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2 mars 2014

Le Mexique privatise son pétrole

Par John Mill Ackerman
03/2014
Source : http://www.monde-diplomatique.fr
English : Mexico privatized its oil

 Le 20 décembre 2013, le Mexique a fait un bond de soixante-seize ans dans le temps quand le président Enrique Peña Nieto a annoncé une réforme constitutionnelle remettant le contrôle de l’industrie pétrolière aux mains des mêmes multinationales qui en avaient été écartées par le père de l’Etat moderne mexicain, le président Lázaro Cárdenas, en 1938. Cela faisait trois décennies que la clique de politiciens néolibéraux qui gouverne le pays échouait dans sa tentative de démanteler le monopole d’Etat de Petróleos Mexicanos (Pemex) et de privatiser la rente pétrolière. Mais en décembre dernier, presque sans aucun débat et comme un coup de tonnerre, il leur a fallu moins de deux semaines pour rassembler les votes nécessaires et accomplir cette transformation historique de la constitution mexicaine (lire « Echec et mat pour la gauche mexicaine »).

Avant la réforme, l’industrie pétrolière mexicaine était l’une des plus « nationales » du monde. Elle contenait une stricte interdiction constitutionnelle contre toute forme de contrat ou de concession accordée au secteur privé lui attribuant un contrôle direct ou des droits de propriété sur l’une des étapes de l’extraction, du raffinage ou de la commercialisation du pétrole. Avec les réformes des articles 25, 27 et 28 de la constitution mexicaine de 1917, Pemex se voit reconvertie en simple sous-traitant du ministère de l’énergie. Le président pourra décider, après appel d’offres mais sans aucune intervention du pouvoir législatif, de la répartition des différents gisements pétrolifères entre les entreprises intéressées. La réforme ouvre également la porte à l’expansion massive de la fracturation hydraulique, ou fracking, sur l’ensemble du territoire mexicain pour l’extraction du pétrole et du gaz naturel.

Le Washington Post a immédiatement salué ces réformes avec émotion :« Alors que l’économie du Venezuela implose et que la croissance du Brésil stagne, le Mexique est en train de devenir le producteur de pétrole latino-américain à surveiller — et un modèle de la façon dont la démocratie peut aider un pays en développement » (éditorial du 16 décembre 2013). Le Financial Times a également applaudi « le vote historique du Mexique en faveur de l’ouverture de son secteur pétrolier et gazier aux investissements privés, après soixante-quinze ans de soumission au joug de l’Etat, (...) un joli coup politique de la part d’Enrique Peña Nieto » (15 décembre 2013). La revue Forbes, quant à elle, promettait : M. Peña Nieto « restera dans les livres d’histoire » (18 novembre 2013).

Ceux qui défendent les modifications de la constitution postulent que Pemex est devenue une entreprise inefficace et corrompue, incapable de tirer avantage des énormes réserves de pétrole et de gaz naturel du pays : approximativement 30 milliards de barils de pétrole et 46 450 milliards de mètres cube de gaz naturel (seul l’Arctique détiendrait de plus grandes réserves de pétrole brut inexplorées). Alors que la production du pétrole au Mexique a fondu ces dernières années d’un pic de 3,3 millions de barils par jour en 2004 à seulement 2,5 millions actuellement, les auteurs de la réforme promettent qu’elle permettra de la porter à 4 millions de barils par jour à l’horizon 2025.

Il n’existe toutefois aucune garantie que l’entrée en scène des multinationales dope la production. La priorité de ces entreprises n’est pas l’exploitation directe du pétrole, mais le contrôle des nouvelles réserves afin de soutenir leur cote en bourse. Est-ce vraiment un hasard si l’un des articles de la réforme énergétique précise que bien que le pétrole mexicain restera « propriété de la nation », les entreprises privées qui bénéficieront de nouvelles licences « pourront reporter dans leur comptabilité et leur bilan l’allocation ou le contrat ainsi que les bénéfices attendus » ?

Ces « bénéfices » pourraient bien ne jamais se matérialiser. Le cas de Repsol en Argentine est un excellent exemple de contraction de la production, dans un contexte de privatisation (1). En avril 2012 le gouvernement de Cristina Fernández de Kirchner a même décidé de nationaliser l’entreprise en réponse à ce qu’elle considérait comme une politique délibérée « de saccage » et « d’improductivité » (2). Les menaces des sociétés pétrolières de ralentir leur production motivèrent également l’expropriation décidée par Cárdenas au Mexique, en 1938.

L’enthousiasme de la presse contraste avec le scepticisme des Mexicains, nourri par une longue expérience des privatisations au cours des deux dernières décennies. Le principal résultat de cet épisode ? L’enrichissement d’une poignée de familles qui forment aujourd’hui une oligarchie prédatrice et corrompue, contrôlant tous les aspects de la vie politique et économique du pays (3). Sans surprise, toutes les études d’opinion suggèrent qu’une grande majorité de la population rejette la privatisation de l’industrie pétrolière (4).

Pourquoi imaginer que le nouveau spasme privatisateur se distingue du précédent ? Après tout, M. Peña Nieto doit sa carrière politique à son mentor, l’ex-président Carlos Salinas de Gortari (1988-1994), responsable de la plus grande partie des privatisations antérieures. Les deux hommes sont membres du très ancien Parti Révolutionnaire institutionnel (PRI), qui a gouverné le pays pendant soixante et onze ans et qui demeure le plus corrompu du pays.
Mais la privatisation présente également un autre danger : celui d’une importante crise budgétaire. A l’heure actuelle, Pemex fournit un tiers de son budget à l’Etat fédéral. Le gouvernement compensera-t-il le manque à gagner par une hausse de la fiscalité sur des entreprises aussi puissantes qu’Exxon-Mobil, Shell ou Chevron ? Les doutes s’avèrent fondés : quelques jours après que la réforme pétrolière a été annoncée, M. Peña Nieto s’est plié aux pressions des grandes entreprises en signant un décret les exemptant d’une série de nouveaux impôts approuvés à peine deux mois auparavant.

Et si le gouvernement mexicain ne peut pas, ou ne veut pas récolter les impôts nécessaires, il sera bien moins en mesure d’éviter les graves atteintes à l’environnement qui accompagnent inévitablement l’expansion de l’extraction pétrolière — un danger particulièrement important lorsqu’on utilise la technique du fracking. En France, le Conseil constitutionnel a récemment avalisé la loi du 13 juillet 2011 qui interdit précisément l’utilisation de cette technique en raisons des dangers environnementaux qu’elle présente. Au Mexique, le Congrès et la Cour suprême de justice auraient difficilement assez de poids pour résister aux pressions des entreprises pétrolières et prendre une telle mesure. L’impunité dont jouissent les entreprises minières canadiennes sur le sol mexicain n’est qu’une illustration supplémentaire de la vague de destruction environnementale que pourraient entraîner les nouvelles réformes pétrolières.

Face au rejet de la réforme par la population, le gouvernement se réfugie derrière la « grande coalition » politique dont le président s’est armé pendant la première année de son mandat : le « Pacte pour le Mexique », qui a réuni à la table de négociation les dirigeants des trois principaux partis politiques en vue d’un accord sur un agenda législatif commun.

Succès indéniable dans la mesure où il a atténué les conflits entre les membres de la vieille classe politique qui gouverne le pays depuis trois décennies, le Pacte a simultanément approfondi le fossé entre le monde politique et la société. L’enquête annuelle Latinobarómetro révélait en 2013 que seuls 21 % des Mexicains s’estimaient « satisfaits » de leur démocratie : le pire résultat de la région latino-américaine. L’hebdomadaire The Economist anticipe même un soulèvement social au cours des prochaines années. Il a inclus le Mexique dans sa liste des soixante cinq pays du monde présentant les plus hautes probabilités de « rébellion » au cours de l’année 2014 (5).

Paradoxalement, ce mécontentement généralisé pourrait être l’acteur le plus important à l’heure d’impulser un développement durable dans le pays. Ce dont le Mexique a besoin aujourd’hui n’est pas d’accueillir et de mener à ses conséquences ultimes l’ancien modèle de privatisation, mais bien de construire un mouvement social d’opposition fort capable de défendre l’intérêt et les institutions publics à l’heure où les entreprises pétrolières se rapprochent pour profiter des nouvelles « opportunités » dans le pays. Le véritable « décollage » du Mexique, ainsi qu’une économie forte, ne jailliront pas de la privatisation du pétrole, mais de la réponse sociale que cette réforme pourrait entraîner.

Ceux qui défendent la réforme pétrolière au Mexique affirment qu’elle permettra au pays de suivre l’exemple de la Norvège, dont la population a bénéficié des fruits de la production pétrolière dans un contexte impliquant une large participation du secteur privé (6). Mais ce dénouement dépend autant du contexte politique que des réalités économiques. En l’absence d’un Etat fort et animé d’une volonté claire de serrer la vis aux multinationales, une ouverture pétrolière entraînerait probablement de graves problèmes de gouvernabilité et une stagnation économique.

Paradoxalement, c’est le pays qui a montré l’exemple au reste du monde en 1910 avec la première révolution véritablement sociale du XXe siècle qui reste aujourd’hui en retrait de la tendance latino-américaine de revitalisation démocratique avec une « vague rose » de gouvernements décidés à engager une transformation sociale, en Equateur, en Uruguay, en Bolivie, au Venezuela, voire au Brésil ou en Argentine. Au Mexique, le retour au pouvoir du PRI semble, au contraire, annoncer le démantèlement accéléré des conquêtes sociales du siècle dernier. Cependant, bien que la privatisation pétrolière marque la fin d’une époque historique, elle pourrait aussi, comme la chouette de Minerve, signifier le début d’une renaissance sociale, qui permettrait finalement au peuple mexicain d’unir ses forces avec ses frères et sœurs latino-américains dans la transformation politique de l’ensemble du continent américain.

John Mill Ackerman

Chercheur à l’Institut de recherches juridiques de l’Université nationale autonome du Mexique (UNAM) et directeur de rédaction de la Mexican Law Review
(1) Lire José Natanson, «  Et Buenos Aires (re)trouva du pétrole  », Le Monde diplomatique, juin 2012.
(2) «  Repsol-YPF es intervenida y se anuncia su expropiación  », La Razón, Buenos Aires, 17 avril 2012.
(3) Lire Renaud Lambert, «  Carlos Slim, tout l’or du Mexique  », Le Monde diplomatique, avril 2008.
(4) Enrique Méndez, «  Rechazan ciudadanos la inversión privada en Pemex, revela encuesta  », La Jornada, Mexico, 22 juillet 2013.
(5) «  Where protest is likeliest to break out  », The Economist, Londres, 18 novembre 2013.
(6) Ana Leticia Hernández Julián, «  Statoil, Petrobras y Ecopetrol : Tres modelos que el gobierno de México analiza para cambiar a Pemex  », Tiempo Real, Mexico, 21 juin 2013.


16 février 2014

Des armes pour le monde

Réalisation: Daniel Harrich
Source : http://www.arte.tv
04/02/2014


En dépit des contrôles, les zones de conflit sont inondées d’armes importées illégalement, notamment de l’Allemagne. Cette passionnante enquête nous mène du Mexique au Darfour en passant par la Bosnie-Herzégovine.




Malgré la sévérité des restrictions à l’exportation, un nombre incalculable d’armes à feu sortent illégalement d’Europe chaque année pour finir entre les mains de milices, de magnats de la drogue ou d’enfants-soldats. Dans les régions du monde ravagées par les guerres civiles, les armes issues de ces trafics coûteraient la vie à 500 000 personnes par an. Au Mexique, la guerre contre les cartels de drogue qui fait rage depuis plusieurs années a déjà fait plus de 70 000 victimes : dans ce pays, tout comme en Colombie, au Soudan du Sud ou dans les Balkans, une grande partie du marché noir est alimenté par des fusils d’assaut, mitrailleurs ou pistolets venus directement d’Allemagne. Si dix millions d’armes à feu circulent légalement en Allemagne, les spécialistes avancent un chiffre trois à quatre fois supérieur pour les flux illégaux. Des réseaux tentaculaires qui entraînent dans leur sillage les pires exactions et violations des droits humains – et engrangent des profits colossaux.

Complicités

Qui sont les marchands, les contrebandiers et les hommes de l’ombre qui parviennent à contourner tous les contrôles et à acheminer ces cargaisons jusque dans les zones de conflit ? Que sont devenus les stocks des armées soviétique et est-allemande ? Mais avant tout, les autorités ont-elles encore une chance dans la lutte contre le trafic d’armes international ? Ce passionnant documentaire, qui prend l’allure d’une enquête policière, dévoile la face sombre d’un marché inquiétant et particulièrement opaque, et part à la recherche de complicités souvent très haut placées : douanes, polices et ministères publics.


DL DL

25 novembre 2012

Rosneft devient la première entreprise pétrolière mondiale

Par Alfredo Jalife-Rahme
12/11/2012
Source : http://www.voltairenet.org
English , Spanish , Deutch


Après avoir racheté l’essentiel de Yukos, puis avoir conclu une joint-venture avec Exxon-Mobil pour exploiter le pétrole de la Mer Noire, Rosneft vient d’absorber TNK-BP. Ce faisant, la Russie —qui dispose déjà avec Gazprom de la première entreprise gazière mondiale— se dote de la première entreprise pétrolière mondiale. L’analyste Alfredo Jalife-Rahme compare la stratégie nationale de Vladimir Poutine à la logique mercantile libérale qui prévaut dans son pays, le Mexique ; un parallèle qui a valeur d’exemple.

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Le pétrole constitue toujours la matière première géostratégique par excellence pour la planète, et ce serait une grave erreur que d’analyser sa reprise en main par l’État sous un simple angle mercantiliste : ce qui est en jeu, c’est la sécurité énergétique des pays producteurs.

Si les USA, principaux acheteurs du pétrole mexicain, admettent que les hydrocarbures sont stratégiques, il est inconcevable que les pays vendeurs n’en tiennent pas compte.

Et pourtant c’est bien là le péché mortel que commettent les gestionnaires formés par l’ITAM (Institut Technologique Autonome de Mexico) au Mexique, qui affichent une ignorance géopolitique pathétique ; la question n’est pas de privatiser ou d’étatiser, termes qui ont des acceptions variables, bien souvent superficielles, tant aux USA qu’au Mexique, mais de se centrer sur qui détient le contrôle sur la première matière première d’importance géostratégique mondiale.

Aux USA, les entreprises privées d’hydrocarbures, telle Exxon Mobil, font partie de la panoplie garante de la sécurité nationale et internationale ; au Mexique, il n’y a aucune garantie en ce sens, s’agissant d’entreprises privées —au capital étranger ou national— qui opèrent au Mexique et qui sont soumises bien souvent aux crédits de Wall Street, ce qui pipe les dés d’emblée et mine la sécurité nationale, puisqu’aucun contrôle efficace ne peut s’exercer sur elles : dans le cadre de la dérégulation globale financiériste, leur financement devient aléatoire [1]

Le Mexique néolibéral des « énarques » de l’ITAM est l’exception, au moment où les grandes puissances pétrolières récupèrent leurs actifs perdus dans un vaste mouvement de ré-étatisation et de dé-privatisation : c’est le cas de la réorganisation du portefeuille de Rosneft en Russie, tout récemment, faisant suite à la légendaire BP britannique, qui était le symbole même de l’irrédentisme britannique.

Le site géopolitique StratRisks, basé en Floride, souligne que Rosneft a délogé Exxon Mobil du premier rang pour la production mondiale, après le rachat de TNK-BP (entreprise mixte constituée de Britanniques et d’oligarques russes, condensée dans la firme AAR). TNK-BP se trouvait parmi les 10 entreprises pétrolières privées les plus importantes au monde, et en 2010, elle produisait 1,74 millions de barils par jour à partir de ses sites actifs en Russie et en Ukraine.

Le président Poutine considère que l’opération, d’une envergure inédite, permettra une production de plus de 4 millions de barils par jour. Il rapporte les tribulations de TNK-BP qui était jadis une transnationale privée ; son rachat par Rosneft constitue une ré-étatisation et une dé-privatisation en deux étapes : d’abord « Rosneft acquiert 50 % de TNK-BP dans une alliance stratégique (joint-venture) avec BP, en échange de liquidités et d’actions de Rosneft d’un montant de 27 millions de dollars, ce qui attribue à BP 19,75 % de Rosneft ». Dans une deuxième étape, « les oligarques de AAR obtiendraient 28 milliards de dollars (cash) au titre de la moitié de la copropriété dans TNK-BP, quoique cet accord ne soit pas encore conclu ».

Ainsi l’entreprise d’État (sic) Rosneft débourserait 55 milliards de dollars pour avoir l’emprise décisive, avec une participation minoritaire de BP, entreprise privée (sic) dont la position se trouve fort diluée : il s’agit bien d’une dé-privatisation concomitante à la ré-étatisation de Rosneft.

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Vladimir Poutine a mis en place une Commission pour le Développement stratégique du secteur de l’énergie et pour la sécurité environnementale. Elle élabore la Doctrine de sécurité énergétique de la Fédération de Russie (23 octobre 2012).
© Kremlin 
Pour StratRisks, il s’agit bel et bien d’une nationalisation : Poutine a su créer un géant pétrolier national, qui lui permet de mettre en œuvre son plan de renforcement de l’influence russe dans le monde, par le contrôle des nécessités énergétiques d’autres pays.

Dans ce nouveau cadre, Rosneft va pouvoir extraire presque la moitié du pétrole produit en Russie, ce qui est énorme, si l’on compare avec l’Arabie saoudite : la Russie est une superpuissance énergétique, et en nationalisant progressivement ses ressources, Poutine renforce son contrôle sur les besoins européens.
Reste un problème : la Russie n’a pas les compétences technologiques suffisantes en matière d’hydrocarbures, ce pourquoi elle s’est assurée la permanence de BP comme associé minoritaire, afin de ne pas commettre l’erreur de l’Arabie saoudite, qui avait nationalisé son industrie pétrolière en 1980, alors qu’elle produisait plus de 10 millions de barils par jour, et qui en cinq ans sous le régime d’Aramco (l’entreprise d’État) avait vu diminuer sa production de 60 %.

Poutine estime que son influence à l’échelle internationale va augmenter, après l’opération Rosneft. Sa manœuvre stratégique amènera des prix du pétrole plus élevés, et un marché énergétique en hausse étonnante. À mon avis, fort de ses ogives nucléaires, Poutine joue finement sa carte pétrolière, tandis qu’au Mexique, la kakistrocratie (« gouvernement par les pires ») issue de ITAM a totalement perdu la vision géostratégique du président Lázaro Cárdenas (qui avait exproprié et nationalisé toutes les ressources du sous-sol en 1938).

Celui-ci, en bon général, avait compris il y a 74 ans déjà la portée géostratégique des hydrocarbures. Il s’agit de savoir qui garde le contrôle en dernière instance des hydrocarbures mexicains —d’un point de vue multidimensionnel—, et qui garantit l’approvisionnement lorsque l’État prendra ses distances : c’est ce qui s’appelle la sécurité nationale. Allons-nous créer l’équivalent d’une Televisa (conglomérat multimédia mexicain, le plus important d’Amérique latine et du monde hispanique) avec le pétrole mexicain, ce qui nous livrerait à la merci de ses intérêts totalitaires ?

Au Mexique, le pétrole se trouvait aux mains des Britanniques, avec les résultats cataclysmiques que l’on sait, outre les dégâts environnementaux dont nous avons hérité [après la marée noire provoquée par la plateforme pétrolière de BP Deepwater Horizon en 2010, le groupe pétrolier britannique est en discussions avancées avec l’États-unien Plains pour lui céder des champs pétroliers du golfe du Mexique pour un montant de 7 milliards de dollars, écrit le Wall Street Journal. Mais d’autres groupes ont exprimé de l’intérêt pour les actifs de BP et un autre acheteur pourrait émerger, précise le quotidien financier. Source : Le Figaro, 20 septembre 2012].

Le site StratRisks souligne que l’Europe dépend du pétrole et du gaz russe, et que la manœuvre poutinienne renforce cette dépendance, tout autant que la puissance russe ; cela va de la construction des oléoducs jusqu’au contrôle à hauteur de 40 % de sa capacité d’enrichissement d’uranium global. Le rachat des deux moitiés de TNK-BP par Rosneft, entreprise d’État, en fera un Goliath dans le secteur pétrolier global, au point que la Russie pourra produire des asphyxies par le contrôle de l’approvisionnement, quand elle décidera une hausse des prix.

StratRisks envisage une incrustation de la Russie dans l’OPEP ; alors le cartel pétrolier contrôlerait plus de la moitié de la production mondiale et la plus grande partie des réserves potentielles, et avec une telle influence, les pays de l’OPEP pourraient disposer à leur guise du prix que le reste du monde aurait simplement à payer. Ce n’est pas si facile —cela peut déboucher sur une guerre mondiale— mais ce n’est pas incongru non plus.
Pour résumer, selon StratRisks, Gazprom, l’entreprise gazière russe, contrôle déjà le gaz de l’Europe et Rosneft le pétrole, ce qui revient à étrangler la suprématie occidentale, et ouvre la voie à un nouvel ordre mondial présidé par la Russie.

Il s’agit de géopolitique, on est loin de l’esprit de clocher teinté de modernisme de pacotille qui caractérise le gouvernement mexicain néolibéral, qui prétend livrer à d’autres, les yeux fermés, le pétrole mexicain, en oubliant que pétrole et pouvoir, phonétiquement proches, vont profondément de pair.

Traduction
Maria Poumier
Source
La Jornada (Mexique)
#La Jornada (Mexique)


[1] Voir la vulnérabilité financière de Petrobras et sa dépendance envers Wall Street et la City, dans notre article de La Jornada du 24 octobre 2012.


23 mai 2012

A la conférence de Cocoyoc, le Sud liait écologie et égalité


Par Aurélien Bernier
décembre 2011
pour http://www.monde-diplomatique.fr

En 1974, à Cocoyoc, au Mexique, un colloque de l’Organisation des Nations unies (ONU) formulait une critique radicale du « développement », du modèle libre-échangiste et des rapports Nord-Sud. Ses conclusions furent vite enterrées…


Programmées à quelques mois d’intervalle, deux rencontres internationales sur l’écologie occupent les calendriers diplomatiques : la conférence de Durban (Afrique du Sud) sur le changement climatique, du 28 novembre au 9 décembre 2011, et le sommet de la Terre à Rio, du 20 au 22 juin 2012. Sur fond de crise économique, peu se risquent à parier sur une avancée positive des négociations lors de ces rendez-vous.

Après les sommets de Copenhague (2009) et de Cancún (2010), le thème du changement climatique et de la réduction des gaz à effet de serre est rangé au rayon des préoccupations accessoires. Quant aux sommets de la Terre, qui ont lieu tous les dix ans, celui de Stockholm, en 1972, avait suscité l’espoir d’une action concertée pour protéger la planète ; celui de Nairobi, en 1982, a constaté l’échec complet de la « communauté internationale », et ceux de Rio en 1992 et Johannesburg en 2002 ont salué la récupération de l’écologie par les multinationales. A n’en pas douter, un concert de louanges adressées au capitalisme « vert » rythmera l’édition 2012, laquelle sera à nouveau accueillie par le Brésil.

Pourtant, des trésors oubliés dorment dans les archives de l’Organisation des Nations unies (ONU). Ainsi, la déclaration la plus radicale sur l’environnement issue de cette institution est gommée de l’histoire officielle. Rédigée en octobre 1974 dans la ville mexicaine de Cocoyoc, elle dessinait les contours d’un nouvel ordre international aux antipodes de celui qui nous est imposé actuellement.
Tout commence en 1971 dans la ville suisse de Founex, près de Genève, où l’ONU réunit des personnalités chargées de préparer le sommet de la Terre de Stockholm : venus de pays du Nord et du Sud, ces experts sont sélectionnés pour leurs compétences en matière d’environnement, d’économie, de sciences sociales, de développement. Ils ne disposent d’aucun mandat de leur gouvernement et produisent un rapport non officiel, qui permettra pourtant d’orienter les négociations entre Etats.
Le « rapport Founex », synthèse des premiers travaux, estime que « la pauvreté est la pire des pollutions » et qu’il faut la combattre en priorité. Influencés par l’Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce (Gatt), les membres du « groupe Founex » défendent le droit à l’industrialisation des pays pauvres et pensent que le libre-échange est une bonne stratégie pour y parvenir. Quelques mois plus tard, le sommet de Stockholm puise dans ces réflexions. Les Etats concluent qu’il faut articuler les questions d’écologie avec les problèmes de développement et posent les bases d’un droit international de l’environnement, tout en prenant soin de confirmer le bien-fondé du libre-échange. Mécontents de ce compromis, certains pays du Sud réclament l’instauration d’un « nouvel ordre économique international » pour mettre un terme à l’hégémonie des puissances occidentales.

Objecteurs de croissance avant la lettre

 

Du 8 au 12 octobre 1974, un nouveau colloque de l’ONU réunit à Cocoyoc des experts internationaux pour débattre « de l’utilisation des ressources, de l’environnement et des stratégies de développement ». L’événement est coordonné par l’homme d’affaires canadien Maurice Strong, directeur exécutif du Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE), et par l’économiste et diplomate sri-lankais Gamani Corea, secrétaire général de la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (Cnuced). Du côté des rapporteurs, on trouve Barbara Ward — une économiste britannique — pour les questions de ressources naturelles et Johan Galtung — un politologue et sociologue norvégien ouvertement anticapitaliste et antiaméricain — pour les questions de développement.

Parmi les intellectuels rassemblés à Cocoyoc, beaucoup affichent un penchant pour le socialisme. Corea fait partie, en tant que secrétaire permanent au ministère de la planification et des affaires économiques du Sri Lanka, d’un gouvernement qui nationalise les compagnies pétrolières, les banques, les assurances, les écoles... et se rapproche du bloc communiste. La coprésidence de la réunion mexicaine échoit à deux personnalités issues de pays en développement. Le premier, le docteur Wilbert K. Chagula, est ministre des affaires économiques et de la planification du développement de la Tanzanie, présidée par l’ancien instituteur Julius Nyerere — lequel, à partir de 1967, nationalise les principales industries et les sociétés de services, augmente les impôts pour financer des politiques sociales et lance une grande réforme agraire. Le second, Rodolfo Stavenhagen, un sociologue mexicain, chef du projet de recherche sur la réforme agraire dans son pays, a orienté ses travaux sur la lutte des classes dans le monde agricole.
Le Mexique, justement, qui accueille la conférence, est présidé depuis 1970 par M. Luis Echeverría Alvarez, qui nationalise les mines et l’énergie, redistribue des terres aux paysans et met en œuvre une politique sociale progressiste (bien que non révolutionnaire). Il affiche sa proximité avec le régime de Salvador Allende, au Chili, et avec Cuba (1). Le président Echeverría participe en personne au séminaire de Cocoyoc.

La déclaration finale, datée du 23 octobre 1974, est un réquisitoire contre les politiques occidentales. Son premier paragraphe souligne l’échec des Nations unies, dont la Charte, élaborée en 1945, a produit un ordre international injuste. « Les affamés, les sans-abri et les illettrés sont plus nombreux aujourd’hui que lorsque les Nations unies ont été créées. » Les rapports de forces issus de « cinq siècles de contrôle colonial qui ont massivement concentré le pouvoir économique entre les mains d’un petit groupe de nations » n’ont pas été modifiés. Pour les rapporteurs, le problème n’est pas lié à un manque de richesses produites, mais à leur « mauvaise répartition et [à leur] mauvais usage ».
Dans un registre que ne renieraient pas les objecteurs de croissance des années 2000, la déclaration de Cocoyoc remet ouvertement en cause la dictature de l’augmentation du produit intérieur brut : « Un processus de croissance qui bénéficie seulement à une très petite minorité et qui maintient ou accroît les disparités entre pays et à l’intérieur des pays n’est pas du développement. C’est de l’exploitation. (...) Par conséquent, nous rejetons l’idée de la croissance d’abord et d’une juste répartition des bénéfices ensuite. »

Le modèle de développement défendu à Cocoyoc ne se focalise pas sur les questions économiques. Il met en avant l’importance des modes de vie, des valeurs, de l’émancipation des peuples, des droits individuels et collectifs. Il inclut « le droit de travailler, ce qui ne signifie pas seulement le droit d’avoir un travail, mais celui d’y trouver un accomplissement personnel, le droit de ne pas être aliéné à travers des procédés de production qui utilisent les hommes comme des outils ».
Les mythes de l’économie de marché sont balayés. « Les solutions à ces problèmes ne peuvent pas provenir de l’autorégulation par les mécanismes de marché, y lit-on. Les marchés classiques donnent un accès aux ressources à ceux qui peuvent payer plutôt qu’à ceux qui en ont besoin ; ils stimulent une demande artificielle et génèrent des déchets dans le processus de production. Certaines ressources sont même sous-utilisées. »

A rebours des discours dominants du Gatt, on impute la dégradation de l’environnement aux relations économiques inéquitables et au prix dérisoire des matières premières sur les marchés. Les experts pensent que les pays du Sud doivent créer des alliances sur le modèle de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) afin d’exiger des prix décents pour toutes les matières premières. En parallèle, ils recommandent de mettre en place une gestion internationale des « biens communs » (lire « Rendre inaliénables les biens communs »), grâce à l’édification d’un système juridique solide. L’objectif est de permettre l’autonomie des nations sans tomber dans l’autarcie. Pour y parvenir, les rapporteurs ne réclament pas une « aide » des pays riches, mais que ceux-ci payent au juste prix les matières premières.

Favoriser l’indépendance économique

 

Au lieu de culpabiliser l’individu — registre en vogue ces dernières années —, la déclaration de Cocoyoc affirme que « chacun a le droit de comprendre pleinement la nature du système dont il fait partie comme producteur, consommateur, et surtout comme l’un des milliards d’habitants de la planète. Il a le droit de savoir qui tire les bénéfices de son travail, qui tire les bénéfices de ce qu’il achète et vend, et la façon dont cela enrichit ou dégrade l’héritage planétaire ». L’éducation à l’environnement doit trouver sa place dans un projet éducatif plus large, qui ne gomme pas les rapports de domination mais, à l’inverse, les explicite.

Enfin, contrairement au « rapport Founex » préparatoire à la conférence de Stockholm, qui défendait le libre-échange et le rôle d’arbitre commercial tenu par le Gatt, la déclaration de Cocoyoc affirme la place centrale des Nations unies et du principe « un pays, une voix ». « Nous croyons fermement que, puisque les sujets du développement, de l’environnement et de l’utilisation des ressources sont des problèmes globaux essentiels et qui concernent le bien-être de toute l’humanité, les gouvernements devraient utiliser pleinement les mécanismes des Nations unies pour les résoudre et que le système des Nations unies devrait être rénové et renforcé pour faire face à ses nouvelles responsabilités. »
La déclaration de Cocoyoc impressionne par les perspectives politiques qu’elle dessine. Elle définit le sous-développement non comme un « retard » de développement, mais comme le produit du développement des pays riches. L’expansion du capitalisme passe en effet par la mainmise des multinationales sur les matières premières des pays du Sud, de sorte qu’il y aura toujours des exploiteurs et des exploités. C’est l’économie de marché qui est contestée et, en creux, le libre-échange. L’appel à la rupture ne souffre aucune ambiguïté. Il ne s’agit pas simplement d’aménager le système, mais d’en sortir : « L’autonomie au niveau national implique aussi un détachement temporaire du système économique actuel. Il est impossible de développer l’autonomie au travers de la participation pleine et entière à un système qui perpétue la dépendance économique. » Ainsi les Etats doivent-ils, selon la déclaration, refuser la soumission à une dépendance extérieure, organiser une autonomie collective et coopérer, notamment pour gérer les biens communs.

La déclaration lance donc un appel à la construction d’un socialisme écologique par des Etats souverains, dans une perspective internationaliste. Avec humour, les auteurs vont jusqu’à proposer d’offrir leurs services aux pays riches pour les aider à sortir de leur surconsommation et de leur mal-vivre. « Cela ne sert à rien de produire et de consommer de plus en plus s’il en résulte une augmentation de la prise d’antidépresseurs et des séjours en hôpital psychiatrique », soulignent-ils.
Immédiatement après la publication du texte, les présidents de la conférence reçoivent un long télégramme du secrétaire d’Etat américain Henry Kissinger, qui rejette l’intégralité de la déclaration. Les grandes puissances économiques vont reprendre les choses en main, et la crise économique de 1973 offrira l’occasion de rediscipliner ou de marginaliser des Etats trop critiques, lesquels s’enfoncent dans la misère en voyant le prix de leurs importations grimper en flèche. Pour la suite des négociations sur le « nouvel ordre économique international », les pays riches multiplient les lieux de discussions pour diluer l’influence de l’ONU, où le Sud est majoritaire. En décembre 1975, la conférence sur la coopération économique internationale qui se tient à Paris ne réunit que vingt-sept Etats : huit pays riches, les principaux membres de l’Opep, mais aucun des pays qui contestent les fondements du capitalisme ou la division internationale du travail — laquelle n’a pas encore trouvé son nom de « mondialisation ». Certains grands pays du Sud font le jeu des Etats-Unis, de l’Europe et du Japon en revendiquant une plus grande place dans l’économie mondiale, sans pour autant vouloir en changer les règles.

Des prescriptions oubliées

 

Ainsi, malgré la signature d’un traité d’amitié, de paix et de coopération avec l’Union soviétique le 9 août 1971, l’Inde dirigée par Indira Gandhi poursuit une politique économique ambiguë, sorte de « troisième voie » entre le socialisme et le capitalisme ; au Brésil, la dictature militaire en place obtient un taux de croissance record grâce à un afflux de capitaux occidentaux. Au début des années 1980, la contre-révolution néolibérale emporte définitivement ce qu’il restait des revendications de Cocoyoc.

Aujourd’hui, une recherche sur le site des Nations unies ne donne accès qu’à quelques lignes évoquant le symposium d’octobre 1974. On y trouve une courte citation de la déclaration finale : « La voie à suivre ne passe pas par le désespoir, par la fin du monde, ou par un optimisme béat devant les solutions technologiques successives. Elle passe au contraire par une appréciation méticuleuse, sans passion, des “limites extérieures” [la préservation d’un environnement équilibré], par une recherche collective des moyens d’atteindre les “limites intérieures” des droits fondamentaux [la satisfaction des besoins humains fondamentaux], par l’édification de structures sociales exprimant ces droits et par tout le patient travail consistant à élaborer des techniques et des styles de développement qui améliorent et préservent notre patrimoine planétaire. » Pouvait-on évoquer les travaux de Cocoyoc tout en effaçant de façon aussi systématique la subversion et les perspectives politiques du texte d’origine ?


Aurélien Bernier

Auteur de Désobéissons à l’Union européenne !, Mille et une nuits, Paris, 2011. 
(1) On découvrira plus tard sa proximité avec la Central Intelligence Agency (CIA). Lire Jean-François Boyer, «  Et le Mexique cessa d’être indépendant  », Le Monde diplomatique, mars 2011.

8 mars 2012

Le Mexique vote une loi inquiétante sur la surveillance

Ecrit par Katitza Rodriguez · Traduit par Claire Ulrich



[Liens en espagnol et en anglais] Les parlementaires mexicains ont récemment adopté une loi sur la surveillance qui concèdera à  la police l'accès sans mandat d'un juge à la géolocalisation des utilisateurs de terminaux électroniques.  La loi a été votée presque à  l'unanimité par 315 votes pour, 6 contre, et 7 abstentions. Elle a été envoyée au Président pour ratification.

Ces nouveaux pouvoirs concédés à la police sont largement abusifs. La loi ignore le fait que la plupart des téléphones mobiles de nos jours envoient sans interruption des informations de géolocalisation sur chaque individu aux opérateurs ; étant donné que toutes les données de géolocalisation sont conservées en un seul endroit - chez l'opérateur - la police aura accès à des données plus précises, plus  fournies et plus personnelles que jamais par le recours à ces mécanismes de traçage. Le gouvernement mexicain devrait être plus attentif au fait que les opérateurs de téléphonie mobile enregistrent désormais des traces détaillées de nos vies quotidiennes.

Après l'adoption de cette loi, un avocat spécialiste des droits humains, Luis Fernando García, a confié à l'EFF que “les députés mexicains doivent comprendre que la délégation de larges pouvoirs de surveillance, sans garde-fous adéquats, compromet la vie privée et la sécurité des citoyens, et est donc incompatible avec l'obligation qu'il a de protéger leurs droits”.

Des données sensibles de cette nature nécessitent une protection plus élevée et ne doivent pas être rendues disponibles en accès illimité. Les associations examineront tous les recours légaux possibles pour démontrer l'illégalité de la loi. De leur côté, les citoyens mexicains peuvent songer à exiger l'accès aux données que leur opérateur de téléphonie mobile possède sur eux, comme ils en ont le droit aux termes de la loi mexicaine sur la protection des données personnelles.

En Allemagne, un homme politique qui milite pour la confidentialité des données personnelles, Malte Spitz, a eu recours à une loi locale similaire sur la vie privée - qui, comme dans beaucoup de pays européens, donnent aux individus le droit de connaitre quel type de données personnelles les sociétés conservent à leur sujet  - pour obliger son opérateur à révéler les données qu'il possédait sur lui. Le résultat : 35 831 données distinctes récoltées via son usage du téléphone mobile durant six mois, qui révélaient un nombre très important de données personnelles. Pour faire la démonstration d'à quel point ces données sont confidentielles, Malte Spitz a choisi de les divulguer publiquement. Vous pouvez consulter la remarquable carte interactive des données de géolocalisation sur Malte Spitz, si vous ne l'avez pas encore fait.

Il est nécessaire de sensibiliser les législateurs et le grand public à l'importance de systèmes de protection solides des données personnelles. L'EFF fera part de son suivi de la surveillance en ligne et des mobiles au Mexique.
~
Si vous êtes mexicains, l'Autorité de protection des données  a publié une FAQ sur comment demander accès aux données personnelles conservées par les sociétés privées.

Pour aller plus loin : 



TraductionsLire ce billet en d'autres langues:

Malagasy · Mametraka Lalàna Fanaraha-maso Mampiahiahy i Meksika
English · Mexico Adopts Alarming Surveillance Legislation


14 avril 2011

Mexique: Une marche contre la violence ou contre le Gouvernement ?

3 octobre 2010

Coupures de presse : Retraites, Cuba, Palestine, Etats-Unis, Mexique

Retraites

L’édition de juillet du Left Business Observer (LBO) éclaire à sa manière les débats sur la pertinence d’un développement, régulièrement évoqué en France, de la « retraite par capitalisation ». Aux Etats-Unis, appréciée sur une très longue période, la Bourse n’a pas constitué un placement très astucieux :
Au cours des quatorze dernières décennies, la croissance de la Bourse est à la traîne, loin derrière celle du produit intérieur brut (PIB). La croissance du PIB atteint, en moyenne, 3,5 % par an. Celle de la Bourse, 1,9 %. Et encore : ce chiffre se base sur un indice boursier, pas sur la performance d’un véritable portefeuille d’actions. Il s’agit donc d’une limite supérieure. En effet, entre taxes, commissions, frais divers dont il faut s’acquitter et mauvaises décisions d’investissement, on est assuré que les gens qui jouent en Bourse font toujours moins bien que les indices théoriques.
(Doug Henwood, « Andy Stern and the stock market », Left Business Observer, juillet 2010.)

Cuba

De façon assez inattendue, la revue américaine Foreign Affairs redoute l’impact d’une éventuelle ouverture économique de Cuba sur le système de santé du pays :
Toute mesure d’assouplissement des restrictions au commerce et aux déplacements entre les Etats-Unis et Cuba affaiblirait sans aucun doute l’industrie de la santé cubaine. Si les dirigeants politiques des deux côtés du détroit de Floride n’y prennent pas garde, la petite nation caribéenne pourrait se voir dérober sa plus grande réussite. Tout d’abord, son réseau de santé public serait probablement dévasté par l’exode de milliers de médecins et d’infirmières cubains bien formés. Par ailleurs, des entreprises américaines à but lucratif pourraient transformer ce qui reste du système de santé en une destination de premier ordre pour l’industrie du tourisme médical.
(Laurie Garrett, « Castrocare in crisis », Foreign Affairs, juillet-août 2010.)

Palestine

Dans The New York Review of Books, l’écrivain et historien Malise Ruthven critique le concept d’« islamofascisme » défendu par des auteurs comme Paul Berman (et repris en France par Bernard-Henri Lévy) afin de justifier le refus de toute discussion avec des groupes comme le Hamas. Et il rappelle ce précédent peu connu :
En décembre 1948, après le massacre de deux cent quarante Palestiniens dans le village de Deir Yassin, perpétré par des auxiliaires du mouvement Irgoun, dirigé alors par Menahem Begin, futur premier ministre d’Israël, plusieurs juifs célèbres, dont Albert Einstein et Hannah Arendt, écrivirent au New York Times. Protestant contre une visite de Begin aux Etats-Unis, ils accusèrent son organisation, le Herout, de porter « la marque qui ne trompe pas d’un parti fasciste, pour qui le terrorisme (contre les Juifs, les Arabes, les Britanniques) et la falsification ne sont que des moyens et l’Etat-guide est la fin qui les justifie. » (…) Dans le jeu politique israélien, ces tendances extrémistes de l’Irgoun et du groupe Stern ont ensuite été soumises aux rigueurs de la politique démocratique. Berman refuse cependant d’imaginer que les Frères musulmans et ses succédanés puissent être capables d’évoluer eux aussi afin de tenir compte d’un contexte qui change.
(Malise Ruthven, « Righteous & Wrong », The New York Review of Books, 19 août 2010.)

Etats-Unis

Au moment où s’engage la campagne pour les élections législatives de mi-mandat du 2 novembre prochain, l’hebdomadaire The Economist rappelle les transformations survenues depuis trente mois dans la vie quotidienne des Américains :
Plus de la moitié des salariés ont expérimenté une période de chômage, essuyé une baisse de salaire ou été obligés de travailler à temps partiel. Le chômeur typique est sans emploi depuis près de six mois. La chute du cours des actions et de l’immobilier a détruit un cinquième des actifs du ménage moyen. Près de 60 % des Américains ont annulé leurs vacances ou les ont écourtées. Un cinquième de la population est incapable de rembourser son prêt hypothécaire. Un quart des jeunes âgés de 18 à 29 ans ont dû revenir vivre chez leurs parents. Moins de la moitié des adultes espèrent que leurs enfants disposeront d’un revenu supérieur au leur, et plus du quart estiment qu’il sera inférieur.
(« A Double Blow », The Economist, 22 juillet 2010.)

Mexique

Dans un numéro consacré au classement des cinq cents plus grandes sociétés d’Amérique latine, la revue chilienne América Economía s’interroge : « Où sont les entreprises mexicaines ? » :
En 2002, il y avait 241 entreprises mexicaines dans le classement des 500 plus grandes entreprises d’Amérique latine (…) ; les brésiliennes étaient seulement 136. Aujourd’hui, les chiffres sont pratiquement inversés : 226 brésiliennes pour 119 mexicaines. (…) Alors que les 226 entreprises brésiliennes de ce classement ont, en moyenne, augmenté leur chiffre d’affaires de 42 % [en 2009], les 274 autres entreprises d’Amérique latine n’ont connu qu’une croissance de 4,5 %.
(« Muito obrigado », América Economía, juillet 2010.)
 
Édition imprimée — septembre 2010 — Page 2 
 

29 avril 2010

Les USA, le Canada et le Mexique arment l’ALENA

par Stephen Lendman*, Laura Carlsen*, Constance Fogal*

Plusieurs articles, primés par Projet Censuré en 2009, ont mis en évidence la militarisation de la zone de libre échange d’Amérique du Nord. Ce programme essentiel de l’administration Bush a été passé sous silence par les médias dominants. Et pour cause : il sert les intérêts de quelques multinationales, incluant des consortium de presse. Bien que durant sa campagne électorale présidentielle Barack Obama ait publiquement émis des réserves sur la poursuite de l’ALENA, son administration n’a rien changé au dispositif.

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Le président mexicain Vincente Fox, le président des Etats-Unis George W. Bush et le Premier ministre du Canada Paul Martin, lors du sommet de Waco (Texas, 31 mars 2005) au cours duquel ils ont scellé le pacte tripatite SPP.

Des dirigeants du Canada, des Etats-Unis et du Mexique ont tenu des réunions secrètes visant à élargir l’Accord de libre échange d’Amérique du Nord (ALENA) (en anglais : North American Free Trade Agreement —NAFTA). Ce bloc commercial qui fixe une zone de libre échange est entré en vigueur en janvier 1994 avec l’« intégration approfondie » d’une force trinationale et poursuit des objectifs de militarisation au nom de la « sécurité intérieure ».

La Société dite « de sécurité et de prospérité » (SPP) qui a pris corps sous ces gouvernements, dans le plus grand secret et en dehors de toute considération d’ordre public —elle a établi ses bureaux centraux à Washington—, se propose de regrouper les trois pays en un seul bloc politique, économique et militaire.

La SPP a été créée lors d’une réunion entre les présidents George W. Bush (USA), Vicente Fox (Mexique) et le Premier ministre Paul Martin (Canada) à Waco, au Texas, le 31 mai 2005. Le site Web officiel des Etats-Unis décrit la SPP comme « une initiative entre les Etats-Unis, le Canada et le Mexique dirigée par la Maison-Blanche pour renforcer la sécurité et accroître la prospérité… » La SPP n’est le fruit ni d’une loi, ni d’un traité, ni d’un d’accord. N’importe laquelle de ces définitions exigerait une discussion publique, et la participation de parlementaires.

La SPP a vu le jour sous l’ère de la « guerre contre le terrorisme », et traduit le souci excessif de la sécurité, tel que l’interprète le Département US de la sécurité de la Patrie. Ses accords autorisent des actions militaires frontalières, l’entraînement de policiers, la modernisation de l’équipement et l’adoption de nouvelles technologies, le tout dans la logique de la croisade contre le terrorisme menée par les Etats-Unis. La secrétaire à la Sécurité de la Patrie, la secrétaire d’Etat et le secrétaire aux Finances sont les trois hauts fonctionnaires désignés pour assister aux conférences ministérielles de la SPP.

Les mesures destinées à coordonner la sécurité ont exercé une pression sur le Mexique pour l’obliger à militariser sa frontière sud. Les forces militaires US qui opèrent déjà au Mexique, ainsi que les effectifs de la DEA (Drug Enforcement Administration) et du FBI, organisent des programmes d’entraînement pour l’armée mexicaine (actuellement impliquée dans la guerre contre les drogues), la police fédérale et les unités de renseignement. Le journaliste Stephen Lendman explique qu’une page du manuel d’instruction du Pentagone suggère une invasion de ce pays par les Etats-Unis en cas de déstabilisation, ou si le gouvernement mexicain se trouvait menacé d’un renversement provoqué par un « chaos économique et social généralisé », susceptible de compromettre les investissements des Etats-Unis, l’accès au pétrole, le fonctionnement mondial du commerce, et de déclencher une émigration massive vers le Nord.

L’influent département de la Défense nationale du Canada, avec son nouveau chef d’état-major de la défense et le ministre de la Défense sont également alignés sur cette position. Ils sont contraints d’accroître les dépenses militaires du pays et de suivre les USA dans leur « guerre contre le terrorisme »

La SPP a créé le Conseil pour la compétitivité d’Amérique du Nord (NACC) qui fonctionne comme un groupe officiel de travail trinational. Il réunit des représentants d’une trentaine de compagnies géantes d’Amérique du Nord, dont General Electric, Ford Motors, General Motors, Wal-Mart, Lockheed-Martin, Merck et Chevron.

Les recommandations du NACC sont axées sur la « participation du secteur privé », considérée comme « un facteur décisif pour améliorer la position concurrentielle des Etats-Unis sur les marchés du monde et comme un catalyseur de l’innovation et de la croissance ». Le NACC a insisté sur l’importance de la mise en place d’une politique destinée à maximiser les gains.

L’agenda fixé par les USA privilégie l’accès sans entrave des compagnies pétrolières aux ressources naturelles canadiennes et mexicaines, notamment au pétrole et à l’eau. Le Conseil de compétitivité US stipule que « la prospérité des Etats-Unis se base essentiellement sur un approvisionnement sûr en énergie importée ». La sécurité énergétique des USA est considérée comme une priorité absolue, si bien qu’on incite le Canada et le Mexique à autoriser la privatisation des entreprises gérées par l’Etat, comme la compagnie pétrolière publique du Mexique Pemex –Petroleos Mexicanos. En janvier 2008, Halliburton [la multinationale anciennement dirigée par le vice-président Dick Cheney] a signé un contrat avec Pemex d’un montant de 683 millions de dollars pour le forage de 58 nouveaux puits de pétrole dans les Etats de Chiapas et de Tabasco, ainsi que pour superviser l’entretien des oléoducs. Il s’agit du plus récent des contrats, pour un montant de 2 milliards de dollars, décroché par Halliburton avec Pemex sous les gouvernements de Calderon et de Fox, ce qui, de l’avis de l’opposition, n’est que la façade publique de la privatisation prônée par le capital monopoliste US [1]. La politique des Etats-Unis cherche aussi à s’assurer un accès illimité aux ressources hydriques du Canada.

Connie Fogal, du Parti Canadian Action, a déclaré : « Le SPP est une prise de possession franchement hostile de l’appareil du gouvernement démocratique… Un coup d’Etat dirigé contre les opérations des gouvernements du Canada, des USA et du Mexique ».

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Projet de super-voies de communications du NAFTA

Mise à jour de Stephen Lendman

La 4e Réunion de la SPP s’est tenue à la Nouvelle Orléans du 22 au 24 avril 2008 en présence de George Bush, du Premier ministre canadien Stephen Harper, et du président mexicain Felipe Calderon. Un groupe de manifestants a organisé ce qu’ils ont appelé le « Sommet du peuple », avec des meetings dans les rues et des ateliers de discussion dans les centre de travail pour informer les gens du caractère destructeur de la SPP, renforcer les liens organisationnels et les contacts, maintenir l’information en ligne sur ses activités, encourager les efforts pour rallier davantage de soutien et exprimer leur détermination de continuer de résister à une politique extrêmement répressive et financée par les sociétés corporatives.

Cette coalition a des alliés au Congrès. En janvier 2007, le représentant républicain Virgil H. Goode et ses six coparrains ont présenté la Résolution concurrente nº 40 de la Chambre des représentants, qui traduit « le sentiment du Congrès, selon lequel les Etats-Unis doivent s’abstenir de s’impliquer dans un système d’autoroutes [en établissant un NAFTA] ou d’entrer dans la NAU avec le Mexique et le Canada »

Le Sommet d’avril a confirmé les intentions de la SPP de créer une Amérique du Nord sans frontières, de dissoudre la souveraineté nationale, d’asseoir le contrôle des géants corporatifs et de réserver la meilleure part du gâteau aux grandes compagnies US. Il propose également de transformer l’Amérique du Nord en une forteresse par la militarisation du continent sous le commandement des Etats-Unis.

La SPP a un site Web montrant des « succès importants » depuis août 2007, mis en jour en date du 22 avril 2008. L’information est trop détaillée pour cette mise à jour, mais on se référera au document téléchargeable au bas de cette page.

Ce site offre une liste assez complète : principes adoptés, accords bilatéraux conclus, négociations engagées, évaluations d’études publiées, accords signés sur le « libre flux des informations », activités ayant trait à l’accomplissement de la loi, efforts liés à la propriété intellectuelle, au transport routier aux frontières et sur de longues distances, procédures pour les permis d’importation, affaires relatives à la sécurité des produits et de l’alimentation, thèmes liés à l’énergie (axée essentiellement sur le pétrole), développement de l’infrastructure, gestion des situations d’urgence, et bien d’autres informations. Le tout exposé sur un ton apparemment modéré pour bien dissimuler l’objectif continental : permettre une exploitation corporative améliorée dans la plus grande discrétion possible.

La militarisation concerne le Commandement Nord (Northcom), activé en octobre 2002, dont la zone d’opération comprend l’espace aérien, terrestre et maritime sur le continent sans que soient pris en compte les limites du Posse Comitatus, qui ne sont plus appliquées, ou les frontières souveraines qui sont facilement effaçables. Le département de la Sécurité de la Patrie (DHS) et le Bureau d’immigration et du contrôle des douanes (ICE) jouent également un rôle important. Tout comme le FBI, la CIA et toutes les agences d’espionnage des USA, la police locale et fédérale militarisée, les forces de la Garde nationale et les mercenaires paramilitaires en provenance de Blackwater USA. Ils sont dépêchés dans n’importe quel point du continent avec l’autorisation d’opérer aussi librement qu’en Irak ou dans la Nouvelle Orléans d’après le passage de l’ouragan Katrina. Ils pourraient transformer toutes les rues du continent en nouvelles versions de Bagdad et créer des conditions pour vivre sur la lune, le cas échéant.

Il existe d’autres processus de militarisation. Le 14 février 2008, les Etats-Unis et le Canada sont convenus d’autoriser la présence de troupes US au Canada. Les citoyens canadiens n’ont pas été mis au courant de cet accord, dont le brouillon a été rédigé en 2002. Le document n’a pas non plus été discuté au Congrès ni à la Chambre canadienne des Communes (Canadian House of Commons). L’accord prévoit l’« intégration bilatérale » des structures de commandement militaire pour l’immigration, la police et le renseignement, ou toute autre structure que le Pentagone ou Washington souhaiterait. En des termes plus généraux, il s’inscrit dans la « guerre contre la terreur » et la militarisation du continent. Pour le rendre « plus sûr » pour les affaires et faire face à toute forme d’opposition civile.

Le Mexique est un autre objectif, avec un « Plan Mexique » annoncé en octobre 2007. Il s’agit d’un plan de sécurité pour le Mexique et l’Amérique centrale baptisé « Initiative Mérida », qui se monte à 1,4 milliard de dollars en assistance. Le Congrès se prononcera bientôt sur cette initiative, probablement avant que cet article ne soit publié. Il s’agit « d’« une initiative de coopération en matière de sécurité régionale », semblable au « Plan Colombie » et présentée comme un effort pour lutter contre le trafic de drogue.

En réalité, l’Initiative Mérida fait partie de la militarisation du Mexique dirigée par la SPP et renforce l’emprise de Washington sur ce pays. La plupart de l’aide est destinée aux forces militaires et policières du Mexique, ainsi qu’aux entrepreneurs privés de la défense des Etats-Unis chargés du matériel, de l’entraînement et de l’entretien. La délicate question du déploiement de troupes des Etats-Unis pourra être contournée en utilisant des forces privées de sécurité des USA, autrement dit Blackwater et DynCorp.

Sources

• Center for International Policy, 30 mai 2007
Titre : Deep Integration” – the Anti-Democratic Expansion of NAFTA
Auteur : Laura Carlsen
• Global Research, 19 juillet 2007
Titre : The Militarization and Annexation of North America
Auteur : Stephen Lendman
• Global Research, 2 août 2007
Titre : North American Union : The SPP is a “hostile takeover” of democratic government and an end to the Rule of Law
Auteur : Constance Fogal
• Etudiants chercheurs : Rebecca Newsome et Andrea Lochtefeld
• Tuteur : Ron Lopez, Ph.D

Documents joints

Key accomplishements since August 2007

(PDF - 76 ko)

 Stephen Lendman

Chercheur associé au Centre for Research on Globalization.


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Laura Carlsen

Directrice du programme Amériques à l’International Relations Center (IRC).


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Constance Fogal

Juriste et ancien professeur. Ancien leader du Parti action canadienne (PAC).


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[1] “Mexican Farmers Protest NSFTA Hardships,” People’s Weekly World, Février 7, 2008

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