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21 mars 2013

Putains de guerre

réalisateur : Mondelo Sergio G, Benhamou Stéphane
Source : http://www.france3.fr
Durée : 60 min

C'est une loi de la guerre inavouable : partout où il y a des soldats, il existe une prostitution ouverte, encadrée ou même érigée en système par les forces militaires en présence. Au fil de leur enquête, les auteurs du documentaire ont mis au jour un mode de fonctionnement implacable, et qui semble inévitable, de 1945 à aujourd'hui. Un système souhaité par les armées, entretenu par les sociétés militaires privées, et couvert par l'OTAN et l'ONU. Que ce soit en Indochine, en Algérie, au Viêtnam, en ex-Yougoslavie, en Irak ou en Afghanistan, les contingents ne se sont pas contentés d'être de simples clients : ils ont parfois été les complices actifs des proxénètes.

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9 mars 2013

Conflits fonciers en terres cambodgiennes

Par Philippe Revelli
22/02/2013
Source : http://www.monde-diplomatique.fr
English    Cambodian land conflicts land

« Carnet de route » est le sixième épisode du cycle TERRES. Au Cambodge, suite à l’adoption en 2001 de la Loi sur la propriété foncière, 56 % des terres arables sont passées aux mains de sociétés privés. Les minorités, spoliées de leurs terres et de leurs habitats, se mobilisent pour la défense de leurs droits. A Phnom Penh, les politiques partielles de relogements n’améliorent en rien la situation des déplacés. De plus, l’avancée de projets immobiliers au cœur de la capitale conduit à l’expulsion, souvent violente, des populations les plus démunies.

31 août 2012

Guerre D'Irak : Les dossiers secrets

  • Durée : 45 mn
  • - 10 Interdit aux moins de 10 ans
 Résumé :

Le site Web WikiLeaks a mis en ligne quelque 400 000 rapports militaires américains secrets sur la guerre en Irak, dévoilant les coulisses d'un conflit qui aurait fait environ 110 000 morts entre 2004 et 2009, dont 66 000 civils. Puis le site a confié ces documents à une équipe de télévision anglaise, demandant aux journalistes de les confronter avec des témoignages recueillis sur place. L'enquête menée par ces professionnels jette une lumière crue sur la guerre en Irak, entre bavures, usages disproportionnés de la force et de la torture. Les rapports laissent aussi penser que, loin d'anéantir Al-Qaida, l'offensive américaine a, bien au contraire, renforcé l'organisation d'Oussama Ben Laden.



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Pakistan : le long chemin vers la paix et la sécurité

Par Aparna Ray · Traduit par Anna Gueye
30 Aout 2012
pour http://fr.globalvoicesonline.org

TraductionsLire cet article en d'autres langues : english , spanish , arab


[Liens en anglais] Alors que le Pakistan entre dans la 66ème année de son indépendance, c'est un bon moment pour faire le point sur la situation sécuritaire du pays - afin de comprendre le rôle que le pays continue à jouer dans la sécurité et la stabilité de la région.

D’après le Rapport 2011 sur la sécurité du Pakistan [pdf, en anglais comme tous les liens] publié par l'Institut pakistanais des études sur la paix (PIPS), bien que le Pakistan continue à se classer « parmi les régions les plus instables du monde », il y a eu une certaine amélioration de la  sécurité générale dans le pays, surtout depuis la fin de 2011. Le rapport indique :
La dernière moitié de l'année 2011 a été une période de paix relative au Pakistan en termes de conflits armés internes, d’actes de terrorisme et des pertes qui en découlent. Une diminution du nombre d'attentats-suicides et des frappes de drones en sont les principaux facteurs … la situation sécuritaire s'améliore lentement, et la violence a diminué de 24 pour cent au cours des deux dernières années.
Étant donné que le pays a connu une forte baisse du nombre de décès causés par les attentats-suicides et qu'il n'y a pas eu d'attentats terroristes significatifs dans les grandes villes ou dans la capitale en 2012, l'évolution de la situation sécuritaire semble importante, surtout lorsqu'on la compare à la période 2009 - 2011, qui fut mortelle à Karachi, Lahore et Islamabad.
Drapeaux flottants au Pakistan le Jour de l'Indépendance. Photo sur Flickr de Ejaz Asi, CC BY-NC 2.0


Pourtant, ce n’est pas le moment d’être complaisants. Le 16 août 2012, une base militaire importante située juste à l'extérieur de la capitale Islamabad a été attaquée par des hommes armés. Il a fallu cinq heures aux forces spéciales pakistanaises pour maitriser la situation et la plupart des décès furent du côté des assaillants.
Trois jours plus tard, le gouvernement suspendait l’accès aux services de téléphonie mobile pendant 15 heures dans quatre grandes villes - y compris Karachi et Lahore - durant la fête musulmane de l'Aïd, en raison des menaces de sécurité sérieuses qu'il avait reçues.

Ces événements récents tendent à démontrer qu'en dépit des affirmations faites en mai 2012 par le Premier Ministre pakistanais Yousuf Raza Gilani - à savoir, que les inquiétudes sur la situation sécuritaire du pays étaient « exagérées » -, la situation sur le terrain reste fragile et l'amélioration de la sécurité n'est pas ressentie partout.

Les «meurtres ciblés » continuent dans de nombreuses régions du pays. Karachi souffre toujours de violences politiques et ethniques  et des guerres intestines perdurent depuis 2010. Les violences continuent de toucher les régions tribales (FATA) ainsi que le Khyber Pakhtunkhwa (KP) et sa capitale Peshawar. Ces secteurs continuent à porter le poids de l'engagement du Pakistan dans la guerre contre le terrorisme [fr].

Le Balouchistan reste en proie à une insurrection, alors que le gouvernement n’est pas encore en mesure de fournir une solution viable et acceptable pour répondre à ses revendications. Au contraire, comme le journaliste et blogueur pakistanais Malik Siraj Akbar l'a souligné, la violence s'est intensifiée au début de 2012, après « une audience sans précédent de la Commission américaine des affaires étrangères qui a exprimé une profonde préoccupation face aux violations atroces des droits humains qui auraient été commises par l'armée dans la plus grande province du pays, le Baloutchistan ».


Cette infographie publiée dans le Rapport 2011 PIPS Sécurité au Pakistan fournit un aperçu de la situation sécuritaire du pays. Illustration utilisée avec autorisation.


On note aussi une préoccupation croissante devant la montée des violences entre communautés religieuses dans le pays, qui connaissent un regain depuis 2007. Pour la seule année 2012  en cours, il y a eu trois tentatives d'assassinats ciblant des chiites. Alors que le plus grand nombre d'affrontements a lieu entre les communautés sunnite et chiite, il y a eu aussi des violences internes perpétrées au sein de la communauté sunnite même ; par exemple, entre les sunnites Deobandi et Barelvi. Huma Yusuf, une célèbre éditorialiste du journal pakistanais Dawn, écrit dans son rapport d'analyse [pdf] publié par le Centre norvégien des ressources de consolidation de la paix (NOREF) :
Les violences entre communautés religieuses constituent une grave menace à la sécurité et à la stabilité du Pakistan, principalement en raison des conflits entre les communautés religieuses traditionnelles, qui menacent d'impliquer et de radicaliser davantage des pans entiers de la population pakistanaise plus que n'importe quel autre type de militantisme.
Ainsi, il apparaît que même si il y a des raisons pour éprouver un certain optimisme prudent après les améliorations relatives de la situation au Pakistan en matière de sécurité globale, le pays a encore un long chemin à parcourir dans sa lutte pour réussir à résoudre les complexités de ses multiples communautés religieuses, les questions ethniques et politiques et améliorer la stabilité et la sécurité, non seulement à l’intérieur de ses frontières, mais aussi dans la région.

Ce billet fait partie de notre dossier central sur les relations internationales et la sécurité

ISN logoCe billet, ainsi que ses traductions en français, arabe et espagnol ont été commandés par l'International Security Network (ISN) dans le but de faire entendre les points de vue des citoyens sur les questions de relations internationales et de sécurité. Le billet a été d'abord publié sur le blog de l'ISN, d'autres articles sont disponibles ici.
 

21 octobre 2011

En Papouasie, la grève oubliée des mineurs

Par Philippe Pataud Célérier,
mercredi 19 octobre 2011


Les ressources naturelles abondent en Papouasie occidentale. Pourtant, depuis son annexion forcée en 1963, cette province indonésienne concentre les populations les plus pauvres de l’archipel (1). Nouvelle illustration de ce paradoxe ordinaire en terre papoue, le conflit qui oppose depuis la mi-septembre huit mille grévistes — 70 % des mineurs, selon les syndicats — à la société Freeport Indonesia (PT-FI), filiale à 91 % du géant minier américain Freeport-McMoRan Copper & Gold Inc, basé à Phoenix, dans l’Arizona. Déjà, la répression a fait deux morts et au moins sept blessés graves parmi les grévistes.

Cette filiale de vingt-quatre mille salariés exploite depuis 1990 la plus grande mine de cuivre et d’or au monde en termes de réserves récupérables : le site minier de Grasberg, situé à quelques kilomètres du Puncak Jaya, point culminant d’Océanie et terre sacrée pour nombre de groupes ethniques. Le cuivre, dont celui de Papouasie occidentale, génère près de 80 % des revenus de Freeport-McMoRan.

A l’origine du conflit, des revendications salariales sur fond de terribles frustrations sociales : la grande majorité des mineurs sont nés sur ces terres si généreuses, dont ils ne tirent aucun profit. Ne gagnant que 1,50 dollar de l’heure (à peine plus de 1 euro), ils dénoncent la faiblesse des rémunérations payées par la multinationale, alors même que leurs conditions de travail sur ce site — entre 3 200 et 4 200 mètres d’altitude --- sont des plus éprouvantes. « N’aurions-nous droit qu’aux préjudices de cette exploitation ? », clame l’un des mineurs affiliés à la section mines du Syndicat des travailleurs de la chimie, de l’énergie et des mines de PT Freeport Indonesia. Le syndicat réclame une multiplication par huit du salaire de base.

La mine d’or de Grasberg est en effet la plus haute du monde et son exploitation — une folie technologique — est aussi un écocide qui saccage plus de 6 % de la Papouasie, presque l’équivalent du territoire de la Belgique. A raison de quelques grammes de précieux minerai extraits (0,98 gramme d’or par tonne par exemple), la mine rejette chaque jour plus de 700 000 tonnes de déchets aux dépens des autochtones, spoliés de leurs terres quand ils n’ont pas été empoisonnés par les eaux de leurs fleuves.
Mais que peuvent peser ces groupes ethniques locaux, souvent divisés, face à ce géant minier qui est le premier contribuable de l’archipel ? De 1992 à juin 2011, Freeport a versé pas moins de 13 milliards de dollars au gouvernement indonésien, propriétaire par ailleurs des 9% restants de la filiale Freeport Indonesia. La multinationale bénéficie donc d’un label d’acteur éminemment respectable, dont on entend moins vilipender les excès que protéger les actifs. L’an dernier, Freeport aurait dépensé 14 millions de dollars pour protéger son complexe industriel. Un marché de la sécurité lucratif, que se disputent factions militaires et forces spéciales policières indonésiennes. Celles-ci n’hésitent d’ailleurs pas à s’entretuer pour s’assurer les contrats les plus juteux. Les conséquences de ces rivalités meurtrières seront de toutes façon imputées à leur ennemi commun, l’OPM — Mouvement de libération papou —, pour lequel Freeport Indonesia incarne l’aliénation de l’indépendance papoue.

En attendant, ce sont encore ces forces spéciales policières qui sont responsables de la mort des deux mineurs, alors même qu’un millier d’entre eux tentaient de repousser les briseurs de grève appelés par Freeport Indonesia auprès de ses sous-traitants. Car la direction a rapidement fait son choix. Les rémunérations demandées par les grévistes sont bien trop « irréalistes », « sans rapport, dit-elle, avec le niveau des salaires en Indonésie et nettement supérieures aux salaires de mineurs d’autres pays effectuant un travail similaire ». Une augmentation de 25% était quand même proposée, mais elle a immédiatement été rejetée par les grévistes.

Depuis l’affrontement, les négociations sont au point mort. Pis, l’activité de la mine est arrêtée et ses voies d’accès sont bloquées par les grévistes. La dernière production quotidienne (230 000 tonnes de minerai d’or, 150 000 tonnes de minerai de cuivre) est en attente d’exportation. Certains pipelines ont même été sabotés, rendant impossible tout acheminement des métaux précieux vers les ports. Au grand dam de M. Darwin Zahedy Saleh, ministre indonésien chargé de l’énergie, qui fait état d’une perte quotidienne de 6,7 millions de dollars pour son gouvernement. Mais les grévistes sont plus que jamais déterminés à faire durer le mouvement. Non seulement pour faire aboutir leurs revendications, mais aussi pour faire toute la lumière sur les circonstances de ce qu’ils appellent un nouveau « meurtre Freeport ».

Responsable ou non, celle qu’on accuse de tous les maux depuis quelques décennies devra ouvrir le dialogue. Les marchés boursiers sont volatiles quand les revendications s’enflamment et font tache d’huile. Les travailleurs péruviens de la mine de cuivre de Cerro Verde, contrôlée par Freeport-McMoRan, ne viennent-ils pas à leur tour de lancer une grève illimitée pour réclamer des augmentations de salaires ? « Nous sommes parvenus à réaliser en 2010 les meilleurs résultats financiers de l’histoire de notre entreprise », annonçait récemment le géant minier à ses actionnaires (2). Ceci explique peut-être aussi cela.
(1) Lire « Vers la disparition des peuples papous en Indonésie ? », Le Monde diplomatique, février 2010.
(2) Rapport annuel 2010 (PDF), mai 2011.

13 octobre 2011

Syrie, dans l'enfer de la répression (Documentaire)

Par http://videos.arte.tv
Date de première diffusion: Mar., 11. oct. 2011, 20h43 

(France, 2011, 52mn)
ARTE F




DL : ES , DP , FSO

Pour la première fois depuis le début de la révolte en mars, une journaliste indépendante a pu, en août dernier, se rendre en Syrie, pays interdit aux médias. Munie d'une petite caméra HD, Sofia Amara a suivi au quotidien le travail des comités de coordination de la révolution. À Damas et à Homs, elle a filmé l'organisation des manifestations à la sortie des mosquées. À Rastan, elle a rencontré des officiers entrés en résistance, qui affirment avoir constitué une "armée libre" pour tenter de s'opposer à la répression. À Hama, elle a pu mesurer la violence du régime : bombardements de civils, tirs à balles réelles sur les manifestants, détentions arbitraires, exécutions sommaires, tortures... Dans le quartier de Kaylaniya, elle a rencontré les familles de victimes du massacre de 1982, qui ont été enterrées dans des jardins publics.
Ces images et ces témoignages montrent pour la première fois l'implication de membres du Hezbollah libanais et de gardiens de la Révolution iranienne dans les massacres. À la manière d'un carnet de route, ce film raconte aussi les coulisses d'un voyage à haut risque, montrant les dangers encourus quand on filme une manifestation ou les ruses inventées pour rencontrer les activistes. Autant d'éléments qui rendent compte de l'atmosphère de terreur qui règne dans le pays.


http://www.arte.tv/fr/Comprendre-le-monde/Permis-de-tuer-en-Syrie---Soiree-THEMA

Soirée THEMA : Permis de tuer en Syrie

Bravant les interdits, une journaliste a filmé la révolte syrienne et sa sanglante répression, qui aurait déjà causé 2 900 morts selon l'ONU. Un document exceptionnel suivi d'une excellente enquête sur la mainmise de la famille Assad sur le pays.

LIVE-CHAT pendant la diffusion de "Syrie, dans l'enfer de la répression". Posez vos question à l'auteur du film, la journaliste indépendante Sofia Amara !


7 août 2011

Vives tensions au Kosovo

Par Jean-Arnault Dérens
pour http://www.monde-diplomatique.fr

vendredi 29 juillet 2011

Le Kosovo, qui a proclamé en 2008 une indépendance contestée par Belgrade, a vécu une semaine d’extrême tension. Les violents incidents qui ont éclaté sur les postes frontière reliant le secteur nord du Kosovo, majoritairement serbe, à la Serbie, ont fait à nouveau basculer le pays dans l’inconnu. Les soldats américains de la Force de maintien de la paix au Kosovo (KFOR), la mission de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN), ont repris les postes frontière, mais les Serbes conservent des barricades dans tout le secteur.

De notre correspondant à Mitrovica
Tout a commencé lundi soir, quand les unités spéciales de la police du Kosovo (KPS) ont voulu prendre par la force le contrôle des postes frontière de Brnjak et de Jarinje. Ces postes sont situés dans le secteur nord, majoritairement serbe, du Kosovo, et ils ont toujours échappé, de facto, à l’autorité de Pristina.
Les hommes du KPS ont réussi à atteindre le poste de Brnjak, mais ils ont été bloqués, avant d’atteindre Jarinje, par les Serbes de la petite ville voisine de Leposavic qui, alertés par les mouvements de troupe, ont immédiatement érigé des barricades sur la route montant de Mitrovica vers la frontière. Un face-à-face très tendu s’en est suivi. Mardi, à la suite d’accords négociés par la KFOR, la mission de l’OTAN au Kosovo, le KPS a évacué Brnjak, mais, en se retirant, il s’est heurté à des manifestants serbes armés. Une fusillade a éclaté. Bilan : un policier tué, et trois Serbes grièvement blessés. Le lendemain soir, le poste de Jarinje a été incendié par des jeunes « extrémistes » serbes, probablement liés aux groupes de hooligans qui pullulent dans le nord du Kosovo.

La KFOR a rapidement repris les deux postes frontière, proclamés « zone militaire » : les soldats de l’OTAN contrôlent les passages et peuvent ouvrir le feu sans sommation. Depuis le début de la crise, la mission de l’OTAN est sur tous les fronts, non seulement militaires, mais aussi politiques : c’est le général allemand Erhard Buhler qui a mené, durant toutes ces journées d’extrême tension, des négociations parallèles avec le gouvernement du Kosovo et les émissaires de Belgrade.

Par contraste, la mission européenne Eulex brille par son absence. Elle est pourtant précisément chargée d’« assister » le Kosovo dans la construction de l’Etat de droit, et dans la mise en place d’un service des douanes et d’une police frontalière. A Bruxelles comme à Pristina, les responsables européens jurent que le gouvernement du Kosovo ne les a pas avertis de l’opération visant à reprendre les postes de Brnjak et de Jarinje, ce qui sonne comme un flagrant désaveu.

Il est vrai que la présence européenne au Kosovo manque fortement de cohérence. La mission Eulex a encore du mal à faire ses preuves dans le domaine judiciaire, même si elle a ouvert plusieurs importants procès pour crimes de guerre touchant d’anciens commandants de la guérilla albanaise de l’Armée de libération du Kosovo (UCK). Cette mission doit aussi mener l’enquête sur les allégations de trafic d’organes frappant le premier ministre Hashim Thaçi. Plus grave, le Bureau civil international (ICO), chargé de jouer un rôle – mal précisé – de « conseil politique » des institutions du Kosovo est en pleine crise. Jusqu’à présent, le chef de ce Bureau assumait également la charge de Haut représentant de l’Union européenne au Kosovo. Depuis la fin du mandat du Néerlandais Pieter Feith, les Européens sont incapables de se mettre d’accord sur le nom de son successeur. Le diplomate italien Fernando Gentili assume, à titre intérimaire, les seules fonctions de représentant de l’Union au Kosovo, tandis que plusieurs pays, dont la France, ont fait officieusement savoir qu’ils seraient favorables à une fermeture de l’ICO, justifiant cette pantalonnade par le fait que l’Etat du Kosovo serait désormais suffisamment « mûr » pour accéder à une « pleine indépendance », sans supervision internationale.

Le moment choisi pour déclencher cette opération ne manque pas, non plus, d’être particulier : au début du mois de juillet, le dialogue entre Belgrade et Pristina avait atteint de premiers résultats, avec la signature d’accords aussitôt qualifiés d’« historiques » par l’Union européenne. De manière rétrospectivement bien ironique, ces accords portaient précisément sur la liberté de circulation entre le Kosovo et la Serbie.
Pour avoir signé ces accords, le gouvernement de M. Thaçi a été vivement critiqué par l’opposition, qui a parlé de « trahison ». On peut supposer que l’opération de police visait, au moins en partie, à désamorcer ces critiques et à ressouder l’opinion publique kosovare, à un moment où les inculpations pour crimes de guerre se rapprochent dangereusement de l’homme fort de Pristina.

Euphorie patriotique à Pristina

 

De ce point de vue, l’objectif est atteint : une atmosphère d’union sacrée, voire d’euphorie patriotique, règne à Pristina. Tous les éditorialistes sont unanimes à estimer qu’il s’agit de « l’instant de vérité » pour le Kosovo, s’il veut rendre effective sa souveraineté sur l’ensemble de son territoire. Jeudi, le Parlement a voté à la quasi-unanimité une résolution de soutien, appelant le gouvernement à poursuivre l’opération. Le député Albin Kurti, dirigeant du mouvement radical Vetëvendosja (« Autodétermination »), estime que « le gouvernement ne peut plus faire marche arrière », et il a même appelé la présidente du Kosovo, Mme Atifete Jajhaga, à proclamer l’état d’urgence et la mobilisation générale.

Le nord du Kosovo, qui échappe toujours à l’autorité de Pristina, constitue un point de fixation permanent pour la population albanaise. Ces dernières semaines, le gouvernement Thaçi avait multiplié les mises en garde, parlant des « réseaux mafieux et criminels » qui contrôlent cette zone. De fait, celle-ci constitue, depuis 1999, une véritable zone de non-droit. Selon la police serbe, beaucoup de « hooligans » condamnés pour des actes de violence en Serbie auraient trouvé refuge à Mitrovica-nord : ils seraient responsables de l’incendie, mercredi soir, du poste de Jarinje. Tous les mouvements radicaux de Serbie, comme le groupe Obraz ou le mouvement 1389, sont bien implantés dans le nord du Kosovo : « Des cadres venus de Belgrade se sont installés à Mitrovica, et ils n’ont eu aucun mal à recruter beaucoup de jeunes désœuvrés », explique le responsable d’une ONG locale, qui tient à garder l’anonymat.

Le nord du Kosovo est toujours, de facto, administré par des structures « parallèles » serbes, largement dominées par des partis de l’opposition nationaliste, notamment le Parti démocratique de Serbie (DSS) de l’ancien premier ministre Vojislav Kostunica. Depuis 2008, Belgrade mène un patient travail d’influence pour reprendre le contrôle de ces structures ou, du moins, en marginaliser les éléments les plus radicaux.
Le gouvernement ne manque pas d’arguments sonnants et trébuchants : les salaires, les pensions de retraite, les aides sociales versées par Belgrade représentent toujours la principale ressource des Serbes du nord du Kosovo, même si des coupes sérieuses ont été opérées ces dernières années dans les budgets publics. Pourtant, dans ce vase clos que constitue le nord du Kosovo, chacun s’observe et tout se sait : il peut se révéler très dangereux de manifester une opinion « différente ».

Parmi la population serbe, un point fait de toute façon consensus : cette région n’appartient pas au Kosovo et Pristina ne peut pas couper le cordon ombilical qui la relie à la Serbie. « Pristina parle de contrebande, s’indigne un retraité, mais si je ne peux pas me rendre en Serbie pour acheter des poivrons, si je dois changer mes plaques d’immatriculation serbes pour des plaques du Kosovo qui ne me permettront pas de circuler en Serbie, je n’ai plus qu’à crever. C’est sûrement ça, la stratégie de Pristina : étouffer le nord du Kosovo, en lui coupant l’accès à la Serbie. »

Impéritie européenne

 

Malgré la fragile accalmie qui prévaut depuis jeudi, l’heure reste donc à la mobilisation : alors que des soldats américains de la KFOR ont pris les postes frontière dans la nuit de mercredi à jeudi, les Serbes conservent des barricades, bloquant notamment tous les accès à la zone sud du Kosovo, contrôlée par Pristina.
L’évolution de la crise est difficilement prévisible. Mais quelques leçons peuvent d’ores et déjà en être tirées, notamment sur l’impéritie des missions européennes déployées au Kosovo. La nouvelle radicalisation des deux communautés laissera également des traces, longues à effacer. Le dialogue entre Belgrade et Pristina, qui doit normalement reprendre en septembre, semble sérieusement compromis.
Théoriquement, ce dialogue doit porter sur des questions pratiques, de nature à faciliter la vie des citoyens. Vendredi, le publiciste kosovar Veton Surroi a toutefois estimé que la question du nord devait être posée de toute urgence. C’est ouvrir la voie à un débat sur le statut du Kosovo, que Pristina refuse catégoriquement, estimant que son indépendance est irréversible et qu’il n’y a donc plus rien à discuter en la matière. D’autres options pourraient toutefois revenir à l’ordre du jour, comme celle d’un éventuel partage territorial, dont les conséquences régionales pourraient se révéler extrêmement dangereuses.


 
Jean-Arnault Dérens est rédacteur en chef du Courrier des Balkans. Dernier ouvrage paru : Voyage au pays des Gorani (Balkans, début du XXIe siècle), en collaboration avec Laurent Geslin, Cartouche, Paris, 2010. Voir aussi son reportage « Balade en “Yougonostalgie” » dans le numéro d’août du Monde diplomatique (en kiosques).

14 avril 2011

Mexique: Une marche contre la violence ou contre le Gouvernement ?

16 février 2011

Viols en temps de guerre, le silence et l’impunité

par Agnès Stienne
http://blog.mondediplo.net
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Il faut trouver les mots justes et précis pour parler d’une des pires atteintes aux droits humains : les viols en temps de guerre, qui ravagent la vie de millions de filles et de femmes. Il n’est pas simple, comme le fait Agnès Stienne à l’aide d’esquisses émouvantes, d’en dresser une synthèse historique et géographique, de faire l’état des lieux et d’évaluer l’efficacité des instruments juridiques qui permettraient de protéger les victimes.
En septembre 2010, l’Organisation des Nations unies (ONU) a dénoncé les viols massifs perpétrés en République démocratique du Congo (RDC) par des groupes armés dans le nord-est du pays [1]. Dans la foulée, Mme Navi Pillay, haut-commissaire des Nations unies aux droits humains, a constitué un panel pour « répondre aux besoins des victimes en terme de justice et de réparation », puis envisager avec elles « les mesures de réintégration judiciaires, médicales, psychosociales et socio-économiques ». Elles doivent se reconstruire physiquement, psychologiquement et matériellement, dans un contexte rendu difficile par le rejet familial dont elles font l’objet. Enfin, Mme Margot Wallström, représentante spéciale de l’ONU pour les violences sexuelles dans les conflits armés, a rappelé que les lois existaient et que l’urgence était surtout de les faire respecter.
Les lois sur le viol en temps de guerre sont appliquées avec plus ou moins de rigueur selon les sociétés et les cultures, certaines reconnaissant à peine le viol comme un crime — comme tous les autres crimes de droit commun. il faudrait aussi une infrastructure digne de ce nom pour les appliquer. Et, à défaut de pouvoir agir sur le terrain, c’est dans les bureaux feutrés des grandes instances que la communauté internationale édicte de nouveaux textes qui contraignent les responsables politiques à faire respecter le droit, qu’elle crée des conventions et qu’elle renforce la loi.
Selon les Conventions de Genève de 1949, ratifiées par la République démocratique du Congo (RDC) en 1961, ainsi que les protocoles additionnels I et II de 1977, les Etats parties s’engagent à protéger les femmes contre le viol, l’esclavage sexuel et la prostitution forcée. Y contrevenir représente une infraction grave que chaque partie contractante doit déférer à ses propres tribunaux.
Le Conseil de sécurité de l’ONU, dans ses résolutions 1325 de 2000, 1820 de 2008 et 1889 de 2009, va un peu plus loin. Il ne s’agit plus seulement d’imposer aux Etats de protéger les femmes contre les violences sexuelles et de faire condamner les coupables, mais aussi d’inscrire cette démarche dans des projets de gouvernance précis qui visent l’armée, la police, la justice, la santé, l’éducation et l’ensemble de la société civile. Car, si des conventions et des lois sont promulguées en faveur du droit et de la protection des femmes, nombre de sociétés ou communautés aux pratiques coutumières et traditionnelles y résistent farouchement.
L’instrument juridique est donc en place ; il couvre l’essentiel des problèmes, et pourrait être opérationnel dès que la volonté politique sera suffisamment forte pour porter ce combat sur le terrain. Il a pourtant fallu plus d’un siècle et demi pour en arriver là...

Cent cinquante ans pour créer une loi

Lors de la bataille de Solférino, en 1859 [2], Henry Dunant, citoyen suisse, s’émeut d’assister à la mort de milliers de blessés. Il fonde alors le Comité de Genève, lequel organise la « Conférence Internationale de Genève » en 1863 : avec seize Etats et quatre institutions philanthropiques, il crée la Croix-Rouge et les prémices du droit international humanitaire (DIH) [3].
Au lendemain de la seconde guerre mondiale (60 millions de morts), le CICR entreprend la rédaction des quatre conventions (dites « Conventions de Genève de 1949 »), et de l’article 3 commun. Ces traités définissent les règles fondamentales du droit international humanitaire pendant les conflits armés. La première convention protège les blessés de guerre. La deuxième, les militaires blessés, malades ou naufragés en mer. La troisième, les prisonniers de guerre. Enfin, la quatrième convention protège les civils. Les femmes, dans l’article 27, seront spécialement protégées contre toute atteinte à leur honneur, et notamment contre le viol, la contrainte à la prostitution et tout attentat à leur pudeur.
L’article 3 commun déclare notamment prohibés : les atteintes portées à la vie et à l’intégrité corporelle, dont le meurtre sous toutes ses formes, les mutilations, les traitements cruels, tortures et supplices ; les atteintes à la dignité des personnes, dont les traitements humiliants et dégradants. Il réglemente à la façon d’une mini-convention les guerres civiles, les conflits armés internes qui s’étendent à d’autres Etats et les conflits internes durant lesquels un Etat tiers ou une force multinationale intervient aux côtés du gouvernement.
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La ratification des Conventions de Genève de 1949
Esquisse : Agnès Stienne, 2010.
Après la grande période des indépendances, dans les années 1960, la face du monde change, mais les conflits armés se multiplient, et, bien qu’ils soient de moindre envergure, les civils y sont y sont de plus en plus exposés. Les protocoles additionnels I et II de juin 1977 ont pour objectifs d’impliquer les pays récemment décolonisés dans le développement du droit et de renforcer autant que possible la protection des civils ; le premier est relatif aux conflits armés internationaux, le second aux guerres civiles. Tous deux réaffirment la nécessité de protéger les femmes contre le viol et la prostitution. Les Etats parties s’engagent à prendre des mesures pour prévenir les « infractions graves » et à poursuivre leurs auteurs devant leur propres tribunaux.
Les Conventions III et IV de 1949 et les protocoles additionnels sont inscrits comme instruments universels des droits humains du Haut-Commissariat des Nations unies aux droits humains. Les conventions sont ratifiées depuis 2002 pratiquement par tous les Etats, ce qui n’est pas le cas des protocoles I et II.
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Ratification des protocoles I et II
Esquisse : Ag. St. 2010.

Sans moyens, le Conseil de sécurité est inopérant

Le Conseil de sécurité, responsable de la mise en œuvre de la Charte des Nations unies [4], du maintien de la paix et de la sécurité internationale, prend des résolutions, seul instrument légal international aujourd’hui valide pour déterminer les sanctions contre les Etats qui violent les principes de la Charte, et éventuellement intervenir militairement. Sur le papier, tout cela a l’air simple... Dans la pratique, les moyens d’action sont très limités et le Conseil de sécurité peine souvent à réunir les forces nécessaires pour faire appliquer ses propres résolutions.
La résolution 1325 de l’année 2000 est l’aboutissement d’un long et laborieux processus mené conjointement par l’ONU et les organisations féministes engagées dans le « Programme d’action de Pékin à la quatrième conférence mondiale sur les femmes (PDF) ». Le texte adopté par l’assemblée générale du Conseil de sécurité lors de la vingt troisième session extraordinaire, intitulée « Les femmes en l’an 2000 : égalité entre les sexes, développement et paix pour le XXIe siècle », insiste sur la nécessité de respecter les droits des femmes et des filles avant et après les conflits, et pour qu’elles soient mieux représentées dans les processus de prévention et de règlement des conflits, y compris au sein de l’ONU. Un progrès, certes, mais où en est-on, dix ans après ?
Pendant la guerre civile au Liberia, les groupes armés violent massivement. Me Olubanke King-Akerele, alors ministre des affaires étrangères, alertera la communauté internationale sur la tragédie qui se joue dans son pays. Ces événements conduisent au vote de la résolution 1820 de 2008. Cette fois, les gouvernements sont explicitement tenus de mettre en place des programmes de prévention, de sensibilisation et de formation des militaires et des policiers, de renforcer les capacités des systèmes de santé et judiciaire pour la prise en charge des victimes. Le Conseil de sécurité qualifie les violences sexuelles de crimes de guerre ou de crimes contre l’humanité, et recommande qu’ils ne soient pas amnistiés.
Pendant que la communauté internationale fait progresser l’arsenal législatif, sur le terrain, la boucherie continue. En RDC, la guerre fait rage depuis presque deux décennies. Les ONG et les institutions internationales travaillant sur place assistent, impuissantes, à une recrudescence des violences sexuelles. A nouveau alerté, le Conseil de sécurité fait voter en 2009 la résolution 1888, qui rappelle les obligations des Etats parties à la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes, et exige l’application des résolutions 1325 et 1820. L’ONU s’engage, pour la première fois, à déployer dans les zones sensibles des moyens plus appropriés et inaugure le bureau de la Représentante spéciale de l’ONU pour les violences sexuelles dans les conflits armés.
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Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes
Carte : Philippe Rekacewicz, « Un monde à l’envers », Atlas du Monde diplomatique, 2009.

La récompense du soldat et l’arme de guerre

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Vision historique
Illustration : Ag. St. 2010.
A divers degrés, au fil des guerres, les soldats prennent les civils pour cibles, en particulier les femmes. Viols, prostitution forcée, esclavage sexuel jalonnent les campagnes militaires, sous toutes les latitudes, sans distinction politique, sociale ou religieuse. Privilège des vainqueurs, soumission des vaincus, le viol est le symbole fort de la victoire. Les femmes deviennent le « lieu » de la bataille ou du conflit.
Le viol systématique est une arme de terreur, une arme de guerre, une stratégie psychologique déstabilisante qui agit sur le moral des combattants pour éliminer toute forme de résistance. Les plus pervers en font un instrument de torture employé dans des prisons spéciales à l’abri des regards, et d’autres, plus radicaux encore, y voient une arme purificatrice ou génocidaire.
On compte sur les doigts d’une main les travaux d’étude et de réflexion [5] sur les causes et les effets de l’utilisation du viol comme arme de guerre. Comment expliquer une telle rareté ? Dans ce domaine, il est très difficile de recueillir les témoignages : souvent, la honte, l’humiliation, la peur des victimes les contraignent au silence. De leur côté, les Etats préfèrent le déni à la réalité pour préserver l’image prestigieuse de l’armée et de leurs courageux soldats. Ce sujet tabou reste donc très peu documenté ; le rapport exceptionnel de l’ONU publié sur la RDC en 2010 est une première du genre. Ce silence et ce déni confisquent aux victimes le droit de se reconstruire, alors que les bourreaux jouissent d’une totale impunité. Ils peuvent recommencer sans être inquiétés.

Partout, toujours, le même scénario

Lors de l’annexion de la Corée par le Japon, puis de l’invasion de la Mandchourie, du nord de la Chine et enfin de l’Asie du Sud-Est au début de la seconde guerre mondiale, l’armée impériale organise des réseaux de prostitution forcée au service de ses soldats. Par euphémisme, les jeunes femmes, préalablement violées, frappées et enrôlées de force, sont appelées « femmes de réconfort ». Deux cent mille femmes, principalement coréennes, indonésiennes et philippines, servent dans les camps militaires où elles sont violentées des années durant [6].
Le massacre de Nankin (ou « viol de Nankin »), en 1937, est un exemple des atrocités auxquelles se livre l’armée nippone en Chine. Progressant dans le nord du pays, les forces armées japonaises attaquent la ville de Nankin, située à l’est de Pékin, sans rencontrer de résistance. En dépit de la soumission volontaire des habitants, le commandement, pour ne pas avoir à gérer un nombre important de prisonniers, ordonne le massacre de la population. Hommes et enfants sont assassinés à la baïonnette, au sabre, à la mitrailleuse et jetés dans des fosses. Les femmes subissent l’assaut des soldats, elles sont violées avant d’être expédiées — pour à peu près vingt mille d’entre elles — dans les bordels militaires.
Bien qu’en 1935, les lois de Nuremberg sur la race interdisent le viol des femmes juives, considérées comme « impures », la Wehrmacht organise pendant la seconde guerre mondiale des viols collectifs publics et systématiques de femmes juives et non juives, en particulier dans les pays slaves (Pologne, Russie, Yougoslavie…). Au moins cinquante mille femmes sont prostituées de force dans les camps nazis [7]. Mais lorsque le vent tourne en 1945, et que l’Armée rouge entre en Allemagne, ce sont d’abord les femmes allemandes qui subissent les représailles. Deux millions d’entre elles sont violées par des soldats russes [8]. Le corps expéditionnaire français se distingue en Italie par le viol de plusieurs milliers de femmes lors de la campagne de 1944 [9]. Qu’elles soient britanniques, françaises, allemandes, des centaines de milliers de femmes essuient les débordements violents de l’armée de libération. Dix-sept mille soldats américains se seraient ainsi rendus coupables de viols entre 1942 et 1945 [10]. De l’autre côté du monde, à Okinawa, les GI’s violent dix mille Japonaises au cours de la dernière bataille du Pacifique, quelques jours avant le bombardement d’Hiroshima.
La seconde guerre mondiale s’achève, le monde entre dans la guerre froide. L’icône largement répandue de la belle Tonkinoise, tout amour pour son valeureux soldat exilé, offre un paravent sur mesure derrière lequel des viols sont perpétrés, notamment pour propager la syphilis, loin des regards de la métropole [11]. De retour d’Indochine, les soldats français partent en découdre en Algérie, où, entre 1954 et 1962, la pratique du viol devient monnaie courante, à la ville comme à la campagne. L’armée française se disperse pour débusquer les résistants dissimulés dans le maquis. Loin de leurs supérieurs hiérarchiques, les petits chefs en profitent pour imposer leur loi et terrorisent la population en se défoulant sur les femmes. Certaines sont détenues dans des prisons sordides où elles subissent tortures sexuelles et viols à répétition.
En Amérique latine, les années 1960 s’ouvrent sur trois sombres décennies de dictatures militaires qui, soutenues par les Etats-Unis, s’accompagnent de violentes répressions d’Etat. Ces régimes de terreur s’attaquent à tout ce qui ressemble de près ou de loin à un opposant, armé ou non. Les guérillas surgissent, des guerres civiles éclatent au cours desquelles les femmes vont payer un lourd tribut. C’est le Guatemala, le Pérou, le Nicaragua, le Salvador, la Colombie, mais aussi l’Argentine, le Chili, l’Uruguay, la Bolivie, le Brésil, Haïti ou le Chiapas. Militaires, paramilitaires et insurgés violenteront les femmes.
Le Chiapas est un Etat du Mexique riche en ressources naturelles, bien que ce soit le plus pauvre du pays. Le mouvement zapatiste apparaît en 1994, qui lutte pour « défendre les droits sociaux, politiques et culturels des peuples indigènes et pour une plus juste répartition des richesses ». Au mépris d’un accord signé entre les zapatistes et le gouvernement, lequel revient sur son engagement, la population fait l’objet d’une guerre dite « de basse intensité » menée par des groupes de paramilitaires équipés et formés par l’armée mexicaine. Ces milices, installées à l’intérieur même des villages soupçonnés de sympathie envers les rebelles, violent les femmes de façon systématique dès qu’elles sortent de chez elles, enlèvent les jeunes filles et les contraignent à la prostitution et à l’esclavage sexuel. Une menace permanente entrave la vie de toute la communauté. La peur du viol enferme les femmes chez elles [12].
Au Nigeria, entre 1967 et 1970, lors la guerre du Biafra, dans une région bordant le delta du Niger particulièrement riche en pétrole, les jeunes femmes ont été la proie des hommes armés. Celles qui ont accouché d’enfants « de père inconnu » ont été mises au ban de la société.
Le viol des femmes devant leur mari et leurs enfants est une atteinte à l’intimité d’une portée effroyable. Il affecte la relation du couple, celle de la famille et celle de toute la communauté. Dans les sociétés patriarcales, les femmes violées sont méprisées, rejetées. C’est la dislocation du noyau familial.
En RDC (que les Congolais à Kinshasa appellent, par dérision, la République dramatique du Congo), les Nations unies et des ONG américaines estiment qu’un peu plus de quatre millions de personnes auraient disparu dans l’est du pays. Les groupes armés rebelles, comme les forces gouvernementales, sèment la terreur dans les villages et dans les camps de réfugiés. Massacres, assassinats et viols sont le lot quotidien d’une population qui vit dans la crainte, sur fond de trafic d’armes, de drogue et de minerais précieux.
Dans le nord-est du pays, en Ituri, au Nord Kivu et au Sud Kivu, ce sont des centaines de milliers de femmes qui ont subi et subissent les pires sévices. La destruction est tout autant physique que psychologique (voir le reportage « A la rencontre de victimes de viols en RDC », avec Boris Cyrulnik). Les femmes blessées au plus profond d’elle-même s’isolent, par honte, quand elles ne sont pas simplement chassées de leur famille. Fragilisées, elles manquent de tout ce dont un être humain a besoin pour se reconstruire : écoute, compassion, réconfort et assistance. Elles souffrent de graves problèmes de santé dus aux lésions de leur appareil génital souvent détruit, qui nécessitent une opération, et donc une hospitalisation. Nombre d’entre elles, contaminées par leurs violeurs, sont séropositives. Elles ne peuvent même pas recourir à l’IVG : l’avortement est illégal en RDC — même en cas de viol.
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Légalité de l’avortement en cas de viol
Esquisse : Ag. St. 2010.
Quelques-unes de ces femmes trouveront refuge auprès des organismes humanitaires, très actifs sur le terrain, mais complètement débordés par l’ampleur de ces événements. Les ONG mettent en place des programmes de soutien psychologique impliquant la famille et le village, car la reconstruction passe, bien sûr, par la « réconciliation sociale ». Les victimes se forment à des activités artisanales ou agricoles afin d’assurer leur propre existence. Et, petit à petit, elles arrivent à réintégrer la communauté.
La Mission des Nations unies pour la stabilisation en République démocratique du Congo (Monusco) est jusqu’à présent restée impuissante à empêcher ces crimes de guerre (il faut voir le très bon documentaire de Susanne Babila « Le viol, une arme de guerre au Congo », 2007).

Epuration et génocide

Tous les arguments sont bons pour justifier la pratique du viol systématique. Purification, transmission du « sang » du géniteur : l’histoire ne manque pas d’exemples dans lesquels ces croyances d’un autre âge ont été largement utilisées.
La propagande fasciste, au cours de la guerre civile espagnole entre 1936 et 1939, a utilisé la radio de Séville pour inciter les milices franquistes au viol (pour la procréation) des républicaines et des femmes soupçonnées de soutenir les communistes. Quand les républicains gagnent du terrain, les franquistes écrivent sur les murs des villages qu’ils fuient : « Le village sera perdu mais vos femmes accoucheront de petits fascistes » [13].
Au début des années 1970, le Pakistan oriental conteste le pouvoir que le Pakistan occidental détient et qu’il exerce à son avantage. Il proclame son indépendance et devient le Bangladesh. S’ensuit une violente vague de répression. Deux cent mille Bangladaises sont violées par l’armée pakistanaise, laquelle s’emploie à introduire en elles « de purs gènes musulmans » (elles sont considérées comme à moitié hindoues). Les hommes non circoncis sont tués. A la suite de cette guerre, le gouvernement bangladais a pris des mesures avec l’aide d’organismes internationaux pour aider les femmes à surmonter ces épreuves, notamment avec des programmes d’avortement et d’adoption. Les victimes sont appelées « bironginis », c’est-à-dire « héroïnes », afin d’écarter tout risque de stigmatisation.
On retrouve une situation assez similaire dans le conflit qui oppose l’Angola et la région du Cabinda (riche province pétrolière), qui revendique son indépendance. Les violences sexuelles exercées par l’armée angolaise contre les Cabindaises y sont fréquentes et intentionnelles, encouragées par le gouvernement angolais pour « faire mentir » les arguments des Cabindais qui revendiquent leur différence ethno-culturelle [14].
Au début des années 1990, c’est l’Europe qui devient le théâtre du viol comme arme de guerre. La Yougoslavie implose sous la pression des ultranationalistes. Le viol est pratiqué à grande échelle en Croatie et en Bosnie-Herzégovine. Les hauts responsables serbes bosniaques font ouvrir de camps militaires, les « camps du viol », par où transitent des dizaines de milliers de femmes livrées aux soldats, autant de fois nécessaires pour que la reproduction soit assurée. Elles sont ensuite maintenues en détention jusqu’au sixième mois de grossesse pour prévenir tout « accident dommageable » pour l’enfant. Aujourd’hui, ces femmes traumatisées parlent d’autant moins que leurs violeurs vivent librement à proximité de chez elles.
1994. Lors du génocide rwandais, les femmes sont sauvagement violées, et entre huit cent mille et un million de Tutsis et Hutus modérés sont assassinés [15]. Les rares survivantes doivent vivre avec leurs traumatismes et leur séropositivité. Elles se définissent elles-même comme des « mortes en sursis ».

Enfin des tribunaux pour juger ces crimes ?

Il ressort de ces tragédies inscrites dans des contextes sociopolitiques différents deux constantes : le silence et l’impunité.
En principe, les violeurs sont jugés par les tribunaux locaux. Dans les sociétés patriarcales, le viol peut être considéré comme un délit mineur (quand ce n’est pas la victime qui est rendue coupable) et les autorités locales traînent les pieds pour arrêter les auteurs de ces crimes. En RDC, ce sont les haut-gradés, voire les élus (les hommes politiques) qui auraient dû livrer les présumés coupables à la justice ; mais ils ne le font pas. Comme le souligne Margot Wallström, « les perspectives d’inéligibilité et de non-amnistie peuvent faire pression sur eux et les obliger à tenir leurs troupes et à faire punir les criminels ».
Dans certains cas sensibles, des tribunaux internationaux spéciaux ont été mis en place, relayés en cela par la Cour pénale internationale (CPI), opérationnelle depuis 2002 de façon permanente. Un rapide survol historique nous donne une idée de la façon dont les viols commis par les militaires pendant les conflits ont été réprimés.
Le Tribunal militaire international de Nuremberg, créé en 1945 pour traduire en justice les grands criminels du régime nazi en Europe, n’a pas jugé les viols, ceux-ci n’étant reconnus à l’époque ni comme crimes de guerre, ni comme crimes contre l’humanité. La justice militaire américaine, de son côté, pressée par les innombrables plaintes qu’elle a reçues, a jugé une partie de ses propres soldats coupables de viols, du moins ceux commis en Europe. En France, vingt-et-un d’entre eux ont été pendus sur les lieux de leur délit (en Normandie). Un Tribunal militaire international pour l’Extrême-Orient est créé en 1946 pour juger les grands criminels de guerre japonais, mais, là encore, viols, prostitution forcée et esclavage sexuel ne figurent sur aucun acte d’accusation. Au Bangladesh, les auteurs des viols ont été, dans un premier temps, fait prisonniers, puis relâchés assez rapidement... et sans procès.
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Le viol devant le Tribunal pénal international
Illustration : Ag. St. 2010
Le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie (TPIY), créé en 1993, reconnaît les violences sexuelles comme crimes de guerre. Douze hommes seulement ont été condamnés pour des violences sexuelles. Les victimes, jusqu’à présent, n’ont reçu aucune aide de l’Etat.
Le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR) est mis en place fin 1994 pour « juger les personnes responsables d’actes de génocide et d’autres violations graves du droit international humanitaire commis sur le territoire du Rwanda ou par des citoyens rwandais sur le territoire d’Etats voisins au cours de l’année 1994 ». Les organisations féministes et de défense des droits humains se battent durement afin que les accusations de viol ne soient pas évacuées d’un revers de main en dépit des preuves établies.
Le Tribunal spécial pour la Sierra Leone (TSSL), créé en 2002, a émis trois actes d’accusation contre des dirigeants de groupes armés et de milices ayant commis des crimes pendant le conflit. L’un d’eux vise l’ancien président du Libéria, M. Charles Taylor, pour des viols, des violences sexuelles et l’esclavage sexuel de filles et de femmes. Il reconnaît l’esclavage sexuel et la pratique des mariages forcés comme des crimes de guerre, les viols comme un crime contre l’humanité.
On se félicite des avancées en matière de droit pour faire reconnaître le viol en tant que crime et traduire les coupables en justice. Mais il y a malheureusement encore loin de la coupe aux lèvres. La recherche d’un responsable « hiérarchique » complique le travail des tribunaux spéciaux... Finalement, peu sont jugés et l’impunité demeure.
Neuf personnes présumées coupables de viols en RDC, dont un chef militaire, ont été arrêtées en janvier 2011 — une première —, et les premières affaires arrivent aujourd’hui sur le bureau du procureur de la CPI. L’histoire dira comment seront jugés ces crimes.
Des femmes qui refusent de se taire
Dans l’Etat indien du Manipur, plusieurs groupes de femmes ont organisé des manifestations pour protester contre le comportement des forces armées. Territoire subalterne annexé par l’Inde en 1947, le Manipur devient un Etat en 1972, mais New Delhi étend la loi sur les pouvoirs spéciaux des forces armées (AFSPA), déjà en vigueur depuis 1958, à l’ensemble du territoire, par crainte d’une insurrection armée. Depuis, un régiment spécial, les « Assam Rifles » (« tirailleurs de l’Assam »), commet de nombreuses exactions au nom de sa mission de maintien de l’ordre. En 2004, certains de ses soldats arrêtent une jeune femme, Thangjam Manorama, soupçonnée d’appartenir à un groupe armé. Sous le coup d’un mandat d’arrêt officiel, elle a dû quitter le domicile de ses parents, escortée par l’armée. Son corps mutilé a été retrouvé le lendemain. Un examen médicolégal a indiqué qu’elle avait vraisemblablement été violée avant d’être tuée.
« Scandalisés par ce meurtre et par l’impunité avec laquelle l’armée pouvait ainsi violer et tuer, écrit Amnesty international en 2004, les membres d’un collectif de femmes ont voulu exprimer leur écœurement face aux fréquentes atrocités perpétrées par des membres des forces de sécurité contre des femmes ou des enfants, en se déshabillant sur la place publique et en mettant au défi les soldats de venir les violer. Cet acte courageux et symbolique a été le point de départ d’une vague de manifestations de masse, qui ont finalement amené le gouvernement de l’Etat à demander au pouvoir fédéral d’abroger l’“Armed Forces Special Powers Act” (loi relative aux pouvoirs spéciaux des forces armées). Le gouvernement local a annoncé que la municipalité de Imphal n’était plus considérée comme “zone de troubles” et a donc réduit en conséquence les pouvoirs des forces militaires qui y étaient déployées [16]. »
A consulter
- « On n’arrête pas les viols avec des médecins », Par Olivier Falhun, 8 février 2011.
- « RDC : arrestation du chef du groupe de militaires impliqués dans les viols de Fizi », Centre d’actualités de l’ONU, 21 janvier 2011.
- « RDC : des enquêtes confirment l’ampleur des viols commis par des soldats de l’armée », Centre d’actualités de l’ONU, 25 janvier 2011.
- « Des Congolais violentés par l’armée angolaise », Médecins sans frontières, 6 décembre 2007.
- « Soudan (Darfour) : Le viol comme une arme de guerre - La violence sexuelle et ses conséquences », Amnesty international, 15 mai 2006.
- « Ethiopia : Army Commits Executions, Torture, and Rape in Ogaden » et « Collective Punishment », Human Rights Watch (HRW), 12 juin 2008.
- Burundi : Paramilitaries Commit Killings, Rapes, Human Rights Watch (HRW), 13 décembre 2001.
- « Tchad. Les réfugiées sont victimes de viols à l’intérieur et à l’extérieur des camps, malgré la présence de l’ONU », Amnesty International, 29 septembre 2009.
- « Kenya : Abus de la police à l’encontre des réfugiés somaliens », Human Rights Watch (HRW), 17 juin 2010.
- « Guinée : Le massacre et les viols perpétrés dans un stade de Conakry constituent vraisemblablement des crimes contre l’humanité », Human Rights Watch (HRW), 17 décembre 2009.
- « Côte d’Ivoire : “My Heart Is Cut”. Voir aussi ici », Human Rights Watch (HRW), 1er août 2007.
- « Nigerian Army Accused of Excessive Force, Rape in Niger Delta », Human Rights Watch (HRW), 22 décembre 1999.
- « Haïti. Ne leur tournez pas le dos. La violence sexuelle contre les filles en Haïti », Amnesty International, 27 novembre 2008.
- « Algérie - Dans la République de la peur, le viol est une arme de guerre », par Habib Souaïdia (23 décembre 2006).
- « More Evidence of Rape by Russian Forces in Chechnya ». Voir aussi ici, Human Rights Watch (HRW), 29 mars 2000.
- « RDC : des milliers de femmes défilent contre les viols », station internationale des Pays-Bas (RNW), 18 octobre 2010.

Notes

[1] « RDC : l’ONU confirme le viol de plus de 150 femmes dans le Nord-Kivu », 23 août 2010 ; « Viols de masse en RDC : l’ONU appelle à la fin de l’impunité », 31 août 2010 ; « RDC : un rapport décrit la sauvagerie des viols de masse début août dans l’est », 24 septembre 2010.
[2] Durant la campagne d’Italie, en juin 1859 en Lombardie, dans la province de Mantoue, l’armée française de Napoléon III, alliée à l’armée sarde, remporte une victoire sur l’armée autrichienne de l’empereur François-Joseph.
[3] C’est la reconnaissance officielle, pour la première fois, de la nécessité d’un « service » de santé pour les militaires blessés. La première convention de 1864 stipule l’obligation de soigner les blessés sans distinction de nationalité, la neutralité (l’inviolabilité) du personnel sanitaire et des établissements sanitaires et le respect du signe distinctif de la Croix-Rouge sur fond blanc. Elle est réactualisée une première fois en 1868, en 1906, puis en 1929, date à laquelle une seconde convention relative au traitement des prisonniers de guerre voit le jour. A partir de 1934, le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) prévoit la rédaction d’une convention pour la protection de certaines populations civiles (« Projet de Tokyo »). Mais la seconde guerre mondiale éclate ; les civils attendront.
[4] Instrument constitutif de l’Organisation des Nations unies (ONU). Elle fixe les droits et les obligations des Etats membres, porte création des organes et des procédures. Convention internationale, elle codifie les grands principes des relations multilatérales, de l’égalité souveraine des Etats à l’interdiction d’employer la force dans ces relations.
[5] Lire Elvan Isikozlu et Ananda S. Millard, « Brief 43, Towards a Typology of Wartime Rape, BICC, 2010 ; « Viols en temps de guerre : une histoire à écrire » (PDF) ainsi que Giselle Donnard, « Femmes dans la guerre aujourd’hui » et Françoise Nduwimana, « Le viol de guerre : la riposte des femmes ».
[6] Elisabeth Jean Wood : Variation in Sexual Violence during War, in Order, conflict and violence de Stathis N. Kalyvas, Ian Shapiro et Tarek Masoud, Yale University, Connecticut, 2008.
[7] Wendy Jo Gertjejanssen, Victims, Heroes, Survivors : Sexual Violence On The Eastern Front During World War II, University of Minnesota, 2004 ; Ian Kershaw et Laurence Rees, War of the Century : When Hitler Fought Stalin, New Press, 2000.
[8] Suzan Brownmiller, Le Viol, Stock, 1976 ; lire le compte rendu dans Libération, le 13 février 2009 : « Rouge cauchemar ».
[9] Tommaso Baris, Le corps expéditionnaire français en Italie : violences des « libérateurs » durant l’été 1944, Vingtième Siècle, Revue d’histoire, Presses de Sciences Po, 2007/1 (n° 93).
[10] Robert J. Lilly, La face cachée des GI’s. Les viols commis par des soldats américains en France, en Angleterre et en Allemagne pendant la seconde guerre mondiale, Payot, Paris, 2003 (lire notre recension).
[11] Georges-Henri Guiraud, Aux frontières de l’enfer, Monte-Carlo, Regain, 1956.
[12] « Le viol comme arme de guerre. Conflits armés et violence sexuée au Chiapas et en ex-Yougoslavie », Flagrant délit, n° 9, 1999.
[13] Yannick Ripa, Purifier et soumettre. La violence sexuelle contre les républicaines durant la guerre d’Espagne, Pandora, revue d’études hispaniques, nº 5, 2005.
[14] Alors que l’Angola est devenu une colonie portugaise dès 1482, le peuple cabindais résiste à l’invasion du Portugal jusqu’en 1885. Le gouvernement portugais rattache les deux territoires — séparés par une parcelle de la RDC — sous une administration unique. Au moment de l’indépendance, en 1975, l’Angola annexe d’emblée le Cabinda, qu’il considère comme sa dix-huitième province, alors que ce dernier réclame son indépendance en arguant que les deux territoires ne partage ni la langue (hormis le portugais), ni la culture, ni l’histoire, ni même de frontière. Depuis, l’armée angolaise occupe le territoire rebelle où elle violente la population.
[15] Lire le magnifique mais terrible roman de Koulsy Lamko, Phalène des Collines, le Serpent à Plumes, Paris, 2000.
[16] Amnesty International, « Les crimes commis contre les femmes lors des conflits armés », 2004.

Agnès Stienne est artiste, graphiste et illustratrice indépendante.

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