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13 janvier 2013

Les guerres intelligentes du XXie siècle : Mercenaires et drones Predator

Par Chems Eddine Chitour
08/01/2013

Source : http://www.mondialisation.ca
english 

drone 
 «La guerre, c’est la guerre des hommes; la paix, c’est la guerre des idées.»

Victor Hugo

Un article du journal Le Monde a attiré mon attention, il raconte un cas de conscience d’un militaire américain qui, du fin fond d’une salle climatisée de l’Amérique profonde a décidé de voler la vie d’un enfant à 10.000 km de là en le ciblant «grâce» à un drone prédateur. Naturellement, il n’y eut pas de réaction ou si peu des médias d’habitude si prompts à diaboliser quand il s’agit de jeter l’anathème sur les damnés de la Terre, surtout s’ils sont musulmans. Comme rapporte Théophraste R. dans un billet du site alternatif «Le Grandsoir»: Quelqu’un disait (…):

«Les médias ne vous disent pas seulement ce que vous devez penser, mais SUR QUOI vous devez penser. Pensez chaque jour aux petites victimes du tueur fou de Newtown et pas à celles de l’aviateur normal qui bombarde par erreur un village afghan. Jean-Paul Sartre a écrit dans «Qu’est-ce que la littérature?»: «Le silence est un moment du langage; se taire ce n’est pas être muet, c’est refuser de parler, donc parler encore. Si donc un écrivain a choisi de se taire sur un aspect quelconque du monde, ou, selon une locution qui dit bien ce qu’elle veut dire de le passer sous silence, on est en droit de lui poser une [...] question: pourquoi as-tu parlé de ceci plutôt que de cela et – puisque tu parles pour changer – pourquoi veux-tu changer ceci plutôt que cela?».(1)

J’ai donc voulu savoir comment faisait-on la guerre actuellement par esprit de déconstruction en décortiquant l’information, et en regardant derrière les plis pour voir la «vraie vérité» comme le dit si bien Jacques Prévert. La façon de faire la guerre a changé totalement depuis que les puissances occidentales ne se font plus la guerre entre elles. La doctrine est celle de «zéro mort» chez le puissant et le maximum de morts chez l’adversaire. Pour cela pratiquement un quart de siècle, après la chute de l’empire soviétique, l’hyper-puissance américaine n’ayant plus «l’empire du mal» comme adversaire s’est trouvé un nouveau Satan de rechange, l’Islam. Cela s’est fait concomitamment, avec le tarissement des puits de pétrole et les avancées technologiques. Il y avait donc un triple gain, démolir l’Islam, en démolissant le pays musulman, s’emparer des puits de pétrole et expérimenter au réel les nouvelles armes létales pour voir «leur performance».

Donner la mort par procuration

Dans cet ordre d’idée , Georges Stanechy écrit:

«Il était une fois…un pays, qui avait à sa tête un dictateur: l’Irak. Ni pire ni meilleur que les pires autocrates féodaux et corrompus des pétromonarchies du coin, reçus en permanence avec tapis rouge et accolades dans nos «vertueuses démocraties». Mais, il avait eu le tort d’entrer en conflit avec ses protecteurs qui l’avaient installé au pouvoir. Alors, comme dans les films de gangsters, ils ont décidé de le remplacer par des marionnettes interchangeables et plus dociles. Pétrole oblige… «Apporter la Liberté et la Démocratie», affirmaient-ils, la main sur le coeur. Ils avaient une obsession, toutefois: «Renvoyer le pays à l’âge de pierre», disaient-ils. On ne comprenait pas bien: pourquoi chasser un dictateur imposait-il de réduire l’Irak en cendres?… Ils ont tout rasé. Méthodiquement. Tout ce qui est interdit par les Conventions de Genève et leurs Protocoles additionnels, ces «Traités internationaux qui contiennent les règles essentielles fixant des limites à la barbarie de la guerre.» Tout: centrales électriques, stations d’épuration d’eau, ponts, ports et aéroports civils, hôpitaux, universités, écoles, usines d’automobiles ou de tracteurs, ateliers mécaniques ou conditionnements de lait et yaourt, fermes d’élevage. Tous les ministères, sauf celui du Pétrole! «Retour à l’âge de pierre»: mission accomplie. Jusqu’aux musées et sites archéologiques, pillés à l’exemple du sac du palais d’été des empereurs en Chine, en 1860, par les troupes françaises et les britanniques… Détruire, massacrer, piller… Le plus curieux: ils se sont acharnés sur les femmes et les enfants (…) ».(2)

Les sociétés militaires privées

Autres innovations que nous avons déjà rapportées: les sociétés militaires privées. Le vrai mercenariat est du côté de la coalition qui fait la guerre aux peuples irakien et afghan en faisant appel à des mercenaires. Il est né dans le sillage de la «guerre de l’information» et de la doctrine du «zéro mort» suite aux guerres perdues du Vietnam et du Cambodge, expérimenté notamment au Kosovo. Les Etats-Unis sont aujourd’hui déployés dans plus de 50 pays. Les raisons du recours à des sociétés militaires privées sont multiples: politiques: contourner le Parlement américain et éviter la critique populaire. Contourner le contrôle administratif: ne pas irriter l’opinion publique (doctrine de zéro mort). Les morts BW ne sont pas décomptés comme des soldats. A partir des années 2000, parallèlement à la disparition progressive du mercenariat traditionnel, se sont développées les Sociétés militaires privées (SMP) anglo-saxonnes, parfois en renfort d’une milice.

Afghanistan et surtout en Irak (Military Professionnal Ressources Inc, Blackwater, Erinys, Aegis) depuis 2003 (…) Blackwater est une multinationale rentable.. ». (3)

« 1 milliard de dollars de contrats avec l’Etat américain. En 2006, le nombre de soldats de Blackwater déployés dans le monde était estimé à 23.000. Le chiffre d’affaires de Blackwater a augmenté de 80,000% entre 2001 et 2006. Entre 2005 et octobre 2007 on a dénombré plus de 195 incidents impliquant Blackwater. Les guerres que mène l’Occident ne sont pas justes et partant, pas morales. Cette guerre dissymétrique de 1 pour 1000 est encore plus amorale quand on utilise les satellites, les drones et les robots. On tue son adversaire sans le connaître à des milliers de kilomètres, à partir d’une salle climatisée du fin fond des Etats-Unis…(3)

Les guerres de l’avenir

Les médias ne tarissent pas d’éloges en décrivant, par le menu, les prouesses des nouvelles armes qui donnent la mort. Cela se fait d’ailleurs dans des kermesses telles que le salon du Bourget, où les marchands de mort viennent fourguer à des roitelets arabes ventripotents les dernières armes toujours en décalage avec l’état de l’art. Il n’est pas question de donner ce qu’il y a de récent. Souvenons-nous du contrat saoudien de plusieurs dizaines de milliards de dollars avec les Etats-Unis. Que va faire l’Arabie Saoudite avec ses armes si ce n’est les retourner contre son peuple ou contre les Bahreinis?
Avec un rare cynisme les médias occidentaux faisant la promotion des armes écrivent:

«Pour protéger sa vie, le matériel coûteux et éviter l’enlisement, notamment lors de combats en milieu urbain, le fantassin du futur sera bardé d’électronique et relié en réseau avec l’ensemble des blindés et aéronefs. Il ne s’agit plus de science-fiction, mais d’une réalité. Des fantassins en débarquent à couvert. Ils sont équipés d’un gilet bourré d’accessoires électroniques. Grâce à cet équipement, ils sont tous connectés à un réseau informatisé. Chaque combattant dispose d’un écran lui permettant de connaître sa position et celle de ses camarades via GPS. Ils peuvent s’organiser et communiquer entre eux avec un ostéophone, un système qui capte la voix via la résonance des os (…). C’est la poignée avant du fusil mitrailleur (Famas) qui permet de commander la radio. Ainsi, pas besoin d’arrêter un tir pour actionner un interrupteur. Ces mêmes commandes permettent de régler un tir sans se mettre à découvert (…) Ce même dispositif est doté d’options infrarouges, ou de vision de nuit. Le futur, c’est maintenant. Le combattant porte un équipement électronique qui le connecte en réseau avec la troupe, les aéronefs et les véhicules blindés.(…) Le LOCC, Logiciel opérationnel de conduite du combat, est l’outil de suivi des opérations du chef. C’est une sorte de gros iPad façon militaire, qui peut afficher en temps réel l’intégralité des combattants, véhicules et unités sur le terrain. Les positions des ennemis y sont affichées ainsi que les champs de vision et les directions de déplacement des uns et des autres. Dans un blindé, il est présenté sous la forme d’un double écran tactile. Sur le terrain, les chefs de sections sont, quant à eux, équipés d’une tablette tactique de plus petite taille (..)(4)

On le voit ce qui est important, c’est qu’il y ait zéro mort du côté de l’attaquant, que le matériel soit protégé, au besoin en tuant et aussi que le conflit ne s’enlise pas, car c’est de l’argent perdu…

La mort en joystick

Une autre technologique infernale concernant la mort est le drone avec des noms qui font froid dans le dos: drone predator, drones furtifs, drones reapers (faucheuses). Outils favoris des militaires depuis les années 1990, les drones sont de plus en plus utilisés. Ils sont expérimentés sur les faibles qui pensent échapper en vain à l’attaque sans pitié. Nous l’avons vu avec les éliminations des dirigeants palestiniens. Les drones ont, d’ores et déjà, changé la nature de la guerre.

Dans cet ordre, l’histoire que nous allons rapporter est celle d’une bavure parmi des dizaines: «Brandon Bryant était pilote de drone au sein d’une unité spéciale de l’armée de l’air américaine. Depuis l’Etat du Nouveau-Mexique, il a tué des dizaines de personnes. Jusqu’au jour où il a déclaré forfait. Pendant plus de cinq ans, Brandon Bryant a travaillé dans un container allongé de la taille d’une caravane, sans fenêtres, à température constante de 17 °C, et dont la porte était condamnée par mesure de sécurité. Devant les yeux de Brandon et de ses collègues scintillaient quatorze écrans. Sous leurs doigts, quatre claviers. Il suffisait que Brandon presse un bouton au Nouveau-Mexique pour qu’un homme meure à l’autre bout de la planète. A l’intérieur du container, des ordinateurs ronronnent. C’est le cerveau d’un drone. Dans l’US Air Force, on appelle cette pièce un «cockpit». A cette différence près que les pilotes du container ne volent pas – ils se contentent de piloter. Brandon était l’un d’entre eux. Il se souvient très précisément des huit que décrivait le Predator dans le ciel afghan, à plus de 10.000 kilomètres de l’endroit où il se trouvait. Dans le réticule du drone, une maison aplatie en terre, avec une étable pour les chèvres, se rappelle-t-il. Lorsque l’ordre de faire feu tombe, Brandon presse un bouton de la main gauche, «marque» le toit au laser, et le pilote assis à côté de lui déclenche le tir à l’aide d’un joystick. Le drone lance un missile de type Hellfire. Il reste alors seize secondes avant l’impact. «Les secondes s’écoulent au ralenti», se souvient Brandon aujourd’hui. Enregistrées au moyen d’une caméra infrarouge orientée vers le sol, les images sont transmises par satellite et apparaissent sur son moniteur avec un décalage de deux à cinq secondes».(5)

«Plus que sept secondes, pas l’ombre d’un humain. A cet instant, Brandon aurait encore pu détourner le missile roquette. Trois secondes. Brandon scrute le moindre pixel sur l’écran. Soudain, un enfant qui court à l’angle de la maison. Au moment de l’impact, le monde virtuel de Brandon et le monde réel d’un village situé entre Baghlan et Mazar-e Charif se télescopent. Brandon voit une lueur sur l’écran- l’explosion. Des pans du bâtiment s’écroulent. L’enfant a disparu. Brandon a l’estomac noué. «On vient de tuer le gamin?» demande-t-il à son collègue assis à côté.

«Je crois que c’était un gamin», lui répond le pilote. «C’était un gamin?» continuent-ils de s’interroger dans la fenêtre de messagerie instantanée qui s’affiche sur leur écran. C’est alors que quelqu’un qu’ils ne connaissent pas intervient, quelqu’un qui se trouve quelque part dans un poste de commandement de l’armée et qui a suivi leur attaque: «Non, c’était un chien.» (…) Brandon se souvient de son premier tir de missile: deux hommes meurent sur le coup et il assiste à l’agonie du troisième. L’homme a perdu une jambe, il se tient le moignon, son sang chaud ruisselle sur l’asphalte. La scène dure deux minutes. Un beau jour, Brandon Bryant n’a plus eu qu’une seule envie, partir, faire autre chose. L’espoir d’une guerre confortable, sans séquelles psychologiques, a fait long feu».(5)

La nouvelle guerre par les «ponctuelles»

La guerre moderne est devenue  en théorie d’après les stratèges vendeurs de mort, un tel raffinement que les médias main stream qui nous  font la promotion de ces nouvelles formes de suppression de  vie, utilisent un langage neutre souvenons nous des « ponctuelles » terminologie utilisée  par les commandos deltas qui  éliminaient pour le compte de l’OAS, tout ce qui dérangeaient aussi bien les bougnoules, que les pieds noirs « tièdes ».  En vendant ces informations ces médias   se pâment devant les frappes dites chirurgicales tout en sachant que la chirurgie contrairement  à  son sens morbide dans ces guerres du XXie siècle,  est en principe utilisée pour sauver les vies humaines.

Dans cet ordre, Joe Becker du New York Times démonte la mécanique de mise à mort par les drones.

« Au fil de son premier mandat écrit-il  c’est devenu la spécialité du président américain: Sélectionner les terroristes à abattre et donner son aval à chaque frappe de drones à l’étranger. Une méthode expéditive qui suscite la polémique. (…) En août 2009, le patron de la CIA, Leon Panetta, a fait savoir à John Brennan que l’agence avait Mehsud dans sa ligne de mire. Toutefois, a prévenu Leon Panetta, la liquidation du chef des taliban au Pakistan ne satisfaisait pas aux exigences d’Obama, pour lequel il faut avoir la «quasi-certitude» qu’aucun innocent ne sera tué. De fait, il était certain qu’une opération causerait la mort d’innocents, puisque Mehsud se trouvait en compagnie de son épouse chez sa belle-famille. (…) Mais pas cette fois. Obama a donné son feu vert à la CIA et Mehsud a été tué ainsi que son épouse et, selon certaines informations, d’autres membres de sa famille. (…) Ce n’était pas vraiment le type de frappe chirurgicale que souhaitait Barack Obama. (…) A juste titre ou non, les drones sont devenus le symbole provocateur de la puissance américaine, foulant aux pieds les souverainetés nationales et causant la mort d’innocents. (…) Le bilan d’Obama a fait reculer l’idée selon laquelle les démocrates sont peu performants en matière de sécurité nationale. Depuis son arrivée à la Maison-Blanche, Obama s’est révélé plus prompt à dégainer que Bush. Au Pakistan, depuis 2009, Il y eut 261 attaques avec 1819 taliban morts et 87 civils morts pour Obama contre 38 attaques avec 481 morts dont 94 civils avec Bush. Au Yémen, il y eut 48 attaques par les drones contre deux avec Bush. (6)

Conclusion : Qu’est ce qu’une guerre juste ?

Dans une contribution précédente j’avais décortiqué le vocable de guerre juste selon l’Eglise et la charité chrétienne dont se prévalent les semeurs de mort. J’écrivais : « Si l’on croit la théologie catholique “une guerre juste” doit obéir à trois conditions, (…) La première des trois conditions énoncées par saint Thomas est que la guerre ne peut être légitimement décidée que par l’autorité politique souveraine qui a pour fin principale de connaître et de promouvoir le bien commun de la cité ou société politique parfaite. (…) La deuxième condition de la guerre juste est que la guerre soit entreprise pour une cause juste (..°) La troisième condition de la guerre juste est ainsi la rectitude de l’intention de celui qui fait la guerre. L’autorité politique suprême peut entreprendre une guerre pour une cause juste mais en étant mue principalement par une intention mauvaise. (…) On pourrait ajouter une condition que saint Thomas n’affirme pas explicitement : il faut que le belligérant use de moyens militaires légitimes. Il n’est donc pas permis d’user de n’importe quel moyen militaire pour vaincre son ennemi. Il y a des actes qui sont toujours mauvais en eux-mêmes et il n’est jamais permis de les poser. L’intervention des armées américaines et anglaises en Irak, décidée sans l’assentiment du Conseil de sécurité de l’Organisation des Nations unies » (3) (7)

Pour Louis Delmas, la guerre n’est plus un affrontement de combattants, même éloignés les uns des autres par l’artillerie ou l’aviation, qui se battent en risquant leurs vies, mais un jeu informatique mortel où des opérateurs confortablement installés à des milliers de kilomètres, assassinent des adversaires en manipulant un clavier. Sous prétexte d’abattre un terroriste, les drones télécommandés envoient à un écran lointain les images de la vie d’une famille qu’ils observent pendant des jours avant de recevoir l’ordre de l’éliminer. Des militaires au chaud dans leur bureau, qui ne connaissent rien d’un champ de bataille, regardent des enfants jouer dans la cour, des femmes faire leur lessive, des vieux jouir du soleil. Jour après jour, la routine d’une existence ordinaire. Puis d’un coup, l’exécution est décidée. L’ordre arrive. Ils appuient sur un bouton. Si la cible est bien ajustée, le terroriste est tué. L’explosion fait le vide. Mission accomplie. Les enfants, femmes, vieillards qu’ils reconnaissaient chaque matin ne sont plus que des cadavres. Difficile à supporter. (…) Qu’est-ce qu’une guerre à zéro mort? Le robot (…) celui qui tue votre ennemi sans que vous couriez le moindre risque change la face de la guerre. Zéro mort chez l’agresseur, c’est devenu le slogan des nouveaux traîneurs de sabres. Ils disposent désormais d’un moyen de réaliser leur rêve. C’est un encouragement à déclencher des combats qui font impunément des masses de victimes.(8)

Les guerres que mène l’Occident ne sont pas justes et partant pas morales. Quand Bush avait envahi l’Afghanistan, c’était pour délivrer les Afghanes, maintenant c’est pour combattre le terrorisme. Et demain ? Cette guerre dissymétrique de 1 pour 1000 est encore plus amorale quand on utilise les satellites, les drones et les robots. On tue son adversaire sans le connaître à des milliers de kilomètres, à partir d’une salle climatisée du fin fond des Etats-Unis…  On rentre chez soi avec la satisfaction du devoir bien fait ,d’avoir été un bon patriote, pendant qu’à des milliers de kms de là , c’est la terreur, le sang, les larmes la désolation, des vies  volées et  une haine  des survivants  qui sédimente inexorablement.  Que veut dire alors «une guerre juste»? La question reste posée.

Professeur Chems Eddine Chitour
Ecole Polytechnique enp-edu.dz


Notes/références
1. http://www.legrandsoir.info/+jean-paul-sartre-explique-une-astuce-de-propagande+.html
2. George Stanechy http://stanechy.over-blog.com/article-noel-les-enfants-de-fa
3. http://www.legrandsoir.info/Les-societes-militaires-privees-La-mort-par-procuration.html
4. http://www.futura-sciences.com/fr/news/t/high-tech-4/d/reportage-les-cyberguerriers-de-larmee-francaise_43699/
5. Nicola Abé: Drones:Un ancien pilote américain raconte Der Spiegel 3 janvier 2013
6. Jo Becker The New York Times 7 juin 2012 Jo Becker Comment Obama a appris à tuer avec ses drones The New York Times 7 juin 2012
7. Qu’est-ce qu’une guerre juste ? http://www.etudesfda.com/SPIP/spip.php?article48
8. http://www.mondialisation.ca/la-dangereuse-ere-de-la-telecommande/5314471

13 mai 2012

L'art de la guerre : Aube rouge sang à Kaboul

Par Manlio Dinucci
le 8 Mai 2012
pour http://www.mondialisation.ca





Après la traversée du sombre nuage de la guerre, la lumière pointe maintenant à l’horizon du nouveau jour : c’est avec cette image rhétorique banale que le président Obama a annoncé l’accord signé avec le président Karzaï. Les plumes qui lui écrivent ses discours, à l’évidence, tirent leur flemme. On ne peut pas en dire autant des stratèges qui on rédigé « l’Accord de partenariat stratégique durable » avec l’Afghanistan. Celui-ci assure qu’après le retrait des troupes en 2014, les Etats-Unis continueront à protéger l’Afghanistan, en lui conférant le statut de « plus grand allié non-OTAN ». Dans le cadre d’un nouvel « Accord de sécurité bilatéral », les Usa chercheront des fonds pour que l’Afghanistan « puisse se défendre des menaces internes et externes ». Ce n’est pas eux qui les alloueront, donc, mais ils les « chercheront » en impliquant les alliés (Italie comprise) (et France : nous sommes aussi des membres de l’Alliance, NdT) dans le paiement de la majeure partie des au moins 4 milliards de dollars annuels pour entraîner et armer les « forces de sécurité » afghanes. Selon  « les standards OTAN », de façon à les rendre « inter-opérationnelles avec les forces de l’Alliance ».  De son côté, Kaboul « fournira aux forces étasuniennes l’accès et l’utilisation continus des bases afghanes jusqu’en 2014 et au-delà ».
















La base militaire de Bagram en Afghanistan à 50 km de Kaboul
 

Ce que l’accord ne dit pas c’est que les principales « bases afghanes », qui seront utilisées par des forces étasuniennes, sont les mêmes que celles qu’ils utilisent aujourd’hui (Bagram, Kandahar, Mazar-e-Sharif et d’autres) : avec la différence qu’y flottera le drapeau afghan à la place de celui des Etats-Unis.  L’accord ne dit pas non plus qu’en Afghanistan opèreront encore plus qu’aujourd’hui des forces USA-OTAN pour les opérations spéciales, flanquées de compagnies militaires privées. Les Etats-Unis promettent qu’ils n’utiliseront pas les bases contre d’autres pays mais, en cas d’ « agression extérieure contre l’Afghanistan », ils fourniront une « riposte appropriée » comprenant « des mesures militaires ». L’accord, précise l’ambassadeur Ryan Crocker, n’empêche pas les Etats-Unis de continuer à attaquer depuis l’Afghanistan, avec les drones, les insurgés au Pakistan, car « il n’exclut pas le droit à l’autodéfense ».

Mais les piliers sur lesquels reposera le « partenariat stratégique durable » ne sont pas seulement militaires. Washington encouragera « l’activité du secteur privé étasunien en Afghanistan », en particulier pour l’exploitation de la « richesse minière, dont le peuple afghan doit être le principal bénéficiaire ».  Le peuple afghan peut en être sûr : ce sont des géologues du Pentagone qui ont découvert, dans le sous-sol afghan, de riches gisements de lithium, cobalt, or et autres métaux. L’Afghanistan, rapporte un mémorandum du Pentagone, pourrait devenir « l’Arabie saoudite du lithium », métal précieux pour la production de batteries (et industries pharmaceutiques, NdT).




Carte des ressources minières, Afghanistan
Source : Magazine Carto


Et puis il y a surtout une autre ressource à exploiter : la position géographique même de l’Afghanistan, de première importance aussi bien militaire qu’économique. Ce n’est pas un hasard si, dans l’accord, les Etats-Unis s’emploient à faire retrouver à l’Afghanistan « son rôle historique de pont entre l’Asie centrale et méridionale et le Moyen-Orient », en réalisant des infrastructures pour les transports, en particulier des « réseaux énergétiques ». La référence est claire au gazoduc Turkmenistan-Inde, à travers Afghanistan et Pakistan, sur lequel mise Washington dans la bataille des gazoducs contre Iran, Russie et Chine. Qui sera contrôlé par des forces spéciales et des drones étasuniens au nom du « droit à l’autodéfense ».



Edition de mardi 8 mai de il manifesto

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

Manlio Dinucci est un collaborateur régulier de Mondialisation.ca.

26 avril 2011

Comment Washington veut sortir d’Afghanistan

Par Alain Gresh
pour http://blog.mondediplo.net

Les crises dans le monde arabe ont fait passer au second plan et la guerre en Irak et celle en Afghanistan. C’est dommage, et il y aurait beaucoup à dire sur la manière dont le gouvernement « démocratique » de Bagdad traite les manifestants qui réclament plus de libertés et de démocratie, comme au Bahreïn, en Syrie ou en Algérie ; beaucoup aussi à dire sur la manière dont le gouvernement kurde, protégé depuis 1991 par les puissances occidentales et qui aurait eu largement le temps d’élargir la démocratie, impose un ordre autoritaire à travers deux partis qui se partagent le pouvoir et les richesses.

En Afghanistan, où des élections truquées ont permis au président Hamid Karzaï d’être réélu et de disposer d’une chambre à sa botte, il est clair depuis plusieurs années que la stratégie occidentale est en échec. Bien que feutré, le débat se déroule aussi bien en Europe qu’aux Etats-Unis. Et il se fonde sur une idée, le retrait des troupes étrangères d’Afghanistan.

Si l’on en croit le journaliste pakistanais Ahmed Rashid, un des meilleurs connaisseurs de l’Afghanistan, l’administration américaine a désormais, après un long débat, une position unifiée sur la guerre qui s’y mène. Il l’a écrit dans un article du Financial Times, « How the US intends to end the war with the Taliban » (19 avril).

« Après deux années de disputes internes et de rivalités, l’administration Obama est pour la première fois unie pour intensifier ses discussions secrètes avec les talibans. Elle veut aussi élargir les pourparlers aux pays de la région, notamment le Pakistan, qui détient la clef d’un règlement pacifique, alors que les Etats-Unis et l’OTAN se préparent à retirer leurs troupes en 2014. »

Prenant en compte le désir de la plupart des 49 Etats de la coalition de retirer leurs troupes, de l’hostilité grandissante des opinions publiques occidentales (en premier lieu celle des Etats-Unis) à la guerre, du coût de celle-ci (deux milliards de dollars par semaine !), l’administration Obama cherche à sortir de l’impasse en discutant avec les talibans. De premiers contacts avaient été pris, mais il était difficile de savoir si les personnes présentes étaient vraiment représentatives.

Washington aurait donné son accord à ce que les talibans ouvrent un bureau officiel dans un pays du Golfe (ou en Turquie). « Cela marquerait un tournant décisif dans une stratégie vieille d’une décennie » d’isolement des talibans. Ce bureau pourrait ouvrir des négociations avec le gouvernement afghan, mais aussi avec les Etats-Unis. Et si les pourparlers avançaient, ce bureau pourrait être installé en Afghanistan.
Après d’âpres débats internes, l’administration Obama aurait décidé d’utiliser les bons services des militaires pakistanais. Les relations entre les Etats-Unis et le Pakistan sont tendues, les premiers accusant les seconds d’aider en sous-main les talibans (ce qui n’est un secret pour personne), les seconds reprochant aux premiers de ne pas les associer à leur vision de l’avenir de l’Afghanistan. Le rapprochement, encore hypothétique, nécessitera aussi une détente entre l’Inde et le Pakistan pour les amener à collaborer sur le dossier.

Plus spectaculaire encore, Washington a abandonné les deux préconditions à l’ouverture de négociations avec les talibans : la rupture de leurs relations avec Al-Qaida et l’acceptation de la constitution afghane, les deux devant être le résultat des pourparlers. Cela vous rappelle quelque chose ? Pourquoi Washington (et Paris) n’abandonnent pas leurs préconditions à l’ouverture d’un dialogue avec le Hamas qui, lui, lutte contre Al-Qaida ?

Selon Ahmed Rashid, deux échéances permettront de se faire une idée plus claire des intentions des Etats-Unis : le discours du président Obama en juillet avec le premier retrait de soldats américains d’Afghanistan ; une conférence en Allemagne en décembre, qui marquera le dixième anniversaire de celle de Bonn qui avait exclut les talibans : ceux-ci seraient cette fois invités à s’y joindre.

Ainsi, il aura fallut dix ans de guerres, de destructions, des milliers de morts, pour arriver à une conclusion écrite d’avance : il ne peut y avoir de solutions étrangères imposées par la force au peuple afghan. Britanniques et Soviétiques en ont fait l’expérience ; c’est au tour des Etats-Unis.

Dans une opinion publiée par le New York Times le 22 avril, Anatol Lieven et Maleeha Lodhi (ancien ambassadeur pakistanais) et intitulée « Bring in the Taliban » reprennent les mêmes informations, mais ils notent la résistance des militaires américains à cette stratégie. Ils font ainsi dire à un diplomate européen : « Les militaires américains ne veulent de discussions que quand ils auront leurs bottes sur le cou des talibans. » Le vieux rêve, jamais réalisé, de toutes les armées coloniales et d’intervention, de l’Algérie au Vietnam.

Une université populaire les 13 et 14 mai

Attention : nombre de places limitées, inscription obligatoire.
Alors que les peuples se soulèvent de la Tunisie à l’Egypte, du Maroc à la Syrie, de Bahreïn au Yémen, Nouvelles d’Orient et l’institut de recherche et d’études Méditerranée Moyen-Orient (iReMMO) vous proposent un cycle de conférences sur les révoltes et révolutions dans le monde arabe.
Vendredi 13 et samedi 14 mai 2011
Siège de l’iReMMO, 5 rue Basse des Carmes 75005 (Métro Maubert-Mutualité)
Vendredi 13 mai, 18h - 20h
« Place du soulèvement de 2011 dans l’histoire du monde arabe »
- Elizabeth Picard, directrice de recherches au CNRS
Samedi 14 mai, 10h30 - 12h30
« Révolte arabe, unité des aspirations, diversité des situations »
- Alain Gresh, animateur du blog « Nouvelles d’Orient »
Samedi 14 mai, 14h -16h
« Où ont disparu les islamistes ? »
- Burhan Ghalioun, directeur du Centre d’Etudes sur l’Orient Contemporain
Samedi 14 mai, 16h30-18h30
« Le rôle des armées et des services de sécurité »
- Bassma Kodmani, directrice de l’Arab Reform Initiative
Participation : 8 euros par séance (5 euros pour les étudiants & chômeurs) ou 20 euros pour l’ensemble de la formation (12 euros étudiants & chômeurs) - Règlement sur place.
Le nombre de places étant limité, l’inscription est obligatoire : iremmo.up@gmail.com ou 01 43 29 05 65

18 mars 2011

Défense européenne, OTAN : à quand le débat ? (II)

par Philippe Leymarie
pour http://blog.mondediplo.net

En dépit des bonnes intentions annoncées lors du remaniement ministériel du 27 février, et du lancement, par exemple, d’une opération de secours humanitaire au profit des opposants au leader libyen Mouammar Khadafi, il ne faut pas s’attendre à un revirement de la diplomatie et de la politique de défense de la France, que ce soit à propos de sa participation à la guerre en Afghanistan, de son retour au sein du commandement intégré de l’OTAN et de l’articulation avec la politique européenne de défense, ou de l’utilité de la dissuasion nucléaire – tous domaines qui ne font guère l’objet de débats, comme l’a regretté un colloque organisé récemment au Sénat à l’initiative de Michelle Demessine, ancienne ministre et sénatrice communiste du Nord. Eléments pour un éventuel débat, en tout cas, avec – après l’Afghanistan – ce deuxième volet consacré à l’OTAN et à la PESD, entre atlantisme et européanisme...
A propos de la guerre en Afghanistan, cette remarque d’abord du général Vincent Desportes – qui était jusqu’à ces derniers mois directeur du Collège inter-armées de défense, redevenu récemment « l’Ecole de guerre » : quinze pays de l’Union européenne ont engagé des soldats dans ce conflit, et ont représenté – jusqu’à l’arrivée des derniers renforts américains – un tiers de l’effectif de l’opération menée sous couvert de l’OTAN en Afghanistan. Or, pointe le général, « il n’y a presque pas d’Europe, de défense européenne en tant que telle, dans cette opération : l’Europe y mène sa guerre la plus longue... sans même exister, apparaissant comme un simple protectorat américain : il est temps qu’elle se prenne en main » [1].

Système impérial

Alain Joxe, directeur d’études à l’EHESS, rappelle que pour la première fois, dans sa guerre en Afghanistan, l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN) n’agit pas dans une... « zone OTAN », mais dans un secteur qui relève surtout de trois commandements militaires américains : « L’Afghanistan a au moins servi, finalement, à renforcer le rôle de super-commandant en chef du président US », avec cette idée sous-jacente d’un commandement sécuritaire américain global, qui n’a pas besoin de l’ONU, et qui continue, Obama ou pas.
« Ils sont en train de perdre leur leadership économique, mais pensent compenser par le militaire », estime ce chercheur pour qui « l’Europe est sans importance là-dedans », la question de l’OTAN n’occupant d’ailleurs que 2 pages (sur 128) dans la Quadriennal Defence Review (QDR) établie à la fin de l’année 2010. « Le sujet n’a même plus la vertu de figurer dans le discours US, et encore moins sous Obama que sous Bush. »
L’actuel président, pour Alain Joxe, a renforcé cette vision œcuménique d’un instrument US/OTAN capable d’assurer à lui tout seul la sécurité de la planète. Les cinq commandements « régionaux » américains [2], et les deux ou trois commandements fonctionnels, constituent « un système impérial complet », dans une optique qui est « le contraire d’une multilatéralisation » (pourtant appelée de ses vœux par le numéro un américain au début de son mandat).

OTAN sans frontières

Alain Joxe relève « une grande continuité dans la réforme permanente de l’OTAN : dès que les Américains annoncent un changement dans leur dispositif, l’organisation transatlantique doit s’aligner ». Le document préparé par l’ancienne responsable de la diplomatie US, Madeleine Albright, en vue du sommet de l’OTAN, évoquait l’abandon partiel du système du consensus (qui est « une façon polie de présenter un droit de veto »), fondement basique de l’actuel traité. Il s’agissait de tenir compte des réticences des Américains et de certains Européens à être automatiquement engagés dans un conflit. La proposition n’a pas été reprise, de même d’ailleurs que la « réforme du commandement » préconisée par le secrétaire général Anders Fogh Rasmussen, dont on n’entend plus parler...
La préparation du nouveau « concept stratégique » de l’organisation transatlantique, avalisé lors du sommet de Lisbonne en novembre dernier, a d’ailleurs été – selon Jean-Pierre Maulny, directeur-adjoint de l’Institut des Relations internationales et stratégiques (IRIS) – « confisquée par les experts, et reste difficile à décrypter ».
Ce document fait référence au fameux article 5 du Traité de l’OTAN, organisant la sécurité collective par un mécanisme de solidarité quasi obligatoire [3]. La mention de cet article reste capitale pour les pays de l’Est européen, toujours inquiets de leur voisinage avec la grande Russie – ce qui explique aussi pourquoi le partenariat avec ce pays, mais également avec les pays du Caucase, du Moyen-Orient et du Golfe (Initiative d’Istanbul), et du Maghreb (Dialogue méditerranéen) a été réaffirmé et même développé.
Déjà, il n’est plus nécessaire d’élargir l’OTAN (en y accueillant de nouveaux membres) : il suffit d’étendre cette politique de développement des points d’appui, via les « partenariats » (qui concernent plus de cinquante pays, outre les vingt-huit Etats-membres), dans le cadre d’une sorte de « mondialisation de la sécurité », à l’exemple de l’économie. Un compromis a d’ailleurs été trouvé, dans la rédaction de ce nouveau « concept », pour justifier l’extension des prérogatives de l’OTAN : par le biais des « nouvelles menaces » (terrorisme, ADM, attaques NRBC, piraterie, etc.), l’organisation est plus « sans frontières » que jamais, et pratiquement « déterritorialisée ».

Pilier européen

Selon Maulny, s’agissant de la France, « on aurait pu penser que notre positionnement politique nous permettrait de servir de passerelle » entre l’OTAN et les (rares) pays qui refusent ses avances. Mais « c’est impossible aujourd’hui », affirme ce chercheur, qui prévoit que deux décisions du sommet de Lisbonne – la réforme du commandement intégré (passage de 13 000 à 8 000 agents) ainsi que la réduction du nombre des agences ( de 14 à 5) – « pourraient être douloureuses pour la France ».
Le pilier européen de l’Alliance, et surtout l’Europe de la défense, auraient dû – selon la rhétorique en vigueur à l’Elysée en 2009 – bénéficier de ce retour (inespéré), au sein du commandement militaire intégré de l’organisation, du pays qui le boudait depuis 1964, suite à un sursaut indépendantiste du général de Gaulle. C’était même une « condition », disait-on pour faire avaler la pilule.
Mais la réintégration « n’a pas eu l’effet bénéfique annoncé », estime le chercheur de l’IRIS, qui rappelle que la France demande par exemple sans cesse, depuis 2003, la mise en place à Bruxelles, dans les locaux de la Commission de l’UE, d’une cellule de planification militaire – embryon d’un état-major opérationnel – « ce qui n’est toujours pas gagné ! ». De même, il est probable, selon lui, que la modalité de « coopération structurée permanente » prévue par le traité UE de Lisbonne ne verra jamais le jour.

Logique bilatérale

Le pompon, sur ce plan, étant ce traité franco-britannique de novembre dernier, avec ses 17 mesures (en plus du nucléaire) qui font partie d’un processus sans doute utile de rationalisation des capacités entre les deux pays (on verra à l’usage), mais qui n’est pas en phase avec la construction européenne, et dont, par exemple, les Allemands et les Italiens n’avaient pas l’air très heureux.
Selon un intervenant, « les Britanniques ne croient plus à l’Europe de la défense », alors qu’ils s’étaient laissés entraîner, en paroles, dans le processus d’autonomisation lancé à Saint-Malo en 1998, sous l’impulsion des Français. Ils sont dans une logique purement bilatérale (avec les USA, avec la France), aux prises avec des réductions budgétaires, et une tendance au repli, pour défendre leur industrie de l’armement. « Cameron fera tout pour ne pas appliquer l’accord de novembre avec la France, négocié par son prédécesseur. »
Côté français, on continue à évoquer la Politique européenne de sécurité et de défense (PESD) [4] dans les discours, mais sans prendre d’initiatives. Si bien que l’Europe de la défense paraît en position de faiblesse aujourd’hui, et bien loin de pouvoir contrebalancer l’OTAN. Seule la crise financière contraint l’UE et l’OTAN à discuter aujourd’hui de la mutualisation partielle de certaines de leurs capacités [5]…
A suivre : Dissuasion nucléaire, bouclier antimissile : à quand le débat ? (III)

Notes

[1] Michelle Demessine, sénatrice du Nord, a posé le jeudi 3 mars une question orale au gouvernement, au Sénat, demandant un grand débat public sur la situation en Afghanistan.
[2] Derniers en date : l’Afrique, l’Amérique latine.
[3] Il a servi par exemple à justifier l’engagement des pays membres de l’OTAN en Afghanistan, pour venir en aide aux Américains, agressés à travers les attentats du 11 septembre 2001.
[4] Rebaptisée, pour simplifier, « Politique de sécurité et de défense commune de l’Union européenne » (PSDC-UE).
[5] D’autres thèmes, non traités lors de ce colloque – les ventes d’armes ou l’assistance à certains régimes africains – mériteraient bien sûr d’être également discutés, au Parlement ou ailleurs.

21 février 2011

Afghanistan, défense européenne, OTAN : à quand le débat ? (1)

par Philippe Leymarie
pour http://blog.mondediplo.net
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« Quelle sécurité en Europe et dans le monde, après le sommet de Lisbonne » : un modeste colloque, organisé fin janvier au Sénat à Paris par une parlementaire communiste, a permis de faire le point sur trois questions qui ne sont jamais débattues en France, sinon dans des cercles restreints : l’Afghanistan, et pourquoi y rester ? L’Europe de la défense et l’OTAN : quelle utilisé, quelle répartition, quel équilibre ? Et la dissuasion nucléaire : a-t-elle encore un sens ? En voici les extraits les plus saillants, en commençant par le volet Afghanistan...
La guerre que mène là-bas l’OTAN, sous direction en fait américaine, dépasse désormais en durée celle qu’y avaient menée les Soviétiques, a fait remarquer d’emblée l’ancien ministre socialiste Paul Quilès, qui continue de suivre de près les questions de défense.
Selon lui, le projet de désengagement progressif annoncé lors du sommet de l’OTAN fin novembre à Lisbonne par le président Barack Obama est « peu crédible ». Il s’agirait de pacifier les provinces une à une, pour les rendre aux civils et militaires afghans, et de retirer une fraction proportionnelle des troupes étrangères, avec un objectif de transfert total – et donc d’évacuation des forces de l’OTAN et des Etats-Unis – fixé à 2014.
Mais l’interface afghane – le régime du président Karzai – est fragile :
— il est contesté jusque dans Kaboul, sa capitale, théâtre d’attentats répétés, et il a une autorité moindre encore ailleurs dans le pays ;
— il est peu représentatif de la majorité pachtoune du pays ;
— les élections ont été contestées ;
— l’administration est corrompue, mêlée au trafic de drogue (qui a explosé depuis la chute du régime taliban, il y a dix ans) ;
— le transfert à l’armée afghane est illusoire (20 % de taux annuel de désertion) ;
— la crispation est toujours aussi forte également avec les voisins (Pakistan, Inde) ;
— le coût financier est écrasant : 350 milliards de dollars pour les USA (sans commune mesure avec les 460 millions d’euros engagés par exemple par la France) ;
— le conflit est plus meurtrier que jamais : 10 000 morts l’an dernier, dont 711 soldats de l’OTAN, 1 200 policiers et au moins 2 500 civils.

Alignement français

Conclusion de Paul Quilès :
— une victoire militaire est impossible ;
— l’alignement du président Sarkozy sur son homologue américain sonne faux, car il n’est en rien associé à la décision ;
— la présence de ces troupes occidentales dans un pays musulman, en soutien à des institutions locales discréditées, alimente la propagande fondamentaliste (« croisade »).
L’ancien ministre socialiste plaide pour une initiative politique que la France aurait dû prendre au sein du Conseil de sécurité des Nations unies : une conférence internationale, avec l’ensemble des voisins de l’Afghanistan, devant déboucher sur un statut non-aligné pour ce pays, de nouvelles institutions, le retrait des troupes étrangères, des garanties de sécurité régionale, etc.
Pour ce qui est de la France, elle devrait se dissocier immédiatement de l’opération actuelle, commencer à retirer son contingent (pour être en phase le début de désengagement américain, prévu pour juillet prochain) [1], et augmenter son aide civile au développement.

« Actionnaire à 1 %»

Autre opinion exprimée à ce colloque : celle du général Vincent Desportes, l’ex-patron du Collège interarmées de défense (CID). Une tribune publiée par Le Monde le 2 juillet dernier, à quelques semaines de sa retraite, lui avait valu une réprimande de l’état-major. Il qualifiait l’opération de l’OTAN en Afghanistan de « guerre américaine », dans laquelle la France (comme l’Europe dans son ensemble) est sans voix : « Quand vous êtes actionnaire à 1 %, vous n’avez pas la parole. »
Dans son exposé au Sénat, le général désormais en retraite a d’abord relevé le décalage important entre le discours politique et la réalité sur le terrain, les informations diffusées par les divers acteurs du conflit étant peu fiables. Pour les militaires occidentaux, juge-t-il, c’est « la quadrature du cercle » : ils doivent à la fois assurer la protection et rechercher l’adhésion de la population ; mais en même temps contrer l’adversaire et protéger leurs propres soldats, au fil d’un « micro-management du champ de bataille ». Le tout débouchant sur une « impasse tactique », avec pertes croissantes, en raison d’une « étonnante capacité de résistance de l’adversaire ».
Le général considère que les théories contre-insurrectionnelles, « aussi intelligentes soient-elles », ne peuvent suffire à régler un problème qui est surtout stratégique et politique. Que « le messianisme occidental est essoufflé ». Qu’il n’est plus temps de faire de la réforme sociétale, ou même de la reconstruction, mais de s’en tenir à un simple rétablissement d’un niveau acceptable de sécurité : « L’ambition du secrétaire d’Etat Robert Gates est de laisser l’Afghanistan au moins en l’état où les Soviétiques l’avaient laissé », ce qui n’est même pas le cas actuellement. Il faudra en tout cas accepter de considérer ce pays comme une nation multiethnique, avec un pouvoir décentralisé, une influence majoritairement pachtoune [2], un fonctionnement plus tribal que démocratique.

Guerre en silence

Cela suppose aussi que l’Afghanistan cesse d’être un pion, un élément de la « profondeur stratégique » de certains pays de la région, qui défendent chacun leurs intérêts, car eux resteront après le retrait occidental : « Un pouvoir acceptable à Kaboul suppose qu’il le soit aussi à Islamabad et New-Delhi. La solution afghane passe par la solution au Cachemire. »
Conclusion du général : « Le temps joue contre nous, fait le jeu de la Chine ou de l’Iran, et nous transforme de plus en plus en force d’occupation. Les coalisés se délitent. Après les élections de mi-mandat, la question afghane est oubliée aux Etats-Unis. Cette guerre n’est pas populaire : il faudra quitter bientôt l’Afghanistan. Mais si un seuil de stabilisation n’est pas atteint, ce sera pire qu’en 2001, Al-Qaida revenant sous l’égide des talibans, voir menaçant la stabilité du Pakistan. »
Ce militaire tout juste passé au cadre de réserve affirme « ne pas connaître la solution », mais estime en tout cas qu’« on n’a pas le droit de conduire une guerre en silence. C’est à la nation de confirmer ou d’infirmer la mise en jeu de la vie de ses soldats, souvent moins militaristes que les politiques ». Si les soldats français sont à effectifs relativement réduits en Afghanistan, juge-t-il, c’est que les forces armées sont en limite de leurs moyens : « Elles enregistrent des succès tactiques notables, même si, stratégiquement, ce n’est pas très sensible », estime Vincent Desportes.
Quoi qu’il en soit, l’argument de la légitime défense – invoqué par l’OTAN, la France, etc. – est « usé jusqu’à la corde », selon Paul Quilès : « La démocratie, la tranquillité de nos populations, la défense des droits des femmes : pourquoi ne pas l’exiger en Arabie saoudite, alors ? » Quant au « On y restera le temps qu’il faudra » formulé par le président Sarkozy et ses ministres, c’est « le degré zéro, le contraire d’une position politique ».

Notes

[1] Evalué ces derniers mois à 3 750 personnels environ, le contingent français a compté jusqu’à 4 200 soldats ces dernières semaines, du fait de la participation d’unités navales et aériennes supplémentaires.
[2] Alors que les postes de direction sont en majorité tadjik.

10 septembre 2010

« Bavures » de Kunduz, le tourment allemand

lundi 6 septembre 2010, par Philippe Leymarie
On s’en souvient comme de la « bavure de Kunduz » : le 4 septembre 2009, à la demande du commandement du contingent de la Bundeswehr au nord-est de l’Afghanistan – le troisième, derrière Américains et Britanniques – une frappe aérienne de l’OTAN avait fait cent quarante deux morts, dont au moins une quarantaine de civils. Supposé viser des chefs talibans, ce bombardement avait détruit – a la suite d’une erreur d’appréciation – un convoi de camions-citernes au milieu de la population.
A la mi-août, près d’un an après, l’armée allemande a versé 324 000 euros à 95 familles touchées par ce raid : chacune a touché 3 770 euros, au titre d’une « aide humanitaire », indique le ministère allemand de la défense. L’argent, « qui n’est pas une indemnisation au sens juridique », précise Berlin, est versé de manière « non bureaucratique », par le biais d’une banque afghane, sur des comptes « personnalisés », afin d’être « sûr qu’il ne tombe pas entre de mauvaises mains ».
La « bavure » avait soulevé un tollé en Afghanistan mais aussi en Allemagne, entraînant la démission du ministre de la Défense Franz Josef Jung, du chef d’état-major, le général Wolfgang Schneiderhan, et du secrétaire d’Etat à la Défense Peter Wichert, ainsi que la création d’une commission d’enquête parlementaire. Et surtout une perte de confiance dans les promesses du gouvernement allemand aux députés du Bundestag.

Pacifisme officiel

En principe, les soldats de la Bundeswehr, affectés en majorité dès la création de l’ISAF à une zone considérée comme « sûre », au nord du pays, devaient s’investir essentiellement dans des tâches de développement, et limiter leurs actions armées à une réplique en cas d’attaque, pour assurer leur propre sécurité. Une posture conforme, en théorie, au « pacifisme » qui est la ligne officielle en Allemagne, depuis la reconstruction d’une armée suite à la défaite du Reich.
La Bundeswehr avait été critiquée l’an dernier par le commandant en chef de l’Isaf, le général Stanley McChrystal, pour son manque de présence au front. Berlin participe désormais à des combats dans sa zone de déploiement du nord du pays, mais n’a reconnu clairement être « en guerre » en Afghanistan que depuis quelques mois, à la suite d’une nouvelle série d’incidents graves.

Expansion de l’insurrection

Ainsi, rendus nerveux le 2 avril dernier par la mort de trois de ses soldats, lors d’une attaque des talibans, des hommes de la Bundeswehr avaient tué par erreur six soldats afghans près de Kunduz – une nouvelle « bavure ». L’armée allemande avait perdu quatre hommes à nouveau à la mi-avril. En juillet dernier, des insurgés ont attaqué le bataillon allemand d’instruction et de protection (ASB) déployé à Kunduz, mais sans faire de victimes.
Dans cette même ville, relativement calme jusqu’à la fin 2008, les talibans ont attaqué fin août un poste de police et tué huit agents afghans. Un attentat-suicide, samedi dernier, y a tué 4 policiers et 3 civils. La situation de Kunduz, selon une dépêche AFP [1], est « symptomatique de l’expansion de l’insurrection des talibans dans la quasi-totalité du pays, alors qu’elle se concentrait essentiellement dans le sud et l’est dans les premières années du conflit ».

Opérations ciblées

Les documents internes de l’OTAN sur son intervention en Afghanistan, révélés fin juillet par le site Wikileaks, ont fait rebondir la polémique en Allemagne : ils indiquent que la Bundeswehr participe aux « opérations ciblées » (liste de personnes à éliminer) initiées par le commandement américain.
La rentrée parlementaire à Berlin, la semaine prochaine, devrait être l’occasion pour les députés d’opposition de dénoncer une pratique que le député social-démocrate Hans-Peter Bartels considère comme « sur le principe problématique, sans succès et contre-productive ». Avant ces révélations, plus des deux tiers de la population – selon plusieurs sondages – exigeaient déjà un désengagement rapide et total de la Bundeswehr d’Afghanistan.
L’armée allemande s’apprête d’ailleurs à subir les plus profonds bouleversements de ses cinquante-cinq ans d’existence. Karl-Theodor zu Guttenberg, le ministre de la Défense, veut non seulement suspendre le service militaire obligatoire, mais aussi réduire d’un tiers les effectifs de l’armée, et supprimer ou réduire une série de programmes d’équipement.

Notes

[1] 26 août 2010.

12 août 2010

Rapports explosifs sur la guerre en Afghanistan

Les révélations du site Wikileaks

Une masse considérable de fichiers confidentiels de l’armée américaine vient d’être dévoilée, lundi 26 juillet, par le site Internet Wikileaks.org. Ces documents relatent, événement après événement, le quotidien d’une guerre entamée en octobre 2001 et d’une occupation qui n’en finit pas.
Fouiller l’ensemble des quelque 92 000 rapports d’incident divulgués constitue une tâche herculéenne. C’est pourquoi Le Monde diplomatique s’est associé à l’initiative d’Owni.fr visant à mettre à la disposition de tous un outil de consultation de ces rapports. Accessible directement en ligne, ce dispositif nommé « War Logs » permet au lecteur d’appréhender le jargon militaire dans lequel les événements sont décrits, d’effectuer des recherches dans l’ensemble des documents dévoilés, et d’ajouter des annotations. La base de données comprend déjà 75 000 documents et sera enrichie rapidement.
Les lecteurs qui le souhaitent peuvent exploiter cet outil pour, d’une part, se familiariser avec ces documents exceptionnels, et, d’autre part, participer — avec les dizaines de personnes qui se sont déjà plongées dans ces fichiers — à la mise à nu de la guerre d’Afghanistan. Le Monde diplomatique reviendra sur ces révélations.
Avant d’ouvrir ces données à tout le monde, Wikileaks s’est associé à trois journaux, leur offrant une période d’exclusivité qui leur a permis de travailler sur ces informations : The Guardian, The New York Times et Der Spiegel. Ces derniers proposent, chacun sur leur site, un premier aperçu de ces 200 000 pages de « journaux de bord de guerre » (d’où le titre, War Logs), qui donnent de la guerre en Afghanistan une image dévastatrice aussi bien pour les talibans que pour les occupants occidentaux, Etats-Unis en tête.
Parmi les 300 rapports sélectionnés dans cette masse par The Guardian, trois concernent les troupes françaises. Notamment ceci, qui n’avait jamais été rendu public : le 2 octobre 2008, à Tangi Kalai, à proximité de Kaboul, elles ont fait feu sur un bus s’approchant trop près d’un convoi militaire, blessant huit enfants.
Sur la carte dessinée par les « data journalists » (journalistes de données) du Guardian à partir de ces rapports, on peine à distinguer une « ligne de front » ou de grands mouvements stratégiques (voir la carte des incidents). Ce sont, un peu partout dans le pays, des engins explosifs improvisés (IED) qui tuent des civils, des troupes de la coalition ou des militaires afghans (voir la carte des IED).
Si, pour le président afghan Hamid Karzai, cette fuite ne nous apprend « rien qui ne soit déjà connu », Julian Assange, porte-parole de Wikileaks, est plus convaincant quand il affirme qu’une foule d’informations se nichent dans les données qu’il a collectées : « Regardez par exemple le ratio du nombre de tués par rapport aux blessés et aux prisonniers : cette guerre est extrêmement létale. »
Wikileaks pense ainsi pouvoir déjà mettre en évidence plusieurs éléments :
— sur l’implication du Pakistan dans les attaques contre les forces de la coalition ;
— sur le rôle qu’on prête encore, au sein de l’armée, à Oussama Ben Laden ;
— sur une présence clandestine des Iraniens ;
— sur les combats entre soldats afghans ;
— sur l’unité américaine TF-373, spécialisée dans la capture et l’assassinat de chefs talibans, et qui disposerait d’une liste de 2 000 noms ;
— sur le fait que les Etats-Unis ont caché au public l’usage de missiles sol-air par les talibans contre un hélicoptère Chinook ;
le tout avec force détails, d’incident en incident et de mission en mission.
Quant au tableau des pertes humaines directes recensées par ces fichiers, qui couvrent six années de guerre (2004-2009), il est éloquent :
Nombre de morts
Ennemis 15 506
Civils 4 232
Armée afgh. 3 819
OTAN 1 138

Pour accéder à l’application, cliquez sur l’image ci-dessous :
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War Logs
Philippe Rivière
 

24 juillet 2010

Afghanistan : ave Petraeus !

par Philippe Leymarie

Vingt minutes : c’est le temps qu’il aura fallu au président Barack Obama pour limoger le général Stanley McChrystal, commandant en chef des troupes américaines et de l’OTAN en Afghanistan. Et pour remplacer l’élève par le maître : le général David Petraeus, qui était déjà patron du Commandement pour le Moyen-Orient (Centcom), c’est-à-dire de l’ensemble des troupes américaines dans le Golfe, en Irak et en Afghanistan. « On se moque de savoir qui commande, a fait aussitôt savoir Yousouf Ahmadi, un des porte-paroles réguliers du commandement taliban : nous combattrons les envahisseurs jusqu’à leur départ. »
Ancien chef des opérations spéciales de l’US Army, McChrystal – qui remplaçait le général David McKiernan, remercié par le président américain en juin 2009 – avait :
- remis la population au cœur de la stratégie de l’OTAN ;
- mis un frein aux frappes aériennes (génératrices de « bavures » et autres « dommages colatéraux ») ;
- demandé aux GI’s de sortir des casernements (et donc de prendre des risques avec leur propre sécurité) ;
- convaincu l’exécutif américain d’envoyer 30 000 hommes en renfort (au prix d’une périlleuse annonce de début de retrait à partir de l’été 2011) ;
- banni l’alcool sur les bases de l’OTAN ;
- fait fermer des postes dans les secteurs les plus reculés, pour concentrer davantage de forces au sein des zones peuplées ;
- et poursuivi la politique "d’afghanisation" (armée et police).
La « grande offensive » lancée en février dernier dans la région rurale de Marjah, dans le Helmand (sud), un des bastions talibans, n’avait pas convaincu. Le général en préparait une autre, plus importante, sur Kandahar, mais qui - de son propre aveu - avait pris du retard. Les chefs militaires de l’OTAN avaient prévenu que les premiers signes positifs du changement de stratégie ne pourraient être constatés avant la fin 2010, au plus tôt.
Le général, à défaut de rencontrer l’assentiment des populations, semblait au moins avoir gagné la confiance du président afghan, M. Hamid Karzaï, ainsi que celle d’une majorité de diplomates et chefs militaires étrangers : « Avant McChrystal, c’était une basse-cour, remplie de poulets courant dans tous les sens, commente un diplomate cité par l’AFP. Aujourd’hui, tout le monde marche dans la même direction ». [1]
Le limogeage du général tient à ses propos imprudents et cavaliers (dits « d’après-boire » !) recueillis par le périodique Rolling Stones, qui ne témoigneraient pas de « l’unité dans l’effort » exigée par la situation… et par le président américain. Mais McChrystal est aussi victime de la dégradation du contexte sécuritaire de ces dernières semaines : dès avant le 23 juin, on savait que ce mois serait le plus meurtrier pour les forces internationales (79 morts). A trois reprises, ce mois-ci, une dizaine de soldats de l’OTAN sont morts durant une même journée. Depuis le début de l’année, la coalition a essuyé plus de 300 pertes, ce qui laisse augurer d’une année plus difficile que 2009, considérée comme « l’année terrible » (520 morts).

Armée de Babel

Petraeus est l’homme du « surge » (le sursaut, le retournement de situation, la montée en puissance), la politique finalement endossée par le président Obama :
- ce général - un des plus décorés de l’armée américaine - avait réussi à retourner partiellement la situation en Irak, à partir de 2007, en saisissant l’opportunité de s’appuyer sur le ralliement des chefs de tribus sunnites (la branche ethno-religieuse à la quelle se rattachait le régime de Saddam Hussein, ainsi que la majorité de la population de la région de Bagdad).
- Il est aussi le chef militaire qui, dès 2006, avait fait de son manuel de contre-insurrection un outil politico-militaire, porteur d’une alternative. Depuis – a relevé le colonel Michel Goya, de l’IRSEM, lors des Assises de la recherche stratégique, à Paris, le 24 juin dernier –, les experts en contre-insurrection débattent de cette question des tribus, et de leur place dans une stratégie de reconquête « du cœur et des esprits ».
Petraeus se retrouve à la tête d’un contingent militaire étranger en Afghanistan désormais plus important que celui d’ Irak, mais qui – au fil des renforts décidés par le président Obama – est de plus en plus américain : la Force internationale d’assistance à la sécurité (FIAS) qui regroupe les contingents de l’OTAN – une armée de Babel, quasi ingouvernable en raison de l’hétérogénéité des règles d’engagement (extrêmement restrictives pour le Japon, très limitatives pour les troupes allemandes, etc.) – sera désormais très minoritaire, et de plus en plus cantonnée aux tâches de formation, entraînement, conseil de l’armée et de la police afghanes.

Exagérément négative

Officiellement, il n’est pas question de changer la stratégie dite « globale » qui a été adoptée par les Alliés au sommet de l’OTAN à Bucarest en 2008, et confirmée au sommet de Strasbourg-Kehl en 2009. Le secrétaire américain à la défense, Robert Gates, relevait à la mi-juin « des progrès », et soulignait que la nouvelle stratégie américaine n’était en œuvre que depuis quatre mois, l’ensemble des renforts annoncés n’étant pas encore à pied d’œuvre. Il jugeait alors « tragique mais inévitable » que de nouvelles victimes soient à déplorer parmi les soldats américains, alors que les troupes avancent vers des zones tenues par les talibans : « C’est dur et nous subissons des pertes significatives comme nous l’anticipions », a déclaré quelques jours plus tard Robert Gates, pour qui « la situation est dépeinte d’une manière exagérément négative ». [2]
Le secrétaire à la défense a rappelé que « l’armée afghane devrait être prête à assumer des responsabilités de base en matière de sécurité dans certaines régions d’Afghanistan d’ici un an, à compter de juillet 2011 ». Le général Petraeus, entendu par une commission du Sénat à la mi-juin, avait assorti le début de retrait des militaires américains d’une série de conditions : il sera en première ligne pour les valider sur le terrain ...
La nomination du « sauveur de l’Irak » est sans doute une des dernières cartouches dont dispose le président Obama, afin de « finir le travail » – pour reprendre une expression souvent utilisée dans le milieu militaire. Mais cette valse des grands chefs [3] , intervenant quelques mois après une autre, fait tout de même désordre, dans le contexte dramatique du moment. Elle souligne également, par défaut, combien les Européens et autres alliés au sein de l’OTAN sont à la remorque des Américains, dans ce conflit où ces derniers décident de tout.
Pendant ce temps, une enquête effectuée par cette même commission du Congrès américain a établi qu’en sous-traitant à des entreprises privées la protection des convois américains d’armes et de ravitaillement en Afghanistan, le Pentagone finançerait indirectement les chefs de guerre et peut-être même les talibans !

Notes

[1] Cf. Karim Talbi, Afp, Kaboul, 24 juin 2010.
[2] Cf. AFP, Washington, 20 juin 2010.
[3] Elle se double de changements importants dans la direction afghane, avec la mise à l’écart récemment du ministre de l’intérieur et du chef des renseignements.

9 décembre 2009

Le piège : Afghanistan 1979-2009

par Tiberio Graziani*

Le président Obama vient de choisir l’escalade militaire en Afghanistan où l’OTAN affronte l’insurrection pashtoune, assimilée par la propagande à l’obscurantisme religieux. Ce faisant Washington s’engage dans un nouveau bourbier. L’analyste italien Tiberio Graziani observe ici que le piège afghan, qui avait été créé par les États-Unis en 1979 pour nuire aux Soviétiques, se referme aujourd’hui sur eux.


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Insurgés afghans paradant sur la carcasse d’un hélicoptère soviétique. À l’époque, les moujahidin étaient considérés par Washington comme des « combattants de la liberté », aujourd’hui, ils abattent des hélicoptères de l’OTAN et sont qualifiés de « terroristes taliban ».

1979, l’année de la déstabilisation

Parmi les divers évènements de la politique internationale de l’année 1979, il y en a deux qui sont particulièrement importants à souligner, pour avoir contribué au bouleversement de la géopolitique mondiale basée à l’époque sur la confrontation entre les USA et l’URSS.
Il s’agit de la révolution islamique d’Iran et de l’aventure soviétique en Afghanistan.

Comme on le sait, la prise du pouvoir par l’ayatollah Khomeiny élimina un des piliers fondamentaux sur lesquels reposait l’architecture géopolitique occidentale, édifiée par les États-Unis à partir de la fin de la Seconde Guerre mondiale.
L’Iran de Reza Pahlavi représentait, dans les relations de pouvoir entre les États-Unis et l’URSS, en particulier au niveau géostratégique, un pion très important dont la disparition poussa le Pentagone et Washington à une révision profonde de leur politique régionale.
En fait, un Iran autonome et hors de contrôle introduisait, sur l’échiquier géopolitique régional, une variable qui compromettait potentiellement toute la cohérence du système bipolaire.
En outre, le nouvel Iran, comme puissance régionale anti-étatsunienne et anti-israélienne, possédait également toutes les caractéristiques (en particulier, l’étendue et la centralité géographiques, ainsi que l’homogénéité politico-religieuse) pour prétendre à l’hégémonie sur une partie au moins du Proche-Orient, en opposition ouverte avec les aspirations analogues et les intérêts d’Ankara, de Tel-Aviv —les deux solides piliers de la stratégie régionale de Washington— et d’Islamabad.

Pour ces raisons, les stratèges de Washington, conformément à leur « géopolitique du chaos » bicentenaire, poussèrent immédiatement l’Irak de Saddam Hussein à déclencher une guerre contre l’Iran.

La déstabilisation de toute la région permettait à Washington et à l’Occident de se donner du temps pour mettre au point une stratégie à long terme, et de « harceler sur ses flancs », en toute tranquillité, l’ours soviétique.

Comme l’a révélé, il y a onze ans, Zbigniew Brzezinski [1], conseiller à la sécurité nationale du président Jimmy Carter, lors d’une interview donnée à l’hebdomadaire français Le Nouvel Observateur [2], la CIA avait pénétré en Afghanistan, en vue de déstabiliser le gouvernement de Kaboul, en juillet 1979 déjà, soit cinq mois avant l’intervention de l’armée soviétique.
La première directive par laquelle Carter autorisait l’action clandestine pour aider secrètement les adversaires du gouvernement pro-soviétique date, en fait, du 3 juillet 1979.

Le même jour, le stratège étatsunien d’origine polonaise écrivit une note au président Carter, dans laquelle il expliquait que sa directive conduirait Moscou à intervenir militairement.
Cela se réalisa parfaitement à la fin de décembre de la même année.

Toujours dans la même interview, Brzezinski rappelle que, lorsque les Soviétiques entrèrent en Afghanistan, il écrivit une autre note à Carter, exprimant l’opinion que les USA avaient finalement l’occasion de donner à l’Union soviétique « sa guerre du Vietnam ».
Le conflit, insoutenable pour Moscou, devait conduire, selon Brzezinski, à l’effondrement de l’empire soviétique.

Le long engagement militaire des Soviétiques en faveur du gouvernement communiste de Kaboul contribua, en effet, à affaiblir encore davantage l’Union soviétique, déjà en proie à une importante crise interne, aussi bien sur le plan politique que socio-économique.

Comme nous le savons aujourd’hui, le retrait des troupes de Moscou du théâtre afghan laissa toute la région dans une situation d’extrême fragilité politique, économique, et surtout géostratégique. En effet, dix ans seulement après la révolution iranienne, la région tout entière avait été complètement déstabilisée au profit exclusif du système occidental. Le déclin, contemporain et inéluctable, de l’Union soviétique, accéléré par son aventure en Afghanistan et, ultérieurement, le démembrement de la Fédération yougoslave (une sorte d’État tampon entre les blocs occidental et soviétique) dans les années 90, ouvrirent la voie à l’expansion des États-Unis —de l’hyper-puissance, selon l’expression du ministre français Hubert Védrine— dans l’espace eurasien.

Succédant au système bipolaire, une nouvelle saison géopolitique allait s’ouvrir : celle du « moment unipolaire ».
Le nouveau système unipolaire aura, toutefois, une vie très courte, qui se terminera —à l’aube du XXIe siècle— avec la réaffirmation de la Russie en tant qu’acteur mondial et l’émergence concomitante, économique et géopolitique, de la Chine et de l’Inde, les deux États-continents de l’Asie.

Les cycles géopolitique de l’Afghanistan

L’Afghanistan, en raison de ses spécificités, relatives, en premier lieu à sa position par rapport à l’espace soviétique (frontières avec les Républiques —à l’époque soviétiques— du Turkménistan, d’Ouzbékistan et du Tadjikistan), à ses caractéristiques géographiques, et aussi à son hétérogénéité ethnique, culturelle et confessionnelle, représentait, aux yeux de Washington, une grande partie de l’ « arc de crise », c’est à dire de cette portion de territoire qui s’étend des frontières sud de l’URSS à l’océan Indien. Le choix, comme piège pour l’Union soviétique, était donc tombé sur l’Afghanistan pour d’évidentes raisons géopolitiques et géostratégiques.

Du point de vue de l’analyse géopolitique, l’Afghanistan représente en fait un excellent exemple d’une zone de crise, où les tensions entre les grandes puissances se manifestent depuis des temps immémoriaux.

Le territoire actuellement dénommé République islamique d’Afghanistan, où le pouvoir politique a toujours été structuré autour de la domination des tribus pachtounes sur les autres groupes ethniques (Tadjiks, Hazaras Ouzbeks, Turkmènes, Baloutches), s’est constitué à la frontière de trois grands dispositifs géopolitiques : l’Empire mongol, le khanat ouzbek et l’Empire perse. Et ce sont les différends entre ces trois entités géopolitiques limitrophes qui détermineront son histoire.

Pendant les XVIIIe et XIXe siècles, lorsque l’État se consolidera en tant que royaume d’Afghanistan, la région deviendra l’objet de différends entre deux autres entités géopolitiques majeures : l’Empire de Russie et la Grande-Bretagne. Dans le cadre du « grand jeu », la Russie, puissance continentale, dans sa poussée vers les mers chaudes (océan Indien), l’Inde et la Chine, se heurte à la puissance maritime britannique, qui tente, à son tour, d’encercler et de pénétrer la masse de l’Eurasie, vers l’est en direction de la Birmanie, de la Chine, du Tibet et du bassin du Yangtze, en s’appuyant sur l’Inde, et vers l’ouest en direction de l’actuel Pakistan, de l’Afghanistan et de l’Iran jusqu’au Caucase, à la mer Noire, à la Mésopotamie et au Golfe Persique.

Dans le système bipolaire, à la fin du XXe siècle, comme on l’a vu plus haut, l’Afghanistan est une fois de plus le théâtre de la compétition entre une puissance maritime, les USA, et une puissance continentale, l’URSS.

Aujourd’hui, après l’invasion étatsunienne de 2001, ce que Brzezinski avait, de façon présomptueuse, appelé le piège afghan des Soviétiques, est devenu le cauchemar et le bourbier des États-Unis.

Tiberio Graziani

Directeur d’Eurasia –Rivista di studi geopolitici– et de la collection Quaderni di geopolitica aux Edizioni all’insegna del Veltro (Parme, Italie). Co-fondateur de l’Istituto Enrico Mattei di Alti Studi per il Vicino e Medio Oriente. Professeur à l’Istituto per il Commercio Estero (placé sous l’autorité du ministère italien des Affaires étrangères)

[1] « La stratégie anti-russe de Zbigniew Brzezinski », par Arthur Lepic, Réseau Voltaire, 22 octobre 2004.

[2] Le Nouvel Observateur, 15-21 janvier 1998, p. 76.

PERMALINK

30 octobre 2009

Afghanistan : des élections pour l'imposition de la «démocratie» ?

Articles de Jules Dufour publiés par Mondialisation.ca

Des élections ont été tenues en Afghanistan le 20 août 2009 en vue de rétablir voire d’imposer la «démocratie» dans ce pays. Ces élections organisées et financées par les États-Unis et leurs alliés n’ont eu pour but que de renforcer le régime de Kaboul et lui permettre de poursuivre l’application des politiques définies par les membres de la Coalition pour ce pays. Une élection dans un pays occupé et en guerre n’a aucune valeur sur le plan des droits fondamentaux, car elle est organisée non par le peuple et pour le peuple, mais elle obéit aux velléités de conquête des puissances étrangères qui font régner la terreur dans ce pays depuis 2001. Elle permet de confirmer dans leurs fonctions ceux ou celles qui ont déjà été désignés par les conquérants pour les représenter.

Comment peux-on parler de processus démocratique dans un contexte où les libertés individuelles ont été complètement annihilées et quand l’insécurité n’a cessé d’augmenter au cours des dernières années. Les médias occidentaux se sont empressés de qualifier le déroulement du scrutin comme un succès: « 26 Afghans tués en marge du scrutin» (Afghans tués en marge du scrutin). On mesure ainsi le succès de l’opération par le nombre de morts.

Ces élections n’ont rien à voir avec le concept de la démocratie

«La démocratie est une forme de régime par lequel le peuple, souverain, se gouverne lui-même» (http://agora.qc.ca ). Or, la nation afghane a complètement perdu le contrôle de sa propre gouvernance et partant de sa souveraineté. Kaboul est devenu la capitale des intérêts occidentaux en Asie centrale et le centre opérationnel de l’occupation armée de ce pays et éventuellement de toute la région.

Une participation anticipée très faible

Des estimations laissent croire que le taux de participation sera d’environ 50% (http://www.leparisien.fr/international/election-en-afghanistan-vote-sous-tres-haute-surveillance-20-08-2009-611668.php) et il est peu probable qu’il soit connu de façon définitive. L’on affirme déjà que même avec un taux très faible et des possibilités de fraudes massives le scrutin sera valide. Cela peut nous laisser croire, à la rigueur, que même avec la participation de quelques électeurs choisis et escortés par l’armée et les forces policières cette élection devrait être considérée comme ayant atteint son objectif. Nous aurons donc des représentants qui auront été élus par des électeurs qui se sont exécutés dans un contexte de peur et d’inquiétude avec la protection de 300.000 membres des forces afghanes et étrangères placées en alerte maximale (figure 1).

Figure 1. Les forces de sécurité fortement armées

Source: http://www.nato.int/docu/review/2009/0902/0902_PHOTOS/files/1004_pg.jpg

Un spectacle de marketing pour les pays occidentaux

Les membres de la Coalition ne manqueront pas de souligner que la libération de l’Afghanistan des extrémistes, des insurgés et des Talibans sera réalisée désormais par les Afghans eux-mêmes sous leur supervision alors qu’ils savent très bien que les pratiques ancestrales de guerre et de corruption vont continuer de régir les relations intérieures des différents groupes d’intérêts dans le pays et qu’ils n’auront pas le choix, sous la menace, de pactiser avec tous ceux qui ont développé des activités dans le pays. Les membres de la Coalition arboreront les fleurons qu’ils ont obtenus et ce sera pour eux une victoire dans ce bourbier dans lequel ils ne cessent de s’enfoncer.

Washington et les pays de la coalition vont désormais pouvoir se consacrer davantage aux travaux de reconstruction du pays qui s’avèrent une condition sine qua non à la prise de possession et à l’exploitation de cette région de l’Asie centrale laissant les problèmes causés par l’insécurité aux Afghans, ces derniers prenant ainsi en charge les basses oeuvres et les risques les plus élevés.

Quel spectacle déprimant! Combien plus déprimants encore sont les commentaires élaborés dans les medias occidentaux concernant la préparation et la tenue de ces élections! Combien d’efforts pour ne pas révéler aux yeux du grand public les faits et les enjeux réels entourant cet exercice que l’on serait tenté de qualifier de farce monumentale et d’insulte à l’intelligence! Heureusement, Jean-François Bélanger, journaliste de Radio-Canada dans ses reportages en provenance de Kaboul, a su apporter à quelques occasions, les nuances nécessaires à une meilleure compréhension des enjeux entourant cette élection et la valeur toute relative de ses résultats.

Références

AFP. 2009. 26 Afghans tués en marge du scrutin. Le 20 août 2009. En ligne: http://www.cyberpresse.ca/international/moyen-orient/200908/20/01-894299-26-afghans-tues-en-marge-du-scrutin.php

AFP. 2009. Les Afghans ont bravé la menace talibane. Cyberpresse. Le 20 août 2009. En ligne: http://www.cyberpresse.ca/international/moyen-orient/200908/20/01-894180-les-afghans-ont-brave-la-menace-talibane.php

AFP. 2009. Des Afghans prêts à défier la mort pour voter. Cyberpresse. Le 19 août 2009. En ligne: http://www.cyberpresse.ca/international/moyen-orient/200908/19/01-894008-des-afghans-prets-a-defier-la-mort-pour-voter.php

Démocratie: http://agora.qc.ca/mot.nsf/Dossiers/Democratie

GRUDA, Agnès. 2009. Les talibans sont décidés à faire dérailler l'élection. Cypresse. Le 19 août 2009. En ligne: http://www.cyberpresse.ca/actualites/200908/19/01-893795-les-talibans-sont-decides-a-faire-derailler-lelection.php

LEPARISIEN.FR. 2009. Election en Afghanistan : vote sous très haute-surveillance. Leparisien.fr. Le 20 août 2009.

En ligne: http://www.leparisien.fr/international/election-en-afghanistan-vote-sous-tres-haute-surveillance-20-08-2009-611668.php


Jules Dufour, Ph.D., est président de l'Association canadienne pour les Nations Unies (ACNU) /Section Saguenay-Lac-Saint-Jean, professeur émérite à l'Université du Québec à Chicoutimi, membre du cercle universel des Ambassadeurs de la Paix, membre chevalier de l'Ordre national du Québec.


Jules Dufour est un collaborateur

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