"Que sert d’être habile à parler ? Ceux qui reçoivent tout le monde avec de belles paroles, qui viennent seulement des lèvres, et non du cœur, se rendent souvent odieux ..." ( Confucius )
27 avril 2014
2 novembre 2013
L'argent , le sang et la démocratie (À propos de l’affaire Karachi)
Le 8 mai 2002, à Karachi, au Pakistan, un attentat tue onze employés de la Direction des constructions navales de Cherbourg. Aussitôt, l'organisation terroriste al-Qaida est désignée comme responsable. Dix ans après les faits, l'enquête va faire surgir, notamment grâce aux révélations de la presse et aux investigations du juge antiterroriste Marc Trévidic qui a repris le dossier en 2007, une seconde affaire : un éventuel financement illicite lors de la campagne présidentielle d'Édouard Balladur en 1995. Quatre contrats d'armement avec l'Arabie Saoudite et le Pakistan auraient servi à financer celle-ci, moyennant le versement de commissions dont les bénéficiaires auraient rétrocédé un pourcentage au staff de Balladur. Le non-versement d'une partie des sommes après le départ de ce gouvernement en 1995 aurait provoqué l'attentat de Karachi. C'est du moins l'une des pistes explorées par la justice qui relie désormais les deux dossiers.
Monde parallèle
Inspirée de l'ouvrage de Fabrice Arfi et Fabrice Lhomme Le contrat – Karachi, l'affaire que Sarkozy voudrait oublier, paru chez Stock, cette remarquable enquête raconte avec pédagogie l'imbroglio politico-économique à l'origine de ce scandale d'État. Elle s'appuie, entre autres, sur des pièces à conviction troublantes (un document du ministère de la Défense listant les commissions, des notes contradictoires des services secrets français…) et fait défiler à la barre la plupart des acteurs clés des deux dossiers : les juges Bruguière et Trévidic, les ministres de la Défense Charles Millon, Alain Richard et Hervé Morin, d'ex-agents secrets, les filles des victimes, un survivant de l'attentat, etc. Au fur et à mesure se dessine un monde parallèle assez éloigné de la démocratie, où l'on s'arrange entre politiques pour valider des comptes de campagnes illégaux, où l'on infantilise les familles de victimes et où la corruption est usuelle pour conclure un contrat d'armement avec certains pays. Sans oublier les circuits tortueux suivis par les commissions et les rétro-commissions, brouillés par une myriade de sociétés offshore. Dans une mise en scène ironique, certaines images d'actualité apparaissent dans un théâtre de poche, allusion aux propos de Nicolas Sarkozy qui, en 2009, avait qualifié le lien entre l'attentat et la campagne Balladur de "fable". Certains épisodes sont d'ailleurs contés par le comédien Éric Caravaca. La morale de la fable reste en revanche à écrire, car le juge Trévidic attend toujours la déclassification de documents secret défense…
DL
13 septembre 2013
Drones tueurs et guerres secrètes
Source : http://www.france5.fr
Comment gagner une guerre sans faire de victimes dans ses rangs ? Comment sécuriser un territoire sans y envoyer de soldats ? Objet volant dénué de pilote, le drone est la nouvelle arme de guerre du XXIe siècle. Les Etats-Unis ont recours depuis plusieurs années à ces espions pour lutter contre le terrorisme. Si les frappes de drones sont commanditées par l'armée américaine dans les pays où les Etats-Unis sont en guerre, c'est la CIA qui opère dans les autres zones. Dans bien des cas, la guerre des drones échappe au contrôle des pouvoirs législatifs et judiciaires et à celui de la hiérarchie militaire. Quelles sont les dérives liées à l'utilisation de ces engins de «guerre propre» et, plus généralement, des systèmes robotisés ? Au Pakistan, les victimes de cette guerre secrète s'organisent.
Alternative Video Player
DL or DL
13 janvier 2013
Les guerres intelligentes du XXie siècle : Mercenaires et drones Predator
08/01/2013
Source : http://www.mondialisation.ca
english
«La guerre, c’est la guerre des hommes; la paix, c’est la guerre des idées.»
Victor Hugo
Un article du journal Le Monde a attiré mon attention, il raconte un cas de conscience d’un militaire américain qui, du fin fond d’une salle climatisée de l’Amérique profonde a décidé de voler la vie d’un enfant à 10.000 km de là en le ciblant «grâce» à un drone prédateur. Naturellement, il n’y eut pas de réaction ou si peu des médias d’habitude si prompts à diaboliser quand il s’agit de jeter l’anathème sur les damnés de la Terre, surtout s’ils sont musulmans. Comme rapporte Théophraste R. dans un billet du site alternatif «Le Grandsoir»: Quelqu’un disait (…):
«Les médias ne vous disent pas seulement ce que vous devez penser, mais SUR QUOI vous devez penser. Pensez chaque jour aux petites victimes du tueur fou de Newtown et pas à celles de l’aviateur normal qui bombarde par erreur un village afghan. Jean-Paul Sartre a écrit dans «Qu’est-ce que la littérature?»: «Le silence est un moment du langage; se taire ce n’est pas être muet, c’est refuser de parler, donc parler encore. Si donc un écrivain a choisi de se taire sur un aspect quelconque du monde, ou, selon une locution qui dit bien ce qu’elle veut dire de le passer sous silence, on est en droit de lui poser une [...] question: pourquoi as-tu parlé de ceci plutôt que de cela et – puisque tu parles pour changer – pourquoi veux-tu changer ceci plutôt que cela?».(1)
J’ai donc voulu savoir comment faisait-on la guerre actuellement par esprit de déconstruction en décortiquant l’information, et en regardant derrière les plis pour voir la «vraie vérité» comme le dit si bien Jacques Prévert. La façon de faire la guerre a changé totalement depuis que les puissances occidentales ne se font plus la guerre entre elles. La doctrine est celle de «zéro mort» chez le puissant et le maximum de morts chez l’adversaire. Pour cela pratiquement un quart de siècle, après la chute de l’empire soviétique, l’hyper-puissance américaine n’ayant plus «l’empire du mal» comme adversaire s’est trouvé un nouveau Satan de rechange, l’Islam. Cela s’est fait concomitamment, avec le tarissement des puits de pétrole et les avancées technologiques. Il y avait donc un triple gain, démolir l’Islam, en démolissant le pays musulman, s’emparer des puits de pétrole et expérimenter au réel les nouvelles armes létales pour voir «leur performance».
Donner la mort par procuration
Dans cet ordre d’idée , Georges Stanechy écrit:
«Il était une fois…un pays, qui avait à sa tête un dictateur: l’Irak. Ni pire ni meilleur que les pires autocrates féodaux et corrompus des pétromonarchies du coin, reçus en permanence avec tapis rouge et accolades dans nos «vertueuses démocraties». Mais, il avait eu le tort d’entrer en conflit avec ses protecteurs qui l’avaient installé au pouvoir. Alors, comme dans les films de gangsters, ils ont décidé de le remplacer par des marionnettes interchangeables et plus dociles. Pétrole oblige… «Apporter la Liberté et la Démocratie», affirmaient-ils, la main sur le coeur. Ils avaient une obsession, toutefois: «Renvoyer le pays à l’âge de pierre», disaient-ils. On ne comprenait pas bien: pourquoi chasser un dictateur imposait-il de réduire l’Irak en cendres?… Ils ont tout rasé. Méthodiquement. Tout ce qui est interdit par les Conventions de Genève et leurs Protocoles additionnels, ces «Traités internationaux qui contiennent les règles essentielles fixant des limites à la barbarie de la guerre.» Tout: centrales électriques, stations d’épuration d’eau, ponts, ports et aéroports civils, hôpitaux, universités, écoles, usines d’automobiles ou de tracteurs, ateliers mécaniques ou conditionnements de lait et yaourt, fermes d’élevage. Tous les ministères, sauf celui du Pétrole! «Retour à l’âge de pierre»: mission accomplie. Jusqu’aux musées et sites archéologiques, pillés à l’exemple du sac du palais d’été des empereurs en Chine, en 1860, par les troupes françaises et les britanniques… Détruire, massacrer, piller… Le plus curieux: ils se sont acharnés sur les femmes et les enfants (…) ».(2)
Les sociétés militaires privées
Autres innovations que nous avons déjà rapportées: les sociétés militaires privées. Le vrai mercenariat est du côté de la coalition qui fait la guerre aux peuples irakien et afghan en faisant appel à des mercenaires. Il est né dans le sillage de la «guerre de l’information» et de la doctrine du «zéro mort» suite aux guerres perdues du Vietnam et du Cambodge, expérimenté notamment au Kosovo. Les Etats-Unis sont aujourd’hui déployés dans plus de 50 pays. Les raisons du recours à des sociétés militaires privées sont multiples: politiques: contourner le Parlement américain et éviter la critique populaire. Contourner le contrôle administratif: ne pas irriter l’opinion publique (doctrine de zéro mort). Les morts BW ne sont pas décomptés comme des soldats. A partir des années 2000, parallèlement à la disparition progressive du mercenariat traditionnel, se sont développées les Sociétés militaires privées (SMP) anglo-saxonnes, parfois en renfort d’une milice.
Afghanistan et surtout en Irak (Military Professionnal Ressources Inc, Blackwater, Erinys, Aegis) depuis 2003 (…) Blackwater est une multinationale rentable.. ». (3)
« 1 milliard de dollars de contrats avec l’Etat américain. En 2006, le nombre de soldats de Blackwater déployés dans le monde était estimé à 23.000. Le chiffre d’affaires de Blackwater a augmenté de 80,000% entre 2001 et 2006. Entre 2005 et octobre 2007 on a dénombré plus de 195 incidents impliquant Blackwater. Les guerres que mène l’Occident ne sont pas justes et partant, pas morales. Cette guerre dissymétrique de 1 pour 1000 est encore plus amorale quand on utilise les satellites, les drones et les robots. On tue son adversaire sans le connaître à des milliers de kilomètres, à partir d’une salle climatisée du fin fond des Etats-Unis…(3)
Les guerres de l’avenir
Les médias ne tarissent pas d’éloges en décrivant, par le menu, les prouesses des nouvelles armes qui donnent la mort. Cela se fait d’ailleurs dans des kermesses telles que le salon du Bourget, où les marchands de mort viennent fourguer à des roitelets arabes ventripotents les dernières armes toujours en décalage avec l’état de l’art. Il n’est pas question de donner ce qu’il y a de récent. Souvenons-nous du contrat saoudien de plusieurs dizaines de milliards de dollars avec les Etats-Unis. Que va faire l’Arabie Saoudite avec ses armes si ce n’est les retourner contre son peuple ou contre les Bahreinis?
Avec un rare cynisme les médias occidentaux faisant la promotion des armes écrivent:
«Pour protéger sa vie, le matériel coûteux et éviter l’enlisement, notamment lors de combats en milieu urbain, le fantassin du futur sera bardé d’électronique et relié en réseau avec l’ensemble des blindés et aéronefs. Il ne s’agit plus de science-fiction, mais d’une réalité. Des fantassins en débarquent à couvert. Ils sont équipés d’un gilet bourré d’accessoires électroniques. Grâce à cet équipement, ils sont tous connectés à un réseau informatisé. Chaque combattant dispose d’un écran lui permettant de connaître sa position et celle de ses camarades via GPS. Ils peuvent s’organiser et communiquer entre eux avec un ostéophone, un système qui capte la voix via la résonance des os (…). C’est la poignée avant du fusil mitrailleur (Famas) qui permet de commander la radio. Ainsi, pas besoin d’arrêter un tir pour actionner un interrupteur. Ces mêmes commandes permettent de régler un tir sans se mettre à découvert (…) Ce même dispositif est doté d’options infrarouges, ou de vision de nuit. Le futur, c’est maintenant. Le combattant porte un équipement électronique qui le connecte en réseau avec la troupe, les aéronefs et les véhicules blindés.(…) Le LOCC, Logiciel opérationnel de conduite du combat, est l’outil de suivi des opérations du chef. C’est une sorte de gros iPad façon militaire, qui peut afficher en temps réel l’intégralité des combattants, véhicules et unités sur le terrain. Les positions des ennemis y sont affichées ainsi que les champs de vision et les directions de déplacement des uns et des autres. Dans un blindé, il est présenté sous la forme d’un double écran tactile. Sur le terrain, les chefs de sections sont, quant à eux, équipés d’une tablette tactique de plus petite taille (..)(4)
On le voit ce qui est important, c’est qu’il y ait zéro mort du côté de l’attaquant, que le matériel soit protégé, au besoin en tuant et aussi que le conflit ne s’enlise pas, car c’est de l’argent perdu…
La mort en joystick
Une autre technologique infernale concernant la mort est le drone avec des noms qui font froid dans le dos: drone predator, drones furtifs, drones reapers (faucheuses). Outils favoris des militaires depuis les années 1990, les drones sont de plus en plus utilisés. Ils sont expérimentés sur les faibles qui pensent échapper en vain à l’attaque sans pitié. Nous l’avons vu avec les éliminations des dirigeants palestiniens. Les drones ont, d’ores et déjà, changé la nature de la guerre.
Dans cet ordre, l’histoire que nous allons rapporter est celle d’une bavure parmi des dizaines: «Brandon Bryant était pilote de drone au sein d’une unité spéciale de l’armée de l’air américaine. Depuis l’Etat du Nouveau-Mexique, il a tué des dizaines de personnes. Jusqu’au jour où il a déclaré forfait. Pendant plus de cinq ans, Brandon Bryant a travaillé dans un container allongé de la taille d’une caravane, sans fenêtres, à température constante de 17 °C, et dont la porte était condamnée par mesure de sécurité. Devant les yeux de Brandon et de ses collègues scintillaient quatorze écrans. Sous leurs doigts, quatre claviers. Il suffisait que Brandon presse un bouton au Nouveau-Mexique pour qu’un homme meure à l’autre bout de la planète. A l’intérieur du container, des ordinateurs ronronnent. C’est le cerveau d’un drone. Dans l’US Air Force, on appelle cette pièce un «cockpit». A cette différence près que les pilotes du container ne volent pas – ils se contentent de piloter. Brandon était l’un d’entre eux. Il se souvient très précisément des huit que décrivait le Predator dans le ciel afghan, à plus de 10.000 kilomètres de l’endroit où il se trouvait. Dans le réticule du drone, une maison aplatie en terre, avec une étable pour les chèvres, se rappelle-t-il. Lorsque l’ordre de faire feu tombe, Brandon presse un bouton de la main gauche, «marque» le toit au laser, et le pilote assis à côté de lui déclenche le tir à l’aide d’un joystick. Le drone lance un missile de type Hellfire. Il reste alors seize secondes avant l’impact. «Les secondes s’écoulent au ralenti», se souvient Brandon aujourd’hui. Enregistrées au moyen d’une caméra infrarouge orientée vers le sol, les images sont transmises par satellite et apparaissent sur son moniteur avec un décalage de deux à cinq secondes».(5)
«Plus que sept secondes, pas l’ombre d’un humain. A cet instant, Brandon aurait encore pu détourner le missile roquette. Trois secondes. Brandon scrute le moindre pixel sur l’écran. Soudain, un enfant qui court à l’angle de la maison. Au moment de l’impact, le monde virtuel de Brandon et le monde réel d’un village situé entre Baghlan et Mazar-e Charif se télescopent. Brandon voit une lueur sur l’écran- l’explosion. Des pans du bâtiment s’écroulent. L’enfant a disparu. Brandon a l’estomac noué. «On vient de tuer le gamin?» demande-t-il à son collègue assis à côté.
«Je crois que c’était un gamin», lui répond le pilote. «C’était un gamin?» continuent-ils de s’interroger dans la fenêtre de messagerie instantanée qui s’affiche sur leur écran. C’est alors que quelqu’un qu’ils ne connaissent pas intervient, quelqu’un qui se trouve quelque part dans un poste de commandement de l’armée et qui a suivi leur attaque: «Non, c’était un chien.» (…) Brandon se souvient de son premier tir de missile: deux hommes meurent sur le coup et il assiste à l’agonie du troisième. L’homme a perdu une jambe, il se tient le moignon, son sang chaud ruisselle sur l’asphalte. La scène dure deux minutes. Un beau jour, Brandon Bryant n’a plus eu qu’une seule envie, partir, faire autre chose. L’espoir d’une guerre confortable, sans séquelles psychologiques, a fait long feu».(5)
La nouvelle guerre par les «ponctuelles»
La guerre moderne est devenue en théorie d’après les stratèges vendeurs de mort, un tel raffinement que les médias main stream qui nous font la promotion de ces nouvelles formes de suppression de vie, utilisent un langage neutre souvenons nous des « ponctuelles » terminologie utilisée par les commandos deltas qui éliminaient pour le compte de l’OAS, tout ce qui dérangeaient aussi bien les bougnoules, que les pieds noirs « tièdes ». En vendant ces informations ces médias se pâment devant les frappes dites chirurgicales tout en sachant que la chirurgie contrairement à son sens morbide dans ces guerres du XXie siècle, est en principe utilisée pour sauver les vies humaines.
Dans cet ordre, Joe Becker du New York Times démonte la mécanique de mise à mort par les drones.
« Au fil de son premier mandat écrit-il c’est devenu la spécialité du président américain: Sélectionner les terroristes à abattre et donner son aval à chaque frappe de drones à l’étranger. Une méthode expéditive qui suscite la polémique. (…) En août 2009, le patron de la CIA, Leon Panetta, a fait savoir à John Brennan que l’agence avait Mehsud dans sa ligne de mire. Toutefois, a prévenu Leon Panetta, la liquidation du chef des taliban au Pakistan ne satisfaisait pas aux exigences d’Obama, pour lequel il faut avoir la «quasi-certitude» qu’aucun innocent ne sera tué. De fait, il était certain qu’une opération causerait la mort d’innocents, puisque Mehsud se trouvait en compagnie de son épouse chez sa belle-famille. (…) Mais pas cette fois. Obama a donné son feu vert à la CIA et Mehsud a été tué ainsi que son épouse et, selon certaines informations, d’autres membres de sa famille. (…) Ce n’était pas vraiment le type de frappe chirurgicale que souhaitait Barack Obama. (…) A juste titre ou non, les drones sont devenus le symbole provocateur de la puissance américaine, foulant aux pieds les souverainetés nationales et causant la mort d’innocents. (…) Le bilan d’Obama a fait reculer l’idée selon laquelle les démocrates sont peu performants en matière de sécurité nationale. Depuis son arrivée à la Maison-Blanche, Obama s’est révélé plus prompt à dégainer que Bush. Au Pakistan, depuis 2009, Il y eut 261 attaques avec 1819 taliban morts et 87 civils morts pour Obama contre 38 attaques avec 481 morts dont 94 civils avec Bush. Au Yémen, il y eut 48 attaques par les drones contre deux avec Bush. (6)
Conclusion : Qu’est ce qu’une guerre juste ?
Dans une contribution précédente j’avais décortiqué le vocable de guerre juste selon l’Eglise et la charité chrétienne dont se prévalent les semeurs de mort. J’écrivais : « Si l’on croit la théologie catholique “une guerre juste” doit obéir à trois conditions, (…) La première des trois conditions énoncées par saint Thomas est que la guerre ne peut être légitimement décidée que par l’autorité politique souveraine qui a pour fin principale de connaître et de promouvoir le bien commun de la cité ou société politique parfaite. (…) La deuxième condition de la guerre juste est que la guerre soit entreprise pour une cause juste (..°) La troisième condition de la guerre juste est ainsi la rectitude de l’intention de celui qui fait la guerre. L’autorité politique suprême peut entreprendre une guerre pour une cause juste mais en étant mue principalement par une intention mauvaise. (…) On pourrait ajouter une condition que saint Thomas n’affirme pas explicitement : il faut que le belligérant use de moyens militaires légitimes. Il n’est donc pas permis d’user de n’importe quel moyen militaire pour vaincre son ennemi. Il y a des actes qui sont toujours mauvais en eux-mêmes et il n’est jamais permis de les poser. L’intervention des armées américaines et anglaises en Irak, décidée sans l’assentiment du Conseil de sécurité de l’Organisation des Nations unies » (3) (7)
Pour Louis Delmas, la guerre n’est plus un affrontement de combattants, même éloignés les uns des autres par l’artillerie ou l’aviation, qui se battent en risquant leurs vies, mais un jeu informatique mortel où des opérateurs confortablement installés à des milliers de kilomètres, assassinent des adversaires en manipulant un clavier. Sous prétexte d’abattre un terroriste, les drones télécommandés envoient à un écran lointain les images de la vie d’une famille qu’ils observent pendant des jours avant de recevoir l’ordre de l’éliminer. Des militaires au chaud dans leur bureau, qui ne connaissent rien d’un champ de bataille, regardent des enfants jouer dans la cour, des femmes faire leur lessive, des vieux jouir du soleil. Jour après jour, la routine d’une existence ordinaire. Puis d’un coup, l’exécution est décidée. L’ordre arrive. Ils appuient sur un bouton. Si la cible est bien ajustée, le terroriste est tué. L’explosion fait le vide. Mission accomplie. Les enfants, femmes, vieillards qu’ils reconnaissaient chaque matin ne sont plus que des cadavres. Difficile à supporter. (…) Qu’est-ce qu’une guerre à zéro mort? Le robot (…) celui qui tue votre ennemi sans que vous couriez le moindre risque change la face de la guerre. Zéro mort chez l’agresseur, c’est devenu le slogan des nouveaux traîneurs de sabres. Ils disposent désormais d’un moyen de réaliser leur rêve. C’est un encouragement à déclencher des combats qui font impunément des masses de victimes.(8)
Les guerres que mène l’Occident ne sont pas justes et partant pas morales. Quand Bush avait envahi l’Afghanistan, c’était pour délivrer les Afghanes, maintenant c’est pour combattre le terrorisme. Et demain ? Cette guerre dissymétrique de 1 pour 1000 est encore plus amorale quand on utilise les satellites, les drones et les robots. On tue son adversaire sans le connaître à des milliers de kilomètres, à partir d’une salle climatisée du fin fond des Etats-Unis… On rentre chez soi avec la satisfaction du devoir bien fait ,d’avoir été un bon patriote, pendant qu’à des milliers de kms de là , c’est la terreur, le sang, les larmes la désolation, des vies volées et une haine des survivants qui sédimente inexorablement. Que veut dire alors «une guerre juste»? La question reste posée.
Professeur Chems Eddine Chitour
Ecole Polytechnique enp-edu.dz
Notes/références
1. http://www.legrandsoir.info/+jean-paul-sartre-explique-une-astuce-de-propagande+.html
2. George Stanechy http://stanechy.over-blog.com/article-noel-les-enfants-de-fa…
3. http://www.legrandsoir.info/Les-societes-militaires-privees-La-mort-par-procuration.html
4. http://www.futura-sciences.com/fr/news/t/high-tech-4/d/reportage-les-cyberguerriers-de-larmee-francaise_43699/
5. Nicola Abé: Drones:Un ancien pilote américain raconte Der Spiegel 3 janvier 2013
6. Jo Becker The New York Times 7 juin 2012 Jo Becker Comment Obama a appris à tuer avec ses drones The New York Times 7 juin 2012
7. Qu’est-ce qu’une guerre juste ? http://www.etudesfda.com/SPIP/spip.php?article48
8. http://www.mondialisation.ca/la-dangereuse-ere-de-la-telecommande/5314471
31 août 2012
Pakistan : le long chemin vers la paix et la sécurité
30 Aout 2012
pour http://fr.globalvoicesonline.org
Lire cet article en d'autres langues : english , spanish , arab
[Liens en anglais] Alors que le Pakistan entre dans la 66ème année de son indépendance, c'est un bon moment pour faire le point sur la situation sécuritaire du pays - afin de comprendre le rôle que le pays continue à jouer dans la sécurité et la stabilité de la région.
D’après le Rapport 2011 sur la sécurité du Pakistan [pdf, en anglais comme tous les liens] publié par l'Institut pakistanais des études sur la paix (PIPS), bien que le Pakistan continue à se classer « parmi les régions les plus instables du monde », il y a eu une certaine amélioration de la sécurité générale dans le pays, surtout depuis la fin de 2011. Le rapport indique :
La dernière moitié de l'année 2011 a été une période de paix relative au Pakistan en termes de conflits armés internes, d’actes de terrorisme et des pertes qui en découlent. Une diminution du nombre d'attentats-suicides et des frappes de drones en sont les principaux facteurs … la situation sécuritaire s'améliore lentement, et la violence a diminué de 24 pour cent au cours des deux dernières années.
Étant donné que le pays a connu une forte baisse du nombre de décès causés par les attentats-suicides et qu'il n'y a pas eu d'attentats terroristes significatifs dans les grandes villes ou dans la capitale en 2012, l'évolution de la situation sécuritaire semble importante, surtout lorsqu'on la compare à la période 2009 - 2011, qui fut mortelle à Karachi, Lahore et Islamabad.
Trois jours plus tard, le gouvernement suspendait l’accès aux services de téléphonie mobile pendant 15 heures dans quatre grandes villes - y compris Karachi et Lahore - durant la fête musulmane de l'Aïd, en raison des menaces de sécurité sérieuses qu'il avait reçues.
Ces événements récents tendent à démontrer qu'en dépit des affirmations faites en mai 2012 par le Premier Ministre pakistanais Yousuf Raza Gilani - à savoir, que les inquiétudes sur la situation sécuritaire du pays étaient « exagérées » -, la situation sur le terrain reste fragile et l'amélioration de la sécurité n'est pas ressentie partout.
Les «meurtres ciblés » continuent dans de nombreuses régions du pays. Karachi souffre toujours de violences politiques et ethniques et des guerres intestines perdurent depuis 2010. Les violences continuent de toucher les régions tribales (FATA) ainsi que le Khyber Pakhtunkhwa (KP) et sa capitale Peshawar. Ces secteurs continuent à porter le poids de l'engagement du Pakistan dans la guerre contre le terrorisme [fr].
Le Balouchistan reste en proie à une insurrection, alors que le gouvernement n’est pas encore en mesure de fournir une solution viable et acceptable pour répondre à ses revendications. Au contraire, comme le journaliste et blogueur pakistanais Malik Siraj Akbar l'a souligné, la violence s'est intensifiée au début de 2012, après « une audience sans précédent de la Commission américaine des affaires étrangères qui a exprimé une profonde préoccupation face aux violations atroces des droits humains qui auraient été commises par l'armée dans la plus grande province du pays, le Baloutchistan ».
Les violences entre communautés religieuses constituent une grave menace à la sécurité et à la stabilité du Pakistan, principalement en raison des conflits entre les communautés religieuses traditionnelles, qui menacent d'impliquer et de radicaliser davantage des pans entiers de la population pakistanaise plus que n'importe quel autre type de militantisme.Ainsi, il apparaît que même si il y a des raisons pour éprouver un certain optimisme prudent après les améliorations relatives de la situation au Pakistan en matière de sécurité globale, le pays a encore un long chemin à parcourir dans sa lutte pour réussir à résoudre les complexités de ses multiples communautés religieuses, les questions ethniques et politiques et améliorer la stabilité et la sécurité, non seulement à l’intérieur de ses frontières, mais aussi dans la région.
Ce billet fait partie de notre dossier central sur les relations internationales et la sécurité
18 février 2012
Le Cachemire, un casse-tête cartographique
le 9 Février 2012
pour http://blog.mondediplo.net
La carte est pourtant plutôt modérée ; elle est très bien conçue, avec un souci de précision. Chaque élément est pensé en fonction de la situation politique : les limites du Cachemire contestées sont bien en pointillé, ainsi d’ailleurs que la « ligne de contrôle », aussi appelée « ligne de cessez-le-feu ». The Economist prend particulièrement soin de n’attribuer aucune partie de territoire à personne. Le journal se borne simplement à rendre compte d’une situation factuelle (portion de territoire administrée par l’Inde ; par le Pakistan ; territoire tenu par la Chine mais revendiqué par l’Inde ; ou, plus complexe encore, territoire cédé par le Pakistan à la Chine, mais revendiqué par l’Inde !). Les auteurs - prudents - ont même opté pour une version minimaliste : ils auraient aussi bien pu écrire, pour la partie sud du Cachemire, « administrée par l’Inde mais revendiquée par le Pakistan », et vice-versa pour la partie nord. Pour finir, un détail, qui a toute son importance : The Economist pousse la subtilité jusqu’à arrêter la ligne de contrôle avant le glacier de Siachen (revendiqué par New Delhi et par Islamabad), mais sans le nommer. C’est dire si toutes les « précautions sémiologiques » ont été prises.
En dépit de cet excellent travail de recherche, et d’une carte présentant des faits exacts, la simple représentation cartographique d’un Cachemire potentiellement pakistanais (zone brune légèrement foncé) a suscité les foudres du gouvernement indien, qui a demandé aux autorités douanières de « retarder » l’entrée de 28 000 exemplaires du magazine, le temps qu’y soient apposés manuellement des autocollants blancs, afin de faire disparaître la carte (« Economist accuses India of censorship over Kashmir map », BBC News, 24 mai 2011).
Pourtant, durant de nombreuses années, l’Inde semblait plus flexible sur cette question, admettant la « réalité cartographique » de la ligne de contrôle et l’administration par le Pakistan de la partie septentrionale du Cachemire. Si l’ambassade indienne ne manquait pas de nous faire parvenir (au Monde diplomatique) des remarques officielles, celles-ci faisaient essentiellement référence au statut du glacier du Siachen. Il semblerait donc que les Indiens se soient récemment crispés sur la question de la représentation visuelle de ces territoires contestés, et aient décidé de resserrer les boulons, pour faire pression sur les publications afin qu’elles adoptent des modes de représentation conformes à leur perception. Depuis deux ou trois ans, les journaux et magazines dont les cartes osent ne pas montrer l’ensemble du Cachemire comme appartenant à l’Inde sont systématiquement censurés.
The Economist a répondu, sur son site Internet, à la fin de la page sur laquelle se trouve l’article, par une mise au point cinglante : « Manque-t-il une carte dans votre magazine ? Malheureusement, l’Inde censure les cartes qui montrent la situation factuelle des frontières, et insiste pour que seule son entière revendication territoriale [c’est-à-dire la totalité du Cachemire] soit figurée. C’est une position bien plus intolérante que celle du Pakistan ou de la Chine. Les lecteurs indiens seront sans doute privés de la carte dans l’édition papier. A la différence de leur gouvernement, The Economist pense que les lecteurs indiens sont capables d’appréhender cette réalité politique. Ceux qui veulent avoir une vision précise des différentes revendications peuvent consulter cette carte interactive. »
La carte interactive est d’ailleurs fort bien faite... Mais cette réponse n’est pas du goût de tout le monde et irrite les Indiens par son ton arrogant. Le journaliste Rajesh Kalra se désole, dans un article consacré à cet événement (« In digital age, can a government censor a map ? », 25 mai 2011) que « M. John Micklethwait, rédacteur en chef du magazine, ait réagit d’une manière démesurée au lieu de prendre cette affaire avec humour », en citant ses propos : « Bien que l’Inde soit une démocratie respectant la liberté d’opinion, elle reste beaucoup plus hostile sur ces questions que la Chine ou le Pakistan. »
Rajesh Kalra poursuit : « Je suis très partagé sur cette histoire, car, d’un côté, je pense que notre gouvernement n’a aucune vision valable sur ce problème, mais, de l’autre, je n’aime pas qu’on vienne nous donner des leçons, surtout quand il s’agit du Cachemire, question très émotionnelle pour beaucoup d’entre nous. »
Même le ministre finlandais des affaires étrangères, M. Alexander Stubb, s’y est brûlé les doigts en 2010 en suggérant — alors qu’il n’y était pas invité — qu’en absence de solution depuis soixante ans, l’Inde et le Pakistan devraient faire appel à un médiateur, déclenchant ainsi une véritable tempête diplomatique (« Switch off Nokia if Finland doesn’t apologize », 5 mai 2010).
Rajesh Kalra rappelle : « Il n’y a pas si longtemps, les journaux rentraient sans problème en Inde, et en cas de contentieux, le lecteur aurait simplement vu un tampon sur la carte indiquant que “les frontières telles que représentées sur cette carte ne sont ni authentiques ni correctes”. Je ne sais pas quand cela a changé, mais aujourd’hui, on bloque les magazines à la douane. »
« Il semble que The Economist ait manqué d’objectivité dans sa représentation cartographique, ce qui n’est pas le cas de l’article qui, lui, est plutôt assez bien équilibré, conclut-il. Le magazine aurait très bien pu accepter de se conformer à la demande indienne, plutôt que d’en faire un scandale inutile. Mais à l’ère d’Internet, cela a-t-il encore un sens de censurer les éditions papier de cette manière ? » La carte incriminée fut en tout cas consultée bien plus que 28 000 fois depuis l’Inde...
Voici comment j’avais traité la question de ces frontières « croisées » pour une exposition, au Musée des confluences (Lyon) en 2006 (Exposition « Frontières »).
Une autre façon de marquer la différence de statut entre les deux parties du Cachemire se trouvant de part et d’autre de la ligne de contrôle consiste à adapter la légende.
« Territoire sous contrôle du Pakistan et revendiqué par l’Inde » ne veut pas tout à fait dire la même chose que « territoire rattaché à l’Inde mais revendiqué par le Pakistan ».
A défaut de pouvoir publier des cartes interactives dans la version imprimée, on pouvait encore imaginer — pour ménager les susceptibilités — représenter ces revendications en une collection de deux cartes exprimant chacune les visions de New Delhi et d’Islamabad.
- Un territoire, deux perceptions
- Carte extraite de l’Atlas du Monde diplomatique, Un monde à l’envers, Paris, 2009.
Selon M. Miklos Pinther, l’ancien chef du bureau de cartographie de l’Organisation des Nations unies (ONU), à New York, les Indiens et les Pakistanais ont accepté l’idée des cartes qui montraient la ligne de cessez-le-feu et le glacier du Siachen, pourvu qu’ils soient représentés un peu comme s’ils étaient un no man’s land, presque une sorte de nulle part... L’ONU diffuse une carte dont elle dit qu’elle est acceptée par les deux parties.
- Carte diffusée par l’ONU, agréée par l’Inde et le Pakistan
- Source : département de cartographie des Nations unies, New York.
Le Diplo n’a pas encore été censuré en Inde, mais en octobre 2011, nous recevions une lettre de Mme Nina Tshering La, première secrétaire de l’ambassade indienne à Paris (la première depuis 2003), dont le ton et les revendications avaient de quoi laisser perplexe.
« L’Ambassade de l’Inde attire votre attention sur le fait que les frontières de l’Inde telles qu’elles figurent dans les pages du mensuel “Le Monde diplomatique” sont incorrectes. Il nous paraît inapproprié qu’une carte erronée de l’Inde où une partie de notre territoire est non seulement réduite mais également attribuée à des pays voisins [soit publiée] par un média étranger. Nous vous remettons ci-joint une carte de l’Inde publiée par le gouvernement dont l’utilisation est libre de droits. Nous vous serions reconnaissants de bien vouloir l’utiliser à l’avenir. »
Il est rare que les ambassades utilisent un style aussi direct et comminatoire. D’habitude, on nous « suggère » ou on nous « recommande »...
Mais la carte transmise par l’ambassade est elle aussi surprenante, d’autant plus qu’elle nous est présentée comme étant la carte officielle sur laquelle on nous demande de prendre exemple.
Elle inclut en effet la totalité du Cachemire, et fait disparaître la ligne de contrôle (pourtant une réalité sur le terrain depuis 1947). Ce qui représente une différence majeure avec la carte diffusée par l’ONU, censée elle aussi avoir été avalisée par les autorités.
Rien n’est vraiment simple en cartographie.
P.-S. : les lecteurs indiens ont de la chance. Et The Economist ne devrait pas trop se plaindre. Si cette affaire s’était produite au Vietnam, voici ce qui aurait pu arriver.
- Le Monde diplomatique censuré au Vietnam
- Dans le numéro de juin 2011, l’article de Xavier Monthéard, « Retrouvailles des Etats-Unis et du Vietnam », a été caviardé au feutre.
12 août 2010
Rapports explosifs sur la guerre en Afghanistan
Les révélations du site Wikileaks
Une masse considérable de fichiers confidentiels de l’armée américaine vient d’être dévoilée, lundi 26 juillet, par le site Internet Wikileaks.org. Ces documents relatent, événement après événement, le quotidien d’une guerre entamée en octobre 2001 et d’une occupation qui n’en finit pas.Fouiller l’ensemble des quelque 92 000 rapports d’incident divulgués constitue une tâche herculéenne. C’est pourquoi Le Monde diplomatique s’est associé à l’initiative d’Owni.fr visant à mettre à la disposition de tous un outil de consultation de ces rapports. Accessible directement en ligne, ce dispositif nommé « War Logs » permet au lecteur d’appréhender le jargon militaire dans lequel les événements sont décrits, d’effectuer des recherches dans l’ensemble des documents dévoilés, et d’ajouter des annotations. La base de données comprend déjà 75 000 documents et sera enrichie rapidement.
Les lecteurs qui le souhaitent peuvent exploiter cet outil pour, d’une part, se familiariser avec ces documents exceptionnels, et, d’autre part, participer — avec les dizaines de personnes qui se sont déjà plongées dans ces fichiers — à la mise à nu de la guerre d’Afghanistan. Le Monde diplomatique reviendra sur ces révélations.
Avant d’ouvrir ces données à tout le monde, Wikileaks s’est associé à trois journaux, leur offrant une période d’exclusivité qui leur a permis de travailler sur ces informations : The Guardian, The New York Times et Der Spiegel. Ces derniers proposent, chacun sur leur site, un premier aperçu de ces 200 000 pages de « journaux de bord de guerre » (d’où le titre, War Logs), qui donnent de la guerre en Afghanistan une image dévastatrice aussi bien pour les talibans que pour les occupants occidentaux, Etats-Unis en tête.
Parmi les 300 rapports sélectionnés dans cette masse par The Guardian, trois concernent les troupes françaises. Notamment ceci, qui n’avait jamais été rendu public : le 2 octobre 2008, à Tangi Kalai, à proximité de Kaboul, elles ont fait feu sur un bus s’approchant trop près d’un convoi militaire, blessant huit enfants.
Sur la carte dessinée par les « data journalists » (journalistes de données) du Guardian à partir de ces rapports, on peine à distinguer une « ligne de front » ou de grands mouvements stratégiques (voir la carte des incidents). Ce sont, un peu partout dans le pays, des engins explosifs improvisés (IED) qui tuent des civils, des troupes de la coalition ou des militaires afghans (voir la carte des IED).
Si, pour le président afghan Hamid Karzai, cette fuite ne nous apprend « rien qui ne soit déjà connu », Julian Assange, porte-parole de Wikileaks, est plus convaincant quand il affirme qu’une foule d’informations se nichent dans les données qu’il a collectées : « Regardez par exemple le ratio du nombre de tués par rapport aux blessés et aux prisonniers : cette guerre est extrêmement létale. »
Wikileaks pense ainsi pouvoir déjà mettre en évidence plusieurs éléments :
— sur l’implication du Pakistan dans les attaques contre les forces de la coalition ;
— sur le rôle qu’on prête encore, au sein de l’armée, à Oussama Ben Laden ;
— sur une présence clandestine des Iraniens ;
— sur les combats entre soldats afghans ;
— sur l’unité américaine TF-373, spécialisée dans la capture et l’assassinat de chefs talibans, et qui disposerait d’une liste de 2 000 noms ;
— sur le fait que les Etats-Unis ont caché au public l’usage de missiles sol-air par les talibans contre un hélicoptère Chinook ;
le tout avec force détails, d’incident en incident et de mission en mission.
Quant au tableau des pertes humaines directes recensées par ces fichiers, qui couvrent six années de guerre (2004-2009), il est éloquent :
| Nombre de morts | |
|---|---|
| Ennemis | 15 506 |
| Civils | 4 232 |
| Armée afgh. | 3 819 |
| OTAN | 1 138 |
Pour accéder à l’application, cliquez sur l’image ci-dessous :
15 février 2010
Danse avec les drones
« Pour la première fois, l’US Air force va former cette année plus d’opérateurs de drones que de pilotes de chasse », reconnaît le général Norton A. Schwartz, chef d’état-major de l’armée de l’air américaine. Et, dans le budget 2010-11 de la défense, 2,7 milliards de dollars sont provisionnés pour assurer un doublement du nombre des drones militaires...
Dans un papier au titre inspiré — « Obama dances with the drones » — Stewen Wassman expliquait, dès avril 2009, que le président Barack Obama avait décidé d’intensifier les raids punitifs sur les zones tribales du nord-ouest du Pakistan, quelles qu’en soient les retombées politiques, pour tenter de décapiter le commandement de la mouvance Al Qaida et de ses alliés talibans.
Depuis, une noria de drones vole au dessus de « l’Afpak ». Et, ces dernières semaines, les dépêches se sont emballées : « Au Pakistan, la guerre secrète américaine au dessus des zones tribales… Nouvelle frappe meurtrière de drones… Intensification des tirs de missiles... ». Une des plus récentes, le 3 février dernier, relatait une attaque massive, les drones opérant pour la première fois « en meute » : « Des témoins et des responsables administratifs ou militaires disent avoir compté jusqu’à dix de ces appareils sans pilote et l’explosion d’au moins dix-huit missiles, dans cette attaque concentrée près d’une heure durant sur des grottes et des camps d’entraînement d’insurgés dans les environs de Dattakhel, une zone extrêmement reculée et montagneuse du district tribal du Waziristan du Nord, frontalier avec l’Afghanistan ».
Dans la clandestinité
C’est la CIA, l’agence de services secrets, qui gère dans la clandestinité les frappes de drones visant des talibans et Al-Qaida au dessus du Pakistan. L’existence de ce programme n’est pas reconnue officiellement par l’administration américaine, qui donne seulement les noms des quelques chefs rebelles présumés éliminés. Récemment, Paul Gimigliano, porte-parole de la CIA, s’est à nouveau refusé à commenter ces raids de drones, se contentant d’indiquer que « les opérations de contre-terrorisme de l’Agence — légales, offensives, ciblées et efficaces — se poursuivraient sans marquer de pause ».
Des sources proches de la direction de la CIA ont démenti que l’intensification des frappes ces dernières semaines soit une « vengeance », après l’attentat qui a partiellement détruit fin décembre la base secrète « Chapman » de la CIA, à Khost, provoquant la mort de plusieurs cadres de l’agence impliqués dans la programmation de ces raids de drones. Leur efficacité est cependant discutée : selon une évaluation très approximative, la petite centaine de raids menés depuis 2008 aurait bien permis l’élimination d’une vingtaine de dirigeants rebelles, mais coûté la vie également à plus de sept cents civils.
Dans une tribune du New York Times, en mai dernier, David Kilcullen, spécialiste de contre-insurrection et conseiller du général David Petraeus au moment où ce dernier était en Irak, ainsi qu’un ancien officier de l’armée américaine, Andrew Exum, avaient pourtant mis en garde contre un usage abusif des drones, sans pour autant renier les avantages qu’ils offrent : « Chaque mort d’un non-combattant représente une famille hostile, un nouveau désir de revanche et plus de recrues pour un mouvement qui s’est développé de manière exponentielle, alors que les frappes par drones augmentaient ».
Nimbé de secret
En privé, la CIA estime que la frappe via les drones est actuellement l’arme-miracle contre Al Qaida, pour reprendre le mot de Tom Engelhardt et Nick Turse. Les vertus « antiseptiques » (pour les assaillants) de ce mode d’action , ainsi que leur haut degré de technicité, le tout nimbé par le secret, ont pu faire oublier que, « pour la première fois dans l’histoire », comme l’analyse un commentateur, « une agence civile de renseignements recourt à des robots pour remplir une mission de type militaire, sélectionnant des personnes à tuer dans un pays avec lequel les Etats-Unis ne sont pas officiellement en guerre ».
Sebastian Abbot, de Canadian Press, explique qu’en tout cas, le silence américain est de plus en plus critiqué, y compris aux Etats-Unis, et soulève aussi des questions sur la conformité de cette politique avec le droit international. Il cite, à l’appui de ses affirmations :
— Philip Alston, un enquêteur de l’ONU sur les exécutions extrajudiciaires : « Quand on a le genre d’attaques (de drones) que l’on a vu au cours des derniers jours en réponse à l’attentat de Khost, les suspicions commencent à monter » sur la volonté de limiter les pertes civiles.
— Paul Pillar, ancien responsable du contre-terrorisme à la CIA, pour qui « la principale inquiétude (...) est que l’on ne sait pas sur quels critères on décide dans chaque cas d’appuyer sur la détente ou pas » ;
— Roger Cressey, ancien responsable du contre-terrorisme dans les administrations Bush et Clinton : il assure que la décision de tirer un missile répond à une procédure « très sérieuse et méthodique » de la CIA, mais critique le silence de Washington, « qui laisse le champ libre aux allégations des talibans ».
15 décembre 2009
Au Pakistan, un drône tue un fantôme
Une dépêche assez absconse nous indiquait ce vendredi-là que les américains venaient d’éliminer (le 8 décembre) "un haut dignitaire d’Al-Quaida" ("a high-ranking al Qaeda figure"), au Pakistan, à coup de missiles tirés d’un drone Predator. Branle-bas de combat dans les rédactions, effervescence sur les plateaux de télévision (US !) : "ça y est, ils ont eu Al-Zawahiri" ! Tout de suite, en effet, un nom vient en premier sur les lèvres : celui d’Ayman al-Zawahiri, le seul leader haut placé désormais à montrer son visage sur les vidéos savamment distillées par les deux organismes décrits ailleurs, à savoir le MEMRI et l’officine douteuse de Rita Katz (décrite ici). Le numéro 2, car personne ne songe au numéro 1, Ben Laden, tout le monde l’imaginant mort depuis des années. Ce n’est pas la première fois que l’individu fait l’objet de toutes les supputations, comme nous allons le voir ; Al-Zawahiri, a déjà été annoncé mort au moins à quatre reprises déjà, et fait à plusieurs reprises à ce sujet la une des journaux télévisés US. Mais cette fois, l’extrême prudence de l’annonce semble plutôt annoncer que les vérifications sont en cours pour assurer l’annonce définitive du décès du "dignitaire de haut rang" abattu. En réalité, on va apprendre deux jours après que ce n’était pas du tout lui... Une fois de plus ! Mais cette fois, le démenti sera encore plus surprenant... quelque chose semble avoir foiré quelque part dans la communication officielle américaine ... quelque chose de plutôt inquiétant, indiquant un sérieux malaise au sujet de l’usage des drones tueurs au Pakistan... Visiblement, quelqu’un a mis la charrue avant les bœufs dans cette annonce prématurée, et d’autres ont essayé de noyer le poisson dans la foulée pour tenter de réparer la bourde !
Effectivement, on a déjà annoncé à quatre reprises la mort d’Ayman al-Zawahiri. La toute première fois, c’était il y a plus de dix ans, en 1998, déjà... sous la présidence de Bill Clinton, donc. Le 20 août de cette année-là, Al-Zawahiri était en train de discuter longuement avec un journaliste grâce à son téléphone satellitaire, et risquait ainsi de se faire tuer, ayant été localisé par les services des écoutes de la CIA. Mais ce jour-là, les américains n’eurent pas le temps de préparer un missile pour le lancer sur l’endroit d’où il téléphonait. L’envoi du missile aurait signifié clairement que les américains le pistaient depuis longtemps, et qu’ils avaient préparé de longue date la frappe et choisi de "l’effacer". A ce moment là, la procédure était plus lourde qu’aujourd’hui, car les drones n’existaient pas sous leur forme actuelle d’avions-tueurs, et ce sont des engins classiques (des hélicos Apache) qui lançaient les Hellfires et non les drones Predators : la procédure était bien plus longue à mettre en œuvre. Aucun missile n’avait été lancé, mais une information erronée envoyée aux médias sur une frappe de missile survenue la semaine auparavant avait alors mélangé les noms, et Al-Zawahiri avait été annoncé par erreur ce jour-là comme ayant été tué, alors que le lendemain même son interview sortait dans la presse !
A l’époque, en effet, Ben Laden et Al-Zawahiri utilisaient un téléphone satellitaire Compact M Immarsat, acheté 7500 dollars en Virginie par un jeune étudiant, Ziyad Khaleel, qui avait utilisé pour ce faire une carte bancaire d’un anglais, Saad al-Fagih. Dès le début de 2001, la CIA et le FBI avaient déjà décodé ce fameux téléphone crypté (similaire à celui utilisé à l’autre bout du monde par les Farcs et Paul Reyes !). Un répertoire des appels d’Al-Zawahiri pour l’année avait ainsi été rendu public : vers l’Angleterre (238 ou 260 appels sur 27 numéros différents dont 143 à Khalid al-Fawwaz, le porte-parole anglais d’Al Quaida), 211 vers le Yemen, 106 vers l’Iran, 67 vers l’Azerbaijan, vers Bakou, destiné à Ahmad Salama Mabruk (la CIA l’arrêtera sur place en 1998), 59 pour le Pakistan, 57 vers l’Arabie Saoudite, 56 vers le Kenya, 13 vers un bateau dans l’océan indien, 6 vers les USA et l’Italie, 4 vers la Malaisie et 2 vers le Sénégal. Et, ce qui est à noter, pas un seul appel vers l’Irak : les américains savaient donc qu’il n’y avait aucun lien entre Ben Laden et Saddam Hussein ! En 1998, les américains s’étaient donc résolus à l’assassiner, et pourtant...
Onze ans auparavant, c’était l’inverse en effet : on lui faisait d’autres, de cadeaux, à Al-Zawahiri. En 1987, il travaillait pour la CIA et avait alors reçu une partie des 500 millions de dollars versés par les Etats-Unis en Afghanistan, pour son groupe du Jihad Islamique (égyptien), afin de lutter contre les soviétiques en Afghanistan. On sait ce qu’il en est advenu : la CIA venait de créer un nouveau Frankeinstein, qui échappera très vite à son contrôle. Les américains, en aidant financièrement Al-Zawahiri avaient fait une terrible erreur. Dès septembre1992, en effet, Ayman Al-Zawahiri visitait la Bosnie, où il tentait de recruter des volontaires pour commettre des attentats dans le monde. L’année suivante, l’arrestation de la cellule égyptienne de son groupe le renforce de 800 membres qui quittent alors le pays pour le rejoindre en Afghanistan. Ben Laden et lui vivront ensuite quelques mois en Angleterre, en 1994. Ben Laden, on le verra alors souvent à Wembley, à l’Advice and Reformation Committee (ARC), dirigé par Khalid al-Fawwaz : mais bizarrement, aucun service secret, anglais, israélien ou même américain ne viendra le chercher pour l’arrêter... ce n’est pas le seul fait étrange de sa carrière, et pas la première fois que l’on fait comme si on ne n’avait pas vu. Ses anciennes amitiés le protégaient, semble-t-il ! Al-Zawahiri étant lui cette année là au Yemen, alors en pleine guerre civile. On le retrouve ensuite à Sofia, en Bulgarie en 1996, où il s’occupe toujours des Balkans et de ses recrutements de djihadistes. "Les camps islamistes sont devenus entre-temps des camps de formation où défile le monde entier : des Bosniaques, en 1992 et 1995, des Tchétchènes en 1994 et 1996, des Talibans en 1995 et 1996 et des Kosovars de l’armée de libération en 1998-99. L’Inde dénombre alors 38 camps différents en Afghanistan, 49 au Cachemire (alors occupé par le Pakistan) et 22 en Afghanistan."
Le 25 juin 1996, son groupe terroriste fait sauter les tours Khobar en Arabie Saoudite : l’événement est perçu comme l’avènement de l’association terroriste Jihad Islamique-Al Qaida. Déjà, à l’époque, on fait porter le chapeau à l’Iran : 13 ans après, l’article de Gareth Porter remet les choses à leur place : le gouvernement d’Arabie Saoudite était de mèche avec Ben Laden, qui avait été laissé libre d’attaquer les biens américains s’il ne lui prenait pas l’idée de s’attaquer à ceux de l’Arabie Saoudite : un deal classique ! Les américains le savent pourtant, qui interceptent toutes les conversations téléphoniques entre Ben Laden, al-Zawahiri et Ashra Hadi, à la tête de la branche Palestinienne du Jihad islamique, grâce au fameux téléphone Immarsat décrypté. Malgré cela, et sa revendication effective de l’attentat, et afin de renforcer son groupe, il effectue en 1996 sa troisième tournée au USA, après 1989 et 1993, pour y récolter des fonds : il en ramènera 500 000 dollars. Les autorités savent pourtant qu’il s’est rapproché, depuis au moins trois ans, de Ben Laden. Au FBI, on ignore royalement ses voyages dans le pays : en 1999, deux directeurs de la sécurité de Clinton avoueront les avoir découverts bien après son départ des USA ! Ce n’est pas le moindre des paradoxes de sa vie que cette visite en touriste d’un homme déjà déclaré terroriste international... une visite qui laisse planer de fortes suspicions de collusion avec la CIA...
Al-Zawahiri est, lui, déjà en Tchétchénie, venu visiter le pays avec Ahmad Salama Mabruk, à la tête du Djihad Islamique d’Azerbaijan, et de Mahmud Hisham al-Hennawi. Le 1er décembre 1996, il avaient été tous trois arrêtés par les autorités russes pour possession de passeport falsifiés : emprisonnés à Makhachkala, ils avaient été relâchés six mois plus tard par les autorités, en échange de quoi, on ne sait ! En 1998, Ben Laden et lui lancent lors d’une sorte de conférence de presse une célèbre fatwa (" Le Front islamique mondial pour le Jihad contre les Juifs et les Croisés ") annonçant que les américains doivent être désormais tués : c’est le pacte officiel de la création d’Al-Quaida. L’année 1998 s’annonce faste pour le terrorisme... et le groupe de Ben Laden, jusqu’alors encore assez nébuleux.
Année faste, pas exactement : cette année les deux compères devront subir deux énormes revers. Pour beaucoup, c’est Al-Zawahiri qui a entièrement rédigé le texte de la fatwa anti-américaine, et son association avec Ben Laden passe mal auprès de certains militants. Parmi eux, Ahmed Nasrallah, un vétéran des camps d’entraînement d’Al-Quaida, qui choisit de tout déballer aux autorités Yéménites où sont alors installés Ben Laden et Al-Zawahiri : en danger de mort, obligé de fuir, il se réfugiera en Egypte où il sera interrogé (et très certainement torturé)... sans jamais évoquer pour autant de quelconque préparation de 11 septembre... auquel Al-Quaida semblait bien étranger... Premier coup du sort, donc, pour le mouvement, qui doit quitter le Yemen, direction... l’Afghanistan et Tora Bora.
Le second, c’est la capture par le FBI d’Ahmad Salama Mabruk à Bakou, dans l’Azerbaijan : c’est alors le numéro trois d’Al-Quaida, et l’homme se fait pincer avec son ordinateur. Un ancien membre du FBI dira un jour que ce jour-là, les américains étaient tombés sur "la pierre de Rosette". A savoir sur tout le détail de l’organisation terroriste et l’organigramme de tout son réseau ! La récupération des documents ne se fera pas sans heurts avec le gouvernement d’Azerbaijan qui freinera des quatre fers la restitution des documents trouvés sur le disque dur du terroriste kidnappé par la CIA. Mabruk, diplômé d’informatique (mais donc assez mauvais dissimulateur de données !), sera condamné.. en Egypte, où il purge depuis une peine d’emprisonnement de 15 ans de prison. Il avait déjà été emprisonné sept ans en 1981 pour participation à l’assassinat d’Anouar El Sadate... Il s’était engagé dans le jihad à la suite d’un épisode particulièrement sordide : ses deux jeunes fils, arrêtés par les services secrets égyptiens avaient été violés, la scène avait été filmée et la cassette lui avait été envoyée ! Ayant été déclarés eux-même traîtres pour avoir renseigné les égyptiens, ils furent fusillés sur décision...d’al-Zawahiri. Leur mort fut filmée et distribuée en exemple (!) par le Jihad Islamique... de retour en Egypte, Mabruk sera torturé... et avouera que Ben Laden avait cherché à se munir d’armes de destruction massives : c’était le scénario de Saddam Hussein, avant la lettre, car à ce jour peu d’éléments ont corroboré cette vision des choses. Ben Laden et la bombe atomique, ça reste du domaine fantasmatique plus qu’autre chose : on ne possède que des rumeurs d’achat de Yellow Cake, la même intox que celle attribuée par Dick Cheney à Saddam Hussein, via l’affaire Palme.
Ce n’est pas fini des déboires du mouvement : en 2000, Mohammed al-Zawahiri, le propre frère d’Ayman al-Zawahiri, est arrêté par la CIA à Dubai, aux Emirats Arabes Unis. Lui aussi a quitté le mouvement, comme Ahmed Nasrallah... et n’apprécie visiblement pas l’association avec Ben Laden. Il n’empêche, il sera un des premiers à inaugurer les "renditions flights".... vers l’Egypte, lui aussi, à savoir juste à l’arrivée de Bush au pouvoir. Or, pour certains c’est en 1999 que cela a eu lieu : sous Bill Clinton, donc, les vols avaient déjà commencé !!! Interrogé et vraisemblablement torturé, il se révélera fort coopératif paraît-il, lui aussi possédant un ordinateur bien fourni : en 2000, les américains savent tout d’Al Quaida et de sa fusion avec le Jihad Islamique. Mais visiblement ne font rien des donnés obtenues ! Ou plutôt, d’aucuns diront en 2001 qu’ils s’en étaient servis pour accuser aussi rapidement Al-Quaida d’avoir fomenté les attentats du 11 septembre ! Car à partir d’octobre 2000, tout s’accélère : l’USS Cole est attaqué, après un discours enregistré de Ben Laden annonçant des actions d’éclat contre les américains. Puis arrive le 11 septembre, imputé obligatoirement à Ben Laden... et à Al-Zawahiri. Les deux deviennent les hommes dont la tête est mise à prix plusieurs milliers de dollars. On leur impute des faits dont ils n’ont pourtant jamais parlé auparavant au téléphone... et cela, les américains le savent pertinemment : ils ont toujours dans leurs bandes enregistrées les conversations téléphoniques de leur Immarsat !
Le 3 octobre 2002 déjà, on avait donc déjà annoncé sa mort pour la deuxième fois : Bush avait autorisé les assassinats ciblés juste auparavant, et un missile de Predator l’avait raté de peu. Début 2006, quatre jours après que la CIA annonce avoir enfin éliminé Abu Khabab al-Masri , déjà annoncé mort lui-même deux fois déjà, c’est au tour d’Ayman al-Zawahiri d’avoir été blessé paraît-il, par cette énième frappe ciblée. Sa tête mise à prix a déjà grimpé à 25 millions de dollars. Mais quelqu’un va jeter le trouble quelque jours plus tard : c’est Pervez Musharraf qui affirme qu’al-Zawahiri n’a pas été blessé, mais qu’il est bel et bien mort désormais. C’est la troisième fois, alors, qu’il est présenté comme décédé ! Le président pakistanais a-t-il ce jour là cherché à protéger à sa façon celui qui, visiblement est réfugié sur son territoire ? On peut raisonnablement le penser : Musharraf rencontre alors régulièrement John Negroponte, grand artisan des magouilles de la CIA. Musharraf, tout le monde s’en doute, joue un double jeu évident : à l’extérieur il annonce faire la chasse à Al Quaida. A l’intérieur, il lui offre l’hospitalité... avec l’accord, visiblement, des américains, qui jouent le même jeu. Mais lui laissent 10 milliards de dollars d’aide... pour lutter contre le terrorisme, que s’empresse de pomper l’armée pakistanaise et ses dignitaires.
Deux années passent, et la quatrième annonce du décès survient : Le 2 août 2008, la nouvelle se fait plus précise encore que les fois précédentes : il aurait cette fois été tué le 29 juillet, dans le village de Zeralita, dans la région de l’Azam Warsak, dans le Sud Waziristan ; affirme-t-on jusque dans les flashs télévisés US. L’annonce première de sa mort provenait cette fois de l’agence russe ITAR-TASS, ce qui n’est pas non plus pour étonner. Le bombardement aurait également tué Abu Khabab al-Masri, l’artificier d’Al Qaida. Si cette dernière disparition est confirmée, on découvrira plus tard qu’Al-Zawahiri n’était pas, lui, sur place... et des vidéos le montrant tenir des discours surgiront peu après... contenant des références à des événements postérieurs au 29 juillet 2008. Al-Zawahiri est donc bien toujours vivant, tout comme aujourd’hui encore : cette année 2009 par exemple, il parlera d’Obama comme étant un "vandale économique", avant de s’en prendre à l’Occident, dans l’une de ces diatribes haineuses dont il a le secret. L’homme "le plus mort au monde", en 2009, est bel et bien toujours vivant. Et ses vidéos toujours produites pat A-Sahab, un studio de production aux biens étranges ramifications... (lire ici et là)
Dans ces vidéos fabriquées de bien étranges façons, Ben Laden n’apparaît plus depuis longtemps... on l’avait bien repeint à grands coups de montages vidéos pour le sortir présentable en 2007, juste avant l’élection américaine, mais ses poils de barbe teints en noir avaient fait davantage rire qu’autre chose. A la place, on avait un Al-Zawahiri en bien meilleure forme (orale), l’invective aux lèvres comme à l’accoutumée. A côté de lui, un autre intervenant : le surprenant et grotesque Adam Gadahn ( alias "Azzam The American")... Un individu qui a eu droit lu aussi et à la même époque à une rumeur sur sa mort, et de la même manière : "en février 2008, d’étranges rumeurs pakistanaises ont commencé à évoquer la mort de Gadahn sous les tirs d’un Predator… reprises bien officiellement par les USA. On aurait pu y croire (comme pour le Telegraph !), jusqu’en octobre 2008, où l’homme est réapparu frais dispos pour parler du départ de Musharraf du pouvoir… et donc donner la preuve que c’était bien une rumeur que sa mort… On retient surtout qu’on a voulu avant tout nous faire croire qu’il vivait au Pakistan…" Car le but du jeu de ses vidéos à la filière de distribution plus que singulière est bien celle-là, et rien d’autre : faire croire à leur présence à tout prix dans une partie du monde et à leur grande dangerosité. La mise en scène est telle que l’on se doute bien qu’il y a entourloupe : dans l’une des scènes montrée par l’incroyable Jack Idema, on montre des opérateurs vidéos d’As-Sahab, le studio de production d’Al-Quaida en uniforme militaire et en keffieh. Histoire de faire davantage couleur locale, sans doute. Le procédé est grossier. Les vidéos sont ridicules, mais c’est bien leur distribution qui importe : celle d’IntelCenter ou du MEMRI, deux organismes plus que douteux. Le second ayant été créé, rappelons le, par un ancien chef du Mossad, Yigal Carmon, un ancien colonel dans l’IDF, le responsable des services secrets israéliens de 1988 à 1993 : un véritable expert... en désinformation.
On s’achemine donc vers cette confirmation, en hésitant toujours entre trois ou quatre noms,tout le samedi quand soudain coup de théâtre, le nom du leader assassiné apparaît progressivement dans d’autres dépêches : ce n’est pas Al-Zawahiri, finalement, mais un dénommé Saleh Al-Somali qui aurait été tué ! L’homme avait lui-même déjà échappé de peu aux missiles le 18 novembre dernier, à Shanakhora, annonce un blog... d’un auteur bien trop proche lui aussi de la CIA pour être crédible... Le même qui annonçait donc à la mi-novembre, en reprenant la dépêche de l’AFP que "Salah Al-Somali" n’était qu’un simple "terroriste étranger" et absolument pas un des "leaders" d’Al-Quaida ! Des questions se posent alors inévitablement ! Comment un simple sbire peut se retrouver du jour au lendemain bombardé "leader de haut rang" d’une organisation terroriste ?
A-t-on cru un moment avoir réussi à tuer Al-Zawahiri, en annonçant la mort d’un "top leader", pour s’apercevoir que non, et le remplacer vite fait par une personne fictive ? A-t-on une nouvelle fois raté le coup et cherché le déguiser en inventant un leader inexistant ou inconnu ? A-t-on vite fait monter artificiellement en grade au sein de l’organisation un lampiste, afin de ne pas trop avoir l’air ridicule après avoir annoncé un peu vite avoir descendu un leader véritable ? Panetta a-t-il cherché ainsi à justifier ses frappes décriées aux yeux du citoyen américain qui connaît le coût de chaque missile (65 000 dollars pièce l’Hellfire) ? A cette heure, le mystère demeure : autant les premières annonces laissaient entendre la mort d’un des dirigeants principaux, autant le soufflé est vite retombé : à ce stade, on penche plutôt sur un... total inconnu, voire une fabrication complète. La CIA a-t-elle pataugé une nouvelle fois dans sa communication ? A-t-elle cru un moment avoir enfin eu définitivement Al-Zawahiri ?
Car c’est un bien étrange leader que ce al-Somali sorti d’on ne sait où, chargé selon les services secrets US "d’opérations extérieures" et "ayant planifié des attentats en Europe"... selon la CIA, mais dont on ne possède aucun cliché et aucun CV existant. Le "top" du "high ranking"... dont pas une seule biographie n’existe... le "top du top", totalement inconnu au bataillon ! Sur la longue liste des personnes affiliées à Al-Quaida (de plus de 500 noms) et mises au ban de l’ONU, lisible ici, il n’y figure même pas ! Ben Laden et Al-Zawahiri y sont... mais pas lui ! Vérifiez-bien, il n’y figure pas ! Le dernier responsable des "opérations extérieures" d’Al Quaida était Abou Faraj al-Libbi, il a été arrêté au Pakistan le 3 mai 2005 et est toujours à Guantanamo en attendant d’être jugé. Qu’est-ce donc que ce "top ranking" fantôme ? Ne serait-on pas en train de nous enfumer une nouvelle fois avec un nom de leader qui n’existe pas ou n’a pas les responsabilités annoncées ? Le "top" ne serait-il rien moins qu’une taupe créée de toutes pièces, tout simplement ? Aussi loin que l’on peut remonter dans l’organigramme d’Al-Quaida, l’individu n’y a effectivement jamais figuré ! Sur les blogs US, des lecteurs plus subtils que d’autres ne s’y laissent pas prendre : pour eux, il y a bel et bien grossière manipulation (2) !
En fait, la toute première annonce officielle contenait un second message : "si cette mort est confirmée, ce sera la première fois cette année qu’un personnage important d’AlQuaida a été tué"... un bien étrange message, qui rappelle qu’en une année complète de frappes ciblées seuls des seconds couteaux auraient été atteints ! Indiquant par la même la relative inefficacité de ce genre d’attaques ! Sans même parler des coûts de revient ! Si c’est pour se débarrasser de la piétaille, l’investissement en argent et en technicité n’est peut être pas nécessaire...en effet : le voilà le vrai message, sans doute ! Un message rendu encore plus confus par le dénigrement immédiat des Pakistanais, qui affirment qu’une telle attaque n’a même pas pu se produire sur son territoire ! Quand bien même elle aurait eu lieu, il y a méprise manifeste sur le rang du disparu au sein de l’organisation. L’homme visé aurait été "le numéro trois" dans l’organigramme d’Al Quaida, dit-on en effet dans la même dépêche. Le dernier en date des leaders importants d’Al-Quaida abattus étant Abu Laith al-Libi, supprimé le 28 janvier 2008, il y a bientôt un an en effet. Baitullah Mehsud, le leader taliban qui avait été accusé d’avoir attenté à la vie de Benazir Bhutto, ayant été tué lui en août dernier. Or en 2007 encore, ce titre de numéro 3 d’Al Quaida était toujours détenu par Saif al-Adel, qui aurait en fait été arrêté par les Gardes de la Révolution... en Iran. L’homme n’étant pas mort entretemps, ce ne pouvait être que lui, ce fameux N°3 tant recherché par les américains. Or ce n’est pas celui qu’on essaie de nous vendre aujourd’hui ! Ce dernier, c’est simple, n’avait aucun existence avant le 12 décembre ! Avant cette date, personne n’a entendu son nom comme leader important du mouvement de Ben Laden ! On a bien affaire à un enfumage de plus !
Coïncidence supplémentaire, le jour même de l’annonce de la mort présumée d’un des leaders de ceux qu’il est censé pourchasser, Léon Panetta annonçait la fin du contrat de chargement des Predators en missiles par la firme Blackwater (devenue depuis Xe). A cette date, on en était à 65 tirs de drones, ayant tué 625 personnes au total, à savoir une dizaine de morts à chaque fois en moyenne. Parmi ces morts, des femmes et des enfants, invariablement, et au total, donc, fort peu de "gros poissons" au tableau de chasse des morts ciblées. Pendant ce temps, le pitoyable clown qu’est Adam Gadahn, qui ne sait toujours pas mettre un turban correctement et lit toujours son prompteur de langue arabe de gauche à droite, est venu une nouvelle fois faire le pitre, pour dire cette fois qu’il n’était pour rien dans les attentats commis au Pakistan. Mais sa grotte a été munie depuis d’un papier peint d’un goût qui sied à ces élucubrations grotesques. Cela devient ubuesque ! Remarquez, ce ne peut pas être pire que le coup de son mug décoré... du logo d’As-Sahab.
Si l’on résume, sur un seul week-end, on a donc un beau cas de figure question information/désinformation et de belles gesticulations informatives : en premier, un leader terroriste fantôme, soi-disant assassiné comme les israéliens suppriment les leaders du Hezbollah, procédé que les américains ont toujours contesté jusqu’ici, mais qu’ils pratiquent aujourd’hui allègrement sans vergogne. En second, on a eu droit aussi un autre leader prétendu cinq fois mort qui coule des jours heureux au chaud de sa résidence pakistanaise, à faire régulièrement des vidéos incendiaires distribuées toujours par le même canal douteux. On a eu aussi des dépêches d’agence qui ont alléché toute une journée et ont fait retomber le soufflé le lendemain même. Et enfin un directeur de la CIA qui annonce le même jour que Blackwater repasse la main à l’armée, mais n’en n’arrête pas pour autant les frappes ciblées tuant des "leaders" en forme de lapins tout droit sortis d’un chapeau de magicien... C’est un joli score de week-end, je pense. Et en cadeau surprise, ne l’oublions pas, on a même un clown à lunettes muni d’un torchon vissé sur la tête qui vient jouer au Muppet Show islamiste (en citant la totale : selon lui, les responsables des attentats sont "l’ISI, le RAW - les services secrets indiens-, la CIA et Blackwater " !) Avouez qu’il y a de quoi se poser des questions, cette semaine, sur ce joli mic-mac de communication ratée qui sent très fort le faisandé.
Et Ben Laden, dans tout ça, me direz-vous ? Ah, parce que vous pensez encore qu’il puisse être vivant, vous ?
(1) "A high-ranking al-Qaida figure was killed Thursday in an attack by a drone aircraft in northwest Pakistan, U.S. officials told NBC News. The officials did not identify who was killed, except to say that it was not al-Qaida’s supreme leader, Osama bin Laden."
When your mission fails, just make up stories and entertain your audiences "