"Que sert d’être habile à parler ? Ceux qui reçoivent tout le monde avec de belles paroles, qui viennent seulement des lèvres, et non du cœur, se rendent souvent odieux ..." ( Confucius )
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27 avril 2014
27 mars 2014
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14 mars 2014
Terres rares La high-tech à quel prix ?
Documentaire de Christian Schidlowski
Source : http://www.arte.tv
Source : http://future.arte.tv
01/2014
English : Rare earth high-tech at what price ?
Durant des siècles, néodyme, yttrium ou lanthane paraissaient sans valeur. Aujourd'hui, ces métaux appelés terres rares sont indispensables à la fabrication des smartphones, éoliennes et autres véhicules hybrides. Mais leur extraction demeure coûteuse et polluante.
Smartphones, éoliennes, véhicules hybrides ou électriques, toutes les technologies qui nous entourent contiennent des terres rares. Durant des siècles, néodyme, yttrium, dysprosium ou lanthane paraissaient sans valeur ; nous ignorions tout de leurs propriétés – et même jusqu’à leur existence. Aujourd’hui, ce groupe de métaux difficiles à détecter constitue une matière première plus précieuse que le pétrole et représente un marché juteux, en particulier pour la Chine qui extrait la quasi-totalité de ces minerais indispensables à notre avenir. Mais les processus de séparation pour obtenir des métaux de grande pureté demeurent énergivores et extrêmement polluants – et produisent pour certains des déchets radioactifs. Un comble, lorsqu’on sait que la plupart des énergies renouvelables ont recours aux terres rares… Pourtant, personne ne semble prêt à y renoncer : les chercheurs se mettent ainsi en quête de moyens d’extraction plus propres, ou de procédés de recyclage des terres rares contenues dans les déchets industriels. De la Chine à la Saxe, en passant par la mine de Mountain Pass en Californie, ce documentaire dévoile les enjeux environnementaux, économiques et technologiques de cette industrie en plein essor.
La première des terres rares a été
découverte il y a plus de 200 ans. Mais ce n’est qu’avec la révolution
numérique qu’elles sont devenues des ressources convoitées. Et notre
consommation de terres rares continuera d’augmenter à l’avenir.

Source : http://www.arte.tv
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01/2014
English : Rare earth high-tech at what price ?
Durant des siècles, néodyme, yttrium ou lanthane paraissaient sans valeur. Aujourd'hui, ces métaux appelés terres rares sont indispensables à la fabrication des smartphones, éoliennes et autres véhicules hybrides. Mais leur extraction demeure coûteuse et polluante.
Smartphones, éoliennes, véhicules hybrides ou électriques, toutes les technologies qui nous entourent contiennent des terres rares. Durant des siècles, néodyme, yttrium, dysprosium ou lanthane paraissaient sans valeur ; nous ignorions tout de leurs propriétés – et même jusqu’à leur existence. Aujourd’hui, ce groupe de métaux difficiles à détecter constitue une matière première plus précieuse que le pétrole et représente un marché juteux, en particulier pour la Chine qui extrait la quasi-totalité de ces minerais indispensables à notre avenir. Mais les processus de séparation pour obtenir des métaux de grande pureté demeurent énergivores et extrêmement polluants – et produisent pour certains des déchets radioactifs. Un comble, lorsqu’on sait que la plupart des énergies renouvelables ont recours aux terres rares… Pourtant, personne ne semble prêt à y renoncer : les chercheurs se mettent ainsi en quête de moyens d’extraction plus propres, ou de procédés de recyclage des terres rares contenues dans les déchets industriels. De la Chine à la Saxe, en passant par la mine de Mountain Pass en Californie, ce documentaire dévoile les enjeux environnementaux, économiques et technologiques de cette industrie en plein essor.
La marche triomphale des terres rares
ZDF
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8 mars 2014
Chine : cyberstratégie, l’art de la guerre revisité
Par Frédérick DOUZET
12/09/2013
Source : http://www.diploweb.com
English : China : cyberstrategy, the art of war revisited
La Chine est devenue un acteur majeur et incontournable du cyberespace, avec une volonté claire d’exister, de développer ses outils stratégiques et de ne pas dépendre technologiquement d’autres nations pour maîtriser au mieux l’information stratégique. Bien que le régime ait développé d’importantes cybercapacités, elles semblent moins centralisées, coordonnées et maîtrisées que ce que les discours sur la menace chinoise laissent à croire. Dans le brouillard juridico-stratégique du cyberespace, la Chine pousse cependant son avantage en menant des offensives de basse intensité et une politique de renseignement et d’influence qui témoigne de sa volonté de fomenter les outils de sa puissance et de se positionner comme un acteur avec lequel il faudra compter.
Le Diploweb.com est heureux de vous présenter cet article inédit dans le cadre de son partenariat avec le 24ème Festival International de Géographie : "La Chine, une puissance mondiale", 3 au 6 octobre 2013, Saint-Dié-des-Vosges.
12/09/2013
Source : http://www.diploweb.com
English : China : cyberstrategy, the art of war revisited
La Chine est devenue un acteur majeur et incontournable du cyberespace, avec une volonté claire d’exister, de développer ses outils stratégiques et de ne pas dépendre technologiquement d’autres nations pour maîtriser au mieux l’information stratégique. Bien que le régime ait développé d’importantes cybercapacités, elles semblent moins centralisées, coordonnées et maîtrisées que ce que les discours sur la menace chinoise laissent à croire. Dans le brouillard juridico-stratégique du cyberespace, la Chine pousse cependant son avantage en menant des offensives de basse intensité et une politique de renseignement et d’influence qui témoigne de sa volonté de fomenter les outils de sa puissance et de se positionner comme un acteur avec lequel il faudra compter.
Le Diploweb.com est heureux de vous présenter cet article inédit dans le cadre de son partenariat avec le 24ème Festival International de Géographie : "La Chine, une puissance mondiale", 3 au 6 octobre 2013, Saint-Dié-des-Vosges.
A L’HEURE où les grandes puissances occidentales multiplient les initiatives et les investissements pour développer une stratégie cohérente face aux cybermenaces, la Chine fait paradoxalement figure de leader.
Sa capacité à intégrer la dimension cyber dans tous les domaines
stratégiques de sa montée en puissance - aussi bien militaire, que
politique ou économique - impressionne, inquiète et suscite en réaction
de vifs débats qui révèlent les contradictions et les fragmentations de
la réflexion stratégique occidentale, dans un contexte de tensions
géopolitiques qui rappelle le temps de la guerre froide.
Partie tardivement dans la course au développement de l’Internet, la Chine a en effet compensé son handicap technologique par le développement rapide d’une stratégie compréhensive qui s’appuie sur les principes de l’art ancestral de la guerre, notamment la volonté de développer une supériorité informationnelle aussi bien offensive que défensive.
Sur le plan intérieur, le régime s’est montré particulièrement créatif en matière de censure et de propagande, usant d’un savant alliage de technologie de pointe, de pratiques éprouvées d’oppression politique (intimidation, collaboration forcée, délation, surveillance, répression), d’un arsenal juridique et d’offensives de communication pour museler l’opposition collective et contrôler le contenu.
L’impératif de survie du régime autoritaire a stimulé la réflexion stratégique des dirigeants en la matière. D’entrée, le gouvernement a pris le contrôle de la distribution de la connectivité et par la force d’attractivité de sa croissance économique, a contraint les entreprises américaines à développer la technologie de filtrage permettant de contrôler l’information en circulation, construisant ainsi une véritable muraille du Net autour du pays. La Chine s’est dotée d’une patrouille de l’Internet, a contraint les fournisseurs d’accès à fournir les coordonnées des utilisateurs, a fermé des cybercafés dans l’irrégularité par centaines et s’est donné les moyens de couper ou ralentir le trafic vers les serveurs politiquement incorrects, dont le célèbre Google.
Aussi sophistiquée soient-elles, les méthodes n’ont pas résisté à la croissance exponentielle du nombre d’utilisateurs, passé de 137 à 538 millions en 6 ans. Mais là encore le régime n’a cessé de s’adapter. Une étude récente [1] montre que désormais, la stratégie de censure ne vise plus à empêcher l’opposition de critiquer le parti et ses dirigeants, y compris de façon virulente, mais à l’empêcher de s’organiser collectivement. Le régime est ainsi capable de trouver, analyser et tout simplement supprimer de l’Internet les propos qui représentent, renforcent ou encouragent la mobilisation sociale. Sa cohésion interne est aussi un enjeu pour son existence sur la scène internationale. Elle a également su soumettre les acteurs internationaux (notamment américains) à ses velléités de contrôle. On se souvient du bras de fer avec Google en 2010 suite à des intrusions répétées sur des messageries Gmail de dissidents chinois.
Face à la supériorité militaire des Etats-Unis, le régime a choisi l’approche asymétrique, menant une offensive tous azimuts visant à exploiter toutes les ressources du cyberespace, dans une optique de modernisation de son armée. Elle vise à recueillir, par des voies légales ou illégales, de l’information de haut niveau scientifique, technologique, économique mais aussi politique et stratégique (veille, intelligence, intrusions, espionnage).
Le maître mot est « informationisation », une conception stratégique de l’information qui se trouve désormais au cœur de tous les supports de l’expression de la puissance chinoise. La maîtrise de l’information est devenue prioritaire et indissociable de tous les autres domaines, aussi bien militaires que politiques ou économiques. Avoir la capacité de recueillir par de multiples sources, recouper, vérifier l’information pour s’assurer de sa fiabilité, mais aussi de la manipuler, la déformer, la transformer pour tromper ou faire douter l’adversaire, autant de techniques ancestrales qui avec l’interconnexion croissante des réseaux et la rapidité de circulation de l’information des prennent des proportions inédites. Les opérations sur les réseaux d’information et de communication sont désormais indissociables de tout conflit et de toute opération militaire. Cette stratégie explicitée dans l’ouvrage Unrestricted Warfare (la guerre sans limite) de deux anciens colonels de l’Armée de Libération Populaire, Qiao Liang and Wang Xiangsui, publié en anglais en 1999, a renforcé les inquiétudes sur les cybercapacités de la Chine.
La Chine s’affirme aussi au niveau international par son lobbying sur la gouvernance de l’Internet, sa tentative d’autonomisation du réseau, le renforcement de sa zone d’influence et ses démonstrations de force. Comme en Russie, le gouvernement considère son réseau comme un domaine de souveraineté qui doit relever de son contrôle, une position totalement à l’opposée des Etats-Unis qui défendent un Internet libre et ouvert, gouverné par un organe indépendant mais néanmoins sous tutelle du secrétariat du commerce américain.
En 2010, la Chine est accusée d’avoir détourné 15% du trafic internet mondial (« hijacking ») pendant 18 minutes, une façon de laisser entrevoir ses capacités sans pour autant que le gouvernement reconnaisse la moindre implication. En matière de cyber, la question de l’attribution (qui est réellement derrière une attaque et pourquoi) reste entière et la Chine proteste vivement contre les accusations d’espionnage visant le gouvernement ou l’armée, estimant que les Etats-Unis sont largement supérieurs d’un point de vue technologique et que la Chine est la première victime des attaques.
Elle développe enfin une politique industrielle qui la place au cœur du système, avec la fabrication à des coûts défiant toute concurrence d’équipements, notamment de routeurs, matériels très utiles pour qui veut observer le trafic Internet. La Chine a lancé des satellites de navigation auquel ironiquement la NSA a continué à avoir recours, en pleine escalade des tensions sur le cyberespionnage, alors que le Congrès dans une résolution budgétaire interdisait l’utilisation de matériel informatique chinois par le gouvernement et la défense.
A l’égard des grandes puissances mais aussi des puissances régionales de l’ASEAN, la Chine est accusée de multiplier les attaques de faible impact (intrusions sans dommages dans les réseaux), dont l’intensité n’est pas suffisante pour déclencher un conflit ouvert mais qui sont autant de messages sur les cybercapacités du pays et d’outils stratégiques. Les intrusions dans les systèmes permettent non seulement de recueillir des informations cruciales mais aussi de cartographier les vulnérabilités des réseaux ou de constituer des armées de zombies (ordinateurs infectés par un virus mobilisables pour une attaque) qui pourront être exploitées dans d’autres circonstances, en cas de crise.
Du point de vue américain et européen, la cyberstratégie chinoise est souvent présentée comme coordonnée et centralisée au plus haut niveau de gouvernement et commandement militaire, et dotée d’une efficacité redoutable. Pour autant, si le gouvernement a su faire preuve d’ingéniosité et d’adaptabilité, force est de constater que nombre d’initiatives échappent à son contrôle. De jeunes hackers chinois rivalisent d’audace pour assurer leur carrière ou affirmer la puissance de leur employeur (entreprise, agence d’Etat ou civils indépendants…), bien souvent hors de la supervision de stratèges séniors, dépassés par la technique. Les attaques se multiplient au sein même de la Chine, avec des conséquences préoccupantes pour l’économie. Les discussions diplomatiques montrent l’émergence de réelles préoccupations et la recherche d’une stratégie plus centralisée, d’une possible coopération internationale sur l’établissement de règles communes et contre la prolifération des cyberarmes, ce que les Russes dénoncent comme la militarisation du cyberespace.
Alors, la cybermenace chinoise serait-elle exagérée ? Depuis le début de l’année 2013, on assiste à une véritable montée en puissance du discours sur la menace chinoise et une escalade des tensions entre les Etats-Unis et la Chine. Révélations dans la presse sur les cyberattaques chinoises, sortie du rapport Mandiant à la veille de la plus importante conférence sur la sécurité informatique aux Etats-Unis, accusations de plus en plus directe de l’administration Obama contre le gouvernement chinois, fuite dans la presse d’un rapport juridique secret autorisant le président américain à des frappes pré-emptive pour contrer les cyberattaques… Après avoir sommé les fabricants chinois Huawei et ZTE de s’expliquer devant le Sénat sur la possible implantation de backdoors (portes dérobées) dans leurs équipements, permettant d’espionner les utilisateurs, les dirigeants américains ont expliqué au Congrès que le risque cyber surpassait désormais le risque terroriste.
L’affaire PRISM a révélé ce que nombre d’experts savaient déjà : la Chine n’est pas le seul enfant terrible du cyberespace, loin de là. Et toute la propagande chinoise est désormais axée sur l’affaire Snowden qui a révélé en juin 2013 l’ampleur de la surveillance menée par la NSA aux Etats-Unis et dans le monde. La France, la Russie, Israël sont également réputés pour leur utilisation offensive des cybercapacités. Toutes les attaques dont la trace remonte en Chine ne proviennent pas nécessairement de Chine tant les serveurs sont relativement simples à pénétrer et peuvent faire écran aux desseins d’autres acteurs. Il n’est nullement question de nier l’ampleur des intrusions et de l’espionnage mené par la Chine mais de relativiser le discours que d’autres nations peuvent tenir à son encontre.
Les Chinois pointent à juste titre la très grande centralisation de la politique de cyberdéfense américaine (US CYBERCOMMAND), plutôt surprenante venant d’un Etat fédéral aussi décentralisé, et l’avalanche de moyens qui lui sont consacrés aux Etats-Unis. Le Général Keith Alexander, directeur du cybercom mais également de la NSA, affirme désormais clairement le développement de capacités offensives ainsi que l’augmentation considérable de ses effectifs et de son budget (+ $800 millions), en pleine période de restrictions budgétaires.
Les représentations de la menace chinoise ne sont pas nouvelles et montent en puissance depuis plusieurs années dans le discours stratégique américain, pour des raisons géopolitiques liées au contexte de rivalités internationales et domestiques. La perception de la menace repose sur le prémice d’une volonté hégémonique de la Chine, dont l’ascension économique, militaire et politique serait dangereuse en raison de sa volonté de puissance et d’expansion. C’est une vision partagée par les stratèges réalistes et pessimistes qui perçoivent les relations internationales comme un jeu à somme nulle, où l’ascension des uns conduirait nécessairement à la perte de puissance des autres. En l’occurrence, la Chine pourrait remettre en question la puissance d’une Amérique sur le déclin. Cette représentation repose aussi sur le présupposé que la Chine possède les moyens de ses ambitions, ce qui en matière cyber reste à démontrer. Les révélations sur les programmes de la NSA laissent à penser que les Etats-Unis conservent une longueur d’avance.
L’exacerbation de la cybermenace chinoise s’inscrit aussi dans un contexte politique interne aux Etats-Unis de véritable bras de fer entre l’administration Obama et le Congrès. Alors que leurs relations sont tombées dans l’impasse du budget sequester, elle permet de rappeler que les budgets fédéraux servent aussi au maintien de la sécurité nationale. Dans l’impossibilité de légiférer en raison d’une polarisation politique trop importante, l’administration Obama a joué le passage en force par décret présidentiel sur la cyberesécurité, en multipliant les alertes sur l’importance des enjeux.
Le discours de la menace est aussi porté par une multiplicité d’acteurs qui sont susceptibles d’y trouver leur intérêt, notamment financiers, alors que la cybersécurité fait partie des très rares budgets fédéraux en augmentation. Et le marché florissant de la cybersécurité se porte d’autant mieux que la prise de conscience des risques est importante.
Enfin, du point de vue de l’administration Obama, l’agitation de la menace chinoise pouvait aussi permettre de détourner l’attention d’initiatives américaines qui pourraient être considérées comme « hors limites ». Car à ce jour, la première attaque sérieuse qui pourrait être considérée comme un acte de « cyberguerre » reste le virus Stuxnet, élaboré par l’administration américaine en collaboration avec le gouvernement israélien pour perturber les programmes nucléaires iraniens, une sorte de troisième voie expérimentale entre la diplomatie coercitive et le conflit ouvert et dont les conséquences à venir restent à explorer.
Cette représentation de la menace chinoise, si on peut la relativiser, n’est pas pour autant anodine. Elle joue un rôle dans les rivalités de pouvoir géopolitique et pourrait conduire à une escalade des tensions entre les Etats-Unis et la Chine, en dépit de l’interdépendance économique qui lie les deux puissances. Les révélations d’Edward Snowden ont fortement affaibli la position des Etats-Unis, aussi bien à l’égard de la Chine et de la communauté internationale qu’en interne. Il semble désormais impossible, dans le contexte de défiance publique actuelle, de pouvoir mettre en œuvre le plan de cyberdéfense qui jusqu’à récemment n’aurait suscité l’intérêt que d’une petite minorité d’initiés. Pour autant, la Chine semble chercher à sortir de la logique d’escalade pour discuter des règles de conduite dans le cyberespace en se posant comme une alternative à la position américaine. Une tentative dont il est bien trop tôt pour savoir ce qu’il en adviendra.
Une chose est claire, la Chine est devenue un acteur majeur et incontournable du cyberespace, avec une volonté claire d’exister, de développer ses outils stratégiques et de ne pas dépendre technologiquement d’autres nations pour maîtriser au mieux l’information stratégique. Bien que le régime ait développé d’importantes cybercapacités, elles semblent moins centralisées, coordonnées et maîtrisées que ce que les discours sur la menace chinoise laissent à croire. Dans le brouillard juridico-stratégique du cyberespace, la Chine pousse cependant son avantage en menant des offensives de basse intensité et une politique de renseignement et d’influence qui témoigne de sa volonté de fomenter les outils de sa puissance et de se positionner comme un acteur avec lequel il faudra compter.
Copyright Septembre 2013-Douzet/Diploweb.com
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Bibliographie
Séverine Arsène, 2011, Internet et politique en Chine, Karthala, Paris, 420 p.
Frédérick Douzet, « Les frontières chinoises de l’Internet », Hérodote, n°125, 2007.
Miguel Alberto N. Gomez, « Awaken the Cyber Dragon : China’s Cyberstrategy and the Impact on ASEAN », International Conference on Cybersecurity, Cyber Peacefare and Digital Forensic (CyberSec2013).
Qiao Liang, Wang Xiangsui, Unrestricted Warfare : China’s Master Plan to Destroy America, Pan American Publishing Company, 2002 (original edition : Beijing : PLA Literature and Arts Publishing House, February 1999).
Gary Ping, Jennifer Pan, Margaret E. Roberts, « How Censorship in China Allows Government Criticism but Silences Collective Expression », APSA 2012 Annual Meeting Paper.
Jean-Loup Samaan, La menace chinoise. Une invention du Pentagone ?, Vendémiaire, 2012.
David Sanger, Confront and Conceal : Obama’s Secret War and Surprising Use of American Power, Broadway Books, 2012.
Justin Vaïsse, Barack Obama et sa politique étrangère (2004-2008), Odile Jacob, 2012.
Séverine Arsène, 2011, Internet et politique en Chine, Karthala, Paris, 420p.
Partie tardivement dans la course au développement de l’Internet, la Chine a en effet compensé son handicap technologique par le développement rapide d’une stratégie compréhensive qui s’appuie sur les principes de l’art ancestral de la guerre, notamment la volonté de développer une supériorité informationnelle aussi bien offensive que défensive.
L’élaboration de la cyberstratégie de la Chine
Sur le plan intérieur, le régime s’est montré particulièrement créatif en matière de censure et de propagande, usant d’un savant alliage de technologie de pointe, de pratiques éprouvées d’oppression politique (intimidation, collaboration forcée, délation, surveillance, répression), d’un arsenal juridique et d’offensives de communication pour museler l’opposition collective et contrôler le contenu.
L’impératif de survie du régime autoritaire a stimulé la réflexion stratégique des dirigeants en la matière. D’entrée, le gouvernement a pris le contrôle de la distribution de la connectivité et par la force d’attractivité de sa croissance économique, a contraint les entreprises américaines à développer la technologie de filtrage permettant de contrôler l’information en circulation, construisant ainsi une véritable muraille du Net autour du pays. La Chine s’est dotée d’une patrouille de l’Internet, a contraint les fournisseurs d’accès à fournir les coordonnées des utilisateurs, a fermé des cybercafés dans l’irrégularité par centaines et s’est donné les moyens de couper ou ralentir le trafic vers les serveurs politiquement incorrects, dont le célèbre Google.
Aussi sophistiquée soient-elles, les méthodes n’ont pas résisté à la croissance exponentielle du nombre d’utilisateurs, passé de 137 à 538 millions en 6 ans. Mais là encore le régime n’a cessé de s’adapter. Une étude récente [1] montre que désormais, la stratégie de censure ne vise plus à empêcher l’opposition de critiquer le parti et ses dirigeants, y compris de façon virulente, mais à l’empêcher de s’organiser collectivement. Le régime est ainsi capable de trouver, analyser et tout simplement supprimer de l’Internet les propos qui représentent, renforcent ou encouragent la mobilisation sociale. Sa cohésion interne est aussi un enjeu pour son existence sur la scène internationale. Elle a également su soumettre les acteurs internationaux (notamment américains) à ses velléités de contrôle. On se souvient du bras de fer avec Google en 2010 suite à des intrusions répétées sur des messageries Gmail de dissidents chinois.
Face à la supériorité militaire des Etats-Unis, le régime a choisi l’approche asymétrique, menant une offensive tous azimuts visant à exploiter toutes les ressources du cyberespace, dans une optique de modernisation de son armée. Elle vise à recueillir, par des voies légales ou illégales, de l’information de haut niveau scientifique, technologique, économique mais aussi politique et stratégique (veille, intelligence, intrusions, espionnage).
Le maître mot est « informationisation », une conception stratégique de l’information qui se trouve désormais au cœur de tous les supports de l’expression de la puissance chinoise. La maîtrise de l’information est devenue prioritaire et indissociable de tous les autres domaines, aussi bien militaires que politiques ou économiques. Avoir la capacité de recueillir par de multiples sources, recouper, vérifier l’information pour s’assurer de sa fiabilité, mais aussi de la manipuler, la déformer, la transformer pour tromper ou faire douter l’adversaire, autant de techniques ancestrales qui avec l’interconnexion croissante des réseaux et la rapidité de circulation de l’information des prennent des proportions inédites. Les opérations sur les réseaux d’information et de communication sont désormais indissociables de tout conflit et de toute opération militaire. Cette stratégie explicitée dans l’ouvrage Unrestricted Warfare (la guerre sans limite) de deux anciens colonels de l’Armée de Libération Populaire, Qiao Liang and Wang Xiangsui, publié en anglais en 1999, a renforcé les inquiétudes sur les cybercapacités de la Chine.
La montée en puissance internationale
La Chine s’affirme aussi au niveau international par son lobbying sur la gouvernance de l’Internet, sa tentative d’autonomisation du réseau, le renforcement de sa zone d’influence et ses démonstrations de force. Comme en Russie, le gouvernement considère son réseau comme un domaine de souveraineté qui doit relever de son contrôle, une position totalement à l’opposée des Etats-Unis qui défendent un Internet libre et ouvert, gouverné par un organe indépendant mais néanmoins sous tutelle du secrétariat du commerce américain.
En 2010, la Chine est accusée d’avoir détourné 15% du trafic internet mondial (« hijacking ») pendant 18 minutes, une façon de laisser entrevoir ses capacités sans pour autant que le gouvernement reconnaisse la moindre implication. En matière de cyber, la question de l’attribution (qui est réellement derrière une attaque et pourquoi) reste entière et la Chine proteste vivement contre les accusations d’espionnage visant le gouvernement ou l’armée, estimant que les Etats-Unis sont largement supérieurs d’un point de vue technologique et que la Chine est la première victime des attaques.
Elle développe enfin une politique industrielle qui la place au cœur du système, avec la fabrication à des coûts défiant toute concurrence d’équipements, notamment de routeurs, matériels très utiles pour qui veut observer le trafic Internet. La Chine a lancé des satellites de navigation auquel ironiquement la NSA a continué à avoir recours, en pleine escalade des tensions sur le cyberespionnage, alors que le Congrès dans une résolution budgétaire interdisait l’utilisation de matériel informatique chinois par le gouvernement et la défense.
A l’égard des grandes puissances mais aussi des puissances régionales de l’ASEAN, la Chine est accusée de multiplier les attaques de faible impact (intrusions sans dommages dans les réseaux), dont l’intensité n’est pas suffisante pour déclencher un conflit ouvert mais qui sont autant de messages sur les cybercapacités du pays et d’outils stratégiques. Les intrusions dans les systèmes permettent non seulement de recueillir des informations cruciales mais aussi de cartographier les vulnérabilités des réseaux ou de constituer des armées de zombies (ordinateurs infectés par un virus mobilisables pour une attaque) qui pourront être exploitées dans d’autres circonstances, en cas de crise.
Du point de vue américain et européen, la cyberstratégie chinoise est souvent présentée comme coordonnée et centralisée au plus haut niveau de gouvernement et commandement militaire, et dotée d’une efficacité redoutable. Pour autant, si le gouvernement a su faire preuve d’ingéniosité et d’adaptabilité, force est de constater que nombre d’initiatives échappent à son contrôle. De jeunes hackers chinois rivalisent d’audace pour assurer leur carrière ou affirmer la puissance de leur employeur (entreprise, agence d’Etat ou civils indépendants…), bien souvent hors de la supervision de stratèges séniors, dépassés par la technique. Les attaques se multiplient au sein même de la Chine, avec des conséquences préoccupantes pour l’économie. Les discussions diplomatiques montrent l’émergence de réelles préoccupations et la recherche d’une stratégie plus centralisée, d’une possible coopération internationale sur l’établissement de règles communes et contre la prolifération des cyberarmes, ce que les Russes dénoncent comme la militarisation du cyberespace.
La cybermenace chinoise : une invention américaine ?
Alors, la cybermenace chinoise serait-elle exagérée ? Depuis le début de l’année 2013, on assiste à une véritable montée en puissance du discours sur la menace chinoise et une escalade des tensions entre les Etats-Unis et la Chine. Révélations dans la presse sur les cyberattaques chinoises, sortie du rapport Mandiant à la veille de la plus importante conférence sur la sécurité informatique aux Etats-Unis, accusations de plus en plus directe de l’administration Obama contre le gouvernement chinois, fuite dans la presse d’un rapport juridique secret autorisant le président américain à des frappes pré-emptive pour contrer les cyberattaques… Après avoir sommé les fabricants chinois Huawei et ZTE de s’expliquer devant le Sénat sur la possible implantation de backdoors (portes dérobées) dans leurs équipements, permettant d’espionner les utilisateurs, les dirigeants américains ont expliqué au Congrès que le risque cyber surpassait désormais le risque terroriste.
L’affaire PRISM a révélé ce que nombre d’experts savaient déjà : la Chine n’est pas le seul enfant terrible du cyberespace, loin de là. Et toute la propagande chinoise est désormais axée sur l’affaire Snowden qui a révélé en juin 2013 l’ampleur de la surveillance menée par la NSA aux Etats-Unis et dans le monde. La France, la Russie, Israël sont également réputés pour leur utilisation offensive des cybercapacités. Toutes les attaques dont la trace remonte en Chine ne proviennent pas nécessairement de Chine tant les serveurs sont relativement simples à pénétrer et peuvent faire écran aux desseins d’autres acteurs. Il n’est nullement question de nier l’ampleur des intrusions et de l’espionnage mené par la Chine mais de relativiser le discours que d’autres nations peuvent tenir à son encontre.
Les Chinois pointent à juste titre la très grande centralisation de la politique de cyberdéfense américaine (US CYBERCOMMAND), plutôt surprenante venant d’un Etat fédéral aussi décentralisé, et l’avalanche de moyens qui lui sont consacrés aux Etats-Unis. Le Général Keith Alexander, directeur du cybercom mais également de la NSA, affirme désormais clairement le développement de capacités offensives ainsi que l’augmentation considérable de ses effectifs et de son budget (+ $800 millions), en pleine période de restrictions budgétaires.
Les représentations de la menace chinoise ne sont pas nouvelles et montent en puissance depuis plusieurs années dans le discours stratégique américain, pour des raisons géopolitiques liées au contexte de rivalités internationales et domestiques. La perception de la menace repose sur le prémice d’une volonté hégémonique de la Chine, dont l’ascension économique, militaire et politique serait dangereuse en raison de sa volonté de puissance et d’expansion. C’est une vision partagée par les stratèges réalistes et pessimistes qui perçoivent les relations internationales comme un jeu à somme nulle, où l’ascension des uns conduirait nécessairement à la perte de puissance des autres. En l’occurrence, la Chine pourrait remettre en question la puissance d’une Amérique sur le déclin. Cette représentation repose aussi sur le présupposé que la Chine possède les moyens de ses ambitions, ce qui en matière cyber reste à démontrer. Les révélations sur les programmes de la NSA laissent à penser que les Etats-Unis conservent une longueur d’avance.
L’exacerbation de la cybermenace chinoise s’inscrit aussi dans un contexte politique interne aux Etats-Unis de véritable bras de fer entre l’administration Obama et le Congrès. Alors que leurs relations sont tombées dans l’impasse du budget sequester, elle permet de rappeler que les budgets fédéraux servent aussi au maintien de la sécurité nationale. Dans l’impossibilité de légiférer en raison d’une polarisation politique trop importante, l’administration Obama a joué le passage en force par décret présidentiel sur la cyberesécurité, en multipliant les alertes sur l’importance des enjeux.
Le discours de la menace est aussi porté par une multiplicité d’acteurs qui sont susceptibles d’y trouver leur intérêt, notamment financiers, alors que la cybersécurité fait partie des très rares budgets fédéraux en augmentation. Et le marché florissant de la cybersécurité se porte d’autant mieux que la prise de conscience des risques est importante.
Enfin, du point de vue de l’administration Obama, l’agitation de la menace chinoise pouvait aussi permettre de détourner l’attention d’initiatives américaines qui pourraient être considérées comme « hors limites ». Car à ce jour, la première attaque sérieuse qui pourrait être considérée comme un acte de « cyberguerre » reste le virus Stuxnet, élaboré par l’administration américaine en collaboration avec le gouvernement israélien pour perturber les programmes nucléaires iraniens, une sorte de troisième voie expérimentale entre la diplomatie coercitive et le conflit ouvert et dont les conséquences à venir restent à explorer.
Cette représentation de la menace chinoise, si on peut la relativiser, n’est pas pour autant anodine. Elle joue un rôle dans les rivalités de pouvoir géopolitique et pourrait conduire à une escalade des tensions entre les Etats-Unis et la Chine, en dépit de l’interdépendance économique qui lie les deux puissances. Les révélations d’Edward Snowden ont fortement affaibli la position des Etats-Unis, aussi bien à l’égard de la Chine et de la communauté internationale qu’en interne. Il semble désormais impossible, dans le contexte de défiance publique actuelle, de pouvoir mettre en œuvre le plan de cyberdéfense qui jusqu’à récemment n’aurait suscité l’intérêt que d’une petite minorité d’initiés. Pour autant, la Chine semble chercher à sortir de la logique d’escalade pour discuter des règles de conduite dans le cyberespace en se posant comme une alternative à la position américaine. Une tentative dont il est bien trop tôt pour savoir ce qu’il en adviendra.
Conclusion
Une chose est claire, la Chine est devenue un acteur majeur et incontournable du cyberespace, avec une volonté claire d’exister, de développer ses outils stratégiques et de ne pas dépendre technologiquement d’autres nations pour maîtriser au mieux l’information stratégique. Bien que le régime ait développé d’importantes cybercapacités, elles semblent moins centralisées, coordonnées et maîtrisées que ce que les discours sur la menace chinoise laissent à croire. Dans le brouillard juridico-stratégique du cyberespace, la Chine pousse cependant son avantage en menant des offensives de basse intensité et une politique de renseignement et d’influence qui témoigne de sa volonté de fomenter les outils de sa puissance et de se positionner comme un acteur avec lequel il faudra compter.
Copyright Septembre 2013-Douzet/Diploweb.com
Plus
. Le site du Festival International de Géographie : "La Chine, une puissance mondiale", 3 au 6 octobre 2013 à Saint-Dié-des-Vosges.
. Voir sur le Diploweb.com tous les articles et toutes les cartes sur la Chine.
Bibliographie
Séverine Arsène, 2011, Internet et politique en Chine, Karthala, Paris, 420 p.
Frédérick Douzet, « Les frontières chinoises de l’Internet », Hérodote, n°125, 2007.
Miguel Alberto N. Gomez, « Awaken the Cyber Dragon : China’s Cyberstrategy and the Impact on ASEAN », International Conference on Cybersecurity, Cyber Peacefare and Digital Forensic (CyberSec2013).
Qiao Liang, Wang Xiangsui, Unrestricted Warfare : China’s Master Plan to Destroy America, Pan American Publishing Company, 2002 (original edition : Beijing : PLA Literature and Arts Publishing House, February 1999).
Gary Ping, Jennifer Pan, Margaret E. Roberts, « How Censorship in China Allows Government Criticism but Silences Collective Expression », APSA 2012 Annual Meeting Paper.
Jean-Loup Samaan, La menace chinoise. Une invention du Pentagone ?, Vendémiaire, 2012.
David Sanger, Confront and Conceal : Obama’s Secret War and Surprising Use of American Power, Broadway Books, 2012.
Justin Vaïsse, Barack Obama et sa politique étrangère (2004-2008), Odile Jacob, 2012.
Séverine Arsène, 2011, Internet et politique en Chine, Karthala, Paris, 420p.
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6 février 2014
Quels enjeux de sécurité en Asie-Pacifique ?
Source : http://ddc.arte.tv
01/2014
English : What security issues in the Asia-Pacific ?
Depuis 2008 et la crise économique, le centre de gravité de l’économie mondiale s’est déplacé plus encore vers l’Asie-Pacifique, au détriment de l’Europe et de l’espace atlantique. C’est pourquoi le Dessous des Cartes propose un tour d’horizon de cette région du monde, marquée par la montée en puissance militaire de la Chine.
01/2014
English : What security issues in the Asia-Pacific ?
Depuis 2008 et la crise économique, le centre de gravité de l’économie mondiale s’est déplacé plus encore vers l’Asie-Pacifique, au détriment de l’Europe et de l’espace atlantique. C’est pourquoi le Dessous des Cartes propose un tour d’horizon de cette région du monde, marquée par la montée en puissance militaire de la Chine.
L’Asie-Pacifique : quelle définition ?
L’Asie-Pacifique recouvre géographiquement l’océan Pacifique, l’Asie de l’Est, les États-Unis, le Canada, l’Australie, la Nouvelle-Zélande, et les îles du Pacifique, notamment la Papouasie-Nouvelle-Guinée et Fidji. Dans cette acception, cette région représente en 2013 plus d’un tiers de la population mondiale et plus de la moitié du PIB mondial, puisqu'on y trouve trois des plus grandes puissances économiques du monde : les États-Unis, la Chine et le Japon.Les zones de coopération économique ou de libre-échange
Dans cette région se trouvent de vastes zones de coopération économique ou de libre-échange : l’Asean, qui forme la principale organisation économique, politique et culturelle en Asie du Sud-Est ; l’Apec (Coopération économique de l’Asie-Pacifique) créée en 1989, qui est un forum intergouvernemental regroupant vingt États de la zone, dont on voit ici les capitales plus Hong-Kong ; et enfin, en cours d’élaboration, le Partenariat transPacifique qui pourrait réunir douze États de la zone, mais sans intégrer la Chine.Les dépenses militaires en Asie-Pacifique
On assiste à une forte intensification des échanges commerciaux entre les États de la région, qui s’accompagne d’un net accroissement des dépenses militaires. Voici les dépenses engagées selon le Sipri, en 2010 puis en 2012, pour les forces armées, la production et le commerce des armes conventionnelles, en Amérique du Nord, en Asie de l’Est et en Océanie. On voit que les dépenses militaires ont doublé en Asie de l’Est au cours des douze dernières années.L’accroissement des dépenses militaires chinoises
Les dépenses militaires chinoises sont passées de 37 milliards de dollars en 2000 à 166 milliards de dollars en 2012 : elles ont quadruplé ces douze dernières années. Aujourd’hui, la Chine possède le deuxième budget militaire au monde, avec presque 10 % des dépenses militaires mondiales, loin derrière les États-Unis qui en représentent près de 40 %. Pékin affecte ce budget en croissance à la modernisation de son armée, notamment de sa marine.La projection de la Chine dans l’océan Indien
À l’ouest, la Chine étend ses activités militaires dans l’océan Indien. Car elle dépend des routes maritimes qui la relient au Moyen-Orient et à l’Afrique, pour ses approvisionnements en matières premières, énergétiques et minérales. Or, l’océan Indien est dominé depuis longtemps par des puissances qui ne sont pas de la région, notamment par les marines américaine, anglaise et française.Lectures
- La tentation de l'Orient. Une nouvelle politique américaine en Asie-Pacifique
- Barthélémy Courmont
Éditions du Septentrion - 01/2010
- Présentation de l'ouvrage
L'éditeur canadien donne sur son site une présentation du livre agrémentée de quelques analyses.
À propos de l’auteur
Né en France en 1974, Barthélémy Courmont est spécialiste des questions nucléaires, de la politique étrangère des États-Unis, de l'Asie du Nord-Est et des nouvelles menaces.
Il fut professeur invité à l'université du Québec à Montréal (UQAM) et titulaire par intérim de la chaire Raoul-Dandurand en études stratégiques et diplomatiques. Il est aussi chercheur associé à l'Iris et rédacteur en chef de la revue trimestrielle Monde chinois, nouvelle Asie, avec Emmanuel Lincot, directeur de la chaire des Études chinoises contemporaines de la Fasse (Faculté de sciences sociales et économiques/ICP). Après avoir vécu quatre ans à Taiwan, et visité 70 pays, Barthélémy Courmont est depuis septembre 2011 professeur de science politique à la Hallym University à Chuncheon, en Corée du Sud.
- L’Asie-Monde. Chroniques sur l’Asie et le Pacifique 2002-2011
- Ouvrage collectif, sous la responsabilité éditoriale de Jean-François Sabouret
Éditions CNRS. Collection : CNRS Alpha - 09/2011
- Présentation
Cet ouvrage dessine le panorama de l’Asie-Monde, en réunissant une centaine de textes de chercheurs et de spécialistes publiés entre 2002 et 2011 sur le site Internet de Réseau-Asie. L'éditeur, Jean-François Sabouret, fait partie de son comité scientifique. Ce livre est une somme savante et accessible sur l’Asie et le Pacifique contemporains, qui rend sensibles les multiples aspects d'un formidable et inéluctable basculement du monde.
À propos du responsable éditorial
Chercheur et auteur, Jean-François Sabouret est par ailleurs membre de la Société française des études japonaises et vice-président de la Commission française nationale/ Comité Sciences de l’UNESCO. Il a aussi dirigé le rapport sur La place de la recherche sur les aires culturelles au CNRS remis en 2010 à l’Institut des sciences humaines et sociales (InSHS).
À propos de l'éditeur
CNRS Editions est une coopérative au service de la communauté scientifique réservée aux chercheurs et universitaires en titre et en poste. C'est une solution alternative au circuit traditionnel du livre avec pour but d’offrir une diffusion efficace du savoir, à l’échelle nationale comme internationale, adaptée aux mutations de la librairie et aux nouveaux moyens technologiques. Le site propose une présentation du livre.
Signalons par ailleurs que Réseau-Asie propose depuis fin décembre 2013, sur le site d'Hypothèses un carnet de recherche RESAP, en prélude à la rédaction d'un livre blanc des recherches sur l'Asie et le Pacifique, administré par Marine Sam et présenté par Jean-François Sabouret.
- La Chine : une menace militaire ?
- Pierre Picquart
Éditions FAVRE - 10/2013
- À propos de l’auteur
Pierre Picquart est docteur en géopolitique et en géographie humaine de l'université de Paris-VIII, spécialiste de la Chine et de sa diaspora. Auteur de nombreux travaux sur la Chine traduits dans plusieurs langues et expert pour des États et des organismes internationaux, il est fonctionnaire d'État, auditeur associé à l'Institut des hautes études de la Défense nationale, analyste, conférencier. Il est aussi le fondateur duCentre d'études, de développement et de recherche internationale sur la Chine (Cedric). Expert en 2001 et en 2006 pour la Commission européenne, il a rédigé notamment La Chine dans vingt ans et le reste du monde (Editions Favre, 2011).
Le site de Pierre Picquart donne une présentation de son livre et bien d'autres ressources.
Il expose ses thèses et thèmes sur le site Toute la Chine et, en video, sur les tensions et rivalités ethniques en Chine, sur le site de Géopolis.
- Le « pivot » américain vers l’Asie : conséquences sur le système de défense antimissile américain, asiatique et européen
- Bruno Hellendorff et Bérangère Rouppert
Groupe de recherche et d'information sur la paix et la sécurité. Collection "Les Rapports du GRIP" - 06/2013
- Présentation de l’éditeur
Le virage asiatique des États-Unis en matière de politique étrangère découle de multiples considérations quant à la place stratégique croissante qu’occupe, sur la scène internationale, la région Asie-Pacifique et, au sein de celle-ci, la Chine. Les États-Unis ont fait le choix d’un rééquilibrage entre les moyens dont ils disposent, les intérêts qu’ils ont à défendre et la sécurité des territoires et des forces qu’ils ont à assurer. Le « pivot » vers l’Asie-Pacifique montre une ferme volonté de s’engager sur la voie de partenariats multiples, à l’image de celui noué depuis plus de soixante ans avec les alliés européens au sein de l’Alliance atlantique...
Le rapport est téléchargeable gratuituitement sur le site du GRIP (Groupe de recherche et d'information sur la paix et la sécurité), centre de recherche indépendant, actif au sein de nombreux réseaux internationaux de recherche. Fondé à Bruxelles en 1979 par Bernard Adam, dans le contexte particulier de la guerre froide, le GRIP a été désigné en 1990, par Javier Pérez de Cuéllar , alors secrétaire général de l’ONU, Messager de la paix, en reconnaissance de "sa contribution précieuse à l’action menée en faveur de la paix". Les travaux de recherche du GRIP s'articulent autour d'axes tels que "la prévention, gestion et résolution des conflits armés", "la prolifération des armes" ou encore "Paix et sécurité en Asie-Pacifique". Ce dernier foyer de "recherche et expertise", riches de documents, est sous la responsabilité de recherche de Bruno Hellendorff, avec notamment la chercheuse associée Sophie Boisseau du Rocher et sous la direction de Luc Mampaey.
- Le XXIe siècle appelle à revisiter la puissance
- Sous la direction de Christian Lequesne (Ceri) et Marie-Françoise Durand (Sciences Po)
Sciences Po - CERI / Sciences Po - Atelier de cartographie - 11/2013
- C'est la troisième édition du Ceriscope.
Combinant textes, cartes et vidéos, cette nouvelle édition entend être
utile à tous ceux qui réfléchissent à la puissance, soit parce qu’ils
veulent en enseigner les caractéristiques et en apprendre les contours,
soit parce qu’ils souhaitent simplement y réfléchir en tant que citoyen.
À propos des auteurs
• Directeur du Ceri, Christian Lequesne est un spécialiste des acteurs et outils de la politique extérieure au sein de l'Union européenne ainsi que de la politique européenne de la France. On peut voir et entendre Christian Lequesne, avec Nadège Ragaru et Christopher J. Bickerton, dans un entretien intitulé L’Union européenne, une dérive raisonnée ? et dans un débat avec Elie Barnavie et Alain Dieckhoff, intitulé Israël et l’Europe. Filiations et ruptures pour l'émission de Sciences Po, Au fil des mots.
• Marie-Françoise Durand a participé à la publication par Les Presses de Sciences Po, en 2013, de l'Atlas de la mondialisation : comprendre l'espace mondial contemporain - Dossier spécial États-Unis.
- Diplomatie n°59 : Chine et États-Unis - Des puissances en déclins ?
AREION Group- 11/2012
- Le magazine Diplomatie
est né en 2002. C'est le premier grand magazine français consacré aux
relations internationales et aux conflits contemporains, financièrement
et politiquement indépendant, à destination d’un large public
francophone.
Pour atteindre cet objectif, la rédaction de Diplomatie s’est constituée autour de chercheurs et d’analystes internationaux sous la direction éditoriale d'Alexis Bautzmann, fondateur du magazine.
Au sommaire de ce numéro 59, un dossier qui interroge "le bilan de la politique étrangère des États-Unis" et une étude sur la "Chine et son inévitable décrochage économique." Dossiers et études sont accompagnés d'un ensemble cartographique. À commander sur le site de l'éditeur.
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13 mars 2013
Opération marketing pour Xi Jinping
Par Martine Bulard
01/03/2013
Source : http://blog.mondediplo.net
English Marketing operation for Xi Jinping
[2] Elle comprend des membres du PCC (40 %) des huit « partis démocratiques » officiellement reconnus (parmi lesquels le Comité révolutionnaire du Guomindang de Chine, la Ligue démocratique de Chine, l’Association pour la construction démocratique de la Chine, l’Association chinoise pour la Démocratie, le Parti démocratique paysan et ouvrier de Chine, la Ligue pour l’Autonomie démocratique de Taiwan...), des personnalités sans parti.
[3] China daily, Pékin, 6 février 2013.
[4] Lire Stephanie Kleine-Ahlbrandt, « Guerre des nationalismes en mer de Chine, Le Monde diplomatique, novembre 2012.
01/03/2013
Source : http://blog.mondediplo.net
English Marketing operation for Xi Jinping
On ne
peut pas dire que M. Xi Jinping soit resté inactif entre le 14 novembre,
où il a été porté à la tête du parti communiste chinois (PCC), et le
10 mars, où il est officiellement nommé président de la République, lors
de la session annuelle de l’Assemblée nationale populaire (ANP) [1],.
Il a multiplié les voyages en province et les discours sur les sujets
les plus divers : pauvreté en zones rurales, inégalités, droits des
migrants, corruption, justice, éthique des communistes, pollution, sans
oublier les questions militaires...
Le nouveau leader s’est ainsi attaché à sculpter une image d’homme populaire, simple et volontariste. Il était jusqu’alors peu connu du grand public, à la différence de sa femme Peng Liyuan (49 ans), chanteuse de l’Armée populaire de libération (APL), vedette régulière des galas du nouvel an chinois à la télévision officielle. Célèbre dans tout le pays, elle lui apporte d’emblée une touche glamour, plutôt inattendue chez les dirigeants chinois. Mais il lui en faut plus.
M. Xi Jinping a donc pris son bâton de pèlerin, calculé chacune de ses sorties, joué des caméras, manié les symboles. Son premier déplacement s’est effectué dans le sud du pays, réputé pour son dynamisme et son innovation — à la manière de Deng Xiaoping, qui avait lancé les réformes et ouvert le pays lors d’un périple dans la région, à la fin des années 1970. En se mettant délibérément dans les pas de ce dernier, le secrétaire général du PCC entend montrer sa volonté « d’approfondir les réformes », comme il l’a déclaré, sans toutefois en préciser les contours. Il s’est ensuite rendu auprès des militaires affirmant haut et fort sa volonté de prêter attention à l’armée et lui fixer un cap clair. Pour son troisième voyage ultra médiatisé, il s’est rendu dans un village rural du Hebei, l’une des provinces les plus pauvres du pays. Enfin, en plein nouvel an chinois, il a rendu hommage aux migrants (mingongs), ces ruraux venus travailler dans les villes se pliant à des conditions de travail et de vie souvent très difficiles.
Rompu au marketing, il a fait nommer des personnalités très populaires à la Conférence consultative politique du peuple chinois qui compte 2 337 membres [2] et qui se réunit un jour avant l’ANP : le prix Nobel de littérature Mo Yan ; l’ancien joueur de basket de la NBA Yao Ming ; l’acteur Jackie Chan... Succès assuré. Mais le rôle de la docte Conférence sera-t-il valorisé pour autant ? Rien n’est moins sûr.
L’ANP entérine également la constitution du gouvernement dirigé par M. Li Keqiang, vice premier ministre exécutif dans le précédent. De toute évidence, la nouvelle équipe a du pain sur la planche. Les dossiers à traiter d’urgence sont nombreux.
Corruption.
Il s’agit là de l’une des questions les plus sensibles. M. Xi ne prend
pas de gants pour souligner l’urgence d’un plan d’attaque, parlant du « combat du tigre et des mouches » : « les problèmes de corruption, a t-il déclaré, mettent
un mur entre notre parti et le peuple, et nous allons perdre nos
racines, notre force vitale et notre force tout court ». [Xinhua, 11 janvier]
Depuis le Congrès, plusieurs responsables ont été mis sur la touche : le secrétaire adjoint de la province du Sichuan, qui avait été propulsé au Comité central du PCC, a été démis de ses fonctions pour avoir fricoté avec le groupe Borui (hôtellerie, pharmacie, construction...) et empoché de sérieuses commissions. Le cas n’est pas unique. La traque, souvent menée avec l’aide des réseaux sociaux, est prise au sérieux par les fonctionnaires et les cadres communistes. La presse officielle et les microblogs regorgent d’exemples de biens immobiliers soudainement vendus, de voitures officielles un peu moins luxueuses...
A la veille du nouvel an, période de fêtes dans tout le pays, M. Xi a appelé les responsables à modérer leurs dépenses et à faire preuve de « frugalité ». Appel immédiatement compris comme une directive politique et des « millions de repas d’affaires [dans les restaurants de luxe] ont été annulés » si l’on en croit le quotidien hongkongais South China Morning Post (9 février). Toujours sous l’œil des internautes. Le (futur) président de la République semble déterminé à entreprendre un grand nettoyage, sans pour autant remettre en cause bien des positions acquises, y compris au plus haut niveau de l’Etat. A la veille du Congrès, il avait été envisagé que les dirigeants nationaux et provinciaux déclarent leurs revenus et leur patrimoine au début de leur mandat. La proposition a été enterrée... Faut-il y voir un signe prémonitoire ?
Inégalités.
C’est le deuxième gros dossier de la nouvelle équipe. Lors de son
déplacement dans le village rural du Hebei, M. Xi est passé de maison en
maison, a mangé une pomme de terre cuite au feu de bois, tandis que les
caméras de la télévision s’attardaient sur le délabrement des maisons,
la misère des habitants. Quelques jours plus tard, ses rencontres avec
les paysans et les migrants de Lanzhou au Gansu ont été sous le feu des
projecteurs. « Il faut, a-t-il dit alors, que les dirigeants
passent plus de temps avec les populations afin de mieux comprendre
leurs problèmes et de travailler résolument à développer les régions
restées à l’écart. [3] »
En tout cas, pour la première fois depuis dix ans, l’agence officielle Xinhua a publié le dernier indice de Gini (de mesure des inégalités) qui frôle les 0,5 — soit l’un des plus hauts du monde. Dans la foulée, le gouvernement sortant a dévoilé les trente-cinq points d’une future réforme pour « une nouvelle redistribution des revenus » : hausse du salaire minimum devant représenter 40 % du salaire moyen, augmentation des traitements des fonctionnaires du bas de l’échelle dans les zones rurales, hausse des dépenses publiques pour l’éducation et la santé... Le calendrier de la mise en œuvre n’a pas encore été fixé. Mais la nouvelle équipe ne pourra pas différer trop longtemps les initiatives, tant le mécontentement est grand et le risque d’explosion sociale prégnant.
Droits des migrants.
Ils sont plus de 253 millions dans tout le pays. Or en Chine, les
droits sociaux (faibles mais néanmoins essentiels) sont attachés au lieu
de naissance, notés sur un houku (sorte de passeport intérieur)
et non au lieu de vie. Les migrants n’ont donc pas les mêmes avantages
que les urbains notamment pour le logement, la santé, l’inscription des
enfants à l’école. Si la première génération, trop heureuse d’avoir un
travail et portée par l’espoir de rentrer un jour au village, a accepté
la situation, il n’en va pas de même pour la seconde. Plus éduquée, plus
sûre d’elle-même et apte à faire jouer la concurrence entre les
entreprises à la recherche de main-d’œuvre, elle s’avère plus
revendicative. Du côté du patronat, le besoin d’un personnel plus
qualifié le pousse à essayer de fidéliser les salariés. Cela pourrait se
traduire par une égalisation des droits et une réforme en profondeur du
houku, qui pour les riches et pour certains cadres qualifiés n’existe déjà plus.
- Pollution. L’épais brouillard qui s’est abattu sur Pékin a révélé l’ampleur de la dégradation. Il suffit d’avoir expérimenté un voyage en voiture au-delà du cinquième périphérique pour comprendre que la saturation menace, malgré les restrictions de circulation. Les usines polluantes autour de la capitale et le chauffage au charbon (pourtant interdit dans Pékin) ont fait le reste. Moins spectaculaires, la contamination et la raréfaction de l’eau entraînent également des conséquences humaines désastreuses. L’ancienne équipe avait commencé à s’attaquer à la tâche, avec notamment la fermeture de certaines unités de production, la construction de transports en commun, le financement de recherche sur le moteur électrique et les nouveaux matériaux... . Mais lentement. Trop lentement. Celle-ci ira-t-elle plus vite ? Impossible de répondre. En revanche, elle a reconnu publiquement le problème en faisant publier la liste de quatre cents « villages cancer », où la maladie s’est propagée et la mortalité envolée. Des analyses de terres y sont lancées. Des taxes pénalisant l’émission de carbone sont dans les tuyaux.
- Réforme politique. Pas encore président, M. Xi a déjà insisté à plusieurs reprises sur les bienfaits d’une justice qui protége les faibles contre les forts : « Le contrôle de l’application de la loi devrait être renforcé, toute ingérence [des pouvoirs] illégale éliminée, tout protectionnisme local et départemental empêché, et toute corruption pénalisée. » (« Xi stresses judicial indenpdance », Xinhua, 24 février). Et d’émailler son discours de référence à l’« Etat de droit » — expression jusqu’alors quasiment jamais utilisée par les dirigeants. S’il insiste sur l’indépendance de la justice, il l’assortit d’un « aux caractéristiques chinoises », dont les contours restent encore flous. La séparation de la justice et de l’Etat ne semble pas à l’ordre du jour. Toutefois, la fermeture des camps de travail, toujours si sombrement actifs, a été annoncée. Ce qui peut augurer d’un réel tournant.
Dans le domaine strictement politique, on perçoit peu de signes d’ouverture, si ce n’est une volonté de placer les dirigeants sous la vigie des citoyens et des internautes... Au moins tant que cela n’entrave pas les objectifs du pouvoir. Hier absente, l’opinion publique commence à peser, à l’instar de la campagne contre la corruption locale ou contre la pollution (Lire Cholé Froissart, « Visage de la démocratisation chinoise », blog Planète Asie du Monde diplomatique, 12 décembre 2012.). Pour le PCC, l’avantage est double : prendre le pouls de la population afin d’éviter les débordements incontrôlés et rester maître du jeu, puisque la censure peut s’abattre à tout moment.
Toutefois, un début de progrès démocratique pourrait voir le jour dans les très grandes entreprises, marquées par un flot continu de grèves et par le discrédit du syndicat maison. Foxconn, le sous-traitant d’Apple et premier employeur privé de Chine, a annoncé haut et fort dans la presse anglo-saxonne, qu’il organiserait des élections « libres » dans ses usines (Lire « Foxconn plans Chinese Union vote », Financial Times, 3 février 2013, ). Sans doute cherche-t-il avant tout à calmer les consommateurs occidentaux qui mettent en cause ses méthodes archaïques et inhumaines d’exploitation des ouvriers. Mais, cela reflète également le rejet par les salariés du syndicat unique — la Fédération des syndicats de toute la Chine (All-China Federation of Trade Unions, ACFTU), véritable émanation du Parti communiste — qui choisit les représentants des travailleurs en coopération avec les directions d’entreprises (publiques ou privées). Chez Foxconn, le dirigeant syndical qui s’appelle Chen Peng n’est autre que l’ancien directeur de cabinet du grand patron du groupe taïwanais Terry Gou... Inutile de dire qu’il était peu revendicatif. _A la veille du Congrès, le dirigeant communiste du Guangdong Wang Yang promettait d’organiser de telles élections dans trois cents grandes entreprises de la province, conscient qu’il valait mieux avoir de vrais interlocuteurs pour négocier que d’être contraints d’éteindre des incendies. Il espérait alors bénéficier d’une promotion au sein du PCC ; il est resté à la porte. M. Xi le laissera-t-il expérimenter cette démarche pour éventuellement en tirer des leçons plus générales ?
Mer de Chine. La
fin de règne du président Hu Jintao a été marquée par la multiplication
des incidents, notamment avec les Philippines autour du récif de
Scarborough [4], mais aussi avec le Vietnam autour des îles Spratleys et avec le Japon à propos des îles Senkaku/ Diaoyou.
L’affirmation de la puissance maritime chinoise, tout comme la montée
des nationalismes de part et d’autre, ont ravivé les querelles
régionales, largement attisées par les Etats-Unis qui cherchent à
contenir le rôle de Pékin en Asie. Longtemps discret, M. Xi a fini par
mettre en garde Washington contre toute intervention dans ce que Pékin
considère comme des problèmes bilatéraux.
Devant l’armée, il a tenu un discours aussi musclé qu’étonnant autour de ce qu’il nomme le « rêve chinois » de régénération du pays. « Ce rêve, a t-il précisé, peut être considéré comme le rêve d’une nation forte, et pour les militaires, c’est le rêve d’une armée forte. Nous devons atteindre le grand renouveau de la nation chinoise, et nous devons assurer l’union entre un pays prospère et une armée forte. » De quoi plaire aux nationalistes chinois dont une partie considère que l’ancien président Hu était beaucoup trop mou, face à Washington et Tokyo.
Corée du Nord.
Cela fait des années que la République populaire démocratique de Corée
(RPDC) et ses velléités nucléaires donnent des sueurs froides aux
dirigeants chinois. Pékin voit d’un mauvais œil l’arrivée d’une
puissance nucléaire sur ses marges et redoute que Tokyo s’en serve comme
prétexte pour relancer ses projets. Pour la première fois, la Chine a
condamné le dernier essai nucléaire de Pyongyang et réclamé des
sanctions aux côtés de Washington et de Moscou. Les pressions plus ou
moins discrètes, dont les restrictions dans les livraisons de pétrole, comme l’avait indiqué le spécialiste chinois Shen Dingli dans Le Monde diplomatique dès novembre 2006, se sont avérées inefficaces. Aujourd’hui, l’entêtement nord-coréen « décrédibilise la diplomatie chinoise », explique-t-il dans Foreign Policy.
Pourtant Pékin ira t-il au-delà de la simple condamnation verbale, au
risque de déstabiliser son voisin réfractaire ? M. Xi est resté d’une
discrétion exemplaire.
Cyberespionnage.
Ces derniers mois, les relations avec les Etats-Unis se sont
détériorées, en raison des condamnations verbales de l’ancienne
secrétaire d’Etat Hillary Clinton dans les conflits en mer de Chine et,
plus récemment, à cause de l’accusation de cyberespionnage. Les
révélations de Mandiant, au sujet d’une société de cybersécurité, ont
mis le feu aux poudres. Une unité de l’armée chinoise, connue sous le
numéro 61 398 coordonnerait l’activité de « hackers », ayant recours à
1 000 serveurs localisés dans une dizaine de pays afin de s’approprier
aussi bien des données économiques que techniques ou militaires un peu
partout dans le monde. Quelle est la part de vérité dans ces révélations
qui fleurent bon la guerre froide ? Evidemment les dirigeants chinois
démentent, faisant valoir qu’en matière de cybertechonologie, les
Etats-Unis et le Pentagone n’ont rien à envier à la Chine et son armée.
Le récent rapport des deux spécialistes américains Keneth Liberthal et
Peter W. Singer appelle à se débarrasser des mentalités de guerre froide
pour instaurer un dialogue et un code de bonne conduite (Lire « Cybersecurity ans US-China Relations », Brookings, février 2013).
Entre l’affirmation par Pékin de son émergence sur la scène mondiale et la volonté américaine de reprendre la main dans le Pacifique, les relations entre les deux premières économies mondiale connaissent un tournant. Mais aucune des deux n’a intérêt à l’affrontement. En tout cas, c’est à Moscou que M. Xi effectuera sa première sortie en tant que président de la République.
Le nouveau leader s’est ainsi attaché à sculpter une image d’homme populaire, simple et volontariste. Il était jusqu’alors peu connu du grand public, à la différence de sa femme Peng Liyuan (49 ans), chanteuse de l’Armée populaire de libération (APL), vedette régulière des galas du nouvel an chinois à la télévision officielle. Célèbre dans tout le pays, elle lui apporte d’emblée une touche glamour, plutôt inattendue chez les dirigeants chinois. Mais il lui en faut plus.
M. Xi Jinping a donc pris son bâton de pèlerin, calculé chacune de ses sorties, joué des caméras, manié les symboles. Son premier déplacement s’est effectué dans le sud du pays, réputé pour son dynamisme et son innovation — à la manière de Deng Xiaoping, qui avait lancé les réformes et ouvert le pays lors d’un périple dans la région, à la fin des années 1970. En se mettant délibérément dans les pas de ce dernier, le secrétaire général du PCC entend montrer sa volonté « d’approfondir les réformes », comme il l’a déclaré, sans toutefois en préciser les contours. Il s’est ensuite rendu auprès des militaires affirmant haut et fort sa volonté de prêter attention à l’armée et lui fixer un cap clair. Pour son troisième voyage ultra médiatisé, il s’est rendu dans un village rural du Hebei, l’une des provinces les plus pauvres du pays. Enfin, en plein nouvel an chinois, il a rendu hommage aux migrants (mingongs), ces ruraux venus travailler dans les villes se pliant à des conditions de travail et de vie souvent très difficiles.
Rompu au marketing, il a fait nommer des personnalités très populaires à la Conférence consultative politique du peuple chinois qui compte 2 337 membres [2] et qui se réunit un jour avant l’ANP : le prix Nobel de littérature Mo Yan ; l’ancien joueur de basket de la NBA Yao Ming ; l’acteur Jackie Chan... Succès assuré. Mais le rôle de la docte Conférence sera-t-il valorisé pour autant ? Rien n’est moins sûr.
L’ANP entérine également la constitution du gouvernement dirigé par M. Li Keqiang, vice premier ministre exécutif dans le précédent. De toute évidence, la nouvelle équipe a du pain sur la planche. Les dossiers à traiter d’urgence sont nombreux.
Depuis le Congrès, plusieurs responsables ont été mis sur la touche : le secrétaire adjoint de la province du Sichuan, qui avait été propulsé au Comité central du PCC, a été démis de ses fonctions pour avoir fricoté avec le groupe Borui (hôtellerie, pharmacie, construction...) et empoché de sérieuses commissions. Le cas n’est pas unique. La traque, souvent menée avec l’aide des réseaux sociaux, est prise au sérieux par les fonctionnaires et les cadres communistes. La presse officielle et les microblogs regorgent d’exemples de biens immobiliers soudainement vendus, de voitures officielles un peu moins luxueuses...
A la veille du nouvel an, période de fêtes dans tout le pays, M. Xi a appelé les responsables à modérer leurs dépenses et à faire preuve de « frugalité ». Appel immédiatement compris comme une directive politique et des « millions de repas d’affaires [dans les restaurants de luxe] ont été annulés » si l’on en croit le quotidien hongkongais South China Morning Post (9 février). Toujours sous l’œil des internautes. Le (futur) président de la République semble déterminé à entreprendre un grand nettoyage, sans pour autant remettre en cause bien des positions acquises, y compris au plus haut niveau de l’Etat. A la veille du Congrès, il avait été envisagé que les dirigeants nationaux et provinciaux déclarent leurs revenus et leur patrimoine au début de leur mandat. La proposition a été enterrée... Faut-il y voir un signe prémonitoire ?
En tout cas, pour la première fois depuis dix ans, l’agence officielle Xinhua a publié le dernier indice de Gini (de mesure des inégalités) qui frôle les 0,5 — soit l’un des plus hauts du monde. Dans la foulée, le gouvernement sortant a dévoilé les trente-cinq points d’une future réforme pour « une nouvelle redistribution des revenus » : hausse du salaire minimum devant représenter 40 % du salaire moyen, augmentation des traitements des fonctionnaires du bas de l’échelle dans les zones rurales, hausse des dépenses publiques pour l’éducation et la santé... Le calendrier de la mise en œuvre n’a pas encore été fixé. Mais la nouvelle équipe ne pourra pas différer trop longtemps les initiatives, tant le mécontentement est grand et le risque d’explosion sociale prégnant.
- Pollution. L’épais brouillard qui s’est abattu sur Pékin a révélé l’ampleur de la dégradation. Il suffit d’avoir expérimenté un voyage en voiture au-delà du cinquième périphérique pour comprendre que la saturation menace, malgré les restrictions de circulation. Les usines polluantes autour de la capitale et le chauffage au charbon (pourtant interdit dans Pékin) ont fait le reste. Moins spectaculaires, la contamination et la raréfaction de l’eau entraînent également des conséquences humaines désastreuses. L’ancienne équipe avait commencé à s’attaquer à la tâche, avec notamment la fermeture de certaines unités de production, la construction de transports en commun, le financement de recherche sur le moteur électrique et les nouveaux matériaux... . Mais lentement. Trop lentement. Celle-ci ira-t-elle plus vite ? Impossible de répondre. En revanche, elle a reconnu publiquement le problème en faisant publier la liste de quatre cents « villages cancer », où la maladie s’est propagée et la mortalité envolée. Des analyses de terres y sont lancées. Des taxes pénalisant l’émission de carbone sont dans les tuyaux.
- Réforme politique. Pas encore président, M. Xi a déjà insisté à plusieurs reprises sur les bienfaits d’une justice qui protége les faibles contre les forts : « Le contrôle de l’application de la loi devrait être renforcé, toute ingérence [des pouvoirs] illégale éliminée, tout protectionnisme local et départemental empêché, et toute corruption pénalisée. » (« Xi stresses judicial indenpdance », Xinhua, 24 février). Et d’émailler son discours de référence à l’« Etat de droit » — expression jusqu’alors quasiment jamais utilisée par les dirigeants. S’il insiste sur l’indépendance de la justice, il l’assortit d’un « aux caractéristiques chinoises », dont les contours restent encore flous. La séparation de la justice et de l’Etat ne semble pas à l’ordre du jour. Toutefois, la fermeture des camps de travail, toujours si sombrement actifs, a été annoncée. Ce qui peut augurer d’un réel tournant.
Dans le domaine strictement politique, on perçoit peu de signes d’ouverture, si ce n’est une volonté de placer les dirigeants sous la vigie des citoyens et des internautes... Au moins tant que cela n’entrave pas les objectifs du pouvoir. Hier absente, l’opinion publique commence à peser, à l’instar de la campagne contre la corruption locale ou contre la pollution (Lire Cholé Froissart, « Visage de la démocratisation chinoise », blog Planète Asie du Monde diplomatique, 12 décembre 2012.). Pour le PCC, l’avantage est double : prendre le pouls de la population afin d’éviter les débordements incontrôlés et rester maître du jeu, puisque la censure peut s’abattre à tout moment.
Toutefois, un début de progrès démocratique pourrait voir le jour dans les très grandes entreprises, marquées par un flot continu de grèves et par le discrédit du syndicat maison. Foxconn, le sous-traitant d’Apple et premier employeur privé de Chine, a annoncé haut et fort dans la presse anglo-saxonne, qu’il organiserait des élections « libres » dans ses usines (Lire « Foxconn plans Chinese Union vote », Financial Times, 3 février 2013, ). Sans doute cherche-t-il avant tout à calmer les consommateurs occidentaux qui mettent en cause ses méthodes archaïques et inhumaines d’exploitation des ouvriers. Mais, cela reflète également le rejet par les salariés du syndicat unique — la Fédération des syndicats de toute la Chine (All-China Federation of Trade Unions, ACFTU), véritable émanation du Parti communiste — qui choisit les représentants des travailleurs en coopération avec les directions d’entreprises (publiques ou privées). Chez Foxconn, le dirigeant syndical qui s’appelle Chen Peng n’est autre que l’ancien directeur de cabinet du grand patron du groupe taïwanais Terry Gou... Inutile de dire qu’il était peu revendicatif. _A la veille du Congrès, le dirigeant communiste du Guangdong Wang Yang promettait d’organiser de telles élections dans trois cents grandes entreprises de la province, conscient qu’il valait mieux avoir de vrais interlocuteurs pour négocier que d’être contraints d’éteindre des incendies. Il espérait alors bénéficier d’une promotion au sein du PCC ; il est resté à la porte. M. Xi le laissera-t-il expérimenter cette démarche pour éventuellement en tirer des leçons plus générales ?
Devant l’armée, il a tenu un discours aussi musclé qu’étonnant autour de ce qu’il nomme le « rêve chinois » de régénération du pays. « Ce rêve, a t-il précisé, peut être considéré comme le rêve d’une nation forte, et pour les militaires, c’est le rêve d’une armée forte. Nous devons atteindre le grand renouveau de la nation chinoise, et nous devons assurer l’union entre un pays prospère et une armée forte. » De quoi plaire aux nationalistes chinois dont une partie considère que l’ancien président Hu était beaucoup trop mou, face à Washington et Tokyo.
Entre l’affirmation par Pékin de son émergence sur la scène mondiale et la volonté américaine de reprendre la main dans le Pacifique, les relations entre les deux premières économies mondiale connaissent un tournant. Mais aucune des deux n’a intérêt à l’affrontement. En tout cas, c’est à Moscou que M. Xi effectuera sa première sortie en tant que président de la République.
Notes
[1] L’Assemblée nationale populaire se tient du 3 au 10 mars.
[2] Elle comprend des membres du PCC (40 %) des huit « partis démocratiques » officiellement reconnus (parmi lesquels le Comité révolutionnaire du Guomindang de Chine, la Ligue démocratique de Chine, l’Association pour la construction démocratique de la Chine, l’Association chinoise pour la Démocratie, le Parti démocratique paysan et ouvrier de Chine, la Ligue pour l’Autonomie démocratique de Taiwan...), des personnalités sans parti.
[3] China daily, Pékin, 6 février 2013.
[4] Lire Stephanie Kleine-Ahlbrandt, « Guerre des nationalismes en mer de Chine, Le Monde diplomatique, novembre 2012.
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29 octobre 2012
Contre le nationalisme japonais, le romancier Oe Kenzaburo reprend la plume
Par Martine Bulard
26/10/2012
source : http://blog.mondediplo.net
english version
1. Les tensions s’avivent autour des îles Senkaku et Takeshima. C’est particulièrement triste et regrettable, car elles interviennent sous un gouvernement dirigé depuis 2009 par le Parti démocratique du Japon (PDJ), qui se fixait comme priorité de tourner le Japon vers l’Asie de l’Est et d’établir des relations d’égal à égal avec les Etats-Unis ; elles se déroulent après le mouvement de sympathie qui s’est manifesté après le tsunami du 11 mars 2011, ainsi que l’élan de solidarité des dirigeants chinois et coréens Wen Jiabao et Lee Myung-bak, qui ont alors visité les zones sinistrées. La Corée et la Chine sont deux amis importants pour le Japon, et des partenaires pour construire la paix et la prospérité dans la région. Les liens économiques entre les nations ne peuvent être rompus, et ces relations sont appelées à s’approfondir. En tant que citoyens du Japon, nous sommes profondément préoccupés par la situation actuelle, et faisons la déclaration suivante.
2. On parle de « conflit territorial ». Mais il ne faut pas oublier le contexte historique de ces problèmes — et notamment l’histoire du Japon, en tant qu’agresseur en Asie. En arrière-plan de la visite de M. Lee Myung-bak sur les îles Takeshima/Dokdo se trouve l’affaire des esclaves sexuelles des anciens militaires japonais, connues sous l’appellation de « femmes de réconfort ». Durant l’été 2011, la Cour constitutionnelle de Corée a adopté une résolution sur cette question. A la fin de la même année, lors du sommet de Kyoto, le président coréen a, de nouveau, soulevé ce sujet dont on dit qu’il est à la source des problèmes actuels. Mais le premier ministre Noda Yoshihiko a évité de répondre. Lors de son discours pour l’anniversaire de la libération de la Corée, le 15 août dernier, le président Lee a une nouvelle fois appelé le Japon à prendre « des mesures responsables » pour régler cette question des « femmes de réconfort ». Les revendications du Japon sur les Takeshima/Dokdo remontent à 1905, lors de la guerre russo-japonaise, au moment où la colonisation de la Corée était lancée et où le droit international reculait. Les Japonais doivent comprendre que, pour le peuple coréen, il ne s’agit donc pas de simples « îles », mais du point de départ symbolique de l’invasion et de la colonisation. De plus, les îles Senkaku (Diaoyu, pour la Chine continentale et Taïwan) ont été incorporées au territoire japonais en janvier 1895, pendant la guerre sino-japonaise ; trois mois plus tard, Taïwan et les îles Penghu devinrent des colonies nippones. Ces deux territoires ont été annexés à une période, où tant la Corée que la Chine étaient en état de faiblesse et dans l’incapacité de faire valoir le droit international.
3. Cette année marque le quarantième anniversaire des relations diplomatiques entre le Japon et la Chine, et plusieurs événements célébrant l’amitié entre les deux pays sont d’ores et déjà prévus. Cette atmosphère amicale s’est détériorée quand le gouverneur de Tokyo Ishihara Shintaro a fait savoir qu’il voulait acheter trois des îlots des Senkaku et qu’en réponse, le gouvernement a décidé de les nationaliser. Il est normal que la Chine ait interprété ce geste comme une provocation et une volonté de rompre le statu quo en vigueur jusqu’alors. Et l’on peut regretter que les propos de M. Ishihara n’aient soulevé que peu de critiques. En outre, la décision de M. Noda a été annoncée le 7 juillet — jour anniversaire de l’incident du pont « Lu Gou » (Marco Polo) de 1937 [1], qui a marqué le début de l’invasion du territoire chinois par le Japon. Ce qui est connu en Chine comme l’incident du « 7.7 » et reste ancré dans les mémoires.
4. Dans tous les pays, les disputes territoriales alimentent le nationalisme et sont utilisées par les autorités politiques comme un exutoire aux frustrations et contradictions internes. Une action d’un côté engendre une réaction de l’autre, et l’escalade continue au point de rendre la situation incontrôlable et d’en arriver à un affrontement armé. Nous nous opposons à tout usage de la violence et nous insistons sur le fait que la question doit être résolue par le dialogue pacifique. Les dirigeants politiques et les médias ont une responsabilité dans la lutte contre le nationalisme et dans la promotion du dialogue. Alors que l’on est en train de tomber dans un cercle vicieux, le rôle des médias pour stopper l’escalade nationaliste, faciliter la réflexion sur l’histoire et appeler au calme devient plus crucial que jamais.
5. Quant aux questions territoriales proprement dites, les seules options possibles sont le dialogue et les négociations. C’est pourquoi le Japon doit sortir de sa position fictive, selon laquelle il n’existerait pas de « problème de territoire » (à propos des Senkaku). Sans reconnaissance de l’existence du problème, il ne peut y avoir de consultation ni de dialogue. De plus, il faut ajouter que la notion de « territoire naturel » [employée par le gouvernement japonais] n’est acceptable pour aucune des parties.
6 . Durant la période nécessaire de consultation et de négociation, le statu quo devrait prévaloir et les actions provocatrices devraient être bannies de tous côtés. Des règles de bonne conduite devraient être adoptées. A l’image de ce qu’a proposé, le 5 août dernier, le président taïwanais Ma Ying-jeou avec son « initative de paix en mer de Chine orientale ». Il a appelé à une modération des actes de chacun afin de prévenir toute escalade, d’éviter tout affrontement, de ne pas abandonner les voies du dialogue, d’aller vers un consensus et l’établissement de normes communes pour les activités dans cette zone maritime — des recommandations extrêmement calmes et raisonnables. De telles voix devraient être partagées et renforcées.
7. La zone maritime autour des Senkaku a été un espace de pêche, d’échanges et de vie pour les habitants d’Okinawa [île japonaise] comme pour ceux de Taïwan. Aucun des pêcheurs ne souhaite voir ces îles transformées en zone de conflits. Nous devons respecter l’opinion de ceux qui y vivent et y travaillent.
8. Le plus important aujourd’hui est que le Japon exprime clairement ce qui fut son histoire — l’invasion des pays voisins — et présente ses regrets. Il devrait réaffirmer les accords internationaux : avec la Chine, le communiqué commun de 1972 et le traité de paix et d’amitié de 1978 ; avec la Corée du Sud, la déclaration de partenariat de 1998 ; avec la Corée du Nord, la déclaration de Pyongyang de 2002. Il devrait également respecter ses propres déclarations reconnaissant sa responsabilité historique : la déclaration du secrétaire général du gouvernement Kono Yohei en 1993, celle des premiers ministres Murayama Tomiichi en 1995 et Kan Naoto en 2010. Dans la foulée, le Japon doit clairement s’engager dans la voie de la réconciliation, de l’amitié et de la coopération avec ses voisins. Les résultats d’une recherche historique, tant au niveau gouvernemental qu’à celui des citoyens, entre le Japon et la Corée d’une part, le Japon et la Chine d’autre part, devraient être réexaminés, comme devrait l’être la déclaration commune d’intellectuels japonais et sud-coréens, qui en 2010 ont déclaré nul le traité d’annexion de la Corée de 1910.
9. La seule voie pour sortir du conflit dans les zones contestées est le codéveloppement et l’utilisation conjointe des ressources dans les territoires litigieux. Si la souveraineté ne peut être partagée, la gestion et la distribution des richesses peuvent l’être, y compris celles de la pêche. Plutôt que de s’affronter, les nations devraient poursuivre le dialogue, la consultation de toutes les parties pour arriver à une meilleure connaissance des ressources et à un partage des intérêts. Nous devons sortir du conflit qui alimente le nationalisme pour jeter de nouvelles bases de coopération régionale.
10. Le fardeau pesant sur Okinawa [qui abrite les principales bases américaines, fort contestées par la population] ne doit pas s’alourdir au nom des tensions régionales, ni à travers un renforcement du pacte de sécurité américano-japonais ou au déploiement des V-22 Osprey, un nouveau type d’avion de transport à décollage vertical.
11. Enfin, nous proposons de créer un cadre de concertation à un niveau non gouvernemental réunissant des citoyens du Japon, de la Chine, de la Corée, de Taïwan et d’Okinawa, avec un point de vue tourné vers l’avenir dans un esprit de confiance mutuelle et de bonne foi.
26/10/2012
source : http://blog.mondediplo.net
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Les provocations
succèdent aux provocations en mer de Chine. L’été a été occupé par le
face-à-face entre les bateaux chinois et philippins. Depuis la rentrée,
c’est à l’est que les escarmouches prolifèrent : entre le Japon et la
Corée du Sud, autour de l’île Dodko — pour les Coréens — ou Takeshima —
pour les Japonais ; entre le Japon et la Chine pour les îles Senkaku (nom japonais) ou Diaoyu (nom chinois).
Pourquoi ce regain de tension ? Stephanie Kleine-Ahlbrandt apporte une
série d’éclairages pour comprendre la stratégie de Pékin dans le
prochain numéro du Monde diplomatique (daté de novembre, en vente le 28 octobre).
Au Japon, la montée du nationalisme inquiète les citoyens — non sans raison. L’un des fers de lance de ce courant de pensée, le gouverneur de Tokyo, M. Ishihara Shintaro, a démissionné de son poste afin de créer un parti nationaliste en bonne et due forme. Il est à l’origine de la relance du conflit entre Pékin et Tokyo. En août, il avait lancé une souscription pour la nationalisation de trois îlots des Senkaku qui appartenaient à un richissime homme d’affaires nippon, et le gouvernement lui a officiellement emboîté le pas.
Plusieurs intellectuels japonais se sont émus de cette escalade. Dans un texte publié à la « une » du quotidien Asahi Shimbun (28 septembre), l’écrivain Murakami Haruki regrette que ces tensions distendent les liens construits avec la Chine. On peut, écrit-il, comparer le nationalisme à « un alcool bon marché et de mauvaise qualité que l’on distribue aux gens gratuitement. En quelques verres, ils sont pris de frénésie et perdent le contrôle d’eux-mêmes. Mais quand ils se réveillent le lendemain, il ne reste qu’un vilain mal de tête. Nous devons être très prudents face aux hommes politiques et aux polémistes qui distribuent à tout-va ces mauvais breuvages ».
Enfin, porté par des intellectuels de renom, dont le romancier Oe Kenzaburo, Prix Nobel de littérature en 1994, un manifeste contre le nationalisme d’Etat avait déjà recueilli deux mille signatures (au 22 octobre) avant d’être remis au premier ministre le vendredi 26. Une mobilisation que l’on n’avait pas vue depuis longtemps.
Voici une traduction de ce manifeste.
Au Japon, la montée du nationalisme inquiète les citoyens — non sans raison. L’un des fers de lance de ce courant de pensée, le gouverneur de Tokyo, M. Ishihara Shintaro, a démissionné de son poste afin de créer un parti nationaliste en bonne et due forme. Il est à l’origine de la relance du conflit entre Pékin et Tokyo. En août, il avait lancé une souscription pour la nationalisation de trois îlots des Senkaku qui appartenaient à un richissime homme d’affaires nippon, et le gouvernement lui a officiellement emboîté le pas.
Plusieurs intellectuels japonais se sont émus de cette escalade. Dans un texte publié à la « une » du quotidien Asahi Shimbun (28 septembre), l’écrivain Murakami Haruki regrette que ces tensions distendent les liens construits avec la Chine. On peut, écrit-il, comparer le nationalisme à « un alcool bon marché et de mauvaise qualité que l’on distribue aux gens gratuitement. En quelques verres, ils sont pris de frénésie et perdent le contrôle d’eux-mêmes. Mais quand ils se réveillent le lendemain, il ne reste qu’un vilain mal de tête. Nous devons être très prudents face aux hommes politiques et aux polémistes qui distribuent à tout-va ces mauvais breuvages ».
Enfin, porté par des intellectuels de renom, dont le romancier Oe Kenzaburo, Prix Nobel de littérature en 1994, un manifeste contre le nationalisme d’Etat avait déjà recueilli deux mille signatures (au 22 octobre) avant d’être remis au premier ministre le vendredi 26. Une mobilisation que l’on n’avait pas vue depuis longtemps.
Voici une traduction de ce manifeste.
En finir avec le cercle vicieux des conflits territoriaux
Un appel des citoyens japonais.
1. Les tensions s’avivent autour des îles Senkaku et Takeshima. C’est particulièrement triste et regrettable, car elles interviennent sous un gouvernement dirigé depuis 2009 par le Parti démocratique du Japon (PDJ), qui se fixait comme priorité de tourner le Japon vers l’Asie de l’Est et d’établir des relations d’égal à égal avec les Etats-Unis ; elles se déroulent après le mouvement de sympathie qui s’est manifesté après le tsunami du 11 mars 2011, ainsi que l’élan de solidarité des dirigeants chinois et coréens Wen Jiabao et Lee Myung-bak, qui ont alors visité les zones sinistrées. La Corée et la Chine sont deux amis importants pour le Japon, et des partenaires pour construire la paix et la prospérité dans la région. Les liens économiques entre les nations ne peuvent être rompus, et ces relations sont appelées à s’approfondir. En tant que citoyens du Japon, nous sommes profondément préoccupés par la situation actuelle, et faisons la déclaration suivante.
2. On parle de « conflit territorial ». Mais il ne faut pas oublier le contexte historique de ces problèmes — et notamment l’histoire du Japon, en tant qu’agresseur en Asie. En arrière-plan de la visite de M. Lee Myung-bak sur les îles Takeshima/Dokdo se trouve l’affaire des esclaves sexuelles des anciens militaires japonais, connues sous l’appellation de « femmes de réconfort ». Durant l’été 2011, la Cour constitutionnelle de Corée a adopté une résolution sur cette question. A la fin de la même année, lors du sommet de Kyoto, le président coréen a, de nouveau, soulevé ce sujet dont on dit qu’il est à la source des problèmes actuels. Mais le premier ministre Noda Yoshihiko a évité de répondre. Lors de son discours pour l’anniversaire de la libération de la Corée, le 15 août dernier, le président Lee a une nouvelle fois appelé le Japon à prendre « des mesures responsables » pour régler cette question des « femmes de réconfort ». Les revendications du Japon sur les Takeshima/Dokdo remontent à 1905, lors de la guerre russo-japonaise, au moment où la colonisation de la Corée était lancée et où le droit international reculait. Les Japonais doivent comprendre que, pour le peuple coréen, il ne s’agit donc pas de simples « îles », mais du point de départ symbolique de l’invasion et de la colonisation. De plus, les îles Senkaku (Diaoyu, pour la Chine continentale et Taïwan) ont été incorporées au territoire japonais en janvier 1895, pendant la guerre sino-japonaise ; trois mois plus tard, Taïwan et les îles Penghu devinrent des colonies nippones. Ces deux territoires ont été annexés à une période, où tant la Corée que la Chine étaient en état de faiblesse et dans l’incapacité de faire valoir le droit international.
3. Cette année marque le quarantième anniversaire des relations diplomatiques entre le Japon et la Chine, et plusieurs événements célébrant l’amitié entre les deux pays sont d’ores et déjà prévus. Cette atmosphère amicale s’est détériorée quand le gouverneur de Tokyo Ishihara Shintaro a fait savoir qu’il voulait acheter trois des îlots des Senkaku et qu’en réponse, le gouvernement a décidé de les nationaliser. Il est normal que la Chine ait interprété ce geste comme une provocation et une volonté de rompre le statu quo en vigueur jusqu’alors. Et l’on peut regretter que les propos de M. Ishihara n’aient soulevé que peu de critiques. En outre, la décision de M. Noda a été annoncée le 7 juillet — jour anniversaire de l’incident du pont « Lu Gou » (Marco Polo) de 1937 [1], qui a marqué le début de l’invasion du territoire chinois par le Japon. Ce qui est connu en Chine comme l’incident du « 7.7 » et reste ancré dans les mémoires.
4. Dans tous les pays, les disputes territoriales alimentent le nationalisme et sont utilisées par les autorités politiques comme un exutoire aux frustrations et contradictions internes. Une action d’un côté engendre une réaction de l’autre, et l’escalade continue au point de rendre la situation incontrôlable et d’en arriver à un affrontement armé. Nous nous opposons à tout usage de la violence et nous insistons sur le fait que la question doit être résolue par le dialogue pacifique. Les dirigeants politiques et les médias ont une responsabilité dans la lutte contre le nationalisme et dans la promotion du dialogue. Alors que l’on est en train de tomber dans un cercle vicieux, le rôle des médias pour stopper l’escalade nationaliste, faciliter la réflexion sur l’histoire et appeler au calme devient plus crucial que jamais.
5. Quant aux questions territoriales proprement dites, les seules options possibles sont le dialogue et les négociations. C’est pourquoi le Japon doit sortir de sa position fictive, selon laquelle il n’existerait pas de « problème de territoire » (à propos des Senkaku). Sans reconnaissance de l’existence du problème, il ne peut y avoir de consultation ni de dialogue. De plus, il faut ajouter que la notion de « territoire naturel » [employée par le gouvernement japonais] n’est acceptable pour aucune des parties.
6 . Durant la période nécessaire de consultation et de négociation, le statu quo devrait prévaloir et les actions provocatrices devraient être bannies de tous côtés. Des règles de bonne conduite devraient être adoptées. A l’image de ce qu’a proposé, le 5 août dernier, le président taïwanais Ma Ying-jeou avec son « initative de paix en mer de Chine orientale ». Il a appelé à une modération des actes de chacun afin de prévenir toute escalade, d’éviter tout affrontement, de ne pas abandonner les voies du dialogue, d’aller vers un consensus et l’établissement de normes communes pour les activités dans cette zone maritime — des recommandations extrêmement calmes et raisonnables. De telles voix devraient être partagées et renforcées.
7. La zone maritime autour des Senkaku a été un espace de pêche, d’échanges et de vie pour les habitants d’Okinawa [île japonaise] comme pour ceux de Taïwan. Aucun des pêcheurs ne souhaite voir ces îles transformées en zone de conflits. Nous devons respecter l’opinion de ceux qui y vivent et y travaillent.
8. Le plus important aujourd’hui est que le Japon exprime clairement ce qui fut son histoire — l’invasion des pays voisins — et présente ses regrets. Il devrait réaffirmer les accords internationaux : avec la Chine, le communiqué commun de 1972 et le traité de paix et d’amitié de 1978 ; avec la Corée du Sud, la déclaration de partenariat de 1998 ; avec la Corée du Nord, la déclaration de Pyongyang de 2002. Il devrait également respecter ses propres déclarations reconnaissant sa responsabilité historique : la déclaration du secrétaire général du gouvernement Kono Yohei en 1993, celle des premiers ministres Murayama Tomiichi en 1995 et Kan Naoto en 2010. Dans la foulée, le Japon doit clairement s’engager dans la voie de la réconciliation, de l’amitié et de la coopération avec ses voisins. Les résultats d’une recherche historique, tant au niveau gouvernemental qu’à celui des citoyens, entre le Japon et la Corée d’une part, le Japon et la Chine d’autre part, devraient être réexaminés, comme devrait l’être la déclaration commune d’intellectuels japonais et sud-coréens, qui en 2010 ont déclaré nul le traité d’annexion de la Corée de 1910.
9. La seule voie pour sortir du conflit dans les zones contestées est le codéveloppement et l’utilisation conjointe des ressources dans les territoires litigieux. Si la souveraineté ne peut être partagée, la gestion et la distribution des richesses peuvent l’être, y compris celles de la pêche. Plutôt que de s’affronter, les nations devraient poursuivre le dialogue, la consultation de toutes les parties pour arriver à une meilleure connaissance des ressources et à un partage des intérêts. Nous devons sortir du conflit qui alimente le nationalisme pour jeter de nouvelles bases de coopération régionale.
10. Le fardeau pesant sur Okinawa [qui abrite les principales bases américaines, fort contestées par la population] ne doit pas s’alourdir au nom des tensions régionales, ni à travers un renforcement du pacte de sécurité américano-japonais ou au déploiement des V-22 Osprey, un nouveau type d’avion de transport à décollage vertical.
11. Enfin, nous proposons de créer un cadre de concertation à un niveau non gouvernemental réunissant des citoyens du Japon, de la Chine, de la Corée, de Taïwan et d’Okinawa, avec un point de vue tourné vers l’avenir dans un esprit de confiance mutuelle et de bonne foi.
Notes
[1] Tokyo prétexta l’enlèvement d’un de ses soldats, qui s’entraînaient à une quinzaine de kilomètres de Pékin, près du pont Marco Polo, pour s’emparer de la capitale chinoise et étendre la guerre à tout le pays.
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31 août 2012
Le Parti communiste aux prises avec le mécontentement social
Par Martine Bulard
Septembre 2012
pour http://www.monde-diplomatique.fr
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Si, à quelques semaines du congrès du Parti communiste, on connaît les numéros un et deux de la future direction du pays, on ignore tout de leur programme. Les Chinois aussi. On devine seulement que les questions de la réforme politique et du rôle de l’Etat donnent lieu à de puissants débats internes.
Septembre 2012
pour http://www.monde-diplomatique.fr
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Si, à quelques semaines du congrès du Parti communiste, on connaît les numéros un et deux de la future direction du pays, on ignore tout de leur programme. Les Chinois aussi. On devine seulement que les questions de la réforme politique et du rôle de l’Etat donnent lieu à de puissants débats internes.
Pour certains commentateurs, la destitution de M. Bo Xilai, dirigeant de la ville-province de Chongqing, ne serait qu’un fait divers. « C’est un peu comme l’affaire Strauss-Kahn en France, explique un ami chinois. Cela faisait des années que Bo se préparait à devenir un dirigeant national, et il est tombé à cause d’une sombre histoire de mœurs. » Sa femme est condamnée pour avoir assassiné un affairiste anglais, tandis que son fils mène grand train aux Etats-Unis.
Au-delà de cette sordide affaire, l’éviction spectaculaire de M. Bo témoigne aussi de la vigueur de la lutte pour le pouvoir et de l’affrontement idéologique au sein du Parti communiste, qui porte essentiellement sur le rôle de l’Etat (et du parti) ainsi que sur l’ampleur des réformes sociales et politiques.
Fort opportunément, vient d’être publié un rapport « China 2030 » qui porte l’estampille de la Banque mondiale, mais aussi celle du think-tank gouvernemental, le Centre de recherche sur le développement (CRD) (1). Si, sur les deux cent trente pages, quelques-unes invitent à une extension rapide du système de protection sociale (une urgence, effectivement), l’essentiel constitue un vaste plaidoyer en faveur des privatisations. Avec un argumentaire dont on peut apprécier la finesse : le « “monopole public” dispose d’un pouvoir artificiel sur le marché, qui entrave la concurrence (...). Il diffère du monopole naturel, où le pouvoir de marché découle de facteurs structurels [permettant] une meilleure allocation des ressources » et des revenus. Beaucoup y voient le programme de la prochaine direction, même si la crise a calmé les ardeurs libérales.
Certes, on ne peut pas ignorer qu’ici les groupes publics — des secteurs industriel, bancaire ou des services — sont des mastodontes entre les mains d’un petit groupe où règne la corruption, sans que l’efficacité soit toujours au rendez-vous, et encore moins l’innovation sociale. Mais, outre le risque de voir les « fils de prince » qui dirigent actuellement ces sociétés se transformer en oligarques à la russe en cas de privatisation, il est difficile de prétendre que « les marchés » à l’occidentale assurent une « meilleure allocation des ressources »... si ce n’est pour leurs actionnaires. Qui peut croire que les privatisations permettront de tourner l’économie chinoise vers le marché intérieur — la priorité des priorités — en favorisant la hausse des salaires ? Ce serait une grande première mondiale. Les grandes banques chinoises, publiques, sont accusées, à juste titre, de ne pas financer les petites et moyennes entreprises. Mais les grandes banques françaises, privées, ne font guère mieux. La grande question pour le pouvoir est de désétatiser tout en gardant une maîtrise publique, afin de concilier essor économique et ascension sociale. Il ne semble pas que ce défi soit au cœur des discussions du XVIIIe Congrès.
Dans le domaine des rapports sociaux, l’affrontement idéologique a été marqué par l’opposition entre ce que l’on appelle le « modèle de Chongqing », à la fois étatique, social et autoritaire, hier symbolisé par M. Bo, et le « modèle du Guangdong », libéral économiquement et ouvert politiquement, incarné par le dirigeant de Canton, M. Wang Yang. Tous deux tentent de répondre à une interrogation qui traverse tout le Parti communiste chinois (PCC) : comment faire face au mécontentement croissant de la population ? Cent quatre-vingt mille « incidents de masse » officiellement recensés en 2011, soit deux fois et demie plus qu’en 2008... Le budget de la sécurité s’est hissé au niveau des dépenses militaires, comme si l’« ennemi intérieur » était jugé aussi menaçant que celui de l’extérieur. Mais la répression a ses limites.
Désormais, les blogs et certains journaux servent de caisses de résonance : « On peut donner la parole à la population, faire des reportages sur les motifs du mécontentement, à condition de ne pas s’en prendre aux très hauts dirigeants. On a beaucoup plus d’espace qu’avant, témoigne Yan Lieshan, ex-rédacteur en chef de Nanfang Zhoumo, quotidien de Canton réputé pour ses enquêtes sans complaisance. Cela ne veut pas dire que la volonté de contrôle a disparu. » Du reste, le directeur du journal a été limogé, il y a quelques mois, sur ordre du département de la propagande de Pékin. Weibo, le « Twitter chinois », est sous étroite surveillance. Certes les abus de pouvoir, les luttes pour la défense des droits sociaux ou de l’environnement, contre la corruption, occupent une très grande place sur les réseaux sociaux, mais, à tout moment, les autorités locales (ou nationales) peuvent interrompre le flux. C’est le règne de l’arbitraire.
Comme la nature a horreur du vide, des associations indépendantes de salariés et des réseaux d’avocats ont fait leur apparition, notamment dans le Guangdong, le poumon industriel et exportateur de la Chine. Ils sont réclamés par certains travailleurs en lutte, utilisés par les directions pour négocier en cas de grève, plus ou moins tolérés par le parti. C’est le cas du cabinet Laowei Law Firm (LLF), dirigé par un avocat de Shenzhen, à une heure et demie en train de Canton. Avec onze collègues, M. Duan Yui forme les mingong de la nouvelle génération, les aide à connaître leurs droits, les défend individuellement quand c’est nécessaire et sert d’intermédiaire quand il faut négocier lors d’une grève — toujours pas reconnue comme un droit constitutionnel. Dans la banlieue de Canton, c’est une organisation de travailleurs, Guangdong Panyu Migrant Workers, qui joue ce rôle. Dans la province, il y en aurait plusieurs dizaines.
Les deux associations rencontrées soulignent surtout le changement de mentalité chez les travailleurs. « Hier, ils étaient seuls face à l’employeur. Aujourd’hui, beaucoup découvrent le poids de l’action collective et l’efficacité de la négociation avec leurs propres représentants, estime M. Duan. C’est historique. » La naissance d’une conscience de classe chez les mingong ? L’apparition de sortes de syndicats autonomes qui ne diraient pas leur nom et que le pouvoir tolérerait ou même utiliserait quand il n’a d’autre issue que de négocier ?
Aussi novatrices soient-elles, ces expériences ne concernent que quelques centaines de milliers de travailleurs, sur près de deux cent cinquante-trois millions de mingong. Elles n’en ébranlent pas moins le système du syndicat unique, piloté par un parti tout-puissant. La Constitution dispose que « la propriété publique socialiste met fin au système de l’exploitation de l’homme par l’homme ». Reste que, pour reprendre l’expression châtiée de M. Duan, « l’opposition entre le capital et le travail devient de plus en plus rude ». La lutte des classes existe. Mais existe-t-il un « parti de classe » ? Selon M. Duan, « le Parti communiste doit changer, sinon les ouvriers vont l’y obliger, ou... le rejeter ». Dans l’entreprise japonaise Ohms Electronics, à Shenzhen, en mars dernier, le candidat du syndicat officiel a été balayé au profit d’un travailleur de 35 ans qui, ayant pu se présenter après une grève des salariés, a été élu à la majorité absolue par ses sept cents collègues.
Certains dirigeants ont pris conscience du défi, même si les réponses qu’ils y apportent divergent. Grand spécialiste des relations de travail, proche du secrétaire communiste du Guangdong, M. He Gaocho résume pour nous les options actuellement expérimentées. Il prend l’exemple de la grève des chauffeurs de taxi de Chongqing, en 2008, rapidement réglée grâce à une intervention du secrétaire du parti (le fameux M. Bo) auprès de la direction de l’entreprise : « Evidemment, dans un cas comme ça, c’est bon pour les salariés — dans le reste du pays, quand le dirigeant du parti téléphone à la direction, c’est rarement en faveur des travailleurs, reconnaît-il au passage. Mais cela confirme que c’est toujours le parti qui décide de tout. » Selon lui, le parti de Guangdong « préfère pousser les travailleurs à négocier. La grève relève des acteurs sociaux : syndicat, travailleurs, direction. Ce n’est pas un fait politique dont doivent s’occuper les dirigeants politiques ».
Dans près de trois cents entreprises, des élections libres vont être organisées au cours des prochains mois, promettent les dirigeants de Canton, afin que les salariés choisissent librement leurs représentants, au lieu d’être contraints de voter pour ceux choisis par les directions du parti et de l’entreprise. Cette expérience, menée par M. Wang, promis à une belle promotion lors du prochain congrès, sera-t-elle étendue ? Le parti accepterait-il ainsi de perdre l’un de ses relais dans la société afin de mieux conserver les autres ? Nul n’est en mesure de répondre.
Au-delà de cette sordide affaire, l’éviction spectaculaire de M. Bo témoigne aussi de la vigueur de la lutte pour le pouvoir et de l’affrontement idéologique au sein du Parti communiste, qui porte essentiellement sur le rôle de l’Etat (et du parti) ainsi que sur l’ampleur des réformes sociales et politiques.
Fort opportunément, vient d’être publié un rapport « China 2030 » qui porte l’estampille de la Banque mondiale, mais aussi celle du think-tank gouvernemental, le Centre de recherche sur le développement (CRD) (1). Si, sur les deux cent trente pages, quelques-unes invitent à une extension rapide du système de protection sociale (une urgence, effectivement), l’essentiel constitue un vaste plaidoyer en faveur des privatisations. Avec un argumentaire dont on peut apprécier la finesse : le « “monopole public” dispose d’un pouvoir artificiel sur le marché, qui entrave la concurrence (...). Il diffère du monopole naturel, où le pouvoir de marché découle de facteurs structurels [permettant] une meilleure allocation des ressources » et des revenus. Beaucoup y voient le programme de la prochaine direction, même si la crise a calmé les ardeurs libérales.
Certes, on ne peut pas ignorer qu’ici les groupes publics — des secteurs industriel, bancaire ou des services — sont des mastodontes entre les mains d’un petit groupe où règne la corruption, sans que l’efficacité soit toujours au rendez-vous, et encore moins l’innovation sociale. Mais, outre le risque de voir les « fils de prince » qui dirigent actuellement ces sociétés se transformer en oligarques à la russe en cas de privatisation, il est difficile de prétendre que « les marchés » à l’occidentale assurent une « meilleure allocation des ressources »... si ce n’est pour leurs actionnaires. Qui peut croire que les privatisations permettront de tourner l’économie chinoise vers le marché intérieur — la priorité des priorités — en favorisant la hausse des salaires ? Ce serait une grande première mondiale. Les grandes banques chinoises, publiques, sont accusées, à juste titre, de ne pas financer les petites et moyennes entreprises. Mais les grandes banques françaises, privées, ne font guère mieux. La grande question pour le pouvoir est de désétatiser tout en gardant une maîtrise publique, afin de concilier essor économique et ascension sociale. Il ne semble pas que ce défi soit au cœur des discussions du XVIIIe Congrès.
Dans le domaine des rapports sociaux, l’affrontement idéologique a été marqué par l’opposition entre ce que l’on appelle le « modèle de Chongqing », à la fois étatique, social et autoritaire, hier symbolisé par M. Bo, et le « modèle du Guangdong », libéral économiquement et ouvert politiquement, incarné par le dirigeant de Canton, M. Wang Yang. Tous deux tentent de répondre à une interrogation qui traverse tout le Parti communiste chinois (PCC) : comment faire face au mécontentement croissant de la population ? Cent quatre-vingt mille « incidents de masse » officiellement recensés en 2011, soit deux fois et demie plus qu’en 2008... Le budget de la sécurité s’est hissé au niveau des dépenses militaires, comme si l’« ennemi intérieur » était jugé aussi menaçant que celui de l’extérieur. Mais la répression a ses limites.
Désormais, les blogs et certains journaux servent de caisses de résonance : « On peut donner la parole à la population, faire des reportages sur les motifs du mécontentement, à condition de ne pas s’en prendre aux très hauts dirigeants. On a beaucoup plus d’espace qu’avant, témoigne Yan Lieshan, ex-rédacteur en chef de Nanfang Zhoumo, quotidien de Canton réputé pour ses enquêtes sans complaisance. Cela ne veut pas dire que la volonté de contrôle a disparu. » Du reste, le directeur du journal a été limogé, il y a quelques mois, sur ordre du département de la propagande de Pékin. Weibo, le « Twitter chinois », est sous étroite surveillance. Certes les abus de pouvoir, les luttes pour la défense des droits sociaux ou de l’environnement, contre la corruption, occupent une très grande place sur les réseaux sociaux, mais, à tout moment, les autorités locales (ou nationales) peuvent interrompre le flux. C’est le règne de l’arbitraire.
Un syndicat plus si unique
Les mouvements sociaux mettent plus souvent en cause les dirigeants locaux que les gouvernants centraux, et pratiquement jamais le régime lui-même. Mais, dans les grandes concentrations ouvrières où vivent les migrants (mingong), la confiance dans les communistes s’effiloche, et certains responsables se sentent assis sur une cocotte-minute. D’autant que le syndicat unique, la Fédération des syndicats de toute la Chine (FSTC), simple émanation du parti, ne peut jouer les pompiers, tant il est discrédité.
Comme la nature a horreur du vide, des associations indépendantes de salariés et des réseaux d’avocats ont fait leur apparition, notamment dans le Guangdong, le poumon industriel et exportateur de la Chine. Ils sont réclamés par certains travailleurs en lutte, utilisés par les directions pour négocier en cas de grève, plus ou moins tolérés par le parti. C’est le cas du cabinet Laowei Law Firm (LLF), dirigé par un avocat de Shenzhen, à une heure et demie en train de Canton. Avec onze collègues, M. Duan Yui forme les mingong de la nouvelle génération, les aide à connaître leurs droits, les défend individuellement quand c’est nécessaire et sert d’intermédiaire quand il faut négocier lors d’une grève — toujours pas reconnue comme un droit constitutionnel. Dans la banlieue de Canton, c’est une organisation de travailleurs, Guangdong Panyu Migrant Workers, qui joue ce rôle. Dans la province, il y en aurait plusieurs dizaines.
Les deux associations rencontrées soulignent surtout le changement de mentalité chez les travailleurs. « Hier, ils étaient seuls face à l’employeur. Aujourd’hui, beaucoup découvrent le poids de l’action collective et l’efficacité de la négociation avec leurs propres représentants, estime M. Duan. C’est historique. » La naissance d’une conscience de classe chez les mingong ? L’apparition de sortes de syndicats autonomes qui ne diraient pas leur nom et que le pouvoir tolérerait ou même utiliserait quand il n’a d’autre issue que de négocier ?
Aussi novatrices soient-elles, ces expériences ne concernent que quelques centaines de milliers de travailleurs, sur près de deux cent cinquante-trois millions de mingong. Elles n’en ébranlent pas moins le système du syndicat unique, piloté par un parti tout-puissant. La Constitution dispose que « la propriété publique socialiste met fin au système de l’exploitation de l’homme par l’homme ». Reste que, pour reprendre l’expression châtiée de M. Duan, « l’opposition entre le capital et le travail devient de plus en plus rude ». La lutte des classes existe. Mais existe-t-il un « parti de classe » ? Selon M. Duan, « le Parti communiste doit changer, sinon les ouvriers vont l’y obliger, ou... le rejeter ». Dans l’entreprise japonaise Ohms Electronics, à Shenzhen, en mars dernier, le candidat du syndicat officiel a été balayé au profit d’un travailleur de 35 ans qui, ayant pu se présenter après une grève des salariés, a été élu à la majorité absolue par ses sept cents collègues.
Certains dirigeants ont pris conscience du défi, même si les réponses qu’ils y apportent divergent. Grand spécialiste des relations de travail, proche du secrétaire communiste du Guangdong, M. He Gaocho résume pour nous les options actuellement expérimentées. Il prend l’exemple de la grève des chauffeurs de taxi de Chongqing, en 2008, rapidement réglée grâce à une intervention du secrétaire du parti (le fameux M. Bo) auprès de la direction de l’entreprise : « Evidemment, dans un cas comme ça, c’est bon pour les salariés — dans le reste du pays, quand le dirigeant du parti téléphone à la direction, c’est rarement en faveur des travailleurs, reconnaît-il au passage. Mais cela confirme que c’est toujours le parti qui décide de tout. » Selon lui, le parti de Guangdong « préfère pousser les travailleurs à négocier. La grève relève des acteurs sociaux : syndicat, travailleurs, direction. Ce n’est pas un fait politique dont doivent s’occuper les dirigeants politiques ».
Dans près de trois cents entreprises, des élections libres vont être organisées au cours des prochains mois, promettent les dirigeants de Canton, afin que les salariés choisissent librement leurs représentants, au lieu d’être contraints de voter pour ceux choisis par les directions du parti et de l’entreprise. Cette expérience, menée par M. Wang, promis à une belle promotion lors du prochain congrès, sera-t-elle étendue ? Le parti accepterait-il ainsi de perdre l’un de ses relais dans la société afin de mieux conserver les autres ? Nul n’est en mesure de répondre.
Martine Bulard
(1) « China 2030. Building a modern, harmonious and creative high-income society », Banque mondiale et Centre de recherche sur le développement du Conseil des affaires d’Etat de la République populaire de Chine, Washington, DC, 2012.
30 août 2012
Industrie, socle de la puissance
Par Laurent Carroué
Mars 2012
pour http://www.monde-diplomatique.fr
english version
Mars 2012
pour http://www.monde-diplomatique.fr
english version
En dépit des discours sur la « société de loisirs post-industrielle » qui avaient fleuri dans les années 1990 et 2000, l’industrie joue toujours un rôle majeur dans l’organisation des territoires, la dynamique des systèmes productifs et les rapports de puissance structurant la mondialisation. En vingt ans, entre 1990 et 2010, de profonds changements sont apparus dans la hiérarchie planétaire : face au dynamisme des pays émergents et des puissances régionales, l’Europe à trente (les vingt-sept pays de l’Union européenne plus l’Islande, la Norvège et la Suisse) tombe de 36 % à 24,5 % de la production. En 2011, la Chine est devenue la première puissance industrielle du monde, mettant fin à un siècle d’hégémonie américaine.De son côté, le Brésil, désormais sixième économie de la planète (1), a devancé la France pour la production industrielle ; la Corée du Sud a surpassé le Royaume-Uni, lui-même talonné par l’Inde (2).
Ces reconfigurations géo-économiques s’expliquent par l’émergence d’une nouvelle division internationale du travail, dans le cadre d’une architecture mondiale multipolaire (3). On assiste à un déplacement géographique sans précédent des marchés, aspirant investissements, emplois, localisations d’activités (voir graphiques). Entre 1990 et 2010, les profits des deux cent vingt plus grands groupes européens réalisés dans les pays émergents sont passés de 15 % à 24 %. Les logiques de localisation des transnationales en sont bouleversées. Si les délocalisations fondées sur les différentiels de coûts salariaux perdurent, les entreprises cherchent également à répondre aux demandes des nouvelles couches moyennes urbaines solvables, alors que les revenus de celles-ci dans les pays du Nord sont bloqués. Une ruée vers les marchés des Sud a commencé.
Loin de se cantonner aux activités bas de gamme, les grands pays émergents gagnent des places dans des filières plus sophistiquées : télécommunications, aéronautique, trains à grande vitesse, nucléaire, industries navale et spatiale... Ils négocient pied à pied les transferts de technologies, réalisent un sensible effort de formation de leur main-d’œuvre et se dotent d’entreprises transnationales de plus en plus dynamiques, qui taillent des croupières aux groupes occidentaux. Dans les négociations exclusives entre l’Inde et Dassault, annoncées en février 2012, pour la fourniture de cent vingt-six avions de combat Rafale, le débat porte à la fois sur le nombre d’avions construits en Inde par l’entreprise publique Hindustan Aeronautics Limited (86 %, en principe), sur les transferts de technologies consentis et sur les contreparties économiques et financières.
La géographie mondiale de l’innovation s’en trouve bouleversée, comme l’illustre le triptyque chinois, qui mobilise les facteurs humain, financier et technologique. Effort humain : avec 1,15 million de chercheurs, la Chine dispose d’un potentiel équivalant à 82 % des capacités américaines et à 79 % de celles de l’Union européenne ; selon la National Science Foundation américaine, elle devrait rassembler 30 % des chercheurs mondiaux d’ici à 2025. Effort financier : en 2009, pour la première fois, Pékin a affiché un budget de recherche qui le hisse au deuxième rang mondial, encore assez loin des Etats-Unis, mais devant le Japon (4). Effort technologique, enfin : en 2011, la Chine est devenue le premier déposant mondial de brevets, grâce à une stratégie nationale qui souhaite passer du made in China (« fabriqué en Chine ») au designed in China (« conçu en Chine »).
L’impact est considérable, et ouvre de nouveaux champs de concurrence frontale. Le 23 décembre 2011, le groupe China Three Gorges — du nom du célèbre barrage hydroélectrique sur le Yangzi Jiang — a acquis 21,3 % du capital de l’électricien Energias de Portugal (EDP, équivalent d’Electricité de France), privatisé au nom de la lutte contre la dette publique. Il a remporté l’affaire à la barbe du groupe allemand E.ON et du brésilien Electrobras, pour un montant de 2,7 milliards d’euros, en offrant un prix par action de 50 % supérieur à son cours de Bourse. Déjà, la Chine réalise la moitié de la production mondiale de panneaux solaires photovoltaïques, mettant sous pression les fabricants occidentaux, comme le montre la faillite, en décembre 2011, des allemands Solon et Solar Millennium. Elle dispose du premier parc mondial d’éoliennes, qui devrait être multiplié par 4,7 d’ici à 2020.
Dans ce contexte, l’impasse des stratégies communautaires et l’aveuglement des élites politiques et économiques européennes sont stupéfiants, alors que l’arrivée de la Chine au premier rang de l’industrie mondiale a provoqué un véritable choc aux Etats-Unis (5). Il est plus qu’urgent que l’Union européenne et la France se soucient enfin sérieusement de leur avenir industriel, scientifique et technologique. Chômage et sous-emploi se conjuguent dans l’Union, qui comptait 23,8 millions de demandeurs d’emploi à la fin de 2011.
La crise s’est traduite par un effondrement de 20 % en deux ans (entre 2007 et 2009) de la valeur de la production industrielle dans l’Union européenne. Le recul va de 15 % en Europe centrale et orientale à un tiers en Estonie ou un quart en Lettonie, et dépasse les 20 % en Allemagne (21,4 %), en Italie, en Finlande ou en Suède. Entre le début de la crise, à l’automne 2008, et la fin de 2010, l’Union a perdu plus de quatre millions d’emplois industriels, soit 11 % de ses effectifs. Au troisième trimestre 2011, ces pertes n’étaient toujours pas résorbées, sauf en Allemagne. La récession qui s’annonce pour 2012-2014 du fait des gigantesques plans d’austérité ne peut qu’aggraver ce déclin.
La France est devenue le pays le plus désindustrialisé parmi les quatre grands de la zone euro (les trois autres étant l’Allemagne, l’Espagne et l’Italie) ; entre 1980 et 2011, les emplois industriels y sont passés de 24 % à 13 % du total des emplois. Les raisons de cette forte érosion sont sujettes à débat. On estime généralement que, depuis 1980, environ un quart du déclin est imputable aux mutations du système productif et à l’externalisation accrue des tâches industrielles vers le secteur des services, comme par exemple le recours à l’intérim. Certaines tâches de conception, de maintenance ou même de secrétariat sont ainsi répertoriées comme des services alors qu’elles étaient auparavant inclues dans la production (6). A cela, il faut ajouter la baisse d’effectifs liée aux gains de productivité, qui représente environ 30 % (7).
Il serait cependant malvenu de fermer les yeux sur la longue et très inquiétante marche française vers la désindustrialisation, que la crise ne fait qu’accélérer. En témoignent de nombreux indicateurs, comme le recul de l’investissement, en baisse de 10 % entre 2008 et 2010, ou l’explosion du déficit commercial depuis 2004. Le solde des échanges industriels est dans le rouge pour presque tous les produits, sauf l’agro-alimentaire. Les exportations ne couvrent les importations qu’à hauteur de 87 % pour l’ensemble des produits industriels, de 73 % pour les biens de consommation et de 87 % pour les biens d’équipement. Sur les cinq dernières années, le déficit cumulé atteint 113,6 milliards d’euros, en particulier avec la Chine et l’Allemagne. Alors que les points faibles sombrent, les points forts s’érodent : la France perd des parts de marché à l’exportation en Europe et dans le monde sans pouvoir faire face à ses propres besoins nationaux.
Entre 2008 et 2010, le recul de la valeur de la production française touche toutes les branches (hors secteur des déchets, eau et dépollution). Il atteint 28 % dans le raffinage et la cokéfaction, 26 % dans le textile, de 15 % à 20 % dans la métallurgie, la mécanique, l’informatique, l’optique et l’électronique, où se multiplient les fermetures de sites industriels. Entre 1989 et 2011, l’industrie française a ainsi perdu 2,5 millions d’emplois. Sans surprise, cette chute touche l’industrie lourde et celle qui utilise de la main-d’œuvre non qualifiée. Mais le recul s’étend également aux industries innovantes ou stratégiques, comme les équipements ou la robotique.
De même, si les ouvriers non qualifiés payent le plus lourd tribut, avec une régression de 671 000 emplois (- 55 %), on assiste à la perte de 182 000 postes d’ouvrier qualifié et de 74 000 postes d’ingénieur, de cadre et de technicien. En octobre 2011, Peugeot SA annonçait ainsi la suppression de 6 000 emplois, dont 1 900 dans la production et 3 100 dans les services, en particulier en recherche-développement ; 3 000 sous-traitants et intérimaires sont remerciés. En dehors de quelques vieux héritages gaullistes datant des années 1960-1970 (aéronautique, industrie spatiale, armement, nucléaire) et désormais fragilisés, ainsi que de l’agroalimentaire, le socle industriel et technologique national se délite, sans qu’une relève d’envergure ait été lancée au cours des trois ou quatre dernières décennies.
Rien d’étonnant à ce que la désindustrialisation soit devenue l’un des enjeux des élections présidentielles, la française comme l’américaine. Pas un candidat, de l’extrême gauche à l’extrême droite, en passant par MM. François Hollande et Nicolas Sarkozy, qui n’en parle. Dans la foulée des Etats généraux de l’industrie de 2010, le ministre chargé de ce dossier, M. Eric Besson, promeut l’« aide à la réindustrialisation », qui permet à de petites et moyennes entreprises (PME) de bénéficier d’avances remboursables sur trois ans, alors que le Fonds stratégique d’investissement (FSI) français annonce quelques prises de capital dans des PME jugées stratégiques. On ne peut cependant que constater le décalage entre ces mesures ou déclarations et les enjeux essentiels.
La Commission de Bruxelles et les gouvernements nationaux qui se sont succédé ces trois dernières décennies ont une responsabilité directe, à la fois dans la construction puis dans l’effondrement du régime d’accumulation financière d’un côté et dans le mécanisme de désindustrialisation de l’Union de l’autre : les deux faces d’une même crise systémique. Définie en 2000, la stratégie dite de Lisbonne s’est révélée une pure illusion. En effet, elle fixait comme objectif — jamais atteint — que chaque Etat consacre 3 % de son produit intérieur brut (PIB) à la recherche-développement et à l’innovation. Elle se fondait pour cela sur un système de représentation idéologique axé sur l’« économie de la connaissance », censée remplacer la production matérielle.
Ce discours a surtout permis de justifier l’abandon de pans entiers de l’industrie française et européenne, au nom d’une spécialisation internationale du travail réservant à l’Union européenne les technologies et secteurs de pointe. Il a largement accompagné le redéploiement international du capital, la financiarisation croissante et la gestion à court terme des actifs industriels, la forte dégradation du rapport entre travail et capital dans la répartition des richesses, le refus constant et systématique de toute politique industrielle communautaire et nationale au nom du dogme de la libre concurrence.
Ce désarmement idéologique, politique et économique se paye au prix fort : entre 2000 et 2010, le PIB par habitant a grimpé de seulement 0,9 % dans l’Union et de 0,5 % en France, soit l’un des taux les plus faibles des économies industrielles. L’Europe et la France se trouvent ainsi pris en tenaille entre les pays en développement et les grands pays émergents qui vont, d’ici une quinzaine d’années, les concurrencer dans des secteurs jusqu’à présent relativement épargnés. De 1998 à 2008, le poids des pays à faible coût de production dans les importations de biens manufacturés de la zone euro passe de 17 % à 44 % (8).
Il convient de souligner que la perte de compétitivité de la France dépasse largement le seul coût du travail. Toute analyse sérieuse doit intégrer à la fois la pression exercée par la politique de l’euro fort, la compétitivité liée à la qualité de la formation, à l’organisation du travail, à la place de la recherche et de l’innovation, aux caractéristiques du système productif et aux prélèvements du capital (paiement des dividendes, etc.). En effet, non seulement le coût horaire du travail en 2008 — dernière année de comparaison disponible — dans l’industrie manufacturière française est inférieur à celui de l’Allemagne (33,16 euros contre 33,37 euros), mais la productivité par personne est en France l’une des meilleures d’Europe : elle est de 21 % supérieure à la moyenne de l’Union à vingt-sept et de 15 % supérieure à celle de l’Allemagne. C’est pourquoi la stratégie systématique de baisse continue du coût du travail se révèle une impasse.
Puisque l’Allemagne est convoquée à tort et à travers dans le débat public français, il convient de rappeler quelques faits. L’efficacité allemande repose fondamentalement sur une forte stratégie industrielle (20 % du PIB et 19 % de l’emploi), elle-même fondée sur l’innovation, la montée en gamme des produits et une spécialisation dans des activités motrices centrées sur les biens d’équipement civils, un tissu productif articulant de grands groupes (konzerns) et un puissant tissu de petites et moyennes entreprises innovantes (Mittelstand), capables d’exporter. Si l’on prend les évolutions sur vingt ans, on constate que la France représente, en moyenne, 73,5 % du PIB allemand, mais que la valeur de sa production industrielle n’atteint que 42 % de celle de l’Allemagne et ses exportations de biens et de services, 52 %.
Les effets de ces choix stratégiques sont immédiats : malgré la crise, le taux de chômage officiel en Allemagne est au plus bas depuis vingt ans (6,8 %). En 2011, la croissance a été de 3 %, permettant de réduire à 1 % du PIB le déficit public. Quelque 535 000 emplois à plein temps ont été créés, et l’investissement en biens d’équipement a augmenté de 8,3 %. Cette bonne tenue de l’économie allemande est due à une hausse de 8,2 % des exportations, en particulier vers les pays émergents, dont la Chine, qui pourrait, d’ici trois ans, devenir son premier partenaire commercial.
Certes, les konzerns ont transféré à l’étranger, en particulier en Europe centrale et orientale, une partie de leur appareil productif (automobile, mécanique...). Entre 1998 et 2012, la part des importations de biens intermédiaires dans la valeur ajoutée de l’industrie passe de 33 % à 59 % (de 50 % à 80 % en France) (9). Mais les konzerns ont gardé le contrôle des segments et des fonctions les plus stratégiques et, surtout, ils n’ont pas cessé de moderniser leur appareil industriel en Allemagne même, afin de répondre aux nouvelles demandes mondiales.
Les faiblesses du capitalisme français sont connues depuis une quarantaine d’années : sous-industrialisation (12 % du PIB et 11 % de l’emploi), insuffisance de la recherche-développement privée et industrielle, positionnement de milieu de gamme pour les productions, écrasement et pillage du tissu de PME par les grands groupes — celles qui exportent étant trois fois moins nombreuses qu’en Allemagne —, insuffisance de formation initiale et continue, sous-qualification et non-reconnaissance de celles qui existent, dévalorisation de toute culture technique, technologique ou scientifique dans le système des représentations sociales... La non-compétitivité française tient en particulier au sous-investissement des industriels et du secteur privé dans la recherche. L’effort ne dépasse pas le quart des dividendes nets versés en 2008, contre 35 % en 1995 (10). En 2010, cela ne représente que 57 % de l’effort financier des entreprises allemandes.
Alors que la stratégie de Lisbonne prévoyait de porter à 40 % le nombre des 30-34 ans titulaires d’un diplôme de l’enseignement supérieur, 46 % des Français âgés de 25 ans à 45 ans ont un niveau inférieur ou égal au brevet d’études professionnelles (BEP) – certificat d’aptitude professionnelle (CAP). Enfin, le système productif français est également victime de l’hégémonie des paramètres financiarisés dans le pilotage des stratégies industrielles, les investisseurs financiers étant devenus in fine les arbitres des choix stratégiques.
Face à ces contraintes et à ces urgences, l’Union européenne et la France doivent totalement repenser leur modèle de développement et redonner au système bancaire et financier le rôle dont il n’aurait jamais dû sortir : financer une croissance économique, sociale et territoriale efficace, durable et solidaire. Sur une génération, c’est-à-dire sur une trentaine d’années, c’est une véritable révolution industrielle et productive qu’il faut engager. La rupture technique et technologique doit être équivalente à celle qui fut réalisée à la fin du XIXe siècle. L’enjeu est bien de franchir une nouvelle frontière décisive dans des activités d’avenir qui permettent de répondre aux défis communautaires et mondiaux du XXIe siècle.
Rappelons tout de même que la population mondiale doit augmenter de 1,4 milliard d’habitants d’ici à 2030, et la population active mondiale doubler d’ici à 2020. La généralisation du modèle américain de consommation à la planète entière se révèle une impasse. Un débat s’impose sur des politiques communautaires et nationales de réindustrialisation volontaristes qui s’accompagnent d’un effort à long terme d’innovation, de recherche fondamentale et appliquée, de formation et de qualification de la main-d’œuvre. Cela exige pour la France de mobiliser de 4 à 5 points de PIB supplémentaires, soit un effort indispensable, et tout à fait soutenable, de 100 milliards d’euros.
La sortie de crise ne peut s’envisager qu’à travers la promotion d’un nouveau modèle de développement aux échelles nationale et communautaire, dans le cadre d’un modèle de croissance durable. Cela suppose la réhabilitation d’un Etat stratège définissant des politiques industrielles et des investissements à long terme, une rerégulation et une réorientation du secteur financier et bancaire vers les investissements productifs, la revalorisation du potentiel humain et de l’innovation, l’émergence de nouvelles spécialisations autour d’un renforcement de l’offre fondée sur de nouveaux producteurs et de nouveaux produits.
Dans ce cadre, la France et l’Union européenne disposent, malgré les difficultés actuelles, de nombreux atouts (11). Par exemple, dans l’énergie, les déséquilibres croissants entre l’offre et la demande, la montée structurelle des prix des matières premières à moyen et à long terme et la sécurité des approvisionnements obligent à une augmentation sans précédent de l’intensité énergétique, à une utilisation plus rationnelle et plus économe des ressources énergétiques et minérales (généralisation de filières de recyclage), au déploiement de nouvelles énergies et à une vraie rupture technologique dans le nucléaire (réacteur nucléaire de nouvelle génération, gestion des déchets radioactifs à haute activité et longue vie).
Face à la hausse des besoins alimentaires mondiaux (+ 50 % d’ici à 2025), les défis à relever sont considérables pour produire à la fois plus et mieux en répondant aux exigences environnementales, sanitaires et sociétales, tout en assurant la sécurité alimentaire. Enfin, le développement de nouveaux champs sectoriels s’ouvre avec les technologies vertes, les énergies décarbonées et la capture et le stockage du CO2, les biotechnologies et les sciences du vivant, la chimie du végétal, les nouveaux matériaux, les nanotechnologies, les sciences cognitives et les nouvelles technologies informatiques. Autant de pistes pour une nouvelle révolution productive.
Ces reconfigurations géo-économiques s’expliquent par l’émergence d’une nouvelle division internationale du travail, dans le cadre d’une architecture mondiale multipolaire (3). On assiste à un déplacement géographique sans précédent des marchés, aspirant investissements, emplois, localisations d’activités (voir graphiques). Entre 1990 et 2010, les profits des deux cent vingt plus grands groupes européens réalisés dans les pays émergents sont passés de 15 % à 24 %. Les logiques de localisation des transnationales en sont bouleversées. Si les délocalisations fondées sur les différentiels de coûts salariaux perdurent, les entreprises cherchent également à répondre aux demandes des nouvelles couches moyennes urbaines solvables, alors que les revenus de celles-ci dans les pays du Nord sont bloqués. Une ruée vers les marchés des Sud a commencé.
Loin de se cantonner aux activités bas de gamme, les grands pays émergents gagnent des places dans des filières plus sophistiquées : télécommunications, aéronautique, trains à grande vitesse, nucléaire, industries navale et spatiale... Ils négocient pied à pied les transferts de technologies, réalisent un sensible effort de formation de leur main-d’œuvre et se dotent d’entreprises transnationales de plus en plus dynamiques, qui taillent des croupières aux groupes occidentaux. Dans les négociations exclusives entre l’Inde et Dassault, annoncées en février 2012, pour la fourniture de cent vingt-six avions de combat Rafale, le débat porte à la fois sur le nombre d’avions construits en Inde par l’entreprise publique Hindustan Aeronautics Limited (86 %, en principe), sur les transferts de technologies consentis et sur les contreparties économiques et financières.
La géographie mondiale de l’innovation s’en trouve bouleversée, comme l’illustre le triptyque chinois, qui mobilise les facteurs humain, financier et technologique. Effort humain : avec 1,15 million de chercheurs, la Chine dispose d’un potentiel équivalant à 82 % des capacités américaines et à 79 % de celles de l’Union européenne ; selon la National Science Foundation américaine, elle devrait rassembler 30 % des chercheurs mondiaux d’ici à 2025. Effort financier : en 2009, pour la première fois, Pékin a affiché un budget de recherche qui le hisse au deuxième rang mondial, encore assez loin des Etats-Unis, mais devant le Japon (4). Effort technologique, enfin : en 2011, la Chine est devenue le premier déposant mondial de brevets, grâce à une stratégie nationale qui souhaite passer du made in China (« fabriqué en Chine ») au designed in China (« conçu en Chine »).
L’impact est considérable, et ouvre de nouveaux champs de concurrence frontale. Le 23 décembre 2011, le groupe China Three Gorges — du nom du célèbre barrage hydroélectrique sur le Yangzi Jiang — a acquis 21,3 % du capital de l’électricien Energias de Portugal (EDP, équivalent d’Electricité de France), privatisé au nom de la lutte contre la dette publique. Il a remporté l’affaire à la barbe du groupe allemand E.ON et du brésilien Electrobras, pour un montant de 2,7 milliards d’euros, en offrant un prix par action de 50 % supérieur à son cours de Bourse. Déjà, la Chine réalise la moitié de la production mondiale de panneaux solaires photovoltaïques, mettant sous pression les fabricants occidentaux, comme le montre la faillite, en décembre 2011, des allemands Solon et Solar Millennium. Elle dispose du premier parc mondial d’éoliennes, qui devrait être multiplié par 4,7 d’ici à 2020.
Dans ce contexte, l’impasse des stratégies communautaires et l’aveuglement des élites politiques et économiques européennes sont stupéfiants, alors que l’arrivée de la Chine au premier rang de l’industrie mondiale a provoqué un véritable choc aux Etats-Unis (5). Il est plus qu’urgent que l’Union européenne et la France se soucient enfin sérieusement de leur avenir industriel, scientifique et technologique. Chômage et sous-emploi se conjuguent dans l’Union, qui comptait 23,8 millions de demandeurs d’emploi à la fin de 2011.
La crise s’est traduite par un effondrement de 20 % en deux ans (entre 2007 et 2009) de la valeur de la production industrielle dans l’Union européenne. Le recul va de 15 % en Europe centrale et orientale à un tiers en Estonie ou un quart en Lettonie, et dépasse les 20 % en Allemagne (21,4 %), en Italie, en Finlande ou en Suède. Entre le début de la crise, à l’automne 2008, et la fin de 2010, l’Union a perdu plus de quatre millions d’emplois industriels, soit 11 % de ses effectifs. Au troisième trimestre 2011, ces pertes n’étaient toujours pas résorbées, sauf en Allemagne. La récession qui s’annonce pour 2012-2014 du fait des gigantesques plans d’austérité ne peut qu’aggraver ce déclin.
La France est devenue le pays le plus désindustrialisé parmi les quatre grands de la zone euro (les trois autres étant l’Allemagne, l’Espagne et l’Italie) ; entre 1980 et 2011, les emplois industriels y sont passés de 24 % à 13 % du total des emplois. Les raisons de cette forte érosion sont sujettes à débat. On estime généralement que, depuis 1980, environ un quart du déclin est imputable aux mutations du système productif et à l’externalisation accrue des tâches industrielles vers le secteur des services, comme par exemple le recours à l’intérim. Certaines tâches de conception, de maintenance ou même de secrétariat sont ainsi répertoriées comme des services alors qu’elles étaient auparavant inclues dans la production (6). A cela, il faut ajouter la baisse d’effectifs liée aux gains de productivité, qui représente environ 30 % (7).
Il serait cependant malvenu de fermer les yeux sur la longue et très inquiétante marche française vers la désindustrialisation, que la crise ne fait qu’accélérer. En témoignent de nombreux indicateurs, comme le recul de l’investissement, en baisse de 10 % entre 2008 et 2010, ou l’explosion du déficit commercial depuis 2004. Le solde des échanges industriels est dans le rouge pour presque tous les produits, sauf l’agro-alimentaire. Les exportations ne couvrent les importations qu’à hauteur de 87 % pour l’ensemble des produits industriels, de 73 % pour les biens de consommation et de 87 % pour les biens d’équipement. Sur les cinq dernières années, le déficit cumulé atteint 113,6 milliards d’euros, en particulier avec la Chine et l’Allemagne. Alors que les points faibles sombrent, les points forts s’érodent : la France perd des parts de marché à l’exportation en Europe et dans le monde sans pouvoir faire face à ses propres besoins nationaux.
Entre 2008 et 2010, le recul de la valeur de la production française touche toutes les branches (hors secteur des déchets, eau et dépollution). Il atteint 28 % dans le raffinage et la cokéfaction, 26 % dans le textile, de 15 % à 20 % dans la métallurgie, la mécanique, l’informatique, l’optique et l’électronique, où se multiplient les fermetures de sites industriels. Entre 1989 et 2011, l’industrie française a ainsi perdu 2,5 millions d’emplois. Sans surprise, cette chute touche l’industrie lourde et celle qui utilise de la main-d’œuvre non qualifiée. Mais le recul s’étend également aux industries innovantes ou stratégiques, comme les équipements ou la robotique.
De même, si les ouvriers non qualifiés payent le plus lourd tribut, avec une régression de 671 000 emplois (- 55 %), on assiste à la perte de 182 000 postes d’ouvrier qualifié et de 74 000 postes d’ingénieur, de cadre et de technicien. En octobre 2011, Peugeot SA annonçait ainsi la suppression de 6 000 emplois, dont 1 900 dans la production et 3 100 dans les services, en particulier en recherche-développement ; 3 000 sous-traitants et intérimaires sont remerciés. En dehors de quelques vieux héritages gaullistes datant des années 1960-1970 (aéronautique, industrie spatiale, armement, nucléaire) et désormais fragilisés, ainsi que de l’agroalimentaire, le socle industriel et technologique national se délite, sans qu’une relève d’envergure ait été lancée au cours des trois ou quatre dernières décennies.
Rien d’étonnant à ce que la désindustrialisation soit devenue l’un des enjeux des élections présidentielles, la française comme l’américaine. Pas un candidat, de l’extrême gauche à l’extrême droite, en passant par MM. François Hollande et Nicolas Sarkozy, qui n’en parle. Dans la foulée des Etats généraux de l’industrie de 2010, le ministre chargé de ce dossier, M. Eric Besson, promeut l’« aide à la réindustrialisation », qui permet à de petites et moyennes entreprises (PME) de bénéficier d’avances remboursables sur trois ans, alors que le Fonds stratégique d’investissement (FSI) français annonce quelques prises de capital dans des PME jugées stratégiques. On ne peut cependant que constater le décalage entre ces mesures ou déclarations et les enjeux essentiels.
La Commission de Bruxelles et les gouvernements nationaux qui se sont succédé ces trois dernières décennies ont une responsabilité directe, à la fois dans la construction puis dans l’effondrement du régime d’accumulation financière d’un côté et dans le mécanisme de désindustrialisation de l’Union de l’autre : les deux faces d’une même crise systémique. Définie en 2000, la stratégie dite de Lisbonne s’est révélée une pure illusion. En effet, elle fixait comme objectif — jamais atteint — que chaque Etat consacre 3 % de son produit intérieur brut (PIB) à la recherche-développement et à l’innovation. Elle se fondait pour cela sur un système de représentation idéologique axé sur l’« économie de la connaissance », censée remplacer la production matérielle.
Ce discours a surtout permis de justifier l’abandon de pans entiers de l’industrie française et européenne, au nom d’une spécialisation internationale du travail réservant à l’Union européenne les technologies et secteurs de pointe. Il a largement accompagné le redéploiement international du capital, la financiarisation croissante et la gestion à court terme des actifs industriels, la forte dégradation du rapport entre travail et capital dans la répartition des richesses, le refus constant et systématique de toute politique industrielle communautaire et nationale au nom du dogme de la libre concurrence.
Ce désarmement idéologique, politique et économique se paye au prix fort : entre 2000 et 2010, le PIB par habitant a grimpé de seulement 0,9 % dans l’Union et de 0,5 % en France, soit l’un des taux les plus faibles des économies industrielles. L’Europe et la France se trouvent ainsi pris en tenaille entre les pays en développement et les grands pays émergents qui vont, d’ici une quinzaine d’années, les concurrencer dans des secteurs jusqu’à présent relativement épargnés. De 1998 à 2008, le poids des pays à faible coût de production dans les importations de biens manufacturés de la zone euro passe de 17 % à 44 % (8).
Il convient de souligner que la perte de compétitivité de la France dépasse largement le seul coût du travail. Toute analyse sérieuse doit intégrer à la fois la pression exercée par la politique de l’euro fort, la compétitivité liée à la qualité de la formation, à l’organisation du travail, à la place de la recherche et de l’innovation, aux caractéristiques du système productif et aux prélèvements du capital (paiement des dividendes, etc.). En effet, non seulement le coût horaire du travail en 2008 — dernière année de comparaison disponible — dans l’industrie manufacturière française est inférieur à celui de l’Allemagne (33,16 euros contre 33,37 euros), mais la productivité par personne est en France l’une des meilleures d’Europe : elle est de 21 % supérieure à la moyenne de l’Union à vingt-sept et de 15 % supérieure à celle de l’Allemagne. C’est pourquoi la stratégie systématique de baisse continue du coût du travail se révèle une impasse.
Puisque l’Allemagne est convoquée à tort et à travers dans le débat public français, il convient de rappeler quelques faits. L’efficacité allemande repose fondamentalement sur une forte stratégie industrielle (20 % du PIB et 19 % de l’emploi), elle-même fondée sur l’innovation, la montée en gamme des produits et une spécialisation dans des activités motrices centrées sur les biens d’équipement civils, un tissu productif articulant de grands groupes (konzerns) et un puissant tissu de petites et moyennes entreprises innovantes (Mittelstand), capables d’exporter. Si l’on prend les évolutions sur vingt ans, on constate que la France représente, en moyenne, 73,5 % du PIB allemand, mais que la valeur de sa production industrielle n’atteint que 42 % de celle de l’Allemagne et ses exportations de biens et de services, 52 %.
Les effets de ces choix stratégiques sont immédiats : malgré la crise, le taux de chômage officiel en Allemagne est au plus bas depuis vingt ans (6,8 %). En 2011, la croissance a été de 3 %, permettant de réduire à 1 % du PIB le déficit public. Quelque 535 000 emplois à plein temps ont été créés, et l’investissement en biens d’équipement a augmenté de 8,3 %. Cette bonne tenue de l’économie allemande est due à une hausse de 8,2 % des exportations, en particulier vers les pays émergents, dont la Chine, qui pourrait, d’ici trois ans, devenir son premier partenaire commercial.
Certes, les konzerns ont transféré à l’étranger, en particulier en Europe centrale et orientale, une partie de leur appareil productif (automobile, mécanique...). Entre 1998 et 2012, la part des importations de biens intermédiaires dans la valeur ajoutée de l’industrie passe de 33 % à 59 % (de 50 % à 80 % en France) (9). Mais les konzerns ont gardé le contrôle des segments et des fonctions les plus stratégiques et, surtout, ils n’ont pas cessé de moderniser leur appareil industriel en Allemagne même, afin de répondre aux nouvelles demandes mondiales.
Les faiblesses du capitalisme français sont connues depuis une quarantaine d’années : sous-industrialisation (12 % du PIB et 11 % de l’emploi), insuffisance de la recherche-développement privée et industrielle, positionnement de milieu de gamme pour les productions, écrasement et pillage du tissu de PME par les grands groupes — celles qui exportent étant trois fois moins nombreuses qu’en Allemagne —, insuffisance de formation initiale et continue, sous-qualification et non-reconnaissance de celles qui existent, dévalorisation de toute culture technique, technologique ou scientifique dans le système des représentations sociales... La non-compétitivité française tient en particulier au sous-investissement des industriels et du secteur privé dans la recherche. L’effort ne dépasse pas le quart des dividendes nets versés en 2008, contre 35 % en 1995 (10). En 2010, cela ne représente que 57 % de l’effort financier des entreprises allemandes.
Alors que la stratégie de Lisbonne prévoyait de porter à 40 % le nombre des 30-34 ans titulaires d’un diplôme de l’enseignement supérieur, 46 % des Français âgés de 25 ans à 45 ans ont un niveau inférieur ou égal au brevet d’études professionnelles (BEP) – certificat d’aptitude professionnelle (CAP). Enfin, le système productif français est également victime de l’hégémonie des paramètres financiarisés dans le pilotage des stratégies industrielles, les investisseurs financiers étant devenus in fine les arbitres des choix stratégiques.
Face à ces contraintes et à ces urgences, l’Union européenne et la France doivent totalement repenser leur modèle de développement et redonner au système bancaire et financier le rôle dont il n’aurait jamais dû sortir : financer une croissance économique, sociale et territoriale efficace, durable et solidaire. Sur une génération, c’est-à-dire sur une trentaine d’années, c’est une véritable révolution industrielle et productive qu’il faut engager. La rupture technique et technologique doit être équivalente à celle qui fut réalisée à la fin du XIXe siècle. L’enjeu est bien de franchir une nouvelle frontière décisive dans des activités d’avenir qui permettent de répondre aux défis communautaires et mondiaux du XXIe siècle.
Rappelons tout de même que la population mondiale doit augmenter de 1,4 milliard d’habitants d’ici à 2030, et la population active mondiale doubler d’ici à 2020. La généralisation du modèle américain de consommation à la planète entière se révèle une impasse. Un débat s’impose sur des politiques communautaires et nationales de réindustrialisation volontaristes qui s’accompagnent d’un effort à long terme d’innovation, de recherche fondamentale et appliquée, de formation et de qualification de la main-d’œuvre. Cela exige pour la France de mobiliser de 4 à 5 points de PIB supplémentaires, soit un effort indispensable, et tout à fait soutenable, de 100 milliards d’euros.
La sortie de crise ne peut s’envisager qu’à travers la promotion d’un nouveau modèle de développement aux échelles nationale et communautaire, dans le cadre d’un modèle de croissance durable. Cela suppose la réhabilitation d’un Etat stratège définissant des politiques industrielles et des investissements à long terme, une rerégulation et une réorientation du secteur financier et bancaire vers les investissements productifs, la revalorisation du potentiel humain et de l’innovation, l’émergence de nouvelles spécialisations autour d’un renforcement de l’offre fondée sur de nouveaux producteurs et de nouveaux produits.
Dans ce cadre, la France et l’Union européenne disposent, malgré les difficultés actuelles, de nombreux atouts (11). Par exemple, dans l’énergie, les déséquilibres croissants entre l’offre et la demande, la montée structurelle des prix des matières premières à moyen et à long terme et la sécurité des approvisionnements obligent à une augmentation sans précédent de l’intensité énergétique, à une utilisation plus rationnelle et plus économe des ressources énergétiques et minérales (généralisation de filières de recyclage), au déploiement de nouvelles énergies et à une vraie rupture technologique dans le nucléaire (réacteur nucléaire de nouvelle génération, gestion des déchets radioactifs à haute activité et longue vie).
Face à la hausse des besoins alimentaires mondiaux (+ 50 % d’ici à 2025), les défis à relever sont considérables pour produire à la fois plus et mieux en répondant aux exigences environnementales, sanitaires et sociétales, tout en assurant la sécurité alimentaire. Enfin, le développement de nouveaux champs sectoriels s’ouvre avec les technologies vertes, les énergies décarbonées et la capture et le stockage du CO2, les biotechnologies et les sciences du vivant, la chimie du végétal, les nouveaux matériaux, les nanotechnologies, les sciences cognitives et les nouvelles technologies informatiques. Autant de pistes pour une nouvelle révolution productive.
Laurent Carroué
Directeur de recherche à l’Institut français de géopolitique (IFG, université Paris-VIII).
(1) Classement international du Center for Economics and Business Research (CEBR) de Londres, décembre 2011.
(2) « World manufacturing production 2010 », IHS Global Insight.
(3) Cf. « Crise et basculements du monde : enjeux géopolitiques, géoéconomiques et géostratégiques », Historiens & Géographes, n° 416, Paris, octobre-novembre 2011.
(4) Estimations du « Rapport sur les politiques nationales de recherche et de formations supérieures », annexe au projet de loi de finances pour 2012, Paris.
(5) Cf. « The case for a national manufacturing strategy », The Information Technology and Innovation Foundation (ITIF), Washington, avril 2011 ; « Report to the President. Ensuring American leadership in advanced manufacturing » (PDF), Executive Office of the President, 2011.
(6) 36 % des métiers industriels sont exercés par des établissements non industriels, contre 26 % il y a vingt-cinq ans.
(7) « Le recul de l’emploi industriel en France de 1980 à 2007 : quelle est la réalité ? », Trésor-Eco, n° 77, Paris, septembre 2010.
(8) Trésor-Eco, n° 95, novembre 2011.
(9) Flash Eco, n° 32, Natixis, Paris, janvier 2012.
(10) « Rapport annuel sur l’état de la France en 2011 », Conseil économique, social et environnemental (CESE), Paris, 23 novembre 2011.
(11) Cf. « France 2030 : cinq scénarios de croissance », Centre d’analyse stratégique, Paris, mai 2011, et « La compétitivité : enjeu d’un nouveau modèle de développement », CESE, octobre 2011.
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