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11 juin 2012

Brésil : L'expropriation des patrons esclavagistes enfin approuvée

Ecrit par Raphael Tsavkko Garcia · Traduit par Jean Saint-Dizier
Article écrit en collaboration avec Mariana Parra.
le 7 Juin 2012
pour http://fr.globalvoicesonline.org

Pour tenter de lutter contre l'exploitation des travailleurs réduits en quasi esclavage au Brésil, la proposition d'amendement constitutionnel portant le n° 438 (PEC 438) vient d'être approuvée au Congrès brésilien le 22 mai dernier.  La proposition approuvée garantit l'expropriation immédiate, sans droit à indemnisation,  des propriétés où “les agents du gouvernements attestent l'existence de conditions de travail semblables à l'esclavage ou des formes analogues d'exploitations de main-d’œuvre dans une propriété déterminée, que celle-ci soit rurale ou urbaine”.

Jusqu'alors, les terres confisquées allaient à la réforme agraire et, pour les cas en milieu urbain, servaient aux programmes constructions de logement sociaux. Ce fut précisément l'ajout d'immeubles urbains au projet de loi qui entraina ce retour devant la chambre des députés, retour qui s'est fait attendre durant 7 ans. Le vote de la PEC, qui  selon la députée  Rosinha, fut ajourné au moins 37 fois, a dû attendre cette approbation pendant 17 longues années, entre les diverses modifications, les rajouts, les votes au Sénat et à la Chambre des députés ainsi que les ajournements de la part du camp des  ”ruralistes” qui, lorsque s'approchait le moment des scrutins, oeuvraient pour  vider le Congrès des députés ainsi que diverses manœuvres politiques pour éviter à tous prix que le quorum nécessaire à l'approbation de la loi ne soit atteint.

Deputados comemoram a aprovação da PEC 438. Foto de Rogério Tomaz Jr, usada com permissão
Des députés fêtent l'approbation de la PEC 438. Photo de Rogério Tomaz Jr, utilisée avec permission


L'activiste Rogério Tomaz Jr précise :
Dois mil, oitocentos e quarenta e um dias. Sete anos, nove meses e onze dias.
Esse foi o tempo decorrido entre a aprovação em primeiro e segundo turnos da proposta de emenda à Constituição (PEC 438/2001) que expropria terras onde for constatada a prática do trabalho escravo.
Originalmente proposta em 1999 por um baiano – o senador Ademir Andrade (PSB-PA) – e aprovada numa sessão da Câmara conduzida por um gaúcho, o deputado Marco Maia (PT-RS), a PEC do Trabalho Escravo foi uma rara (e acachapante) derrota dos ruralistas num Congresso onde eles, via de regra, aprovam ou desaprovam tudo que querem.
Deux mille huit cent quarante et un jours. Sept ans, neuf mois et onze jours.
Ce fut le temps nécessaire à l'approbation, entre le premier et le deuxième tour, de cette proposition d'amendement de la constitution (PEC 438/2001) qui exproprie les terres où aura été constatée des pratiques d'esclavage envers les travailleurs.

Proposée à l'origine par un bahianais en 1999 - le sénateur Ademir Andrade (PSB-PA ou Parti Socialiste Brésilien de l'état du Pará ) - et approuvée lors d'une session de la Chambre des députés dirigée par un gaúcho (de la région sud du Brésil), le député Marco Maia (PT-RS ou Parti Travailliste de l'état de Rio Grande do Sul), la PEC sur l'esclavage représente une rare (et écrasante) défaite des ruralistes dans un Congrès où d'habitude, ils approuvent ou désapprouvent à leur gré tout ce qu'ils souhaitent.

Le projet initial de la PEC 438 date de 1995 - à la Chambre des députés -, lorsque le député Paulo Rocha, du Parti des Travailleurs de l'état de Bahia proposa un projet permettant la saisie de toute propriété rurale où serait constaté un recours à une main d’œuvre en conditions analogues à celles du travail esclave, et de 1999 - au Sénat - avec le sénateur Ademir de Andrade, du PSD de l'état du Pará, qui la modifia en  2001, pour la transformer PEC 438, destinant alors les terres confisquées à la réforme agraire. Depuis lors, la bataille pour son approbation était lancée.

La proposition avait été approuvée par le Sénat et à l'occasion d'un premier tour, à la Chambre des députés en août 2004, avec 326 voix pour, 10 contre, et 8 abstentions. Vu que les propositions de lois qui altèrent la Constitution requièrent un vote sur deux tours pour être approuvées, la PEC 438  attendait le deuxième et devait être approuvée par les trois cinquièmes du total des 513 député(e)s fédéraux, mais elle avait toujours été renvoyée aux calendes par les députés du fameux groupe des Ruralistes, fréquemment critiquée pour ses politiques “rétrogrades” dans le secteur agraire brésilien et dans l'agro-industrie. 

Elle a finalement été approuvée avec 360 voix pour, 29 contre et 25 abstention, totalisant ainsi 414 voix.

Levantamento da ONG Repórter Brasil com fotos e nomes dos deputados que votaram contra a PEC 438.
Résultat d'une enquête de l'ONG Reporter Brasil avec les photos et les noms des députés qui ont voté contre la PEC 438.


Sur Twitter, le mot-clé #PEC438 a connu un grand succès, surtout chez ceux qui soutenaient la proposition.

Le député du PSOL (Parti Socialisme et Liberté) de Rio de Janeiro, Chico Alencar (@DepChicoAlencar), a listé les partis qui ont voté contre la PEC, y compris ceux qui se sont abstenus ou ont déclaré leur intention de s'y opposer.
Des 55 voix CONTRE, ABSTENTION et OBSTRUCTION contre la PEC du travail esclave, 40% viennent du PSD, 30% do DEM, 25% PP, 24% PMDB, 18% PTB, 17% PR
Le journaliste George Silva (@George_wos) a quant à lui indiqué le nombre de voix contre dans chaque parti :
DEM (5), PDT (1), PHS (1), PMDB (7), PP (4), PR (1), PSC (1), PSD (7), PSDB (1) e PTB (1). Les 29 voix contre à ‪#PEC438http://bit.ly/JHwclW
Et le professeur Idelber Avelar a posté, sur Twitter, la liste complète des votes de la Chambre des Députés. Le site trabalhoescravo.org.br, créé par les ONG qui soutenaient l'approbation de la PEC 438 a aussi établi une liste des parlementaires qui ont voté et de ceux qui se sont absentés et a aussi publié les noms et les photos de chacun d'eux.

Parallèlement, les députés qui avaient soutenu l'approbation ont célébré la victoire, comme Jean Wyllys (@jeanwyllys_real), do PSOL, et Paulo Teixeira (@PauloTeixeira13), du PT:
#PEC438‬ aprovada! Vitória histórica! Vitória da democracia e do Brasil que deseja se desenvolver sem explorar a mão de obra escrava!
approuvée! Victoire historique! Victoire de la démocratie et du Brésil qui souhaite se développer sans exploiter une main d’œuvre esclave !
Le blogueur et activiste Leonardo Sakamoto commente en partie les raisons d'un vote si long et difficile :
Os ruralistas e contrários à proposta defendem a aprovação de uma lei que defina o conceito de trabalho escravo, diminuindo as situações possíveis de caracterizá-lo. Os favoráveis à proposta e o governo afirmam que não há necessidade e que o conceito de trabalho escravo já é claro no artigo 149 do Código Penal, defendendo a aprovação de legislação infraconstitucional apenas para regulamentar a expropriação, garantindo que ela ocorra após decisão judicial transitada em julgado.
Les ruralistes et les “contre” la proposition de loi défendent l'approbation d'une loi qui définisse le concept de travail esclave, diminuant ainsi les situations où il pourrait être caractérisé. Les “pour” ainsi que le gouvernement affirment qu'il n'y a pas de nécessité de revoir un concept (du travail esclave) déjà énoncé clairement dans l'article 149 du Code Pénal, ne défendant l'approbation de la législation infra-constitutionnelle que pour réglementer l'expropriation, en garantissant qu'elle ait lieu après décision judiciaire, prise lors d'un jugement en bonne et due forme.
 
Deputados comemoram e cantam o hino nacional com a bandeira brasileira. Foto de Thiago Skárnio sob licença CC
Des députés célèbrent la victoire en chantant l'hymne national avec le drapeau brésilien. Photo de Thiago Skárnio sous licence CC


Le journaliste conservateur Políbio Braga a applaudi les députés qui ont voté contre la PEC, en affirmant que:
O artigo 149 do Código Penal, fala em condições “exaustivas”, ”degradantes” e “análogas”, mas não conceitua nada. Para efeitos de expropriação da propriedade rural ou urbana, tudo ficará submetido ao arbítrio do fiscal da DRT.
L'article 149 du Code Pénal parle de conditions “éreintantes”, “dégradantes” et “analogues”, mais ne conceptualise rien. Quant à l'expropriation de la propriété rurale ou urbaine, elle restera soumise à l'arbitraire de la décision du contrôleur de la DRT (Delegacia Regional do Trabalho ou l'Observatoire Régional du Travail).
 
De tels arguments sont fortement contestés par les organismes gouvernementaux et les membres de le société civile qui œuvrent dans la lutte contre le travail d'esclave au Brésil, qui ajoutent que les lois qui conceptualisent le travail esclave et prévoient les mécanismes de contrôle et de punitions sont claires et comptabilisent déjà une importante jurisprudence. Cette clarté a encore été  renforcée par la rapporteure des Nations Unies sur les formes contemporaines de l'esclavage, l'Arménienne Gulnara Shahinian.

La PEC poursuit désormais son chemin avec le vote au Sénat, où les ruralistes espèrent provoquer un débat afin de discuter et de redéfinir le concept de “travail esclave”, malgré le fait que celui-ci soit déjà bien défini dans le Code Pénal, en ayant pour objectif de restreindre la définition pour les cas extrêmes excluant ainsi les situations de dégradations et de violations des droits de l'homme, qu'ils considèrent  “moins graves”.
 

30 décembre 2011

Brésil : Combien de vies valent les terres des indiens guaraní ?

Ecrit par Yohana de Andrade · Traduit par Octavie Anne Perlembou



[Liens en portugais, sauf mention contraire] En quelques dizaines d’années, le Brésil s’est hissé au rang des principaux exportateurs mondiaux de denrées agricoles et d'agrocarburants. le Mato Grosso do Sul, un des plus vastes états brésiliens, est le leader national de la production de soja et de canne à sucre.

Ce n’est certainement pas par hasard que dans le même état, le nombre des disparitions d'indiens guaranis kaiowá augmente chaque jour. Près de 250 indigènes sont morts en Mato grosso do sul ces dernières années, faisant de cet état l’endroit le plus dangereux pour les indiens.
En novembre dernier, 42 hommes armés ont envahi le camp de Amambaí à Mato Grosso do Sul, pour assassiner Nisio Gomes, 59 ans, chef des indigènes Guarani Kaiowá. Après avoir assassiné Nisio et d'autres membres du village, ils ont emporté le corps du chef, vraisemblablement pour ne laisser aucune preuve.
Screenshot do documentário À Sombra de Um Delírio Verde
Capture d'écran du documentaire À Sombra de Um Delírio Verde

Après le massacre, les étudiants guarani kaiowá de l'université fédérale du Mato Grosso do Sul (UFMS) ont écrit une lettre ouverte dans laquelle ils décrivent la situation à laquelle nous sommes confrontés aujourd’hui :
Parece que o nazismo está presente aqui. Parece que o Mato Grosso do Sul se tornou um campo de fuzilamento dos povos indígenas. (…) Nós podemos dizer que o estado, os políticos e a sociedade são cúmplices dessa violência quando eles não falam nada, quando não fazem nada para isso mudar. Os índios se tornaram os novos judeus.
Il semble que le nazisme existe ici. Il semble que Mato Grosso do Sul est devenu un camp d’entrainement au tir sur les peuples autochtones. (…) Nous pouvons dire que l'État, les politiciens et la société sont complices de cette violence puisqu’ils ne disent rien, puisqu’ils ne font rien pour changer cet état de fait. Les Indiens sont devenus les nouveaux juifs.
Comme cela s'est produit autrefois dans les camps de détention, aujourd'hui, les indiens du Brésil finissent par travailler - souvent dans des situations analogues à l'esclavage - pour leurs propres bourreaux. Après avoir été sans terres, ils sont obligés de travailler pour les usines de sucre, coupant la canne à sucre du lever au coucher du soleil, pour survivre avec 500 dollars à la fin de chaque mois.

Screenshot do documentário À Sombra de um Delírio Verde
Capture d'écran du documentaire À Sombra de um Delírio Verde

Le documentaire À Sombra de um Delírio Verde (­«À l'ombre d'un délire vert ») s'interroge sur la relation entre l'augmentation des disparitions des Guarani kaiowá et celle de la production de canne à sucre. Geraldine Kutis, conseillère des affaires internationales de l'Union de l'industrie de la canne à sucre (UNICA), interviewée dans le documentaire, semble voir l'éthanol comme une marchandise au potentiel mondial, et déclare :
em termos de crescimento, costumamos dizer que o céu é o limite.
en termes de croissance, le ciel est la seule limite.


À Sombra de um Delírio Verde from Mídia Livre on Vimeo.

Leonardo Sakamoto rapporte que la production des industries agricoles et les profits liés atteignent des niveaux exorbitants :
o guarani continua sendo persona non grata em sua própria terra. Do total de 74 Terras Indígenas homologadas pelo governo federal do início de 2003 até outubro de 2009, apenas três contemplaram o povo guarani, uma das maiores populações indígenas do país.
Le Guarani est persona non grata sur sa propre terre. Sur un total de 74 territoires autochtones reconnus par le gouvernement fédéral, entre début 2003 et fin 2009, seulement trois concernent le peuple Guarani, l'une des plus importantes populations indigènes du pays.
Selon une enquête réalisée pour le documentaire À Sombra de um Delírio Verde, plus de 90% des familles Guarani Kaiowá dépendent des rations alimentaires du gouvernement pour survivre, ce qui ne couvre pas les besoins quotidiens.

Martyrs des terres ancestrales 

Screenshot do documentário À Sombra de um Delírio Verde
Capture d'écran du documentaire À Sombra de um Delírio Verde

Le chef Nísio Gomes devient un martyr du génocide subi par les indiens Guarani au Brésil et un symbole de la lutte pour les terres autochtones ancestrales.

En novembre 2010, Global Voices avait publié un article sur le procès concernant la mort de Marcos Veron [en français], un autre chef indien sauvagement assassiné en 2003. Les tueurs de Marcos Veron ont été libérés en 2007. Le procès initialement prévu en mai de cette année a finalement été annulé et reporté encore une fois en février 2011.

C'est seulement au début de ce mois de décembre que la 1ère Cour pénale fédérale de São Paulo est parvenue à un jugement : les accusés Carlos Roberto Dos Santos, Jorge Cristaldo Insabralde Estevão Romero, ont été acquittés pour la mort de Marcos Veron, mais reconnus coupables d'enlèvement, de torture, de blessures et d’association de malfaiteurs.
Début décembre également, Ladio Veron, le fils du défunt chef, réaffirme dans une interview vidéo la nécessité de continuer à dénoncer la situation des Guarani-Kaiowá
O que se vê hoje nas nossas terras, ali em Mato Grosso do Sul, é uma devastação total, onde o pé de cana vale mais que o índio, vale mais que uma criança indígena. Onde o boi vale mais do que uma comunidade indígena. Onde o pé de soja tem mais valor, e as nossas terras hoje são cobertas de vários outros empreendimentos, por enquanto construíram 18 usinas em cima das terras indígenas (…) mas no total são 40 usinas para ser construídas. Não se vê mais mato além de cana, soja e boi.
Ce que vous voyez aujourd'hui dans notre pays, dans le Mato Grosso do Sul, est une abomination ; la tige de la canne vaut plus qu’un Indien, vaut plus qu’un enfant indien. Même une vache a plus de valeur qu’un groupe d’autochtones. Même un plant de soja a plus de valeur, et nos terres sont maintenant envahies par différentes entreprises, qui ont jusqu'ici construit 18 usines (…), et au total 40 sont prévues. Vous ne voyez plus de bois, il ne reste que la canne à sucre, le soja et le bœuf.



7 septembre 2011

Mozambique : Le gouvernement cède des terres à des grands propriétaires brésiliens

Ecrit par Adriano Rangel · Traduit par Norbert Bousigue
Pour http://fr.globalvoicesonline.org

Le gouvernement du Mozambique est en train de concéder l'usage de 6 millions d'hectares de terres [en portugais], soit l'équivalent des deux tiers de la superficie du Portugal, afin que de grands exploitants agricoles brésiliens cultivent du soja, du coton et du maïs dans le nord de ce pays africain, dans les provinces de Niassa , Cabo Delgado, Nampula et Zambézie. Cela avec l'intention de tirer profit de l'expérience brésilienne dans le cerrado, où, à partir des années 1960, la frontière agricole a progressé vers l'intérieur, avec l'élevage extensif et les grandes plantations de soja.


O cultivo de soja já consumiu 80% de todo o cerrado brasileiro. Imagem: Open Democracy no Flickr (CC BY-SA 2.0)
La culture du soja utilise maintenant 80 % du cerrado brésilien. Photo : Leonardo Freitas via openDemocracy sur Flickr (CC BY-SA 2.0)

Au Brésil, cette progression de l'élevage vers l'intérieur a entraîné la destruction de 80 % du cerrado, qui est considéré comme la savane la plus riche du monde en biodiversité. La dégradation de ce biome, qui couvre un quart du territoire brésilien, vient recouvrir et polluer les principaux bassins versants du pays, qui se situent justement dans cette région, considérée comme le château d'eau du Brésil.
Grâce à l'offre du gouvernement du Mozambique, la frontière agricole brésilienne envisage de traverser l'Atlantique en direction de la savane africaine. Pour le géographe Eli Alves Penha, auteur du livre Relações Brasil-África e Geopolítica do Atlântico (Relations Brésil-Afrique et Géopolitique de l'Atlantique), les « similitudes écologiques et culturelles » conduisent à un « emboîtement écologique » entre le Brésil et le continent africain.

Dans un entretien [en portugais] pour les Éditions de l'Université Fédérale de Bahia [entretien dans lequel l'auteur résume sa thèse sur l'intérêt géopolitique du Brésil pour l'Afrique subsaharienne], Penha, après avoir développé ses idées, commente l'affirmation du spécialiste en agriculture du Kenya, Calistous Juma [en anglais], selon laquelle « pour chaque problème africain il existe une solution brésilienne ». « Je dirais que la réciproque est également vraie », ajoute Penha.


L'agrobusiness brésilien, basé sur l'épuisement des ressources naturelles, envisage maintenant d'exporter son modèle insoutenable de semences génétiquement modifiées, d'utilisation dégradante du sol et de grands domaines exploités aux dépens d'un modèle de réforme agraire ayant échoué. En 2006, le site Repórter Brasil [en portugais] indiquait déjà une nouvelle voie pour la frontière agricole brésilienne :
A rápida degradação do solo é um exemplo [de perdas irreversíveis à região]. De acordo relatório da Conservação Internacional, o plantio tradicional da soja, como é feito no Cerrado, causa a perda de cerca de 25 toneladas de solo por hectare ao ano. Caso fossem aplicadas técnicas de conservação, como a aragem mínima, o número poderia ser reduzido a 3 toneladas por ano.
Para Rosane Bastos [bióloga integrante da Rede Cerrado], a improdutividade pode impulsionar a destruição de outros ecossistemas: “se os grandes produtores ficarem sem solo, vão subir para a Amazônia”, prevê.
La rapide dégradation du sol est un exemple [de pertes irréversibles dans la région]. Selon un rapport de Conservação Internacional, la culture traditionnelle du soja, comme elle est pratiquée dans le Cerrado, entraîne la perte de près de 25 tonnes de sol par hectare chaque année. Si des techniques de conservation, comme le labour minimal, étaient employées, ce chiffre pourrait être réduit à 3 tonnes par an.
Pour Rosane Bastos [biologiste qui fait partie du Réseau Cerrado], le manque de productivité peut provoquer la destruction d'autres écosystèmes : « si les grands producteurs se retrouvent sans sol, ils vont se déplacer en Amazonie », prévoit-elle.
 
A maioria da população de Moçambique vive no campo. O país é um dos mais empobrecidos do mundo, com 70% dos habitantes abaixo da linha da pobreza. Imagem: The International Livestock Research Institute (ILRI) no Flickr (CC BY-NC-SA 2.0)
La majorité de la population du Mozambique vit dans les campagnes. Ce pays est l'un des plus pauvres du monde, avec 70 % de ses habitants sous le seuil de pauvreté. Photo : The International Livestock Research Institute (ILRI) sur Flickr (CC BY-NC-SA 2.0)

Que le gouvernement du Mozambique recherche des accords afin d'augmenter la productivité agricole n'est pas nouveau, comme Global Voices s'en est fait l'écho en janvier et juillet 2010. Le site Repórter Brasil [en portugais] faisait déjà part de sa préoccupation au sujet des communautés traditionnelles du Mozambique :
A Constituição de Moçambique decreta que todas as terras do país são propriedade do Estado, que pode conceder autorização de uso a empresas por períodos de 50 anos. Essa concessão, no entanto, está condicionada à ausência de comunidades tradicionais no território. Pelo jeito, lá, como no Brasil, boas leis não são garantia de boas práticas.
La Constitution du Mozambique déclare que toutes les terres du pays sont propriété de l'État, qui peut concéder son usage à des entreprises pour des périodes de 50 ans. Cette concession, toutefois, est conditionnée à l'absence de communautés traditionnelles sur son territoire. Tout montre que là-bas, comme au Brésil, de bonnes lois ne garantissent pas de bonnes pratiques.
Une des exigences du gouvernement du Mozambique pour la concession des terres est l'emploi de 90 % de main d'œuvre nationale pour les travaux agricoles. Sur au moins la moitié du territoire cédé par l'état aux brésiliens vivent des paysans sur de petites propriétés. Le Mozambique est l'un des 49 pays les plus pauvres du monde, avec 70 % de sa population sous le seuil de pauvreté, et les agriculteurs y éprouvent de grandes difficultés à accéder au crédit [en portugais] pour la production de nourriture.
Les structures foncières et les acquisitions de terres par des sociétés étrangères dans les pays africains ont fait l'objet d'une étude de l'Organisation des Nations Unies, citée par Fundação Verde [en portugais].
O documento pontualiza que as aquisições (de modo geral feitas na África mediante contratos de aluguel de meio século ou um século inteiro pelo que nada se paga) podem constituir um benefício ao supor investimentos estrangeiros. Também pode acarrear atração tecnológica, incremento da produtividade agrária e criação de emprego e de infra-estrutura. Mas, assim como estão sendo levados a cabo, com precárias consultas à população local, falta de transparência e sem garantir nos contratos os compromissos de investimento, emprego ou desenvolvimento de infra-estruturas, supõe colocar em risco o modo de vida de milhares de pequenos agricultores ou pastores, cuja existência depende da terra.
Ce document souligne que les acquisitions (réalisées en Afrique de manière générale par l'intermédiaire de contrats de location de cinquante ou de cent ans pour lesquels aucun argent n'est versé) peuvent constituer un profit en supposant des investissements étrangers. Cela peut également amener une attraction technologique, un accroissement de la productivité agricole et la création d'emplois et d'infrastructures. Mais la façon dont elles sont conduites, avec peu de consultation de la population locale, un manque de transparence et sans garantir dans les contrats les engagements d'investissement, d'emploi ou de développement d'infrastructures, peut mettre en péril le mode de vie de milliers de petits cultivateurs ou éleveurs, dont l'existence dépend de la terre.
 
Le néocolonialisme brésilien [en portugais] au Mozambique ne contribuera certainement pas au développement socialement juste de ce pays. Si, d'un côté, le Brésil peut offrir des connaissances techniques [en portugais] pour la culture de semences dans la savane africaine, il est d'un autre côté en train de proposer un modèle insoutenable d'agrobusiness, basé sur la monoculture, la dégradation de l'environnement et la concentration des terres entre les mains de quelques uns.
 

27 juillet 2011

Brésil : Un rapport dénonce les pratiques de l'industrie des agrocarburants

Brésil : Le Gouvernement impose la centrale de Belo Monte malgré les manifestations

4 mai 2011

ARTE Reportage - Brésil , Bangkok , Golfe du Mexique

http://videos.arte.tv
(France, 2011, 42mn)
ARTE


Enfants prêcheurs du Brésil
Adriana, 10 ans, prêche la bonne parole devant une assemblée de fidèles suspendus à ses lèvres. Le verbe facile, le geste sûr, elle harangue l’assistance, micro en main, pendant près d’une heure. Persuadée que la présence divine qui l’anime va transformer la vie de ceux qui l’écoutent.
A l’image du pays entier, Sumaré, une ville de 230 000 habitants dans l’Etat de São Paulo, possède de nombreuses églises évangéliques. Au Brésil, la religion évangélique monte en puissance. Le fer de lance de cette progression : les enfants, dont l’image de pureté attire des nouveaux fidèles. Ils prient avec ferveur, donnent de l’espoir à des gens désespérés, guérissent leurs maladies… Pour les fidèles en transe, ces enfants sont des icônes, des stars. Pour d’autres, ils ne sont que le fruit d’une épouvantable manipulation que personne n’ose dénoncer.
Il y a trois ans, l’Amérique latine comptait près de 6 000 enfants prêcheurs. Aujourd’hui, on ne connaît pas leur nombre, mais ils représentent un business florissant qui attire toujours plus de fidèles.

Bangkok coule
Bienvenue à Samut Prakan, ou du moins ce qu’il en reste. Il y a dix ans, c’était un village de la banlieue de Bangkok, avec ses rues, ses voitures, ses habitations. Aujourd’hui, tout a disparu. Grignoté par les eaux, le littoral thaïlandais est totalement englouti.
Bangkok, l’ancienne Venise de l’Orient, s’est développée anarchiquement pendant des années. Aujourd’hui, c’est une mégapole trépidante de dix millions d’habitants, qui continue de déplier ses tentacules… Un processus naturel encore amplifié par le poids des gratte-ciel. Le béton recouvre tout : la plus grande partie de l’agglomération se trouve au-dessous du niveau de la mer. Et la ville toute entière s’enfonce de plusieurs centimètres par an. « Bangkok est condamnée ». Tous spécialistes confondus s’accordent à dépeindre des scénarios cauchemardesques. La Banque Mondiale estime que si rien n‘est fait rapidement, un million de personnes vivront dans des zone inondables. D’ici 2050, Bangkok sera sous les eaux.

Golfe du Mexique : pétrole en profondeur
Après l’explosion de la plateforme Deepwater Horizon le 20 avril 2010, le géant pétrolier britannique BP a fait disperser des millions de litres de Corexite, un produit chimique toxique qui a empêché la marée noire de déferler sur les plages du Golfe du Mexique.
Aujourd’hui, d'importantes nappes de pétrole ont été découvertes par 1400 mètres de fond par des scientifiques de plusieurs universités américaines. Une découverte qui laisse à penser que l'estimation de la quantité de pétrole s'échappant de la plate-forme Deepwater a été largement sous-évaluée.
Ces nappes épaisses s’incrustent en grande quantité dans les profondeurs. Un dépôt toxique autrement plus dangereux que ce qui apparaît à la surface de l’eau. Les spécialistes s’accordent à dire que la quantité de pétrole se présente sur plusieurs couches, qui s'étagent sur trois, quatre ou cinq niveaux… Et ces nappes ont provoqué une baisse de 30% de la quantité d'oxygène dans la zone, menaçant de tuer la majorité de la faune marine

DIRECT LINK

3 octobre 2010

Le Dessous Des Cartes : BRÉSIL UN GÉANT ÉNERGÉTIQUE



BRÉSIL : UN GÉANT ÉNERGÉTIQUE 2/2

Recherches et écriture: LEPAC / Jean-Christophe Victor
Réalisation : Frédéric Ramade
Graphisme : Frédéric Lernoud


Nouvelle puissance économique émergente, le Brésil bénéficie d’un mix énergétique particulier pour soutenir sa croissance. Du pétrole aux agrocarburants, de l’hydroélectricité à l’éolien, Le Dessous des Cartes dresse l’état des lieux et le bilan environnemental ambigu de ce pays.


Le Dessous Des Cartes : BRÉSIL QUEL BILAN POUR LULA



BRÉSIL : QUEL BILAN POUR LULA ? 1/2

Recherches et écriture: LEPAC / Jean-Christophe Victor
Réalisation : Frédéric Ramade
Graphisme : Frédéric Lernoud

Après deux mandats, Luiz Inacio « Lula » da Silva quitte la présidence du Brésil. A l’issue de ces huit années, Le Dessous des Cartes analyse l’héritage politique de ce personnage charismatique. Entre croissance économique, réforme sociale et dynamisme diplomatique, quel est l’actuel visage de ce pays émergent ?


Arte Reportage : Bosnie , Bresil , Bolivie



ARTE Reportage

Bosnie : des ponts sur la Drina
Depuis la fin de la guerre en 1995, la Bosnie-Herzégovine vit en paix. Pourtant, les institutions issues des accords de Dayton n’ont pas permis de réunir ce pays divisé en deux entités, la Fédération Croato-Musulmane et la Republika Srpska.
Le dimanche 3 octobre, plus de trois millions d’électeurs sont appelés à réélire toutes les structures politiques du pays : la Présidence collégiale, les parlements et les exécutifs des deux entités.
Un enjeu de taille : l’adoption d’une nouvelle constitution par les dirigeants bosniens permettrait au pays d’adhérer à l’Union Européenne.
Si les diplomates en poste dans la capitale, Sarajevo, dénoncent la division du pays, dans les montagnes, sur les rives de la Drina, les habitants et leurs élus semblent heureux de revivre ensemble, comme au bon vieux temps de la Yougoslavie.
Vladimir Vasak s’est rendu dans cette vallée mythique où Bosniaques, Musulmans et Serbes vivent en bonne intelligence et se croisent entre Foca et Gorazde, deux villes dont les maires respectifs prônent le dialogue entre communautés et militent avec ferveur pour l’entrée de la Bosnie-Herzégovine dans l’Union Européenne.

Brésil : l’après Lula
Le 3 octobre prochain, les citoyens brésiliens choisiront leur nouveau président. Après huit ans au pouvoir, le président brésilien Luiz Inácio « Lula » da Silva quittera le poste présidentiel avec une popularité jamais vue dans le pays. Selon les derniers sondages, 76 % des Brésiliens jugent l’administration Lula « bonne ou excellente ». Alors, qui va lui succéder ?
Du côté du pouvoir, Dilma Rousseff, 62 ans. Cette femme de l'ombre, compétente et travailleuse, a fait l'essentiel de sa carrière dans l'administration provinciale avant d'être remarquée par le président Luiz Inacio Lula da Silva. N'ayant jamais affronté l'épreuve des urnes, "Dilma" était, il y a encore six mois, inconnue de la majorité des Brésiliens.
Du côté de l'opposition, José Serra, 68 ans, politicien de longue expérience, à l'aise sur les estrades et face aux caméras, est riche d'un parcours au bilan souvent flatteur, comme ministre de la santé ou comme gouverneur de l'Etat de Sao Paulo.
Aujourd'hui, à quelques jours du scrutin, la néophyte caracole loin devant son rival. Selon les derniers sondages, forte du soutien charismatique de Lula. Elle obtiendrait un grand avantage sur son adversaire avec 47 % des intentions de vote, contre 30 % pour José Serra. La troisième candidate qui compte, l'écologiste Marina Silva, stagne avec environ 10 % des suffrages.
Si Dilma Rousseff donnait raison à certains sondages qui prédisent sa victoire dès le premier tour, elle deviendrait, le 1er janvier 2011, le 40e président de la République du Brésil, et la première femme à occuper cette fonction.

Bolivie : les déesses du ring
Pour survivre à La Paz, il vaut mieux être débrouillard. Les études sont chères et les emplois correctement rémunérés très rares. Des femmes, toutes issues du peuple des Aymara, ont trouvé la parade : le catch leur offre un gagne-pain supplémentaire et une reconnaissance parmi leurs pairs.
Leur nom de guerre : « „Coup de pied volant », « Salto mortale »ou encore « Baiser de l’ange ». Les catcheuses peaufinent leurs gestes pour impressionner leur adversaire et faire monter la pression au sein d’un public amateur d’acrobaties spectaculaires.
Carmen Rosa, célèbre pour son courage, a déjà remporté de nombreux titres. 10 euros par représentation assurent à Carmen, Juanita, Benita et les autres « déesses » du ring juste de quoi payer costumes… et pansements. Mais peu importe : au-delà de la douleur, les cris de joie et d’encouragement du public sont un plaisir qui donne des ailes…

(France, 2008, 42mn)
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