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8 octobre 2011

ARTE Reportage - Fukushima / Gaza / Somalie

Par http://www.arte.tv
(France, 2011, 42mn)
ARTE



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Fukushima : les révoltés du nucléaire

De David Zavaglia, Pierre Grillot, Roger Walch et Valérie Mérie – Scientifilms – ARTE GEIE – France 2011

Alors que la France prononce vingt cinq ans plus tard un non lieu général sur Tchernobyl – et les supposés mensonges sur le nuage radioactif - les Japonais décident de prendre leur destin en main. Malgré une discrétion et un fatalisme farouches, ils n'acceptent plus les mensonges d'Etat.

Tandis que les autorités nippones bloquent l'importation de tous les outils de détection de la radioactivité pour empêcher que la population s'en équipe, une poignée de Japonais se rebelle et passe à l'action.
Parmi eux, Wataru Iwata, musicien. Il n'a aucune compétence scientifique. Cet été, il est pourtant venu en France et en Allemagne se former en urgence pour apprendre à mesurer la radioactivité. Il est reparti avec plusieurs détecteurs.
Notre équipe l'a suivi dans son pays alors qu’il mène avec de nombreux autres Japonais, une campagne inédite de mesure réelle de la radioactivité tout autour de la zone d'exclusion de la centrale de Fukushima. Les résultats sont édifiants : la radioactivité est bien plus élevée que ce qu'affirment les autorités.
Les Japonais se mobilisent, interpellent le gouvernement, se rassemblent, multiplient les campagnes de mesure, et décident de dénoncer les mensonges de leurs gouvernants.
Ce reportage, aux allures de road movie dans des zones dévastées, montre que des milliers de Japonais sont exposés chaque jour à des doses radioactives très nocives. 
Par ailleurs, la France, avec ses organismes indépendants comme la CRIIRAD et l'ACRO, est l'un des premiers pays à venir en aide à ces "Erin Brokovitch" du nucléaire, et réalise pour eux des analyses à distance.


Gaza n’attend rien de l’ONU

De Michel Dumont, Eric Bergeron et Isabelle Nommay – ARTE GEIE – France 2011

Les Palestiniens de Gaza n’attendent rien de positif de l’Assemblée générale de l’ONU. A quoi bon la reconnaissance d’un Etat qui, pour l’heure se compose de deux bouts de terre qui s’ignorent et de deux gouvernements qui ne se parlent pas.

Depuis juin 2006, la bande de Gaza est aux mains des islamistes du Hamas. L’ordre règne mais le million et demi de Gazaouis supportent de plus en plus mal un régime qui fait des affaires avec le commerce des tunnels, qui s’enrichit mais sans que le quotidien du petit peuple s’améliore.

« Fuck Israel, fuck Fatah, fuck Hamas » ainsi commence le manifeste diffusé sur les réseaux sociaux par une petite bande d’internautes pour lesquels l’important aujourd’hui n’est pas la proclamation d’un Etat mais la réconciliation entre les différentes factions palestiniennes.


Somalie, août 2011 : un silence assourdissant 

Photos : Martina Bacigalupo / Agence Vu
Réalisation : Serge Challon / Vu de la Terre
Béatrice Augereau, Anne Mangin et Marc Gigoux – ARTE GEIE – France 2011

Chaque mois, retrouvez dans ARTE Reportage la rubrique "Temps de pose". Une série de photos exclusives, sobrement commentées par l’auteur.

Martina Bacigalupo, jeune photographe italienne de 33 ans, primée par le Prix Canon de la Femme Photojournaliste en 2010, vit et travaille depuis 4 ans au Burundi dans la région des Grands Lacs.

Martina Bacigalupo collabore avec l’agence VU. Son travail s’inscrit dans la tradition des photographes engagés dans une relation de grande proximité avec ses sujets, à la recherche de la bonne distance, souvent face à des femmes rencontrées à tous les moments de leur vie dans une région du monde où se succèdent les tragédies, guerres, conflits ethniques, sécheresse, famine, épidémies.

Le 6 août 2011 à Mogadiscio, le groupe armé islamiste Al-Shabaab quitte la ville marquée par des décennies de guerre : d’un côté plusieurs quartiers désertiques où les gens ont encore trop peur des snipers pour aller retrouver leurs maisons et de l’autre, des camps de déplacés éparpillés partout où des centaines de personnes arrivent chaque jour pour fuir la famine qui dévaste le pays.

Les forces du Gouvernement Transitionnel (TFG), censées protéger la population, sont parfois responsables de graves violations à toutes les problématiques du pays. La population est prise entre un pouvoir incompétent et un groupe armé qui interdit aux ONG d’apporter l’aide nécessaire pour limiter les séquelles de la sécheresse. Ceux qui essaient de quitter le pays se retrouvent, après des journées de marche, dans le camp de réfugiés le plus grand du monde, Dadaab, au Kenya. Une catastrophe humanitaire, selon certains.

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Le site web de Martina Bacigalupo

11 septembre 2011

ARTE Reportage : Libye / Somalie (2011)

Par http://www.arte.tv

Tripoli : chronique d’une libération10 jours après l’entrée des rebelles à Tripoli, ARTE Reportage propose le carnet de route de son envoyé spécial, Gwenlaouen Le Gouil.Cette chronique quotidienne témoigne des scènes de liesse, d’espoir et d’exaltation suite à la prise de la capitale libyenne par les rebelles, des déceptions face aux dernières poches de résistance, des règlements de compte infligés par les nouveaux maîtres des lieux, des charniers découverts par les insurgés… Plongée dans la réalité quotidienne d’une capitale en cours de libération. Kenya : une note d’espoirLa situation dans la Corne de l’Afrique empire de jour en jour. Plus de 12 millions de personnes sont menacées par une redoutable sécheresse en Somalie, au Kenya, en Éthiopie, en Érythrée et à Djibouti. Dans le Nord-Est du Kenya, près de 4 millions de personnes, soit 10% de la population, ont un besoin urgent de nourriture, d’eau et d’abri. Pourtant, à quelques kilomètres des scènes de désolation et de mort, des semences d’espoir voient le jour. Les initiatives locales et la solidarité humaine tiennent tête à l’adversité. ARTE Reportage s’est rendu dans certains villages qui ont réussi à sauver leurs troupeaux et assurent leur subsistance par la production de fruits et de légumes…Somalie : le rap de la paix "Al Shabaab vous ment. Al Shabaab emmène les jeunes et les enfants vers la mort..." Ces paroles sans équivoque ont été écrites par les membres du groupe de rap somalien Waayaha Cusub. Depuis Nairobi, ces jeunes musiciens militent contre les insurgés islamistes d'Al-Shabaab qui contrôlent une grande partie de leur pays d'origine. Au péril de leur vie, ils multiplient les brûlots scandés sur fond de rap et de hip-hop. Il ya un an, un des chanteurs du groupe a échappé de justesse à une tentative d'assassinat dans les rues de la capitale kenyane. Blessé par balle à la hanche et à la jambe, il a survécu. Une des chanteuses a eu la joue lacérée d'un coup de couteau. Et tous les autres membres du groupe reçoivent régulièrement des menaces de mort sur leur téléphone portable. Ils se sont finalement résolus à fuir le quartier somalien de Nairobi, trop exposé. Et pourtant, il leur en faudrait plus pour les faire renoncer à la musique et à leur combat contre Al Shabaab. Leurs CD, produits en partie avec le soutien des Nations-Unies se vendent comme des petits pains dans les échoppes. Leurs chansons continuent d'appeler au dialogue et à lutter contre la haine. Un moyen imparable pour ces jeunes somaliens d’oeuvrer pour la paix dans leur pays. Un jour, ils en sont persuadés, ils pourront retourner en Somalie.


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8 juin 2011

Mogadiscio, capitale fantôme (Reportage)

Par http://videos.arte.tv
(France, 2010, 51mn)
ARTE F

Passage stratégique pour le commerce mondial, le golfe d'Aden est devenu le sanctuaire des pirates, qui réclament des rançons de plus en plus exorbitantes. À Mogadiscio, les Shebab contrôlent une grande partie de la capitale pendant que le gouvernement officiel vit replié sur un minuscule territoire. Attentats et fusillades s'ajoutent à la famine pour rendre le quotidien impossible : fuyant la guerre civile, les Somaliens se réfugient en masse au Kenya, ce qui fragilise encore davantage la région. Du côté des organisations humanitaires, on juge la Somalie "impraticable"...


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28 mars 2011

Les projets secrets pour le Yémen

Par F. William Engdahl*
pour http://www.voltairenet.org

Le 25 décembre 2009 les autorités états-uniennes arrêtaient un Nigérian, Abdulmutallab, à bord du vol de la Northwest Airlines reliant Amsterdam à Detroit ; il était accusé d’avoir tenté de faire exploser l’avion avec une bombe qu’il avait dissimulée à l’embarquement. Les jours suivants, de nombreuses dépêches se succédaient sur CNN, dans le New York Times et dans d’autres medias selon lesquelles il était « soupçonné » d’avoir suivi un entraînement au Yémen pour cette mission terroriste. C’est ainsi que le monde a vu émerger une nouvelle cible de la Guerre contre le terrorisme états-unienne, un État isolé et démuni de la péninsule arabique : le Yémen. En observant de plus près le contexte d’apparition de cette supposée menace, l’agenda secret du Pentagone et des services secrets états-uniens pour le Yémen apparait plus clairement.



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Le détroit de Bab el-Mandab, qui se partage entre le Yémen, l’Érythrée et Djibouti, vu de l’espace
Depuis quelques mois, le monde assiste à l’intensification soutenue des opérations militaires états-uniennes au Yémen, un pays désespérément pauvre, voisin de l’Arabie Saoudite par sa frontière septentrionale, de la mer Rouge à l’ouest, et du golfe d’Aden au sud qui donne accès à la mer d’Arabie, bordant un autre pays désolé ayant également fait la une des médias récemment : la Somalie. Les preuves collectées portent à croire que le Pentagone et les services secrets états-uniens positionnent des unités militarisées autour de l’un des goulots d’étranglement stratégiques du trafic mondial de pétrole, Bab el-Mandab. Profitant des actes de piraterie en Somalie et des annonces faites à propos de la réémergence de la menace d’Al-Qaïda depuis le Yémen, les États-Unis visent à militariser l’une des voies d’acheminement de pétrole les plus vitales. Plus encore, les réserves de pétrole non-exploitées au Yémen et en Arabie Saoudite seraient les plus importantes au monde.
Le Nigérian âgé de 30 ans, accusé de la tentative d’attentat ratée, Abdulmutallab, aurait avoué que cette mission lui avait été confiée par Al-Qaïda pour la péninsule arabique (AQAP), basée au Yémen. Cette déclaration opportune permet de tourner l’attention de l’opinion publique sur le Yémen en le faisant apparaitre comme le nouveau centre névralgique de ce que l’on désigne comme l’organisation terroriste Al-Qaïda.
C’est précisément ce que soutient sur son blog Bruce Riedel (un ancien agent de la CIA durant trente ans, qui a conseillé le président Obama pour élaborer la politique du surge en Afghanistan) en évoquant les liens supposés entre le terroriste présumé et le Yémen : « La tentative de destruction du vol 253 de la Northwest Airlines entre Amsterdam et Détroit le jour de Noël démontre l’ambition grandissante de la branche d’Al-Qaïda au Yémen, qui, partie d’un programme d’action auparavant centré sur le Yémen, joue depuis un an un rôle dans le jihad islamique mondial. Le gouvernement affaibli du président yéménite Ali Abdallah Saleh, qui n’est jamais parvenu à contrôler entièrement le pays et qui fait à présent face à d’innombrables problèmes, aura besoin d’un fort soutien des États-Unis pour contrer l’AQAP. » [1]

Éléments introductifs à la géopolitique du Yémen

Avant de poursuivre notre propos au sujet de cet incident, il faut regarder de plus près la situation actuelle du Yémen. Plusieurs éléments s’avèrent déconcertants dès lors qu’ils sont mis en parallèle avec les annonces répétées de Washington quant à la résurgence de la menace d’Al-Qaïda dans la péninsule arabique.
Dès le début de l’année 2009, les pièces se sont mises en mouvement sur l’échiquier yéménite. Tariq al-Fadhli, un ancien chef de guerre jihadiste, originaire du Sud-Yémen, brisait l’alliance qu’il avait passée quinze ans auparavant avec le gouvernement yéménite du président Ali Abdallah Saleh. Tariq al-Fadhli annonçait alors qu’il rejoignait la large coalition d’opposition réunie dans le Mouvement du Sud. À la fin des années 1980, Tariq al-Fadhli participait au mouvement des Moudjahidine en Afghanistan. Sa rupture avec le gouvernement de Saleh fut annoncée dans les médias yéménites et arabes en avril 2009. La prise de distance de Tariq al-Fadhli avec la dictature yéménite donna un nouveau souffle au Mouvement du Sud. Al-Fadhli est d’ailleurs devenu l’une des figures majeures de la coalition.
Le Yémen est un agrégat artificiel, créé après la dislocation de l’URSS en 1990, alors le principal soutien de la République démocratique populaire du Yémen (Sud-Yémen). L’unification de la République arabe du Yémen (Nord-Yémen) et du Sud-Yémen généra un optimisme rapidement étouffé par la courte guerre civile de 1994. Les factions de l’armée du Sud-Yémen avaient alors organisé une révolte dénonçant la corruption et le caractère oligarchique du pouvoir du président Ali Abdallah Saleh. Celui-ci dirige seul le pays depuis 1978, d’abord au titre de président de la République arabe du Yémen, puis en tant que président du Yémen unifié depuis 1990. La rébellion menée par l’armée du Sud-Yémen échoua après l’alliance du président Saleh avec Tariq al-Fadhli, avec d’autres leaders salafistes yéménites, partisans d’une interprétation conservatrice de l’Islam, et avec des jihadistes. Cette manœuvre fut exécutée pour peser face à l’héritage marxiste du Parti socialiste du Sud-Yémen.
Avant 1990, Washington et le Royaume d’Arabie Saoudite soutenaient et apportaient leur aide à Saleh dans sa politique d’islamisation ; ils faisaient alors le pari de contenir les ambitions communistes du Sud-Yémen [2]. Depuis lors, Saleh s’est appuyé sur les puissantes mouvances salafistes jihadistes pour affermir son pouvoir despotique. La rupture d’al-Fadhli avec le pouvoir et son ralliement au groupe d’opposition du sud aux côtés de ses anciens ennemis socialistes portèrent un sérieux revers au président Saleh.
Le 28 avril 2009, immédiatement après l’annonce du ralliement d’al-Fadhli à la coalition du Mouvement du Sud, les mouvements de protestation se sont intensifiés dans les provinces de Lahij, Ad Dali et Hadramaout. Des dizaines de milliers de personnes, exerçant dans le civil ou dans l’armée, s’estimant abandonnées, manifestèrent pour réclamer de meilleurs salaires et davantage de protection sociale. Ces manifestations ne cessent de se multiplier depuis 2006. Pour la première fois, al-Fadhli fit une apparition publique lors des manifestations d’avril 2009. Sa présence a transformé le mouvement socialiste du Sud-Yémen, alors moribond, en une puissante vague nationaliste. Elle a également poussé le président Saleh à l’action, et celui-ci, inquiet des conséquences possibles du mouvement dans toute la péninsule arabique, demanda l’aide de l’Arabie Saoudite et des autres États du Conseil de coopération du Golfe.
Dans le nord du Yémen, Saleh fait face à une rébellion chiite d’obédience zaydite menée par al-Houthi, ce qui complique encore un peu plus la situation de ce pays manqué, comme le qualifient certains. Le 11 septembre 2009, lors d’une interview pour Al-Jazeera, Saleh accusait le leader de l’opposition chiite d’Irak, Moqtada al-Sadr, ainsi que l’Iran, d’apporter leur soutien aux rebelles du Nord-Yémen appartenant à la mouvance chiite ralliée à al-Houthi. Le président Saleh déclarait : « Nous ne pouvons pas accuser l’administration officielle iranienne, mais des Iraniens nous ont confié qu’ils étaient préparés à établir une médiation. Ceci signifie que l’Iran a des contacts avec [les partisans d’al-Houthi], étant donné que les Iraniens veulent intervenir entre le gouvernement yéménite et ces rebelles. De même, Moqtada al-Sadr, depuis Nadjaf en Irak, demande à être choisi comme médiateur. Cela montre qu’ils sont tous en contact les uns avec les autres. » [3]
Les autorités yéménites ont annoncé la découverte de caches d’armes obtenues via l’Iran. De leur côté, les partisans d’al-Houthi affirment avoir mis la main sur des équipements de l’armée du Yémen portant la marque d’une fabrication en Arabie Saoudite ; ils donnent ainsi un fondement à l’accusation qu’ils prononcent contre le gouvernement de Sanaa (la capitale du Yémen et le siège de l’ambassade des États-Unis) d’être aux ordres de l’Arabie Saoudite. L’Iran a démenti la découverte d’armes iraniennes dans le Nord-Yémen, qualifiant d’infondées les accusations qui font de l’Iran un soutien aux rebelles. [4]

Que dire d’Al-Qaïda ?

Le portrait qui se dégage à présent du président Saleh est celui d’un dictateur aux abois, soutenu par les États-Unis, en perte fulgurante de pouvoir, après deux décennies de despotisme dans le Yémen unifié. L’économie du pays a connu une phase de ralentissement spectaculaire en 2008, lorsque le prix du pétrole s’est effondré. Près de 70% des richesses du Yémen proviennent de l’exploitation du pétrole. Le gouvernement central de Saleh est installé à Sanaa, dans le nord du pays, tandis que le pétrole se trouve dans le sud du Yémen. Pourtant, c’est bien Saleh qui contrôle les flux de capitaux issus du pétrole. Pour Saleh, l’amoindrissement des bénéfices provenant du pétrole a rendu inévitable la redite de l’option à laquelle il a l’habitude de céder : celle de corrompre les groupes d’opposition.
C’est dans ce contexte intérieur chaotique, qu’est intervenue, en janvier 2009, l’annonce, abondamment reprise sur des sites Internet soigneusement sélectionnés, selon laquelle Al-Qaïda, la supposée organisation terroriste créée par le Saoudien, autrefois entraîné par la CIA, Oussama ben Laden, aurait développé une branche importante au Yémen dédiée aux opérations en Arabie Saoudite et au Yémen.
Le 20 janvier 2009, Nasir al-Wahayshi, le chef d’Al-Qaïda au Yémen, annonçait, via les forums jihadistes en ligne, la formation d’un groupe unique à ses ordres pour la péninsule arabique. Selon al-Wahayshi, ce nouveau groupe, Al-Qaïda pour la péninsule arabique, serait composé des membres d’Al-Qaïda au Yémen, rejoints par ceux du réseau démantelé d’Al-Qaïda en Arabie Saoudite. Il est intéressant de constater que la presse a alors affirmé que le Saoudien Abu-Sayyaf al-Shihri, un ancien détenu de Guantanamo (n° 372) officierait en tant qu’adjoint d’al-Wahayshi.
Quelques jours plus tard, une vidéo était mise en ligne par al-Wahayshi, sous le titre alarmant : « Nous partons d’ici, et nous nous retrouverons à Al-Aqsa ». Al-Aqsa fait référence à la mosquée Al-Aqsa à Jérusalem, que les Juifs nomment le Mont du Temple, le site où s’élevait le temple de Salomon, et que les Musulmans appellent Al-Haram Al-Sharif. Dans cette vidéo, des menaces sont d’abord formulées contre les dirigeants musulmans – dont le président du Yémen Saleh, la famille royale saoudienne et le président égyptien Moubarak. La vidéo affirme ensuite la volonté de l’organisation terroriste d’exporter le jihad du Yémen vers Israël afin de « libérer » les sites sacrés de l’Islam et la bande de Gaza, des opérations qui pourraient déclencher un troisième conflit mondial si certains sont assez fous pour aller jusque-là.
Outre les propos de l’ex-détenu de Guantanamo al-Shihri, la vidéo citent ceux d’Abu Hareth Muhammad al-Awfi, présenté comme un chef militaire, et qui aurait été le détenu n°333 à Guantanamo. Étant entendu que la torture échoue à récolter des confessions fiables, certains analystes ont envisagé que l’objectif réel des interrogatoires menés par la CIA et le Pentagone à Guantanamo depuis 2001 était d’utiliser des techniques brutales afin d’entraîner ou de recruter des cellules terroristes dormantes, activées sur ordre des services secrets états-uniens, une accusation aussi difficile à prouver qu’à réfuter. On ne peut que s’interroger sur la présence de ces deux anciens « hauts diplômés » de Guantanamo au sein de la nouvelle cellule d’AQAP.
En apparence, al-Fadhi et le Mouvement du Sud dont le soutien populaire s’est étendu, considèrent Al-Qaïda au Yémen comme infréquentable. Dans une interview, al-Fadhi déclarait : « J’entretiens des relations très proches avec tous les mouvements jihadistes du nord, du sud et d’ailleurs, mais pas avec Al-Qaïda. » [5] Cela n’a pas empêché le président Saleh d’affirmer que le Mouvement du Sud et Al-Qaïda ne faisait qu’un, une position commode pour s’assurer le soutien de Washington.
Selon des rapports des services secrets états-uniens, le sud du Yémen abriterait tout au plus 200 membres d’Al-Qaïda. [6]
En mai 2009, al-Fadhi s’est démarqué d’Al-Qaïda et affirmait dans la presse : « Il y a quinze ans, nous [le Sud-Yémen] avons été envahis et nous subissons une occupation immorale. Nous sommes donc attelés à servir notre cause et nous ne servons aucune autre cause sur la planète. Nous voulons notre indépendance et mettre un terme à cette occupation. » [7]. Le jour même, profitant de l’aubaine, Al Qaïda promouvait son action et affichait son soutien à la cause du Sud-Yémen.
Le 14 mai 2009, dans une bande sonore diffusée sur Internet, al-Wahayshi, le leader d’AQAP, exprimait sa sympathie envers le peuple des provinces méridionales dans sa tentative de défense contre «  l’oppression  » qu’il subit et déclarait : « Ce qui se passe dans les gouvernorats de Lahij, d’Ad Dali, d’Abyan, de Hadramaout et dans les autres provinces du sud est inacceptable. Nous devons soutenir et aider [les sud-yéménites]. » Il promettait également des représailles : « L’oppression que vous subissez ne saurait se passer de punition… le meurtre de Musulmans dans la rue constitue un crime grave et injustifié. » [8]
La prétendue émergence d’Al-Qaïda au Sud-Yémen, une base modeste dont on ne cesse pourtant pas de parler, sur les terres du Mouvement du Sud dans lequel certains observateurs voient un paravent au programme radical d’Al-Qaïda, est opportunément interprétée par le Pentagone comme un casus belli et sert de prétexte à l’intensification des opérations militaires de cette région stratégique.
En effet, après avoir déclaré que le conflit interne au Yémen était l’affaire du seul Yémen, le président Obama a ordonné des frappes aériennes sur le pays. Le Pentagone a déclaré que les attaques des 17 et 24 décembre avaient tué trois membres importants d’Al-Qaïda ; rien n’a cependant pu le prouver. À présent, le conte de Noël du terroriste de Détroit revivifie le programme de la Guerre contre le terrorisme au Yémen. Obama propose désormais un soutien militaire au gouvernement du président Saleh.

Les pirates somaliens de plus en plus actifs

En même temps que les titres de CNN égrainaient les nouvelles menaces terroristes venues du Yémen, sortaient comme d’un chapeau les annonces de l’intensification des attaques, devenues monnaie courante, de pirates somaliens sur la marine commerciale empruntant le golfe d’Aden et la mer d’Arabie depuis le sud du Yémen [9] ; une intensification faisant suite à une réduction des contrôles de patrouilles internationales.
Le 29 décembre 2009, la chaîne de télévision russe RAI Novosti rapportait que des pirates somaliens avaient capturé un cargo grec dans le golfe d’Aden au large de la Somalie. Plus tôt au cours de la même journée, un chimiquier britannique et les vingt-six membres de son équipage étaient également interceptés par des pirates dans le golfe d’Aden. Prouvant sa maitrise de l’utilisation des médias occidentaux, le chef des pirates, Mohamed Shakir, annonçait par téléphone au journal britannique le Times : « Nous avons intercepté un navire battant pavillon britannique dans le golfe d’Aden tard hier soir. » Un compte-rendu des services secrets états-uniens (cité par Stratfor) rapporte que le Times, propriété de Rupert Murdoch, soutien financier des néo-conservateurs, est parfois utilisé par les services secrets israéliens pour faire germer des histoires accommodantes.
Ces deux derniers événements portèrent le nombre des attaques et des détournements de navires à un niveau record. Pour l’année 2009, au 22 décembre, les attaques par des pirates somaliens dans le golfe d’Aden et au large de la côte orientale de la Somalie s’élevaient à 174, et concernaient 35 navires détournés et 587 personnes prises en otage ; cela représente la quasi-totalité des attaques de piraterie réussis dans le monde, selon le Centre de surveillance de la piraterie du Bureau maritime international. Une question se pose à présent : Auprès de qui les “pirates” somaliens obtiennent-ils les armes et la logistique leur permettant d’éviter les patrouilles internationales dépêchées par de nombreux États ?
Ainsi, le 3 janvier 2009, le président Saleh a reçu un appel téléphonique du président de la Somalie Sharif Sheik Ahmed ; ce dernier l’informait des derniers développements de la situation en Somalie. Sharif Ahmed, dont le propre pouvoir à Mogadiscio est si faible qu’il est parfois surnommé le président de l’aéroport de Mogadiscio, déclara à Saleh qu’il partagerait avec lui toutes les informations à sa disposition concernant les activités terroristes initiées en Somalie qui menaceraient la stabilité et la sécurité du Yémen et de la région.
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Le goulot d’étranglement pétrolier et autres affaires pétrolières

L’importance stratégique de la région située entre le Yémen et la Somalie revêt ici une signification géopolitique particulière. C’est en effet là que se trouve le site de Bab el-Mandab, que le gouvernement états-unien classe parmi les sept principaux goulots d’étranglement stratégiques dans le domaine du transport pétrolier. L’Agence de l’information sur l’énergie (EIA) états-unienne précise que « la fermeture de Bab el-Mandab pourrait empêcher les tankers du Golfe Persique d’atteindre le Canal de Suez et le complexe d’oléoducs de Sumed, les déroutant par le sud de l’Afrique. Le détroit de Bab el-Mandab est un goulot d’étranglement entre la corne africaine et le Moyen-Orient, ainsi qu’un pont stratégique entre la Mer Méditerranée et l’Océan Indien. » [10]
Au carrefour du Yémen, de Djibouti et de l’Érythrée, Bab el-Mandab relie la Golfe d’Aden à la Mer d’Arabie. Le pétrole et les autres marchandises en provenance du Golfe Persique doivent franchir Bab el-Mandab avant d’entrer dans le Canal de Suez. En 2006, le Département de l’énergie à Washington rapportait qu’un volume d’environ 3,3 millions de barils de pétrole transitait chaque jour par cette étroite voie navigable vers l’Europe, les États-Unis et l’Asie. L’essentiel du pétrole, soit environ 2,1 millions de barils par jour, prend la direction du nord par Bab el-Mandab vers le complexe de Suez/Sumed qui débouche sur la Méditerranée.
Un prétexte pour une militarisation par les États-Unis et l’OTAN des eaux entourant Bab el-Mandab serait l’occasion pour Washington de prendre un nouvel nouvel avantage dans sa poursuite du contrôle des sept goulots d’étranglement pétrolier les plus essentiels dans le monde, ce qui représente une part importante de toute future stratégie états-unienne destinée à priver de leur approvisionnement en pétrole la Chine, l’Union européenne ou toute autre région ou pays s’opposant à la politique US. Sachant que des volumes importants de pétrole saoudien transitent par Bab el-Mandab, le contrôle miliataire de ce point par les États-Unis servirait à dissuader l’Arabie Saoudite de contracter de futures ventes de pétrole avec la Chine, ou d’autres, dans une monnaie autre que le dollar, comme l’expliquait récemment Robert Fisk, le journaliste du quotidien britannique The Independent.
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Données de la production pétrolière yéménite (en bleu, la production et en rouge, la consommation)
(Source : EIA, gouvernement états-unien)
Les États-Unis seraient en outre en position de menacer le transport pétrolier chinois depuis Port-Soudan sur la Mer Rouge, juste au nord de Bab el-Mandab, un cordon d’approvisionnement vital pour les besoins énergétiques nationaux de la Chine.
Au-delà de sa situation géopolique en tant qu’important goulot d’étranglement du transit pétrolier mondial, le Yémen est en outre doté de réserves de pétroles importantes. Les bassins de Masila et de Shabwa récèlent d’après les compagnies pétrolières internationales de potentielles « découvertes de premier choix » [11]. Le Français Total et plusieurs autres compagnies pétrolières internationales de moindre taille sont engagés dans le développement de la production pétrolière yéménite. Il est possible que les préoccupations récentes de Washington concernant le Yémen aillent bien au-delà d’une simple organisation Al-Qaïda de bric et de brac dont l’exsitence même en tant qu’organisation terroriste globale a été mise en doute par de nombreux experts avisés de l’Islam.



 F. William Engdahl
Journaliste états-unien, il a publié de nombreux ouvrages consacrés aux questions énergétiques et géopolitiques. Derniers livres parus en français : Pétrole, une guerre d’un siècle : L’ordre mondial anglo-américain (Jean-Cyrille Godefroy éd., 2007) et OGM : semences de destruction : L’arme de la faim (Jean-Cyrille Godefroy éd., 2008).
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Traduction Nathalie Krieg
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[1] « The Menace of Yemen », par Bruce Riedel, The Daily Beast, 31 décembre 2009.
[2] « Yemen : Intensifying Problems for the Government », Stratfor, 7 mai 2009.
[3] Cité dans « Yemen President Accuses Iraq’s Sadrists of Backing the Houthi Insurgency », Terrorism Monitor, Jamestown Foundation, Volume : 7 Numéro : 28, 17 septembre 2009.
[4] NewsYemen, 8 septembre 2009 ; Yemen Observer, 10 septembre 2009.
[5] Albaidanew.com, le 14 mai 2009, cité par la Jamestown Foundation, op.cit.
[6] « Despite U.S. Aid, Yemen Faces Growing al-Qaeda Threat » , par Abigail Hauslohner, Time, 22 décembre 2009.
[7] Tariq al Fadhli, dans Al-Sharq al-Awsat, 14 mai 2009, cité par la Jamestown Foundation, op. cit.
[8] Interview d’al-Wahayshi, al Jazeera, 14 mai 2009.
[9] « Pirates, corsaires et flibustiers du XXIe siècle », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 25 juin 2010.
[10] Département de l’énergie, Energy Information Administration (gouvernement états-unien), consulté ici
[11] Adelphi Energy, « Yemen Exploration Blocks 7 & 74 » Consulté ici.

4 février 2011

La Somalie, piraterie et affairisme

par Simon Minkowski
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La Somalie s’est rappelée à nous ces deux dernières années grâce aux spectaculaires actes de piraterie maritime. Ce pays, complètement échoué depuis 1990, oublié depuis le fiasco américain de la bataille de Mogadiscio en octobre 1993 et le retrait précipité des casques bleus onusiens en mars 1995, incarne aujourd’hui l’échec de la communauté internationale. Pourtant, même sans Etat, la Somalie est l’une des économies les plus dynamiques de la région…
Depuis 2008, l’Union européenne est présente au large des côtes somaliennes à travers l’opération « Atalante » (EUNAVFOR), aux côtés des Etats-Unis et de l’OTAN et de pays présents à titre individuel (Chine, Russie, Inde, Iran, Japon…). Soit une trentaine de navires de guerre couvrant une surface supérieure à celle de la mer Méditerranée. Malgré ce déploiement, les attaques des pirates n’ont jamais été aussi nombreuses qu’en 2010, et les premières semaines de l’année 2011, bien que marquées par quelques interceptions et libérations réussies, ne semblent pas montrer d’inflexion (il y aurait aujourd’hui 1 181 membres d’équipage retenus en otages le long des côtes somaliennes).
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Les dynamiques somaliennes
Cartographie : François Prosper
Les attaques s’effectuent de plus en plus loin du littoral (là où la surveillance maritime s’estompe), jusqu’à 1 500 kilomètres des côtes africaines, soit entre les Seychelles et Maldives vers l’est, et jusqu’au canal du Mozambique au sud. Les groupes de pirates, dont les moyens logistiques sont toujours plus sophistiqués, notamment grâce aux sommes récoltées par les rançons (bateaux rapides, moyens de communication et de géolocalisation modernes), montent maintenant de véritables opérations militaires élaborées, cachant difficilement des soutiens financiers et logistiques régionaux. Désormais, les pirates n’hésitent plus à s’attaquer à des navires de très grande taille, comme le super tanker Maran Centaurus, qui transportait deux millions de barils de brut à destination des Etats-Unis en novembre 2009.

Une « approche globale » pour dépasser la piraterie

Mais la piraterie n’est que la partie la plus visible de la question somalienne. Depuis peu, la communauté internationale commence à repenser la situation en termes d’« approche globale » [1], avec tout un volet concentré sur la situation à terre. Soutenue par l’ONU, l’Union africaine (UA) et les Etats-Unis, l’UE s’est engagée dans une mission de formation de soldats somaliens en Ouganda, au profit du gouvernement fédéral de transition (GFT). Environ 140 formateurs européens, épaulés par une importante logistique américaine, ont commencé en avril 2010 à former deux contingents de 2 000 soldats sur deux sessions de six mois chacune. C’est un tournant dans l’action stratégique menée par les 27 en Somalie.
Il y a en effet urgence. Depuis le retrait des troupes éthiopiennes en janvier 2009, la Somalie est en proie à une grande violence, rarement égalée, même dans les pires moments de la guerre civile. L’influence du GFT du président Sheikh Sharif Sheikh Ahmed, islamiste modéré, est réduite à quelques quartiers de Mogadiscio, au port maritime et à l’aéroport, sous la protection d’environ 8 000 soldats burundais et ougandais de l’UA. Kampala a d’ailleurs payé chèrement cet engagement, en juillet 2010, avec deux attentats simultanés dans la capitale ougandaise. Le reste de Mogadiscio est sous contrôle d’une nébuleuse de clans opportunistes et de formations islamistes radicales et souvent rivales, dont les Shebab sont l’expression la plus médiatisée.
Quant au reste du pays, il est totalement divisé : au nord, le Somaliland, territoire indépendant depuis 1991 mais non reconnu par la communauté internationale, jouit d’une certaine stabilité et d’un développement remarquable au milieu du chaos somalien (lire Gérard Prunier, « Le Somaliland, une exception africaine », Le Monde diplomatique, octobre 2010). C’est donc assez logiquement qu’il reste sourd aux appels à l’unité nationale lancés par le GFT, aidé en cela par la tenue – exemplaire – de la dernière élection présidentielle de juin 2010. Le futur statut du Sud-Soudan, après le référendum de janvier 2011, pourrait aussi accélérer la reconnaissance officielle de l’indépendance de ce territoire.
Au nord-est, son voisin le Puntland, territoire semi-autonome, a connu ces dernières années une instabilité structurelle propice au développement d’activités illicites. La plupart des gangs de pirates en sont originaires, ainsi que les trafiquants de clandestins à destination du Yémen depuis le port de Bosasso (lire « Migrants oubliés du Yémen », par William Spindler, décembre 2010).
A cette partition de fait, il convient d’ajouter la présence inquiétante, bien qu’embryonnaire encore, de cellules proches d’Al-Qaida et qui pourraient agir dans toute l’Afrique orientale. Ces groupes plus ou moins structurés évoluent actuellement dans ce labyrinthe de petits territoires hétérogènes qu’est le Sud somalien (du Mudug, au centre, au Juba, au sud, à la frontière avec le Kenya).
Enfin, le jeu des puissances des Etats voisins constitue un autre facteur de déstabilisation chronique pour le pays, en particulier avec l’Ethiopie et l’Erythrée qui y reproduisent une sorte de mini-guerre froide régionale (proxy war).
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Corne de l’Afrique, trois décennies de famines et de conflits
Cartographie : Philippe Rekacewicz, « Un monde à l’envers », Atlas du Monde diplomatique 2009.

Le dynamisme « façon somalienne »

Pourtant, en dépit de ce sombre tableau, la Somalie ne se résume pas à un Etat désintégré, sans structure ni avenir. Le pays dispose même d’un certain potentiel et d’atouts qui pourraient constituer un terreau favorable pour la reconstruction.
Malgré ses divisions, la population somalienne montre un certain dynamisme quand il s’agit d’affaires. Les Somali, disséminés dans toute la Corne de l’Afrique, et plus loin au travers de la diaspora, se révèlent de redoutables businessmen, habitués à fonctionner en réseaux de toutes sortes : claniques, communautaires, économiques… avec toutefois une forte propension à l’illicite. L’importante diaspora somalienne, installée principalement dans le Golfe, en Europe du Nord et aux Etats-Unis, envoie chaque année à son pays d’origine environ 2 milliards de dollars, à travers un système de transfert de fonds, les Hawilad, ou Hawala (voir ci-dessous). Modernisé grâce à des réseaux efficaces de téléphonie mobile et d’Internet, ce système traditionnel a donné naissance à de grandes structures spécialisées qui représentent des exemples de réussite commerciale, comme Dahabshiil ou Amal, sociétés somaliennes aujourd’hui basées à Dubaï.
Ce développement des Hawala a permis à la Somalie de se doter d’un réseau très concurrentiel (et donc très bon marché) d’opérateurs de téléphonie mobile et de fournisseurs d’accès à Internet. En l’absence de tout réseau national et public, tous les acteurs en ayant un besoin vital ont intérêt à préserver ces infrastructures de services. Le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) parle même de « lifeline » locale (ligne vitale).
La dérégulation totale du marché somalien en fait un espace commercial de premier choix, l’expression ultime de l’ultralibéralisme. Le pays fonctionne comme une large zone détaxée à la jonction de l’Afrique, du Golfe et du Proche-Orient, et voit transiter toutes sortes de marchandises, depuis le bétail (moutons, chameaux) à destination du Proche-Orient et du Golfe jusqu’aux produits manufacturés en provenance de Dubaï et à destination d’Afrique de l’Est, dont une bonne partie pour les pays enclavés des Grands Lacs.
La frontière entre le licite et l’illicite est ténue en Somalie. La multiplication des trafics en tout genre le confirme : arrivages quotidiens de khat depuis le Yémen et l’Ethiopie (prohibé en Somalie par l’Union des tribunaux islamiques), trafic de clandestins vers le Yémen et l’Arabie saoudite, trafic d’armes en provenance du Yémen [2] vers la Somalie ou en transit vers le Kenya et l’Ethiopie...
La Somalie exporte ses propres productions, bananes vers le Kenya et charbon de bois vers le Proche-Orient et le Golfe (ce qui représente le coup de grâce aux maigres forêts d’acacias au sud du pays). Grâce à cette forme particulière de vitalité, et bien que sans banque centrale depuis bientôt vingt ans, le shilling somalien est une monnaie relativement stable, soutenue par la demande et les échanges commerciaux.
Cette exubérance va même jusqu’à déstabiliser les fragiles économies des pays voisins. Ainsi, le Kenya doit faire face à un afflux massif de liquidités, provenant semble-t-il du très lucratif business de la piraterie, véhiculées par la communauté somalienne. Le grand port de Mombasa connaît depuis quelques mois un boom de constructions immobilières ; c’est une des plus grandes lessiveuses de l’argent de la piraterie. Les sommes cumulées des rançons sont estimées à plusieurs centaines de millions de dollars, qu’il faut bien pouvoir blanchir d’une manière ou d’une autre…
Car, bien entendu, le miracle somalien ne vaut que pour ceux qui peuvent y mettre le prix, y faire fonctionner leur réseau, et toujours en bons termes avec les milices et leurs warlords capricieux. La société restant fondamentalement inégalitaire, une très grande partie des Somaliens vivent en marge de ces flux et toujours dans une grande détresse, aussi bien alimentaire que sécuritaire.
La situation somalienne est donc plus complexe que ne le laisse paraître le problème de la piraterie. Elle est paradoxale, à la fois globalisée et micro-locale, informelle et ultra-codifiée, juteuse mais profondément injuste. Les chancelleries occidentales semblent mieux prendre en compte cette réalité plurielle, et révisent leurs approches. Il n’est plus certain que le soutien inconditionnel au GFT soit encore une option pertinente, qu’il s’agisse d’une meilleure articulation de la réponse militaire maritime et terrestre, d’une vision plus précise de la scène islamiste ou d’une lecture davantage « fédéraliste », puisque l’« Etat centralisé » n’est désormais plus qu’une vue de l’esprit.
Simon Minkowski est consultant en intelligence stratégique. François Prosper est graphiste, illustrateur et cartographe.
Les Somaliens de l’extérieur
La diaspora somali représente environ un million de personnes sur une population totale estimée à neuf millions. Elle est principalement localisée dans les pays du Golfe et d’Afrique de l’Est (notamment dans des camps de réfugiés en Ethiopie, au Kenya, à Djibouti et au Yémen), en Australie, en Europe du Nord (Royaume-Uni et pays scandinaves) et en Amérique du Nord (dont une importante communauté à Minneapolis). Diaspora internationale à laquelle il faut ajouter 1,5 million de déplacés (en 2009) à l’intérieur même du pays.
Toutes ces communautés alimentent un vaste réseau de transfert de fonds vers le pays, que ce soit pour soutenir la famille restée sur place ou pour financer une affaire ou un projet local.
La très grande majorité de ces transferts sont effectués par téléphone ou Internet, au moyen de simples messages, dont les échanges sont centralisés par des hawala, des compagnies spécialisées basées pour la plupart à Dubaï. Ces transferts ont pris une importance considérable depuis le début de la guerre civile et l’effondrement de l’économie formelle. Ils représenteraient un volume d’environ 2 milliards de dollars par an, une véritable manne pour le pays. Pourtant, cette source n’alimente pas le pays de manière uniforme : les lignes de fracture claniques se retrouvent ici aussi, au détriment de la reconstruction politique. Les hommes d’affaires investissent dans des projets de développement locaux, subventionnant ainsi au passage leur clan d’origine et sa milice, ce qui correspond rarement avec le calendrier politique et économique du Gouvernement fédéral de transition (GFT).
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La diaspora somalienne
Cartographie : François Prosper
Ce qui est inquiétant, c’est que cette diaspora a une propension à soutenir les éléments les plus radicaux de l’insurrection locale, parmi lesquels les Shebab. En 2009, dans la communauté de Minneapolis, ce sont ainsi plusieurs dizaines de jeunes Américains d’origine somali, parfois mineurs, qui ont quitté le territoire américain, souvent à l’insu de leur famille, pour aller rejoindre un jihad mythifié, vendu par des prêcheurs-recruteurs enkystés au sein de cette communauté.
Une fois à Mogadiscio, la réalité est évidemment bien moins romantique pour ces jeunes dont c’est en général le premier séjour en Somalie. A leur arrivée, ils sont embrigadés et manipulés (leur famille américaine est parfois même rackettée). C’est ainsi qu’on a pu retrouver de jeunes Américains d’origine somali parmi les participants à certains attentats kamikazes perpétrés par les Shebab. Il y a donc un double enjeu pour Washington dans la limitation de la pénétration de cette communauté par des prêcheurs radicaux : éviter le départ de ressortissants pour un jihad fantasmé, mais aussi empêcher que ce terreau sensible ne produise des cellules terroristes actives cette fois-ci sur le sol américain.

Notes

[1] Lire le rapport de M. Jack Lang, conseiller spécial pour les questions juridiques liées à la piraterie au large de la Somalie (téléchargeable sur ce site).
[2] NDLR : Au sujet des trafics d’armes au Yémen, lire les révélations de WikiLeaks rapportées par le blog de Foreign Policy : « What’s a few million Kalashnikovs between friends ? », 3 février 2011.
A consulter
- Le chef de l’ONU appelle à orchestrer la réponse face à la piraterie
Centre d’actualités de l’ONU — 3 février — « La piraterie constitue une menace mondiale. Elle semble être plus forte que les efforts de la communauté internationale pour l’endiguer. C’est pourquoi je salue la décision de l’Organisation maritime internationale (OMI) d’accorder une attention particulière à la piraterie au cours de l’année à venir », a déclaré jeudi le Secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-mon, à Londres.
- La Somalie au bord d’une crise majeure à cause de la sécheresse
Centre d’actualités de l’ONU — 2 février — Arrivée lundi au Kenya pour une mission de trois jours dans la Corne de l’Afrique, la Secrétaire générale adjointe de l’ONU aux affaires humanitaires, Valerie Amos, s’est rendue mercredi en Somalie dans la région du Puntland où elle s’est inquiétée de l’impact de la sécheresse qui vient s’ajouter à la guerre. Selon la chef de l’humanitaire de l’ONU, le pays est au bord d’une crise majeure si les pluies d’avril ne tombent pas.

13 octobre 2010

Sahel: Comment l'Occident finance Al Qaida au Maghreb Islamique

3 janvier 2009

« Perte toxique » derrière la piraterie somalienne





Quelques pirates fonctionnant outre de la réclamation de la côte de la Somalie pour agir en tant que gardes-côte [GALLO/GETTY]

Les pirates somaliens ont accusé les sociétés européennes de mettre à la décharge la perte toxique outre de la côte somalienne et exigent une rançon de $8m pour le retour d'un bateau ukrainien qu'ils ont capturé, dire l'argent ira vers nettoyer la perte.

La demande de rançon est des moyens de la « réaction à la perte toxique qui a été continuellement vidée sur les rivages de notre pays pendant presque 20 années », Januna Ali Jama, un porte-parole pour les pirates, basé dans la région semi-autonome de Puntland, a dit.

« Le littoral somalien a été détruit, et nous croyons que cet argent n'est rien comparé à la dévastation que nous avons vue sur les mers. »

Les pirates tiennent le système mv Faina, les réservoirs de transport d'un bateau ukrainien et le matériel militaire, outre de la côte nordique de la Somalie.

Selon le bureau maritime international, 61 attaques par des pirates ont été rapportées puisque le début de l'année.

Tandis que l'argent est le premier objectif des hijackings, des réclamations de la destruction environnementale continue outre de la côte de la Somalie ont été en grande partie ignorées par les autorités maritimes des régions.

Dumping des allégations

Ahmedou Ould-Abdallah, le délégué de l'ONU pour la Somalie confirmé à Al Jazeera le corps du monde a « l'information fiable » que les compagnies européennes et asiatiques vident la perte toxique, y compris la perte nucléaire, outre du littoral somalien.

« Je dois soumettre à une contrainte cependant, ce gouvernement de non a approuvé cet acte, et ce seuls temporaires d'entreprises privées anonymes et d'individus sont responsables, » il a dit

Les pirates tiennent le système mv Faina outre de la côte nordique de la Somalie [Reuters]
Les allégations du dumping de la perte toxique, aussi bien que la pêche illégale, ont circulé depuis le début des années 90.

Mais l'évidence de telles pratiques est littéralement apparue sur les plages de la Somalie nordique quand le tsunami de 2004 a frappé le pays.

Le programme des Nations Unies pour l'environnement (PNUE) a rapporté que le tsunami avait lavé vers le haut des récipients de rouillement de perte toxique sur les rivages de Puntland.

Nick Nuttall, un porte-parole de PNUE, dit Al Jazeera que quand les barils étaient ouverts heurté par la force des vagues, les récipients ont exposé « une activité effrayante » qui avait continué pour plus que la décennie.

La « Somalie a été employée comme dépotoir pour des déchets dangereux commençant au début des années 90, et continuant par la guerre civile là, » il a dit.

« Les compagnies européennes l'ont trouvée pour être très bon marché pour se débarasser de la perte, calcul des coûts aussi peu que $2.50 par tonne, où les coûts d'évacuation des déchets en Europe sont quelque chose comme $1000 une tonne.

« Et la perte est beaucoup de différentes sortes. Il y a les déchets radioactifs en uranium. Il y a plomb, et métaux lourds comme le cadmium et le mercure. Il y a également perte industrielle, et il y a des pertes d'hôpital, pertes de produit chimique - vous nom il. »

Nuttall a également indiqué que depuis que les récipients sont venus à terre, les centaines de résidants sont tombées malades, souffrant de la bouche et le saignement abdominal, les infections de peau et d'autres maux.

« Nous [le PNUE] avions prévu de faire une évaluation scientifique appropriée et détaillée sur l'importance du problème. Mais en raison des niveaux élevés de l'insécurité onshore et outre de la côte somalienne, nous ne pouvons pas effectuer une évaluation précise de l'ampleur du problème, » il a dit.

Cependant, Ould-Abdallah réclame la pratique continue toujours.

« Ce qui est le plus alarmant ici est que la perte nucléaire est mise à la décharge. La perte radioactive d'uranium qui tue potentiellement Somalis et détruit complètement l'océan, » il a dit.

Perte toxique

Ould-Abdallah a refusé d'appeler quelles compagnies sont impliquées dans le dumping de rebut, citant des raisons légales.

Mais il a dit le carburant d'aides de pratique la guerre civile de 18 ans en Somalie comme les compagnies payent les ministres du gouvernement somaliens pour mettre à la décharge leur perte, ou a fixé des permis et des contrats.

« Il n'y a aucun contrôle du gouvernement… et il y a peu de personnes avec la base morale élevée… [et] oui, les gens en positions élevées sont épongés, mais en raison de la fragilité du TFG [gouvernement fédéral transitoire], certaines de ces compagnies ne demandent maintenant plus les autorités - elles mettent à la décharge simplement leur perte et partent. »

Ould-Abdallah a indiqué qu'il y a des questions morales à considérer parce que les compagnies sont en pourparlers des contrats avec un gouvernement qui est en grande partie divisé le long des lignes tribales.

« Comment pouvez vous être en pourparlers ces rapport d'affaires avec un pays à la guerre et avec un gouvernement luttant pour rester approprié ? »

En 1992, un contrat pour fixer le dumping de la perte toxique a été fait par Swiss et les associés et le Progresso d'Achair de sociétés d'expédition d'Italien, avec Nur Elmi Osman, un ex-fonctionnaire ont nommé au gouvernement d'Ali Mahdi Mohamed, un de beaucoup de chefs de milice impliqués dans évincer du barre de Mohamed Siad, l'ancien président de la Somalie.

Sur demande des gouvernements suisses et italien, le PNUE a examiné la question.

Les deux sociétés avaient nié conclure n'importe quel accord avec des chefs de milice au début de la guerre civile somalienne.

Osman également nié signant tout contrat.

« Participation de Mafia »

Cependant, Mustafa Tolba, ancien directeur exécutif de PNUE, dit Al Jazeera qu'il a découvert les sociétés ont été installés en tant que compagnies factices par de plus grandes sociétés industrielles pour avoir des déchets dangereux.

« Alors, lui senti comme nous avions affaire avec la Mafia, ou une certaine sorte de groupe de crime organisé, fonctionnant probablement avec ces sociétés industrielles, » il a dit.

Les nations l'ont trouvé difficile à aborder
le problème de la piraterie [AFP]
« Elle était très ombreuse, et tout à fait sous terre, et je serais d'accord avec les réclamations d'Ould-Abdallah sur lesquelles elle va toujours… Malheureusement la guerre n'a pas permis aux groupes environnementaux d'étudier ceci entièrement. »

La Mafia d'Italien commande des 30 pour cent environ de compagnies de l'évacuation des déchets de l'Italie, y compris ceux qui traitent la perte toxique.

En 1998, Famiglia Cristiana, un magasin hebdomadaire italien, réclamé que bien que la majeure partie du gaspiller-dumping ait eu lieu après que le début de la guerre civile en 1991, l'activité ait commencé réellement dès 1989 sous le gouvernement de barre.

Au delà de la question morale de l'essai de fixer un accord de déchets dangereux dans un pays instable aimez la Somalie, la tentative alléguée par Swiss et les sociétés d'Italien pour vider la perte en Somalie violeraient les traités internationaux auxquels les deux pays sont des signataires.

Ramifications légales

La Suisse et l'Italie ont signé et ont ratifié la convention de Bâle sur la commande des mouvements transfrontaliers des déchets dangereux et de leur disposition, qui sont entrés en vigueur en 1992.

Les Etats membres d'UE, comme 168 autres pays ont également signé l'accord.

La convention interdit le commerce de rebut entre les pays qui ont signé la convention, aussi bien que les pays qui n'ont pas signé l'Accord à moins qu'un accord bilatéral ait été négocié.

Il est interdit également l'expédition des déchets dangereux à une zone de guerre.

Abdi Ismail Samatar, professeur de géographie à l'université du Minnesota, a indiqué Al Jazeera que parce qu'une coalition internationale des vaisseaux de guerre a été déployée au Golfe d'Aden, on doit avoir observé le dumping allégué de la perte.

Dommage causé à l'environnement

« Si ces actes continuent, puis sûrement ils doivent avoir été vus par quelqu'un impliqué dans des opérations maritimes, » il a dit.

« La cargaison visée est-elle une certaine destination plus importante que des activités illégales de surveillance dans la région ? La piraterie n'est pas le seul problème pour la Somalie, et je pense qu'elle est irresponsable de la part des autorités pour donner sur cette issue. »

Mohamed Gure, Président du groupe de souci de la Somalie, a dit que les conséquences sociales et sur l'environnement seront senties pendant des décennies.

« Le littoral somalien employé pour soutenir des centaines de milliers de personnes, comme source de nourriture et de vies. Une grande partie est maintenant presque détruite, principalement aux mains de ces soi-disant ministres qui ont vendu leur nation pour remplir leurs propres poches. »

Ould-Abdallah a indiqué que la piraterie n'empêchera pas le dumping de rebut.

« Les intentions de ces pirates ne sont pas concernées par protéger leur environnement, » il a dit.

« Ce qui est finalement nécessaire est un fonctionnement, le gouvernement efficace qui obtiendra son acte ensemble et prendra la commande de ses affaires. »


Source : Al Jazeera PERMALINK

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