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16 février 2011

La révolution arabe, fille de l’Internet ?

par Marie Bénilde
http://blog.mondediplo.net
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Quel rôle ont joué les nouveaux médias dans la chute des régimes autocratiques de Tunisie et d’Egypte ? Faut-il prêter à Facebook, et aux réseaux sociaux en général, la capacité de mobiliser des foules et de susciter des mouvements d’opposition ? Enseignements politico-médiatiques de révoltes puis de révolutions « en ligne ».
Le régime d’Hosni Moubarak a commis l’acte le plus liberticide du monde au regard de l’accès à Internet, selon le quotidien Libération du 28 janvier. Ni la Birmanie en 2007, ni la Chine en 2008, ni l’Iran en 2009 ne seraient allés aussi loin que l’Egypte face à la contestation sur la toile. Seul le pays du raïs despote a totalement coupé l’accès au réseau, pour les neuf dixième des 23 millions d’internautes égyptiens ayant un accès occasionnel ou régulier au Web — dont cinq millions d’inscrits au réseau social Facebook. Cette coupure n’a pu empêcher la chute d’Hosni Moubarak. La révolution égyptienne, comme celle qui l’a précédée en Tunisie, montre à la fois la puissance des nouveaux médias, la difficulté à leur opposer des forces classiques de contrôle et de répression, et leur articulation, trop souvent minorée, avec les médias traditionnels comme la télévision ou la presse.

L’impossible black-out

Revenons d’abord à cette fameuse coupure d’Internet. Le 2 février, après cinq jours d’interruption, les autorités égyptiennes choisissent de rétablir l’accès au réseau. La veille, Google avait lancé la possibilité de « tweeter » par téléphone, contournant ainsi le blocage. Il suffit aux opposants égyptiens d’appeler un numéro téléphonique pour laisser des messages vocaux, qui sont aussitôt retransmis sur Twitter. L’occultation numérique des événements n’est alors plus possible ; l’arrestation de Wael Ghonim, le responsable marketing de Google au Proche-Orient (qui sera porté en triomphe sur la place Tarhir après sa libération), se révèle vite totalement inadaptée à la situation. Le régime a tenté d’étouffer Internet comme il cherchait à se débarrasser de témoins gênants en mettant au secret les journalistes qui couvraient les manifestations. Mais le réseaux des réseaux n’est-il pas, par nature, incontrôlable ? [1]
C’est alors qu’une nouvelle stratégie, plus en phase avec les outils modernes de télécommunications, se met en place. Plutôt que de chercher à censurer massivement -et sans discernement - les messages d’opposants en fermant le robinet numérique, les autorités égyptiennes prennent l’initiative de se servir à leur tour des nouvelles technologies : c’est ainsi que l’armée a investi les bureaux des opérateurs de téléphonie mobile auxquels l’Etat est associé (Mobinil, filiale de France Télécom et Vodafone) pour les obliger à diffuser des textos appelant à la délation ou donnant le lieu et l’heure de manifestations de soutien à Hosni Moubarak. Un SMS de l’armée, quelques jours avant la chute du vieux président, indique que « les forces armées demandent aux hommes honnêtes et loyaux d’Egypte d’affronter les traitres et les criminels et de protéger notre peuple et l’honneur de notre précieuse Egypte [2 ».
Le message peut paraître aujourd’hui ambigu quand on connaît le rôle exercé par l’armée dans le renversement de Moubarak. Il n’en arrive pas moins en appui du pouvoir quand il est diffusé, alors que le raïs s’accroche à son trône. Et il témoigne d’une certaine sophistication de cette ultime phase de la répression en ligne puisqu’il ne s’agit plus seulement d’interdire les blogs ou les sites hostiles au régime — notamment lorsqu’ils diffusent des vidéos de torture dans les commissariats égyptiens — mais aussi de promouvoir la parole gouvernementale sur les réseaux. Seulement, il est déjà trop tard. A l’ère numérique, toute autorité qui s’estime victime de la toile, et plus singulièrement d’un moteur de recherche, se doit de poster sa propre production de contenus en ligne afin d’interférer dans une communication qui lui est hostile. Mais cet usage « proactif » implique de précéder l’événement, non de le suivre.

Réseaux numériques et révolutions

Quelle place accorder maintenant à ces nouveaux outils de communication dans les mouvements de révolte arabes ? La plupart des témoignages s’accordent à dire que les réseaux sociaux ont joué un rôle dans la mobilisation en Egypte comme en Tunisie. Pour exprimer un ras le bol, se regrouper de façon affinitaire ou se conforter dans l’action, des groupes ont été créés sur Facebook ; Twitter était utilisé, de façon plus marginale, pour lancer des alertes, notamment à l’extérieur du pays. Pourtant, comme en attestent les nombreuses arrestations de journalistes ou le brouillage des émissions d’Al Jazira sur un des satellites dépendant de l’Etat égyptien, c’est essentiellement de la télévision et de la presse que les autorités se sont méfiées. Les chaînes d’information en continu ont en effet ce pouvoir de refléter la réalité des manifestations et de grossir le flot de leurs participants (la couverture des événements en Egypte par BBC World a d’ailleurs incité l’Iran à brouiller les émissions de la chaîne, par mesure de précaution).
Faut-il relativiser la vision d’une « révolution 2.0 », comme l’a baptisée le blogueur égyptien Wael Ghonim ? En réalité, nouveaux et anciens médias semblent étroitement liés. Si l’information trouve aujourd’hui le moyen de contourner la censure, d’échapper à tout contingentement et de se diffuser largement, c’est bien entendu grâce à Internet et au partage de liens sur les différentes communautés des réseaux sociaux. Mais la revue Telos, éditée par la fondation Telefonica en Espagne, a montré récemment que 80 % des nouvelles qui circulent sur Internet dans le monde viennent des éditions en ligne de la presse [3]. Il en va de même de la télévision. En Tunisie, Al Jazira — qui était interdite de séjour par le gouvernement de Ben Ali — s’est imposée comme le média audiovisuel libre du pays, au détriment des chaînes nationales et des autres télévisions étrangères, selon l’écrivain Taoufik Ben Brik, tandis que « ce sont surtout les relais traditionnels de la rue survoltée — Internet, Facebook, Twitter, YouTube — qui ont sombré dans l’oubli [4 ». La chaîne d’information s’est notamment distinguée par sa capacité à reprendre sur son antenne des images tournées par des téléphones portables, comme celles des premières manifestations réprimées par la police à Sidi Bouzid.
Dans un article du Monde.fr sur l’influence de la chaîne qatari dans la révolution tunisienne, le journaliste Benjamin Barthe décrit ainsi le cheminement de ces vidéos amateurs publiées sur des sites alternatifs comme Nawaat ou Takriz, signalées par Twitter, reprises sur les réseaux sociaux (Facebook, YouTube..) et finalement diffusées en masse sur les écrans d’Al Jazira qui leur donneront un véritable écho populaire.
« Al-Jazira s’est fondue dans le nouvel environnement médiatique, en recourant de façon très rapide et très créative aux contenus générés par le public, écrit sur son blog le politologue américain Marc Lynch, spécialiste du monde arabe, cité par Le Monde. D’autres télévisions satellites l’ont imitée. (…) Ces plateformes médiatiques et ces contributeurs individuels œuvrent à saper la capacité des Etats à contrôler le flux d’informations. C’est la dernière étape en date dans l’émergence d’un nouvel espace médiatique arabe. »
Pour suivre l’évolution des événements en Egypte, c’est encore Al Jazira que regardent les responsables officiels de la Maison blanche, selon le New York Times, alors même que la chaîne d’information, coupable d’avoir diffusé des cassettes de Ben Laden et stigmatisée pour son « islamisme », est très largement absente des bouquets satellite et du câble aux Etats-Unis.
Enfin, c’est encore au rythme de la télévision égyptienne retransmettant les discours de Moubarak que la révolte égyptienne s’amplifie. Le vieil autocrate y apparaît, dans le décorum suranné de son palais, littéralement déconnecté des aspirations de la jeunesse de son pays (au point que la presse française a pu parler de « mai 1968 » arabe).

Réalités et virtualités

Les nouveaux canaux numériques n’apparaissent finalement qu’au second plan en matière d’information. Mais les réseaux sociaux contributifs (2.0) remplissent une fonction inédite dans l’histoire des médias. Ils permettent aux rédactions occidentales, souvent coupées des réalités de pays qu’elles regardaient avec le même aveuglement que leurs gouvernements respectifs (produit d’une grande indulgence avec les régimes corrompus en place, puissances invitantes pour des politiques comme pour des journalistes français en vue), de mesurer que l’épouvantail islamiste ne pouvait plus suffire à discréditer les soulèvements populaires. Le web 2.0 a cette propriété sans doute magique qu’il supporte mal l’imposition de raccourcis médiatiques malgré la tentative apparue ici ou de jouer sur la fibre de la menace envers Israël ou sur le danger des Frères musulmans. Avec Internet, la parole du peuple devient davantage audible même si elle n’est que partielle.
Bien sûr, il va sans dire que ce n’est pas Internet ou les réseaux sociaux qui font la révolution : les immolations publiques, les manifestations interdites ou l’occupation de la place Tahrir sont avant avant tout des expressions physiques d’un désarroi et d’une contestation populaires. D’ailleurs, comme on l’a vu, l’usage des nouvelles technologies n’est pas l’apanage des forces contestataires — Téhéran s’en était aussi emparé pour traquer ses opposants après les manifestations très connectées de 2009 [5] — et il a même plutôt tendance à canaliser le mécontentement intellectuel au détriment des engagements militants. Au point que l’on peut légitimement se demander quel est l’avenir d’une mobilisation si celle-ci n’est pas accompagnée par un travail de structuration politique qui permet à un rassemblement de masse de se muer en force révolutionnaire agissante.
Et en même temps, le web participatif est porteur de nouvelles formes d’organisation qui ne sont pas que technologiques et sème le grain de la parole démocratique au vent de l’histoire. [6] Du Proche-Orient à Cuba, en passant par l’Algérie, Internet a à la fois la propriété d’interconnecter les peuples, de permettre à chacun de se compter et d’encourager les initiatives. Face à une information par les grands médias vécue comme une « chape de surplomb » dans la mesure où la réception des nouvelles y était essentiellement passive, les nouveaux médias semblent réussir cette alchimie nouvelle de transformer l’information en participation et la participation en action. Les internautes sont invités à vivre « en partage » avec cette idée nouvelle au Maghreb : la dictature n’est pas le seul horizon politique.

Notes

[1] La question rebondit aux Etats-Unis où un controversé projet de loi de sécurité cybernétique voudrait mettre entre les mains du président américain un interrupteur du web ("kill switch") pour contrer les cyberattaques provenant de l’étranger.
[2] « Reaching for the kill switch », The Economist, 10 février.
[3] « El 80% del material informativo que circula por la Red procede de la prensa », El Mundo, 2 février 2011.
[4] « En Tunisie, le règne sans partage d’Al Jazeera », Slate.fr, 19 janvier 2011.
[5] Lire à ce sujet « En Iran, Nokia connecte la répression ».
[6] Lire à ce sujet Tunisie, Egypte...Algérie, "inception" de la révolution in Electron libre.

8 janvier 2011

Coupures de presse : Twitter, salaires, populisme, retraites

Le Monde diplomatique

Révolution Twitter

Le mouvement de contestation des résultats officiels de l’élection présidentielle iranienne de juin 2009 a été présenté comme une « révolution Internet ». Dans The New Yorker (28 septembre 2010), Malcolm Gladwell estime que les nouveaux médias ne jouèrent guère plus que le rôle d’outils dans des mobilisations populaires qu’une patiente organisation militante avait rendues possibles.
Les militants étaient autrefois définis par leur cause, ils sont aujourd’hui définis par leur outil. Les combattants Facebook se connectent pour changer le monde. (…) Mais il s’agit d’une forme d’organisation favorisant les connexions faibles, qui nous permettent certes d’accéder à l’information, mais au détriment des connexions fortes, celles qui aident à persévérer face au danger. (…) Si [en 1955-1956] Martin Luther King Jr. avait tenté d’organiser le boycott de Montgomery via Internet, il aurait été laminé par la structure du pouvoir blanc. Et à quoi aurait servi un outil de communication numérique dans une ville où 98 %de la communauté noire se retrouvait chaque dimanche à l’église ? Ce qui fit le succès de King — la discipline et la stratégie — sont des choses que les médias sociaux ne peuvent pas procurer.
(Malcolm Gladwell, « Small Change. Why the revolution will not be tweeted », The New Yorker, 28 septembre 2010.)

Rayon de soleil salarial

Dans son édition du 14 octobre, le quotidien britannique The Guardian rassure ses lecteurs quant à l’évolution des salaires au sein des grandes banques de Wall Street.
JP Morgan, le groupe bancaire américain, a donné le ton à Wall Street hier en inaugurant la saison des résultats avec l’annonce d’une provision supplémentaire de 6,7 milliards de dollars pour les salaires et bonus de ses 237 000 salariés au troisième trimestre de l’année. La masse salariale de l’entreprise (…) atteint désormais 21,5 milliards de dollars. (…) Le Wall Street Journal a estimé que les salaires augmentaient plus vite que les revenus.
(Jill Treanor, « JP Morgan stashes £4.2bn for bonuses », The Guardian, 14 octobre 2010.)

Populisme

Dans un article publié sur le site (en espagnol) du cercle de réflexion libertarien Cato Institute, M. Héctor Naupari décrit l’une des préoccupations principales du Réseau libéral d’Amérique latine (Relial), dont il est vice-président : le populisme, qui ferait son retour dans la région, au Venezuela, en Bolivie et en Equateur notamment.
Le pouvoir corrompt, mais seul le populisme corrompt absolument. Il dévalorise le citoyen, jusqu’à le rendre dépendant des logiques d’assistanat. Celles-ci le transforment en serviteur reconnaissant qui, sans broncher, remet à d’autres ses libertés, ses droits et ses responsabilités — si difficiles à exercer — en échange des cadeaux de peu de valeur que le gouvernement populiste consent à lui allouer. Et, comme toutes les personnes dépendantes, ce drogué à l’assistanat en vient à demander toujours plus, il est prêt à tout pour obtenir sa « dose », et son état peut s’avérer très difficile à soigner.
(Héctor Ñaupari, « Populismo : Corruptor absoluto », El Cato, 14 octobre 2010.)

Retraites

Dans un entretien accordé à la chaîne latino-américaine Telesur le 5 octobre 2010, le gouvernement bolivien annonce une réforme des retraites différente de celle contre laquelle une (large) partie de la population française a manifesté en septembre et octobre.
Le ministre de l’économie de Bolivie Luis Arce a annoncé (…) que la nouvelle loi sur les retraites serait largement à l’avantage des travailleurs boliviens, qui vont pouvoir partir dès 58 ans, et non plus 65 ans (selon les dispositions de la loi antérieure, datant de 1996). (…) M.Arce a expliqué que les mineurs (…) pourront prendre leur retraite à partir de 56 ans.
(« Nueva ley boliviana de pensiones beneficiará ampliamente a trabajadores jubilados », Telesur, 5 octobre 2010.)

1 novembre 2009

Washington met en place ses réseaux Twitter - Facebook pour réaliser des coups d’Etat “soft”

Eva Golinger

Le Département d’Etat sponsorise un sommet consacré à l’utilisation des nouvelles technologies dans le but de changer des régimes anti-impérialistes. Les 15 et 16 octobre 2009, la ville de Mexico accueillait le sommet de l’Alliance of Youth Movements (AYM).

Sponsorisé par le Département d’Etat, l’événement comprend l’intervention, par internet, d’une oratrice de luxe : la secrétaire d’Etat Hillary Clinton. Par ailleurs, plusieurs « délégués » ont été invités par la diplomatie des Etats-Unis, parmi lesquels des personnes liées à des mouvements de déstabilisation actifs en Amérique latine. La liste des participants inclut les Vénézuéliens Yon Goicochea, du parti Primero Justicia, Rafael Delgado, le chef de l’organisation Venezuela de Primera (un groupe fondé par Goicochea), et Geraldine Álvarez, l’ancienne leader estudiantine actuellement membre de la Fundación Futuro Presente, aussi créée par Goicochea, avec le financement du Cato Institute (USA). Participent également Marc Wachtenheim de la Cuba Development Initiative, un projet financé par le Département d’Etat et l’USAID à travers la Pan American Development Foundation (PADF), Maryra Cedeño Proaño, de la Corporación Foro de la Juventud Guayaquil, entité équatorienne financée par l’USAID, et Eduardo Ávila de Voces Bolivianas, organisation soutenue par l’ambassade des Etats-Unis en Bolivie et financée par l’USAID. Au total, 43 délégués sont venus du monde entier (Sri Lanka, Inde, Canada, Royaume Uni, Colombie, Pérou, Brésil, Liban, Arabie Saoudite, Jamaïque, Irlande, Turquie, Moldavie, Malaisie, Etats-Unis et Mexique).

Orateurs et sponsors forment un étrange mélange de représentants des nouvelles technologies et d’employés des agences spécialisées dans la subversion et la déstabilisation de gouvernements qui refusent de se soumettre à l’agenda de Washington. Les orateurs proviennent notamment de Freedom House, International Republican Institute (IRI), du Département d’Etat et de la Banque mondiale, mais on compte également de jeunes créateurs de technologies telles que Twitter, Facebook, Google, Gen Next, Meetup et Youtube. Les seuls médias traditionnels invités par le Département d’Etat sont CNN en espagnol et CNN en anglais, un fait insolite prouvant les liens étroits existant entre ces différentes entités.

Il ne fait aucun doute que le mariage des agences de Washington, des nouvelles technologies et des jeunes dirigeants politiques sélectionnés par le Département d’Etat représente une nouvelle stratégie pour « changer des régimes ». En outre, le sommet confirme le soutien politique et financier apporté par les Etats-Unis au mouvement estudiantin de l’opposition vénézuelienne et fournit à l’opinion publique la preuve irréfutable de la sinistre alliance entre Washington et les nouvelles technologies.

Centre pour la diplomatie numérique


Selon sa propre définition, l’AYM est né en 2008 en réponse à l’apparition «sur la scène mondiale, d’une série de personnes pratiquement inconnues, généralement jeunes, qui maîtrisent les technologies les plus récentes et ont fait des choses incroyables. Ces personnes ont provoqué de grandes transformations du monde réel dans des pays comme la Colombie, l’Iran et la Moldavie, en se servant de ces techniques courantes pour atteindre les jeunes. Et ce n’est qu’un début. »

Les agences de Washington ne pouvaient pas manquer de se positionner sur une scène attractive où les jeunes, déjà accros aux nouvelles technologies comme internet, notamment Facebook, Twitter et MySpace, pouvaient devenir les dirigeants et les promoteurs de mouvements sociaux au service des intérêts de l’Empire. Selon les fondateurs de l’AYM, il y avait toutefois un problème. « Ces mouvements du XXIe siècle sont l’avenir de la société civile, mais ils ne disposent pas encore d’un mécanisme permettant de soutenir, de former et d’octroyer du pouvoir à ces dirigeants qui n’ont pour tout bureau qu’une adresse électronique. Ils ne disposent pas non plus d’une entité qui puisse apprendre aux mouvements traditionnels du XXe siècle à utiliser efficacement les instruments et les médias du XXIe siècle pour atteindre leurs objectifs. »


Leurs objectifs ou les objectifs Washington?

L’une des premières opérations menées avec succès par la Central Intelligence Agency (CIA) dans les années cinquante et soixante a été la création en Europe du Congrès pour la liberté de la culture (Congress for Cultural Freedom), conçu pour pénétrer et utiliser les espaces occupés par l’art, les universités, les intellectuels et les mouvements sociaux afin de neutraliser l’expansion du communisme. Le recours à la culture pour promouvoir l’agenda impérial s’est prolongé au-delà de la guerre froide. Alors que le phénomène de la dépendance à la technologie prend de plus en plus d’ampleur, il est exploité de manière de plus en plus raffinée. Des nouvelles technologies – comme Facebook et Twitter, mises au point avec le financement d’entreprises de la CIA, par exemple In-Q-Tel, spécialisée dans l’"exploitation des mines de données" – fonctionnent aujourd’hui comme réseaux de recrutement des "agents" disposés à promouvoir les intérêts de l’Empire. Le potentiel que recèlent ces technologies pour mener des opérations psychologiques et diffuser de la propagande est illimité : elles permettent de diffuser des messages en un temps record à l’échelle planétaire.

Il ne manquait qu’une stratégie pour exploiter ce potentiel.

Le modèle suivi : la campagne d’Obama


« L’Alliance of Youth Movements a comblé ce manque. Elle a commencé en 2008 par un sommet au cours duquel le Département d’Etat s’est associé à MTV, Google, YouTube, Facebook, Howcast, AT&T, JetBlue, GenNext, Access360Media et la Faculté de droit le la Columbia University afin de reconnaître et de convoquer les mouvements du XXIe siècle, et, pour la première fois dans l’histoire, de dialoguer avec eux par internet ».

Ont participé à ce premier sommet de l’AYM des membres de l’organisation vénézuélienne d’opposition Súmate (financée par la NED et l’USAID) et les initiateurs colombiens des marches No más Chávez et Un millón de voces contra las FARC. Les principaux orateurs étaient trois architectes de la campagne présidentielle de Barack Obama, à savoir Joe Rospars, directeur pour les nouveaux médias lors de la campagne, Scott Goldstein, directeur en ligne de Obama for America et Sam Graham-Felson, directeur de blog pour la campagne d’Obama en 2008. Ont également répondu présents Sherif Mansour, de Freedom House, Shaarik Zafar, du Département de la Sécurité intérieure des Etats-Unis (Homeland Security), et huit hauts fonctionnaires du Département d’Etat ainsi que les représentants de diverses multinationales actives dans le domaine de la communication et des nouvelles technologies.

Les concepteurs de la campagne « super-technologique » qui allait mener Obama vers la victoire ont travaillé main dans la main avec les agences de Washington pour élaborer la stratégie parfaite en combinant deux forces novatrices en politique : la jeunesse et les nouvelles technologies. Cette combinaison doit permettre d’obtenir ce que la CIA n’avait pas réussi en plusieurs années d’effort : le changement de régime dans des pays non soumis aux intérêts des Etats-Unis, sans qu’apparaisse la main de Washington.

Le mouvement d’étudiants manos blancas, au Venezuela, financé et formé par les agences américaines, les protestations anti-communistes en Moldavie, les manifestations contre le gouvernement iranien et les dernières manifestations virtuelles contre le président Chávez constituent des exemples de cette nouvelle stratégie. Les principales armes utilisées sont les nouvelles technologies –Twitter, Facebook, YouTube, entre autres. Quant aux médias traditionnels, comme CNN et ses unités affiliées, ils contribuent à exacerber l’effet réel de ces mouvements en diffusant des matrices d’opinion faussées et dont l’importance et la légitimité ont été déformées.

L’Alliance of Youth Movements n’est qu’un chapitre des plans de déstabilisation contre des pays anti-impérialistes souverains qui refusent toute domination. La double morale de Washington confirme la chose suivante : alors que le Département d’Etat soutient, finance et sponsorise la formation de jeunes d’autres pays à l’utilisation des nouvelles technologies pour déstabiliser leur gouvernement, il criminalise le recours à Twitter et à Facebook pour convoquer des manifestations contre les politiques de Washington aux Etats-Unis. On en a eu la preuve il y a trois semaines, lorsque des citoyens américains ont été arrêtés pour avoir utilisé Twitter afin d’informer les personnes manifestant contre le sommet du G-20 à Pittsburgh sur les actions répressives menées par la police.

Site officiel de l’Alliance of Youth Movements:

http://info.howcast.com/youthmovements/summit09/delegates

NdT

Primero Justicia : Bien que les leaders du parti se décrivent comme étant des humanistes de tendance centriste, les partisans du président Chavez prétendent que le parti Primero Justicia est un parti d'extrême droite d'inspiration fasciste. (Wikipedia)

Traduit par Chloé Meier pour Investig'Action

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