Affichage des articles dont le libellé est exploitation. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est exploitation. Afficher tous les articles

15 avril 2012

LA FABLE DU LITHIUM ET DE LA BOLIVIE


DL : DF , BF , GS , OR

Très riche en ressources naturelles, la Bolivie n’a pas tiré bénéfice de leur exploitation, devenant l’un des pays les plus pauvres de l’Amérique du Sud. Après son arrivée au pouvoir, le président Evo Morales dévoile la présence sur le sol bolivien du plus grand gisement mondial de lithium, métal hautement stratégique. Mythe ou réalité ?



Lectures

La Cordillère des Andes, demeure des dieux - Rituels et prières des Indiens Kallawayas (Bolivie)
Ina Rösing et Pierre Erny Jérôme Do Bentzinger
Les Indiens Kallawayas de Bolivie, implantés dans une région de haute montagne, au cœur de la Cordillère des Andes, sont réputés en Amérique du Sud pour être des guérisseurs ambulants ayant recours aussi bien aux plantes médicinales qu'à des prières et à des rites qui exigent une large manipulation de symboles. Leur art s'inscrit dans une "cosmovision" selon laquelle des êtres invisibles – dieux, esprits bienveillants et malveillants – peu personnifiés sont présents derrière les manifestations de la nature quelles qu'elles soient : montagnes, sources, lacs, roches, foudre. Tout lieu est un lieu saint auquel il faut témoigner attention et respect. Ces entités accordent leurs faveurs et leur protection aux hommes à condition qu'en retour, ceux-ci soient généreux en offrandes selon un principe de réciprocité qui régit toute l'existence. Ina Rösing, née en 1942, a dirigé l'Institut d'anthropologie culturelle à la faculté de médecine d'Ulm, en Allemagne. Elle est aussi fondatrice, à Ulm, de l'Institut für Transkulturelle Forschung. Pierre Erny, né en 1933, est professeur émérite de l'université de Strasbourg, spécialisé en ethnologie de l'éducation et en anthropologie religieuse. Pierre Erny propose ici une présentation d'ensemble de l'œuvre de l'ethnologue allemande, Ina Rösing.
Voyage au Pérou et en Bolivie (1875-1877)
Par Charles Wiener, préfacé par Pascal Riviale Ginkgo
Charles Wiener (1851-1913) occupe une place particulière parmi les explorateurs du XIXe siècle. Né en Autriche et installé avec sa famille à Paris, Charles Wiener s'intéresse très tôt aux civilisations précolombiennes. C'est donc à l'âge de 24 ans qu'il entreprend son premier voyage dans les Andes, prélude à une longue carrière d'explorateur et de diplomate au service de la France. Entre 1875 et 1877, il arpente ainsi le Pérou et la Bolivie à la recherche des civilisations précolombiennes, que l'on ne connaissait que fort peu à l'époque. Voyage au Pérou et en Bolivie, publié en 1880, nous livre de passionnantes informations sur les régions traversées et sur les populations rencontrées. Ce récit associe de manière originale la description savante et l'aventure au sens propre du terme (courses-poursuites à cheval, attaques de bandits de grands chemins, duels au revolver). On y apprend aussi comment, trente-cinq ans avant sa découverte officielle, Wiener tenta de localiser et d'explorer une cité mystérieuse dont il avait entendu parler : Machu Picchu. Aujourd'hui réédité avec la plupart des superbes illustrations d'origine, Voyage au Pérou et en Bolivie est un précieux témoignage sur le monde latino-américain à l'aube de l'ère industrielle. Il est accompagné d'une introduction de Pascal Riviale, docteur en histoire, spécialiste de l'histoire des voyages en Amérique latine et de l'histoire des collections américaines de France.
La Bolivie - Histoire constitutionnelle et ambivalence du pouvoir exécutif
René Garcia, avec une préface d’Harvey Claflin Mansfield L'Harmattan / Collection : Inter-National
Depuis le début du XXIe siècle, la Bolivie connaît des changements historiques importants. L'élection d'Evo Morales, premier président indien en Amérique latine, et les changements constitutionnels qui ont accompagné ce processus ont redessiné le paysage institutionnel de ce pays. Pour comprendre ces bouleversements, il faut avoir une interprétation globale de l'histoire constitutionnelle de la Bolivie. La question centrale qui se pose au moment de la naissance du constitutionnalisme bolivien est celle – implicite dans la pensée de Simon Bolivar – de la conciliation entre la légitimité démocratique et la nécessaire puissance de l'État. Cet ouvrage revient aux origines théoriques du pouvoir exécutif à partir de l'étude du cas bolivien. Ce livre est l'un des premiers à étudier l'ensemble de l'histoire constitutionnelle de la Bolivie à travers la notion d'ambivalence du pouvoir exécutif. Comme le dit Harvey C. Mansfield dans sa préface : "Le texte qui suit est un modèle d'analyse rigoureuse en science politique". Jean-René Garcia, titulaire d'un doctorat en droit (université Sorbonne Nouvelle Paris 3) est chercheur au Credal/CNRS. Ayant vécu plusieurs années en Amérique latine, il a été chercheur associé à l'université de la Cordillera, à La Paz, en Bolivie, et a publié plusieurs articles sur la Bolivie. Membre du cabinet du ministre de l'Éducation nationale et de la Recherche en 2006-2007, puis membre du cabinet du ministre de l'Intérieur en 2007, il est actuellement conseiller du président de l'Institut des Amériques.
La Bolivie d'Evo - Démocratique, indianiste et socialiste ? Points de vue du Sud
Sous la responsabilité éditoriale du Centre tricontinental Syllepse / Collection Alternatives Sud - Volume 16 - N° 3/2009
Habituellement épinglé comme l'un des pays les plus pauvres de l'hémisphère occidental en dépit de ses importantes richesses naturelles, la Bolivie affiche aujourd'hui l'image d'un État engagé dans une dynamique historique de refondation de ses structures économiques, sociales et institutionnelles. Priorités du gouvernement d'Evo Morales : la récupération de la souveraineté nationale, la redistribution sociale des revenus, la reconnaissance de la diversité culturelle et la revalorisation de la démocratie. Trop conciliant ou pragmatique pour les uns, centralisateur ou inefficace pour d'autres, son nationalisme de gauche, son idéal socialiste aux accents indianistes effraie avant tout l'élite blanche des riches régions orientales de la Bolivie ainsi qu'une certaine communauté internationale. Renégociation des contrats d'exploitation des hydrocarbures avec les multinationales, refonte complète de la Constitution nationale, nouvelles répartitions agraires... la liste des acquis s'allonge. Mais un projet aussi "populaire" peut-il s'inscrire dans la durée ?
Volt ! La voiture électrique sauvera-t-elle le monde ?
Serge Enderlin Le Seuil / Collection : Essais (H.C.)
Les électrons remplaceront-ils l'essence pour alimenter les moteurs de nos voitures ? Présentée comme une solution “verte” idéale pour sauver la planète menacée par le réchauffement climatique, la voiture électrique fait l'objet depuis quelques années d'une sorte de consensus : avec elle, nous ne renoncerons pas à notre mobilité individuelle, nous n'émettrons plus de CO2. Tout ira pour le mieux dans le meilleur des mondes. Pas si vite ! D'où viendra le courant “propre" pour recharger les batteries ? Qui sont les acteurs de cette mutation ? Quels sont leurs objectifs réels ? Comment s'assurer, en effet, qu'il ne s'agit pas d'une fausse piste, comme l’a été celle des biocarburants ? L'histoire de l'énergie est peuplée de rêves brisés, de percées technologiques illusoires : ne faut-il pas y regarder de plus près ? C’est ce qu’a fait Serge Enderlin, parcourant les lieux où se dessine peut-être cet avenir idéal. De Detroit, capitale sinistrée de l'automobile, à Shenzhen, laboratoire de l'excellence chinoise, en passant par Tel-Aviv et les hauteurs de l'altiplano bolivien où se trouvent de gigantesques réserves de lithium, le métal stratégique de demain, ce carnet de route, précis et alerte, fait aussi la part belle aux portraits de ceux qui y croient ou pas. Serge Enderlin est grand reporter, journaliste indépendant, spécialiste des rapports de forces géopolitiques et énergétiques. Ses reportages sont publiés et diffusés dans plusieurs pays d’Europe. Il est l'auteur d’Un monde de brut, sur les routes de l'or noir, avec Serge Michel et Paolo Woods (Seuil, 2003) et de L'après-pétrole a commencé (Seuil, 2009).

11 février 2012

Guatemala : Le travail des enfants dans les champs de cannes à sucre

Ecrit par Juliana Rincón Parra · Traduit par Valentin Bomski



L'enquête récente faite par des journalistes de Plaza Publica au Guatemala a révélée comment les autorités gouvernementales,bien qu'elles aient juridiquement interdit le travail des enfants, autorisent les enfants de moins de 14 ans à travailler dans des champs de cannes à sucre, un travail physiquement exigeant et dangereux.

Morceaux de canne à sucre photo de Chris McBrien CCBy
Dans l'article Travail infantil et exploitation du sucre au Guatemalala, Alberto Arce et Martín Rodríguez Pellecer expliquent comment les enfants travaillent dans les champs de cannes à sucre où ils sont payés à la quantité coupée. Alors que la plupart des travailleurs adultes coupent deux à trois tonnes, ils n'atteignent même pas le salaire minimum,(équivalent à environ 7,50 USD en monnaie locale) par jour. Une des familles interrogées,où le père travaille avec ses deux fils, l'un de 12 ans et l'autre de 13, ne gagne pas le salaire minimum à eux trois.
Para llegar al salario mínimo, con un salario de Q20 por tonelada es necesario superar las tres toneladas diarias. Para el finquero, la media normal que un cortador puede extraer es de seis toneladas. Los cortadores dicen que a partir de dos o tres es inhumano.
Pour atteindre le salaire minimum, avec un salaire de 20 Q  par tonne, il est nécessaire de couper plus de trois tonnes par jour. Pour le propriétaire de la plantation, la quantité ‘normale' qu'un coupeur peut extraire est de 6 tonnes. Les coupeurs disent qu'a plus de 2 ou 3 tonnes, c'est inhumain.

Plantation Flamenco, photo de Alberto Arce, CC BY
Voici la courte vidéo qu'ils ont tournée quand ils sont allés dans une plantation de cannes à sucre pour prendre des photos à l'aide d'une antique caméra en bois. Extrait de l'article:
Plaza Pública ingresó sin pedir permiso a la propiedad privada de Kuhsiek para hacer unas fotografías artísticas sobre trabajadores de la caña. En ese momento, no se sabía quién era el dueño de la finca. Ya dentro se descubrió el trabajo infantil. Allí, en una conversación informal entre el empresario agrícola, uno de los reporteros que escriben esta nota y el fotógrafo Rodrigo Abd, se acordó una entrevista formal en su oficina de la capital.
Plaza Pública s'est rendue dans la plantation sans demander l'autorisation à l’administration de la propriété privée des Kuhsiek, pour prendre quelques photographies artistiques des coupeurs de canne. A ce moment, on ne savait pas qui était le propriétaire de la plantation. Une fois dedans, le travail des enfants a été découvert. Là, au cours d'un entretien informel avec l'entrepreneur agricole, l'un des journalistes qui a écrit cet article et le photographe Rodrigo Abd ont convenu d'une entrevue officielle dans le bureau dont il dispose dans la capitale.
La plus grande ironie est peut-être que le propriétaire de la plantation de Flamenco n'est autre que Otto Kuhsiek, le président de la Chambre d'Agriculture du Guatemala. Dans l'interview, il n'a pas nié que les enfants peuvent aller dans les champs, mais a affirmé qu'ils ne travaillent pas réellement là :
El presidente de la Cámara del Agro se define como una persona que trata de cumplir con la Ley: “No conozco las edades de los niños que se encontraban en mi finca, que estaban, en todo caso, en su período vacacional. Usted vio que había una escuela en frente de donde estaban. Y esos niños no son trabajadores, sino que vienen acompañando a sus padres. Son sus ayudantes (…) .



Le président de la Chambre d'Agriculture se définit comme une personne respectueuse des lois : “Je ne connais pas l'âge des enfants rencontrés dans ma ferme, en tout cas pas celui des enfants pendant la saison des vacances.Je ne sais pas si vous avez remarqué, mais il y a une école en face d'où ils étaient. Et ces enfants ne sont pas là en tant que travailleurs, ils accompagnent leurs parents,ils les aident.”
Il a poursuivi en expliquant que les travailleurs ne sont pas exploités parce qu'ils sont libres de partir quand ils sont fatigués. Cependant, les journalistes soulignent que les travailleurs peuvent encore être vus dans les champs après à 5 h  parce qu'ils sont payés pour ce qu'ils peuvent couper, ils peuvent être forcés a choisir entre nourrir leurs familles ou se reposer.
Sur Twitter, sous le hashtag #11deazucar, la journaliste guatémaltèque Alejandra Gutierrez essaye d'attirer l'attention sur leurs responsabilités dans le sort des enfants :
¿Los cañeros? ¿los azucareros? ¿los compradores? ¿los padres? ¿el Estado? La tragedia es que esos niños tengan que trabajar. #11deazucar
Les coupeurs de canne à sucre ? les travailleurs du sucre ? les acheteurs ? les parents ? l'Etat ? La tragédie est que ces enfants doivent travailler. #11deazucar
Le travail infantile dans les champs de cannes a sucre n'est pas nouveau : en 2007 , cette vidéo montrant des images de travailleurs de canne à sucre au Guatemala, dont des enfants, a été envoyée sur YouTube.
L'industrie du sucre au Guatemala a l'une des plus fortes croissances et remporte l'un des plus gros succès économique du pays mais cette croissance et cette richesse ne profite pas à la population plus loin dans la chaîne. En fait, Asazgua, la fédération du sucre, qui réunit les 13 usines de transformation du sucre au Guatemala, , garantit un salaire minimum uniquement à ceux qui travaillent dans la transformation du sucre, et non pas à ceux qui le coupe, et estime que les problèmes exposés par les travailleurs de la canne ne sont ni des des problèmes de travail des enfants ni leur problème tout court car ils sont que des coupeurs, et pas des travailleurs du sucre : Ils ne font pas partie d'Asazgua, ce n'est pas à eux d'empêcher ce qui se passe.

A Flamenco,Photo de Alberto Arce, CC BY
Dans l'article de Plaza Publica, Arce et Rodrguez racontent comment les propriétaires de plantations et Asazgua se présentent comme des victimes, affirment que le travail des enfants dans les plantations est le choix des agriculteurs, et que ne pas autoriser les enfants à travailler dans les champs pourrait conduire des agriculteurs ou leurs enfants à brûler les récoltes et à saboter la production.
L'article et l'enquête ont eu des résultats, mais malheureusement, pas ceux espérés. Le journaliste Alberto Arce a posté sur  twitter que, bien que l'exploitation Finca Flamenco ait cessé ses activités à la suite de l'article sur le sucre dans @ PlazaPublicaGT, des coupeurs de canne ont perdu leur emploi à Retalhuleu.

25 novembre 2011

Pérou : Réflexions sur les manifestations contre les compagnies minières

Ecrit par Juan Arellano · Traduit par Noele Belluard-Blondel

 

La semaine qui s'est écoulée a été une semaine assez compliquée pour le gouvernement péruvien. A peine venait-on de fêter les 100 premiers jours du gouvernement d'Ollanta Humala que trois conflits sociaux liés à l'activité minière se sont intensifiés, à savoir une grève des agriculteurs dans la province d'Andahuaylas, qui exigeaient la fermeture de deux usines de traitement du cuivre et la suspension des concessions et des activités minières dans la région, une journée de manifestation à Cajamarca contre le projet minier Conga,  déclenchée par la disparition possible de vingt lagunes et le blocage des routes à Huari et Cátac, dans la région d'Ancash par des membres de communautés autochtones pour exiger le respect des engagements environnementaux quant aux mines d'Antamina et de Huallanca.

De tous les conflits, celui qui s'est aggravé le plus a été celui de la province d'Andahuaylas où la manifestation, faute d'un accord avec la commission de haut niveau réunie pour négocier, s'est soldée par l'incendie de quelques locaux et par environ 38 blessés suite à un affrontement entre les habitants et la police. Tout ceci s'est passé alors que l'affaire de trafic d'influence présumé du vice-Président Omar Chehade faisait encore la Une des médias et que le Président Humala était à l'étranger.
Les journalistes  se sont empressés de mentionner dans les éditoriaux et les articles d'opinion entre autres choses la fin de la lune de miel entre le peuple et le nouveau gouvernement et la conspiration existante contre les compagnies minières.
Mais dans les blogs, les opinions et les points de vue sont quelque peu différents. Par exemple, sur le blog Consulta Previa, après avoir analysé le soutien aux manifestations du candidat d'alors, à savoir Ollanta Humala ,dans ses promesses de campagne, on va droit au cœur du sujet:
Le sujet de fond est de savoir si l'exploitation minière peut se développer dans l'aquifère. Notre réponse est NON. Une fois seulement que ceci sera clair,  on pourra parler d'un dialogue juste. Que ce point de départ engendre des coûts plus importants pour les investisseurs, cela ne fait pas de doute. Mais il ne s'agit pas de subordonner le développement à l'asséchement des lagunes et des zones humides ou à la pollution des sources et des eaux souterraines. C'est déjà extrêmement clair pour tout le monde. Pourquoi le Pérou ne devrait-il pas avoir le droit de réclamer à ce sujet la modernité ?
Dans le blog ¿Estamos jodidos? (Sommes-nous des salauds?) on s'intéresse à l'exploitation minière mais pour des raisons plus discutables, en lien avec le contrôle de la production déclarée :
Nous avons insisté des tas de fois sur le fait que dans les projets miniers c'est à l'État de participer aux extractions et ce, pour deux raisons : d'abord, pour contrôler  ce qui est extrait, ensuite, pour s'occuper de toutes les conséquences sur l'environnement, c'est pourquoi les investissements, qu'ils soient extrêmement importants ou non, doivent être faits avec une prise de participation du gouvernement de 50 à 51% dans le conseil d'administration et, si ceci s'avère aussi rentable qu'il est dit, la participation doit à plus forte raison demeurer sous le contrôle de l'Etat.
Mina Yanacocha, Cajamarca, Perú
La mine Yanacocha à Cajamarca au Pérou

Mais la méfiance n'est pas uniquement éprouvée à l'égard des compagnies minières, elle l'est aussi à l'encontre du gouvernement :
Humala n'est pas idiot. Il se rend parfaitement compte des dégâts qu'engendrent dans le pays tous ces abus sociaux et qu'on a  besoin de lui dans le pays, non à l'étranger. […] Alors que trame-t-il ? … Ne serait-ce pas qu'on en arrive à une situation  ingérable et qu'il vienne à nous dire que la situation est telle que pour son bien, le pays a décidé de l'expropriation des principales mines et banques du pays. Attention, attention… Le Président, un ancien militaire, n'est en rien idiot.
Dans la même optique, on trouve cette critique du blog “Políticamente Incorrecto” (Politiquement incorrect) de Víctor Robles sur l'action du Premier Ministre Salomón Lerner :
Le message qu'il a laissé est le même que celui des Premiers Ministres Simon et Del Castillo : “Si tu veux que nous t'écoutions et que nous satisfaisions tes demandes, tu n'as qu'à assiéger des villes, bloquer des routes,  mettre à sac des marchés et caillasser des bus”. Est-ce la grande transformation que nous a promis le candidat Ollanta Humala ? […] A juste titre, beaucoup d'entre nous se demandent si par hasard ce climat de violence contre l'investissement privé ne serait pas encouragé de manière souterraine par le gouvernement lui-même.
Dans le blog Gran Combo Club, Silvio Rendón critique aussi le Président Ollanta Humala mais pour d'autres raisons  :
Nous nous dirigeons vers une parfaite dictature ou une nouvelle “super cohabitation”.  Ollanta Humala ne va pas honorer ses promesses de faire fermer les mines ni ne va rien faire contre les abus commis  à l'égard des travailleurs. Humala est aujourd'hui le même chien (ou chat) du jardinier qu'avant. * Il a donné un faible coup , un faible coup de “barre”.   […]   Humala n'en fera assurément qu'à sa tête si les gens le laissent faire. […]  Mais si les gens réagissent rapidement et comprennent qu'Humala a déjà manqué à ses promesses et lui brandissent un carton rouge très rapidement, on pourrait alors éviter le fait accompli.  Toledo a dû reculer,  García a dû reculer. Il ne resterait pas d'autre alternative  à Humala que celle de reculer.
Reliant les votes des dernières élections aux manifestations actuelles, Rendón ajoute:
Les gens en ont assez qu'on les trompe. […] Peu importe que quelques-uns, principalement à Lima, justifient et camouflent le  mépris du vote populaire  par de la “maturité politique” ou “de l'apprentissage démocratique”. On a besoin d'un gouvernement qui fasse ce qu'il promet. Les grandes entreprises devront renoncer à certaines exploitations minières comme elles ont dû renoncer à privatiser l'électricité à Arequipa. […] Si Humala fait ce qu'ont fait les précédents gouvernements, il obtiendra les mêmes résultats qu'eux : la révolte des citoyens. Ceux-ci n'accepteront pas que leur vote soit méprisé.
En analysant en particulier le cas de la compagnie minière Yanacocha qui  gère, à Cajamarca, un projet minier du nom de Conga, Jacqueline Fowks de Notas de Lenovo résume la position tout à la fois toute puissante et arrogante de l'entreprise:
L'histoire récente de la compagnie Yanacocha-Newmont dans sa relation avec les communautés en matière de sécurité et d'environnement  explique sa situation actuelle: à savoir que ses détracteurs ont des arguments contre elle. Rappelons que l'entreprise ne reconnaît pas totalement sa responsabilité quant aux conséquences du déversement de mercure à Choropampa et qu'elle a obtenu de ‘pouvoir dédommager des plaignants en dehors des tribunaux mais sans commune proportion avec l'ampleur du préjudice. En matière de sécurité, un rapport de 2009 a mis en évidence les pratiques illégales et irrégulières du personnel de Forza [NDLT: Forza amazonica est une des quatre plus grandes sociétés de sécurité du Pérou], des policiers rémunérés par l'entreprise, c'est ce qui est arrivé en particulier à Combayo. Lorsque j'ai demandé en 2010 une interview afin de savoir si ces pratiques de sécurité avaient changé suite à cette évaluation et aux recommandations faites, l'entreprise a refusé de répondre sur le sujet.
Les conflits sont loin d'être terminés. Dans la province d'Andahuaylas, la manifestation se poursuit en dépit de la trêve décidée par les paysans car une faction continue la lutte tandis qu'on mentionne  ici et là sa probable manipulation par des groupes infiltrés. A Cajamarca, le Président de la Région est accusé d'avoir appelé à la grève et la compagnie minière Yanacocha est loin de faire l'unanimité car les critiques sur sa gestion de l'environnement continuent de pleuvoir. Il est clair qu'il s'agit de sujets graves comme le démontre cette vidéo et interview du parlementaire Javier Diez Cansecoen en laquelle il expose divers points de ce problème qu'est l'exploitation minière.

Ndt :  Il est fait ici référence au proverbe “Il est comme le chien du jardinier, qui ne mange point de choux et n'en laisse pas manger aux autres” selon lequel celui qui ne peut se servir de quelque chose empêche les autres aussi de s'en servir. L'ancien Président Alan Garcia utilisa cette expression pour dénoncer ceux qui ne faisaient rien pour développer le pays et empêchaient les autres de le faire.

13 octobre 2011

Chine : Etudiants stagiaires ou travailleurs bon marché ?

Ecrit par Oiwan Lam · Traduit par Noele Belluard-Blondel



On a commencé à voir apparaître en Chine depuis 2004 une pénurie de main-d'oeuvre c'est la raison pour laquelle le gouvernement chinois a entrepris d'encourager les instituts privés à accroître le nombre des écoles professionnelles afin de s'attaquer au problème. D'après le bureau des statistiques du Ministère de l'Education, le nombre d'élèves dans les lycées professionnels est passé de 12,56 millions en 2003 à 21,95 millions en 2009.
En 2006, le gouvernement a introduit la formule ”aller à l'usine tout en étant scolarisé” c'est-à-dire un modèle de coopération entre l'école et l'entreprise. Toutefois les élèves qui y participent ne sont pas protégés par un salaire minimum et les entreprises n'ont pas à payer leur assurance sociale bien que ces élèves travaillent comme des travailleurs ordinaires.

Main d'oeuvre étudiante
Young shoe factory worker in Shenzhen Longgang, China. Image by Martin Coyne, copyright Demotix (27/04/2009).
Young shoe factory worker in Shenzhen Longgang, China. Image by Martin Coyne, copyright Demotix (27/04/2009).

Le centre de contrôle des ressources d”Asie a publié un rapport approfondi, ‘Cheap Labour in Essence, Students in Name: Vocational School Interns In China‘// ‘Main d'oeuvre bon marché par essence, élèves seulement de nom: les stagiaires des écoles professionnelles en Chine”, sur l'exploitation systématique des élèves stagiaires en Chine :
…ce dont toutes les industries chinoises ont besoin c'est seulement de travailleurs non qualifiés; la majorité des élèves des lycées professionnels, quelque puissent être leurs filières, sont finalement envoyés à la chaîne de fabrication où certains élèves affirment qu'il ne leur faut pour y travailler qu'une journée d'apprentissage et qu'il n'ait besoin d'aucune connaissance professionnelle. Par conséquent,  le stage en entreprise n'est qu'une façon de priver les élèves du droit d'être reconnus comme étant des  travailleurs de l'entreprise, ainsi,  ceux-ci ne sont pas protégés par le droit du travail et l'entreprise peut réduire ses coûts de  main-d'oeuvre.
Ce phénomène n'a pas seulement privé les élèves de leurs droits en tant que salariés mais affecte aussi l'ensemble du marché du travail de façon négative. De nombreuses entreprises ont utilisé des travailleurs étudiants de manière permanente, certaines les utilisant même à hauteur de 70% de leurs effectifs…
Plusieurs  travailleurs étudiants de l'école militaire de Guoyang ou du lycée professionnel de Guoyang  ont décidé de présenter ce problème sur internet. Voici ci-dessous leur présentation sur Sina Weiblog [zh] en date du 19 juillet 2011:
我们是贵阳市国防学校的毕业生,被学校当成了赚钱工具,长期实习。我们感到不愤,走上了维权路,为自己讨公道。希望分享我们的经历,请大家支持我们!我們的博客:http://t.cn/aWSbkR
Nous sommes diplômés de l'école militaire de  Guoyang. L'école nous a traités comme de rentables outils. Nous ressentons de la colère et avons décidé de défendre nos droits et de réclamer la justice. Nous voulons partager nos expériences, s'il vous plaît, soutenez-nous! L'adresse de notre blog est la suivante: http://t.cn/aWSbkR
L'un des  travailleurs étudiants du nom de Xiao Luo a raconté son histoire aux journaux locaux [zh] en juillet:
“在 学校根本学不到东西。”小罗学的是市场营销专业,2007年7月入校,在学校只待了5天,他就被安排到深圳的一家公司实习。直到2008年2月才回到学 校。在学校上了两三个月的课之后,他再次被送到外面当没有人指导、实习内容完全不对口的“学生工”。小罗说:“每次勤工俭学回去后,都会有一个星期的假 期,学校就会给我们很多招生简章,并下达任务,回家要招多少学生,如果招不够回来的话,我们的教官就会被罚钱。如果帮他们招一个学生的话,就给600元奖 金。实际上,这笔奖金不是学校支付,而是在所招到学生的实习工资里扣除。”
“Vous ne pouvez rien apprendre à l'école.” La matière étudiée par Xiao Luo c'est le marketing. Il est entré à l'école en juillet 2007, y est resté pendant cinq jours et a été envoyé dans une entreprise à Shenzhen comme stagiaire. Il a travaillé là jusqu'en février 2008 , puis est revenu à l'école pendant deux ou trois mois afin d'y suivre des cours et a été renvoyé au travail.  “Il n'y avait aucun tutorat à l'atelier, nous n'étions de fait que des travailleurs .” Xiao Luo a dit aussi ceci: “A chaque fois que nous revenions de notre travail, l'école nous donnait une semaine de vacances, elle nous donnait toutes ces brochures sur l'école et nous demandait de recruter des élèves en rentrant à la maison. Si nous ne réussissions pas à recruter assez d'élèves, nos professeurs recevaient une amende. D'un autre côté, nous avions une prime de 600 yuans par personne recrutée. En fait, l'argent n'était pas payé par l'école mais était pris sur notre salaire.”
按照法律规 定,实习期间的劳动报酬应该发到实习生手里。但据他们介绍,3年来,小罗及他们同学的所有工资都直接打入学校账户。…此 外,学校帮他们每个人都申请了国家补助金,两年共计每人3000元,小罗这级共有1801人。他们至今不知道这些钱长啥样子。“
Selon les règlements existants, le salaire d'un stage en entreprise devrait être directement donné aux élèves, toutefois, ces trois dernières années, tous les salaires ont été déposés sur le compte de l'école… De plus, l'école avait fait une demande de subventions gouvernementales pour les élèves et chacun aurait dû recevoir 3000 yuans sur deux ans. Il y avait  1801 élèves dans la classe de Xiao Luo mais aucun d'entre eux n'a reçu une quelconque subvention gouvernementale.
lLs élèves ont aussi utilisé le microblog Weibo pour  alerter les journalistes de la presse locale [zh] quant à leur situation:
对@中国新闻周刊 说:你们好!我们是贵阳市的中职学生,学校违规办学,包括学校滥收费、强迫学生长时间实习、强迫童工实习、克扣学生工资、代收和骗取国家补助金等。我们已 向教育局、物价局、教育厅投诉,可教育态度搪塞,学校恐吓学生,我们媒体报导。我们有个材料,是否有邮箱给发过去。谢谢!
A @ChinaNewsWeekly: Salut! Nous sommes des élèves du lycée professionnel de Guoyang. L'école a violé de nombreuses règlementations, en particulier en demandant des droits d'inscription abusifs,en faisant effectuer une longue période de stage en entreprise, en employant  des travailleurs étudiants mineurs, en retenant les salaires des élèves et les subventions gouvernementales. Nous avons porté plainte auprès du bureau du Ministère de l'Education et du bureau des Prix. Mais l'attitude du bureau du Ministère de l'Education est ambivalente et l'école a commencé à menacer les élèves. Nous avons des preuves et pouvons vous les envoyer. Merci à vous!
Finalement, plusieurs médias en ligne ont suivi cette histoire, tel Caixin.cn [zh]. Les élèves ont ensuite aussi révélé le 26 août [zh] via le microblog Weibo que l'école avait envoyé de la main d'oeuvre enfantine travailler dans des ateliers qui  exploitent ceux qui y travaillent:
我是这个学校的,2007年刚入学,才15岁,也跟着所有工人一样,每天上12小时的班,一个月只有一两天休息。那时候我 们所在的工业区有一家厂的童工工伤死亡,学生童工被原来的工厂退出来了,学校又把学生集中起来,改了我们的出生日期,调到另一个工厂上班,当时候100多 个同学都不满16的,有些才14岁!
Je viens de cette école. J'y suis entré en 2007 lorsque je n'avais que 15 ans. Comme tous les autres travailleurs, mon temps de travail était de 12 heures par jour et je n'avais que deux congés par mois. A cette époque, il y a eu sur le campus industriel un accident industriel dans lequel se trouvait mêlé un enfant travailleur et l'usine les a tous renvoyés à l'école. Puis cette dernière a changé nos dates de naissance sur nos papiers et nous a envoyés dans une autre usine. Il y avait environ 100 élèves de moins de 16 ans, certains n'en avaient que 14!
Le 8 septembre, deux jours avant la Journée de l'enseignant, les élèves ont diffusé une vidéo, pressant leurs éducateurs de manifester leur préoccupation quant à l'exploitation des travaillleurs étudiants:



7 août 2011

Pérou : Retour au calme à Puno après conclusion d'accords

3 octobre 2010

La géopolitique d’Internet

par Domenico Losurdo*

Fausse résistance et vraies manipulations

Formidables vecteurs de diffusion des idées, mais aussi redoutables moyens de manipulation des masses pour atteindre des objectifs de politique intérieure et extérieure, les médias ont toujours été une arme à double tranchant. Avec l’arrivée des nouvelles technologies qui permettent, outre la mobilisation de l’opinion à plus grande échelle, l’intrusion des pouvoirs économique et politique dans la vie privée, les visées géostratégiques ont trouvé un nouveau vecteur leur permettant plus que jamais d’avancer masquées. Revenant sur quelques cas médiatiques illustrant bien le phénomène, Domenico Losurdo conclut son étude par une note d’espoir : les mouvements de résistance à l’Empire s’approprient de mieux en mieux les nouvelles technologies de communication.


JPEG - 25.2 ko
Lancement de Google Chine
Google défie le gouvernement de la République populaire de Chine : la grande presse d’ « information » applaudit à tout rompre la rigueur morale et le courage d’une multinationale prête à payer le prix fort en termes économiques afin de ne pas se soumettre aux impositions de la censure et réaffirmer le droit humain à la libre information. En vérité, fût-ce de façon très minoritaire, quelque voix se fait aussi entendre pour appeler à une plus grande prudence : n’y a-t-il que de nobles motivations comme explications du coup de Google ou bien des considérations d’une autre nature sont-elles aussi à l’œuvre ? Le grand geste pourrait n’être que le coup de théâtre d’une accorte campagne de public relations  : tourner le dos avec éclat à un marché certes assez prometteur mais pour lequel la concurrence locale est aguerrie et conquérante, peut en fin de comptes profiter à l’image et aux profits de la multinationale états-unienne, en lui ouvrant la voie pour une expansion dans d’autres pays et au niveau mondial… Et, donc, dans le scénario traité en Italie par les organes de presse les plus « anticonformistes », le calcul utilitaire émerge ainsi à côté des droits de l’homme. La géopolitique, par contre, continue à être absente, laquelle pourtant, pour un observateur plus attentif, s’avère être l’authentique protagoniste. Pour en rendre compte, faisons un saut en arrière d’environ soixante ans, en nous concentrant sur une affaire, ici reconstruite à partir d’un récent article d’Alessandra Farkas sur le Corriere della Sera.

« Un mystérieux vent de folie collective »

Le 16 août 1951, des phénomènes étranges et inquiétants vinrent troubler Pont-Saint-Esprit, « un village tranquille et pittoresque » situé « dans le Sud-est de la France ». Oui, « le pays fut secoué par un mystérieux vent de folie collective. Cinq personnes au moins moururent, des dizaines finirent à l’asile, des centaines donnèrent des signes de délire et d’hallucinations […] Beaucoup finirent à l’hôpital avec la camisole de force ». Le mystère, qui a longtemps entouré cet éclat de « folie collective », est maintenant dissipé : il s’agît d’une « expérimentation menée par la CIA, avec la Special Operation Division (SOD), l’unité secrète de l’Armée USA de Fort Detrick au Maryland » ; les agents de la Cia « contaminèrent au LSD les baguettes vendues dans les boulangeries du pays », causant les résultats que nous avons vus ci-dessus. Nous sommes aux débuts de la Guerre froide : bien sûr les Etats-Unis étaient des alliés de la France, mais c’est justement pour ça que celle-ci se prêtait aux expérimentations de guerre psychologique qui avaient certes comme objectif le « camp socialiste » (et la révolution anticoloniale) mais pouvaient difficilement être effectuées dans les pays situés au-delà du rideau de fer [1]. Posons-nous alors cette question : l’excitation des masses ne peut-elle être produite que par voie pharmacologique ? Les événements qui, sur la fin de la Guerre froide, balaient le « camp socialiste », par ailleurs largement discrédité et affaibli, laissent pensifs. Le 17 novembre 1989, la « révolution de velours » triomphait à Prague, avec un mot d’ordre qui se voulait gandhien : « Amour et Vérité ». En réalité -confesse de nos jours l’International Herald Tribune - un rôle décisif fut joué par la diffusion de la fausse nouvelle selon laquelle un étudiant avait été « brutalement tué » par la police. Si dans le cas de la Tchécoslovaquie se révélèrent suffisantes deux « petites » manipulations (d’un côté la transfiguration des leaders de la révolte en dévots gandhiens du culte de la vérité et de la non-violence, de l’autre la production savante et la diffusion de « nouvelles » destinées à susciter l’indignation de masse), plus compliquée fut la promotion quelques semaines plus tard, de la révolte qui renversait en Roumanie la dictature de Ceausescu. La mise en scène, dans ses lignes générales, ne change pas : il s’agissait toujours de discréditer et même de diaboliser le pouvoir à renverser, pour en faire une cible facile d’indignation de masse alimentée savamment et sans l’ombre d’un scrupule. Oui, mais comment atteindre cet objectif dans la situation concrète de la Roumanie de la fin de 1989 ? A partir d’un certain moment, les médias occidentaux commencèrent à diffuser massivement dans la population roumaine, et même à bombarder sur elle, les informations et les images du « génocide » perpétré à Timisoara par la police de Ceausescu. Qu’était-il arrivé en réalité ? Laissons la parole à un prestigieux philosophe (Giorgio Agamben), qui ne fait pas toujours preuve de vigilance critique à l’égard de l’idéologie dominante mais qui a synthétisé ici de façon magistrale l’affaire dont nous traitons :
« Pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, des cadavres à peine enterrés ou alignés sur les tables des morgues ont été déterrés en hâte et torturés pour simuler devant les caméras le génocide qui devait légitimer le nouveau régime. Ce que le monde entier avait sous les yeux en direct comme vérité sur les écrans de télévision, était l’absolue non-vérité ; et bien que la falsification fût parfois évidente, elle était de toutes façons authentifiée comme vraie par le système mondial des médias, pour qu’il fût clair que le vrai n’était désormais qu’un moment du mouvement nécessaire du faux ».
La fin de la Guerre froide n’était pas la fin du Grand jeu. Pour les Usa, liquider le « camp socialiste » et démembrer l’Union soviétique ne suffisait pas ; il fallait aussi promouvoir et imposer en Europe orientale l’ascension au pouvoir de leaders totalement liés à Washington. En Georgie, à un certain moment même Edouard Chevardnadze (jusque là estimé et apprécié en Occident pour le rôle « démocratique » qu’il avait joué aux côtés de Gorbatchev dans la dissolution du « camp socialiste » et, plus tard, allant même au-delà de Gorbatchev lui-même, dans la dissolution de l’Union soviétique) devenait un leader indésirable et à remplacer. C’est la tâche qui fut confiée à la fameuse « révolution des roses » [2]. Je me centre sur quelques uns de ses moments-clé, en me servant de la reconstruction parue sur une revue française réputée de géopolitique. Des télévisions géorgiennes aux mains de l’opposition et des médias occidentaux s’emploient à une campagne conjointe et incessante :
« La corruption du régime est montrée sous tous ses aspects. En n’hésitant pas à mentir au besoin. Mi-novembre, des magazines allemands affirment que des proches de M. Chevardnadze ont acheté pour lui une luxueuse villa dans la ville thermale de Baden-Baden, dan le sud de l’Allemagne. Bild affirme que la résidence est estimée à 11million d’euros. L’information n’est pas confirmée. Qu’importe […] Une de nos sources nous apprendra plus tard que la photo exhibée a été prise au hasard sur Internet »
Après la proclamation des résultats électoraux qui signent la victoire de Chevardnadze et qui sont taxés de frauduleux par l’opposition, celle-ci décide d’organiser une marche sur Tbilissi, qui devrait sceller « l’arrivée symbolique, et pacifique même, dans la capitale, de tout le pays en colère ». Bien que convoquées de tous les coins du pays à grands renforts de moyens propagandistes et financiers, ce jour-là affluent pour la marche entre 5 000 et 10 000 personnes : « ce n’est rien pour la Géorgie » ! Et pourtant grâce à une mise en scène sophistiquée et de grande professionnalité, la chaîne de télé la plus diffusée du pays arrive à communiquer un message totalement différent : « L’image est là, puissante, celle d’un peuple entier qui suit son futur président ». Désormais les autorités politiques sont délégitimées, le pays est désorienté et abasourdi et l’opposition plus arrogante et agressive que jamais, d’autant plus que les médias internationaux et les chancelleries étrangères l’encouragent et la protègent. Le coup d’Etat est mûr, il va porter au pouvoir Mikhaïl Saakashvili, qui a fait ses études aux USA, parle un anglais parfait et est en mesure de comprendre rapidement les ordres de ses supérieurs.

Les « guerres sur Internet »

Nous avons vu jusqu’ici la transformation de l’ « absolue non-vérité » en « vérité vraie » et incontestable, passer en premier lieu à travers les « écrans de télévision » tandis que le rôle d’Internet était secondaire et négligeable. Mais il est intéressant de noter que dès la fin des années 90, sur l’International Herald Tribune un journaliste (Bob Schmitt) observait : « Les nouvelles technologies ont changé la politique internationale ». Ceux qui étaient en mesure de les contrôler voyaient augmenter démesurément leur pouvoir et leur capacité à déstabiliser des pays plus faibles et technologiquement moins avancés. En effet, avec l’avènement et la généralisation d’Internet, Facebook, Twitter, une nouvelle arme a émergé, susceptible de modifier profondément les rapports de force sur le plan international. Ceci n’est plus un secret pour personne. De nos jours, aux USA, un roi de la satire télévisée comme Jon Stewart proclame : « Mais pourquoi envoyons-nous des armées s’il est aussi facile d’abattre les dictatures via Internet que d’acheter une paire de chaussures ? » La signification militaire des nouvelles technologies est ici explicitement soulignée et revendiquée : le droit de Washington à juger et condamner souverainement restant inchangé, il est maintenant possible d’avoir recours à des armes nouvelles et plus sophistiquées pour punir les coupables et les rebelles. Mais Internet n’est-il pas l’expression même de la liberté d’expression ? Ceux qui argumentent ainsi ne sont que les plus démunis (et les moins scrupuleux). En réalité – reconnaît Douglas Paal, ex collaborateur de Reagan et de Bush senior - Internet est actuellement « gérée par une ONG qui est de fait une émanation du Département du Commerce des USA ». S’agit-il seulement de commerce ? L’hebdomadaire allemand Die Zeit demande des éclaircissements à James Bamford, un des plus grands experts en matière de services secrets états-uniens : « Les Chinois craignent aussi que des firmes américaines comme Google soient en dernière analyse des outils des services secrets américains sur le territoire chinois. Est-ce une attitude paranoïde ? » « Pas du tout » est la réponse immédiate. Au contraire -ajoute l’expert - même des « organisations et institutions étrangères sont infiltrées » par les services secrets états-uniens, lesquels sont de toutes façons en mesure d’intercepter les communications téléphoniques dans tous les coins de la planète et doivent être considérées comme « les plus grands hackers du monde ». Désormais -affirment encore sur Die Zeit deux journalistes allemands - il n’y a aucun doute :
« Les grands groupes Internet sont devenus un outil de la géopolitique Usa. Avant, on avait besoin de laborieuses opérations secrètes pour appuyer des mouvements politiques dans des pays lointains. Aujourd’hui il suffit souvent d’un peu de technique de la communication opérée à partir de l’Occident […] Le service secret technologique des USA, la National Security Agency, est en train de monter une organisation complètement nouvelle pour les guerres sur Internet ».
A la lumière de tout cela, il convient de relire certains événements récents d’explication non aisée. En juillet 2009 des incidents sanglants sont survenus à Urumqi et dans le Xinjiang, la région de Chine habitée surtout par des Ouigours. Sont-ce la discrimination et l’oppression aux dépens de minorités ethniques et religieuses qui l’expliquent ? Une approche de ce type ne semble pas très plausible, à en juger du moins par ce que réfère de Pékin le correspondant de La Stampa (Francesco Sisci) :
« De nombreux Hans d’Urumqi se plaignent des privilèges dont jouissent les Ouigours. Ceux-ci, de fait, en tant que minorité nationale musulmane, ont à niveau égal des conditions de travail et de vie bien meilleures que leurs collègues Hans. Un Ouigour, à son bureau, a l’autorisation de suspendre son travail plusieurs fois pas jour pour accomplir les cinq prières musulmanes traditionnelles de la journée […] En outre ils peuvent ne pas travailler le vendredi, jour férié musulman. En théorie ils devraient récupérer le dimanche. Mais le dimanche les bureaux sont en fait déserts […) Un autre point douloureux pour les Hans, soumis à la dure politique d’unification familiale qui impose encore l’enfant unique, est le fait que les Ouigours peuvent avoir deux ou trois enfants. En tant que musulmans, ensuite, ils ont des remboursements en plus de leur salaire étant donné que, ne pouvant pas manger de porc, ils doivent se rabattre sur l’agneau qui est plus cher ».
Cela n’a aucun sens alors, comme le fait la propagande occidentale, d’accuser le gouvernement de Pékin de vouloir effacer l’identité nationale et religieuse des Ouigours. Alors ? Réfléchissons sur la dynamique des incidents. Dans une ville côtière de Chine où, malgré les différentes traditions culturelles et religieuses préexistantes, des Hans et des Ouigours travaillent côte à côte, se répand tout d’un coup la rumeur selon laquelle une jeune fille han a été violée par des ouvriers ouigours ; il en résulte des incidents au cours desquels deux Ouigours perdent la vie. La rumeur qui a provoqué cette tragédie est fausse mais voici que se répand alors une deuxième rumeur plus forte encore et encore plus funeste : Internet diffuse dans son réseau la nouvelle selon laquelle dans la ville côtière de Chine des centaines de Ouigours auraient perdu la vie, massacrés par les Hans dans l’indifférence et même sous le regard complaisant de la police. Résultat : des tumultes ethniques dans le Xinjiang, qui provoquent la mort de presque 200 personnes, cette fois presque toutes hans. Eh bien, sommes-nous en présence d’une intrication malheureuse et fortuite de circonstances ou bien la diffusion de rumeurs fausses et tendancieuses visait-elle le résultat qui s’est ensuite effectivement constaté ? Revient alors en mémoire l’ « expérimentation conduite par la Cia » pendant l’été 1951, qui produisit « un mystérieux vent de folie collective » dans « le village pittoresque et tranquille » de Pont-Saint-Esprit. Et de nouveau nous voici obligés de nous poser la question initiale : la « folie collective » peut-elle être produite seulement par voie pharmacologique ou bien peut-elle être aussi aujourd’hui le résultat du recours aux « nouvelles technologies » de la communication de masse ?

Qui sont les « cyberidiots » ?

Une chose est certaine : ceux qui sont les cibles des « guerres sur Internet » ne restent pas les bras ballants : comme dans toute guerre les faibles cherchent à combler leur désavantage en apprenant des plus forts. Et voici que ces derniers crient au scandale : « Au Liban » -lit-on sur le Corriere della Sera du 20 mars- « ceux qui maîtrisent le plus news media et réseaux sociaux ne sont pas les forces politiques pro-occidentales qui appuient le gouvernement de Saad Hariri, mais les ‘Hezbollah’ ». Cette observation laisse poindre un soupir : ah comme ce serait beau si, comme il en a été pour la bombe atomique et pour les armes (proprement dites) les plus sophistiquées, pour les « nouvelles technologies » et les nouvelles armes d’information et de désinformation de masse aussi, ceux qui détiennent le monopole étaient les pays qui infligent un interminable martyre au peuple palestinien et qui voudraient continuer à exercer au Moyen-Orient une dictature terroriste ! Le fait est -se lamente Moises Naïm, directeur du « Foreign Policy »- que les Usa, Israël et l’Occident n’ont plus affaire aux « cyberidiots d’autrefois ». Ceux-ci « contrattaquent avec les mêmes armes, font de la contre-information, empoisonnent les puits » : une véritable tragédie du point de vue des champions de la « liberté d’information » et du « pluralisme ». Malheureusement, les stratèges et les idéologues du Pentagone et du Département d’Etat peuvent trouver de nos jours encore quelque solide motif de consolation : bien loin d’être dispersés, les cyberidiots se montrent plus vivants que jamais à « gauche » : ils sont engagés à présenter les manœuvres troubles de Google comme le défi lancé par le David de la liberté et de la vérité contre le Goliath de l’autocratie et de la censure !
 


 Domenico Losurdo
Professeur d’histoire de la philosophie à l’université d’Urbin (Italie). Il dirige depuis 1988 la Internationale Gesellschaft Hegel-Marx für dialektisches Denken, et est membre fondateur de l’Associazione Marx XXIesimo secolo. Dernier ouvrage traduit en français : Nietzsche philosophe réactionnaire : Pour une biographie politique.
Les articles de cet auteur


Traduction Marie-Ange Patrizio
Les articles de cet auteur
Envoyer un message



Textes cités :
Thomas FISCHERMANN, entretien avec James BAMFORD, « Passen Sie auf, was Sie tippen », in Die Zeit du 18 février 2010, pp. 20-21.
Alessandra FARKAS, « La Cia drogò il pane dei francesi ». Svelato il mistero delle baguette che fecero ammattire un paese nel ‘51, (« La Cia a drogué le pain des français ». Le mystère des baguettes qui rendirent un village fou en 1951), in Corriere della Sera du 13 mars 2010, p. 25.
Thomas FISCHERMANN, Götz HAMANN, Angriff aus dem Cyberspace, in Die Zeit du 18 février 2010, pp. 19-21.
Massimo GAGGI, Un’illusione la democrazia via web. Estremisti e despoti sfruttano Internet (Une illusion la démocratie via Internet. Extrémistes et despotes exploitent Internet), in Corriere della Sera du 20 mars 2010, p. 21.
Domenico LOSURDO, La non-violenza. Una storia fuori dal mito, Roma-Bari, Laterza, 2010, cap. IX (pour la Tchécoslovaquie, la Roumanie et pour le cadre général).
Maurizio MOLINARI, entretien avec Douglas PAAL, « Questo è l’inizio di uno scontro tra due civiltà » (« Ceci est un choc entre deux civilisations »), in La Stampa du 23 janvier 2010, p. 7.
Bob SCHMITT, The Internet and International Politics, in The International Herald Tribune du 2 avril 1997, p. 7.
Francesco SISCI, Perché uno han non sposerà mai una uigura (Pourquoi un Han n’épousera jamais une Ouigour), in La Stampa du 8 juillet 2009, p. 17.
Article rédigé en mars 2010 et publié sur la revue Belfagor. Rassegna di varia umanità, dirigée par Carlo Ferdinando Russo, le 31 juillet 2010, p. 489-494. Rome.


[1] Sur ce thème, voir l’article « Quand la CIA menait des expériences sur des cobayes français », par par Hank P. Albarelli Jr., Voltairenet, 16 mars 2010
[2] Voir l’article « Les dessous du coup d’État en Géorgie », par Paul Labarique, Voltairenet, 7 janvier 2004.

12 mai 2010

Travail des enfants, les leçons des pays émergents

Ecrit par Bénédicte Manier

De nouvelles statistiques du Bureau international du Travail (BIT) (1) viennent de rappeler que la main-d’œuvre enfantine constitue un volant persistant de la population active mondiale. Depuis la fin des années 1990, le nombre d’enfants de moins de 14 ans « économiquement actifs » oscille entre 176 et 211 millions, auxquels s’ajoutent une centaine de millions d’enfants de 15 à 17 ans. En dépit d’une diminution progressive, le maintien d’une main-d’œuvre enfantine à cette échelle s’explique par les limites rencontrées par les politiques de scolarisation et surtout par la permanence de la pauvreté (2,7 milliards d’humains survivent avec moins de deux dollars par jour, et un milliard souffrent de la faim). Les enfants contribuent à la subsistance de leurs familles, en travaillant aux champs ou en se déployant dans les petits métiers du secteur informel (vendeurs de rue, trieurs de déchets...), leur contribution pouvant atteindre 20 % ou 25 % du revenu familial. Dans les sociétés du Sud, dépourvues de protection sociale, leurs revenus viennent aussi partiellement amortir l’insécurité des familles : la perte d’activité ou le départ du chef de famille, une mauvaise récolte, un désastre naturel, l’arrivée d’une maladie ou tout autre aléa de la vie suffisent à mettre les enfants au travail.

A ce titre, la crise économique risque d’accroître encore le nombre d’enfants actifs, en aggravant la précarité du travail des adultes. Le BIT estime en effet qu’entre 2008 et 2009, 41 à 109 millions d’actifs sont allés rejoindre les rangs des travailleurs vulnérables, dont le nombre avoisine désormais 1,5 milliard de personnes, soit la moitié de la main-d’œuvre mondiale (2).

Déjà en 1998, la crise asiatique avait entraîné une hausse de l’abandon scolaire et du nombre d’enfants actifs aux Philippines, en Thaïlande et en Indonésie, et aujourd’hui, les mêmes effets pourraient se reproduire. « Depuis la faillite de Dubaï, observe par exemple Kailash Satyarthi, qui anime à New Delhi la Coalition d’Asie du Sud contre la servitude des enfants (SACCS), l’Inde et le Pakistan voient revenir des milliers de travailleurs émigrés qui faisaient vivre leurs familles depuis l’émirat. Sans travail, ils devront sûrement solliciter leurs enfants pour contribuer à la survie ».

S’il augmente en temps de crise, le travail des enfants régresse-t-il avec le retour de la prospérité, comme on pourrait le penser ? Pas si simple : les fruits de la croissance restant inégalement distribués. Nulle part l’essor économique des années 2000 n’a pu venir à bout des poches de pauvreté profonde, véritables réservoirs d’enfants travailleurs. Il suffit d’observer les pays où l’économie n’a jamais été aussi prospère, comme en Asie, où plus de 96 millions d’enfants de moins de 14 ans travaillent encore. En réalité, ce phénomène n’est pas tant lié au degré de développement économique qu’au niveau de revenu et de protection sociale de ses habitants : il est même un indicateur assez pertinent du degré de fragilité des individus dans des économies qui se portent bien. Les groupes sociaux contraints de faire travailler leurs enfants sont en effet les exclus permanents de la prospérité, qui cumulent pauvreté, endettement, illettrisme, et absence de protection sociale. C’est-à-dire des centaines de millions d’urbains sans travail, de paysans sans terres échoués dans les bidonvilles, de travailleurs pauvres, de migrants intérieurs aux enfants déscolarisés, de familles monoparentales et de membres de minorités ethniques ou de basses castes. La vulnérabilité de ces populations ouvre la voie à toutes formes d’exploitation, dont certaines sont extrêmes (servitude des enfants pour dette, trafics). En Inde, par exemple, les planteurs de coton de la prospère région du Gujarat envoient des intermédiaires recruter des enfants dans les zones tribales pauvres du Rajasthan voisin. Au Nicaragua et au Honduras, ce sont aussi les enfants des minorités indigènes qui sont exploités dans les mines, rappelle le BIT, tandis qu’au Brésil, les routes du trafic de main-d’œuvre enfantine passent par la région pauvre du Nordeste.

En fait, le travail des enfants se maintient surtout parce qu’il se montre utile dans un modèle économique fondé sur la compression des coûts du travail. Le très faible niveau de salaire des enfants – environ la moitié de celui des adultes, et toujours inférieur aux minima légaux – encourage les secteurs à forte intensité de main-d’œuvre à les utiliser dans les fabrications manuelles peu qualifiées (artisanat, briqueteries, chantiers...). L’emploi de cette main-d’œuvre flexible, docile et de faible coût, reflète d’ailleurs de manière significative le profil des économies nationales. Au XIXe siècle en Europe, il a accompagné la révolution industrielle dans le secteur minier et textile. C’est encore vrai aujourd’hui : dans les pays exportateurs, la main-d’œuvre enfantine est chroniquement présente dans la production de matières premières vitales, comme les cultures de rente (cacao, tabac, coton, café...) en Afrique, Amérique latine et Asie, ainsi que dans l’extraction de pierres et de minerais. Selon le BIT, plus d’un million d’enfants de 5 à 17 ans (fillettes comprises) travaillent dans des mines d’or, de sel, de charbon, de gypse ou de diamants.

Dans l’Asie émergente, ce type de travail épouse les récentes évolutions économiques, en opérant un glissement partiel de l’agriculture vers l’industrie, ainsi que de l’industrie vers le tertiaire. Les secteurs miniers et manufacturiers (textile, petite mécanique, verreries, briqueteries...) utilisent ainsi une part avérée d’ouvriers de moins de 14 ans, souvent venus des campagnes pauvres, en Inde et au Bangladesh, et de moins de 16 ans au Cambodge ou en Chine ; même le fabricant d’ordinateurs Apple a reconnu, en février 2010, la présence de quelques ouvriers de 15 ans dans ses unités d’assemblage asiatiques.

Le petit domestique,
un signe affiché d’accès à la prospérité

La migration vers le tertiaire, elle, s’observe notamment dans les sociétés dotées d’une forte tradition de domesticité (Brésil, Costa Rica, Indonésie, Sri Lanka, Philippines, Thaïlande, Inde...). Le recrutement d’enfants domestiques a en effet été dopé par l’expansion des classes moyennes et leur demande accrue en services. En Inde, par exemple, engager un petit domestique est un status symbol, un signe affiché d’accès à la prospérité. En mars 2010, le ministre indien du travail, Mallikarjun Kharge, a d’ailleurs indiqué, sur la base de chiffres partiels, que le pays comptait désormais moins d’enfants actifs dans les ateliers de tapis que dans les cuisines, récurant les casseroles des nouveaux consommateurs indiens. Chez les particuliers comme dans la restauration. Le développement des zones industrielles et commerciales urbaines a entraîné la multiplication des snacks-bars de bord de rue (dhabas) qui assurent la restauration rapide des employés. Et la plupart de ces dhabas emploient des enfants, pour certains très jeunes, qui préparent le thé et lavent la vaisselle.

Loin de disparaître avec la prospérité, l’emploi d’enfants se redéploie en périphérie des nouveaux secteurs de croissance. Dopé par leur activité, il les accompagne en amont (production de matières premières) et en aval (services aux particuliers, réparation automobile, tri des déchets industriels (3), tout en restant présent dans les tâches de sous-traitance (broderie à domicile, assemblage de petites pièces artisanales et industrielles...).

Il ne s’agit donc pas d’un phénomène archaïque, isolé du reste du marché du travail : avec 60 % des enfants actifs présents dans l’agriculture, 25,6 % dans les services et 7 % dans l’industrie, il constitue bien un rouage de l’économie et contribue à la richesse des pays concernés, même si c’est de manière marginale et si aucun indicateur n’est actuellement susceptible de le mesurer.

Ce qui revient aussi à dire qu’en dépit des chartes éthiques et autres engagements des fabricants et des distributeurs, le consommateur mondial achète tous les jours des produits où des mains d’enfants sont intervenues à un stade ou un autre de la fabrication (cacao, thé, sucre, fruits, tabac, coton…).

Les leçons de l’expérience brésilienne

Si, jusqu’alors, la pléthore de lois prohibant le travail des enfants n’a pas réussi à le faire disparaître, c’est qu’il ne suffit pas de l’interdire : encore faut-il briser les mécanismes qui le sous-tendent. Et dans ce domaine, les leçons venues des pays émergents se révèlent instructives.

Dans ces pays (Brésil, Inde, Mexique, Chine...), ni la croissance élevée ni le recul relatif de la pauvreté n’ont mécaniquement fait décroître le travail des enfants. Seul un élément a fait la différence : la mise en place de politiques ciblant la vulnérabilité des plus pauvres.

Le gouvernement brésilien a lancé en 2003 des bourses aux familles démunies, les Bolsa Familia, qui bénéficient aujourd’hui à 46 millions de Brésiliens pauvres (près d’un quart de la population). De 2003 à 2006, le nombre d’habitants vivant avec moins d’un dollar par jour a baissé d’environ 20 %, et l’indice des inégalités de revenus a diminué de 4,7 % entre 1995 et 2004, selon le Programme des Nations unies pour le Développement (PNUD) (4). En parallèle, le Brésil, qui avait déjà lancé au milieu des années 1990 des programmes ciblés de retrait des enfants du travail et rehaussé l’âge minimal au travail à 16 ans, a fortement investi dans l’éducation de base, permettant aux inscriptions dans le secondaire d’augmenter de 10 % par an depuis 1995 – un niveau inégalé ailleurs (5). Au final, le nombre de petits travailleurs de 5 à 17 ans est passé de 8,2 millions à 5 millions entre 1992 et 2004, selon le BIT.

Au Mexique, un programme comparable, Oportunidades, bénéficie à 25 millions de personnes à faible revenu (un quart de la population) qui, en contrepartie d’allocations, doivent garantir la scolarisation et le suivi sanitaire de leurs enfants. Comme au Brésil, Oportunidades a contribué à réduire de 5 % les inégalités sociales et à faire reculer le travail infantile. En réalité, ces programmes ne sont que les habits neufs d’un système qui, au siècle dernier, avait signé la fin du travail infantile en Europe : des allocations liées à l’assiduité scolaire et qui améliorent les très bas revenus, rendant inutile l’apport financier de leurs enfants.

Dans la région, des expériences similaires ont été lancées au Chili (Chile Solidario), au Nicaragua (Red de Protección Social) ou en Colombie (Familias en acción), avec là encore, selon la Banque Mondiale, une hausse de la fréquentation scolaire de plus de 30 %.

De son côté, l’Inde a mis sur pied en 2006 un programme de lutte contre la pauvreté rurale. Le National Rural Employment Guarantee Act (NREGA) garantit aux familles démunies une activité rémunérée allant jusqu’à 100 jours par an dans des travaux d’intérêt public et un salaire minimum. En dépit d’une mise en route inégale, ce programme a, en quatre ans, amélioré les revenus de 52 millions de familles rurales, selon le ministère indien du développement rural. Son impact sur le travail des enfants et leur scolarisation n’est toutefois pas encore mesurable, car à la différence du Brésil, ce supplément de revenu n’est pas conditionné à l’assiduité scolaire. Par ailleurs, l’Inde n’a pas montré le même investissement que le Brésil envers le réseau d’écoles publiques. Mais le NREGA affiche des effets prometteurs : il a touché plus de femmes que prévu (elles sont 48 % des bénéficiaires, notamment des mères seules) et il bénéficie aux basses castes (scheduled castes, 30 %) et aux populations tribales (scheduled tribes, 20 %), catégories fournissant de forts effectifs d’enfants travailleurs. Ce programme semble également avoir limité l’exode saisonnier des sans-terre, qui abonde les flux de main d’œuvre enfantine exploitable. New Delhi a aussi créé diverses assurances pour faire face à la vieillesse (Indira Gandhi National Old Age Pension Scheme), au handicap et au décès du chef de famille (Sanjay Gandhi Niradhar Yojna, Aam Admi Beema Yojna, National Family Benefit Scheme...). La mise en œuvre de ces allocations, très variable selon les régions, témoigne de la volonté de l’Etat de prendre en compte une vulnérabilité qui fait jouer aux enfants le rôle d’assurance sociale.

De son coté, l’Afrique du Sud réfléchit à un programme analogue, tandis que la Chine a l’intention d’améliorer le revenu des familles rurales et de compléter le système de sécurité sociale et de retraite.

Changement de perspectives
pour les pays du Sud

Bien sûr, ces suppléments de revenus ne changent pas radicalement la vie des plus pauvres et encore moins les structures sociales des pays concernés. Mais ils jettent indéniablement les bases d’un système de protection sociale. Ils montrent aussi que dans les pays émergents, l’enrichissement visible de la classe moyenne n’est socialement – et politiquement – pas tenable si rien n’est fait en faveur de ceux qui regardent passer le train de la prospérité sans pouvoir y monter. L’expérience du Brésil montre qu’un pays du Sud peut développer avec pertinence ses propres stratégies ; ce dernier a d’ailleurs lancé une coopération Sud-Sud pour le travail des enfants, en partenariat avec le BIT. Dans les instances internationales, cette expérience a fait évoluer le regard porté sur les services publics, en rappelant les bénéfices de bons équipements éducatifs. Au final, son mérite est d’avoir mis en évidence la nocivité du laissez-faire économique et d’avoir réhabilité le rôle de l’Etat social.

Pour autant, tout n’est pas réglé, ni au Brésil ni dans les très inégalitaires sociétés d’Amérique latine et d’Asie, qui continuent d’abriter des millions d’enfants actifs. Et l’on objectera, avec raison, que si les pays émergents ont les moyens de prendre des mesures en faveur de plusieurs dizaines de millions d’habitants, tel n’est pas le cas des pays moins avancés, comme ceux d’Afrique subsaharienne – seule région au monde où la main-d’œuvre enfantine continue d’augmenter (58,2 millions de moins de 14 ans en 2008, contre 49,3 millions en 2004, selon le BIT) ; plus d’un d’enfant sur quatre (28,4 %) travaille. Des micro-expériences de revenu minimum menées en Namibie et au Malawi ont montré, elles aussi, une amélioration des taux de scolarité. Les pays pauvres, qui dépendent de l’aide au développement et des transferts de fonds des migrants, ne disposent pas des budgets nécessaires pour lancer de telles politiques à grande échelle.

Mais tel n’est pas le cas de leurs bailleurs de fonds. Et ces institutions internationales, qui leur ont si longtemps imposé une amputation des dépenses sociales, avec de lourdes conséquences sur le niveau de pauvreté et le délabrement de l’école publique, seraient aujourd’hui bien inspirées de se raviser et d’aider massivement ces pays à emprunter la voie brésilienne. Ce n’est qu’à ce prix que la fin du travail des enfants cessera d’être une utopie hors de portée des pays du Sud, pour devenir, à terme, un objectif raisonnablement envisageable.

Bénédicte Manier

(1) Accélérer l’action contre le travail des enfants, BIT, Genève, 8 mai 2010.

(2) « Hausse de l’emploi vulnérable et de la pauvreté en 2009. Interview avec le chef de l’unité des tendances de l’emploi du BIT », BIT, Genève, 26 janvier 2010.

(3) L’essor des nouvelles technologies et de l’automobile en Asie a élargi les activités des petits travailleurs des décharges : en plus des métaux et des chiffons, il trient désormais les déchets informatiques et les pièces de voitures.

(4) Source : « Evaluating the impact of Brazil’s Bolsa familia : cash transfer programmes in comparative perspectives » (PDF), IPC - UNDP, Brasilia, 2007.

(5) « La fin du travail des enfants : un objectif à notre portée » (PDF), BIT, Genève, 2006.

PERMALINK

Libellés

Politique (381) social (341) actualité (279) corporation (265) loi (227) Corruption (208) geopolitique (201) Documentaire (155) documentary (143) Propaganda (129) Etats (128) Guerre (126) France (124) Internet (98) Reflexion (95) Pollution (94) crise (94) USA (93) Economie (89) Europe (85) Nouvelles Technologies (82) Santé (75) Arté (59) Argent (57) Etats-Unis (53) environnement (53) reportage (53) administration US (52) Nucléaire (51) Armement (48) Surveillance (46) Nucleaire (45) Chine (44) Armées (43) Mort (42) histoire (42) Japon (40) Japan (36) Police (34) le dessous des cartes (34) rapport (33) Banque (30) Petrole (30) censure (30) Energie (29) Agriculture (27) Eau (27) Afrique (25) Conflits (24) Fukushima (24) LOBBYS (24) Russie (22) gouvernements (22) Medias (21) Sécurité (21) Frontières (20) International (20) Agro Alimentaire (19) Catastrophe (19) Revolution (19) Armes (18) Pauvreté (18) Repression (18) geographie (18) China (17) OTAN (17) Libye (16) cybersécurité (16) gouvernance (16) Army (15) Carte (15) cyberspace (15) ARTE Reportage (14) Allemagne (14) Facebook (14) Inde (14) Moyen Orient (14) Cyber-activisme (13) FMI (13) Google (13) Royaume-Uni (13) cyberespionnage (13) sciences (13) Mali (12) Manipulations (12) commerce (12) enfant (12) philosophie (12) Israël (11) Violence (11) Web 2.0 (11) capitalisme (11) Afghanistan (10) CIA (10) Immigration (10) Journaliste (10) Livres (10) Syrie (10) finance (10) religion (10) traité (10) Bresil (9) Dictature (9) Drones (9) Pakistan (9) Radioactif (9) US (9) Vietnam (9) business (9) desinformation (9) election (9) militaires (9) secret (9) travail (9) 2011 (8) Climat (8) Droit de l'Homme (8) Démocratie (8) Gaz (8) Informations (8) Irak (8) Mexique (8) Reflextion (8) Somalie (8) conspiration (8) exploitation (8) mondialisation (8) terrorisme (8) Bolivie (7) Canada (7) Democratie (7) Discrimination (7) Filtrage (7) Presse (7) controle (7) crimes (7) manifestations (7) multinationales (7) trafic (7) 2012 (6) ACTA (6) Areva (6) Asie (6) Crise sociale (6) Droit (6) Gaza (6) Grande Bretagne (6) Haïti (6) Italie (6) Madagascar (6) Netizen Report (6) Nigeria (6) O.N.U (6) Oligarchie (6) RDC (6) Société (6) UE (6) changement climatique (6) danger (6) justice (6) mines (6) ocean (6) pirates (6) projet (6) Africa (5) Algerie (5) Arabie Saoudite (5) Bahreïn (5) Brésil (5) Chimique (5) Chomsky (5) Colonisation (5) Congo (5) Crise politique (5) Debat (5) Egypte (5) Indigènes (5) Inégalités (5) Liberté (5) Loppsi (5) NSA (5) ONG (5) Palestine (5) Pharmaceutique (5) Tunisie (5) Union Européene (5) Veolia (5) agrocarburants (5) big brother (5) contamination (5) ecologie (5) emploi (5) esclavage (5) hadopi (5) informatique (5) interview (5) menace (5) prison (5) AIEA (4) Accident (4) Agent (4) Bombes (4) Chili (4) Colombie (4) Contaminés (4) Grèce (4) Honduras (4) Iran (4) Microsoft (4) Migration (4) OMC (4) Occident (4) Perou (4) Racisme (4) Tchernobyl (4) Venezuela (4) Webdocumentaire (4) Wikileaks (4) brevet (4) dette (4) fichage (4) frontex (4) industrie (4) maladie (4) nanotechnologies (4) plastic (4) plastique (4) privatisation (4) privée (4) public (4) réfugiés (4) 2013 (3) Apple (3) Australie (3) Azerbaïdjan (3) Bangkok (3) Banque mondiale (3) Banques (3) Bosnie (3) Corée (3) Dechets (3) Espagne (3) Faim (3) Islande (3) Kazakhstan (3) Kenya (3) Liban (3) Maroc (3) Monde (3) NATO (3) Nature (3) Niger (3) OGM (3) OMS (3) Politics (3) Proche-Orient (3) Riz (3) Roms (3) Sahel (3) Sarkozy (3) Totalitaire (3) Turquie (3) Twitter (3) Ukraine (3) Uranium (3) Urbanisation (3) accords (3) art (3) cancers (3) charbon (3) culture (3) cyber-censure (3) drogue (3) ethnie (3) extreme droite (3) futur (3) gouvernement (3) minerais (3) piraterie (3) ressources (3) réseau (3) sondage (3) stratégie (3) télévision (3) écologie (3) 2014 (2) 2030 (2) Abus (2) Affaire (2) Africom (2) Afrique du Sud (2) Agent Orange (2) Amerique du Sud (2) Arabes (2) Argentine (2) Arménie (2) Articque (2) Atlas (2) Attentat (2) Australia (2) Balkans (2) Bangladesh (2) Belgique (2) Bio Carburants (2) Bioethique (2) Birmanie (2) Biélorussie (2) CRIIRAD (2) Cambodge (2) Cancer (2) Caucase (2) Centrafrique (2) Cloud (2) Coltan (2) Correa (2) Corée du nord (2) Coup d’Etat (2) Crise financière (2) Côte d'Ivoire (2) DARPA (2) Defense (2) Drone (2) Défense (2) EDF (2) EFSA (2) Emirats (2) Equateur (2) Espace (2) G8 (2) Gaz de Schiste (2) Gazoduc (2) Genocide (2) Germany (2) Ghana (2) Goldman Sachs (2) Guatemala (2) Géorgie (2) IKEA (2) India (2) Indiens (2) Irlande (2) Kirghizistan (2) Kosovo (2) Les infos dont on parle peu (2) Liberté d'expression (2) Mafia (2) Maghreb (2) Mosanto (2) Médias (2) Nation (2) Nouvel Ordre Mondial (2) Obama (2) Oppression (2) Paragay (2) Parlement (2) Patriot Act (2) Petropolis (2) Quatar (2) RFID (2) Retraites (2) Royaume Uni (2) Rwanda (2) Révolte (2) Sahara (2) Science (2) Serbie (2) Sexe (2) Space (2) Swift (2) Taiwan (2) Taïwan (2) Tepco (2) Thailande (2) U.R.S.S (2) Video (2) Viol (2) WTO (2) Yemen (2) aide alimentaire (2) aluminium (2) animaux (2) bilan (2) biotechnologie (2) chimie (2) civil (2) coup d’État (2) debt (2) dessous des cartes (2) developpement (2) diaspora (2) diplomatie (2) débat (2) délation (2) education (2) ex-Yougoslavie (2) famine (2) fonds d'investissement (2) graphisme (2) hack (2) humain (2) loi Internet et Création loi Hadopi (2) medecine (2) metal (2) misère (2) mondial (2) mur (2) news (2) paradis fiscaux (2) pesticides (2) piratage (2) poison (2) populisme (2) previsions (2) prostitution (2) président (2) sensure (2) telephonie (2) terre rare (2) territoire (2) textile (2) transport (2) villes (2) war (2) 11/9 (1) 1918 (1) 1945 (1) 2 (1) 2009 (1) 2010 (1) 23andMe (1) 9/11 (1) A TelecomTV Campaign (1) AFP (1) ALENA (1) APT (1) ASN (1) Abidjan (1) Agences de notation (1) Alimentarius (1) Almentaire (1) Amazonie (1) Amérindiens (1) Angola (1) Anonymous (1) ArmeFrance (1) Asile (1) Autodialogue à propos de New Babylon (1) Awards (1) B.R.I.C (1) BASM Conférence de Dublin Le texte du futur Traité adopté (1) BCE (1) Babylon District (1) Bayer (1) Berlin 1885 la ruée sur l'Afrique (1) Berlusconi (1) Bhoutan (1) Bilderberg 2008 (1) Bill Gates Rockefeller Svalbard (1) Black Hat (1) Blackwater (1) Botnet (1) Brazil (1) Burkina Faso (1) CEA (1) CETA (1) CFR (1) CNT (1) COMMENT) SUPREMATIE DE L'INFORMATION (1) CONSPIRATION - LE BRESIL DE LULA (1) CONTROLE TOTAL (1) CPI (1) CRU (1) CUG (1) Cachemire (1) Camera City (1) Child miners (1) Chypre (1) Cisjordanie (1) Citoyenneté (1) City (1) Clearstream (1) Club de Paris (1) Cnil (1) Codex (1) Collapse (1) Colombia (1) Combattre les mines et les BASM (1) Commission (1) Contrôle maximum sur tout le spectre électromagnétique (1) Corruption des syndicats l’enquête qui dérange (1) Costa Rica (1) Criminalité (1) Crise à la Banque mondiale et au FMI (1) Cuba (1) Côte d’Ivoire (1) C’est quoi une bonne nouvelle (1) Dadaab (1) Darfour (1) Davos (1) De l’explosion urbaine au bidonville global (1) Destabilisation (1) Documentaire : No es un Joc ( Ce n'est pas un Jeu ) (1) Doha (1) Dubaï (1) Déchets (1) EADS (1) ELENA (1) Ecole (1) Ecoterrorisme (1) Ecuador - The Rumble in the Jungle (1) Eglise (1) Embargo (1) End (1) Enquête en forêt tropicale (1) Erreurs statistiques de la Banque mondiale en Chine : 200 millions de pauvres en plus (1) Eurosatory (1) Exposé sur le nouveau mode actuel de répression politique en France (1) F.M.I Finances Mondiale Immorale (1) FAO (1) FARC (1) FEMA (1) FSC (1) Finlande (1) Foret (1) Forum social mondial FSM Belém (1) Foxconn (1) Franc Maçon (1) France-Afrique (1) Fujitsu (1) G20 (1) Gabon (1) Game (1) Gasland (1) Gazprom (1) Golfe Du Mexique (1) Google Cisco HP Ericsson et Verizon (1) Greenpeace (1) Gréce (1) Guantánamo (1) Guaraní (1) Guerre d’Algérie 1954-1962 (1) Guinée (1) Génocide (1) Génome (1) Géographies des alimentations (1) Géoingénierie (1) H1N1 (1) H2Oil (1) HAARP (1) HP (1) Hackers ni dieu ni maître (1) High-Tech (1) Hiroshima (1) Hollande (1) Hotel Sahara (1) I Am The Media (1) IBM (1) IMF (1) INTERNET (QUI (1) IPRED (1) Iceland (1) Icesave (1) Imiter (1) Indonesia (1) Indonesie (1) Insertion (1) Island (1) Italia (1) J.O (1) Jean Ziegler (1) Jesus Camp (1) KYSEA (1) Karachi (1) Kurdistan (1) L'Or bleu (1) LE HOLD-UP DU SIÈCLE (1) La Commission européenne lance un programme de propagande radio (1) La Démocratie en France 2008 (1) La Fin du Pétrole (1) La Paz (1) La Stratégie du choc (1) La Trahison des médias le dessous des cartes (1) La fin de la propriété de soi (1) La guerre de l'information utilise des opérations psychologiques agressives (1) La guerre invisible (1) La guerre pétrolière oubliée du Soudan (1) La menace iranienne (1) La quatrième révolution (1) Lakmi et Boomy (1) Laos (1) Le Secret des Sept Soeurs (1) Le club des incorruptibles (1) Le grand Monopoly du gaz (1) Le grand marché des cobayes humains (1) Le nuage (1) Le temps des mensonges (1) Le ventre de Tokyo (1) Les Armées Privées dans la Cible (1) Les Occidentaux dénient que la Géorgie a procédé à un génocide (1) Les enfants des rues de Mumbai (1) Les insurgés de la terre (1) Les nouveaux chiens de gardes (1) Les secrets de la forteresse Europe (1) Leviev (1) Littérature (1) Livre (1) Londres (1) MSF (1) Malaisie (1) Malediction (1) Manille (1) Mauritanie (1) Mayotte (1) Medcament (1) Mexico (1) Minorité nationale (1) Mogadiscio (1) Money (1) Mongolie (1) Monsanto (1) Moving forward (1) Mozambique (1) Mururoa (1) Music (1) Musique (1) Médias citoyens (1) NED (1) Nazis (1) Nazisme (1) Neo Conservateurs (1) Nepal (1) Nes (1) Nestlé (1) Nicaragua (1) Nigéria (1) Noam (1) Norvège (1) Notre poison quotidien (1) Nouvelle Zelande (1) Nuage Mortel (1) O.G.M ?? Vous avez dit O.G.M : Organisation Générale du Mensonge (1) O.M.S (1) OFCE (1) Oil (1) Oman (1) Orange (1) Ormuz (1) Ouganda (1) Ouïgours (1) P2 (1) PIPA (1) PRISM (1) Pacifique (1) Papouasie (1) Paraguay (1) Pays Bas (1) Paysans (1) Pentagone (1) Pentagone: Nous devons combattre le Net (1) Perhttp://www.blogger.com/img/blank.gifte (1) Perte (1) Philippines (1) Phtographe (1) Planète à vendre (1) Pologne (1) Polynésie (1) Portugal (1) President (1) Prison Valley (1) Prix agricoles les véritables raisons de l’inflation (1) Prévisions (1) Prêt à jeter (1) Publicité (1) Pêche (1) QUOI (1) Quelle devrait être la politique européenne de l'immigration (1) RATP (1) Rapport Angelides (1) Reflection sur : Le monde de l'image (1) Regis Debray (1) Ruhnama (1) Révolution (1) SOPA (1) STIC (1) Samsung (1) Sans lutte pas de victoire possible (1) Savoir (1) Schiste (1) Scoop (1) Senegal (1) Shanghaï (1) Singapour (1) Skype (1) Sociologie (1) Soudan (1) Sri Lanka Tsunami tourisme banque mondiale (1) Station (1) Stratfor (1) Suisse (1) Sénégal (1) TAFTA (1) TPP (1) TSCG (1) TTIP (1) Tchad (1) The Shock Doctrine (1) Tibet (1) Tienanmen (1) Tokyo Freeters (1) Total (1) Touaregs (1) Turkménistan (1) U.A (1) U.S.A (1) UMP (1) Une livraison de Nouvelles questions féministes (1) Union Africaine (1) Union Européenne (1) United Kingdom (1) Vaccin (1) Vatican (1) Vie Privée (1) Viellesse (1) Viêtnam (1) VoIP (1) Voies de navigations (1) Volcan (1) Vu du ciel (1) Wackenhut (1) Water makes money (1) Windows (1) Yahoo (1) Yakutsk (1) Yaoundé by night (1) Zambie (1) Zeitgeist (1) accord (1) activisme (1) alex (1) anonymat (1) archives (1) article (1) assassinat (1) avocat (1) bactériologique (1) barrage (1) bauxite (1) bildenberg (1) biomimétisme (1) biotech (1) blocus (1) bourse (1) boycott (1) caméra (1) centrale (1) change (1) citizen berlusconi (1) coke (1) congrès (1) contamine (1) crime (1) c’est innover (1) dead (1) discours (1) domination (1) droits de l'homme (1) déchets toxiques (1) démographie (1) département (1) désinformation (1) d’Amnesty (1) e (1) electronique (1) enseignement (1) entreprises (1) estonie (1) etude (1) européen (1) eurosur (1) experience (1) explosifs (1) falsifiabilité et modèle standard de l'évolution stellaire (1) fanatism (1) femmes (1) fiscal (1) fête (1) grève (1) hackers (1) harmaceutique (1) hydrates de méthane (1) iPhone (1) information (1) ingérance (1) inondations (1) irradiés (1) jeu (1) jeux video (1) jones (1) journalisme (1) jugement (1) l'Oreal (1) la tyrannie du cool (1) lithium (1) main basse sur le riz (1) mandat (1) mer (1) methane (1) meu (1) monarchie (1) monnaie (1) obsolescence (1) opinion (1) or (1) parti de droite (1) patriotisme (1) protection des viols de brevets Google Cisco HP Ericsson Verizon (1) psychologie (1) rafale (1) rebellion (1) recherche (1) ressources naturelles (1) réunions secrètes UE OGM (1) sables bitumineux (1) salaires (1) saumon (1) sous-marin (1) speculation (1) structure (1) sureté (1) taxe (1) tourisme (1) toxique (1) transgenic (1) tribunal (1) victimes (1) vidéo (1) virus (1) vote (1) vêtements (1) ÉVASION FISCALE (1) Élections (1) États-Unis (affaires extérieures) (1) Étienne Chouard (1)