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17 novembre 2013

Argent sale, le poison de la finance

Par Christine Guillemeau
pour http://www.france5.fr

Durée 52’
Auteur-réalisateur Nicolas Glimois
Production Mano a Mano, avec la participation de France Télévisions
Année 2012 


 
Dans une économie globalisée où la finance est reine, le crime organisé dispose de multiples canaux pour blanchir l’argent sale de ses trafics. Une enquête édifiante signée Nicolas Glimois.

Cosa Nostra en Sicile, ‘Ndrangheta en Calabre, Sacra Corona Unita dans les Pouilles, Camorra en Campanie, mafias américano-italienne, albanophone, turque, nigériane, japonaise, russe, triades chinoises, cartels latino-américains… le crime organisé étend sa toile. Qu’il provienne de la drogue, de la contrefaçon ou de la prostitution, l’argent de ses trafics prospère, atteignant des sommes colossales : pas loin de 700 milliards de dollars ! Tirant elles aussi partie de la mondialisation, les organisations criminelles n’hésitent plus à injecter des milliards dans l’économie légale partout sur la planète. « Nous parlons d’une menace pour l’humanité. Un poids économique si grand qu’une question se pose : où cela va-t-il nous mener ? » s’alarme Antonio Maria Costa, ancien directeur de l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime.
Ancrant dans le port calabrais de Gioia Tauro son enquête sur la collusion entre organisations mafieuses et finance mondiale, Nicolas Glimois décortique les mécanismes qui, depuis les années 1980, permettent à l’industrie du crime de blanchir en toute impunité son argent sale. Un exercice pédagogique alimenté par les interventions de nombreuses personnalités, parmi lesquelles des élus comme le député calabrais Francesco Forgione et le maire de Naples Luigi de Magistris ; des observateurs du monde criminel tels que les essayistes Jean-François Gayraud et Xavier Raufer ; des « activistes » antimafia comme Ilaria Ascione et Stefan Gisler ; les spécialistes de la finance Martin Woods, John Christensen et les magistrats Roberto Di Palma, Jean de Maillard et Eric de Montgolfier. « Est-ce que le crime est devenu l’un des principaux éléments du moteur économique ? s’interroge ce dernier. Car, si c’est cela, prévient-il, cette criminelle organisation n’est pas seulement sournoise, elle est pernicieuse et, à terme, elle nous emportera. »



9 mars 2013

Le gaz de schiste : bulle spéculative ou solution miracle ?

Par Alfredo Jalife-Rahme
06/03/2013
Source : http://www.voltairenet.org
English    Shale gas: bubble solution or miracle?

Un peu partout dans le monde, des voix s’élèvent pour dénoncer le mythe du gaz de schiste. Outre la bulle spéculative qu’elle est en train de produire, cette escroquerie ne sera pas sans lourdes conséquences pour les États-Unis. En effet, l’Administration Obama s’est auto-persuadée que le pays se dirigeait vers une indépendance énergétique durable.

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Avec un beau graphique, c’est très convainquant.
 
Il n’y a pas de débat sur le gaz de schiste ; s’agit-il d’un miracle de la technologie US, comme nous le crient sur tous les toits les médias anglo-saxons, ce qui relèverait d’un exploit prométhéen, ou bien d’une vulgaire bulle spéculative gonflée par les tenants de la gouvernance financière, thèse défendue par le centre de réflexion géostratégique DeDefensa.org, qui a son siège à Bruxelles ? [1]

Or ce débat a tout lieu d’être, puisque c’est de sa conclusion que dépend la nouvelle place imprenable à laquelle aspirent les USA : puissance énergétique globale capable de rivaliser avec la Russie et l’OPEP, si la manne gazière se confirme, ou tentative publicitaire piteuse pour retarder la décadence de la jadis superpuissance unipolaire ?

Un ami banquier haut placé qui demande à garder l’anonymat est d’avis que le fracking (la fracturation de la roche à 4 000 m de profondeur, grâce à une énorme quantité d’eau) est une autre opération d’intox, car ce n’est absolument pas viable. Il ajoute que les investissements en fracking sont un gouffre, et que les liquidités générées par la vente de pétrole ne suffisent pas à financer la croissance nécessaire à cette nouvelle industrie, parce que les puits ouverts par fracking s’épuisent très vite ; pour une production soutenue à un certain niveau, il faut ouvrir constamment de nouveaux puits. C’est indispensable et ne suffira guère qu’à maintenir un niveau de production donné.

« Ce procédé n’offre pas les avantages de la production traditionnelle de pétrole, qui a été source prodigue de liquidités nettes, servant à l’expansion de la production ou à l’investissement dans d’autres secteurs. Non, le fracking dévore toutes les ressources ; il lui faut des emprunts gargantuesques, et un jour, cela provoquera une crise. Au final, cela s’avèrera être tout juste une nouvelle manœuvre de Wall Street pour attirer les petits investisseurs, qui cherchent désespérément des placements rentables, et se jetteront sur le miroir aux alouettes. »

Le raisonnement est fort convaincant, d’autant plus qu’Aubrey McClendon, fondateur de Chesapeake Energy, le plus grand producteur de gaz naturel aux US, vient de se voir obligé de démissionner, par ses investisseurs, faute de produire des bénéfices, tandis que l’entreprise s’est gravement endettée ; c’est un effondrement financier qui découle de la chute des prix du gaz naturel, et du manque de liquidités [2].

De son côté, le site DeDefensa.org annonce la fin du mythe de la révolution par le gaz de schiste d’ici à 18 ou 24 mois au grand maximum. Il a déjà créé une rubrique « shalegas-gate » et considère la production de puits comme « l’arme de destruction massive » [qui viendra à bout des USA], en revenant sur le retentissant échec de Chesapeaky Energy. Bref, les EUR (estimated ultimate recovery), dividendes finaux estimés, ont été très surestimés [3].

Les pétrogéologues et géophysiciens indépendants qui ont dénoncé le mirage des EUR ont bien entendu été évacués des grandes conférences internationales sur le thème Pétrole et Gaz. Mais la chasse aux sorcières n’a pas suffi à faire taire les sceptiques, et le New York Times a été contraint d’avancer l’idée que peut-être les chiffres de l’industrie gazière étaient manipulés [4].

On a assisté à une énorme production de gaz naturel aux États-Unis ces dernières années, ce qui a rendu possible une analyse affinée de la production des puits perforés, et l’on découvre que la production a été bien inférieure aux pronostics.

Le géologue Arthur Berman, qui a travaillé pour Amoco (société pétrolière de Chicago, l’ex-Standard Oil) pendant 25 ans, a analysé trois domaines historiques : Barnett, Fayetteville et Haynesville ; il dévoile l’hyperinflation que connaissent les EUR, et que l’on cache aux investisseurs éblouis à souhait par les banquiers, et qui ne connaissent rien aux subtilités du gaz de schiste.

Aux antipodes, on a un rapport de l’Agence Internationale pour l’Énergie —qui a été plusieurs fois surprise à mener des opérations de désinformation— qui annonce tout de go que les grandes exploitations de gaz associée au pétrole à Eagle Ford, Utica, Marcellous et Bakken doivent permettre aux USA de devenir le premier producteur de pétrole en 2017, avant l’Arabie saoudite [5].

Mais DeDefensa cite à son tour l’ingénieur géologue texan Gary Swindell, qui divise par deux la production des fabuleux puits d’Eagle Ford [6].

Et l’agence britannique Reuters quant à elle émet des doutes sur le fabuleux secret de l’Utah, les champs miraculeux d’Utica [7].

Quoiqu’il en soit, et malgré les faits probants, l’industrie gazière dédaigne les experts isolés qui osent s’en prendre à l’infaillibilité de l’AIE.

Pourtant, comme le souligne DeDefensa l’agence gouvernementale US Geological Survey a publié en août 2012 un rapport qui corrobore les découvertes des sceptiques, qui accèdent désormais au rang de réalistes [8]. En fait, DeDefensa, fort pessimiste, doute des capacités techniques à l’œuvre, et non plus seulement des chiffres allègrement empilés par le chef de l’AIE, Fath Birol, l’économiste discutable qui a annoncé le 12 novembre 2012 qu’en 2017 les US seraient le premier producteur mondial de pétrole.

Le gaz de schiste fera donc sans doute partie du panier énergétique états-unien, mais ce ne sera pas un perturbateur du jeu géopolitique, car les USA n’exporteront pas de GNL (gaz naturel liquéfié). La Russie ne va pas se voir menacée sur le marché européen, et les projets australiens de gaz naturel liquéfié pourront être menés à leur terme.

Qui plus est, le gaz de schiste ne sera pas bon marché, de sorte que ses prétentions à révolutionner la donne stratégique vont peut-être faire du Mexique néolibéral (représenté par un gouvernement incapable de recul) le dindon de la farce.

Traduction
Maria Poumier
Source
La Jornada (Mexique)
#La Jornada (Mexique)

[1] DeDefensa.org est le site internet de la revue DDE Crisis, disponible sur abonnement 22, rue du Centenaire, B-4624 Fléron, Belgique. Tél. : + 32 4 355 05 50, Fax : + 32 4 355 08 35.
[2] « Breakingviews : SEC goes where Chesapeake board feared to tread », par Christopher Swann, Reuters, 1er mars 2013. « La SEC a assigné à comparaître l’ex-patron de Chesapeake », AFP, 1er mars 2013.
[3] « Gaz de schiste : à la “bulle” nul n’échappera... », I, II, III, DeDefensa.org, 16 novembre 2012, 11 et 16 janvier 2013.
[4] Le 26 juin 2011, le New York Times a mis en ligne quantité de documents officiels posant de sérieux doutes sur les espoirs mis dans le gaz de schiste.
[5] World Energy Outlook 2012, Agence Internationale pour l’Énergie, 12 novembre 2012.
[6] Cité in « $8 Natural Gas : We’re Right On Schedule », par Richard Finger, Forbes, 14 octobre 2012)
[7] « Insight : Is Ohio’s "secret" energy boom going bust ? », par Edward McAllister et Selam Gebrekidan, Reuters, 22 octobre 2012.
[8] Variability of Distributions of Well Scale Estimated Ultimate Recovery for Continuous (Unconventional) Oil and Gas Resources in the United States, U.S. Geological Survey Oil and Gas Assessment Team. Document téléchargeable.

5 janvier 2013

Les quatre vies du modèle irlandais

Par Renaud Lambert
10/2010
Source : http://www.monde-diplomatique.fr
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« Quand le ministre du commerce, de l’industrie et du tourisme de Colombie rendit visite à la rédaction du Wall Street Journal, il y a quelques semaines, l’Irlande était bien le dernier des sujets que je m’attendais à l’entendre évoquer. A ma grande surprise, ce fut le premier thème qu’il aborda. » Au début du mois de mars 2008, médusée, la journaliste Mary Anastasia O’Grady fait une découverte : « Bogotá s’intéresse de près au modèle irlandais » (Wall Street Journal, 25 mars 2008). Mais la toquade colombienne en était-elle vraiment une ?

« Je ne vois que des atouts dans le modèle irlandais », cette « véritable success story » qui envoie « un message à la France », déclare, enthousiaste, le premier ministre français Jean-Pierre Raffarin (Dublin, 24 mai 2004). Un an plus tard, une publication officielle du gouvernement lituanien annonce que Vilnius se donne comme objectif de « reproduire le scénario de croissance économique irlandais (1) ». Bientôt, le Parti conservateur britannique fait ses valises pour « observer et apprendre de ce qui se passe de l’autre côté de la mer d’Irlande ». Pendant ce temps, en Jamaïque, le patronat s’interroge : « Quelles leçons tirer de la réussite phénoménale de l’Irlande ? » La réflexion de son homologue québécois est plus avancée : aucun doute, l’Irlande « constitue le modèle le plus approprié (2) » pour leur province. De la droite lettone au Conseil national du patronat hondurien, du Parti républicain américain à la chambre de commerce américano-uruguayenne, partout la même observation : « Le modèle irlandais est une stratégie qui peut fonctionner pour d’autres pays, peu importe l’époque ou la zone géographique (3). »

Tout commence à la fin des années 1990 quand, soudain, l’économie irlandaise prend son envol : entre 1994 et 2004, la croissance moyenne du produit intérieur brut (PIB) y atteint 7 %, une performance deux fois supérieure à celle des Etats-Unis, trois fois à celle de la zone euro.

Dans les médias, il n’échappe à personne que le « prodige » survient à la suite de réformes de nature libérale. Moins de dix ans après avoir condamné le pays à la « catastrophe » (16 janvier 1988), l’hebdomadaire The Economist révise son jugement : « L’Irlande démontre incontestablement » qu’embrasser « la “mondialisation” représente la voie la plus rapide vers l’opulence » (15 mai 1997).

Si, du New York Times au Figaro, du Wall Street Journal à Libération, l’île émeraude fascine, c’est que, de l’avis général, le « miracle irlandais » révèle celui du libéralisme. Quoi de plus naturel, dès lors, que d’inviter le reste du monde à en méditer l’exemple ? Ainsi prend naissance le modèle irlandais.

Démontrer que c’est possible 

 

En décembre 1995, les Français sont dans la rue. Le magazine Capital leur explique qu’à Dublin « les partenaires sociaux ont (…) joué le jeu » et « donné une bouffée d’oxygène aux entreprises ». Depuis 1987, en effet, un « partenariat social » lie l’Etat, le patronat et les syndicats, avec pour principal objectif la « modération salariale ». Résultat : « Les coûts salariaux bas et des syndicats modérés ont permis de balayer l’image ancestrale d’un pays rural et nonchalant » (Le Point, 6 avril 1996).

Mais les efforts irlandais ne se limitent pas au savoir-vivre syndical. Le Point salue une « politique économique audacieuse qui a su attirer les sociétés étrangères » (23 août 1997). Comment ? En ramenant l’impôt sur les sociétés à 10 % (4), le niveau le plus bas d’Europe. Par ailleurs, la république autorise les « prix de transfert », qui permettent aux multinationales de déclarer leurs profits dans le pays proposant le régime fiscal le plus amène. Dans ce domaine, l’Irlande est imbattable : ses autorités ont choisi de « désactiver [sic] leur pouvoir de surveillance (5) ».

Dans la plupart des pays européens, une telle ingéniosité flirterait avec l’illégalité. Elle enchante néanmoins le Brussels Journal, « la voix des conservateurs en Europe ». Depuis longtemps celui-ci répète que c’est « en réduisant les impôts et la bureaucratie » que l’on stimule la croissance économique : « L’Irlande démontre que c’est possible et comment le faire » (25 novembre 2005).

Les multinationales accourent. L’Irlande se hisse au rang de premier paradis fiscal mondial en termes de rapatriement de profits (devant les Bermudes) : ceux-ci atteignent jusqu’à 20 % du PIB. Des conditions qui incitent les économistes à mesurer l’activité irlandaise sur la base du produit national brut (PNB) plutôt que sur celle du PIB (6). C’est que, malgré sa taille (1 % de la population européenne), l’île attire un quart des investissements américains liés à l’ouverture de nouveaux sites.

Quelques Français font aussi le voyage, auxquels le journal télévisé de France 2 consacre un reportage le 22 juin 2005. Un « créateur de richesse » y évoque son pays natal : « Il y a trop de charges ! Beaucoup trop de charges ! » Un journaliste en décrit un autre : « l’Irlande, avec des impôts très bas, un droit social très souple »…

Pourtant, la « recette » irlandaise n’a rien de vraiment exceptionnel. Dans ses grandes lignes, elle fut imposée — sous le nom de « programmes d’ajustement structurels » — à bien d’autres pays, en Amérique latine par exemple. Comment expliquer, dès lors, que le modèle libéral n’y ait pas enfanté autant de miracles ? Peut-être parce que le décollage économique irlandais n’avait finalement que peu à voir avec la préférence libre-échangiste des dirigeants celtes.

D’autres facteurs l’éclairent davantage. A commencer par la progressive émancipation des femmes. En 1992, la légalisation des contraceptifs conduit à une forte réduction du taux de fertilité. Les Irlandaises entrent massivement sur le marché du travail, renforçant les capacités productives du pays, jusqu’alors les plus faibles d’Europe.

Le « miracle » s’explique donc aussi par le simple rattrapage d’une économie retardataire. Autrement dit : l’Irlande aurait moins profité du capital étranger qu’elle accueillait que ce dernier des vigoureuses capacités de production qu’on lui livrait à bon prix. Ce faisant, la république s’expose cependant à subir les conséquences de tout ralentissement de l’activité de ses hôtes. Lorsque, à partir de l’année 2000, l’économie américaine marque le pas, le « Tigre celtique » s’ankylose.

Mais à tout problème sa solution exemplaire : l’économie irlandaise parvient à trouver un second souffle et le modèle, une deuxième vie. Comme aux Etats-Unis, l’Etat favorise le développement du crédit, l’« inventivité » bancaire et, surtout, la spéculation immobilière. Les prix des logements grimpent trois fois plus vite qu’en France et les mises en chantier explosent, sans le moindre rapport avec la demande. Bientôt, 17 % des recettes de l’Etat proviennent d’impôts liés au secteur de la construction.

Le Fonds monétaire international (FMI) ne s’en émeut pas. En 2004, ses directeurs exécutifs saluent « les performances toujours aussi remarquables de l’économie irlandaise, qui reposent sur des politiques économiques saines et offrent une leçon utile aux autres pays (7) ». La part des salaires dans la valeur ajoutée chute-t-elle plus vite qu’ailleurs en Europe, à rebours des inégalités, qui s’exacerbent ? Qu’importe : l’ineffable éditorialiste du New York Times Thomas Friedman résume l’alternative qui s’offre à la France et à l’Allemagne : « se transformer en Irlande ou se transformer en musée » (1er juillet 2005).
On connaît la suite. Le monde s’enfonce peu à peu dans la crise financière, l’économie irlandaise dégringole, la Bourse de Dublin dévisse. En 2008, le chômage bondit de 85 % — la plus forte hausse d’Europe de l’Ouest — et les recettes de l’Etat reculent de 13 %. L’Irlande est le premier pays à entrer en récession. D’autres « modèles » ont sombré dans l’oubli pour beaucoup moins.

Pourtant, à l’image du phénix libéral renaissant de ses cendres pour imposer ses propres remèdes aux dégâts qu’il a engendrés, le modèle irlandais ressuscite une nouvelle fois et continue à montrer la voie. Celle de l’austérité, cette fois.

Sous la houlette de Dublin, la brutalité sociale s’érige en vertu. Cette sévérité lui vaut — mais c’est devenu une habitude — de « faire figure de modèle pour les autres pays de la zone euro » (Financial Times, 21 juillet 2010). Baisse du salaire des fonctionnaires (jusqu’à 20 %), réduction des allocations familiales de 10 %, amputation similaire de toutes les prestations sociales. Quand, en février 2010, l’Europe estime que la Grèce doit « aller encore plus loin » dans l’ascétisme budgétaire, c’est tout naturellement que l’Allemagne lui conseille… d’« imiter l’Irlande » (Reuters, 16 février 2010).
En avril, l’île reçoit — de nouveau — les félicitations de la Commission européenne : le parangon de l’austérité se double d’un modèle de « cohésion sociale ».

Bien réelle, la colère des Irlandais peine à s’exprimer. L’identité des deux principaux partis politiques (le Fianna Fáil et le Fine Gael) s’est construite autour de la question de l’indépendance — qui les a opposés ; le consensus libéral les unit. Les syndicats, on l’a vu, ont appris les vertus du « dialogue social ». Et la population demeure à ce point préoccupée par le clivage catholiques - protestants qu’elle en néglige parfois les antagonismes sociaux. L’émigration, enfin — qui reprend avec vigueur (8) —, offre aux plus mécontents l’espoir de trouver mieux, ailleurs.

Dès avril 2009, le ministre des finances irlandais, M. Brian Lenihan, se félicitait de ce que « nos partenaires en Europe sont impressionnés par notre capacité à endurer la douleur. En France, continuait-il, vous auriez eu des émeutes si vous aviez essayé cela ». Un an plus tard, à la veille de l’annonce de leur propre budget d’austérité, les conservateurs britanniques — désormais au pouvoir avec leurs alliés libéraux-démocrates — tournent à nouveau leurs regards vers l’autre rive de la mer d’Irlande : « Des représentants du ministère des finances ont passé beaucoup de temps au téléphone avec Dublin, pour (…) comprendre comment le gouvernement de coalition irlandais est parvenu à trancher à la hache dans les dépenses sans déchaîner une agitation sociale comme celle que l’on a observée en Grèce » (Financial Times, 23 mai 2010).

Mais la plus récente des métamorphoses du modèle irlandais — sa quatrième vie — suscite moins l’admiration.

« Si l’Irlande n’avait pas agi comme elle l’a fait, elle aurait pu finir comme la Grèce », assurait le Financial Times le 10 mai 2010. Trois mois plus tard, Athènes est en droit de sourire. Le Wall Street Journal lui-même révise sa copie : « Jusqu’à récemment, on pensait que l’Irlande parviendrait à régler ses problèmes financiers grâce à un programme agressif de coupes budgétaires, le plus important de la zone euro. Mais, alors que les problèmes de l’Irlande persistent, son crédit auprès des investisseurs est affaibli » (9 septembre 2010). Ces derniers redouteraient désormais un scénario « à la grecque », à cause des dégâts économiques engendrés par la rigueur irlandaise.

Plus personne ne parle de miracle, mais l’expérience irlandaise demeure riche d’enseignement. Sur la question de l’efficacité des politiques d’austérité, par exemple.

L’investissement a chuté de 15 % en 2008, de 30 % en 2009. Sous la pression des coupes budgétaires, des baisses de salaire et des réductions de prestations sociales, la consommation s’est rétractée de plus de 7 % en 2009. Autant dire que l’activité économique a connu période plus euphorique : le PNB a plongé de 3 % en 2008 et de 11 % en 2009. Selon l’agence de notation Standard & Poor’s, le puits sans fond du renflouement bancaire a creusé la dette. Elle s’établissait à 33 % du PIB en 2001, elle pourrait dépasser 110 % en 2012. Le déficit budgétaire atteindra en 2010… 20 % du PIB, 23 % du PNB. C’est peu commun.
A l’unisson du directeur du quotidien écossais The Scotsman, M. Bill Jamieson, les partisans de l’austérité proclamaient hier que « l’expérience irlandaise contredit la critique keynésienne selon laquelle les coupes budgétaires seraient contre-productives puisqu’elles plongeraient l’économie un peu plus dans la récession » (5 juillet 2010). La dernière mutation du modèle irlandais les conduira-t-elle à nuancer leurs certitudes ?

S’agissant du FMI, apparemment pas. En août 2010, inébranlable, celui-ci a invité Dublin à « procéder à de nouvelles coupes budgétaires pour garder la confiance des marchés » (Financial Times, 26 août 2010).

Renaud Lambert

(1) Cité par Fintan O’Toole dans Ship of Fools. How Stupidity and Corruption Sank the Celtic Tiger, Faber and Faber, Londres, 2010.
(2) Perspectives, Montréal, 30 avril 2008.
(3) Conclusion d’une conférence organisée par la Société des Amériques en août 2007.
(4) 12,5 % à partir de 2003.
(5) Brochure gouvernementale citée par Fintan O’Toole, op. cit.
(6) Le PIB mesure la valeur totale de la production d’un pays, sans tenir compte de la nationalité des agents économiques. Le PNB reflète la richesse produite par les résidents du pays sur le marché domestique ou ailleurs. Il exclut donc les profits rapatriés par les multinationales étrangères sur le territoire national.
(7) Cité par Jim O’Leary dans «  External surveillance of Irish fiscal policy during the boom  », PDF, blog The Irish Economy, juillet 2010.
(8) En 2009, l’Irlande affichait le plus fort taux d’émigration net de l’Union européenne (9 pour 1000). Elle était suivie de la Lituanie (4,6 pour 1000).

31 août 2012

Etats Unis : Tentation du pire

Par Serge Halimi
Septembre 2012
pour http://www.monde-diplomatique.fr

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Que ferait Barack Obama d’un second mandat après avoir dilapidé les promesses du premier  ? Une fois de plus, un système verrouillé par deux partis rivalisant de faveurs accordées aux milieux d’affaires va contraindre des millions d’Américains à choisir entre le mal et le pire. 

La gangrène de la finance américaine a provoqué une crise économique mondiale dont on connaît les résultats : hémorragie d’emplois, faillite de millions de propriétaires immobiliers, recul de la protection sociale. Pourtant, cinq ans plus tard, par l’effet d’un singulier paradoxe, nul ne peut tout à fait exclure l’arrivée à la Maison Blanche d’un homme, M. Willard Mitt Romney, qui doit son immense fortune à la finance spéculative, à la délocalisation d’emplois et aux charmes (fiscaux) des îles Caïmans.

Son choix du parlementaire Paul Ryan comme candidat républicain à la vice-présidence donne un aperçu de ce à quoi pourraient ressembler les Etats-Unis si, le 6 novembre prochain, les électeurs cédaient à la tentation du pire. Alors que M. Barack Obama a déjà accepté un plan de réduction du déficit budgétaire qui ampute les dépenses sociales sans relever le niveau — anormalement bas — de la fiscalité sur les plus hauts revenus (1), M. Ryan juge tout à fait insuffisante cette capitulation démocrate. Son programme, auquel M. Romney s’est rallié et que la Chambre des représentants (majoritairement républicaine) a déjà entériné, réduirait encore les impôts de 20 %, ramenant leur taux maximal à 25 %, un plancher jamais atteint depuis 1931 ; il accroîtrait simultanément les dépenses militaires ; et il accomplirait le tout en divisant par dix la part du déficit budgétaire dans le produit intérieur brut américain. Comment M. Ryan espère-t-il réaliser une telle performance ? En abandonnant à terme au privé — ou à la charité — l’essentiel des missions civiles de l’Etat. Ainsi, le budget consacré à la couverture médicale des indigents serait réduit de… 78 % (2).

Depuis le début de l’année dernière, M. Obama applique une politique d’austérité aussi inefficace et cruelle aux Etats-Unis qu’ailleurs. Tantôt il se félicite des (rares) bonnes nouvelles économiques, qu’il porte alors au crédit de sa présidence, tantôt il impute les mauvaises (dont la situation de l’emploi) à l’obstruction parlementaire républicaine. Une telle dialectique n’étant guère susceptible de remobiliser son électorat, le président américain escompte que la crainte du radicalisme droitier de ses adversaires lui assurera un second mandat. Mais qu’en ferait-il après avoir dilapidé les promesses du premier et alors qu’il paraît acquis que le Congrès élu en novembre prochain sera plus à droite que celui qu’il a trouvé en entrant à la Maison Blanche ?

Une fois de plus, un système verrouillé par deux partis rivalisant de faveurs accordées aux milieux d’affaires va contraindre des millions d’Américains découragés par la mollesse de leur président à revoter néanmoins pour lui. Ils se résigneront alors au choix, habituel aux Etats-Unis, entre le mal et le pire. Leur verdict ne sera toutefois pas sans conséquence ailleurs : la victoire d’un Parti républicain déterminé à anéantir l’Etat social, indigné par l’« assistanat », installé à la remorque des fondamentalistes chrétiens et porté à la paranoïa par la haine de l’islam galvaniserait une droite européenne déjà démangée par de telles tentations.

Serge Halimi


(1) Lire «  Chantage à Washington  », Le Monde diplomatique, août 2011.
(2) David Wessel, «  Ryan reflects arc of GOP fiscal thinking  », The Wall Street Journal, New York, 16 août 2012.

31 juillet 2012

Tragédie sanitaire en Grèce

Par
le 26 Juillet 2012
pour http://owni.fr

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Conséquence des coupes budgétaires exigées par le plan d'austérité, une crise sanitaire s'est emparée de la Grèce. Si la réapparition de la malaria et la propagation du VIH inquiètent les pouvoirs publics, elle est l'occasion pour le parti néo-nazi Aube dorée de raviver les sentiments xénophobes.

Une banque de sang réservée aux Grecs. Le parti d’extrême droite Aube Dorée, qui a fait son entrée au Parlement le 16 juin dernier en obtenant 7 % des voix, mène actuellement une campagne de “préférence nationale” poussée à l’extrême. Le parti tente d’encourager les donneurs de sang grecs à réserver leurs dons pour leurs seuls compatriotes.
“Tous les flacons de sang que nous recueillerons seront destinés à des patients que nous aurons nous-mêmes choisis et à personne d’autre” a déclaré le parti dans un communiqué le 11 juin dernier.
Des affiches ont ainsi été placardées dans le quartier athénien de Loutsa, et de nombreux donneurs de l’hôpital Sotiria ont exprimé le souhait que leur sang soit réservé aux “Grecs d’origine”, rapporte le journal Athens News dans un article du 12 juillet. Les autorités ainsi que le directeur de l’hôpital, Yiannis Stefanou, se sont opposés à ces demandes, rappelant que le sang serait donné à tous les patients dans le besoin “sans considération de race, de couleur ou d’opinions politiques”.
Cette provocation est d’autant plus inquiétante qu’elle arrive alors que le pays connaît depuis plusieurs mois une crise économique sans précédent, à laquelle s’est ajoutée violente une crise sanitaire et sociale.

Le retour de la malaria

 

Selon le Centre de contrôle et de prévention des maladies (Keelpno) , la Grèce voit une augmentation notable du nombre de malades depuis 2009. Entre 120 et 130 cas de malaria ont été rapportés en 2011. “Les patients atteints de cette maladie n’ont pourtant pas quitté le pays durant les cinq dernières années” précise Reveka Papadopoulos, directrice de Médecins Sans Frontières (MSF) en Grèce. La maladie avait disparu du pays depuis une quarantaine d’année.
Le virus du Nil occidental a également fait des ravages, tuant 35 personnes en 2010 selon Reveka Papadopoulos. Le Keelpno a même été enregistré un pic de contamination à l’automne 2011, 101 cas de contamination et 9 décès ont été comptabilisés. Les chiffres de l’OMS montrent une forte propagation de la rougeole et de la coqueluche entre 2009 et 2010. Si les nations européennes se sont engagées à éradiquer ces maladies par des campagnes de vaccination, le nombre de cas rapportés ont respectivement augmenté de 7 350 % et 137 % sur la période, passant de 2 à 149 et de 27 à 64.
Représentatif du malaise social de la société grecque, le nombre de suicides a très rapidement progressé ces dernières années. Le Ministère de la santé grec a observé une augmentation de 40% au premier semestre 2011 par rapport à 2010. Le pays est passé de 2,8 suicides pour 100000 habitants en 2007 à 3,5 pour 100000 en 2009, alors même qu’il occupait les derniers rangs des pays pour cette statistique.

Explosion du VIH

 

L’augmentation la plus inquiétante concerne le VIH. Entre 2010 et 2011, le nombre de nouvelles contaminations a augmenté de 57% dans l’ensemble du pays selon le rapport d’activité 2012 des Nations-Unies concernant la Grèce. Sur la même période, le centre ville d’Athènes a même connu un bond record de 1 250% selon Médecins Sans Frontières (MSF). Les toxicomanes sont particulièrement concernés : avec 20% de consommateurs d’héroïne en plus en 2010 selon le centre de contrôle et de prévention des maladies, et la suspension du programme gouvernemental permettant aux drogués de disposer de seringues stériles, le constat n’est malheureusement pas surprenant. Coupes budgétaires obligent, la distribution de préservatifs aux travailleuses du sexe a également été suspendue.
La situation de la Grèce est d’autant plus préoccupante quand on la compare à un pays ayant été brisé par la rigueur : en pleine crise de la dette souveraine en 2008, l’Irlande n’a pas connu une telle poussée des maladies infectieuses et du Sida. Le graphique ci-dessous représente le nombre de nouveaux cas de VIH depuis 2007 en Grèce et en Irlande. (Il est possible de sélectionner des couleurs différentes afin de distinguer les deux pays.)




Contacté par Owni à l’occasion de la conférence internationale sur le sida qui se tenait du 23 au 27 juillet à Washington, Eric Fleutelot, directeur général adjoint de Sidaction assure que le cas grec est unique en Europe :
Les politiques de répression ont toujours favorisé le développement des épidémies. C’est la conséquence d’un appauvrissement de la population et de la baisse des dépenses de santé de l’État. Mais maintenant la Grèce fait marche arrière dans l’accès à la santé, elle régresse. Concernant le VIH, sa situation est semblable à celle des nouveaux entrants comme la Roumanie et la Bulgarie. C’est la première fois en Europe que l’on voit ce phénomène. L’Irlande, qui a connu une crise très grave en 2008, n’a pourtant pas connu de telles conséquences. Les mesures ont été moins difficiles et ont été appliquées moins longtemps.

Rigueur budgétaire

 

La crise économique qui frappe actuellement la Grèce n’est en effet pas étrangère à cette situation. Le pays accumulait une dette de 165.3 % en 2011 contre 142.8 % l’année précédente. Le déficit pour sa part était revenu à 9.1 % en 2011 contre 10,5 % l’année précédente sous l’effet de la “cure d’austérité” imposée par la Banque Centrale Européenne (BCE), la commission européenne et le Fonds Monétaire International (FMI).



Le gouvernement n’épargne donc aucun poste budgétaire. Suite à une augmentation annuelle moyenne de 6 % des dépenses de santé (publiques et privés cumulées) entre 2000 et 2009, les experts estiment que celles-ci ont diminué de 6.5% dans le pays en 2010. Plus concrètement, les dépenses de santé par habitant sont passées de 3 078 $ en 2008 à 3 015 $ en 2009, et à 2 729 $ en 2010 selon la banque mondiale. Des chiffres sans commune mesure avec ceux de la France qui affichait 4 941 $ en 2008, 4 840 $ en 2009 et 4 691 $ en 2010. (cf. le graphique ci-dessous qui présente les dépenses de santé entre 2007 et 2010 en Europe).


“Grecs d’ethnie grecque“

 

Porté par la situation économique difficile, le parti d’extrême droite Aube Dorée joue de la crise sanitaire pour stigmatiser les populations migrantes. Outre la campagne concernant le don du sang, il propose d’autres initiatives afin de privilégier les “Grecs d’ethnie grecque” telles que les épiceries solidaires pour les personnes en difficultés. Mais comme l’explique Eric Fleutelot, directeur général adjoint de Sidaction :
Dans la crise grecque, certaines populations sont stigmatisées. Les photos des travailleuses du sexe séropositives publiées dans les médias ont renforcé ce sentiment. Ce genre d’évènement consolide l’idée que le sida ne concerne que les prostituées, les usagers des drogues et les étrangers, ce qui est évidemment faux. Le VIH est toujours la maladie des étrangers, c’est une représentation qui ne change pas. C’est la maladie de l’autre. En Afrique noire, le VIH est la maladie apportée par les blancs, en Grèce ils considèrent qu’elle vient des étrangers.

Photographie par Agelakis (CC-byncsa)

7 septembre 2011

Un nouveau premier ministre japonais, et après ?

Par Martine Bulard
Pour http://blog.mondediplo.net

Au terme de sombres tractations, le Parti démocrate du Japon (PDJ), divisé, a fini par se mettre d’accord sur un nom : M. Noda Yoshihiko, ministre des finances dans le précédent gouvernement, a été élu président du parti, lundi 29 août, avant d’être promu premier ministre par la Diète. Le troisième en deux ans et demi.
A la fin de la semaine dernière, M. Kan Naoto avait présenté sa démission – ce qui ne fut une surprise pour personne. Un mois plus tôt, en difficulté au sein de sa propre majorité parlementaire et les élus de l’opposition rechignant à voter une rallonge budgétaire pour le programme de reconstructions après le tremblement de terre ainsi qu’une loi autorisant l’émission d’obligations d’Etat, M. Kan avait eu cette phrase remarquable : « Votez ces lois si vous ne voulez plus voir ma tête, je m’en irai après. » C’est désormais chose faite.
Du point de vue des Japonais, il est fort à parier que ce changement apparaisse fort éloigné des préoccupations quotidiennes, comme le rapporte le quotidien Asahi Shimbu, qui fait parler un habitant des zones sinistrées : « “Est-ce que c’est vraiment le moment de changer de gouvernement au lieu de s’occuper de nous”, s’exclame Sakuma Shinji, agriculteur de 61 ans. Je me fous de savoir qui va devenir le prochain premier ministre. Quel qu’il soit, il faut qu’il mette un terme à la crise nucléaire afin que l’on puisse revenir chez nous dès que possible » 

Vu du monde politique nippon, cela n’a rien d’extraordinaire. M. Noda est le sixième chef de gouvernement en cinq ans et l’arrivée du PDJ, en 2009, après cinquante-cinq ans de règne sans partage du Parti libéral-démocrate (PLD), n’a strictement rien changé à cette valse des premiers ministres. M. Hatoyama Yukio, le prédécesseur de M. Kan, avait été évincé neuf mois après sa nomination, pour cause d’émancipation trop rapide de la tutelle américaine (il avait laissé espérer que la base militaire de Futenma, sur l’île d’Okinawa, serait fermée) et de changements socio-économiques trop lents. Son parti avait perdu les élections sénatoriales de 2010 et du même coup, la majorité à la Chambre des conseillers.

M. Kan, lui, n’a duré que quatre cent quarante-neuf jours, mais avant la triple catastrophe – tremblement de terre, tsunami, fuite nucléaire –, il était au plus bas dans les sondages, son ministre des affaires étrangères Maehara Seiji empêtré dans des affaires d’argent (reçu de l’étranger) et la situation économique et sociale du pays toujours aussi dégradée. Ses réactions fort hésitantes lors de l’accident de la centrale de Fukushima ont achevé de le discréditer.

Pourtant, plus que l’incompétence du premier ministre, ce sont l’omnipotence des lobbies nucléaires et leur collusion avec l’Etat qui ont frappé, et notamment la complicité entre le propriétaire de la centrale Tokyo Electric Power (Tepco) et l’agence de sûreté industrielle et nucléaire (Nisa, Nuclear and industrial safety agency), théoriquement indépendante (lire Govan MacCormack, « le Japon nucléaire ou l’hubris puni », Le Monde diplomatique, avril 2011). L’image du premier ministre tapant du poing sur la table pour simplement obtenir des informations a fait le tour du Japon, et six mois après le désastre de Fukushima, la centrale n’est toujours pas stabilisée, le bilan pas même établi ; les populations sinistrées s’entassent encore dans des préfabriqués ou des tentes, en attente d’un plan de reconstruction digne de ce nom.

Ces derniers mois ont mis en évidence l’imbrication entre les dirigeants politique, la bureaucratie et les affaires – ce que les Japonais nomment l’amakudari (descente du ciel), une sorte de chassé-croisé entre les personnels politiques et administratifs et le business, un pantouflage généralisé. Ainsi l’organisme officiel de contrôle du nucléaire comprenait d’anciens employés de l’industrie de l’atome…

Quand M. Kan annonça, en juin dernier, la fermeture de la centrale d’Hamaoka, située sur une faille sismique, la direction de Chubu Electric résista pendant trois jours, avant de s’incliner. Le président de la fédération patronale Keidanren a publiquement contesté la décision, accusant le premier ministre de ne pas mesurer les conséquences de ses actes, la centrale se situant dans la préfecture d’Aichi où est implanté Toyota…
Auparavant, le premier ministre avait imposé un contrôle de sécurité particulièrement strict sur l’ensemble des équipements nucléaires avant leur redémarrage, et annulé la construction de toute nouvelle centrale (dix-huit avaient été planifiées d’ici 2030). Il n’avait pris aucune mesure radicale – à l’image de la chancelière allemande Angela Merkel –, mais il avait proposé que soit discutée et adoptée « une stratégie révolutionnaire pour passer de l’énergie nucléaire aux énergies renouvelables ». Des mots à faire frissonner le lobby nucléaire et… une partie du PDJ – laquelle doit pousser un « ouf » de soulagement avec l’arrivée de M. Noda, un pro-nucléaire affirmé.

L’avenir énergétique du Japon n’est que l’un des nombreux problèmes auxquels le nouveau premier ministre doit faire face : le yen a atteint son niveau le plus élevé depuis sept ans, ce qui entraîne un tassement des exportations ; la croissance reste scotchée à un très bas étiage (entre 0,4 et 0,6 % prévu pour 2011) ; la dette poursuit sa course folle, au point d’atteindre 220 % du produit intérieur brut (PIB) d’ici la fin de l’année selon les prévisions officielles…

Certes, la dette souveraine est détenue aux neuf dixièmes par les Japonais eux-mêmes, protégeant le pays de tout coup extérieur : l’Agence Moody’s peut dégrader d’un cran de sa note (à Aa2), sans que cela ait des conséquences financières majeures. Mais le niveau d’épargne interne tend à se réduire pour cause de baisse de pouvoir d’achat, de vieillissement de la population et de très bas taux d’intérêts. Le système connaît certaines limites au moment où le pouvoir cherche à trouver des marges de manœuvre afin de lancer les programmes de reconstruction.

Cet état alarmant des finances publiques tient d’ailleurs beaucoup plus à l’anémie de l’activité économique qu’à une montée inconsidérée des dépenses publiques. Cela n’empêche pas le Fonds monétaire international (FMI) de préconiser un triplement de la taxe sur la valeur ajoutée (TVA), qui devrait passer, selon ses experts, de 5 % actuellement à 15 % voire 17 %. M. Noda n’a pas les moyens de lancer une telle offensive sur les impôts. Il envisage pourtant un relèvement de deux ou trois points de la TVA, que son prédécesseur n’avait pu obtenir. Mais, même modeste, cette augmentation des prélèvements risque d’aggraver la crise des débouchés dans un Japon aux prises avec l’anémie depuis plus de quinze ans.

Libéral convaincu, M. Noda a proposé la constitution d’un gouvernement d’union nationale avec l’opposition, le PDL, qui semble vouloir attendre patiemment les prochaines échéances pour prendre sa revanche politique (septembre 2012)… Aucune innovation dans son programme.

On ne saurait mieux décrire le blocage de la société nippone, pointé par Harry Harootunian dans Le Monde diplomatique d’avril 2011 (« La maison Japon se fissure »). Ce que résume parfaitement David Pilling, rédacteur en chef Asie du Financial Times : « Le Japon semble avoir le pire des deux mondes : une bureaucratie démoralisée et une classe politique sans capacité de direction. » La phrase est extraite du livre électronique collectif Tsunami : Japan’s post-Fukushima Future, dirigé par Jeff Kingston (Foreign Policy, 2011). Parmi les contributions, on peut noter la plongée historique de Nagai Mariko, les textes de Shoji Kaori, Ogata Shijuro, Kumiko Makihara, Gavan McCormak, de Robert Dujarric… On ne peut pas dire que les auteurs dessinent un avenir radieux mais au moins aident-ils à comprendre certains des enjeux au pays du Soleil-Levant.


  • permalien ac :
    30 août @19h04   »
    Noda, pas Nado.

  • permalien maniette :
    31 août @00h34   « »
    Keidanren, non pas keidanran. (qui éventuellement pourrait se transcrire 経団乱 au lieu de経団連 et ferait pouffer tout le monde car cela signifierait alors en gros le chaos des groupes économiques au lieu du conseil des groupes économiques, et en pratique ne serait sans doute pas compris.)

  • permalien Martine Bulard :
    31 août @09h24   «
    Vous avez parfaitement raison : Keidanren. Mes excuses auprès des lecteurs.

6 juin 2011

G20-G8, ou la passion des faux problèmes

Par par Frédéric Lordon
pour  http://blog.mondediplo.net

On ne pourra pas dire que le G20-G8 n’a pas d’idées : il en a au moins deux. Une idée théorique (variable) et une idée pratique (fixe). Une idée théorique affichée pour mieux dissimuler l’idée pratique inavouée. À vrai dire, l’idée pratique n’est pas neuve, elle est maintenant d’un robuste classicisme et comme une marque de fabrique en train de se patiner : tout faire pour ne rien avoir à faire – contre la déréglementation financière – et envoyer des leurres en tous sens. C’est simplement l’idée théorique – le leurre – dont elle se sert comme d’un paravent qui est régulièrement renouvelée, sans doute pour éviter la lassitude du public et mieux donner l’air de la grande activité. Quelques effets d’apprentissage suffisent pour se faire à l’idée que les « sujets » poussés sur le devant de la scène du G20-G8 sont claironnés en exacte proportion de ce qu’ils sont inoffensifs. En 2009, l’« idée théorique » veut que bonus et paradis fiscaux soient coupables de tout. On annonce de terribles représailles. Que la réalité accompagne le fantasme n’a jamais été le souci dominant de M. Sarkozy : il suffit que les choses soient dites. Au demeurant, tous ses collègues jugent également opportun le double choix et de la voie de garage et de ne la parcourir qu’en mots… En 2010, place à la « guerre des monnaies » – et il faudrait être vraiment mauvais coucheur pour ne pas être d’accord avec le G20 qui aime la paix. L’année 2011 connaît un raffinement certain du « modèle ». Le principe général de ne rien faire est évidemment maintenu – c’est tout de même l’idée ! –, son opérationnalisation sous la forme d’un sujet bien périphérique a abondamment fait ses preuves, on n’en changera donc pas, mais cette année un réel effort est fait pour promener le public encore plus loin que d’habitude. En 2011, la « théorie » propose : « excès de liquidité » et « déséquilibres globaux » (global imbalances). Triple bénéfice d’une posture avantageuse mêlant la technicité et la hauteur de vue – les « déséquilibres globaux » présentent tout de même autrement mieux que ces petites histoires crapoteuses de listings et de paradis fiscaux –, de l’affichage d’un objectif de « rééquilibrage global » rigoureusement inatteignable, et (par conséquent) de la certitude d’une diversion sans espoir aucun de se refermer jamais !

Pourquoi y a-t-il des bulles (et puis des crises) ? Réponse G20-G8 : parce qu’il y a excès des liquidités déversées sur les marchés. Mais au fait, d’où viennent ces liquidités en excès qui, par bulles et crises interposées, font parfois un peu dérailler la mondialisation ? Eh bien… de la mondialisation même ! C’est là qu’est l’os.

La politique monétaire de la Réserve Fédérale ? 

 

Dans l’élégante chorégraphie des Retournés – comprendre : tous les valeureux qui, ayant chanté les louanges du système pendant deux décennies, ont assisté médusés à son effondrement et compris qu’il était temps d’en dire rétrospectivement un peu de mal s’ils voulaient survivre au ridicule – le passage brutal du Greenspan-licking au Greenspan-bashing aura été un morceau de bravoure. Car les mêmes qui s’étaient pâmés si longtemps à célébrer l’homme-qui-parle-à-l’oreille-des-marchés n’ont rien trouvé de mieux que d’en faire immédiatement leur tête de turc, conformément d’ailleurs à un réflexe type de la pensée libérale qui cherche des coupables pour mieux éviter de mettre en question les structures. Dans la galerie des affreux, Kerviel, trop grossièrement crapuleux, a été laissé aux journalistes, mais Greenspan, un banquier central tout de même, voilà qui permettait de se mettre du bon côté du doigt accusateur tout en conservant la hauteur de vue du discours de « la politique monétaire ». Le génie aussitôt transmuté à l’état de cloche est donc passé du pinacle au pilori au motif que sa politique économique, elle-même révisée de « brillante » à « nulle », était déclarée responsable de tout, notamment de « l’excès de liquidité » – qui fait les bulles.

Mais c’était ne pas voir d’abord que la politique monétaire étasunienne, loin d’avoir la souveraineté qu’on lui a spontanément prêtée était bien plutôt à l’état d’automate asservi, et contrainte de créer un environnement de crédit susceptible de soutenir à tout prix la dépense des ménages quand le revenu de ces derniers était comprimé par toutes les tendances structurelles – actionnariales et concurrentielles – de la « mondialisation » même. C’était ne pas voir non plus combien la relance monétaire permanente était devenue la seule solution disponible pour éponger les crises successives d’une finance spéculative congénitalement instable depuis que toutes les forces en ont été libérées par… la mondialisation. Si bien que le rattrapage de chaque crise préparait immanquablement la suivante, le flot de liquidité ayant pour seul tâche d’identifier le nouveau compartiment de marché où aller reprendre la nouba : marchés émergents, valeurs technologiques, produits dérivés de crédits immobiliers, etc. Pour hors-norme que soit la crise ouverte depuis 2007, elle n’a pas été traitée par d’autres moyens – avec pour seule perspective, la reconduction à terme des mêmes effets…
Mais c’est que la contradiction est logée au cœur même de la mondialisation financière : le système bancaire privé continue de devoir être porté à bout de bras par les banques centrales, la chose est spécialement vraie des banques grecques, espagnoles, irlandaises et portugaises (qui à elle seules absorbent actuellement les deux tiers des concours de liquidités de la Banque centrale européenne…) ; quant aux Etats-Unis ça n’est pas pour rien que depuis 2008 la Réserve fédérale a vu son passif multiplié par deux… Ce sont les crises financières mêmes qui forcent les réponses de la politique monétaire vouées à reproduire les crises – et ceci du fait du maintien obstiné des structures de la libéralisation financière. Supposé le retour à la normale, rien ne permet de penser que les conditions monétaires faites à la finance privée deviendraient sensiblement plus restrictives. Sans doute, comme après chaque grande « ouverture des vannes », les taux d’intérêt remonteraient-ils graduellement à des niveaux moins inhabituels, mais pas au point de menacer sérieusement la profitabilité des institutions financières.

Car, sans en être des rouages totalement asservis, et conservant une certaine autonomie formelle, les banques centrales actuelles n’en sont pas moins parties au complexe d’ensemble du capital financier : elles en défendent les structures, tiennent la libéralisation des marchés de capitaux pour une évidence doublée d’une vertu, se sont systématiquement opposées aux tentatives même modestes d’en limiter l’étendue, ont conduit depuis le milieu des années 1980 des politiques anti-inflationnistes et pressé sans relâche les gouvernements à l’orthodoxie des finances publiques, c’est-à-dire fait basculer la monnaie-finance dans ce que Keynes appelait un « régime de créanciers », enfin se sont posées à chaque crise comme la Providence seule capable de sauver le système… et de le faire repartir pour un tour. En définitive, les banques centrales n’entrent avec la finance privée que dans des conflits secondaires et lorsque cette dernière, aveuglée par ses intérêts les plus bornés, en vient à faire sauter le système qui fait pourtant sa prospérité. Plaise au ciel donc, si les bénéficiaires immédiats du système sont trop bêtes pour ne pas menacer de ruiner le système, qu’il se trouve dans le paysage un agent plus rationnel et plus puissant qu’eux pour prendre le point de vue du système lui-même et veiller à sa conservation…

Des taux d’intérêt dédoublés pour asphyxier la finance 

 

Rouages particuliers, jouant certes leur partition à elles hors de toute « commande » formelle, mais néanmoins en conformité avec les réquisits supérieurs de l’ensemble, les banques centrales sont donc spécialement mal placées pour entrer dans une stratégie d’attrition de la finance par restriction de la liquidité. Elles le sont d’autant plus que leur seul instrument en cette matière, le relèvement des taux d’intérêt, auraient des effets collatéraux catastrophiques sur l’économie réelle – qui n’y est pour rien ! Est-il pour autant certain, abstraitement parlant, que les banques centrales ne puissent rien en cette matière ? Non, pourvu du moins qu’elles se dotent des outils adéquats. Il est bien vrai que les banques centrales, à supposer qu’elles le veuillent – clause d’importance… –, se trouveraient prises dans un conflit d’objectifs lié au fait de vouloir poursuivre deux finalités contradictoires (la stabilité financière et la croissance économique) avec un seul instrument (le taux d’intérêt). Quitte à ré-enfoncer un clou déjà tapé, on pourrait suggérer à nouveau [1] de résoudre assez simplement ce conflit par rétablissement de la parité entre les objectifs et les instruments, plus précisément en envisageant un système de taux d’intérêt dédoublés, dont l’un, disons le taux d’intérêt « productif » ou « économique » serait réservé au refinancement des crédits dirigés vers les agents de l’économie réelle, et l’autre, le taux d’intérêt « spéculatif » s’appliquerait au refinancement des crédits dirigés vers les opérations financières. Faire le départ de ces deux sortes d’opération est largement à la portée de l’appareil statistique de la banque centrale qui collige tous les documents comptables bancaires, les banques de second rang étant alors refinancées à un coût global formé au prorata de leurs diverses catégories de crédit. Rien n’interdirait plus de pouvoir tenir le coût du crédit à l’économie au niveau le meilleur pour un objectif composite de croissance et d’inflation (des biens et services) et d’élever aussi haut qu’on veut le taux d’intérêt « spéculatif » pour affamer les marchés de capitaux et tuer l’inflation des actifs financiers – et elle seule.

Deux objections surgissent immédiatement. En premier lieu, le crédit n’est pas le seul carburant des marchés – où se déversent également toutes les épargnes collectées par les diverses catégories d’investisseurs institutionnels. Mais enfin nul n’a jamais cru à la silver bullet, cette unique balle en argent tueuse à coup sûr du vampire, et c’est un arsenal qu’il faut déployer pour en finir avec la libéralisation financière [2] : gagner sur la part « crédit » du flot global qui alimente les marchés ne fera sans doute pas tout, mais ce sera déjà quelque chose. On dira ensuite que l’abattement de toutes les frontières de la finance autorise des liquidités créées à l’autre bout du monde, par une banque centrale qui ne l’entendrait pas de cette oreille, à venir s’investir sans restriction sur nos marchés (ou « nos » renvoie à la circonscription qu’on voudra : celle d’un marché national ou d’un marché régional). Il faut donc redire que, sauf à poursuivre la chimère d’une re-régulation financière globale (à l’échelle de la planète) et qui ne serait pas qu’un inoffensif filet d’eau tiède (à l’image des misérables proposition du comité de Bâle), la re-régulation « sérieuse » ne s’envisage qu’à l’échelle régionale… c’est-à-dire dûment complétée par un appareil de protections adéquates (sous la forme de stricts contrôles des mouvements de capitaux et des filiales d’institutions financières non résidentes autorisées à opérer) pour désarmer les stratégies d’« arbitrage réglementaire » [3] et parer à la contamination par une finance du dehors qui sera restée à l’état sauvage – c’est-à-dire à l’état actuel.

Il reste que l’idée des taux d’intérêt dédoublés aurait de quoi intéresser même les banquiers centraux d’aujourd’hui, pas spécialement ravis de se trouver pris en otage par le secteur bancaire privé qui lui force la main à son secours en situation de crise grave. Mais l’inconséquence n’est pas la chose du monde la moins partagée, et les banques centrales qui ne veulent pas se trouver tous les quatre matins en situation de prêteur en dernier ressort contraint ne veulent pas non plus des outils qui leur permettraient d’éviter de l’être…

Les excédents des Émergents, entre souvenir de la mondialisation passée et effets de la mondialisation présente 

 

Mais l’excès de liquidités a-t-on dit n’est pas le fait que des banques centrales. D’où vient-il alors ? Si l’on met de côté la collecte ordinaire des épargnes dans les pays du Nord, dont les volumes globaux n’ont pas significativement varié en moyenne période, l’explosion des accumulations de liquidités réinvesties sur les marchés est venue pour l’essentiel de la polarisation des soldes commerciaux, au profit des pays émergents… et comme un pur produit des tendances présentes de la mondialisation. C’est ici que la scène du G20-G8 prend l’allure d’une foire aux intérêts particuliers – mais tous bien fondés !
Car les pays du Nord auront du mal à venir faire la leçon aux Émergents pour avoir accumulé de colossales réserves de change – dont on imagine mal qu’elles puissent rester oisives, et qui, cherchant logiquement à s’employer, reviennent se déverser sur les marchés de capitaux. On leur fera en effet difficilement la leçon car, permises par leurs excédents commerciaux, ces accumulations de réserves sont aussi marquées de la mémoire cuisante des crises de 1997-1998, et ont été délibérément constituées pour faire face à l’éventualité de nouvelles attaques spéculatives. C’est que ces pays (Thaïlande, Corée, Hong Kong, mais aussi Brésil, Russie, etc.) ont eu à connaître de près les joies de la mondialisation financière et se souviennent encore des désastres qui avaient suivi des retournements brutaux de la hot money, flots de capitaux courts, exclusivement spéculatifs, qui les avaient fuis avec le même excès qu’ils avaient mis à les investir. L’élévation fulgurante des taux d’intérêt rendue nécessaire pour défendre des parités en plein effondrement avait ruiné leur croissance, et c’est précisément pour se prémunir contre ce genre de nuisance que ces pays ont fait le choix d’amasser des réserves, seul moyen de soutenir avec quelque chance de succès une guerre spéculative sur le marché des changes.

Pour des économies durablement marquées par de tels événements, les seules solutions rationnelles consistent soit en une suspension ad hoc des règles de la mondialisation financière, par exemple au travers de dispositifs de contrôle des flux entrants – et c’est bien l’option choisie notamment par le Brésil, qui voit de nouveau affluer des capitaux fuyant les marchés sinistrés du Nord… mais toujours susceptibles de repartir aussi soudainement qu’ils sont entrés –, soit s’armer préventivement pour cogner une spéculation capable des revirements les plus brutaux. Les G20-G8 pourront tenter de négocier tout ce qu’ils voudront : les échaudés ne se laisseront pas avoir deux fois.

Et puis il y a la Chine. En matière d’excédents commerciaux et de recyclage de réserves accumulées, le fait est qu’elle se pose un peu là. Cependant, ici encore on voit mal les effets possibles de la supplication. Lui demander de moins exporter ? Mais elle a vitalement besoin d’un taux de croissance très élevé pour tenter de « tenir » par le développement matériel un territoire immense sur lequel le contrôle politique devient de plus en plus difficile ; et, en l’absence des institutions (notamment salariales) d’un authentique marché intérieur, ce seront les exportations qui, pour un moment encore, feront le travail. Mais l’ironie goûteuse de cette affaire chinoise vient tout de même des lamentations de ceux qui ont crée eux-mêmes les raisons de se lamenter : il ne faut pas s’étonner en effet que la Chine amasse de colossaux excédents quand les dogmes du libre-échange et de la concurrence non distordue ont installé les conditions de l’échange le plus distordu possible entre économies à standards socio-productifs parfaitement inégaux. Le G20-G8 veut s’attaquer aux « déséquilibres globaux » ? Qu’il commence donc par envisager quelques mesures protectionnistes tempérées et bien ciblées qui viendraient corriger les phénoménales distorsions sociales et environnementales que le commerce international laisse proliférer au nom du « libre-échange » – mais autant rêver Noël en juin. À défaut, attendons avec stoïcisme que le processus de constitution du marché intérieur et de montée en gamme de l’industrie chinoise résorbe de lui-même les excédents – plus que deux ou trois petites décennies, courage.

Mieux oublier la re-régulation financière 

 

Entre les excès de liquidité imputables aux banques centrales – et que celles-ci ne corrigeront pas de sitôt faute d’en avoir et les instruments appropriés et la volonté réelle –, ceux auxquels les échaudés des précédentes crises financières ne renonceront pas plus facilement, et le tranquille quiétisme qui nous abandonne à la dynamique longue du système socio-productif chinois, la résorption des global imbalances n’est pas pour demain. Et – du point de vue du G20 en tout cas – c’est tant mieux ! Car tout le temps que ça dure, on a au moins des raisons d’en parler, c’est-à-dire de ne pas parler d’autre chose. On n’allait pas tenir cent-sept ans les populations avec ces histoires de paradis fiscaux, mais la guerre des monnaies, le nouveau Bretton Woods (sans espoir) ou la correction des déséquilibres globaux, voilà qui est parfait pour occuper les esprits un moment. Et les dissuader surtout de se souvenir que les excès de carburant ne font de dégât que s’il y a un moteur pour les absorber et tourner en sur-régime. Le moteur ce sont les structures de la finance libéralisée. Celles dont le G20 a accepté de parler en 2008-2009 – là, ça aurait été un peu gros de faire l’impasse… – mais qu’il s’est aussitôt empressé d’oublier. De ce point de vue, l’inertie européenne est tout à fait impressionnante – et l’inertie française plus encore si on la met en rapport avec les propos martiaux qui annonçaient l’arraisonnement définitif de la finance depuis Toulon. À part un projet de directive sur les fonds d’investissement (hedge funds et private equity) d’une parfaite innocuité et un peu de meccano institutionnel pour créer des régulateurs spécifiques (assurances, marchés de capitaux, banques) mais sans stratégie de régulation mordante ni pouvoirs réels : rien !

Le paradoxe veut que les intentions les plus consistantes de re-régulation financière viennent finalement des Etats-Unis, intentions seulement cependant, car, pour volumineux qu’il soit, le texte du Dodd-Frank Act, n’a en l’état aucune portée opérationnelle. Sa transcription en directives précises est laissée au bon soin des diverses agences parties au dispositif global de régulation (Fed, SEC, CFTC, etc.)… mais à des horizons qui, pour certaines de ses dispositions peuvent aller jusqu’à 2019. Entre temps, on peut compter sur le zèle combiné du lobby de la finance et des Républicains libéraux pour vider le texte de sa substance, avec d’ailleurs pour principal motif de leur lamento que les dispositions étasuniennes sont bien plus contraignantes que celles de la régulation (?) européenne, et que les banques (et les traders) ne manqueront pas de fuir vers l’accueillante Europe, menace comme d’habitude légèrement surjouée mais qui, incidemment, dit tout de même quelque chose sur la réalité, ou plutôt l’irréalité, de la volonté européenne en cette matière. Aux yeux de la finance étasunienne, la vraie terre de liberté c’est donc l’Europe – et les populations européennes seront certainement ravies de se savoir à l’avant-garde…

Les faux problèmes… qui ramènent aux vrais 

 

Les enseignements à tirer des impasses de la re-régulation financière « mondiale » valent a fortiori à propos de la mondialisation tout court. La chimère de la coordination mondiale n’a jamais été autre chose que l’asile du mauvais vouloir. Il n’est que de voir les admirables progrès qu’elle aura accomplis depuis quatre ans… et de prolonger les tendances.

L’institutionnalisation (sérieuse) du capitalisme ne s’envisage que sur des territoires politiquement clos par un principe de souveraineté (quelle que soit son échelle). Car sans la force politique, seule à même de faire tenir debout des institutions, la question de l’enforcement comme disent les anglo-saxons, c’est-à-dire du pouvoir de rendre des règles contraignantes exécutoires, reste sans solution. Que ces territoires de souveraineté soient de la plus grande extension possible, au-delà de l’échelle nationale, il est très légitime de le désirer, à supposer qu’on sache trouver le point d’équilibre entre le volontarisme-créateur et l’illusion qui fait prendre son désir pour la réalité. L’Union européenne tombe-t-elle sous cette catégorie d’un territoire politique outre-national possible ? En son état actuel, non à l’évidence. Est-il symétriquement exclu qu’elle y tombe jamais à horizon raisonnable ? Pas davantage. La crise pourrait-elle être l’opportunité de ce progrès ? Sans doute – à la condition cependant d’un événement politique que son ampleur qualifierait indiscutablement comme révolution : liquidation des élites politiques, économiques et médiatiques libérales, annulation des traités, authentique constituante, reconstruction à neuf des institutions européennes, soit le comble même du rêve éveillé… dont les prodromes se font pourtant connaître chez les manifestants d’Athènes, les uncut de Londres, les indignados de Madrid, ceux de la Bastille, en attendant (rêvant) un mouvement de contagion qui réunirait tous les peuples européens pour un coup de pied au cul de format continental. Auquel la décomposition endogène de la construction monétaire européenne, telle qu’elle s’opère sous nos yeux, pourrait venir donner un bel élan.

Il reste que les misérables petites combines destinées à faire oublier le désastre de la mondialisation financière finissent par se retourner contre leurs auteurs mêmes. Car tous les leurres lancés les uns après les autres pour en éloigner y ramènent ! Vouloir escamoter les problèmes de la mondialisation proprement financière en occupant le terrain avec les « déséquilibres globaux », créateurs d’excès de liquidités, reconduit fatalement aux impasses de la mondialisation lato sensu. Car les déséquilibres et les excès en question en sont les produits les plus caractéristiques. Si c’est sur leur résorption que le G20-G8 compte pour ramener la finance mondialisée à la modération, il va lui falloir envisager une correction à beaucoup plus large échelle que celle dont il pensait faire l’économie… évidente contradiction à laquelle le G20-G8 n’est nullement décidé à céder, et d’où l’on tire une mesure de sa foncière hypocrisie.
Par construction, l’espace de la mondialisation comme espace dépolitisé, à dessein soustrait à toute autorité politique formelle, comme l’atteste incidemment la substitution de la « gouvernance » au gouvernement, est un espace de purs rapports de force, éventuellement tempérés par le pouvoir d’un hégémon capable de faire régner un ordre – son ordre. La négociation n’a pas d’autre d’espoir que de fortuites convergences d’intérêts. Pour le reste, les structures « dures » qui pourraient contrebattre les effets spontanés des mécanismes de la mondialisation, d’une part ne signifieraient rien d’autre qu’une forme ou une autre… de démondialisation (par des limites formelles mises au libre-échange, par une re-régulation financière sérieuse), et d’autre part sont hors de portée d’une chimérique « communauté » mondiale, fut-elle limitée aux vingt du G éponyme, précisément parce qu’elle n’est pas une communauté – politique. Les sommets successifs peuvent bien continuer s’ils le veulent de nous bahuter d’oubli délibéré en faux problèmes, les faux problèmes viennent immanquablement rappeler les vrais. Et le réel insiste.

Notes

 

[1] Voir « Quatre principes et neuf propositions pour en finir avec les crises financières », avril 2008.
[2] Id.
[3] C’est-à-dire les déplacements d’activités et les relocalisations de certaines opérations en fonction des conditions réglementaires les plus favorables.

20 juin 2010

Traité de Lisbonne, article 123 : le coup d’état de la finance

par Zevengeur (son site)

Comme chacun sait, la Grèce est actuellement en première ligne des pays attaqués par la finance sur son point faible : la dette souveraine.
Cette situation est cependant valable pour la plupart des pays occidentaux endettés, y compris la France, la seule différence étant que les plus vulnérables subissent en premiers les coups de boutoir de ladite finance. Les suivants sur la liste commencent d’ailleurs également à être touchés (Portugal, Espagne) à travers les agences de notation.

Cet article va évoquer une question fondamentale que personne ou presque ne se pose, à savoir pourquoi les états en sont arrivés à se financer sur le marché privé.
Cette question en apparence anodine est en fait lourde de conséquences sur les finances publiques et surtout pour les contribuables que nous sommes tous.
C’est bien la finance qui coule la Grèce : démonstration
La dette d’un état
Comme tous les pays en déficit, la Grèce doit lever régulièrement sur le marché mondial des fonds pour financer son déficit.
A ce niveau, on doit bien distinguer le déficit annuel de l’état (du à un niveau de dépenses supérieur aux recettes) de la dette qui est grosso modo le cumul du solde des déficits annuels passés.
Qu’un prêt corresponde à une création monétaire ou pas reste une question philosophique, dans tous les cas un prêt correspond à une avance de fonds devant être remboursée à l’aide d’argent qui sera en principe obtenu dans le futur, il y a donc un risque associé lors de l’émission d’un prêt.
Toute dette comprend 2 parties :
  • cumul des déficits antérieurs ou capital
  • charge de la dette ou intérêts financiers
La situation de la Grèce
En 2009, la situation de la Grèce est la suivante :

- dette = environ 100% du PNB

- déficit = 13% du PNB incluant les intérêts annuels de la dette.

En 2010, la dette sera donc au moins égale à 113% du PNB, les intérêts de cette dette si les taux restaient à 3% devraient donc passer à 113*3% = 3.39%.
Directement de votre poche dans celle des banquiers
Cette partie des dépenses de l’état ne correspond à aucun investissement collectif, ces intérêts prélevés sur les impôts directs ou indirects des citoyens correspondent donc à une partie du fruit de leur travail qui va directement dans la poche des banquiers sans aucun service en échange.
Une question que peu de gens se posent est de savoir s’il est normal que les banquiers privés s’enrichissent sur le dos des états.
Réponse : cette question est éludée car les médias nous parlent sans cesse des taux d’intérêts « du marché » et de leurs variations comme si cela représentait une vérité universelle, le battage médiatico/politique nous a habitué à cet état de fait depuis une trentaine d’années.

Endettement court terme
Le plus grave problème de la Grèce est que cette dernière est endettée à partir de prêts courts termes de l’ordre de 2 ans, cela revient à dire que la majeure partie de sa dette [100% du PIB] doit être renouvelée sur les marchés financiers grosso modo tous les 2 ans.
Et si jamais les taux d’intérêts consentis varient, alors le déficit vient mécaniquement augmenter également.
Un taux qui passe de 3 à 7% associé à un renouvellement des emprunts obligataires sur 2 ans environ vient mécaniquement augmenter les dépenses de l’état de +4% de la dette au bout de ces 2 ans.
Cela augmente très vite et devient donc également très rapidement insupportable.
La finance a lancé une guerre aux états
Comme vu dans l’article "La spéculation attaque notre (R)UE" les spéculateurs attaquent la Grèce à l’aide du marché opaque des CDS dits à "nue position", c’est-à-dire achetés par des gens qui n’ont pas prêté un euro à la Grèce.
C’est le principe du "Je prends une assurance incendie sur la maison de mon voisin".
La finance joue avec les taux d’intérêts
Puisque le nombre de CDS pris sur la Grèce augmente fortement, les agences de notation en déduisent que "le marché" croit de plus en plus à un défaut de paiement de la Grèce et baissent leur note.
Du coup les taux d’intérêts consentis à la Grèce explosent, ils sont de l’ordre de 6/7% pour les taux courts termes contre 3/3.5% pour les pays en dont la note est AAA. Le temps que je termine cet article, ils pourraient facilement dépasser les 10% ou bien plus si rien n’est fait pour enrayer cette spéculation.
Les taux d’intérêts sont donc une redoutable arme de destruction massive.
Un cercle vicieux
La séquence de guerre lancée par la finance sur la Grèce est donc :
  1. Achats massifs de CDS « nus » sur la Grèce
  2. Prise en considération de ces achats par les acteurs économiques en particulier les agences de notation
  3. Les agences baissent leurs notes de confiance sur l’état attaqué
  4. Conséquence : les taux d’intérêts augmentent pour compenser le risque de défaut de paiement
  5. L’augmentation des taux enfonce encore plus la Grèce dans le marasme
  6. Retour à 1.
Une Europe elle-même au bord du gouffre va-t-elle pouvoir stopper la finance avec son plan d’aide à la Grèce de 80 Milliards auxquels s’ajoutent les 30 Milliards du FMI ? Car derrière la Grèce, il faudra bientôt sauver le Portugal, l’Espagne, L’Italie, etc…
Revenons maintenant sur la question posée précédemment.
L’article 123 du traité de Lisbonne
L’article 123 du Traité de Lisbonne stipule que : « 1. Il est interdit à la Banque centrale européenne et aux banques centrales des États membres, ci-après dénommées « banques centrales nationales », d’accorder des découverts ou tout autre type de crédit aux institutions, organes ou organismes de l’Union, aux administrations centrales, aux autorités régionales ou locales, aux autres autorités publiques, aux autres organismes ou entreprises publics des États membres ; l’acquisition directe, auprès d’eux, par la Banque centrale européenne ou les banques centrales nationales des instruments de leur dette est également interdite »
En clair les états signataires s’interdisent de se financer directement à taux zéro auprès de leur banque centrale ou de la BCE. Ils sont obligés de s’adresser aux banques privées qui leur proposent les taux qu’elles décident tout en se finançant actuellement elles mêmes à un taux quasi nul auprès de la BCE.
Cette situation est identique pour tous les pays du monde occidental et dure en France depuis 1973.
Il s’agit d’un véritable coup d’état.
Un coup d’état financier et politique en 4 actes
1ier acte : La France privatise la création monétaire
En 1973, le ministre des finances Valery Giscard D’Estaing (sous la Présidence de Pompidou, ancien directeur général de la banque Rothschild) modifie les statuts de la Banque de France à travers la loi 73-7 pour lui interdire de faire des avance ou des prêts à l’Etat.
2ième acte : On Européanise cette règle
En 1992, l’article 104 du traité de Maastricht interdit à la BCE et aux Banques Centrales Nationales de consentir des avances ou des prêts aux États ou aux Collectivités Publiques.
Cette loi s’étend donc à toute l’Europe.
3ième acte : La règle passe dans la proposition de constitution Européenne
L’article 123 du traité de Lisbonne reprend mot pour mot le libellé de l’article 104 de traité de Maastricht.
4ième acte : Sarkozy bafoue 200 ans de démocratie Française
Le traité de Lisbonne a été adopté en France par Mr Sarkozy le 04 février 2008 alors que le référendum sur la constitution européenne avait été rejeté en 2005 par 53% des Français.
Et la France dans tout ça ?
Avant la loi de 1973, comme le montre le schéma ci-dessous la dette n’existait pas en France :

 Du 1er janvier 1976 au 31 décembre 2006, la dette de la France s’élève à 1142,7 milliards d’euros après les remboursements déjà effectués. Mais cette dette entraîne des intérêts composés qui la font augmenter à chaque seconde.
Les intérêts totaux de la dette du 1er janvier 1976 au 31 décembre 2006 s’élèvent à la somme de 1142,2 milliards !
Dit autrement, l’Etat doit pour la période du 1er janvier 1976 au 31 décembre 2006, 0,5 milliard au titre du capital et 1142, 2 milliards au titre des intérêts cumulés de la dette. Ces intérêts dus continuent à générer des intérêts.
C’est-à-dire que 99,95 % de la dette sont constitués uniquement des intérêts cumulés de 1976 à 2006 et que la France a été incapable de rembourser malgré le taux élevé des impôts durant toute cette longue période (30 ans).
Si la France avait pu continuer à se financer à taux 0 à la Banque de France ou à la BCE, la dette serait…quasi nulle !

A la lumière de ce qui précède, on prend conscience que la finance a opéré un véritable coup d’état en substituant avec la complicité de dirigeants politiques le droit régalien des états de frapper leur propre monnaie.
Cela ne s’est d’ailleurs pas fait en un jour, mais c’est une autre histoire.
La gestion des finances publiques
Pour être complets, notons que la gestion des finances publiques Françaises a toujours été plus ou moins désastreuse.
Emprunts à taux zéros ou pas, le budget de l’état a pratiquement toujours été en déficit. Avant 1973 certains disaient qu’emprunter à taux zéro revenait à faire tourner la planche à billets.
Il est exact que cela générait de l’inflation qui réduisait la confiance dans la monnaie.
Cependant entre la situation inflationniste précédente et celle d’aujourd’hui, quelle est la plus catastrophique ?
La finance est devenue le cancer de notre société
Comme le cancer,
la finance créée à l’origine pour irriguer le corps économique fonctionne maintenant quasiment exclusivement pour son propre compte.
Comme le cancer,
les mécanismes de régulations ont été supprimés grâce au libéralisme.
Comme le cancer,
la finance épuise les ressources de la société pour se développer.
Comme le cancer,
le seul objectif de la finance est de croitre sans limite.
Comme le cancer,
la maladie s’est généralisée à travers la mondialisation (métastases).
Comme le cancer,
la finance est en train de tuer l’organisme qu’elle parasite.
Comme le cancer,
lorsque la finance aura tué le système, elle sera emportée avec lui en enfer !
Peut-on encore s’en sortir ?
La solution pour commencer à se sortir de cette situation serait de rendre à la Banque de France le droit de faire des avances ou des prêts sans intérêts à l’Etat et aux collectivités publiques.
Bien sûr cela impliquerait la sortie de la constitution Européenne et donc induirait un aveu d’erreur de la part de celui qui nous y a fait entrer d’une manière que l’on ne peut qualifier autrement que de totalitaire.
Sachant que le temps joue contre nous et que depuis 2 ans l’immobilisme et la discorde règnent en Europe, je vous laisse conclure par vous même.
Pour finir, regardez ce petit compteur : http://www.nirgal.com/wakeup/dette

Liens
http://www.societal.org/docs/dette-publique.htm
http://www.voltairenet.org/article154208.html
http://www.consultations-europeennes-des-citoyens.eu/fr/proposal/2581
http://www.dazibaoueb.fr/article.php?art=7791
http://www.chevenement.fr/Quelques-liens-autour-du-traite-de-Lisbonne,-abusivement-dit-simplifie_a453.html
http://www.letransmuteur.net/creation-monetaire-l-article-123-du-traite-de-lisbonne/
http://forums.france3.fr/ce-soir-ou-jamais/Participez-aux-debats/economique-crise-sujet_1441_1.htm
http://www.pauljorion.com/blog/?p=10797#more-10797
http://www.pauljorion.com/blog/?p=10822


 



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