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14 mars 2014

Terres rares La high-tech à quel prix ?

Documentaire de Christian Schidlowski
Source : http://www.arte.tv
Source : http://future.arte.tv
01/2014
English : Rare earth high-tech at what price ?

Durant des siècles, néodyme, yttrium ou lanthane paraissaient sans valeur. Aujourd'hui, ces métaux appelés terres rares sont indispensables à la fabrication des smartphones, éoliennes et autres véhicules hybrides. Mais leur extraction demeure coûteuse et polluante.

Smartphones, éoliennes, véhicules hybrides ou électriques, toutes les technologies qui nous entourent contiennent des terres rares. Durant des siècles, néodyme, yttrium, dysprosium ou lanthane paraissaient sans valeur ; nous ignorions tout de leurs propriétés – et même jusqu’à leur existence. Aujourd’hui, ce groupe de métaux difficiles à détecter constitue une matière première plus précieuse que le pétrole et représente un marché juteux, en particulier pour la Chine qui extrait la quasi-totalité de ces minerais indispensables à notre avenir.  Mais les processus de séparation pour obtenir des métaux de grande pureté demeurent énergivores et extrêmement polluants – et produisent pour certains des déchets radioactifs. Un comble, lorsqu’on sait que la plupart des énergies renouvelables ont recours aux terres rares… Pourtant, personne ne semble prêt à y renoncer : les chercheurs se mettent ainsi en quête de moyens d’extraction plus propres, ou de procédés de recyclage des terres rares contenues dans les déchets industriels. De la Chine à la Saxe, en passant par la mine de Mountain Pass en Californie, ce documentaire dévoile les enjeux environnementaux, économiques et technologiques de cette industrie en plein essor.


 

La marche triomphale des terres rares

La première des terres rares a été découverte il y a plus de 200 ans. Mais ce n’est qu’avec la révolution numérique qu’elles sont devenues des ressources convoitées. Et notre consommation de terres rares continuera d’augmenter à l’avenir.
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27 février 2014

Armes chimiques sous la mer

Réalisation : Nicolas Koutsikas, Eric Nadler, Bob Coen
25/02/2014

Source : http://www.arte.tv
Source : http://future.arte.tv
English : Chemical weapons under the sea


Cachées depuis des décennies, les décharges d'armes chimiques sous-marines livrent un peu de leur secret grâce à cette enquête : un scandale militaire hérité de deux guerres mondiales et une véritable menace pour l'homme et pour l'environnement.

Plus d'un million et demi de tonnes d'armes chimiques non utilisées gisent sur les fonds marins de la planète. Encore s'agit-il d'une estimation, puisque le secret défense qui les entoure à travers le monde empêche toute évaluation précise. Les poisons qu'elles contiennent (gaz moutarde, gaz sarin, arsenic...) s'échappent lentement, inexorablement, des fûts corrodés par des décennies d'immersion. Ces armes sont l'un des terribles héritages des deux guerres mondiales. Jusqu'au début des années 1970, avec un pic entre 1917 et 1945, les armées des grandes puissances ont systématiquement déversé leur arsenal chimique quasi indestructible au fond des mers, dans les lacs ou l'ont enterré. À la conférence de Potsdam, en 1945, les Alliés rassemblent l’ensemble des armes chimiques collectées chez les belligérants et les immergent en mer Baltique, dans l'Atlantique Nord, dans l'Adriatique et dans la Méditerranée (non loin de Saint-Tropez notamment). Les fonds marins au large du Japon et des États-Unis, ainsi que l'océan Indien, sont également concernés.

Bombes à retardement

Des documents déclassifiés et des recherches indépendantes, sur fond de progrès scientifique et technologique, ont permis  de lever une part du secret qui entoure ces décharges. Depuis quelques années, en Italie, en Allemagne, aux États-Unis, au Canada ou au Japon, des individus se battent pour localiser et éliminer ces bombes à retardement. Mais les obstacles sont colossaux : la dissimulation et l’imprécision des archives, le secret militaire, le coût des opérations de nettoyage et la crainte de nuire à la pêche ou au tourisme. Il est donc difficile d'évaluer l’ampleur de la menace qui pèse sur les populations et sur les écosystèmes, d’autant que les États font la sourde oreille. L'espoir vient d'une poignée de scientifiques qui ont saisi l'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques afin qu'elle s'empare du problème. Ce documentaire captivant, nourri d’interviews et d'images d'archives, passe en revue les zones à risque et montre que des solutions sont possibles pour nettoyer les décharges. À condition que les États acceptent d'y mettre le prix.

Repères historiques

22 avril 1915  : L’Armée allemande fut la première à lancer une offensive chimique d’envergure, lors de la 2ème bataille d’Ypres en Belgique, en utilisant un gaz chloré.

1917 : Le gaz moutarde devient le « roi des gaz de combat ».

2 décembre 1943 : Début de la plus grande catastrophe chimique en Europe : 105 bombardiers de la Luftwaffe coulent 27 navires américains dans le port de Bari, dont « Le John Harvey », qui transportait une cargaison secrète de 2000 bombes de gaz moutarde. Pour éviter d’offrir aux Allemands une grande victoire sur le terrain de la propagande, les Alliés décident de garder le secret sur la nature des armes. Des centaines de civils italiens ne reçoivent alors aucun traitement lorsque le nuage de gaz envahit leur ville…

17 juillet - 2 août 1945 : à la conférence de Potsdam, les Alliés victorieux concluent un accord : ils se répartissent les stocks de toutes les armes chimiques et décident de les déverser en mer. à l’époque, cette solution paraît la plus simple et la plus sûre. Des immersions d’armes chimiques ont eu lieu en mer du Japon, dans l’océan Indien, en mer Baltique, en mer du Nord, dans l’Atlantique Nord, au large de la Côte d’Azur, en France et au large des côtes américaines et canadiennes.

1970 : Fin des versements en mer des armes chimiques.

1972 : Une loi du Congrès américain interdit le déversement d’armes chimiques en mer.

13 janvier 1993 : Signature à Paris de la Convention sur l'interdiction de la mise au point, de la fabrication, du stockage et de l'emploi des armes chimiques et sur leur destruction. Elle est entrée en vigueur le 29 avril 1997.

2005 : Début de la construction du gazoduc Nord Stream, qui révèle au grand jour la présence des armes chimiques dans la mer Baltique.

11 octobre 2013 Le prix Nobel de la Paix est décerné à l’Organisation pour l’Interdiction des Armes Chimiques. Créée en 1997, elle a supervisé la destruction de 80% des stocks d’agents chimiques déclarés (environ 60 000 tonnes), ainsi que près de 60% des 8 millions de munitions.

12 décembre 2013 : L 'ONU confirme l'utilisation d'armes chimiques en Syrie. Aux termes de la résolution, toutes les armes chimiques syriennes doivent être détruites avant le 30 juin 2014.

2017 : Date de la levée du secret d’état concernant les immersions en mer aux états-Unis et en Grande-Bretagne.



Les principaux gaz utilisés

De nombreux produits toxiques ont été employés dans les armes chimiques. Ces produits se présentent généralement sous forme de gaz ou d’aérosols largués dans des bombes ou pulvérisés par des avions spécialement équipés.

Parmi les principaux :

L’Arsine ou le trihydrure d’arsenic

Un gaz incolore et toxique, plus lourd que l’air, utilisé par l’armée allemande, en association avec d’autres gaz, dans les obus chimiques de la Première Guerre mondiale. Diffusé en aérosol assez fin pour passer la barrière des filtres des masques à gaz, il forçait les soldats à tousser, éternuer ou vomir. Poussés à ôter leur masque, ils respiraient alors d'autres gaz mortels libérés par les obus. Dans la mer, les armes chimiques à base d’arsenic se décomposent en arsenic inorganique, qui est toxique.

Le chlore

Utilisé lors de la première attaque chimique en 1915, le chlore est un puissant agent irritant qui peut infliger des dégâts aux yeux, au nez, à la gorge et aux poumons. À haute concentration, il peut causer la mort par asphyxie.

Le gaz moutarde

Il s’attaque à tous les organes du corps, provoquant de fortes brûlures, notamment aux yeux, menant à la cécité. Jusqu’à dix jours après l’exposition, les poumons peuvent être atteints : toux, inflammation, saignements, puis apparition de lésions alvéolaires entrainant une détresse respiratoire, un oedème pulmonaire et la mort. Dans la mer, le gaz moutarde se décompose en soufre, carbone et hydrogène, des éléments chimiques relativement inoffensifs.

Le Sarin

Découvert en 1939 par trois chercheurs allemands à la recherche de meilleurs pesticides, le gaz sarin est une substance inodore, incolore et volatile. Même à très faible dose, ce neurotoxique peut être fatal pour l’homme et l’animal.

Le Tabun

Découvert par hasard en Allemagne en 1936 par Gerhard Schrader, c’est un gaz à action rapide, inodore et incolore, qui s'attaque au système nerveux et respiratoire.


CARTES DES VERSEMENTS EN MER D'ARMES CHIMIQUES :

EUROPE :


NORTH EUROPE :

SOUTH ITALIA / FRANCE :

SOUTH ASIA :

JAPAN / KOREA :

NORTH UNITED STATES OF AMERICA :

PACIFIC :

La pollution de la mer Baltique


Le développement du trafic maritime est néfaste pour l’environnement, et la Baltique est déjà l’une des mers les plus polluées de la planète. En effet, l’intensité du trafic maritime favorise les accidents de navire (matérialisés par des points rouges sur la carte). Ainsi, plus de 700 barils de pétrole en moyenne sont déversés dans la Baltique chaque année. Ensuite, les fonds marins de la Baltique contiennent des milliers de tonnes de munitions et d’armes chimiques, déversées à la fin de la Seconde Guerre mondiale, dans les zones cerclées de bleu clair sur la carte.
Source : http://ddc.arte.tv/nos-cartes/mer-baltique-la-mediterranee-du-nord

ACTUALITé CONNEX : http://www.europe1.fr/International/Syrie-le-parcours-de-la-destruction-de-l-arsenal-chimique

Documentaire de Nicolas Koutsikas, Eric Nadler et Bob Cohen (France 2013, 88mn)

22 février 2014

Les partenariats public-privé : un marché de dupes ?

Source : http://www.arte.tv
Source : http://future.arte.tv

Face à l'endettement croissant et à la crise des finances publiques, les élus européens ont de plus en plus souvent recours aux partenariats public privé pour la réalisation d'infrastructures. Un marché de dupes ?

Pour leurs grands chantiers et leur mission de service public, les gouvernements européens et les exécutifs régionaux sont désormais confrontés à des restrictions budgétaires drastiques. D’où l’idée d’avoir recours à des entreprises privées pour assurer les prestations nécessaires. Les grandes banques d’investissement et les magnats du bâtiment sont les premiers à profiter de ces partenariats public-privé (PPP). Avec des concessions qui peuvent courir sur une période de trente ans, ceux-ci peuvent s’avérer au final fort coûteux pour les États, donc pour les contribuables. Or les négociations et les accords passés entre les deux parties restent secrets, ce qui, accusent nombre de parlementaires, constitue un grave déni de démocratie. L’ancien rédacteur en chef du Spiegel Stefan Aust et son collègue Thomas Ammann ont mené une investigation approfondie sur quatre projets contestables des deux côtés du Rhin. En France, ils ont enquêté sur la nouvelle Ligne ferroviaire à grande vitesse Tours-Bordeaux, qui fait la part belle au groupe Vinci et sur la future cité judiciaire des Batignolles, à Paris, qui constitue pour le groupe Bouygues une aubaine. En Allemagne, ils s’intéressent au chantier de la Philharmonie de l’Elbe, à Hambourg, source de polémiques, et aux travaux pharaoniques entrepris sur un tronçon d’autoroute en Basse-Saxe. Un tableau documenté qui donne la parole aux partisans du système des PPP comme à ses détracteurs, à des commissaires aux comptes et à des responsables politiques.

Le principe du ppp

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Alternative Player

6 février 2014

Quels enjeux de sécurité en Asie-Pacifique ?

Source : http://ddc.arte.tv
01/2014
English : What security issues in the Asia-Pacific ?

Depuis 2008 et la crise économique, le centre de gravité de l’économie mondiale s’est déplacé plus encore vers l’Asie-Pacifique, au détriment de l’Europe et de l’espace atlantique. C’est pourquoi le Dessous des Cartes propose un tour d’horizon de cette région du monde, marquée par la montée en puissance militaire de la Chine.



L’Asie-Pacifique : quelle définition ?

L’Asie-Pacifique recouvre géographiquement l’océan Pacifique, l’Asie de l’Est, les États-Unis, le Canada, l’Australie, la Nouvelle-Zélande, et les îles du Pacifique, notamment la Papouasie-Nouvelle-Guinée et Fidji. Dans cette acception, cette région représente en 2013 plus d’un tiers de la population mondiale et plus de la moitié du PIB mondial, puisqu'on y trouve trois des plus grandes puissances économiques du monde : les États-Unis, la Chine et le Japon.

Les zones de coopération économique ou de libre-échange

Dans cette région se trouvent de vastes zones de coopération économique ou de libre-échange : l’Asean, qui forme la principale organisation économique, politique et culturelle en Asie du Sud-Est ; l’Apec (Coopération économique de l’Asie-Pacifique) créée en 1989, qui est un forum intergouvernemental regroupant vingt États de la zone, dont on voit ici les capitales plus Hong-Kong ; et enfin, en cours d’élaboration, le Partenariat transPacifique qui pourrait réunir douze États de la zone, mais sans intégrer la Chine.

Les dépenses militaires en Asie-Pacifique

On assiste à une forte intensification des échanges commerciaux entre les États de la région, qui s’accompagne d’un net accroissement des dépenses militaires. Voici les dépenses engagées selon le Sipri, en 2010 puis en 2012, pour les forces armées, la production et le commerce des armes conventionnelles, en Amérique du Nord, en Asie de l’Est et en Océanie. On voit que les dépenses militaires ont doublé en Asie de l’Est au cours des douze dernières années.


L’accroissement des dépenses militaires chinoises

Les dépenses militaires chinoises sont passées de 37 milliards de dollars en 2000 à 166 milliards de dollars en 2012 : elles ont quadruplé ces douze dernières années. Aujourd’hui, la Chine possède le deuxième budget militaire au monde, avec presque 10 % des dépenses militaires mondiales, loin derrière les États-Unis qui en représentent près de 40 %. Pékin affecte ce budget en croissance à la modernisation de son armée, notamment de sa marine.

La projection de la Chine dans l’océan Indien

À l’ouest, la Chine étend ses activités militaires dans l’océan Indien. Car elle dépend des routes maritimes qui la relient au Moyen-Orient et à l’Afrique, pour ses approvisionnements en matières premières, énergétiques et minérales. Or, l’océan Indien est dominé depuis longtemps par des puissances qui ne sont pas de la région, notamment par les marines américaine, anglaise et française.


Lectures



La tentation de l'Orient. Une nouvelle politique américaine en Asie-Pacifique
Barthélémy Courmont
Éditions du Septentrion
01/2010
Présentation de l'ouvrage
L'éditeur canadien donne sur son site une présentation du livre agrémentée de quelques analyses.
À propos de l’auteur
Né en France en 1974, Barthélémy Courmont est spécialiste des questions nucléaires, de la politique étrangère des États-Unis, de l'Asie du Nord-Est et des nouvelles menaces.
Il fut professeur invité à l'université du Québec à Montréal (UQAM) et titulaire par intérim de la chaire Raoul-Dandurand en études stratégiques et diplomatiques. Il est aussi chercheur associé à l'Iris et rédacteur en chef de la revue trimestrielle Monde chinois, nouvelle Asie, avec Emmanuel Lincot, directeur de la chaire des Études chinoises contemporaines de la Fasse (Faculté de sciences sociales et économiques/ICP). Après avoir vécu quatre ans à Taiwan, et visité 70 pays, Barthélémy Courmont est depuis septembre 2011 professeur de science politique à la Hallym University à Chuncheon, en Corée du Sud.


L’Asie-Monde. Chroniques sur l’Asie et le Pacifique 2002-2011
Ouvrage collectif, sous la responsabilité éditoriale de Jean-François Sabouret
Éditions CNRS. Collection : CNRS Alpha
09/2011
Présentation
Cet ouvrage dessine le panorama de l’Asie-Monde, en réunissant une centaine de textes de chercheurs et de spécialistes publiés entre 2002 et 2011 sur le site Internet de Réseau-Asie. L'éditeur, Jean-François Sabouret, fait partie de son comité scientifique. Ce livre est une somme savante et accessible sur l’Asie et le Pacifique contemporains, qui rend sensibles les multiples aspects d'un formidable et inéluctable basculement du monde.
À propos du responsable éditorial
Chercheur et auteur, Jean-François Sabouret est par ailleurs membre de la Société française des études japonaises et vice-président de la Commission française nationale/ Comité Sciences de l’UNESCO. Il a aussi dirigé le rapport sur La place de la recherche sur les aires culturelles au CNRS remis en 2010 à l’Institut des sciences humaines et sociales (InSHS).
À propos de l'éditeur
CNRS Editions est une coopérative au service de la communauté scientifique réservée aux chercheurs et universitaires en titre et en poste. C'est une solution alternative au circuit traditionnel du livre avec pour but d’offrir une diffusion efficace du savoir, à l’échelle nationale comme internationale, adaptée aux mutations de la librairie et aux nouveaux moyens technologiques. Le site propose une présentation du livre.
Signalons par ailleurs que Réseau-Asie propose depuis fin décembre 2013, sur le site d'Hypothèses un carnet de recherche RESAP, en prélude à la rédaction d'un livre blanc des recherches sur l'Asie et le Pacifique, administré par Marine Sam et présenté par Jean-François Sabouret.


La Chine : une menace militaire ?
Pierre Picquart
Éditions FAVRE
10/2013
À propos de l’auteur
Pierre Picquart est docteur en géopolitique et en géographie humaine de l'université de Paris-VIII, spécialiste de la Chine et de sa diaspora. Auteur de nombreux travaux sur la Chine traduits dans plusieurs langues et expert pour des États et des organismes internationaux, il est fonctionnaire d'État, auditeur associé à l'Institut des hautes études de la Défense nationale, analyste, conférencier. Il est aussi le fondateur duCentre d'études, de développement et de recherche internationale sur la Chine (Cedric). Expert en 2001 et en 2006 pour la Commission européenne, il a rédigé notamment La Chine dans vingt ans et le reste du monde (Editions Favre, 2011).
Le site de Pierre Picquart donne une présentation de son livre et bien d'autres ressources.
Il expose ses thèses et thèmes sur le site Toute la Chine et, en video, sur les tensions et rivalités ethniques en Chine, sur le site de Géopolis.


Le « pivot » américain vers l’Asie : conséquences sur le système de défense antimissile américain, asiatique et européen
Bruno Hellendorff et Bérangère Rouppert
Groupe de recherche et d'information sur la paix et la sécurité. Collection "Les Rapports du GRIP"
06/2013
Présentation de l’éditeur
Le virage asiatique des États-Unis en matière de politique étrangère découle de multiples considérations quant à la place stratégique croissante qu’occupe, sur la scène internationale, la région Asie-Pacifique et, au sein de celle-ci, la Chine. Les États-Unis ont fait le choix d’un rééquilibrage entre les moyens dont ils disposent, les intérêts qu’ils ont à défendre et la sécurité des territoires et des forces qu’ils ont à assurer. Le « pivot » vers l’Asie-Pacifique montre une ferme volonté de s’engager sur la voie de partenariats multiples, à l’image de celui noué depuis plus de soixante ans avec les alliés européens au sein de l’Alliance atlantique...
Le rapport est téléchargeable gratuituitement sur le site du GRIP (Groupe de recherche et d'information sur la paix et la sécurité), centre de recherche indépendant, actif au sein de nombreux réseaux internationaux de recherche. Fondé à Bruxelles en 1979 par Bernard Adam, dans le contexte particulier de la guerre froide, le GRIP a été désigné en 1990, par Javier Pérez de Cuéllar , alors secrétaire général de l’ONU, Messager de la paix, en reconnaissance de "sa contribution précieuse à l’action menée en faveur de la paix". Les travaux de recherche du GRIP s'articulent autour d'axes tels que "la prévention, gestion et résolution des conflits armés", "la prolifération des armes" ou encore "Paix et sécurité en Asie-Pacifique". Ce dernier foyer de "recherche et expertise", riches de documents, est sous la responsabilité de recherche de Bruno Hellendorff, avec notamment la chercheuse associée Sophie Boisseau du Rocher et sous la direction de Luc Mampaey.


Le XXIe siècle appelle à revisiter la puissance
Sous la direction de Christian Lequesne (Ceri) et Marie-Françoise Durand (Sciences Po)
Sciences Po - CERI / Sciences Po - Atelier de cartographie
11/2013
C'est la troisième édition du Ceriscope. Combinant textes, cartes et vidéos, cette nouvelle édition entend être utile à tous ceux qui réfléchissent à la puissance, soit parce qu’ils veulent en enseigner les caractéristiques et en apprendre les contours, soit parce qu’ils souhaitent simplement y réfléchir en tant que citoyen.
À propos des auteurs
• Directeur du Ceri, Christian Lequesne est un spécialiste des acteurs et outils de la politique extérieure au sein de l'Union européenne ainsi que de la politique européenne de la France. On peut voir et entendre Christian Lequesne, avec Nadège Ragaru et Christopher J. Bickerton, dans un entretien intitulé L’Union européenne, une dérive raisonnée ? et dans un débat avec Elie Barnavie et Alain Dieckhoff, intitulé Israël et l’Europe. Filiations et ruptures pour l'émission de Sciences Po, Au fil des mots.
• 
 Marie-Françoise Durand a participé à la publication par Les Presses de Sciences Po, en 2013, de l'Atlas de la mondialisation : comprendre l'espace mondial contemporain - Dossier spécial États-Unis.


Diplomatie n°59 : Chine et États-Unis - Des puissances en déclins ?

AREION Group
11/2012
Le magazine Diplomatie est né en 2002. C'est le premier grand magazine français consacré aux relations internationales et aux conflits contemporains, financièrement et politiquement indépendant, à destination d’un large public francophone.
Pour atteindre cet objectif, la rédaction de Diplomatie s’est constituée autour de chercheurs et d’analystes internationaux sous la direction éditoriale d'Alexis Bautzmann, fondateur du magazine.
Au sommaire de ce numéro 59, un dossier qui interroge "le bilan de la politique étrangère des États-Unis" et une étude sur la "Chine et son inévitable décrochage économique." Dossiers et études sont accompagnés d'un ensemble cartographique. À commander sur le site de l'éditeur.

21 janvier 2014

Traders - Le marché secret des matières premières

Source : http://www.arte.tv
Source : http://future.arte.tv/fr/la-speculation-sur-les-matieres-premieres

© Roche Productions

Depuis les récentes émeutes de la faim en Afrique, en Asie et au Mexique, le fonctionnement du marché des matières premières est sur le banc des accusés. Quelle est la responsabilité des traders dans ces désordres économiques et humanitaires ?


Jamais nos sociétés n’ont consommé autant de matières premières qu’en ce début de XXIe siècle. Blé, riz, sucre, soja, pétrole… : tous ces produits sont aujourd'hui objets de spéculation. L’émergence de grandes puissances comme la Chine, l’Inde et le Brésil a provoqué une explosion de la demande. Mais ce n’est pas la seule explication à l’envolée des prix. Politiques, ONG et médias désignent les traders comme les principaux responsables de la flambée des cours. Mais qui sont ces spéculateurs accusés d’affamer la planète ? Et surtout, comment fonctionnent ces marchés des matières premières réputés complexes et opaques ?

Pour la première fois, un documentaire démonte les mécanismes de ce grand commerce mondial aux enjeux économiques, politiques et alimentaires majeurs, et révèle le quotidien de ceux qui en sont les principaux acteurs : les traders eux-mêmes, ces hommes et ces femmes qui achètent, transportent, revendent les marchandises et spéculent sur l’évolution de leurs prix. Des plantations de coton africain aux sociétés d’import de Hong Kong, des champs de soja brésiliens à la salle des marchés du Chicago Board of Trade, en passant par les ports de commerce de Santos et du Havre, cette enquête au long cours, sur quatre continents, pénètre au cœur du grand négoce international des matières premières. Une très ancienne corporation dont la règle de base est le secret, et qui nourrit tous les fantasmes.

  • Origine : ARTE F
  • Pays : France
  • Année : 2013

9 janvier 2014

Le typhon Haiyan : La catastrophe des Philippines n’est pas due au réchauffement climatique

Par Prof Michel Chossudovsky
Source : http://www.mondialisation.ca
19/11/2013
English : Climate Change: The Philippines Haiyan Typhoon is not the Result of Global Warming


Haiyan (Yolanda), le typhon tropical le plus puissant jamais enregistré, a frappé les Philippines, entraînant des conséquences dévastatrices pour tout le pays et faisant des [milliers de morts]. Environ 615.000 personnes ont été déplacées et jusqu’à 4,3 millions de personnes ont été touchées, selon sources gouvernementales.

La tragédie des Philippines est devenue un sujet de discussion à la Conférence internationale de Varsovie sur les changements climatiques sous l’égide de l’ONU.  La cause du typhon Haiyan et la détresse qui en résulte ont simplement été attribuées, sans preuves, à l’impact du réchauffement climatique. 



Bien qu’il n’existe aucune preuve scientifique que le super typhon Haiyan soit la conséquence du réchauffement climatique, les déclarations d’ouverture au Sommet de Varsovie ont laissé entendre dans des termes sans équivoque qu’il y avait une relation de cause à effet prouvée. La secrétaire exécutive de la Convention-Cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques (CCNUCC), Christiana Figueres, a affirmé (sans preuves) que le typhon fait partie de la « triste réalité » du réchauffement climatique. (Cité dans Did Climate Change Cause Supertyphoon Haiyan? | TIME.com, 11 novembre 2013.)

Le représentant des Philippines à la confrence de l’ONU sur les changement climatiques, M. Yeb Sano, a déclaré lors de son discours à la séance d’ouverture :

« Les typhons comme Yolanda et leurs conséquences représentent un triste rappel à la communauté internationale que nous ne pouvons nous permettre de tergiverser sur l’action climatique. Varsovie doit tenir parole en élevant ses aspirations et trouver la volonté politique pour lutter contre le changement climatique. » ( UN News Center, 11 novembre 2013.)

Ironie amère du sort, la tragédie des Philippines a contribué à renforcer un consensus qui remplit indirectement les poches des entreprises faisant du lobbyisme pour un nouvel accord sur le commerce du carbone. Le système de plafonnement et échange (cap and trade) est une manne de plusieurs milliards de dollars, s’appuyant sur le consensus sur le réchauffement planétaire. Selon Mme Figueres, chef de la (CCNUCC) :

« Nous devons clarifier la finance permettant au monde entier d’aller vers un développement à faible émission de carbone, … Nous devons mettre en œuvre un mécanisme aidant les populations vulnérables à faire face aux effets inattendus du changement climatique. »

La manipulation des marchés de plafonnement et échange est connue et docmentée. L’enjeu constitue le commerce des produits dérivés du carbone, contrôlé par les puissantes institutions financières comme JP Morgan Chase. (Voir Copenhagen’s Hidden Agenda: The Multibillion Trade in Carbon Derivatives, Global Research, 8 décembre 2009.) En 2008, Simon Linnett, vice-président de Rothschild & Sons a reconnu la nature de cette entreprise multimilliardaire :

« En tant que banquier, je salue également le fait que le système de “plafonnement et échange” soit devenu la méthode dominante pour le contrôle du CO2. Contrairement à la fiscalité ou à la simple réglementation, le plafonnement et l’échange offre davantage de possibilités pour la participation et l’innovation du secteur privé. » ( Telegraph, 31 janvier, 2008)

Le plafonnement et l’échange de crédits transformé en produits dérivés se nourrit du consensus sur le réchauffement planétaire. Sans ce consensus, ce commerce de plusieurs milliards de dollars serait un cuisant échec.

La crise humanitaire aux Philippines n’a rien à voir avec le réchauffement climatique. Les conséquences sociales du typhon Haiyan sont aggravés par le manque d’infrastructure et de services sociaux, sans compter l’absence d’une politique de logement cohérente. Les personnes les plus touchées par le typhon vivent dans la pauvreté dans des maisons de fortune.

Une réduction des émissions de CO2, comme l’a suggéré M. Yeb Sano lors de son discours à la séance d’ouverture du Sommet sur le climat à Varsovie, n’est pas une solution à la détresse d’une population appauvrie.

Aux Philippines, les répercussions sociales des catastrophes naturelles sont invariablement exacerbées par un cadre politique macro-économique imposé par les créanciers extérieurs de Manille.

La coup fatal des réformes économiques néolibérales est en jeu. Depuis plus de 25 ans, depuis la disparition de la dictature de Marcos, la « médecine économique » du FMI sous la gouverne du Consensus de Washington prévaut, servant en grande partie les intérêts des institutions financières et des sociétés minières et agroalimentaires.

Le gouvernement de Benigno Aquino s’est lancé dans une nouvelle vague de mesures d’austérité impliquant la privatisation généralisée et la réduction des programmes sociaux. En revanche, une grande partie du budget de l’État a été redirigée vers l’armée, laquelle collabore avec le Pentagone dans le cadre du « virage asiatique » d’Obama. Ce programme, qui sert les intérêts de Washington au détriment des Philippins, comprend également l’achat de systèmes d’armes avancés d’une valeur de de 1,7 milliard de dollars.

Michel Chossudovsky

Article original : Climate Change: The Philippines Haiyan Typhoon is not the Result of Global Warming

Traduction: Julie Lévesque pour Mondialisation.ca

Michel Chossudovsky est directeur du Centre de recherche sur la mondialisation et professeur émérite de sciences économiques à l’Université d’Ottawa. Il est l’auteur de Guerre et mondialisation, La vérité derrière le 11 septembre et de la Mondialisation de la pauvreté et nouvel ordre mondial (best-seller international publié en plus de 20 langues).

(Fukushima) La pollution de l’Océan Pacifique s’étend inexorablement

Source : http://www.vivre-apres-fukushima.fr
30/12/2013
English :  (Fukushima) Pollution of the Pacific Ocean is spreading inexorably

Résumés d’une série d’Articles concernant la pollution de l’océan pacifique présentés par ENENEWS

Concernant la pêche à proximité de Fukushima Dai Ichi (traduits de l’anglais)

 

Aleksey Yaroshevsky, RT reporter, 25 Dec. 2013 :
“Au port de SOMA (~45 km de Fukushima Dai ichi) quoiqu’ il soit juste quelques Km des zones contaminées par la radioactivité, des produits de la mer de toutes sortes et de toutes tailles sont amenés plusieurs fois par jour. C’est préoccupant… «
Réponse (indirecte) de Akihisa Sato, travailleur au laboratoire, 25 Dec. 2013:
“Nous prenons des échantillons de chaque prise et si nous trouvons la plus petite trace de contamination, nous détruisons la totalité de la prise…. Ce poisson est sûr.
Autre avis:
Hirokai Kurosaki, economiste, 25 Dec. 2013:
“La plus grande partie du poisson pêché dans un rayon de 30 km est jeté aux ordures car contaminé. Et Tepco indemnise les pêcheurs locaux; ainsi ils sont contents et gardent le silence. Certain poissons sont commercialisés mais seulement localement.

En Russie on se préoccupe également:

 


Russian Experts: La pollution de Fukushima se disperse partout sur la terre; clairement, une grande quantité de poissons, de fruits de mer et autres produits de la mer ont été pollués. Ces produits représentent un grand danger pour l’espèce humaine lorsque ils sont consommés en grande quantité par les gens.

Maxim Shingarkin, vice-président du Comité de la Douma d’État de Russie pour les ressources naturelles, le 26 décembre 2013: “Les courants dans l’océan mondial sont ainsi faits que les zones de pêche près de la côte Nord Ouest des US on plus de probabilités de contenir des produits radioactifs que la mer d’Okhotk qui est bien plus près du Japon. Ces produits sont le principal danger pour l’humanité parce qu’ils peuvent se retrouver dans les assiettes des gens en grandes quantités. [...] Les émissions dans l’air n’ont pas été projetées dans la mer D’Okhotsk, ni à Sakhalin, ni loin vers l’Est, ni dans les îles Kouriles. Donc, le transport aérien de marchandises ne semble pas dangereux pour autant. Je veux dire à ce jour parce que tout le combustible nucléaire pas a été retiré des unités de production d’électricité. Ceci signifie que des émissions radioactives dans l’atmosphère sont possibles en cas de surchauffe.

Vladimir Slivyak, Co-président du groupe de l’écologie international Ecodefence, le 26 décembre 2013: « Le gouvernement russe prévu de limiter la pêche dans l’Extrême-Orient. Pour autant que je sache, aucune de ces restrictions n’a été mise en patique à ce jour. Néanmoins, il est possible que certaines mesures seront prises. [...] Il a fallu des années après Tchernobyl pour en tirer des conclusions détaillées sur l’ampleur de la pollution nucléaire. Nous avons une situation similaire avec Fukushima [...] Nous saurons probablement les conséquences de cet accident dans 10-15 ans. Il est clair qu’une grande quantité de poissons, algues et tout ce que l’océan contient ont été pollués. Il est clair que la pollution se répand sur toute la terre. Il est clair que de vastes territoires ont été pollués au Japon même. Tout cela est généralement clair. Mais nous avons besoin de recherche afin de fournir plus de détails et cela prendra beaucoup de temps « .

Aux États Unis

 

Arnold Gundersen s’élève contre la politique du secret que pratique le gouvernement américain

carte du nuage radioactif de Fukushima

Uncertainty in Simulation of Global Transport of Radioactive Tracer Emitted from Fukushima Daiichi Nuclear Power Plant, Studies on the 2011 Off the Pacific Coast of Tohoku Earthquake, 2014
De Portland au sud, à Vancouver au nord, il y a eu localement d’importants dépôts de particules chaudes. L’un des scientifiques avec qui nous travaillons avait des filtres à air à Seattle, contrôlant l’air en continu; nous pourrions montrer clairement que l’individu moyen à Seattle a inhalé environ 10 particules chaudes par jour dans ses poumons. Quoi que vous fassiez, vous ne pouvez pas expulser ça: la taille des particules est telle qu’une fois inspirée, elle se dépose dans votre poumon [...] Ce que les gens à Seattle auraient pu faire était de mettre des masques à air, mais bien sûr, le temps que nous ayons les données et qu’elles soient analysées, on était en mai et le plus gros du nuage était déjà passé. Les autorités savaient cependant. Je suis absolument convaincu que les autorités savaient et ont choisi de nous garder tous dans l’ignorance. A Seattle le gouvernement a annoncé qu’il allait faire voler des hélicoptères le long de la côte tout au long de la région de Seattle. Ils ont dit qu’ils faisaient la surveillance du rayonnement de fond, et que c’était juste une pure coïncidence qu’ils fassent cela seulement 90 jours après Fukushima Daiichi. Je ne le crois pas. Je pense que ces hélicoptères étaient à la recherche de particules chaudes et on ne nous a pas donné le résultat de ces enquêtes. Ils ont dit que c’était un secret de sécurité nationale. Donc, les autorités savaient et ne nous ont pas avertis [...]

En savoir plus sur Arnie Gundersen sur le site de son organisation

Sur la côte pacifique des USA et du Canada, il y a des phénomènes jamais vus auparavant: forte mortalité des étoiles de mer, poissons décolorés, comportements anormaux de populations entières… il se passe quelque chose dans le pacifique et les chercheurs ne savent pas quoi. Serait-ce la pollution radioactive ? nul ne le sait. Aux dernières nouvelles des Aigles de cette région souffriraient maintenant d’une maladie jamais vue qui les empèche de marcher et voler…
On peut voir aussi sur les cartes que la pollution s’infiltre dans le détroit de Bering. Ce détroit donne sur l’océan atlantique.


Carte de la contamination en surface en 2012
Surface water distribution of Fukushima 137Cs in 2012 (Aoyama et al., 2013; G. Hong, pers. comm. [personal communication])

 

Les chinois ont de leur côté mis l’embargo sur certains produits de la mer en provenance du japon.

 

Sri Lanka

 

The Island, le 25 décembre 2013: Les produits de mer des importations en provenance du Japon indiquent une contamination radioactive

[...] Atomic Energy Authority (AEA): Le Coordinateur National du Projet, Directeur des Sciences de la Vie , Wijeya A. Waduge a déclaré qu’une étude avait été menée selon les techniques de l’Autorité de l’énergie atomique (AIEA).

Grâce à cette étude, ils ont établi des données de référence pour la radioactivité marine autour du Sri Lanka [~ 4,300 miles de Fukushima, Japon]. Le Sri Lanka n’est pas atteint par la zone de danger de radiation, mais il est temps pour toutes les parties prenantes d’ être sur le qui-vive (..) Waduge dit que les niveaux de rayonnement, en particulier dans les produits de la mer importés du Japon, avaient sensiblement augmenté. [...] Ces niveaux de rayonnement étaient en dessous du niveau de 100 Becquerel [Bq / kg] de danger, avec des résultats variant entre 15 et 20 [...]

carte Japon-Sri-lanka

12 décembre 2013

Les infos dont on parle peu n°48 (30 Novembre 2013)

Source : http://www.agenceinfolibre.fr



Infos internationales


Économie


Santé / environnement

30 novembre 2013

Et la frontière devint un marché prospère et militarisé...

Par Elisabeth Vallet
29/11/2013
Source : http://blog.mondediplo.net
English : And the border became a thriving market and militarized ...


Septembre 2013. Enclave espagnole de Melilla (nord du Maroc).

L’assaut est donné juste avant l’aube, le plus violent depuis 2007. Une fois encore, une fois de plus, des migrants se sont jetés contre la barrière frontalière qui sépare le Maroc de Melilla dans l’espoir de pénétrer l’espace Schengen. Le lendemain, une centaine sont passés et viennent grossir les rangs de ceux qui sont déjà retenus dans cette petite enclave de 80 000 habitants, dans des camps en large surcapacité.

Au même moment, à Ceuta, d’autres migrants tentaient la même manœuvre, mais en passant par la mer, à la nage. Les deux petites enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla sont désormais une des principales portes d’entrée de l’Union européenne pour les migrants qui arrivent de presque partout en Afrique. Et depuis 2011, le « ressac » provoqué par les révoltes arabes a accru la pression aux frontières de l’espace Schengen. Et crispé les Etats européens.

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© Chappatte. Avec l’aimable autorisation de l’auteur. Dessin paru dans la "NZZ am Sonntag", Zürich - www.globecartoon.com
 
Alors que la mondialisation atténue les frontières, les Etats riches sont paradoxalement en train de les réaffirmer. Face à des flux qu’ils pensent ne pas pouvoir maîtriser, ils dressent des murs dans l’urgence. Des murs pour rassurer leurs populations qui y voient une manière de canaliser les flux de migrants. Des murs qui, dans un univers où l’on veut « éliminer les risques », permettent en apparence de répondre à un enjeu de sécurité auquel l’Etat-prescripteur ne croit pouvoir répliquer que de manière unilatérale et asymétrique.

Lire « Voyage aux marges de Schengen », Le Monde diplomatique, avril 2013 Les murs reflètent le besoin qu’ont les Etats de se « sanctuariser » (comme l’Inde, l’Arabie saoudite ou encore la Chine dont les tendances à s’emmurer s’affirment de plus en plus) ou de redéfinir leur souveraineté (comme la Russie qui a annoncé — en septembre 2013 — la construction d’une double barrière le long de sa frontière… avec la Norvège !). Dans ce contexte, la frontière devient alors un objet qu’il faut surveiller, filmer, bétonner, blinder, armer.

Du risque à la menace 

 

Le mur cristallise le contraste entre deux espaces : celui de la sécurité et celui du risque. De fait, il devient le moyen de répondre à un enjeu classique (pression migratoire) devenu une question de sécurité (menace terroriste), alors que cet enjeu pourtant très localisé (le long de la frontière) prend des accents nationaux (la frontière est intégrée dans la dimension sécuritaire nationale).

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Le mur à Jérusalem
Photo : Elisabeth Vallet, 2010. 
Or depuis 2001, deux « menaces » — les flux migratoires et les mouvements de groupes terroristes — ont fini par se confondre et se superposer dans les discours légitimant l’érection de nouveaux murs — y compris dans des Etats dits démocratiques. Ainsi en va-t-il d’Israël le long des 240 kilomètres de sa frontière avec l’Egypte, le long de la frontière jordanienne (depuis janvier 2012 et confirmé par l’annonce d’une nouvelle barrière en octobre 2013), de la frontière libanaise et, bien entendu, dans les territoires occupés.
De son côté, l’Inde, après celle réalisée pour s’isoler du Pakistan, en achève une deuxième autour du Bangladesh pour limiter la contrebande, l’immigration et l’« éventualité terroriste », et en amorce une troisième (semble-t-il) le long de sa frontière avec la Chine.

L’Espagne figure également au tableau des démocraties fortifiées : le Maroc (qui a construit graduellement depuis 1981, un mur de sable — Berm — au Sahara occidental pour isoler le front Polisario), voit son territoire marqué par deux barrières érigées en 1998 et triplées après 2005 autour des enclaves espagnoles de Melilla et de Ceuta pour empêcher le passage des migrants.

De leur côté, les Etats-Unis poursuivent la construction de la barrière de 930 kilomètres qui les sépare déjà du Mexique — même si l’administration Obama a décidé de suspendre, en mars 2010, le programme trop onéreux de « frontière virtuelle ».

La Grèce a achevé, en janvier dernier, un mur le long de sa frontière avec la Turquie pour, là aussi, « freiner » le passage des migrants. Enfin, la Bulgarie vient d’approuver la construction d’une nouvelle barrière frontalière sur 30 kilomètres le long de sa frontière avec la Turquie.

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Toujours plus de murs dans un monde sans frontières : nombre de murs frontaliers, 1945-2012
Données compilées par Élisabeth Vallet et la Chaire Raoul-Dandurand avec l’appui d’une subvention du Conseil de recherches en sciences humaines du Canada. 
Alors que l’annonce par la Turquie, en septembre et octobre 2013, de la réalisation d’un mur frontalier en deux points de sa frontière avec la Syrie mobilise les notables kurdes des villes affectées, les discours de légitimation des murs se nourrissent de deux types d’arguments :

- Le premier met l’accent sur le fait de freiner ou d’empêcher le passage des migrants. C’est le cas des frontières entre :
  • Ceuta, Melilla et Maroc
  • Turkménistan et Ouzbékistan
  • Ouzbékistan et Afghanistan
  • Chine et Corée du Nord
  • Emirats Arabes Unis et Oman
  • Brunei et la Malaisie
  • Inde et Bangladesh
  • Grèce et Turquie
  • Turquie et Syrie
- Le second est axé sur la prévention du terrorisme ou des trafics (drogue, armes, métaux précieux, êtres humains). C’est le cas des frontières entre :
  • Iran et Pakistan
  • Égypte et Gaza
  • Ouzbékistan et Kirghizstan
  • Israël et Palestine
  • Brunei et Malaisie
  • Thaïlande et Malaisie
  • Arabie Saoudite et Yémen
  • Irak et ses voisins
Mais cette « classification » n’est pas aussi tranchée, puisque Washington par exemple, justifie aussi l’existence de son mur avec le Mexique par la lutte contre le narcotrafic. Ce double argumentaire est aussi valide en Asie centrale ou aux frontières de l’Inde.

L’émergence d’une industrie de la frontière blindée 

 

Répondre à cet éventail d’objectifs (surveiller et fermer la frontière) exige l’utilisation de technologies élaborées et complexes, lesquelles ont favorisé l’émergence d’un nouveau marché international de la sécurité. Ainsi, le blindage de la frontière, qui s’appuie sur la convergence du civil et du militaire, s’est traduit, avec la fin de la guerre froide, par une mutation du complexe militaro-industriel vers l’industrie de la sécurité.

Il n’y a donc rien de surprenant au fait de trouver, à quatre kilomètres à l’ouest du point d’entrée de Mariposa à Nogales (Arizona), la brigade d’ingénierie de l’armée de l’air : venue d’Alaska, elle y a été déployée pour construire une route de patrouille. Cette manœuvre présentait deux avantages pour la défense américaine : d’une part la brigade appuyait de facto les travaux du département de la sécurité intérieure (Homeland Security) et d’autre part, ce déploiement permettait de former les soldats sur des terrains similaires à ce qu’ils pouvaient trouver, par exemple, en Afghanistan. Le recyclage de plaques de métal datant de la guerre du Golfe, et fournies par l’armée à titre gracieux, témoigne aussi de cette « fusion » entre le militaire et le civil.

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Nogales, Sonora.
Photo : Élisabeth Vallet, 2011. 
La fusion des univers militaire et sécuritaire est particulièrement patente dans la zone frontalière. Il est logique que la « fortification » frontalière les rassemble : la technologie duale est ainsi au cœur du dispositif. Les exemples abondent.

Israel Aerospace Industries (IAI), à travers l’un de ses sous-traitants, a adapté des technologies militaires au mur, comme celle par exemple du « Plug-in Optronic Payload », constitué de caméras thermiques de haute sensibilité capables de faire le point à quelques kilomètres de distance.

Elbit et ses sous-traitants développent des dispositifs électroniques de détection et des caméras de surveillance LORROS, des véhicules téléguidés terrestres déployés le long du mur israélien sur les routes de surveillance, et le TORC2H system. Kollsman (filiale de Elbit Systems qui est l’une parmi les quelques centaines d’entreprises israéliennes à exporter dans ce domaine) fait partie du consortium agencé autour de Boeing qui travaille à équiper la frontière mexicaine.

De fait, les Israéliens sont présents sur plusieurs marchés, comme en Inde pour les drones et les radars, et en qualité de sous-traitants de certains consortiums, dans les Etats du Golfe. Et toute la technologie des drones et de la robotisation des armées trouve sa traduction dans la « recherche et développement » menée tant en Israël qu’aux Etats-Unis sur la surveillance à distance de la frontière.

Fort de ses 19 milliards de dollars annuels, le marché mondial du « frontalier militaire » est le fruit de la fin de la guerre froide, venu opportunément remplacer le déclin des dépenses militaires et de l’acquisition de systèmes d’armes. Devant ces bouleversements géopolitiques, les industries de défense ont alors dû repenser leurs marchés et leurs objectifs : la « privatisation des marchés de défense » autrefois monopolistiques a facilité la mutation du complexe militaro-industriel.

Des résultats mitigés 

 

Mais voilà, les murs n’entravent pas vraiment les flux. Les migrants ne renoncent pas. Ils contournent, utilisent des routes migratoires plus longues, plus dangereuses, sur lesquelles la mortalité est bien plus importante.

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Toujours plus de morts au pied du mur
Esquisse cartographique de Philippe Rekacewicz, extraite de l’exposition « Cartes en colères » présentée à la maison des métallos à Paris en octobre 2012. Ce document s’appuie sur les méticuleuses recherches du géographe Olivier Clochard, membre du réseau Migreurop. 
Le corollaire de cette logique est le développement d’une véritable industrie des tunnels, comme par exemple entre l’Egypte et Gaza ou encore sous la ville de Nogales (à cheval sur la frontière de l’Arizona et de Sonora au Mexique). Le sous-sol est « troué comme du gruyère » et finit par poser de véritables problèmes de sécurité : en 2010, un bus s’était enfoncé dans le sol devenu meuble, juste en face du poste frontalier.

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« Traverser » la frontière en voiture à Yuma...
Source : US Border Patrol, 2012. 
Les murs multiplient les effets pervers : comme aux Etats-Unis, où ils vont jusqu’à pérenniser l’implantation durable des travailleurs saisonniers qui renoncent à suivre le rythme des migrations pendulaires de peur de ne pouvoir revenir : fermer la frontière, c’est s’assurer d’obtenir l’effet inverse de ce que les autorités recherchent, puisque cela « fixe » les populations sur place. La construction de murs ne résout rien : elle ne fait que poser une chape de plomb sur un problème qui demeure entier.

Lorsque l’Inde a décidé de construire un mur le long de sa frontière bangladaise, elle l’a fait pour trois raisons :

- Stopper les flux migratoires (arguant d’une pression accrue du voisin « surpeuplé »).
- Enrayer le trafic (la contrebande).
- Prétendument freiner la « menace islamique » (le Bharatiya Janata Party a instrumentalisé la barrière en agitant la menace de l’islam radical).

Pour autant, elle n’a pas réglé les difficultés économiques de son voisin, elle n’a pas empêché le passage d’immigrants sans papiers (ils sont 10 à 20 millions de Bangladais en Inde) et elle n’a pas non plus bridé la montée de la xénophobie. Les barbelés et le béton d’une barrière de 5 mètres de hauteur ne sont qu’un simple voile sécuritaire. Le Bangladesh est engagé dans un rapport asymétrique avec l’Inde.

À la frontière mexicano-américaine, à Nogales, les migrants évitent les zones clôturées de la frontière pour s’aventurer dans le désert, à la merci de leurs passeurs, de la déshydratation, et des brigands. Au Maroc, les migrants attendent en périphérie des enclaves le bon moment pour passer. Lorsqu’ils réussissent, ils sont souvent ramenés de force de l’autre côté... Ils tentent alors leur chance en parcourant des dizaines de kilomètres à travers le désert pour passer par la mer via les Canaries. Mais cette route est infiniment plus dangereuse.

Puisque les murs ne suffisent pas, les Etats-prescripteurs se lancent aussi dans une surenchère de fortifications, considérant qu’il est devenu indispensable de les doubler d’un ensemble de systèmes plus sophistiqués, incluant d’autres barrières, des avions et des drones, des centres de détention publics ou privés, des agents frontaliers, des structures de communication, du renseignement...

Les dollars de la frontière 

 

La construction des barrières est particulièrement onéreuse. De l’expropriation à sa réalisation, le coût de construction du mur aux Etats-Unis oscillait (selon un rapport du Government Accountability Office de 2008) entre 1 et 4,5 millions de dollars par kilomètre. Il est même monté, pour la région de la réserve naturelle des montagnes Otay et du côté de Smuggler Gutch près de San Diego, à 6,4 millions de dollars par kilomètre. En Israël, le coup initialement prévu de 1 million de dollars par kilomètre est maintenant proche de 2 millions de dollars. L’Union européenne de son côté a contribué à hauteur de 250 millions d’euros à la réalisation de la clôture de barbelés autour de Ceuta, et avait déjà financé 75% de la première barrière entre 1995 et 2000.

Au même moment, le Maroc a englouti environ 40% de son PIB dans la construction du Berm au Sahara, composé d’un mur de 2 700 kilomètres assorti de quatre murs intérieurs de 2 mètres de haut, et équipé de technologies sophistiquées de surveillance.

Et les coûts sont encore plus élevés lorsque la technologie devient inopérante. Ainsi la « Secure Border Initiative » aux États-Unis s’est soldée par un fiasco total. A défaut de pouvoir couvrir la totalité de la frontière mexicaine avec sa « barrière virtuelle de haute technologie », elle a péniblement couvert 85 kilomètres, en engouffrant au passage près d’un milliard de dollars, avant que le département du Homeland Security ne se décide à y mettre un terme (les câbles des tours de surveillance électronique ne résistaient pas à la chaleur, tout comme cela avait été le cas en 1997 avec le Integrated Surveillance Intelligence System). Le programme qui a pris le relais (Arizona Border Surveillance Technology Plan), fondé sur des drones et des radars mobiles, dont le coût est évalué à 1,5 milliards de dollars, pourrait lui aussi très vite déraper, faute de contrôle effectif.

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Souscription publique de l’État d’Arizona pour prolonger le mur frontalier
Source : https://www.buildtheborderfence.com...
 
Pour faire face à ces coût très élevés, l’Etat d’Arizona a fait une levée de fonds en ligne pour construire une barrière le long de 320 kilomètres de frontière. Echec total : il n’a même pas recueilli de quoi construire le premier kilomètre — il lui fallait 2,8 millions de dollars — l’Etat a annoncé le 6 novembre 2013 qu’il en suspendait la réalisation.

Enfin, le coût d’entretien est également très élevé. Ainsi, le Customs and Border Protection aux Etats-Unis évalue qu’il lui faut 6,5 milliards de dollars pour s’assurer du fonctionnement de la barrière existante pour les vingt prochaines années, expliquant du même souffle qu’ils ont dû réparer les dégradations liées à 4 037 effractions constatées en 2010 pour un coût total de 7,2 millions de dollars.

Israël a prévu la réfection (pour un montant qui pourrait aller jusqu’à 130 millions de dollars) de la barrière de 130 km qui longe la frontière syrienne et l’installation d’entraves additionnelles (rouleaux de barbelés, creusage de fossés, monticules) et de senseurs. Tout cela parce que, conçue il y a quatre décennies et ayant souffert du rude climat du plateau du Golan, elle ne correspond plus, selon les autorités israéliennes, aux « enjeux de sécurité contemporains ».

Un marché en expansion 

 

Le marché de la frontière combine la construction d’infrastructures, de systèmes d’armes, de renseignement, ainsi que des composantes terrestres, marines et aériennes comme les radars et les drones, un ensemble d’éléments qui appartiennent — encore aujourd’hui — à la sphère du militaire.

Hal Rogers — président républicain de la commission des appropriations à la Chambre des représentants — adopte même une définition plus extensive du complexe « sécuritaro-industriel », puisqu’il inclut les entreprises privées qui sont chargées de construire, d’entretenir et d’approvisionner les centres de détention, mais aussi les fournisseurs (alimentaires, textiles par exemple) des agents frontaliers, les compagnies de transports qui fournissent des moyens de locomotion (aériens et terrestres) pour expulser les immigrants, les entreprises locales.

Ce marché est d’une telle ampleur que les petites entreprises sont éclipsées de facto des appels d’offre, à moins qu’elles ne s’allient à un chef de file qui prend alors la tête d’un consortium, comme ce fût le cas de Boeing puis de EADS avec General Dynamics aux Etats-Unis, de Cassidian dans le cadre du programme de drones frontaliers Talarion.

À l’inverse, les Etats-contracteurs sont parfois tenus d’élaborer des accords avec leurs voisins, de façon à pouvoir peser plus lourd dans le processus d’appel d’offres face à ces grands ensembles militaro-sécuritaro-industriels. Or ce sont presque toujours les mêmes acteurs qui remplissent le rôle de chef de file : EADS, BAE Systems (Royaume Uni), DRS Technologies and la Raytheon Corp.(USA), LG Electronics (Corée du Sud), Thales (France) et une flopée de sous-traitants internationaux (dont beaucoup sont israéliens).

C’est ainsi que les grandes industries de défense ont trouvé, dans la fortification des frontières, un nouveau marché lucratif autour duquel elles se sont réorganisées, recyclant l’expertise acquise au cours de la guerre froide et bénéficiant de la privatisation du marché de la frontière et de la sécurité.

Malgré la contraction des budgets de sécurité, une décennie après le 11-Septembre, en pleine crise économique, les débouchés demeurent importants. En atteste l’ampleur que prend le marché saoudien, qui représente actuellement, selon le Homeland Security Research, le plus gros marché frontalier, pour un montant allant au-delà des 20 milliards de dollars sur les dix prochaines années, et qui pourrait doubler d’ici 2015 en raison de l’effet des révoltes arabes sur la « perception d’insécurité » des dirigeants saoudiens.
Pour preuve, le Saudi Guard Development Program qui inclut la réalisation par EADS, le long de la frontière saoudienne, de près de 5 000 kilomètres de système électronique et de détection (avec 225 stations radars reliées à un centre de commandement, 400 postes frontières et baraquements, la formation de 20 000 gardes frontaliers, la fourniture de 20 avions et hélicoptères et de drones, ainsi que le système de communication ACROPOLE développé pour la police française), tandis que le long de la frontière avec l’Irak, s’élève une barrière de 2,5 mètres de haut, décomposée en trois sections (la première est faite de barbelés, la deuxième d’équipements de détection et la troisième relie le tout aux centres de commandement).

Preuve en est également la relance, en avril 2013 et dans la foulée de la destitution du président yéménite, de la construction d’une barrière entre le Yémen et l’Arabie saoudite, longue de 1 800 kilomètres, amorcée en 2003 et interrompue en 2004. Et, pour ne citer que le deuxième marché en importance après le marché saoudien, le Homeland Security a ouvert une série d’appel d’offres qui dépasse le milliard de dollars au cours des douze derniers mois, et ce simplement pour permettre une surveillance constante de la frontière américaine.

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Le monde emmuré
source : Theo Deutinger, TD Architects. 
Même si la carte réalisée par Theo Deutinger d’après le livre de Peter Sloterdijk (In the World Interior of Capital : Towards a Philosophical Theory of Globalization, Polity Press, 2013) comporte quelques omissions (un certain nombre de murs n’apparaissant pas), elle traduit bien l’idée développée par Mike Davis, d’une « grande muraille de la civilisation ».

Alors que le centre de gravité des relations internationales semble se déplacer vers des BRICS avides de sécurité (et qui ont les moyens de la financer), lesquels pays développent un « complexe de l’emmurement », le mouvement ne paraît pas devoir ralentir. Et au cours de la seule année 2013, le rythme des annonces de nouveaux murs frontaliers ne fait que s’accélérer.

Pour autant, le complexe sécuritaro-industriel n’est pas l’unique vecteur de l’essor des murs : bien avant le 11-Septembre, les Etats avaient commencé à penser au « système mur » pour leurs frontières alors qu’ils étaient confrontés au mouvement — anxiogène — toujours plus puissant et rapide de la mondialisation.
Dans le même temps, les industries de défense avaient amorcé leur reconversion avant même la fin de la guerre froide. Il n’en fallait pas plus pour que, face à la perception d’une menace asymétrique, la « barrière frontalière » devienne la panacée, autant pour l’industrie que pour les Etats.

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Un monde sanctuarisé
Esquisse cartographique de Philippe Rekacewicz, extraite de l’exposition « Cartes en colères » présentée à la maison des métallos à Paris en octobre 2012. 
Car les murs frontaliers sont avant tout des murs d’argent : ils séparent les riches des pauvres, le Nord du Sud, les « élus » des exclus. Ils constituent également un luxe que seuls les Etats les plus riches peuvent se permettre : ils représentent bien plus une thérapie collective nationale que des ouvrages de défense au sens classique du terme.

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Etats-Unis, deux frontières, deux réalités : au nord avec le Canada...
Cultus Lake, Colombie Britannique - Photo : Élisabeth Vallet, 2010. 
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... Au sud avec le Mexique
Nogales, Sonora - Photo : Élisabeth Vallet, 2011. 
Quelques ouvrages, quelques liens pour aller plus loin
- Wendy Brown, Murs. Les murs de séparation et le déclin de la souveraineté étatique, Les Prairies Ordinaires, 2009.
- Michel Foucher, L’obsession des frontières, Perrin, 2007.
- Reece Jones, Border Walls : Security and the War on Terror in the United States, India and Israel, Zed Books, 2012.
- Philippe Rekacewicz, Frontières, migrants et réfugiés (Études cartographiques), exposition présentée aux Carrefours de la pensée au Mans en 2007 et partiellement reprise dans l’exposition « Cartes en colères », présentée à la Maison des Métallos à Paris en 2012.
- The Border-Industrial Complex Goes Abroad par Todd Miller, 19 novembre 2013.
- Le marché juteux de la surveillance des frontières par , El Watan, 18 novembre 2013.

Elisabeth Vallet est professeure associée au département de géographie et directrice scientifique de la Chaire-Raoul-Dandurand, université du Québec à Montréal (UQAM). Elle dirige l’antenne québécoise du programme de recherches « Borders in Globalization » de l’Université de Victoria au Canada.

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