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21 janvier 2014

Traders - Le marché secret des matières premières

Source : http://www.arte.tv
Source : http://future.arte.tv/fr/la-speculation-sur-les-matieres-premieres

© Roche Productions

Depuis les récentes émeutes de la faim en Afrique, en Asie et au Mexique, le fonctionnement du marché des matières premières est sur le banc des accusés. Quelle est la responsabilité des traders dans ces désordres économiques et humanitaires ?


Jamais nos sociétés n’ont consommé autant de matières premières qu’en ce début de XXIe siècle. Blé, riz, sucre, soja, pétrole… : tous ces produits sont aujourd'hui objets de spéculation. L’émergence de grandes puissances comme la Chine, l’Inde et le Brésil a provoqué une explosion de la demande. Mais ce n’est pas la seule explication à l’envolée des prix. Politiques, ONG et médias désignent les traders comme les principaux responsables de la flambée des cours. Mais qui sont ces spéculateurs accusés d’affamer la planète ? Et surtout, comment fonctionnent ces marchés des matières premières réputés complexes et opaques ?

Pour la première fois, un documentaire démonte les mécanismes de ce grand commerce mondial aux enjeux économiques, politiques et alimentaires majeurs, et révèle le quotidien de ceux qui en sont les principaux acteurs : les traders eux-mêmes, ces hommes et ces femmes qui achètent, transportent, revendent les marchandises et spéculent sur l’évolution de leurs prix. Des plantations de coton africain aux sociétés d’import de Hong Kong, des champs de soja brésiliens à la salle des marchés du Chicago Board of Trade, en passant par les ports de commerce de Santos et du Havre, cette enquête au long cours, sur quatre continents, pénètre au cœur du grand négoce international des matières premières. Une très ancienne corporation dont la règle de base est le secret, et qui nourrit tous les fantasmes.

  • Origine : ARTE F
  • Pays : France
  • Année : 2013

22 novembre 2013

Documentaire : Une vie de cochon

Documentaire d'Olivia Mokiejewski
Dans la collection "L'Emmerdeuse" incarnée par Olivia Mokiejewski.
Réalisé par Yann L'Hénoret et Olivia Mokiejewski.
Produit par Nilaya productions et France Télévisions

Source : http://www.france2.fr

« Les cochons ! Ils sont tout roses, si attachants avec leurs grands yeux. Et ils sont partout dans nos assiettes. Ils sont tellement présents que j’ai voulu connaître la face cachée de ma tranche de jambon. C’est l’histoire triste et vraie d’un système devenu absurde où il n’y pas de coupable mais dont nous sommes tous responsables. Un monde où les hommes et les animaux sont devenus des machines.

Il y a des moments où il faut être une emmerdeuse. » Olivia Mokiejewski Après s’être intéressée à la recette du Coca- Cola, l’emmerdeuse a décidé de se pencher sur le hamburger des Français, le jambonbeurre. On en consomme chaque jour plus de 2 millions. Il faut dire que quand on n’a pas beaucoup le temps de cuisiner, comme elle, le jambon c’est pratique, bon et pas cher. Le porc est d’ailleurs la viande la plus consommée en France et dans le monde. Le jambon blanc fait partie des dix produits les plus vendus de la grande distribution. L’image que nous vend l’industrie est celle d’un produit simple, sain et authentique dans laquelle le cochon n’apparaît jamais. D’ailleurs il y a 1,2 milliard de cochons sur terre et pourtant, on ne les voit jamais.

Olivia Mokiejewski a voulu savoir ce qu’il se cachait derrière cette tranche de jambon et son déguisement champêtre. Elle a tenté de suivre le parcours d’un cochon de l’élevage jusqu’à l’assiette. Et ça n'a pas été simple. La filière porcine est l’une des plus discrètes du secteur agroalimentaire. Et pour ne rien arranger, elle traverse une grave crise qui touche de plein fouet la Bretagne, la région du cochon. Cependant, certains acteurs de la filière (éleveurs, salariés d’abattoirs) qu’on entend rarement, et qui dénoncent ce manque de transparence, ont accepté de témoigner. Comment sont élevés les cochons ? A quoi ressemble le quotidien de ceux qui nous nourrissent ? Pourquoi estil si difficile de filmer dans une usine de jambon ? Quel est impact de notre consommation du « toujours moins cher » ? L’emmerdeuse a voulu regarder sa tranche de jambon droit dans « les yeux ».

10 octobre 2013

Le ventre de Tokyo

Source : http://www.arte.tv

Un état des lieux de cette mégapole de 36 millions d’habitants, dix-sept mois après la catastrophe nucléaire de Fukushima. Des poissons au césium à la pollution tous azimuts, le bilan dressé par les habitants de Tokyo (poissonniers, éboueurs, employés du service des eaux…) est accablant.

DL , DL


Alternative Player

18 août 2013

Agent Orange : Le retour en forêt amazonienne

Une partie de la forêt amazonienne empoisonnée par l’Agent Orange : Photo IBAMA

Par André Bouny
01/08/2013

Source : http://www.mondialisation.ca
English : Agent Orange : The return in Amozonian forest


Le 5 juillet 2011, Stephen Messenger, écrivain et défenseur de l’environnement vivant à Porto Alegre (État du Rio Grande do Sul, Brésil), dénonçait les agissements de Monsanto : 

« Agent Orange est l’une des armes les plus dévastatrices de la guerre moderne, un produit chimique qui a tué ou blessé quelque 400.000 [hélas, bien davantage !] personnes au cours de la guerre du Viêt Nam – et maintenant il est utilisé contre la forêt amazonienne. Selon les responsables, les éleveurs au Brésil ont commencé la pulvérisation de l’herbicide hautement toxique sur des parcelles de forêt comme méthode secrète pour effacer illégalement feuillage, plus difficiles à détecter que des tronçonneuses et des tracteurs.

  Au cours des dernières semaines, un relevé aérien détecté quelques 440 hectares de forêt qui avaient été pulvérisés avec le composé – empoisonnant des milliers d’arbres et un nombre incalculable d’animaux selon IBAMA (Agence de l’environnement du Brésil) – ont d’abord été pressenti pour le défrichement illégal constaté par des images satellites de la forêt en Amazonie. Plus tard, un survol en hélicoptère dans la région révélé des milliers d’arbres laissés couleur de cendre et défoliés par des produits chimiques toxiques. IBAMA déclare que l’Agent Orange a probablement été dispersés au moyen d’un avion par un fermier encore non identifié pour défricher la terre pour le pâturage, car il est plus difficile à détecter que les opérations traditionnelles qui nécessitent des tronçonneuses et des tracteurs.

 La semaine dernière, dans une autre partie de l’Amazonie, une enquête menée par l’Agence découvre quatre tonnes de pesticides hautement toxiques cachés dans la forêt dans l’attente de sa dispersion. En cas de rejet, les produits chimiques auraient pu potentiellement décimer quelque 7500 hectares de forêt, tuant toute la faune qui y habite et contaminant les eaux souterraines. Dans ce cas, la personne responsable a été identifiée et fait maintenant face à des amendes approchant 1,3 million de dollars.
 
Selon un article de Folha de Säo Paulo, la dernière fois que ces produits chimiques ont été enregistrés en cours d’utilisation pour défolier, c’était en 1999, mais les autorités disent que la distribution de l’herbicide dévastateur pourrait devenir plus fréquente et que les fonctionnaires devaient sévir contre ces types flagrants de crimes contre l’environnement.

«Ils [Deforesters] ont changé leur stratégie parce que, dans un laps de temps très court, plus de zones de forêt peuvent être détruits avec des herbicides. Ainsi, ils n’ont pas besoin de mobiliser des équipes d’abattage d’arbres et peuvent donc contourner le contrôle de l’IBAMA,” dit Jerfferson Lobato de l’IBAMA.

Bien que l’Agent Orange a été initialement conçu pour effacer la couverture forestière dans les situations de combat, son utilisation est devenue un sujet de controverse en raison de son impact sur les humains et la faune. Pendant la guerre du Viêt Nam, l’armée américaine a dispersé 12.000.000 de litres [un minimum de 84 millions, prouvés] d’herbicide, un impact sur la santé de près de 3 millions de personnes [actuellement, mais en tout, bien davantage], principalement des paysans, et citoyens vietnamiens, causant des malformations congénitales sur environ 500 mille enfants. En outre, l’effet du produit chimique sur l’environnement est profond et durable.
 
Le mois dernier, plus de trois décennies après la dernière utilisation de l’Agent Orange au Viêt Nam, les États-Unis ont commencé à participer au financement [pour moins de moitié] d’une opération de décontamination. Pendant ce temps, dans l’Amazonie brésilienne, le produit chimique hautement toxique avait été redécouvert et pulvérisé sur la forêt tropicale. »

Le 6 juillet 2011 goodplanet.info, de la fondation Yann Artus Bertrand, reprend : Épandage d’Agent orange et d’herbicides agrotoxiques sur la forêt amazonienne. L’Ibama (l’Institut brésilien de l’environnement et des ressources naturelles renouvelables) a découvert une zone de 178 ha, environ autant de terrains de football, dévastée par des herbicides épandus par avion. Repérée grâce au système de détection par satellite DETER (détection de la déforestation en temps réel), la zone a ensuite été survolée par les équipes de l’Ibama qui ont constaté que les arbres avaient perdu leurs feuilles et qu’ils étaient de couleur blanchâtre, rapporte le Folha do Sao Paulo.

D’après Jefferson Lobato, chef de la division de contrôle et de surveillance de l’Ibama, cette technique est encore récente. “Les “bûcherons” ont changé de stratégie. L’utilisation d’herbicides leur permet de déboiser en peu de temps des surfaces plus importantes. Ainsi, ils n’ont plus besoin de mobiliser des équipes entières et peuvent déjouer notre surveillance.”

Les spécialistes de l’Ibama expliquent que les agrotoxiques tuent directement les arbres et contaminent le sol, les nappes phréatiques, les animaux et les hommes. Il y a quelques jours, une équipe de l’Ibama avait découvert cachées dans la forêt 4 tonnes d’herbicides agrotoxiques parmi lesquels figurait notamment du 2,4 D (acide 2,4 dichlorophénoxyacétique), un des principaux constituants de l’Agent Orange, responsable de la mort de plusieurs centaines de milliers de personnes lors de la guerre du Viêt Nam.

Pour l’instant, les responsables n’ont pas encore été identifiés mais déjà, les autorités ont qualifié le fait de répandre des herbicides sur la forêt par avion de crime environnemental.

Le business du commerce equitable

Source : http://www.arte.tv

Le business de l'éthique, qui prétend réconcilier le porte-monnaie et la morale, brasse des milliards d'euros. Du Mexique au Kenya, Donatien Lemaître a décortiqué toute la filière. Il montre comment l'idée généreuse du commerce équitable est de plus en plus récupérée par des as du marketing ou des multinationales en quête de virginité.


Pourquoi juste consommer quand on peut consommer juste ? C'est la question – sous forme de slogan – que posent les acteurs du commerce de l'éthique. En glissant dans son caddie un produit arborant la mention "équitable", le consommateur fait un choix qui prend tout son sens à l'autre bout du monde. En Afrique ou en Amérique latine, des petits producteurs auront été payés décemment pour produire la matière première. Et ils n'auront pas été contraints de courber l'échine face aux importateurs et aux distributeurs, comme le veut la règle de l'économie mondialisée. Qu'en est-il réellement ? À l'exemple de Max Havelaar, les labels se multiplient et les consommateurs les plébiscitent. Mais quelle réalité se cache derrière les étiquettes ?

La rançon du succès

Du Mexique au Kenya en passant par la République Dominicaine, Donatien Lemaître a décortiqué toute la filière. Il montre comment l'idée généreuse du commerce équitable est de plus en plus récupérée par des as du marketing ou des multinationales en quête de virginité, bien loin de l'objectif de ses créateurs. Les premiers à s'en emparer ont été les grands réseaux de distribution : les "consom-acteurs" sont prêts à payer leur café plus cher si les producteurs sont correctement rémunérés ? Les grandes surfaces ont accordé de plus en plus de place au label "équitable". Mais elles ont parallèlement augmenté leurs marges sur ces produits... Résultat : tandis que les producteurs labellisés gagnent à peine plus que les producteurs lambda (et jamais assez pour sortir de la pauvreté), les grandes enseignes, elles, s'enrichissent. Du côté des producteurs, le système n'est pas forcément plus vertueux : Donatien Lemaître observe que, dans les plantations de bananes de la République dominicaine, des petits propriétaires ayant obtenu le label Max Havelaar exploitent des travailleurs haïtiens sans-papiers. Ainsi, le commerce équitable a ses coopératives, ses programmes de développement, mais aussi ses forçats invisibles… Autre surprise : pour répondre à la demande croissante de bananes équitable, Max Havelaar a accordé son label à de gros producteurs : chez Savid, on produit 150 tonnes de bananes par semaine avec des ouvriers haïtiens mal payés et mal logés, mais dont les papiers sont en règle... Bienvenue dans l'ère de l'équitable industriel ! Enfin, Donatien Lemaître s'intéresse aux multinationales de l'agroalimentaire. Et constate qu'au Kenya, le partenariat entre Rainforest Alliance et Lipton (groupe Unilever) a profité à la marque, mais absolument pas aux travailleurs occasionnels des plantations de thé. Où il apparaît que si le commerce équitable était une belle idée, il renforce aujourd'hui essentiellement le système dominant.

  • Origine : ARTE F
  • Pays : France
  • Année : 2013


9 mars 2013

Conflits fonciers en terres cambodgiennes

Par Philippe Revelli
22/02/2013
Source : http://www.monde-diplomatique.fr
English    Cambodian land conflicts land

« Carnet de route » est le sixième épisode du cycle TERRES. Au Cambodge, suite à l’adoption en 2001 de la Loi sur la propriété foncière, 56 % des terres arables sont passées aux mains de sociétés privés. Les minorités, spoliées de leurs terres et de leurs habitats, se mobilisent pour la défense de leurs droits. A Phnom Penh, les politiques partielles de relogements n’améliorent en rien la situation des déplacés. De plus, l’avancée de projets immobiliers au cœur de la capitale conduit à l’expulsion, souvent violente, des populations les plus démunies.

8 mai 2012

Afrique : Un appel à plus de transparence dans les transactions foncières de terres arables

Ecrit par Lova Rakotomalala · Traduit par Abdoulaye Bah
le 6 Mai 2012 
pour http://fr.globalvoicesonline.org

TraductionsLire cet article en d'autres langues:

Português · África: Clamor por Transparência Diante do Aumento Significativo da Venda de Terras
English · Africa: Calls for Transparency Over Marked Increase in Land Deals


Une coalition internationale de chercheurs et d'ONG a publié la plus grande base de données publique du monde sur les transactions foncières internationales, rapporte le blog Global Development du quotidien The Guardian (Royaume-Uni). Il s'agit d'une étape importante pour mettre en évidence un problème de développement qui a reçu peu d'attention  des médias.
Le rapport indique que près de 5% des terres agricoles africaines ont été achetées ou louées par des investisseurs depuis 2000, et insiste sur le fait que ce n'est donc pas un phénomène nouveau, mais souligne aussi que le nombre de telles transactions de terres a considérablement augmenté au cours des cinq dernières années.


De nombreux observateurs sont de plus en plus inquiets car ces transactions de terres ont lieu généralement dans les pays les plus pauvres du monde et auront un impact sur la frange la plus vulnérable des populations, les agriculteurs. Les bénéfices profitent rarement à l'ensemble de la population, en partie en raison d'un manque de transparence dans la procédure des transactions.
Un rapport complémentaire publié par Global Witness, intitulé Dealing with Disclosure, (Gérer la divulgation), met l'accent sur l'impérieuse nécessité de la transparence dans les transactions foncières.

Les nations les plus pauvres du monde sont ciblées
Le rapport de Global Witness indique que 754 transactions foncières ont été identifiées, impliquant la majorité des pays africains pour environ 56,2 millions d'hectares.

Target countries of land deals from the Land Matrix Project
Les pays cibles de transactions foncières,carte du projet Land Matrix

Les nations ciblées sont généralement parmi les plus pauvres du monde. Les pays où la plupart des transactions sont en cours sont le Mozambique (92 offres), l’Éthiopie (83), la Tanzanie (58) et Madagascar (39). Certains de ces accords ont fait les gros titres parce qu'ils ont été conclus afin d'assurer le contrôle des importations alimentaires des pays ou entités acquéreurs, alors que les régions ciblées sont confrontées à des crises alimentaires majeures.

L'ONG GRAIN a déjà expliqué en détail l'essentiel de ses préoccupations dans un rapport approfondi publié en 2008:
La synergie actuelle entre la crise alimentaire et la crise financière a déclenché un nouvel « accaparement des terres » au niveau mondial. D’un côté, des gouvernements préoccupés par l’insécurité alimentaire qui recourent à des importations pour nourrir leurs populations s'emparent de vastes territoires agricoles à l’étranger pour assurer leur propre production alimentaire offshore. De l’autre, des sociétés agro-alimentaires et des investisseurs privés, affamés de profits dans un contexte d’aggravation de la crise financière, voient dans les investissements dans des terres agricoles à l’étranger une source de revenus importante et nouvelle. De ce fait, des terres agricoles fertiles sont de plus en plus privatisées et concentrées. Si elle devait rester incontrôlée, cette main basse sur les terres à l’échelle planétaire pourrait sonner le glas des petites exploitations agricoles et des moyens de subsistance ruraux dans bien des régions du monde.
Au Malawi, les transactions foncières ont augmenté de plus en plus principalement au détriment des agriculteurs locaux. Un rapport de Bangula explique les difficultés rencontrées par les agriculteurs du Malawi, comme Dorothy Dyton et sa famille :
Comme la plupart des petits exploitants agricoles au Malawi, ils n'ont pas de titre de propriété pour la terre où Dorothy Dyton est né, et en 2009 elle et environ 2 000 personnes qui pratiquent l'agriculture de subsistance dans la région ont été informées par leur chef local que la terre avait été vendue et qu'ils ne pouvaient plus y cultiver. […] Depuis lors, dit Dorothy Dyton, “la vie est très dure pour nous.” La réserve de chasse d'un côté de la communauté et la rivière Shire et la frontière du Mozambique de l'autre, il n'y a pas d'autres terres disponibles pour eux à cultiver et la famille gagne la vie péniblement maintenant en vendant du bois de chauffe qu'elle collecte de la forêt voisine.
Land construction in Madagascar. Photo by Foko Madagascar, used with the author's authorization
Préparation de la terre à Madagascar. Photo de Foko Madagascar, utilisée avec l'autorisation du e l'auteur


Les agriculteurs de Madagascar partagent des préoccupations similaires, car ils n'ont pas de droit de propriété sur la terre qu'ils cultivent et une véritable réforme agraire doit encore être mise en œuvre. L'association Terres Malgaches est à la pointe de la protection des terres pour la population locale. Elle signale que :
Les familles malgaches ne possèdent pas de document foncier pour sécuriser leurs terres contre les accaparements de toutes sortes. En effet, depuis la colonisation, l’obtention de titres fonciers auprès de l’un des 33 services des domaines d’un pays de 589 000 km2 nécessite 24 étapes, 6 ans en moyenne et jusqu’à 500 dollars US. (..) .  Face aux convoitises et accaparements dont les terres malgaches font l’objet actuellement, seule la possession d’un titre ou d’un certificat foncier, seuls documents juridiques reconnus, permet d’entreprendre des actions en justice en cas de conflit.
L'association fait état également des pratiques de la société minière Sheritt, à Ambatovy, qui ont créé un buzz dans la blogosphère locale en raison des inquiétudes de la population locale pour l'environnement et les malversations (par l'intermédiaire de Mines Alerte Canada) :
Le projet Ambatovy de Sherritt International dans l’Est de Madagascar – dont le coût d’investissement s’élève à 5,5 milliards USD et dont le début de la production est prévu ce mois-ci - comprendra des mines d’extraction à ciel ouvert […] Il s’arrêtera dans 29 ans. Il y a déjà de nombreuses raisons de préoccupation au sujet de la mine de la part des milliers de personnes locales à proximité des installations.Elles disent que leurs champs ont été détruits, l’eau est sale, les poissons dans les rivières sont morts, et il y a eu des glissements de terrains près de leur village. Pendant les essais de la nouvelle usine, il y a eu au moins quatre fuites différentes de dioxyde de soufre venant de l’installation hydro-métallurgique qui, selon les villageois auraient causé la mort d'au moins deux adultes et deux bébés et rendu malades au moins 50 personnes.
En janvier, des travailleurs originaires d'Ambatovy durant la phase de la construction licenciés ont commencé une grève sauvage, en faisant valoir que les emplois qui leur ont été promis ne se sont pas matérialisées à la fin de la construction. Les gens dans les villes voisines comme Moramanga disent que leurs filles sont de plus en plus engagées dans la prostitution.
Video montrant le témoignage d'un travailleur d'Ambatovy.

Les solutions pour la population locale ? 
Peut-être, cependant, le sort des agriculteurs malgaches est-il en train de changer lentement. Les discussions sur la réforme foncière sont en cours, selon cet article :
Selon un document présenté à la International Conference on Global Land Grabbing 2011 (Conférence internationale sur l'accaparement des terres 2011), environ 50 projets agro-industriels ont été annoncés entre 2005 et 2010, environ 30 sont encore actifs, couvrant une superficie totale d'environ 150.000 ha. Les projets comprennent des plantations pour la production de canne à sucre, le manioc et du biocarburant à base de plantes médicinales jatropha.
Pour éviter les impacts négatifs de l'accaparement des terres, l'ONG EPT a élaboré des modèles sociaux pour les investisseurs, avec un financement du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD). L'objectif est d'aider les investisseurs dans les négociations avec les habitants de la région où ils veulent réaliser des projets, comme un moyen de prévenir de futurs problèmes.
Joachim Von Braun, ancien membre de l'Institut International de Recherche sur les Politiques Alimentaires(IFPRI) a écrit ce qui suit sur les transactions foncières :
Il est dans l'intérêt à long terme des investisseurs, des gouvernements hôtes et des populations locales concernées de veiller à ce que ces dispositions soient bien négociées, que les pratiques soient durables et que les avantages soient partagés. En raison de la nature transnationale de ces accords, aucun mécanisme institutionnel unique ne permettra d'atteindre ce résultat. Il faut plutôt, une combinaison du droit international, des politiques gouvernementales, et l'implication de la société civile, des médias et des communautés locales pour minimiser les menaces et réaliser des avantages réciproques.
La nécessité d'une transparence dans les transactions foncières est aussi soulignée par Megan MacInnes, chargée de campagne sur le terrain  de Global Witness :
Beaucoup trop de personnes sont maintenues dans l'ignorance d'offres de transactions massives de terres qui pourraient détruire leurs maisons et leurs moyens de subsistance. Que cela doive changer, c'est bien compris, mais comment changer ne l'est pas. Pour la première fois, ce rapport (Dealing with Disclosure) [Gérer la divulgation] expose en détail quels sont les outils que les gouvernements, les entreprises et les citoyens peuvent utiliser pour lever le voile du secret qui entoure l'acquisition de terres. Il tire des leçons du travail déjà effectué pour améliorer la transparence dans d'autres secteurs et  expérimente ce qui est susceptible de s'appliquer au régime foncier. Les entreprises devraient porter la responsabilité de prouver qu'elles ne font  pas de torts ; les collectivités, qui ont peu d'informations ou de pouvoir,  ne devraient pas avoir à faire la preuve qu'une transaction foncière les affecte de façon négative.






 

11 février 2012

Guatemala : Le travail des enfants dans les champs de cannes à sucre

Ecrit par Juliana Rincón Parra · Traduit par Valentin Bomski



L'enquête récente faite par des journalistes de Plaza Publica au Guatemala a révélée comment les autorités gouvernementales,bien qu'elles aient juridiquement interdit le travail des enfants, autorisent les enfants de moins de 14 ans à travailler dans des champs de cannes à sucre, un travail physiquement exigeant et dangereux.

Morceaux de canne à sucre photo de Chris McBrien CCBy
Dans l'article Travail infantil et exploitation du sucre au Guatemalala, Alberto Arce et Martín Rodríguez Pellecer expliquent comment les enfants travaillent dans les champs de cannes à sucre où ils sont payés à la quantité coupée. Alors que la plupart des travailleurs adultes coupent deux à trois tonnes, ils n'atteignent même pas le salaire minimum,(équivalent à environ 7,50 USD en monnaie locale) par jour. Une des familles interrogées,où le père travaille avec ses deux fils, l'un de 12 ans et l'autre de 13, ne gagne pas le salaire minimum à eux trois.
Para llegar al salario mínimo, con un salario de Q20 por tonelada es necesario superar las tres toneladas diarias. Para el finquero, la media normal que un cortador puede extraer es de seis toneladas. Los cortadores dicen que a partir de dos o tres es inhumano.
Pour atteindre le salaire minimum, avec un salaire de 20 Q  par tonne, il est nécessaire de couper plus de trois tonnes par jour. Pour le propriétaire de la plantation, la quantité ‘normale' qu'un coupeur peut extraire est de 6 tonnes. Les coupeurs disent qu'a plus de 2 ou 3 tonnes, c'est inhumain.

Plantation Flamenco, photo de Alberto Arce, CC BY
Voici la courte vidéo qu'ils ont tournée quand ils sont allés dans une plantation de cannes à sucre pour prendre des photos à l'aide d'une antique caméra en bois. Extrait de l'article:
Plaza Pública ingresó sin pedir permiso a la propiedad privada de Kuhsiek para hacer unas fotografías artísticas sobre trabajadores de la caña. En ese momento, no se sabía quién era el dueño de la finca. Ya dentro se descubrió el trabajo infantil. Allí, en una conversación informal entre el empresario agrícola, uno de los reporteros que escriben esta nota y el fotógrafo Rodrigo Abd, se acordó una entrevista formal en su oficina de la capital.
Plaza Pública s'est rendue dans la plantation sans demander l'autorisation à l’administration de la propriété privée des Kuhsiek, pour prendre quelques photographies artistiques des coupeurs de canne. A ce moment, on ne savait pas qui était le propriétaire de la plantation. Une fois dedans, le travail des enfants a été découvert. Là, au cours d'un entretien informel avec l'entrepreneur agricole, l'un des journalistes qui a écrit cet article et le photographe Rodrigo Abd ont convenu d'une entrevue officielle dans le bureau dont il dispose dans la capitale.
La plus grande ironie est peut-être que le propriétaire de la plantation de Flamenco n'est autre que Otto Kuhsiek, le président de la Chambre d'Agriculture du Guatemala. Dans l'interview, il n'a pas nié que les enfants peuvent aller dans les champs, mais a affirmé qu'ils ne travaillent pas réellement là :
El presidente de la Cámara del Agro se define como una persona que trata de cumplir con la Ley: “No conozco las edades de los niños que se encontraban en mi finca, que estaban, en todo caso, en su período vacacional. Usted vio que había una escuela en frente de donde estaban. Y esos niños no son trabajadores, sino que vienen acompañando a sus padres. Son sus ayudantes (…) .



Le président de la Chambre d'Agriculture se définit comme une personne respectueuse des lois : “Je ne connais pas l'âge des enfants rencontrés dans ma ferme, en tout cas pas celui des enfants pendant la saison des vacances.Je ne sais pas si vous avez remarqué, mais il y a une école en face d'où ils étaient. Et ces enfants ne sont pas là en tant que travailleurs, ils accompagnent leurs parents,ils les aident.”
Il a poursuivi en expliquant que les travailleurs ne sont pas exploités parce qu'ils sont libres de partir quand ils sont fatigués. Cependant, les journalistes soulignent que les travailleurs peuvent encore être vus dans les champs après à 5 h  parce qu'ils sont payés pour ce qu'ils peuvent couper, ils peuvent être forcés a choisir entre nourrir leurs familles ou se reposer.
Sur Twitter, sous le hashtag #11deazucar, la journaliste guatémaltèque Alejandra Gutierrez essaye d'attirer l'attention sur leurs responsabilités dans le sort des enfants :
¿Los cañeros? ¿los azucareros? ¿los compradores? ¿los padres? ¿el Estado? La tragedia es que esos niños tengan que trabajar. #11deazucar
Les coupeurs de canne à sucre ? les travailleurs du sucre ? les acheteurs ? les parents ? l'Etat ? La tragédie est que ces enfants doivent travailler. #11deazucar
Le travail infantile dans les champs de cannes a sucre n'est pas nouveau : en 2007 , cette vidéo montrant des images de travailleurs de canne à sucre au Guatemala, dont des enfants, a été envoyée sur YouTube.
L'industrie du sucre au Guatemala a l'une des plus fortes croissances et remporte l'un des plus gros succès économique du pays mais cette croissance et cette richesse ne profite pas à la population plus loin dans la chaîne. En fait, Asazgua, la fédération du sucre, qui réunit les 13 usines de transformation du sucre au Guatemala, , garantit un salaire minimum uniquement à ceux qui travaillent dans la transformation du sucre, et non pas à ceux qui le coupe, et estime que les problèmes exposés par les travailleurs de la canne ne sont ni des des problèmes de travail des enfants ni leur problème tout court car ils sont que des coupeurs, et pas des travailleurs du sucre : Ils ne font pas partie d'Asazgua, ce n'est pas à eux d'empêcher ce qui se passe.

A Flamenco,Photo de Alberto Arce, CC BY
Dans l'article de Plaza Publica, Arce et Rodrguez racontent comment les propriétaires de plantations et Asazgua se présentent comme des victimes, affirment que le travail des enfants dans les plantations est le choix des agriculteurs, et que ne pas autoriser les enfants à travailler dans les champs pourrait conduire des agriculteurs ou leurs enfants à brûler les récoltes et à saboter la production.
L'article et l'enquête ont eu des résultats, mais malheureusement, pas ceux espérés. Le journaliste Alberto Arce a posté sur  twitter que, bien que l'exploitation Finca Flamenco ait cessé ses activités à la suite de l'article sur le sucre dans @ PlazaPublicaGT, des coupeurs de canne ont perdu leur emploi à Retalhuleu.

28 janvier 2012

La fraise espagnole, un cauchemar social

Par http://www.monde-diplomatique.fr
jeudi 26 janvier 2012
 
Des fraises en hiver : fabriqué par la publicité, ce rêve de consommateur est, on le sait, un cauchemar écologique, aussi bien pour l’eau massivement gaspillée que pour les pesticides employés dans la production. On sait moins qu’il est aussi, pour ceux qui produisent ces fraises sous les serres andalouses, un cauchemar social. Une mission d’enquête mandatée par la Fédération internationale des ligues des droits de l’Homme (FIDH) rendait aujourd’hui son rapport sur les conditions de travail des quelque 50 000 personnes qui constituent la main-d’œuvre de cette cette production saisonnière.

Majoritairement composée de travailleurs migrants, et surtout de femmes, cette population est régie par le système de la contratación en origen, qui permet aux patrons, en accord avec la Région et les syndicats, de « recruter “à la source” dans leur pays d’origine quelques milliers de personnes qui seront convoyées puis réparties dans les plantations où elles travailleront jusqu’à la fin de la saison de la fraise, s’engageant à revenir dans leur pays dès la fin de leur contrat ».

Depuis que la Pologne, la Bulgarie et la Roumanie sont entrées dans l’Union européenne, « le recrutement à la source concerne désormais des travailleuses marocaines. Ce système original est souvent érigé en exemple des avantages de la migration circulaire, un modèle promu par les institutions de l’UE afin de pourvoir aux besoins en main-d’œuvre de l’Europe tout en garantissant la non-installation des migrants sur son sol », souligne le rapport.

Mais, sur le terrain, les enquêteurs de la FIDH ont découvert « un certain nombre de problèmes psycho-sociaux dans la communauté des travailleuses marocaines. Par exemple, les femmes enceintes font tout pour dissimuler leur grossesse à leur employeur car elles craignent de devoir arrêter de travailler et donc renoncer à la saison. Lorsqu’elles sont malades, ces femmes hésitent aussi à se rendre dans les centres de santé et à en informer leur employeur ». Les « critères de sélection » des employeurs sont, constate le rapport, « sexistes et paternalistes ». Ainsi, « pour la fraise et encore plus pour la framboise, les doigts de la femme et sa délicatesse supposée conviendraient mieux. [Le programme] prévoyait de manière non explicite le recrutement en priorité de mères d’enfants en bas âge — une clause supposée empêcher leur évasion pendant la durée ou à la fin du contrat ».

Bien souvent, les ouvrières ne disposent pas d’une copie de leur contrat de travail, et certaines se voient confisquer leur passeport, ce qui les contraint à rester, loin de tout, cloîtrées sur leur lieu de travail. D’autant, insiste le rapport, que l’aspect temporaire des contrats, combiné au désintérêt des syndicats majoritaires espagnols comme des syndicats marocains, conduisent à une « absence » complète de représentation syndicale.

Quant aux conditions d’hébergement, elles sont parfois carcérales, « en dessous de toute norme. Il s’agit généralement de baraques en préfabriqué éloignées de plusieurs dizaines de kilomètres des zones urbaines et où le minimum en matière d’hygiène n’est pas respecté ».

« Le système même d’embauche de travailleurs à l’étranger — ce qu’Emmanuel Terray a décrit par l’expression “délocalisation sur place” — qui dépendent entièrement de cet employeur pour revenir travailler sur le territoire espagnol et qui ne disposent d’aucune représentation syndicale, empêche tout type de revendication, précise la FIDH, et explique le consentement des travailleurs à des conditions de travail pourtant en deçà des normes nationales et internationales, a fortiori dans une période de crise économique ».
« Conditions de travail dans les plantations de fraises à Huelva (Espagne) », le rapport de la FIDH (PDF).

Dans « Le Monde diplomatique »

 

  • « Florissante industrie de l’agriculture biologique », Philippe Baqué, février 2011.
    Comment le mouvement bio, lancé par des militants soucieux de défendre la petite paysannerie tout en rejetant les logiques productivistes, risque de s’échouer sur les têtes de gondole des supermarchés.
  • « Dans les champs de la Bekaa », Lucile Garçon et Rami Zurayk, septembre 2010.
    Attirés par de meilleurs salaires, des travailleurs syriens franchissent la montagne frontalière pour s’établir dans la plaine libanaise de la Bekaa. Précaire, leur séjour peut durer quelques mois ou plusieurs années…
  • « Et pour quelques tomates de plus », Aurel et Pierre Daum, mars 2010.
    Nos habitudes de consommation ne sont pas sans conséquences. Dans un kilo de tomates, en hiver, on trouvera : un goût insipide, de l’exploitation, de la pollution, des profits et, in fine, une réflexion sur… la mondialisation des échanges commerciaux.
  • « Colère des paysannes de l’Atlas marocain », Cécile Raimbeau, avril 2009.
    Depuis que de grandes exploitations de primeurs ou d’agrumes et des industries du secteur cosmétique tirent profit de la plaine du Souss, de plus en plus de paysannes berbères sont acculées à trimer comme ouvrières agricoles dans des conditions déplorables.
  • « Travailleurs saisonniers : cueille ou crève », Romain Fantin, Lettres de... (Les blogs du Diplo), 18 août 2009.
    Bienvenue à Castleton, une petite ferme perdue au fin fond de l’Ecosse, à 4 km du hameau le plus proche et à 40 km d’Aberdeen. Ici, deux cents étudiants, presque tous d’Europe de l’Est, viennent cueillir des fraises pendant les deux ou trois mois d’été. (...)

Toujours disponible

 

  • « We feed the world - le marché de la faim », d’Erwin Wagenhofer
    Ce documentaire permet de comprendre les causes profondes de la crise alimentaire ; il explique comment, alors que tous les experts reconnaissent que la planète est capable de nourrir l’ensemble de ses habitants, la famine et la misère rurale persistent.
    Disponible dans la boutique en ligne.

17 décembre 2011

TERRES / 1ère partie : Mali – Ruée sur les terres irrigables de l’Office du Niger

Par http://philipperevelli.com

TERRES / 1ère partie : Mali – Ruée sur les terres irrigables de l’Office du Niger




Cliquer sur l’image pour lancer le documentaire.



« Ruée sur les terres irrigables de l’Office du Niger » ouvre un cycle de webdocumentaires intitulé « TERRES ».




Après cette première étape malienne, le périple sur le thème de l’accaparement des terres, ses formes et ses conséquences, se poursuivra aux Philippines, en Colombie, au Brésil, au Pérou, en Inde et au Bénin.


Les documentaires seront mis en ligne au fur et à mesure de leur réalisation.
Le projet TERRES est produit par le CCFD-Terre Solidaire et soutenu par Le Monde Diplomatique


Pour en savoir plus sur la question foncière au Mali et dans la région de l’Office du Niger…
L’agrobusiness à l’assaut des terres irriguées de l’Office du Niger (Florence Brondeau / Cahiers agricoles n°20, janvier-avril 2011).Des programmes d’aménagement colossaux sont entrepris dans les systèmes irrigués de l’Office du Niger et laissent augurer des mutations sans précédent. L’État malien et ses partenaires s’engagent vers la promotion de l’agrobusiness et la privatisation du foncier. Le modèle de développement agricole fondé sur l’agriculture familiale semble donc être remis en question. Cette région est à l’aube de recompositions socio-spatiales et de désajustements tant socio-économiques qu’environnementaux que l’on commence tout juste à pressentir. Dans ce contexte, de nombreuses questions doivent être soulevées quant aux perspectives de développement de ces systèmes irrigués alors que de sérieuses réserves sont à avancer quant à la vocation de l’agrobusiness à sécuriser l’approvisionnement alimentaire du Mali et des pays voisins…


Quand la Banque mondiale encourage la razzia sur les terres agricoles (Le Monde Diplomatique / septembre 2011). Si les images de la famine en Afrique font le tour de la planète, on sait peu que ce fléau est en partie lié à l’essor des investissements fonciers sur le continent. Ainsi, l’Ethiopie cède des milliers d’hectares à des entreprises étrangères qui substituent à l’agriculture vivrière des plantations destinées à l’exportation. Et la Banque mondiale encourage ce mouvement, comme le montre le cas du Mali…
Investisseurs libyens, paysans maliens (Le Monde Diplomatique / septembre 2011). Le Mali a besoin de développer et de moderniser son agriculture ; mais, faute de moyens financiers, il doit faire appel aux investissements étrangers. La Libye a été l’un des premiers pays à proposer ses services, avec le projet Malibya en 2008. Les engagements des deux Etats sont fixés par une convention qui précise les droits et les devoirs des parties, ainsi que les avantages accordés aux opérateurs (mais toutes les clauses du contrat n’ont pas été rendues publiques). Bamako fournit des terres (100 000 hectares) dans la zone irrigable de l’Office du Niger. Tripoli apporte les capitaux pour les aménager et les mettre en valeur…
Mali / Ruée sur les terres irrigables de l'Office du Niger
Ruée sur les terres irrigables de l'Office du Niger / cliquer sur limage pour voir la galerie photo
Déclaration de la Conférence paysanne internationale de Nyéléni (Via Campesina). Nous, paysannes et paysans, pastoralistes, peuples autochtones ainsi que nos alliés, réunis pour la première fois à Nyéléni du 17 au 19 Novembre 2011, sommes venus des quatre coins du monde pour partager nos expériences et nos luttes contre l’accaparement des terres…


Comprendre les investissements fonciers en Afrique : Rapport Mali (Oakland Institute). Ce rapport recense et examine les investissements fonciers au Mali. Il présente des informations d’ordre général sur le contexte institutionnel et politique du pays notamment la situation macroéconomique actuelle, l’état de l’alimentation et de l’agriculture, et le climat actuel des investissements. En outre, il fournit des informations détaillées sur quatre accords d’investissements fonciers en cours au Mali.
Et aussi…
Farmlandgrab. Ce site Internet contient principalement des articles d’actualité sur la ruée mondiale sur les terres agricoles étrangères qui peut prendre la forme d’achat ou de bail. Ces acquisitions sont une stratégie destinée à garantir l’approvisionnement en denrées alimentaires de base ou ont tout simplement pour but de faire des bénéfices. L’objectif du site est de servir de source d’information à tous ceux qui suivent ou font des recherches sur la question, notamment les activistes sociaux, les organisations non gouvernementales et les journalistes.

22 septembre 2011

Appel à une « règle d’or » pour les pesticides

Par Marc Laimé
Pour  http://blog.mondediplo.net

La France est le troisième consommateur mondial de pesticides, avec 70 000 tonnes de produits toxiques utilisés chaque année. L’impact environnemental et sanitaire de leur dispersion massive dans l’environnement est catastrophique : pollution de l’eau et de l’air, cancers, maladies neurodégénérescentes… L’impact financier de leur usage est catastrophique pour les comptes publics et ceux de la sécurité sociale. Or, les pesticides bénéficient depuis 2000 d’un taux de TVA réduit de 5,5 %. A l’heure où une priorité absolue est accordée au « rabotage » des niches fiscales, l’application du taux de TVA « normal » de 19,6 % aux pesticides permettrait aux pouvoirs publics de récupérer plusieurs centaines de millions d’euros, qui pourraient être utilisés pour améliorer la qualité de l’eau et de l’air et promouvoir des pratiques agricoles respectueuses de l’environnement.
L’impact environnemental et sanitaire désastreux découlant d’un usage massif de pesticides, essentiellement à usage agricole, n’est plus à démontrer.
Plusieurs programmes d’action ont été adoptés ces dernières années, sous la pression du grand public et de la communauté scientifique.
Outre les multiples « engagements volontaires » successivement contractés par la profession agricole depuis une quinzaine d’années – des engagements qui ont mobilisé d’importants fonds publics sans que les résultats attendus apparaissent à la hauteur des attentes légitimes de la société –, l’adoption dans le cadre du Grenelle de l’environnement du plan « Ecophyto 2018 » implique de réduire de moitié la consommation de pesticides dans dix ans.

Mais cet accord, assorti de la réserve qu’il ne pourra être rempli qu’à condition que son impact n’excède pas « un coût raisonnable » pour la profession agricole, ne suffira pas à rétablir rapidement une situation environnementale et sanitaire satisfaisante.
Or, le temps presse. Les alertes se multiplient. Les atteintes à la santé publique sont désormais identifiées sans équivoque, et tournent parfois au drame.

Tout cela aggravé par les reculs constants du ministère de l’Agriculture face aux lobbies...
A l’heure où les « caisses sont vides », où la France « est en faillite », il est temps d’appliquer la « règle d’or » aux pesticides.

Selon les statistiques officielles de l’Union des industries de la protection des plantes (UIPP), le chiffre d’affaires annuel de la vente de pesticides en France dépasse les 2 milliards d’euros. Un montant supérieur au total des redevances acquittées annuellement par les usagers de l’eau français en même temps qu’ils paient leur facture, redevances perçues par les Agences de l’eau, qui les redistribuent ensuite aux collectivités locales, aux industriels et aux agriculteurs, pour financer des travaux d’amélioration de la qualité de la ressource en eau.

En fait, ce sont à peine une centaine de millions d’euros qui sont réellement affectés chaque année par les Agences de l’eau à l’amélioration de la qualité des ressources en eau, comme l’attestent le rapport publié en 2010 par la Cour des comptes (« Les instruments de la gestion durable de l’eau »), ou celui du Commissariat général au développement durable en janvier 2011, intitulé « Le financement de la gestion des ressource en eau en France. Etude de cas pour un rapport de l’OCDE ».

L’analyse comparative du montant respectif des redevances perçues, tant pour les « pollutions d’origine non domestique » de l’eau que pour les « pollutions diffuses », au regard des sommes allouées par les Agences de l’eau à la préservation de la ressource, est particulièrement accablante.
En résumé, ce sont les usagers domestiques de l’eau qui supportent financièrement, par le biais de leur facture et dans une proportion de plus de 95 %, les actions de lutte contre la pollution de l’eau. Tant la profession agricole que les producteurs de pesticides, qui nous intéressent ici, échappent quasiment à toute imposition !

Le scandale du taux de TVA à 5,5 %
appliqué aux pesticides 

 

Or, dans ce contexte, depuis les années 2000, selon les explications apportées par le ministère de l’écologie à une question de la députée (PCF) de Nanterre, Jacqueline Fraysse :
« Le code des impôts (en son article 278 bis) prévoit une TVA au taux réduit de 5,5 % pour les engrais et les produits antiparasitaires à usage agricole. Ces produits antiparasitaires recouvrent à la fois des produits “phytopharmaceutiques” et des produits “biocides”. Les premiers visent à protéger les plantes des ravageurs, les seconds à détruire, repousser ou rendre inoffensifs des organismes nuisibles (hors utilisation de protection des plantes). Cette disposition, lorsqu’elle a été introduite, avait pour objectif d’aider le secteur agricole, en permettant aux exploitants d’acheter des produits à moindre prix pour protéger leurs récoltes et sécuriser les rendements. »

Le Conseil des prélèvements obligatoires
veut taxer les pesticides à 19,6 % 

 

Or, le Conseil des prélèvements obligatoires, dans son rapport d’octobre 2010 (« Entreprises et niches fiscales et sociales », PDF), préconise la suppression de cet avantage fiscal allant à l’encontre des objectifs de réduction de la consommation de ces produits et dont le coût est évalué à 60 millions d’euros par an…
Jacqueline Fraysse demandait donc, dans sa question précitée à madame la ministre de l’écologie « s’il était envisagé, comme le propose le Conseil des prélèvements obligatoires, de relever le taux réduit de TVA à 5,5 % applicable à certains engrais au niveau du taux normal de 19,6 % ».

En réponse, le ministre de l’Ecologie précisait :
« Il est vrai que cet objectif est aujourd’hui plus complexe et de nouvelles préoccupations doivent être prises en compte, telles la réduction de l’usage des pesticides, réaffirmée dans le cadre du Grenelle de l’environnement. Ce point est souligné dans le rapport du Conseil des prélèvements obligatoires d’octobre 2010. Une réflexion est en cours au niveau gouvernemental, pour envisager dans quelle mesure certaines dispositions fiscales pourraient être revues à la lumière des engagements du Grenelle de l’environnement. La proposition du Conseil des prélèvements obligatoires de relever le taux réduit de TVA à 5,5 % à 19,6 % pour certains produits destinés à aider le secteur agricole, sera donc ainsi étudiée dans ce cadre. »

Une « règle d’or » pour les pesticides 

 

Le rapport précité du Conseil des prélèvements obligatoires chiffre donc à 60 millions d’euros les gains que représenterait pour l’Etat l’application du taux normal de TVA à 19,6 % à la vente des pesticides ; mais l’application d’une simple règle de trois au chiffre d’affaires annuel de 2 milliards d’euros de cette industrie fait apparaître un gain possible de 264 millions d’euros par an ! Même si le relèvement du taux causait une baisse importante des ventes, la différence est considérable… Davantage que les sommes utilisées chaque année par les six Agences de l’eau françaises pour financer les actions de reconquête de la qualité des eaux
Les sommes ainsi récupérées pourraient dès lors financer les actions de protection des 507 bassins d’alimentation de captages prioritaires fixées dans le cadre du Grenelle de l’environnement, la conversion des agriculteurs au bio ainsi que l’adoption de nouvelles mesures agro-environnementales. Sans qu’il soit besoin d’attendre de très hypothétiques aménagements dans le cadre de la révision de la PAC.


  • permalien Marc Laimé :
    15 septembre @15h17   « »
    Des références scientifiques ?
    Voir entre mille autre exemples :
    « Le Roundup, l’embryon d’oursin, la division cellulaire et les mécanismes à l’origine de la cancérisation. »
    par Robert Bellé, Ronan Le Bouffant, Julia Morales, Bertrand Cosson, Patrick Cormier & Odile Mulner-Lorillon
    Centre National de la Recherche Scientifique, UMR 7150 Mer & Santé ; Université Pierre et Marie Curie-Paris 6,
    UMR 7150 ; Équipe Cycle Cellulaire et Développement, Station Biologique, Roscoff, F-29682 France
    Journal de la Société de Biologie, 201 (3), 317-327 (2007).


    • permalien JBouchez :
      18 septembre @19h02   « »
      Les publications scientifiques avec comité de lecture et évaluation par les pairs sur les impacts des pesticides existent mais seulement, il faut savoir lire l’anglais qui est la langue de production de la science dans le monde, n’en déplaise aux unilingues francophones.
      Le meilleur moyen de s’en convaincre est de chercher soi-même.
      Ah zut, c’est vrai, il faut faire un effort de compréhension d’une autre langue que celle de Molière...
      Je précise qu’il existe également des sites de vulgarisation scientifique en français qui traitent de ces mêmes recherches.
      Bref : "open your mind"
      http://www.sciencepresse.qc.ca/arti...
      Cordialement,

11 septembre 2011

ARTE Reportage : Libye / Somalie (2011)

Par http://www.arte.tv

Tripoli : chronique d’une libération10 jours après l’entrée des rebelles à Tripoli, ARTE Reportage propose le carnet de route de son envoyé spécial, Gwenlaouen Le Gouil.Cette chronique quotidienne témoigne des scènes de liesse, d’espoir et d’exaltation suite à la prise de la capitale libyenne par les rebelles, des déceptions face aux dernières poches de résistance, des règlements de compte infligés par les nouveaux maîtres des lieux, des charniers découverts par les insurgés… Plongée dans la réalité quotidienne d’une capitale en cours de libération. Kenya : une note d’espoirLa situation dans la Corne de l’Afrique empire de jour en jour. Plus de 12 millions de personnes sont menacées par une redoutable sécheresse en Somalie, au Kenya, en Éthiopie, en Érythrée et à Djibouti. Dans le Nord-Est du Kenya, près de 4 millions de personnes, soit 10% de la population, ont un besoin urgent de nourriture, d’eau et d’abri. Pourtant, à quelques kilomètres des scènes de désolation et de mort, des semences d’espoir voient le jour. Les initiatives locales et la solidarité humaine tiennent tête à l’adversité. ARTE Reportage s’est rendu dans certains villages qui ont réussi à sauver leurs troupeaux et assurent leur subsistance par la production de fruits et de légumes…Somalie : le rap de la paix "Al Shabaab vous ment. Al Shabaab emmène les jeunes et les enfants vers la mort..." Ces paroles sans équivoque ont été écrites par les membres du groupe de rap somalien Waayaha Cusub. Depuis Nairobi, ces jeunes musiciens militent contre les insurgés islamistes d'Al-Shabaab qui contrôlent une grande partie de leur pays d'origine. Au péril de leur vie, ils multiplient les brûlots scandés sur fond de rap et de hip-hop. Il ya un an, un des chanteurs du groupe a échappé de justesse à une tentative d'assassinat dans les rues de la capitale kenyane. Blessé par balle à la hanche et à la jambe, il a survécu. Une des chanteuses a eu la joue lacérée d'un coup de couteau. Et tous les autres membres du groupe reçoivent régulièrement des menaces de mort sur leur téléphone portable. Ils se sont finalement résolus à fuir le quartier somalien de Nairobi, trop exposé. Et pourtant, il leur en faudrait plus pour les faire renoncer à la musique et à leur combat contre Al Shabaab. Leurs CD, produits en partie avec le soutien des Nations-Unies se vendent comme des petits pains dans les échoppes. Leurs chansons continuent d'appeler au dialogue et à lutter contre la haine. Un moyen imparable pour ces jeunes somaliens d’oeuvrer pour la paix dans leur pays. Un jour, ils en sont persuadés, ils pourront retourner en Somalie.


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