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3 février 2013

Qui gouvernera Internet ?

Par DAN SCHILLER
Source : http://www.monde-diplomatique.fr
02/2013
english :  Masters of the Internet

En France, le fournisseur d’accès à Internet Free reproche au site de vidéo YouTube, propriété de Google, d’être trop gourmand en bande passante. Son blocage, en représailles, des publicités de Google a fait sensation. Free a ainsi mis à mal la «neutralité d’Internet » – l’un des sujets discutés en décembre à la conférence de Dubaï. La grande a!aire de cette rencontre a cependant été la tutelle des Etats-Unis sur le réseau mondial.


Habituellement circonscrite aux contrats commerciaux entre opérateurs, la géopolitique d’Internet s’est récemmentétalée au grand jour. Du 3 au 14 décembre 2012, les cent quatre-vingt-treize Etats membres de l’Union internationale des télécommunications (UIT, une agence affiliée à l’Organisation des Nations unies) s’étaient donné rendez-vous à Dubaï, aux Emirats arabes unis, pour la douzième conférence mondiale sur les télécommunications internationales.

Une rencontre où les diplomates,abreuvés de conseils par les industriels du secteur, forgent des accords censés faciliterles communications par câble et par satellite.

Longues et ennuyeuses, ces réunions sont cependant cruciales en raison du rôle déterminant des réseaux dans le fonctionnement quotidien de l’économie mondiale.

La principale controverse lors de cesommet portait sur Internet : l’UIT devaitelle s’arroger des responsabilités dans la supervision du réseau informatique mondial, à l’instar du pouvoir qu’elle exerce depuis des dizaines d’années sur les autres formes de communication internationale ?

Les Etats-Unis répondirent par un «non» ferme et massif, en vertu de quoi le nouveau traité renonça à conférer le moindre rôle à l’UIT dans ce qu’on appelle la «gouvernance mondiale d’Internet». Toutefois, une majorité de pays approuvèrent une résolution annexe invitant les Etats membres à «exposer dans le détail leurs positions respectives sur les questions internationales techniques, de développement et de politiques
publiques relatives à Internet».

Bien que «symbolique», comme le souligna le New York Times (1), cette ébauche de surveillance globale se heurta à la position inflexible de la délégation américaine, qui refusa de signer le traité et claqua la portede la conférence, suivie entre autres par la France, l’Allemagne, le Japon, l’Inde, le Kenya, la Colombie, le Canada et le Royaume-Uni. Mais quatre-vingt-neuf des cent cinquante et un participants décidèrent d’approuver le document. D’autres pourraient le signer ultérieurement.

En quoi ces péripéties apparemment absconses revêtent-elles une importance considérable ? Pour en clarifier les enjeux, il faut d’abord dissiper l’épais nuage de brouillard rhétorique qui entoure cette affaire. Depuis plusieurs mois, les médias occidentaux présentaient la conférence de Dubaï comme le lieu d’un affrontement historique entre les tenants d’un Internet ouvert, respectueux des libertés, et les adeptes de la censure, incarnés par des Etats autoritaires comme la Russie, l’Iran ou la Chine. Le cadre du débat était posé en des termes si manichéens que M. Franco Bernabè, directeur de Telecom Italia et président de l’association des opérateurs de téléphonie mobile GSMA, dénonça une «propagande de guerre», à laquelle il imputa l’échec du traité (2).


Fronde antiaméricaine

Ou que l’on vive, la liberté d’expression n’est pas une question mineure. Où que l’on vive, les raisons ne manquent pas de craindre que la relative ouverture d’Internet soit corrompue, manipulée ou parasitée.
Mais la menace ne vient pas seulement des armées de censeurs ou de la «grande muraille électronique» érigée en Iran ou en Chine.

Aux Etats-Unis, par exemple, les centres d’écoute de l’Agence de sécurité nationale (National Security Agency, NSA) surveillent l’ensemble des communications électroniques transitant par les câbles et satellites américains. Le plus grand centre de cybersurveillance du monde est actuellement en cours de construction à Bluffdale, dans le désert de l’Utah (3).

Washington pourchasse WikiLeaks avec une détermination farouche. Ce sont par ailleurs des entreprises américaines, comme Facebook et Google, qui ont transformé le Web en une «machine de surveillance » absorbant toutes les données commercialement exploitables sur le comportement des internautes.

Depuis les années 1970, la libre circulation de l’information (free flow of information) constitue l’un des fondements officiels de la politique étrangère des Etats-Unis (4), présentée, dans un contexte de guerre froide et de fin de la décolonisation, comme un phare éclairant la route de l’émancipation démocratique. Elle permet aujourd’hui de reformuler des intérêts stratégiques et économiques impérieux dans le langage séduisant des droits humains universels. «Liberté d’Internet », «liberté de se connecter» : ces expressions, ressassées par la secrétaire d’Etat Hillary Clinton et les dirigeants de Google à la veille des négociations, constituent la version modernisée de l’ode à la « libre circulation ».

A Dubaï, les débats couvraient une myriade de domaines transversaux. Au programme, notamment, la question des rapports commerciaux entre les divers services Internet, comme Google, et les grands réseaux de télécommunication, tels Verizon, Deutsche Telekom ou Orange, qui transportent ces volumineux flux de données. Crucial par ses enjeux économiques, le sujet l’est aussi par les menaces qu’il fait peser sur la neutralité du Net, c’est-à-dire sur le principe d’égalité de traitement de tous les échanges sur la Toile, indépendamment des sources, des destinataires et des contenus. Le geste de M. Xavier Niel, le patron de Free, décidant début janvier 2013 de s’attaquer aux revenus publicitaires de Google en bloquant ses publicités, illustre les risques de dérive. Une déclaration générale qui imposerait aux fournisseurs de contenus de payer les opérateurs de réseaux aurait de graves conséquences sur la neutralité d’Internet, qui est une garantie vitale pour les libertés de l’internaute.

Mais l’affrontement qui a marqué la conférence portait sur une question tout autre : à qui revient le pouvoir de contrôler l’intégration continue d’Internet dans l’économie capitaliste transnationale (5) ?

Jusqu’à présent, ce pouvoir incombe pour l’essentiel à Washington. Dès les années 1990, quand le réseau explosait à l’échelle planétaire, les Etats-Unis ont déployé des efforts intenses pour institutionnaliser leur domination. Il faut en effet que les noms de domaine (du type « .com»), les adresses numériques et les identifiants de réseaux soient attribués de manière distinctive et cohérente. Ce qui suppose l’existence d’un pouvoir institutionnel capable d’assurer ces attributions, et dont les prérogatives s’étendent par conséquent à l’ensemble d’un système pourtant extraterritorial par nature.

Profitant de cette ambiguïté originelle, les Etats-Unis ont confié la gestion des domaines à une agence créée par leurs soins, l’Internet Assigned Numbers Authority (IANA). Liée par contrat au ministère du commerce, l’IANA opère en qualité de membre d’une association californienne de droit privé, l’Internet Corporation for Assigned Names and Numbers (Icann), dont l amission consiste à « préserver la stabilité opérationnelle d’Internet ». Quant aux standards techniques, ils sont établis par deux autres agences américaines, l’Internet Engineering Task Force (IETF) et l’Internet Architecture Board (IAB), ellesmêmes intégrées à une autre association à but non lucratif, l’Internet Society. Au vu de leur composition et de leur financement, on ne s’étonnera pas que ces organisations prêtent une oreille plus attentive aux intérêts des Etats-Unis qu’aux demandes des utilisateurs (6).

Les sites commerciaux les plus prospères de la planète n’appartiennent pas à des capitaux kényans ou mexicains, ni même russes ou chinois. La transition actuelle vers l’« informatique en nuages » (cloud computing), dont les principaux acteurs sont américains, devrait encore accroître la dépendance du réseau envers les Etats-Unis. Le déséquilibre structurel du contrôle d’Internet garantit la suprématie américaine dans le cyberespace, à la fois sur le plan commercial et militaire, laissant peu de marge aux autres pays pour réguler, verrouiller ou assouplir le système en fonction de leurs propres intérêts. Par le biais de diverses mesures techniques et législatives, chaque Etat est certes à même d’exercer une part de souveraineté sur la branche «nationale » du réseau, mais sous la surveillance rapprochée du gendarme planétaire. De ce point de vue, comme le note l’universitaire Milton Mueller, Internet est un outil au service de la «politique américaine de globalisme unilatéral (7) ».

Leur fonction de gestionnaires a permis aux Etats-Unis de propager le dogme de la propriété privée au coeur même du développement d’Internet. Quoique dotée, en principe, d’une relative autonomie, l’Icann s’est illustrée par les faveurs extraterritoriales accordées aux détenteurs de marques commerciales déposées. En dépit de leurs protestations, plusieurs organisations non commerciales, bien que représentées au sein de l’institution, n’ont pas fait le poids face à des sociétés comme Coca-Cola ou Procter & Gamble.

L’Icann invoque le droit des affaires pour imposer ses règles aux organismes qui administrent les domaines de premier niveau (tels que « .org », « .info »). Si des fournisseurs nationaux d’applications contrôlent le marché intérieur dans plusieurs pays, notamment en Russie, en Chine ou en Corée du Sud, les services transnationaux – à la fois les plus profitables et les plus stratégiques dans ce système extraterritorial – restent, d’Amazon à PayPal en passant par Apple, des citadelles américaines, bâties sur du capital américain et adossées à l’administration américaine.

Dès les débuts d’Internet, plusieurs pays se sont rebiffés contre leur statut de subordonnés. La multiplication des indices signalant que les Etats-Unis n’avaient aucune intention de relâcher leur étreinte a progressivement élargi le front du mécontentement. Ces tensions ont fini par provoquer une série de rencontres au plus haut niveau, notamment dans le cadre du Sommet mondial sur la société de l’information (SMSI), organisé par l’UIT à Genève et à Tunis entre 2003 et 2005.

En offrant une tribune aux Etats frustrés de n’avoir pas leur mot à dire, ces réunions préfiguraient le clash de Dubaï. Rassemblés en un Comité consultatif gouvernemental (Governmental Advisory Com mittee, GAC), une trentaine de pays espéraient convaincre l’Icann de partager une partie de ses prérogatives. Un espoir vite déçu, d’autant que leur statut au sein du GAC les mettait au même niveau que les sociétés commerciales et les organisations de la société civile. Certains Etats auraient pu s’accommoder de cette bizarrerie si, malgré les discours lénifiants sur la diversité et le pluralisme, l’évidence ne s’était imposée à tous : la gouvernance mondiale d’Internet est tout sauf égalitaire et pluraliste, et le pouvoir exécutif américain n’entend rien lâcher de son monopole.


Revirement de l’Inde et du Kenya

La fin de l’ère unipolaire et la crise financière ont encore attisé le conflit interétatique au sujet de l’économie politique du cyberespace. Les gouvernements cherchent toujours des points de levier pour introduire une amorce de coordination dans la gestion du réseau. En 2010 et 2011, à l’occasion du renouvellement du contrat passé entre l’IANA et le ministère du commerce américain, plusieurs Etats en ont appelé directement à Washington. Le gouvernement kényan a plaidé pour une «transition » de la tutelle américaine vers un régime de coopération multilatérale, au moyen d’une « globalisation » des contrats régissant la superstructure institutionnelle qui encadre les noms de domaine et les adresses IP (Internet Protocol). L’Inde, le Mexique, l’Egypte et la Chine ont fait des propositions dans le même sens.

Les Etats-Unis ont réagi à cette fronde en surenchérissant dans la rhétorique de la « liberté d’Internet ». Nul doute qu’ils ont aussi intensifié leur lobbying bilatéral en vue de ramener au bercail certains pays désalignés. A preuve, le coup de théâtre de la conférence de Dubaï : l’Inde et le Kenya se sont prudemment ralliés au coup de force de Washington.

Quelle sera la prochaine étape ?

Les agences gouvernementales américaines et les gros commanditaires du cyber-capitalisme tels que Google continueront vraisemblablement d’employer toute leur puissance pour renforcer la position centrale des Etats-Unis et discréditer leurs détracteurs. Mais l’opposition politique au « globalisme unilatéral » des Etats- Unis est et restera ouverte. Au point qu’un éditorialiste du Wall Street Journal n’a pas hésité, après Dubaï, à évoquer la «première grande défaite numérique de l’Amérique (8) ».


NOTES :

(1) Eric Pfanner, « Message, if murky, from US to the world », The New York Times, 15 décembre 2012.
(2) Rachel Sanderson et Daniel Thomas, «US under fire after telecoms treaty talks fail », Financial Times, Londres, 17 décembre 2012.
(3) James Bamford, «The NSA is building the country’s biggest spy center », Wired, San Francisco, avril 2012.
(4) Herbert I. Schiller, «Libre circulation de l’information et domination mondiale », Le Monde diplomatique, septembre 1975.
(5) Dwayne Winseck, «Big new global threat to the Internet or paper tiger : The ITU and global Internet regulation », 10 juin 2012, http://dwmw.wordpress.com
(6) Harold Kwalwasser, « Internet governance », dans Franklin D. Kramer, Stuart H. Starr et Larry Wentz (sous la dir. de), Cyberpower and National Security, National Defense University Press - Potomac Press, Washington-Dulles (Virginie), 2009.
(7) Milton L. Mueller, Networks and States : The Global Politics of Internet Governance, The MIT Press, Cambridge (Massachusetts), 2010.
(8) L. Gordon Crovitz, «America’s first big digital defeat », The Wall Street Journal, New York, 17 décembre 2012.

Dan Schiller
Professeur de sciences de l’information et des bibliothèques à l’université de l’Illinois à Urbana-Champaign.

1 décembre 2011

Kenya : Vivre à Dadaab, le plus grand camp de réfugiés au monde

Ecrit parOnnik Krikorian
(Tous les liens pointent vers des pages en anglais) Publiée sur la page Flickr d'Oxfam, une photographie aérienne du plus grand camp de réfugiés au monde se trouvant  à Dadaab (Kenya), illustre l'ampleur du problème des migrations forcées. Le camp abrite 450 000 réfugiés, la plupart ayant fui la sécheresse et la guerre civile qui dure depuis 1991 en Somalie. 1 500 nouveaux réfugiés arrivent chaque jour.
Espérant trouver un répit face à la guerre, à la famine et aux catastrophes naturelles, 75% de l'ensemble des réfugiés résideraient dans des pays limitrophes au leur, provoquant parfois une autre crise humanitaire qui menace de peser sur les ressources des gouvernements nationaux et des organisations internationales.


Une vue aérienne de Dadaab, le plus grand camp de réfugiés au monde © Oxfam International

Non contente d'utiliser Internet pour faire circuler l'information et les images de la situation à Dadaab sur Twitter et sur Flickr, l'organisation humanitaire internationale Oxfam a également publié sur YouTube un journal vidéo de Scarlett Johansson, actrice américaine et ambassadrice d'Oxfam.





Bien sûr, la situation à Dadaab est tellement critique qu'Oxfam n'est pas la seule organisation internationale présente au camp. Amy Burke, une travailleuse humanitaire, met régulièrement à jour le blog de Lutheran World Relief (Aide Humanitaire Mondiale de l'église luthérienne)

Refugiés à Dadaab © Lutheran World Relief
La sécheresse la plus sévère de ces 60 dernières années a conduit des millions de personnes au bord de la famine. Leurs semis ont péri, de même que leurs bêtes. Démunis de tout moyen de subsistance, des dizaines de milliers d'entre eux se sont rassemblés ici à Dadaab, au Kenya, formant le plus grand camp de réfugiés au monde.
Récemment, les médias ont annoncé que le choléra se propageait à nouveau dans le camp. Amy Burke en avait souligné le risque début novembre.
Les pluies sont sur le point de commencer.
Cela peut sembler une belle issue pour les réfugiés d'Afrique de l'est qui ont été victimes d'une grande sécheresse dans la corne de l'Afrique l'an passé. Tandis que les pluies vont apporter le renouveau et un regain de vie, elles vont aussi apporter de nombreuses maladies d'origine hydrique. On estime le nombre de résidents de Dadaab susceptibles de tomber malades du fait de ces épidémies à environ 75 000.
Les témoignages tels que celui de Amy Burke sont cruciaux pour véhiculer l'information en dehors du camp lorsque l'attention médiatique s'est tarie.
Dadaab ne fait plus la une. La lutte est silencieuse. Seule la crise demeure.
Alors que la sécheresse en Afrique de l'est et la migration de centaines de milliers de personnes vers le camp de réfugiés surpeuplé de Dadaab ne font plus la une des journaux, la nature de la situation est toujours extrêmement préoccupante.
Les réfugiés sont des personnes à part entière, et non juste d'envahissantes statistiques. Chacun des 400 000 réfugiés résidant à Dadaab est une personne avec une vraie vie et de vrais besoins, mais souvent, on rejette l'idée de ces personnes et de leur détresse, pensant que l'on n'y peut rien.

Une crise tombée dans l'oubli © Lutheran World Relief
C'est peut-être pour cette raison qu'Amy Burke a aussi dressé un tableau plus humain de la vie dans le camp, mettant en perspective les récits personnels qui,  pour beaucoup à l'extérieur, peuvent être considérés comme des exemples de bravoure et de courage.
Ambiya vivait en Somalie avec sa fille, sa mère et sa grand-mère. En raison de l'aggravation de la sécheresse et de la famine qui se répandait à travers son pays, elle durent fuir en quête d'un endroit plus sûr. Cependant, son état ne lui permettait pas de partir et après 18 jours à ne rien manger ou presque, une Ambiya de 20 ans donna naissance à son fils Hamza.
Devenir mère n'est pas chose facile : s'assurer que l'enfant est en bonne santé, en sécurité et que ses besoins sont satisfaits est une responsabilité à plein temps. Sachant que cette tâche est déjà stressante en soi, imaginez quitter votre pays natal, marcher pendant au moins une semaine, perdre toutes vos possessions matérielles à cause de la sécheresse et arriver dans un nouvel endroit pour commencer une nouvelle vie avec pour tout bagage les vêtements que vous avez sur le dos.
Sans plus tarder, le jour où elle a donné naissance, Ambiya s'en est allée avec son nouveau-né, sa fille, sa mère et sa grand-mère pour entreprendre le long voyage à pied de la Somalie au Kenya. […] Pour la plupart des réfugiés, le seul but est de survivre au voyage, un espoir lointain et bien souvent inatteignable. Pour Ambiya, le but était que toute sa famille arrive saine et sauve à Dadaab, et en particulier son nouveau-né d'un jour.
[…] Prendre du recul par rapport à son histoire et à son exploit pose le problème de transformer Ambiya en un personnage de fiction. Ambiya est une personne bien réelle qui a lutté pendant ce qui est sans doute l'étape la plus difficile de sa vie. Elle représente une pure détermination. Son combat est bien réel et il est emblématique de la façon dont l'amour et la force d'une mère vont au-delà de la logique et de l'instinct de survie pour témoigner de l'amour et du sacrifice de soi.

Réfugiés en Afrique de l'est: la force de l'amour © Lutheran World Relief
Amy Burke décrit également les communautés formées par les réfugiés et leurs efforts pour gagner leur vie:
Les réfugiés qui auparavant étaient artisans, couturiers, agriculteurs etc, ont trouvé des moyens d'utiliser leur savoir-faire et ils échangent leurs savoir-faire au sein de leurs nouvelles communautés à Dadaab.
L'aide humanitaire demeure un élément essentiel à la survie des résidents de Dadaab, mais des marchés ont commencé à se développer, qui permettent aux réfugiés de trouver des moyens de satisfaire leurs besoins.
Le commerce y est florissant, ceux qui ont encore la chance de posséder des bêtes vendent du lait et du fromage, les tailleurs à qui il reste quelques bouts de tissu fabriquent des vêtements, les vanniers reprennent leurs activités et quiconque a les moyens de s'acheter des graines cultive un jardin et vend des légumes etc.
Les marchés ont permis d'accroître les revenus individuels, d'élargir une communauté et de faciliter l'accès à certaines ressources. Avec l'afflux récent de personnes et de nouveaux biens à échanger, les marchés sont en plein essor, créant à Dadaab une petite économie de marché interne.
Natasha Elkington, productrice multimédia chez Reuters, a aussi filmé une vidéo sur la vie dans le camp ayant le même objectif.
Je voulais voir si je pourrais raconter leur histoire d'un point de vue différent, en montrant leur vie quotidienne au lieu de se fixer sur leurs corps décharnés et leurs yeux gonflés.
[…]
[…] Beaucoup d'enfants se meurent à Dadaab. Et puis il y a ceux qui, même s'ils habitent le plus ancien camp de réfugiés au monde, vivent pleinement leur enfance. Ils jouent, ils vont à l'école, s'occupent de leurs frères et sœurs, et vont chercher de l'eau pour leur famille. Je voulais incorporer tous ces aspects de la vie des enfants de Dadaab dans ce projet.


Selon le Haut Commissaire aux Réfugiés des Nations Unies (HCR), le nombre de réfugiés s'élève à présent à environ 43,7 millions dans le monde, le chiffre le plus élevé depuis 15 ans. Le nombre de personnes déplacées dans leur propre pays a aussi augmenté et se chiffrait à 27,5 millions fin 2010.



 Italiano
· Kenya: Dadaab, il campo profughi più affollato del mondo
srpski· Kenija: Život u Dadaabu, najvećem izbegličkom centru na svetu
Español· Kenia: La vida en Dadaab, el mayor campo de refugiados del mundo
Svenska· Kenya: Livet i Dadaab, världens största flyktingläger
English· Kenya: Life in Dadaab, the World's Largest Refugee Camp

26 janvier 2010

Kenya : les enfants de la crise

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De Lars Köhne – ARTE GEIE / Doc Station – Allemagne 2009 :
Dandora, la plus grande montagne d’ordures du Kenya. On y décharge 2.000 tonnes de déchets par jour et 10.000 personnes y cherchent des restes d’aliments ou d’autres détritus qu’ils pourront vendre pour quelques cents.

Jones Muchendu et Benson Otieno travaillent pour l’association kenyane Undugo, une organisation d’aide humanitaire indépendante de l’Etat. Depuis l’effondrement financier de l’an dernier, ils se rendent ici tous les jours, en quête d’enfants récemment naufragés sur ce tas d’ordures. Des éboueurs employés à la décharge collaborent avec l’association… Et ils sont débordés : plus de 300 enfants auraient échoué les deux derniers mois.

Sur la décharge, Jones et Benson continuent de rechercher les nouveaux-venus. Pour l’instant, ils en ont trouvé 10. Leurs familles ont fui les campagnes pour les villes kenyanes, parce que leurs parents se sont retrouvés au chômage.

D’après l’expérience des organisations d’aide humanitaire, le soutien aux initiatives locales est le moyen le plus efficace, parce qu’il agit à long terme. Mais dans des cas de famine, de pauvreté ou de réfugiés, les secours doivent être rapides, et arrivent généralement sous forme de crédits internationaux à taux réduits. Et, depuis la crise, cet argent est devenu rare.

Au printemps dernier, la Banque Mondiale avait elle-même tiré la sonnette d’alarme : 700.000 enfants africains pourraient mourir chaque année à cause de la récession mondiale... Mais pour ces enfants qui survivent encore, aucun budget n’est prévu, malgré les plans de sauvetage s’élevant à plusieurs milliards de dollars, orchestrés partout dans le monde depuis la crise financière.

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