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29 novembre 2011

Fissions au cœur du nucléaire français

Par Tristan Coloma
octobre 2011 
pour http://www.monde-diplomatique.fr

L’explosion d’un four sur le site nucléaire de Marcoule (Gard), le 12 septembre, a fait un mort et quatre blessés. Après la catastrophe humaine et écologique de Fukushima en mars, l’accident propulse l’atome au cœur de la campagne présidentielle française : cette industrie, à la rentabilité incertaine, divise les candidats. Une page se tournerait-elle en France, pays le plus nucléarisé du monde par rapport au nombre d’habitants – et qui, de Golfech à Tricastin, avait jusqu’ici fait de l’énergie atomique le pilier stratégique de son indépendance ?


Après les « Dégage ! » des révoltes arabes, les « Nucléaire : Non merci ! » balaient le monde et pourraient bien en révolutionner le paysage énergétique. En Inde comme en Chine, de violentes manifestations ont lieu contre les projets de construction de centrales. L’Allemagne a annoncé sa sortie du nucléaire d’ici à 2022, imitée par la Suisse, qui a décidé d’abandonner l’atome. Les Etats-Unis ont gelé leur programme. Les Italiens, par voie référendaire, ont dit « non » au développement du nucléaire sur leur territoire (1). Les Turcs, quant à eux, s’opposent à la volonté de leur gouvernement de développer l’électronucléaire. En France, au-delà du débat technologique, c’est un choix de société que le pays le plus nucléarisé du monde — cinquante-huit réacteurs pour soixante-cinq millions d’habitants — pourrait être amené à faire en 2012. A en croire le ministre de l’énergie, M. Eric Besson, « le grand référendum sur le nucléaire, ce sera l’élection présidentielle (2) ». En effet, M. Nicolas Sarkozy souhaite réaffirmer le choix de l’atome, qui fournit 74,1 % de l’électricité nationale.

Une exception française ? Longtemps la filière nucléaire fut organisée par l’Etat dans une logique de coopération entre Electricité de France – Gaz de France (EDF-GDF), alors opérateur et donneur d’ordre unique, et ses fournisseurs. A présent la concurrence fait rage entre les protagonistes, entreprises géantes désormais plongées dans les eaux bouillonnantes du marché international : Areva, numéro un mondial de la conception de chaudières nucléaires et de la fourniture de combustible ; Alstom, premier acteur mondial de l’équipement associé (turbines) ; EDF, premier producteur d’électricité nucléaire. L’électricien est aussi opérateur, c’est-à-dire que l’entreprise vend l’énergie qu’elle produit, et architecte ensemblier — ceci recouvre la maîtrise de la conception, la construction et l’exploitation de son parc de centrales électriques.
A cette liste, il convient d’ajouter le groupe issu de la fusion entre GDF, privatisé fin 2007, et Suez, exploitant de centrales nucléaires en Belgique — une opération que ses futurs dirigeants présentaient comme « une étape importante dans la préparation de l’ouverture complète des marchés européens de l’énergie ». Par le jeu de ces nouvelles alliances, EDF et GDF, entreprises originellement associées dans un « duopole étatique », se retrouvent concurrentes. Paradoxe : il est de l’intérêt supérieur de l’Etat de venir en aide à une filière dont les acteurs rêvent pourtant de s’émanciper de la tutelle publique.

Il n’en a pas toujours été ainsi. En France, le choix du nucléaire n’est pas le pacte de Faust avec le diable, mais celui de Charles de Gaulle avec l’atome. Le 18 octobre 1945, deux mois après l’explosion des bombes atomiques américaines à Hiroshima et Nagasaki, le général ordonna la création du Commissariat à l’énergie atomique (CEA). Sa mission ? Effectuer des « recherches scientifiques et techniques en vue de l’utilisation de l’énergie atomique dans les divers domaines de la science, de l’industrie et de la défense nationale ». A cette époque, le nucléaire a avant tout une vocation militaire. Vue de Paris, la bombe atomique est l’arme ultime pour consolider son statut de membre permanent du Conseil de sécurité des Nations unies. En parallèle, le CEA devra aussi développer cette technologie à des fins civiles.
Dès 1952, la France expérimente l’électronucléaire et inaugure une première vague de centrales qui adoptent la technique uranium naturel - graphite - gaz. Dans le même mouvement, le 8 décembre 1953, le président américain Dwight D. Eisenhower lance devant l’Assemblée générale des Nations unies le programme Atoms for Peace, ouvrant la porte à l’application commerciale de l’énergie nucléaire.

Regroupant les industriels Schneider, Merlin Gerin et Westinghouse, la Franco-américaine de constructions atomiques (Framatome) adopte en 1958 les réacteurs à eau pressurisée. Ce programme décollera après la guerre israélo-arabe de 1973 : dès l’automne, les cours du pétrole quadruplent brutalement, provoquant le premier choc pétrolier. L’indépendance énergétique et un kilowattheure bon marché deviennent de grandes causes nationales ; l’idée s’impose qu’en France, « si on n’a pas de pétrole, on a du nucléaire ! ». C’est le lancement de l’ère atomique, sous la tutelle de Pierre Messmer, premier ministre de Georges Pompidou. N’ayant jamais saisi les parlementaires pour débattre de l’avenir énergétique, Messmer laisse entendre que la stratégie du « tout nucléaire » n’est pas contestable.

La sécurité menacée 

 

Dans les rangs de l’opposition, d’ailleurs, le choix du premier ministre est plébiscité. Côté syndicats, la Confédération générale du travail (CGT), majoritaire chez EDF, adoube le programme. Les communistes se rallient d’autant plus facilement que, à travers la défense des entreprises nationalisées, ils entrevoient la perspective d’une création massive d’emplois publics et le développement d’un modèle social ambitieux où les ouvriers auraient l’impression de participer au progrès de leur pays, fédérant en réseaux « des hommes au service des hommes ». Le Parti socialiste avance des propos plus nuancés sur cette énergie, mais ne s’opposera jamais à l’option nucléaire. De l’avis de M. Valéry Giscard d’Estaing, « ce choix n’a jamais été remis en cause par les gouvernements successifs — notamment pendant les deux septennats du président Mitterrand — parce qu’il n’existe pas d’alternative (3)  ! ». Et, quelques années plus tard, comme se souvient Mme Michèle Rivasi, eurodéputée écologiste et fondatrice de la Commission de recherche et d’information indépendantes sur la radioactivité (Criirad), le premier ministre socialiste Lionel Jospin craignait des soubresauts dans le gouvernement lorsqu’il était question de l’industrie atomique : « Il ne fallait pas toucher à ce secteur. Lionel Jospin n’avait qu’une seule hantise : que cela déclenche une révolution syndicale qui aurait paralysé le pays. C’était une inquiétude à caractère social. Les stratégies énergétiques en revanche n’intéressent pas les politiciens (4). »

Le pouvoir politique ne serait-il qu’une particule élémentaire face au lobby nucléaire ? Pour Mme Rivasi, c’est un état de fait : « A l’Assemblée, on peut carrément parler d’un tabou nucléaire, il n’y a pas de débat. Pourtant l’Etat détient plus de 80 % d’EDF et d’Areva, donc c’est l’affaire des députés que de s’intéresser à la manière dont est utilisé l’argent public. »

Incontestablement, l’électronucléaire peut avancer un certain nombre de réussites dans le demi-siècle écoulé : l’indépendance énergétique, le fait qu’il soit faiblement émetteur de dioxyde de carbone (CO2), des coûts de production stables dans le temps. Selon un proche de M. François Roussely, ancien patron d’EDF, « les dirigeants politiques n’ont pas traité la question énergétique car il n’y avait pas d’urgence à remettre en question cette voie qui bénéficiait d’une acceptation sociétale forte. Contrairement à beaucoup de nos voisins, nous n’étions pas confrontés à des tensions sur la fourniture d’électricité. Il faut dire que depuis vingt ans il y a une rente nucléaire partagée entre l’Etat et les citoyens, lesquels paient en moyenne l’électricité 30 % moins cher par rapport aux autres Européens ». Comme le rappelle une source proche du dossier qui souhaite rester anonyme, « l’automobile, la défense et le nucléaire sont les trois dernières filières industrielles françaises ; cette dernière est la seule où l’Etat est partie prenante, en tant qu’actionnaire majoritaire ».

La pérennité du nucléaire s’explique aussi par une certaine inertie politique. C’est la « dépendance au sentier » : les choix technologiques initiaux d’une nation sont rarement remis en question par crainte de perdre l’amortissement et les rendements croissants des investissements de départ. Or, comme l’expliquent Daniel Kübler et Jacques de Maillard, professeurs de science politique, « une technologie ayant un avantage de départ peut être adoptée durablement par les acteurs économiques, alors que sur le long terme elle a des effets nettement moins efficients que des technologies concurrentes (5) ».
Le coût global du nucléaire reste encore obscur, alors que plane le risque d’un accident majeur dont les conséquences seraient à la charge des contribuables. Mais la principale inconnue concerne le stockage des déchets et le démantèlement des installations. En France, la Cour des comptes estimait en 2003 que le montant minimum de la déconstruction des cinquante-huit réacteurs nucléaires serait de 39 milliards d’euros. De son côté, le Royaume-Uni prévoit, pour démanteler ses quinze réacteurs, de mobiliser... 103 milliards d’euros.

La gestion de ces coûts, qui en France incombe à EDF, inquiète la Cour des comptes. L’entreprise publique, qui a provisionné 16 milliards d’euros en vue du démantèlement, en aurait perdu 2,2 en raison de placements boursiers risqués. Mais, pour EDF, tout problème a une solution : « La chute des marchés financiers en 2008 a impacté négativement la valeur de ces actifs, et, compte tenu de cette baisse et de la forte volatilité des marchés, il a été décidé en septembre 2008 de suspendre les allocations aux portefeuilles d’actifs dédiés jusqu’à ce que les conditions des marchés soient stabilisées (6). » Moins d’argent provisionné, moins de pertes ! De plus, EDF a utilisé une partie des provisionnements pour se développer à l’étranger, notamment en achetant des concurrents. En théorie, de tels investissements devraient dégager des bénéfices suffisants pour faire face aux démantèlements de centrales. Le 17 mai, soucieux de la situation, le premier ministre François Fillon a adressé à M. Didier Migaud, premier président de la Cour des comptes, une lettre de mission relative aux « coûts de la filière nucléaire, y compris ceux relatifs au démantèlement des installations et à l’assurance des sites ». Car EDF est une entreprise très endettée dont les choix stratégiques parfois désastreux pèsent sur le contribuable ou l’usager.

EDF estime le coût complet du nucléaire français, de la construction au démantèlement, à 46 euros par mégawattheure (MWh). C’est 48 % de plus que le prix de revient de base de l’électricité nucléaire (30,90 euros/MWh) tel qu’il a été évalué par la Commission de régulation de l’énergie (CRE). Et le coût de l’électricité produite par le réacteur de nouvelle génération EPR devrait s’élever à plus de 80 euros/MWh (7). De quoi nuancer fortement les propos de M. Sarkozy, pour qui cette technologie s’avérerait la moins chère. Ce ne serait d’ailleurs pas sa première approximation en la matière : lors d’un débat télévisé tenu entre les deux tours de l’élection présidentielle, en 2007, face à Mme Ségolène Royal, le futur chef de l’Etat n’avait pas brillé par sa connaissance du secteur. Les adversaires s’étaient transformés en duettistes aux partitions statistiques erronées.

Des centrales, sinon le choc des civilisations 

 

Mais, selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE), le nucléaire ne peut être compétitif que si l’on en attend un rendement annuel faible, de l’ordre de 5 % (8). Avec les ouvertures de capital d’EDF et d’Areva, il est peu probable que les actionnaires ne demandent pas un meilleur rendement. De plus, le vieillissement du parc ne présage rien de bon. EDF a prévu d’investir 20 milliards d’euros afin de prolonger d’au moins dix ans l’activité de ses centrales. Et l’accident de Fukushima risque d’alourdir la facture : la Deutsche Bank estime à 9 milliards d’euros le coût du renforcement de la sécurité des réacteurs français d’ici à 2015.
Plus que du soutien médiatique du président de la République, le secteur de l’énergie a besoin de l’argent de l’Etat pour exister. Et, en la matière, le démantèlement de la filière publique n’est pas fait pour rassurer les usagers. On est loin des principes édictés par le Conseil national de la Résistance lors de la création d’EDF et de GDF. Avant que la Constitution de 1958 ne leur donne naissance, la IVe République avait jeté les fondations des établissements publics à caractère industriel et commercial (Epic) avec une gestion tripartite (Etat, personnel, usagers), dans un contexte d’après-guerre où l’électrification du territoire était considérée comme une mission régalienne. Depuis la loi du 9 août 2004, EDF est devenue une société anonyme. L’entreprise peut désormais ouvrir son capital. Mais vouloir associer réduction des coûts pour augmenter les dividendes des actionnaires et haut niveau de sécurité conduit à une aporie. Selon M. Thierry Le Pesant, ancien membre du Centre international de recherche sur l’environnement et le développement (Cired), « une des premières leçons que l’on peut tirer de la catastrophe de Fukushima est que la dérégulation du secteur de l’énergie n’est pas sans effets sur la sécurité de l’exploitation du nucléaire civil pour la production d’électricité : course à la productivité, sous-investissement chronique, manque d’équipements, perte de compétences, pressions croissantes, recours aux sous-traitants et aux sous-traitants des sous-traitants ».

Pour M. François Soult, un haut fonctionnaire, « l’ouverture du capital implique de rémunérer des actionnaires privés et donc d’améliorer les résultats de l’entreprise. Pour cela, il faut augmenter le chiffre d’affaires, et donc les tarifs ». Et M. Daniel Paul, député communiste de Seine-Maritime, d’ajouter : « L’Europe a voulu faire sauter le monopole des opérateurs historiques. Lorsque EDF-GDF a été démantelé, Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’industrie, avait fait une promesse de Gascon en annonçant qu’il ne privatiserait pas GDF (9). Maintenant qu’Areva a subi une ouverture de capital, l’entreprise va-t-elle être privatisée elle aussi ? La dérégulation du marché de l’électricité, c’est du perdant-perdant pour l’usager devenu client. Pour l’instant, le consommateur est sauvé par la régulation du tarif de l’électricité assurée par la CRE, mais seulement jusqu’en 2015. »

L’application des décrets européens a abouti à une proposition très discutée à l’Assemblée : le projet de loi Nouvelle organisation du marché de l’énergie (NOME). Il vise à forcer le passage du secteur privé vers le contrôle de la distribution de l’électricité, en réduisant la part des prix réglementés. Parmi les conséquences attendues : une forte hausse des prix fixés par l’Etat, qui les rapprochera de ceux du marché et permettra à GDF-Suez, Poweo ou encore Direct Energie de gagner des parts dans la fourniture d’électricité aux particuliers et aux entreprises (10). « La loi Nome rend possible la dérégulation du prix de l’électricité via l’obligation faite à EDF de mettre à la disposition de ses concurrents 25 % de sa production nucléaire ; le gouvernement ne peut s’y opposer, explique M. Paul. Une fois, un commissaire européen m’a pris à partie en ces termes : “Soit vous acceptez la loi Nome et l’ouverture du marché de l’électricité, soit on vous impose une privatisation d’une partie du parc nucléaire français.” »
De fait, en dépit de l’ouverture totale de son marché intérieur en 2006, sur l’injonction de Bruxelles, la concurrence reste très marginale en France, puisque 95 % des consommateurs sont restés fidèles aux tarifs réglementés (11). Aussi, la Commission européenne estime manquer d’informations pour valider le tarif de gros fixé par l’Etat pour la revente de l’électricité nucléaire d’EDF à ses concurrents. La CRE préconisait une fourchette de 36 à 39 euros le MWh (12), « clairement en dessous » du prix finalement retenu par le gouvernement français — 40 euros au 1er juillet 2011, puis 42 euros à partir du 1er janvier 2012.
Dans ces conditions, pas question pour la Commission d’abandonner les procédures pour aide d’Etat et pour infraction à la législation européenne lancées contre la France. De plus, le secteur du nucléaire est gourmand en capitaux, et le changement de statut d’EDF annule la garantie de l’Etat sur sa dette, considérée par les services européens de la concurrence comme une aide illégale.

De même, Areva a un fort besoin de liquidités car ses activités nécessitent des apports capitalistiques très importants. Le groupe est présent dans tous les secteurs du nucléaire, adoptant une « stratégie Nespresso » (vendre la machine bon marché et dégager sa marge avec les capsules), selon le mot de l’ancienne dirigeante emblématique et fondatrice d’Areva, Mme Anne Lauvergeon. 80 % des revenus sont issus des activités d’extraction dans les mines d’uranium et de la fabrication du combustible, qui nécessite des investissements lourds (5 à 7 milliards d’euros par an). Le traitement et le recyclage des déchets sont des activités rentables, mais sans croissance. Reste la fabrication et l’entretien des réacteurs. Là, les retards sur les chantiers s’accumulent et les devis explosent. Le cas du chantier de l’EPR à Olkiluoto en Finlande est représentatif : il coûtera deux fois plus cher que prévu (6 milliards d’euros) pour une mise en service annoncée en 2013 au lieu de 2009. Si bien qu’en juin 2010 le groupe, pourtant public, lesté d’une dette de 6 milliards d’euros, a vu sa note abaissée de deux crans à BBB+ par Standard & Poor’s. L’occasion pour l’Etat de ressortir des cartons un vieux projet : la recapitalisation d’Areva. Celle-ci a eu lieu le 10 décembre 2010, mais pas au niveau escompté (seuls 965 millions d’euros ont été levés, contre 2 à 2,5 milliards d’euros attendus).
Au final, seul le fonds souverain du Koweït (Kuwait Investment Authority, KIA) a investi à hauteur de 4,82 % (600 millions d’euros). Faute d’autres propositions, l’Etat a dû monter au capital pour grossir l’enveloppe. De plus, les Koweïtiens ont posé une condition : la conversion des certificats d’investissement — sortes d’actions sans droit de vote mis en place à l’époque du « ni privatisation ni nationalisation » par François Mitterrand en 1988 — en actions boursières. Une garantie pour KIA, qui peut ainsi céder sa participation sans trop de difficultés s’il le souhaite. Et l’eurodéputé socialiste Vincent Peillon de s’alarmer : « N’importe qui peut acheter ! Des groupes privés deviennent actionnaires de l’opérateur français chargé de construire les centrales et d’en assurer la maintenance (13). »

La manœuvre n’ayant pas permis de renforcer assez solidement la structure financière d’Areva, l’Elysée a proposé qu’EDF entre au capital. Pourtant, d’après une source proche du dossier, « le destin ne commande pas qu’EDF soit un actionnaire de référence d’Areva à long terme : si les clients [EDF ne représente que 25 % du chiffre d’affaires d’Areva] deviennent actionnaires de leurs fournisseurs, c’est un capitalisme transformé ». Dans cette filière où les contrats se chiffrent en milliards d’euros, la bataille entre tous les acteurs est acharnée.

En 2003, Alstom est dirigé par M. Patrick Kron, un proche de M. Sarkozy. Le groupe, qui connaît une grave crise financière (14), tente de fusionner avec Areva. Trois ans plus tard, c’est au tour de M. Martin Bouygues, l’un des meilleurs amis du chef de l’Etat et premier actionnaire d’Alstom, dont l’entreprise fournit le béton des centrales. « Quand Nicolas Sarkozy est arrivé à l’Elysée, dit un de ses proches, il avait en tête un rapprochement entre Areva et Bouygues, actionnaire d’Alstom. Ça a beaucoup pollué le dossier (15). » Certains ont eu l’impression d’assister à une offre publique d’achat (OPA) du clan du Fouquet’s (16) sur l’atome. Car un autre personnage était invité au soir de l’élection de M. Sarkozy : M. Henri Proglio. Dès son arrivée à la tête d’EDF en novembre 2009, l’ancien président-directeur général de Veolia a une cible : Mme Lauvergeon. Il l’emportera, le 16 juin 2011, quand le chef de l’Etat choisira de ne pas reconduire celle-ci à la tête d’Areva — il lui préférera M. Luc Oursel. Derrière ce duel, « c’est un changement de management nucléaire en France, analyse M. Yves Cochet, député de Paris (Europe Ecologie – Les Verts). Ce sont les commerçants, les gestionnaires comme M. Proglio qui prennent la présidence des grandes entreprises, plutôt que des ingénieurs comme Mme Lauvergeon. »

Ces rivalités ont eu des conséquences directes sur les performances françaises sur les marchés étrangers. Leur point d’orgue ? La perte du marché de la construction de quatre EPR à Abou Dhabi au profit du groupe coréen Kepco. Un drame qui permet à l’Elysée d’arguer que la dirigeante historique d’Areva, Mme Lauvergeon — ancienne « sherpa » de François Mitterrand, un temps pressentie pour entrer au gouvernement en 2007, et dont le refus avait envenimé ses relations avec l’Elysée —, n’a pas su convaincre.
M. Sarkozy a décidé de remettre de l’ordre dans la filière. Il a tout d’abord créé en 2008 le Conseil de politique nucléaire (CPN), qui a décidé le 27 juillet 2010 de mettre en place un partenariat stratégique entre EDF et Areva. De plus, sur recommandation du rapport Roussely, l’Elysée a tranché : le chef de file de l’équipe de France du nucléaire sera EDF. Une décision qui fait grincer des dents le directeur du Centre de géopolitique de l’énergie et des matières premières, M. Jean-Marie Chevalier : « Qu’EDF soit le chef de file dans certains cas, pas de problème, mais pas de façon générale. Vous imaginez un peu la position d’E.ON (17) qui voudrait construire un EPR au Royaume-Uni, il faudrait qu’il passe par EDF ? ça n’a pas de sens. C’est comme si British Airways passait par Air France pour commander des Airbus. »
L’Etat a fait payer à la direction d’Areva l’inadaptation de son modèle. Car la vente de grands équipements nucléaires est un enjeu capital pour maintenir l’avance technologique française et réduire le déficit de la balance commerciale.

Le 6 février 2009, lors de sa visite sur le chantier de l’EPR à Flamanville, M. Sarkozy déclarait ainsi qu’« il y a le monde à conquérir en matière d’énergie, et la France, qui n’a pas de pétrole et qui n’a pas de gaz, doit devenir exportatrice ». Sa volonté est avant tout de défendre une industrie de « grands champions ». Il s’applique assidûment à promouvoir l’industrie nucléaire civile française à chacun de ses déplacements. « Les chefs d’Etat ont toujours été des transporteurs d’intérêts privés, mais à ce niveau-là et sur une technologie aussi périlleuse, c’est absolument inédit », estime Mme Marie-Christine Blandin, sénatrice du Nord (Europe Ecologie – Les Verts) siégeant à l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques. Avant d’ajouter : « Le summum étant l’offre nucléaire faite en 2007 à Kadhafi, que [le président français] cherche maintenant à minorer. » Pour le président de la République, le nucléaire civil est un outil géostratégique au Maghreb et au Proche-Orient. Le 29 avril 2008, à la tribune du Forum économique tuniso-français, à Tunis, sa démonstration était simple. Si on prive les pays en développement de la technologie du nucléaire civil, assenait-il, « on construit le choc des civilisations ».
Tristan Coloma
Journaliste.
(1) Lire Denis Delbecq, « Comment Fukushima rebat les cartes du nucléaire », Le Monde diplomatique, juillet 2011.
(2) Le 11 avril 2011, pendant l’émission « Mots croisés » sur France 2.
(3) Le Monde, 25 mars 2011.
(4) Sauf mention contraire, les citations proviennent d’entretiens avec l’auteur.
(5) Daniel Kübler et Jacques de Maillard, Analyser les politiques publiques, Presses universitaires de Grenoble, 2009.
(6) Extrait du prospectus relatif au placement privé d’obligations à long terme auprès d’investisseurs institutionnels, EDF, janvier 2009.
(7) « Annual nuclear energy outlook 2011 », US Energy Information Administration, Washington, DC, décembre 2010.
(8) « Projection des coûts de production de l’électricité : édition 2010 », Agence internationale de l’énergie – Organisation de coopération et de développement économiques, mars 2010.
(9) Le 6 avril 2004, devant l’Assemblée nationale.
(11) Au 31 mars 2011, d’après l’« Observatoire des marchés », une publication de la Commission de régulation de l’énergie (CRE), 1er trimestre 2011.
(12) Selon les prévisions de la CRE, les tarifs réglementés devraient bondir de 7,1 % à 11,4 % dès cette année et continuer d’augmenter de 3,1 % à 3,5 % par an de 2011 et à 2015.
(13) « Mots croisés », France 2, 11 avril 2011.
(14) Surmontée grâce à l’intervention transitoire de l’Etat en 2004, remplacé par Bouygues comme actionnaire de référence.
(15) Le Point, Paris, 6 janvier 2011.
(16) D’après le nom du restaurant parisien où M. Sarkozy a célébré sa victoire à la présidentielle, en 2007.
(17) Exploitant d’électricité allemand.

28 mars 2011

Sécurité nucléaire, les risques de la dérégulation

Par Gilles Balbastre
pour http://www.monde-diplomatique.fr

Il n’a pas fallu attendre longtemps pour que la catastrophe de Fukushima, au Japon, déclenche en France un débat sur la pertinence et l’avenir de l’atome. Faut-il ou non sortir du nucléaire, faut-il ou non un référendum sur la question, faut-il ou non développer les énergies renouvelables ? Qu’importe à la presse l’importance du débat : l’émotion suffit à légitimer son inscription en tête des priorités politiques. Subordonner la vie démocratique au rythme des catastrophes et des faits divers est un procédé à double tranchant. Il peut conduire à une délibération informée sur l’avenir énergétique d’un pays, mais aussi au vote d’une loi sécuritaire. Par exemple, un « débat » sur la récidive lancé à l’été 2007 après l’enlèvement d’un garçonnet à Roubaix par un pédophile préluda à l’adoption d’une législation liberticide.
Au nombre des arguments sur l’avenir du nucléaire avancés par la plupart des protagonistes de cette controverse – politiques, éditorialistes, experts –, un a manqué à l’appel : la dérégulation du marché de l’électricité, entreprise en France et en Europe depuis une vingtaine d’années. Le processus débute en juin 1996 avec la directive européenne ouvrant le marché de l’électricité à la concurrence pour les professionnels. Il se poursuit par la loi du 10 février 2000, votée par le Parlement à majorité socialiste, qui transpose la directive de 1996, puis par la loi d’août 2004 qui privatise partiellement Electricité de France (EDF). Enfin, la loi sur la nouvelle organisation du marché de l’électricité (NOME) de novembre 2010 oblige EDF à céder à ses concurrents une partie de sa production. Entre-temps, une deuxième directive européenne, lancée lors du Conseil européen de Barcelone de mars 2002 et approuvée par le premier ministre et le président de la République française de l’époque, MM. Lionel Jospin et Jacques Chirac, ouvre à la concurrence la fourniture d’électricité au consommateur.
Les conséquences de la disparition du monopole de service public d’EDF sont loin d’être négligeables tant pour les usagers – hausse incessante des prix (1), dégradation du service – que pour les salariés et, finalement, pour la sûreté des centrales nucléaires. Etablissement public transformé en société anonyme en 2004 et coté en Bourse, ce « service public » doit désormais rémunérer ses actionnaires (2). De ce débat-là, peu ont entendu parler. Premier producteur mondial privé d’électricité, le propriétaire de la centrale de Fukushima, Tokyo Power Electric Company (Tepco), a falsifié des rapports d’inspection de réacteurs nucléaires durant plusieurs décennies pour couvrir près de deux cents incidents dans les centrales de Fukushima et de Kashiwazaki-Kariwa.
Les circonstances particulières de l’accident survenu au Japon – un tremblement de terre suivi d’un tsunami – focalisent l’attention sur la fiabilité technologique de la production nucléaire. Or la sûreté de cette industrie ne dépend pas uniquement, comme l’avancent souvent ses opposants, d’une technique plus ou moins efficiente. Elle repose aussi sur la qualité de la tâche effectuée par les salariés qui y travaillent. Ainsi, pour M. Michel Lallier, représentant de la Confédération générale du travail (CGT) au Haut comité pour la transparence et l’information sur la sécurité du nucléaire et ancien secrétaire du Comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT) de la centrale de Chinon, la sûreté de la production de l’électricité issue du nucléaire repose sur trois piliers : technologique, social, humain. « Comme pour un tabouret à trois pieds : si vous mettez à mal un de ses pieds, le tabouret ne tient plus vraiment, et les deux autres peuvent céder. C’est ce qui arrive aujourd’hui dans les centrales nucléaires. La sûreté nucléaire a reposé durant des décennies sur un cadre social bien défini pour un personnel qualifié, par la vigilance et le travail de ce personnel et par la cohérence humaine de ce collectif de travail. Or la dérégulation du marché de l’électricité, puis la privatisation partielle d’EDF avec sa course aux économies mettent à mal depuis les années 1990 tout cet édifice. Et, au final, le dernier pied technologique ne peut qu’être menacé à son tour. »
Depuis la loi de juin 2006 sur la transparence et la sûreté nucléaire, chacune des dix-neuf centrales françaises doit dresser un rapport annuel sur les incidents et accidents en matière de sûreté nucléaire, de radioprotection, de rejet dans l’environnement. Le texte rédigé par la direction est suivi d’un « avis » du Comité d’hygiène, de sécurité et de conditions de travail (CHSCT) dont nous publions ci-dessous des extraits avec, à chaque fois, un lien vers le document PDF sur le site de l’opérateur (3). Ces signaux d’alarme, envoyés par les salariés dans une indifférence médiatique d’autant plus inexplicable que ces rapports sont publics, éclairent l’attaque menée par la direction d’EDF contre les deux piliers sociaux et humains qui soutiennent l’édifice nucléaire français. Ils renseignent par conséquent sur la menace qui pèse sur le troisième.

La pratique du métier mise à mal

« Quelle efficacité humaine avec des horaires de travail dépassant de façon quasi quotidienne les 12 heures par jour ? » (Chinon, 2008)
« La recherche perpétuelle d’arrêts de tranche [arrêt d’un réacteur pour rechargement et maintenance] de plus en plus courts qui combine augmentation de la pression du temps et réduction des budgets et des ressources. » (Chinon, 2008).
« En matière de maintenance, on sait facilement ce qu’on économise en sous-traitant, en externalisant, en ayant recours à des personnels parfois moins formés, moins qualifiés, soumis à forte pression pour redémarrer la production dans les délais prévus. » (Saint-Alban, 2009)
« Les conditions de cette externalisation se traduisent par une montée des accidents parmi les salariés de cette sous-traitance. Beaucoup de ses salariés ont été affectés à ces activités, sans formation et pour la plupart sans connaissance des règles de sécurité fondamentales inscrites dans le recueil des prescriptions au personnel. » (Nogent-sur-Seine, 2009)

La souffrance au travail

« Acculés à faire leur travail malgré tout, les salariés peuvent être amenés à devoir travailler d’une façon qu’ils réprouvent, c’est à dire de “non-qualité”. La honte de cela va alors les ronger, les culpabiliser, car travailler devient pour eux “mal travailler” (…)  ». (Civaux, 2009)
« Les dégradations des conditions de travail, la surcharge de travail due au manque d’effectif, les objectifs inatteignables, augmentent la souffrance au travail. Ces risques psychosociaux ont un impact direct sur le niveau de sûreté et sur les conditions d’exploitation (…)  ». (Cattenom, 2009)
« Des politiques de management construisent à marche forcée l’excellence à coups de politiques d’indicateurs déconnectés du travail réel. » (Gravelines, 2009)
« Etats de souffrance, épisodes dépressifs notables, états réactionnel aigus, démobilisation professionnelle, troubles du sommeil (…)  ». (Paluel, 2009)

La sûreté nucléaire en question

« Après un redressement de courte durée, sans doute lié à certaines décisions et au changement de direction, les choses à nouveau se dégradent avec une cinétique inquiétante dans le domaine de la sécurité, de l’organisation matérielle et technique du travail. Le nombre global d’accidents a triplé en trois ans. » (Nogent-sur-Seine, 2009)
« Concernant l’environnement, malgré le respect des seuils réglementaires, nous continuons à déplorer des quantités non négligeables de rejets. Nous souhaitons que le site continue à diminuer ses rejets afin que son impact environnemental se réduise encore. » (Saint-Alban, 2009)
« Pour information, lors de l’incendie des transformateurs au pyralène tranche 3, les sapeurs pompiers sont arrivés sur site en trente minutes, ce qui a contraint les équipes de seconde intervention EDF à attaquer l’incendie, et ainsi à mettre en péril leur propre sécurité. En effet, les équipes de seconde intervention ont attaqué l’incendie sans que les lignes 400 000 volts aient été déconnectées. Pour rappel, déconnecter les lignes 400 000 volts a été le premier geste des sapeurs pompiers, ce qui démontre s’il en était besoin la nécessité de disposer de professionnels du feu. » (Blayais, 2010)
« A ce jour, la tranche 2 fonctionne depuis plusieurs mois avec une fuite hydrogène, certes surveillée et inférieure aux critères d’arrêt. » (Saint-Alban, 2009)

(1) Une des conséquences de la loi NOME est de faire grimper la facture d’électricité de 5 % par an jusqu’en 2015.
(2) Malgré une baisse en 2010 de son résultat net de plus de 70 %, EDF a versé à ses actionnaires la même somme que l’année précédente, soit 2,1 milliards d’euros.
(3) Ces textes sont disponibles sur le site d’EDF. Toutes les recommandations des CHSCT reproduites ci-dessous proviennent des rapports 2009 (2008 dans le cas de Chinon). Le nom entre parenthèse est celui de la centrale ; il s’agit d’un lien vers le fichier PDF du rapport correspondant. Une liste d’incidents est également en ligne sur le site Internet de l’Autorité de sûreté nucléaire.

Gilles Balbastre

Réalisateur et coauteur de Journalistes au quotidien et Journalistes précaires (tous deux sous la direction d’Alain Accardo), Le Mascaret, Bordeaux, respectivement 1995 et 1998.

Chine - une santé, deux vitesses (Reportage)

 http://videos.arte.tv
(Japon, 2008, 48mn)
ARTE F


En Chine, les files d'attente s'allongent devant les hôpitaux publics et les cliniques privées rivalisent pour attirer les plus riches.

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20 novembre 2009

Eau : repenser le débat public-privé

mercredi 4 novembre 2009, par Marc Laimé

La France organisera en mars 2012 le 6e Forum mondial de l’eau à Marseille. Une manifestation contestée par les défenseurs de l’eau « bien commun », qui reprochent au Conseil mondial de l’eau, organisme privé, de prôner sa marchandisation. Le débat ne fait que commencer. Mais si les grandes coalitions qui militent sur les cinq continents en faveur d’une gestion publique, équitable et soutenable de l’eau comptent dans leurs rangs activistes, syndicats, collectivités et entreprises publiques, fondations privées, ONG, églises etc., en France, l’Etat, les collectivités, syndicats, scientifiques et ONG soutiennent majoritairement les thèses des tenants de la gestion « publique-privée » de l’eau, et les trois entreprises françaises, leaders mondiaux du secteur, qui en sont les fers de lance. Une situation paradoxale qui appelle à approfondir l’analyse politique des fondements de la marchandisation de l’eau, qui va revêtir des formes nouvelles, d’une ampleur encore sous-estimée.

En France, la recherche sur la question de l’eau demeure majoritairement le fait d’acteurs qui adhèrent peu ou prou à une idéologie qui érige la gestion « publique-privée » (entendre la gestion privée...), de l’eau comme horizon indépassable de notre temps… Logique quand on connaît l’emprise qu’exercent depuis des lustres les trois entreprises françaises, leaders mondiaux du secteur, sur tous les maillons institutionnels de la « chaîne de l’eau ».

Cette autre exception française appelle donc à questionner les fondements théoriques d’une « Ecole française de l’eau », dont les élites politiques et économiques hexagonales considèrent qu’elle constitue un atout majeur, à l’heure de la mondialisation et de la nouvelle « croissance verte ».

De nombreux travaux de recherche, rapports ou initiatives, qui ne sont connus que des « professionnels » de l’eau, peuvent ainsi alimenter la réflexion des citoyens qui récusent la « fatalité » de la marchandisation d’un bien commun essentiel.

L’enjeu de cet approfondissement théorique est capital : il décidera de l’hégémonie technique et culturelle sur la question de l’eau à l’horizon des toutes prochaines années.

L’école française de l’eau à l’offensive Retour à la table des matières

Le Conseil mondial de l’eau (CME) organisait du 14 au 16 octobre 2009 à Marseille son assemblée générale, lors de laquelle il devait renouveler son organe de direction, le « Bureau des gouverneurs ». M. Loïc Fauchon, président d’une filiale de Veolia, la Société des eaux de Marseille, était tout d’abord reconduit à la tête de l’organisation.

Pour faire pièce à la critique récurrente de voir un organisme privé exercer des prérogatives dont ses opposants demandent depuis plusieurs années qu’elles soient imparties à l’ONU, le CME, au terme d’une intense campagne de lobbying, a obtenu que l’Unesco, la FAO et l’UN-Habitat, trois agences onusiennes, rejoignent ses rangs.

Mme Chantal Jouano, secrétaire d’Etat française à l’Ecologie, signait par ailleurs une convention-cadre officialisant l’organisation dans la cité phocéenne de cette grand-messe triennale, et soulignait la « lourde responsabilité » de la France.

« On a un devoir d’excellence, une obligation de résultat, il faut qu’on franchisse un pas supplémentaire », martelait-elle, rappelant que « chaque 17 secondes, un enfant meurt de l’eau sale ».

Le dernier Forum mondial, qui a rassemblé plus de 25 000 participants à Istanbul en mars 2009, s’était clos sur une « déception », la déclaration finale stipulant que l’accès à l’eau potable et à l’assainissement est un « besoin humain fondamental », et non pas un « droit ».

Mme Jouanno n’avait alors pas caché cette déception. D’où sa volonté de ne pas « lâcher sur ce principe » : « J’ai conscience des difficultés politiques d’un droit d’accès à l’eau », mais « nous ne ferons pas l’impasse », a-t-elle insisté, car « le Forum se prête à des gestes forts ».

Pour « plus d’efficacité », le CME annonçait aussi la mise en place, pour la première fois, d’un comité chargé de piloter la préparation de « Marseille 2012 », doté d’un budget de 38 millions d’euros. Il va notamment « instaurer un dialogue entre acteurs — pouvoirs publics, industriels, ONG... — en amont de la manifestation, sur le mode du “Grenelle” de l’environnement ».

« Le vrai Forum ne va pas se jouer uniquement en 2012, il commence dès maintenant, il faut que pendant trois ans la question de l’eau soit débattue dans tous les pays », a souhaité Mme Jouanno.

Le but est de sensibiliser le public, de « provoquer une véritable mobilisation citoyenne », selon le sénateur-maire (UMP) de Marseille, M. Jean-Claude Gaudin.

Enfin, pour parfaire le dispositif, M. Jean-François Legrand, sénateur et président du Conseil général (UMP) de la Manche, président du Cercle français de l’eau, une association qui regroupe des élus de toute obédience et les trois entreprises françaises leaders mondiaux du secteur, était élu au « Board of governors » du CME. Après avoir présidé l’un des six groupes de travail du « Grenelle de l’environnement », dédié à l’eau et à la biodiversité, nul doute que M. Jean-François Legrand ne mobilise son impressionnant carnet d’adresses pour convaincre notamment les ONG françaises investies dans la défense de l’environnement de participer aux travaux du prochain « Marseille 2012 » …

Face à cette offensive sans précédent, les mouvements qui s’opposent à une marchandisation croissante de la gestion de l’eau, et reprochent au Conseil mondial de l’eau d’en faire le lit, gagneraient dans la période à réinterroger les fondements théoriques d’une logique libérale dont les ressorts sont parfois surprenants.

Etat, collectivités locales et opérateurs privés :
la grande équivoque Retour à la table des matières

Dans un article publié en 2002 dans la revue Flux, Mme Christelle Pezon, alors maître de conférences au Conservatoire national des arts et métiers (CNAM), analysait « la dérégulation discrète de la distribution d’eau potable en France et l’émergence d’un nouvel acteur collectif, les abonnés ».

La conclusion de cet article, consultable ci-après, met à mal quelques idées reçues, et insiste sur l’importance d’analyser dans une longue période historique les relations ambigües entre l’Etat, les collectivités locales et les grands opérateurs privés du secteur de l’eau, dont ces derniers ont tiré le plus grand profit :

« La dérégulation de la distribution de l’eau est l’aboutissement d’un long combat entre l’Etat et les collectivités locales, dont l’enjeu était de faire évoluer le service d’eau d’un modèle de gestion non marchand vers un modèle de gestion marchand.

(…) Dans le processus de régulation à trois en vigueur jusqu’à la déréglementation du prix de l’eau, les opérateurs ont par ailleurs su faire prévaloir auprès de l’Etat le bénéfice que ce dernier pouvait retirer de la présence d’opérateurs nationaux pour opérer une rationalisation technique que les 36 000 communes contrariaient. »

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La dérégulation discrète de la distribution d’eau potable en France

L’analyse de Mme Pezon ouvre ainsi des perspectives insoupçonnées : les grandes entreprises privées du secteur de l’eau sont-elles des entreprises « privées », ou ne sont-elles pas plutôt à cette aune des entreprises « nationales », figures abouties d’un « capitalisme à la française », qui continue à marier allègrement ultra-libéralisme et brutal interventionnisme étatique ?

Comment refonder une théorie de l’action publique dans le domaine des services en réseau, quand des stratégies d’acteurs aussi complexes témoignent que l’activité des opérateurs privés participe pleinement des politiques de modernisation et de rationalisation impulsées par l’Etat ?

Cette analyse publiée en 2002 demeure par ailleurs d’une brûlante actualité, au regard du projet de réforme radicale de l’architecture territoriale française que le gouvernement de M. François Fillon vient de rendre public.

« L’action publique pragmatique » Retour à la table des matières

Dans un autre article publié en 2009, M. Dominique Lorrain, directeur de recherches au CNRS, le meilleur spécialiste français de l’économie des services en réseau, analyse pour sa part « La gestion des biens publics et ses passions ». Egratignant là encore nombre d’idées reçues. On m’objectera que M. Lorrain n’est pas réputé être un farouche partisan de la gestion publique. C’est précisément à ce titre que ses analyses méritent réflexion, sauf, là encore, à faire le lit de la marchandisation en se trompant de cible…

« (…) Des firmes privées interviennent dans le secteur de l’eau mais revient en permanence l’interrogation pour savoir si un système public ne serait pas préférable. Ces firmes opèrent à partir de contrats locaux ajustés à des situations diverses, le système est donc moins lisible que dans un schéma national ; pointe régulièrement l’idée d’un prix unique ou d’un régulateur qui cadrerait les choses. Les consommateurs semblent satisfaits, divers sondages le montrent ; il est répondu en mobilisant un économiste célèbre “qu’il n’y a pas plus heureux qu’un consommateur ignorant.” Les élus, dans l’ensemble, accordent leur confiance aux opérateurs ; ils le manifestent par l’absence de graves crises, ce qui est un signe dans un pays fonctionnant souvent sur le registre de l’affrontement, et surtout par le renouvellement des contrats ; les critiques y voient un témoignage du poids de l’oligopole et de la capture des élus. Les comparaisons de prix au niveau européen classent la France à un niveau satisfaisant, ces résultats sont établis depuis près de dix ans ; ils s’améliorent, mais va-t-on rétorquer “ces prix masquent des rentes et ils pourraient être bien plus bas.”

(…) L’économie de la gestion déléguée relève d’une logique coutumière, proche de la common law. Le schéma est inductif et cela a des conséquences. La compréhension d’ensemble à partir des décisions de jurisprudence se fait moins aisément qu’avec une grande loi. Il n’y a pas un moment fondateur, propre à marquer les esprits, mais quelques textes étalés sur le très long terme. Dans un pays marqué par un Etat puissant et interventionniste, la gestion déléguée s’est développée comme auxiliaire des collectivités locales. Or ces dernières n’ont acquis leur autonomie que récemment avec les lois de décentralisation. Autrement dit, les firmes de gestion déléguée, dans les services urbains, ont été les auxiliaires d’un acteur longtemps positionné en bas de la hiérarchie des acteurs publics, après l’Etat et les firmes publiques nationalisées.

Cette place des acteurs exprimait une manière de penser l’action publique : plutôt planifiée, plutôt mue par un principe hiérarchique, plutôt relevant d’une autorité de type command-control. Par rapport à cette lecture dominante, l’action publique pragmatique se trouvait décalée et sa théorie n’a jamais été développée. Les grands programmes de nationalisation ont été fondés sur des débats politiques et économiques qui justifiaient l’interventionnisme public. L’économie de la gestion déléguée s’est développée, elle, par la petite porte.

Le gouvernement local et la gestion déléguée sont coutumiers, pragmatiques, orientés problèmes et pas théorisés. Ils sont minoritaires dans le paysage des idées et incompris car nous sommes des cartésiens, souvent des interventionnistes. Collectivement nous sommes mal à l’aise avec un système qui ne relève pas de quelques figures simples. Cet écart impensé pèse en permanence sur l’interprétation spontanée des pratiques. Nombre d’intervenants dans le débat public projettent la grille de lecture dominante : étatique. De leurs attentes insatisfaites, des différences observées, ils déduisent des déviances. Seuls les acteurs locaux voient bien que le système délivre les services attendus. Mais ces observations éparses ne font pas système. Ce qui manque au fond c’est une grammaire simple permettant de penser et de décrire cette autre manière de faire de l’action publique. »

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« L’action publique pragmatique »

Des multinationales compradores Retour à la table des matières

Dans un article publié en septembre 2009 par la revue Hérodote, Mme Aziza Akhmouch, docteur en géopolitique, enseignant à l’Université Paris VIII, analyse longuement les déboires rencontrés par les multinationales de l’eau en Amérique du sud, et plus précisément, l’exemple de l’échec de Suez à Cordoba en Argentine. Ici aussi, à rebours d’une « doxa altermondialiste » parfois sommaire, Mme Akhmouch décrit longuement les fortes interactions entre les complexes enjeux de pouvoirs locaux et le « procès » intenté aux « multinationales compradores », qui se traduira par leur départ, après des années de conflit.

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« De l’utilité politique de l’accusation de pillage »

Pourquoi inciter à cette lecture qui en chagrinera plus d’un(e) ? Là encore il conviendrait de ne pas faciliter la tâche aux dites « multinationales compradores », qui ont depuis lors théorisé cet échec, aux fins de s’exonérer de toute responsabilité, renvoyée à des systèmes et des pratiques politiques exotiques, « archaïques et inefficaces ».

A contrario les tenants d’une gestion publique de l’eau bien commun, doivent aussi s’interroger sur la responsabilité des acteurs publics et gouvernements qui délaissent les populations dont ils ont la charge et leur enjoindre de remplir leurs obligations. Faute de quoi les tenants de la marchandisation s’engouffrent par trop aisément dans la brèche, et multiplient les opérations de propagande, sans s’embarrasser de subtilité superflue…

L’instrumentalisation
des institutions financières internationales Retour à la table des matières

L’un des plus importants relais des opérateurs privés dans le domaine de l’eau, l’Aquafed, vient de réitérer l’un de ses exercices favoris, et d’instrumentaliser les conclusions d’un rapport publié par la Banque mondiale.

L’Aquafed présente donc sous le meilleur jour le rapport « Public-Private Partnerships for Urban Water Utilities » (Philippe Marin, World Bank, PPIAF, Trends & Policy options n°8, 2009), publié en février 2009 [1].

L’argumentaire, à l’intention des « décideurs », est impressionnant :

« AquaFed est une fédération internationale des opérateurs privés de services d’eau. Ouverte aux sociétés et aux associations de sociétés de toutes tailles et de tous pays, elle a pour but de contribuer à résoudre les problèmes de l’eau en apportant le savoir-faire et l’expertise du secteur privé à la communauté internationale. Elle rassemble plus de 300 sociétés qui alimentent en eau potable des centaines de millions de personnes dans 40 pays.

Selon un rapport de la Banque mondiale, plus de 25 millions de personnes, dont beaucoup de pauvres, ont accédé aux réseaux d’eau potable grâce à des entreprises privées, ce dont se félicite Aquafed. » Ce rapport, annoncé en mars 2009 au Forum Mondial de l’Eau d’Istanbul, vient compléter un travail statistique approfondi publié plus tôt dans l’année [2].

Pour AquaFed, ce rapport montre que les opérateurs privés locaux et internationaux apportent en moyenne beaucoup plus aux populations et aux gouvernements des pays en développement que ce qui est communément admis [3].

Selon ce rapport, les opérateurs privés agissant par délégation des pouvoirs publics :

- contribuent significativement aux Objectifs du Millénaire pour le Développement et au progrès de l’accès à l’eau potable dans les pays en développement [4] , en particulier pour les populations pauvres [5]. - améliorent le fonctionnement de l’alimentation en eau potable et en particulier la continuité du service en accroissant le nombre d’heures quotidiennes de fourniture de l’eau. - améliorent considérablement l’efficacité opérationnelle du service de l’eau : réduction des fuites dans les réseaux, recouvrement des factures, accroissement de la productivité, etc.

- n’entraînent pas de prix plus élevés que la gestion publique à conditions équivalentes.

- stimulent par leur présence les progrès dans les territoires voisins.

Les résultats chiffrés d’amélioration de l’accès à l’eau potable sont particulièrement impressionnants, estime AquaFed : les trente-six principaux contrats en Afrique, Amérique Latine et Asie ont été étudiés en détail par la Banque. Ils alimentaient initialement 48 millions de personnes. La gestion par des entreprises privées a permis en une dizaine d’années à environ 25 millions de personnes, de gagner un accès fiable aux réseaux d’eau potable soit une croissance de 50 % [6] du nombre de bénéficiaires du service public de proximité.

Pour AquaFed, ces bons résultats expliquent la croissance régulière du nombre d’autorités publiques qui font appel à des opérateurs privés pour la gestion de leur service d’alimentation en eau potable dans les pays en développement. Cette croissance a été mesurée par le rapport de la Banque mondiale (cf. graphe ci-dessous).

Dans le cadre des contrats identifiés dans le rapport, la population directement alimentée en eau par des opérateurs privés a cru régulièrement de quelques millions depuis 1991 jusqu’à dépasser 160 millions de personnes en 2007.

Depuis quelques années cette croissance est principalement attribuable aux opérateurs issus des pays concernés [7]. Le rapport de la Banque mondiale estime qu’environ 7 % de la population urbaine des pays en développement est alimentée aujourd’hui quotidiennement en eau par des entreprises privées [8].

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Population urbaine alimentée par des opérateurs privés dans les pays en développement.
(Graphique AquaFed reproduisant les données du rapport de la Banque mondiale)

Nota : seuls les contrats de long terme relatifs à la distribution de l’eau jusqu’aux utilisateurs connectés à un réseau sont pris en compte — les contrats de gestion des usines de traitement d’eau potable sont exclus. »

(Légendes Aquafed).

Il faut connaître l’existence et les travaux de l’ONG Corporate Europe Observatory, basée à Bruxelles, pour savoir que cette étude a été réalisée par M. Philippe Marin, un ancien du secteur privé qui travaille depuis 2001 pour une agence de la Banque Mondiale nommée la PPIAF, pour Public Private Infrastructure Advisory Facility.

Cette agence travaille depuis des années, comme son nom l’indique, à la promotion exclusive des Partenariats Public Privé (PPP), situation que Corporate Europe Observatory a dénoncé avec un certain nombre d’autres organisations.

Cette étude a par ailleurs fait l’objet d’une analyse très critique effectuée par des chercheurs de l’université de Greenwich.

La corruption dans le secteur de l’eau Retour à la table des matières

Après les envolées lyriques d’Aquafed, on prendra aussi connaissance avec un vif intérêt du rapport 2008 de Transparency International sur la « Corruption dans le secteur de l’eau »...

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La corruption dans le secteur de l’eau. Rapport 2008 - Transparency International

La « responsabilité sociétale » des entreprises Retour à la table des matières

Par un communiqué en date du 19 octobre 2009, l’Association française de normalisation (Afnor) annonçait, « qu’initiée en 2005, la norme ISO 26000 entre aujourd’hui dans sa phase finale. Le futur texte de cette norme est mis à disposition de tous pour consultation publique sur le site d’Afnor. Jusqu’au 14 décembre, entreprises, pouvoirs publics, syndicats, associations, consommateurs... peuvent faire part de leurs commentaires qui seront examinés par les experts de la commission de normalisation d’Afnor. Les commentaires retenus seront défendus au sein de la commission internationale de l’ISO (organisme international de normalisation). »

Et d’inviter à découvrir la première norme de responsabilité sociétale des organisations.

L’Afnor propose aussi de participer à la réflexion sur cette norme, qui fait l’objet d’une consultation publique jusqu’au 14 décembre 2009.

L’Afnor ne tarit pas d’éloges sur la norme ISO 26000 :

« La norme ISO 26000 a pour objectif de définir et de clarifier le concept de responsabilité sociétale et de le rendre applicable à tout type d’organisation (entreprises, collectivités territoriales, syndicats, associations....). Elle repose sur deux fondamentaux qui sont d’une part, la volonté de l’organisation d’assumer la responsabilité des impacts de ses activités et de ses décisions sur l’environnement et la société et, d’autre part, d’en rendre compte.

Elle aborde sept questions centrales :

- La gouvernance des organisations ;

- Les Droits de l’Homme ;

- Les conditions et relations de travail ;

- L’environnement ;

- Les bonnes pratiques des affaires - y compris la lutte contre la corruption ;

- Les questions relatives aux consommateurs ;

- L’engagement sociétal.

L’ISO 26000 est élaborée au sein de l’ISO, l’organisation internationale de normalisation, par plus de 500 experts représentants 90 pays et une quarantaine d’organisations internationales (l’organisation internationale du Travail-OIT, Pacte Mondial, l’organisation de coopération et de développement économique - OCDE, Global Reporting Initiative-GRI...). La commission française représentée par AFNOR rassemble plus d’une centaine d’organisations (entreprises, pouvoirs publics, associations, syndicats, représentants des consommateurs...).

Après la clôture de l’enquête, le 14 décembre 2009, la commission française de normalisation d’AFNOR analysera les commentaires et décidera de ceux qui seront défendus au niveau international. La sortie de l’ISO 26000 est prévue pour fin 2010. »

On rappellera que l’Afnor comme l’ISO sont des organismes privés.

On prendra dès lors connaissance avec le plus grand intérêt du communiqué diffusé dès le 10 février 2009 par Suez environnement, intitulé « La responsabilité sociale et environnementale de Suez Environnement : un processus de concertation au service de la stratégie de développement de l’entreprise », qui développe et articule très clairement les fondements de la nouvelle doctrine de l’entreprise multinationale…

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La responsabilité sociale et environnementale de Suez environnement - février 2009

Vers une gestion publique et progressiste
de l’eau en Europe Retour à la table des matières

Fort heureusement on trouvera aussi des motifs d’espérer en prenant connaissance du contenu de la brochure que viennent de co-éditer Corporate Europe Observatory et le Transnational Institute, dans laquelle sont présentés quelques exemples remarquables d’une gestion publique et progressiste de l’eau en Europe.

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Vers une gestion publique et progressiste de l’eau en Europe

Quoique partiels et hétérogènes ces documents illustrent bien l’ampleur des questionnements que doivent aujourd’hui affronter les mouvements engagés en faveur d’une gestion publique de l’eau, questionnements cruciaux dans la perspective du 6ème Forum mondial de l’eau qui se tiendra à Marseille en mars 2012.

Notes

Notes du communiqué de l’Aquafed, relatif au rapport de la Banque mondiale saluant les réalisations du secteur privé en matière d’accès à l’eau :

[1] « Public-Private Partnerships for Urban Water Utilities », Philippe Marin, World Bank, PPIAF, Trends & Policy options n°8, 2009

[2] « Does Private Sector Participation Improve Performance in Electricity and Water Distribution ? », Katharina Gassner, Alexander Popov, and Nataliya Pushak, Woirld Bank, PPIAF, Trends and policy options n° 6, 2009.

[3] Rapport BM Page 6 : « the analysis of the four dimensions of performance (access, quality of service, operational efficiency, and tariff levels) suggests that the overall performance of water PPP projects has been generally quite satisfactory. »

[4] Rapport BM page 64 : « Still, many PPP projects did achieve significant improvements in water and sewer coverage. This study found that since 1991, PPP projects in developing countries have provided access to piped water for more than 24 million people (see appendix B). »

[5] Rapport BM Page 134 : « There is circumstantial evidence that poor households significantly benefited from the increased access and reduced water rationing that was achieved by a significant number of PPP projects. This was notably the case in cities with high poverty rates, and where access was improved significantly by expanding the water network to poor neighborhoods that were previously unserved, as in Côte d’Ivoire ; Senegal ; Cartagena, Barranquilla,and Monteria (Colombia) ; Guayaquil (Ecuador) ; Manila (the Philippines) ;and even La Paz–El Alto and Buenos Aires (Argentina). »

[6] Calcul AquaFed à partir des annexes A et B du rapport Banque mondiale.

[7] Rapport BM Page 9 : « Some 90 percent of the growth in the number of people served by PPP projects since 2001 is due to private operators from developing countries. »

[8] Rapport BM page 1


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