-Unis. On a vu récemment les liens entre la Chine et les dirigeants saoudiens se distendre avec la crise syrienne.
 
Conclusion.
 
Les États-Unis ont toujours eu une vision stratégique globale à long terme. Ils ne doivent cependant pas tarder à agir. La Chine et la Russie deviennent chaque jour plus puissantes et les Occidentaux plus faibles.
 
L’arrivée de Vladimir Poutine au Kremlin ne va pas faciliter le dessein des États-Unis.
 
Pourront-ils suffisamment convaincre l’Inde que son intérêt est de s’allier à leur projet antichinois ? 
 
C’est là toute la question.

18 février 2012

Le Cachemire, un casse-tête cartographique

Par Philippe Rekacewicz
le 9 Février 2012
pour  http://blog.mondediplo.net

L’Inde est une grande démocratie, où la liberté de la presse est garantie par l’article 19 1 (a) de la Constitution. Mais quand le magazine anglais The Economist a publié, en mai 2011, un long article d’analyse sur les relations et les rivalités indo-pakistanaises, la censure s’est abattue sur lui. Non pas à cause de l’article lui-même, mais en raison de son accompagnement cartographique — d’une facture très classique —, retraçant la géographie de ce conflit gelé depuis des décennies.
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Carte censurée par les autorités indiennes en mai 2011
Source : The Economist.
 
La carte est pourtant plutôt modérée ; elle est très bien conçue, avec un souci de précision. Chaque élément est pensé en fonction de la situation politique : les limites du Cachemire contestées sont bien en pointillé, ainsi d’ailleurs que la « ligne de contrôle », aussi appelée « ligne de cessez-le-feu ». The Economist prend particulièrement soin de n’attribuer aucune partie de territoire à personne. Le journal se borne simplement à rendre compte d’une situation factuelle (portion de territoire administrée par l’Inde ; par le Pakistan ; territoire tenu par la Chine mais revendiqué par l’Inde ; ou, plus complexe encore, territoire cédé par le Pakistan à la Chine, mais revendiqué par l’Inde !). Les auteurs - prudents - ont même opté pour une version minimaliste : ils auraient aussi bien pu écrire, pour la partie sud du Cachemire, « administrée par l’Inde mais revendiquée par le Pakistan », et vice-versa pour la partie nord. Pour finir, un détail, qui a toute son importance : The Economist pousse la subtilité jusqu’à arrêter la ligne de contrôle avant le glacier de Siachen (revendiqué par New Delhi et par Islamabad), mais sans le nommer. C’est dire si toutes les « précautions sémiologiques » ont été prises.

En dépit de cet excellent travail de recherche, et d’une carte présentant des faits exacts, la simple représentation cartographique d’un Cachemire potentiellement pakistanais (zone brune légèrement foncé) a suscité les foudres du gouvernement indien, qui a demandé aux autorités douanières de « retarder » l’entrée de 28 000 exemplaires du magazine, le temps qu’y soient apposés manuellement des autocollants blancs, afin de faire disparaître la carte (« Economist accuses India of censorship over Kashmir map », BBC News, 24 mai 2011).
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The Economist censuré par les autorités indiennes
Photo : BBC, 2011. 
 
Pourtant, durant de nombreuses années, l’Inde semblait plus flexible sur cette question, admettant la « réalité cartographique » de la ligne de contrôle et l’administration par le Pakistan de la partie septentrionale du Cachemire. Si l’ambassade indienne ne manquait pas de nous faire parvenir (au Monde diplomatique) des remarques officielles, celles-ci faisaient essentiellement référence au statut du glacier du Siachen. Il semblerait donc que les Indiens se soient récemment crispés sur la question de la représentation visuelle de ces territoires contestés, et aient décidé de resserrer les boulons, pour faire pression sur les publications afin qu’elles adoptent des modes de représentation conformes à leur perception. Depuis deux ou trois ans, les journaux et magazines dont les cartes osent ne pas montrer l’ensemble du Cachemire comme appartenant à l’Inde sont systématiquement censurés.

The Economist a répondu, sur son site Internet, à la fin de la page sur laquelle se trouve l’article, par une mise au point cinglante : « Manque-t-il une carte dans votre magazine ? Malheureusement, l’Inde censure les cartes qui montrent la situation factuelle des frontières, et insiste pour que seule son entière revendication territoriale [c’est-à-dire la totalité du Cachemire] soit figurée. C’est une position bien plus intolérante que celle du Pakistan ou de la Chine. Les lecteurs indiens seront sans doute privés de la carte dans l’édition papier. A la différence de leur gouvernement, The Economist pense que les lecteurs indiens sont capables d’appréhender cette réalité politique. Ceux qui veulent avoir une vision précise des différentes revendications peuvent consulter cette carte interactive. »

La carte interactive est d’ailleurs fort bien faite... Mais cette réponse n’est pas du goût de tout le monde et irrite les Indiens par son ton arrogant. Le journaliste Rajesh Kalra se désole, dans un article consacré à cet événement (« In digital age, can a government censor a map ? », 25 mai 2011) que « M. John Micklethwait, rédacteur en chef du magazine, ait réagit d’une manière démesurée au lieu de prendre cette affaire avec humour », en citant ses propos : « Bien que l’Inde soit une démocratie respectant la liberté d’opinion, elle reste beaucoup plus hostile sur ces questions que la Chine ou le Pakistan. »
Rajesh Kalra poursuit : « Je suis très partagé sur cette histoire, car, d’un côté, je pense que notre gouvernement n’a aucune vision valable sur ce problème, mais, de l’autre, je n’aime pas qu’on vienne nous donner des leçons, surtout quand il s’agit du Cachemire, question très émotionnelle pour beaucoup d’entre nous. »

Même le ministre finlandais des affaires étrangères, M. Alexander Stubb, s’y est brûlé les doigts en 2010 en suggérant — alors qu’il n’y était pas invité — qu’en absence de solution depuis soixante ans, l’Inde et le Pakistan devraient faire appel à un médiateur, déclenchant ainsi une véritable tempête diplomatique (« Switch off Nokia if Finland doesn’t apologize », 5 mai 2010).

Rajesh Kalra rappelle : « Il n’y a pas si longtemps, les journaux rentraient sans problème en Inde, et en cas de contentieux, le lecteur aurait simplement vu un tampon sur la carte indiquant que “les frontières telles que représentées sur cette carte ne sont ni authentiques ni correctes”. Je ne sais pas quand cela a changé, mais aujourd’hui, on bloque les magazines à la douane. »
« Il semble que The Economist ait manqué d’objectivité dans sa représentation cartographique, ce qui n’est pas le cas de l’article qui, lui, est plutôt assez bien équilibré, conclut-il. Le magazine aurait très bien pu accepter de se conformer à la demande indienne, plutôt que d’en faire un scandale inutile. Mais à l’ère d’Internet, cela a-t-il encore un sens de censurer les éditions papier de cette manière ? » La carte incriminée fut en tout cas consultée bien plus que 28 000 fois depuis l’Inde...

Voici comment j’avais traité la question de ces frontières « croisées » pour une exposition, au Musée des confluences (Lyon) en 2006 (Exposition « Frontières »).
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Inde, Chine, frontières croisées
Esquisse cartographique : Philippe Rekacewicz, 2006. 
 
Une autre façon de marquer la différence de statut entre les deux parties du Cachemire se trouvant de part et d’autre de la ligne de contrôle consiste à adapter la légende.
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Le Cachemire divisé
Carte : Philippe Rekacewicz (2003, revue en 2006). 
 
« Territoire sous contrôle du Pakistan et revendiqué par l’Inde » ne veut pas tout à fait dire la même chose que « territoire rattaché à l’Inde mais revendiqué par le Pakistan ».
A défaut de pouvoir publier des cartes interactives dans la version imprimée, on pouvait encore imaginer — pour ménager les susceptibilités — représenter ces revendications en une collection de deux cartes exprimant chacune les visions de New Delhi et d’Islamabad.
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Un territoire, deux perceptions
Carte extraite de l’Atlas du Monde diplomatique, Un monde à l’envers, Paris, 2009. 
 
Mais, pour l’Inde, le Cachemire ne peut pas être « occupé » et la terminologie, dans cette option, a fortement déplu...
Selon M. Miklos Pinther, l’ancien chef du bureau de cartographie de l’Organisation des Nations unies (ONU), à New York, les Indiens et les Pakistanais ont accepté l’idée des cartes qui montraient la ligne de cessez-le-feu et le glacier du Siachen, pourvu qu’ils soient représentés un peu comme s’ils étaient un no man’s land, presque une sorte de nulle part... L’ONU diffuse une carte dont elle dit qu’elle est acceptée par les deux parties.
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Carte diffusée par l’ONU, agréée par l’Inde et le Pakistan
Source : département de cartographie des Nations unies, New York. 
 
L’ONU insiste : c’est un document technique. Le titre officiel de la carte est « Modèle à suivre pour la cartographie à petite échelle des régions du Jammu-Cachemire, Aksai Chin and Arunachal Pradesh ». La représentation cartographique du Cachemire est une affaire très sensible au sein des instances internationales. Au début des années 2000, M. Gregory Prakas, alors chef de la section cartographique de la Banque mondiale, avait reçu l’ordre — à la suite d’une plainte du gouvernement indien — de ne plus ni produire, ni publier de carte du nord de l’Inde.
Le Diplo n’a pas encore été censuré en Inde, mais en octobre 2011, nous recevions une lettre de Mme Nina Tshering La, première secrétaire de l’ambassade indienne à Paris (la première depuis 2003), dont le ton et les revendications avaient de quoi laisser perplexe.
« L’Ambassade de l’Inde attire votre attention sur le fait que les frontières de l’Inde telles qu’elles figurent dans les pages du mensuel “Le Monde diplomatique” sont incorrectes. Il nous paraît inapproprié qu’une carte erronée de l’Inde où une partie de notre territoire est non seulement réduite mais également attribuée à des pays voisins [soit publiée] par un média étranger. Nous vous remettons ci-joint une carte de l’Inde publiée par le gouvernement dont l’utilisation est libre de droits. Nous vous serions reconnaissants de bien vouloir l’utiliser à l’avenir. »
Il est rare que les ambassades utilisent un style aussi direct et comminatoire. D’habitude, on nous « suggère » ou on nous « recommande »...
Mais la carte transmise par l’ambassade est elle aussi surprenante, d’autant plus qu’elle nous est présentée comme étant la carte officielle sur laquelle on nous demande de prendre exemple.
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Carte officielle transmise par l’ambassade d’Inde à Paris
 
Elle inclut en effet la totalité du Cachemire, et fait disparaître la ligne de contrôle (pourtant une réalité sur le terrain depuis 1947). Ce qui représente une différence majeure avec la carte diffusée par l’ONU, censée elle aussi avoir été avalisée par les autorités.
Rien n’est vraiment simple en cartographie.
P.-S. : les lecteurs indiens ont de la chance. Et The Economist ne devrait pas trop se plaindre. Si cette affaire s’était produite au Vietnam, voici ce qui aurait pu arriver.
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Le Monde diplomatique censuré au Vietnam
Dans le numéro de juin 2011, l’article de Xavier Monthéard, « Retrouvailles des Etats-Unis et du Vietnam », a été caviardé au feutre.

26 septembre 2011

ARTE Reportage - Colombie / Inde / Mali

Pour http://www.arte.tv

(France, 2011, 42mn)
ARTE



Inde naissance d’un contre pouvoir
L’Inde est en plein boom économique. Les affaires fructifient, mais avec elles d’autres affaires. Pas un jour sans qu’éclate une nouvelle histoire de corruption, de prise d’intérêt illégal… Jeux du Commonwealth, marché de l’immobilier ou de la téléphonie, armement, les scandales s’enchainent à un rythme effréné.
Aujourd’hui, les Indiens en ont assez. De nouveaux protestataires se font les porte-paroles de cette colère. Soutenus par une nouvelle classe moyenne, par une jeunesse éprise de justice, ils élèvent la voix et s’en prennent de plus en plus vertement à l’Etat..
Arundathi Roy, Anna Hazare, Binayak Sen, trois noms, trois visages de la contestation made in India… Des hommes et des femmes qui sont en train de changer leur pays, des hommes et des femmes qui ont déjà fait plier les politiques…

Colombie : racaille cité, racaille ciné
A Cali, 3e ville de Colombie avec plus de 2 millions d’habitants, l’homicide représente la première cause de mortalité : 1.813 assassinats par an, soit près de cinq assassinats par jour.
A Pétécuy, un quartier violent et mal famé où les gangs font la loi, les règlements de compte par balles déciment des familles entières. Pourtant, depuis quelques mois, le nombre de blessés et de morts a considérablement chuté. Selon les récentes estimations de la police, le taux de criminalité aurait baissé de 80%.
L’initiative d’un jeune cinéaste, Oscar, a fortement contribué à cette accalmie. Organisateur d’ateliers vidéo dans cette banlieue défavorisée, Oscar a choisi de réaliser un film sur le quotidien de la cité coupe-gorge. Mais avec un traitement pour le moins original : de jeunes dealers, des tueurs à gages et autres membres de gangs en sont les héros. Tous réunis sur un plateau de tournage, autour d’un projet artistique qui les met en valeur. Loin d’être figurants, chacun joue son propre rôle, vêtu de son costume et paré de ses accessoires...
Persuadé que l’art peut dompter la violence, le projet d’Oscar est soutenu par les appels à candidature du Père Edilson Huerfano Ordonez lors du prêche du dimanche. Le prêtre, présent sur tous les tournages, encourage les bonnes volontés et finit par recruter de nouveaux acteurs. D’ailleurs, certains d’entre eux ont fini par s’imposer dans les « telenovelas » diffusés par la télévision colombienne…

Mali : le téléphone guérisseur
Un téléphone portable peut-il faire baisser la mortalité infantile ?
Probablement si l’on en croit l’initiative lancée à Bamako par l’ONG Pesinet qui place les nouvelles technologies au service de la médecine préventive. Pour Pesinet, le constat est simple : en Afrique plus de la moitié des décès dus aux maladies infectieuses pourraient être évités si elles étaient détectées à temps. Le manque de structures de santé, la popularité de la médecine traditionnelle, le coût des soins, poussent très souvent les familles à retarder le plus possible l’échéance de la consultation.
L’ONG a donc mis en place un système de visite à domicile où les données sanitaires de base sont transmises au dispensaire par SMS.



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22 septembre 2011

De la Zambie à l’Ouganda : arbre chinois, forêt indienne

Par Alain Vicky
Pour http://blog.mondediplo.net

Le gagnant de l’élection présidentielle zambienne qui se tient le 20 septembre ? Le ressentiment à l’égard des investisseurs étrangers. « La plupart des investissements ne sont pas menés par des Zambiens mais par des entreprises étrangères, ce qui explique que les profits sont aussi externalisés », explique Euziah Bwalya, chauffeur pour une société de distribution à Lusaka, dans un radio trottoir réalisé à l’occasion de ces élections par le quotidien sud africain Mail and Guardian [1].

Depuis le milieu des années 2000, la Zambie, 13,3 millions d’habitants, apparaissait surtout comme l’une des nations africaines parmi les plus « hostiles » à l’encontre des entreprises chinoises venues s’installer dans sa copperbelt — l’expression « ceinture de cuivre » désigne la province la plus riche en gisements minéraux du pays. Pratiques de management calquées sur celles menées au pays, les Chinois de Zambie — une diaspora que certains estiment compter 80 000 personnes — étaient devenus les mauvais élèves de la Chinafrique. Bon client des médias occidentaux, M. Michael Sata, opposant historique et leader du Front patriotique, qui affronte une nouvelle fois le président sortant Rupiah Banda, avait d’ailleurs fait de cette rhétorique anti-chinoise l’une de ses thématiques clefs durant les campagnes de 2006 puis de 2008. Aujourd’hui, celui-ci a sérieusement adouci ses propos. Pour son collègue de parti, M. Given Lubinda, M. Sata n’a d’ailleurs « jamais dit qu’il était contre les investissements chinois ». Ce changement de ton pragmatique ne garantit pas pour autant la victoire pour ce candidat populiste de 74 ans que l’on surnomme King Cobra. Ni d’ailleurs une baisse du taux d’abstention. En trois ans de présidence Banda, élu après avoir dû remplacer au pied levé le défunt Levy Mwanawasa, l’opinion publique zambienne, avec à sa tête une nouvelle génération d’activistes et de bloggeurs [2], a eu en effet le temps de découvrir la réalité des grandes manœuvres internationales qui se poursuivent sur ses gisements de cuivre.

L’arbre des négligences chinoises — en premier lieu dans le domaine des libertés syndicales — cache en fait une forêt d’infractions tout aussi graves commises par des transnationales de l’extraction minière issues du Vieux Monde comme des pays émergents. Malgré les 7 % de croissance prévue pour 2011, tirée en premier lieu par les investissements dans le secteur du cuivre, 64 % de la population continue à vivre sous le seuil de la pauvreté. Etonnamment, ces pratiques de pirate ont été beaucoup moins relayées par la presse internationale que les méfaits du capitalisme chinois en Zambie.

Evasion fiscale et pluies acides : le dossier du Suisse Glencore [3], qui gère le site zambien de Mufulira, est-il jugé trop peu spectaculaire — contrairement à la mort d’une cinquantaine d’employés en 2005 dans une usine d’explosifs chinoise — pour demeurer hors des radars de la grande presse internationale ? Et quid des pratiques délictueuses des multinationales indiennes ?

Société fondée en 1976 à Bombay par Anil Agarwal, cotée à la Bourse de Londres depuis 2003, le géant Vedanta est une valeur bien établie dans la black list des transnationales de l’exploitation minière. Le combat remporté par une communauté de l’Etat de l’Orissa contre l’un de ses projets miniers eut des résonances planétaires [4]. Dans cette lutte à la Avatar, la tribu Dongria Kondh était allée jusqu’à faire appel au réalisateur de ce film, l’Américain James Cameron. Ce dernier pourrait se rendre en Zambie, vendue parallèlement comme un sanctuaire animalier alternatif au Zimbabwe encore trop défaillant. Là-bas, à Chingola, la filiale de Vedanta KCM (Konkola Copper Mine) s’est rendue responsable, en automne dernier, d’un nouvel acte de pollution de la rivière Kafue, affluent du fleuve Zambie [5]. Hasard de l’actualité, Vedanta était au même moment condamnée pour un autre acte de pollution commis en 2006, toujours dans la rivière Kafue. Des rejets dix fois supérieurs à la tolérance en cuivre, 770 fois supérieurs à celle en manganèse et cent fois à celle du cobalt y avaient été alors déversés. Pour cette atteinte à l’environnement, l’entreprise a écopé d’une amende de… 4 000 dollars [6].

Afin de « réhabiliter une réputation qui a été ternie par plusieurs allégations dans les domaines de l’environnement et des droits de l’homme », Vedanta vient de s’attacher les services de Senjam Raj Sekhar, l’un des meilleurs communicants indiens au service des entreprises indiennes [7]. Ce dernier a été arraché au premier opérateur indien en téléphonie, Bharti Airtel, qui s’est taillé ces deux dernières années de conséquentes parts de marché sur le continent africain. Vedanta vient au même moment de rallier « la ruée sur minerai qui est en cours en Afrique de l’ouest » en prenant la majorité, moyennant 91 millions de dollars versés en cash, d’une entreprise d’exploitation de minerai de fer libérienne, la Western Cluster LTD [8]. Vedanta rejoint dans cette région un autre géant indien, le groupe sidérurgique ArcelorMittal.
Le commerce Inde-Afrique représente près de 40 milliards de dollars, trois fois moins que celui que mène la Chine avec le continent. Ce qui n’est pas une raison de s’en désintéresser. Pour Alex Vines, directeur régional auprès du centre britannique en relations internationales de Chatham House, « L’Inde a jusqu’ici été l’objet de beaucoup moins d’attention rigoureuse que la Chine en ce qui concerne sa politique africaine. » A l’occasion du second sommet Chine-Afrique organisé fin mai 2011 à Addis Abeba, le premier ministre indien Manmohan Singh a répété que ce partenariat reposait sur trois piliers : la mise en valeur du potentiel africain et les transferts de compétences, le commerce et le développement des infrastructures [9]. Officiellement, l’Inde cherche en effet à « tisser des liens politiques et économiques de manière à se positionner différemment d’une Chine qui renvoie une image de nouvelle puissance impériale », note Brahma Chellaney, professeur au New Delhi Centre for Policy Research [10]. Mais dans la réalité, les entreprises indiennes font preuve de tout autant de pragmatisme sans pitié que leurs rivales chinoises, en premier lieu dans le secteur agricole. Plusieurs géants indiens de l’agro-alimentaire envisagent ainsi de participer aux « plus grands achats de terres agricoles africaines en l’espace de cinquante ans » : 2,5 milliards de livres britanniques d’investissements entre Ethiopie, Tanzanie et Ouganda [11].

D’autres Indiens ont des projets pour ce dernier pays. Le groupe agro-alimentaire Metha s’est associé dans une joint venture avec l’Etat ougandais : la Sugar Corporation of Uganda Limited. Le quart des 30 000 hectares de la forêt de Mabira pourrait être attribué à leur projet de culture de canne à sucre, en vue de produire du bio-ethanol. Or la forêt de Mabira est un écosystème sacré, seulement exploité par les tradipraticiens. En 2007, un premier projet initié par la même société indienne avait débouché à Kampala sur des manifestations de mécontentement, provoquant le lynchage d’un Indien. La nouvelle affaire de Mabira, rajoute non seulement de l’huile sur le feu de la question foncière [12] mais pressurise un peu plus le régime Museveni. Depuis sa réélection contestée, au printemps 2011, l’homme fort de Kampala, au pouvoir depuis 25 ans, est en effet confronté à un mouvement de résistance et de protestations pacifiques qui s’est déjà soldé par la mort de neuf manifestants.

Le ressentiment anti-asiatique qu’instrumentalisa sous son règne ubuesque le dictateur Idi Amin Dada, en expulsant d’Ouganda 40 000 Indiens, peut il ressurgir à Kampala ? Une chose est sûre, pour l’opposant Norbert Mao, président du Parti démocratique ougandais, et révélation des dernières présidentielles : « Je prévois des heurts violents lors des prochaines manifestations. »

Sur le radar


Chimurenga. Basée au Cap, cette exceptionnelle publication africaine (lire Alain Vicky, « Une arme pour le futur », septembre 2011) a été fondée en 2002 par le camerounais Ntone Edjabe. Consécration : elle vient de se voir décerner le Grand Prix 2011 de la Fondation Prince Claus « pour son rôle important dans la destruction des tabous sur le continent africain ».

E-déchets. Après Nollywood, le photographe sud africain Pieter Hugo a posé ses boîtiers parmi les petites mains de la décharge ghanéenne d’Agbobloshie, considérée comme l’un des principaux points de chute des déchets électroniques exportés par containers vers le continent africain. Réunissant les portraits pris sur ce site, son livre Permanent Error est publié aux éditions Prestel.

Cacao. Publié aux éditions Zed Books, Chocolate Nations est une enquête menée par la journaliste britannique Orlan Ryan entre Ghana et Cote d’Ivoire au sein de la filière cacao. Pour découvrir les coulisses, dessous et dossiers noirs — des petits producteurs précaires aux multinationales en passant par les limites du commerce éthique et l’affaire Guy André Kieffer — d’une industrie qui vend dans le monde pour plus de 75 milliards de dollars de chocolat par an.

 

Notes

 

[1] Louise Redvers, « Zambia’s election voices », Mail and Guardian, 9 septembre 2011.
[2] Voir entre autres le site Zambian Watchdog.
[3] Sophie Verney-Caillat, « Le docu “Zambie : à qui profite le cuivre ?” mouille l’Europe », Rue 89, 31 mai 2011.
[4] Antoine Guinard, « Un rapport officiel barre la route à Vedanta en Orissa », Aujourd’hui le monde, 19 août 2011.
[5] Kapembwa Sinkamba, « Vedanta : serial offending in Zambia too ? », Mines and communities, 28 décembre 2010.
[6] Lire « On achève bien les mineurs zambiens », Le Monde diplomatique, mai 2009.
[7] Arun Sudhaman, « Controversial mining giant Vedanta taps Senjam for new global comms role », Holmes Report, 6 juin 2011.
[8] Alex MacDonald, « Vedanta enters west africa with Liberia iron ore stake buy », Dow Jones Newswires, 8 août 2011.
[9] David Smith, « India starts trade talks with african countries in an effort to rival China, The Guardian, 23 mai 2011.
[10] Henry Foy, « India PM eyes trade, catch-up with China in Africa visit », Reuters, 23 mai 2011.
[11] John Vidal, « Indian agribusiness sets sights on land in east Africa », The Guardian, 24 août 2011.
[12] Lauriane Gay, « L’instrumentation politique des questions foncières en Ouganda » (PDF), Ceri, juin 2011, et Alain Vicky, « En Ouganda, les rois, l’Etat, la terre, Le Monde diplomatique, juillet 2001.

Coupures de presse : Allemagne, Inde, sous-traitance, corruption, télévision

Pour http://www.monde-diplomatique.fr

Modèle rhénan

 

Journaliste au quotidien britannique The Guardian, Aditya Chakrabortty propose un quiz à ses lecteurs.
Quel est le pays développé qui a connu la plus forte croissance des inégalités et du taux de pauvreté au cours des dernières années (selon la très sérieuse OCDE [Organisation de coopération et de développement économiques]) ? Laissez-moi deviner : vous hésitez entre le Royaume-Uni « en déclin » et les Etats-Unis d’après George W. Bush. Raté : il s’agit d’un pays de la zone euro. Et, dernier indice, les travailleurs y perçoivent certaines des rémunérations les plus faibles d’Europe occidentale. Facile, direz-vous : la Grèce, le Portugal ou l’un de ces pays en proie à la crise de l’euro ? Pas du tout : il s’agit de l’Allemagne.
(« Which is the No 1 problem economy in Europe ? », 8 août.)

Opération de charme

 

Le quotidien sénégalais francophone Wal Fadjri se penche sur l’opération de séduction (économique et diplomatique) que mène actuellement l’Inde en Afrique.
Dans le combat [des puissances émergentes sur le continent noir], New Delhi n’entend pas jouer les figurants. Ainsi, ce ne sont pas moins de 5 milliards de dollars qui ont été prévus dans leur portefeuille pour le continent africain. Et ce dans des domaines aussi variés que le transport, les mines... Avec cette somme, le Sénégal compte bien tirer son épingle du jeu. Récemment, au cours d’une rencontre entre [le président Abdoulaye] Wade et le premier ministre indien Manmohan Singh, ce dernier avait annoncé la mise à la disposition du Sénégal d’un financement de 75 milliards de francs CFA [près de 115 millions d’euros] pour la deuxième phase du programme de mécanisation de l’agriculture sénégalaise. Avec pour cibles la vallée du fleuve Sénégal et la Casamance, deux zones de riziculture.
(« Afrique-Inde : Delhi vante son modèle de coopération », 22 août.)

Fausse bonne idée

 

L’hebdomadaire britannique The Economist suggère que les chefs d’entreprise hésiteraient désormais à sous-traiter certaines activités, les inconvénients l’emportant souvent sur les bénéfices.
Le mécanisme de la sous-traitance peut se détraquer de mille et une façons. Il arrive que les sociétés exercent une telle pression sur leurs prestataires que ces derniers n’ont d’autre choix que de rogner sur la qualité ; un problème particulièrement aigu dans l’industrie automobile, où une poignée d’entreprises imposent leurs conditions à plus de quatre-vingt mille fabricants de pièces détachées. Parfois, les vendeurs promettent plus qu’ils ne sont en mesure de fournir, de façon à obtenir un contrat. (…) Il arrive également que des sociétés affaiblissent leur stratégie d’ensemble en délaissant, de façon peu judicieuse, la responsabilité de certaines activités. Les sociétés de service, par exemple, sous-traitent les plaintes à des centres d’appel étrangers, et s’interrogent après cela sur les raisons pour lesquelles leurs clients les détestent.
(« The trouble with outsourcing », 30 juillet.)

Une Inde corrompue

 

Alors que l’ancien ministre indien des télécommunications est accusé d’avoir organisé le détournement de 28,5 milliards d’euros, un militant « apolitique », M. Anna Hazare, s’est lancé dans une grève de la faim pour obtenir une législation anticorruption. Son arrestation à la mi-août a suscité un tel émoi populaire que le gouvernement a dû le libérer. L’éditorialiste Shoma Chaudhury regrette les erreurs du gouvernement.

Chaque société a besoin d’un projet exaltant et de dirigeants forts pour mobiliser. Or ce gouvernement semble sans tête. Il semble n’avoir ni les mots ni la politique pour se ressaisir, et il se laisse guider au fil des événements, en tablant sur le fait que les partis d’opposition, eux-mêmes en difficulté, ne sont pas en mesure de menacer électoralement son pouvoir.
(« Reign of the Tin Men », Tehelka, 27 août.)

Effondrement démocrate

 

A l’issue d’une analyse très détaillée des scrutins de novembre 2008 et novembre 2010 publiée par la New York Review of Books, Andrew Hacker estime que la victoire écrasante de la droite républicaine lors des élections de mi-mandat s’explique moins par un changement de sentiment de l’électorat que par un effondrement de la participation aux urnes des groupes (jeunes, Hispaniques, Noirs, syndiqués) les plus susceptibles de voter démocrate. Entre 2008 et 2010, la proportion de ces électeurs a baissé d’un tiers.

Les enquêtes réalisées indiquent que, parmi ceux qui avaient participé au scrutin en 2008, les démocrates furent deux fois plus susceptibles que les autres de ne pas voter en 2010. Par conséquent, les électeurs de 2010 eurent un profil très différent de celui de deux ans plus tôt : ils furent plus vieux, plus blancs, plus marqués idéologiquement sur les questions économiques et sociales - et plus fermement républicains. Si le corps électoral de 2010 avait voté en 2008, John McCain serait aujourd’hui président des Etats-Unis.
(« The Next Election : The Surprising Reality », 18 août.)

La télévision tue


Une étude conduite par des chercheurs de l’Université de Queensland (Australie) a mesuré l’impact de la télévision sur l’espérance de vie.

Le visionnage prolongé de la télévision a des répercussions défavorables en matière de mortalité, notamment au niveau cardiovasculaire. (…) Les personnes qui regardent en moyenne 6 heures de télévision par jour au cours de leur existence peuvent s’attendre à vivre 4,8 années de moins que les autres. Dans l’ensemble, chaque heure passée devant la télévision réduit l’espérance de vie de près de 22 minutes.

(« Television viewing time and reduced life expectancy : a life table analysis », sur le site du British Journal of Sport Medecine, 15 août.)

Édition imprimée — septembre 2011 — Page 2

11 mai 2011

Le dessous des cartes - Les Naxalites

http://www.arte.tv
(France, 2011, 12mn)
ARTE F


Voici, le troisième numéro du Dessous des cartes que nous consacrons à l'Inde. Aujourd'hui, je vais vous parler de la guérilla maoïste qui existe sur ce territoire. Elle n'est pas très connue et pourtant, elle pourrait couvrir entre 20 et 30% de la totalité du territoire indien. Alors, qu'en est-il exactement?


  • Le « corridor rouge »
  • Le mouvement maoïste au début des années 1990
  • Le mouvement maoïste en 2010
  • Le village de Naxalbari
  • Le mouvement maoïste après 2004
  • La “Compact Revolutionary Zone”
  • L'État du Chhattisgarh
  • Les armes et les financements
  • L’opération Greenhunt

Le « corridor rouge »

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Le « corridor rouge »
Voici une carte de l’Inde.
Le mouvement maoïste en Inde concerne une région qui va du Bihar, à la frontière népalaise, jusqu'aux côtes méridionales de l’Inde, au Tamil Nadu et au Kerala, soit la moitié orientale du pays.
C’est ce que l’on appelle le « corridor rouge », qui s’étend sur environ 90 000 km2, ce qui fait tout de même à peu près le quart de la superficie de l’Allemagne.

En résumé, où en sont les choses en 2011. La situation est jugée sérieuse par New Delhi, d’autant plus, qu’elle traduit en fait très bien la situation de grand écart qui existe en Inde : grande démocratie, forte croissance, économie mondialisée, grande civilisation indienne, bien entendu, et en même temps, près de 70% des Indiens vivent avec à peu près 2$ par jour.
Alors, les Naxalites nient toute légitimité aux autorités de New Delhi, ce qui ne favorise pas le dialogue entre les deux parties.
Et puis, les Naxalites étant au sens premier du terme un Parti marxiste-léniniste, nous avons découvert, en conduisant ces recherches que Pékin n’apporte pas son soutien à cette guérilla maoïste. 


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4 mai 2011

Le Dessous Des Cartes - Inde, puissance pragmatique (2/2)

http://www.arte.tv
(France, 2011, 12mn)
ARTE F


Voici le deuxième volet que Le Dessous des Cartes consacre à l'Inde.
Je vous ai parlé d'économie mondialisée, et dans un prochain numéro je vous parlerai de révoltes paysannes dans ce pays.
Aujourd'hui, je vais vous raconter pourquoi l'Inde a changé de politique étrangère.

  • Le paradoxe indien
  • Les trois axes de la politique étrangère et économique
  • Les intérêts américains en Asie du Sud
  • L’accord américano-indien de 2006
  • Le « gazoduc de la paix »
  • Le projet TAPI
  • Les projets de gazoducs en provenance de la Birmanie
  • Des foyers de crise à l’Ouest
  • La stratégie chinoise du « collier de perles »
  • L’Inde à l’OMC
  • Le forum de dialogue IBSA

Le paradoxe indien

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Le paradoxe indien
L’Inde fait 3,3 millions de km2.
Elle a 1 milliard 200 millions d’habitants, c'est la 2e population mondiale, derrière la Chine, qu’elle aura dépassée dans 20 ans.
La croissance est très soutenue, le pays est désormais la 4e économie mondiale, en parité de pouvoir d’achat.
Et en même temps, plus de 75 % de la population indienne vit avec moins de 2 $ par jour. C’est l’un des énormes paradoxes et bien sûr problème de ce pays.

Si je me résume : une politique d'alliance avec les Etats-Unis, une forte rivalité avec la Chine mais pas d'opposition frontale, une stratégie d'alliance aussi avec les émergents : comme le Brésil ou l'Afrique du Sud.
En fait, la stratégie diplomatique indienne est très pragmatique et puis, son influence culturelle est vraiment très grande, je vous rappelle que c'est la première industrie cinématographique au monde.
Vous voyez aujourd'hui, je suis au musée Guimet qui est le musée des arts asiatiques à Paris, au Trocadéro.
Il y a justement une programmation consacrée à l'Inde jusqu'en juillet 2011.
Dans un prochain numéro, je vous parlerai d'une facette de ce pays qui est très mal connue, c'est la guérilla maoïste qui, année après année, gagne sur le territoire indien.


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3 mai 2011

Inde : le Kerala veut l'interdiction du pesticide Endosulfan

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