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15 mars 2013

L'hydrates de méthane une solution pour l'avenir (du Japon) ?

Distribution mondiales des ressources supposées ou confirmées d'hydrate de méthane, 1996.
Source: USGS
Le Japon se tourne avec succès vers les hydrates de méthane
Par Quentin Mauguit, Futura-Sciences
14/03/2013
Source : http://www.futura-sciences.com
English  Japan turns to successfully methane hydrates


Le Japon a trouvé une nouvelle source d’énergie pour recouvrer son indépendance : les hydrates de méthane. Ce carburant fossile repose notamment dans des sédiments marins à de grandes profondeurs. Il vient pour la première fois d’être extrait avec succès à partir d’un navire de forage. 
 
Le gouvernement japonais a fait stopper la plupart des centrales nucléaires présentes sur son territoire, à la suite de la catastrophe de Fukushima. La production d’électricité à partir d’énergie fossile a par conséquent connu un nouvel essor, ce qui a mené le pays dans une situation économique que certains qualifient d’intenable. Le Japon doit en effet importer 95 % du gaz qu’il consomme, car il ne dispose pas de réserves conventionnelles. 

Ce détail a toute son importance. En effet, des prospections sismiques et des forages exploratoires ont souligné la présence d’environ 1.100 milliards de m3 de méthane au large de la côte est du pays, soit de quoi subvenir aux besoins énergétiques de la société japonaise durant 11 ans. Il ne faut cependant pas crier victoire pour autant, car le combustible se présente sous forme d’hydrates de méthane, également appelés « glace qui brûle » ou « glace de méthane ». 

La particularité de ce méthane est d’être enfermé dans des cages faites de molécules d’eau organisées en réseau cristallin, où il est soumis à de hautes pressions et de basses températures. Bien que cette glace atypique soit connue depuis plus de deux siècles, aucune méthode ne permettait jusqu’ici de l'exploiter au sein même des sédiments marins profonds dans lesquels elle reposait. Or, la Japan Oil, Gas and Metals National Corporation (Jogmec) vient de réussir ce 12 mars 2013 à extraire du méthane de manière satisfaisante, durant un essai mené au large des péninsules d’Atsumi et de Shima. 

Le Chikyu est un navire de recherche japonais inauguré en 2002. Il peut théoriquement forer jusqu'à sept kilomètres de profondeur dans le plancher océanique.
Le Chikyu est un navire de recherche japonais inauguré en 2002. Il peut théoriquement forer jusqu'à sept kilomètres de profondeur dans le plancher océanique. © Gleam, Wikimedia Commons, cc by sa 3.0
 
Indépendance énergétique fournie par les fonds marins
 
Sept années d’explorations (de 2001 à 2008) et quatre années de recherches (de 2009 à ce jour) ont été requises pour localiser les sources d’hydrates de méthane exploitables et développer la technologie requise pour leur extraction. Sur site, trois forages ont été réalisés par le navire de recherche Chikyu en février et mars 2012. Seul un puits est destiné à l’extraction du combustible, les deux autres étant prévus pour la surveillance des opérations. Le puits principal a été foré par 1.000 m de fond et a atteint une profondeur de 330 m. 

Diverses approches ont été envisagées pour extraire le gaz, mais seule l’une d’entre elles a été retenue à la suite de tests menés au Canada en 2001 et 2008 : la dépressurisation. Cette technique consiste à faire chuter la pression au sein des sédiments pour libérer le méthane. L’expérience, dont les préparatifs ont débuté le 28 janvier, devrait se poursuivre durant encore deux semaines. Le Chikyu est ensuite attendu au port de Shimizu le 26 mars. Plusieurs aspects de l’extraction suscitent une vigilance particulière : la dissociation du méthane sous l’eau, la régularité du flux et l’impact environnemental. Précisons enfin que le gaz produit est directement brûlé en surface par le biais d’une torchère installée sur le navire de forage

Les hydrates de méthane pourraient donc offrir une nouvelle indépendance énergétique au Japon, mais à quel prix ? Ces hydrocarbures non conventionnels sont par définition d’origine fossile, et l’on peut d’ores et déjà redouter la survenue de fuites durant leur exploitation industrielle ou leur consommation massive. En effet, le méthane et le CO2 issu de sa combustion sont d’importants gaz à effet de serre. Voilà de quoi lancer un nouveau débat, à l’image de celui qui oppose les partisans et les détracteurs du gaz de schiste. Quoi qu’il en soit, un second essai est prévu courant 2014 ou 2015. Si tout se passe bien, une plateforme d’extraction sera développée entre 2016 et 2018.


Les hydrates de méthane constituent-ils une ressource exploitable ?
Entretien avec Roland Vially
Loïc Mangin
12/2010

Roland Vially est géologue à l'IFP-Énergies nouvelles.

Les hydrates de méthane, un mélange cristallisé d'eau et de gaz, constitueraient une ressource considérable de gaz naturel. Cependant, leur exploitation n'est aujourd'hui possible ni économiquement ni techniquement. En outre, on ignore encore s'ils influent sur le climat. Entretien avec Roland Vially.

 

Les hydrates de méthane sont-ils des gaz non conventionnels ? 

 

Roland Vially : Ces composés sont bien une forme de gaz non conventionnels, mais ils diffèrent notablement des trois autres (gaz de schistes, gaz de houille et tight gas), même si là encore il s'agit de méthane. Un hydrate de méthane est un mélange d'eau et de méthane qui, sous certaines conditions de pression et de température, cristallise en un solide.
Les hydrates de gaz ont été découverts dans les années 1810 par le chimiste britannique Humphrey Davy, mais n'ont guère retenu l'attention. Puis, 120 ans plus tard, on s'aperçut qu'ils pouvaient obstruer les gazoducs dans l'Arctique russe. Dans les années 1950, des cristallographes ont élucidé la structure des hydrates de gaz : elle correspond à une famille de substances nommées clathrates. Un squelette alvéolaire constitué de molécules d'eau reliées par des liaisons hydrogène est stabilisé par des liaisons de type Van der Waals avec des molécules de gaz piégées dans les cages polyédriques. Ces dernières se distinguent par le nombre et la forme des cages (pentagones, hexagones...).

 

Où les trouve-t-on ? 

 

Dans la nature, les conditions nécessaires pour que les hydrates soient stables sont réunies dans la partie supérieure des couches sédimentaires des régions arctiques (très basse température et faible pression), notamment dans le pergélisol, cette couche du sol gelée en permanence.
On trouve aussi ces conditions de température et de pression adéquates dans les sédiments superficiels des eaux océaniques profondes (forte pression et basse température). À mesure que l'on s'enfonce dans les sédiments, ces hydrates ne sont plus stables, car la température, liée au gradient géothermique, augmente. L'interface entre le domaine contenant des hydrates et celui qui en est dépourvu est caractérisée par un fort contraste d'impédance acoustique que l'on repère sur les enregistrements sismiques : on distingue un réflecteur parallèle au plancher océanique.
Lorsque pour des raisons naturelles, tels un réchauffement climatique, une baisse du niveau marin ou une surrection tectonique, les hydrates « quittent » leur domaine de stabilité, ils se dissocient pour former de l'eau et du gaz. Quand on remonte en surface des carottes contenant des hydrates, ces derniers se décomposent et l'on peut enflammer le méthane.
Contrairement aux gaz conventionnels, on ne peut plus parler de système pétrolier ou gazier, car il suffit d'avoir du méthane et des conditions de pression et de température pertinentes pour obtenir des hydrates de méthane.

 

Quel volume de méthane représentent-ils ? Et peut-on imaginer y avoir accès ? 

 

Donner une estimation du gaz en place dans les sédiments sous forme d'hydrate de méthane est extrêmement difficile, mais des valeurs notablement supérieures à 1 000 téramètres cubes sont communément admises. Ces valeurs sont à comparer avec les réserves prouvées de gaz conventionnels qui sont de l'ordre de 180 téramètres cubes et la consommation annuelle mondiale de trois téramètres cubes. Quel que soit le chiffre, il est considérable, mais précisons qu'il représente le volume de gaz en place et pas celui des ressources récupérables.
Aujourd'hui, aucune production commerciale de ces hydrates n'a été entreprise. Dans les années 1970, les Russes ont mis en production en Sibérie un champ de gaz naturel, à Messoyakha, dont une partie du réservoir est remplie par des hydrates de gaz. Outre le fait qu'il ne s'agit pas à proprement parler d'une production d'hydrates, puisqu'on récupère le gaz libre sous la couche d'hydrates de méthane (l'exploitation du gisement favorise la déstabilisation des hydrates, un phénomène qui alimente le gisement), l'intérêt économique n'a pas encore été démontré.
Des expériences pilotes de production ont été effectuées à Mallik, dans l'Arctique canadien, et dans le prisme d'accrétion de Nankaï, dans les profondeurs de l'océan près du Japon. Les tests se poursuivent encore : par exemple, les Japonais ont prévu deux extractions expérimentales, la première en 2012 et la seconde en 2014.

 

Comment récupère-t-on le méthane de ces hydrates ? 

 

Dans ces sites, trois techniques de production ont été testées : la dépressurisation, la stimulation thermique et l'injection d'inhibiteurs. Dans la première, on cherche à déstabiliser les hydrates de méthane en pompant l'eau aux alentours du puits. La chute locale de pression entraîne la dissociation des hydrates et la production d'eau et de méthane. La deuxième technique consiste à injecter de la vapeur pour déstabiliser les hydrates. Enfin, dans la troisième, on modifie la courbe de stabilité des hydrates en injectant du méthanol. Toutefois, l'intérêt économique de telles méthodes reste à démontrer.

 

Quels enseignements peut-on tirer de ces premières tentatives ? 

 

Ces expériences pilotes ont montré qu'une production significative de méthane n'est possible que lorsque les hydrates se situent dans les anfractuosités d'une couche poreuse et très perméable afin que l'on puisse facilement pomper ou injecter de la vapeur ou des inhibiteurs. Autre contrainte, les pores doivent contenir une forte proportion d'hydrates, ce qui suppose une bonne alimentation (la migration du gaz vers le réservoir) et une bonne concentration (le gaz doit être piégé). Ces conditions sont quasiment celles d'un bon gisement de gaz naturel qui n'est pas sous forme « classique » du fait des conditions de pression et de température.
En conséquence, pour le calcul des ressources ultimes récupérables, on ne doit pas tenir compte des hydrates sous forme de granules, de nodules ou sous formes diffuses dans des sédiments imperméables. Le volume en est notablement réduit et doit alors être compris entre 100 à 500 téramètres cubes de gaz, un ordre de grandeur comparable avec ceux des réserves des autres gaz non conventionnels. Quant aux réserves prouvées, on n'en connaît encore aucune.

 

On soupçonne les hydrates de méthane d'influer sur le climat, qu'en est-il ? 

 

Plusieurs spécialistes du climat pensent que le méthane (dont le pouvoir de gaz a effet de serre est 25 fois supérieur à celui du dioxyde de carbone) contenu dans les hydrates influe sur l'évolution du climat. Par exemple, James Kennett, de l'Université de Santa Barbara, aux États-Unis, a proposé la théorie du « fusil à hydrates » selon laquelle ces composés s'accumuleraient pendant les périodes glaciaires et se dissocieraient lors des réchauffements.
De fait, certains climatologues, tel James Hansen, de l'Institut Goddard de la nasa, craignent que le réchauffement climatique actuel n'entraîne l'augmentation de la température du pergélisol et donc la libération du méthane qu'il contient. Ce gaz relâché dans l'atmosphère favoriserait l'effet de serre et faciliterait un emballement climatique.
En 1995, Gerald Dickens, de l'Université Rice, aux États-Unis, a proposé un rôle non négligeable de la dissociation d'hydrates de méthane dans le réchauffement brutal de la Terre il y a 55 millions d'années (en 1 000 à 10 000 ans, la température des eaux marines a augmenté d'en moyenne six degrés). Cependant, ces idées n'ont pas convaincu, notamment parce qu'elles ne disent rien sur l'initiation du processus.
Aujourd'hui, aucun consensus n'a été obtenu, et beaucoup de spécialistes restent dubitatifs quant à un possible rôle des hydrates de méthane dans la dynamique du climat.

 

Les hydrates de méthane pourraient-ils constituer une alternative au gaz naturel liquéfié (gnl) pour le transport ? 

 

En effet, les hydrates de méthane sont en théorie adaptés au transport de ce gaz sur de longues distances et pourraient à terme concurrencer le gnl. Leur principal avantage réside dans le fait que les conditions de température et de pression nécessaires à leur stabilité sont moins draconiennes que celles requises pour le gnl. Les hydrates sont donc moins dangereux, même si, pour une cargaison de même poids, le volume de méthane transporté est moindre. Ce mode de transport est encore à l'état de projet.


SOURCE WIKIPEDIA :
English   Methane clathrate

Hydrate de méthane


Un hydrate de méthane (ou clathrate de méthane) est un composé d'origine organique naturellement présent dans les fonds marins, sur certains talus continentaux, ainsi que dans le pergélisol des régions polaires.
La formation de ces hydrates constitue l'un des puits de carbone planétaires, mais elle est très instable quand sa température dépasse un certain seuil.
Les hydrates de méthane sont une source potentielle d’énergie fossile pour remplacer le pétrole ; ils sont réputés présents en grande quantité, surtout en fonds marins, mais sont difficilement exploitables. Ils restent une source directe de méthane ou indirecte de CO2, deux puissants gaz à effet de serre.
Appelé familièrement « glace qui brûle » ou « glace de méthane », ce composé glacé est inflammable dès qu'il fond et en présence d'oxygène ou d'un oxydant. À l'échelle moléculaire, un clathrate de méthane est en effet constitué d'une fine « cage » de glace dans laquelle est piégé du méthane a priori issu de la décomposition de matière organique relativement récente (par rapport à celle qui a engendré le pétrole et le gaz naturel) et effectuée par des bactéries anaérobies et méthanogènes.
Lors de la production de gaz naturel, d'autres hydrates peuvent se former (d'éthane et de propane). Plus la longueur de la molécule d'hydrocarbure augmente (butane, pentane..), moins les hydrates formés sont stables.
Les hydrates de gaz naturels (Natural gas hydrate ou NGH en anglais) sont caractérisés par une plus faible pression (25 mégapascals, compression 1/170) et une plus haute température (0°C), que les LNG (Liquified natural gas, gaz naturels liquéfiés) ou les CNG (Compressed natural gas, gaz naturels comprimés).


Combustion d’hydrate de méthane (USGS).
Cadre en haut à gauche : structure du clathrate.

Bloc d'hydrate de gaz (clathrate) trouvé lors d'une expédition scientifique avec le navire de recherche allemand FS SONNE dans la zone de subduction située au large de l'Oregon, à une profondeur d'environ 1200 mètres. Cet hydrate de méthane était enfoui dans le premier mètre du sédiment, dans la zone dite "hydrate ridge", au large de l'Oregon (États-Unis). Ici, il présente une structure particulière( vaguement en « nid d'abeille ») quand il fond

Sommaire

Découverte

Le navire de recherche Sonne remonte en juillet 1996 de l’océan Pacifique, et d’une profondeur de 785 m, 500 kg d’hydrate de méthane1.

La structure des hydrates de méthane


filons d'hydrate de gaz (clathrate, en blanc sur la photo) trouvé au large de l'Oregon(-1200 mètres environ) dans le premier mètre du sédiment

Structure de base de l'hydrate de méthane.
Les 2 petites cages sont entièrement coloriées en jaune et les faces hexagonales des grandes cages sont coloriées en rouge
L'hydrate de méthane est formé de molécules d'eau formant des cages qui piègent des molécules de gaz comme le méthane ou le sulfure d'hydrogène (gaz tous deux présents dans l'hydrate remonté par le navire Sonne). Ces cages peuvent stocker de considérables quantités de gaz (par exemple 164 cm3 de méthane dans 1 cm3 d'hydrate).

Plus précisément, la structure de base de l'hydrate de méthane correspond à la structure de type I des structure clathrates de gaz (en)2 : cette structure 3 (également appelée structure de Weaire-Phelan) comprend 2 cages de petite taille et 6 cages de plus grande taille :
  • chacune des 2 cages de petite taille a la forme d'un dodécaèdre irrégulier (polyèdre formé de 12 faces en forme de pentagones irréguliers et qui comprend 30 arêtes et 20 sommets) ;
  • chacune des 6 cages de grande taille a la forme d'un trapèzoèdre hexagonal tronqué (en) (polyèdre formé de 2 hexagones réguliers et de 12 pentagones irréguliers et qui comprend 36 arêtes et 24 sommets) ;
  • chacun des sommets de ces 8 cages est occupé par une molécule d'eau tandis que le gaz méthane occupe l'intérieur de ces cages.

Certains de ces sommets étant communs à deux ou plusieurs cages, le nombre total de molécules d'eau de la structure de base de l'hydrate de méthane n'est que de 46 molécules (au lieu de 184).

Réservoirs naturels

Les hydrates de méthane sont stables à basse température et à forte pression.
Ces conditions se rencontrent dans deux milieux très différents :

Réservoir océanique

Du méthane est stocké sous forme d'hydrates de méthane dans les sédiments océaniques profonds et au niveau des talus continentaux à des profondeurs de quelques centaines de mètres.

Réservoir continental

On trouve également des hydrates de méthane dans le pergélisol des régions circumpolaires de l'Eurasie et de l'Amérique.

Inventaire

Depuis les premières estimations dans les années 1970, la quantité d'hydrate de méthane dans le réservoir océanique a été révisée à la baisse mais reste considérable. Selon une estimation récente4, cette quantité serait comprise entre 1 et 5×1015 m3 de gaz, soit entre 0,5 et 2,5 ×1012 tonnes de carbone. La quantité d'hydrates de méthane dans le réservoir continental est moins bien connue. La surface relativement faible (10 millions de km²) occupée par le pergélisol laisse supposer qu'elle est moindre que dans le réservoir océanique.
Par comparaison, les réserves connues de pétrole en 2005 étaient d'environ 2×1011 m3 (voir l'article Réserves pétrolières).

Applications

Source potentielle d'énergie


Distribution mondiales des ressources supposées ou confirmées d'hydrate de méthane, 1996.
Source: USGS
Les réserves d'hydrate de méthane sont si considérables que de nombreuses compagnies pétrolières s'y intéressent. Mais la récupération de ce composé est difficile et coûteuse, voire dangereuse pour le climat planétaire et les difficultés technologiques qui en résultent semblent actuellement loin d'être résolues.
Après la catastrophe de Fukushima, le japon a un besoin vital de nouvelles sources d'énergie. Le Gouvernement a lancé un programme de recherche (2001-2008) visant à localiser et qualifier la ressource sous-marine potentielles du Japon, puis un plan de sept ans (« Programme sur l'exploitation de l'énergie marine et des ressources marines »), voté en mars 2009. Deux extractions tests étaient prévus en 2012 et 2014 près de la Nankai Trough (en) au sud du pays où des ressources importantes ont été détectées5,6. Le test in situ de récolte stabilisée durant deux semaines a commencé en mars 20137.
Des hydrates de méthane ont déjà pu être exploités à Messoyakha, petit champ gazier peu profond de Sibérie occidentale, situé juste à la limite de stabilité des hydrates de méthane. En conséquence, sa partie basse était un gisement de gaz "normal" (du gaz libre dans du sable) tandis que le haut était rempli d'hydrates. L'exploitation du gaz conventionnel a réduit la pression et a déstabilisé les hydrates, dont le méthane a alors pu être utilisé.
L'exploitation des hydrates de méthane pourrait poser de sérieux problèmes en matière d'effet de serre. Leur combustion émet en effet du CO2, mais pas plus que le gaz naturel (et moins que le charbon et le pétrole). Le risque existe qu'en exploitant les hydrates sous-marins instables l'on fasse involontairement remonter de grandes quantités de méthane dans l'atmosphère : cela équivaudrait à exploiter du gaz naturel en autorisant d'énormes fuites. Or le méthane (CH4) a un pouvoir de nuisance beaucoup plus élevé que le CO2 en tant que gaz à effet de serre. Son potentiel de réchauffement global mesuré à l'échelle d'un siècle à partir de sa diffusion dans l'atmosphère est en effet compris entre 22 et 23 fois celui du dioxyde de carbone, en tenant compte d'une durée de vie moyenne des molécules de CH4 de seulement une douzaine d'années avant leur décomposition par les UV, des phénomènes de combustion ou d'oxydation et diverses réactions chimiques.
Les industriels doivent tester en mer des méthodes de décompression des hydrates permettant de le récupérer intégralement. C'est un des projets du Japonais JOGMEC8.
Un projet allemand dit « SUGAR (acronyme signifiant Submarine Gashydrat-Lagerstätten: Erkundung, Abbau und Transport), lancé à l'été 2008 par l'Institut Leibniz pour les sciences marines de Kiel9, sous tutelle des Ministères fédéraux de l'économie et de la technologie (BMWi) et de l'enseignement et la recherche (BMBF) avec l'appui de 30 partenaires économiques et scientifiques et un budget initial de près de 13 millions d'euros, vise à extraire du méthane marin et à stocker à sa place du CO2 capté au sortir de centrales thermiques ou d'autres installations industrielles10.

Rentabilité économique

Les études de production

Des études japonaises et américaines ont été réalisées depuis 2001 dans le but de démontrer que l'imperméabilisation d'un système d'approvisionnement NGH était possible dans le cadre de l'exploitation des gisements de gaz naturel offshore et non pas dans l'exploitation des gisements d'hydrates eux-mêmes (puisque celle-ci n'a pas encore pu être réalisée de façon effective dans un cadre d'approvisionnement à l'échelle industrielle).
Les études de faisabilité réalisées à cet effet ont donc démontré que l'utilisation de systèmes d'approvisionnement NGH basés sur les techniques de production d'hydrate de méthane synthétique était rentable dans le cadre d'une exploitation rationnelle des gisements de gaz naturel de moyenne et moindre importance : l'exploitation des gisements de gaz naturel comprend par définition un investissement très important dans les technologies de liquéfaction du gaz. L'investissement de base et le coût de construction et de mise en service d'une unité de liquéfaction rend l'exploitation des gisements de faible ou moyenne importance non économiquement viable.

Transport et stockage du méthane

L'exploitation des hydrates de méthane ne se limite pas aux fonds sous-marins. En effet, les hydrates de méthane sont une bonne alternative pour le transport du méthane sur des distances relativement longues. Ainsi, on réduirait grâce aux hydrates de méthane le transport dangereux du gaz naturel liquéfié ou encore la construction de gazoducs.
De plus, le transport des hydrates par bateau pourrait être moins coûteux en énergie que celui du gaz naturel liquéfié, car les conditions de température et de pression seraient moins difficiles à préserver que dans les méthaniers actuels. A contrario, la quantité finale de gaz libre transportée par rapport au poids de la cargaison est en la défaveur des hydrates au niveau du coût de transport.
Si la distance reste inférieure à 6 000 km, le système d'acheminement NGH devient alors moins coûteux que le classique LNG. La production et la regazéification étant à la base déjà moins coûteuses avec le NGH et nécessitant de moindres investissements, le système marque ici toute sa supériorité sur le système de compression classique par liquéfaction du gaz naturel.

Natural Gas Hydrate (NGH) [réf. nécessaire] Liquefied Natural Gas (LNG) [réf. nécessaire]
Modes de transport et de stockage Solide Liquide
Température de transport -20 °C -162 °C
Densité 0,85 - 0,95 0,42 - 0,47
Contenus d'1 m3 de produit 170 m3 CH4 et 0,8 m3 H2O 600 m3 CH4
Des recherches sont en cours de développement pour :
  • permettre de transformer le méthane gazeux en hydrates pour son transport entre le gisement et le centre de consommation ;
  • produire des hydrates de méthane en tant que stock d'hydrogène susceptible d'être utilisé dans des piles à combustibles ;
  • maîtriser la formation d'hydrates de méthane dans les gazoducs où ces hydrates peuvent boucher des canalisations et/ou les endommager lorsqu'ils dégèlent. À cette fin, des biologistes tentent de comprendre comment certains organismes vivant peuvent inhiber la production de ces hydrates11 ;
  • transposer au CO2 des technologies proches de celles qui pourraient être développées pour les hydrates de méthane, avec l'idée de pouvoir « emprisonner » le CO2 dans de la glace (comme le méthane) et former ainsi des hydrates de CO2. Ceci pourrait peut-être permettre de garder sous pression les gisements sous-marins d'hydrates de méthane s’ils deviennent exploitables, et ainsi limiter aussi le dégagement du CO2 dans l'atmosphère.

Hydrates de méthane et changement climatique


Bloc d'hydrate de méthane en train de fondre dans l'eau de mer, en se dissociant en eau et méthane (photo USGS)
On craint que le réchauffement climatique puisse suffisamment élever la température du pergélisol pour que les clathrates qui y sont présents fondent au moins partiellement, ce qui relâcherait énormément de méthane dans l'atmosphère, lequel viendrait à son tour augmenter l'effet de serre, d'où un effet d'emballement.
On pense qu'un dégel massif des hydrates de méthane océaniques a eu une importance considérable dans la gravité de l'extinction permienne qui vit disparaître 95 % des espèces marines et 70 % des espèces continentales, il y a 250 millions d'années.

Voir aussi

Articles connexes

Références

  1. (fr) Archimède : Énergie des abysses, émission du 26 octobre 1999, sur Arte.tv.
  2. voir le dossier "Les océans", Pour la Science n° 73 d'octobre-décembre 2011, page 11
  3. on connaît 2 autres structures possibles pour les clathrates de gaz, la structure II et la structure H, mais elles correspondent à d'autres gaz que le méthane
  4. A.V. Milkov, 2004, Global estimates of hydrate-bound gas in marine sediments: how much is really out there?, Earth-Sci. Rev., vol. 66, n° 3-4, p. 183-197.
  5. H. Saito et N. Suzuki, Terrestria organic matter controlling gas hydrate formation in the Nankai Trough accretionary prism, offshore Shikoku, Japan - Journal of Geochemical Exploration, 95 (2007) 88-100
  6. Vers des expériences sous-marines d'extraction d'hydrate de méthane (Bulletin ADIT/Ambassade de France au Japon / BE Japon 501 18/05/2009)
  7. Marion Garreau (avec AFP), 2013, De la "glace qui brûle" extraite : un siècle d'indépendance énergétique ?, 2013-03-12
  8. site internet de JOGMEC
  9. IFM-GEOMAR ; Kieler Leibniz Institut für Meereswissenschaften
  10. Communiqué relatif au projet SUGAR
  11. CNRC canadien, avec Virginia Walker, biologiste de l'Université Queen's, et Peter Englezos, ingénieur chimiste de l'Université de la Colombie-Britannique, cités par le bulletin ADIT 335 de l'ambassade de France au Canada, en mai 2008

Bibliographie

  • (fr) Le méthane et le destin de la Terre : les hydrates de méthane : rêve ou cauchemar? Gérard Lambert, Jérôme Chappellaz, Jean-Paul Foucher, Gilles Ramstein; préface de Édouard Bard; EDP Sciences 2006
  • (en) Xuemei Lang, Shuanshi Fan, Yanhong Wang, Intensification of methane and hydrogen storage in clathrate hydrate and future prospect Review ; Journal of Natural Gas Chemistry, Volume 19, Issue 3, May 2010, Pages 203-209 (Résumé)
  • (en) T. Elperin, A. Fominykh, Model of gas hydrate formation on the surface of a slug of a pure gas ; International Communications in Heat and Mass Transfer, Volume 22, Issue 3, May–June 1995, Pages 435-443 (Résumé)
  • (en) Bahman ZareNezhad, Farshad Varaminian, A generalized macroscopic kinetic model for description of gas hydrate formation processes in isothermal–isochoric systems ; Energy Conversion and Management, Volume 57, May 2012, Pages 125-130 (Résumé)
  • (en) P. Englezos, N. Kalogerakis, P.D. Dholabhai, P.R. Bishnoi, Kinetics of gas hydrate formation from mixtures of methane and ethane ; Chemical Engineering Science, Volume 42, Issue 11, 1987, Pages 2659-2666 (Résumé)

Liens externes

24 mars 2011

L’Azerbaïdjan fera-t-elle plier l’Europe ?

par Igor Fiatti
pour  http://blog.mondediplo.net

Consciente de sa vulnérabilité après les différents épisodes de la « guerre du gaz » qui a opposé la Russie avec les pays de transit (principalement l’Ukraine), l’Union européenne a depuis quelque temps tourné les yeux vers le gaz et le pétrole de la mer Caspienne. Parmi les Etats riverains, l’Azerbaïdjan est sans doute le rouage le plus irremplaçable de la stratégie de diversification énergétique communautaire, autant comme fournisseur immédiat que futur pays de transit. Mais voilà : l’Europe appelle Bakou, et Bakou ne répond pas. Bakou le « voisin » traîne les pieds, feint d’ignorer les avances de Bruxelles pour faire monter les enchères et profiter à plein de sa position géostratégique clé.
L’Azerbaïdjan compte faire peser lourdement la question énergétique sur le fragile équilibre géopolitique du Caucase, ce qui risque de compliquer la stratégie de l’Union européenne dans la région. A la différence de la Géorgie où il est impossible de trouver un drapeau national qui ne soit accompagné du drapeau européen, Bakou, de son côté, ne montre pas vraiment d’intérêt pour le club des Vingt-Sept. Il suffit pour s’en convaincre — lorsqu’on est dans la capitale — d’un regard à 360°. On découvre une ville-chantier en pleine métamorphose, une modernisation tourbillonnante qui ferait presque pâlir le Berlin de l’après-guerre froide. Gratte-ciel et frises néo-mauresques se mélangent aux bâtiments soviétiques et aux édifices haussmanniens.
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Fièvre de construction à Bakou
Photo : Philippe Rekacewicz, 2004.
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Les « petits châteaux » de la banlieue de Bakou
Photo : Ph. Re. 2006
Dans cette course à la construction, les promoteurs turcs se taillent la part du lion. Les griffes de luxe se sont offert des vitrines hors de prix avec vue sur la mer Caspienne le long de la « Perspective des pétroliers » dont le style « art nouveau astiqué » rappelle les frères Nobel, les Rothschild et autres barons du boom pétrolier de la fin du XIXe siècle. Les dividendes du pétrole ne sont pas perdus pour tout le monde. Et l’on comprend, dans ces circonstances, que Bruxelles n’ait qu’une faible marge de manœuvre. « Que peut-on offrir aux Azéris ? » se demandent certains fonctionnaires européens. « Des programmes phytosanitaires et des échanges d’étudiants », ironise-t-on dans les couloirs de la Commission.
Enchâssé dans l’une des régions les plus instables de la planète, l’Azerbaïdjan est conscient de l’importance de sa position. Comme l’explique le ministre adjoint des affaires étrangères, Araz Azimov, « le meilleur partenaire de l’Azerbaïdjan est l’Azerbaïdjan lui-même. Nous devons compter sur nos ressources : sans doute non seulement sur le gaz et le pétrole, mais aussi sur nos ressources politiques. Nous sommes seuls, écrasés par la géographie et par les circonstances historiques ».
Cette position résume parfaitement les orientations qu’entendent poursuivre les autorités : « Nous rentrons dans la politique de voisinage de Bruxelles, mais nous ne faisons pas partie de l’Union européenne. De toute manière, même si l’on recevait une proposition concrète d’adhésion, il faut comprendre qu’elle pourrait difficilement s’enraciner dans un encadrement géographique si compliqué. Nous ne pouvons pas nous engager unilatéralement, c’est pour cette raison que nous ne sommes pas membres de l’OTAN : nous sommes un carrefour, nous devons avoir la même importance pour tout le monde. »
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Deux projets en concurrence
Esquisse : Philippe Rekacewicz, 2011.
Le chef adjoint de la diplomatie azérie ne rate pas une occasion de souligner les contradictions européennes en matière de politique énergétique en exprimant ouvertement ses doutes sur le projet du gazoduc Nabucco qui, en acheminant le gaz caspien de la Turquie à l’Autriche, doit garantir à l’Europe une alternative réelle aux routes d’importation russes, actuelles et futures (dont les deux mégas-projets russes Nord Stream et South Stream). « Notre mot d’ordre est la diversification, poursuit-il. Nous avons le gaz, nous voulons en vendre le plus possible et en même temps nous voulons éviter de mettre tous nos œufs dans le même panier. » Dans cette perspective, parler de la construction de Nabucco n’est pas réaliste. Le rapprochement entre la Turquie et l’Arménie n’a pas manqué d’inquiéter les autorités azerbaïdjanaises qui ont vu dans la nouvelle ligne politique d’Ankara une trahison de leurs « frères » turcophones alors que le conflit dans la région du Haut-Karabakh – actuellement sous contrôle militaire arménien – est bien loin d’être réglé. Mais, depuis que les deux pays ont rendu publique en septembre 2009 la feuille de route pour l’établissement de relations diplomatiques, il ne s’est pratiquement rien passé !
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Une plage aux alentours de Bakou
Photo : Ph. Re. 2004
« Il y a des limites à ne pas dépasser. Nous ne menaçons personne, mais qu’est-ce que nous devrions faire dans ce contexte ? La Turquie et l’Arménie vont vers l’ouverture de leurs frontières alors qu’une grande partie de notre territoire est toujours occupé ! » a déclaré M. Azimov. Mais les pourparlers arméno-turcs étant au point mort, le pouvoir azerbaïdjanais en restera au simple niveau des déclarations. La position de Bakou reste la même depuis la fin de la guerre en 1994 : toutes ces questions sont étroitement liées les unes avec les autres, et rien ne pourra être réglé tant que les territoires occupés ne seront pas rendus. La société et l’opposition turques, comme les Azéris, sont très sensibles à ce sujet. Pour donner du corps et de la substance à ce discours, M. Azimov a ajouté que l’idée de contournement de la Turquie via la Mer Noire pour acheminer le gaz en Europe (à travers la Bulgarie) n’était plus une hypothèse mais un projet bien réel…
De son côté, la Russie ne reste pas inactive et entend mettre à profit son réseau de gazoducs hérité de la période soviétique. Elle a d’ores et déjà doublé la mise sur les ressources énergétiques de l’Azerbaïdjan en révisant un contrat signé en 2009 : au lieu des 500 millions de mètres cubes de gaz prévus dans l’accord initial, le géant russe Gazprom prévoit d’importer un milliard de mètres cubes en 2010 via le gazoduc Bakou-Novo Filya et plus de deux milliards en 2011 ! A Moscou, on minimise l’importance stratégique de l’accord en soulignant que ce gaz est destiné au marché intérieur, surtout à la région du Caucase Nord. « Pour nous c’est un volume négligeable, indique M. Azimov, mais de toutes façons, je ne vois pas pourquoi nous devrions exclure la Russie de notre stratégie de diversification. Quant à l’Iran, poursuit M. Azimov, la situation est pour nous très délicate. »
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Petite échoppe dans la banlieue de Bakou
Photo : Ph. Re. 2004.
Bakou observe avec beaucoup d’appréhension le bras de fer qui oppose les Iraniens à la communauté internationale sur le dossier nucléaire, hésitant à prendre ouvertement partie. D’une part, une importante communauté azerbaïdjanaise vit dans le nord-ouest de l’Iran, et d’autre part, l’enclave azerbaïdjanaise du Nakhitchevan, qui, en raison des blocus, ne peut survivre que grâce aux approvisionnements iraniens et turcs.
Depuis quelques années déjà, le gaz et le pétrole azerbaïdjanais coulent à flot vers l’Occident à partir du terminal de Sangachal, centre énergétique vital du pays. Depuis Bakou, il faut rouler une cinquantaine de kilomètres vers le sud sur une autoroute en construction entre troupeaux, pâturages et vieux bâtiments soviétiques, avant d’apercevoir le terminal dont la silhouette tranche avec l’aridité de ce paysage côtier. Discret, mais fort bien protégé, c’est une sorte de « Fort Knox » de l’or noir et de l’or bleu. D’ici partent en parallèle le gazoduc sud-caucasien Bakou-Tbilissi-Erzurum (BTE), qui arrive en Turquie pour être raccordé au projet Nabucco, et l’oléoduc Bakou-Tbilisi-Ceyhan (BTC) pour acheminer le pétrole caspien jusque sur la côte turque de la Méditerranée. Le BTC a représenté un investissement d’environ 4 milliards de dollars, risqué par un consortium dirigé par la British Petroleum (BP). Par ces deux tubes transitent chaque jour 1,2 million de barils de pétrole et 50 millions de mètres cubes de gaz.
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Réalisme soviétique : dans la campagne azerbaïdjanaise
Artiste inconnu, photo prise dans un grand hôtel de Bakou en 2004
Malgré la crise économique mondiale, l’Azerbaïdjan a connu depuis 2005 une croissance à deux chiffres, trois à quatre fois plus rapide que celle de ses voisins arménien et géorgien. Le pays est dirigé d’une main de fer par la dynastie Aliev depuis 1993. Ilham, le fils, a remplacé en octobre 2003 Heydar, le père. L’opposition y est soigneusement muselée et la presse étroitement contrôlée. Onze journalistes étaient en prison au début de l’année 2010. M. Panah Huseyn, ex-prisonnier politique, est l’un des cinq députés de « l’opposition » qui, à l’Assemblée azerbaïdjanaise, fait face aux 120 parlementaires de la « majorité ». « Notre accès aux médias est impossible, admet-il, le pétrole est à la fois notre fortune et notre malédiction. Tant qu’il coulera, il faudra oublier la démocratie. » Par ailleurs, mis à part la poignée de privilégiés qui roulent dans de luxueux 4×4 ou des Hummer, le pays reste globalement pauvre et mal approvisionné. « Maintenant nous sommes dans une situation paradoxale en Azerbaïdjan : on discute de Nabucco ou du BRC, rappelle M. Ilham Shaban, qui dirige le Centre d’étude sur le pétrole à Bakou, mais 70 000 personnes dans la région de la capitale n’ont toujours pas le gaz à la maison, et dans de nombreuses zones rurales, il n’y a pas d’eau. »
La plupart des 600 000 personnes déplacées (depuis le début des années 1990) par le conflit du Haut-Karabakh vivent toujours dans des conditions précaires. Ici dans de vieux wagons de voyageurs désaffectés, là dans un immeuble insalubre où des dizaines de familles s’entassent dans des appartements à pièce unique avec pour unique revenu une allocation mensuelle de 20 euros. Ces réfugiés sont largement instrumentalisés par le pouvoir qui leur refuse une installation permanente et les montre volontiers à la télévision — de préférence en loques et racontant les mêmes histoires tragiques — espérant ainsi peser sur l’opinion publique nationale et internationale dans le conflit qui l’oppose à son ennemi arménien.
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Un territoire marqué par un lourd héritage soviétique et amputé de 13 % de sa surface
Carte : Philippe Rekacewicz, 2005. D’après des enquêtes de terrains et des consultations nationales menées en 2003 et 2004.
La situation s’est d’ailleurs tendue au cours de l’hiver 2009-2010 et l’on ne compte plus les déclarations belliqueuses du président Ilham Aliev, qui conditionne le moindre projet de coopération à la récupération de tous les territoires occupés. « Franchement, lorsqu’on a signé tous ces contrats, on attendait beaucoup plus d’aide de l’Ouest dans le conflit qui nous oppose à Erevan, poursuit M. Ilham Shaban. Nous voulons faire comprendre à nos partenaires occidentaux que, s’il veulent profiter du gaz de Shah Deniz qui sera mis en exploitation en 2016 et rentabiliser les projets de gazoducs tels que Nabucco, White Stream, ITGI ou Transadriatic, ils devront avant tout clarifier leur position au regard du conflit du Haut-Karabakh. Cela concerne aussi la Turquie. Ceux qui seront “avec” nous n’auront aucun problème d’approvisionnement. » On ne saurait être plus clair.
En quelques années, les revenus du pétrole et du gaz ont fourni à l’Azerbaïdjan un revenu conséquent qui a permis au pays un solide réarmement — les dépenses militaires représentent plus de trois milliards de dollars en 2011 —, lequel fait craindre une reprise du conflit gelé depuis 1994.
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Des dépenses militaires huit fois plus importantes qu’en Arménie
Esquisse : Ph. Re. 2011
« Ainsi, si toutes les négociations et la diplomatie échouent, affirme le ministre-adjoint de l’intérieur, M.Vilayat Eyvazov, nous serons prêts à utiliser d’autres moyens. Et l’un de ces moyens pourrait être la guerre. » Les Azéris menacent de plus en plus ouvertement de reprendre le contrôle des territoires occupés par la force pendant que la communauté internationale multiplie en vain ses efforts de pacification : Les pourparlers se poursuivent dans le cadre des négociations menées sous l’égide de l’OSCE, mais aucun camp ne semble prêt à faire les concessions nécessaires pour la signature d’un accord de paix.
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A le gare centrale de Bakou, le père et le fils
Photo : Ph. Re. 2003
Les hésitations de l’Union européenne sur la question du Haut-Karabakh ont très largement entamée sa crédibilité auprès de Bakou, désormais tenté de se lancer dans un chantage économique pour ramener ses partenaires ouest-européens à de « meilleurs sentiments ». A Bakou, où l’on raille volontiers l’attitude de l’Europe et de l’Occident en général dans leur politique caucasienne, on raconte cette histoire : On demande à un chien : Pourquoi aboies-tu ? Parce que je veux faire peur, répond le chien. Et pourquoi remues-tu la queue ? Parce que moi aussi, j’ai peur.
Igor Fiatti est journaliste.
L’exploitation du pétrole aux portes de Bakou
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Paysage pétrolier dans la banlieue de Bakou
Photo : Ph. Re. 2004
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Paysage pétrolier dans la banlieue de Bakou
Photo : Ph. Re. 2004
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Paysage pétrolier dans la banlieue de Bakou
Photo : Ph. Re. 2004.
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Paysage pétrolier dans la banlieue de Bakou
Photo : Ph. Re. 2004

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