"Que sert d’être habile à parler ? Ceux qui reçoivent tout le monde avec de belles paroles, qui viennent seulement des lèvres, et non du cœur, se rendent souvent odieux ..." ( Confucius )
27 avril 2014
18 août 2013
Agent Orange : Le retour en forêt amazonienne
Par André Bouny
01/08/2013
Source : http://www.mondialisation.ca
English : Agent Orange : The return in Amozonian forest
La semaine dernière, dans une autre partie de l’Amazonie, une enquête menée par l’Agence découvre quatre tonnes de pesticides hautement toxiques cachés dans la forêt dans l’attente de sa dispersion. En cas de rejet, les produits chimiques auraient pu potentiellement décimer quelque 7500 hectares de forêt, tuant toute la faune qui y habite et contaminant les eaux souterraines. Dans ce cas, la personne responsable a été identifiée et fait maintenant face à des amendes approchant 1,3 million de dollars.
Selon un article de Folha de Säo Paulo, la dernière fois que ces produits chimiques ont été enregistrés en cours d’utilisation pour défolier, c’était en 1999, mais les autorités disent que la distribution de l’herbicide dévastateur pourrait devenir plus fréquente et que les fonctionnaires devaient sévir contre ces types flagrants de crimes contre l’environnement.
«Ils [Deforesters] ont changé leur stratégie parce que, dans un laps de temps très court, plus de zones de forêt peuvent être détruits avec des herbicides. Ainsi, ils n’ont pas besoin de mobiliser des équipes d’abattage d’arbres et peuvent donc contourner le contrôle de l’IBAMA,” dit Jerfferson Lobato de l’IBAMA.
Bien que l’Agent Orange a été initialement conçu pour effacer la couverture forestière dans les situations de combat, son utilisation est devenue un sujet de controverse en raison de son impact sur les humains et la faune. Pendant la guerre du Viêt Nam, l’armée américaine a dispersé 12.000.000 de litres [un minimum de 84 millions, prouvés] d’herbicide, un impact sur la santé de près de 3 millions de personnes [actuellement, mais en tout, bien davantage], principalement des paysans, et citoyens vietnamiens, causant des malformations congénitales sur environ 500 mille enfants. En outre, l’effet du produit chimique sur l’environnement est profond et durable.
Le mois dernier, plus de trois décennies après la dernière utilisation de l’Agent Orange au Viêt Nam, les États-Unis ont commencé à participer au financement [pour moins de moitié] d’une opération de décontamination. Pendant ce temps, dans l’Amazonie brésilienne, le produit chimique hautement toxique avait été redécouvert et pulvérisé sur la forêt tropicale. »
22 mai 2013
Bulletin de veille Netizen Report : Nouvelle législation en Azerbaïdjan, Brésil, Allemagne et Ghana
18/05/2013
Source : http://fr.globalvoicesonline.org
English Netizen Report: Azerbaijan, Brazil Consider New Legislation on Expression
Spain Netizen Report: Brasil considera nueva legislación sobre expresión
Carte du trafic Internet. Image de Joana Breidenbach, licence pour réutilisation
Le bulletin de veille de Global Voices Advocacy sur les réseaux sociaux offre un aperçu international des défis, des victoires et des tendances émergentes en matière de droits sur Internet à travers le monde. Cette semaine, nous nous intéressons à une série de mesures législatives et réglementaires qui sont apparues récemment, entre autre, en Azerbaïdjan, au Brésil, en Allemagne et au Ghana.
Politique nationale
Yahoo! a déclaré soutenir un projet de loi sur les droits d'Internet au Congrès brésilien. Le Marco Civil da Internet vise à protéger la vie privée et la liberté d'expression en ligne. Le projet de loi exigerait l'application de la loi brésilienne pour obtenir une ordonnance judiciaire avant de pouvoir demander aux fournisseurs de services Internet (FSI) de se conformer aux demandes officielles, de lui livrer les données privées des utilisateurs, et fournirait une protection à ces services lorsqu'ils sont confrontés à des demandes du gouvernement pour le retrait de contenus. Le projet de loi a subi plusieurs modifications au cours des deux dernières années, dont certaines ont réduit son pouvoir de protection des intérêts des utilisateurs, en particulier face aux droits d'auteur.
L'autorité nationale pour les communications du Ghana (NCA) a sanctionné d'amendes cinq entreprises de télécommunications pour avoir fourni des services de qualité inférieure aux consommateurs dans le pays. Leurs services auraient posé problème, avec des appels interrompus et une congestion des lignes. La NCA souhaite que les sanctions puissent inciter ces entreprises de télécommunications à améliorer leur service à la clientèle, mais les observateurs considèrent que le montant négligeable des amendes ne fera guère de différence.
Le gouvernement algérien a été critiqué pour avoir continué à renvoyer l'adoption des normes 3G des télécommunications. Les militants trouvent que le gouvernement “semble décidé à vouloir se cacher derrière le prétexte que c'est le système d'information et de communication le plus archaïque du monde” afin de rendre plus difficile les réclamations.
Censure
La Cour suprême de l'Inde a déclaré qu'elle allait enquêter sur la validité de la loi sur la technologie de l'information de la nation, qui exige des propriétaires de sites Web de contrôler et censurer certains types de contenus.
La magistrature d’Azerbaïdjan pourrait envisager un projet de loi pour “faire du blasphème ou de la diffamation sur le web un crime”, selon Net Prophète. Si la loi est adoptée, les citoyens pourraient être punis d'une peine atteignant trois ans de prison pour déclarations diffamatoires faites en ligne.
Violation du droit international
La cour suprême éthiopienne a confirmé la condamnation d'un journaliste et blogueur Eskinder Nega, qui avait été arrêté en 2011 sous des accusations de terrorisme. Nega, qui écrit fréquemment sur la politique et les droits de l'homme en Éthiopie, fait maintenant face à 18 ans de prison. L'année dernière, le Groupe de travail des Nations unies sur la détention arbitraire a émis un avis indiquant que sa condamnation constituait une violation du droit international.
Cybersurveillance
La Fondation Mozilla, créatrice du navigateur Firefox, a fait savoir qu'elle avait envoyé une lettre à l'entreprise Gamma International Ltd, exigeant que la société de logiciels espions britannique arrête de tromper les utilisateurs d'Internet en présentant de fausses informations Firefox à son logiciel de surveillance FinFisher. Un rapport publié par Citizen Lab indique que l'entreprise Gamma a soutenu frauduleusement que FinFisher était affiliée à Firefox afin de gagner la confiance des utilisateurs lors de récentes attaques de logiciels espions en Malaisie et à Bahreïn.
Le Département américain du Commerce a infligé une amende de 2,8 millions de dollars à la société de distribution UAE Computerlinks FZCO pour son rôle dans la vente illégale de logiciels de surveillance de Blue Coat Proxy SG Internet au gouvernement syrien. La vente a enfreint les lois américaines qui interdisent aux sociétés de technologie de surveillance de vendre certains produits à la Syrie. Le gouvernement syrien aurait utilisé Blue Coat pour filtrer des sites Web, bloquer l'accès à Internet et cibler des dissidents. Toutefois, on pense que la maison mère de Blue Coat pouvait ne pas avoir été au courant que le distributeur cherchait à exporter le produit.
Copyright
L’Accord de partenariat commercial transpacifique (TPP) entre les États-Unis et neuf pays côtiers du Pacifique, principalement en Amérique latine et en Asie, peut constituer une menace sérieuse pour les lois nationales sur les droits d'auteur. L'APCT permettrait effectivement aux États-Unis d'imposer certaines de leurs lois les plus rigoureuses en matière de droit d'auteur aux autres pays membres, y compris une interdiction de briser les verrous numériques sur les appareils et les œuvres de création, l'augmentation de la durée minimale du droit d'auteur, la privatisation de l'application des sanctions, et la saisie du matériel qui aurait été utilisé pour commettre une infraction, pour n'en nommer que quelques-uns.
Les souverains du cyberespace
L’Electronic Frontier Foundation (EFF) a publié ‘Who Has Your Back? 2013,’” (Qui vous tient à l’œil 2013 ? ), “son évaluation annuelle des entreprises de technologie de communication Internet qui permet de mesurer leur engagement à protéger la vie privée des utilisateurs face à la police et d'autres organismes gouvernementaux d'application de la loi. Sonic.net et Twitter sont les deux seules entreprises à obtenir six étoiles sur six, tandis que LinkedIn, Google, Dropbox, et SpiderOak, en seconde place, ont approché les cinq étoiles. Les multinationales Apple, AT & T et Yahoo ont reçu juste une étoile chacune, et Verizon est la seule entreprise qui n'en a reçu aucune.
Gouvernance d’Internet
La Société pour l'attribution des noms de domaine et des numéros sur Internet [fr] a annoncé l'ouverture d'un nouveau hub à Istanbul, en Turquie, pour couvrir les opérations en Afrique. L'ICANN prévoit d'étendre ses activités au-delà de son siège actuel de Los Angeles à Istanbul et à Singapour pour devenir de plus en plus international.
Cybersécurité
On a rapporté cette semaine que l'entreprise de défense QinetiQ basée en Grande-Bretagne, a subi aux USA des attaques répétées par l'unité de piratage du gouvernement chinois, connue sous le nom de Comment Crew. De 2007 à 2010, les pirates auraient obtenu 13 000 mots de passe et eu accès à des serveurs d'entreprises dans au moins huit villes américaines. L'entreprise QinetiQ a été critiquée pour n'avoir pas pris de mesures suffisantes pour remédier aux atteintes à la sécurité.
LivingSocial, un site américain d'ecommerce, a été victime d'une cyber-attaque qui pourrait avoir affecté plus de 50 millions de clients à travers le monde. Les pirates ont eu accès aux données des clients, y compris les noms, les adresses de courriel, la date de naissance et les mots de passe, mais la société a assuré qu'aucune information bancaire ou financière n'avait été compromise.
Anecdote sympa
En commémoration du 20ème anniversaire du lancement de la World Wide Web, le CERN, l'organisation derrière le World Wide Web, a restauré le premier site existant au monde.
Publications et études
- Freedom of the Press 2013 (Liberté de la presse 2013) – Freedom House
- Collateral Freedom: A Snapshot of Chinese Users Circumventing Censorship -
OpenITP
- Legal Guide to Digital Security [ar] – Association for Freedom of Thought and Expression
- 24th Activity Report on Data Protection – The Federal Commissioner for Data Protection and Freedom of Information (24ème Rapport d'activité sur la protection des données – Commissaire fédéral à la protection des données et la liberté d'information).
Pour les événements liés à l'avenir des droits des citoyens à l'ère numérique, consultez le calendrier des évènements de Global Voices.
2 mai 2011
ARTE Reportage - Brésil , Thaïlande , USA
(France, 2011, 42mn)
ARTE
Enfants prêcheurs du Brésil :
Adriana, 10 ans, prêche la bonne parole devant une assemblée de fidèles suspendus à ses lèvres. Le verbe facile, le geste sûr, elle harangue l’assistance, micro en main, pendant près d’une heure. Persuadée que la présence divine qui l’anime va transformer la vie de ceux qui l’écoutent.
A l’image du pays entier, Sumaré, une ville de 230 000 habitants dans l’Etat de São Paulo, possède de nombreuses églises évangéliques. Au Brésil, la religion évangélique monte en puissance. Le fer de lance de cette progression : les enfants, dont l’image de pureté attire des nouveaux fidèles. Ils prient avec ferveur, donnent de l’espoir à des gens désespérés, guérissent leurs maladies… Pour les fidèles en transe, ces enfants sont des icônes, des stars. Pour d’autres, ils ne sont que le fruit d’une épouvantable manipulation que personne n’ose dénoncer.
Il y a trois ans, l’Amérique latine comptait près de 6 000 enfants prêcheurs. Aujourd’hui, on ne connaît pas leur nombre, mais ils représentent un business florissant qui attire toujours plus de fidèles.
Bangkok coule :
Bienvenue à Samut Prakan, ou du moins ce qu’il en reste. Il y a dix ans, c’était un village de la banlieue de Bangkok, avec ses rues, ses voitures, ses habitations. Aujourd’hui, tout a disparu. Grignoté par les eaux, le littoral thaïlandais est totalement englouti.
Bangkok, l’ancienne Venise de l’Orient, s’est développée anarchiquement pendant des années. Aujourd’hui, c’est une mégapole trépidante de dix millions d’habitants, qui continue de déplier ses tentacules… Un processus naturel encore amplifié par le poids des gratte-ciel. Le béton recouvre tout : la plus grande partie de l’agglomération se trouve au-dessous du niveau de la mer. Et la ville toute entière s’enfonce de plusieurs centimètres par an. « Bangkok est condamnée ». Tous spécialistes confondus s’accordent à dépeindre des scénarios cauchemardesques. La Banque Mondiale estime que si rien n‘est fait rapidement, un million de personnes vivront dans des zone inondables. D’ici 2050, Bangkok sera sous les eaux.
Golfe du Mexique : pétrole en profondeur :
Après l’explosion de la plateforme Deepwater Horizon le 20 avril 2010, le géant pétrolier britannique BP a fait disperser des millions de litres de Corexite, un produit chimique toxique qui a empêché la marée noire de déferler sur les plages du Golfe du Mexique.
Aujourd’hui, d'importantes nappes de pétrole ont été découvertes par 1400 mètres de fond par des scientifiques de plusieurs universités américaines. Une découverte qui laisse à penser que l'estimation de la quantité de pétrole s'échappant de la plate-forme Deepwater a été largement sous-évaluée.
Ces nappes épaisses s’incrustent en grande quantité dans les profondeurs. Un dépôt toxique autrement plus dangereux que ce qui apparaît à la surface de l’eau. Les spécialistes s’accordent à dire que la quantité de pétrole se présente sur plusieurs couches, qui s'étagent sur trois, quatre ou cinq niveaux… Et ces nappes ont provoqué une baisse de 30% de la quantité d'oxygène dans la zone, menaçant de tuer la majorité de la faune marine
29 septembre 2009
Mon beau Rafale…
Dassault est la vedette, en cette fin de semaine, de « l’Université d’été de la défense », qui se tient cette année à Saumur, capitale de la cavalerie à l’ancienne (le Cadre noir…) comme moderne (les régiments blindés). La promesse du président brésilien Lula Da Silva de privilégier l’offre du constructeur français, pour le renouvellement d’une partie de son aviation de chasse, ouvre enfin au chasseur Rafale les portes de l’export, après une série de déboires face aux constructeurs américains ou européens. Mais ce déblocage s’est payé… plutôt cher !
L’appareil, conçu dans les années 80, n’est vraiment opérationnel que depuis deux ans sur deux bases de l’armée de l’air et dans l’aéronavale françaises. Il a été engagé à plusieurs reprises en Afghanistan. Mais les commandes de l’unique client, l’armée française – 180 exemplaires fermes, dont 69 déjà livrés – n’ont cessé d’être étalées, en raison du coût élevé de la machine (entre 53 et 70 millions d’Euros, hors développement).
- Dassault Rafale
- Photographie par stee
La vente de 36 chasseurs Rafale au Brésil, qui sera une première, est évaluée entre 4 et 5 milliards d’Euros, selon les équipements et standards retenus. Et selon la pugnacité des discussions à venir : la déclaration commune France-Brésil ne fait état que de « l’annonce par le président Lula de la décision de la partie brésilienne d’engager des négociations ». Les montants et les modalités restent donc à débattre : il faudra plusieurs mois avant de déboucher sur un contrat en bonne et due forme. Les premières livraisons ne sont pas attendues avant 2013. Seuls les six premiers appareils de la commande sortiraient des chaînes Dassault, à Mérignac, les autres machines devant être construites par le partenaire brésilien.
Plus flexible
« La France s’est montrée le pays le plus flexible pour le transfert de technologie et, évidemment, cela est un avantage comparatif exceptionnel », a indiqué le président Lula, pour expliquer son choix : « Pour nous, ce qui est important, c’est d’avoir accès à la technologie pour produire cet avion au Brésil : c’est ce que nous négocions maintenant ». Les transferts de technologie exigés par le Brésil – et auxquels n’a pas voulu consentir le gouvernement américain, qui proposait les chasseurs F18-E/F « Super Hornet » de Boeing, pourtant moins chers – donneraient même la possibilité, à terme, à l‘industrie brésilienne, de livrer des Rafale à d’autres pays latino-américains.
Des deux côtés, il s’agit donc d’un engagement profond et à long terme. Les avions de combat de dernière génération, outre qu’ils sont faits pour faire évoluer significativement le rapport local des forces, ne peuvent fonctionner sans un soutien constant du vendeur, à la fois pour la mise en œuvre des machines (formation, entraînement, interfaces à terre), leur maintenance (pièces, réparations), et l’évolution vers des standards modernisés – surtout si, comme dans ce cas, le transfert de technologie fait partie du contrat dès l’origine.
Partenariat stratégique
Cet accord s’est conclu dans le cadre d’un « partenariat stratégique » noué l’an dernier : « Entre le Brésil et la France, il ne s’agit pas d’une relation de fournisseur à client », a fait valoir le président Nicolas Sarkozy lors d’un entretien dans le quotidien O Globo. « Et si nous voulons le faire ensemble, c’est parce que nous partageons les mêmes valeurs et une même vision des grands enjeux internationaux ». Dans ce cadre, une série d’autres contrats sont sur la table :
au titre des « compensations » ou du partenariat, une dizaine d’avions de transport tactique et de ravitaillement en vol KC 390 – un biréacteur moyen-lourd à ailes hautes, à long rayon d’action – seront achetés par la France au constructeur brésilien Embraer, qui bénéficiera d’une aide française pour le développement de cet appareil (attendu pour 2015) ;
par l’entremise de la France, 51 hélicoptères de transport Cougar (Eurocopter) ont été vendus au Brésil, qui les construira sur place ;
quatre sous-marins d’attaque conventionnels Scorpène sont vendus à la marine brésilienne (dont trois construits au Brésil) ; une aide sera fournie pour la construction de la coque du sous-marin d’attaque à propulsion nucléaire dont elle souhaite se doter à l’horizon 2020 [1] ;
DCNS, le concepteur français des sous-marins, apportera également son assistance et son expertise technique pour la réalisation d’une base et d’un chantier naval, signale le site Mer et Marine ;
des perspectives seraient ouvertes pour la suite du renouvellement de la flotte de combat (108 appareils au total), et par celle de l’aéronautique navale (une campagne d’appontage avait été menée par des Rafale sur l’ancien porte-avions Foch, cédé au Brésil, et devenu le Sao Paulo).
Opération sauvetage
Outre cette avancée sur le Rafale, le chef d’Etat français a donc formalisé, au cours de cette brève visite au Brésil, des contrats militaires conclus en décembre (hélicoptères, sous-marins) lors d’un précédent séjour, d’un montant total estimé à 8,5 milliards d’euros – le « plus gros contrat militaire » jamais signé par le Brésil, titre le quotidien Folha de Sao Paulo. Pour le Diario do Nordeste, l’accord militaire avec la France « montre l’intérêt du Brésil pour une politique sans hégémonie américaine » et « vise à réorienter les priorités des forces armées pour les trente prochaines années ». A ceux qui s’étonnent de cette priorité aux contrats d’armement, on répond à l’Elysée que ce partenariat est « à deux jambes, l’une civile, l’autre militaire. Le militaire a progressé plus vite, mais le civil l’emportera à terme ».
L’ampleur des transferts de technologie annoncés a déjà commencé à susciter des interrogations, notamment côté syndical, où on s’inquiète de la pérennité des emplois dans l’Hexagone. Le président Sarkozy, fortement impliqué dans la défense des marchés français d’armement, a assuré qu’il « ne fallait pas avoir peur des transferts », semblant parier sur la conviction que les pays à très haute technologie garderont toujours une longueur d’avance. Mais, dans certains milieux politiques, on l’accuse de « brader la défense nationale » pour une poignée de milliards d’Euros.
Pour Dassault, unique constructeur privé d’avions de combat en France, mais entièrement dépendant de la commande publique, et adossé politiquement à la Vème république et à la droite, c’est un peu l’opération sauvetage. Le groupe – propriétaire par ailleurs du quotidien Le Figaro – est l’objet de toutes les sollicitudes du président Nicolas Sarkozy qui l’a aidé l’an dernier à prendre le contrôle de l’électronicien Thalès, et cherche donc avec constance à lui ouvrir les marchés militaires à l’export, notamment dans le Golfe.
Eléphant blanc
Ainsi, les Emirats arabes unis avaient fait savoir en juin 2008 qu’ils envisageaient « sérieusement » de remplacer à partir de 2013 leurs Mirage par des chasseurs Rafale : les discussions en cours ont connu une nouvelle impulsion, après l’inauguration par le numéro un français d’une nouvelle base militaire à Abou Dhabi, en mai dernier. Mais elles butent sur les exigences techniques et financières des EAU : ils souhaitent que Paris rachète les Mirage, et que les futurs Rafale émiratis soient dotés d’une avionique et d’un armement dernier cri, qui n’est pas encore en service sur les appareils destinés à l’armée française.
Le constructeur, qui avait préféré rester à l’écart des grands groupes français et européens, se retrouvait dans un isolement devenu dangereux pour sa survie : les commandes nationales, en régression, ne peuvent suffire à maintenir un savoir-faire militaire que trois ou quatre pays dans le monde possèdent actuellement. L’appareil a déjà perdu des compétitions internationales en Arabie Saoudite (72 avions), au Maroc (18), en Corée du Sud, aux Pays-Bas, à Singapour, en Grèce et au Koweit, et ne paraît pas en bonne position pour décrocher l’énorme marché indien.
Le Rafale, multi-rôle, capable d’évolutions ultérieures , mais invendable, était menacé de finir comme le Concorde : une belle réalisation... en forme d’éléphant blanc. Ses premiers succès à l’export au Brésil ou aux Emirats, vingt-trois ans après le début de sa conception, seraient un signal pour une seconde carrière de cet appareil , ouvrant la voie à d’éventuels autres acquéreurs (Suisse, Libye, par exemple).
Reste l’habituel dilemme, particulièrement aigu lorsqu’il s’agit – comme dans le cas du Rafale – du fleuron de tout un secteur industriel, mais aussi d’une des machines de mort les plus perfectionnées du marché : faut-il « défendre » l’industrie française de l’armement, génératrice d’emplois, de savoir-faire, et garante d’une certaine souveraineté en matière stratégique ? Ou s’en tenir au caractère inacceptable, immoral, etc. des ventes d’armes qui attisent les conflits autant qu’elles contribuent à les prévenir, qui engraissent le lobby militaro-industriel, etc. ? Mais au risque de ne plus être maître de tous ses choix, et de laisser la concurrence – ouest, est, sud – remplir le vide ainsi créé. Et suffit-il, pour échapper à ce débat en apparence insoluble, de passer à l’échelle européenne, de « mutualiser » ou concentrer certaines activités et fabrications, et d’adopter un code de « bonne conduite » des exportations, comme c’est la tendance actuellement ?
Notes
[1] Le Brésil compte ainsi assurer la protection et la défense de ses 8500 kilomètres de côtes.