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5 novembre 2012

Nigéria une émergence retardée

Source : nigeria-une-emergence-retardee

DL


Le Nigeria résume bien les paradoxes de cette nouvelle Afrique en marche, où l’ancrage dans une modernité mondialisée cohabite, parfois violemment, avec des traditions qui se vivent encore au quotidien. Ce dualisme est pourtant une source d’inspiration permanente pour le cinéma nigérian dont l’explosion créative contraste avec le rigorisme des extrémistes religieux. Le Dessous des Cartes tente de décrypter ce pays riche avec une population pauvre.

Lectures

Vie et enseignement de Tierno Bokar - Le Sage de Bandiagara
Amadou Hampâté Bâ
Seuil
Au début du XXe siècle, au coeur de l'Afrique, au Mali, la lumière de "Dieu a brillé sur un homme : Tierno Bokar", que l'on appelait le Sage de Bandiagara. Cheikh de la confrérie soufi Tidjaniya, Tierno Bokar fut une pure et haute figure non seulement de l'islam en Afrique noire, mais de la spiritualité universelle.
Sa vie est d’abord retracée dans ses lieux et dans son contexte politique et religieux, pour situer la parole et l'enseignement du Maître, qui font l'objet des deux autres parties de l'ouvrage.
Ethnicité, frontières et stabilité aux confins du Cameroun, du Nigeria et du Tchad
Saïbou Issa
L'Harmattan
Enserrée entre le Nigeria et le Tchad, la région du Logone et Chari, dans l'extrême nord du Cameroun, a été le théâtre d'affrontements sanglants et de criminalité organisée, au début des années 1990, au plus fort des soubresauts de l'ouverture démocratique. Les affrontements entre les Arabes Choa et les Kotoko ont généralement été inscrits au registre de la volonté d'affranchissement de peuples qui, tout au long de la période de centralisation du pouvoir, restaient une minorité politique, indépendamment de leur poids démographique.
L'ouvrage propose une lecture géopolitique pour cartographier les enjeux de paix, de stabilité et de sécurité aux frontières septentrionales du Cameroun. Solidarité ethnique transfrontalière, circulation des armes et des bandes armées, peur de l'islam militant, problèmes fonciers locaux et régionaux, militarisation de l'ethnie, vote identitaire, réfugiés politiques et environnementaux, coopération en matière de sécurité, données géostratégiques, etc. sont autant de thèmes qui s’imbriquent et alimentent l'analyse.
En fin de compte, le changement est venu des urnes, un changement dans le respect d'un nécessaire équilibre local, à l'heure de l'exploration pétrolière dans le Logone et Chari.

Cameroun, Nigeria, ONU - Entre la force de la palabre et la primauté du droit
André-Hubert Onana Mfege
L'Harmattan
Note de l’éditeur : « L'ONU peut être considérée comme l'artisan du différend frontalier nigéro-camerounais et de son règlement. Dans la mouvance d'une décolonisation "à la sauvette", elle s'est compromise dans la question du Cameroun septentrional au point de constituer le terreau d'un conflit qu'elle ne pourra résoudre que quarante-huit ans plus tard. »
Voici une analyse plutôt pertinente du rôle des Nations unies, s'appuyant aussi sur la palabre africaine pour trouver une solution à ce vieux litige.
Le livre existe également au format E-book ou PDF.

L'or noir du Nigeria - Pillages, ravages écologique et résistances
Xavier Montanya - traduit par Raphaël Monnard
Coédité par Agone / Survie
Note de l’éditeur : « Dans la riche zone pétrolière du delta du Niger, Shell ou Total opèrent en dehors de tout respect des droits humains. Après cinquante ans d'exploitation sauvage et de marées noires, l'air, les sols et les cours d'eau sont empoisonnés. Les nombreuses résistances, pacifiques ou armées, des populations locales privées de leurs terres et de leurs moyens de subsistance se heurtent à une sanglante répression menée par les compagnies pétrolières et l'armée nigériane. »
Pour l'écrivain nigérian Wole Soyinka, « le monde doit comprendre que le combustible qui fait fonctionner ses industries est le sang de notre peuple. » Le Nigeria, premier partenaire commercial de la France en Afrique subsaharienne, est un cas extrême mais exemplaire pour saisir l'ampleur du désastre engendré par l'extraction intensive des ressources naturelles dans les pays africains, et comprendre ses causes, ses acteurs et ses enjeux.
Le journaliste catalan Xavier Montanyà, qui a enquêté dans le delta du fleuve Niger, est aussi l'auteur des Derniers Exilés de Pinochet (Agone, 2009).
Le pétrole au Nigeria : un instrument au service de quel développement ? - Pillage, crise identitaire et résistance dans le delta du Niger
Benoît Paraut avec une préface de Damien Millet
L'Harmattan
Extrait de la présentation de l’éditeur
« La découverte de pétrole dans un champ d'Oloibiri en 1956 a suscité à l'époque les plus vives espérances au Nigeria. À la veille de l'indépendance du pays, cette ressource devait assurer le décollage économique et la stabilité politique.
Quarante années plus tard, l'exécution du militant ogoni Ken Saro-Wiwa sonne définitivement le glas du rêve "développementaliste".
Cet "assassinat juridique" révèle au monde la collaboration existant entre les compagnies pétrolières internationales et les élites politiques nationales dans le pillage des ressources du Delta du Niger. (...) Depuis les attentats du 11 septembre 2001, la recherche de pétrole en Afrique renforce ces effets destructeurs. Parler du pétrole comme d'un instrument de développement n'a donc en réalité que peu de sens. Ce concept est confondu dans l'imaginaire occidental avec l'idée de croissance économique. Mais peut-on parler de développement quand la recherche de cette croissance passe par un écocide doublé d'un ethnocide ? »

À propos des auteurs
Benoît Paraut est doctorant en science politique à l'Université de Bourgogne et membre du Credespo (Centre de recherche et d'étude en droit et science politique). Il a également participé au programme de recherche et de formation des représentants des Peuples autochtones du monde francophone organisé par l'Université de Bourgogne en collaboration avec le Haut commissariat aux droits de l'homme des Nations unies.
Damien Millet, porte-parole du CADTM France (Comité pour l'annulation de la dette du Tiers-Monde), est notamment auteur de L'Afrique sans dette (CADTM-Syllepse, 2005).

Arts du Nigeria dans les collections privées françaises
Alain Lebas, Toyin Falola, Hélène Joubert - avec les photographies de Hughes Dubois
Editeur : 5 Continents
Ce livre a fait l'objet d'une exposition qui se tient au Musée de la civilisation, du 24 octobre 2012 au 21 avril 2013, à Québec (Canada).
L’Art du Nigeria dans les collections privées françaises propose une incursion dans la riche production artistique du Nigeria à travers un choix d’œuvres toutes plus belles les unes que les autres provenant de collections privées françaises. L’exceptionnelle sélection ici présentée est le fruit du travail et de la passion du commissaire de l’exposition, Alain Lebas qui, grâce à la générosité de nombreux collectionneurs, a pu rassembler un ensemble unique de pièces magnifiques.
Des auteurs de renommée internationale ont été invités à faire découvrir le Nigeria, ses populations et leurs cultures diversifiées. Une présentation de leur univers mythologique permet de mieux saisir la nature et l’importance des pièces exposées. Puis un retour historique sur l’apparition des pièces nigérianes sur le marché de l’art en France met en perspective plus de cinquante années d’intérêt et de collection.
Finalement, quatre collectionneurs chevronnés livrent leur passion et l’émotion que suscitent en eux les œuvres d’art du Nigeria.

Dieux noirs
Daniel Lainé - avec une préface de Tobie Nathan
Arthaud
L'Afrique vit en étroite communion avec le monde visible de la terre et les forces invisibles. Cette interaction entre hommes et dieux détermine, y compris aujourd'hui, les sociétés africaines, en équilibre entre le réel et le surnaturel, le visible et l'invisible, le monde des esprits et des dieux. Sur terre, ceux qui les représentent ont un pouvoir immense. Ils sont gardiens des traditions, piliers de la société : féticheuses, prêtres, sorciers, magiciens, guérisseurs, prophètes.
Ce second livre de Daniel Lainé présente les portraits photographiques de ces hommes et femmes, lors de rituels, exorcismes, danses, pratiques magiques, souvent inaccessibles aux non-initiés, et dont beaucoup ont déjà disparu. Un voyage au cœur de l’Afrique du Sud, du Bénin, du Cameroun, du Congo, de la Côte-d'Ivoire, du Gabon, de la Gambie, du Ghana, du Mali, du Nigeria, de l’Ouganda, du Sénégal et du Togo.
À propos des auteurs
Daniel Lainé, né en 1949, devient photographe pigiste à Libération, Partir et Grands Reportages, avant d'entrer à Gamma Magazine en 1980. Il rejoint l'équipe d'Actuel de 1981 à 1993, avec une pause de six mois en 1985, lorsqu'il devient correspondant de l'AFP à Abidjan. Il a reçu le Prix de la villa Médicis hors les murs en 1988, pour son travail sur les rois africains, et le World Press Photo 91, premier prix, catégorie "People in news". II collabore aujourd'hui à de nombreux magazines.
Tobie Nathan a créé la première consultation d'ethnopsychiatrie en France. Il est l'auteur d'une trentaine d'ouvrages dont des romans à succès.
Rois d'Afrique
Daniel Lainé avec une introduction de Pierre Alexandre
Arthaud
Pour Daniel Lainé, il était temps de faire un sort au mépris que couvre l’expression : « Rois Nègres ». Il fallait montrer que les dynasties d'Afrique existent tout autant que le grand-duc du Liechtenstein ou du Luxembourg, qu'elles remontent aussi loin, jusqu'à l'époque des « Charlemagne » africains.
Daniel Lainé est un amoureux fou des mystères du continent noir. Pendant dix-huit mois, il a coursé les héritiers des dynasties. La colonisation avait rangé certains des rois africains au placard. La plupart d'entre eux n'ont plus qu'un pouvoir rituel. Beaucoup ont attendu leur intronisation en travaillant comme cadres supérieurs ou comme simples policiers. D'autres restent puissants. Et puis, quelle histoire et quelles sagas !
En introduction, Pierre Alexandre, historien et linguiste, situe et raconte l'épopée de nombreuses et puissantes dynasties, riches en hauts faits et en péripéties, de ce continent encore bien méconnu.
Un large choix des photographies de Daniel Lainé sont exposées au musée Dapper à Paris, dans le cadre de l'exposition Design en Afrique, du 10 octobre 2012 au 14 juillet 2013.

Agenda

Design en Afrique - S'asseoir, se coucher et rêver
Musée Dapper - Paris
10 octobre 2012 - 14 juillet 2013
Commissaire : Christiane Falgayrettes - Leveau
Le trône, réel ou mystique, celui des dieux et des hommes, traverse toutes les civilisations et toutes les religions, animistes et polythèistes, chrétienne et musulmane. L'ancien Dios thronous grec qui désigne le « support des cieux » c'est l'Axis Mundi en latin.
L'exposition Design en Afrique dévoile un univers voué principalement à des objets supportant le corps. Leur conception est marquée par une créativité en prise directe avec les attitudes, les mouvements, mais aussi avec les symboles de la décoration. Formes et fonctions dialoguent pour le confort des uns et le prestige des autres.
Design en Afrique, l'exposition et l'ouvrage, ne vise nullement la confrontation de l'ancien et du nouveau, mais essaie de montrer combien les besoins du quotidien stimulent depuis toujours la créativité.
L'art du design, ouvert à des pratiques – telle que l'installation – réservées jusqu'alors à d'autres modes d'expressions plastiques, favorise ainsi l'émergence d'esthétiques nouvelles qui entretiennent souvent un dialogue original avec les cultures traditionnelles.
La centaine de pièces présentées dans l'exposition fait dialoguer les objets anciens , usuels ou prestigieux, avec les réalisations des artistes et designers : Kossi Assou, Nicolas Sawalo Cissé, Issa Diabaté, Cheick Diallo, Alassane Drabo, Balthazar Faye, Iviart Izamba, Ousmane MBaye, Vincent Niamien, Antonio Pépin et Christian Ndong Menzamet et enfin Jules-Bertrand Wokam.
En une image : le fauteuil Mobutu transpose les travers qui, selon son auteur Iviart Izamba, minent les États africains. Traditionnellement, la peau de léopard constituait l’un des signes de dignité les plus courants des chefs bantu ; elle symbolisait la force et inspirait le respect.
Avec le sanguinaire Mobutu (1930-1997), tyran s’exhibant toujours en public avec sa toque en léopard, cette parure a revêtu une dimension négative. Produit de la récupération, ce fauteuil constitue une satire féroce de la société dont est issu Iviart Izamba, né en 1974 en République démocratique du Congo.
Nigeria-Arts de la vallée de la Bénoué
Musée du quai Branly - Paris
13 Novembre 2012 au 27 janvier 2013
Nigeria, Arts de la vallée de la Bénoué est la première exposition à présenter une vision exhaustive des arts des nombreux peuples qui habitent la région du Nigeria, définie par la grande rivière Bénoué, l’affluent le plus important du Niger, qui mesure 1 050 km de long.
L’exposition propose un voyage spectaculaire sur la rivière Bénoué à travers la présentation des principaux courants artistiques de la région et des vingt-cinq groupes ethniques établis sur ses rives.
Elle réunit une sélection de près de 150 objets – sculptures et masques essentiellement en bois, céramique et métal en provenance d’institutions publiques et de collections privées des États-Unis et d’Europe – invitant à découvrir les œuvres d’art de cette région rarement montrées au public et peu étudiées.
Remontant le cours de la rivière sur les pas des premiers explorateurs, l’exposition replace les objets dans un contexte géographique et explore leur histoire ainsi que les connexions entre les œuvres des différentes régions de la vallée.
Commissaires :
Marla C. Berns, Shirley and Ralph Shapiro Director, Fowler Museum, University of California, Los Angeles
Hélène Joubert, conservateur en chef du patrimoine, responsable des collections Afrique du musée du quai Branly
Commissaires adjoints : Sidney Kasfir et Richard Fardon
Scénographie : Nathalie Crinière, Agence NC

17 octobre 2011

Delta du Niger, la guerre du brut (Documentaire)

Pour http://www.france5.fr
Durée : 52'
Auteur-réalisateur : Olivier JOULIE
Production : France Télévisions / Sunset Presse / Anda-Média
Année : 2011 




DL : DP

Il était l’espoir de tout un peuple dans les années 1950. Un demi-siècle plus tard, le pétrole est devenu le pire de ses cauchemars. Corruption, enlèvements, guerre civile… Dans le delta du Niger, l’or noir a réveillé les plus féroces appétits et engendré la plus grosse marée noire de tous les temps. Depuis vingt ans, armée gouvernementale et compagnies pétrolières luttent main dans la main contre les rebelles, qui réclament un meilleur partage des ressources. Car, dans le delta, malgré une manne pétrolière qui se chiffre en milliards d’euros chaque année, la population vit toujours avec moins de deux euros par jour. Des champs pétroliers du delta du Niger au camp des révoltés, ce documentaire en forme de road-movie montre une réalité violente : le véritable prix de quelques litres d’essence à la pompe.

Par Camille Flocon


EN SAVOIR + :

Nigéria: le Delta du Niger est pollué pour 30 ans

4 février 2011

ARTE Reportage - Haïti , Nigeria , Tunisie (2011)

Haïti : une hésitante reconstruction
Un an après le tremblement de terre, Port au Prince et les villes touchées devraient ressembler à d'immenses chantiers. On en est loin, très loin.
La communauté internationale distribue son aide au compte goutte par crainte de la corruption. Les autorités haïtiennes s'en plaignent, mais ne font rien.
A l'occasion de la commémoration du premier anniversaire du séisme, elles viennent de identiques à celles construites en France dans les années 1950. Des projets qui ne tiennent aucun compte des habitudes et modes de vie des Haïtiens.
La Fondation des Architectes de l'Urgence a, pour sa part, adopté en Haïti une autre approche de la reconstruction. Elle construit des abris évolutifs, répare les maisons qui peuvent l'être selon les méthodes traditionnelles. Et surtout, elle tente de cartographier certains quartiers. Un travail de titan.

Nigéria : l'éternelle marée noire
C'est l'une des plus grandes catastrophes écologiques au monde.
Depuis plus d’un demi-siècle, une marée noire perpétuelle souille le delta du Niger. Une histoire qui a commencé en 1956 quand Shell, la compagnie historique, ouvrait son premier puits à Oloibiri.
Depuis, chaque année, l'équivalent d'un Exxon-Valdez, ce tanker de 180.000 tonnes échoué sur les côtes d'Alaska en 1989, se déverserait dans la mangrove. Résultat : un environnement dévasté, des populations locales incapables d'assurer leur subsistance et une rébellion qui menace la stabilité de la région.
A qui la faute ? Les écologistes dénoncent le laxisme des compagnies pétrolières et les avaries à répétition. Shell, Total, Agip, Chevron et les autres estiment que l'immense majorité des marées noires est due à des actes de sabotages sur les pipelines qui traversent le delta. Dans ce débat, le gouvernement ferme les yeux et se contente de toucher sa rente pétrolière qui assure 80% des revenus du pays.
La situation est telle que des groupes armés se sont formés pour réclamer une meilleure répartition des richesses. Kidnappings à la chaîne, sabotages à grande échelle, conflit ouvert avec l'armée…
Les habitants du delta sont pris entre deux feux et ne reçoivent de l'or noir que les fuites et les pollutions. Des villages entiers voient leur terre et leur mode de vie dévastés. Ils attendent souvent en vain des compensations que les compagnies pétrolières ne versent pas ou si peu.
Quel contraste avec le Golfe du Mexique où l'administration Obama et la pression internationale ont obligé BP à verser 20 milliards de dollars aux sinistrés ! Mais le delta du Niger n'est pas la Louisiane, l'Afrique n'est pas l'Amérique…
Le pétrole était une chance pour le Nigeria, il est devenu au fil des ans une véritable malédiction.

Temps de pose : « Au cœur de la révolte tunisienne »
Caroline Poiron, photographe freelance distribuée par le collectif de photographes Fédéphoto, s’est rendue en Tunisie du 10 au 20 janvier 2011. Arrivée à Tunis dès le début des manifestations, Caroline Poiron entend les rumeurs concernant la situation dans les campagnes et notamment l’annonce d’un chiffre de 52 morts à Kasserine, elle se rend dans cette petite ville du sud est du pays où elle assiste aux réactions de la population à la chute de Ben Ali, à la libération de l’ensemble des prisonniers de la ville et de l’arrestation de 45 policiers de la Garde présidentielle soupçonnés d’être les snipers qui ont tiré sur les manifestants.
Caroline Poiron construit ses reportages photographiques en suivant l'actualité internationale.
Son travail sur la maladie d'Alzheimer a été récompensé par le prix de la photographie documentaire et sociale.
En Russie, ses images témoignent de la lutte du peuple kalmouk contre la disparition de leur identité. En Turquie, de la violence envers la femme. Au Liban, de l'après guerre de 2006, et sur la fragilité d'un pays partagé entre les différentes communautés.
En 2010, Visa pour l’image à Perpignan expose son travail en Afghanistan, « Kandahar, terre sainte des talibans ». Ses reportages photos "l'Education et la traque des insurgés à Kandahar" et "la guerre contre l'école" ont été publiés dans Paris Match et La Vie.
(France, 2010, 42mn)
ARTE

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Nigeria : l'éternelle marée noire

13 octobre 2010

Nigeria : le pétrole coule à flots, mais la misère persiste

29 avril 2010

Au Nigeria, le retour du « génie du mal »

jeudi 15 avril 2010, par Jean-Christophe Servant

« La plupart des personnes arrêtées sont des mineurs qui ne peuvent pas légalement être soumis à de telles poursuites pénales. Bon nombre des suspects arrêtés disent qu’ils ont des commanditaires, mais en fin de compte, les commanditaires ne sont pas poursuivis et leurs noms ne sont pas révélés au public. » Propos terribles que ceux du Nigérian Shamaki Gad Peter, directeur d’une ONG basée à Jos : la League for Human Rights. Déclaration d’une grande banalité aussi, hélas. Recueillie par l’Irin (« Nigeria : Bringing Perpetrators of mass violence to book – or not »,13 avril 2010), elle confirme en effet ce que tous les Nigérians savent très bien depuis l’avènement d’une démocratie de façade, la « Democrazy », en 1999 : de Kano à Jos, de Kaduna à Lagos, les vrais responsables des conflits ethnico-religieux qui ont ensanglanté l’immense fédération depuis le retour des civils au pouvoir – plus de 13 000 victimes en dix ans – continuent à œuvrer, majoritairement impunis, dans les antichambres du pouvoir central.

Du siège des 36 gouvernorats de la Fédération, aux officines des 774 gouvernements locaux, ces hommes et ces femmes ayant tout sacrifié pour une carrière politique font en effet partie des principaux entremetteurs des séquences de violence qui ensanglantent régulièrement le pays, avec de meurtriers bilans à l’image de la taille démographique du géant d’Afrique : 150 millions d’habitants. Au Nigeria, la férocité des luttes politiques en vue de s’accaparer la meilleure part du gâteau national reste en effet la grille principale avec laquelle on doit continuer à décoder la moindre secousse ethnico-religieuse.

Le cas de Jos, capitale de l’état du Plateau, sur la ligne de front entre un monde haoussa-fulani musulman descendu du nord et un puzzle de minorités autochtones majoritairement christianisées, est un vrai cas d’école. Depuis les 1 000 morts de septembre 2001 – un drame passé totalement inaperçu alors que le monde avait les yeux tournés vers les ruines du World Trade Center –, la ville a été le théâtre de plusieurs répliques, dont celles de novembre 2008 et de l’hiver qui vient de s’écouler. Or, poursuit l’Irin, les différentes commissions d’enquête initiées pour juger les coupables « n’ont pas fait preuve de transparence, ont débouché sur peu de résultats concrets tout en perpétuant l’impunité ».

En ce qui concerne les nombreuses exécutions extrajudiciaires commises par les membres des forces de polices anti-émeutes (MOPOL) commissionnées sur place en novembre 2008 – 118 cas avérés –, l’ONG Human Rights Watch estime qu’elles n’ont débouché sur aucune condamnation (« Arbitrary Killings by Security Forces », 20 juillet 2009). Pour le chercheur Eric Guttschuss, chargé de ce rapport pour HRW, « Les commissions sont un moyen d’avoir l’air de réagir aux violences, mais à mesure que le temps passe et que les pressions incitant le gouvernement à agir diminuent, il y a de moins en moins de mesures concrètes visant à s’attaquer aux racines de la violence et à traduire en justice les auteurs [présumés] ».

On doit à l’ancien homme fort nigérian Ibrahim Badamasi Babangida, au pouvoir entre 1985 et la 1993, l’opération de redécoupage électoral de 1991 qui rajouta une centaine de gouvernements locaux dans la carte électorale déjà complexe du Nigeria. « Cette réorganisation, précise le chercheur nigérian Philip Ostien, enseignant en droit à l’université de Jos, était essentiellement le résultat d’une manipulation concertée visant à favoriser les membres clefs de l’administration Babangida, tout comme ses principaux conseillers, supporters aux lobbyistes. »Jonah Jang and the Jasawa : Ethno-Religious Conflict in Jos, Nigeria » [PDF], août 2009).

Dans l’Etat de Jos, ce décret servit à diviser le gouvernement local de la capitale – tenu jusqu’alors par les Béroms christianisés – en deux circonscriptions, Jos Sud et Jos Nord, permettant alors à la communauté musulmane haoussa-fulani, jusqu’alors tenue à l’écart de la vie politique de l’Etat, de disposer d’une place forte et d’un représentant. Confrontant deux systèmes clientélistes autour d’une cité étendant son emprise urbaine sur le foncier environnant, ce clivage a largement contribué à accentuer le ressentiment interconfessionnel que l’on a vu se déchaîner à partir de 2001. « Selon les canons occidentaux, plus de gouvernements locaux devrait permettre à la démocratie de se rapprocher des organisations de base et d’être plus à l’écoute des revendications locales, note Philip Ostien. Mais dans la pratique, au Nigeria, cela n’a fait que contribuer à multiplier les malversations politiques et la violence. » « Le Nigeria du général Babangida a divisé le pays de façon cynique, institutionnalisant la corruption et avivant les rivalités entre les trois ethnies principales, les Yorubas, les Ibos et les Hausa-Fulani », rappellent Jean Claude Usunier et Gérard Verna, auteurs en 1994 de La Grande Triche. Corruption, éthique et affaires internationales, aux éditions La Découverte. Comme le soulignait à l’époque Didi Adodo, un leader syndicaliste nigérian : « Les colonialistes n’ont pas fait autant de mal à l’âme nigériane que n’en aura fait Babangida. »

« L’Afrique a besoin d’institutions fortes,
pas d’hommes forts »

Retiré du pouvoir depuis les désastreuses élections générales de 1993 qui volèrent la victoire au défunt milliardaire yoruba Moshood Abiola et permirent au kleptocrate Sani Abacha de s’installer au pouvoir jusqu’à sa mort en 1998, Ibrahim Badamasi Babangida, alias IBB, alias « The Evil Genius » (« le génie du mal »), n’a depuis jamais quitté la scène politique. Régulièrement consulté dans son palais de Minna, dans l’Etat nordiste du Niger, il est demeuré l’un des principaux « faiseurs de rois » nigérians, tout comme un garant de la stabilité de la Fédération. Une influence qui repose en premier lieu sur l’immense fortune accumulée durant son mandat, exercé en partie durant la crise pétrolière de la première guerre du Golfe : 12,4 milliards de dollars de recettes pétrolières auraient disparu des caisses de l’Etat nigérian entre 1990 et 1991.

Aujourd’hui, M. Babangida envisage sérieusement d’être investi par le parti au pouvoir depuis 1999, le PDP, le Parti démocratique populaire, afin de concourir aux cruciales élections générales de 2011 et de succéder au président par intérim Goodluck Jonathan. M. Jonathan s’est installé au palais d’Aso Rock, à Abuja, après six mois de crise constitutionnelle due à la longue maladie du chef de l’Etat en exercice, Umaru Yar’Adua. Interviewé par Christine Ananpour de la chaîne d’information américaine CNN, à l’occasion de son premier voyage officiel à l’étranger – en l’occurrence aux Etats-Unis –, M. Jonathan a occulté la question de sa participation aux élections de 2011 (« I won’t force myself to meet Yar’Adua says Johathan », 14 avril 2009).

Il est vrai qu’au nom du principe de « shift » nigérian – qui veut que l’on alterne tous les deux mandats entre un président issu du nord musulman et un chef d’Etat originaire du sud chrétien –, ce devrait être à nouveau à une figure politique musulmane de prendre la tête du pays. Or les aspirations de M. Babangida, qui a accepté de demeurer sur la touche depuis 1999 moyennant la garantie de son impunité, semblent d’ores et déjà avoir été entendues par Washington. Les observateurs, nigérians en premier lieu, ont en effet noté avec inquiétude que ce dernier a rencontré discrètement, le 24 février dernier, dans son refuge de Minna, deux relais de l’administration Obama : son sous-secrétaire d’Etat pour les Affaires africaines, Johnny Carson, ainsi que l’ambassadeur américain au Nigeria, Robin Sanders. Rien n’a percé de cette rencontre, organisée alors que plusieurs autres figures américaines étaient présentes dans le pays : l’ancien président George W. Bush et son ancienne secrétaire d’Etat Condoleezza Rice.

S’agissait-il d’aborder la question de l’installation d’Africom au Nigeria ? De revenir sur la crise de gouvernance dont venait de sortir le pays ? De parler pétrole ? Ou d’envisager, tout simplement, l’avenir ? L’article de l’avocat nigérian Funmi Feyde-John, publié par le site Pambazuka News (« La crise constitutionnelle du Nigeria et l’ingérence américaine », 22 mars 2010), ébauche quelques pistes. Johnny Carson y déclare notamment : « Le Nigeria a besoin d’un dirigeant fort, efficace et en bonne santé afin de garantir la stabilité du pays et pour relever les nombreux défis politique, économique et de sécurité du Nigeria. » « L’Afrique a besoin d’institutions fortes, pas d’hommes forts », lui réplique Gerard LeMelle, directeur exécutif d’Africa Action, la plus vieille des organisations américaines de défense des droits humains dédiées au continent, sur le site du think-tank américain Foreign Policy In Focus (« Africa Needs Strong Institutions, Not Srongmen », 5 mars 2010). « Cette rencontre secrète, même organisée pour d’autres raisons, lie l’administration Obama à une cellule cancéreuse de la politique nigériane. Comment les Nigérians, spécialement ceux du Delta du Niger qui furent victimes du règne de Babangida, vont-ils juger ce nouveau développement ? Et que feriez-vous si vous étiez à leur place ? »

Dans une interview accordé à la BBC (« Nigeria ex-leader Babangida “will not buy presidency” »,13 avril 2010), M. Babangida, qui reconnaît être « le Nigérian vivant le plus surveillé de son pays, et sur lequel on a le plus enquêté », a déclaré qu’il n’achèterait pas la présidence… Pour Goodluck Jonathan, Ijaw originaire du Delta pétrolier, une première « ethnique » dans l’histoire du pays, le temps semble compté. Le président par intérim, qui vient de signer un partenariat stratégique avec les Etats-Unis, entend bien nommer un nouveau président de la très contestée commission électorale indépendante en vue de remplacer Maurice Iwu, dans la ligne de mire de Washington. M. Iwu fut en particulier chargé de diriger les élections générales de 2007, entachées d’irrégularités. Ce remplacement garantira-t-il la tenue d’élections crédibles ? Avec le retour de M. Babangida, le pays semble plutôt s’avancer vers une nouvelle zone de tempêtes. Et cette fois-ci, c’est à Lagos, chaudron yoruba, particulièrement hostile à IBB, qu’elle pourrait bien se déchaîner…

Lectures nigérianes

Inlassable pourvoyeur d’histoires, le Nigeria continue à imposer ses auteurs au rayon « Afrique » des librairies. Alors que vient de sortir le dernier Chris Abani (Le Corps rebelle d’Abigail Tansi, chez Albin Michel, 17 euros), roman sombre et violent qui comblera ceux qui l’avaient découvert avec son hyper-urbain Graceland, signalons la naissance d’une jeune maison d’édition exclusivement dédiée à la nouvelle écriture nigériane. Signe particulier : Cassava Republic est basée au pays, tout comme son initiateur, le Britannique Jeremy Weate, dont le blog holistique est fortement conseillé. A signaler parmi les dernières sorties : Nights of the Creaking Bed, de Toni Kan, série de nouvelles particulièrement réalistes et emblématiques de cette nouvelle génération d’auteurs affranchis de leurs origines ethniques ou religieuses. Cassava fait d’ores et déjà parler d’elle à Londres, plate-forme de lancement des nouveaux porte-parole en world fiction. Le premier livre d’Adaobi Tricia Nwaubani, I Do Not Come to You By Chance, qui sort en mai, a ainsi été sélectionné pour le Commonwealth’s Writers Best First Book Prize.



Coupures de presse (En bref) : Nigeria, Etats-Unis, Afrique du Sud, Honduras

Nigéria

Le numéro de mars-avril de la Boston Review revient sur la progression fulgurante du nombre d’utilisateurs de téléphones portables en Afrique.

En dépit d’un taux de croissance anémique, d’une productivité agricole limitée et d’une pauvreté écrasante (...), les Nigérians sont plus « connectés » que jamais. Plus de 60 % d’entre eux ont accès au téléphone portable, un exploit dans un pays grand comme trois fois la Californie, doté de routes en mauvais état, d’un service postal peu fiable et de deux lignes de téléphone fixe pour mille habitants. Le prix du téléphone portable le moins cher permettrait à un Nigérian d’acheter douze kilos et demi de millet, c’est-à-dire de quoi nourrir une famille de cinq personnes pendant cinq jours. Le nombre d’abonnements a néanmoins explosé en Afrique, passant de 12 millions en 2000 à 376 millions en 2008.

(Jenny C. Aker et Isaac M. Mbiti, « Africa Calling », Boston Review, mars-avril 2010.)

Etats-Unis

Dans un article de The Nation du 15 mars, relatif aux techniques de disqualification employées contre les critiques de la politique israélienne, Eric Alterman écrit ce passage qui n’est pas sans résonance ailleurs...

Les rédacteurs en chef de The New Republic [un hebdomadaire américain pro-israélien] cherchent à manipuler l’accusation d’antisémitisme pour construire autour du débat sur le Proche-Orient l’équivalent d’une « barrière de sécurité » permettant de suspecter l’intégrité de quiconque prendrait le risque de franchir ses limites. Paradoxalement, les vainqueurs de cette manœuvre sont les vrais antisémites, qui observent avec plaisir l’édulcoration progressive de ce qui a longtemps constitué une accusation infamante, susceptible de briser une réputation ou une carrière.

(Eric Alterman, « Semites and ’Anti-Semites’ », The Nation, 15 mars 2010.)

Afrique du Sud

Dissident Voice (Santa Rosa, Californie, 11 mars 2010) s’est intéressé à la situation en Afrique du Sud, à l’aube du Mondial de football, que le pays accueille en juin.

La situation actuelle pourrait être qualifiée d’« Invictus à l’envers ». Pour ceux qui n’ont pas eu le plaisir de voir ce film, Invictus montre comment Nelson Mandela utilisa le sport, et notamment le rugby, pratiqué presque exclusivement par les Blancs, pour unir le pays après la fin de l’apartheid. Le Mondial qui approche, au contraire, sert à camoufler les conflits afin de présenter au monde entier l’image d’une nation unie. (...) Pour reprendre les mots d’un jeune Sud-Africain, « le football... est en train de dévaster notre pays ». Les contrastes se muent en conflits parce que le gouvernement, sous la pression de la FIFA [Fédération internationale de football association], veut avant tout offrir un grand spectacle, quel qu’en soit le coût social.

(David Zirin, « The South Africa World Cup : Invictus in Reverse », Dissident Voice, 11 mars 2010.)

Honduras

En janvier 2010, un décret d’amnistie approuvé par le Congrès a « lavé » tous les participants au coup d’Etat contre le président Manuel Zelaya. Mais, annonce La Prensa (Tegucigalpa), le 22 mars, citant le procureur général Luis Alberto Rubí...

L’ancien président Zelaya [réfugié en République dominicaine] est sous le coup de mandats d’arrêt et, s’il revient, il devra y faire face pour que les juges déterminent s’il s’agit de délits politiques ou de droit commun. S’agissant de ceux qui ne sont pas couverts par l’amnistie, les tribunaux agiront. Il n’est interdit à aucun Hondurien de rentrer dans le pays, mais quiconque est poursuivi a deux options : soit il se présente volontairement, soit il est capturé par les autorités.

Fiscal General : Si Zelaya vuelve podrá ser detenido », La Prensa, 22 mars 2010.)




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