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30 novembre 2013

Qu'est ce que le salafisme ?

Source : http://ddc.arte.tv
11/2013

Le salafisme est une doctrine idéologique à la fois médiatisée et méconnue. Le Dessous des Cartes fait le point sur cet islam fondamentaliste qui rejette l’influence occidentale, et s’interroge sur ses évolutions récentes, au lendemain des révolutions arabes, alors qu’un nouvel espace politique s’est ouvert au Maghreb et au Machrek.





Passion arabe. Journal, 2011-2013
Gilles Kepel
Éditions Gallimard
03/2013
Présentation de l’éditeur
Le 17 décembre 2010, à Sidi Bouzid, une ville du centre de la Tunisie, Mohamed Bouazizi, vendeur ambulant de fruits et légumes, s'immole par le feu et embrase le monde arabe. Les régimes de Ben Ali, Moubarak, Kadhafi sont précipités dans les flammes, et l'incendie porte à Bahreïn, au Yémen et jusqu'en Syrie. En deux ans, les révolutions ont abattu des dictatures, mais fréquemment porté au pouvoir les Frères musulmans.
Le salafisme prolifère, nourri du désenchantement de jeunes et de déshérités dont la pauvreté s'est accrue. Et al-Qaida, qu'on croyait enterrée, resurgit de la Syrie au Mali. Que sont devenues la liberté, la démocratie, la justice sociale revendiquées par les "printemps arabes" ? Quel est le rôle des pétromonarchies du Golfe dans l'arrivée au pouvoir des partis islamistes ? Pourquoi le conflit entre sunnites et chiites est-il en train de détourner l'énergie des révolutions, tandis que la Syrie s'enfonce dans des souffrances inouïes ? Gilles Kepel, familier du monde arabe depuis quatre décennies, est retourné partout – Palestine, Israël, Egypte, Tunisie, Libye, Oman, Yémen, Qatar, Bahreïn, Arabie saoudite, Liban, Turquie, Syrie – et a rencontré tout le monde – salafistes et laïcs, Frères musulmans et militaires, djihadistes et intellectuels, ministres et fellahs, diplômés-chômeurs et rentiers de l'or noir.
De ce périple, il a rapporté un journal. Ecrit sur le vif puis enrichi au cabinet de travail, il capte en quatorze chapitres conçus comme autant de stations les déchirements intimes de ces sociétés. La passion de l'auteur y rend compte en écrivain, par la violence et les épreuves, et parfois l'espérance, d'une incoercible Passion arabe.

À propos de l’auteur
Membre senior de l'Institut universitaire de France, Gilles Kepel a écrit sur le monde arabe et l'islam contemporains une douzaine d'ouvrages qui ont reçu un écho international. Il a aussi fondé la collection Proche-Orient aux PUF, qui accueille en priorité les travaux de jeunes chercheurs. On peut lire sur le site du Monde des livres la chronique que fait Christophe Ayad du livre Passion arabe.

Le salafisme d'aujourd'hui. Mouvements sectaires en Occident
Samir Amghar
Éditions Michalon
09/2011
Présentation de l’éditeur
Depuis les attentats du 11-Septembre, les pouvoirs publics s'inquiètent de l'influence du salafisme en Europe et en Amérique du Nord. Ce mouvement fondamentaliste ne saurait pourtant se réduire à ses dérives terroristes. Il est désormais une référence pour une partie des musulmans qui vivent en Occident, puisqu'il propose une réponse aux questions morales, sociales et politiques que se posent les populations d'origine immigrée.
À la complexité du monde moderne, aux incertitudes morales et identitaires, aux difficultés sociales et économiques des quartiers de relégation, le salafisme oppose la voie des pieux ancêtres, ces premiers disciples du Prophète qui connurent un destin hors du commun. Ce n'est pas le moindre de ses paradoxes que de se prêter à une lecture générationnelle : en s'engageant dans l'étude du Coran et de l'arabe classique, les jeunes salafis prennent l'ascendant sur leurs pères illettrés, et fondent ainsi une nouvelle identité sociale.
Cette enquête passionnante, menée sur deux continents à la lumière des travaux de Max Weber sur les sectes, reconstitue l'univers social et idéologique des groupes salafistes, en analysant leurs techniques de mobilisation et leur travail de socialisation auprès des jeunes. Stéphanie Le Bars, pour le journal Le Monde, en propose sa lecture.

À propos de l’auteur
Docteur en sociologie de l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS) à Paris, Samir Amghar est actuellement chercheur post doctoral au Centre d’études et de recherches internationales de l’université de Montréal. Il a, entre autres, co-édité European Islam : The Challenges for Public Policy and Society, édité en 2007 par le Centre for European Policy Studies. Samir Amghar fut, comme spécialiste, auditionné par la Mission d’information sur la pratique du port du voile intégral sur le territoire national lors de la séance de l'Assemblée nationale du mercredi 4 novembre 2009.

Généalogie de l'islamisme
Olivier Roy
Éditions Hachette. Collection Plurielle
01/2011
Présentation de l’éditeur
L'islamisme est une idéologie qui veut faire de l'islam et du respect intégral de la charia un modèle politique alternatif à la démocratie. Il va donc bien au-delà d'un simple fondamentalisme religieux. Ce livre en montre les origines, en restitue la filiation avec les idéologies tiers-mondistes, et en présente les principaux courants contemporains. Bien accueilli par les plus déshérités, l'islamisme n'en est pas moins un échec dans ses tentatives de réalisation positive : d'où l'évolution de certains vers un mouvement purement protestataire. voire terroriste. Dans sa préface, Olivier Roy revient sur les attentats du 11-Septembre, le mouvement de Ben Laden et l'Afghanistan. pour donner à comprendre les chemins de cette extrême radicalisation.

A propos de l’auteur
Agrégé de philosophie, spécialiste de l'Asie centrale contemporaine et de l'islam politique, auteur de nombreux ouvrages, directeur d'études à l'EHESS, Olivier Roy est détaché à l’Institut européen de Florence en tant que directeur du programme Méditerranée. Il explique, pour la revue Thema, en quoi l'islam et la laïcité sont une fausse opposition : à lire sur sur le site du CNRS.

Voyages au coeur de la planète islam. Diversité des sociétés musulmanes
Wendy Kristianasen
Éditions du Cygne
09/2011
Présentation de l’éditeur
Les révolutions arabes ont confirmé un paradoxe apparent : les revendications exprimées sont démocratiques dans leurs aspirations ; les mouvements islamistes demeurent une force importante dans les sociétés. Pendant de nombreuses années pourtant, nous avons été inondés d'informations sur « l'exception arabe », « la menace islamiste », « la guerre contre le terrorisme », « le choc des civilisations », l'islamisme. Les images succédaient aux images, mais ce flot d'informations, au lieu d'éclairer, créait la confusion et ne permettait pas de percevoir les changements profonds qui se produisaient dans le monde musulman. En lisant cette série d'articles écrits de 1993 à nos jours, on perçoit non seulement l'ampleur des changements du monde musulman et des musulmans eux-mêmes, mais aussi leurs causes profondes. Loin de toute explication culturaliste, les débats à l'intérieur de ces sociétés, à l'intérieur même des mouvements islamistes, témoignent des bouleversements en cours. De l'Iran au Maroc, de l'Égypte à l'Algérie en passant par la Palestine, nous verrons que les sociétés musulmanes sont très diverses et loin d'être homogènes... même si, partout, les femmes luttent pour leurs droits et ceux de leurs enfants.

À propos de l’auteur
Wendy Kristianasen est journaliste, spécialiste du Proche-Orient et du monde musulman. Elle est depuis vingt ans correspondante du Monde diplomatique et dirige depuis quatorze ans les éditions anglophones du magazine.
Les éditions du Cygne éditent les publications de l'institut bruxellois Medea qui œuvre depuis quinze ans à faire connaître le monde arabe, ses particularités et ses opportunités. Son but est de promouvoir les synergies et le dialogue entre deux régions voisines et complémentaires. Moyen-Orient 2012. Bilan géopolitique est coordonné par Sébastien Boussois, créateur du CCMO, Cercle des chercheurs sur le Moyen-Orient.

Vers un nouvel ordre du monde
Gérard Chaliand, avec la collaboration de Michel Jan
Éditions du Seuil
04/2013
Présentation de l’éditeur
Finalement, la domination absolue de l'Occident, européen puis américain, n'aura duré que deux siècles. Un nouvel ordre du monde s'élabore sous nos yeux, dont la crise actuelle, jointe à l'essor de l'Asie, révèle les traits. Mais contrairement à certaines idées reçues, la période que nous traversons n'a pas commencé avec la chute du mur de Berlin et la fin de la guerre froide. Elle trouve sa source dix ans plus tôt, en 1979, quand surviennent la révolution khomeyniste, le deuxième choc pétrolier et le grand tournant initié par le dirigeant chinois Deng Xiaoping.
Deux facteurs majeurs expliquent la recomposition géopolitique actuelle : l'évolution de la démographie globale, qui voit l'Occident reculer par rapport au reste de la planète, et la mondialisation de l'économie, qui voit les pays dits émergents accéder aux premiers rangs. En analysant le parcours et les évolutions des grandes puissances, ce livre propose deux dimensions de lecture du monde contemporain, l'une dynamique, l'autre analytique.
D'une part, un récit, vif et informé, des grands événements qui façonnent notre globe et déterminent son avenir ; d'autre part, une approche plus synthétique de la nouvelle puissance, la Chine. C'est dans la conjugaison de ces deux axes que se dessinent les contours du monde de demain.

 À propos des auteurs
• Écrivain politique et poète, Gérard Chaliand est avant tout un homme de terrain, spécialiste reconnu des conflits armés. Il a contribué au renouveau de la géopolitique et a enseigné à l'Ena, à l'École de guerre et dans de grandes universités américaines. Gérard Chaliand propose dans le numéro d'automne 2013 de la revue Long Cours son analyse de l’un des ressorts, longtemps occulté, des conflits du Moyen-Orient : la « guerre froide » que se livrent les représentants des deux principaux courants de l’islam, les sunnites et les chiites. Il a récemment traduit trois poètes ottomans, ouvrage intitulé Je n'ai pas trouvé de chemin menant au monde, aux éditions de l'Aube, en poche.
• Sinologue réputé, membre du groupe de réflexion et d'intelligence stratégique Asie 21, Michel Jan a écrit les chapitres consacrés à la Chine.

Long cours n°5
Ouvrage collectif, sous la responsabilité éditoriale de Tristan Savin
09/2013
"Quand on s’intéresse à l’actualité internationale, à son déroulement chaotique, comment négliger l’importance de l’islam ? Trop souvent ramené à sa manifestation la plus violente – le terrorisme –, il relève pourtant, dans sa version politique moderne, d’une réalité plus complexe, héritière de l’Histoire, sujette aux aléas de la géostratégie et tributaire des velléités des puissances en présence, à la fois religieuses et financières. On ne peut appréhender la situation actuelle sans prendre en compte tous ces facteurs…."  Tristan Savin, rédacteur en chef.
Pierre-André Hervé, pour Les Clés du Moyen-Orient, donne à lire les notes d'une lecture attentive et enthousiaste du dossier de ce numéro. Par ailleurs, le site des Clés du Moyen-Orient propose, dans un texte de Mélodie Le Hay, de revenir aux prémisses de la politisation de l'islam dont l'une des figures marquantes fut, au début du siècle dernier, Hassan al-Banna.

Moyen-Orient n° 13. Islam et Démocratie
Ouvrage collectif
Éditions Aerion
01/2012
Encore une édition très complète à laquelle ont participé des auteurs tels qu'Olivier Roy, Charles Saint-Prot, Samir Amghar ou encore Omar Saghi. L'éditorial est en ligne sur le site.

Qantara n° 89. Les années Nasser. Une histoire du panarabisme.
11/2013
Le numéro d'automne de Qantara, "le magazine des cultures arabe et méditerranéenne" de l'Institut du monde arabe, consacre un dossier spécial à l'histoire du panarabisme intitulé Les années Nasser. Une histoire du panarabisme.
Le site de la revue propose à la lecture l'éditorial de ce numéro.

13 octobre 2011

Syrie, dans l'enfer de la répression (Documentaire)

Par http://videos.arte.tv
Date de première diffusion: Mar., 11. oct. 2011, 20h43 

(France, 2011, 52mn)
ARTE F




DL : ES , DP , FSO

Pour la première fois depuis le début de la révolte en mars, une journaliste indépendante a pu, en août dernier, se rendre en Syrie, pays interdit aux médias. Munie d'une petite caméra HD, Sofia Amara a suivi au quotidien le travail des comités de coordination de la révolution. À Damas et à Homs, elle a filmé l'organisation des manifestations à la sortie des mosquées. À Rastan, elle a rencontré des officiers entrés en résistance, qui affirment avoir constitué une "armée libre" pour tenter de s'opposer à la répression. À Hama, elle a pu mesurer la violence du régime : bombardements de civils, tirs à balles réelles sur les manifestants, détentions arbitraires, exécutions sommaires, tortures... Dans le quartier de Kaylaniya, elle a rencontré les familles de victimes du massacre de 1982, qui ont été enterrées dans des jardins publics.
Ces images et ces témoignages montrent pour la première fois l'implication de membres du Hezbollah libanais et de gardiens de la Révolution iranienne dans les massacres. À la manière d'un carnet de route, ce film raconte aussi les coulisses d'un voyage à haut risque, montrant les dangers encourus quand on filme une manifestation ou les ruses inventées pour rencontrer les activistes. Autant d'éléments qui rendent compte de l'atmosphère de terreur qui règne dans le pays.


http://www.arte.tv/fr/Comprendre-le-monde/Permis-de-tuer-en-Syrie---Soiree-THEMA

Soirée THEMA : Permis de tuer en Syrie

Bravant les interdits, une journaliste a filmé la révolte syrienne et sa sanglante répression, qui aurait déjà causé 2 900 morts selon l'ONU. Un document exceptionnel suivi d'une excellente enquête sur la mainmise de la famille Assad sur le pays.

LIVE-CHAT pendant la diffusion de "Syrie, dans l'enfer de la répression". Posez vos question à l'auteur du film, la journaliste indépendante Sofia Amara !


19 septembre 2011

Le Dessous des Cartes - Mondes Arabes

Pour http://ddc.arte.tv






Depuis la vague de soulèvements qui traverse de nombreux pays méditerranéens et la péninsule Arabique depuis fin 2010, le « monde arabe » est souvent présenté par les médias comme une unité. Mais est-ce vraiment le cas ? En se dégageant d’une actualité qui ne cesse d’évoluer, le Dessous des Cartes présente la géométrie variable de cet ensemble pas si homogène, en proposant des clés de lectures multiples.



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Lectures

Le choc des révolutions arabes
Mathieu Guidère Autrement - Collection : frontières
Le 17 décembre 2010, un jeune tunisien désespéré s'immolait par le feu, marquant par ce geste tragique le début des " révolutions arabes ". Tel un tsunami, ces révolutions ont déclenché un raz-de-marée humain, du Golfe à l'Océan. Personne en Occident ne s'attendait à un tel bouleversement, surtout en un temps aussi rapide et pour des régimes aussi solides en apparence. La surprise a donc été à la mesure de la méconnaissance d'un monde vu et jugé suivant des grilles de lecture occidentales. Comment décrypter ces événements exceptionnels, qui chamboulent la donne géopolitique du monde entier ? Dans « Le choc des révolutions arabes », l'auteur explore pour chacun des vingt-deux pays de la Ligue arabe les événements récents, il analyse les rapports de force entre les tribus, les islamistes et les militaires, donnant les clés des dynamiques à l'oeuvre dans chaque pays. Cette vision unique de l'intérieur met en perspective les acteurs d'hier et d'aujourd'hui, qui, du Maroc au Yémen en passant par l'Égypte et la Syrie, seront les arbitres de demain. Mathieu Guidère est professeur d'islamologie à l'Université de Toulouse II. Agrégé d'arabe, ancien directeur de recherche à l'École spéciale militaire de Saint-Cyr et ancien professeur de veille stratégique à l'Université de Genève, il est l'auteur d'une vingtaine d'ouvrages, dont le dernier est paru aux éditions Autrement : « Les Nouveaux Terroristes », 2010.
Le rendez-vous des civilisations
Youssef Courbage, Emmanuel Todd Seuil - Collection : La république des idées
Le "Choc des civilisations" n'aura pas lieu. C'est au contraire un puissant mouvement de convergence qui se profile à présent à l'échelle planétaire. Le monde musulman n'échappe pas à la règle. Du Maroc à l'Indonésie, de la Bosnie à l'Arabie Saoudite, sa démographie en témoigne : hausse du niveau d'alphabétisation des hommes et des femmes, baisse de la fécondité, érosion de l'endogamie... Des bouleversements qui sont à la fois le signe et le levier d'une mutation en profondeur des structures familiales, des rapports d'autorité, des références idéologiques. Ce processus ne va pas sans générer crispations et résistances. Mais ces réactions sont moins des obstacles à la modernisation que les symptômes de son accélération. Youssef Courbage est démographe à l'Ined. Il a notamment publié « La Syrie au présent » (avec B. Dupret et Z. Ghazzal, Actes Sud, 2007), « Juifs et chrétiens dans l'islam arabe et turc » (avec Ph. Fargues, Fayard, 1992) et « Nouveaux horizons méditerranéens » (PUF, 1999). Emmanuel Todd est historien et anthropologue. Il a notamment publié « Après l'empire » (Gallimard, 2002), « L'Illusion économique » (Gallimard, 1998) et « Le Destin des immigrés » (Seuil, 1994).
L'Egypte au présent - Inventaire d'une société avant révolution
Vincent Battesti , François Ireton Actes Sud - Collection : la bibliothèque arabe
La "révolution du 25 janvier" ébranle un régime despotique qui domine depuis plusieurs décennies l'Egypte et annonce sûrement une nouvelle ère pour tous les peuples de la région. Il n'existait cependant en France aucun ouvrage de référence examinant à la fois les transformations profondes de la société égyptienne et les blocages institutionnels et politiques propres au régime de l'ex-président Moubarak. Pour combler cette lacune, quarante chercheurs et universitaires, qui comptent parmi les meilleurs spécialistes de l'Egypte, se proposent dans la présente somme d'analyser tous les aspects de la vie économique, sociale, politique et culturelle du pays et de tracer des pistes de réflexion permettant d'aborder les derniers événements dans leur véritable contexte, au-delà des préjugés et des clichés. On trouvera ainsi des chapitres substantiels sur : - les tensions démographiques et leur impact sur l'aménagement du territoire et l'environnement ; -  la situation politique et les mécanismes qui permirent le maintien, durant trente ans, du régime de Moubarak ; - les "réformes" économiques néolibérales qui ont contribué, entre autres effets, à l'institutionnalisation de la corruption et à l'exacerbation des inégalités sociales ; - la vie sociale au quotidien (la santé, l'éducation, l'emploi, les modes de consommation, les conditions des femmes et de la jeunesse, la justice) ; - la place de la religion dans la société ; les médias, anciens et nouveaux ; - enfin, la culture dans ses diverses expressions ainsi que la vie et les débats intellectuels. Vincent Battesti, anthropologue, chercheur au CNRS, est aujourd’hui en poste au Muséum National d’Histoire Naturelle à Paris. François Ireton, socioéconomiste, ingénieur au CNRS, est aujourd’hui en poste au SEDET, Université Paris-Diderot.
La révolution tunisienne - Dix jours qui ébranlèrent le monde arabe
Olivier Piot Editeur : Petits Matins (Les) - Collection: Essais
4 janvier 2011 : décès de Mohamed Bouazizi, le jeune homme qui s’est immolé par le feu à Sidi Bouzid. 14 janvier 2011 : fuite du président Ben Ali, et fin d’un régime autoritaire de 23 ans. Dès le 6 janvier, Olivier Piot, grand reporter, est sur place. Il y restera durant toute la durée des événements. Nous suivons avec lui cette révolution en marche, au fil de ses discussions avec de nombreux témoins, de son émouvante rencontre avec la famille du jeune Bouazizi, des incroyables mouvements de rue, de ses démêlés avec des policiers qui cherchent en vain la carte mémoire de son appareil photo, dissimulée dans son col. Au fil de ce reportage très vivant, nourri d’explications sur les ressorts de la révolte, apparaît une révolution avant tout populaire, née de la colère de marchands et de mineurs contraints à une précarité grandissante. Une colère qui, on le voit actuellement, ne cesse d’essaimer sous des formes différentes dans l’ensemble du monde arabe. Olivier Piot est grand reporter. Il publie régulièrement des reportages dans Le monde diplomatique, Géo, Ulysse, le National Geographic et Le monde.
Anatomie politique de la domination
Béatrice Hibou La Découverte
Qu'est-ce que la domination ? Comment s'exerce-t-elle ? Par quels mécanismes se reproduit-elle ? Quels sont les critères et les pratiques qui permettent aux pouvoirs de se légitimer ? Quelle part de consentement, voire de désir d'Etat, est nécessaire à son exercice ? De quelles manières y participons-nous ?... En relisant Marx, Weber, Gramsci ou, plus près de nous, Bourdieu ou Foucault, Béatrice Hibou s'affronte à son tour à l'une des questions centrales de la théorie politique et sociale, celle de l'exercice de la domination d'Etat. Dans cet ouvrage, l'auteure renouvelle cette problématique avec une approche alliant comparatisme, analyse du quotidien et économie politique. Elle met en évidence les dispositions, les compréhensions et les pratiques qui rendent la domination concevable, supportable, voire acceptable ou rassurante. Celle-ci apparaît d'autant plus insidieuse et indolore qu'elle renvoie souvent à la question du désir d'Etat. Pour mener à bien cette démonstration, Béatrice Hibou s'appuie sur une analyse de situations autoritaires ou totalitaires - en particulier sur la reprise des cas paradigmatiques du fascisme, du national-socialisme et du socialisme soviétique - qui nous permet aussi de saisir ce qu'est la domination dans le cadre démocratique actuel. Ce faisant, elle nous fournit les instruments nécessaires à l'élaboration d'une critique renouvelée des dérives du politique dans la cité contemporaine. Béatrice Hibou est directrice de recherches au CNRS (rattachée au Centre d'études et de recherches internationales - Sciences Po). Ses recherches sont consacrées à l'économie politique des réformes et de la domination en Afrique subsaharienne, au Maghreb et en Europe du Sud. Elle est l'auteure de plusieurs livres dont, à La Découverte, « La Force de l'obéissance ». « Economie politique de la répression en Tunisie » (2006), paru aussi en anglais chez Polity Press.

Agenda

23e Festival International du photojournalisme
Perpignan Du 27 août au 16 septembre 2011
- Au programme de cette édition 2011 : L’actualité de l’année sur tous les continents : guerres, crises, politique, insolite, sport, culture, science… Mais rien, ou presque, sur les mariages princiers. Tunisie, Égypte, Syrie, Libye, Algérie, Yémen, Bahreïn… Soulèvements populaires et révolutions. Haïti, année électorale. Afghanistan, Irak, la guerre toujours. Il y a 10 ans, les attentats du 11 septembre aux États-Unis. Côte d’Ivoire, duel de Présidents sur fond de guerre civile. Grèce, la voix de la rue. Inde, industrialisation et exploitation minière. Exploration volcanique et sous-marine. Bangladesh, Népal, Pakistan, Mali, Ceuta et Melilla, Chine… Et puis le Japon… 25 ans après Tchernobyl, une catastrophe sans précédent. - L'éducation Pour l'Association Visa pour I'Image, l'éducation est un élément clé. L'an dernier, ce sont quelque 8 000 élèves ( étudiants, collégiens, lycéens ) venus de toute la France, mais aussi d'Espagne, qui ont visité les expositions commentées par des acteurs du monde de la photo. Cette année, une collaboration avec le CLEMI permet d'inviter les écoliers, collégiens et lycéens de la région à visiter les expositions, du 12 au 16 septembre. Ces visites seront animées par des professionnels de la photo, de la presse et de l'édition : Martina Bacigalupo, Matthias Bruggmann, Peter Dejong, Bertrand Gaudillère et Pierre Terdjman. La participation des établissements scolaires confirme l'ambition du festival Visa pour l'Image de devenir un outil pédagogique afin d'enseigner comment appréhender et déchiffrer les médias. Le CLEMI est un établissement du Ministère de l'Education nationale. Il a été créé en 1983, avec la mission « de promouvoir, notamment par des actions de formation, l'utilisation pluraliste des moyens d'information dans l'enseignement, afin de favoriser une meilleure compréhension par les élèves du monde qui les entoure, tout en développant leur sens critique. - Une trentaine d’expositions est prévue Parmi les Expositions : Martina Bacigalupo / Agence VU Prix Canon de la Femme Photojournaliste décerné par l’Association des Femmes Journalistes en 2010 et soutenu par Le Figaro Magazine. Je m’appelle Filda Adoch Entre l’armée ougandaise et l’Armée de résistance du Seigneur (la LRA), une guerre fait rage depuis plus de vingt ans, qualifiée de « pire crise humanitaire oubliée au monde ». Aujourd’hui, la Cour pénale internationale a été saisie pour enquêter sur les massacres de civils par la LRA. Je m’appelle Filda Adoch raconte la vie quotidienne d’une femme du district de Gulu et montre les souffrances du peuple du nord de l’Ouganda. C’est aussi l’histoire d’une résistance silencieuse et admirable. Jocelyn Bain Hogg / VII Network The Family Ce voyage en images de trois ans a démarré à la suite d’un sujet réalisé en 2008 sur le problème des crimes à l’arme blanche et à l’arme à feu commis au sein de la jeunesse britannique. Fort de sa connaissance de la pègre, qu’il a photographiée en 2001 pour The Firm, Jocelyn a décidé de s’intéresser à nouveau à ceux qui fournissent armes et drogue aux cités du Royaume-Uni. Joe Pyle senior et les jumeaux Kray, parrains « à l’ancienne », sont morts depuis. En 2008, il a trouvé des criminels britanniques divisés, peu ou mal organisés, sans véritables chefs, qui peinent à concurrencer leurs rivaux internationaux. Ce sont aujourd’hui les Russes, les Albanais, les Kosovars et les Turcs qui dirigent la pègre du Royaume-Uni, mais les « roués » et autres malfrats autochtones affichent toujours les signes de leur héritage. Jonas Bendiksen / Magnum Photos pour National Geographic Bangladesh Contre vents et marées. Le Bangladesh compte parmi les nations les plus vulnérables face au changement climatique. Une grande partie de ce pays très plat se situe à moins de cinq mètres au-dessus du niveau de la mer. La pauvreté et la forte densité de population ne font qu’assombrir ce triste tableau. Si la bataille semble perdue d’avance, c’est compter sans la résilience et la créativité des Bangladais. Jonas Bendiksen examine les effets du changement climatique et les efforts de tout un peuple pour repousser la montée des marées. Valerio Bispuri Encerrados Voyage dans les prisons d’Amérique du Sud. En l’espace d’une décennie, Valerio Bispuri a sillonné l’ensemble du continent sud-américain. Des 74 établissements pénitentiaires dans lesquels il s’est rendu, il nous décrit les difficultés, la violence, la surpopulation, mais aussi la vie de tous les jours et le moral des détenus. Encerrados, véritable plongée dans l’univers carcéral et portrait de tout un continent. Chien-Chi Chang / Magnum Photos pour National Geographic Birmanie : au pays des ombres. En un demi-siècle, la Birmanie est passée du rang du pays le plus riche de l’Asie du Sud-Est à celui du plus pauvre, qu’elle occupe aujourd’hui ; c’est aussi devenu une des nations les plus isolées au monde. Les militaires au pouvoir tentent à présent de séduire les touristes et les investisseurs étrangers en ne leur montrant que les beaux temples et les sites pittoresques de ce pays profondément bouddhiste. Mais derrière la façade culturelle, le régime répressif qui a maintenu la prix Nobel et leader politique Aung San Suu Kyi en résidence surveillée pendant quinze ans monte la garde. Lorsque Chien-Chi Chang se faisait passer pour un touriste afin de prendre ces photos, il ne savait jamais qui était en train de le surveiller. Big Brother a de nombreux petits frères. Fernando Moleres / Panos / laif L’incarcération des jeunes en Afrique. En Afrique, des milliers d’enfants abandonnés à leur sort finissent en prison. Ils y vivent aux côtés de détenus adultes dans des conditions telles, que leur survie n’est pas toujours assurée. Surpopulation, violence, harcèlement sexuel, promiscuité, manque d’hygiène, maladies infectieuses et manque de soins : c’est là leur quotidien. La plupart des pays africains ont ratifié la Convention des Nations unies relative aux droits de l’enfant de 1990, qui établit notamment les règles et conditions d’incarcération des jeunes de moins de 18 ans. Peter Dench Angleterre version non censurée : dix ans de photographie L’Angleterre n’a jamais été synonyme de glamour. Accoutrements grotesques, malbouffe et manque de savoir-vivre : aujourd’hui encore, beaucoup d’Anglais s’obstinent à se rendre ridicules. Angleterre version non censurée nous emmène dans un voyage convivial et humoristique à travers cette nation-trublion qu’est l’Angleterre du XXIe siècle. Loin des clichés de cartes postales, Peter Dench dresse un portrait détaillé et sans complaisance de ses compatriotes. Lu Nan / Magnum Photos Les oubliés État des services de psychiatrie chinois L’exposition dépeint la situation des patients psychiatriques en Chine, qu’ils vivent à l’hôpital, chez eux ou dans la rue. En 1989 et 1990, Lu Nan a parcouru dix provinces et rencontré 14 000 malades mentaux dans 38 hôpitaux. Il a rendu visite à plus d’une centaine de patients psychiatriques chez eux, et il a également été en contact avec des malades sans abri. Un travail réellement exceptionnel. Shaul Schwarz / Reportage by Getty Images La culture narco « Qu’on se le dise, les héros d’aujourd’hui, ce ne sont pas les avocats ou les politiciens, ce sont ceux qui font circuler l’argent », explique Joel Vasquez, imprésario de musique narco, devant un club Narcocorrido de Los Angeles. « Le marché n’a jamais été aussi porteur. Nous pourrions avoir le même succès que le mouvement hip-hop à son époque. » Derrière les sombres statistiques du trafic de drogue que l’on ressasse ad nauseam, se cache une réalité sociale bien plus vaste, dont on parle peu alors qu’elle concerne des millions de Mexicains et Latino-Américains. Pour beaucoup ici, les narcos représentent l’unique modèle de réussite et de succès. De l’appât du gain, de la drogue et de la violence est née une nouvelle culture : la culture narco. Riccardo Venturi / Contrasto / Réa L’après-Haïti 12 janvier 2010. 16h53. La république d’Haïti est frappée de plein fouet par un séisme d’ampleur catastrophique. L’épicentre se situe à seulement 25 kilomètres de la capitale Port-au-Prince. Riccardo Venturi montre ce qu’il peut : la population, la destruction et toute l’horreur de cet évènement. Six mois plus tard, il y retourne et découvre la ville de Port-au-Prince métamorphosée en camp de réfugiés. En novembre, lors de son troisième voyage en Haïti, Venturi assiste au coup de grâce : l’épidémie de choléra. En mars 2011, l’Organisation mondiale de la santé recense quelque 252 640 personnes infectées et 4 672 décès. Brian Skerry / National Geographic Ocean Soul Ocean Soul est une histoire d’amour. Une histoire de découverte et d’espoir. Avec Ocean Soul, le photographe primé Brian Skerry nous montre un monde fait de beauté et de mystère, un monde menacé mais aussi porteur d’espoir, qui pourra retrouver sa santé pourvu que les soins nécessaires lui soient accordés. Ocean Soul présente une incroyable variété de faune marine baleines géantes, requins, phoques et poissons minuscules et d’habitats, situés dans des récifs de corail aussi bien que sous la banquise. Alvaro Ybarra Zavala / Reportage by Getty Images Colombie, l’éternel déchirement Plus de quarante ans de guerre civile et de violence ont divisé la Colombie et ont coûté bien trop de vies humaines dans ce merveilleux pays. Aujourd’hui, la guerre est dictée par des intérêts stratégiques et économiques qui n’ont plus guère de lien avec les valeurs idéologiques à l’origine de la crise. Le trafic de drogue, l’huile de palme, l’eau, et maintenant le marché de la compensation carbone sont autant de facteurs qui régissent le conflit. La violation des droits humains est devenue monnaie courante. Le nombre de déplacés internes est le plus élevé au monde : plus de trois millions de personnes. Pourtant, officiellement, il n’y a pas de guerre en Colombie." www.livresphotos.com/evenements-de-la-photo/visa-pour-l-image-2011,2329.html - Les prix Des directeurs photos de réputation internationale sélectionnent parmi tous les sujets vus dans l'année (publiés ou non) quatre noms pour le Visa d'or News et quatre noms pour le Visa d'or Magazine. Un deuxième jury se réunit à Perpignan pour désigner les lauréats. Les trophées sont une création des ateliers Arthus-Bertrand. Visa d'or catégorie Magazine : Olivier Jobard / Sipa Press pour Paris Match pour son dossier : Zarzis-Lampedusa, l'odyssée de l'espoir". Visa d'or catégorie News – Lauréat 2011 : Yuri Kozyrev / NOOR pour Time pour "le printemps arabe, les chemins de la révolution". Visa d'or – Presse Quotidienne – Lauréat 2011 : Shiho Fukada pour International Herald Tribune pour :"Tsunami au Japon". Des directeurs photo de magazines internationaux ont élu fin juin le lauréat du Prix du Jeune Reporter de la Ville de Perpignan pour la sixième année consécutive. Ils ont voté pour le jeune photographe Ed Ou / Reportage by Getty Images pour The New York Times, pour son travail sur les enfants soldats en Somalie, exposé dans le cadre de Visa pour l’Image : "Enfants des hommes" . Selon des associations des droits de l'homme somaliennes et des responsables des Nations unies, le gouvernement fédéral de transition somalien, qui dépend de l'aide occidentale pour survivre, envoie des centaines d'enfants sur les lignes de front, pour certains âgés de seulement 9 ans, afin de combattre les insurgés islamistes. Les enfants-soldats sont une réalité partout dans le monde, mais les sources onusiennes soutiennent que le gouvernement somalien fait partie des « contrevenants les plus constants » aux droits de l'enfant, notamment en les envoyant à la guerre, ce qui vaut à la Somalie de figurer sur une liste qui comprend également des groupes rebelles notoires tels que l'Armée de résistance du Seigneur. Ed Ou a passé quelque temps à Mogadiscio … Le travail de Ed Ou est exposé à Visa pour l’Image - Perpignan 2011. www.reportagebygettyimages.com/ed-ou/ Getty Images propose son septième programme de bourses annuel à l’occasion de cette 23e édition du festival l’Image. Initié en 2005, ce programme de bourses vise à donner aux photographes les moyens d’attirer l’attention sur des questions sociales et culturelles d’importance ainsi qu’à soutenir les prochaines étapes de leur œuvre créative. Les 5 récipiendaires sont : Alvaro Ybarra Zavala pour "Colombia : in the Eternity of Sorrow", Joan Bardeletti pour "The Kill (African Gays) Bill", Liz Hingley, pour : "The Jones Family", Walter Astrada pour "Violence Against Women - Norway" et enfin le projet du photographe, co-fondateur de la fondation Noor et meilleur livre de photographie de la célébre "Pictures of the Year International" pour "Black Passport", avec un projet documentaire intitulé : "The E-Waste Trail – China/Pakistan/Nigeria". imagery.gettyimages.com/getty_images_grants/default.aspx?isource=direct-entry_grants Pour la troisième année, FRANCE 24 et RFI organisent le Prix du Webdocumentaire. Il a récompensé, parmi 8 finalistes, « La Zone, une exploration de la zone interdite de Tchernobyl » de Bruno Masi et Guillaume Herbaut produit par David Coujard, Arnaud Colinart et Nicolas Blanc pour Agat Films & Cie - Boris Razon pour lemonde.fr www.lemonde.fr/week-end/visuel/2011/04/22/la-zone-retour-a-tchernobyl_1505079_1477893.html Catalina Martin-Chico est la lauréate 2011 du Visa d'or humanitaire du CICR. Les 10 membres du Jury de la première édition du VISA d'OR HUMANITAIRE du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) ont décerné, hier, à Paris et à l'unanimité, le prix à la photographe (Agence COSMOS) pour son photo-reportage intitulé « La révolution yéménite ».

31 mai 2011

Place Tahrir, quatre mois plus tard

Par Alain Gresh
pour http://blog.mondediplo.net

Vendredi 27 mai. Il est midi, Le Caire s’éveille. Les appels à la prière s’élèvent dans chaque rue, dans chaque mosquée, rassemblant les fidèles. Les rues sont presque vides, mais des jeunes avec des drapeaux convergent par petits groupes vers la place Al-Tahrir. Un service d’ordre jeune examine les pièces d’identité, fouille les personnes qui entrent dans le périmètre de manifestation. Depuis 24 heures, les rumeurs les plus folles courent dans la ville : que les baltagias, ces milices de l’ancien pouvoir, s’apprêtent à attaquer ; que les banques ont reçu des ordres de vider les distributeurs de billets ; que des troubles vont éclater... Le conseil supérieur militaire a fait savoir qu’il ne tirerait pas sur la foule, mais qu’il ne pouvait assurer la sécurité ! Trois jeunes artistes qui, hier, affichaient pour la manifestation ont été arrêtés.

Assurer la sécurité n’est pas une mince affaire sur cette immense place délimitée par de nombreux bâtiments plus ou moins prestigieux : l’immense Mougama’, haut lieu de la bureaucratie et de l’administration du Caire ; le siège de la Ligue arabe ; l’hôtel Nile Ritz Carlton en pleine réfection ; le siège du Parti national démocratique (PND), l’ancien parti officiel dissous, qui porte encore les traces de l’incendie qui l’a ravagé durant la révolution ; et, au fond, le musée du Caire, bien protégé pour que les pillages du mois de janvier ne puissent se reproduire. Sans parler des immeubles d’habitations dont les propriétaires observent avec intérêt, affichant parfois des banderoles de soutien aux manifestants. Nombre de journalistes ont retrouvé l’appartement de Pierre, que la révolution a rendu célèbre, puisqu’il a permis d’assister, du neuvième étage, à ce qui se passait « en bas ».

La prière n’est pas encore terminée et plusieurs milliers de manifestants l’effectuent sur la place, sous la conduite du cheikh Mazhar Chahin. A côté d’eux, nombre d’autres ne la font pas mais respectent les pratiquants. Ici, malgré la chaleur accablante, tout le monde se côtoie dans la bonne humeur, hommes et femmes, jeunes et vieux. Des filles cheveux au vent forment des groupes avec des filles voilées. On aperçoit même quelques femmes avec le niqab qui manifestent pour la démocratie. Nombre de jeunes se font peindre les joues aux couleurs du drapeau égyptien, à la manière des supporteurs de football.

C’est après la fin de la prière que le nombre de manifestants grandit, plusieurs dizaines de milliers de personnes. Dans une atmosphère détendue, se déroule le rassemblement dont les promoteurs souhaitent qu’il soit le début d’une « deuxième révolution ». Les marchands de jus d’orange ou de mangue alternent avec ceux qui proposent les mille et un symboles de la révolution, des casquettes aux couleurs du pays, des drapeaux, des images des martyrs. Un vieil homme propose une brochure sur la torture, tel autre un journal socialiste révolutionnaire. Des familles se promènent avec leurs enfants, brandissant le drapeau égyptien. « Je suis égyptien » s’affiche sur les tee-shirts comme sur les badges, signe d’une fierté retrouvée. La chaleur cède petit à petit alors que s’accumulent les nuages et que quelques gouttes de pluie rafraichissent l’atmosphère.

Sans atteindre, loin de là, le niveau des grandes manifestations de février, cette mobilisation reflète une sourde inquiétude. Dans de nombreuses villes d’Egypte, d’Alexandrie à Suez, d’importants rassemblements ont également eu lieu, exprimant les mêmes craintes. Mais lesquelles ? Et pourquoi les forces qui avaient combattu ensemble se divisent-elles ?

Hosni Moubarak reste la figure haïe, celle dont on demande le procès, voire l’exécution. Il est le symbole de la corruption, de l’autoritarisme, de la violence contre les manifestants. Il est aussi celui de la trahison nationale : « Ô Moubarak, ô traitre, prends un appartement en Israël », scande un groupe. Mais, même s’il est présent, l’ancien président est déjà un homme du passé et ne peut plus servir, comme en janvier-février, de ciment aux opposants.

Pour la première fois, les Frères musulmans ont dénoncé un appel à la manifestation et refusé d’y participer. « La révolution nous appartient et les Frères musulmans nous ont abandonnés », « Les révolutionnaires sont là, où sont les Frères ? », crient des groupes. La jeunesse de l’organisation a, elle, appelé à descendre dans la rue et, dans certaines villes, notamment à Suez, les Frères sont aussi présents (« Brotherhood divided over Friday’s protests », AlMasryalyoum.com, 26 mai). Mais la direction dénonce les manifestants comme contre-révolutionnaires et cherchant à diviser l’armée et le peuple. Et ce refus reflète le désarroi qui touche le mouvement : quels objectifs fixer ? Vers où se diriger ?

Si plusieurs tribunes se côtoient, celle des organisateurs affiche clairement les mots d’ordre : « Report des élections » (les législatives sont prévues pour septembre) ; « pas de loi adoptée unilatéralement » ; « jugement juste et public des symboles du régime précédent » ; « pas de tribunal militaire pour juger des civils » ; « Libération de tous les manifestants arrêtés ».

Les organisateurs ont aussi avancé l’idée d’adopter une nouvelle Constitution avant la tenue des élections. Mais cette revendication soulève quelques problèmes, en raison du fait que, lors d’un référendum en mars, près de 80 % des votants ont voté pour de simples amendements de la Constitution et pour que la future Constitution soit totalement réécrite par une commission nommée par le Parlement élu. Revenir sur cette décision serait porter un coup à la démocratie, au premier vote à peu près transparent tenu en Egypte depuis plus d’un demi-siècle.

Les manifestants semblent l’avoir compris, qui mettent plutôt l’accent sur la nécessité de se débarrasser des responsables restés en poste (notamment ceux de la presse), de juger les criminels et les responsables de la mort de manifestants. Un homme brandit une pancarte, « Le peuple veut le procès du démon », avec un dessin de Moubarak derrière les barreaux. Récupérer l’argent de la corruption. Une grande banderole demande : « Où passent les ressources du canal de Suez ? », exprimant l’idée répandue que la corruption se poursuit et que, si on l’arrêtait, on pourrait financer les besoins du pays.

Des groupes défilent sous un grand drapeau égyptien qui les couvre, en criant que rien n’a changé : la répression est toujours là, les martyrs doivent être vengés. Deux groupes représentent les supporteurs des deux grands clubs de football, Ahly et Zamalek, parfois très jeunes. Ils ont joué un rôle actif durant les manifestations qui précédèrent la chute de Moubarak, faisant bénéficier les manifestants de leur longue expérience d’affrontement avec la police — la jeunesse des Frères musulmans a joué un rôle équivalent.

Les mots d’ordre qui affirment l’unité des chrétiens et des musulmans sont nombreux : « La religion est à Dieu et la patrie est à tout le monde », proclame une banderole, reprenant le grand mot d’ordre de 1919, quand les Egyptiens unis contre l’occupation britannique luttaient pour leur indépendance. « Nous sommes tous égyptiens », affirment aussi les jeunes.

La participation est très mélangée socialement, les étudiants côtoyant des jeunes pauvres (et d’ailleurs, beaucoup d’étudiants sont aussi pauvres), des employés comme des ouvriers. Chacun vient avec ses revendications, les étudiants demandant à se débarrasser des anciennes autorités universitaires, les employés exigent la transparence, les ouvriers le salaire minimum, les journalistes plus de libertés. « Réponds-nous, maréchal [Tantawi, le dirigeant du conseil militaire], où est le changement ? La torture est toujours là ; la corruption aussi ; les journaux n’ont pas changé », scande un groupe particulièrement dynamique.

Et c’est sans doute l’enjeu essentiel : poursuivre le changement, ne pas laisser s’installer un régime Moubarak sans Moubarak. Un manifestant brandit une pancarte : « Si nous arrêtons de rêver, alors mieux vaut mourir, mourir, mourir. » Mais, sur la place Tahrir, on n’en est pas là. Le rêve n’est pas près de s’évanouir. Et les jeunes, armés de balais et de pelles, nettoient la place où ils se donnent rendez-vous vendredi prochain.

Nouveau cycle de l’université populaire

 

Révoltes et révolutions arabes Samedi 18 juin 2011

5, rue Basse des Carmes, 75005 Paris
(Maubert Mutualité)
01 43 29 05 65 / iremmo.sg@gmail.com

Suite au succès du premier cycle de l’université populaire du 13 et 14 mai, l’iReMMO organise - en partenariat avec le blog Nouvelles d’Orient - une seconde journée.

— 10h30 - 12h30 : « Place du soulèvement de 2011 dans l’histoire du monde arabe », par Elizabeth Picard, directrice de recherches au CNRS.
— 14h - 16h : « Ce que change le réveil arabe dans la géopolitique du Proche-Orient », par Alain Gresh, animateur du blog Nouvelles d’Orient.
— 16h30 - 18h30 : « L’islamisme et le printemps arabe », par François Burgat, directeur de recherche au CNRS et directeur de l’Institut français du Proche-Orient (IFPO).

Participation : 20 euros (12 euros étudiants & demandeurs d’emploi)

Le nombre de places étant limité, l’inscription est obligatoire : iremmo.up@gmail.com ; seules seront prises en compte les inscriptions payées par chèque (ordre de iReMMO) et envoyées à l’adresse suivante :
iReMMO (UP), 5 rue Basse des Carmes, 75005 Paris.

25 mai 2011

La quatrième révolution (Documentaire)

Par http://videos.arte.tv
(Allemagne, 2010, 83mn)
SR


Dans diverses régions de la planète, le film va à la rencontre de personnes qui, à des titres divers, mènent des actions concrètes pour rendre possibles l'abandon des énergies fossiles et du nucléaire et le passage aux énergies renouvelables. Un entrepreneur explique par exemple comment on peut concevoir un immeuble de bureaux qui ne coûte que deux euros par an et par m² en dépense énergétique. Voitures électriques, panneaux solaires, éoliennes, turbines à biogaz, ces techniques ont déjà des applications pratiques et efficaces. Et les problèmes de stockage ou d'échange d'énergies seront de mieux en mieux résolus, assurent des experts comme Hermann Scheer, député allemand, Prix Nobel alternatif 1999 et auteur entre autres de L'autonomie énergétique (Actes Sud, 2007).
Soucieux de donner la parole à tous, le réalisateur de ce film - qui a fait le plus d'entrées en salles en Allemagne en 2010 dans la catégorie documentaires - a également recueilli l'avis de Fatih Birol, économiste en chef à l'Agence internationale de l'énergie, dont le siège est à Paris. Pour lui, les partisans des énergies renouvelables sont des naïfs. Par leurs propos, la plupart montrent pourtant qu'ils ont parfaitement conscience des enjeux autres qu'écologiques de leurs projets et savent que l'opposition des grands groupes énergétiques internationaux sera féroce. Plus que jamais, il est clair que la "quatrième révolution" sera politique et ne se fera que si nous le voulons vraiment.

19 mai 2011

Formation aux Émirats d’une armée secrète pour le Proche-Orient et l’Afrique

par Manlio Dinucci *
pour http://www.voltairenet.org

Chaque État membre du Conseil de coopération du Golfe est invité à contribuer à la contre-révolution arabe. En ce qui les concernent, les Émirats arabes unis, qui ont déjà fourni un contingent de policiers pour réprimer les manifestations à Bahreïn, vont constituer une armée secrète. Pour cela, ils se sont tournés vers la société de mercenaires Xe (ex-Blackwater).



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Vue satellitaire de la base d’entraînement en construction de Xe aux Emirats.
 
À Zayed Military City, un camp d’entraînement dans une zone désertique des Émirats arabes unis, est en train de naître une armée secrète qui sera utilisée non seulement à l’intérieur du territoire mais aussi dans d’autres pays du Proche-Orient et de l’Afrique du Nord. C’est Erick Prince qui est en train de la mettre sur pied : un ex commando des Navy Seals qui avait fondé en 1997 la société Blackwater, la plus grande compagnie militaire privée utilisée par le Pentagone en Irak, Afghanistan et autres zones de guerre. La compagnie, qui en 2009 a été renommée Xe Services, (afin, entre autres motifs, d’échapper aux actions juridiques pour les massacres de civils en Irak) dispose aux États-Unis d’un grand camp d’entraînement où elle a formé plus de 50 000 spécialistes de la guerre et de la répression. Et elle est en train d’en ouvrir d’autres.

À Abu Dhabi, Erick Prince a conclu, sans apparaître personnellement mais à travers la joint-venture Reflex Responses, un premier contrat de 529 millions de dollars (l’original, daté du 13 juillet 2010, a été récemment rendu public par le New York Times) [1]. Sur cette base a commencé dans divers pays (Afrique du Sud, Colombie et autres) le recrutement de mercenaires pour constituer un premier bataillon de 800 hommes. Ils sont entraînés aux Émirats par des spécialistes étasuniens, britanniques, français et allemands, provenant de forces spéciales et de services secrets. Ceux-ci sont payés 200 à 300 000 dollars par an, et les recrues 150 dollars par jour. Une fois prouvée l’efficience du bataillon dans une « action réelle », Abu Dhabi financera avec des milliards de dollars la mise sur pied d’une brigade entière de plusieurs milliers de mercenaires. On prévoit de construire aux Émirats un camp d’entraînement analogue à celui en fonction aux États-Unis.

Le principal appui de ce projet est le prince héritier d’Abu Dhabi, Sheik Mohamed bin Zayed al-Nahyan, formé à l’académie militaire britannique Sandhurst et homme de confiance du Pentagone, fauteur d’une action militaire contre l’Iran. Le prince et son ami Erick Prince ne sont cependant que les exécutants du projet, qui a sûrement été décidé dans les hautes sphères de Washington. Son but réel est révélé par les documents cités dans le New York Times : l’armée qui est en train d’être formée aux Émirats conduira « des missions opérationnelles spéciales pour réprimer des révoltes intérieures, du type de celles qui sont en train de secouer le monde arabe cette année ».

L’armée de mercenaires sera donc utilisée pour réprimer les révoltes populaires dans les monarchies du Golfe, avec des interventions comme celle qui a été menée en mars par les troupes des Émirats, du Qatar et de l’Arabie saoudite au Bahrein où on a écrasé dans le sang la demande populaire de démocratie. « Des missions opérationnelles spéciales » seront effectuées par l’armée secrète dans des pays comme l’Égypte et la Tunisie, pour briser les mouvements populaires et faire en sorte que le pouvoir reste entre les mains des gouvernements garants des intérêts des États-Unis et des plus grandes puissances européennes. Et en Libye aussi, où le plan USA/OTAN prévoit sûrement l’envoi de troupes européennes et arabes pour fournir « l’aide humanitaire aux civils libyens ». Quel que soit le scénario —soit une Libye « balkanisée » divisée en deux territoires opposés dirigés par Tripoli et Benghazi, soit une situation de type irako-afghan à la suite du renversement du gouvernement de Tripoli— l’utilisation de l’armée secrète de mercenaires s’annonce : pour protéger les implantations pétrolières qui sont de fait aux mains des compagnies étasuniennes et européennes, pour éliminer des adversaires, pour garder le pays dans un état de faiblesse et de division. Ce sont les « solutions innovantes » que Xe Services (ex Blackwater), dans son auto présentation, se vante de fournir au gouvernement étasunien.


Documents joints

Contrat de Reflex Responses (société écran de Xe) aux Emirats arabes unis.

(PDF - 6 Mo)
 
 Manlio Dinucci
Géographe et géopolitologue. Derniers ouvrages publiés : Geograficamente. Per la Scuola media (3 vol.), Zanichelli (2008) ; Escalation. Anatomia della guerra infinita, DeriveApprodi (2005).
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Traduction Marie-Ange Patrizio
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Source Il Manifesto (Italie)
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11 mai 2011

Syrie-Bahreïn, cause commune

Par Alain Gresh
pour http://blog.mondediplo.net

La nouvelle est passée inaperçue. Le 7 mai, l’agence de presse officielle syrienne a annoncé que le président avait reçu un message de soutien du roi du Bahreïn. Cela pourrait faire sourire s’il n’y avait en cause des milliers de vies humaines : un roi, allié des Etats-Unis et de l’Arabie saoudite, qui vient d’écraser une révolte démocratique dans son propre pays – qu’il accuse l’Iran d’avoir fomentée ! – envoie un message de soutien au meilleur allié arabe de Téhéran et dénonce les « conspirations » dont serait victime la Syrie. Ce soutien fièrement brandi par Damas n’empêche pas le régime baasiste d’expliquer qu’il doit faire face à un complot américain.

On l’a dit ici, le régime syrien doit faire face à la même vague de revendications qui submerge l’ensemble du monde arabe, du Maroc à l’Irak. Fin de l’autoritarisme et de la corruption ; du travail et du pain ; liberté d’expression ; liberté d’organisation : tels sont les mots d’ordre communs. Et, aussi, le retour de la karama, de la dignité. Pour essayer de comprendre ce que ce mot d’ordre veut dire, on lira le témoignage assez bouleversant d’une jeune femme lesbienne syrienne que les services de police viennent arrêter la nuit et qui est défendue par son père (« My father, the hero », 26 avril 2011, sur le blog A Gay girl in Damascus). L’arbitraire des autorités, des policiers municipaux qui harcèlent le jeune Bouazizi en Tunisie aux bandes de jeunes armés qui tabassent les manifestants à Banyas, c’est ce que refusent désormais les peuples, malgré la peur et la répression.

Alors que nous recevons des images en direct du Yémen ou de Jordanie, et même de Libye, deux pays maintiennent un black-out inquiétant sur ce qui se passe chez eux : le Bahreïn et la Syrie. Je ne reviens pas ici sur l’origine des événements du Bahreïn, qui ont abouti à l’intervention des troupes saoudiennes et à la proclamation de l’état d’urgence. Depuis se développe une campagne haineuse contre la majorité chiite de la population, et les mesures se succèdent pour en finir avec toute vie politique et associative indépendante. La brutalité des policiers – souvent des étrangers naturalisés – n’est plus à démontrer et la torture d’un usage courant (Bill Law, « Police brutality turns Bahrain into ’island of fear’ », 6 avril 2011). Le pouvoir n’hésite même pas à détruire des mosquées (Roy Gutman, « While Bahrain demolishes mosques, U.S. stays silent », 8 mai 2011). Le journal d’opposition Al-Wasat, dont le rédacteur en chef avait dû démissionner, est sur le point d’être interdit, d’anciens députés sont arrêtés, des médecins aussi (Human Rights Watch, « Bahrain : Arbitrary Arrests Escalate », 4 mai 2011). Et cela sans parler des condamnations à mort prononcées par des cours militaires.

Toutes ces exactions ont provoqué quelques réactions. Il faut mentionner la condamnation vigoureuse prononcée par le ministre norvégien des affaires étrangères (« Norway concerned over the human rights situation in Bahrain », 5 mai). La Suisse s’est prononcée dans le même sens. On notera aussi l’appel du principal syndicat américain, l’AFL-CIO, à suspendre les accords de libre-échange avec le Bahreïn (« U.S. labor urges trade pact with Bahrain be suspended », Reuters, 6 mai). Quant à l’administration Obama, si l’on en croit le Bahrain Freedom Movement, elle serait intervenue auprès de Manama pour demander la cessation des violations des droits de la personne, ce qui aurait amené à la libération d’un certains nombre de médecins et d’infirmières (« Bahrain : International stands humiliate Al Khalifa », Saudi occupiers, 8 mai).

Le ministère des affaires étrangères français a demandé aux autorités de Bahreïn de ne pas appliquer la peine de mort. Et le communiqué du 29 avril ajoute : « Avec le retour au calme, il est par ailleurs temps de rechercher les voies d’un dialogue sincère entre les parties concernées et de la réconciliation, seule solution durable à la crise politique à Bahreïn. » Retour au calme ? Drôle de formulation, car s’il y a eu des désordres, c’est le fait des autorités, pas des manifestants ; et l’ordre actuel est l’ordre imposé par la force des baïonnettes...

En Syrie, cela fait deux mois que les soulèvements ont commencé, et ils se sont étendus à de nombreuses villes (lire Patrick Seale, « Fatal aveuglement de la famille Al-Assad », Le Monde diplomatique, mai 2011). Le régime y a répondu avec brutalité, affirmant qu’il était l’objet d’une conspiration et qu’il faisait face à des groupes armés. Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il n’a pas convaincu ni apporté la moindre preuve de ses affirmations. En 1980, le pouvoir faisait face à une insurrection armée fomentée par les Frères musulmans, qui n’avaient pas hésité à multiplier les assassinats de cadres et de militaires ; l’écrasement de la ville de Hama, les milliers de morts provoqués par les bombardements indiscriminés, n’étaient certes pas justifiables, mais ils s’inscrivaient dans une guerre ouverte. En revanche, rien de tel aujourd’hui, si ce n’est des incidents armés sporadiques dont on a du mal à connaître l’origine.

Une autre différence importante avec ce qui s’était passé à Hama en 1980 tient évidemment à l’information. Alors que les événements de l’époque n’avaient filtré qu’au compte-gouttes, aujourd’hui, nous recevons des images et des témoignages. Certes, ceux-ci sont partiels et parfois sujets à caution ; les exagérations, alimentées parfois par une partie de l’opposition en exil, sont certaines. Mais le pouvoir syrien, qui les condamne, est le premier à refuser aux journalistes de pouvoir travailler.

Comme l’explique Ignace Leverrier, un ancien diplomate, sur son blog Un œil sur la Syrie (9 mai) :
« Le régime veut imposer à tous les Syriens, par la crainte de la prison… et des mauvais traitements qui lui sont systématiquement associés, un silence total sur les événements qui se déroulent en ce moment en Syrie. Le pouvoir veut en effet se réserver le monopole de l’information sur la réalité des faits et du commentaire sur leur signification. Il ne veut pas être contredit lorsque, malgré les témoignages concordants de milliers de films, d’images et d’enregistrements disponibles, il attribue les protestations populaires à des “agents de l’étranger” et décrit ceux qui y participent comme de dangereux “terroristes islamiques”. »

Après avoir bloqué, dans les villes où l’armée intervient, les téléphones et Internet, le pouvoir semble avoir trouvé le moyen de bloquer les téléphones satellitaires (Joshua Landis, « It seems they got better in tracking satellite mobiles », Syria Comment, 8 mai).

Et le refus de laisser une mission des Nations unies se rendre à Deraa, après que Damas lui en ait dans un premier temps accordé l’autorisation, ne peut que confirmer les pires craintes (« Syria protests : UN voices concern over cut-off Deraa », BBC News, 9 mai).

Quoi qu’il en soit, et quelle que soit l’issue des événements – et le pouvoir semble croire qu’il va réussir à écraser le mouvement (Anthony Shahid, « Syria Proclaims It Now Has Upper Hand Over Uprising », The New York Times, 9 mai) –, il est douteux que le régime puisse se rétablir comme il a pu le faire après l’écrasement de Hama. Les images de la répression l’ont affaibli, même s’il a pu jouer sur les peurs confessionnelles, notamment celles des alaouites et des chrétiens.

Ce témoignage apporté sur le site de The Angry Arab, le 4 mai, « On sectarianism in Syria », est intéressant :
« Je suis un Américain qui a vécu à Damas pendant l’année écoulée. C’est incroyablement frustrant d’être là-bas et à lire des blogs comme... qui sont devenus extrêmement obsessionnels, sur la perspective d’une fitna (division confessionnelle) en Syrie. Je me souviens d’un article qui disait essentiellement : si vous êtes un chrétien aisé ou un Syrien alaouite, vous ne pouvez pas être contre le régime. Le problème avec ces analystes, c’est qu’ils ne vivent pas en Syrie et ne peuvent pas voir l’évolution sur le terrain. J’ai vu beaucoup de mes amis chrétiens et même quelques alaouites changer de camp si vite que cela m’a fait tourner la tête. Durant les événements en Egypte, j’ai demandé à beaucoup d’entre eux : “Pensez-vous que quelque chose comme ça ne pourrait jamais se produire ici ?” et ils ont tous dit : “Jamais, nous aimons notre président, les seuls qui ne l’aiment pas sont les Frères musulmans.” Deux mois plus tard, ces mêmes personnes, qui étaient abonnées à des journaux d’opposition (communistes pour la plupart), organisaient des réunions, et maudissaient Assad. Je doute que ce phénomène soit limité à mon groupe des contacts. Je voudrais aussi faire remarquer que de ce groupe d’amis, seuls ceux qui vivent à Lataquieh sont sortis pour protester. Mes amis à Damas, en particulier ceux qui ont changé de camp, se plaignent : “Nous voulons faire quelque chose, mais nous ne savons pas encore comment !” »

L’Union européenne a adopté un certain nombre de mesures contre des personnalités liées au régime (mais pas contre le président lui-même) et imposé un embargo sur les armes pouvant être utilisées pour la répression interne (« EU imposes arms embargo on Syria », Al-Jazeera English, 9 mai). En revanche, on attend toujours des mesures de sanction à l’égard des multiples violations des droits humains et du droit international par le gouvernement israélien...
La situation a amené un certain nombre de personnes à lancer une pétition demandant au gouvernement français d’adopter une position plus ferme à l’égard de la Syrie (« Lettre ouverte pour une politique plus ferme de la France à l’égard de la Syrie »).

On notera, en conclusion, la différence de traitement que la chaîne Al-Jazira accorde aux événements de Syrie et de Bahreïn : alors que sur les premiers elle se place clairement du côté des insurgés et consacre à ce pays des heures d’antenne, elle maintient un profil bas sur Bahreïn, où l’intervention des troupes du Conseil de coopération du Golfe a été entérinée par le Qatar, principal financier de la chaîne (lire Mohammed El Oifi, « Al-Jazira, scène politique de substitution », Le Monde diplomatique, mai 2011.)

« Comprendre le réveil arabe », lundi 16 mai à Paris

 

Le Monde diplomatique et l’Institut du monde arabe vous invitent, dans le cadre du Café littéraire de l’Institut du monde arabe (exceptionnellement déplacé du mercredi au lundi), à un débat qui aura pour thème :

Le réveil arabe

Avec Alain Gresh, directeur adjoint du Monde diplomatique, Bassma Kodmani, Philippe Leymarie et Jean-Pierre Séréni. Ce débat sera modéré par Badr-Eddine Arodaky, directeur général adjoint de l’Institut du monde arabe.
Lundi 16 mai à 19 heures
Salle du Haut Conseil, Institut du monde arabe, 1, rue des Fossés-Saint-Bernard, place Mohammed-V, Paris - 5e
Entrée libre, réservation conseillée : ddidier@imarabe.org
Le nouveau numéro de Manière de voir, la revue bimestrielle du Monde diplomatique, intitulé « Comprendre le réveil arabe », paraîtra le lundi 16 mai.

Le dessous des cartes - Les Naxalites

http://www.arte.tv
(France, 2011, 12mn)
ARTE F


Voici, le troisième numéro du Dessous des cartes que nous consacrons à l'Inde. Aujourd'hui, je vais vous parler de la guérilla maoïste qui existe sur ce territoire. Elle n'est pas très connue et pourtant, elle pourrait couvrir entre 20 et 30% de la totalité du territoire indien. Alors, qu'en est-il exactement?


  • Le « corridor rouge »
  • Le mouvement maoïste au début des années 1990
  • Le mouvement maoïste en 2010
  • Le village de Naxalbari
  • Le mouvement maoïste après 2004
  • La “Compact Revolutionary Zone”
  • L'État du Chhattisgarh
  • Les armes et les financements
  • L’opération Greenhunt

Le « corridor rouge »

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Le « corridor rouge »
Voici une carte de l’Inde.
Le mouvement maoïste en Inde concerne une région qui va du Bihar, à la frontière népalaise, jusqu'aux côtes méridionales de l’Inde, au Tamil Nadu et au Kerala, soit la moitié orientale du pays.
C’est ce que l’on appelle le « corridor rouge », qui s’étend sur environ 90 000 km2, ce qui fait tout de même à peu près le quart de la superficie de l’Allemagne.

En résumé, où en sont les choses en 2011. La situation est jugée sérieuse par New Delhi, d’autant plus, qu’elle traduit en fait très bien la situation de grand écart qui existe en Inde : grande démocratie, forte croissance, économie mondialisée, grande civilisation indienne, bien entendu, et en même temps, près de 70% des Indiens vivent avec à peu près 2$ par jour.
Alors, les Naxalites nient toute légitimité aux autorités de New Delhi, ce qui ne favorise pas le dialogue entre les deux parties.
Et puis, les Naxalites étant au sens premier du terme un Parti marxiste-léniniste, nous avons découvert, en conduisant ces recherches que Pékin n’apporte pas son soutien à cette guérilla maoïste. 


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17 avril 2011

Silence sur Bahreïn

Par Alain Gresh
pour  http://blog.mondediplo.net

Les images sur Al-Jazira se répètent et le monde arabe semble en suspens, hésitant entre révolution et contre-révolution. Des dizaines de milliers de manifestants et de manifestantes au Yémen, dont de nombreuses portant la burqa, réclament le départ du président et la démocratie. En Syrie, le feu éclate ici et là, et le régime semble incapable de répondre par autre chose qu’une répression brutale. En Egypte, le président et ses deux fils ont été arrêtés et interrogés par la police et le premier hospitalisé après une crise cardiaque ; l’enquête prouve au moins que le mouvement n’a pas été stoppé et, pas à pas, arrive à imposer des changements. En Libye, une sorte d’équilibre s’est établie entre les forces du colonel Kadhafi et celles des rebelles. Ces incertitudes ne doivent pas masquer l’essentiel : le mouvement déclenché par les Tunisiens a atteint tous les pays arabes – des blogueurs ont même été arrêtés aux Emirats arabes unis – et la région en sera profondément modifiée, même si les puissances occidentales n’arrivent pas à mesurer ce qui s’est passé (lire Marwan Bishara, « It’s Arab and it’s personal », Al Jazeera English, 12 avril). Nous non plus, sans doute, tellement ce tremblement de terre ébranle tous les paradigmes à travers lesquels on comprenait la région.

Il peut paraître étrange, dans ces conditions, et surtout à partir de Ramallah, d’écrire quelques lignes sur un petit émirat qui ne fait pas la Une, et au sujet duquel les dirigeants occidentaux, si prompts à dénoncer les répressions, semblent privés de parole. Pourtant, c’est là que la contre-révolution se déploie avec brutalité, menant une guerre confessionnelle. Les autorités de Bahreïn ont confirmé que Karim Fakhrawi était mort en détention : c’était un homme d’affaires, membre de l’organisation Al-Wefaq, qui disposait de 18 sièges sur 40 au Parlement élu (« Bahrain opposition figure ’dies in custody’ », Al Jazeera English, 12 avril). Il est difficile de se faire une idée de qui se passe, les autorités maintenant un grand silence et les arrestations arbitraires se multipliant : on évalue à plusieurs centaines de personnes, voire à un millier, le nombre de personnes incarcérées et au moins quatre sont mortes, sans doute sous la torture — pratique courante dans l’émirat depuis les années 1970, quand des conseillers britanniques encadraient la police locale. Les rapports de Human Rights Watch ou des articles de presse, comme celui paru dans The New York Times du 12 avril, jettent pourtant une lumière inquiétante sur ce qui se passe : Clifford Krauss (« Hospital Is Drawn Into Bahrain Strife ») : on y voit les autorités arrêter des médecins, entrer dans un hôpital, confisquer des dossiers médicaux de gens qui ont été soignés à la suite de la répression... En revanche, on peut noter le profil bas d’Al-Jazira, prise dans les relations complexes entre Qatar et l’Arabie saoudite.

Rappelons que le royaume est dirigé par une dynastie sunnite tandis que la majorité de la population est chiite.
La campagne de répression et l’intervention des troupes saoudiennes et du Golfe ont mis fin à toute idée de dialogue national. Pour les autorités, la majorité de la population chiite est désormais suspecte et accusée de collaborer avec Téhéran. Dans un entretien donné au quotidien Al-Sharq Al-Awsat le 20 mars, cheikh Abdalatif Al-Mahmoud, le leader du Rassemblement de l’unité nationale (dont le nom est bien trompeur, il ne représente qu’une partie des sunnites), affirme que les chiites avaient un plan pour s’emparer du pouvoir et organiser un coup d’Etat. Il divise les chiites bahreinis en trois catégories : ceux qui travaillent avec l’Iran, ceux qui attendent le résultat de la confrontation et ceux qui soutiennent le régime. Il affirme que ces derniers représentent 20% des chiites — une manière de reconnaitre que la majorité de la population du royaume s’oppose au régime. Rarement a-t-on vu quelqu’un dénoncer la majorité de son propre peuple comme des agents de l’étranger (je ne sais pas si c’est le caractère scandaleux des propos qui a amené le journal à ne pas traduire cet entretien sur le site en anglais).

La situation au Bahreïn est certes compliquée, et la dimension confessionnelle ne peut être négligée, mais le mouvement qui a débuté en février exigeait une constitution démocratique et la transformation de la monarchie en monarchie constitutionnelle. Bien des sunnites ont participé aux rassemblements. Pour connaître les détails de ce mouvement, et aussi les calculs des uns et des autres, on lira le rapport de l’International Crisis Goup, « The Bahrein Revolt », 6 avril 2011).

Ce sont les éléments les plus réactionnaires dans la famille royale qui ont à la fois utilisé la violence en faisant tuer des manifestants pacifiques et avivé le caractère confessionnel du conflit. La brutalité des forces de l’ordre, toutes sunnites, souvent composées d’étrangers naturalisés pour la seule raison qu’ils étaient sunnites, a pu se déployer encore plus avec l’entrée des troupes saoudiennes sous le drapeau de « Bouclier du désert », l’organisation commune de défense du Conseil de coopération du Golfe (CCG), composé de l’Arabie saoudite, Bahreïn, Qatar, les Emirats arabes unis, le Koweït et Oman. Mais, rien ne prévoit une telle intervention, si ce n’est une menace extérieure, qui n’existait évidemment pas à Bahreïn, même si le CCG dénonce l’Iran.

Les effectifs totaux des forces sous le commandement intégré s’élèvent à 40 000 hommes ; elles disposent d’une base permanente à Hafar Al-Batin (Arabie saoudite). En fait, c’est Riyad qui mène le jeu et des tensions se sont fait sentir au sein du CCG depuis l’intervention, Qatar regrettant que seule soit mise en œuvre la répression, alors qu’il faudrait relancer les tentatives de dialogue national. Pour Riyad, l’installation d’un régime démocratique à ses frontières (l’île est reliée à l’Arabie par un pont de 26 kilomètres) est d’autant plus inacceptable que Bahreïn jouxte la province est du royaume, où sont concentrées les ressources pétrolières et la minorité chiite saoudienne.

On lira une interview du commandant en chef de « Bouclier du désert » dans Al-Sharq Al-Awsat, 27 mars (traduit en anglais le 28 mars sur le site du journal, « A talk with Peninsula Shield force commander Mutlaq Bin Salem al-Azima »). La complaisance des questions est à la mesure de l’alignement du quotidien sur la politique saoudienne (lire Mohammed El-Oifi, « Voyage au cœur des quotidiens panarabes », Le Monde diplomatique, décembre 2006). Le commandant en chef affirme que la force intervenue à Bahreïn représente 10% des effectifs des forces de « Bouclier du désert », soit 4 000 hommes (et non 1 500, comme l’a rapporté la presse).

Bahreïn est le siège de la Ve flotte américaine et du commandement de la composante navale du Centcom et il offre aux avions américains une base (à Issa) ainsi que l’utilisation de l’aéroport international. La base contribue à 1% du PNB du royaume et Washington a décidé d’investir plus d’un demi-milliard de dollars d’ici 2015 pour en doubler les capacités (lire Alexander Cooley et Daniel H. Nexon, « Bahrein’s Base Politics. The Arab Spring and America’s Military Bases », Foreign Affairs, 5 avril.)

Bien que les Etats-Unis aient au départ été réticents face à l’entrée des troupes saoudiennes, ils se sont ralliés depuis à l’idée des ingérences iraniennes qui justifieraient la politique de la famille royale. La visite du secrétaire américain à la défense Robert Gates le 6 avril à Riyad a confirmé cet infléchissement.
S’il est probable qu’il existe des ingérences iraniennes (et aussi saoudiennes, américaines, etc.) et si les autorités de Téhéran ont condamné avec force l’intervention saoudienne, c’est surtout en Irak que les réactions ont été les plus vives, les chiites irakiens et bahreïnis étant très liés – et les relations entre Bagdad et Riyad sont déjà très tendues.

Le résultat sera sans doute l’aggravation des tensions entre chiites et sunnites, un moyen de détourner les révolutions arabes de leur objectif démocratique. La demande des pays du CCG de reporter le sommet arabe qui devait se tenir fin mars à Bagdad en est un signe parmi d’autres.

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