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27 février 2014

Armes chimiques sous la mer

Réalisation : Nicolas Koutsikas, Eric Nadler, Bob Coen
25/02/2014

Source : http://www.arte.tv
Source : http://future.arte.tv
English : Chemical weapons under the sea


Cachées depuis des décennies, les décharges d'armes chimiques sous-marines livrent un peu de leur secret grâce à cette enquête : un scandale militaire hérité de deux guerres mondiales et une véritable menace pour l'homme et pour l'environnement.

Plus d'un million et demi de tonnes d'armes chimiques non utilisées gisent sur les fonds marins de la planète. Encore s'agit-il d'une estimation, puisque le secret défense qui les entoure à travers le monde empêche toute évaluation précise. Les poisons qu'elles contiennent (gaz moutarde, gaz sarin, arsenic...) s'échappent lentement, inexorablement, des fûts corrodés par des décennies d'immersion. Ces armes sont l'un des terribles héritages des deux guerres mondiales. Jusqu'au début des années 1970, avec un pic entre 1917 et 1945, les armées des grandes puissances ont systématiquement déversé leur arsenal chimique quasi indestructible au fond des mers, dans les lacs ou l'ont enterré. À la conférence de Potsdam, en 1945, les Alliés rassemblent l’ensemble des armes chimiques collectées chez les belligérants et les immergent en mer Baltique, dans l'Atlantique Nord, dans l'Adriatique et dans la Méditerranée (non loin de Saint-Tropez notamment). Les fonds marins au large du Japon et des États-Unis, ainsi que l'océan Indien, sont également concernés.

Bombes à retardement

Des documents déclassifiés et des recherches indépendantes, sur fond de progrès scientifique et technologique, ont permis  de lever une part du secret qui entoure ces décharges. Depuis quelques années, en Italie, en Allemagne, aux États-Unis, au Canada ou au Japon, des individus se battent pour localiser et éliminer ces bombes à retardement. Mais les obstacles sont colossaux : la dissimulation et l’imprécision des archives, le secret militaire, le coût des opérations de nettoyage et la crainte de nuire à la pêche ou au tourisme. Il est donc difficile d'évaluer l’ampleur de la menace qui pèse sur les populations et sur les écosystèmes, d’autant que les États font la sourde oreille. L'espoir vient d'une poignée de scientifiques qui ont saisi l'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques afin qu'elle s'empare du problème. Ce documentaire captivant, nourri d’interviews et d'images d'archives, passe en revue les zones à risque et montre que des solutions sont possibles pour nettoyer les décharges. À condition que les États acceptent d'y mettre le prix.

Repères historiques

22 avril 1915  : L’Armée allemande fut la première à lancer une offensive chimique d’envergure, lors de la 2ème bataille d’Ypres en Belgique, en utilisant un gaz chloré.

1917 : Le gaz moutarde devient le « roi des gaz de combat ».

2 décembre 1943 : Début de la plus grande catastrophe chimique en Europe : 105 bombardiers de la Luftwaffe coulent 27 navires américains dans le port de Bari, dont « Le John Harvey », qui transportait une cargaison secrète de 2000 bombes de gaz moutarde. Pour éviter d’offrir aux Allemands une grande victoire sur le terrain de la propagande, les Alliés décident de garder le secret sur la nature des armes. Des centaines de civils italiens ne reçoivent alors aucun traitement lorsque le nuage de gaz envahit leur ville…

17 juillet - 2 août 1945 : à la conférence de Potsdam, les Alliés victorieux concluent un accord : ils se répartissent les stocks de toutes les armes chimiques et décident de les déverser en mer. à l’époque, cette solution paraît la plus simple et la plus sûre. Des immersions d’armes chimiques ont eu lieu en mer du Japon, dans l’océan Indien, en mer Baltique, en mer du Nord, dans l’Atlantique Nord, au large de la Côte d’Azur, en France et au large des côtes américaines et canadiennes.

1970 : Fin des versements en mer des armes chimiques.

1972 : Une loi du Congrès américain interdit le déversement d’armes chimiques en mer.

13 janvier 1993 : Signature à Paris de la Convention sur l'interdiction de la mise au point, de la fabrication, du stockage et de l'emploi des armes chimiques et sur leur destruction. Elle est entrée en vigueur le 29 avril 1997.

2005 : Début de la construction du gazoduc Nord Stream, qui révèle au grand jour la présence des armes chimiques dans la mer Baltique.

11 octobre 2013 Le prix Nobel de la Paix est décerné à l’Organisation pour l’Interdiction des Armes Chimiques. Créée en 1997, elle a supervisé la destruction de 80% des stocks d’agents chimiques déclarés (environ 60 000 tonnes), ainsi que près de 60% des 8 millions de munitions.

12 décembre 2013 : L 'ONU confirme l'utilisation d'armes chimiques en Syrie. Aux termes de la résolution, toutes les armes chimiques syriennes doivent être détruites avant le 30 juin 2014.

2017 : Date de la levée du secret d’état concernant les immersions en mer aux états-Unis et en Grande-Bretagne.



Les principaux gaz utilisés

De nombreux produits toxiques ont été employés dans les armes chimiques. Ces produits se présentent généralement sous forme de gaz ou d’aérosols largués dans des bombes ou pulvérisés par des avions spécialement équipés.

Parmi les principaux :

L’Arsine ou le trihydrure d’arsenic

Un gaz incolore et toxique, plus lourd que l’air, utilisé par l’armée allemande, en association avec d’autres gaz, dans les obus chimiques de la Première Guerre mondiale. Diffusé en aérosol assez fin pour passer la barrière des filtres des masques à gaz, il forçait les soldats à tousser, éternuer ou vomir. Poussés à ôter leur masque, ils respiraient alors d'autres gaz mortels libérés par les obus. Dans la mer, les armes chimiques à base d’arsenic se décomposent en arsenic inorganique, qui est toxique.

Le chlore

Utilisé lors de la première attaque chimique en 1915, le chlore est un puissant agent irritant qui peut infliger des dégâts aux yeux, au nez, à la gorge et aux poumons. À haute concentration, il peut causer la mort par asphyxie.

Le gaz moutarde

Il s’attaque à tous les organes du corps, provoquant de fortes brûlures, notamment aux yeux, menant à la cécité. Jusqu’à dix jours après l’exposition, les poumons peuvent être atteints : toux, inflammation, saignements, puis apparition de lésions alvéolaires entrainant une détresse respiratoire, un oedème pulmonaire et la mort. Dans la mer, le gaz moutarde se décompose en soufre, carbone et hydrogène, des éléments chimiques relativement inoffensifs.

Le Sarin

Découvert en 1939 par trois chercheurs allemands à la recherche de meilleurs pesticides, le gaz sarin est une substance inodore, incolore et volatile. Même à très faible dose, ce neurotoxique peut être fatal pour l’homme et l’animal.

Le Tabun

Découvert par hasard en Allemagne en 1936 par Gerhard Schrader, c’est un gaz à action rapide, inodore et incolore, qui s'attaque au système nerveux et respiratoire.


CARTES DES VERSEMENTS EN MER D'ARMES CHIMIQUES :

EUROPE :


NORTH EUROPE :

SOUTH ITALIA / FRANCE :

SOUTH ASIA :

JAPAN / KOREA :

NORTH UNITED STATES OF AMERICA :

PACIFIC :

La pollution de la mer Baltique


Le développement du trafic maritime est néfaste pour l’environnement, et la Baltique est déjà l’une des mers les plus polluées de la planète. En effet, l’intensité du trafic maritime favorise les accidents de navire (matérialisés par des points rouges sur la carte). Ainsi, plus de 700 barils de pétrole en moyenne sont déversés dans la Baltique chaque année. Ensuite, les fonds marins de la Baltique contiennent des milliers de tonnes de munitions et d’armes chimiques, déversées à la fin de la Seconde Guerre mondiale, dans les zones cerclées de bleu clair sur la carte.
Source : http://ddc.arte.tv/nos-cartes/mer-baltique-la-mediterranee-du-nord

ACTUALITé CONNEX : http://www.europe1.fr/International/Syrie-le-parcours-de-la-destruction-de-l-arsenal-chimique

Documentaire de Nicolas Koutsikas, Eric Nadler et Bob Cohen (France 2013, 88mn)

22 février 2014

Inondations à Jakarta : Les pauvres meurent pour rendre les riches encore plus riches

Par Andre Vltchek
06/02/2014
Source : http://www.counterpunch.org
English : Floods in Jakarta : The poor die to make the rich richer

Jakarta inondation carte
Jakarta

Et c’est reparti pour un tour! Nous sommes en janvier 2014 mais on se croirait en janvier 2013*, ou en janvier de l’année d’avant, ou même il y a 10 ans. Jakarta est sous les eaux; les gens essayent de sauver tout ce qu’ils peuvent mais leur maison est foutue…Des hommes, des femmes et des enfants meurent….des dizaines de milliers sont malades, souffrant de typhoïde et de diarrhée.

Alors que je m’enfonce dans les zones inondées, mon ami, un expert médical m’envoie un sms: «s’il te plaît, fais attention à Jakarta…..à la leptospirose, la typhoïde et aux autres maladies infectieuses…» Il y a déjà des douzaines de morts juste dans la capitale ou tout du moins c’est ce qui a été rapporté dans les médias locaux. Comme toujours, nous ne connaîtrons jamais les vrais chiffres. Comme toujours, ils sont beaucoup plus élevés que les chiffres officiels.

Cette année, ils ont installé beaucoup plus de Posko’s qu’en 2013. En principe, un posko est un poste de sauvetage, mis en place durant les désastres naturels, en théorie pour fournir de l’aide, distribuer de l’eau et de la nourriture ou offrir un abri. Tout autour de Kampung Melayu, il y a des douzaines de posko’s: même les forces spéciales Koppasus réputées pour leur brutalité s’y sont mis, de même que la police qui en gère un autre, juste à côté suivie d’une organisation islamique qui en fait de même. Chaque poste fait sa propre publicité. Mais à l’intérieur, c’est vide; policiers et soldats se divertissent à des jeux, mangent ou dorment. Dans l’abri, il y a seulement une poignée de femmes et d’enfants. Les bateaux en caoutchouc sont au sec; en train d’être gonflés et dégonflés tandis que d’autres bateaux de sauvetage sont adossés contre le mur. Grues, ambulances, bateaux; beaucoup sont totalement à l’arrêt.

flooded Kampung Melayu
Kampung Melayu sous les eaux

«Cette année, les inondations sont pires que celles de l’an dernier», m’explique un officier de police, s’appelant Nurasid. Dans l’abri, la fille d’un chef de quartier me dit qu’elle est ici depuis déjà six jours: «Cette fois l’eau est montée jusqu’à deux mètres, je l’ai mesurée dans notre maison. Je ne sais pas pourquoi.» Bonne question, parce que cette administration a effectivement été élue principalement pour ses promesses de réduire les problèmes de circulation qui paralysent presque toute la ville et pour empêcher les inondations dévastatrices.
A quelques minutes de voiture, sous un échangeur, des douzaines de personnes vivent dehors au milieu de ballots de vêtements, avec leurs enfants et même plusieurs animaux domestiques. L’une des personnes déplacées, Mr Ilyas me raconte: «Nous sommes allés à la mosquée Tahiriyah mais elle était surchargée. Nous n’avons pas pu entrer dans d’autres mosquées -Ils ont refusé de nous accueillir prétextant que si nous entrions, cela serait considéré comme najis et kotor, ce qui signifie impur et crasseux. Nous n’avions aucune idée pourquoi ils pensaient à ça…Nous sommes environ deux cents maintenant sous ce pont. Il y a une cantine tenue par la police à proximité mais ils cuisinent pour eux, et non pour nous.»

La rivière est déchaînée et les maisons le long de ses rives sont clairement coupées du reste du monde. Les habitants, ceux qui sont au sec, passent la journée avec leurs enfants, à regarder ceux qui ne sont pas aussi chanceux.
L’ennui dans les villes indonésiennes est légendaire. Et chaque malheur ou désastre draine une large foule de curieux. Il n’y a même pas la moindre tentative de fournir un peu de secours de la part du gouvernement ou du voisinage. En tout cas, pas en ce moment alors que je suis ici. C’était la même chose l’an dernier…Je sais que des gens obtiennent un peu d’aide. Mais c’est sporadique, insuffisant et sans aucune coordination.

L’eau monte et descend. Des gens meurent. Des milliers d’entre eux n’ont plus de toit, des centaines de milliers, parfois des millions, voient leur habitation endommagée. Le système capitaliste indonésien ne se sent pas concerné. Il méprise tout ce qui est public. Seules des entreprises rentables sont prises au sérieux et mises en oeuvre. En clair: seules des activités qui pouvant enrichir des individus déjà riches, sont sérieusement prises en considération.

trying to direct traffic in flood
La police tente de diriger le trafic les pieds dans l’eau

Alors que Jakarta est sous les eaux, le reste de l’Indonésie a son lot de dévastations: les flots ont submergé au moins 22 villages de Java centre et des glissements de terrain ont fait des victimes à Malang Java-est. 90 personnes ont été emportées par les inondations et glissements de terrain à Manado et ses environs, sur l’île de Sulawesi. Il y a quelques années, l’Onu a désigné l’Indonésie comme «la nation sur terre qui subit le plus de catastrophes».

Il est vrai que le pays est assis sur la ceinture de feu. Il est vrai que le pays est périodiquement secoué par des tremblements de terre, ravagé par des tsunamis et même par des nuées ardentes de volcans en éruption. Certaines calamités sont imprévisibles et inéluctables. Mais la plupart des vies perdues sont dues sans l’ombre d’un doute à des désastres non naturels déclenchés eux mêmes par des éléments totalement artificiels -l’étrange fondamentalisme du marché. L’Indonésie est gouvernée par des voyous, par une clique de voleurs impitoyables qui ont survécu en tant qu’espèces depuis le coup d’état de 1965 soutenu par les Usa dans lequel des citoyens indonésiens de premier plan furent massacrés, emprisonnés ou exilés.

Le pays est paralysé par un mélange violent de féodalisme/capitalisme, fondamentalisme religieux (non seulement islamique, mais aussi chrétien et hindou), ajouté à une désinformation ainsi qu’un piètre niveau d’éducation.
Les infrastructures du pays sont en voie d’implosion. Prêtres corrompus, propriétaires d’usine, lobbies d’affaires: tous n’ont pas de temps à consacrer aux choses qu’ils voient comme futiles ou même insensées: les travaux publics, le développement des transports en commun, de meilleures écoles et hôpitaux ou des choses simples telle la prévention des tsunamis, un système de drainage, la gestion des déchets ou la distribution d’eau potable.

under the flyover
 Sous l’échangeur

Le système du pays est basé essentiellement sur l’optimisation des profits, sur le pillage de tout ce qui est encore dans le sol et en surface. Ensuite pour faire bonne figure, quelques miettes de charité sont lancées aux pauvres qui représentent la majorité. Comme un membre de l’Académie des Sciences en Indonésie me le disait il y a quelques années, Jakarta et toutes les grandes villes du pays ont un accès à l’eau potable pire que les villes indiennes et même que celles du Bangladesh. La gestion des déchets est considérée comme une dépense inutile et de ce fait, les rivières et canaux des grandes villes sont encombrés de détritus.

Le système de drainage est inadapté et vieillissant, datant souvent de l’époque coloniale hollandaise lorsque Jakarta alors nommée Batavia était une petite ville de quelques centaines de milliers d’âmes et non le monstre actuel de 12 millions d’habitants. Comme les urbanistes ont englouti quasiment tous les parcs, il subsiste quelques rares espaces verts en ville. Et dans les montagnes, l’érosion des sols, la surexploitation minière et du ‘développement’ encore et encore, ont causé de telles destructions environnementales que lors de la saison des pluies, l’eau s’écoule des hauteurs de manière imprévisible et incontrôlable.

Bien sûr, la nature reprend ses droits; elle punit ceux qui défigurent et détruisent les paysages. Malheureusement, dans ce pays, les véritables responsables de ce projet national désastreux- l’Indonésie- sont planqués derrière de hauts murs dans des zones confortables et relativement sûres. Les pauvres, privés de tout et sans protection, sont secoués par des glissements de terrain, subissant les inondations et perdant tous leurs biens. Une logique implacable.

in the police tent,  helping flood victims

Dans une tente installée par la police pour secourir les victimes des inondations
«A Jakarta», comme me le disait un homme d’affaires important qui vit désormais à l’étranger: «Ils ne construiront jamais de système de transports en commun décent à cause du lobby automobile. Et ils se fichent pas mal que les grandes villes subissent de graves paralysies liées aux embouteillages et une pollution terrible.» La même chose peut être affirmée concernant l’industrie du bâtiment. Comme me l’avait expliqué Madame Sofya, une victime des dernières inondations qui a littéralement emporté sa maison située au nord de Jakarta: «pourquoi les entreprises devraient t-elles se soucier des projets gouvernementaux? Une fois terminés, les projets ne reviennent plus. Si aucun système d’évacuation n’est installé et que les inondations ne cessent de revenir chaque année, des centaines de milliers de maisons continueront d’être détruites….C’est fantastique n’est ce pas! Pour le business, en effet c’est excellent! Cela signifie des profits juteux pour ceux qui réparent et reconstruisent maisons et bâtiments.»

Le professeur Muslim Muin du prestigieux Institut de Technologie de Bandung (ITB) n’a aucun doute où le problème réside: «Ne blâmons pas les océans. Le niveau de la mer est normal cette année. Le problème se situe dans les rivières et canaux de Jakarta qui ne peuvent pas absorber toute cette quantité d’eau. Avant la saison des pluies, le gouvernement devrait effectuer une simulation hydrodynamique et ainsi il saurait de quelles sortes de pompes il aurait besoin et quel type de système d’évacuation pourrait être utilisé.»

Mais le gouvernement n’a pratiquement jamais effectué ce genre de test. Ainsi, chaque année, les inondations arrivent comme ‘une surprise’. Des gens perdent leur maison. Ceux qui sont au pouvoir réalisent d’énormes profits. Et les religions, d’une manière ou d’une autre, donnent un sens à tout cela. Ainsi les riches restent riches. Rien ne change. Et l’année prochaine, la nation tombera encore une fois des nues devant la catastrophe annoncée.
Andre Vltchek

Article original en anglais : The Floods of Jakarta. The Poor Are Dying to Make the Rich Richer, Counterpunch, 24 janvier 2014.

Traduit par Eric Colonna

Andre Vltchek est un romancier, réalisateur et journaliste d’investigation. Il couvre des guerres et conflits dans des douzaines de pays. Auteur de Point of No Return , roman politique acclamé par la critique, réédité et de nouveau disponible (traduit en français), auteur d’un livre très critique sur l’Indonésie post-suharto et son modèle de libéralisme sauvage“Indonesia – The Archipelago of Fear” (non traduit en français). Après avoir vécu de longues années en Amérique du sud et en Océanie, Vltchek habite et travaille entre l’Asie du sud-est et l’Afrique. On peut le contacter sur son website ou Twitter.


Notes du traducteur
Voir l’article de Vltchek du 25/01/13 Jakarta’s killer floods and the Elites


D’autres photos
Indonésie Java Jakarta-centre Inondation Kampung Kebon Sirih
Jakarta inondation sur jalan Kebon Sirih Barat
Indonésie Java inondations
Indonésie Java inondations

9 janvier 2014

(Fukushima) La pollution de l’Océan Pacifique s’étend inexorablement

Source : http://www.vivre-apres-fukushima.fr
30/12/2013
English :  (Fukushima) Pollution of the Pacific Ocean is spreading inexorably

Résumés d’une série d’Articles concernant la pollution de l’océan pacifique présentés par ENENEWS

Concernant la pêche à proximité de Fukushima Dai Ichi (traduits de l’anglais)

 

Aleksey Yaroshevsky, RT reporter, 25 Dec. 2013 :
“Au port de SOMA (~45 km de Fukushima Dai ichi) quoiqu’ il soit juste quelques Km des zones contaminées par la radioactivité, des produits de la mer de toutes sortes et de toutes tailles sont amenés plusieurs fois par jour. C’est préoccupant… «
Réponse (indirecte) de Akihisa Sato, travailleur au laboratoire, 25 Dec. 2013:
“Nous prenons des échantillons de chaque prise et si nous trouvons la plus petite trace de contamination, nous détruisons la totalité de la prise…. Ce poisson est sûr.
Autre avis:
Hirokai Kurosaki, economiste, 25 Dec. 2013:
“La plus grande partie du poisson pêché dans un rayon de 30 km est jeté aux ordures car contaminé. Et Tepco indemnise les pêcheurs locaux; ainsi ils sont contents et gardent le silence. Certain poissons sont commercialisés mais seulement localement.

En Russie on se préoccupe également:

 


Russian Experts: La pollution de Fukushima se disperse partout sur la terre; clairement, une grande quantité de poissons, de fruits de mer et autres produits de la mer ont été pollués. Ces produits représentent un grand danger pour l’espèce humaine lorsque ils sont consommés en grande quantité par les gens.

Maxim Shingarkin, vice-président du Comité de la Douma d’État de Russie pour les ressources naturelles, le 26 décembre 2013: “Les courants dans l’océan mondial sont ainsi faits que les zones de pêche près de la côte Nord Ouest des US on plus de probabilités de contenir des produits radioactifs que la mer d’Okhotk qui est bien plus près du Japon. Ces produits sont le principal danger pour l’humanité parce qu’ils peuvent se retrouver dans les assiettes des gens en grandes quantités. [...] Les émissions dans l’air n’ont pas été projetées dans la mer D’Okhotsk, ni à Sakhalin, ni loin vers l’Est, ni dans les îles Kouriles. Donc, le transport aérien de marchandises ne semble pas dangereux pour autant. Je veux dire à ce jour parce que tout le combustible nucléaire pas a été retiré des unités de production d’électricité. Ceci signifie que des émissions radioactives dans l’atmosphère sont possibles en cas de surchauffe.

Vladimir Slivyak, Co-président du groupe de l’écologie international Ecodefence, le 26 décembre 2013: « Le gouvernement russe prévu de limiter la pêche dans l’Extrême-Orient. Pour autant que je sache, aucune de ces restrictions n’a été mise en patique à ce jour. Néanmoins, il est possible que certaines mesures seront prises. [...] Il a fallu des années après Tchernobyl pour en tirer des conclusions détaillées sur l’ampleur de la pollution nucléaire. Nous avons une situation similaire avec Fukushima [...] Nous saurons probablement les conséquences de cet accident dans 10-15 ans. Il est clair qu’une grande quantité de poissons, algues et tout ce que l’océan contient ont été pollués. Il est clair que la pollution se répand sur toute la terre. Il est clair que de vastes territoires ont été pollués au Japon même. Tout cela est généralement clair. Mais nous avons besoin de recherche afin de fournir plus de détails et cela prendra beaucoup de temps « .

Aux États Unis

 

Arnold Gundersen s’élève contre la politique du secret que pratique le gouvernement américain

carte du nuage radioactif de Fukushima

Uncertainty in Simulation of Global Transport of Radioactive Tracer Emitted from Fukushima Daiichi Nuclear Power Plant, Studies on the 2011 Off the Pacific Coast of Tohoku Earthquake, 2014
De Portland au sud, à Vancouver au nord, il y a eu localement d’importants dépôts de particules chaudes. L’un des scientifiques avec qui nous travaillons avait des filtres à air à Seattle, contrôlant l’air en continu; nous pourrions montrer clairement que l’individu moyen à Seattle a inhalé environ 10 particules chaudes par jour dans ses poumons. Quoi que vous fassiez, vous ne pouvez pas expulser ça: la taille des particules est telle qu’une fois inspirée, elle se dépose dans votre poumon [...] Ce que les gens à Seattle auraient pu faire était de mettre des masques à air, mais bien sûr, le temps que nous ayons les données et qu’elles soient analysées, on était en mai et le plus gros du nuage était déjà passé. Les autorités savaient cependant. Je suis absolument convaincu que les autorités savaient et ont choisi de nous garder tous dans l’ignorance. A Seattle le gouvernement a annoncé qu’il allait faire voler des hélicoptères le long de la côte tout au long de la région de Seattle. Ils ont dit qu’ils faisaient la surveillance du rayonnement de fond, et que c’était juste une pure coïncidence qu’ils fassent cela seulement 90 jours après Fukushima Daiichi. Je ne le crois pas. Je pense que ces hélicoptères étaient à la recherche de particules chaudes et on ne nous a pas donné le résultat de ces enquêtes. Ils ont dit que c’était un secret de sécurité nationale. Donc, les autorités savaient et ne nous ont pas avertis [...]

En savoir plus sur Arnie Gundersen sur le site de son organisation

Sur la côte pacifique des USA et du Canada, il y a des phénomènes jamais vus auparavant: forte mortalité des étoiles de mer, poissons décolorés, comportements anormaux de populations entières… il se passe quelque chose dans le pacifique et les chercheurs ne savent pas quoi. Serait-ce la pollution radioactive ? nul ne le sait. Aux dernières nouvelles des Aigles de cette région souffriraient maintenant d’une maladie jamais vue qui les empèche de marcher et voler…
On peut voir aussi sur les cartes que la pollution s’infiltre dans le détroit de Bering. Ce détroit donne sur l’océan atlantique.


Carte de la contamination en surface en 2012
Surface water distribution of Fukushima 137Cs in 2012 (Aoyama et al., 2013; G. Hong, pers. comm. [personal communication])

 

Les chinois ont de leur côté mis l’embargo sur certains produits de la mer en provenance du japon.

 

Sri Lanka

 

The Island, le 25 décembre 2013: Les produits de mer des importations en provenance du Japon indiquent une contamination radioactive

[...] Atomic Energy Authority (AEA): Le Coordinateur National du Projet, Directeur des Sciences de la Vie , Wijeya A. Waduge a déclaré qu’une étude avait été menée selon les techniques de l’Autorité de l’énergie atomique (AIEA).

Grâce à cette étude, ils ont établi des données de référence pour la radioactivité marine autour du Sri Lanka [~ 4,300 miles de Fukushima, Japon]. Le Sri Lanka n’est pas atteint par la zone de danger de radiation, mais il est temps pour toutes les parties prenantes d’ être sur le qui-vive (..) Waduge dit que les niveaux de rayonnement, en particulier dans les produits de la mer importés du Japon, avaient sensiblement augmenté. [...] Ces niveaux de rayonnement étaient en dessous du niveau de 100 Becquerel [Bq / kg] de danger, avec des résultats variant entre 15 et 20 [...]

carte Japon-Sri-lanka

12 décembre 2013

Tritium à la mer : L’AIEA encourage Tepco à rejeter l’eau radioactive à l’océan

Source : http://www.vivre-apres-fukushima.fr
05/12/2013
English : IAEA recommends discharging Fukushima radioactive water to the sea

Tepco se trouve avec d’énormes quantités d’eau radioactive qui vont croissant et dont il ne sait que faire.


conf de presse de l'AIEA
Juan Carlos Lentigo, à G, chef de l’équipe d’experts de l’AIEA pendant une conférence de presse à Tokyo le 4 Déc. (image Akira Hatano- Asahi)

L’AIEA, après une visite sur place recommande d’envisager de rejeter cette eau radioactive à la mer. Bien sur, ce serait après « traitement » de décontamination et de façon « contrôlée ».
Mais ils avouent quand même qu’ils ne savent pas retenir le Tritium.
A supposer que la décontamination pour les autres substances radioactives soit efficace, ce serait donc de l’eau tritiée qui finirait dans la poubelle collective « océan Pacifique ».

Un article en anglais de l’Asahi Shimbun

Allison Macfarlane, à la tête de la NRC, l’autorité de sûreté nucléaire américaine, en visite au Japon, a déclaré de même que l’eau partiellement décontaminée par ALPS, mais contenant toujours beaucoup de tritium, devrait être rejetée en mer, après avoir été diluée, car il n’y a pas d’autre solution.

Note:

- Tepco laisse filer déjà chaque jour à l’océan quelque 400m3 d’eaux contaminées, de façon incontrôlée.
- Rejeter à la mer, c’est tous les riverains et habitants du Pacifique, tous les poissons et autres habitants de l’océan qui vont en être contaminés. Progressivement la contamination va s’étendre à l’ensemble des mers.L’industrie nucléaire, incapable de gérer ses déchets en est toujours au stade de « l’océan poubelle »; et ce sont les populations qui vont en subir les conséquences.


Qu’est-ce que le Tritium ?
Le tritium est l’isotope radio actif de l’Hydrogène (symbole: 3H ou T)
Comme l’hydrogène « normal », il s’unit à l’oxygène et forme ainsi une eau radioactive sous différentes formes.
Pur, il est très radioactif.
Dans l’environnement on le trouve sous une forme très diluée dans l’eau normale appelée eau tritiée.
Il se désintègre en émettant un rayonnement Beta- , de faible énergie
Sa demi-vie est de 12,32 ans (il faut donc 120 ans pour qu’il ne persiste plus que 1/1000 de la radioactivité initiale).
Il est rare dans l’environnement naturel
Il est fabriqué et émis dans l’environnement par:
  • les explosions d’armes nucléaires
  • l’industrie nucléaire: les centrales, la fabrication des armes atomiques et surtout les centres de retraitement des combustibles
    Ses usages:
  • en premier lieu: « améliorer le rendement des armes thermonucléaires »
  • il est un élément de base des réacteurs ITER
  • traceur en biologie, exploration pétrolière, gaz de schiste etc…
Comme l’eau normale, l’eau tritiée diffuse très facilement partout dans l’environnement et dans tous les êtres vivants;
Comme l’organisme ne le distingue pas de l’hydrogène normal, le tritium s’incorpore dans tous les tissus animaux et végétaux.
Il est difficile à stocker, il traverse aciers et béton.
Il n’existe pas de méthode industrielle pour le piéger; ce qui fait que la totalité du Tritium fabriqué par l’industrie nucléaire est libérée dans l’environnement…(ASN)

27 mai 2013

Contamination des eaux après l’accident de Fukushima

Source : http://fukushima.over-blog.fr
01/05/2013
Blog auteur Pierre Fetet
English  Water contamination after the Fukushima accident


Cet article a déjà été diffusé l’année dernière sur le blog Pensées pour Tohoku - Japon 11/3. Parce que ce sujet reste totalement d’actualité, mais aussi parce que les infos en français sont rares, nous l’éditons sur le blog de Fukushima avec l’autorisation de l’auteure et traductrice, Junko Takase.

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Contamination des eaux après l’accident de Fukushima

福島第1原発事故後の水の汚染

Rapport 1

Le 15 janvier 2012, la NHK a diffusé une émission
      « Contamination de la Radioactivité - Rapport Urgent de la Mer »,
d’après le premier sondage fait au large de Fukushima N°1, jusqu’à la baie de Tokyo
      ( Cet enquête a été réalisée à partir de novembre 2011 )
******

1-1 ) Au large de Fukushima 

福島県沖で

En novembre 2011, le professeur ISHIMARU Takashi et KANDA Jota de l’Univ. de Tokyo Océanographie a réalisé une enquête sur une zone de 20 km du large de Fukushima N.1, zone interdite par l’Etat, avec la Coopérative de la Pêche de Hisanohama, 30 km au sud de Fukushima. On y avait déjà trouvé des soles à 4500 Bq/kg de radioactivité, soit presque 10 fois plus que la norme officielle*.
A Hisanohama, depuis, la coopérative a cessé la pêche.

* Au moment où NHK a réalisé cette émission, la norme officielle était à 500 Bq/kg.                         Depuis avril 2012, celle-ci est de 100 Bq/kg
 
Les taux de radioactivité de l’eau de la mer à 20km du large de Fukushima : 0.06 µsv/h     Au même endroit à 13 m de profondeur de la mer : plus de 2 µsv/h
Nous avons également prélevé des échantillons de terre du fond de la mer à 32 endroits différents, sur la côte. Le résultat des analyses: Plus de 2000 Bq/kg sur 1 km de côte, juste devant la centrale, avec par endroit 4520 Bq/kg.
Ensuite, nous avons analysé les poissons dans la zone de 20 km, au large du sud-est.

Les résultats : mebaru 2300 Bq/kg,  Ainame 1400 Bq/kg, kasubé 1700 Bq/kg
L’analyse montre que la plupart des poissons du fond de mer avaient beaucoup plus de césium 137 que la norme. Quels sont les rapports entre ces poissons qui vivent au fond de la mer et la contamination de la terre ?
Dr.Ishimaru : « Au fond de la mer, vivent le plancton et de tout petits poissons qui mangent les boues contenant les substances radioactives.Ensuite, d'autres poissons mangent ces poissons. Tant que la substance radioactive reste au fond de la mer, la contamination des poissons continue par la chaîne alimentaire»
 

1-2 ) Jusqu’au au large de Chiba, à 200 km de Fukushima :

福島沖から200kmの千葉銚子まで

Le courant littoral tourne dans le sens des aiguilles d’une montre,
et le long de la côte du Pacifique, le courant tourne vers le sud.
Alors, nous avons décidé de faire des prélèvements de terre du fond de mer sur une distance de 200 km vers le sud de Fukushima.  
A 30 km, au large de la ville de Iwaki : 300 Bq/kg
A 80 km, au large de la ville de Takahagi de Ibaragi : le fond de mer était du rocher dur, et la quantité de cesium relevée était très peu élevée. Comme montre le tableau dessous, au nord de Ibaragi, il y avait peu de césium.

A 120 km, au large de Hitachinaka : On pensait que le taux de radioactivité allait baisser, alors que le résultat était étonnant, 380 Bq/kg ! Comme au large de Fukushima. En fait ici, le fond de mer est composé de boues dans lesquelles le césium se fixe facilement.
 
A 180 km, au large de la ville de Choshi de Chiba : 112 Bq/kg au lieu de 38 Bq/kg en octobre 2011

Professeur KANDA de l’Université de Tokyo Océanographie dit que ces substances de radioactivité se déplacent selon le courant de mer et peuvent se poser là où il y a des couches sédimentaires avec boues.


1-3 ) Dans les lacs et étangs ... endroits fermés :
 
内陸の湖や沼で起こっていること

En plus d'une contamination de la mer, il y a actuellement 23 lacs et étangs
en eau douce avec présence de poissons contaminés.
Par exemple à Akagi-Onuma (alt. 1340 m) à Gunma (situé à 200 km de Fuku–shima). Le taux de radioactivité autour de ce lac n’est pas important : 0.17 µsv/h (la norme officielle qui déclenche le nettoyage est à 0.23 µsv/h)

Mais depuis le mois d’août 2011, nous avons trouvé dans Wakasagi 640Bq/kg, et d’autres poissons avaient dépassé la norme de 500 Bq/kg.
En décembre 2011, nous avons décidé de faire l’enquête sur ce lac
avec M. SUZUKI du laboratoire de pisciculture de Gunma.
Résultat :
Plancton du lac Akagi-Onuma : 296 Bq/kg
Pourtant, ils ne vivent pas plus longtemps que quelques semaines.
Les boues du fond de lac : 950 Bq/kg, et en plus, la couche qui contient le césium fait 20 cm de profondeur.

Les lacs qui se trouvent au milieu des montagnes sont fermés et l’eau stagne. Une fois que le césium s’installe au fond du lac, il y reste et continue à contaminer les poissons : les planctons mangent les boues, les poissons les mangent, les poissons morts tombent au fond du lac, les planctons se reproduisent et ... cercle vicieux.
A Akagi-Onuma, c’est la saison de la pêche de Wakasagi. Mais aujourd’hui, on n’y voit personne.
******


25 ans après l’accident de Tchernobyl, le Centre National de Surveillance de la Radioactivité continue la recherche sur les poissons en eau douce contaminés en Ukraine

Leurs rapports montrent que les premières cinq années, le taux de césium dans les poissons avait baissé. Ensuite le taux ne diminue pas beaucoup. Il faudra attendre 30 ans, pour qu'il diminue de moitié.

1-4 ) A la Baie de Tokyo :
Un « Point Chaud », dans la Baie de Tokyo,
 plus élevé qu'au large de Fukushima


Dans l’embouchure de la rivière Edo, un « point chaud » révèle 2 fois plus de césium qu’à 20 km au large de Fukushima !

Depuis août 2011, en collaboration avec Dr. YAMAZAKI Hideo de l’Université de Kinki, nous avons commencé à faire des analyses. A 10 m de profondeur, le fond de mer est stagnant et sombre, et recouvert de boues. Nous avons fait des relevés à 26 endroits.

Résultats :
Les taux de césium trouvés étaient peu importants. Ormis au fond de la baie et à l’embouchure de la rivière Edo ( Edogawa) et Arakawa, où il a été relevé jusqu'à 872 Bq/kg !
En amont de ces rivières, s’étend la ville de Tokyo.
Dr. Koibuchi, chercheur de l’Université de Tokyo pense que la contamination de la Baie de Tokyo va s'aggraver et que dans Edogawa, on peut touver des endroits où le césium peut s’accumuler.
« Ces substances de radioactivité se déplacent dans le courant rapide de la rivière. Mais en approchant à l’embouchure où l’eau douce mélange avec l’eau de mer, l’agrégation se produit : le césium qui se déplacait avec la boue ne se mélange pas tout de suite à l’eau de mer salée. Mais le sel fait coller les boues et le césium se fixe au fond de la rivière.

Durant 2 mois, le Dr. Koibuchi a examiné les taux de césium au fond de Edogawa :
1623 Bq/kg à 8 km de l’embouchure !
On peut imaginer que les substances de radioactivités qui sont tombées sur la plaine, peuvent se déplacer avec la pluie et s’accumuler dans toutes les rivières qui versent à la baie de Tokyo.

Conclusion :
D’après la simulation réalisée par le groupe de la Prévention aux Catastrophes de l’Université de Kyoto, cette contamination s’étendrait à une vitesse de 5 km / an. Et vers mars 2014, la contamination de la baie de Tokyo toucherait le niveau le plus élevé. Du fait que la forme de la Baie de Tokyo est un peu fermée, il sera possible que cette situation dure pendant un petit moment ...
Comment les césiums peuvent-ils se déplacer ?
Qu’est-ce que l’agrégation ?


La substance radioactive comme le césium qui descend de la montagne à la plaine, arrive à la rivière ou au fleuve. Ensuite, le césium, de charge électrique positive, est pris par une particule argileuse de charge électrique négative, et ils se déplacent bien attachés désormais ensemble.

La densimétrie de cette particule (argile + césium) est légère, donc ne reste pas dans le courant rapide. Tandis que là où le courant est plus lent, notamment en aval de la rivière, elle se pose tout doucement au fond.

Quand cette particule se mélange avec l’eau salée de mer, leur densimétrie devient alors plus lourde ( agrégation ) et la particule peut s’entasser au fond de l’eau.
Rapport 2

Début de la contamination des rivières

河川汚染の始まり

Comment se passe la contamination des fleuves avant qu’ils se jettent dans la mer?

Dans le rapport 1, nous avons parlé de la contamination au large de Fukushima et de la Baie de Tokyo du mois d’août au novembre 2011.

D’après la recherche renouvelée au mois d’avril 2012 par l’équipe du Professeur YAMAZAKI Hideo de l’Université de Kinki dans la Baie de Tokyo, le taux de radioactivité s’est multiplié de 1.5 à 13 fois plus, depuis l’an dernier. C’est à dire ils ont vu la quantité de césium de la terre du fond de la mer à 1m : 7,305-27,213 Bq/m2, au lieu de 0,578-18,242 Bq/m2 en août 2011.
Ce résultat prouve que les substances de radioactivité ont été transportées par les rivières qui se jettent à la baie de Tokyo : Edogawa, Tamagawa et Arakawa. Ces substances, proviennent à la fois de la plaine et des montagnes.


2-1) Aux alentours de Tokyo
Tamagawa et Arakawa

Dans les chaînes de montagne de Okutama, la source de Tamagawa est bien polluée comme montre le tableau ci-dessous (partie bleu foncé et vert-bleu) :

Selon le résultat de monitoring aérien du Ministère de Culture et des Sciences, le taux de radioactivité à Okutama peut s’élèver de 60,000 jusqu'à 100,000 Bq/m2. Et malgré ce taux, il y a des gens qui y vivent, et qui y travaillent tous les jours.

A Tchernobyl, plus de 550,000 Bq était la zone d’évacuation obligatoire et 37,000 à 40,000 Bq/m2 était la zone de contrôle de radioactivité où on ne peuvait pas y aller facilement.

De ces zones hautement polluées, la pluie descend dans la rivière et rejoint Tamagawa. Juste avant que la rivière Hibara et Tamagawa se rejoignent, se situe le lac de Okutama, principale réserve d'eau pour les habitants de Tokyo.

On peut dire la même chose pour Arakawa, l’autre rivière qui verse à la baie de Tokyo, dont la source est à Oku-Chichibu.

Edogawa, l’affluent du Fleuve Toné

Les sources du Fleuve Toné, (principale réserve d'eau pour les habitants de Kanto), se situent dans les chaines de montagnes de plus de 2000 m qui se trouvent entre la frontière des préfectures de Gunma et de Niigata. La situation là-bas est encore pire que celle de Okutama.

Au cours supérieur Tonégawa, il y a le lac Okutoné, Naramata et Hujiwara, qui sont des lacs de barrage. Ici, la contamination sur des zones assez étendues peut atteindre de 60,000 à 100,000 Bq/m2. Ensuite, l’eau se déverse vers nos zones habitées.

Ces montagnes sont couvertes de neige durant l’hiver. Au printemps, peu à peu la neige  fond, passe dans les ruisseaux et finit par se joindre à la rivière Katashina et le Fleuve Toné. Normalement, on aime prendre dans les mains cette eau fraiche et se laver le visage pour se rafraîchir.... mais aujourd’hui, ce geste est trop risqué.

Le Fleuve Toné se jette dans le Pacifique, et avant, il se divise à Edogawa qui verse à la baie de Tokyo.

Dans tous les cas, la pollution par la radioactivité ne va pas s’arrêter. Ce n’est que le début.


2-2) A Fukushima

En printemps 2012, dans la préfecture de Fukushima aussi, on a remarqué le même phénomène de multiplication des taux de radioactivités : on commence à trouver des points chauds dans la ville de Aizu (que l’on croyait jusque là non-contaminée). Et aussi dans la ville de Koriyama et de Fukushima.

L’équipe NHK a réalisé le rapport de mesure des taux de radioactivité de la terre et de l’eau à plus de 200 endroits le long des deux fleuves Abukuma et Agano.

Il y a le fleuve Abukuma qui part du sud de Fukushima et se jette dans le Pacifique traversant la préfecture de Miyagi, et le fleuve Agano qui part de Aizu et se verse dans la mer du Japon traversant la préfecture de Niigata.

En fait, c’est exactement comme pour la Baie de Tokyo. Les rivières / fleuves peuvent transporter la radioactivité, provenant de toute l’eau qui descend de la montagne, et de l'eau des précipitations de pluies ou de neige, qui ruisselle sur les routes et bâtiments des villes.

Le fleuve Abukuma est le lieu de production de l'Ayu, un poisson de rivière. On a relevé 2050 Bq/kg à l’endroit de ponte, et 1840 Bq/kg à l’affluent. L'Ayu se nourrit de boue et des algues du fond de la rivière. On peut parler ici d’un phénomène de concentration in vivo. Et on peut dire la même chose pour les autres poissons de ces rivières.

Le 19 juin 2012, le Journal de Fukushima ( Fukushima Minpo ) a publié que les poissons de ce fleuve Abukuma ont dépassé la norme, suite aux analyses des taux de radioactivité.

Dans des villes en province, il est courant de trouver des réserves d’eau de pluie, en plein milieu de quartiers d’habitation. Ces réserves d'eau peuvent être contaminées par l'eau de pluie lorsqu'elle a ruisselé sur les toits des maisons ou sur les routes.
Lorsque l'eau d'un étang rejoint une rivière, souvent en passant par un canal, nous avons constaté que des taux de radioactivités sont très élevés. Puisque l'eau de l'étang est stagnante.
Au moment de la saison des pluies ou des typhons, les rivières peuvent sortir de leur lit et  innonder. Une fois que l’eau s’est retirée, la substance radioactive s'est déposée sur les terres inondées.


Conclusion :

Le Japon est appelé Mizuho no Kuni, c'est à dire : pays de rizière, entouré par la mer et les rivières.

La vie des Japonais est depuis toujours très proche de l'élément eau.

Mais cette eau, qui ruisselle depuis toujours chez nous, l’Homme l'a salie.

Pour combien de temps, on ne sait pas.

Le Mal s’est installé, on ne peut pas retourner en arrière.

Maintenant, l’Homme doit subir toute la conséquence de sa bêtise.

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Sources : Kaleidscope blog : 24 mai 2012, 6 juin 2012, 19 juin 2012, et NHK : émissions spéciales du 15 janvier 2012, 10 juin 2012 « Qu’est-ce qui se passe à la rivière ? »
Liens vers le blog japonais :
http://kaleido11.blog111.fc2.com/blog-entry-1297.html
http://kaleido11.blog111.fc2.com/blog-entry-1296.html
 

1 avril 2013

Quand la chimie contamine notre eau

Réalisateur: Peter Podjavorsek

Comment lutter contre la pollution croissante de l’eau ?

Peut-on boire sans crainte l’eau du robinet ? C’est ce qu’'affirme Janez Potocnik, commissaire européen en charge de l’environnement. Mais les scientifiques qui analysent les substances rejetées dans nos eaux se montrent plus réservés. En effet, ils observent chez les poissons et les amphibiens des troubles de la masculinisation, des hypertrophies du foie et des branchies... Chez l’homme, les phénomènes d’allergies et de résistance aux antibiotiques progressent. La biologiste Barbara Demeneix a décelé dans l’eau des molécules perturbant le fonctionnement de la thyroïde. Écotoxicologue, Peter von der Ohe plaide pour une révision des protocoles expérimentaux d’analyse des eaux : selon lui, trop peu de substances sont testées, et sans que les équilibres complexes de la chaîne alimentaire ne soient pris en compte. Résultat : les estimations des seuils de tolérance à ces substances sont trop hauts et le scientifique estime que seules 15% de nos eaux sont propres. Mais dans les pays en voie de développement, la situation est plus dramatique encore : en Inde, où l’industrie pharmaceutique européenne a délocalisé une partie de sa production, le chercheur Joakim Larsson a mesuré des concentrations en antibiotiques un million de fois supérieures à la normale. Maladies chroniques, fausses couches, naissance de nourrissons handicapés se multiplient. Un constat qui invite à se mobiliser : les scientifiques en appellent à la responsabilité des industriels et aux autorités administratives et explorent des solutions pour dépolluer l’eau.

13 mars 2013

La soif d’eau de Wall Street

Par Frederick Kaufman
08/03/2013
Source : http://blog.mondediplo.net
English   Thirst for water on Wall Street

Les manœuvres en vue d’un marché global de marchandisation de l’eau doivent être arrêtées. Un tel marché pousserait à la hausse les prix de certains produits alimentaires, bien au-delà des pics enregistrés au cours des cinq dernières années, prévient Frederick Kaufman.

Au début de l’année dernière, j’ai publié un article dans Foreign Policy expliquant comment Wall Street se fait de l’argent sur le dos de ceux qui souffrent des affres de la faim. J’ai procédé à l’historique des marchés financiers des produits alimentaires et relevé que les prix du maïs, du soja, du riz et du blé ont battu des records à trois reprises au cours des cinq dernières années [« How Goldman Sachs Created the Food Crisis », Foreign Policy, 27 avril 2011.]. J’ai scruté les impacts du changement climatique et des biocarburants sur les marchés à terme des céréales et j’en ai déduit que le système mondial des prix des produits alimentaires qui, jadis, bénéficiait aux agriculteurs, aux boulangers et aux consommateurs a été sapé par les dérivés financiers créés par les banques d’investissement.

Ces fonds de matières premières ont effectivement détruit la fonction traditionnelle de « découverte des prix » pour les échanges à terme du blé sur les places de Chicago, de Kansas City et de Minneapolis, et ont fait de ces marchés des machines à générer des profits pour les banques et les fonds d’investissement, tout en orientant à la hausse le prix de notre pain quotidien [1].

Bien que l’on ait promis une réglementation globale des dérivés financiers sur les aliments, les années passent et rien de concret n’a encore été réalisé. A Washington D.C., les abus sur les marchés de matières premières et d’autres trafics ont accouché de 30 000 pages de réglementations nouvelles : la loi dite « réforme de Wall Street de Dodd et Frank » et la loi de 2010 sur « la protection du consommateur ».

Comme on pouvait s’y attendre, la mise en œuvre de ces lois a été contestée devant les tribunaux et ainsi provisoirement suspendue. Même si ces textes s’appliquent au-delà de la Beltway [2], les échappatoires ne manquent pas pour les grosses banques. En conséquence, il est prudent de se dire que la ressource globale sera le prochain produit financier dérivé. Y a-t-il plus alarmant, plus grave que la catastrophe qui permettra de parier sur les aliments des humains ?

Qu’en est-il de l’eau ? 

 

Les spéculateurs peuvent déjà parier sur la neige, le vent et la pluie, au moyen de contrats à terme, pouvant être négociés — vendus et achetés — à la Bourse « Chicago Mercantile Exchange ». La valeur du marché de la météorologie a cru de 20 % entre 2010 et 2011. Mais ce secteur demeure chétif : il représente seulement 11,8 milliards de dollars. Il n’en demeure pas moins que ce type de transactions à terme prouve que la fièvre qui s’est emparée de Wall Street transforme mère nature en mère de tous les casinos.
Certains environnementalistes pensent que mettre un prix sur l’eau douce serait le meilleur moyen pour sauver le capital hydrique de la planète. Plus cher elle coûtera, moins nous gaspillerons la ressource.
La financiarisation de précieuses ressources sous-tend une initiative internationale hébergée par le programme des Nations-Unies pour le développement (PNUD) et soutenue par l’Union Européenne, l’Allemagne, le Royaume-Uni, la Hollande, la Norvège, la Suède et le Japon : il s’agit de « The Economics of Ecosystems and Biodiversity » (TEEB).

Le TEEB vise à calculer jusqu’au dernier trillion de dollars, de rials ou de renminbi, la valeur des écosystèmes. Le mouvement PES « paiement pour les services environnementaux » (rendus par les écosystèmes) se réfère quant à lui à des choses comme l’air que nous respirons et l’eau que nous buvons.
On compte, parmi les partisans de ce concept, la Banque mondiale et l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO). Selon le rapport de 2010 du TEEB : « L’accent mis par la société moderne sur le marché des composants du bien-être et notre dépendance quasi totale vis-à-vis des prix du marché pour attribuer la valeur signifient que nous ne mesurons et ne gérons les valeurs économiques échangées qu’à travers les marchés. »

La faculté de Wall Street à tirer des profits de la bulle alimentaire, l’incapacité de Washington à réglementer les dérivés (financiers) globaux et la forte tendance à faire de la nature une marchandise, au moyen d’instruments du type TEEB et PES, ont convergé cet été vers un seul et unique foyer : la sécheresse qui s’est abattue sur les Etats Unis.

Une avalanche de prédictions sociales et environnementales sinistres a accompagné cette sécheresse : en 2035, trois milliards d’êtres humains seront affectés par le stress hydrique, le manque d’eau deviendra chronique, les incendies de forêt se déclareront partout, les moussons deviendront imprévisibles et la fonte des neiges décroîtra de manière drastique, étant donné le nombre d’hivers suffocants.

Or, dans le même temps, l’eau est devenue essentielle pour un spectre de plus en plus large d’industries, allant de la houille blanche à la fracturation hydraulique, de la brasserie à la fabrication des semi-conducteurs. La nappe phréatique est en train de s’effondrer en Asie aux dires des hydrologues. Les politologues voient moult querelles pointer à l’horizon au sujet de la propriété et de l’utilisation des cours d’eau de l’Himalaya et quiconque fore un puits dans le Nebraska sait que l’aquifère de l’Ogallala, dans le centre-ouest des Etats-Unis, est en train de baisser de manière inquiétante.

Les conséquences sont effroyables : destruction d’écosystèmes, extinction d’un nombre incalculable d’espèces, risques de conflits régionaux et internationaux, telles les fort redoutées « guerres de l’eau » du XXIe siècle. Que se passera-t-il quand l’Ethiopie érigera des barrages sur le Nil ? Ou quand le Yémen deviendra le premier pays dont l’eau aura été épuisée ? Une réponse courte s’impose : rien de bon.

Tirer profit 

 

Les investisseurs de tous horizons adorent les ambiances apocalyptiques. A travers les interstices de la violence et du chaos, il reste de l’argent à ramasser. De nos jours, les plus gros profits ne viennent pas de la vente ou de l’achat de choses bien réelles (comme des maisons, du blé ou des voitures), mais bien de la manipulation de concepts éthérés, tels le risque et les dettes collatérales. La richesse coule des instruments financiers qui transcendent la réalité.

Investir dans l’indice boursier « eau » est aujourd’hui recherché comme jamais. Il existe plus de cent indices [3] pour suivre et apprécier la valeur des titres et les actions des entreprises engagées dans le business de l’eau comme les services publics, l’assainissement et le dessalement. Nombreux sont ceux qui procurent de confortables dividendes (cf « Invest in Water ETFs »).

D’où la pression qu’exercent la Banque mondiale et le FMI, toujours à l’affût pour étendre les marchés boursiers pour leurs milliards de dollars de crédit et pour amener les pays à privatiser leurs ressources.
Ces dernières incluent les lacs, les cours d’eau, les retenues et réservoirs d’eau d’Argentine, de Bolivie, du Ghana, du Mexique, de Malaisie, du Nigéria et des Philippines (Lire, par exemple, « Water Privatization Conflicts »).

Quelle meilleure garantie de prospérité qu’une ruée de multinationales décidées à générer des revenus à partir de quelque chose qu’elles sont seules capables de gérer ? Ainsi, cet été, alors que les champs de maïs d’Ukraine et du Kansas flétrissaient, alors que la pénurie de bacon faisait les gros titres des journaux et à l’heure où les producteurs de lait nourrissaient leurs vaches avec des confiseries, un nouveau message pointait : la prochaine grande matière première dans le monde ne sera ni l’or, ni le blé, ni le pétrole.
Ce sera l’eau. L’eau exploitable et utilisable. Bien qu’amasser les actions et les intérêts dans les entreprises cotées soit une bonne chose, l’eau générera à coup sûr de juteux profits. Mais ne serait-il pas plus efficace de traduire l’eau en espèces sonnantes et trébuchantes ? Peut-être, complotent les arbitragistes et les spéculateurs, un marché de l’eau — comparable à celui de l’or ou des céréales —, un marché à terme qui assurerait la livraison ou la réception de volumes d’eau pour une date prochaine déterminée pourrait être envisagé. On y négocierait l’eau à terme comme du cash.

Sous certains aspects, l’eau est un candidat possible pour des contrats à terme sur le marché des matières premières. En premier lieu, elle satisfait aux conditions de fongibilité — l’eau pompée d’un lac, d’un cours d’eau ou d’un torrent est pratiquement la même que celle provenant d’un iceberg, d’un aquifère ou celle recueillie dans un baril d’eau de pluie.

Bientôt, elle satisfera aussi à la deuxième condition de marchandisation : elle devient de plus en plus… liquide, convertible en cash. Bien évidemment, l’eau est globale. La gestion des bassins versants est un sujet brûlant, tant pour la Volta que pour le fleuve Sénégal [4]. D’un point de vue monétaire, que le fleuve soit le Guadalquivir espagnol, le Rhône français, le Niger ou le Sacramento californien ne fait aucune différence.
Les prévisionnistes financiers réalisent que, à l’instar des matières premières traditionnellement négociées tels les métaux précieux, l’eau exploitable du futur sera si rare qu’il faudra l’extraire comme un minerai, la traiter, la conditionner, l’embouteiller et, plus important encore, la déplacer et la transporter à travers le monde. Ils savent pertinemment que la demande ne tarira point. L’idée maîtresse d’un marché à terme global de l’eau réside derrière ce concept .

Jouer gros 

 

Dans l’histoire de l’eau et de la monnaie, le Rubicon a été franchi en l’an de grâce 1996. L’irrigation par l’eau des Westlands, en Californie, sert à produire un milliard de dollars d’aliments par an. Avec ses deux mille mètres carré, il s’agit du plus grand district d’agriculture irriguée des Etats-Unis. En 1996, le district a créé une messagerie électronique qui permet aux fermiers de vendre ou d’acheter leurs droits sur cette eau à partir de leurs ordinateurs.

Négocier des droits sur l’eau à partir de son portable est ainsi une réalité. A l’instar des matières premières qui pouvaient être, par le passé, vendues ou achetées à la Bourse de Chicago ou de Kansas City et qui sont, à l’heure actuelle, couramment manipulées par des docteurs en mathématiques pour des fonds d’investissement au Connecticut.

Si l’eau devenait un produit boursier, elle rejoindrait le brut Brent, le carburant d’aviation et l’huile de soja et pourrait être négociée n’importe où, n’importe quand et par n’importe qui.

Se faire de l’argent à partir du robinet signifie que l’eau douce peut se voir attribuer un prix, peu importe l’endroit où elle est négociée — un prix global qui peut faire l’objet d’arbitrages à travers les continents. Ceux qui vivent à Mumbaï ou dans le centre-ville de Manhattan et qui constatent une hausse de la valeur de l’eau dans l’économie mondiale spéculeront sur cet « actif » sous-évalué. Leurs investissements orienteront alors partout à la hausse le prix [5].

Une calamité affectant l’eau en Chine ou en Inde — l’inflation des prix de produits alimentaires, l’instabilité politique et la crise humanitaire qui en résulteront à coup sûr — se répercutera par une hausse des prix de Londres à Sydney. C’est ainsi que les banquiers engrangent des profits.
Les économistes ont déjà commencé à concevoir des marchés à terme globaux de l’eau munis de tous les attributs : stock-options, trocs, échanges… Les compagnies d’assurance contre les inondations achèteront certainement des actions afin d’atténuer le risque financier.

Chaque société commerciale qui travaille en zone inondable participera probablement à ce marché. De même, les agriculteurs désireux de se prémunir contre les dégâts causés par la sécheresse ou d’éventuelles inondations ne manqueront pas d’y prendre également part. Tout comme les pêcheurs et les exploitants de gaz de schiste. Quant aux spéculateurs, nous savons qui ils seront.

Actuellement, personne ne s’adonne à une quelconque activité sur le marché à terme de l’eau, mais ce dernier ne mettra pas longtemps pour affirmer son existence. Lorsque l’Etat du Texas a enregistré 10 milliards de dollars de pertes économiques du fait de la récente sécheresse, des universitaires se sont mis à échafauder des théories pour indexer l’eau du Rio Grande dans un marché à terme [6]. Après les inondations qui ont affecté la Thaïlande l’an dernier et qui se sont soldées par des pertes économiques s’élevant à 46 milliards de dollars, la Bourse thaïe (Thailand’s Securities and Exchange Commission) a étudié la possibilité de développer des dérivés financiers indexés sur les précipitations et les barrages [7]. Le fabricant de semi-conducteurs Intel pourrait être intéressé : la boue et les saletés auraient arrêté sa production de puces électroniques en Thaïlande, occasionnant des pertes économiques de l’ordre d’un milliard de dollars.

Un véritable commerce global dans le cadre d’un marché à terme de l’eau devra néanmoins attendre que les financiers s’accordent sur l’adoption universelle d’une mesure du stress hydrique. D’ici là, les marchés à terme de l’eau se manifesteront comme des phénomènes sporadiques traduisant des inquiétudes locales. Ainsi, par exemple, dans une Australie affectée par la sécheresse, sur le marché à terme de Sydney (Sydney Futures Exchange), tout est prêt pour accueillir des transactions sur l’eau. Il en va de même dans les districts de Medinipur et de Tumkur des Etats du Bengale-Occidental et du Karnataka en Inde. La mousson est en effet de plus en plus imprévisible : une bourse sud-asiatique d’un marché à terme de l’eau a été conçue pour être commercialisée à la Bourse de Delhi (Delhi Stock Exchange) [8].

Les transactions à terme engloberont aussi bien les cours d’eau les plus purs que les effluves à peine légaux des usines produisant des déchets solides. Les théoriciens suisses des matières premières ont commencé à mettre sur pied des marchés où se traiteront des transactions à terme de la ressource provenant des eaux usées. Pour ses auteurs, ce concept est un marché à terme éthique de l’eau (voir le site de Prana sustainable water).

A mon avis, il s’agit davantage d’une plateforme financière pour vendre de l’eau traitée au plus offrant. Dans tous les cas, les contrats à terme apparaîtront suite à l’estimation de la pénurie relative d’eau ou de son abondance. Cette estimation se fera sur la base d’un index des niveaux de l’eau derrière les barrages, les précipitations moyennes ou d’autres indicateurs et indices. Finalement, l’instrument financier aura la même structure de base que les index de fonds qui ont amené des niveaux de spéculation sans précédent sur le marché mondial des céréales et augmenté la volatilité, celle-là même que les transactions à terme devaient à l’origine museler.

Après tout, si l’industrie du gaz naturel peut payer plus pour l’eau que les producteurs de soja, alors elle pourra se l’accaparer. Les répercussions d’un marché à terme global de l’eau peuvent à peine être imaginées. Parier sur l’eau se fera clairement aux dépens des récoltes et augmentera les prix alimentaires mondiaux au-delà des pics enregistrés au cours des cinq dernières années.
La bonne nouvelle est que, contrairement aux tentatives avortées de réglementation des marchés dérivés des produits alimentaires, il est encore temps de faire quelque chose dans le cas de l’eau.

De nombreux exemples d’estimation de la valeur de l’eau en dehors du champ de la marchandisation pure existent. Un cas d’école en la matière : la gestion du bassin de la Ruhr en Allemagne. La ressource fluviale est gérée non par la main invisible des marchés, mais par un organisme politique appelé Association de la Ruhr. Des villes, des départements, des industries et des entreprises de la région sont représentés par des délégués et des associés. Un total de cinq cent quarante-trois parties prenantes négocient les droits pour les prises d’eau (extraction) et les charges imposées à la pollution. Cette politique peut paraître biscornue, mais elle fonctionne. Malheureusement, il en est ainsi en démocratie.

Nulle panacée à l’horizon pour satisfaire les besoins mondiaux en eau. Surtout pas les dérivés financiers globaux, qui ont prouvé qu’on ne peut leur faire confiance, comme on l’a vu avec ces titres garantis par les hypothèques [9].

On leur fera d’autant moins confiance qu’il s’agit de notre ressource la plus précieuse. Lancer un marché à terme de l’eau créerait seulement encore plus de folie financière, folie qui semble résister à toute tentative de réglementation. Pour le moment, tuons dans l’œuf ce business avant qu’il n’éclose.

Voir aussi :

- L’émission de la télévision publique allemande « Monitor » a diffusé un excellent reportage sur les menaces de privatisation de l’eau de l’eau en Europe. (sous-titres en anglais pour l’instant).
- Un article de Ricardo Petrella publié dans la Libre Belgique, critiquant le projet de nouveau programme d’action élaboré par les services de la Commission européenne, « The Blue Print ».
- Le groupe de travail de l’European Water Movement sur la politique de l’eau de l’UE va également bientôt publier une analyse critique du « Blueprint ».
Ce texte de Frederick Kaufman a été traduit de l’américain par Larbi Bouguerra. L’article d’origine, en anglais, a été publié dans Nature, la première revue scientifique mondiale, vol. 490, 25 octobre 2012, p. 469-471.

Notes

 

[1] Lagi, M., Bar-Yam, Y.,Bertrand, K.Z. & Bar-Yam, Y. Preprint, « The Food Crises : A quantitative model of food prices including speculators and ethanol conversion », 2011.
[2] NdT : Le périphérique de la capitale fédérale
[3] Lire Moya, E., « Water funds tempt investors with booming growth », The Guardian, 8 août 2010.
[4] Lire « A handbook for integrated water resources management in Basins » (PDF).
[5] Lire Keim, B., « Speculation Blamed for Global Food Price Weirdness », Wired Science, 6 mars 2012.
[6] Brookshire, D.S., Gupta, H.V. & Matthews, O.P. (eds) Politique de l’eau dans l’Etat du Nouveau Mexique (RFF Press Water Policy Series, 2011).
[7] Lire « Worst Floods in 70 Years May Prompt Thai Water Futures Trade », Anuchit Nguyen, Bloomberg, 14 décembre 2011.
[8] Ghosh, N. Commodity Vision 4, 8-18 (2010).
[9] NdT : Il semblerait que l’auteur vise les fameux « subprimes » qui ont jeté hors de leur maison des millions d’Américains.

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