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27 février 2014

Armes chimiques sous la mer

Réalisation : Nicolas Koutsikas, Eric Nadler, Bob Coen
25/02/2014

Source : http://www.arte.tv
Source : http://future.arte.tv
English : Chemical weapons under the sea


Cachées depuis des décennies, les décharges d'armes chimiques sous-marines livrent un peu de leur secret grâce à cette enquête : un scandale militaire hérité de deux guerres mondiales et une véritable menace pour l'homme et pour l'environnement.

Plus d'un million et demi de tonnes d'armes chimiques non utilisées gisent sur les fonds marins de la planète. Encore s'agit-il d'une estimation, puisque le secret défense qui les entoure à travers le monde empêche toute évaluation précise. Les poisons qu'elles contiennent (gaz moutarde, gaz sarin, arsenic...) s'échappent lentement, inexorablement, des fûts corrodés par des décennies d'immersion. Ces armes sont l'un des terribles héritages des deux guerres mondiales. Jusqu'au début des années 1970, avec un pic entre 1917 et 1945, les armées des grandes puissances ont systématiquement déversé leur arsenal chimique quasi indestructible au fond des mers, dans les lacs ou l'ont enterré. À la conférence de Potsdam, en 1945, les Alliés rassemblent l’ensemble des armes chimiques collectées chez les belligérants et les immergent en mer Baltique, dans l'Atlantique Nord, dans l'Adriatique et dans la Méditerranée (non loin de Saint-Tropez notamment). Les fonds marins au large du Japon et des États-Unis, ainsi que l'océan Indien, sont également concernés.

Bombes à retardement

Des documents déclassifiés et des recherches indépendantes, sur fond de progrès scientifique et technologique, ont permis  de lever une part du secret qui entoure ces décharges. Depuis quelques années, en Italie, en Allemagne, aux États-Unis, au Canada ou au Japon, des individus se battent pour localiser et éliminer ces bombes à retardement. Mais les obstacles sont colossaux : la dissimulation et l’imprécision des archives, le secret militaire, le coût des opérations de nettoyage et la crainte de nuire à la pêche ou au tourisme. Il est donc difficile d'évaluer l’ampleur de la menace qui pèse sur les populations et sur les écosystèmes, d’autant que les États font la sourde oreille. L'espoir vient d'une poignée de scientifiques qui ont saisi l'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques afin qu'elle s'empare du problème. Ce documentaire captivant, nourri d’interviews et d'images d'archives, passe en revue les zones à risque et montre que des solutions sont possibles pour nettoyer les décharges. À condition que les États acceptent d'y mettre le prix.

Repères historiques

22 avril 1915  : L’Armée allemande fut la première à lancer une offensive chimique d’envergure, lors de la 2ème bataille d’Ypres en Belgique, en utilisant un gaz chloré.

1917 : Le gaz moutarde devient le « roi des gaz de combat ».

2 décembre 1943 : Début de la plus grande catastrophe chimique en Europe : 105 bombardiers de la Luftwaffe coulent 27 navires américains dans le port de Bari, dont « Le John Harvey », qui transportait une cargaison secrète de 2000 bombes de gaz moutarde. Pour éviter d’offrir aux Allemands une grande victoire sur le terrain de la propagande, les Alliés décident de garder le secret sur la nature des armes. Des centaines de civils italiens ne reçoivent alors aucun traitement lorsque le nuage de gaz envahit leur ville…

17 juillet - 2 août 1945 : à la conférence de Potsdam, les Alliés victorieux concluent un accord : ils se répartissent les stocks de toutes les armes chimiques et décident de les déverser en mer. à l’époque, cette solution paraît la plus simple et la plus sûre. Des immersions d’armes chimiques ont eu lieu en mer du Japon, dans l’océan Indien, en mer Baltique, en mer du Nord, dans l’Atlantique Nord, au large de la Côte d’Azur, en France et au large des côtes américaines et canadiennes.

1970 : Fin des versements en mer des armes chimiques.

1972 : Une loi du Congrès américain interdit le déversement d’armes chimiques en mer.

13 janvier 1993 : Signature à Paris de la Convention sur l'interdiction de la mise au point, de la fabrication, du stockage et de l'emploi des armes chimiques et sur leur destruction. Elle est entrée en vigueur le 29 avril 1997.

2005 : Début de la construction du gazoduc Nord Stream, qui révèle au grand jour la présence des armes chimiques dans la mer Baltique.

11 octobre 2013 Le prix Nobel de la Paix est décerné à l’Organisation pour l’Interdiction des Armes Chimiques. Créée en 1997, elle a supervisé la destruction de 80% des stocks d’agents chimiques déclarés (environ 60 000 tonnes), ainsi que près de 60% des 8 millions de munitions.

12 décembre 2013 : L 'ONU confirme l'utilisation d'armes chimiques en Syrie. Aux termes de la résolution, toutes les armes chimiques syriennes doivent être détruites avant le 30 juin 2014.

2017 : Date de la levée du secret d’état concernant les immersions en mer aux états-Unis et en Grande-Bretagne.



Les principaux gaz utilisés

De nombreux produits toxiques ont été employés dans les armes chimiques. Ces produits se présentent généralement sous forme de gaz ou d’aérosols largués dans des bombes ou pulvérisés par des avions spécialement équipés.

Parmi les principaux :

L’Arsine ou le trihydrure d’arsenic

Un gaz incolore et toxique, plus lourd que l’air, utilisé par l’armée allemande, en association avec d’autres gaz, dans les obus chimiques de la Première Guerre mondiale. Diffusé en aérosol assez fin pour passer la barrière des filtres des masques à gaz, il forçait les soldats à tousser, éternuer ou vomir. Poussés à ôter leur masque, ils respiraient alors d'autres gaz mortels libérés par les obus. Dans la mer, les armes chimiques à base d’arsenic se décomposent en arsenic inorganique, qui est toxique.

Le chlore

Utilisé lors de la première attaque chimique en 1915, le chlore est un puissant agent irritant qui peut infliger des dégâts aux yeux, au nez, à la gorge et aux poumons. À haute concentration, il peut causer la mort par asphyxie.

Le gaz moutarde

Il s’attaque à tous les organes du corps, provoquant de fortes brûlures, notamment aux yeux, menant à la cécité. Jusqu’à dix jours après l’exposition, les poumons peuvent être atteints : toux, inflammation, saignements, puis apparition de lésions alvéolaires entrainant une détresse respiratoire, un oedème pulmonaire et la mort. Dans la mer, le gaz moutarde se décompose en soufre, carbone et hydrogène, des éléments chimiques relativement inoffensifs.

Le Sarin

Découvert en 1939 par trois chercheurs allemands à la recherche de meilleurs pesticides, le gaz sarin est une substance inodore, incolore et volatile. Même à très faible dose, ce neurotoxique peut être fatal pour l’homme et l’animal.

Le Tabun

Découvert par hasard en Allemagne en 1936 par Gerhard Schrader, c’est un gaz à action rapide, inodore et incolore, qui s'attaque au système nerveux et respiratoire.


CARTES DES VERSEMENTS EN MER D'ARMES CHIMIQUES :

EUROPE :


NORTH EUROPE :

SOUTH ITALIA / FRANCE :

SOUTH ASIA :

JAPAN / KOREA :

NORTH UNITED STATES OF AMERICA :

PACIFIC :

La pollution de la mer Baltique


Le développement du trafic maritime est néfaste pour l’environnement, et la Baltique est déjà l’une des mers les plus polluées de la planète. En effet, l’intensité du trafic maritime favorise les accidents de navire (matérialisés par des points rouges sur la carte). Ainsi, plus de 700 barils de pétrole en moyenne sont déversés dans la Baltique chaque année. Ensuite, les fonds marins de la Baltique contiennent des milliers de tonnes de munitions et d’armes chimiques, déversées à la fin de la Seconde Guerre mondiale, dans les zones cerclées de bleu clair sur la carte.
Source : http://ddc.arte.tv/nos-cartes/mer-baltique-la-mediterranee-du-nord

ACTUALITé CONNEX : http://www.europe1.fr/International/Syrie-le-parcours-de-la-destruction-de-l-arsenal-chimique

Documentaire de Nicolas Koutsikas, Eric Nadler et Bob Cohen (France 2013, 88mn)

15 mars 2013

L'hydrates de méthane une solution pour l'avenir (du Japon) ?

Distribution mondiales des ressources supposées ou confirmées d'hydrate de méthane, 1996.
Source: USGS
Le Japon se tourne avec succès vers les hydrates de méthane
Par Quentin Mauguit, Futura-Sciences
14/03/2013
Source : http://www.futura-sciences.com
English  Japan turns to successfully methane hydrates


Le Japon a trouvé une nouvelle source d’énergie pour recouvrer son indépendance : les hydrates de méthane. Ce carburant fossile repose notamment dans des sédiments marins à de grandes profondeurs. Il vient pour la première fois d’être extrait avec succès à partir d’un navire de forage. 
 
Le gouvernement japonais a fait stopper la plupart des centrales nucléaires présentes sur son territoire, à la suite de la catastrophe de Fukushima. La production d’électricité à partir d’énergie fossile a par conséquent connu un nouvel essor, ce qui a mené le pays dans une situation économique que certains qualifient d’intenable. Le Japon doit en effet importer 95 % du gaz qu’il consomme, car il ne dispose pas de réserves conventionnelles. 

Ce détail a toute son importance. En effet, des prospections sismiques et des forages exploratoires ont souligné la présence d’environ 1.100 milliards de m3 de méthane au large de la côte est du pays, soit de quoi subvenir aux besoins énergétiques de la société japonaise durant 11 ans. Il ne faut cependant pas crier victoire pour autant, car le combustible se présente sous forme d’hydrates de méthane, également appelés « glace qui brûle » ou « glace de méthane ». 

La particularité de ce méthane est d’être enfermé dans des cages faites de molécules d’eau organisées en réseau cristallin, où il est soumis à de hautes pressions et de basses températures. Bien que cette glace atypique soit connue depuis plus de deux siècles, aucune méthode ne permettait jusqu’ici de l'exploiter au sein même des sédiments marins profonds dans lesquels elle reposait. Or, la Japan Oil, Gas and Metals National Corporation (Jogmec) vient de réussir ce 12 mars 2013 à extraire du méthane de manière satisfaisante, durant un essai mené au large des péninsules d’Atsumi et de Shima. 

Le Chikyu est un navire de recherche japonais inauguré en 2002. Il peut théoriquement forer jusqu'à sept kilomètres de profondeur dans le plancher océanique.
Le Chikyu est un navire de recherche japonais inauguré en 2002. Il peut théoriquement forer jusqu'à sept kilomètres de profondeur dans le plancher océanique. © Gleam, Wikimedia Commons, cc by sa 3.0
 
Indépendance énergétique fournie par les fonds marins
 
Sept années d’explorations (de 2001 à 2008) et quatre années de recherches (de 2009 à ce jour) ont été requises pour localiser les sources d’hydrates de méthane exploitables et développer la technologie requise pour leur extraction. Sur site, trois forages ont été réalisés par le navire de recherche Chikyu en février et mars 2012. Seul un puits est destiné à l’extraction du combustible, les deux autres étant prévus pour la surveillance des opérations. Le puits principal a été foré par 1.000 m de fond et a atteint une profondeur de 330 m. 

Diverses approches ont été envisagées pour extraire le gaz, mais seule l’une d’entre elles a été retenue à la suite de tests menés au Canada en 2001 et 2008 : la dépressurisation. Cette technique consiste à faire chuter la pression au sein des sédiments pour libérer le méthane. L’expérience, dont les préparatifs ont débuté le 28 janvier, devrait se poursuivre durant encore deux semaines. Le Chikyu est ensuite attendu au port de Shimizu le 26 mars. Plusieurs aspects de l’extraction suscitent une vigilance particulière : la dissociation du méthane sous l’eau, la régularité du flux et l’impact environnemental. Précisons enfin que le gaz produit est directement brûlé en surface par le biais d’une torchère installée sur le navire de forage

Les hydrates de méthane pourraient donc offrir une nouvelle indépendance énergétique au Japon, mais à quel prix ? Ces hydrocarbures non conventionnels sont par définition d’origine fossile, et l’on peut d’ores et déjà redouter la survenue de fuites durant leur exploitation industrielle ou leur consommation massive. En effet, le méthane et le CO2 issu de sa combustion sont d’importants gaz à effet de serre. Voilà de quoi lancer un nouveau débat, à l’image de celui qui oppose les partisans et les détracteurs du gaz de schiste. Quoi qu’il en soit, un second essai est prévu courant 2014 ou 2015. Si tout se passe bien, une plateforme d’extraction sera développée entre 2016 et 2018.


Les hydrates de méthane constituent-ils une ressource exploitable ?
Entretien avec Roland Vially
Loïc Mangin
12/2010

Roland Vially est géologue à l'IFP-Énergies nouvelles.

Les hydrates de méthane, un mélange cristallisé d'eau et de gaz, constitueraient une ressource considérable de gaz naturel. Cependant, leur exploitation n'est aujourd'hui possible ni économiquement ni techniquement. En outre, on ignore encore s'ils influent sur le climat. Entretien avec Roland Vially.

 

Les hydrates de méthane sont-ils des gaz non conventionnels ? 

 

Roland Vially : Ces composés sont bien une forme de gaz non conventionnels, mais ils diffèrent notablement des trois autres (gaz de schistes, gaz de houille et tight gas), même si là encore il s'agit de méthane. Un hydrate de méthane est un mélange d'eau et de méthane qui, sous certaines conditions de pression et de température, cristallise en un solide.
Les hydrates de gaz ont été découverts dans les années 1810 par le chimiste britannique Humphrey Davy, mais n'ont guère retenu l'attention. Puis, 120 ans plus tard, on s'aperçut qu'ils pouvaient obstruer les gazoducs dans l'Arctique russe. Dans les années 1950, des cristallographes ont élucidé la structure des hydrates de gaz : elle correspond à une famille de substances nommées clathrates. Un squelette alvéolaire constitué de molécules d'eau reliées par des liaisons hydrogène est stabilisé par des liaisons de type Van der Waals avec des molécules de gaz piégées dans les cages polyédriques. Ces dernières se distinguent par le nombre et la forme des cages (pentagones, hexagones...).

 

Où les trouve-t-on ? 

 

Dans la nature, les conditions nécessaires pour que les hydrates soient stables sont réunies dans la partie supérieure des couches sédimentaires des régions arctiques (très basse température et faible pression), notamment dans le pergélisol, cette couche du sol gelée en permanence.
On trouve aussi ces conditions de température et de pression adéquates dans les sédiments superficiels des eaux océaniques profondes (forte pression et basse température). À mesure que l'on s'enfonce dans les sédiments, ces hydrates ne sont plus stables, car la température, liée au gradient géothermique, augmente. L'interface entre le domaine contenant des hydrates et celui qui en est dépourvu est caractérisée par un fort contraste d'impédance acoustique que l'on repère sur les enregistrements sismiques : on distingue un réflecteur parallèle au plancher océanique.
Lorsque pour des raisons naturelles, tels un réchauffement climatique, une baisse du niveau marin ou une surrection tectonique, les hydrates « quittent » leur domaine de stabilité, ils se dissocient pour former de l'eau et du gaz. Quand on remonte en surface des carottes contenant des hydrates, ces derniers se décomposent et l'on peut enflammer le méthane.
Contrairement aux gaz conventionnels, on ne peut plus parler de système pétrolier ou gazier, car il suffit d'avoir du méthane et des conditions de pression et de température pertinentes pour obtenir des hydrates de méthane.

 

Quel volume de méthane représentent-ils ? Et peut-on imaginer y avoir accès ? 

 

Donner une estimation du gaz en place dans les sédiments sous forme d'hydrate de méthane est extrêmement difficile, mais des valeurs notablement supérieures à 1 000 téramètres cubes sont communément admises. Ces valeurs sont à comparer avec les réserves prouvées de gaz conventionnels qui sont de l'ordre de 180 téramètres cubes et la consommation annuelle mondiale de trois téramètres cubes. Quel que soit le chiffre, il est considérable, mais précisons qu'il représente le volume de gaz en place et pas celui des ressources récupérables.
Aujourd'hui, aucune production commerciale de ces hydrates n'a été entreprise. Dans les années 1970, les Russes ont mis en production en Sibérie un champ de gaz naturel, à Messoyakha, dont une partie du réservoir est remplie par des hydrates de gaz. Outre le fait qu'il ne s'agit pas à proprement parler d'une production d'hydrates, puisqu'on récupère le gaz libre sous la couche d'hydrates de méthane (l'exploitation du gisement favorise la déstabilisation des hydrates, un phénomène qui alimente le gisement), l'intérêt économique n'a pas encore été démontré.
Des expériences pilotes de production ont été effectuées à Mallik, dans l'Arctique canadien, et dans le prisme d'accrétion de Nankaï, dans les profondeurs de l'océan près du Japon. Les tests se poursuivent encore : par exemple, les Japonais ont prévu deux extractions expérimentales, la première en 2012 et la seconde en 2014.

 

Comment récupère-t-on le méthane de ces hydrates ? 

 

Dans ces sites, trois techniques de production ont été testées : la dépressurisation, la stimulation thermique et l'injection d'inhibiteurs. Dans la première, on cherche à déstabiliser les hydrates de méthane en pompant l'eau aux alentours du puits. La chute locale de pression entraîne la dissociation des hydrates et la production d'eau et de méthane. La deuxième technique consiste à injecter de la vapeur pour déstabiliser les hydrates. Enfin, dans la troisième, on modifie la courbe de stabilité des hydrates en injectant du méthanol. Toutefois, l'intérêt économique de telles méthodes reste à démontrer.

 

Quels enseignements peut-on tirer de ces premières tentatives ? 

 

Ces expériences pilotes ont montré qu'une production significative de méthane n'est possible que lorsque les hydrates se situent dans les anfractuosités d'une couche poreuse et très perméable afin que l'on puisse facilement pomper ou injecter de la vapeur ou des inhibiteurs. Autre contrainte, les pores doivent contenir une forte proportion d'hydrates, ce qui suppose une bonne alimentation (la migration du gaz vers le réservoir) et une bonne concentration (le gaz doit être piégé). Ces conditions sont quasiment celles d'un bon gisement de gaz naturel qui n'est pas sous forme « classique » du fait des conditions de pression et de température.
En conséquence, pour le calcul des ressources ultimes récupérables, on ne doit pas tenir compte des hydrates sous forme de granules, de nodules ou sous formes diffuses dans des sédiments imperméables. Le volume en est notablement réduit et doit alors être compris entre 100 à 500 téramètres cubes de gaz, un ordre de grandeur comparable avec ceux des réserves des autres gaz non conventionnels. Quant aux réserves prouvées, on n'en connaît encore aucune.

 

On soupçonne les hydrates de méthane d'influer sur le climat, qu'en est-il ? 

 

Plusieurs spécialistes du climat pensent que le méthane (dont le pouvoir de gaz a effet de serre est 25 fois supérieur à celui du dioxyde de carbone) contenu dans les hydrates influe sur l'évolution du climat. Par exemple, James Kennett, de l'Université de Santa Barbara, aux États-Unis, a proposé la théorie du « fusil à hydrates » selon laquelle ces composés s'accumuleraient pendant les périodes glaciaires et se dissocieraient lors des réchauffements.
De fait, certains climatologues, tel James Hansen, de l'Institut Goddard de la nasa, craignent que le réchauffement climatique actuel n'entraîne l'augmentation de la température du pergélisol et donc la libération du méthane qu'il contient. Ce gaz relâché dans l'atmosphère favoriserait l'effet de serre et faciliterait un emballement climatique.
En 1995, Gerald Dickens, de l'Université Rice, aux États-Unis, a proposé un rôle non négligeable de la dissociation d'hydrates de méthane dans le réchauffement brutal de la Terre il y a 55 millions d'années (en 1 000 à 10 000 ans, la température des eaux marines a augmenté d'en moyenne six degrés). Cependant, ces idées n'ont pas convaincu, notamment parce qu'elles ne disent rien sur l'initiation du processus.
Aujourd'hui, aucun consensus n'a été obtenu, et beaucoup de spécialistes restent dubitatifs quant à un possible rôle des hydrates de méthane dans la dynamique du climat.

 

Les hydrates de méthane pourraient-ils constituer une alternative au gaz naturel liquéfié (gnl) pour le transport ? 

 

En effet, les hydrates de méthane sont en théorie adaptés au transport de ce gaz sur de longues distances et pourraient à terme concurrencer le gnl. Leur principal avantage réside dans le fait que les conditions de température et de pression nécessaires à leur stabilité sont moins draconiennes que celles requises pour le gnl. Les hydrates sont donc moins dangereux, même si, pour une cargaison de même poids, le volume de méthane transporté est moindre. Ce mode de transport est encore à l'état de projet.


SOURCE WIKIPEDIA :
English   Methane clathrate

Hydrate de méthane


Un hydrate de méthane (ou clathrate de méthane) est un composé d'origine organique naturellement présent dans les fonds marins, sur certains talus continentaux, ainsi que dans le pergélisol des régions polaires.
La formation de ces hydrates constitue l'un des puits de carbone planétaires, mais elle est très instable quand sa température dépasse un certain seuil.
Les hydrates de méthane sont une source potentielle d’énergie fossile pour remplacer le pétrole ; ils sont réputés présents en grande quantité, surtout en fonds marins, mais sont difficilement exploitables. Ils restent une source directe de méthane ou indirecte de CO2, deux puissants gaz à effet de serre.
Appelé familièrement « glace qui brûle » ou « glace de méthane », ce composé glacé est inflammable dès qu'il fond et en présence d'oxygène ou d'un oxydant. À l'échelle moléculaire, un clathrate de méthane est en effet constitué d'une fine « cage » de glace dans laquelle est piégé du méthane a priori issu de la décomposition de matière organique relativement récente (par rapport à celle qui a engendré le pétrole et le gaz naturel) et effectuée par des bactéries anaérobies et méthanogènes.
Lors de la production de gaz naturel, d'autres hydrates peuvent se former (d'éthane et de propane). Plus la longueur de la molécule d'hydrocarbure augmente (butane, pentane..), moins les hydrates formés sont stables.
Les hydrates de gaz naturels (Natural gas hydrate ou NGH en anglais) sont caractérisés par une plus faible pression (25 mégapascals, compression 1/170) et une plus haute température (0°C), que les LNG (Liquified natural gas, gaz naturels liquéfiés) ou les CNG (Compressed natural gas, gaz naturels comprimés).


Combustion d’hydrate de méthane (USGS).
Cadre en haut à gauche : structure du clathrate.

Bloc d'hydrate de gaz (clathrate) trouvé lors d'une expédition scientifique avec le navire de recherche allemand FS SONNE dans la zone de subduction située au large de l'Oregon, à une profondeur d'environ 1200 mètres. Cet hydrate de méthane était enfoui dans le premier mètre du sédiment, dans la zone dite "hydrate ridge", au large de l'Oregon (États-Unis). Ici, il présente une structure particulière( vaguement en « nid d'abeille ») quand il fond

Sommaire

Découverte

Le navire de recherche Sonne remonte en juillet 1996 de l’océan Pacifique, et d’une profondeur de 785 m, 500 kg d’hydrate de méthane1.

La structure des hydrates de méthane


filons d'hydrate de gaz (clathrate, en blanc sur la photo) trouvé au large de l'Oregon(-1200 mètres environ) dans le premier mètre du sédiment

Structure de base de l'hydrate de méthane.
Les 2 petites cages sont entièrement coloriées en jaune et les faces hexagonales des grandes cages sont coloriées en rouge
L'hydrate de méthane est formé de molécules d'eau formant des cages qui piègent des molécules de gaz comme le méthane ou le sulfure d'hydrogène (gaz tous deux présents dans l'hydrate remonté par le navire Sonne). Ces cages peuvent stocker de considérables quantités de gaz (par exemple 164 cm3 de méthane dans 1 cm3 d'hydrate).

Plus précisément, la structure de base de l'hydrate de méthane correspond à la structure de type I des structure clathrates de gaz (en)2 : cette structure 3 (également appelée structure de Weaire-Phelan) comprend 2 cages de petite taille et 6 cages de plus grande taille :
  • chacune des 2 cages de petite taille a la forme d'un dodécaèdre irrégulier (polyèdre formé de 12 faces en forme de pentagones irréguliers et qui comprend 30 arêtes et 20 sommets) ;
  • chacune des 6 cages de grande taille a la forme d'un trapèzoèdre hexagonal tronqué (en) (polyèdre formé de 2 hexagones réguliers et de 12 pentagones irréguliers et qui comprend 36 arêtes et 24 sommets) ;
  • chacun des sommets de ces 8 cages est occupé par une molécule d'eau tandis que le gaz méthane occupe l'intérieur de ces cages.

Certains de ces sommets étant communs à deux ou plusieurs cages, le nombre total de molécules d'eau de la structure de base de l'hydrate de méthane n'est que de 46 molécules (au lieu de 184).

Réservoirs naturels

Les hydrates de méthane sont stables à basse température et à forte pression.
Ces conditions se rencontrent dans deux milieux très différents :

Réservoir océanique

Du méthane est stocké sous forme d'hydrates de méthane dans les sédiments océaniques profonds et au niveau des talus continentaux à des profondeurs de quelques centaines de mètres.

Réservoir continental

On trouve également des hydrates de méthane dans le pergélisol des régions circumpolaires de l'Eurasie et de l'Amérique.

Inventaire

Depuis les premières estimations dans les années 1970, la quantité d'hydrate de méthane dans le réservoir océanique a été révisée à la baisse mais reste considérable. Selon une estimation récente4, cette quantité serait comprise entre 1 et 5×1015 m3 de gaz, soit entre 0,5 et 2,5 ×1012 tonnes de carbone. La quantité d'hydrates de méthane dans le réservoir continental est moins bien connue. La surface relativement faible (10 millions de km²) occupée par le pergélisol laisse supposer qu'elle est moindre que dans le réservoir océanique.
Par comparaison, les réserves connues de pétrole en 2005 étaient d'environ 2×1011 m3 (voir l'article Réserves pétrolières).

Applications

Source potentielle d'énergie


Distribution mondiales des ressources supposées ou confirmées d'hydrate de méthane, 1996.
Source: USGS
Les réserves d'hydrate de méthane sont si considérables que de nombreuses compagnies pétrolières s'y intéressent. Mais la récupération de ce composé est difficile et coûteuse, voire dangereuse pour le climat planétaire et les difficultés technologiques qui en résultent semblent actuellement loin d'être résolues.
Après la catastrophe de Fukushima, le japon a un besoin vital de nouvelles sources d'énergie. Le Gouvernement a lancé un programme de recherche (2001-2008) visant à localiser et qualifier la ressource sous-marine potentielles du Japon, puis un plan de sept ans (« Programme sur l'exploitation de l'énergie marine et des ressources marines »), voté en mars 2009. Deux extractions tests étaient prévus en 2012 et 2014 près de la Nankai Trough (en) au sud du pays où des ressources importantes ont été détectées5,6. Le test in situ de récolte stabilisée durant deux semaines a commencé en mars 20137.
Des hydrates de méthane ont déjà pu être exploités à Messoyakha, petit champ gazier peu profond de Sibérie occidentale, situé juste à la limite de stabilité des hydrates de méthane. En conséquence, sa partie basse était un gisement de gaz "normal" (du gaz libre dans du sable) tandis que le haut était rempli d'hydrates. L'exploitation du gaz conventionnel a réduit la pression et a déstabilisé les hydrates, dont le méthane a alors pu être utilisé.
L'exploitation des hydrates de méthane pourrait poser de sérieux problèmes en matière d'effet de serre. Leur combustion émet en effet du CO2, mais pas plus que le gaz naturel (et moins que le charbon et le pétrole). Le risque existe qu'en exploitant les hydrates sous-marins instables l'on fasse involontairement remonter de grandes quantités de méthane dans l'atmosphère : cela équivaudrait à exploiter du gaz naturel en autorisant d'énormes fuites. Or le méthane (CH4) a un pouvoir de nuisance beaucoup plus élevé que le CO2 en tant que gaz à effet de serre. Son potentiel de réchauffement global mesuré à l'échelle d'un siècle à partir de sa diffusion dans l'atmosphère est en effet compris entre 22 et 23 fois celui du dioxyde de carbone, en tenant compte d'une durée de vie moyenne des molécules de CH4 de seulement une douzaine d'années avant leur décomposition par les UV, des phénomènes de combustion ou d'oxydation et diverses réactions chimiques.
Les industriels doivent tester en mer des méthodes de décompression des hydrates permettant de le récupérer intégralement. C'est un des projets du Japonais JOGMEC8.
Un projet allemand dit « SUGAR (acronyme signifiant Submarine Gashydrat-Lagerstätten: Erkundung, Abbau und Transport), lancé à l'été 2008 par l'Institut Leibniz pour les sciences marines de Kiel9, sous tutelle des Ministères fédéraux de l'économie et de la technologie (BMWi) et de l'enseignement et la recherche (BMBF) avec l'appui de 30 partenaires économiques et scientifiques et un budget initial de près de 13 millions d'euros, vise à extraire du méthane marin et à stocker à sa place du CO2 capté au sortir de centrales thermiques ou d'autres installations industrielles10.

Rentabilité économique

Les études de production

Des études japonaises et américaines ont été réalisées depuis 2001 dans le but de démontrer que l'imperméabilisation d'un système d'approvisionnement NGH était possible dans le cadre de l'exploitation des gisements de gaz naturel offshore et non pas dans l'exploitation des gisements d'hydrates eux-mêmes (puisque celle-ci n'a pas encore pu être réalisée de façon effective dans un cadre d'approvisionnement à l'échelle industrielle).
Les études de faisabilité réalisées à cet effet ont donc démontré que l'utilisation de systèmes d'approvisionnement NGH basés sur les techniques de production d'hydrate de méthane synthétique était rentable dans le cadre d'une exploitation rationnelle des gisements de gaz naturel de moyenne et moindre importance : l'exploitation des gisements de gaz naturel comprend par définition un investissement très important dans les technologies de liquéfaction du gaz. L'investissement de base et le coût de construction et de mise en service d'une unité de liquéfaction rend l'exploitation des gisements de faible ou moyenne importance non économiquement viable.

Transport et stockage du méthane

L'exploitation des hydrates de méthane ne se limite pas aux fonds sous-marins. En effet, les hydrates de méthane sont une bonne alternative pour le transport du méthane sur des distances relativement longues. Ainsi, on réduirait grâce aux hydrates de méthane le transport dangereux du gaz naturel liquéfié ou encore la construction de gazoducs.
De plus, le transport des hydrates par bateau pourrait être moins coûteux en énergie que celui du gaz naturel liquéfié, car les conditions de température et de pression seraient moins difficiles à préserver que dans les méthaniers actuels. A contrario, la quantité finale de gaz libre transportée par rapport au poids de la cargaison est en la défaveur des hydrates au niveau du coût de transport.
Si la distance reste inférieure à 6 000 km, le système d'acheminement NGH devient alors moins coûteux que le classique LNG. La production et la regazéification étant à la base déjà moins coûteuses avec le NGH et nécessitant de moindres investissements, le système marque ici toute sa supériorité sur le système de compression classique par liquéfaction du gaz naturel.

Natural Gas Hydrate (NGH) [réf. nécessaire] Liquefied Natural Gas (LNG) [réf. nécessaire]
Modes de transport et de stockage Solide Liquide
Température de transport -20 °C -162 °C
Densité 0,85 - 0,95 0,42 - 0,47
Contenus d'1 m3 de produit 170 m3 CH4 et 0,8 m3 H2O 600 m3 CH4
Des recherches sont en cours de développement pour :
  • permettre de transformer le méthane gazeux en hydrates pour son transport entre le gisement et le centre de consommation ;
  • produire des hydrates de méthane en tant que stock d'hydrogène susceptible d'être utilisé dans des piles à combustibles ;
  • maîtriser la formation d'hydrates de méthane dans les gazoducs où ces hydrates peuvent boucher des canalisations et/ou les endommager lorsqu'ils dégèlent. À cette fin, des biologistes tentent de comprendre comment certains organismes vivant peuvent inhiber la production de ces hydrates11 ;
  • transposer au CO2 des technologies proches de celles qui pourraient être développées pour les hydrates de méthane, avec l'idée de pouvoir « emprisonner » le CO2 dans de la glace (comme le méthane) et former ainsi des hydrates de CO2. Ceci pourrait peut-être permettre de garder sous pression les gisements sous-marins d'hydrates de méthane s’ils deviennent exploitables, et ainsi limiter aussi le dégagement du CO2 dans l'atmosphère.

Hydrates de méthane et changement climatique


Bloc d'hydrate de méthane en train de fondre dans l'eau de mer, en se dissociant en eau et méthane (photo USGS)
On craint que le réchauffement climatique puisse suffisamment élever la température du pergélisol pour que les clathrates qui y sont présents fondent au moins partiellement, ce qui relâcherait énormément de méthane dans l'atmosphère, lequel viendrait à son tour augmenter l'effet de serre, d'où un effet d'emballement.
On pense qu'un dégel massif des hydrates de méthane océaniques a eu une importance considérable dans la gravité de l'extinction permienne qui vit disparaître 95 % des espèces marines et 70 % des espèces continentales, il y a 250 millions d'années.

Voir aussi

Articles connexes

Références

  1. (fr) Archimède : Énergie des abysses, émission du 26 octobre 1999, sur Arte.tv.
  2. voir le dossier "Les océans", Pour la Science n° 73 d'octobre-décembre 2011, page 11
  3. on connaît 2 autres structures possibles pour les clathrates de gaz, la structure II et la structure H, mais elles correspondent à d'autres gaz que le méthane
  4. A.V. Milkov, 2004, Global estimates of hydrate-bound gas in marine sediments: how much is really out there?, Earth-Sci. Rev., vol. 66, n° 3-4, p. 183-197.
  5. H. Saito et N. Suzuki, Terrestria organic matter controlling gas hydrate formation in the Nankai Trough accretionary prism, offshore Shikoku, Japan - Journal of Geochemical Exploration, 95 (2007) 88-100
  6. Vers des expériences sous-marines d'extraction d'hydrate de méthane (Bulletin ADIT/Ambassade de France au Japon / BE Japon 501 18/05/2009)
  7. Marion Garreau (avec AFP), 2013, De la "glace qui brûle" extraite : un siècle d'indépendance énergétique ?, 2013-03-12
  8. site internet de JOGMEC
  9. IFM-GEOMAR ; Kieler Leibniz Institut für Meereswissenschaften
  10. Communiqué relatif au projet SUGAR
  11. CNRC canadien, avec Virginia Walker, biologiste de l'Université Queen's, et Peter Englezos, ingénieur chimiste de l'Université de la Colombie-Britannique, cités par le bulletin ADIT 335 de l'ambassade de France au Canada, en mai 2008

Bibliographie

  • (fr) Le méthane et le destin de la Terre : les hydrates de méthane : rêve ou cauchemar? Gérard Lambert, Jérôme Chappellaz, Jean-Paul Foucher, Gilles Ramstein; préface de Édouard Bard; EDP Sciences 2006
  • (en) Xuemei Lang, Shuanshi Fan, Yanhong Wang, Intensification of methane and hydrogen storage in clathrate hydrate and future prospect Review ; Journal of Natural Gas Chemistry, Volume 19, Issue 3, May 2010, Pages 203-209 (Résumé)
  • (en) T. Elperin, A. Fominykh, Model of gas hydrate formation on the surface of a slug of a pure gas ; International Communications in Heat and Mass Transfer, Volume 22, Issue 3, May–June 1995, Pages 435-443 (Résumé)
  • (en) Bahman ZareNezhad, Farshad Varaminian, A generalized macroscopic kinetic model for description of gas hydrate formation processes in isothermal–isochoric systems ; Energy Conversion and Management, Volume 57, May 2012, Pages 125-130 (Résumé)
  • (en) P. Englezos, N. Kalogerakis, P.D. Dholabhai, P.R. Bishnoi, Kinetics of gas hydrate formation from mixtures of methane and ethane ; Chemical Engineering Science, Volume 42, Issue 11, 1987, Pages 2659-2666 (Résumé)

Liens externes

9 mars 2013

Le gaz de schiste : bulle spéculative ou solution miracle ?

Par Alfredo Jalife-Rahme
06/03/2013
Source : http://www.voltairenet.org
English    Shale gas: bubble solution or miracle?

Un peu partout dans le monde, des voix s’élèvent pour dénoncer le mythe du gaz de schiste. Outre la bulle spéculative qu’elle est en train de produire, cette escroquerie ne sera pas sans lourdes conséquences pour les États-Unis. En effet, l’Administration Obama s’est auto-persuadée que le pays se dirigeait vers une indépendance énergétique durable.

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Avec un beau graphique, c’est très convainquant.
 
Il n’y a pas de débat sur le gaz de schiste ; s’agit-il d’un miracle de la technologie US, comme nous le crient sur tous les toits les médias anglo-saxons, ce qui relèverait d’un exploit prométhéen, ou bien d’une vulgaire bulle spéculative gonflée par les tenants de la gouvernance financière, thèse défendue par le centre de réflexion géostratégique DeDefensa.org, qui a son siège à Bruxelles ? [1]

Or ce débat a tout lieu d’être, puisque c’est de sa conclusion que dépend la nouvelle place imprenable à laquelle aspirent les USA : puissance énergétique globale capable de rivaliser avec la Russie et l’OPEP, si la manne gazière se confirme, ou tentative publicitaire piteuse pour retarder la décadence de la jadis superpuissance unipolaire ?

Un ami banquier haut placé qui demande à garder l’anonymat est d’avis que le fracking (la fracturation de la roche à 4 000 m de profondeur, grâce à une énorme quantité d’eau) est une autre opération d’intox, car ce n’est absolument pas viable. Il ajoute que les investissements en fracking sont un gouffre, et que les liquidités générées par la vente de pétrole ne suffisent pas à financer la croissance nécessaire à cette nouvelle industrie, parce que les puits ouverts par fracking s’épuisent très vite ; pour une production soutenue à un certain niveau, il faut ouvrir constamment de nouveaux puits. C’est indispensable et ne suffira guère qu’à maintenir un niveau de production donné.

« Ce procédé n’offre pas les avantages de la production traditionnelle de pétrole, qui a été source prodigue de liquidités nettes, servant à l’expansion de la production ou à l’investissement dans d’autres secteurs. Non, le fracking dévore toutes les ressources ; il lui faut des emprunts gargantuesques, et un jour, cela provoquera une crise. Au final, cela s’avèrera être tout juste une nouvelle manœuvre de Wall Street pour attirer les petits investisseurs, qui cherchent désespérément des placements rentables, et se jetteront sur le miroir aux alouettes. »

Le raisonnement est fort convaincant, d’autant plus qu’Aubrey McClendon, fondateur de Chesapeake Energy, le plus grand producteur de gaz naturel aux US, vient de se voir obligé de démissionner, par ses investisseurs, faute de produire des bénéfices, tandis que l’entreprise s’est gravement endettée ; c’est un effondrement financier qui découle de la chute des prix du gaz naturel, et du manque de liquidités [2].

De son côté, le site DeDefensa.org annonce la fin du mythe de la révolution par le gaz de schiste d’ici à 18 ou 24 mois au grand maximum. Il a déjà créé une rubrique « shalegas-gate » et considère la production de puits comme « l’arme de destruction massive » [qui viendra à bout des USA], en revenant sur le retentissant échec de Chesapeaky Energy. Bref, les EUR (estimated ultimate recovery), dividendes finaux estimés, ont été très surestimés [3].

Les pétrogéologues et géophysiciens indépendants qui ont dénoncé le mirage des EUR ont bien entendu été évacués des grandes conférences internationales sur le thème Pétrole et Gaz. Mais la chasse aux sorcières n’a pas suffi à faire taire les sceptiques, et le New York Times a été contraint d’avancer l’idée que peut-être les chiffres de l’industrie gazière étaient manipulés [4].

On a assisté à une énorme production de gaz naturel aux États-Unis ces dernières années, ce qui a rendu possible une analyse affinée de la production des puits perforés, et l’on découvre que la production a été bien inférieure aux pronostics.

Le géologue Arthur Berman, qui a travaillé pour Amoco (société pétrolière de Chicago, l’ex-Standard Oil) pendant 25 ans, a analysé trois domaines historiques : Barnett, Fayetteville et Haynesville ; il dévoile l’hyperinflation que connaissent les EUR, et que l’on cache aux investisseurs éblouis à souhait par les banquiers, et qui ne connaissent rien aux subtilités du gaz de schiste.

Aux antipodes, on a un rapport de l’Agence Internationale pour l’Énergie —qui a été plusieurs fois surprise à mener des opérations de désinformation— qui annonce tout de go que les grandes exploitations de gaz associée au pétrole à Eagle Ford, Utica, Marcellous et Bakken doivent permettre aux USA de devenir le premier producteur de pétrole en 2017, avant l’Arabie saoudite [5].

Mais DeDefensa cite à son tour l’ingénieur géologue texan Gary Swindell, qui divise par deux la production des fabuleux puits d’Eagle Ford [6].

Et l’agence britannique Reuters quant à elle émet des doutes sur le fabuleux secret de l’Utah, les champs miraculeux d’Utica [7].

Quoiqu’il en soit, et malgré les faits probants, l’industrie gazière dédaigne les experts isolés qui osent s’en prendre à l’infaillibilité de l’AIE.

Pourtant, comme le souligne DeDefensa l’agence gouvernementale US Geological Survey a publié en août 2012 un rapport qui corrobore les découvertes des sceptiques, qui accèdent désormais au rang de réalistes [8]. En fait, DeDefensa, fort pessimiste, doute des capacités techniques à l’œuvre, et non plus seulement des chiffres allègrement empilés par le chef de l’AIE, Fath Birol, l’économiste discutable qui a annoncé le 12 novembre 2012 qu’en 2017 les US seraient le premier producteur mondial de pétrole.

Le gaz de schiste fera donc sans doute partie du panier énergétique états-unien, mais ce ne sera pas un perturbateur du jeu géopolitique, car les USA n’exporteront pas de GNL (gaz naturel liquéfié). La Russie ne va pas se voir menacée sur le marché européen, et les projets australiens de gaz naturel liquéfié pourront être menés à leur terme.

Qui plus est, le gaz de schiste ne sera pas bon marché, de sorte que ses prétentions à révolutionner la donne stratégique vont peut-être faire du Mexique néolibéral (représenté par un gouvernement incapable de recul) le dindon de la farce.

Traduction
Maria Poumier
Source
La Jornada (Mexique)
#La Jornada (Mexique)

[1] DeDefensa.org est le site internet de la revue DDE Crisis, disponible sur abonnement 22, rue du Centenaire, B-4624 Fléron, Belgique. Tél. : + 32 4 355 05 50, Fax : + 32 4 355 08 35.
[2] « Breakingviews : SEC goes where Chesapeake board feared to tread », par Christopher Swann, Reuters, 1er mars 2013. « La SEC a assigné à comparaître l’ex-patron de Chesapeake », AFP, 1er mars 2013.
[3] « Gaz de schiste : à la “bulle” nul n’échappera... », I, II, III, DeDefensa.org, 16 novembre 2012, 11 et 16 janvier 2013.
[4] Le 26 juin 2011, le New York Times a mis en ligne quantité de documents officiels posant de sérieux doutes sur les espoirs mis dans le gaz de schiste.
[5] World Energy Outlook 2012, Agence Internationale pour l’Énergie, 12 novembre 2012.
[6] Cité in « $8 Natural Gas : We’re Right On Schedule », par Richard Finger, Forbes, 14 octobre 2012)
[7] « Insight : Is Ohio’s "secret" energy boom going bust ? », par Edward McAllister et Selam Gebrekidan, Reuters, 22 octobre 2012.
[8] Variability of Distributions of Well Scale Estimated Ultimate Recovery for Continuous (Unconventional) Oil and Gas Resources in the United States, U.S. Geological Survey Oil and Gas Assessment Team. Document téléchargeable.

5 novembre 2012

Reportage : Nigéria , Etats-Unis/Mexique , Pennsylvanie

Source : http://videos.arte.tv


DL


Nigéria : l'éternelle marée noire

Pour la première fois aux Pays-Bas, une multinationale est assignée devant les tribunaux pour répondre de dommages créés par une de ses filiales à l'étranger.
Le géant pétrolier Shell comparaît devant un tribunal néerlandais pour des accusations de pollution dans le Delta du Niger.

C'est l'une des plus grandes catastrophes écologiques au monde.

Depuis plus d’un demi-siècle, une marée noire perpétuelle souille le delta du Niger. Une histoire qui a commencé en 1956 quand Shell, la compagnie historique, ouvrait son premier puits à Oloibiri.

Depuis, chaque année, l'équivalent d'un Exxon-Valdez, ce tanker de 180.000 tonnes échoué sur les côtes d'Alaska en 1989, se déverserait dans la mangrove. Résultat : un environnement dévasté, des populations locales incapables d'assurer leur subsistance et une rébellion qui menace la stabilité de la région.

A qui la faute ? Les écologistes dénoncent le laxisme des compagnies pétrolières et les avaries à répétition. Shell, Total, Agip, Chevron et les autres estiment que l'immense majorité des marées noires est due à des actes de sabotage sur les pipelines qui traversent le delta. Dans ce débat, le gouvernement ferme les yeux et se contente de toucher sa rente pétrolière qui assure 80% des revenus du pays.

La situation est telle que des groupes armés se sont formés pour réclamer une meilleure répartition des richesses. Kidnappings à la chaîne, sabotages à grande échelle, conflit ouvert avec l'armée…

Les habitants du delta sont pris entre deux feux et ne reçoivent de l'or noir que les fuites et les pollutions. Des villages entiers voient leur terre et leur mode de vie dévastés. Ils attendent souvent en vain des compensations que les compagnies pétrolières ne versent pas ou si peu.

Quel contraste avec le Golfe du Mexique où l'administration Obama et la pression internationale ont obligé BP à verser 20 milliards de dollars aux sinistrés ! Mais le delta du Niger n'est pas la Louisiane, l'Afrique n'est pas l'Amérique…

Le pétrole était une chance pour le Nigéria, il est devenu au fil des ans une véritable malédiction.




Etats-Unis/Mexique : la frontière familiale

Quand le policier l’a arrêtée, Juanita n’avait pas payé son ticket de parking, elle n’avait pas de titre de séjour non plus, mais elle avait sept enfants qui l’attendaient à la maison.

Juanita a été arrêtée et expulsée des Etats-Unis comme le sont 400 000 travailleurs mexicains chaque année.
Chaque matin, l’autobus qui arrive de Tucson en Arizona à Nogales au Mexique débarque son lot d’ « indocumentados », les sans-papiers expulsés. Des hommes, des femmes qui ont tout perdu, leur maison, leur travail, leur rêve et parfois même leurs enfants…

C’est une histoire de fou. Ces hommes, ces femmes sont Mexicains. Ils vivaient clandestinement aux Etats-Unis, parfois depuis des années. Leurs enfants, eux, sont nés aux Etats-Unis. Ils sont donc citoyens américains. Alors, quand les parents « sans-papiers » se font arrêter pour une simple infraction au code de la route, la police les expulse et leurs enfants « américains » sont confiés à l’administration américaine.

La plupart d’entre eux ne reverront plus jamais leurs parents. Certains seront déclarés « adoptables » par des familles américaines. Et c’est ainsi qu’aujourd’hui le mur qui sépare le Mexique des Etats-Unis déchire plus d’un millier de familles mexicaines.

A Tucson, où la lutte contre l’immigration sauvage est un bon thème de campagne électorale, les femmes mexicaines s’organisent pour lutter contre la peur et résister à la pression psychologique de l’administration américaine.

Selon les statistiques, d’ici 2017, 15 000 enfants mexicains nés aux Etats-Unis pourraient ainsi être séparés de leurs parents. Simple monstruosité administrative ou effet pervers d’une mondialisation qui garantit la libre circulation des marchandises, mais pas celle des familles.


Pennsylvanie : plein gaz sur la présidentielle

En Pennsylvanie, comme dans tous les Etats-Unis, à quelques jours de l’élection présidentielle, le 6 novembre prochain, l’économie est la préoccupation numéro un des électeurs. Qu’elle est loin, l’élection de 2008, où Barack Obama s’était distingué de son adversaire en promettant beaucoup pour défendre l’environnement.

Depuis la découverte du premier puits de pétrole en 1859, la Pennsylvanie est un haut-lieu de l’énergie aux Etats-Unis. Aujourd’hui, l’exploitation du gaz de schiste y est en pleine expansion. Dans une Amérique en crise, qui ne pense qu’à sauver des emplois, l’état de la planète ne semble plus vraiment à l’ordre du jour. Oubliés, Al Gore et son constant alarmant.

Découvert il y a moins de 10 ans en Pennsylvanie, le gisement de Marcellus constitue l’une des plus grandes réserves de gaz souterraine. Une alternative au pétrole qui permet aux Américains de continuer à consommer toujours autant, en toute indépendance énergétique.

Le phénomène a pris une ampleur spectaculaire. Des millions de dollars ont été investis dans des coins perdus. 4500 puits ont déjà été forés. Un énorme business qui a offert à une population, fermiers depuis plusieurs générations, l’opportunité de louer leurs terres pour l’exploitation du pétrole de schiste.
Pourtant, la nouvelle technique de fracturation hydraulique de la roche qui permet de forer à 2300 mètres de profondeur comporte bien des risques : des sols transformés en gruyère, des eaux polluées et la menace de tremblements de terre.

Malgré cela, la Pennsylvanie se prend à rêver d'une folle prospérité. Les opposants au « fracking » ne pèseront pas lourd face à la promesse d’un nouvel eldorado.

(France, 2012, 52mn)
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