"Que sert d’être habile à parler ? Ceux qui reçoivent tout le monde avec de belles paroles, qui viennent seulement des lèvres, et non du cœur, se rendent souvent odieux ..." ( Confucius )
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23 mars 2014
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19 mars 2014
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17 mars 2014
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3 mars 2014
Fukushima : vers une contamination planétaire ?
Source : http://www.france3.fr
Trois ans après la catastrophe nucléaire de la centrale de Fukushima Daiichi, une autre catastrophe se profile. Sanitaire celle là. Les premiers cas de cancer sont apparus. 26 déjà, tous chez des enfants de 0 à 18 ans. Plus d’une trentaine de cas sont suspects, et des dizaines de milliers d’enfants n’ont pas encore été testés. Le gouvernement tente de minimiser l’ampleur du drame. Mais les familles s’angoissent, et des mères sont en colère. La contamination s’étend, au-delà du Japon.
Tous les jours, des centaines de tonnes d’eau hautement contaminée sont déversées dans le Pacifique. Sur les plages de Californie les chercheurs, témoins de l’arrivée quotidienne de déchets du tsunami sur leurs plages, tentent par tous les moyens d’alerter les autorités. Les scientifiques du monde entier redoutent les effets incalculables sur la santé des populations si les poissons du pacifique continuent à être consommés sans aucun contrôle : un laboratoire d’analyses suisse vient de découvrir du césium 131 et 134 dans des barquettes de poisson dans un supermarché, ou dans du thé vert venant du Japon !!
Quelle est l’ampleur réelle de la contamination, humaine et environnementale ? Les contrôles sont-ils efficaces ? Sommes-nous au bord d’une catastrophe sanitaire à l’échelle mondiale ?
Enquête sur le premier scandale nucléaire de l’ère de la mondialisation.
Un documentaire de 52'
de Lionel de Coninck
Une production Code 5
avec la participation de France 3
Trois ans après la catastrophe nucléaire de la centrale de Fukushima Daiichi, une autre catastrophe se profile. Sanitaire celle là. Les premiers cas de cancer sont apparus. 26 déjà, tous chez des enfants de 0 à 18 ans. Plus d’une trentaine de cas sont suspects, et des dizaines de milliers d’enfants n’ont pas encore été testés. Le gouvernement tente de minimiser l’ampleur du drame. Mais les familles s’angoissent, et des mères sont en colère. La contamination s’étend, au-delà du Japon.
Tous les jours, des centaines de tonnes d’eau hautement contaminée sont déversées dans le Pacifique. Sur les plages de Californie les chercheurs, témoins de l’arrivée quotidienne de déchets du tsunami sur leurs plages, tentent par tous les moyens d’alerter les autorités. Les scientifiques du monde entier redoutent les effets incalculables sur la santé des populations si les poissons du pacifique continuent à être consommés sans aucun contrôle : un laboratoire d’analyses suisse vient de découvrir du césium 131 et 134 dans des barquettes de poisson dans un supermarché, ou dans du thé vert venant du Japon !!
Quelle est l’ampleur réelle de la contamination, humaine et environnementale ? Les contrôles sont-ils efficaces ? Sommes-nous au bord d’une catastrophe sanitaire à l’échelle mondiale ?
Enquête sur le premier scandale nucléaire de l’ère de la mondialisation.
Un documentaire de 52'
de Lionel de Coninck
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2 mars 2014
12 décembre 2013
Les infos dont on parle peu n°48 (30 Novembre 2013)
Source : http://www.agenceinfolibre.fr
Infos internationales
Économie
Santé / environnement
Infos internationales
- Cas de censure sur la chaîne de télévision américaine CNN
- La France se prépare à intervenir en Centrafrique
- La France est prête à envoyer 800 soldatsen Centrafrique
- Témoignage de Bokassa
- L’accord entre les 6 et l’Iran sur le nucléaire Iranien
- Accord nucléaire iranien : « une erreur historique » selon Netanyahu
- Le Pakistan fait voler en éclat la couverture d’un des chef de la CIA après une attaque de drones
- La CIA aurait recruté des agents doubles à Guantanamo
- Reportage : Fabrication de tueurs et plus par Contrôle mental ( MK ULTRA)
- Deux B-52 américains ont pénétré dans la zone de défense aérienne chinoise
- Syrie : les rebelles s’emparent du plus grand champ pétrolier du pays
- Camps syriens en Jordanie : des jeunes filles vierges syriennes de 14 ans achetées pour $300
- Heurts en Lybie
- Crise diplomatique entre Le Caire et Ankara
- Manifestations en Thaïlande
- La NSA aurait infecté 50 000 réseaux de malwares dans le monde
- Espionnage américain : la Commission européenne classe le dossier Swift
- Ce Prism à la française caché dans la loi de programmation militaire
Économie
- L’Ukraine tourne le dos à l’Europe pour la Russie
- Manifestation Pro-UE en Ukraine tourne en affrontement
- Arménie doit choisir entre l’Union Européenne et l’Union douanière
- Forte basse du chômage en octobre en France :-)
- Michelin biffe plus de 700 emplois
- Augmentation de la taxe sur l’Or
- L’Allemagne lance une enquête sur des soupçons de manipulations des cours de l’or
- Le bitcoin passe les 1000 dollars
- Le Parlement portugais vote la rigueur sous les huées de la rue
- L’Espagne va sauver de la faillite neuf autoroutes à péage
- Les deux plus grosses banques suisses créent un lobby
Santé / environnement
- Comment la pollution plastique des océans introduit des toxines dans nos assiettes
- Inauguration prochaine en Californie de la plus importante centrale électrique solaire au monde
- Le Brésil accorde des concessions de gaz de schiste
- Texas : 16 tremblements de terre en 3 semaines
- 7 morts dans un séisme près de la centrale nucléaire de Bouchehr
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3 août 2013
1918. Les fêtes de l’Armistice
Source : http://www.arte.tv
Après 1 560 jours d’une guerre extrêmement meurtrière – et pour la première fois mondiale –, le 11 novembre 1918, à 11 h précises, les cloches sonnent partout en France pour annoncer que les combats ont cessé. Un armistice a été signé, à l’aube, entre l’Allemagne et les Alliés vainqueurs, mais en France comme en Angleterre la nouvelle n’a été annoncée qu’à 11 h du matin. De l’autre côté de l’Atlantique, à cause du décalage horaire, l’événement a commencé à être fêté beaucoup plus tôt.
À Paris, à Londres, à Washington comme à New York, de nombreuses caméras étaient dans la rue pour immortaliser un moment aussi important dans l’histoire du monde. Mais cette liesse qu’elles nous montrent était-elle générale, spontanée ou mise en scène ? Les reporters étaient-ils libres d’aller où ils voulaient et de montrer ce qu’ils souhaitaient ? Et pour qui travaillaient-ils ? Dernière question, la censure mise en place durant la guerre avait-elle été déjà levée ?
Mystères d'archives - Saison 3
Directeur de la collection Serge Viallet
Une coproduction ARTE France, Ina
Seize épisodes de 26 mn
RÉCOMPENSES
• Prix FOCAL 2009 « Best use of archive footage » (Londres)
• Prix ITFA 2009 « Best use of archive footage » (Beijing)
• Prix ITFA 2011 « Best Archive Preservation Project » (Turin)
Après 1 560 jours d’une guerre extrêmement meurtrière – et pour la première fois mondiale –, le 11 novembre 1918, à 11 h précises, les cloches sonnent partout en France pour annoncer que les combats ont cessé. Un armistice a été signé, à l’aube, entre l’Allemagne et les Alliés vainqueurs, mais en France comme en Angleterre la nouvelle n’a été annoncée qu’à 11 h du matin. De l’autre côté de l’Atlantique, à cause du décalage horaire, l’événement a commencé à être fêté beaucoup plus tôt.
À Paris, à Londres, à Washington comme à New York, de nombreuses caméras étaient dans la rue pour immortaliser un moment aussi important dans l’histoire du monde. Mais cette liesse qu’elles nous montrent était-elle générale, spontanée ou mise en scène ? Les reporters étaient-ils libres d’aller où ils voulaient et de montrer ce qu’ils souhaitaient ? Et pour qui travaillaient-ils ? Dernière question, la censure mise en place durant la guerre avait-elle été déjà levée ?
Mystères d'archives - Saison 3
Directeur de la collection Serge Viallet
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• Prix FOCAL 2009 « Best use of archive footage » (Londres)
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18 juin 2013
Le Netizen report : la Jordanie censure des centaines de sites web
Ecrit par Netizen Report Team · Traduit par Celine Arnoldi
08/06/2013
Source : http://fr.globalvoicesonline.org
Le bulletin de veille de Global Voices Advocacy offre un résumé
international des défis, victoires et tendances émergentes des libertés
numériques de part le monde. La revue d'actualité de cette semaine
souligne de nouvelles pratiques de censure en Jordanie et en Chine et
des événements préoccupants en Turquie
08/06/2013
Source : http://fr.globalvoicesonline.org
Dénigrer
les famille royale de Jordanie fait partie des sujets devenus tabous
depuis la nouvelle loi. Image via Flickr de yousefomar. (CC BY-NC-SA
2.0)
Ce bulletin de veille a été élaboré, écrit, et publié par Lisa Ferguson, Weiping Li, Alex Laverty, Chan Myae Khine, Ellery Roberts Biddle, et Sarah Myers.
Censure
La Jordanie a bloqué au moins 281 sites dans la première mise en oeuvre de sa loi amendée sur la presse et les publications. La loi, qui
est devenue effective en janvier, requiert que les sites d'informations
s'enregistrent auprès du gouvernement ou risquent d'être ajoutés à une liste noire.
La liste noire s'applique aussi au contenu qui “'ébranle la confiance
dans la monnaie nationale ‘dénigre’ la famille royale de Jordanie, et
initie des manifestations physiques selon le site d'actualités Mashable.
L'accès à Facebook et Twitter semble
être difficile à Istanbul alors que la ville vit des contestations anti
gouvernementales massives. Les sites ne sont pas officiellement
bloqués, mais les durées de chargement sont significativement plus
lentes que d’ habitude, particulièrement pour les utilisateurs cherchant
à se connecter par les réseaux 3G. Bien que cela puisse être du à des
volumes de connexions importants sur les sites, les militants rappellent
que le Premier Ministre turc Recep Tayyip Erdogan a dénommé les médias
sociaux, qui ont joué un rôle important pour rallier les internautes aux
contestations “la pire menace pour la société.”
Le site de microblogging chinois Sina Weibo a utilisé de nouvelles tactiques de censure lors de l'anniversaire de Tiananmen le
4 juin. Plutôt que d'afficher un résultat de recherche indiquant qu'un
contenu est censuré, les résultats de recherche indiqueront désormais
que rien d'intéressant n'est dit sur le sujet.
Dans un effort apparent pour limiter les brimades sur Internet, les législateurs de l'Etat mexicain Nuevo León ont voté une loi
stipulant que quiconque utilisant les réseaux sociaux pour publier des
messages ou images qui peuvent “nuire, déshonorer, discréditer une
personne, ou l'expose au mépris” peut être incarcéré jusqu'à trois ans.
Brutalité
Un blogueur tunisien comparaît à un procès devant
un tribunal militaire pour “avoir sapé la réputation d'une armée” et
“diffamation contre un fonctionnaire” après avoir publié une lettre sur
son blog à l’intention du Ministre de la Défense critiquant le
traitement de patients à l'hôpital militaire.
Surveillance
La Chambre des Représentants nigériane a voté à l'unanimité
une résolution pour enquêter sur les dessous d'un contrat de 40
millions de dollars émanant du gouvernement fédéral vers une entreprise
technologique israélienne pour vraisemblablement espionner les
internautes nigérians.
Politique nationale
Le gouvernement cubain offrira sous peu
l'accès Internet à 118 cyber-centres de l'île à travers la compagnie de
télécoms de l'Etat ETECSA pour l'équivalent de 4,50 dollars (US) par
heure, un coût significativement moins cher que ce qui est proposé par
les hôtels de l'île. D'après les statistiques du gouvernement, seulement
2,9 pour cent des Cubains ont accès à l'Internet, bien que les experts
familiers de l'économie informelle de l'île estiment ce nombre proche de
10 pour cent.
Un membre du groupe de travail du gouvernement britannique sur la protection des enfants a appelé Google et les autres moteurs de recherche à agir davantage pour restreindre l'accès à la pornographie en ligne.
Propriété intellectuelle
La Fondation Electronic Frontier a soumis un rapport à la Cour d'appel américaine expliquant que les APIs,
qui sont les interfaces permettant aux applications de l'ordinateur de
communiquer avec un autre, ne soient pas protégées par le droit
d'auteurparce qu'ils sont essentiel à l'innovation.
Activisme, cyber citoyens
Dans les Emirats arabes unis, la cour d'appel d'Abu Dhabi a confirmé la peine de 10 mois de prison de l'internaute Abdullah Al-Hadidi le 22 mai. Al-Hadidi a été arrêté en mars et accusé au nom de la loi controversée contre le cybercrime adoptée fin 2012. Il a été accusé de diffuser une information sur Twitter “de mauvaise foi” sur le procès de 94 citoyens des Emirats accusés de mettre en danger la sécurité nationale des Emirats.
Global Voices Advocacy a interrogé l'activiste bahreini,
blogueur et auteur de Global Voices Ali Abdulemam, qui s'est récemment
échappé de son pays après deux ans de clandestinité. Abdulemam a parlé
de l'activisme citoyen et de la défense des droits de l'homme au Bahreïn
tout comme de sa vie en clandestinité.
Bonnes nouvelles
L'équipe allemande Onformative a développé un programme qui peut analyser des Google Maps et détecter des paysages ressemblant à des visages dans
le monde entier. Le concept clé du projet, selon leur site web, est “
l'autonomie de l'agent de recherche et le volume de données que l'on
explore.” Ce modèle technologique de détection voudrait “accroître
l'imagination humaine” et faciliter de futures avancées.
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7 avril 2013
Tour d’horizon de la cybercensure
Source : http://surveillance.rsf.org
English Cyber-censorship in 2012 overview
English Cyber-censorship in 2012 overview
Une sélection de faits marquants liés à la censure et à la surveillance du Net
Gouvernance du Net et neutralité
Reconnaissance onusienne du droit à la liberté d'expression sur Internet
Le 5 juillet 2012, le Conseil des droits de l'homme de l'ONU affirme pour la première fois le droit à la liberté d'expression sur Internet. La haute instance de Genève affirme que les droits en vigueur dans le monde physique doivent être reconnus également sur Internet indépendamment des frontières. La résolution appelle les Etats “à promouvoir et à faciliter l'accès à Internet et la coopération internationale visant à faciliter le développement des médias et des communications dans tous les pays”.
La Conférence mondiale des télécommunications internationales (CMTI)
En décembre 2012 à Dubaï, la Conférence mondiale des
télécommunications internationales, organisée par l’Union internationale
des télécommunications (UIT), est le théâtre d’une confrontation, voire
d’un affrontement, entre des visions de la gouvernance d’Internet et du
futur de l’information en ligne. A l’issue des travaux, moins de la moitié des Etats membres de l’UIT (89 sur 193) signent le nouveau traité révisant le Règlement des télécommunications internationales (RTI). Une coalition de 55 États refuse de signer le traité. Parmi ces réfractaires, les États-Unis et les États de l’Union européenne,
qui pointent certaines dispositions sur la gestion des spams et la
sécurité des réseaux, ainsi qu’une résolution impliquant l’UIT dans la
gouvernance du Web, adoptée dans la confusion la plus totale (résolution
PLEN/3). Ils clament que ces dispositions pourraient légitimer les
efforts de censure et la mise en place de blocage et de filtrage par des
pays aux traditions de contrôle du Web.
L’absence de participation de la société civile et de
transparence des procédures est vivement critiquée sur le moment par
nombre d’ONG, appuyées par le Rapporteur Spécial pour la liberté d’expression aux Nations Unies, Frank La Rue.
Occasion manquée de préserver Internet en tant qu’espace d’échanges et
de liberté, le sommet de Dubai révèle des luttes d’influence en ligne
entre les États. Plus d’informations : Center for Technology and Democracy.
Le traité anti-contrefaçon ACTA rejetée par l’UE
Le 4 juillet 2012, le Parlement européen
rejette le traité anti-contrefaçon ACTA, qui menaçait les libertés
fondamentales en ligne, et notamment la liberté d’information, la
neutralité du Net, l’innovation, l’accès et le partage des technologies
libres. Une victoire pour la mobilisation citoyenne qui a vu le jour
grâce à l’action de groupes comme La Quadrature du Net et Panoptikon.
Les Pays-Bas et la Slovénie font avancer la neutralité du net, le Brésil piétine
Après les Pays-Bas ou le Chili, au tour de la Slovénie d’adopter, en décembre 2012, une loi qui consacre la neutralité du net et interdit aux fournisseurs d’accès à Internet de discriminer différents types de trafics en ligne. L’adoption de la proposition de loi “Marco Civil” au Brésil continue d’être renvoyée aux calendes grecques suite aux pressions de l’industrie du film et de la musique. Largement soutenue par la société civile brésilienne, qui la considère comme une loi modèle, cette disposition entend définir les droits et devoirs de l’État, des usagers mais aussi des intermédiaires techniques en matière d’usage du réseau Internet, de droit d’auteur et de protection des données personnelles, tout en préservant la neutralité du Net, la vie privée et la liberté de circulation de l’information en ligne.
Le filtrage contraire aux droits fondamentaux ?
Le 18 décembre 2012, dans une décision rendue contre la Turquie, la Cour Européenne des Droits de l’Homme a jugé pour la première fois
qu’une mesure de blocage d’un site Internet était contraire à l’article
10. Les juges ont précisé que : “Internet est aujourd’hui devenu l’un
des principaux moyens d’exercice par les individus de leur droit à la
liberté d’expression et d’information ; on y trouve des outils
essentiels de participation aux activités et débats relatifs à des
questions politiques ou d’intérêt public”. La Cour de justice de l’Union
européenne avait déjà précisé dans une décision du 24/11/2011 que le filtrage généralisé portait atteinte aux droits fondamentaux.
Les intermédiaires techniques jouent la carte de la transparence
La dernière édition du “Rapport Transparence”
de Google, rendue publique en novembre 2012, indique une forte hausse
de la cybersurveillance gouvernementale et montre que “les requêtes
gouvernementales relatives aux données des utilisateurs ont
régulièrement augmenté depuis la publication de notre premier
Transparency Report”. En juin 2012, Google s’inquiétait de la recrudescence des demandes de suppression de pages où sont publiés des messages politiques. Il est possible de consulter pays par pays l’évolution des demandes de renseignements sur les utilisateurs ici et les demandes de suppression des contenus ici.
La démarche de Google fait des émules. Twitter lance en juillet 2012 son propre rapport sur la transparence.
Il met en avant les requêtes gouvernementales relatives aux données
personnelles d’utilisateurs (les Etats-Unis occupent la première place),
aux retraits de contenus par des gouvernements ou des ayants-droits.
Twitter s’engage également à indiquer par un message tout tweet retiré pour des raisons de copyright et de les transmettre au site Chilling Effects.
Offensive legislative ou hemorragie legislative
Surveillance généralisée pour assurer la cybersécurité ?
Les régimes autoritaires n’ont pas le monopole des
initiatives législatives liberticides. Des pays considérés comme
démocratiques et respectueux des libertés individuelles prennent des
initiatives d’autant plus préoccupantes qu’elles justifient ensuite les
dérives des premiers.
Grande-Bretagne
En décembre 2012, le Premier ministre adjoint Nick Clegg annonce le retrait du British Communications Data Bill. Ce texte sera donc revu.
La première mouture du projet, rendue publique au printemps 2012,
visait à instaurer un dispositif de surveillance généralisée des
communications en mettant à la disposition du renseignement britannique tous les relevés de communication téléphonique et électronique des citoyens, au nom de la lutte contre les cybercrimes.
Etats-Unis
La proposition de loi américaine Cyber Intelligence Sharing
and Protection Act (CISPA) a été accusée par ses détracteurs
d’autoriser des violations de la vie privée au nom de la protection de
la cybersécurité. Alors qu’elle semblait susciter un large soutien au
sein du Congrès américain, elle s’est heurtée à un tollé général qui a
permis des modifications substantielles en terme de protection de la vie
privée, la menace d’un veto de la Maison Blanche et un nombre très
éloquent de votes “contre”. Une nouvelle version de CISPA est introduite en janvier 2013 et pourrait être examiné par le Congrès dès avril 2013.
Le Foreign Intelligence Surveillance Amendments Act (FISAA)
de 2008 a été renouvelé en décembre 2012 pour une période s'étendant
jusqu'à 2017. Ce texte octroie un pouvoir de surveillance exceptionnel à l’État américain.
Il autorise celui-ci à accéder aux données des citoyens non américains
si ceux-ci utilisent un service de cloud computing mis à disposition par
une société américaine. À titre d’exemple, après l’émission d’un mandat
secret émis par un tribunal spécial, ce texte permet aux autorités
américaines d'obliger Google à donner accès à l’ensemble des données
(emails, documents, contacts, agenda) de l’un de ses clients pour peu
que celui-ci ne soit pas citoyen américain. Le parlement européen s’est
inquiété de l’étendue de ces nouveaux pouvoirs de surveillance sélectifs
dans un rapport, Fighting cyber crime and protecting privacy in the cloud, publié fin 2012.
Pays-Bas
Accusant les outils d’anonymisation tels que Tor de rendre plus difficile la traque des cybercriminels et des pédophiles, le gouvernement a fait pression sur les députés
afin qu’ils adoptent une loi destinée à renforcer les pouvoirs de
surveillance de la police, y compris hors des frontières nationales.
Cette dernière serait ainsi en mesure d’installer des logiciels espions,
de fouiller des ordinateurs dans le pays et à l’étranger et de
supprimer des fichiers jugés illégaux sur des ordinateurs situé à
l’extérieur du pays sans demander auparavant l’assistance légale des
gouvernements concernés. Lire l’analyse de Electronic Frontier Foundation.
Philippines
Le 9 octobre 2012, la Cour suprême des Philippines suspend l’application du Cybercrime Prevention Act 2012 (Republic Act n° 10175), qui intégrait la diffamation sur Internet parmi les “cybercrimes”. Après avoir reçu une quinzaine de pétitions
lui demandant de se prononcer sur la validité de la loi, la Cour s’est
prononcée à l’unanimité. Reporters sans frontières demande l’abrogation
de ce texte qui, sous couvert d’une lutte légitime contre la
cybercriminalité, présente une véritable menace pour la liberté de
l’information.
Malawi
Le projet de loi E-Bill obligerait les responsables de
publications en ligne à rendre leurs coordonnées personnelles publiques
et créerait une cyberpolice chargée d’inspecter les sites Internet à la
recherche d’activités illégales. D’après le Media Institute of Southern Africa (MISA), les autorités cherchent ainsi à réguler et contrôler les publications en ligne.
Pérou
Une proposition de loi sur le cybercrime risque de mettre en place de potentielles restrictions à la liberté sur Internet. A l’initiative de l’ONG Access, des universitaires et membres de la société civile péruvienne ont adressé une lettre ouverte au parlement péruvien pour dénoncer ce texte.
Irak
Le Parlement irakien a révoqué en janvier 2013 la loi sur
le cybercrime, critiquée pour sa définition très large des délits
(“violation des principes religieux, moraux et sociaux”) et les
sanctions très lourdes prévues (perpétuité pour “utilisation
d’ordinateurs” dans le but de “porter atteinte à la réputation du
pays”). Lire l’analyse de Access Now.
Protection de l’enfance, l’alibi parfait
Russie
Au nom de la “protection de l’enfance”, une liste noire a été mise en place le 1er novembre 2012 par une agence fédérale, pour répertorier les sites Internet “néfastes”
promis au blocage sans débat contradictoire ni décision judiciaire. La
définition vague et large des contenus visés (pornographie, extrémisme,
apologie du suicide et de l’usage de drogue...) et le manque
d’indépendance de l’instance de contrôle ouvrent la porte au surblocage.
En outre, un marquage par catégorie d’âge (“interdit aux moins de 6,
12, 16 ou 18 ans”) a été imposé à l’ensemble des sites d’information en
ligne. Pour garantir une meilleure application de ces dispositions, un
projet de loi destiné à interdire les outils de contournement de la
censure en ligne a été introduit en commission parlementaire à la Douma.
Canada
Déposé à la Chambre des Communes en février 2012 par le ministre de la Sécurité publique, le projet de loi C-30,
appelé Protecting Children from Internet Predators Act, entérine une
surveillance disproportionnée de tous les internautes et permet aux
autorités d’obtenir des renseignements d’utilisateurs sans mandat
judiciaire. Les fournisseurs d’accès à Internet (FAI) et opérateurs de
téléphonie mobile pourraient ainsi être obligés de mettre en place des
outils pour surveiller et enregistrer les communications de leurs
abonnés. La police pourrait également installer, sans mandat judiciaire,
un dispositif permettant de relever l’adresse IP de tout appareil
connecté à Internet.
Copyright vs liberté d’expression en ligne
Etats-Unis
Les propositions de loi américaines antipiratage, "Stop Online Piracy Act" (SOPA) et "Protect IP Act" (PIPA) ont suscité une énorme mobilisation
dans le pays et à l’international, dénonçant des risques de censure du
Net sans précédent. En obligeant notamment un site tiers à bloquer
l’accès à d’autres sites soupçonnés de violation du droit d’auteur, dont
la définition reste vague, elles affecteraient ainsi un nombre
incalculable d’internautes sans aucun lien avec des actions de violation
de la propriété intellectuelle. Ces deux propositions de loi ont
finalement été enterrées. Jusqu’à quand ?
Panama
En septembre 2012, le Parlement adopte la loi 510 qui
restreint la liberté d’expression et l’accès à l’information en ligne.
Elle donne naissance à une autorité administrative, le Directorat général du copyright,
chargée d’identifier les responsables d’infractions et le cas échéant
de les condamner - sans décision de justice - à de lourdes amendes. Des
ONG et des membres de la société civile ont adressé une lettre ouverte au Président Ricardo Martinelli, lui demandant de ne pas signer la loi, qualifiée de “pire loi de toute l’histoire sur la protection du droit d’auteur”. Lire les réactions de net-citoyens sur Global Voices.
Autre législation inquiétante
En Malaisie, un amendement à la Loi sur les preuves de 1950
crée une présomption de culpabilité contre le propriétaire du réseau
sur lequel transitent des publications en ligne jugées diffamatoires.
Propriétaires de cybercafés ou responsables de plate-formes de blogs
sont dans la ligne de mire des autorités. Le Center for Independent Journalism a organisé un mouvement de protestation autour de cette législation.
Filtrage à tout va
Internationale du filtrage
Le film L’Innocence des Musulmans est certainement à ce jour l’un des contenus filtrés dans le plus grand nombre de pays.
Sa diffusion en ligne a engendré des actions en justice ou des
décisions administratives et des blocages de YouTube, voire des
communications en Arabie Saoudite, en Afghanistan, au Pakistan, au
Bangladesh, en Egypte, en Turquie, en Russie, au Kazakhstan, au
Kirghizstan, en Inde, au Bahreïn, etc.
Chine - Course à la montre
Les censeurs chinois ont eu fort à faire pour tenter
d’endiguer la diffusion en ligne d’informations sur des affaires
sensibles qui se sont multipliées ces derniers mois :
- enquête du New York Times sur la fortune du Premier ministre Wen Jiaobo et de sa famille,
- résistance à la censure de l’éditorial du Nouvel An du Nanfang Zhoumo appelant à des réformes constitutionnelles en Chine,
- multiplications des immolations au Tibet,
- affaires de corruption,
- critiques de la gestion des inondations de l’été 2012.
Un effort particulier
a été fourni à l’approche du Congrès du parti communiste qui a désigné
la nouvelle équipe dirigeante et placé Xi Jinping à la tête du pays.
La censure d’Internet gagne du terrain en Asie centrale
Au-delà de l’Ouzbékistan et du Turkménistan, “ennemis
d’Internet” de longue date, la cybercensure tend à se banaliser en Asie
centrale.
Au Tadjikistan, l’année 2012 a été marquée par plusieurs vagues de blocage de sites d’information de référence tels que Asia Plus, RIA-Novosti, BBC, Radio Ozodi, Lenta.ru, Fergananews.com, Centrasia.ru,
ainsi que YouTube et Facebook. Le service national des
Télécommunications a pris l’habitude d’intimer des ordres de blocages
aux fournisseurs d’accès pour empêcher la circulation d’informations
sensibles : enquêtes mettant en doute la stabilité du régime, couverture
d’affrontements armés, critiques à l’encontre du Président de la
République sur les réseaux sociaux...
En décembre 2012, la justice kazakhe a interdit les
principaux médias d’opposition nationaux, jugés “extrémistes” au terme
de parodies de procès. Cette mesure implique le blocage au Kazakhstan de
l’ensemble des sites Internet relayant les journaux Respublika et
Vzgliad, ainsi que leurs comptes sur les réseaux sociaux. La chaîne de
télévision en ligne K+ et le portail d’information Stan.tv ont également
été bloqués.
En Inde, la censure pour étouffer les rumeurs ?
En août 2012, pour tenter de mettre un terme à de violents troubles inter-ethniques, les autorités indiennes ont ordonné aux fournisseurs d’accès à Internet, de bloquer l’accès
à plus de 300 contenus en ligne. Si certains incitaient en effet à la
violence en relayant des rumeurs infondées, d’autres présentaient un
caractère informatif (des pages du site d’informations de la chaîne
australienne ABC et d’Al-Jazeera, ainsi que des photos de l’AFP - voir la liste publiée par le Center for Internet and Society).
La Grande Muraille électronique pakistanaise : réalité ou fiction ?
Un projet gouvernemental de filtrage du Web au Pakistan a
été révélé en début d’année 2012. Il viserait à mettre en place un
système permettant de filtrer et bloquer des millions de sites web
“indésirables”, en utilisant la technologie “DPI” (Deep Packet
Inspection). D’après le Daily Times, le Fonds national de recherche et développement rattaché au ministère des Technologies et de l’Information aurait émis un appel d’offres pour un montant de 10 millions de dollars, en février 2012, auxquelles plusieurs entreprises étrangères auraient répondu. Une pétition a été lancée pour appeler les entreprises à ne pas répondre à l’appel d’offre du gouvernement. Des articles de presse ont ensuite relayé des déclarations de responsables politiques s’opposant au projet. La société civile pakistanaise reste vigilante.
Accès restreint ?
Deux milliards de personnes bénéficient à ce jour d’un
accès à Internet. Un tiers d’entre elles souffre d'un accès limité en
raison de censure gouvernementale, de filtrage et de surveillance. Des
problèmes de développement d’infrastructures limitent parfois
l’extension de cet accès. Tout comme des considérations purement
politiques.
Internet national en Iran
En septembre 2012, le gouvernement accélère la mise en
place d’un réseau parallèle, doté d’une vitesse de connexion élevée,
surveillé et censuré dans son intégralité. Justification officielle? Les
cyberattaques contre les installations nucléaires du pays. A terme, les
serveurs locaux sont censés héberger tous les sites iraniens. Les
applications et services tels que boîtes mails, moteurs de recherche,
réseaux sociaux et opérateurs devraient être développés sous le contrôle
du gouvernement. Seules les administrations sont pour l’instant
connectées au réseau national, mais il est à craindre que les citoyens
iraniens n’aient à terme pas d’autre choix que de leur emboîter le pas.
(Lire le chapitre Iran - Champion de la Surveillance)
Coupures régulières en Syrie
Des suspensions de communications et d’Internet se
produisent régulièrement dans des endroits ciblés. Il faut également
compter sur les coupures d’électricité. Fin novembre 2012, la Syrie est
complètement déconnectée d’Internet au moment où le régime est accusé de planifier un massacre à l’échelle nationale.
Le haut-débit et la fibre optique enfin disponible à Cuba ?
Le câble sous-marin vénézuélien apportant la fibre optique et le haut-débit à Cuba, opérationnel depuis 2011, a été mis en service
seulement en août 2012, comme l’a constaté la société spécialisée en
réseaux, Renesys. D’après Global Voices, un article du quotidien
officiel Granma note que la phase de test
a beau être terminée, les Cubains ne doivent pas s’attendre à une
augmentation drastique de leurs opportunités d’accès au Web à court
terme. Jusqu’ici, l’île utilisait des liaisons satellites pour des accès
très limités au Web (lire le chapitre Cuba des Ennemis d’Internet
2012).
Discriminations régionales
Le Tibet
et le Xinjiang sont coutumiers des suspension de l’accès à Internet ou
des communications en période de crise (lire le chapitre Chine des Ennemis d’Internet 2012).
En août dernier, jour de la célébration du 66ème
anniversaire de l’indépendance de l’Inde, un événement sensible, les
opérateurs téléphoniques suspendent leur service dans la vallée du
Cachemire, suite à une décision du gouvernement de l’Etat du
Jammu-Cachemire.
A l’occasion de l’anniversaire de l’indépendance du Pakistan en août 2012, les réseaux de téléphones portables sont coupés temporairement dans la province du Balouchistan.
Net-citoyens pris pour cibles
Hommage
Quarante-sept net-citoyens et citoyens-journalistes ont été
tués dans le monde en 2012, la plupart en Syrie. Sans l’action de ces
reporters, photographes ou vidéastes, le régime syrien serait en mesure
d’imposer un blackout total de l’information dans certaines régions et
de massacrer à huis clos.
En Iran, le blogueur Sattar Beheshti,
incarcéré le 31 octobre 2012, a perdu la vie dans des circonstances
inconnues. Les éléments actuels portent à croire qu’il a succombé à des
coups reçus lors de son interrogatoire. Les responsables de sa mort
n’ont toujours pas été inquiétés.
Au Bangladesh, le blogueur Ahmed Rajib Haider a été égorgé en 15 février 2013 près de son domicile dans la capitale, Dacca.
Au Pakistan, la jeune blogueuse Malala Yousufzai, 14 ans, cible des Taliban, a échappé de peu à la mort.
D’arrestations en rafles
Près de 180 net-citoyens sont incarcérés à ce jour pour leurs activités d’information. Les cinq plus grandes prisons du monde pour les net-citoyens sont dans l’ordre la Chine (69), Oman (32), Vietnam (31), l’Iran (20) et la Syrie (18).
Des arrestations en masse - voire des rafles - se sont déroulées en Syrie, mais également dans le Sultanat d’Oman ou en Iran, lors du “Dimanche noir”. Au Sri-Lanka, ce sont neuf employés du journal en ligne Sri Lanka Mirror qui ont été pris dans un coup de filet en juillet 2012.
Le Vietnam continue d’arrêter des net-citoyens à tour de bras et de les condamner à de lourdes peines de prison, en témoignent les douze années de prison dont a écopé le célèbre blogueur Dieu Cay. Des moines tibétains soucieux de témoigner des immolations finissent derrière les barreaux. L’Azerbaïdjan s’en prend aux blogueurs qui s’écartent de la ligne officielle.
Les conditions de détention de ces net-citoyens sont très
souvent déplorables, les mauvais traitements récurrents. Certains -
notamment en Iran - ne reçoivent pas les soins médicaux adéquats. Leurs
jours sont en danger.
Violences et menaces
Au Bangladesh, en février 2013, ce sont 19 blogueurs qui ont été ouvertement menacés
sur des sites Internet islamistes, et au cours de manifestations, en
marge du procès de plusieurs anciens leaders de partis islamistes, dont
le parti Jaamat-E-Islami.
Au Mexique, une page Facebook “Courage for Tamaulipas”,
qui couvre les violences infligées à la région par le crime organisé,
suscite l’ire des trafiquants. Ces derniers promettent 600 000 pesos (soit près de 46 000 USD) à qui découvrira la véritable identité du responsable de cette page Facebook.
Des menaces ont conduit le blogueur Ruy Salgado,
responsable du site El Santuario, notamment célèbre pour ses couvertures
d’affaires de corruption, à abandonner ses activités en ligne.
Les proches des net-citoyens engagés, notamment des
détenus, subissent souvent harcèlement, pression et font l’objet de
menaces. C’est le cas en Iran,
en particulier pour les familles des journalistes ou blogueurs iraniens
basés à l’étranger, mais aussi au Vietnam. Ta Phong Tan, créatrice du
blog La justice et la vérité, qui a écopé de dix années de prison, a
payé encore plus cher le prix de son engagement : en juillet 2012, sa mère s’était donné la mort en s’immolant devant les bureaux du Comité populaire de Bac Lieu.
Procès de Bradley Manning, “donneur d’alerte” pour WikiLeaks
Le
soldat américain Bradley Manning a reconnu, le 28 février 2013, devant
la cour martiale qui le juge, avoir transmis des documents militaires et
diplomatiques au site WikiLeaks. Qu’aurait-il transmis ? Des câbles
diplomatiques américains, des dossiers de détenus de Guantanamo, des
vidéos de frappes aériennes dans lesquelles des civils ont trouvé la
mort. La vidéo la plus célèbre, Collateral Murder, montre une attaque
aérienne de l’armée américaine en Irak en juillet 2007, au cours de
laquelle deux employés de l’agence Reuters et une dizaine d’autres personnes avaient été pris pour cibles et tués.
La motivation de Manning : “éclairer le public sur ce qui se passe” et
“susciter un débat sur la politique étrangère”. Il a expliqué avoir
tenté en vain de transmettre ces documents au New York Times et au
Washington Post. Et avoir choisi avec soin les documents révélés afin
que leur publication ne soit pas nuisible. Il risque 20 ans de prison.
De nombreuses ONG ont dénoncé les conditions dégradantes de détention dont il a fait l’objet.
Parallèlement, la société DataCell, qui collectait les donations pour WikiLeaks, a saisi la Commission européenne,
pour violation des règles communautaire de concurrence, suite à la
suspension des moyens de paiement à WikiLeaks (mise en place) par Visa
Europe, Mastercard et American Express en décembre 2010. La Commission a
indiqué dans une décision préliminaire que cette suspension n’était
probablement pas de nature à violer le droit européen de la concurrence.
Actes de résistance - mobilisation en ligne
Face à l’offensive des gouvernements et groupes d’intérêts
soucieux de contrôler le Web, les net-citoyens et acteurs de
l’information en ligne ont su se mobiliser et faire acte de résistance,
avec plus ou moins de succès.
Parmi les initiatives notables de ces derniers mois :- le phénomène des “mèmes” Internet, ces éléments ou phénomènes repris et déclinés en masse sur Internet, donnant naissance à une forme de culture populaire sur le Web. Ils utilisent, notamment en Chine, l’humour et des montages avec Photoshop pour se moquer de problèmes sociaux ou politiques et contourner ainsi les filtres des censeurs. Pour exemple, Grass Mud Horse ou les graines de tournesol de l’artiste Ai Weiwei room full of sunflower seeds
- la résistance en ligne contre la censure de l’éditorial du journal chinois Nanfang Zhoumo réclamant, à l’occasion de la Nouvelle année, des réformes constitutionnelles
- le rôle joué par WCITLeaks pour plus de transparence dans la négociation sur le nouveau traité de l’UIT à la Conférence mondiale des Télécommunications de Dubaï, en décembre 2012
- la campagne de La Quadrature du Net contre le traité anti-contrefaçon ACTA
- la première campagne Stop Cyber Spying, une semaine de mobilisation en ligne contre la proposition de loi américaine Cyber Intelligence Sharing and Protection Act of 2011 (CISPA), et la nouvelle campagne du même nom en réponse à la proposition de loi américaine Cybersecurity Act of 2012 (CSA).
- la campagne Save Your Voice, fruit de la mobilisation de la société civile et des internautes indiens demandant l’abrogation des IT Rules, une législation dangereuse pour la liberté d’expression sur Internet. Deux cyberactivistes ont même mené une grève de la faim.
- le blackout de 500 sites Internet en Jordanie le 29 août 2012 pour protester (#BlackoutJO et #FreeNetJO) contre des amendements liberticides à la loi sur la presse et les publications
- la campagne Stop Online Spying, lancée en septembre dernier par l’organisation canadienne Open Media avec une pétition contre le projet de loi C-30.
- la campagne pour un Internet libre en Azerbaïdjan, menée à l’occasion de la tenue du 7e Internet Governance Forum à Bakou en novembre 2012 (en particulier, par la plate-forme Expression Online)
- L’initiative Rublacklist, lancée par le Parti pirate russe en réponse au filtrage du Net : l’équipe réalise un monitoring régulier des blocages, propose des outils de contournement de la censure en ligne, et fournit des sites miroirs ou des solutions d’hébergement aux sites bloqués injustement.
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Surveillance
8 juillet 2012
Le Netizen Report : Édition Transition
Par Rebecca MacKinnon · Traduit par Samy Boutayeb
le 3 Juillet 2012
pour http://fr.globalvoicesonline.org
Ce rapport est basé, pour l'essentiel, sur le travail de recherche, de rédaction et de relecture de Tom Risen, Weiping Li, Grady Johnson et Sarah Myers.
L'engagement du Myanmar en faveur d'un Internet ouvert est actuellement mise à l'épreuve, cette semaine, après la décision, prise le 10 juin dernier par le gouvernement, d'instaurer l'état d'urgence afin de mettre fin aux affrontements meutriers ayant opposé des musulmans et des bouddhistes dans l'État de Rakhine, à l'Ouest du pays. La junte militaire du pays ayant été dissoute en 2011, la réaction du gouvernement à des commentaires sur un site Web incitant à la haine et au meurtre pourrait créer un nouveau climat favorable à la liberté d'expression alors que l'État traverse une période de transition majeure.
En dépit d'un certain nombre d'avancées démocratiques, le Myanmar continue à figurer cette année parmi les ‘Ennemis d'Internet‘ selon le mouvement de défense de la liberté d'expression Reporters Sans Frontières. Le gouvernement a entrepris l'an passé des réformes politiques et a élargi l'accès à Internet, en désactivant les pare-feu qui bloquaient les médias sociaux tels que Facebook et l'utilisastion de logiciels de voix sur IP.
Le conflit entre les bouddhistes et la minorité musulmane des Rohingya a galvanisé l'activité sur Internet dans ce pays en développement, mais des appels à la haine, des images cruelles de corps sans vie et de manifestations de rue se sont propagés rapidement. Le site Web birman indépendant “Democratic Voice of Burma” a subi des cyberattaques par déni de service distribué (DDoS) signées par le groupe de cyberpirates Blink, qui s'est servi d'ordinateurs dont les adresses IP étaient localisées à Singapour ou en Russie. Le site Web Blink a publié un nombre important de messages anti-islam comme “Fichez le camp de notre pays .. Rohingya .. Nous aimons RaKhine .. Nous aimons Myanmar”, dans des commentaires visant la minorité musulmane, dont les origines remontent au Bangladesh voisin.
Le gouvernement du Myanmar n'a pas fait de commentaires à propos de ces messages diffusés dans les médias sociaux, mais des officiels au sein de l'armée ont mis en garde les médias d'informations contre toute action visant à relancer le conflit par leurs compte-rendus et a instauré un contrôle officiel de tous les articles préalablement à leur publication. Dans ce pays comme dans de nombreux autres pays traversant une phase de transition, personne ne peut prévoir l'avenir des libertés sur Internet à l'issue de cette crise politique et humanitaire. Dans le même temps, la lutte pour la liberté en ligne se poursuit dans le reste du monde :
Censure
La semaine dernière l'agence d'informations indépendante Asia Plus a été inaccessible pendant plusieurs jours au Tadjikistan. La version officielle expliquant la situation par des “opérations de maintenance” a été battue en brèche par des observateurs évoquant un acte de censure délibérée, après la publication de commentaires de lecteurs critiquant le régime. En mars, Facebook était inaccessible dans le pays, de même que trois sites Web d'information en langue russe, toujours “pour des raisons techniques”.
Des développeurs Google se sont employés à améliorer la transparence dans des cas de “censure soft”, se produisant lorsque des autorités masquent les détails sur les contenus bloqués. Ils ont proposé à cet effet un nouveau code de statut HTTP. Selon cette proposition, un navigateur renverrait le code de statut “451 : Indisponible pour des raisons légales” lorsque quelqu'un tente d'accéder à un site victime de restrictions. Ce message d'erreur serait accompagné de précisions sur les lois invoquées, sur l'autorité officielle à l'origine de ces restrictions ainsi que sur le type de contenu incriminé.
Le dernier rapport publié par Google sur la transparence révèle un tendance accrue des gouvernements à essayer de faire retirer des contenus politiques entre juillet et décembre 2011. Ces demandes de retrait de contenus sont le fait d'instances juridiques et de gouvernements dans des “démocraties occidentales qui ne sont pas associés typiquement à la censure”. Parmi ces demandes, citons en particulier celle accordée à la police britannique pour le retrait de 640 vidéos présumées soutenir le terrorisme ; en Inde, les demandes de retrait de contenus ont progressé de 49 pour cent depuis les six derniers mois couverts par le rapport.
L'équipe spéciale iranienne chargée de la surveillance en ligne a annoncé son intention de réprimer les réseaux privés virtuels (VPN), utilisés, selon des estimations, par 20 à 30 pour cent de la population iranienne pour contourner les restrictions portant sur le contenus en Iran.
Le registre des noms de domaine de premier niveau “.co.jp”, utilisé principalement par des entreprises japonaises, a été bloqué pendant 30 heures, le 15 juin, par le pare-feu national chinois, pour des raisons inconnues. Cet incident constitue un précédent dans l'activité de filtrage par les censeurs chinois du réseau Internet visant la totalité d'un domaine de premier niveau. Les sites sont redevenus accessibles le 16 juin.
Brutalités
La police azerbaïdjanaise a libéré sous caution le vidéo-blogueur et militant démocratique de 23 ans Mehman Huseynov, qui avait été arrêté auparavant ; il aurait agressé la police alors qu'il couvrait les manifestations contre le concours Eurovision de la chanson 2012, organisé pour dénoncer les violations des droits humains dans ce pays. Huseynov risque jusqu'à cinq années d'emprisonnement s'il est déclaré coupable.
Après son arrestation le 29 mai alors qu'il sortait d'un café Internet, le blogueur marocain Mohamed Sokrate a été condamné à deux ans de prison pour “trafic et détention de drogue”, au cours d'un procès que des militants ont estimé injuste et expéditif en raison des critiques exprimées par Sokrate à l'encontre de la monarchie. Un groupe de militants se mobilise pour une révision du jugement ; par ailleurs, l'avocat de Sokrate a déclaré que les autorités marocaines avaient ignoré des preuves, comme l'arrestation de son père et de son frère dans une tentative de faire pression sur Sokrate pour qu'il reconnaisse sa “culpabilité”.
Depuis la fin du mois de mai, le gouvernement d'Oman a arrêté au moins 33 blogueurs et activistes qui avaient réclamé que le gouvernement prenne la voie des réformes, suite à une déclaration datant du 4 juin, annonçant que des poursuites judiciaires seraient engagées à l'encontre de toute personne qui aurait publié des contenus jugés offensants ou incitant à agir “sous le prétexte de la liberté d'expression”. Des activistes ont informé “Human Rights Watch” avoir constaté ces dernières semaines un durcissement des mesures de surveillance et de piratage informatique prises par les autorités.
Politique nationale
Le ministre britannique de la Justice Ken Clarke a proposé d'amender une loi sur la difamation, de manière à permettre d'exiger des sites Web internationaux comme Twitter et Facebook de révéler l'identité des utilisateurs ayant une attitude de harcèlement à travers la publication de commentaires anonymes.
Surveillance
Le gouvernement britannique a également présenté un projet de loi exigeant que le Fournisseurs d'accès Internet (FAI) enregistrent l'ensemble des activités en ligne et mobiles y compris le courrier postal. Toutes ces données seraient ainsi archivées et accessibles aux autorités pendant une année. Une campagne de pétition lancée par l'organisme sans but lucratif “38 Degrees” appelle le Premier ministre britannique David Cameron à annuler ce projet de loi.
Dans la récente Édition Télécoms de Netizen Report, nous avions évoqué l'utilisation de la technique “Deep Packet Inspection” (DPI) appliquée par Ethio-Telecom pour surveiller les net-citoyens en Éthiopie. D'après le journal français La Croix, l'opérateur France Télécom a apporté son concours au gouvernement éthiopien pour mettre en oeuvre ses activités DPI. Ethio-Telecom a été créé par France Télécom, dont le gouvernement français est l'un des principaux actionnaires.
Gouvernance d'Internet
Nous continuons à couvrir cette semaine les documents divulgués en vue de la “World Conference on International Telecommunications” (WCIT) 2012, organisée par l'Union Internationale des Télécommunications des Nations Unies (ITU). Une proposition émanant du gouvernement chinois demande que les États-membres puissent réguler les infrastructures de communications et les opérations des sociétés de technologies de l'information sur leur territoire. Le Règlement des télécommunications internationales (RTI) qui devrait être examiné devrait ainsi réglementer les téléphones et l'orbite des satellites, mais le WCIT pourrait adopter en décembre des propositions incluant la régulation d'Internet.
L'organisation sans but lucratif ICANN (Internet Corporation for Assigned Names and Numbers), basée aux États-Unis, responsable du contrôle des noms de domaine, a publié une liste de plus de 2 000 candidatures pour de nouveaux domaines de premier niveau. Chaque candidature pour un nouveau domaine (.google, par exemple) coûte 185 000 USD et prévoit un accord de maintenance sur 10 ans, dont le coût pour les candidats devrait, selon l'ICANN, s'élever à 25 000 USD annuels. Des commentateurs critiquent cette proposition en estimant qu'il s'agit d'un accaparement commercial opéré par l'ICANN et que l'explosion des noms de domaine pourrait rendre le contrôle des marques Web existantes plus difficile encore, et entraîner des problèmes de sécurité.
La plupart des quelques 2 000 candidatures ont été déposées par des sociétés opulentes comme Google et Amazon. Près de 911 des candidats représentent l'Amérique du Nord, contre 17 seulement le continent africain. De nombreuses revendications concurrentes portent sur des domaines tels que .app, .home et .inc.
Souverains du cyberespace
Les grands opérateurs Internet trouvent de nouveaux moyens pour tirer parti des informations sur les utilisateurs pour leurs opérations de marketing Internet. Facebook prévoit de lancer Facebook Exchange, qui fournira aux annonceurs des informations sur l'historique de navigation des utilisateurs Facebook et leur permettra de faire des offres accessibles aux utilisateurs.
L'organisation sans but lucratif ProPublica a révélé que Microsoft et Yahoo vendent les informations sur les utilisateurs qui ont été fournies lors de leur enregistrement sur leurs site Web afin de permettre à des campagnes politiques aux États-unis de cibler les électeurs avec des publicités en ligne.
De leur côté, Google, Facebook, Twitter, America Online et le Interactive Advertising Bureau collaborent avec l'organisme sans but lucratif StopBadware, spécialisé dans la sécurité en ligne, afin de lancer une initiative intitulée ‘Ads Integrity Alliance‘. L'alliance ainsi constituée complétera la mission de StopBadware visant à identifier les sites Web ayant un comportement malveillant portant atteinte aux utilisateurs, en partageant des informations sur des campagnes publicitaires en ligne s'attaquant à la sphère privée et à la sécurité des internautes, et mettra en place des recommandations pour renforcer la sécurité des utilisateurs sur le net.
La boutique en ligne australienne Kogan est le premier revendeur en ligne à avoir collecté une taxe sur Internet Explorer 7, au taux de 6,8 %, auprès de ses clients utilisant le navigateur obsolète lorsqu'ils font leurs achats sur la boutique en ligne. La société justifie cette taxe “en raison du temps requis pour rendre correctement les pages Web sur IE7″.
Dans un effort pour lutter contre les pourriels, le site Web d'information participative Reddit a provisoirement interdit aux utilisateurs de soumettre des liens vers différents sites Web importants, parmi lesquels Businessweek.com et TheAtlantic.com.
Vie privée
Un Japonais a attaqué Google pour violation de la sphère privée et a demandé à la société de modifier sa fonction de recherche avec autocomplétion, qui suggère automatiquement des mots-clés sur Google search. L'homme déplore que cette fonction présente de manière inappropriée des mots associés à des crimes et à des articles diffamants lorsque quelqu'un entre son nom dans la zone de recherche, ce qui a pu avoir été à l'origine des refus dont il a fait l'expérience lors de plusieurs candidatures à des postes de travail.
Cybersécurité
Les sites Web de deux journaux sud-coréens ont été la cible de cyberattaques la semaine passée, qui ont entraîné la destruction de la base de données des sites et de leurs plateformes éditoriales. Ces attaques ont eu lieu après la menace de la Corée du Nord de s'en prendre à plusieurs médias sud-coréens qui avaient exprimé des critiques sur un événement survenu à Pyongyang et concernant des enfants. La police sud-coréenne poursuit son enquête afin de déterminer l'implication éventuelle de la Corée du Nord.
Lors des manifestations du 12 juin à Moscou contre le président russe Vladimir Poutine, des médias russes indépendants ont été à nouveau la cible d'attaques par Déni distribué de service (DDoS), consistant à saturer la bande passante des sites Web. Poutine a été réélu aux fonctions de président russe pour un troisième mandat, en mars, et des médias indépendants en Russie ont déploré de nombreuses attaques DDoS visant à restreindre la couverture des manifestations contre sa réélection.
Florilège
Une application pour iPhone baptisée Siggly autorise ses utilisateurs à enregistrer, transférer et géo-taguer des mini-informations sur iPhone, avant d'utiliser une fonctionnalité similaire à Reddit permettant à des communautés de voter pour les meilleures histoires.
Publications et études
le 3 Juillet 2012
pour http://fr.globalvoicesonline.org
| Español | · Netizen Report: Edición de transición |
| English | · Netizen Report: Transition Edition |
Ce rapport est basé, pour l'essentiel, sur le travail de recherche, de rédaction et de relecture de Tom Risen, Weiping Li, Grady Johnson et Sarah Myers.
L'engagement du Myanmar en faveur d'un Internet ouvert est actuellement mise à l'épreuve, cette semaine, après la décision, prise le 10 juin dernier par le gouvernement, d'instaurer l'état d'urgence afin de mettre fin aux affrontements meutriers ayant opposé des musulmans et des bouddhistes dans l'État de Rakhine, à l'Ouest du pays. La junte militaire du pays ayant été dissoute en 2011, la réaction du gouvernement à des commentaires sur un site Web incitant à la haine et au meurtre pourrait créer un nouveau climat favorable à la liberté d'expression alors que l'État traverse une période de transition majeure.
En dépit d'un certain nombre d'avancées démocratiques, le Myanmar continue à figurer cette année parmi les ‘Ennemis d'Internet‘ selon le mouvement de défense de la liberté d'expression Reporters Sans Frontières. Le gouvernement a entrepris l'an passé des réformes politiques et a élargi l'accès à Internet, en désactivant les pare-feu qui bloquaient les médias sociaux tels que Facebook et l'utilisastion de logiciels de voix sur IP.
Le conflit entre les bouddhistes et la minorité musulmane des Rohingya a galvanisé l'activité sur Internet dans ce pays en développement, mais des appels à la haine, des images cruelles de corps sans vie et de manifestations de rue se sont propagés rapidement. Le site Web birman indépendant “Democratic Voice of Burma” a subi des cyberattaques par déni de service distribué (DDoS) signées par le groupe de cyberpirates Blink, qui s'est servi d'ordinateurs dont les adresses IP étaient localisées à Singapour ou en Russie. Le site Web Blink a publié un nombre important de messages anti-islam comme “Fichez le camp de notre pays .. Rohingya .. Nous aimons RaKhine .. Nous aimons Myanmar”, dans des commentaires visant la minorité musulmane, dont les origines remontent au Bangladesh voisin.
Le gouvernement du Myanmar n'a pas fait de commentaires à propos de ces messages diffusés dans les médias sociaux, mais des officiels au sein de l'armée ont mis en garde les médias d'informations contre toute action visant à relancer le conflit par leurs compte-rendus et a instauré un contrôle officiel de tous les articles préalablement à leur publication. Dans ce pays comme dans de nombreux autres pays traversant une phase de transition, personne ne peut prévoir l'avenir des libertés sur Internet à l'issue de cette crise politique et humanitaire. Dans le même temps, la lutte pour la liberté en ligne se poursuit dans le reste du monde :
Censure
La semaine dernière l'agence d'informations indépendante Asia Plus a été inaccessible pendant plusieurs jours au Tadjikistan. La version officielle expliquant la situation par des “opérations de maintenance” a été battue en brèche par des observateurs évoquant un acte de censure délibérée, après la publication de commentaires de lecteurs critiquant le régime. En mars, Facebook était inaccessible dans le pays, de même que trois sites Web d'information en langue russe, toujours “pour des raisons techniques”.
Des développeurs Google se sont employés à améliorer la transparence dans des cas de “censure soft”, se produisant lorsque des autorités masquent les détails sur les contenus bloqués. Ils ont proposé à cet effet un nouveau code de statut HTTP. Selon cette proposition, un navigateur renverrait le code de statut “451 : Indisponible pour des raisons légales” lorsque quelqu'un tente d'accéder à un site victime de restrictions. Ce message d'erreur serait accompagné de précisions sur les lois invoquées, sur l'autorité officielle à l'origine de ces restrictions ainsi que sur le type de contenu incriminé.
Le dernier rapport publié par Google sur la transparence révèle un tendance accrue des gouvernements à essayer de faire retirer des contenus politiques entre juillet et décembre 2011. Ces demandes de retrait de contenus sont le fait d'instances juridiques et de gouvernements dans des “démocraties occidentales qui ne sont pas associés typiquement à la censure”. Parmi ces demandes, citons en particulier celle accordée à la police britannique pour le retrait de 640 vidéos présumées soutenir le terrorisme ; en Inde, les demandes de retrait de contenus ont progressé de 49 pour cent depuis les six derniers mois couverts par le rapport.
L'équipe spéciale iranienne chargée de la surveillance en ligne a annoncé son intention de réprimer les réseaux privés virtuels (VPN), utilisés, selon des estimations, par 20 à 30 pour cent de la population iranienne pour contourner les restrictions portant sur le contenus en Iran.
Le registre des noms de domaine de premier niveau “.co.jp”, utilisé principalement par des entreprises japonaises, a été bloqué pendant 30 heures, le 15 juin, par le pare-feu national chinois, pour des raisons inconnues. Cet incident constitue un précédent dans l'activité de filtrage par les censeurs chinois du réseau Internet visant la totalité d'un domaine de premier niveau. Les sites sont redevenus accessibles le 16 juin.
Brutalités
La police azerbaïdjanaise a libéré sous caution le vidéo-blogueur et militant démocratique de 23 ans Mehman Huseynov, qui avait été arrêté auparavant ; il aurait agressé la police alors qu'il couvrait les manifestations contre le concours Eurovision de la chanson 2012, organisé pour dénoncer les violations des droits humains dans ce pays. Huseynov risque jusqu'à cinq années d'emprisonnement s'il est déclaré coupable.
Après son arrestation le 29 mai alors qu'il sortait d'un café Internet, le blogueur marocain Mohamed Sokrate a été condamné à deux ans de prison pour “trafic et détention de drogue”, au cours d'un procès que des militants ont estimé injuste et expéditif en raison des critiques exprimées par Sokrate à l'encontre de la monarchie. Un groupe de militants se mobilise pour une révision du jugement ; par ailleurs, l'avocat de Sokrate a déclaré que les autorités marocaines avaient ignoré des preuves, comme l'arrestation de son père et de son frère dans une tentative de faire pression sur Sokrate pour qu'il reconnaisse sa “culpabilité”.
Depuis la fin du mois de mai, le gouvernement d'Oman a arrêté au moins 33 blogueurs et activistes qui avaient réclamé que le gouvernement prenne la voie des réformes, suite à une déclaration datant du 4 juin, annonçant que des poursuites judiciaires seraient engagées à l'encontre de toute personne qui aurait publié des contenus jugés offensants ou incitant à agir “sous le prétexte de la liberté d'expression”. Des activistes ont informé “Human Rights Watch” avoir constaté ces dernières semaines un durcissement des mesures de surveillance et de piratage informatique prises par les autorités.
Politique nationale
Le ministre britannique de la Justice Ken Clarke a proposé d'amender une loi sur la difamation, de manière à permettre d'exiger des sites Web internationaux comme Twitter et Facebook de révéler l'identité des utilisateurs ayant une attitude de harcèlement à travers la publication de commentaires anonymes.
Surveillance
Le gouvernement britannique a également présenté un projet de loi exigeant que le Fournisseurs d'accès Internet (FAI) enregistrent l'ensemble des activités en ligne et mobiles y compris le courrier postal. Toutes ces données seraient ainsi archivées et accessibles aux autorités pendant une année. Une campagne de pétition lancée par l'organisme sans but lucratif “38 Degrees” appelle le Premier ministre britannique David Cameron à annuler ce projet de loi.
Dans la récente Édition Télécoms de Netizen Report, nous avions évoqué l'utilisation de la technique “Deep Packet Inspection” (DPI) appliquée par Ethio-Telecom pour surveiller les net-citoyens en Éthiopie. D'après le journal français La Croix, l'opérateur France Télécom a apporté son concours au gouvernement éthiopien pour mettre en oeuvre ses activités DPI. Ethio-Telecom a été créé par France Télécom, dont le gouvernement français est l'un des principaux actionnaires.
Gouvernance d'Internet
Nous continuons à couvrir cette semaine les documents divulgués en vue de la “World Conference on International Telecommunications” (WCIT) 2012, organisée par l'Union Internationale des Télécommunications des Nations Unies (ITU). Une proposition émanant du gouvernement chinois demande que les États-membres puissent réguler les infrastructures de communications et les opérations des sociétés de technologies de l'information sur leur territoire. Le Règlement des télécommunications internationales (RTI) qui devrait être examiné devrait ainsi réglementer les téléphones et l'orbite des satellites, mais le WCIT pourrait adopter en décembre des propositions incluant la régulation d'Internet.
L'organisation sans but lucratif ICANN (Internet Corporation for Assigned Names and Numbers), basée aux États-Unis, responsable du contrôle des noms de domaine, a publié une liste de plus de 2 000 candidatures pour de nouveaux domaines de premier niveau. Chaque candidature pour un nouveau domaine (.google, par exemple) coûte 185 000 USD et prévoit un accord de maintenance sur 10 ans, dont le coût pour les candidats devrait, selon l'ICANN, s'élever à 25 000 USD annuels. Des commentateurs critiquent cette proposition en estimant qu'il s'agit d'un accaparement commercial opéré par l'ICANN et que l'explosion des noms de domaine pourrait rendre le contrôle des marques Web existantes plus difficile encore, et entraîner des problèmes de sécurité.
La plupart des quelques 2 000 candidatures ont été déposées par des sociétés opulentes comme Google et Amazon. Près de 911 des candidats représentent l'Amérique du Nord, contre 17 seulement le continent africain. De nombreuses revendications concurrentes portent sur des domaines tels que .app, .home et .inc.
Souverains du cyberespace
Les grands opérateurs Internet trouvent de nouveaux moyens pour tirer parti des informations sur les utilisateurs pour leurs opérations de marketing Internet. Facebook prévoit de lancer Facebook Exchange, qui fournira aux annonceurs des informations sur l'historique de navigation des utilisateurs Facebook et leur permettra de faire des offres accessibles aux utilisateurs.
L'organisation sans but lucratif ProPublica a révélé que Microsoft et Yahoo vendent les informations sur les utilisateurs qui ont été fournies lors de leur enregistrement sur leurs site Web afin de permettre à des campagnes politiques aux États-unis de cibler les électeurs avec des publicités en ligne.
De leur côté, Google, Facebook, Twitter, America Online et le Interactive Advertising Bureau collaborent avec l'organisme sans but lucratif StopBadware, spécialisé dans la sécurité en ligne, afin de lancer une initiative intitulée ‘Ads Integrity Alliance‘. L'alliance ainsi constituée complétera la mission de StopBadware visant à identifier les sites Web ayant un comportement malveillant portant atteinte aux utilisateurs, en partageant des informations sur des campagnes publicitaires en ligne s'attaquant à la sphère privée et à la sécurité des internautes, et mettra en place des recommandations pour renforcer la sécurité des utilisateurs sur le net.
La boutique en ligne australienne Kogan est le premier revendeur en ligne à avoir collecté une taxe sur Internet Explorer 7, au taux de 6,8 %, auprès de ses clients utilisant le navigateur obsolète lorsqu'ils font leurs achats sur la boutique en ligne. La société justifie cette taxe “en raison du temps requis pour rendre correctement les pages Web sur IE7″.
Dans un effort pour lutter contre les pourriels, le site Web d'information participative Reddit a provisoirement interdit aux utilisateurs de soumettre des liens vers différents sites Web importants, parmi lesquels Businessweek.com et TheAtlantic.com.
Vie privée
Un Japonais a attaqué Google pour violation de la sphère privée et a demandé à la société de modifier sa fonction de recherche avec autocomplétion, qui suggère automatiquement des mots-clés sur Google search. L'homme déplore que cette fonction présente de manière inappropriée des mots associés à des crimes et à des articles diffamants lorsque quelqu'un entre son nom dans la zone de recherche, ce qui a pu avoir été à l'origine des refus dont il a fait l'expérience lors de plusieurs candidatures à des postes de travail.
Cybersécurité
Les sites Web de deux journaux sud-coréens ont été la cible de cyberattaques la semaine passée, qui ont entraîné la destruction de la base de données des sites et de leurs plateformes éditoriales. Ces attaques ont eu lieu après la menace de la Corée du Nord de s'en prendre à plusieurs médias sud-coréens qui avaient exprimé des critiques sur un événement survenu à Pyongyang et concernant des enfants. La police sud-coréenne poursuit son enquête afin de déterminer l'implication éventuelle de la Corée du Nord.
Lors des manifestations du 12 juin à Moscou contre le président russe Vladimir Poutine, des médias russes indépendants ont été à nouveau la cible d'attaques par Déni distribué de service (DDoS), consistant à saturer la bande passante des sites Web. Poutine a été réélu aux fonctions de président russe pour un troisième mandat, en mars, et des médias indépendants en Russie ont déploré de nombreuses attaques DDoS visant à restreindre la couverture des manifestations contre sa réélection.
Florilège
Une application pour iPhone baptisée Siggly autorise ses utilisateurs à enregistrer, transférer et géo-taguer des mini-informations sur iPhone, avant d'utiliser une fonctionnalité similaire à Reddit permettant à des communautés de voter pour les meilleures histoires.
Publications et études
- The Global Network Initiative : Rapport Digital Freedoms in International Law
- Stanford University’s Center for Internet and Society : Livre blanc Net Neutrality and Quality of Service
- South African Civil Society Information Service : South Africa: The Turning Point for Internet Freedom
- Kevin Macnish de l'Université de Leeds : Unblinking eyes: the ethics of automating surveillance
Journalistes sous pression(s)
Par Henri Maler
le 4 Juin 2012
pour http://www.acrimed.org
English Version
le 4 Juin 2012
pour http://www.acrimed.org
English Version
L’article ci-dessous a été rédigé à l’invitation de la rédaction d’Hommes & Libertés, la revue de la Ligue des droits de l’homme et est paru dans le n°157, de mars 2012.
Les métiers et les genres du journalisme sont si divers que tout diagnostic global est menacé de simplification abusive, du moins si un tel diagnostic ne se borne pas à identifier les tendances les plus lourdes et à les présenter comme telles, en soulignant d’emblée qu’elles ne vont pas sans contre-tendances ni exceptions. De même, les pressions qui s’exercent sur les journalistes et sur leurs pratiques émanent de sources si différentes, dépendent de causes et produisent des effets si variés qu’on ne se focalisera ici que sur certaines d’entre elles.
Emprises, dépendances
Les formes les plus visibles de l’emprise des pouvoirs politique et économique sur les médias et les journalistes sont connues. Cette emprise s’exerce ouvertement quand les médias sont assujettis à un pouvoir politique qui décide de la nomination des responsables de l’audiovisuel public et s’abrite derrière un organisme croupion et fantoche (le Conseil supérieur de l’audiovisuel) ; un pouvoir qui, de surcroît, place des journalistes sous surveillance et leur impose une loi limitative et arbitraire sur le secret des sources. Cette emprise s’exerce manifestement quand les médias sont dépendants de propriétaires privés qui tentent d’en faire des leviers d’influence politique et la source de profits.
Mais les censures les plus manifestes et les pressions les plus contraignantes qui peuvent s’exercer sur des journalistes plus ou moins isolés et parfois jaloux de préserver cet isolement, rebaptisé « indépendance », ne sont pas l’essentiel. S’il existe bel et bien des formes de subordination individuelle des journalistes, soumis à l’intervention directe de leur hiérarchie, aux injonctions des propriétaires et aux interventions des responsables politiques, la plupart d’entre eux, dans nombre d’entreprises médiatiques, ne sont pas directement tenus en laisse : personne ne leur tient les mains, quand leurs doigts s’agitent sur le clavier de leur ordinateur, ou ne leur susurre à l’oreille ce qu’ils doivent dire, du moins dans les reportages. Mais cette relative indépendance individuelle ne doit pas dissimuler les contraintes intériorisées qui la hantent, et la dépendance collective des rédactions qui la mine.
Concentration, financiarisation
Tout ne s’explique pas par l’économie, mais rien ne s’explique sans elle. Comment nier que dans des médias de plus en plus concentrés et financiarisés, les journalistes sont de plus en plus fragilisés et dépendants ? Les concentrations des médias ont pour moteur leur financiarisation. Leur appropriation par de grands groupes privés a pour finalité de les rendre non seulement rentables, mais profitables. Pour le dire simplement, l’objectif n’est pas seulement de dégager un chiffre d’affaire qui permette de payer les salariés et d’investir pour accroître les capacités d’informer, mais de dégager des taux de profit équivalents à ceux qui existent dans les secteurs de pointe de l’économie.
Ces tendances pèsent non seulement dans l’audiovisuel et la presse magazine, mais également dans la presse écrite généraliste, notamment nationale, qui, à défaut d’être profitable et même souvent rentable, tente de sauver ce qui peut l’être, en se soumettant à des groupes financiers. Ces groupes s’approprient des « marques » qui peuvent être déficitaires, avec pour objectif de les intégrer à des stratégies englobant plusieurs types de médias. Les conséquences sont considérables à la fois sur la nature de l’information produite, sur les conditions de sa production et sur les métiers de l’information. Parmi ces conséquences, les pressions qui s’exercent sur les journalistes en raison de processus de rentabilisation, d’intensification du travail et de l’introduction des formes néolibérales du salariat et du management sont évidentes. On l’oublie trop souvent : à bien des égards, les entreprise médiatiques sont des entreprises comme les autres… et parfois pire que bien d’autres.
Précarisation, dépossession
Particulièrement sensibles dans la presse écrite, les licenciements massifs et les menaces de licenciement, la réduction des effectifs et l’expansion du journalisme précaire fragilisent les rédactions.
Alors qu’il avait connu une progression remarquable pendant les décennies précédentes, le nombre de journalistes encartés a diminué pour la première fois en 2010 et cette diminution s’est confirmée en 2011. En revanche, la proportion de journalistes précaires – en CDD ou pigistes – n’a cessé de croître. Et si la féminisation du journalisme s’est poursuivie, ce sont les femmes qui se trouvent dans les situations les plus précaires. Ce sont désormais plus de 20 % de journalistes précaires qui sont officiellement encartés, auxquels il convient d’ajouter tous ceux qui ne le sont pas (parce qu’ils ne tirent pas 50 % de leurs revenus de leur activité dans une entreprise de presse) et l’armée de réserve des stagiaires et des correspondants de presse. La plupart des journalistes précaires, qu’ils se soumettent aux formes dominantes du journalisme et à sa hiérarchie, en devançant ses exigences ou que, récalcitrants, ils les subissent… « parce qu’il faut bien vivre », sont particulièrement vulnérables et perméables à toutes les pressions. Ils exercent à leur tour une pression interne sur ceux qui, en CDI, rechigneraient encore à s’adapter.
Une telle situation contribue à aggraver la dépossession croissante des rédactions sur les choix non seulement économiques, mais également éditoriaux de chaque média. Ce n’est pas totalement nouveau dans tous les médias. Mais il vaudrait la peine de décrire longuement les processus par lesquels la logique de l’audience commerciale qui prévaut dans l’audiovisuel privé et de la concurrence mimétique que lui livre l’audiovisuel public ont renforcé en leur sein le poids des chefferies éditoriales et des présentateurs, au point de vider peu à peu de substance l’existence collective des rédactions. Il faudrait aussi s’attarder longuement pour montrer comment la prise de pouvoir des investisseurs privés dans des journaux comme Le Monde ou Libération ont privé d’effectivité les droits réduits dont disposent encore leurs sociétés de rédacteurs, soumises à des chantages et des pressions périodiques. Que dire alors de ce qui se passe dans d’autres titres ?
Dépendance interne, concurrence externe
Effet et condition de cette dépossession plus ou moins accentuée : la stabilisation ou la montée en puissance de directions plus ou moins autocratiques, dont la désignation dispense les propriétaires d’un contrôle direct, constant et tatillon sur les journalistes pris un à un ou sur l’orientation éditoriale, du moins dans les périodes de faible conflictualité sociale et politique. Il suffit de mettre à la bonne place des responsables ajustés à leur fonction pour que ceux-ci la remplissent sans qu’il soit nécessaire de les rappeler constamment à l’ordre. Et ce qui est vrai des médias privés l’est également, on l’a compris, des médias publics, quand la nomination des PDG dépend directement (ou par CSA interposé) du pouvoir politique.
Enfin, les pressions qui résultent directement de l’affaiblissement interne des rédactions les rendent particulièrement vulnérables à toutes les autres, et en particulier celles qui résultent de la concurrence qu’exercent des professions limitrophes.
En effet, les journalistes ont toujours dû tenter de démarquer leur activité d’autres activités. C’est ainsi que sont déclarées officiellement incompatibles avec le statut de journaliste professionnel les fonctions d’agent de publicité, de chargé de relations publiques et d’attaché de presse. Mais ces concurrents ne sont pas seulement des rivaux. Non seulement ces professionnels de la communication, dont le nombre excède celui des journalistes professionnels, ont été formés pour la plupart dans des écoles de journalisme ou dans des départements d’ « info-com », et disposent des mêmes compétences que les journalistes professionnels, mais ils s’adossent à des entreprises ou à des institutions souvent beaucoup plus performantes que les entreprises médiatiques : comment s’étonner si les journalistes, de gré ou de force, doivent subir leurs pressions ? Pour quelques publireportages avérés, combien d’informations publiées sous l’emprise des communicants ? Que pèsent les résistances de journalistes individuels quand ils ne disposent pas collectivement des moyens, et trop souvent de la volonté de mener des enquêtes indépendantes ?
Nouvelles technologies : l’émancipation ?
Aucune technologie n’est par elle-même émancipatrice : les nouvelles possibilités qu’ouvrent les nouvelles technologies sont placées sous condition de leurs usages qui peuvent être aussi bien libérateurs que contraignants. Pis : la fascination qu’exercent les nouvelles technologies de production, de mise en forme et de diffusion de l’information masquent souvent de nouvelles vulnérabilités.
La révolution numérique et les nouvelles technologies qui lui sont associées ont des effets ambivalents. Elles permettent de multiplier les canaux et les formes de diffusion, de s’affranchir de la tyrannie des formats propres à chaque média et de diversifier les genres et les formes de l’information et du débat public, de favoriser l’émergence de nouveaux et nombreux acteurs de l’information, et, en particulier, d’un journalisme participatif qui oblige le journalisme traditionnel à se redéfinir et à redéfinir les frontières du professionnalisme.
Mais, dans le même temps, le journalisme participatif, rarement et chichement rémunéré, n’est souvent qu’une forme demi-habile de réduction des effectifs de journalistes salariés et de déstabilisation des rédactions. De même, l’introduction de nouvelles technologies peut se traduire par une détérioration des conditions de travail. De surcroît, les sites adossés à des médias imprimés ou audiovisuels, quand ils ne se bornent pas à rediffuser, souvent contre abonnement, les contenus de ces derniers, se comportent en médias de flux où des « petites mains » recyclent des dépêches d’agences.
Quant aux sites indépendants, rares sont ceux qui – à l’instar de Mediapart par exemple – reposent sur une rédaction qui se dédie à l’information et à l’enquête originales. Les blogs, enfin, qu’ils soient ou non associés à des sites professionnels, peuvent eux aussi donner le change. Comment ne pas se féliciter de l’expansion de l’expression et du débat démocratiques qu’ils favorisent ? Mais pourquoi taire que si on leur doit une multiplication exponentielle de chroniqueurs et d’éditorialistes, ils contribuent à étendre l’empire du commentaire, sans enrichir autant qu’on laisse entendre, la qualité de l’information et de l’investigation, et en particulier de l’enquête sociale ?
* * *
Dès lors que, dans nombre de médias, les effectifs maigrissent, que les licenciements se multiplient, que les menaces sur l’emploi s’accroissent, que les conditions de travail se détériorent, que les choix économiques et les orientations éditoriales obéissent à des motivations de plus en plus mercantiles qui échappent, à des degrés divers, aux journalistes pris collectivement, et que les nouvelles technologies sont porteuses de potentialités nouvelles, mais contrariées, voire retournées contre les journalistes eux-mêmes, ces journalistes subissent une dépendance collective.
Certes, même sur Sirius, les journalistes ne jouiraient d’une totale indépendance et ne pourraient pas se soustraire à toutes les pressions. Faut-il se résigner, comme le font ceux à qui le marché tient lieu de cerveau, à laisser libre cours, sans les contrecarrer, à ces tendances lourdes ? Faut-il accepter que les journalistes subissent de plein fouet les conséquences des formes néo-libérales du salariat ? Faut-il se satisfaire de l’affaiblissement collectif des rédactions face aux pouvoirs économique et politique, et à ces nouveaux chiens de garde qui les représentent et les protègent ? Les réponses se trouvent dans les questions.
Comment contrecarrer ces tendances ? Par une appropriation démocratique des médias. Selon quelles modalités ? C’est une autre affaire [1].
Henri Maler

Emprises, dépendances
Les formes les plus visibles de l’emprise des pouvoirs politique et économique sur les médias et les journalistes sont connues. Cette emprise s’exerce ouvertement quand les médias sont assujettis à un pouvoir politique qui décide de la nomination des responsables de l’audiovisuel public et s’abrite derrière un organisme croupion et fantoche (le Conseil supérieur de l’audiovisuel) ; un pouvoir qui, de surcroît, place des journalistes sous surveillance et leur impose une loi limitative et arbitraire sur le secret des sources. Cette emprise s’exerce manifestement quand les médias sont dépendants de propriétaires privés qui tentent d’en faire des leviers d’influence politique et la source de profits.
Mais les censures les plus manifestes et les pressions les plus contraignantes qui peuvent s’exercer sur des journalistes plus ou moins isolés et parfois jaloux de préserver cet isolement, rebaptisé « indépendance », ne sont pas l’essentiel. S’il existe bel et bien des formes de subordination individuelle des journalistes, soumis à l’intervention directe de leur hiérarchie, aux injonctions des propriétaires et aux interventions des responsables politiques, la plupart d’entre eux, dans nombre d’entreprises médiatiques, ne sont pas directement tenus en laisse : personne ne leur tient les mains, quand leurs doigts s’agitent sur le clavier de leur ordinateur, ou ne leur susurre à l’oreille ce qu’ils doivent dire, du moins dans les reportages. Mais cette relative indépendance individuelle ne doit pas dissimuler les contraintes intériorisées qui la hantent, et la dépendance collective des rédactions qui la mine.
Concentration, financiarisation
Tout ne s’explique pas par l’économie, mais rien ne s’explique sans elle. Comment nier que dans des médias de plus en plus concentrés et financiarisés, les journalistes sont de plus en plus fragilisés et dépendants ? Les concentrations des médias ont pour moteur leur financiarisation. Leur appropriation par de grands groupes privés a pour finalité de les rendre non seulement rentables, mais profitables. Pour le dire simplement, l’objectif n’est pas seulement de dégager un chiffre d’affaire qui permette de payer les salariés et d’investir pour accroître les capacités d’informer, mais de dégager des taux de profit équivalents à ceux qui existent dans les secteurs de pointe de l’économie.
Ces tendances pèsent non seulement dans l’audiovisuel et la presse magazine, mais également dans la presse écrite généraliste, notamment nationale, qui, à défaut d’être profitable et même souvent rentable, tente de sauver ce qui peut l’être, en se soumettant à des groupes financiers. Ces groupes s’approprient des « marques » qui peuvent être déficitaires, avec pour objectif de les intégrer à des stratégies englobant plusieurs types de médias. Les conséquences sont considérables à la fois sur la nature de l’information produite, sur les conditions de sa production et sur les métiers de l’information. Parmi ces conséquences, les pressions qui s’exercent sur les journalistes en raison de processus de rentabilisation, d’intensification du travail et de l’introduction des formes néolibérales du salariat et du management sont évidentes. On l’oublie trop souvent : à bien des égards, les entreprise médiatiques sont des entreprises comme les autres… et parfois pire que bien d’autres.
Précarisation, dépossession
Particulièrement sensibles dans la presse écrite, les licenciements massifs et les menaces de licenciement, la réduction des effectifs et l’expansion du journalisme précaire fragilisent les rédactions.
Alors qu’il avait connu une progression remarquable pendant les décennies précédentes, le nombre de journalistes encartés a diminué pour la première fois en 2010 et cette diminution s’est confirmée en 2011. En revanche, la proportion de journalistes précaires – en CDD ou pigistes – n’a cessé de croître. Et si la féminisation du journalisme s’est poursuivie, ce sont les femmes qui se trouvent dans les situations les plus précaires. Ce sont désormais plus de 20 % de journalistes précaires qui sont officiellement encartés, auxquels il convient d’ajouter tous ceux qui ne le sont pas (parce qu’ils ne tirent pas 50 % de leurs revenus de leur activité dans une entreprise de presse) et l’armée de réserve des stagiaires et des correspondants de presse. La plupart des journalistes précaires, qu’ils se soumettent aux formes dominantes du journalisme et à sa hiérarchie, en devançant ses exigences ou que, récalcitrants, ils les subissent… « parce qu’il faut bien vivre », sont particulièrement vulnérables et perméables à toutes les pressions. Ils exercent à leur tour une pression interne sur ceux qui, en CDI, rechigneraient encore à s’adapter.
Une telle situation contribue à aggraver la dépossession croissante des rédactions sur les choix non seulement économiques, mais également éditoriaux de chaque média. Ce n’est pas totalement nouveau dans tous les médias. Mais il vaudrait la peine de décrire longuement les processus par lesquels la logique de l’audience commerciale qui prévaut dans l’audiovisuel privé et de la concurrence mimétique que lui livre l’audiovisuel public ont renforcé en leur sein le poids des chefferies éditoriales et des présentateurs, au point de vider peu à peu de substance l’existence collective des rédactions. Il faudrait aussi s’attarder longuement pour montrer comment la prise de pouvoir des investisseurs privés dans des journaux comme Le Monde ou Libération ont privé d’effectivité les droits réduits dont disposent encore leurs sociétés de rédacteurs, soumises à des chantages et des pressions périodiques. Que dire alors de ce qui se passe dans d’autres titres ?
Dépendance interne, concurrence externe
Effet et condition de cette dépossession plus ou moins accentuée : la stabilisation ou la montée en puissance de directions plus ou moins autocratiques, dont la désignation dispense les propriétaires d’un contrôle direct, constant et tatillon sur les journalistes pris un à un ou sur l’orientation éditoriale, du moins dans les périodes de faible conflictualité sociale et politique. Il suffit de mettre à la bonne place des responsables ajustés à leur fonction pour que ceux-ci la remplissent sans qu’il soit nécessaire de les rappeler constamment à l’ordre. Et ce qui est vrai des médias privés l’est également, on l’a compris, des médias publics, quand la nomination des PDG dépend directement (ou par CSA interposé) du pouvoir politique.
Enfin, les pressions qui résultent directement de l’affaiblissement interne des rédactions les rendent particulièrement vulnérables à toutes les autres, et en particulier celles qui résultent de la concurrence qu’exercent des professions limitrophes.
En effet, les journalistes ont toujours dû tenter de démarquer leur activité d’autres activités. C’est ainsi que sont déclarées officiellement incompatibles avec le statut de journaliste professionnel les fonctions d’agent de publicité, de chargé de relations publiques et d’attaché de presse. Mais ces concurrents ne sont pas seulement des rivaux. Non seulement ces professionnels de la communication, dont le nombre excède celui des journalistes professionnels, ont été formés pour la plupart dans des écoles de journalisme ou dans des départements d’ « info-com », et disposent des mêmes compétences que les journalistes professionnels, mais ils s’adossent à des entreprises ou à des institutions souvent beaucoup plus performantes que les entreprises médiatiques : comment s’étonner si les journalistes, de gré ou de force, doivent subir leurs pressions ? Pour quelques publireportages avérés, combien d’informations publiées sous l’emprise des communicants ? Que pèsent les résistances de journalistes individuels quand ils ne disposent pas collectivement des moyens, et trop souvent de la volonté de mener des enquêtes indépendantes ?
Nouvelles technologies : l’émancipation ?
Aucune technologie n’est par elle-même émancipatrice : les nouvelles possibilités qu’ouvrent les nouvelles technologies sont placées sous condition de leurs usages qui peuvent être aussi bien libérateurs que contraignants. Pis : la fascination qu’exercent les nouvelles technologies de production, de mise en forme et de diffusion de l’information masquent souvent de nouvelles vulnérabilités.
La révolution numérique et les nouvelles technologies qui lui sont associées ont des effets ambivalents. Elles permettent de multiplier les canaux et les formes de diffusion, de s’affranchir de la tyrannie des formats propres à chaque média et de diversifier les genres et les formes de l’information et du débat public, de favoriser l’émergence de nouveaux et nombreux acteurs de l’information, et, en particulier, d’un journalisme participatif qui oblige le journalisme traditionnel à se redéfinir et à redéfinir les frontières du professionnalisme.
Mais, dans le même temps, le journalisme participatif, rarement et chichement rémunéré, n’est souvent qu’une forme demi-habile de réduction des effectifs de journalistes salariés et de déstabilisation des rédactions. De même, l’introduction de nouvelles technologies peut se traduire par une détérioration des conditions de travail. De surcroît, les sites adossés à des médias imprimés ou audiovisuels, quand ils ne se bornent pas à rediffuser, souvent contre abonnement, les contenus de ces derniers, se comportent en médias de flux où des « petites mains » recyclent des dépêches d’agences.
Quant aux sites indépendants, rares sont ceux qui – à l’instar de Mediapart par exemple – reposent sur une rédaction qui se dédie à l’information et à l’enquête originales. Les blogs, enfin, qu’ils soient ou non associés à des sites professionnels, peuvent eux aussi donner le change. Comment ne pas se féliciter de l’expansion de l’expression et du débat démocratiques qu’ils favorisent ? Mais pourquoi taire que si on leur doit une multiplication exponentielle de chroniqueurs et d’éditorialistes, ils contribuent à étendre l’empire du commentaire, sans enrichir autant qu’on laisse entendre, la qualité de l’information et de l’investigation, et en particulier de l’enquête sociale ?
Dès lors que, dans nombre de médias, les effectifs maigrissent, que les licenciements se multiplient, que les menaces sur l’emploi s’accroissent, que les conditions de travail se détériorent, que les choix économiques et les orientations éditoriales obéissent à des motivations de plus en plus mercantiles qui échappent, à des degrés divers, aux journalistes pris collectivement, et que les nouvelles technologies sont porteuses de potentialités nouvelles, mais contrariées, voire retournées contre les journalistes eux-mêmes, ces journalistes subissent une dépendance collective.
Certes, même sur Sirius, les journalistes ne jouiraient d’une totale indépendance et ne pourraient pas se soustraire à toutes les pressions. Faut-il se résigner, comme le font ceux à qui le marché tient lieu de cerveau, à laisser libre cours, sans les contrecarrer, à ces tendances lourdes ? Faut-il accepter que les journalistes subissent de plein fouet les conséquences des formes néo-libérales du salariat ? Faut-il se satisfaire de l’affaiblissement collectif des rédactions face aux pouvoirs économique et politique, et à ces nouveaux chiens de garde qui les représentent et les protègent ? Les réponses se trouvent dans les questions.
Comment contrecarrer ces tendances ? Par une appropriation démocratique des médias. Selon quelles modalités ? C’est une autre affaire [1].
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