"Que sert d’être habile à parler ? Ceux qui reçoivent tout le monde avec de belles paroles, qui viennent seulement des lèvres, et non du cœur, se rendent souvent odieux ..." ( Confucius )
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27 avril 2014
12 mars 2014
En République démocratique du Congo, les médias blanchissent les États-Unis
Par FAIR
07/03/2014
Source : http://www.acrimed.org
English : In the democratic Republic of the Congo, the media whiten the United States
Les médias américains n’ont pas tari d’éloge sur les États-Unis et leurs alliés au sein de l’Otan pour avoir pesé de tout leur poids au cours de l’année écoulée afin de mettre un terme à une insurrection sanglante en République démocratique du Congo (RDC). Malheureusement, les journalistes ont généralement oublié de préciser que ces mêmes pays avaient attisé les conflits dans cette région depuis deux décennies en donnant carte blanche à leurs alliés dans cette zone.
Le 5 novembre 2013, la milice M23, soutenue par le Rwanda, a déposé les armes. Cette milice, parmi les plus redoutées en RDC, fut une des nombreuses organisations paramilitaires appuyées par les alliés des États-Unis que sont le Rwanda et l’Ouganda tout au long d’un conflit régional vieux de 17 ans (voir l’article du New York Times du 6/11/13).
Pendant 20 mois, la M23 a assassiné des civils, eu recours au viol, et a enrôlé de force des enfants au combat, ne rendant les armes qu’après l’interposition de la brigade d’intervention de l’ONU (composée presque exclusivement de soldats africains) à la suite d’une série de défaites militaires subies par l’armée régulière congolaise.
On a largement salué la pression occidentale sur le Rwanda visant à faire céder la M23 (voir notamment les articles parus dans le New York Times du 6/11/13 et le Christian Science Monitor du 7/11/13). En effet, à la suite d’un rapport de l’ONU rendu le 15/11/12 qui mettait en évidence le fait que la M23 avait été soutenue, entraînée et chapeautée par le Rwanda, les États-Unis ainsi que certains de leurs alliés occidentaux ont imposé des sanctions à ce pays, cessant de lui envoyer de l’aide, ce qui a privé la M23 d’un appui logistique considéré comme déterminant par beaucoup.

Ce que les grands médias ont négligé – l’un des multiples aspects qu’ils négligent systématiquement sur le conflit en RDC –, c’est le rôle durable joué par les États-Unis et leurs alliés occidentaux dans la protection et le financement des soutiens de la M23 et des organisations paramilitaires brutales qui les ont précédés dans la région.
Comme l’a expliqué le 12/12/13 dans un communiqué de presse l’association « Friends of the Congo », organisation militante basée à Washington, les efforts des États-Unis et de la Grande-Bretagne visant à obliger le Rwanda à couper les ponts avec la M23 ont été récompensés « après 17 ans pendant lesquels le régime rwandais est intervenu régulièrement en RDC en ayant pratiquement carte blanche. »
Les enjeux économiques et financiers liées aux ressources incroyablement riches du Congo sont tout aussi souvent négligés ; ces dernières aiguisent les appétits depuis que Joseph Conrad a écrit à propos du Congo à une époque plus ancienne et plus sanglante encore qu’il fut l’objet « du pillage le plus ignominieux ayant jamais défiguré la conscience humaine ». Au temps où Léopold, roi des Belges, sévissait au Congo, le caoutchouc et l’ivoire figuraient parmi les richesses les plus prisées du Congo ; aujourd’hui, le Rwanda – et d’autres – cherchent à faire main basse sur les ressources du Congo que sont l’or, les diamants, le tungstène, le coltan (minerai utilisé dans l’électronique) et le bois précieux.
Un rapport des experts onusiens datant de 2001 a condamné le Rwanda, l’Ouganda et le Zimbabwe pour le pillage des mines et autres ressources du Congo, vendues ensuite aux multinationales. Or ces mêmes ressources continuent de susciter conflits et interventions à l’est du Congo.
Le récit du New York Times (6/11/13) de la reddition de la M23 soulignait la pression occidentale ponctuelle mise sur le Rwanda, en oubliant le soutien régulier de ces mêmes Occidentaux au Rwanda et à l’Ouganda, principaux responsables des violences persistantes à l‘est du Congo. Cet oubli de la part du grand journal new-yorkais donnait le sentiment que les États-Unis et leurs alliés occidentaux étaient les héros dans cette histoire, qu’après avoir révélé les agissements de la M23 et le soutien du président rwandais Paul Kagame à celle-ci, le boulot avait été fait, et bien fait.
De la même façon, le Washington Post a omis de mentionner le soutien ancien des Occidentaux au Rwanda tout en présentant la reddition comme « l’heure de vérité » qui montrerait si « oui ou non le gouvernement et les rebelles seraient capables de trouver une issue politique » au conflit. Tout cela n’est sans doute pas faux ; mais comment les lecteurs pourraient-ils saisir la complexité d’un tel accord s’ils ignorent que ces diplomates missionnés par les gouvernements occidentaux soufflaient sur les braises au côté du Rwanda dans les mois qui ont précédé cet accord ?
En 2012, les États-Unis ont tenté d’empêcher la diffusion d’un rapport mettant au jour les liens entre le Rwanda et la M23 (voir le numéro du Guardian du 21/6/12). Ce fut un épisode parmi d’autres au cours duquel les États-Unis sont intervenus pour prendre la défense du Rwanda et de ses opérations illégales. Les États-Unis ont donné des millions de dollars sous forme d’aide militaire au Rwanda alors que l’on savait, preuves à l’appui grâce notamment au rapport des experts onusiens datant de 2001, que ce pays encourageait la violence et les pillages.
En passant d’un soutien prudent à l’égard du Rwanda à des pressions et des sanctions diverses, les États-Unis et leurs alliés ont sans doute fait ce qu’il fallait faire. Et ce changement de stratégie doit être souligné et salué.
Il est néanmoins compliqué de voir dans la transformation de l’attitude américaine un retournement majeur sans savoir ce qui a précédé, à l’époque où les États-Unis soutenaient sans réserve le Rwanda et les violences perpétrées.
Steve Rendall
Traduit par Thibault Roques
07/03/2014
Source : http://www.acrimed.org
English : In the democratic Republic of the Congo, the media whiten the United States
En République démocratique du Congo, nous dit FAIR dans cet article paru en janvier dans Extra !,
son magazine mensuel, les médias américains n’ont pas manqué une
occasion de saluer la contribution récente des Occidentaux à
l’apaisement – temporaire – des tensions dans la région, oubliant de
rappeler simultanément le rôle de ces derniers dans l’exacerbation des
conflits au cours des deux décennies précédentes.
Cette vision partiale, puisque partielle, est révélatrice d’un certain opportunisme médiatique : elle permet aux journaux en question de se ranger à tous les coups du côté des vainqueurs et donc d’écrire l’histoire d’une façon pour le moins contestable. Car en matière de géopolitique, l’amnésie journalistique est sans doute plus fâcheuse encore qu’ailleurs : rendre compte du présent en occultant (sciemment ou non) le passé, c’est se condamner, ainsi que ses lecteurs, à une vision mutilée et manichéenne de la réalité historique, les journalistes se contentant de distribuer bons et mauvais points a posteriori, sans se soucier des cécités qui sont les leurs, et de leurs conséquences, y compris médiatiques. Nous vous proposons cette traduction en français de l’article original avec l’autorisation de son auteur, Steve Rendall. (Acrimed)
Cette vision partiale, puisque partielle, est révélatrice d’un certain opportunisme médiatique : elle permet aux journaux en question de se ranger à tous les coups du côté des vainqueurs et donc d’écrire l’histoire d’une façon pour le moins contestable. Car en matière de géopolitique, l’amnésie journalistique est sans doute plus fâcheuse encore qu’ailleurs : rendre compte du présent en occultant (sciemment ou non) le passé, c’est se condamner, ainsi que ses lecteurs, à une vision mutilée et manichéenne de la réalité historique, les journalistes se contentant de distribuer bons et mauvais points a posteriori, sans se soucier des cécités qui sont les leurs, et de leurs conséquences, y compris médiatiques. Nous vous proposons cette traduction en français de l’article original avec l’autorisation de son auteur, Steve Rendall. (Acrimed)
Les médias américains n’ont pas tari d’éloge sur les États-Unis et leurs alliés au sein de l’Otan pour avoir pesé de tout leur poids au cours de l’année écoulée afin de mettre un terme à une insurrection sanglante en République démocratique du Congo (RDC). Malheureusement, les journalistes ont généralement oublié de préciser que ces mêmes pays avaient attisé les conflits dans cette région depuis deux décennies en donnant carte blanche à leurs alliés dans cette zone.
Le 5 novembre 2013, la milice M23, soutenue par le Rwanda, a déposé les armes. Cette milice, parmi les plus redoutées en RDC, fut une des nombreuses organisations paramilitaires appuyées par les alliés des États-Unis que sont le Rwanda et l’Ouganda tout au long d’un conflit régional vieux de 17 ans (voir l’article du New York Times du 6/11/13).
Pendant 20 mois, la M23 a assassiné des civils, eu recours au viol, et a enrôlé de force des enfants au combat, ne rendant les armes qu’après l’interposition de la brigade d’intervention de l’ONU (composée presque exclusivement de soldats africains) à la suite d’une série de défaites militaires subies par l’armée régulière congolaise.
On a largement salué la pression occidentale sur le Rwanda visant à faire céder la M23 (voir notamment les articles parus dans le New York Times du 6/11/13 et le Christian Science Monitor du 7/11/13). En effet, à la suite d’un rapport de l’ONU rendu le 15/11/12 qui mettait en évidence le fait que la M23 avait été soutenue, entraînée et chapeautée par le Rwanda, les États-Unis ainsi que certains de leurs alliés occidentaux ont imposé des sanctions à ce pays, cessant de lui envoyer de l’aide, ce qui a privé la M23 d’un appui logistique considéré comme déterminant par beaucoup.
Ce que les grands médias ont négligé – l’un des multiples aspects qu’ils négligent systématiquement sur le conflit en RDC –, c’est le rôle durable joué par les États-Unis et leurs alliés occidentaux dans la protection et le financement des soutiens de la M23 et des organisations paramilitaires brutales qui les ont précédés dans la région.
Comme l’a expliqué le 12/12/13 dans un communiqué de presse l’association « Friends of the Congo », organisation militante basée à Washington, les efforts des États-Unis et de la Grande-Bretagne visant à obliger le Rwanda à couper les ponts avec la M23 ont été récompensés « après 17 ans pendant lesquels le régime rwandais est intervenu régulièrement en RDC en ayant pratiquement carte blanche. »
Les enjeux économiques et financiers liées aux ressources incroyablement riches du Congo sont tout aussi souvent négligés ; ces dernières aiguisent les appétits depuis que Joseph Conrad a écrit à propos du Congo à une époque plus ancienne et plus sanglante encore qu’il fut l’objet « du pillage le plus ignominieux ayant jamais défiguré la conscience humaine ». Au temps où Léopold, roi des Belges, sévissait au Congo, le caoutchouc et l’ivoire figuraient parmi les richesses les plus prisées du Congo ; aujourd’hui, le Rwanda – et d’autres – cherchent à faire main basse sur les ressources du Congo que sont l’or, les diamants, le tungstène, le coltan (minerai utilisé dans l’électronique) et le bois précieux.
Un rapport des experts onusiens datant de 2001 a condamné le Rwanda, l’Ouganda et le Zimbabwe pour le pillage des mines et autres ressources du Congo, vendues ensuite aux multinationales. Or ces mêmes ressources continuent de susciter conflits et interventions à l’est du Congo.
Le récit du New York Times (6/11/13) de la reddition de la M23 soulignait la pression occidentale ponctuelle mise sur le Rwanda, en oubliant le soutien régulier de ces mêmes Occidentaux au Rwanda et à l’Ouganda, principaux responsables des violences persistantes à l‘est du Congo. Cet oubli de la part du grand journal new-yorkais donnait le sentiment que les États-Unis et leurs alliés occidentaux étaient les héros dans cette histoire, qu’après avoir révélé les agissements de la M23 et le soutien du président rwandais Paul Kagame à celle-ci, le boulot avait été fait, et bien fait.
De la même façon, le Washington Post a omis de mentionner le soutien ancien des Occidentaux au Rwanda tout en présentant la reddition comme « l’heure de vérité » qui montrerait si « oui ou non le gouvernement et les rebelles seraient capables de trouver une issue politique » au conflit. Tout cela n’est sans doute pas faux ; mais comment les lecteurs pourraient-ils saisir la complexité d’un tel accord s’ils ignorent que ces diplomates missionnés par les gouvernements occidentaux soufflaient sur les braises au côté du Rwanda dans les mois qui ont précédé cet accord ?
En 2012, les États-Unis ont tenté d’empêcher la diffusion d’un rapport mettant au jour les liens entre le Rwanda et la M23 (voir le numéro du Guardian du 21/6/12). Ce fut un épisode parmi d’autres au cours duquel les États-Unis sont intervenus pour prendre la défense du Rwanda et de ses opérations illégales. Les États-Unis ont donné des millions de dollars sous forme d’aide militaire au Rwanda alors que l’on savait, preuves à l’appui grâce notamment au rapport des experts onusiens datant de 2001, que ce pays encourageait la violence et les pillages.
En passant d’un soutien prudent à l’égard du Rwanda à des pressions et des sanctions diverses, les États-Unis et leurs alliés ont sans doute fait ce qu’il fallait faire. Et ce changement de stratégie doit être souligné et salué.
Il est néanmoins compliqué de voir dans la transformation de l’attitude américaine un retournement majeur sans savoir ce qui a précédé, à l’époque où les États-Unis soutenaient sans réserve le Rwanda et les violences perpétrées.
Steve Rendall
Traduit par Thibault Roques
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12 octobre 2012
La carte du Parti de la presse et de l’argent (PPA)
Source : http://www.lesnouveauxchiensdegarde.com
Ces dernières années, les trois principaux quotidiens « nationaux » ont bouleversé leur actionnariat : Le Figaro racheté par
Dassault, Libération renfloué par Édouard de Rothschild et Le Monde recapitalisé d’abord par Lagardère, puis par la troïka
Pierre Bergé-Xavier Niel-Mathieu Pigasse (« BNP »). Une situation inédite depuis 1944. Peu après la Libération, le résistant
Francisque Gay, responsable de la presse au Secrétariat général de l’information du Gouvernement provisoire, expliquait
: « Il est un point sur lequel, dans la clandestinité, nous étions tous d’accord. C’est qu’on ne devait pas revoir une presse soumise à la domination de l’argent. »
C’était le 7 mars 1945. À cette date, Laurent Joffrin n’était pas né. Heureusement ! Car soixante ans plus tard, le directeur de la rédaction du Nouvel Observateur haussait les épaules sur France Culture : « On n’y peut pas grand chose sur le plan des
structures économiques. […] Il est logique que le propriétaire fixe une orientation. »
Cliquer sur la carte pour voir l'original
Ces dernières années, les trois principaux quotidiens « nationaux » ont bouleversé leur actionnariat : Le Figaro racheté par
Dassault, Libération renfloué par Édouard de Rothschild et Le Monde recapitalisé d’abord par Lagardère, puis par la troïka
Pierre Bergé-Xavier Niel-Mathieu Pigasse (« BNP »). Une situation inédite depuis 1944. Peu après la Libération, le résistant
Francisque Gay, responsable de la presse au Secrétariat général de l’information du Gouvernement provisoire, expliquait
: « Il est un point sur lequel, dans la clandestinité, nous étions tous d’accord. C’est qu’on ne devait pas revoir une presse soumise à la domination de l’argent. »
C’était le 7 mars 1945. À cette date, Laurent Joffrin n’était pas né. Heureusement ! Car soixante ans plus tard, le directeur de la rédaction du Nouvel Observateur haussait les épaules sur France Culture : « On n’y peut pas grand chose sur le plan des
structures économiques. […] Il est logique que le propriétaire fixe une orientation. »
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15 février 2011
ARTE Reportage - Egypte , Russie
http://videos.arte.tv
(France, 2011, 42mn)
ARTE
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Egypte : les Frères Musulmans en embuscade
De Emmanuel Razavi et Pierre Creisson – ARTE GEIE / Camicas Production – France 2011
Après la Tunisie, l’Egypte connaît à son tour un mouvement de contestation sans précédent. Depuis le début des manifestations, le 25 janvier, les Egyptiens ont envahi les rues du Caire. Leur revendication : en finir avec le régime du président Hosni Moubarak.
En Egypte, trente années de dictature ont rendu le pays exsangue. Au pays des pharaons, la corruption, la misère et le chômage sont devenus le lot de millions d’habitants. Si dans les premiers jours, le mouvement de contestation a été spontané, plusieurs mouvements politiques ont tenté de le récupérer.
Parmi eux, l’organisation des Frères Musulmans, une confrérie islamiste qui prône l’instauration du califat et l’organisation de la société autour des valeurs de l’Islam. Cette confrérie secrète, fondée en 1928, est officiellement interdite. Elle compte pourtant 88 députés et représente la première force de l’opposition égyptienne. Pour de nombreux observateurs, le risque de la voir prendre le pouvoir en Egypte est réel. Et beaucoup craignent que les Frères Musulmans ne transforment Le Caire en un nouvel Iran…
Mais qui sont ces Frères Musulmans qui prônent la charia ? Sont-ils réellement capables de prendre le pouvoir en Egypte ?
Moscou : l’écho de la liberté
De Vladimir Vasak, Liza Zamyslova, Sergueï Sokolov et Hervé Thiry – ARTE GEIE – France 2011
Parmi les pays prédateurs de la liberté de la presse, la Russie est classée 140e sur 178 par l'ONG Reporters Sans Frontières. Pourtant, quelques médias encore indépendants existent toujours, survivants de la période la plus libre de son histoire : la Perestroïka, initiée par Gorbatchev au début des années 90.
C’est à cette époque qu’est née la radio Echo de Moscou, dirigée par le charismatique et francophile Alexei Venediktov. La radio a survécu aux années Poutine. Son actionnaire majoritaire, l’entreprise d’Etat Gazprom, laisse les coudées franches au rédacteur en chef et à son équipe.
Référence absolue pour l’intelligentsia de la capitale russe, Echo de Moscou est devenue une agence de presse indépendante dédiée à l’actualité en Russie. D’ailleurs, le clan au pouvoir ne se prive pas de l’écouter pour y apprendre plus que par les voies officielles. Un statut paradoxal pour cet îlot de résistance...
Pourtant, à 200 kilomètres de la capitale, impossible de capter Echo de Moscou. Une stratégie bien rôdée par un pouvoir qui laisse un semblant de pluralisme à Moscou tout en contrôlant fermement les régions, informées par des télévisions inféodées au régime.
Comme pour beaucoup de pays où la presse est bridée, l’espoir viendra peut-être de l’émergence d’Internet et de chaînes indépendantes, telles TV Dojd. Et l’élection présidentielle de 2012 constituera un nouveau test pour Echo de Moscou et les quelques autres médias indépendants.
DIRECT LINK
(France, 2011, 42mn)
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Egypte : les Frères Musulmans en embuscade
De Emmanuel Razavi et Pierre Creisson – ARTE GEIE / Camicas Production – France 2011
Après la Tunisie, l’Egypte connaît à son tour un mouvement de contestation sans précédent. Depuis le début des manifestations, le 25 janvier, les Egyptiens ont envahi les rues du Caire. Leur revendication : en finir avec le régime du président Hosni Moubarak.
En Egypte, trente années de dictature ont rendu le pays exsangue. Au pays des pharaons, la corruption, la misère et le chômage sont devenus le lot de millions d’habitants. Si dans les premiers jours, le mouvement de contestation a été spontané, plusieurs mouvements politiques ont tenté de le récupérer.
Parmi eux, l’organisation des Frères Musulmans, une confrérie islamiste qui prône l’instauration du califat et l’organisation de la société autour des valeurs de l’Islam. Cette confrérie secrète, fondée en 1928, est officiellement interdite. Elle compte pourtant 88 députés et représente la première force de l’opposition égyptienne. Pour de nombreux observateurs, le risque de la voir prendre le pouvoir en Egypte est réel. Et beaucoup craignent que les Frères Musulmans ne transforment Le Caire en un nouvel Iran…
Mais qui sont ces Frères Musulmans qui prônent la charia ? Sont-ils réellement capables de prendre le pouvoir en Egypte ?
Moscou : l’écho de la liberté
De Vladimir Vasak, Liza Zamyslova, Sergueï Sokolov et Hervé Thiry – ARTE GEIE – France 2011
Parmi les pays prédateurs de la liberté de la presse, la Russie est classée 140e sur 178 par l'ONG Reporters Sans Frontières. Pourtant, quelques médias encore indépendants existent toujours, survivants de la période la plus libre de son histoire : la Perestroïka, initiée par Gorbatchev au début des années 90.
C’est à cette époque qu’est née la radio Echo de Moscou, dirigée par le charismatique et francophile Alexei Venediktov. La radio a survécu aux années Poutine. Son actionnaire majoritaire, l’entreprise d’Etat Gazprom, laisse les coudées franches au rédacteur en chef et à son équipe.
Référence absolue pour l’intelligentsia de la capitale russe, Echo de Moscou est devenue une agence de presse indépendante dédiée à l’actualité en Russie. D’ailleurs, le clan au pouvoir ne se prive pas de l’écouter pour y apprendre plus que par les voies officielles. Un statut paradoxal pour cet îlot de résistance...
Pourtant, à 200 kilomètres de la capitale, impossible de capter Echo de Moscou. Une stratégie bien rôdée par un pouvoir qui laisse un semblant de pluralisme à Moscou tout en contrôlant fermement les régions, informées par des télévisions inféodées au régime.
Comme pour beaucoup de pays où la presse est bridée, l’espoir viendra peut-être de l’émergence d’Internet et de chaînes indépendantes, telles TV Dojd. Et l’élection présidentielle de 2012 constituera un nouveau test pour Echo de Moscou et les quelques autres médias indépendants.
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3 octobre 2010
Journalisme et presse aux États-unis aujourd’hui : triste bilan
par Michael I. Niman*
Source : Project Censored / Red Voltaire.
Traduction : Réseau Voltaire.
Plusieurs grands quotidiens ont fait faillite aux Etats-Unis sans être remplacés. Ce mouvement ne semble pas devoir s’arrêter. Faut-il craindre la fin du journalisme professionnel et s’en lamenter ou, au contraire, se réjouir de la mort d’un modèle économique qui, depuis des décennies, a privilégié la rentabilité et le profit sur l’investigation et la contestation.
Parmi ceux qui ont carrément fermé, figurent le Rocky Mountain News, avec 150 ans d’ancienneté, à Denver ; le Cincinnati Post, 128 ans, dans le Cincinnati ; et l’Albuquerque Tribune, 87 ans. Leur nom s’ajoute à la liste gravée dans la pierre tombale de l’industrie de l’information. Pour notre part, comme nous le constatons depuis un certain temps dans nos propres journaux, la nouvelle de l’effondrement du journalisme ne date pas d’hier.
Les journaux connaissent depuis pas mal de temps une mort cérébrale, et leurs corps de zombis finissent par les escorter. Je sais que cela peut paraître cruel et susciter la colère des amateurs de mots croisés et de coupons publicitaires à découper —et ils sont légions—, mais il s’impose de s’interroger sur le phénomène et d’en retracer l’histoire.
Les monopoles menaçaient la démocratie, et les quotidiens sont devenus des gardiens des nouvelles régionales dont le contrôle permettait de dominer la politique locale et de s’arroger un pouvoir illimité. Ceux des politiques qui ont affronté le quotidien local n’y ont pas survécu, en termes de carrière. Et les coûts de la publicité ont grimpé, au point de menacer l’existence même des petites entreprises en difficulté.
Avec les monopoles régionaux, les journaux produisaient des bénéfices de plus de 10 % au profit des investisseurs de Wall Street et devenaient ainsi une des industries les plus rentables de la nation. Mais, du même coup, ils tuaient le « romantisme » du jeune reporter à la chasse des nouvelles « à servir chaud » et qui avait pour vocation de lutter contre la corruption, de faire des « scoops » et de sauver la démocratie. Les journaux produisent des bénéfices et, pour cette raison tombent sous la coupe de monopoles qui en font des outils dont la mission n’est plus d’informer, d’éduquer ou de faire campagne, mais, simplement, de rapporter de l’argent.
Le modèle du monopole a apporté à la presse sa saison de vaches grasses, mais elle fut éphémère, parce qu’à force de faire du profit les éditeurs sont devenus arrogants, jugeant que leurs bénéfices étaient un droit plutôt que le fruit du travail. Sans compétiteurs, ils ont licencié du personnel, même en période de prospérité. Puisque l’objectif était de faire de plus en plus d’argent, il suffisait de remplacer par des informations génériques l’enquête sur telle ou telle situation locale, aussi les journaux ont-ils perdu toute signification en tant que source d’information locale.
Poussé à l’extrême, le modèle profit-convoitise va plus loin : il ne s’agit plus seulement de ne pas offenser les annonceurs, mais aussi et surtout de faire leur jeu. C’est ainsi que la nouvelle concrète a été remplacée par des fables publicitaires aussi creuses que stupides et des pages entières de publicité.
Réfléchissons : quand donc avons-nous lu pour la dernière fois un article sérieux sur un nouveau modèle de voiture, ou une réflexion sur les modèles irresponsables de développement dans les pages immobilières ?
Au niveau macro, presque tous les journaux ont adhéré au commandement : « Sers-toi du pouvoir et ne pose pas de questions ».
Pratiquement tous les quotidiens importants des Etats-Unis ont ressassé mécaniquement et sans pudeur la propagande discréditée de l’administration Bush pour justifier l’invasion de l’Irak en 2003.
Les critiques actuels disent aujourd’hui que la tendance générale de la presse d’alors, favorable à la guerre, constitue le facteur clé ayant permis à Bush de précipiter la nation dans cette guerre. Les sources d’information alternatives, qui opèrent surtout dans le cyberespace, ont démenti ces mensonges à coups d’informations précises et d’analyses qui se sont ensuite avérées prophétiques, mais elles n’ont pas pu démolir la désinformation diffusée par les journaux.
Jetez un coup d’œil à la liste des sujets d’actualité les plus importants et les moins couverts de ces vingt dernières années, sélectionnés par Projet censuré.
Les 25 ayant été retenus chaque année peuvent traiter de questions aussi déconcertantes que la vente de technologie nucléaire à l’Iran par la société Halliburton (de l’ex-vice-président Dick Cheney), les contrats décrochés par Halliburton pour la construction de centres de détention aux Etats-Unis et… la hausse de 3 000 % des actions de Halliburton pendant la guerre d’Irak.
Mais les thèmes sont aussi très variés : depuis les subventions du gouvernement pour l’introduction d’agents cancérigènes dans nos aliments et notre eau, jusqu’à la destruction de l’habeas corpus et de toutes les garanties de protection des droits de l’homme, en passant par le pillage à grande échelle des ressources naturelles par les multinationales. Or, si le lecteur feuillette les journaux à gros tirages de ces années, il n’y trouvera que rarement ce genre de nouvelles : elles n’y sont pas, et c’est pourquoi nous avons eu à nous tourner vers d’autres sources.
C’est un fait : le journal imprimé qui transforme des forêts entières en pulpe à papier s’efface progressivement au profit de la presse numérique, mais telle n’est pas la cause de la mort de ces compagnies de la presse. Les grands journaux d’aujourd’hui ont à leur actif, en moyenne, une image construite sur une centaine d’années, et ils devraient être les principaux joueurs reconnus dans l’arène de l’industrie de l’information, constituer des grandes marques, en bonne place pour dominer le panorama des médias convergents.
Seulement, après une génération d’auto-complaisance, les marques en question, et par conséquent leur valeur en Bourse, se sont effondrées. Puisque les stupides vivats lancés par Judith Miller à l’administration Bush nous ont conduits à la guerre, pourquoi continuerions-nous de lire les informations livrées par le New York Times sur l’Irak ?
Pourquoi devrions-nous payer pour être désinformés ? (Judith Miller, journaliste du New York Times, a inventé de fausses interviews en Irak pour servir la cause de la guerre qui était celle de la Maison Blanche, ce qui lui a valu d’être encensée comme « héroïne » du journalisme)
Mais les grands médias ne mourront pas en état de grâce. Ils dévalent la pente, nous disent les experts, parce qu’ils se sont suicidés et qu’ils sont venus grossir la liste des objets mis au rebut.
Pensez-y : tout semble indiquer que la mystérieuse perte de revenus au titre des petites annonces est devenue la balle d’argent qui a condamné les survivants au repos éternel. Mais pourquoi —et c’est une question qu’on se pose rarement— les quotidiens ont-ils perdu leurs petites annonces ?
Curieusement, la perte des annonces s’accompagnait de la diminution du nombre de lecteurs, et pas mal d’annonceurs émigrèrent non pas vers les sites Internet mais plutôt vers les hebdomadaires alternatifs qui ouvrent grand leurs pages à l’information que les grands médias consignent aux oubliettes de l’information dangereuse. C’est ainsi que le marché travaille, dirait Friedman (et pas Marx). Quand vous désirez louer un appartement, où cherchez-vous ?
Ces médias alternatifs n’ont pas hérité les annonces de leurs parents défunts, ils se sont appliqués à les décrocher quand les quotidiens ont cessé de les publier.
Pour que le journalisme prospère, il faut que l’on puisse payer les journalistes.
Les critiques des médias démocratiques se presseront de signaler que le marché ne peut pas soutenir un million de sites offrant de l’information en ligne et que les petits médias ne peuvent se permettre que de petits salaires pour une poignée de travailleurs. Aussi, selon ce raisonnement, aurions-nous besoin d’un nouveau modèle pour financer des médias de qualité.
Voyons, par exemple, le New York Post, sans conteste l’un des pires quotidiens du pays : sensationnaliste, trafiquant de phobies, xénophobe. Il emploie quelques-uns des journalistes les mieux payés du pays, alors que, dans la même ville, l’implacable Indypendent (oui, avec y) mise sur des bénévoles faisant du journalisme local d’enquête. C’est tout à son honneur, surtout si on compare cette politique à la récompense des laquais qui bradent leur profession. Trouver des sources de revenus pour payer les bons journalistes est un autre problème.
La question de fond, c’est que s’il n’y a plus d’avenir pour les journaux ennuyeux et autres zombis au service des monopoles, le journalisme, lui, en a un. Je me souviens d’une réunion, il y a quelques années, avec une délégation de journalistes ukrainiens. Ils étaient tous d’âge moyen, et avaient été formés au journalisme dans les médias d’une société soviétique totalitaire, en somme la négation du journalisme. Pourtant, génération après génération, les candidats au journalisme avaient assimilé des aptitudes dont ils ne pouvaient pas se servir. Et lorsque l’empire soviétique s’effondra, il y avait des journalistes prêts à sortir de l’hibernation.
Ici, ce sera peut-être un peu la même histoire : quand les quotidiens autocensurés appartenant aux monopoles auront définitivement disparu, les chaînes ayant condamné le journalisme à la médiocrité pendant toute une génération sauteront. Peut-être les bons journalistes auront-ils à travailler au jour le jour et même à faire d’autres métiers pour assurer leur pain quotidien.
Peut-être les laquais n’éditeront-ils plus de journaux. Ou peut-être que finalement peu de choses changeront, sauf les lieux pourvoyeurs de désinformation et de banalité. Quoi qu’il en soit, je ne verserai pas une larme sur les grands médias corporatifs.
Source : Project Censored / Red Voltaire.
Traduction : Réseau Voltaire.
Plusieurs grands quotidiens ont fait faillite aux Etats-Unis sans être remplacés. Ce mouvement ne semble pas devoir s’arrêter. Faut-il craindre la fin du journalisme professionnel et s’en lamenter ou, au contraire, se réjouir de la mort d’un modèle économique qui, depuis des décennies, a privilégié la rentabilité et le profit sur l’investigation et la contestation.
- Les journaux zombis disparaissent pour de bon ! La mort cérébrale des journaux est survenue il y a une génération, dorénavant les corps suivent…
Parmi ceux qui ont carrément fermé, figurent le Rocky Mountain News, avec 150 ans d’ancienneté, à Denver ; le Cincinnati Post, 128 ans, dans le Cincinnati ; et l’Albuquerque Tribune, 87 ans. Leur nom s’ajoute à la liste gravée dans la pierre tombale de l’industrie de l’information. Pour notre part, comme nous le constatons depuis un certain temps dans nos propres journaux, la nouvelle de l’effondrement du journalisme ne date pas d’hier.
Les journaux connaissent depuis pas mal de temps une mort cérébrale, et leurs corps de zombis finissent par les escorter. Je sais que cela peut paraître cruel et susciter la colère des amateurs de mots croisés et de coupons publicitaires à découper —et ils sont légions—, mais il s’impose de s’interroger sur le phénomène et d’en retracer l’histoire.
L’appât du gain et la convoitise ont tué les grands quotidiens
La cause du collapsus de l’industrie journalistique est à rechercher dans sa perte de diversité. Le modèle du monopole a dominé l’industrie vers le milieu du XXème siècle. Dans presque toutes les villes des Etats-Unis, il y avait un quotidien dominant, soutenu par une économie de plus en plus puissante qui faisait une concurrence acharnée aux autres. A la fin du siècle, il ne restait qu’un seul journal local dans environ 98 % des villes étasuniennes.Les monopoles menaçaient la démocratie, et les quotidiens sont devenus des gardiens des nouvelles régionales dont le contrôle permettait de dominer la politique locale et de s’arroger un pouvoir illimité. Ceux des politiques qui ont affronté le quotidien local n’y ont pas survécu, en termes de carrière. Et les coûts de la publicité ont grimpé, au point de menacer l’existence même des petites entreprises en difficulté.
Avec les monopoles régionaux, les journaux produisaient des bénéfices de plus de 10 % au profit des investisseurs de Wall Street et devenaient ainsi une des industries les plus rentables de la nation. Mais, du même coup, ils tuaient le « romantisme » du jeune reporter à la chasse des nouvelles « à servir chaud » et qui avait pour vocation de lutter contre la corruption, de faire des « scoops » et de sauver la démocratie. Les journaux produisent des bénéfices et, pour cette raison tombent sous la coupe de monopoles qui en font des outils dont la mission n’est plus d’informer, d’éduquer ou de faire campagne, mais, simplement, de rapporter de l’argent.
Le modèle du monopole a apporté à la presse sa saison de vaches grasses, mais elle fut éphémère, parce qu’à force de faire du profit les éditeurs sont devenus arrogants, jugeant que leurs bénéfices étaient un droit plutôt que le fruit du travail. Sans compétiteurs, ils ont licencié du personnel, même en période de prospérité. Puisque l’objectif était de faire de plus en plus d’argent, il suffisait de remplacer par des informations génériques l’enquête sur telle ou telle situation locale, aussi les journaux ont-ils perdu toute signification en tant que source d’information locale.
- Les employés du journal {Rocky Mountain News} (États-Unis) au moment d’apprendre la nouvelle de la fermeture définitive de cette vieille maison de presse.
Le modèle a tué la nouvelle… et les lecteurs
L’appât du gain et la convoitise impliquaient le fait que les journaux ne mordent pas la main de ceux qui les alimentaient : on ne crache pas dans la soupe ! On passait donc sous silence la nouvelle qui risquait de faire du tort à tel ou tel annonceur, à ses amis ou à ceux qui s’étaient vendus à eux ; on évitait toute controverse susceptible de, sait-on jamais, déranger un client, et ces deux formes d’auto-censure ont signé la mort des grands reportages qui rendaient autrefois les journaux indispensables et passionnants.Poussé à l’extrême, le modèle profit-convoitise va plus loin : il ne s’agit plus seulement de ne pas offenser les annonceurs, mais aussi et surtout de faire leur jeu. C’est ainsi que la nouvelle concrète a été remplacée par des fables publicitaires aussi creuses que stupides et des pages entières de publicité.
Réfléchissons : quand donc avons-nous lu pour la dernière fois un article sérieux sur un nouveau modèle de voiture, ou une réflexion sur les modèles irresponsables de développement dans les pages immobilières ?
Au niveau macro, presque tous les journaux ont adhéré au commandement : « Sers-toi du pouvoir et ne pose pas de questions ».
Pratiquement tous les quotidiens importants des Etats-Unis ont ressassé mécaniquement et sans pudeur la propagande discréditée de l’administration Bush pour justifier l’invasion de l’Irak en 2003.
Les critiques actuels disent aujourd’hui que la tendance générale de la presse d’alors, favorable à la guerre, constitue le facteur clé ayant permis à Bush de précipiter la nation dans cette guerre. Les sources d’information alternatives, qui opèrent surtout dans le cyberespace, ont démenti ces mensonges à coups d’informations précises et d’analyses qui se sont ensuite avérées prophétiques, mais elles n’ont pas pu démolir la désinformation diffusée par les journaux.
Jetez un coup d’œil à la liste des sujets d’actualité les plus importants et les moins couverts de ces vingt dernières années, sélectionnés par Projet censuré.
Les 25 ayant été retenus chaque année peuvent traiter de questions aussi déconcertantes que la vente de technologie nucléaire à l’Iran par la société Halliburton (de l’ex-vice-président Dick Cheney), les contrats décrochés par Halliburton pour la construction de centres de détention aux Etats-Unis et… la hausse de 3 000 % des actions de Halliburton pendant la guerre d’Irak.
Mais les thèmes sont aussi très variés : depuis les subventions du gouvernement pour l’introduction d’agents cancérigènes dans nos aliments et notre eau, jusqu’à la destruction de l’habeas corpus et de toutes les garanties de protection des droits de l’homme, en passant par le pillage à grande échelle des ressources naturelles par les multinationales. Or, si le lecteur feuillette les journaux à gros tirages de ces années, il n’y trouvera que rarement ce genre de nouvelles : elles n’y sont pas, et c’est pourquoi nous avons eu à nous tourner vers d’autres sources.
C’est un fait : le journal imprimé qui transforme des forêts entières en pulpe à papier s’efface progressivement au profit de la presse numérique, mais telle n’est pas la cause de la mort de ces compagnies de la presse. Les grands journaux d’aujourd’hui ont à leur actif, en moyenne, une image construite sur une centaine d’années, et ils devraient être les principaux joueurs reconnus dans l’arène de l’industrie de l’information, constituer des grandes marques, en bonne place pour dominer le panorama des médias convergents.
Seulement, après une génération d’auto-complaisance, les marques en question, et par conséquent leur valeur en Bourse, se sont effondrées. Puisque les stupides vivats lancés par Judith Miller à l’administration Bush nous ont conduits à la guerre, pourquoi continuerions-nous de lire les informations livrées par le New York Times sur l’Irak ?
Pourquoi devrions-nous payer pour être désinformés ? (Judith Miller, journaliste du New York Times, a inventé de fausses interviews en Irak pour servir la cause de la guerre qui était celle de la Maison Blanche, ce qui lui a valu d’être encensée comme « héroïne » du journalisme)
Les journaux viennent grossir la liste des objets mis au rebut
Pas mal des articles que nous avons consultés sur l’effondrement la presse ont été écrits par ces journaux qui se plaignent eux-mêmes de leur disparition, alors qu’elle résulte de leur propre action ou de celle de concurrents : chaînes de télévision ou autres organisations non moins âpres au gain qui se délectent à l’avance de la chute de certains journaux alors qu’elles-mêmes ne font que s’engager dans la même voie. Par contre, leur réflexion ne couvre pas la croissance de structures démocratiques d’information qui défient réellement la réalité actuelle et fournissent des informations sur des événements dangereux et inquiétants. Or, il ne s’agit pas seulement de raconter l’histoire d’une génération qui court à toute vitesse vers l’analphabétisme ou l’apathie, mais celle, plus chargée d’espérance, d’une révolution dans les médias. On peut y voir un ajustement du marché face à la chute libre du modèle corporatif de propagande. L’évolution est plutôt positive.Mais les grands médias ne mourront pas en état de grâce. Ils dévalent la pente, nous disent les experts, parce qu’ils se sont suicidés et qu’ils sont venus grossir la liste des objets mis au rebut.
Pensez-y : tout semble indiquer que la mystérieuse perte de revenus au titre des petites annonces est devenue la balle d’argent qui a condamné les survivants au repos éternel. Mais pourquoi —et c’est une question qu’on se pose rarement— les quotidiens ont-ils perdu leurs petites annonces ?
Curieusement, la perte des annonces s’accompagnait de la diminution du nombre de lecteurs, et pas mal d’annonceurs émigrèrent non pas vers les sites Internet mais plutôt vers les hebdomadaires alternatifs qui ouvrent grand leurs pages à l’information que les grands médias consignent aux oubliettes de l’information dangereuse. C’est ainsi que le marché travaille, dirait Friedman (et pas Marx). Quand vous désirez louer un appartement, où cherchez-vous ?
Ces médias alternatifs n’ont pas hérité les annonces de leurs parents défunts, ils se sont appliqués à les décrocher quand les quotidiens ont cessé de les publier.
Pour que le journalisme prospère, il faut que l’on puisse payer les journalistes.
Les critiques des médias démocratiques se presseront de signaler que le marché ne peut pas soutenir un million de sites offrant de l’information en ligne et que les petits médias ne peuvent se permettre que de petits salaires pour une poignée de travailleurs. Aussi, selon ce raisonnement, aurions-nous besoin d’un nouveau modèle pour financer des médias de qualité.
La profession de journaliste est-elle en crise ?
C’est un fait. Mais ce même argument part souvent de la prémisse selon laquelle le vieux modèle, à savoir les journaux appartenant à des monopoles, faisait la même chose, et que la mort des grands annonce celle du journalisme en tant que profession. L’arbitraire a longtemps régné sur le système de rémunération des journalistes professionnels : celui-ci récompensait les lèche-bottes et sanctionnait les journalistes assumant des risques et travaillant dur.Voyons, par exemple, le New York Post, sans conteste l’un des pires quotidiens du pays : sensationnaliste, trafiquant de phobies, xénophobe. Il emploie quelques-uns des journalistes les mieux payés du pays, alors que, dans la même ville, l’implacable Indypendent (oui, avec y) mise sur des bénévoles faisant du journalisme local d’enquête. C’est tout à son honneur, surtout si on compare cette politique à la récompense des laquais qui bradent leur profession. Trouver des sources de revenus pour payer les bons journalistes est un autre problème.
La question de fond, c’est que s’il n’y a plus d’avenir pour les journaux ennuyeux et autres zombis au service des monopoles, le journalisme, lui, en a un. Je me souviens d’une réunion, il y a quelques années, avec une délégation de journalistes ukrainiens. Ils étaient tous d’âge moyen, et avaient été formés au journalisme dans les médias d’une société soviétique totalitaire, en somme la négation du journalisme. Pourtant, génération après génération, les candidats au journalisme avaient assimilé des aptitudes dont ils ne pouvaient pas se servir. Et lorsque l’empire soviétique s’effondra, il y avait des journalistes prêts à sortir de l’hibernation.
Ici, ce sera peut-être un peu la même histoire : quand les quotidiens autocensurés appartenant aux monopoles auront définitivement disparu, les chaînes ayant condamné le journalisme à la médiocrité pendant toute une génération sauteront. Peut-être les bons journalistes auront-ils à travailler au jour le jour et même à faire d’autres métiers pour assurer leur pain quotidien.
Peut-être les laquais n’éditeront-ils plus de journaux. Ou peut-être que finalement peu de choses changeront, sauf les lieux pourvoyeurs de désinformation et de banalité. Quoi qu’il en soit, je ne verserai pas une larme sur les grands médias corporatifs.
| Michael I. Niman Dr. Michael I. Niman, collaborateur du Projet censuré de l’Université Sonoma State de Californie, professeur de journalisme et de communication à l’Université d’Etat de Buffalo, et journaliste pour www.Artvoice.com et www.Mediastudy.com. Une version de cette introduction au chapitre I de projet censuré 2010 a été publiée sur ArtVoice (28/04/09). |
Coupures de presse : Retraites, Cuba, Palestine, Etats-Unis, Mexique
Retraites
L’édition de juillet du Left Business Observer (LBO) éclaire à sa manière les débats sur la pertinence d’un développement, régulièrement évoqué en France, de la « retraite par capitalisation ». Aux Etats-Unis, appréciée sur une très longue période, la Bourse n’a pas constitué un placement très astucieux :Au cours des quatorze dernières décennies, la croissance de la Bourse est à la traîne, loin derrière celle du produit intérieur brut (PIB). La croissance du PIB atteint, en moyenne, 3,5 % par an. Celle de la Bourse, 1,9 %. Et encore : ce chiffre se base sur un indice boursier, pas sur la performance d’un véritable portefeuille d’actions. Il s’agit donc d’une limite supérieure. En effet, entre taxes, commissions, frais divers dont il faut s’acquitter et mauvaises décisions d’investissement, on est assuré que les gens qui jouent en Bourse font toujours moins bien que les indices théoriques.
(Doug Henwood, « Andy Stern and the stock market », Left Business Observer, juillet 2010.)
Cuba
De façon assez inattendue, la revue américaine Foreign Affairs redoute l’impact d’une éventuelle ouverture économique de Cuba sur le système de santé du pays :Toute mesure d’assouplissement des restrictions au commerce et aux déplacements entre les Etats-Unis et Cuba affaiblirait sans aucun doute l’industrie de la santé cubaine. Si les dirigeants politiques des deux côtés du détroit de Floride n’y prennent pas garde, la petite nation caribéenne pourrait se voir dérober sa plus grande réussite. Tout d’abord, son réseau de santé public serait probablement dévasté par l’exode de milliers de médecins et d’infirmières cubains bien formés. Par ailleurs, des entreprises américaines à but lucratif pourraient transformer ce qui reste du système de santé en une destination de premier ordre pour l’industrie du tourisme médical.
(Laurie Garrett, « Castrocare in crisis », Foreign Affairs, juillet-août 2010.)
Palestine
Dans The New York Review of Books, l’écrivain et historien Malise Ruthven critique le concept d’« islamofascisme » défendu par des auteurs comme Paul Berman (et repris en France par Bernard-Henri Lévy) afin de justifier le refus de toute discussion avec des groupes comme le Hamas. Et il rappelle ce précédent peu connu :En décembre 1948, après le massacre de deux cent quarante Palestiniens dans le village de Deir Yassin, perpétré par des auxiliaires du mouvement Irgoun, dirigé alors par Menahem Begin, futur premier ministre d’Israël, plusieurs juifs célèbres, dont Albert Einstein et Hannah Arendt, écrivirent au New York Times. Protestant contre une visite de Begin aux Etats-Unis, ils accusèrent son organisation, le Herout, de porter « la marque qui ne trompe pas d’un parti fasciste, pour qui le terrorisme (contre les Juifs, les Arabes, les Britanniques) et la falsification ne sont que des moyens et l’Etat-guide est la fin qui les justifie. » (…) Dans le jeu politique israélien, ces tendances extrémistes de l’Irgoun et du groupe Stern ont ensuite été soumises aux rigueurs de la politique démocratique. Berman refuse cependant d’imaginer que les Frères musulmans et ses succédanés puissent être capables d’évoluer eux aussi afin de tenir compte d’un contexte qui change.
(Malise Ruthven, « Righteous & Wrong », The New York Review of Books, 19 août 2010.)
Etats-Unis
Au moment où s’engage la campagne pour les élections législatives de mi-mandat du 2 novembre prochain, l’hebdomadaire The Economist rappelle les transformations survenues depuis trente mois dans la vie quotidienne des Américains :Plus de la moitié des salariés ont expérimenté une période de chômage, essuyé une baisse de salaire ou été obligés de travailler à temps partiel. Le chômeur typique est sans emploi depuis près de six mois. La chute du cours des actions et de l’immobilier a détruit un cinquième des actifs du ménage moyen. Près de 60 % des Américains ont annulé leurs vacances ou les ont écourtées. Un cinquième de la population est incapable de rembourser son prêt hypothécaire. Un quart des jeunes âgés de 18 à 29 ans ont dû revenir vivre chez leurs parents. Moins de la moitié des adultes espèrent que leurs enfants disposeront d’un revenu supérieur au leur, et plus du quart estiment qu’il sera inférieur.
(« A Double Blow », The Economist, 22 juillet 2010.)
Mexique
Dans un numéro consacré au classement des cinq cents plus grandes sociétés d’Amérique latine, la revue chilienne América Economía s’interroge : « Où sont les entreprises mexicaines ? » :En 2002, il y avait 241 entreprises mexicaines dans le classement des 500 plus grandes entreprises d’Amérique latine (…) ; les brésiliennes étaient seulement 136. Aujourd’hui, les chiffres sont pratiquement inversés : 226 brésiliennes pour 119 mexicaines. (…) Alors que les 226 entreprises brésiliennes de ce classement ont, en moyenne, augmenté leur chiffre d’affaires de 42 % [en 2009], les 274 autres entreprises d’Amérique latine n’ont connu qu’une croissance de 4,5 %.
(« Muito obrigado », América Economía, juillet 2010.)
Édition imprimée — septembre 2010 — Page 2
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