"Que sert d’être habile à parler ? Ceux qui reçoivent tout le monde avec de belles paroles, qui viennent seulement des lèvres, et non du cœur, se rendent souvent odieux ..." ( Confucius )
15 septembre 2013
ÉVASION FISCALE, LE HOLD-UP DU SIÈCLE
Source : http://www.arte.tv/sites/fr/evasion-fiscale
Documentaire de Xavier Harel, en collaboration avec Rémy Burkel (France, 2013, 1h30mn) – Coproduction : ARTE France, Maha Production
De la Suisse aux îles Caïmans en passant par Jersey, un tour du monde très pédagogique des paradis fiscaux où sont dissimulés des milliards de dollars, détournés de la richesse publique.
Imaginez un monde dans lequel vous pourriez choisir de payer ou non des impôts tout en continuant de bénéficier de services publics de qualité (santé, éducation, sécurité, transport...) payés par les autres. Ce monde existe : c'est le nôtre. Aujourd'hui, les multinationales peuvent dégager des milliards d'euros de bénéfice et ne pas payer un euro d'impôt. De même que des riches contribuables ont tout loisir de dissimuler leurs fortunes à l'abri du secret bancaire suisse ou dans des trusts domiciliés à Jersey. L'évasion fiscale a pris de telle proportion qu'elle menace aujourd'hui la stabilité de nos États. Entre vingt mille et trente mille milliards de dollars sont ainsi dissimulés dans les paradis fiscaux, soit l'équivalent des deux tiers de la dette mondiale !
Le pillage de nos richesses
Xavier Harel, journaliste et auteur de La grande évasion, le scandale des paradis fiscaux, nous emmène aux îles Caïmans, dans le Delaware aux États-Unis, à Jersey, en Suisse ou encore au Royaume-Uni pour nous faire découvrir l'industrie de l'évasion fiscale. Il démonte avec humour les savoureux montages de Colgate, Amazon ou Total pour ne pas payer d'impôt. Il dénonce aussi le rôle des grands cabinets de conseil comme KPMG, Ernst and Young ou Price Water House Cooper dans ce pillage de nos richesses. Il révèle enfin au grand jour l'incroyable cynisme des banques comme UBS ou BNP qui ont été renflouées avec de l'argent public mais continuent d'offrir à leurs clients fortunés des solutions pour frauder le fisc. Mais l'évasion fiscale a un prix. En Grèce, Xavier Harel nous montre comment un pays européen a basculé dans la faillite en raison de son incapacité à lever l'impôt. Faillite qui nous menace tous si rien n'est fait pour mettre un terme à ces incroyables privilèges dont jouissent aujourd'hui les grandes entreprises et les riches fraudeurs.
DL or DL1 , DL2
19 avril 2011
La Démocratie réelle expliquée par Étienne Chouard
Pour aller plus loin on pourra consulter le site de : Étienne Chouard.
Entretien avec Etienne Chouard - 1 - l'argent... par culture-libre
Entretien avec Etienne Chouard - 2 - complot et... par culture-libre
Entretien avec Etienne Chouard - 3 - le système... par culture-libre
Entretien avec Etienne Chouard - 4 - le tirage... par culture-libre
28 mars 2011
Le régime d’opinion
pour http://blog.mondediplo.net
Démocratie d’opinion, donc. Il faut refuser l’évidence pour assurer en effet que l’opinion publique bénéficie aujourd’hui d’une ubiquité nouvelle. Ce n’est pas simplement un fétiche qu’on invoquait quand on prétendait avoir une certaine lucidité sur le monde, à l’exemple des salons du XVIIIe siècle, mais des informations chiffrées, celles des sondages, sans cesse invoqués pour justifier les prises de position politique. Il faudrait être un esprit chagrin pour s’en plaindre.
L’opinion peut-être… La démocratie non. Ce n’est pas une humeur en effet que d’observer que cette omniprésence de l’opinion ne favorise pas forcément la démocratie et même qu’elle la pervertit. Quelle est cette opinion qu’on nous inflige à longueur de sondages ? Plutôt que de la formuler en termes abstraits selon les récurrents débats de philosophie médiatique de comptoir, observons la chose et non l’idée. En somme, comment les sondages objectivent-ils l’opinion ?
A partir de ce qu’il appelait un « rebut » des sondages, les non-réponses, Pierre Bourdieu avait élaboré des analyses classiques de la compétence politique statutaire, constatant d’abord que la probabilité de réponse était inégalement distribuée selon le genre (les hommes plus que les femmes) et la catégorie sociale (les classes élevées plus que les classes populaires). L’opinion n’était donc pas une propriété personnelle, naturelle et universelle, mais une capacité socialement distribuée. Les haussements d’épaule moquant aujourd’hui cette évidence font sourire, car voilà trente ans, les mêmes hurlaient d’indignation devant le « sociologisme ». Il s’agit ici de remarquer qu’un sociologue aurait bien du mal à réfléchir sur de telles données. Les sondages n’en donnent plus. Quels étaient les pourcentages sur lesquels travaillait Pierre Bourdieu ? Dans un sondage Sofres sur les relations de la France, de l’Algérie et du tiers-monde de 1971, pas moins de 16 %, autant de femmes que d’hommes, ne répondent pas à une question sur l’effort de la France pour loger les travailleurs étrangers. A une autre question sur les relations avec les pays sous-développés, la proposition selon laquelle la France devrait s’intéresser aux pays qui ont un régime démocratique « obtient », si l’on peut dire, 26 % de non-réponse chez les hommes mais 41 % chez les femmes (La Distinction, p. 471). Dans les sondages d’aujourd’hui, les NR sont réduites à des chiffres négligeables. Elles le sont d’ailleurs si bien que des sondages oublient de les signaler.
Les Français auraient-ils gagné en compétence ou en confiance pour répondre à toutes les questions ? Il suffit de se pencher sur le dispositif de production des chiffres pour savoir que les sondages n’enregistrent pas passivement les chiffres comme une photo instantanée, selon un autre cliché, faux mais répété en dépit de toutes les démonstrations.
La surévaluation de la généralité de l’opinion est d’abord le produit de la relation d’enquête. Comment sont interrogés les sondés ? La plupart des sondages sont effectués par téléphone, et de plus en plus en ligne, à la suite de la difficulté croissante à trouver des sondés. Trouver des gens qui acceptent conduit forcément à surévaluer la capacité ou la disposition à dire son opinion. Pour accepter de répondre à un enquêteur, plus souvent une enquêtrice, il faut supposer avoir quelque chose à dire. Le sondé n’aurait-il rien à dire, il s’est placé lui-même dans la situation d’obligation de répondre, de ce qu’on pourrait appeler le devoir d’opinion – assez proche d’une relation pédagogique, sauf qu’il met en œuvre un risque de honte ou de perdre la face faute d’avoir réponse à tout.
Si le sondé avoue ne pas avoir d’opinion, les consignes de l’enquêteur lui intiment de pousser à la réponse en répétant, en encourageant son interlocuteur. Autre mécanisme d’incitation à forcer les réponses, cette condition pour être rémunéré de ne pas recourir plus de trois fois à la non-réponse. Une sorte de joker que les enquêteurs essaient de repousser à la fin des questionnaires pour ne pas échouer. Si un sondé déclare ne pas avoir d’opinion sur le sujet, l’enquêteur prétend alors ne pas avoir cette case sur son écran d’ordinateur.
A l’opposé de cet alibi technique, la relation d’enquête entre un travailleur précaire et un enquêté bienveillant conduit à jouer de ressorts affectifs. L’enquêteur joue souvent du sentiment pour obtenir une réponse, allant jusqu’à supplier en évoquant explicitement le fait d’être payé ou pas selon la bonne volonté du sondé : petit chantage affectif de l’enquête. Les sondés sont généralement compatissants, une fois la relation établie. Enfin, il faut bien évoquer la pratique banale du bidonnage, puisque c’est le seul moyen, pour des travailleurs précaires sous-payés, de gagner modestement leur vie. On est bien loin de la légende d’enquêteurs heureux de contacter des sondés qui leur disent tout leur bonheur d’être enfin interrogés. Un propos de sondeurs qui avait d’autant moins de chances d’être démenti que l’on n’invitait guère dans les médias les critiques et les enquêteurs. Les premiers étaient accusés de mentir quand ils évoquaient une hausse des refus de répondre aux enquêtes d’opinion, et les seconds n’avaient pas travaillé dans une bonne entreprise, comme l’était forcément celle du sondeur invité à s’exprimer.
Quant à l’enquête en ligne, il suffit de dire que le questionnaire est auto-administré, selon le terme consacré. L’internaute volontaire se doute qu’il n’a aucune chance d’obtenir les gratifications promises s’il multiplie les non-réponses… Comment pourrait-il ne pas comprendre qu’on le sollicite pour qu’il donne des opinions ? On sait qu’il se comporte d’ailleurs largement en stratège pour maximiser ses chances de gagner. Et il n’y a effectivement pas, ou très peu de non-réponses dans ces questionnaires en ligne. Le résultat manifestement erroné sur tous les sujets, mais dont l’erreur apparaît manifestement sur des questions électorales : il n’y a pas d’abstentions.
Il est juste d’affirmer que les sondages fabriquent de plus en plus l’opinion. Depuis l’article de Pierre Bourdieu « L’opinion publique n’existe pas », on savait que les sondages agrégeaient des opinions inégalement constituées allant de l’opinion mobilisée jusqu’au simple artefact. Les prudences d’antan on été oubliées. Aujourd’hui, il s’agit seulement de donner des chiffres. Peu importe leur valeur. On ne peut assimiler la prolifération de mesures aussi falsifiées avec une « démocratie d’opinion » sans une immense crédulité. On ne s’intéresse que depuis peu à la réalité du travail d’enquête [1]. Il faut vouloir croire pour ne pas perdre sa foi dans les sondages. En même temps, on comprend mieux l’effort des sondeurs pour contrôler les médias. Dans cette lutte, politique s’il en est, il s’agit d’empêcher les critiques de s’exprimer, de les déconsidérer, de les encadrer, de les circonvenir.
Il faut un présupposé d’universalité de l’opinion : tout le monde en aurait une sur tous les sujets. Tant pis si c’est manifestement faux. C’est un dogme auquel il est difficile de s’attaquer, sauf à être taxé d’hostilité à la démocratie, de même que discuter les dogmes religieux dans un temps passé exposait aux bûchers de l’Inquisition. On risque aujourd’hui beaucoup moins. Le dogme de l’universalité conduit aux interrogations les plus surprenantes pour peu que l’on rompe avec l’évidence de la banalité. Ainsi, en pleine affaire du Mediator, ce médicament du laboratoire Servier accusé d’avoir tué plusieurs centaines de personnes, on interrogeait des sondés sur les responsabilités quelques jours avant que l’IGAS rende son rapport. On objectera qu’il ne s’agissait pas de substituer un rapport d’opinion à une enquête d’experts : il n’empêche. En voulant évaluer le sentiment public, pour vendre du papier, pour les conseils en communication politique, on fait comme si les registres vulgaires et experts étaient homologues. D’ailleurs, des sondages peuvent se permettre de soumettre le jugement des experts à la non-expertise des sondés. On peut continuer à interroger sur le Mediator des gens qui n’ont pas lu le rapport de l’IGAS, comme on peut interroger sur le réchauffement climatique des sondés qui ne savent pas ce qu’est le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC).
Il ne s’agit pas d’opposer un principe de compétence scientifique à un principe démocratique, mais de marquer combien le principe d’opinion s’immisce dans des sujets qui relèvent d’autres registres. Les scandales offrent un autre exemple de la confusion. Dans l’affaire Woerth-Bettencourt, les sondeurs ont demandé à leurs échantillons représentatifs si le ministre Eric Woerth devait démissionner ; question reproduite pour les vacances en Tunisie de Michèle Alliot-Marie. On pourrait penser que c’est une affaire de droit et de responsabilité politique. En faire une affaire d’opinion est sans doute intéressant pour les politiques et les commentateurs, mais tend à objectiver un droit d’opinion équivalent à tout autre autorité.
On ne s’étonnera pas alors de l’invocation généralisée de l’opinion dans les commentaires journalistiques. Le point de vue se fonde alors sur la souveraineté de l’opinion collective. Chacun peut en tirer une conséquence pour soi, avec la souveraineté de l’opinion personnelle qui se déploie à longueur de forums Internet où tant de réactions ne s’encombrent ni de justification ni de démonstration : c’est ainsi parce que je le pense. Dans d’autres arènes, même savantes, des interventions commencent facilement par des formules qui indiquent moins la prudence que la légitimité du jugement. « Moi, je crois », « moi, je pense », amorcent les points de vue les plus catégoriques. Ils n’ont pas besoin de se fonder en raison. Le régime d’opinion est une expression non pas démocratique mais plutôt narcissique, qu’un slogan publicitaire avait décliné par cette formule : « Parce que je le vaux bien ». Ce régime est une nouvelle forme d’obscurantisme, puisqu’il suffit de croire pour s’opposer à toutes les démarches de la raison.
Notes
[1] Il faut signaler l’excellent livre de Rémy Caveng, Un laboratoire du « salariat libéral ». Les instituts de sondage, Editions du Croquant, Bellecombe-en-Bauges, 2011, 262 pages.10 septembre 2010
La face cachée du pétrole
1. Le partage du monde
Dès ses débuts, l’industrie pétrolière est marquée par la rivalité entre l’Américain Rockefeller et les frères Nobel, installés à Bakou, en mer Caspienne. La Première Guerre mondiale est gagnée en grande partie grâce au pétrole acheminé auprès des forces alliées par la Standard Oil of New Jersey, appartenant à John D. Rockefeller. Des livraisons suspendues en 1916, lorsque le magnat américain apprend le partage du Moyen-Orient (dont il convoite le sous-sol) entre Britanniques et Français. Dès 1928, dix-sept ans avant Yalta, les dirigeants des compagnies pétrolières se partagent le monde au terme d’un accord dont les termes resteront cachés jusqu’en 1952…
2. Les grandes manipulations
Le second épisode dissèque ce qui a été soigneusement dissimulé aux opinions publiques. Des témoins directs expliquent notamment comment le choc pétrolier de 1973 ne fut qu’une gigantesque manipulation orchestrée par les compagnies pétrolières qui souhaitaient, en favorisant la hausse des prix du baril, dégager d’importants bénéfices pour favoriser leurs investissements en mer du Nord et en Alaska. Pour la première fois, l’homme au coeur de cette stratégie, Roger Robinson, explique comment l’administration Reagan a utilisé l’arme du pétrole saoudien pour faire chuter les cours mondiaux et provoquer l’effondrement de l’Union soviétique…
"La face cachée du pétrole" est diffusée dans le cadre des Mercredis de l'histoire
En complément
Le dessous des cartes: Soudan, le pétrole et Darfour
(France, 2009, 51mn)
ARTE F
Quelques chiffres sur le pétrole
En 1917, au plus fort de la guerre, la production annuelle de pétrole atteint 400 millions de barils. Elle est aujourd’hui, en 2010, de 30 milliards de barils par an. Pendant des décennies, l’Occident en était venu à considérer que le pétrole et l’eau bon marché étaient des phénomènes aussi naturels l’un que l’autre. En 1900, le baril vaut 1,20$; trente ans plus tard, lors du Krach de Wall Street puis des économies occidentales, il se situe à 1,19$. Au milieu des années 30, il est à 1,10$ et lors de l’entrée en guerre des Etats-Unis, en 1941, à 1,14$. Victoire Alliée, lancement du plan Marshall, création des Etats-Unis, guerre froide :1,20$. Création de l’OPEP en 1960 : 1,80$. Jusqu’en 1971, le prix ne variera pas. L’Occident finance sa croissance et sa prospérité sur une matière première qu’il ne songera jamais à rémunérer à son plus juste prix.
Aujourd’hui, plus de 100 000 produits sont des dérivés du pétrole, notamment : vêtements, engrais, médicaments, cosmétiques, insecticides, instruments chirurgicaux, puces et ordinateurs…
Le monde consomme 85 millions de barils par jour, soit l’équivalent annuel de 30 milliards de barils. Et ce, dans un contexte sans précédent où l’explosion de la demande mondiale, tirée par la consommation chinoise, mais aussi indienne, coïncide avec un déclin de plus en plus rapide des réserves prouvées (c’est-à-dire vérifiées). Pour 5 barils consommés chaque jour, un seul nouveau baril est découvert et cette situation devient de plus en plus critique. Le chef économiste de l’Agence Internationale de l’Energie, regroupant les principaux pays industrialisés consommateurs, jusqu’ici rassurant, se montre désormais très inquiet.
Pour répondre dans les dix, quinze ans à venir aux besoins mondiaux, il faudrait produire quotidiennement 40 millions de barils supplémentaires, soit l’équivalent de la production de quatre nouvelles Arabies Saoudites, le principal producteur mondial. Ce qui est évidemment totalement impossible.
Eric Laurent: "La guerre du pétrole va gagner en intensité"
Éric Laurent : J'ai commencé à travailler sur ce sujet en 1973, au moment du premier choc pétrolier. Je me suis mis à approcher le cœur du pouvoir pétrolier, à connaître certains de ses hommes-clés, à pressentir aussi combien la marche du monde en dépendait. Cela relève d'un artisanat journalistique de plus en plus méprisé : chercher les informations à la source et les recouper. Parce que ce qui entoure le pétrole est complexe et opaque, la presse se contente des communiqués officiels, presque toujours mensongers. Il n'existe aucune source indépendante de statistiques : elles proviennent des compagnies et des pays producteurs, qui ont tout intérêt à les manipuler. C'est ainsi que les réserves mondiales sont surestimées de 300 milliards de barils depuis 1986, date à laquelle, pour augmenter leurs quotas de production, les pays arabes de l'Opep ont gonflé les chiffres.
D'autres exemples ?
Dès 1928, les sept grandes compagnies pétrolières occidentales se sont partagées le monde, dans un secret qui n'a filtré que dans les années 1950. Le choc pétrolier de 1973, qu'on présente comme une réaction des pays arabes producteurs, est en réalité le fait de ces mêmes compagnies, qui voulaient dégager de gros bénéfices afin d'investir dans la prospection. Et c'est par le pétrole que Reagan a fait tomber l'URSS, comme on le découvre dans le film.
Il s'achève sur un futur lourd de menaces…
Le XXIe siècle a vu s'ouvrir une nouvelle phase, avec l'intervention en Irak de 2003, coup d'envoi d'une guerre du pétrole qui va gagner en intensité : les réserves mondiales s'épuisent et les compagnies en détiennent à peine 7 %. Les forces sont redistribuées. D'une part parce que la Chine entend s'assurer une hégémonie absolue sur les matières premières, et qu'elle en a les moyens. D'autre part, parce que quatre pays producteurs détiennent les clés de l'avenir, et aucun n'est l'ami de l'Occident : l'Iran, l'Arabie Saoudite, le Venezuela et la Russie. Or, pour répondre à la demande mondiale, il faudrait découvrir l'équivalent de quatre Arabie Saoudite ! On risque de voir se multiplier les catastrophes écologiques comme celle du Golfe du Mexique, car on recherche le pétrole à des conditions toujours plus risquées.
Propos recueillis par Irène Berelowitch
* Éditions Plon, 2006
« Bavures » de Kunduz, le tourment allemand
On s’en souvient comme de la « bavure de Kunduz » : le 4 septembre 2009, à la demande du commandement du contingent de la Bundeswehr au nord-est de l’Afghanistan – le troisième, derrière Américains et Britanniques – une frappe aérienne de l’OTAN avait fait cent quarante deux morts, dont au moins une quarantaine de civils. Supposé viser des chefs talibans, ce bombardement avait détruit – a la suite d’une erreur d’appréciation – un convoi de camions-citernes au milieu de la population.
La « bavure » avait soulevé un tollé en Afghanistan mais aussi en Allemagne, entraînant la démission du ministre de la Défense Franz Josef Jung, du chef d’état-major, le général Wolfgang Schneiderhan, et du secrétaire d’Etat à la Défense Peter Wichert, ainsi que la création d’une commission d’enquête parlementaire. Et surtout une perte de confiance dans les promesses du gouvernement allemand aux députés du Bundestag.
Pacifisme officiel
En principe, les soldats de la Bundeswehr, affectés en majorité dès la création de l’ISAF à une zone considérée comme « sûre », au nord du pays, devaient s’investir essentiellement dans des tâches de développement, et limiter leurs actions armées à une réplique en cas d’attaque, pour assurer leur propre sécurité. Une posture conforme, en théorie, au « pacifisme » qui est la ligne officielle en Allemagne, depuis la reconstruction d’une armée suite à la défaite du Reich.La Bundeswehr avait été critiquée l’an dernier par le commandant en chef de l’Isaf, le général Stanley McChrystal, pour son manque de présence au front. Berlin participe désormais à des combats dans sa zone de déploiement du nord du pays, mais n’a reconnu clairement être « en guerre » en Afghanistan que depuis quelques mois, à la suite d’une nouvelle série d’incidents graves.
Expansion de l’insurrection
Ainsi, rendus nerveux le 2 avril dernier par la mort de trois de ses soldats, lors d’une attaque des talibans, des hommes de la Bundeswehr avaient tué par erreur six soldats afghans près de Kunduz – une nouvelle « bavure ». L’armée allemande avait perdu quatre hommes à nouveau à la mi-avril. En juillet dernier, des insurgés ont attaqué le bataillon allemand d’instruction et de protection (ASB) déployé à Kunduz, mais sans faire de victimes.Dans cette même ville, relativement calme jusqu’à la fin 2008, les talibans ont attaqué fin août un poste de police et tué huit agents afghans. Un attentat-suicide, samedi dernier, y a tué 4 policiers et 3 civils. La situation de Kunduz, selon une dépêche AFP [1], est « symptomatique de l’expansion de l’insurrection des talibans dans la quasi-totalité du pays, alors qu’elle se concentrait essentiellement dans le sud et l’est dans les premières années du conflit ».
Opérations ciblées
Les documents internes de l’OTAN sur son intervention en Afghanistan, révélés fin juillet par le site Wikileaks, ont fait rebondir la polémique en Allemagne : ils indiquent que la Bundeswehr participe aux « opérations ciblées » (liste de personnes à éliminer) initiées par le commandement américain.La rentrée parlementaire à Berlin, la semaine prochaine, devrait être l’occasion pour les députés d’opposition de dénoncer une pratique que le député social-démocrate Hans-Peter Bartels considère comme « sur le principe problématique, sans succès et contre-productive ». Avant ces révélations, plus des deux tiers de la population – selon plusieurs sondages – exigeaient déjà un désengagement rapide et total de la Bundeswehr d’Afghanistan.
L’armée allemande s’apprête d’ailleurs à subir les plus profonds bouleversements de ses cinquante-cinq ans d’existence. Karl-Theodor zu Guttenberg, le ministre de la Défense, veut non seulement suspendre le service militaire obligatoire, mais aussi réduire d’un tiers les effectifs de l’armée, et supprimer ou réduire une série de programmes d’équipement.
10 décembre 2009
Aminatou Haidar, l’activiste qui met les Sahraouis au centre du débat européen
Comment définir la “Question sahraouie” ? Personne ne le sait, et pourtant elle est en train de compromettre les rapports diplomatiques entre l’Espagne et le Maroc, à cause de l’activiste du Front Polisario Aminatou Haidar.
30 octobre 2009
Afghanistan : des élections pour l'imposition de la «démocratie» ?
Des élections ont été tenues en Afghanistan le 20 août 2009 en vue de rétablir voire d’imposer la «démocratie» dans ce pays. Ces élections organisées et financées par les États-Unis et leurs alliés n’ont eu pour but que de renforcer le régime de Kaboul et lui permettre de poursuivre l’application des politiques définies par les membres de la Coalition pour ce pays. Une élection dans un pays occupé et en guerre n’a aucune valeur sur le plan des droits fondamentaux, car elle est organisée non par le peuple et pour le peuple, mais elle obéit aux velléités de conquête des puissances étrangères qui font régner la terreur dans ce pays depuis 2001. Elle permet de confirmer dans leurs fonctions ceux ou celles qui ont déjà été désignés par les conquérants pour les représenter. Comment peux-on parler de processus démocratique dans un contexte où les libertés individuelles ont été complètement annihilées et quand l’insécurité n’a cessé d’augmenter au cours des dernières années. Les médias occidentaux se sont empressés de qualifier le déroulement du scrutin comme un succès: « 26 Afghans tués en marge du scrutin» (Afghans tués en marge du scrutin). On mesure ainsi le succès de l’opération par le nombre de morts. Ces élections n’ont rien à voir avec le concept de la démocratie «La démocratie est une forme de régime par lequel le peuple, souverain, se gouverne lui-même» (http://agora.qc.ca ). Or, la nation afghane a complètement perdu le contrôle de sa propre gouvernance et partant de sa souveraineté. Kaboul est devenu la capitale des intérêts occidentaux en Asie centrale et le centre opérationnel de l’occupation armée de ce pays et éventuellement de toute la région. Une participation anticipée très faible Des estimations laissent croire que le taux de participation sera d’environ 50% (http://www.leparisien.fr/international/election-en-afghanistan-vote-sous-tres-haute-surveillance-20-08-2009-611668.php) et il est peu probable qu’il soit connu de façon définitive. L’on affirme déjà que même avec un taux très faible et des possibilités de fraudes massives le scrutin sera valide. Cela peut nous laisser croire, à la rigueur, que même avec la participation de quelques électeurs choisis et escortés par l’armée et les forces policières cette élection devrait être considérée comme ayant atteint son objectif. Nous aurons donc des représentants qui auront été élus par des électeurs qui se sont exécutés dans un contexte de peur et d’inquiétude avec la protection de 300.000 membres des forces afghanes et étrangères placées en alerte maximale (figure 1). Figure 1. Les forces de sécurité fortement armées Source: http://www.nato.int/docu/review/2009/0902/0902_PHOTOS/files/1004_pg.jpg Un spectacle de marketing pour les pays occidentaux Les membres de la Coalition ne manqueront pas de souligner que la libération de l’Afghanistan des extrémistes, des insurgés et des Talibans sera réalisée désormais par les Afghans eux-mêmes sous leur supervision alors qu’ils savent très bien que les pratiques ancestrales de guerre et de corruption vont continuer de régir les relations intérieures des différents groupes d’intérêts dans le pays et qu’ils n’auront pas le choix, sous la menace, de pactiser avec tous ceux qui ont développé des activités dans le pays. Les membres de la Coalition arboreront les fleurons qu’ils ont obtenus et ce sera pour eux une victoire dans ce bourbier dans lequel ils ne cessent de s’enfoncer. Washington et les pays de la coalition vont désormais pouvoir se consacrer davantage aux travaux de reconstruction du pays qui s’avèrent une condition sine qua non à la prise de possession et à l’exploitation de cette région de l’Asie centrale laissant les problèmes causés par l’insécurité aux Afghans, ces derniers prenant ainsi en charge les basses oeuvres et les risques les plus élevés. Quel spectacle déprimant! Combien plus déprimants encore sont les commentaires élaborés dans les medias occidentaux concernant la préparation et la tenue de ces élections! Combien d’efforts pour ne pas révéler aux yeux du grand public les faits et les enjeux réels entourant cet exercice que l’on serait tenté de qualifier de farce monumentale et d’insulte à l’intelligence! Heureusement, Jean-François Bélanger, journaliste de Radio-Canada dans ses reportages en provenance de Kaboul, a su apporter à quelques occasions, les nuances nécessaires à une meilleure compréhension des enjeux entourant cette élection et la valeur toute relative de ses résultats. Références AFP. 2009. 26 Afghans tués en marge du scrutin. Le 20 août 2009. En ligne: http://www.cyberpresse.ca/international/moyen-orient/200908/20/01-894299-26-afghans-tues-en-marge-du-scrutin.php AFP. 2009. Les Afghans ont bravé la menace talibane. Cyberpresse. Le 20 août 2009. En ligne: http://www.cyberpresse.ca/international/moyen-orient/200908/20/01-894180-les-afghans-ont-brave-la-menace-talibane.php AFP. 2009. Des Afghans prêts à défier la mort pour voter. Cyberpresse. Le 19 août 2009. En ligne: http://www.cyberpresse.ca/international/moyen-orient/200908/19/01-894008-des-afghans-prets-a-defier-la-mort-pour-voter.php Démocratie: http://agora.qc.ca/mot.nsf/Dossiers/Democratie GRUDA, Agnès. 2009. Les talibans sont décidés à faire dérailler l'élection. Cypresse. Le 19 août 2009. En ligne: http://www.cyberpresse.ca/actualites/200908/19/01-893795-les-talibans-sont-decides-a-faire-derailler-lelection.php LEPARISIEN.FR. 2009. Election en Afghanistan : vote sous très haute-surveillance. Leparisien.fr. Le 20 août 2009. | |
Jules Dufour est un collaborateur | |