"Que sert d’être habile à parler ? Ceux qui reçoivent tout le monde avec de belles paroles, qui viennent seulement des lèvres, et non du cœur, se rendent souvent odieux ..." ( Confucius )
Affichage des articles dont le libellé est Pauvreté. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Pauvreté. Afficher tous les articles
16 avril 2014
Libellés :
actualité,
Afrique,
Agriculture,
aide alimentaire,
Corruption,
desinformation,
Documentaire,
documentary,
Europe,
famine,
geopolitique,
loi,
Pauvreté,
Politique,
Propaganda,
social,
USA
23 mars 2014
Libellés :
actualité,
business,
corporation,
culture,
Cyber-activisme,
cyberspace,
Démocratie,
Droit,
Economie,
emploi,
gouvernance,
Internet,
LOBBYS,
loi,
Nouvelles Technologies,
Pauvreté,
Politique,
Reflexion,
social,
USA
Libellés :
actualité,
corporation,
culture,
Cyber-activisme,
cyberspace,
Droit,
Economie,
Google,
gouvernance,
Inégalités,
Internet,
loi,
Nouvelles Technologies,
Pauvreté,
Politique,
Reflexion,
social,
USA
22 février 2014
Inondations à Jakarta : Les pauvres meurent pour rendre les riches encore plus riches
Par Andre Vltchek
06/02/2014
Source : http://www.counterpunch.org
English : Floods in Jakarta : The poor die to make the rich richer
Jakarta
Et c’est reparti pour un tour! Nous sommes en janvier 2014 mais on se croirait en janvier 2013*, ou en janvier de l’année d’avant, ou même il y a 10 ans. Jakarta est sous les eaux; les gens essayent de sauver tout ce qu’ils peuvent mais leur maison est foutue…Des hommes, des femmes et des enfants meurent….des dizaines de milliers sont malades, souffrant de typhoïde et de diarrhée.
Alors que je m’enfonce dans les zones inondées, mon ami, un expert médical m’envoie un sms: «s’il te plaît, fais attention à Jakarta…..à la leptospirose, la typhoïde et aux autres maladies infectieuses…» Il y a déjà des douzaines de morts juste dans la capitale ou tout du moins c’est ce qui a été rapporté dans les médias locaux. Comme toujours, nous ne connaîtrons jamais les vrais chiffres. Comme toujours, ils sont beaucoup plus élevés que les chiffres officiels.
Cette année, ils ont installé beaucoup plus de Posko’s qu’en 2013. En principe, un posko est un poste de sauvetage, mis en place durant les désastres naturels, en théorie pour fournir de l’aide, distribuer de l’eau et de la nourriture ou offrir un abri. Tout autour de Kampung Melayu, il y a des douzaines de posko’s: même les forces spéciales Koppasus réputées pour leur brutalité s’y sont mis, de même que la police qui en gère un autre, juste à côté suivie d’une organisation islamique qui en fait de même. Chaque poste fait sa propre publicité. Mais à l’intérieur, c’est vide; policiers et soldats se divertissent à des jeux, mangent ou dorment. Dans l’abri, il y a seulement une poignée de femmes et d’enfants. Les bateaux en caoutchouc sont au sec; en train d’être gonflés et dégonflés tandis que d’autres bateaux de sauvetage sont adossés contre le mur. Grues, ambulances, bateaux; beaucoup sont totalement à l’arrêt.

Kampung Melayu sous les eaux
«Cette année, les inondations sont pires que celles de l’an dernier», m’explique un officier de police, s’appelant Nurasid. Dans l’abri, la fille d’un chef de quartier me dit qu’elle est ici depuis déjà six jours: «Cette fois l’eau est montée jusqu’à deux mètres, je l’ai mesurée dans notre maison. Je ne sais pas pourquoi.» Bonne question, parce que cette administration a effectivement été élue principalement pour ses promesses de réduire les problèmes de circulation qui paralysent presque toute la ville et pour empêcher les inondations dévastatrices.
A quelques minutes de voiture, sous un échangeur, des douzaines de personnes vivent dehors au milieu de ballots de vêtements, avec leurs enfants et même plusieurs animaux domestiques. L’une des personnes déplacées, Mr Ilyas me raconte: «Nous sommes allés à la mosquée Tahiriyah mais elle était surchargée. Nous n’avons pas pu entrer dans d’autres mosquées -Ils ont refusé de nous accueillir prétextant que si nous entrions, cela serait considéré comme najis et kotor, ce qui signifie impur et crasseux. Nous n’avions aucune idée pourquoi ils pensaient à ça…Nous sommes environ deux cents maintenant sous ce pont. Il y a une cantine tenue par la police à proximité mais ils cuisinent pour eux, et non pour nous.»
La rivière est déchaînée et les maisons le long de ses rives sont clairement coupées du reste du monde. Les habitants, ceux qui sont au sec, passent la journée avec leurs enfants, à regarder ceux qui ne sont pas aussi chanceux.
L’ennui dans les villes indonésiennes est légendaire. Et chaque malheur ou désastre draine une large foule de curieux. Il n’y a même pas la moindre tentative de fournir un peu de secours de la part du gouvernement ou du voisinage. En tout cas, pas en ce moment alors que je suis ici. C’était la même chose l’an dernier…Je sais que des gens obtiennent un peu d’aide. Mais c’est sporadique, insuffisant et sans aucune coordination.
L’eau monte et descend. Des gens meurent. Des milliers d’entre eux n’ont plus de toit, des centaines de milliers, parfois des millions, voient leur habitation endommagée. Le système capitaliste indonésien ne se sent pas concerné. Il méprise tout ce qui est public. Seules des entreprises rentables sont prises au sérieux et mises en oeuvre. En clair: seules des activités qui pouvant enrichir des individus déjà riches, sont sérieusement prises en considération.

La police tente de diriger le trafic les pieds dans l’eau
Alors que Jakarta est sous les eaux, le reste de l’Indonésie a son lot de dévastations: les flots ont submergé au moins 22 villages de Java centre et des glissements de terrain ont fait des victimes à Malang Java-est. 90 personnes ont été emportées par les inondations et glissements de terrain à Manado et ses environs, sur l’île de Sulawesi. Il y a quelques années, l’Onu a désigné l’Indonésie comme «la nation sur terre qui subit le plus de catastrophes».
Il est vrai que le pays est assis sur la ceinture de feu. Il est vrai que le pays est périodiquement secoué par des tremblements de terre, ravagé par des tsunamis et même par des nuées ardentes de volcans en éruption. Certaines calamités sont imprévisibles et inéluctables. Mais la plupart des vies perdues sont dues sans l’ombre d’un doute à des désastres non naturels déclenchés eux mêmes par des éléments totalement artificiels -l’étrange fondamentalisme du marché. L’Indonésie est gouvernée par des voyous, par une clique de voleurs impitoyables qui ont survécu en tant qu’espèces depuis le coup d’état de 1965 soutenu par les Usa dans lequel des citoyens indonésiens de premier plan furent massacrés, emprisonnés ou exilés.
Le pays est paralysé par un mélange violent de féodalisme/capitalisme, fondamentalisme religieux (non seulement islamique, mais aussi chrétien et hindou), ajouté à une désinformation ainsi qu’un piètre niveau d’éducation.
Les infrastructures du pays sont en voie d’implosion. Prêtres corrompus, propriétaires d’usine, lobbies d’affaires: tous n’ont pas de temps à consacrer aux choses qu’ils voient comme futiles ou même insensées: les travaux publics, le développement des transports en commun, de meilleures écoles et hôpitaux ou des choses simples telle la prévention des tsunamis, un système de drainage, la gestion des déchets ou la distribution d’eau potable.

Sous l’échangeur
Le système du pays est basé essentiellement sur l’optimisation des profits, sur le pillage de tout ce qui est encore dans le sol et en surface. Ensuite pour faire bonne figure, quelques miettes de charité sont lancées aux pauvres qui représentent la majorité. Comme un membre de l’Académie des Sciences en Indonésie me le disait il y a quelques années, Jakarta et toutes les grandes villes du pays ont un accès à l’eau potable pire que les villes indiennes et même que celles du Bangladesh. La gestion des déchets est considérée comme une dépense inutile et de ce fait, les rivières et canaux des grandes villes sont encombrés de détritus.
Le système de drainage est inadapté et vieillissant, datant souvent de l’époque coloniale hollandaise lorsque Jakarta alors nommée Batavia était une petite ville de quelques centaines de milliers d’âmes et non le monstre actuel de 12 millions d’habitants. Comme les urbanistes ont englouti quasiment tous les parcs, il subsiste quelques rares espaces verts en ville. Et dans les montagnes, l’érosion des sols, la surexploitation minière et du ‘développement’ encore et encore, ont causé de telles destructions environnementales que lors de la saison des pluies, l’eau s’écoule des hauteurs de manière imprévisible et incontrôlable.
Bien sûr, la nature reprend ses droits; elle punit ceux qui défigurent et détruisent les paysages. Malheureusement, dans ce pays, les véritables responsables de ce projet national désastreux- l’Indonésie- sont planqués derrière de hauts murs dans des zones confortables et relativement sûres. Les pauvres, privés de tout et sans protection, sont secoués par des glissements de terrain, subissant les inondations et perdant tous leurs biens. Une logique implacable.

Dans une tente installée par la police pour secourir les victimes des inondations
«A Jakarta», comme me le disait un homme d’affaires important qui vit désormais à l’étranger: «Ils ne construiront jamais de système de transports en commun décent à cause du lobby automobile. Et ils se fichent pas mal que les grandes villes subissent de graves paralysies liées aux embouteillages et une pollution terrible.» La même chose peut être affirmée concernant l’industrie du bâtiment. Comme me l’avait expliqué Madame Sofya, une victime des dernières inondations qui a littéralement emporté sa maison située au nord de Jakarta: «pourquoi les entreprises devraient t-elles se soucier des projets gouvernementaux? Une fois terminés, les projets ne reviennent plus. Si aucun système d’évacuation n’est installé et que les inondations ne cessent de revenir chaque année, des centaines de milliers de maisons continueront d’être détruites….C’est fantastique n’est ce pas! Pour le business, en effet c’est excellent! Cela signifie des profits juteux pour ceux qui réparent et reconstruisent maisons et bâtiments.»
Le professeur Muslim Muin du prestigieux Institut de Technologie de Bandung (ITB) n’a aucun doute où le problème réside: «Ne blâmons pas les océans. Le niveau de la mer est normal cette année. Le problème se situe dans les rivières et canaux de Jakarta qui ne peuvent pas absorber toute cette quantité d’eau. Avant la saison des pluies, le gouvernement devrait effectuer une simulation hydrodynamique et ainsi il saurait de quelles sortes de pompes il aurait besoin et quel type de système d’évacuation pourrait être utilisé.»
Mais le gouvernement n’a pratiquement jamais effectué ce genre de test. Ainsi, chaque année, les inondations arrivent comme ‘une surprise’. Des gens perdent leur maison. Ceux qui sont au pouvoir réalisent d’énormes profits. Et les religions, d’une manière ou d’une autre, donnent un sens à tout cela. Ainsi les riches restent riches. Rien ne change. Et l’année prochaine, la nation tombera encore une fois des nues devant la catastrophe annoncée.
Article original en anglais : The Floods of Jakarta. The Poor Are Dying to Make the Rich Richer, Counterpunch, 24 janvier 2014.
Traduit par Eric Colonna
Andre Vltchek est un romancier, réalisateur et journaliste d’investigation. Il couvre des guerres et conflits dans des douzaines de pays. Auteur de Point of No Return , roman politique acclamé par la critique, réédité et de nouveau disponible (traduit en français), auteur d’un livre très critique sur l’Indonésie post-suharto et son modèle de libéralisme sauvage“Indonesia – The Archipelago of Fear” (non traduit en français). Après avoir vécu de longues années en Amérique du sud et en Océanie, Vltchek habite et travaille entre l’Asie du sud-est et l’Afrique. On peut le contacter sur son website ou Twitter.
Notes du traducteur
Voir l’article de Vltchek du 25/01/13 Jakarta’s killer floods and the Elites
D’autres photos



06/02/2014
Source : http://www.counterpunch.org
English : Floods in Jakarta : The poor die to make the rich richer
Et c’est reparti pour un tour! Nous sommes en janvier 2014 mais on se croirait en janvier 2013*, ou en janvier de l’année d’avant, ou même il y a 10 ans. Jakarta est sous les eaux; les gens essayent de sauver tout ce qu’ils peuvent mais leur maison est foutue…Des hommes, des femmes et des enfants meurent….des dizaines de milliers sont malades, souffrant de typhoïde et de diarrhée.
Alors que je m’enfonce dans les zones inondées, mon ami, un expert médical m’envoie un sms: «s’il te plaît, fais attention à Jakarta…..à la leptospirose, la typhoïde et aux autres maladies infectieuses…» Il y a déjà des douzaines de morts juste dans la capitale ou tout du moins c’est ce qui a été rapporté dans les médias locaux. Comme toujours, nous ne connaîtrons jamais les vrais chiffres. Comme toujours, ils sont beaucoup plus élevés que les chiffres officiels.
Cette année, ils ont installé beaucoup plus de Posko’s qu’en 2013. En principe, un posko est un poste de sauvetage, mis en place durant les désastres naturels, en théorie pour fournir de l’aide, distribuer de l’eau et de la nourriture ou offrir un abri. Tout autour de Kampung Melayu, il y a des douzaines de posko’s: même les forces spéciales Koppasus réputées pour leur brutalité s’y sont mis, de même que la police qui en gère un autre, juste à côté suivie d’une organisation islamique qui en fait de même. Chaque poste fait sa propre publicité. Mais à l’intérieur, c’est vide; policiers et soldats se divertissent à des jeux, mangent ou dorment. Dans l’abri, il y a seulement une poignée de femmes et d’enfants. Les bateaux en caoutchouc sont au sec; en train d’être gonflés et dégonflés tandis que d’autres bateaux de sauvetage sont adossés contre le mur. Grues, ambulances, bateaux; beaucoup sont totalement à l’arrêt.
Kampung Melayu sous les eaux
«Cette année, les inondations sont pires que celles de l’an dernier», m’explique un officier de police, s’appelant Nurasid. Dans l’abri, la fille d’un chef de quartier me dit qu’elle est ici depuis déjà six jours: «Cette fois l’eau est montée jusqu’à deux mètres, je l’ai mesurée dans notre maison. Je ne sais pas pourquoi.» Bonne question, parce que cette administration a effectivement été élue principalement pour ses promesses de réduire les problèmes de circulation qui paralysent presque toute la ville et pour empêcher les inondations dévastatrices.
A quelques minutes de voiture, sous un échangeur, des douzaines de personnes vivent dehors au milieu de ballots de vêtements, avec leurs enfants et même plusieurs animaux domestiques. L’une des personnes déplacées, Mr Ilyas me raconte: «Nous sommes allés à la mosquée Tahiriyah mais elle était surchargée. Nous n’avons pas pu entrer dans d’autres mosquées -Ils ont refusé de nous accueillir prétextant que si nous entrions, cela serait considéré comme najis et kotor, ce qui signifie impur et crasseux. Nous n’avions aucune idée pourquoi ils pensaient à ça…Nous sommes environ deux cents maintenant sous ce pont. Il y a une cantine tenue par la police à proximité mais ils cuisinent pour eux, et non pour nous.»
La rivière est déchaînée et les maisons le long de ses rives sont clairement coupées du reste du monde. Les habitants, ceux qui sont au sec, passent la journée avec leurs enfants, à regarder ceux qui ne sont pas aussi chanceux.
L’ennui dans les villes indonésiennes est légendaire. Et chaque malheur ou désastre draine une large foule de curieux. Il n’y a même pas la moindre tentative de fournir un peu de secours de la part du gouvernement ou du voisinage. En tout cas, pas en ce moment alors que je suis ici. C’était la même chose l’an dernier…Je sais que des gens obtiennent un peu d’aide. Mais c’est sporadique, insuffisant et sans aucune coordination.
L’eau monte et descend. Des gens meurent. Des milliers d’entre eux n’ont plus de toit, des centaines de milliers, parfois des millions, voient leur habitation endommagée. Le système capitaliste indonésien ne se sent pas concerné. Il méprise tout ce qui est public. Seules des entreprises rentables sont prises au sérieux et mises en oeuvre. En clair: seules des activités qui pouvant enrichir des individus déjà riches, sont sérieusement prises en considération.
La police tente de diriger le trafic les pieds dans l’eau
Alors que Jakarta est sous les eaux, le reste de l’Indonésie a son lot de dévastations: les flots ont submergé au moins 22 villages de Java centre et des glissements de terrain ont fait des victimes à Malang Java-est. 90 personnes ont été emportées par les inondations et glissements de terrain à Manado et ses environs, sur l’île de Sulawesi. Il y a quelques années, l’Onu a désigné l’Indonésie comme «la nation sur terre qui subit le plus de catastrophes».
Il est vrai que le pays est assis sur la ceinture de feu. Il est vrai que le pays est périodiquement secoué par des tremblements de terre, ravagé par des tsunamis et même par des nuées ardentes de volcans en éruption. Certaines calamités sont imprévisibles et inéluctables. Mais la plupart des vies perdues sont dues sans l’ombre d’un doute à des désastres non naturels déclenchés eux mêmes par des éléments totalement artificiels -l’étrange fondamentalisme du marché. L’Indonésie est gouvernée par des voyous, par une clique de voleurs impitoyables qui ont survécu en tant qu’espèces depuis le coup d’état de 1965 soutenu par les Usa dans lequel des citoyens indonésiens de premier plan furent massacrés, emprisonnés ou exilés.
Le pays est paralysé par un mélange violent de féodalisme/capitalisme, fondamentalisme religieux (non seulement islamique, mais aussi chrétien et hindou), ajouté à une désinformation ainsi qu’un piètre niveau d’éducation.
Les infrastructures du pays sont en voie d’implosion. Prêtres corrompus, propriétaires d’usine, lobbies d’affaires: tous n’ont pas de temps à consacrer aux choses qu’ils voient comme futiles ou même insensées: les travaux publics, le développement des transports en commun, de meilleures écoles et hôpitaux ou des choses simples telle la prévention des tsunamis, un système de drainage, la gestion des déchets ou la distribution d’eau potable.
Sous l’échangeur
Le système du pays est basé essentiellement sur l’optimisation des profits, sur le pillage de tout ce qui est encore dans le sol et en surface. Ensuite pour faire bonne figure, quelques miettes de charité sont lancées aux pauvres qui représentent la majorité. Comme un membre de l’Académie des Sciences en Indonésie me le disait il y a quelques années, Jakarta et toutes les grandes villes du pays ont un accès à l’eau potable pire que les villes indiennes et même que celles du Bangladesh. La gestion des déchets est considérée comme une dépense inutile et de ce fait, les rivières et canaux des grandes villes sont encombrés de détritus.
Le système de drainage est inadapté et vieillissant, datant souvent de l’époque coloniale hollandaise lorsque Jakarta alors nommée Batavia était une petite ville de quelques centaines de milliers d’âmes et non le monstre actuel de 12 millions d’habitants. Comme les urbanistes ont englouti quasiment tous les parcs, il subsiste quelques rares espaces verts en ville. Et dans les montagnes, l’érosion des sols, la surexploitation minière et du ‘développement’ encore et encore, ont causé de telles destructions environnementales que lors de la saison des pluies, l’eau s’écoule des hauteurs de manière imprévisible et incontrôlable.
Bien sûr, la nature reprend ses droits; elle punit ceux qui défigurent et détruisent les paysages. Malheureusement, dans ce pays, les véritables responsables de ce projet national désastreux- l’Indonésie- sont planqués derrière de hauts murs dans des zones confortables et relativement sûres. Les pauvres, privés de tout et sans protection, sont secoués par des glissements de terrain, subissant les inondations et perdant tous leurs biens. Une logique implacable.
Dans une tente installée par la police pour secourir les victimes des inondations
«A Jakarta», comme me le disait un homme d’affaires important qui vit désormais à l’étranger: «Ils ne construiront jamais de système de transports en commun décent à cause du lobby automobile. Et ils se fichent pas mal que les grandes villes subissent de graves paralysies liées aux embouteillages et une pollution terrible.» La même chose peut être affirmée concernant l’industrie du bâtiment. Comme me l’avait expliqué Madame Sofya, une victime des dernières inondations qui a littéralement emporté sa maison située au nord de Jakarta: «pourquoi les entreprises devraient t-elles se soucier des projets gouvernementaux? Une fois terminés, les projets ne reviennent plus. Si aucun système d’évacuation n’est installé et que les inondations ne cessent de revenir chaque année, des centaines de milliers de maisons continueront d’être détruites….C’est fantastique n’est ce pas! Pour le business, en effet c’est excellent! Cela signifie des profits juteux pour ceux qui réparent et reconstruisent maisons et bâtiments.»
Le professeur Muslim Muin du prestigieux Institut de Technologie de Bandung (ITB) n’a aucun doute où le problème réside: «Ne blâmons pas les océans. Le niveau de la mer est normal cette année. Le problème se situe dans les rivières et canaux de Jakarta qui ne peuvent pas absorber toute cette quantité d’eau. Avant la saison des pluies, le gouvernement devrait effectuer une simulation hydrodynamique et ainsi il saurait de quelles sortes de pompes il aurait besoin et quel type de système d’évacuation pourrait être utilisé.»
Mais le gouvernement n’a pratiquement jamais effectué ce genre de test. Ainsi, chaque année, les inondations arrivent comme ‘une surprise’. Des gens perdent leur maison. Ceux qui sont au pouvoir réalisent d’énormes profits. Et les religions, d’une manière ou d’une autre, donnent un sens à tout cela. Ainsi les riches restent riches. Rien ne change. Et l’année prochaine, la nation tombera encore une fois des nues devant la catastrophe annoncée.
Andre Vltchek
Article original en anglais : The Floods of Jakarta. The Poor Are Dying to Make the Rich Richer, Counterpunch, 24 janvier 2014.
Traduit par Eric Colonna
Andre Vltchek est un romancier, réalisateur et journaliste d’investigation. Il couvre des guerres et conflits dans des douzaines de pays. Auteur de Point of No Return , roman politique acclamé par la critique, réédité et de nouveau disponible (traduit en français), auteur d’un livre très critique sur l’Indonésie post-suharto et son modèle de libéralisme sauvage“Indonesia – The Archipelago of Fear” (non traduit en français). Après avoir vécu de longues années en Amérique du sud et en Océanie, Vltchek habite et travaille entre l’Asie du sud-est et l’Afrique. On peut le contacter sur son website ou Twitter.
Notes du traducteur
Voir l’article de Vltchek du 25/01/13 Jakarta’s killer floods and the Elites
D’autres photos
Libellés :
actualité,
Argent,
Catastrophe,
corporation,
Corruption,
Eau,
environnement,
Indonesia,
Indonesie,
Inégalités,
inondations,
loi,
Pauvreté,
Politique,
Propaganda,
Sécurité,
social
9 janvier 2014
Le typhon Haiyan : La catastrophe des Philippines n’est pas due au réchauffement climatique
Par Prof Michel Chossudovsky
Source : http://www.mondialisation.ca
19/11/2013
English : Climate Change: The Philippines Haiyan Typhoon is not the Result of Global Warming
Haiyan (Yolanda), le typhon tropical le plus puissant jamais enregistré, a frappé les Philippines, entraînant des conséquences dévastatrices pour tout le pays et faisant des [milliers de morts]. Environ 615.000 personnes ont été déplacées et jusqu’à 4,3 millions de personnes ont été touchées, selon sources gouvernementales.
La tragédie des Philippines est devenue un sujet de discussion à la Conférence internationale de Varsovie sur les changements climatiques sous l’égide de l’ONU. La cause du typhon Haiyan et la détresse qui en résulte ont simplement été attribuées, sans preuves, à l’impact du réchauffement climatique.

Bien qu’il n’existe aucune preuve scientifique que le super typhon Haiyan soit la conséquence du réchauffement climatique, les déclarations d’ouverture au Sommet de Varsovie ont laissé entendre dans des termes sans équivoque qu’il y avait une relation de cause à effet prouvée. La secrétaire exécutive de la Convention-Cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques (CCNUCC), Christiana Figueres, a affirmé (sans preuves) que le typhon fait partie de la « triste réalité » du réchauffement climatique. (Cité dans Did Climate Change Cause Supertyphoon Haiyan? | TIME.com, 11 novembre 2013.)
Le représentant des Philippines à la confrence de l’ONU sur les changement climatiques, M. Yeb Sano, a déclaré lors de son discours à la séance d’ouverture :
Ironie amère du sort, la tragédie des Philippines a contribué à
renforcer un consensus qui remplit indirectement les poches des
entreprises faisant du lobbyisme pour un nouvel accord sur le commerce
du carbone. Le système de plafonnement et échange (cap and trade) est
une manne de plusieurs milliards de dollars, s’appuyant sur le consensus
sur le réchauffement planétaire. Selon Mme Figueres, chef de la
(CCNUCC) :
La manipulation des marchés de plafonnement et échange est connue et
docmentée. L’enjeu constitue le commerce des produits dérivés du
carbone, contrôlé par les puissantes institutions financières comme JP
Morgan Chase. (Voir Copenhagen’s Hidden Agenda: The Multibillion Trade in Carbon Derivatives,
Global Research, 8 décembre 2009.) En 2008, Simon Linnett,
vice-président de Rothschild & Sons a reconnu la nature de cette
entreprise multimilliardaire :
Le plafonnement et l’échange de crédits transformé en produits
dérivés se nourrit du consensus sur le réchauffement planétaire. Sans ce
consensus, ce commerce de plusieurs milliards de dollars serait un
cuisant échec.
La crise humanitaire aux Philippines n’a rien à voir avec le réchauffement climatique. Les conséquences sociales du typhon Haiyan sont aggravés par le manque d’infrastructure et de services sociaux, sans compter l’absence d’une politique de logement cohérente. Les personnes les plus touchées par le typhon vivent dans la pauvreté dans des maisons de fortune.
Une réduction des émissions de CO2, comme l’a suggéré M. Yeb Sano lors de son discours à la séance d’ouverture du Sommet sur le climat à Varsovie, n’est pas une solution à la détresse d’une population appauvrie.
Aux Philippines, les répercussions sociales des catastrophes naturelles sont invariablement exacerbées par un cadre politique macro-économique imposé par les créanciers extérieurs de Manille.
La coup fatal des réformes économiques néolibérales est en jeu. Depuis plus de 25 ans, depuis la disparition de la dictature de Marcos, la « médecine économique » du FMI sous la gouverne du Consensus de Washington prévaut, servant en grande partie les intérêts des institutions financières et des sociétés minières et agroalimentaires.
Le gouvernement de Benigno Aquino s’est lancé dans une nouvelle vague de mesures d’austérité impliquant la privatisation généralisée et la réduction des programmes sociaux. En revanche, une grande partie du budget de l’État a été redirigée vers l’armée, laquelle collabore avec le Pentagone dans le cadre du « virage asiatique » d’Obama. Ce programme, qui sert les intérêts de Washington au détriment des Philippins, comprend également l’achat de systèmes d’armes avancés d’une valeur de de 1,7 milliard de dollars.
Article original : Climate Change: The Philippines Haiyan Typhoon is not the Result of Global Warming
Traduction: Julie Lévesque pour Mondialisation.ca
Michel Chossudovsky est directeur du Centre de recherche sur la mondialisation et professeur émérite de sciences économiques à l’Université d’Ottawa. Il est l’auteur de Guerre et mondialisation, La vérité derrière le 11 septembre et de la Mondialisation de la pauvreté et nouvel ordre mondial (best-seller international publié en plus de 20 langues).
Source : http://www.mondialisation.ca
19/11/2013
English : Climate Change: The Philippines Haiyan Typhoon is not the Result of Global Warming
Haiyan (Yolanda), le typhon tropical le plus puissant jamais enregistré, a frappé les Philippines, entraînant des conséquences dévastatrices pour tout le pays et faisant des [milliers de morts]. Environ 615.000 personnes ont été déplacées et jusqu’à 4,3 millions de personnes ont été touchées, selon sources gouvernementales.
La tragédie des Philippines est devenue un sujet de discussion à la Conférence internationale de Varsovie sur les changements climatiques sous l’égide de l’ONU. La cause du typhon Haiyan et la détresse qui en résulte ont simplement été attribuées, sans preuves, à l’impact du réchauffement climatique.
Bien qu’il n’existe aucune preuve scientifique que le super typhon Haiyan soit la conséquence du réchauffement climatique, les déclarations d’ouverture au Sommet de Varsovie ont laissé entendre dans des termes sans équivoque qu’il y avait une relation de cause à effet prouvée. La secrétaire exécutive de la Convention-Cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques (CCNUCC), Christiana Figueres, a affirmé (sans preuves) que le typhon fait partie de la « triste réalité » du réchauffement climatique. (Cité dans Did Climate Change Cause Supertyphoon Haiyan? | TIME.com, 11 novembre 2013.)
Le représentant des Philippines à la confrence de l’ONU sur les changement climatiques, M. Yeb Sano, a déclaré lors de son discours à la séance d’ouverture :
« Les typhons comme Yolanda et leurs
conséquences représentent un triste rappel à la communauté
internationale que nous ne pouvons nous permettre de tergiverser sur
l’action climatique. Varsovie doit tenir parole en élevant ses
aspirations et trouver la volonté politique pour lutter contre le
changement climatique. » ( UN News Center, 11 novembre 2013.)
« Nous devons clarifier la finance
permettant au monde entier d’aller vers un développement à faible
émission de carbone, … Nous devons mettre en œuvre un mécanisme aidant
les populations vulnérables à faire face aux effets inattendus du
changement climatique. »
« En tant que banquier, je salue
également le fait que le système de “plafonnement et échange” soit
devenu la méthode dominante pour le contrôle du CO2. Contrairement à la
fiscalité ou à la simple réglementation, le plafonnement et l’échange
offre davantage de possibilités pour la participation et l’innovation du
secteur privé. » ( Telegraph, 31 janvier, 2008)
La crise humanitaire aux Philippines n’a rien à voir avec le réchauffement climatique. Les conséquences sociales du typhon Haiyan sont aggravés par le manque d’infrastructure et de services sociaux, sans compter l’absence d’une politique de logement cohérente. Les personnes les plus touchées par le typhon vivent dans la pauvreté dans des maisons de fortune.
Une réduction des émissions de CO2, comme l’a suggéré M. Yeb Sano lors de son discours à la séance d’ouverture du Sommet sur le climat à Varsovie, n’est pas une solution à la détresse d’une population appauvrie.
Aux Philippines, les répercussions sociales des catastrophes naturelles sont invariablement exacerbées par un cadre politique macro-économique imposé par les créanciers extérieurs de Manille.
La coup fatal des réformes économiques néolibérales est en jeu. Depuis plus de 25 ans, depuis la disparition de la dictature de Marcos, la « médecine économique » du FMI sous la gouverne du Consensus de Washington prévaut, servant en grande partie les intérêts des institutions financières et des sociétés minières et agroalimentaires.
Le gouvernement de Benigno Aquino s’est lancé dans une nouvelle vague de mesures d’austérité impliquant la privatisation généralisée et la réduction des programmes sociaux. En revanche, une grande partie du budget de l’État a été redirigée vers l’armée, laquelle collabore avec le Pentagone dans le cadre du « virage asiatique » d’Obama. Ce programme, qui sert les intérêts de Washington au détriment des Philippins, comprend également l’achat de systèmes d’armes avancés d’une valeur de de 1,7 milliard de dollars.
Michel Chossudovsky
Traduction: Julie Lévesque pour Mondialisation.ca
Michel Chossudovsky est directeur du Centre de recherche sur la mondialisation et professeur émérite de sciences économiques à l’Université d’Ottawa. Il est l’auteur de Guerre et mondialisation, La vérité derrière le 11 septembre et de la Mondialisation de la pauvreté et nouvel ordre mondial (best-seller international publié en plus de 20 langues).
Libellés :
actualité,
Catastrophe,
Climat,
crise,
Economie,
environnement,
Etats,
geopolitique,
Mort,
Pauvreté,
Politique,
Propaganda,
Reflexion,
social
22 novembre 2013
“Reconstruction” en Haïti: Luxueux hôtels, ateliers de misère et dérèglementation pour l’élite étrangère du monde des affaires
Par Julie Lévesque
09/2013
Source : http://www.mondialisation.ca
English : Haiti “Reconstruction”: Luxury Hotels, Sweat Shops and Deregulation for the Foreign Corporate Elite
Photo: Une fillette dans un camp de déplacés en janvier 2013 – Swoan Parker
« La communauté internationale est tellement désorientée qu’elle laisse les Haïtiens diriger Haïti » Luigi R. Einaudi, diplomate de carrière étasunien, membre du Council on Foreign Relations et ancien secrétaire général adjoint de l’Organisation des États américains.
L’auteure et avocate haïtienne des droits humains Ezili Dantò a entendu ce commentaire choquant de Luigi R. Einaudi en 2004, alors qu’Haïti s’apprêtait à célébrer ses 200 ans d’indépendance avec son premier président élu démocratiquement, Jean-Bertrand Aristide. Outre ses efforts visant à augmenter le salaire minimum et d’autres mesures sociales favorisant la majorité des Haïtiens dans l’extrême pauvreté, Aristide envisageait la nationalisation des ressources de son pays, un geste se traduisant par plus d’argent pour les Haïtiens, moins pour les transnationales. Un mois plus tard, au nom de la « communauté internationale », Aristide a été renversé dans un coup d’État orchestré par les États-Unis, la France et le Canada.
Aujourd’hui, la « communauté internationale » dirige à nouveau Haïti, de manière coloniale, comme elle l’a toujours fait.
On peut le voir en comparant la très lente reconstruction des abris et de l’infrastructure de base pour la majorité des Haïtiens avec le boom des hôtels de luxe pour les étrangers, parfois grâce à des fonds provenant de l’aide humanitaire, laquelle, nous disait-on, devait assurer les besoins essentiels des Haïtiens.
Comme d’habitude, l’aide humanitaire est allée en grande partie aux entreprises, agences gouvernementales et organismes non gouvernementaux (ONG) des pays donateurs. L’« aide internationale » est un stratagème capitaliste bien connu visant à développer des marchés dans l’hémisphère Sud pour les entreprises du Nord. Certes, cette « aide » profitera aux Haïtiens, mais seulement aux plus puissants, à savoir ceux au pouvoir et la riche élite du secteur privé. « Haïti est ouverte aux affaires » et les hôtels de luxe accueilleront les hommes d’affaires afin qu’ils puissent établir leurs ateliers de misère dans un environnement somptueux.

Photo : Légende originale – « En 2011, les Nations Unies et Oxfam ont promis qu’un nouveau système de citernes et de kiosques fournirait bientôt aux résidents de l’eau provenant de l’agence étatique de l’eau. Deux ans plus tard, les robinets sont toujours à sec [voir photo]. Les résidents achètent l’eau à 5 gourdes (environ 12 cents US) le seau de vendeurs privés ou des comités qui gèrent les quelques « réservoirs » d’eau qui fonctionnent encore et datent des premiers jours du camp. Au début, l’eau et la nourriture étaient gratuites, et les agences fournissaient des emplois « argent contre travail », ainsi que des fonds de démarrage pour les futurs entrepreneurs. (Reconstruction’s Massive Slum Will Cost “Hundreds Of Millions” Reconstruction’s Massive Slum Will Cost “Hundreds Of Millions” Haiti Grassroots Watch, 17 juin 2013.)
« Plusieurs nouveaux hôtels de luxe en Haïti »
Il y a un an, le Clinton-Bush Haiti Fund a investi de l’argent de l’aide humanitaire dans un hôtel cinq étoiles, alors que 500 000 Haïtiens vivaient toujours dans des camps de déplacés :

Photo (droite) : Hôtel Royal Oasis, Pétionville, Haïti
Aujourd’hui, alors que 300 000 Haïtiens vivent toujours dans des
camps, un « nouvel hôtel Marriott s’élevant parmi les décombres en Haïti
vient de recevoir un appui financier considérable de 26,5 millions de
l’International Financial Corporation (IFC), membre du Groupe de la
Banque mondiale :

Photo : Best Western Pétionville, Haïti.
Il reste à démontrer comment un hôtel de luxe situé dans une riche banlieue peut aider les 300 000 déplacés et les Haïtiens les plus pauvres à « avoir accès à des infrastructures de base ». Par ailleurs, les emplois créés n’iront pas à ceux qui en ont le plus besoin. Il est fort peu probable qu’un hôtel de luxe dans la banlieue cossue de Pétionville engage beaucoup d’Haïtiens démunis et souvent illettrés, parlant uniquement créole, afin de travailler pour de riches étrangers. Ces Haïtiens constituent la « force de travail compétitive » et se retrouvent dans des ateliers de misère et des mines. En réalité, « force de travail compétitive » et « proximité aux grands marchés » signifient « main d’œuvre bon marché pour les États-Unis ».
Sur son site web, l’IFC affirme que ses investissements sont « axés sur l’aide à la reconstruction d’Haïti et la reprise de la croissance par des investissements et des services consultatifs dans des secteurs prioritaires tel que l’industrie du vêtement, les infrastructures, les télécommunications, le tourisme et la finance ». En plus des 26,5 millions alloués au Marriott, l’IFC a investi 7,7 millions dans l’hôtel Oasis, également situé à Pétionville. (IFC Investment Generation in Haiti)
En tout, presque la moitié des investissements de l’IFC ont aidé à construire des hôtels luxueux dans une riche banlieue, où réside l’élite haïtienne.
La Banque mondiale, un outil impérial

L’IFC fait partie du Groupe de la Banque mondiale. La Banque mondiale a été la cible de critiques pour des initiatives comme le Projet national de développement communautaire participatif (PRODEP). À la suite d’une enquête de huit mois, Haiti Grassroots Watch a conclu que PRODEP « a contribué à miner un État déjà faible, a endommagé le « tissu social » haïtien, a mis en œuvre ce que l’on pourrait appeler une « réingénierie politique et sociale », a soulevé des questions de gaspillage et de corruption […] a contribué à renforcer le statut de « république d’ONG » d’Haïti […] a abîmé les systèmes de solidarité traditionnels et a même, dans certains cas, accru le pouvoir des élites locales. (World Bank “success” undermines Haitian democracy, Haiti Grassroots Watch, 20 décembre, 2012)
Récemment, en mai 2013, Alexandre Abrantes, l’envoyé spécial de la Banque mondiale en Haïti, a annoncé que « la Banque mondiale appuie le gouvernement haïtien dans l’amélioration des structures entourant l’industrie minière, incluant des dispositions légales, largement considérées comme inadéquates pour les besoins actuels ». (Daniel Trenton, World Bank says its helping Haiti draft mining legislation, The Gazette, 17 mai 2013)
Pour Ezili Dantò, les États-Unis et la Banque mondiale ne font que réécrire la constitution haïtienne au profit des compagnies minières :
Les ressources minérales haïtiennes à elles seules ont été estimées à
20 milliards de dollars. « Les investisseurs étasuniens et canadiens
ont dépensé plus de 30 millions ces dernières années en forage
exploratoire et autres activités minières connexes en Haïti. »
(Trenton, op. cit.)
La lente reconstruction, la main-d’œuvre esclave et la tromperie de l’aide internationale

Photo : Camp Jean-Marie Vincent janvier 2013. AP/Dieu Nalio Chery
Contrairement à la croissance rapide de l’industrie des hôtels de luxe, les efforts de reconstruction font face à de nombreux délais et à divers obstacles financiers. En juin dernier, un rapport du Government Accountability Office (GAO) des États-Unis a critiqué l’USAID (l’Agence des États-Unis pour le développement international) pour son manque de transparence, de multiples délais, des dépassements de coûts et la réduction d’objectifs. Le rapport met en évidence un paradoxe frappant : bien que les sommes allouées aux abris aient presque doublé, le nombre d’habitations à construire a été étonnamment réduit de 80 % :
Les délais et dépassements de coûts potentiels liés à la construction
du port essentiel au parc Caracol s’expliquent facilement par le fait
que l’USAID ait alloué 72 millions à sa planification et sa
construction, malgré son cruel manque d’expertise. L’USAID n’a pas
construit de structure semblable dans les 40 dernières années :
Ces exemples illustrent parfaitement ce qu’est l’« aide internationale ». Ezili Dantò explique:
« Les Haïtiens gagnent moins aujourd’hui qu’à l’époque de la dictature de Duvalier »
Le gigantesque Parc industriel Caracol a été inauguré en mars 2013 en présence du président Martelly, « de diplomates haïtiens et étrangers, du puissant couple Clinton, de millionnaires et d’acteurs, tous présents pour célébrer le cri de ralliement du gouvernement : “Haïti est ouverte aux affaires” ». (The Caracol Industrial Park: Worth the risk? Haiti Grassroots Watch, 7 mars 2013)
Caracol a été promu comme une façon de décentraliser le pays et créer, potentiellement, entre 20 000 et 65 000 emplois. Un an plus tard, les résultats sont loin des attentes :
La destruction de la souveraineté alimentaire dans l’hémisphère Sud
est une pratique courante de l’hémisphère Nord, mise en œuvre par le
biais d’organisations internationales comme la Banque mondiale et le
FMI. Le but consiste à garder le Sud dépendant du Nord et à créer des
marchés pour l’exportation, que l’on appelle frauduleusement « aide
alimentaire » pour les séances de photos et pour camoufler l’intention
réelle : le dumping.
Il est évident qu’en plus de fournir une main d’œuvre esclave aux industries du vêtement des États-Unis et d’autres pays, le Parc industriel Caracol a contribué à réduire davantage ce qu’il reste de l’agriculture locale en Haïti, éradiquée au fil des ans par la politique étrangère barbare des États-Unis. Un rapport de 2010 du Council on Hemispheric Affairs a conclu que le « sauveur » d’Haïti, l’ancien « président Bill Clinton ainsi que d’autres résidents de la Maison-Blanche [ont condamné] Haïti à une pauvreté endémique avec leur politique intéressée d’exportation de riz ». (Leah Chavla, Bill Clinton’s heavy hand on Haiti’s vulnerable agricultural economy: The American rice scandal, Council on Hemispheric Affairs, 13 avril 2010.)

Photo: Remarquez que les travailleurs qui gagnent moins de 5 dollars par jour ne sourient pas. M. Clinton est le seul qui sourit. Légende originale : L’ancien président et envoyé spécial en Haïti, Bill Clinton, sourit alors qu’il est accueilli par des travailleurs de l’industrie du vêtement au Parc industriel Caracol en Haïti, lundi le 22 octobre 2012. Le parc industriel au nord du pays devrait créer jusqu’à 65 000 nouveaux emplois. Ce parc est une initiative conjointe de 300 millions de dollars des gouvernements haïtien et étasunien, et de la Banque Interaméricaine de développement. (Clintons visit Haiti to inaugurate new industrial park, The Bee. Picture: Carl Juste, Miami Herald.)
Experte d’Haïti, Isabeau Doucet souligne :
Expulsés de la ville et abandonnés sur un terrain vague
Alors que l’industrie du tourisme croît rapidement, des Haïtiens ont été expulsés de la ville et abandonnés sur un terrain vague dans un camp nommé Corail-Cesselesse, également connu sous le nom de « Canaan », « Jerusalem » et « ONAville ». Ce camps en périphérie de Port-au-Prince pourrait « devenir le bidonville le plus vaste et le plus coûteux du pays, où il n’y a pas de travail et l’eau est difficile à trouver :

La communauté internationale n’aide pas à reconstruire Haïti. Elle y
renforce le colonialisme avec ses compagnies qui utilisent la population
haïtienne comme main-d’œuvre esclave afin d’augmenter leurs profits. La
différence saisissante entre la lente reconstruction favorisant les
Haïtiens comparativement à la croissance rapide de l’industrie des
hôtels de luxe démontre qu’en Haïti, c’est l’étranger d’abord.
Malheureusement, la «suprématie blanche » et l’esclavage se portent
toujours très bien dans la Perle des Antilles.
Texte publié initialement en anglais: Haiti “Reconstruction”: Luxury Hotels, Sweat Shops and Deregulation for the Foreign Corporate Elite
09/2013
Source : http://www.mondialisation.ca
English : Haiti “Reconstruction”: Luxury Hotels, Sweat Shops and Deregulation for the Foreign Corporate Elite
« La communauté internationale est tellement désorientée qu’elle laisse les Haïtiens diriger Haïti » Luigi R. Einaudi, diplomate de carrière étasunien, membre du Council on Foreign Relations et ancien secrétaire général adjoint de l’Organisation des États américains.
L’auteure et avocate haïtienne des droits humains Ezili Dantò a entendu ce commentaire choquant de Luigi R. Einaudi en 2004, alors qu’Haïti s’apprêtait à célébrer ses 200 ans d’indépendance avec son premier président élu démocratiquement, Jean-Bertrand Aristide. Outre ses efforts visant à augmenter le salaire minimum et d’autres mesures sociales favorisant la majorité des Haïtiens dans l’extrême pauvreté, Aristide envisageait la nationalisation des ressources de son pays, un geste se traduisant par plus d’argent pour les Haïtiens, moins pour les transnationales. Un mois plus tard, au nom de la « communauté internationale », Aristide a été renversé dans un coup d’État orchestré par les États-Unis, la France et le Canada.
Aujourd’hui, la « communauté internationale » dirige à nouveau Haïti, de manière coloniale, comme elle l’a toujours fait.
On peut le voir en comparant la très lente reconstruction des abris et de l’infrastructure de base pour la majorité des Haïtiens avec le boom des hôtels de luxe pour les étrangers, parfois grâce à des fonds provenant de l’aide humanitaire, laquelle, nous disait-on, devait assurer les besoins essentiels des Haïtiens.
Comme d’habitude, l’aide humanitaire est allée en grande partie aux entreprises, agences gouvernementales et organismes non gouvernementaux (ONG) des pays donateurs. L’« aide internationale » est un stratagème capitaliste bien connu visant à développer des marchés dans l’hémisphère Sud pour les entreprises du Nord. Certes, cette « aide » profitera aux Haïtiens, mais seulement aux plus puissants, à savoir ceux au pouvoir et la riche élite du secteur privé. « Haïti est ouverte aux affaires » et les hôtels de luxe accueilleront les hommes d’affaires afin qu’ils puissent établir leurs ateliers de misère dans un environnement somptueux.
Photo : Légende originale – « En 2011, les Nations Unies et Oxfam ont promis qu’un nouveau système de citernes et de kiosques fournirait bientôt aux résidents de l’eau provenant de l’agence étatique de l’eau. Deux ans plus tard, les robinets sont toujours à sec [voir photo]. Les résidents achètent l’eau à 5 gourdes (environ 12 cents US) le seau de vendeurs privés ou des comités qui gèrent les quelques « réservoirs » d’eau qui fonctionnent encore et datent des premiers jours du camp. Au début, l’eau et la nourriture étaient gratuites, et les agences fournissaient des emplois « argent contre travail », ainsi que des fonds de démarrage pour les futurs entrepreneurs. (Reconstruction’s Massive Slum Will Cost “Hundreds Of Millions” Reconstruction’s Massive Slum Will Cost “Hundreds Of Millions” Haiti Grassroots Watch, 17 juin 2013.)
« Plusieurs nouveaux hôtels de luxe en Haïti »
Il y a un an, le Clinton-Bush Haiti Fund a investi de l’argent de l’aide humanitaire dans un hôtel cinq étoiles, alors que 500 000 Haïtiens vivaient toujours dans des camps de déplacés :
Photo (droite) : Hôtel Royal Oasis, Pétionville, Haïti
Dans le cadre de la « reconstruction » du
pays, le Clinton Bush Haiti Fund a récemment investi 2 millions de
dollars dans l’hôtel Royal Oasis, un complexe de luxe construit dans une
zone métropolitaine frappée par la pauvreté et « pleine de camps de
déplacés abritant des centaines de milliers de personnes ». (Julie
Lévesque, HAITI: Les dons aux victimes du séisme investis dans un hôtel cinq étoiles, Mondialisation.ca, 10 juillet 2012.)
Marriott International et le géant des télécommunications Digicel ont commencé à construire l’hôtel l’an dernier et celui-ci devrait ouvrir ses portes en 2015. Haïti compte plusieurs nouveaux hôtels luxueux depuis le séisme du 12 janvier 2012. Les chaînes espagnole Occidental Hotels & Resort et étasunienne Best Western ont toutes deux ouvert des hôtels dans les six derniers mois à Pétionville, une banlieue de Port-au-Prince.Une autre chaîne espagnole, NH Hotels ouvrira également un nouveau El Rancho à Pétionville dans les prochains mois.
Les représentants de l’IFC affirment que
la construction du Marriott créera environ 300 emplois et 200 emplois
permanents une fois en opération. Marriott Hotels & Resorts sera en
charge de l’hôtel en vertu d’un accord de gestion à long terme.
À l’heure actuelle, les investissements de l’IFC en Haïti se chiffrent à environ $78,5 millions de dollars. Le pays peine à se redresser plus de trois ans après la destruction quasi-totale de son économie par le tremblement de terre.
Les investissements visent à créer des emplois, l’accès à des
infrastructures de base et des opportunités de revenus pour les
Haïtiens, affirme l’IFC.
« Haïti possède les conditions fondamentales nécessaires à une croissance économique durable, dont une force de travail compétitive et une proximité aux grands marchés,
ainsi que des attractions touristiques et culturelles uniques », a
déclaré Ary Naim, représentant de l’IFC pour Haïti. Cet appui financier à
long terme à cette infrastructure importante confirme notre engagement
et notre confiance en l’avenir d’Haïti. (Jacqueline Charles New Marriott under construction in Haiti getting financial boost, Miami Herald, 3 juillet 2013)
Photo : Best Western Pétionville, Haïti.
Il reste à démontrer comment un hôtel de luxe situé dans une riche banlieue peut aider les 300 000 déplacés et les Haïtiens les plus pauvres à « avoir accès à des infrastructures de base ». Par ailleurs, les emplois créés n’iront pas à ceux qui en ont le plus besoin. Il est fort peu probable qu’un hôtel de luxe dans la banlieue cossue de Pétionville engage beaucoup d’Haïtiens démunis et souvent illettrés, parlant uniquement créole, afin de travailler pour de riches étrangers. Ces Haïtiens constituent la « force de travail compétitive » et se retrouvent dans des ateliers de misère et des mines. En réalité, « force de travail compétitive » et « proximité aux grands marchés » signifient « main d’œuvre bon marché pour les États-Unis ».
Sur son site web, l’IFC affirme que ses investissements sont « axés sur l’aide à la reconstruction d’Haïti et la reprise de la croissance par des investissements et des services consultatifs dans des secteurs prioritaires tel que l’industrie du vêtement, les infrastructures, les télécommunications, le tourisme et la finance ». En plus des 26,5 millions alloués au Marriott, l’IFC a investi 7,7 millions dans l’hôtel Oasis, également situé à Pétionville. (IFC Investment Generation in Haiti)
En tout, presque la moitié des investissements de l’IFC ont aidé à construire des hôtels luxueux dans une riche banlieue, où réside l’élite haïtienne.
La Banque mondiale, un outil impérial
L’IFC fait partie du Groupe de la Banque mondiale. La Banque mondiale a été la cible de critiques pour des initiatives comme le Projet national de développement communautaire participatif (PRODEP). À la suite d’une enquête de huit mois, Haiti Grassroots Watch a conclu que PRODEP « a contribué à miner un État déjà faible, a endommagé le « tissu social » haïtien, a mis en œuvre ce que l’on pourrait appeler une « réingénierie politique et sociale », a soulevé des questions de gaspillage et de corruption […] a contribué à renforcer le statut de « république d’ONG » d’Haïti […] a abîmé les systèmes de solidarité traditionnels et a même, dans certains cas, accru le pouvoir des élites locales. (World Bank “success” undermines Haitian democracy, Haiti Grassroots Watch, 20 décembre, 2012)
Récemment, en mai 2013, Alexandre Abrantes, l’envoyé spécial de la Banque mondiale en Haïti, a annoncé que « la Banque mondiale appuie le gouvernement haïtien dans l’amélioration des structures entourant l’industrie minière, incluant des dispositions légales, largement considérées comme inadéquates pour les besoins actuels ». (Daniel Trenton, World Bank says its helping Haiti draft mining legislation, The Gazette, 17 mai 2013)
Pour Ezili Dantò, les États-Unis et la Banque mondiale ne font que réécrire la constitution haïtienne au profit des compagnies minières :
Oxfam, la Banque mondiale et d’autres
faux philanthropes [sont] impliqués dans la protection des intérêts du
1 % en réécrivant les lois minières d’Haïti […]
L’Article 36-5 de la Constitution haïtienne stipule :
« Le droit à la propriété ne s’applique
pas aux littoraux, aux sources, aux rivières, aux cours d’eau, aux mines
et aux carrières. Ils font partie du domaine public de l’État. »
La loi haïtienne actuelle ne permet pas
le forage sans la signature d’une convention minière. Toutefois, la
compagnie Newmount des États-Unis a obtenu une « dérogation », sans même
qu’elle soit approuvée par la législature fantoche haïtienne. Martelly
l’a signée en violation de la Constitution haïtienne. (Ezili Dantò, Haiti: US to Re-Write Haiti Constitution to Better Service the One Percent, Black Agenda Report, 2 juillet 2013)
La lente reconstruction, la main-d’œuvre esclave et la tromperie de l’aide internationale
Photo : Camp Jean-Marie Vincent janvier 2013. AP/Dieu Nalio Chery
Contrairement à la croissance rapide de l’industrie des hôtels de luxe, les efforts de reconstruction font face à de nombreux délais et à divers obstacles financiers. En juin dernier, un rapport du Government Accountability Office (GAO) des États-Unis a critiqué l’USAID (l’Agence des États-Unis pour le développement international) pour son manque de transparence, de multiples délais, des dépassements de coûts et la réduction d’objectifs. Le rapport met en évidence un paradoxe frappant : bien que les sommes allouées aux abris aient presque doublé, le nombre d’habitations à construire a été étonnamment réduit de 80 % :
En 2010, seulement quelques mois après le séisme dévastateur en Haïti, les États-Unis adoptaient des mesures allouant 651 millions de dollars à l’USAID afin d’appuyer les efforts de secours et de reconstruction. Trois ans plus tard, seulement 31 pour cent de ces fonds ont été dépensés,
alors que les délais s’allongent et les objectifs sont révisés à la
baisse […] Le rapport critique également l’USAID pour son manque de
transparence […]
Le GAO a conclu que des estimations inexactes ont mené à une hausse des sommes dédiées aux abris, lesquelles sont passées de 59 millions à 97 millions de dollars, alors qu’au même moment, le nombre de construction d’habitations prévu était réduit de plus de 80 %, passant de 15 000 à 2649. Si le coût d’une maison complétée était estimé à l’origine à 10 000 dollars, le coût réel a dépassé les 33 000 dollars. L’USAID a octroyé plus de 46 millions pour le logement à des entrepreneurs.
Entre-temps, environ 300 000 personnes vivent toujours dans des camps
plus de trois ans après le séisme. En tout, la communauté humanitaire a seulement construit 7000 nouvelles habitations, soit environ 40 % de ce qui est planifié à l’heure actuelle [...]
De plus, le rapport du GAO critique les investissements étasuniens en appui au Parc industriel Caracol. Randal C. Archibold du New York Times rapporte :
Une portion importante de l’argent de l’Agence pour le développement international, 170,3 millions de dollars, est allée à une centrale électrique et un port pour un parc industriel
au nord d’Haïti. Ce projet constituait la pièce maîtresse des efforts
de reconstruction des États-Unis et a été fortement encouragé par le
département d’État et l’ancien président Bill Clinton [...]
Bien que l’agence d’aide ait complété la
centrale électrique en deçà du budget, la construction du port,
l’élément crucial pour le succès à long-terme du parc industriel,
affiche deux ans de retard. Le rapport indique que cela est « dû en partie au manque d’expertise de l’USAID dans la planification portuaire en Haïti », ce qui rend maintenant le projet vulnérable à des dépassements de coûts. (GAO Report Critical of USAID in Haiti, Bolsters Calls for Increased Oversight, Center for Economic and Policy Research, June 26, 2013)
Bien qu’elle n’ait construit aucun port
au monde depuis 1970, l’USAID a alloué 72 millions pour en construire
un, selon le rapport du GAO publié la semaine dernière.
Le port a pour but d’appuyer le Parc industriel Caracol (PIC), financé
par la Banque Interaméricaine de Développement et un investissement de
170 millions de dollars des États-Unis pour l’infrastructure connexe. On a fait du PIC le projet phare de la reconstruction entrepris par la communauté internationale en Haïti. Même en mettant de côté les critiques sur l’endroit choisi, le type d’emplois et l’impact environnemental du PIC, le « succès » du projet dans son ensemble tient au nouveau port […]
Comme l’USAID n’avait aucune expertise interne en construction portuaire, la mission a été confiée à des entrepreneurs privés. HRRW rapportait en janvier 2012 que l’on avait octroyé un contrat de 2,8 millions de dollars à MWH Americas pour mener une étude de faisabilité sur une infrastructure portuaire au nord d’Haïti. L’étude devait être complétée en mai 2012. MWH Americas avait déjà été critiquée pour son travail en Nouvelle Orléans. Le Times-Picayune avait rapporté que durant plus de deux ans MWH avait opéré en vertu d’un contrat alloué de manière douteuse, lui ayant permis de surfacturer la ville à maintes reprises même si le travail traditionnel de reconstruction sous sa supervision prenait du retard. (USAID’s Lack of Expertise, Reliance on Contractors Puts Sustainability of Caracol in Doubt, Center for Economic and Policy Research, 2 juillet 2013)
Les ONG mettent en œuvre les politiques
impériales en Haïti en échange de « financement caritatif » — ce qui
signifie qu’ils blanchissent l’argent des dons et celui des
contribuables étasuniens et se les mettent dans les poches.
Les politiques impériales des États-Unis en Haïti visent à détruire
l’économie locale et manufacturière, à exproprier les ressources
naturelles et à élargir le marché haïtien pour leurs monopoles
subventionnés de Wall Street.
L’élite économique a fait des milliards
et des milliards de dollars avant que « les humanitaires étasuniens au
grand cœur » n’ajoutent à leurs coffres les 9 milliards de dollars provenant du blanchiment de l’argent de l’aide humanitaire amassé après le séisme et octroyé en grande partie à des groupes étasuniens.
Les ONG et leurs cohortes hollywoodienne,
médiatique et académique jouent les pompiers pour le gouvernement
étasunien qui joue au pyromane en Haïti et dans l’hémisphère Sud. Les
frimeurs professionnels du complexe industrialo-caritatif, jouent un jeu
sournois. Par exemple, « The Center for Economic and Policy Research (CEPR) a analysé les 1,5 milliard
de dollars promis après le séisme du 12 janvier en Haïti et a conclu
que l’argent qu’il avait pu retracé était, “en grande partie”, allé
directement aux compagnies et organisations étasuniennes, dont plus de
la moitié dans la seule région de Washington ». (Ezili Dantò, op. cit.).
Le gigantesque Parc industriel Caracol a été inauguré en mars 2013 en présence du président Martelly, « de diplomates haïtiens et étrangers, du puissant couple Clinton, de millionnaires et d’acteurs, tous présents pour célébrer le cri de ralliement du gouvernement : “Haïti est ouverte aux affaires” ». (The Caracol Industrial Park: Worth the risk? Haiti Grassroots Watch, 7 mars 2013)
Caracol a été promu comme une façon de décentraliser le pays et créer, potentiellement, entre 20 000 et 65 000 emplois. Un an plus tard, les résultats sont loin des attentes :
Un an après son ouverture, seulement 1388
personnes travaillent dans le parc […] De plus, les recherches de HGW
basées sur un échantillon de travailleurs ont conclu qu’à la fin d’une journée de travail, il ne reste à la majorité d’entre eux que 57 gourdes, soit 1,36 $ US, après avoir payé pour leur transport et leur nourriture avec leur salaire minimum de 200 gourdes (4,75 $ US).
HGW a par ailleurs appris que la plupart des fermiers chassés de leurs terres pour laisser la place au parc sont toujours sans terre.
« Avant, Caracol était le grenier du département du Nord-Est », a affirmé Breüs Wilcien, l’un des fermiers expulsés de la zone de 250 hectares. « À l’heure actuelle, il y a une pénurie de certains produits dans les marchés locaux. Nous sommes ici dans la misère. » (Ibid.)
Il est évident qu’en plus de fournir une main d’œuvre esclave aux industries du vêtement des États-Unis et d’autres pays, le Parc industriel Caracol a contribué à réduire davantage ce qu’il reste de l’agriculture locale en Haïti, éradiquée au fil des ans par la politique étrangère barbare des États-Unis. Un rapport de 2010 du Council on Hemispheric Affairs a conclu que le « sauveur » d’Haïti, l’ancien « président Bill Clinton ainsi que d’autres résidents de la Maison-Blanche [ont condamné] Haïti à une pauvreté endémique avec leur politique intéressée d’exportation de riz ». (Leah Chavla, Bill Clinton’s heavy hand on Haiti’s vulnerable agricultural economy: The American rice scandal, Council on Hemispheric Affairs, 13 avril 2010.)

Photo: Remarquez que les travailleurs qui gagnent moins de 5 dollars par jour ne sourient pas. M. Clinton est le seul qui sourit. Légende originale : L’ancien président et envoyé spécial en Haïti, Bill Clinton, sourit alors qu’il est accueilli par des travailleurs de l’industrie du vêtement au Parc industriel Caracol en Haïti, lundi le 22 octobre 2012. Le parc industriel au nord du pays devrait créer jusqu’à 65 000 nouveaux emplois. Ce parc est une initiative conjointe de 300 millions de dollars des gouvernements haïtien et étasunien, et de la Banque Interaméricaine de développement. (Clintons visit Haiti to inaugurate new industrial park, The Bee. Picture: Carl Juste, Miami Herald.)
Experte d’Haïti, Isabeau Doucet souligne :
Dans les années 1950, l’agriculture représentait 90 pour cent des exportations haïtiennes. Aujourd’hui, 90 pour cent des exportations proviennent du domaine du vêtement, alors que plus de la moitié de la nourriture du pays est importée.
Haïti et les États-Unis ont conclu des
accords préférentiels de libre-échange – appelés HOPE (Haitian
Hemispheric Opportunity through Partnership Encouragement Act, 2006),
HOPE II (2008) et HELP (Haiti Economic Lift Program, 2008) – dans le
cadre d’un effort visant à développer l’industrie du vêtement en Haïti.
Pour ce faire, on a donné aux vêtements « Made in Haïti » une étiquette
se voulant humanitaire, socialement responsable et bonne pour le
« développement » du pays, tout en donnant un accès hors taxe aux
marchés étasuniens.
Selon une étude de 2011 de l’American
Federation of Labor and Congress of Industrial Organizations (AFL-CIO,
principal regroupement syndical aux États-Unis), le coût de la vie à
Port-au-Prince est estimé à 29 dollars par jour. Deux cents gourdes pour
un quart de travail de huit heures équivaut à un sixième du salaire de
subsistance estimé. Le coût de l’aller-retour au travail et d’un repas
modeste peut facilement s’élever à 120 gourdes pour un travailleur. En
réalité, les Haïtiens gagnent moins aujourd’hui qu’ils ne
gagnaient sous la dictature de Duvalier. Les salaires ont à peine
augmenté et valent maintenant la moitié de leur pouvoir d’achat de 1984. (Isabeau Doucet, Made in Haiti, Dumped in Haiti: Slave Labor and the Garment Industry, The Dominion, 10 juillet 2013.)
Alors que l’industrie du tourisme croît rapidement, des Haïtiens ont été expulsés de la ville et abandonnés sur un terrain vague dans un camp nommé Corail-Cesselesse, également connu sous le nom de « Canaan », « Jerusalem » et « ONAville ». Ce camps en périphérie de Port-au-Prince pourrait « devenir le bidonville le plus vaste et le plus coûteux du pays, où il n’y a pas de travail et l’eau est difficile à trouver :
En 2011, l’ONU et Oxfam ont promis qu’un
nouveau système de citernes et de kiosques fournirait bientôt aux
résidents de l’eau en provenance de l’agence étatique de l’eau. Deux ans
plus tard, les robinets sont toujours à sec. Les résidents achètent de
l’eau à 5 gourdes le seau (environ 12 cents US) de vendeurs privés ou
des comités qui gèrent les rares réservoirs d’eau toujours fonctionnels
et datant des premiers jours du camp, lorsque l’eau et la nourriture
était gratuites, et que les agences fournissaient des emplois « argent
contre travail » et des fonds de démarrage pour les entrepreneurs en
devenir.

Photo : Annexe de l’hôtel de ville de Croix-des-Bouquets, Canaan.
Aujourd’hui toutes les grandes agences
ont abandonné le camp Corail et ses 10 000 résidents. Claironnant leur
succès et affirmant avoir préparé une « transition » aux élites locales,
l’OIM [Organisation internationale pour les migrations], l’ARC
[American Refugee Committee] et Vision mondiale se sont toutes
désengagées (Vision mondiale appuie cependant toujours l’école Corail
qu’elle a construite). (Reconstruction’s Massive Slum Will Cost “Hundreds Of Millions”, 17 juin 2013.)
Julie Lévesque
Libellés :
Argent,
corporation,
Corruption,
crise,
Economie,
esclavage,
FMI,
Haïti,
humain,
LOBBYS,
loi,
misère,
Pauvreté,
Politique,
social,
USA
22 mars 2013
Ce qu’ils appellent droitisation
PAR ALAIN GARRIGOU *
03/2013
Source : http://blog.mondediplo.net
English What they call rightward
* Professeur de science politique à l’université Paris-Ouest Nanterre - La Défense. Coauteur, avec Richard Brousse, de Manuel anti-sondages. La démocratie n’est pas à vendre !, La ville brûle, Montreuil-sous-Bois, 2011.
Au renoncement du gouvernement français à la plupart de ses engagements économiques et sociaux (interdiction des licenciements boursiers, domptage de la finance) répond comme en écho la mobilisation des forces conservatrices contre la loi sur le «mariage pour tous ».
Doit-on pour autant conclure à une droitisation de la société ? Il faudrait d’abord s’accorder sur ce que signifie réellement cette expression.
«ASSISTANAT », immigration, exil fiscal suscitent de plus en plus de réactions de retour à l’ordre, de célébration de l’autorité, de justification des inégalités. De la droite à la gauche de l’échiquier politique, le diagnostic de la droitisation semble faire l’unanimité, que ce soit pour s’en réjouir, pour s’y adapter avec ou sans complexes, pour s’en accommoder avec résignation ou mauvaise conscience, ou pour s’en navrer. En 2007, lors de l’élection de M. Nicolas Sarkozy, le diagnostic était parfois tempéré par la résistance des «valeurs humanistes (1) ».
Aujourd’hui, il le serait par l’approbation de réformes sociétales comme le «mariage pour tous ». Il n’empêche : dans les domaines économique, social et politique, la chose serait claire. Ne resterait plus qu’à en mesurer l’ampleur et la vitesse. Or, mieux vaudrait comprendre la droitisation que répéter des explications toutes faites.
On reparle de la « défiance » des Français, comme il y a cinq ans, en associant à ce vocable tantôt la vieille idée d’une crise de la démocratie représentative, selon laquelle les élus représenteraient mal les citoyens, tantôt celle de la montée du « populisme », une vision accusatoire mettant les extrémismes de droite et de gauche sur un même pied. La première idée réactive les thèmes de l’antiparlementarisme d’il y a plus d’un siècle et les explications de la progression du Front national et de l’abstention électorale d’il y a vingt ans. La deuxième, en relayant la critique obsolète du totalitarisme, ressuscite la rhétorique du « nini », énième résurgence de la « troisième voie » centriste censée se frayer depuis les années 1930 un chemin entre les extrêmes.
La surprenante unanimité et la pauvreté des diagnostics viennent peut-être de ce qu’on ne se soucie guère de savoir de quoi l’on parle. Pour les uns, la droitisation exprime le glissement des opinions vers l’extrême droite, traduction d’une radicalisation.
Pour d’autres, ce serait un mouvement vers la droite des prises de positions politiques, socialistes compris.
On peut en arriver ainsi à des conclusions inverses. Avec, dans le premier cas, la focalisation sur les thèmes d’extrême droite, en particulier xénophobes ou racistes, exprimée avec agressivité. Et, dans un second cas, un accord assez large, une sorte de consensus libéral ou de « fin des idéologies ». Or les indices de ces deux tendances coexistent. D’une part, le renforcement électoral et la normalisation du Front national, la concurrence entre diverses formations politiques sur les thèmes de ce parti – insécurité, menace islamique, confiscation fiscale, abus de prestations sociales, préférence nationale.
D’autre part, un consensus des partis de gouvernement sur le marché, le libreéchange, l’entreprise privée et la réduction des dépenses publiques.
Hantise du déclassement social
LA DROITISATION conçue comme une radicalisation politique retient davantage l’attention : plus tonitruante, plus dérangeante.
Des changements aussi profonds que la mondialisation, la crise de la dette, l’explosion du chômage, le renforcement des pays émergents, l’enrichissement des riches, la paupérisation des classes moyennes et la clochardisation des pauvres, pour ne prendre que quelques éléments d’un inventaire à donner le tournis, ont forcément des effets politiques.
L’angoisse est accrue par le souvenir de la crise des années 1930, qui a bouleversé le XXe siècle et engendré les catastrophes politiques que furent les fascismes et la guerre.
Il y a peu, on s’alarmait des scores des partis d’extrême droite en France, en Belgique, en Hongrie ou aux Pays-Bas. Mais leur montée en puissance apparaît désormais plus lente ou moins ample, alors qu’ils sont rarement parvenus au pouvoir (si ce n’est dans une position marginale comme le parti du défunt Jörg Haider en Autriche), ou seulement dans des institutions locales (comme le Vlaams Blok en Belgique). D’autres mouvements se sont signalés qui, tel le Tea Party aux Etats-Unis, visent à faire pression sur les formations politiques institutionnelles, le Parti républicain dans le cas d’espèce.
Avec, à l’arrière-plan, la hantise du déclassement social d’une population plutôt blanche, parfois modeste, plus sensible à la menace venue d’en bas, celle des plus pauvres, des étrangers, qu’à l’enrichissement des riches – sensible à la « race » mais pas à la classe. Cela n’a pas permis au candidat républicain, qui avait donné des gages à son extrême droite, de gagner. On a même suggéré que cet ancrage avait joué un rôle dans sa défaite.
Si, en 2007, l’inflexion à droite du discours de M. Sarkozy avait favorisé le report sur son nom des suffrages d’extrême droite, la même stratégie ne lui a pas permis d’être réélu cinq ans plus tard. Toutefois, la défaite ayant été plus courte que prévu, l’Union pour un mouvement populaire (UMP) semble s’être convaincue de la nécessité de se radicaliser. Ses militants apparaissent désormais très proches de ceux du Front national sur les thèmes de l’immigration et de la sécurité, mais largement aussi, et, cette fois, contre l’avis de leurs dirigeants, sur les questions économiques et financières du protectionnisme et de l’euro.
Il faut croire que la question de la radicalisation revêt un caractère d’urgence pour que pas moins de trois sondages soient venus attester la montée des valeurs d’extrême droite en janvier 2013. L’un d’eux a même soutenu que 87 % des Français désiraient un «vrai chef en France afin de remettre de l’ordre » (Le Monde, 25 janvier 2013). Cette formulation aux échos de bruits de bottes donne une consistance à des discours violents plus fréquents et déjà décomplexés contre les immigrés, les délinquants, les « assistés », les fonctionnaires, etc. Le style paranoïaque dont parlait Richard Hofstadter, joignant la mentalité conspirationniste à la haine de la fiscalité, de la bureaucratie, des intellectuels et surtout des étrangers, ne fait pas seulement des émules aux Etats-Unis (2). Pêle-mêle, des majorités sondagières se dessinent ou s’accroissent en faveur de la peine de mort, de la libre entreprise contre l’Etat, de l’augmentation de la durée du travail, etc.
Un lien existe entre les deux conceptions de la droitisation. Ce n’est point que l’axe médian du débat politique déplacé vers la droite repousse mécaniquement celle-ci vers l’extrême droite, mais les luttes partisanes conduisent forcément à une surenchère dans la recherche des différences. Les politiques pratiquent l’art de la litote pour exprimer des pensées limites en évoquant, comme M. Jean-François Copé, président de l’UMP et adepte d’une «droite décomplexée», «ces parents d’élèves traumatisés parce qu’un de leurs fils, qui prenait son goûter à la sortie du collège, s’est fait arracher sa nourriture des mains par une bande de jeunes qui se prenaient pour une brigade iranienne de promotion de la vertu »; ou « un “racisme anti-Blancs” [qui] se développe dans les quartiers de nos villes »; ou « les sans-papiers [qui] sont désormais les seuls à pouvoir bénéficierd’un système 100 % pris en charge » ; ou encore « les chefs d’entreprise, les artisans et commerçants (…) terrorisés à l’idée d’un contrôle fiscal, ou pis, d’une rencontre avec un inspecteur du travail » (3). Les discours déplacent les frontières. L’espace du politiquement pensable s’élargit avec celui du politiquement dicible.
Relayée quotidiennement par des médias aussi puissants que la chaîne Fox News, la dimension conspirationniste est plus prononcée aux Etats-Unis qu’en Europe. Dans les sociétés européennes, on est moins convaincu par la légitimation puritaine de l’enrichissement et davantage intéressé aux bénéfices bien réels de l’Etat social, ce qui en limite la critique aux abus commis par les « étrangers », les «paresseux», les «assistés».
La droitisation prend donc des voies plus discrètes sur le Vieux Continent. Quand des magazines dont on peut supposer qu’ils ne se sont pas concertés titrent la même semaine sur les francs maçons – « Ces francs-maçons qui nous gouvernent » (Le Nouvel Observateur, 3 janvier 2013); «Hollande et ses francs maçons» (Le Point, 7 janvier 2013) –, ils entretiennent une vision complotiste feutrée (4). Et comme il faut changer de sujet, « Nos ennemis islamistes » couronnent les têtes pati bulaires de quelques chefs terroristes (Le Point, 24 janvier 2013), rappelant les portraits types des expositions antisémites d’un autre temps.
Ces couvertures à sensation ne sont plus motivées par des objectifs commerciaux, assurent les patrons de presse. Si tel est le cas, exprimeraient-elles alors les nouvelles visions d’une profession journalistique touchée par la crise et traduisant une peur du déclassement partagée par nombre de lecteurs ? Les qualités critiques élémentaires du travail intellectuel semblent se résumer au dévoilement des « secrets » et des « complots ».
Mais où est la vertu critique quand les questions les plus racoleuses et les moins généreuses s’alignent sans que nul n’y prenne plus garde – et encore moins ne s’en alarme?
Prédication du chacun pour soi
IL N’Y AURAIT plus rien à dire non plus quand des sondeurs (Ipsos - Le Monde, 25 janvier 2013) sollicitent des volontaires dont ils savent qu’ils sont plutôt classés à droite, et redressent l’échantillon en rémunérant d’autres sondés. Cela afin de leur poser des questions sur le «racisme anti-Blancs » (qui existerait donc), ou sur l’«effort d’intégration» des immigrés en France (forcément une question d’« effort »). Et de leur offrir des alternatives aussi biaisées que la «confiance» que certains accordent à « la plupart des gens », par opposition au surcroît de «prudence» que devraient susciter les «autres» (qui sont les autres ?). Puis enfin de leur proposer de dire si l’on «se sent ou pas chez soi comme avant » (« chez soi » en France, mais avant quoi ?). Quant à ces coups de sonde qui benoîtement suggèrent que peut-être « l’autorité est une valeur trop souvent critiquée en France », comment des professionnels ont-ils pu commettre cette faute de méthode flagrante consistant à déclencher l’effet d’acquiescement ?
Le bal des idées reçues mêlant une vulgate néolibérale et un grossier bon sens contribue à la droitisation des esprits quand il magnifie l’égoïsme. Comment peut-on attendre ensuite des citoyens qu’ils croient que les dirigeants politiques servent l’intérêt général ? Il serait pour le moins aberrant d’attendre des politiques un comportement altruiste qu’ils seraient bien les seuls à démontrer. Diffusée à longueur de temps dans l’espace public, la prédication du chacun pour soi est d’autant plus puissante qu’elle prend appui sur une forme de méfiance populaire, cette disposition des gens modestes à qui «on ne la fait pas» (5). On ne leur donnera pas forcément tort.
Ce cynisme généralisé est en tout cas le viatique le plus ordinaire de ces discours publics derrière lesquels se cacherait toujours la dispute des places, des suffrages, de l’argent ou du pétrole. Moins conservateurs et traditionalistes qu’ils le croient, les idéologues médiatiques encouragent une fascisation pour le moment cantonnée aux esprits, car le principe du chacun pour soi interdit par définition toute mobilisation des masses. Cela doit il nous rassurer ?
NOTES :
(1) La droitisation aurait été un «trompe-l’oeil» parce que la montée des valeurs d’ordre n’entraîne « pas de recul des valeurs humanistes » (Etienne Schweisguth, «Le trompe-l’oeil de la droitisation», Revue française de science politique, vol. 57, no 3-4, Paris, 2007).
(2) Richard Hofstadter, Le Style paranoïaque. Théories du complot et droite radicale en Amérique, Bourin Editeur, Paris, 2012. Le Monde diplomatique a publié les «bonnes feuilles » de cet ouvrage dans son numéro de septembre 2012 sous le titre « Le style
paranoïaque en politique ».
(3) Jean-François Copé, Manifeste pour une droite décomplexée, Fayard, Paris, 2012.
(4) Libération.fr (28 février 2012) recensait entre 2009 et 2012 cinq couvertures de L’Express et du Point consacrées aux francs-maçons, quatre pour Le Nouvel Observateur. Oubliant sans doute ce qu’il avait déclaré auparavant – « cela finit par lasser tout
le monde» –, le directeur de ce dernier, Laurent Joffrin, se justifiait le 5 janvier 2013 sur France Inter : « Il y en a pas mal au gouvernement. Et puis, ils ont une influence. »
(5) Richard Hoggart, La Culture du pauvre, Editions de Minuit, Paris, 1970.
03/2013
Source : http://blog.mondediplo.net
English What they call rightward
* Professeur de science politique à l’université Paris-Ouest Nanterre - La Défense. Coauteur, avec Richard Brousse, de Manuel anti-sondages. La démocratie n’est pas à vendre !, La ville brûle, Montreuil-sous-Bois, 2011.
Au renoncement du gouvernement français à la plupart de ses engagements économiques et sociaux (interdiction des licenciements boursiers, domptage de la finance) répond comme en écho la mobilisation des forces conservatrices contre la loi sur le «mariage pour tous ».
Doit-on pour autant conclure à une droitisation de la société ? Il faudrait d’abord s’accorder sur ce que signifie réellement cette expression.
«ASSISTANAT », immigration, exil fiscal suscitent de plus en plus de réactions de retour à l’ordre, de célébration de l’autorité, de justification des inégalités. De la droite à la gauche de l’échiquier politique, le diagnostic de la droitisation semble faire l’unanimité, que ce soit pour s’en réjouir, pour s’y adapter avec ou sans complexes, pour s’en accommoder avec résignation ou mauvaise conscience, ou pour s’en navrer. En 2007, lors de l’élection de M. Nicolas Sarkozy, le diagnostic était parfois tempéré par la résistance des «valeurs humanistes (1) ».
Aujourd’hui, il le serait par l’approbation de réformes sociétales comme le «mariage pour tous ». Il n’empêche : dans les domaines économique, social et politique, la chose serait claire. Ne resterait plus qu’à en mesurer l’ampleur et la vitesse. Or, mieux vaudrait comprendre la droitisation que répéter des explications toutes faites.
On reparle de la « défiance » des Français, comme il y a cinq ans, en associant à ce vocable tantôt la vieille idée d’une crise de la démocratie représentative, selon laquelle les élus représenteraient mal les citoyens, tantôt celle de la montée du « populisme », une vision accusatoire mettant les extrémismes de droite et de gauche sur un même pied. La première idée réactive les thèmes de l’antiparlementarisme d’il y a plus d’un siècle et les explications de la progression du Front national et de l’abstention électorale d’il y a vingt ans. La deuxième, en relayant la critique obsolète du totalitarisme, ressuscite la rhétorique du « nini », énième résurgence de la « troisième voie » centriste censée se frayer depuis les années 1930 un chemin entre les extrêmes.
La surprenante unanimité et la pauvreté des diagnostics viennent peut-être de ce qu’on ne se soucie guère de savoir de quoi l’on parle. Pour les uns, la droitisation exprime le glissement des opinions vers l’extrême droite, traduction d’une radicalisation.
Pour d’autres, ce serait un mouvement vers la droite des prises de positions politiques, socialistes compris.
On peut en arriver ainsi à des conclusions inverses. Avec, dans le premier cas, la focalisation sur les thèmes d’extrême droite, en particulier xénophobes ou racistes, exprimée avec agressivité. Et, dans un second cas, un accord assez large, une sorte de consensus libéral ou de « fin des idéologies ». Or les indices de ces deux tendances coexistent. D’une part, le renforcement électoral et la normalisation du Front national, la concurrence entre diverses formations politiques sur les thèmes de ce parti – insécurité, menace islamique, confiscation fiscale, abus de prestations sociales, préférence nationale.
D’autre part, un consensus des partis de gouvernement sur le marché, le libreéchange, l’entreprise privée et la réduction des dépenses publiques.
Hantise du déclassement social
LA DROITISATION conçue comme une radicalisation politique retient davantage l’attention : plus tonitruante, plus dérangeante.
Des changements aussi profonds que la mondialisation, la crise de la dette, l’explosion du chômage, le renforcement des pays émergents, l’enrichissement des riches, la paupérisation des classes moyennes et la clochardisation des pauvres, pour ne prendre que quelques éléments d’un inventaire à donner le tournis, ont forcément des effets politiques.
L’angoisse est accrue par le souvenir de la crise des années 1930, qui a bouleversé le XXe siècle et engendré les catastrophes politiques que furent les fascismes et la guerre.
Il y a peu, on s’alarmait des scores des partis d’extrême droite en France, en Belgique, en Hongrie ou aux Pays-Bas. Mais leur montée en puissance apparaît désormais plus lente ou moins ample, alors qu’ils sont rarement parvenus au pouvoir (si ce n’est dans une position marginale comme le parti du défunt Jörg Haider en Autriche), ou seulement dans des institutions locales (comme le Vlaams Blok en Belgique). D’autres mouvements se sont signalés qui, tel le Tea Party aux Etats-Unis, visent à faire pression sur les formations politiques institutionnelles, le Parti républicain dans le cas d’espèce.
Avec, à l’arrière-plan, la hantise du déclassement social d’une population plutôt blanche, parfois modeste, plus sensible à la menace venue d’en bas, celle des plus pauvres, des étrangers, qu’à l’enrichissement des riches – sensible à la « race » mais pas à la classe. Cela n’a pas permis au candidat républicain, qui avait donné des gages à son extrême droite, de gagner. On a même suggéré que cet ancrage avait joué un rôle dans sa défaite.
Si, en 2007, l’inflexion à droite du discours de M. Sarkozy avait favorisé le report sur son nom des suffrages d’extrême droite, la même stratégie ne lui a pas permis d’être réélu cinq ans plus tard. Toutefois, la défaite ayant été plus courte que prévu, l’Union pour un mouvement populaire (UMP) semble s’être convaincue de la nécessité de se radicaliser. Ses militants apparaissent désormais très proches de ceux du Front national sur les thèmes de l’immigration et de la sécurité, mais largement aussi, et, cette fois, contre l’avis de leurs dirigeants, sur les questions économiques et financières du protectionnisme et de l’euro.
Il faut croire que la question de la radicalisation revêt un caractère d’urgence pour que pas moins de trois sondages soient venus attester la montée des valeurs d’extrême droite en janvier 2013. L’un d’eux a même soutenu que 87 % des Français désiraient un «vrai chef en France afin de remettre de l’ordre » (Le Monde, 25 janvier 2013). Cette formulation aux échos de bruits de bottes donne une consistance à des discours violents plus fréquents et déjà décomplexés contre les immigrés, les délinquants, les « assistés », les fonctionnaires, etc. Le style paranoïaque dont parlait Richard Hofstadter, joignant la mentalité conspirationniste à la haine de la fiscalité, de la bureaucratie, des intellectuels et surtout des étrangers, ne fait pas seulement des émules aux Etats-Unis (2). Pêle-mêle, des majorités sondagières se dessinent ou s’accroissent en faveur de la peine de mort, de la libre entreprise contre l’Etat, de l’augmentation de la durée du travail, etc.
Un lien existe entre les deux conceptions de la droitisation. Ce n’est point que l’axe médian du débat politique déplacé vers la droite repousse mécaniquement celle-ci vers l’extrême droite, mais les luttes partisanes conduisent forcément à une surenchère dans la recherche des différences. Les politiques pratiquent l’art de la litote pour exprimer des pensées limites en évoquant, comme M. Jean-François Copé, président de l’UMP et adepte d’une «droite décomplexée», «ces parents d’élèves traumatisés parce qu’un de leurs fils, qui prenait son goûter à la sortie du collège, s’est fait arracher sa nourriture des mains par une bande de jeunes qui se prenaient pour une brigade iranienne de promotion de la vertu »; ou « un “racisme anti-Blancs” [qui] se développe dans les quartiers de nos villes »; ou « les sans-papiers [qui] sont désormais les seuls à pouvoir bénéficierd’un système 100 % pris en charge » ; ou encore « les chefs d’entreprise, les artisans et commerçants (…) terrorisés à l’idée d’un contrôle fiscal, ou pis, d’une rencontre avec un inspecteur du travail » (3). Les discours déplacent les frontières. L’espace du politiquement pensable s’élargit avec celui du politiquement dicible.
Relayée quotidiennement par des médias aussi puissants que la chaîne Fox News, la dimension conspirationniste est plus prononcée aux Etats-Unis qu’en Europe. Dans les sociétés européennes, on est moins convaincu par la légitimation puritaine de l’enrichissement et davantage intéressé aux bénéfices bien réels de l’Etat social, ce qui en limite la critique aux abus commis par les « étrangers », les «paresseux», les «assistés».
La droitisation prend donc des voies plus discrètes sur le Vieux Continent. Quand des magazines dont on peut supposer qu’ils ne se sont pas concertés titrent la même semaine sur les francs maçons – « Ces francs-maçons qui nous gouvernent » (Le Nouvel Observateur, 3 janvier 2013); «Hollande et ses francs maçons» (Le Point, 7 janvier 2013) –, ils entretiennent une vision complotiste feutrée (4). Et comme il faut changer de sujet, « Nos ennemis islamistes » couronnent les têtes pati bulaires de quelques chefs terroristes (Le Point, 24 janvier 2013), rappelant les portraits types des expositions antisémites d’un autre temps.
Ces couvertures à sensation ne sont plus motivées par des objectifs commerciaux, assurent les patrons de presse. Si tel est le cas, exprimeraient-elles alors les nouvelles visions d’une profession journalistique touchée par la crise et traduisant une peur du déclassement partagée par nombre de lecteurs ? Les qualités critiques élémentaires du travail intellectuel semblent se résumer au dévoilement des « secrets » et des « complots ».
Mais où est la vertu critique quand les questions les plus racoleuses et les moins généreuses s’alignent sans que nul n’y prenne plus garde – et encore moins ne s’en alarme?
Prédication du chacun pour soi
IL N’Y AURAIT plus rien à dire non plus quand des sondeurs (Ipsos - Le Monde, 25 janvier 2013) sollicitent des volontaires dont ils savent qu’ils sont plutôt classés à droite, et redressent l’échantillon en rémunérant d’autres sondés. Cela afin de leur poser des questions sur le «racisme anti-Blancs » (qui existerait donc), ou sur l’«effort d’intégration» des immigrés en France (forcément une question d’« effort »). Et de leur offrir des alternatives aussi biaisées que la «confiance» que certains accordent à « la plupart des gens », par opposition au surcroît de «prudence» que devraient susciter les «autres» (qui sont les autres ?). Puis enfin de leur proposer de dire si l’on «se sent ou pas chez soi comme avant » (« chez soi » en France, mais avant quoi ?). Quant à ces coups de sonde qui benoîtement suggèrent que peut-être « l’autorité est une valeur trop souvent critiquée en France », comment des professionnels ont-ils pu commettre cette faute de méthode flagrante consistant à déclencher l’effet d’acquiescement ?
Le bal des idées reçues mêlant une vulgate néolibérale et un grossier bon sens contribue à la droitisation des esprits quand il magnifie l’égoïsme. Comment peut-on attendre ensuite des citoyens qu’ils croient que les dirigeants politiques servent l’intérêt général ? Il serait pour le moins aberrant d’attendre des politiques un comportement altruiste qu’ils seraient bien les seuls à démontrer. Diffusée à longueur de temps dans l’espace public, la prédication du chacun pour soi est d’autant plus puissante qu’elle prend appui sur une forme de méfiance populaire, cette disposition des gens modestes à qui «on ne la fait pas» (5). On ne leur donnera pas forcément tort.
Ce cynisme généralisé est en tout cas le viatique le plus ordinaire de ces discours publics derrière lesquels se cacherait toujours la dispute des places, des suffrages, de l’argent ou du pétrole. Moins conservateurs et traditionalistes qu’ils le croient, les idéologues médiatiques encouragent une fascisation pour le moment cantonnée aux esprits, car le principe du chacun pour soi interdit par définition toute mobilisation des masses. Cela doit il nous rassurer ?
NOTES :
(1) La droitisation aurait été un «trompe-l’oeil» parce que la montée des valeurs d’ordre n’entraîne « pas de recul des valeurs humanistes » (Etienne Schweisguth, «Le trompe-l’oeil de la droitisation», Revue française de science politique, vol. 57, no 3-4, Paris, 2007).
(2) Richard Hofstadter, Le Style paranoïaque. Théories du complot et droite radicale en Amérique, Bourin Editeur, Paris, 2012. Le Monde diplomatique a publié les «bonnes feuilles » de cet ouvrage dans son numéro de septembre 2012 sous le titre « Le style
paranoïaque en politique ».
(3) Jean-François Copé, Manifeste pour une droite décomplexée, Fayard, Paris, 2012.
(4) Libération.fr (28 février 2012) recensait entre 2009 et 2012 cinq couvertures de L’Express et du Point consacrées aux francs-maçons, quatre pour Le Nouvel Observateur. Oubliant sans doute ce qu’il avait déclaré auparavant – « cela finit par lasser tout
le monde» –, le directeur de ce dernier, Laurent Joffrin, se justifiait le 5 janvier 2013 sur France Inter : « Il y en a pas mal au gouvernement. Et puis, ils ont une influence. »
(5) Richard Hoggart, La Culture du pauvre, Editions de Minuit, Paris, 1970.
Libellés :
actualité,
capitalisme,
Economie,
Europe,
France,
loi,
parti de droite,
Pauvreté,
Politique,
Propaganda,
Reflexion,
social,
Société,
USA
30 novembre 2012
La fabrique de pauvres : Comment expliquer l’explosion du nombre de pauvres en Europe ?
Source : http://www.arte.tv
Documentaire de Lourdes Picareta (2012, 52 Mn)
11 millions en Allemagne, 9 millions en France : c’est le nombre de personnes qui vivent en dessous du seuil de pauvreté dans ces deux pays, pourtant parmi les plus riches d’Europe. Cette misère n’est ni un choix ni une fatalité. Elle est le produit d’un changement de paradigme économique et politique ayant débouché sur un nouveau système. En Allemagne, des mères de famille jonglent entre des allocations chômage dérisoires et des "minijobs" à 400 euros. Dans les cités françaises, l’ascenseur social est en panne. En Espagne, les services sociaux sont asphyxiés par la baisse des crédits et des familles endettées se retrouvent à la rue alors même que les banques ne parviennent plus à vendre les logements vacants qu’elles ont saisis. Autant de témoignages qui illustrent une pauvreté "héritée" dès l’enfance et le sentiment d’impuissance et de honte de ceux qui en sont victimes.
Sociologues et politologues mettent en garde : dans des sociétés européennes "en situation d’urgence", le démantèlement de l’État-providence pourrait bien être une bombe à retardement. La fabrique de pauvres est un film un peu à part dans la collection : il a été coproduit spécialement par ARTE .
Documentaire de Lourdes Picareta (2012, 52 Mn)
11 millions en Allemagne, 9 millions en France : c’est le nombre de personnes qui vivent en dessous du seuil de pauvreté dans ces deux pays, pourtant parmi les plus riches d’Europe. Cette misère n’est ni un choix ni une fatalité. Elle est le produit d’un changement de paradigme économique et politique ayant débouché sur un nouveau système. En Allemagne, des mères de famille jonglent entre des allocations chômage dérisoires et des "minijobs" à 400 euros. Dans les cités françaises, l’ascenseur social est en panne. En Espagne, les services sociaux sont asphyxiés par la baisse des crédits et des familles endettées se retrouvent à la rue alors même que les banques ne parviennent plus à vendre les logements vacants qu’elles ont saisis. Autant de témoignages qui illustrent une pauvreté "héritée" dès l’enfance et le sentiment d’impuissance et de honte de ceux qui en sont victimes.
Sociologues et politologues mettent en garde : dans des sociétés européennes "en situation d’urgence", le démantèlement de l’État-providence pourrait bien être une bombe à retardement. La fabrique de pauvres est un film un peu à part dans la collection : il a été coproduit spécialement par ARTE .
Libellés :
actualité,
Argent,
corporation,
Corruption,
Documentaire,
documentary,
Europe,
loi,
Mort,
Pauvreté,
Politics,
Politique,
Propaganda,
social,
Union Européene
23 mai 2012
A la conférence de Cocoyoc, le Sud liait écologie et égalité
Par Aurélien Bernier
décembre 2011
pour http://www.monde-diplomatique.fr
En 1974, à Cocoyoc, au Mexique, un colloque de l’Organisation des Nations unies (ONU) formulait une critique radicale du « développement », du modèle libre-échangiste et des rapports Nord-Sud. Ses conclusions furent vite enterrées…
Programmées à quelques mois d’intervalle, deux rencontres
internationales sur l’écologie occupent les calendriers diplomatiques :
la conférence de Durban (Afrique du Sud) sur le changement climatique,
du 28 novembre au 9 décembre 2011, et le sommet de la Terre à Rio, du 20
au 22 juin 2012. Sur fond de crise économique, peu se risquent à parier
sur une avancée positive des négociations lors de ces rendez-vous.
Après les sommets de Copenhague (2009) et de Cancún (2010), le thème du changement climatique et de la réduction des gaz à effet de serre est rangé au rayon des préoccupations accessoires. Quant aux sommets de la Terre, qui ont lieu tous les dix ans, celui de Stockholm, en 1972, avait suscité l’espoir d’une action concertée pour protéger la planète ; celui de Nairobi, en 1982, a constaté l’échec complet de la « communauté internationale », et ceux de Rio en 1992 et Johannesburg en 2002 ont salué la récupération de l’écologie par les multinationales. A n’en pas douter, un concert de louanges adressées au capitalisme « vert » rythmera l’édition 2012, laquelle sera à nouveau accueillie par le Brésil.
Pourtant, des trésors oubliés dorment dans les archives de l’Organisation des Nations unies (ONU). Ainsi, la déclaration la plus radicale sur l’environnement issue de cette institution est gommée de l’histoire officielle. Rédigée en octobre 1974 dans la ville mexicaine de Cocoyoc, elle dessinait les contours d’un nouvel ordre international aux antipodes de celui qui nous est imposé actuellement.
Tout commence en 1971 dans la ville suisse de Founex, près de Genève, où l’ONU réunit des personnalités chargées de préparer le sommet de la Terre de Stockholm : venus de pays du Nord et du Sud, ces experts sont sélectionnés pour leurs compétences en matière d’environnement, d’économie, de sciences sociales, de développement. Ils ne disposent d’aucun mandat de leur gouvernement et produisent un rapport non officiel, qui permettra pourtant d’orienter les négociations entre Etats.
Le « rapport Founex », synthèse des premiers travaux, estime que « la pauvreté est la pire des pollutions » et qu’il faut la combattre en priorité. Influencés par l’Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce (Gatt), les membres du « groupe Founex » défendent le droit à l’industrialisation des pays pauvres et pensent que le libre-échange est une bonne stratégie pour y parvenir. Quelques mois plus tard, le sommet de Stockholm puise dans ces réflexions. Les Etats concluent qu’il faut articuler les questions d’écologie avec les problèmes de développement et posent les bases d’un droit international de l’environnement, tout en prenant soin de confirmer le bien-fondé du libre-échange. Mécontents de ce compromis, certains pays du Sud réclament l’instauration d’un « nouvel ordre économique international » pour mettre un terme à l’hégémonie des puissances occidentales.
Parmi les intellectuels rassemblés à Cocoyoc, beaucoup affichent un penchant pour le socialisme. Corea fait partie, en tant que secrétaire permanent au ministère de la planification et des affaires économiques du Sri Lanka, d’un gouvernement qui nationalise les compagnies pétrolières, les banques, les assurances, les écoles... et se rapproche du bloc communiste. La coprésidence de la réunion mexicaine échoit à deux personnalités issues de pays en développement. Le premier, le docteur Wilbert K. Chagula, est ministre des affaires économiques et de la planification du développement de la Tanzanie, présidée par l’ancien instituteur Julius Nyerere — lequel, à partir de 1967, nationalise les principales industries et les sociétés de services, augmente les impôts pour financer des politiques sociales et lance une grande réforme agraire. Le second, Rodolfo Stavenhagen, un sociologue mexicain, chef du projet de recherche sur la réforme agraire dans son pays, a orienté ses travaux sur la lutte des classes dans le monde agricole.
Le Mexique, justement, qui accueille la conférence, est présidé depuis 1970 par M. Luis Echeverría Alvarez, qui nationalise les mines et l’énergie, redistribue des terres aux paysans et met en œuvre une politique sociale progressiste (bien que non révolutionnaire). Il affiche sa proximité avec le régime de Salvador Allende, au Chili, et avec Cuba (1). Le président Echeverría participe en personne au séminaire de Cocoyoc.
La déclaration finale, datée du 23 octobre 1974, est un réquisitoire contre les politiques occidentales. Son premier paragraphe souligne l’échec des Nations unies, dont la Charte, élaborée en 1945, a produit un ordre international injuste. « Les affamés, les sans-abri et les illettrés sont plus nombreux aujourd’hui que lorsque les Nations unies ont été créées. » Les rapports de forces issus de « cinq siècles de contrôle colonial qui ont massivement concentré le pouvoir économique entre les mains d’un petit groupe de nations » n’ont pas été modifiés. Pour les rapporteurs, le problème n’est pas lié à un manque de richesses produites, mais à leur « mauvaise répartition et [à leur] mauvais usage ».
Dans un registre que ne renieraient pas les objecteurs de croissance des années 2000, la déclaration de Cocoyoc remet ouvertement en cause la dictature de l’augmentation du produit intérieur brut : « Un processus de croissance qui bénéficie seulement à une très petite minorité et qui maintient ou accroît les disparités entre pays et à l’intérieur des pays n’est pas du développement. C’est de l’exploitation. (...) Par conséquent, nous rejetons l’idée de la croissance d’abord et d’une juste répartition des bénéfices ensuite. »
Le modèle de développement défendu à Cocoyoc ne se focalise pas sur les questions économiques. Il met en avant l’importance des modes de vie, des valeurs, de l’émancipation des peuples, des droits individuels et collectifs. Il inclut « le droit de travailler, ce qui ne signifie pas seulement le droit d’avoir un travail, mais celui d’y trouver un accomplissement personnel, le droit de ne pas être aliéné à travers des procédés de production qui utilisent les hommes comme des outils ».
Les mythes de l’économie de marché sont balayés. « Les solutions à ces problèmes ne peuvent pas provenir de l’autorégulation par les mécanismes de marché, y lit-on. Les marchés classiques donnent un accès aux ressources à ceux qui peuvent payer plutôt qu’à ceux qui en ont besoin ; ils stimulent une demande artificielle et génèrent des déchets dans le processus de production. Certaines ressources sont même sous-utilisées. »
A rebours des discours dominants du Gatt, on impute la dégradation de l’environnement aux relations économiques inéquitables et au prix dérisoire des matières premières sur les marchés. Les experts pensent que les pays du Sud doivent créer des alliances sur le modèle de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) afin d’exiger des prix décents pour toutes les matières premières. En parallèle, ils recommandent de mettre en place une gestion internationale des « biens communs » (lire « Rendre inaliénables les biens communs »), grâce à l’édification d’un système juridique solide. L’objectif est de permettre l’autonomie des nations sans tomber dans l’autarcie. Pour y parvenir, les rapporteurs ne réclament pas une « aide » des pays riches, mais que ceux-ci payent au juste prix les matières premières.
Enfin, contrairement au « rapport Founex » préparatoire à la conférence de Stockholm, qui défendait le libre-échange et le rôle d’arbitre commercial tenu par le Gatt, la déclaration de Cocoyoc affirme la place centrale des Nations unies et du principe « un pays, une voix ». « Nous croyons fermement que, puisque les sujets du développement, de l’environnement et de l’utilisation des ressources sont des problèmes globaux essentiels et qui concernent le bien-être de toute l’humanité, les gouvernements devraient utiliser pleinement les mécanismes des Nations unies pour les résoudre et que le système des Nations unies devrait être rénové et renforcé pour faire face à ses nouvelles responsabilités. »
La déclaration de Cocoyoc impressionne par les perspectives politiques qu’elle dessine. Elle définit le sous-développement non comme un « retard » de développement, mais comme le produit du développement des pays riches. L’expansion du capitalisme passe en effet par la mainmise des multinationales sur les matières premières des pays du Sud, de sorte qu’il y aura toujours des exploiteurs et des exploités. C’est l’économie de marché qui est contestée et, en creux, le libre-échange. L’appel à la rupture ne souffre aucune ambiguïté. Il ne s’agit pas simplement d’aménager le système, mais d’en sortir : « L’autonomie au niveau national implique aussi un détachement temporaire du système économique actuel. Il est impossible de développer l’autonomie au travers de la participation pleine et entière à un système qui perpétue la dépendance économique. » Ainsi les Etats doivent-ils, selon la déclaration, refuser la soumission à une dépendance extérieure, organiser une autonomie collective et coopérer, notamment pour gérer les biens communs.
La déclaration lance donc un appel à la construction d’un socialisme écologique par des Etats souverains, dans une perspective internationaliste. Avec humour, les auteurs vont jusqu’à proposer d’offrir leurs services aux pays riches pour les aider à sortir de leur surconsommation et de leur mal-vivre. « Cela ne sert à rien de produire et de consommer de plus en plus s’il en résulte une augmentation de la prise d’antidépresseurs et des séjours en hôpital psychiatrique », soulignent-ils.
Immédiatement après la publication du texte, les présidents de la conférence reçoivent un long télégramme du secrétaire d’Etat américain Henry Kissinger, qui rejette l’intégralité de la déclaration. Les grandes puissances économiques vont reprendre les choses en main, et la crise économique de 1973 offrira l’occasion de rediscipliner ou de marginaliser des Etats trop critiques, lesquels s’enfoncent dans la misère en voyant le prix de leurs importations grimper en flèche. Pour la suite des négociations sur le « nouvel ordre économique international », les pays riches multiplient les lieux de discussions pour diluer l’influence de l’ONU, où le Sud est majoritaire. En décembre 1975, la conférence sur la coopération économique internationale qui se tient à Paris ne réunit que vingt-sept Etats : huit pays riches, les principaux membres de l’Opep, mais aucun des pays qui contestent les fondements du capitalisme ou la division internationale du travail — laquelle n’a pas encore trouvé son nom de « mondialisation ». Certains grands pays du Sud font le jeu des Etats-Unis, de l’Europe et du Japon en revendiquant une plus grande place dans l’économie mondiale, sans pour autant vouloir en changer les règles.
Aujourd’hui, une recherche sur le site des Nations unies ne donne accès qu’à quelques lignes évoquant le symposium d’octobre 1974. On y trouve une courte citation de la déclaration finale : « La voie à suivre ne passe pas par le désespoir, par la fin du monde, ou par un optimisme béat devant les solutions technologiques successives. Elle passe au contraire par une appréciation méticuleuse, sans passion, des “limites extérieures” [la préservation d’un environnement équilibré], par une recherche collective des moyens d’atteindre les “limites intérieures” des droits fondamentaux [la satisfaction des besoins humains fondamentaux], par l’édification de structures sociales exprimant ces droits et par tout le patient travail consistant à élaborer des techniques et des styles de développement qui améliorent et préservent notre patrimoine planétaire. » Pouvait-on évoquer les travaux de Cocoyoc tout en effaçant de façon aussi systématique la subversion et les perspectives politiques du texte d’origine ?
Après les sommets de Copenhague (2009) et de Cancún (2010), le thème du changement climatique et de la réduction des gaz à effet de serre est rangé au rayon des préoccupations accessoires. Quant aux sommets de la Terre, qui ont lieu tous les dix ans, celui de Stockholm, en 1972, avait suscité l’espoir d’une action concertée pour protéger la planète ; celui de Nairobi, en 1982, a constaté l’échec complet de la « communauté internationale », et ceux de Rio en 1992 et Johannesburg en 2002 ont salué la récupération de l’écologie par les multinationales. A n’en pas douter, un concert de louanges adressées au capitalisme « vert » rythmera l’édition 2012, laquelle sera à nouveau accueillie par le Brésil.
Pourtant, des trésors oubliés dorment dans les archives de l’Organisation des Nations unies (ONU). Ainsi, la déclaration la plus radicale sur l’environnement issue de cette institution est gommée de l’histoire officielle. Rédigée en octobre 1974 dans la ville mexicaine de Cocoyoc, elle dessinait les contours d’un nouvel ordre international aux antipodes de celui qui nous est imposé actuellement.
Tout commence en 1971 dans la ville suisse de Founex, près de Genève, où l’ONU réunit des personnalités chargées de préparer le sommet de la Terre de Stockholm : venus de pays du Nord et du Sud, ces experts sont sélectionnés pour leurs compétences en matière d’environnement, d’économie, de sciences sociales, de développement. Ils ne disposent d’aucun mandat de leur gouvernement et produisent un rapport non officiel, qui permettra pourtant d’orienter les négociations entre Etats.
Le « rapport Founex », synthèse des premiers travaux, estime que « la pauvreté est la pire des pollutions » et qu’il faut la combattre en priorité. Influencés par l’Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce (Gatt), les membres du « groupe Founex » défendent le droit à l’industrialisation des pays pauvres et pensent que le libre-échange est une bonne stratégie pour y parvenir. Quelques mois plus tard, le sommet de Stockholm puise dans ces réflexions. Les Etats concluent qu’il faut articuler les questions d’écologie avec les problèmes de développement et posent les bases d’un droit international de l’environnement, tout en prenant soin de confirmer le bien-fondé du libre-échange. Mécontents de ce compromis, certains pays du Sud réclament l’instauration d’un « nouvel ordre économique international » pour mettre un terme à l’hégémonie des puissances occidentales.
Objecteurs de croissance avant la lettre
Du 8 au 12 octobre 1974, un nouveau colloque de l’ONU réunit à Cocoyoc des experts internationaux pour débattre « de l’utilisation des ressources, de l’environnement et des stratégies de développement ». L’événement est coordonné par l’homme d’affaires canadien Maurice Strong, directeur exécutif du Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE), et par l’économiste et diplomate sri-lankais Gamani Corea, secrétaire général de la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (Cnuced). Du côté des rapporteurs, on trouve Barbara Ward — une économiste britannique — pour les questions de ressources naturelles et Johan Galtung — un politologue et sociologue norvégien ouvertement anticapitaliste et antiaméricain — pour les questions de développement.
Parmi les intellectuels rassemblés à Cocoyoc, beaucoup affichent un penchant pour le socialisme. Corea fait partie, en tant que secrétaire permanent au ministère de la planification et des affaires économiques du Sri Lanka, d’un gouvernement qui nationalise les compagnies pétrolières, les banques, les assurances, les écoles... et se rapproche du bloc communiste. La coprésidence de la réunion mexicaine échoit à deux personnalités issues de pays en développement. Le premier, le docteur Wilbert K. Chagula, est ministre des affaires économiques et de la planification du développement de la Tanzanie, présidée par l’ancien instituteur Julius Nyerere — lequel, à partir de 1967, nationalise les principales industries et les sociétés de services, augmente les impôts pour financer des politiques sociales et lance une grande réforme agraire. Le second, Rodolfo Stavenhagen, un sociologue mexicain, chef du projet de recherche sur la réforme agraire dans son pays, a orienté ses travaux sur la lutte des classes dans le monde agricole.
Le Mexique, justement, qui accueille la conférence, est présidé depuis 1970 par M. Luis Echeverría Alvarez, qui nationalise les mines et l’énergie, redistribue des terres aux paysans et met en œuvre une politique sociale progressiste (bien que non révolutionnaire). Il affiche sa proximité avec le régime de Salvador Allende, au Chili, et avec Cuba (1). Le président Echeverría participe en personne au séminaire de Cocoyoc.
La déclaration finale, datée du 23 octobre 1974, est un réquisitoire contre les politiques occidentales. Son premier paragraphe souligne l’échec des Nations unies, dont la Charte, élaborée en 1945, a produit un ordre international injuste. « Les affamés, les sans-abri et les illettrés sont plus nombreux aujourd’hui que lorsque les Nations unies ont été créées. » Les rapports de forces issus de « cinq siècles de contrôle colonial qui ont massivement concentré le pouvoir économique entre les mains d’un petit groupe de nations » n’ont pas été modifiés. Pour les rapporteurs, le problème n’est pas lié à un manque de richesses produites, mais à leur « mauvaise répartition et [à leur] mauvais usage ».
Dans un registre que ne renieraient pas les objecteurs de croissance des années 2000, la déclaration de Cocoyoc remet ouvertement en cause la dictature de l’augmentation du produit intérieur brut : « Un processus de croissance qui bénéficie seulement à une très petite minorité et qui maintient ou accroît les disparités entre pays et à l’intérieur des pays n’est pas du développement. C’est de l’exploitation. (...) Par conséquent, nous rejetons l’idée de la croissance d’abord et d’une juste répartition des bénéfices ensuite. »
Le modèle de développement défendu à Cocoyoc ne se focalise pas sur les questions économiques. Il met en avant l’importance des modes de vie, des valeurs, de l’émancipation des peuples, des droits individuels et collectifs. Il inclut « le droit de travailler, ce qui ne signifie pas seulement le droit d’avoir un travail, mais celui d’y trouver un accomplissement personnel, le droit de ne pas être aliéné à travers des procédés de production qui utilisent les hommes comme des outils ».
Les mythes de l’économie de marché sont balayés. « Les solutions à ces problèmes ne peuvent pas provenir de l’autorégulation par les mécanismes de marché, y lit-on. Les marchés classiques donnent un accès aux ressources à ceux qui peuvent payer plutôt qu’à ceux qui en ont besoin ; ils stimulent une demande artificielle et génèrent des déchets dans le processus de production. Certaines ressources sont même sous-utilisées. »
A rebours des discours dominants du Gatt, on impute la dégradation de l’environnement aux relations économiques inéquitables et au prix dérisoire des matières premières sur les marchés. Les experts pensent que les pays du Sud doivent créer des alliances sur le modèle de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) afin d’exiger des prix décents pour toutes les matières premières. En parallèle, ils recommandent de mettre en place une gestion internationale des « biens communs » (lire « Rendre inaliénables les biens communs »), grâce à l’édification d’un système juridique solide. L’objectif est de permettre l’autonomie des nations sans tomber dans l’autarcie. Pour y parvenir, les rapporteurs ne réclament pas une « aide » des pays riches, mais que ceux-ci payent au juste prix les matières premières.
Favoriser l’indépendance économique
Au lieu de culpabiliser l’individu — registre en vogue ces dernières années —, la déclaration de Cocoyoc affirme que « chacun a le droit de comprendre pleinement la nature du système dont il fait partie comme producteur, consommateur, et surtout comme l’un des milliards d’habitants de la planète. Il a le droit de savoir qui tire les bénéfices de son travail, qui tire les bénéfices de ce qu’il achète et vend, et la façon dont cela enrichit ou dégrade l’héritage planétaire ». L’éducation à l’environnement doit trouver sa place dans un projet éducatif plus large, qui ne gomme pas les rapports de domination mais, à l’inverse, les explicite.
Enfin, contrairement au « rapport Founex » préparatoire à la conférence de Stockholm, qui défendait le libre-échange et le rôle d’arbitre commercial tenu par le Gatt, la déclaration de Cocoyoc affirme la place centrale des Nations unies et du principe « un pays, une voix ». « Nous croyons fermement que, puisque les sujets du développement, de l’environnement et de l’utilisation des ressources sont des problèmes globaux essentiels et qui concernent le bien-être de toute l’humanité, les gouvernements devraient utiliser pleinement les mécanismes des Nations unies pour les résoudre et que le système des Nations unies devrait être rénové et renforcé pour faire face à ses nouvelles responsabilités. »
La déclaration de Cocoyoc impressionne par les perspectives politiques qu’elle dessine. Elle définit le sous-développement non comme un « retard » de développement, mais comme le produit du développement des pays riches. L’expansion du capitalisme passe en effet par la mainmise des multinationales sur les matières premières des pays du Sud, de sorte qu’il y aura toujours des exploiteurs et des exploités. C’est l’économie de marché qui est contestée et, en creux, le libre-échange. L’appel à la rupture ne souffre aucune ambiguïté. Il ne s’agit pas simplement d’aménager le système, mais d’en sortir : « L’autonomie au niveau national implique aussi un détachement temporaire du système économique actuel. Il est impossible de développer l’autonomie au travers de la participation pleine et entière à un système qui perpétue la dépendance économique. » Ainsi les Etats doivent-ils, selon la déclaration, refuser la soumission à une dépendance extérieure, organiser une autonomie collective et coopérer, notamment pour gérer les biens communs.
La déclaration lance donc un appel à la construction d’un socialisme écologique par des Etats souverains, dans une perspective internationaliste. Avec humour, les auteurs vont jusqu’à proposer d’offrir leurs services aux pays riches pour les aider à sortir de leur surconsommation et de leur mal-vivre. « Cela ne sert à rien de produire et de consommer de plus en plus s’il en résulte une augmentation de la prise d’antidépresseurs et des séjours en hôpital psychiatrique », soulignent-ils.
Immédiatement après la publication du texte, les présidents de la conférence reçoivent un long télégramme du secrétaire d’Etat américain Henry Kissinger, qui rejette l’intégralité de la déclaration. Les grandes puissances économiques vont reprendre les choses en main, et la crise économique de 1973 offrira l’occasion de rediscipliner ou de marginaliser des Etats trop critiques, lesquels s’enfoncent dans la misère en voyant le prix de leurs importations grimper en flèche. Pour la suite des négociations sur le « nouvel ordre économique international », les pays riches multiplient les lieux de discussions pour diluer l’influence de l’ONU, où le Sud est majoritaire. En décembre 1975, la conférence sur la coopération économique internationale qui se tient à Paris ne réunit que vingt-sept Etats : huit pays riches, les principaux membres de l’Opep, mais aucun des pays qui contestent les fondements du capitalisme ou la division internationale du travail — laquelle n’a pas encore trouvé son nom de « mondialisation ». Certains grands pays du Sud font le jeu des Etats-Unis, de l’Europe et du Japon en revendiquant une plus grande place dans l’économie mondiale, sans pour autant vouloir en changer les règles.
Des prescriptions oubliées
Ainsi, malgré la signature d’un traité d’amitié, de paix et de coopération avec l’Union soviétique le 9 août 1971, l’Inde dirigée par Indira Gandhi poursuit une politique économique ambiguë, sorte de « troisième voie » entre le socialisme et le capitalisme ; au Brésil, la dictature militaire en place obtient un taux de croissance record grâce à un afflux de capitaux occidentaux. Au début des années 1980, la contre-révolution néolibérale emporte définitivement ce qu’il restait des revendications de Cocoyoc.
Aujourd’hui, une recherche sur le site des Nations unies ne donne accès qu’à quelques lignes évoquant le symposium d’octobre 1974. On y trouve une courte citation de la déclaration finale : « La voie à suivre ne passe pas par le désespoir, par la fin du monde, ou par un optimisme béat devant les solutions technologiques successives. Elle passe au contraire par une appréciation méticuleuse, sans passion, des “limites extérieures” [la préservation d’un environnement équilibré], par une recherche collective des moyens d’atteindre les “limites intérieures” des droits fondamentaux [la satisfaction des besoins humains fondamentaux], par l’édification de structures sociales exprimant ces droits et par tout le patient travail consistant à élaborer des techniques et des styles de développement qui améliorent et préservent notre patrimoine planétaire. » Pouvait-on évoquer les travaux de Cocoyoc tout en effaçant de façon aussi systématique la subversion et les perspectives politiques du texte d’origine ?
Aurélien Bernier
Auteur de Désobéissons à l’Union européenne !, Mille et une nuits, Paris, 2011.
(1) On découvrira plus tard sa proximité avec la Central Intelligence Agency (CIA). Lire Jean-François Boyer, « Et le Mexique cessa d’être indépendant », Le Monde diplomatique, mars 2011.
Libellés :
actualité,
capitalisme,
Corruption,
ecologie,
environnement,
Etats,
Mexique,
O.N.U,
Occident,
Pauvreté,
Pollution,
Reflexion,
traité
17 décembre 2011
TERRES / 1ère partie : Mali – Ruée sur les terres irrigables de l’Office du Niger
Par http://philipperevelli.com
TERRES / 1ère partie : Mali – Ruée sur les terres irrigables de l’Office du Niger
Par http://www.monde-diplomatique.fr
Devenu notable dès l’année 2005, le mouvement mondial d’accaparement des terres arables se poursuit inexorablement. Publié le 14 décembre par la Coalition internationale pour l’accès à la terre, un rapport explore le mode opératoire et les conséquences d’une série d’accords commerciaux conclu entre 2000 et 2010, pour un total de 203 millions d’hectares — une superficie équivalente à huit fois la taille du Royaume-Uni. Ses conclusions sont particulièrement inquiétantes, alors que la hausse des prix alimentaires de base provoque déjà, dans de nombreux pays, des émeutes de la faim :
— parmi les 78% de transactions qui concernent l’agriculture, trois quarts sont liées à des projets de production de biocarburants ;
— les acquisitions visent souvent les meilleures terres, fréquemment irrigables et à proximité des infrastructures, provoquant de nombreux conflits ;
— les élites nationales, souvent impliquées dans ces projets, en tirent des bénéfices personnels tandis que l’Etat, qui accorde des exemptions fiscales, se prive de recettes ; quant aux promesses de création d’emplois ou d’infrastructures, elles sont rarement tenues ;
— dépossédés des terres et des ressources en eau gérées par les régimes coutumiers, les pauvres des zones rurales en sont les premières victimes, au premier rang d’entre eux les femmes ;
— les écosystèmes subissent des transformations à large échelle.
Pour faire face à ce néocolonialisme agricole, qui vise majoritairement l’Afrique, les paysans commencent à s’organiser. Mais rien ne semble pouvoir arrêter la voracité des investisseurs. Le 5 décembre, à Stockholm, l’association GRAIN s’est vu décerner le Right Livelihood Award — le « prix Nobel alternatif » — pour son travail sur le sujet ; pour son coordinateur Henk Hobbelink, « nous assistons à quelque chose qui n’est rien moins qu’une attaque frontale contre la paysannerie mondiale. Ceci ne se produit pas uniquement dans les pays du Sud. Ici, dans l’Union européenne, nous avons perdu trois millions d’exploitations agricoles depuis 2003. Cela équivaut à la perte d’un cinquième de l’ensemble de nos fermes en huit ans seulement. Il devient plus difficile de vivre de la terre et, dans de nombreuses parties du monde, plus dangereux de jour en jour. Les paysans, qui ont nourri le monde pendant des milliers d’années – et le font encore – sont maintenant de plus en plus souvent qualifiés de rétrogrades et d’inefficaces et considérés comme des obstacles au développement. Le message brut est : ils devraient cesser d’exister ».
Au Mali, des accords portant sur plusieurs centaines de milliers d’hectares de terres agricoles ont été signés entre le gouvernement et des investisseurs, privés ou publics. Réalisé par Philippe Revelli, et produit par le CCFD-Terre Solidaire avec le soutien du Monde diplomatique, le reportage ci-dessus — « Ruée sur les terres irrigables de l’Office du Niger » — ouvre un cycle de webdocumentaires consacrés à la question des terres.
Par http://philipperevelli.com

Pour en savoir plus sur la question foncière au Mali et dans la région de l’Office du Niger…
L’agrobusiness à l’assaut des terres irriguées de l’Office du Niger (Florence Brondeau / Cahiers agricoles n°20, janvier-avril 2011).Des programmes d’aménagement colossaux sont entrepris dans les systèmes irrigués de l’Office du Niger et laissent augurer des mutations sans précédent. L’État malien et ses partenaires s’engagent vers la promotion de l’agrobusiness et la privatisation du foncier. Le modèle de développement agricole fondé sur l’agriculture familiale semble donc être remis en question. Cette région est à l’aube de recompositions socio-spatiales et de désajustements tant socio-économiques qu’environnementaux que l’on commence tout juste à pressentir. Dans ce contexte, de nombreuses questions doivent être soulevées quant aux perspectives de développement de ces systèmes irrigués alors que de sérieuses réserves sont à avancer quant à la vocation de l’agrobusiness à sécuriser l’approvisionnement alimentaire du Mali et des pays voisins…
Quand la Banque mondiale encourage la razzia sur les terres agricoles (Le Monde Diplomatique / septembre 2011). Si les images de la famine en Afrique font le tour de la planète, on sait peu que ce fléau est en partie lié à l’essor des investissements fonciers sur le continent. Ainsi, l’Ethiopie cède des milliers d’hectares à des entreprises étrangères qui substituent à l’agriculture vivrière des plantations destinées à l’exportation. Et la Banque mondiale encourage ce mouvement, comme le montre le cas du Mali…
Investisseurs libyens, paysans maliens (Le Monde Diplomatique / septembre 2011). Le Mali a besoin de développer et de moderniser son agriculture ; mais, faute de moyens financiers, il doit faire appel aux investissements étrangers. La Libye a été l’un des premiers pays à proposer ses services, avec le projet Malibya en 2008. Les engagements des deux Etats sont fixés par une convention qui précise les droits et les devoirs des parties, ainsi que les avantages accordés aux opérateurs (mais toutes les clauses du contrat n’ont pas été rendues publiques). Bamako fournit des terres (100 000 hectares) dans la zone irrigable de l’Office du Niger. Tripoli apporte les capitaux pour les aménager et les mettre en valeur…
Déclaration de la Conférence paysanne internationale de Nyéléni (Via Campesina). Nous, paysannes et paysans, pastoralistes, peuples autochtones ainsi que nos alliés, réunis pour la première fois à Nyéléni du 17 au 19 Novembre 2011, sommes venus des quatre coins du monde pour partager nos expériences et nos luttes contre l’accaparement des terres…
Comprendre les investissements fonciers en Afrique : Rapport Mali (Oakland Institute). Ce rapport recense et examine les investissements fonciers au Mali. Il présente des informations d’ordre général sur le contexte institutionnel et politique du pays notamment la situation macroéconomique actuelle, l’état de l’alimentation et de l’agriculture, et le climat actuel des investissements. En outre, il fournit des informations détaillées sur quatre accords d’investissements fonciers en cours au Mali.
Et aussi…
Farmlandgrab. Ce site Internet contient principalement des articles d’actualité sur la ruée mondiale sur les terres agricoles étrangères qui peut prendre la forme d’achat ou de bail. Ces acquisitions sont une stratégie destinée à garantir l’approvisionnement en denrées alimentaires de base ou ont tout simplement pour but de faire des bénéfices. L’objectif du site est de servir de source d’information à tous ceux qui suivent ou font des recherches sur la question, notamment les activistes sociaux, les organisations non gouvernementales et les journalistes.
TERRES / 1ère partie : Mali – Ruée sur les terres irrigables de l’Office du Niger
Cliquer sur l’image pour lancer le documentaire.
Par http://www.monde-diplomatique.fr
Devenu notable dès l’année 2005, le mouvement mondial d’accaparement des terres arables se poursuit inexorablement. Publié le 14 décembre par la Coalition internationale pour l’accès à la terre, un rapport explore le mode opératoire et les conséquences d’une série d’accords commerciaux conclu entre 2000 et 2010, pour un total de 203 millions d’hectares — une superficie équivalente à huit fois la taille du Royaume-Uni. Ses conclusions sont particulièrement inquiétantes, alors que la hausse des prix alimentaires de base provoque déjà, dans de nombreux pays, des émeutes de la faim :
— parmi les 78% de transactions qui concernent l’agriculture, trois quarts sont liées à des projets de production de biocarburants ;
— les acquisitions visent souvent les meilleures terres, fréquemment irrigables et à proximité des infrastructures, provoquant de nombreux conflits ;
— les élites nationales, souvent impliquées dans ces projets, en tirent des bénéfices personnels tandis que l’Etat, qui accorde des exemptions fiscales, se prive de recettes ; quant aux promesses de création d’emplois ou d’infrastructures, elles sont rarement tenues ;
— dépossédés des terres et des ressources en eau gérées par les régimes coutumiers, les pauvres des zones rurales en sont les premières victimes, au premier rang d’entre eux les femmes ;
— les écosystèmes subissent des transformations à large échelle.
Pour faire face à ce néocolonialisme agricole, qui vise majoritairement l’Afrique, les paysans commencent à s’organiser. Mais rien ne semble pouvoir arrêter la voracité des investisseurs. Le 5 décembre, à Stockholm, l’association GRAIN s’est vu décerner le Right Livelihood Award — le « prix Nobel alternatif » — pour son travail sur le sujet ; pour son coordinateur Henk Hobbelink, « nous assistons à quelque chose qui n’est rien moins qu’une attaque frontale contre la paysannerie mondiale. Ceci ne se produit pas uniquement dans les pays du Sud. Ici, dans l’Union européenne, nous avons perdu trois millions d’exploitations agricoles depuis 2003. Cela équivaut à la perte d’un cinquième de l’ensemble de nos fermes en huit ans seulement. Il devient plus difficile de vivre de la terre et, dans de nombreuses parties du monde, plus dangereux de jour en jour. Les paysans, qui ont nourri le monde pendant des milliers d’années – et le font encore – sont maintenant de plus en plus souvent qualifiés de rétrogrades et d’inefficaces et considérés comme des obstacles au développement. Le message brut est : ils devraient cesser d’exister ».
Au Mali, des accords portant sur plusieurs centaines de milliers d’hectares de terres agricoles ont été signés entre le gouvernement et des investisseurs, privés ou publics. Réalisé par Philippe Revelli, et produit par le CCFD-Terre Solidaire avec le soutien du Monde diplomatique, le reportage ci-dessus — « Ruée sur les terres irrigables de l’Office du Niger » — ouvre un cycle de webdocumentaires consacrés à la question des terres.
Par http://philipperevelli.com
Webdocumentaire. Au Mali, des accords portant sur plusieurs centaines de milliers d’hectares de terres agricoles de l’Office du Niger ont été signés entre le gouvernement et des investisseurs privés ou publics. Mal informée et rarement consultée, la population subit aujourd’hui les premières conséquences de ces grandes manœuvres foncières…
« Ruée sur les terres irrigables de l’Office du Niger » ouvre un cycle de webdocumentaires intitulé « TERRES ».
Après cette première étape malienne, le périple sur le thème de l’accaparement des terres, ses formes et ses conséquences, se poursuivra aux Philippines, en Colombie, au Brésil, au Pérou, en Inde et au Bénin.
Les documentaires seront mis en ligne au fur et à mesure de leur réalisation.
Après cette première étape malienne, le périple sur le thème de l’accaparement des terres, ses formes et ses conséquences, se poursuivra aux Philippines, en Colombie, au Brésil, au Pérou, en Inde et au Bénin.
Les documentaires seront mis en ligne au fur et à mesure de leur réalisation.
Le projet TERRES est produit par le CCFD-Terre Solidaire et soutenu par Le Monde Diplomatique
Pour en savoir plus sur la question foncière au Mali et dans la région de l’Office du Niger…
L’agrobusiness à l’assaut des terres irriguées de l’Office du Niger (Florence Brondeau / Cahiers agricoles n°20, janvier-avril 2011).Des programmes d’aménagement colossaux sont entrepris dans les systèmes irrigués de l’Office du Niger et laissent augurer des mutations sans précédent. L’État malien et ses partenaires s’engagent vers la promotion de l’agrobusiness et la privatisation du foncier. Le modèle de développement agricole fondé sur l’agriculture familiale semble donc être remis en question. Cette région est à l’aube de recompositions socio-spatiales et de désajustements tant socio-économiques qu’environnementaux que l’on commence tout juste à pressentir. Dans ce contexte, de nombreuses questions doivent être soulevées quant aux perspectives de développement de ces systèmes irrigués alors que de sérieuses réserves sont à avancer quant à la vocation de l’agrobusiness à sécuriser l’approvisionnement alimentaire du Mali et des pays voisins…
Quand la Banque mondiale encourage la razzia sur les terres agricoles (Le Monde Diplomatique / septembre 2011). Si les images de la famine en Afrique font le tour de la planète, on sait peu que ce fléau est en partie lié à l’essor des investissements fonciers sur le continent. Ainsi, l’Ethiopie cède des milliers d’hectares à des entreprises étrangères qui substituent à l’agriculture vivrière des plantations destinées à l’exportation. Et la Banque mondiale encourage ce mouvement, comme le montre le cas du Mali…
Investisseurs libyens, paysans maliens (Le Monde Diplomatique / septembre 2011). Le Mali a besoin de développer et de moderniser son agriculture ; mais, faute de moyens financiers, il doit faire appel aux investissements étrangers. La Libye a été l’un des premiers pays à proposer ses services, avec le projet Malibya en 2008. Les engagements des deux Etats sont fixés par une convention qui précise les droits et les devoirs des parties, ainsi que les avantages accordés aux opérateurs (mais toutes les clauses du contrat n’ont pas été rendues publiques). Bamako fournit des terres (100 000 hectares) dans la zone irrigable de l’Office du Niger. Tripoli apporte les capitaux pour les aménager et les mettre en valeur…
Déclaration de la Conférence paysanne internationale de Nyéléni (Via Campesina). Nous, paysannes et paysans, pastoralistes, peuples autochtones ainsi que nos alliés, réunis pour la première fois à Nyéléni du 17 au 19 Novembre 2011, sommes venus des quatre coins du monde pour partager nos expériences et nos luttes contre l’accaparement des terres…
Comprendre les investissements fonciers en Afrique : Rapport Mali (Oakland Institute). Ce rapport recense et examine les investissements fonciers au Mali. Il présente des informations d’ordre général sur le contexte institutionnel et politique du pays notamment la situation macroéconomique actuelle, l’état de l’alimentation et de l’agriculture, et le climat actuel des investissements. En outre, il fournit des informations détaillées sur quatre accords d’investissements fonciers en cours au Mali.
Et aussi…
Farmlandgrab. Ce site Internet contient principalement des articles d’actualité sur la ruée mondiale sur les terres agricoles étrangères qui peut prendre la forme d’achat ou de bail. Ces acquisitions sont une stratégie destinée à garantir l’approvisionnement en denrées alimentaires de base ou ont tout simplement pour but de faire des bénéfices. L’objectif du site est de servir de source d’information à tous ceux qui suivent ou font des recherches sur la question, notamment les activistes sociaux, les organisations non gouvernementales et les journalistes.
Libellés :
Agriculture,
Agro Alimentaire,
agrocarburants,
corporation,
Corruption,
Documentaire,
documentary,
Etats,
geopolitique,
Mali,
Pauvreté,
Politique,
Pollution,
social,
Webdocumentaire
Inscription à :
Articles (Atom)
Libellés
Politique
(381)
social
(341)
actualité
(279)
corporation
(265)
loi
(227)
Corruption
(208)
geopolitique
(201)
Documentaire
(155)
documentary
(143)
Propaganda
(129)
Etats
(128)
Guerre
(126)
France
(124)
Internet
(98)
Reflexion
(95)
Pollution
(94)
crise
(94)
USA
(93)
Economie
(89)
Europe
(85)
Nouvelles Technologies
(82)
Santé
(75)
Arté
(59)
Argent
(57)
Etats-Unis
(53)
environnement
(53)
reportage
(53)
administration US
(52)
Nucléaire
(51)
Armement
(48)
Surveillance
(46)
Nucleaire
(45)
Chine
(44)
Armées
(43)
Mort
(42)
histoire
(42)
Japon
(40)
Japan
(36)
Police
(34)
le dessous des cartes
(34)
rapport
(33)
Banque
(30)
Petrole
(30)
censure
(30)
Energie
(29)
Agriculture
(27)
Eau
(27)
Afrique
(25)
Conflits
(24)
Fukushima
(24)
LOBBYS
(24)
Russie
(22)
gouvernements
(22)
Medias
(21)
Sécurité
(21)
Frontières
(20)
International
(20)
Agro Alimentaire
(19)
Catastrophe
(19)
Revolution
(19)
Armes
(18)
Pauvreté
(18)
Repression
(18)
geographie
(18)
China
(17)
OTAN
(17)
Libye
(16)
cybersécurité
(16)
gouvernance
(16)
Army
(15)
Carte
(15)
cyberspace
(15)
ARTE Reportage
(14)
Allemagne
(14)
Facebook
(14)
Inde
(14)
Moyen Orient
(14)
Cyber-activisme
(13)
FMI
(13)
Google
(13)
Royaume-Uni
(13)
cyberespionnage
(13)
sciences
(13)
Mali
(12)
Manipulations
(12)
commerce
(12)
enfant
(12)
philosophie
(12)
Israël
(11)
Violence
(11)
Web 2.0
(11)
capitalisme
(11)
Afghanistan
(10)
CIA
(10)
Immigration
(10)
Journaliste
(10)
Livres
(10)
Syrie
(10)
finance
(10)
religion
(10)
traité
(10)
Bresil
(9)
Dictature
(9)
Drones
(9)
Pakistan
(9)
Radioactif
(9)
US
(9)
Vietnam
(9)
business
(9)
desinformation
(9)
election
(9)
militaires
(9)
secret
(9)
travail
(9)
2011
(8)
Climat
(8)
Droit de l'Homme
(8)
Démocratie
(8)
Gaz
(8)
Informations
(8)
Irak
(8)
Mexique
(8)
Reflextion
(8)
Somalie
(8)
conspiration
(8)
exploitation
(8)
mondialisation
(8)
terrorisme
(8)
Bolivie
(7)
Canada
(7)
Democratie
(7)
Discrimination
(7)
Filtrage
(7)
Presse
(7)
controle
(7)
crimes
(7)
manifestations
(7)
multinationales
(7)
trafic
(7)
2012
(6)
ACTA
(6)
Areva
(6)
Asie
(6)
Crise sociale
(6)
Droit
(6)
Gaza
(6)
Grande Bretagne
(6)
Haïti
(6)
Italie
(6)
Madagascar
(6)
Netizen Report
(6)
Nigeria
(6)
O.N.U
(6)
Oligarchie
(6)
RDC
(6)
Société
(6)
UE
(6)
changement climatique
(6)
danger
(6)
justice
(6)
mines
(6)
ocean
(6)
pirates
(6)
projet
(6)
Africa
(5)
Algerie
(5)
Arabie Saoudite
(5)
Bahreïn
(5)
Brésil
(5)
Chimique
(5)
Chomsky
(5)
Colonisation
(5)
Congo
(5)
Crise politique
(5)
Debat
(5)
Egypte
(5)
Indigènes
(5)
Inégalités
(5)
Liberté
(5)
Loppsi
(5)
NSA
(5)
ONG
(5)
Palestine
(5)
Pharmaceutique
(5)
Tunisie
(5)
Union Européene
(5)
Veolia
(5)
agrocarburants
(5)
big brother
(5)
contamination
(5)
ecologie
(5)
emploi
(5)
esclavage
(5)
hadopi
(5)
informatique
(5)
interview
(5)
menace
(5)
prison
(5)
AIEA
(4)
Accident
(4)
Agent
(4)
Bombes
(4)
Chili
(4)
Colombie
(4)
Contaminés
(4)
Grèce
(4)
Honduras
(4)
Iran
(4)
Microsoft
(4)
Migration
(4)
OMC
(4)
Occident
(4)
Perou
(4)
Racisme
(4)
Tchernobyl
(4)
Venezuela
(4)
Webdocumentaire
(4)
Wikileaks
(4)
brevet
(4)
dette
(4)
fichage
(4)
frontex
(4)
industrie
(4)
maladie
(4)
nanotechnologies
(4)
plastic
(4)
plastique
(4)
privatisation
(4)
privée
(4)
public
(4)
réfugiés
(4)
2013
(3)
Apple
(3)
Australie
(3)
Azerbaïdjan
(3)
Bangkok
(3)
Banque mondiale
(3)
Banques
(3)
Bosnie
(3)
Corée
(3)
Dechets
(3)
Espagne
(3)
Faim
(3)
Islande
(3)
Kazakhstan
(3)
Kenya
(3)
Liban
(3)
Maroc
(3)
Monde
(3)
NATO
(3)
Nature
(3)
Niger
(3)
OGM
(3)
OMS
(3)
Politics
(3)
Proche-Orient
(3)
Riz
(3)
Roms
(3)
Sahel
(3)
Sarkozy
(3)
Totalitaire
(3)
Turquie
(3)
Twitter
(3)
Ukraine
(3)
Uranium
(3)
Urbanisation
(3)
accords
(3)
art
(3)
cancers
(3)
charbon
(3)
culture
(3)
cyber-censure
(3)
drogue
(3)
ethnie
(3)
extreme droite
(3)
futur
(3)
gouvernement
(3)
minerais
(3)
piraterie
(3)
ressources
(3)
réseau
(3)
sondage
(3)
stratégie
(3)
télévision
(3)
écologie
(3)
2014
(2)
2030
(2)
Abus
(2)
Affaire
(2)
Africom
(2)
Afrique du Sud
(2)
Agent Orange
(2)
Amerique du Sud
(2)
Arabes
(2)
Argentine
(2)
Arménie
(2)
Articque
(2)
Atlas
(2)
Attentat
(2)
Australia
(2)
Balkans
(2)
Bangladesh
(2)
Belgique
(2)
Bio Carburants
(2)
Bioethique
(2)
Birmanie
(2)
Biélorussie
(2)
CRIIRAD
(2)
Cambodge
(2)
Cancer
(2)
Caucase
(2)
Centrafrique
(2)
Cloud
(2)
Coltan
(2)
Correa
(2)
Corée du nord
(2)
Coup d’Etat
(2)
Crise financière
(2)
Côte d'Ivoire
(2)
DARPA
(2)
Defense
(2)
Drone
(2)
Défense
(2)
EDF
(2)
EFSA
(2)
Emirats
(2)
Equateur
(2)
Espace
(2)
G8
(2)
Gaz de Schiste
(2)
Gazoduc
(2)
Genocide
(2)
Germany
(2)
Ghana
(2)
Goldman Sachs
(2)
Guatemala
(2)
Géorgie
(2)
IKEA
(2)
India
(2)
Indiens
(2)
Irlande
(2)
Kirghizistan
(2)
Kosovo
(2)
Les infos dont on parle peu
(2)
Liberté d'expression
(2)
Mafia
(2)
Maghreb
(2)
Mosanto
(2)
Médias
(2)
Nation
(2)
Nouvel Ordre Mondial
(2)
Obama
(2)
Oppression
(2)
Paragay
(2)
Parlement
(2)
Patriot Act
(2)
Petropolis
(2)
Quatar
(2)
RFID
(2)
Retraites
(2)
Royaume Uni
(2)
Rwanda
(2)
Révolte
(2)
Sahara
(2)
Science
(2)
Serbie
(2)
Sexe
(2)
Space
(2)
Swift
(2)
Taiwan
(2)
Taïwan
(2)
Tepco
(2)
Thailande
(2)
U.R.S.S
(2)
Video
(2)
Viol
(2)
WTO
(2)
Yemen
(2)
aide alimentaire
(2)
aluminium
(2)
animaux
(2)
bilan
(2)
biotechnologie
(2)
chimie
(2)
civil
(2)
coup d’État
(2)
debt
(2)
dessous des cartes
(2)
developpement
(2)
diaspora
(2)
diplomatie
(2)
débat
(2)
délation
(2)
education
(2)
ex-Yougoslavie
(2)
famine
(2)
fonds d'investissement
(2)
graphisme
(2)
hack
(2)
humain
(2)
loi Internet et Création loi Hadopi
(2)
medecine
(2)
metal
(2)
misère
(2)
mondial
(2)
mur
(2)
news
(2)
paradis fiscaux
(2)
pesticides
(2)
piratage
(2)
poison
(2)
populisme
(2)
previsions
(2)
prostitution
(2)
président
(2)
sensure
(2)
telephonie
(2)
terre rare
(2)
territoire
(2)
textile
(2)
transport
(2)
villes
(2)
war
(2)
11/9
(1)
1918
(1)
1945
(1)
2
(1)
2009
(1)
2010
(1)
23andMe
(1)
9/11
(1)
A TelecomTV Campaign
(1)
AFP
(1)
ALENA
(1)
APT
(1)
ASN
(1)
Abidjan
(1)
Agences de notation
(1)
Alimentarius
(1)
Almentaire
(1)
Amazonie
(1)
Amérindiens
(1)
Angola
(1)
Anonymous
(1)
ArmeFrance
(1)
Asile
(1)
Autodialogue à propos de New Babylon
(1)
Awards
(1)
B.R.I.C
(1)
BASM Conférence de Dublin Le texte du futur Traité adopté
(1)
BCE
(1)
Babylon District
(1)
Bayer
(1)
Berlin 1885 la ruée sur l'Afrique
(1)
Berlusconi
(1)
Bhoutan
(1)
Bilderberg 2008
(1)
Bill Gates Rockefeller Svalbard
(1)
Black Hat
(1)
Blackwater
(1)
Botnet
(1)
Brazil
(1)
Burkina Faso
(1)
CEA
(1)
CETA
(1)
CFR
(1)
CNT
(1)
COMMENT) SUPREMATIE DE L'INFORMATION
(1)
CONSPIRATION - LE BRESIL DE LULA
(1)
CONTROLE TOTAL
(1)
CPI
(1)
CRU
(1)
CUG
(1)
Cachemire
(1)
Camera City
(1)
Child miners
(1)
Chypre
(1)
Cisjordanie
(1)
Citoyenneté
(1)
City
(1)
Clearstream
(1)
Club de Paris
(1)
Cnil
(1)
Codex
(1)
Collapse
(1)
Colombia
(1)
Combattre les mines et les BASM
(1)
Commission
(1)
Contrôle maximum sur tout le spectre électromagnétique
(1)
Corruption des syndicats l’enquête qui dérange
(1)
Costa Rica
(1)
Criminalité
(1)
Crise à la Banque mondiale et au FMI
(1)
Cuba
(1)
Côte d’Ivoire
(1)
C’est quoi une bonne nouvelle
(1)
Dadaab
(1)
Darfour
(1)
Davos
(1)
De l’explosion urbaine au bidonville global
(1)
Destabilisation
(1)
Documentaire : No es un Joc ( Ce n'est pas un Jeu )
(1)
Doha
(1)
Dubaï
(1)
Déchets
(1)
EADS
(1)
ELENA
(1)
Ecole
(1)
Ecoterrorisme
(1)
Ecuador - The Rumble in the Jungle
(1)
Eglise
(1)
Embargo
(1)
End
(1)
Enquête en forêt tropicale
(1)
Erreurs statistiques de la Banque mondiale en Chine : 200 millions de pauvres en plus
(1)
Eurosatory
(1)
Exposé sur le nouveau mode actuel de répression politique en France
(1)
F.M.I Finances Mondiale Immorale
(1)
FAO
(1)
FARC
(1)
FEMA
(1)
FSC
(1)
Finlande
(1)
Foret
(1)
Forum social mondial FSM Belém
(1)
Foxconn
(1)
Franc Maçon
(1)
France-Afrique
(1)
Fujitsu
(1)
G20
(1)
Gabon
(1)
Game
(1)
Gasland
(1)
Gazprom
(1)
Golfe Du Mexique
(1)
Google Cisco HP Ericsson et Verizon
(1)
Greenpeace
(1)
Gréce
(1)
Guantánamo
(1)
Guaraní
(1)
Guerre d’Algérie 1954-1962
(1)
Guinée
(1)
Génocide
(1)
Génome
(1)
Géographies des alimentations
(1)
Géoingénierie
(1)
H1N1
(1)
H2Oil
(1)
HAARP
(1)
HP
(1)
Hackers ni dieu ni maître
(1)
High-Tech
(1)
Hiroshima
(1)
Hollande
(1)
Hotel Sahara
(1)
I Am The Media
(1)
IBM
(1)
IMF
(1)
INTERNET (QUI
(1)
IPRED
(1)
Iceland
(1)
Icesave
(1)
Imiter
(1)
Indonesia
(1)
Indonesie
(1)
Insertion
(1)
Island
(1)
Italia
(1)
J.O
(1)
Jean Ziegler
(1)
Jesus Camp
(1)
KYSEA
(1)
Karachi
(1)
Kurdistan
(1)
L'Or bleu
(1)
LE HOLD-UP DU SIÈCLE
(1)
La Commission européenne lance un programme de propagande radio
(1)
La Démocratie en France 2008
(1)
La Fin du Pétrole
(1)
La Paz
(1)
La Stratégie du choc
(1)
La Trahison des médias le dessous des cartes
(1)
La fin de la propriété de soi
(1)
La guerre de l'information utilise des opérations psychologiques agressives
(1)
La guerre invisible
(1)
La guerre pétrolière oubliée du Soudan
(1)
La menace iranienne
(1)
La quatrième révolution
(1)
Lakmi et Boomy
(1)
Laos
(1)
Le Secret des Sept Soeurs
(1)
Le club des incorruptibles
(1)
Le grand Monopoly du gaz
(1)
Le grand marché des cobayes humains
(1)
Le nuage
(1)
Le temps des mensonges
(1)
Le ventre de Tokyo
(1)
Les Armées Privées dans la Cible
(1)
Les Occidentaux dénient que la Géorgie a procédé à un génocide
(1)
Les enfants des rues de Mumbai
(1)
Les insurgés de la terre
(1)
Les nouveaux chiens de gardes
(1)
Les secrets de la forteresse Europe
(1)
Leviev
(1)
Littérature
(1)
Livre
(1)
Londres
(1)
MSF
(1)
Malaisie
(1)
Malediction
(1)
Manille
(1)
Mauritanie
(1)
Mayotte
(1)
Medcament
(1)
Mexico
(1)
Minorité nationale
(1)
Mogadiscio
(1)
Money
(1)
Mongolie
(1)
Monsanto
(1)
Moving forward
(1)
Mozambique
(1)
Mururoa
(1)
Music
(1)
Musique
(1)
Médias citoyens
(1)
NED
(1)
Nazis
(1)
Nazisme
(1)
Neo Conservateurs
(1)
Nepal
(1)
Nes
(1)
Nestlé
(1)
Nicaragua
(1)
Nigéria
(1)
Noam
(1)
Norvège
(1)
Notre poison quotidien
(1)
Nouvelle Zelande
(1)
Nuage Mortel
(1)
O.G.M ?? Vous avez dit O.G.M : Organisation Générale du Mensonge
(1)
O.M.S
(1)
OFCE
(1)
Oil
(1)
Oman
(1)
Orange
(1)
Ormuz
(1)
Ouganda
(1)
Ouïgours
(1)
P2
(1)
PIPA
(1)
PRISM
(1)
Pacifique
(1)
Papouasie
(1)
Paraguay
(1)
Pays Bas
(1)
Paysans
(1)
Pentagone
(1)
Pentagone: Nous devons combattre le Net
(1)
Perhttp://www.blogger.com/img/blank.gifte
(1)
Perte
(1)
Philippines
(1)
Phtographe
(1)
Planète à vendre
(1)
Pologne
(1)
Polynésie
(1)
Portugal
(1)
President
(1)
Prison Valley
(1)
Prix agricoles les véritables raisons de l’inflation
(1)
Prévisions
(1)
Prêt à jeter
(1)
Publicité
(1)
Pêche
(1)
QUOI
(1)
Quelle devrait être la politique européenne de l'immigration
(1)
RATP
(1)
Rapport Angelides
(1)
Reflection sur : Le monde de l'image
(1)
Regis Debray
(1)
Ruhnama
(1)
Révolution
(1)
SOPA
(1)
STIC
(1)
Samsung
(1)
Sans lutte pas de victoire possible
(1)
Savoir
(1)
Schiste
(1)
Scoop
(1)
Senegal
(1)
Shanghaï
(1)
Singapour
(1)
Skype
(1)
Sociologie
(1)
Soudan
(1)
Sri Lanka Tsunami tourisme banque mondiale
(1)
Station
(1)
Stratfor
(1)
Suisse
(1)
Sénégal
(1)
TAFTA
(1)
TPP
(1)
TSCG
(1)
TTIP
(1)
Tchad
(1)
The Shock Doctrine
(1)
Tibet
(1)
Tienanmen
(1)
Tokyo Freeters
(1)
Total
(1)
Touaregs
(1)
Turkménistan
(1)
U.A
(1)
U.S.A
(1)
UMP
(1)
Une livraison de Nouvelles questions féministes
(1)
Union Africaine
(1)
Union Européenne
(1)
United Kingdom
(1)
Vaccin
(1)
Vatican
(1)
Vie Privée
(1)
Viellesse
(1)
Viêtnam
(1)
VoIP
(1)
Voies de navigations
(1)
Volcan
(1)
Vu du ciel
(1)
Wackenhut
(1)
Water makes money
(1)
Windows
(1)
Yahoo
(1)
Yakutsk
(1)
Yaoundé by night
(1)
Zambie
(1)
Zeitgeist
(1)
accord
(1)
activisme
(1)
alex
(1)
anonymat
(1)
archives
(1)
article
(1)
assassinat
(1)
avocat
(1)
bactériologique
(1)
barrage
(1)
bauxite
(1)
bildenberg
(1)
biomimétisme
(1)
biotech
(1)
blocus
(1)
bourse
(1)
boycott
(1)
caméra
(1)
centrale
(1)
change
(1)
citizen berlusconi
(1)
coke
(1)
congrès
(1)
contamine
(1)
crime
(1)
c’est innover
(1)
dead
(1)
discours
(1)
domination
(1)
droits de l'homme
(1)
déchets toxiques
(1)
démographie
(1)
département
(1)
désinformation
(1)
d’Amnesty
(1)
e
(1)
electronique
(1)
enseignement
(1)
entreprises
(1)
estonie
(1)
etude
(1)
européen
(1)
eurosur
(1)
experience
(1)
explosifs
(1)
falsifiabilité et modèle standard de l'évolution stellaire
(1)
fanatism
(1)
femmes
(1)
fiscal
(1)
fête
(1)
grève
(1)
hackers
(1)
harmaceutique
(1)
hydrates de méthane
(1)
iPhone
(1)
information
(1)
ingérance
(1)
inondations
(1)
irradiés
(1)
jeu
(1)
jeux video
(1)
jones
(1)
journalisme
(1)
jugement
(1)
l'Oreal
(1)
la tyrannie du cool
(1)
lithium
(1)
main basse sur le riz
(1)
mandat
(1)
mer
(1)
methane
(1)
meu
(1)
monarchie
(1)
monnaie
(1)
obsolescence
(1)
opinion
(1)
or
(1)
parti de droite
(1)
patriotisme
(1)
protection des viols de brevets Google Cisco HP Ericsson Verizon
(1)
psychologie
(1)
rafale
(1)
rebellion
(1)
recherche
(1)
ressources naturelles
(1)
réunions secrètes UE OGM
(1)
sables bitumineux
(1)
salaires
(1)
saumon
(1)
sous-marin
(1)
speculation
(1)
structure
(1)
sureté
(1)
taxe
(1)
tourisme
(1)
toxique
(1)
transgenic
(1)
tribunal
(1)
victimes
(1)
vidéo
(1)
virus
(1)
vote
(1)
vêtements
(1)
ÉVASION FISCALE
(1)
Élections
(1)
États-Unis (affaires extérieures)
(1)
Étienne Chouard
(1)