Source : http://www.arte.tv
Source : http://www.arte.tv/sites/fr/evasion-fiscale
Documentaire de Xavier Harel, en collaboration avec Rémy Burkel
(France, 2013, 1h30mn) – Coproduction : ARTE France, Maha Production
De la Suisse aux îles Caïmans en passant par Jersey, un tour du monde
très pédagogique des paradis fiscaux où sont dissimulés des milliards de
dollars, détournés de la richesse publique.
Imaginez un monde dans lequel vous pourriez choisir de payer ou non
des impôts tout en continuant de bénéficier de services publics de
qualité (santé, éducation, sécurité, transport...) payés par les autres.
Ce monde existe : c'est le nôtre. Aujourd'hui, les multinationales
peuvent dégager des milliards d'euros de bénéfice et ne pas payer un
euro d'impôt. De même que des riches contribuables ont tout loisir de
dissimuler leurs fortunes à l'abri du secret bancaire suisse ou dans des
trusts domiciliés à Jersey. L'évasion fiscale a pris de telle
proportion qu'elle menace aujourd'hui la stabilité de nos États. Entre
vingt mille et trente mille milliards de dollars sont ainsi dissimulés
dans les paradis fiscaux, soit l'équivalent des deux tiers de la dette
mondiale !
Le pillage de nos richesses
Xavier Harel, journaliste et auteur de La grande évasion, le scandale
des paradis fiscaux, nous emmène aux îles Caïmans, dans le Delaware aux
États-Unis, à Jersey, en Suisse ou encore au Royaume-Uni pour nous
faire découvrir l'industrie de l'évasion fiscale. Il démonte avec humour
les savoureux montages de Colgate, Amazon ou Total pour ne pas payer
d'impôt. Il dénonce aussi le rôle des grands cabinets de conseil comme
KPMG, Ernst and Young ou Price Water House Cooper dans ce pillage de nos
richesses. Il révèle enfin au grand jour l'incroyable cynisme des
banques comme UBS ou BNP qui ont été renflouées avec de l'argent public
mais continuent d'offrir à leurs clients fortunés des solutions pour
frauder le fisc. Mais l'évasion fiscale a un prix. En Grèce, Xavier
Harel nous montre comment un pays européen a basculé dans la faillite en
raison de son incapacité à lever l'impôt. Faillite qui nous menace tous
si rien n'est fait pour mettre un terme à ces incroyables privilèges
dont jouissent aujourd'hui les grandes entreprises et les riches
fraudeurs.
DL or DL1 , DL2
"Que sert d’être habile à parler ? Ceux qui reçoivent tout le monde avec de belles paroles, qui viennent seulement des lèvres, et non du cœur, se rendent souvent odieux ..." ( Confucius )
15 septembre 2013
ÉVASION FISCALE, LE HOLD-UP DU SIÈCLE
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13 septembre 2013
Drones tueurs et guerres secrètes
Jean-Martial Lefranc / Réalisateur
Source : http://www.france5.fr
Comment gagner une guerre sans faire de victimes dans ses rangs ? Comment sécuriser un territoire sans y envoyer de soldats ? Objet volant dénué de pilote, le drone est la nouvelle arme de guerre du XXIe siècle. Les Etats-Unis ont recours depuis plusieurs années à ces espions pour lutter contre le terrorisme. Si les frappes de drones sont commanditées par l'armée américaine dans les pays où les Etats-Unis sont en guerre, c'est la CIA qui opère dans les autres zones. Dans bien des cas, la guerre des drones échappe au contrôle des pouvoirs législatifs et judiciaires et à celui de la hiérarchie militaire. Quelles sont les dérives liées à l'utilisation de ces engins de «guerre propre» et, plus généralement, des systèmes robotisés ? Au Pakistan, les victimes de cette guerre secrète s'organisent.
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Source : http://www.france5.fr
Comment gagner une guerre sans faire de victimes dans ses rangs ? Comment sécuriser un territoire sans y envoyer de soldats ? Objet volant dénué de pilote, le drone est la nouvelle arme de guerre du XXIe siècle. Les Etats-Unis ont recours depuis plusieurs années à ces espions pour lutter contre le terrorisme. Si les frappes de drones sont commanditées par l'armée américaine dans les pays où les Etats-Unis sont en guerre, c'est la CIA qui opère dans les autres zones. Dans bien des cas, la guerre des drones échappe au contrôle des pouvoirs législatifs et judiciaires et à celui de la hiérarchie militaire. Quelles sont les dérives liées à l'utilisation de ces engins de «guerre propre» et, plus généralement, des systèmes robotisés ? Au Pakistan, les victimes de cette guerre secrète s'organisent.
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La prison comme arme absolue
Par Loïc Wacquant
09/2004
Source : http://www.monde-diplomatique.fr
English Prison as ultimate weapon
Des politiques carcérales injustes et criminogènes
Gavées de discours apocalyptiques sur l’insécurité, l’Europe et la France se sont engagées dans le sillon américain de la privatisation des prisons et se sont lancées dans une escalade pénale. L’incarcération est devenue l’arme absolue pour lutter contre les désordres urbains et sociaux. Elle frappe en premier les couches les plus défavorisées. Non seulement elle ne règle aucun problème, mais elle devient un instrument de paupérisation et de marginalisation.
09/2004
Source : http://www.monde-diplomatique.fr
English Prison as ultimate weapon
Des politiques carcérales injustes et criminogènes
Gavées de discours apocalyptiques sur l’insécurité, l’Europe et la France se sont engagées dans le sillon américain de la privatisation des prisons et se sont lancées dans une escalade pénale. L’incarcération est devenue l’arme absolue pour lutter contre les désordres urbains et sociaux. Elle frappe en premier les couches les plus défavorisées. Non seulement elle ne règle aucun problème, mais elle devient un instrument de paupérisation et de marginalisation.
En juin 2003, la population carcérale française a dépassé le cap
des 60 000 détenus pour 48 000 places, record absolu depuis la
Libération. Insalubrité, vétusté, promiscuité poussée au paroxysme,
hygiène catastrophique, carence des activités de formation et de travail
ravalant la mission de « réinsertion »
au rang de slogan aussi creux que cruel, montée des incidents graves et
des suicides (leur taux a doublé en vingt ans) faisaient alors l’objet
de protestations unanimes (1).
Sans réaction notable de la part des autorités, soucieuses d’afficher
leur volonté de combattre ce que le chef de l’Etat – qui s’y connaît en
la matière – appelait avec courroux l’« impunité ». Là où la gauche dite « plurielle »
pratiquait une pénalisation de la misère honteuse et larvée, la droite
républicaine assume son choix d’endiguer les désarrois et les désordres
sociaux qui s’accumulent dans les quartiers de relégation minés par le
chômage de masse et l’emploi flexible en déployant l’appareil répressif
avec vigueur et emphase. Faire de la lutte contre la délinquance de rue
un spectacle moral permanent permet en effet de réaffirmer
symboliquement l’autorité de l’Etat au moment même où celui-ci se rend
impotent sur le front économique et social.
Mais se servir de la prison à la manière d’un aspirateur social pour nettoyer les scories des transformations économiques en cours et faire disparaître de l’espace public les rebuts de la société de marché – petits délinquants d’occasion, chômeurs et indigents, sans-abri et sans-papiers, toxicomanes, handicapés et malades mentaux laissés pour compte par le relâchement du filet de protection sanitaire et sociale, jeunes d’origine populaire condamnés à une (sur)vie faite de débrouille et de rapine par la normalisation du salariat précaire – est une aberration au sens propre du terme, c’est-à-dire, selon la définition du Dictionnaire de l’Académie française de 1835, un « écart d’imagination » et une « erreur de jugement » tant politique que pénale.
Au total, c’est moins la criminalité qui a changé ces dernières années que le regard que politiques et journalistes, en tant que porte-voix des intérêts dominants, portent sur la délinquance de rue et sur les populations censées l’alimenter. Au premier rang desquelles figurent les jeunes de milieu populaire issus de l’immigration maghrébine, parqués dans les cités périphériques éviscérées par trois décennies de dérégulation économique et de retrait urbain de l’Etat, plaies béantes que le cataplasme administratif de la « politique de la ville » a échoué à cautériser.
Aberration, ensuite, parce que la criminologie comparée établit qu’il n’existe nulle part – dans aucun pays et à aucune époque – de corrélation entre le taux d’emprisonnement et le niveau de la criminalité (3). Parfois donnés en exemple, la politique policière de « tolérance zéro » et le quadruplement en un quart de siècle des effectifs incarcérés outre-Atlantique n’ont joué qu’un rôle décoratif dans une baisse des contentieux due à la conjonction de facteurs économiques, démographiques et culturels.
En tout état de cause, la prison ne traite dans le meilleur des cas qu’une partie infime de la criminalité, même la plus violente : aux Etats-Unis, qui pourtant disposent d’un appareil policier et carcéral grotesquement surdimensionné, du fait de l’évaporation cumulative aux différentes étapes de la chaîne pénale, les quatre millions d’atteintes les plus sérieuses contre les personnes détectées en 1994 par les enquêtes de « victimation » (homicides, coups et blessures aggravés, vols avec violence, viols) ont donné lieu à moins de deux millions de plaintes à la police, qui ont motivé 780 000 arrestations, qui elles-mêmes n’ont conduit, en fin de course, qu’à 117 000 entrées en prison, soit ne sanctionnant que 3 % des actes perpétrés.
Le même « effet d’entonnoir » s’observe dans le fonctionnement de la justice pénale en France, où moins de 2 % des contentieux portés devant les parquets donnent lieu à une peine d’enfermement. C’est dire si la prison est inadaptée à lutter contre la petite et moyenne délinquance, et à plus forte raison contre les « incivilités », dont la plupart ne relèvent même pas du code pénal (regards de travers, insultes, bousculades, rassemblements et chahuts dans les lieux publics, petites dégradations, etc.).
En troisième lieu, le recours-réflexe à l’incarcération pour juguler les désordres urbains est un remède qui, dans bien des cas, ne fait qu’aggraver le mal qu’il est censé guérir. Institution basée sur la force et opérant en marge de la légalité, la prison est un creuset de violences et d’humiliations quotidiennes, un vecteur de désaffiliation familiale, de méfiance civique et d’aliénation individuelle. Et, pour bien des détenus marginalement impliqués dans des activités illicites, c’est une école de formation, voire de « professionnalisation », aux carrières criminelles. Pour d’autres, et ce n’est guère mieux, l’enfermement est un gouffre sans fond, un enfer hallucinatoire qui prolonge la logique de destruction sociale qu’ils ont connue à l’extérieur en la redoublant d’un broyage personnel (4). L’histoire pénale montre, en outre, qu’à aucun moment et dans aucune société la prison n’a su accomplir la mission de redressement et de réintégration sociale qui est censée être la sienne dans une optique de réduction de la récidive. Tout – de l’architecture à l’organisation du travail des gardiens en passant par l’indigence des ressources institutionnelles (travail, formation, scolarité, santé), le tarissement délibéré de la libération en conditionnelle et l’absence de mesures concrètes d’aide à la sortie – s’oppose à sa fonction supposée de « réforme » du repris de justice.
En dernier lieu, il faut rappeler à ceux qui justifient l’intensification de la répression pénale dans les quartiers déshérités en invoquant que « la sécurité est un droit, l’insécurité une inégalité sociale », laquelle touche en priorité les citoyens d’en bas, que la contention carcérale frappe de façon disproportionnée les catégories sociales les plus fragiles économiquement et culturellement, d’autant plus durement qu’elles sont plus démunies. Comme leurs homologues des autres pays postindustriels, les détenus français proviennent massivement des fractions instables du prolétariat urbain. Issus de familles nombreuses (les deux tiers ont au moins trois frères et sœurs) qu’ils ont quittées jeunes (un sur sept est parti de chez lui avant 15 ans), ils sont majoritairement dépourvus de titres scolaires (les trois quarts sont sortis de l’école avant 18 ans, contre 48 % de la population des hommes adultes), ce qui les condamne à vie aux secteurs périphériques de la sphère d’emploi.
La moitié sont fils d’ouvriers et d’employés, et la moitié sont ouvriers eux-mêmes ; quatre détenus sur dix ont un père né à l’étranger, et 24 % sont eux-mêmes nés hors de l’Hexagone (5). Or l’incarcération ne fait qu’intensifier la pauvreté et l’isolement : 60 % des sortants de prison sont sans emploi, comparé à 50 % parmi les entrants ; 30 % ne sont soutenus ni attendus par personne ; un gros quart ne dispose d’aucun argent (moins de 15 euros) pour faire face aux frais occasionnés par la libération ; et un sur huit n’a pas de logement à sa sortie (6). De plus, l’impact délétère de l’incarcération ne s’exerce pas sur eux seuls, mais aussi, et de manière plus insidieuse et plus injuste, sur leur famille : détérioration de la situation financière, délitement des relations amicales et de voisinage, étiolement des liens affectifs, troubles de la scolarité chez les enfants et perturbations psychologiques graves liées au sentiment de mise à l’écart alourdissent le fardeau pénal imposé aux parents et conjoints de détenus.
Au demeurant, le raisonnement de gros bon sens selon lequel l’inflation carcérale se traduirait nécessairement par une réduction mécanique de la criminalité du fait de son effet de « neutralisation » des condamnés mis hors d’état de nuire se révèle spécieux à l’analyse. Car, dès lors qu’il s’applique à la délinquance d’opportunité, l’enfermement à tout-va revient à « recruter » de nouveaux délinquants par effet de substitution. Ainsi, un petit trafiquant de drogue placé en détention est immédiatement remplacé par un autre pour autant que subsiste une demande solvable pour sa marchandise et que les espérances de profit économique en valent la chandelle. Et si ce successeur est un novice sans réputation sur la place, il sera plus enclin à la violence pour s’établir et sécuriser son commerce, ce qui se traduira globalement par un surcroît d’« illégalismes ».
Pour éviter une escalade pénale sans fin et sans issue, il faut reconnecter le débat sur la délinquance avec une question majeure du siècle naissant à laquelle il fait aujourd’hui écran : l’avènement du salariat désocialisé, vecteur d’insécurité sociale et de précarisation matérielle, familiale, scolaire, sanitaire, et même mentale. Car on ne peut plus ordonner sa perception du monde social et concevoir l’avenir quand le présent se bouche et se mue en une lutte sans répit pour la survie au jour le jour.
Il doit sortir du court terme et de l’émotion de l’actualité journalistique pour distinguer entre les sautes d’humeur et les lames de fond, les variations accidentelles et les tendances du long terme, et ne pas confondre la montée de la peur, de l’intolérance ou de la préoccupation du crime avec l’augmentation du crime lui-même. Mais surtout, une politique intelligente de l’insécurité criminelle doit reconnaître que les actes délinquants sont le produit non pas d’une volonté individuelle autonome et singulière, mais d’un réseau de causes et de raisons multiples qui s’enchevêtrent selon des logiques variées (prédation, parade, aliénation, transgression, affrontement à l’autorité, etc.), et donc qu’ils appellent des remèdes divers mettant en place une pluralité de mécanismes de freinage et de diversion. Car, peu applicable, le traitement policier et pénal que d’aucuns présentent comme la panacée se révèle dans bien des circonstances pire que le mal pour peu qu’on comptabilise ses « effets collatéraux ».
La criminalité est un problème trop sérieux pour être laissé aux faux experts et aux vrais idéologues, et pis encore aux policiers et aux politiciens empressés d’exploiter le problème sans le peser ni le maîtriser. Ses transformations appellent non pas un abandon, mais un renouveau de l’approche sociologique qui seule peut nous arracher au pornographisme sécuritaire qui réduit la lutte contre la délinquance à un spectacle ritualisé ne servant qu’à abreuver les fantasmes d’ordre de l’électorat et à signifier l’autorité virile des décideurs d’Etat.
La prison n’est pas un simple bouclier contre la délinquance, mais une arme à double tranchant : un organisme de coercition à la fois criminophage et criminogène qui, lorsqu’il se développe à l’excès, comme aux Etats-Unis durant le dernier quart de siècle ou en Union soviétique à l’ère stalinienne, en vient à se muer en vecteur autonome de paupérisation et de marginalisation.
Mais se servir de la prison à la manière d’un aspirateur social pour nettoyer les scories des transformations économiques en cours et faire disparaître de l’espace public les rebuts de la société de marché – petits délinquants d’occasion, chômeurs et indigents, sans-abri et sans-papiers, toxicomanes, handicapés et malades mentaux laissés pour compte par le relâchement du filet de protection sanitaire et sociale, jeunes d’origine populaire condamnés à une (sur)vie faite de débrouille et de rapine par la normalisation du salariat précaire – est une aberration au sens propre du terme, c’est-à-dire, selon la définition du Dictionnaire de l’Académie française de 1835, un « écart d’imagination » et une « erreur de jugement » tant politique que pénale.
Surdimensions grotesques
Aberration, tout d’abord, parce que l’évolution de la criminalité en France ne justifie en rien l’essor fulgurant de sa population carcérale après la décrue modérée de 1996-2001. Les cambriolages, vols de véhicules et vols à la roulotte (qui constituent les trois quarts des crimes et délits enregistrés par les autorités) diminuent tous régulièrement depuis 1993 au moins ; les homicides et coups mortels refluent depuis 1995, d’après les données de la police, et depuis 1984 selon les relevés de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) ; les vols avec violence, qui obnubilent les grands médias, outre qu’ils se composent principalement de « violences » verbales (insultes, menaces), sont en recul depuis vingt ans (2).
Au total, c’est moins la criminalité qui a changé ces dernières années que le regard que politiques et journalistes, en tant que porte-voix des intérêts dominants, portent sur la délinquance de rue et sur les populations censées l’alimenter. Au premier rang desquelles figurent les jeunes de milieu populaire issus de l’immigration maghrébine, parqués dans les cités périphériques éviscérées par trois décennies de dérégulation économique et de retrait urbain de l’Etat, plaies béantes que le cataplasme administratif de la « politique de la ville » a échoué à cautériser.
Aberration, ensuite, parce que la criminologie comparée établit qu’il n’existe nulle part – dans aucun pays et à aucune époque – de corrélation entre le taux d’emprisonnement et le niveau de la criminalité (3). Parfois donnés en exemple, la politique policière de « tolérance zéro » et le quadruplement en un quart de siècle des effectifs incarcérés outre-Atlantique n’ont joué qu’un rôle décoratif dans une baisse des contentieux due à la conjonction de facteurs économiques, démographiques et culturels.
En tout état de cause, la prison ne traite dans le meilleur des cas qu’une partie infime de la criminalité, même la plus violente : aux Etats-Unis, qui pourtant disposent d’un appareil policier et carcéral grotesquement surdimensionné, du fait de l’évaporation cumulative aux différentes étapes de la chaîne pénale, les quatre millions d’atteintes les plus sérieuses contre les personnes détectées en 1994 par les enquêtes de « victimation » (homicides, coups et blessures aggravés, vols avec violence, viols) ont donné lieu à moins de deux millions de plaintes à la police, qui ont motivé 780 000 arrestations, qui elles-mêmes n’ont conduit, en fin de course, qu’à 117 000 entrées en prison, soit ne sanctionnant que 3 % des actes perpétrés.
Le même « effet d’entonnoir » s’observe dans le fonctionnement de la justice pénale en France, où moins de 2 % des contentieux portés devant les parquets donnent lieu à une peine d’enfermement. C’est dire si la prison est inadaptée à lutter contre la petite et moyenne délinquance, et à plus forte raison contre les « incivilités », dont la plupart ne relèvent même pas du code pénal (regards de travers, insultes, bousculades, rassemblements et chahuts dans les lieux publics, petites dégradations, etc.).
En troisième lieu, le recours-réflexe à l’incarcération pour juguler les désordres urbains est un remède qui, dans bien des cas, ne fait qu’aggraver le mal qu’il est censé guérir. Institution basée sur la force et opérant en marge de la légalité, la prison est un creuset de violences et d’humiliations quotidiennes, un vecteur de désaffiliation familiale, de méfiance civique et d’aliénation individuelle. Et, pour bien des détenus marginalement impliqués dans des activités illicites, c’est une école de formation, voire de « professionnalisation », aux carrières criminelles. Pour d’autres, et ce n’est guère mieux, l’enfermement est un gouffre sans fond, un enfer hallucinatoire qui prolonge la logique de destruction sociale qu’ils ont connue à l’extérieur en la redoublant d’un broyage personnel (4). L’histoire pénale montre, en outre, qu’à aucun moment et dans aucune société la prison n’a su accomplir la mission de redressement et de réintégration sociale qui est censée être la sienne dans une optique de réduction de la récidive. Tout – de l’architecture à l’organisation du travail des gardiens en passant par l’indigence des ressources institutionnelles (travail, formation, scolarité, santé), le tarissement délibéré de la libération en conditionnelle et l’absence de mesures concrètes d’aide à la sortie – s’oppose à sa fonction supposée de « réforme » du repris de justice.
En dernier lieu, il faut rappeler à ceux qui justifient l’intensification de la répression pénale dans les quartiers déshérités en invoquant que « la sécurité est un droit, l’insécurité une inégalité sociale », laquelle touche en priorité les citoyens d’en bas, que la contention carcérale frappe de façon disproportionnée les catégories sociales les plus fragiles économiquement et culturellement, d’autant plus durement qu’elles sont plus démunies. Comme leurs homologues des autres pays postindustriels, les détenus français proviennent massivement des fractions instables du prolétariat urbain. Issus de familles nombreuses (les deux tiers ont au moins trois frères et sœurs) qu’ils ont quittées jeunes (un sur sept est parti de chez lui avant 15 ans), ils sont majoritairement dépourvus de titres scolaires (les trois quarts sont sortis de l’école avant 18 ans, contre 48 % de la population des hommes adultes), ce qui les condamne à vie aux secteurs périphériques de la sphère d’emploi.
La moitié sont fils d’ouvriers et d’employés, et la moitié sont ouvriers eux-mêmes ; quatre détenus sur dix ont un père né à l’étranger, et 24 % sont eux-mêmes nés hors de l’Hexagone (5). Or l’incarcération ne fait qu’intensifier la pauvreté et l’isolement : 60 % des sortants de prison sont sans emploi, comparé à 50 % parmi les entrants ; 30 % ne sont soutenus ni attendus par personne ; un gros quart ne dispose d’aucun argent (moins de 15 euros) pour faire face aux frais occasionnés par la libération ; et un sur huit n’a pas de logement à sa sortie (6). De plus, l’impact délétère de l’incarcération ne s’exerce pas sur eux seuls, mais aussi, et de manière plus insidieuse et plus injuste, sur leur famille : détérioration de la situation financière, délitement des relations amicales et de voisinage, étiolement des liens affectifs, troubles de la scolarité chez les enfants et perturbations psychologiques graves liées au sentiment de mise à l’écart alourdissent le fardeau pénal imposé aux parents et conjoints de détenus.
Au demeurant, le raisonnement de gros bon sens selon lequel l’inflation carcérale se traduirait nécessairement par une réduction mécanique de la criminalité du fait de son effet de « neutralisation » des condamnés mis hors d’état de nuire se révèle spécieux à l’analyse. Car, dès lors qu’il s’applique à la délinquance d’opportunité, l’enfermement à tout-va revient à « recruter » de nouveaux délinquants par effet de substitution. Ainsi, un petit trafiquant de drogue placé en détention est immédiatement remplacé par un autre pour autant que subsiste une demande solvable pour sa marchandise et que les espérances de profit économique en valent la chandelle. Et si ce successeur est un novice sans réputation sur la place, il sera plus enclin à la violence pour s’établir et sécuriser son commerce, ce qui se traduira globalement par un surcroît d’« illégalismes ».
Pour éviter une escalade pénale sans fin et sans issue, il faut reconnecter le débat sur la délinquance avec une question majeure du siècle naissant à laquelle il fait aujourd’hui écran : l’avènement du salariat désocialisé, vecteur d’insécurité sociale et de précarisation matérielle, familiale, scolaire, sanitaire, et même mentale. Car on ne peut plus ordonner sa perception du monde social et concevoir l’avenir quand le présent se bouche et se mue en une lutte sans répit pour la survie au jour le jour.
Faux experts, vrais idéologues
Il ne s’agit pas ici de nier la réalité de la criminalité ni la nécessité de lui donner une réponse, ou plutôt des réponses, y compris pénale quand cette dernière est appropriée. Il s’agit de bien comprendre sa genèse, sa physionomie changeante et ses ramifications en la « réencastrant » dans le système complet des rapports de force et de sens dont elle est l’expression. Il importe pour cela de cesser de se gaver de discours apocalyptiques et d’ouvrir un débat rationnel et informé sur les illégalismes, leurs ressorts et leurs significations. Ce débat doit d’abord préciser pourquoi il se focalise sur telle ou telle des manifestations de la délinquance – sur les cages d’escalier des cités plutôt que sur les couloirs des hôtels de ville, les vols de cartables et de portables plutôt que sur les malversations boursières et les infractions au code du travail ou des impôts, etc. (7).
Il doit sortir du court terme et de l’émotion de l’actualité journalistique pour distinguer entre les sautes d’humeur et les lames de fond, les variations accidentelles et les tendances du long terme, et ne pas confondre la montée de la peur, de l’intolérance ou de la préoccupation du crime avec l’augmentation du crime lui-même. Mais surtout, une politique intelligente de l’insécurité criminelle doit reconnaître que les actes délinquants sont le produit non pas d’une volonté individuelle autonome et singulière, mais d’un réseau de causes et de raisons multiples qui s’enchevêtrent selon des logiques variées (prédation, parade, aliénation, transgression, affrontement à l’autorité, etc.), et donc qu’ils appellent des remèdes divers mettant en place une pluralité de mécanismes de freinage et de diversion. Car, peu applicable, le traitement policier et pénal que d’aucuns présentent comme la panacée se révèle dans bien des circonstances pire que le mal pour peu qu’on comptabilise ses « effets collatéraux ».
La criminalité est un problème trop sérieux pour être laissé aux faux experts et aux vrais idéologues, et pis encore aux policiers et aux politiciens empressés d’exploiter le problème sans le peser ni le maîtriser. Ses transformations appellent non pas un abandon, mais un renouveau de l’approche sociologique qui seule peut nous arracher au pornographisme sécuritaire qui réduit la lutte contre la délinquance à un spectacle ritualisé ne servant qu’à abreuver les fantasmes d’ordre de l’électorat et à signifier l’autorité virile des décideurs d’Etat.
La prison n’est pas un simple bouclier contre la délinquance, mais une arme à double tranchant : un organisme de coercition à la fois criminophage et criminogène qui, lorsqu’il se développe à l’excès, comme aux Etats-Unis durant le dernier quart de siècle ou en Union soviétique à l’ère stalinienne, en vient à se muer en vecteur autonome de paupérisation et de marginalisation.
Loïc Wacquant
Professeur à l’université de Californie, Berkeley, et à la New School
for Social Research, New York. Ce texte est tiré du dernier chapitre de Punir les pauvres : le nouveau gouvernement de l’insécurité sociale, Agone, Marseille, 2004.
(1) Cf. Observatoire international des prisons, Les Conditions de détention en France. Rapport 2003, La Découverte, Paris, 2003.
(2) Lire les chapitres correspondant à ces infractions dans Laurent Mucchielli et Philippe Robert (sous la dir. de), Crime et sécurité. L’état des savoirs, La Découverte, Paris, 2002.
(3) Nils Christie, L’Industrie de la punition. Prison et politique pénale en Occident, Autrement, Paris, 2003.
(4) Jean-Marc Rouillan, « Chroniques carcérales », in Lettre à Jules, Agone, Marseille, 2004, et Claude Lucas, Suerte. La réclusion volontaire, Plon, Paris, 1995.
(5) Cf. Francine Cassan et Laurent Toulemont, « L’histoire familiale des hommes détenus », Insee Première, n° 706, avril 2000.
(6) Dans Maud Guillonneau, Annie Kensey et Philippe Mazuet, « Les ressources des sortants de prison », Les Cahiers de démographie pénitentiaire, n° 5, février 1998.
(7)
En 1996, la fraude fiscale et douanière pesait 100 milliards de francs,
celle aux cotisations sociales plus de 17 milliards, les contrefaçons
environ 25 milliards de francs. Par ailleurs, la contre-valeur monétaire
des atteintes volontaires à la vie était évaluée à 11 milliards de
francs, à 4 milliards de francs pour les vols de véhicules, et à
250 millions de francs pour les vols en magasin. Dans Christophe Paille et Thierry Godefroy, Coûts du crime. Une estimation monétaire des infractions en 1996, Cesdip, Guyancourt, 1999.
Cet article a d’abord été publié sous le titre : « Fermons les prisons ! »
Les infos dont on parle peu n°39 (7 Septembre 2013)
Par cptanderson
07/09/2013
Source : http://www.info-libre.fr
Infos Internationales
07/09/2013
Source : http://www.info-libre.fr
Infos Internationales
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18 août 2013
Agent Orange : Le retour en forêt amazonienne
Une partie de la forêt amazonienne empoisonnée par l’Agent Orange : Photo IBAMA
Par André Bouny
01/08/2013
Source : http://www.mondialisation.ca
English : Agent Orange : The return in Amozonian forest
La semaine dernière, dans une autre partie de l’Amazonie, une enquête menée par l’Agence découvre quatre tonnes de pesticides hautement toxiques cachés dans la forêt dans l’attente de sa dispersion. En cas de rejet, les produits chimiques auraient pu potentiellement décimer quelque 7500 hectares de forêt, tuant toute la faune qui y habite et contaminant les eaux souterraines. Dans ce cas, la personne responsable a été identifiée et fait maintenant face à des amendes approchant 1,3 million de dollars.
Selon un article de Folha de Säo Paulo, la dernière fois que ces produits chimiques ont été enregistrés en cours d’utilisation pour défolier, c’était en 1999, mais les autorités disent que la distribution de l’herbicide dévastateur pourrait devenir plus fréquente et que les fonctionnaires devaient sévir contre ces types flagrants de crimes contre l’environnement.
«Ils [Deforesters] ont changé leur stratégie parce que, dans un laps de temps très court, plus de zones de forêt peuvent être détruits avec des herbicides. Ainsi, ils n’ont pas besoin de mobiliser des équipes d’abattage d’arbres et peuvent donc contourner le contrôle de l’IBAMA,” dit Jerfferson Lobato de l’IBAMA.
Bien que l’Agent Orange a été initialement conçu pour effacer la couverture forestière dans les situations de combat, son utilisation est devenue un sujet de controverse en raison de son impact sur les humains et la faune. Pendant la guerre du Viêt Nam, l’armée américaine a dispersé 12.000.000 de litres [un minimum de 84 millions, prouvés] d’herbicide, un impact sur la santé de près de 3 millions de personnes [actuellement, mais en tout, bien davantage], principalement des paysans, et citoyens vietnamiens, causant des malformations congénitales sur environ 500 mille enfants. En outre, l’effet du produit chimique sur l’environnement est profond et durable.
Le mois dernier, plus de trois décennies après la dernière utilisation de l’Agent Orange au Viêt Nam, les États-Unis ont commencé à participer au financement [pour moins de moitié] d’une opération de décontamination. Pendant ce temps, dans l’Amazonie brésilienne, le produit chimique hautement toxique avait été redécouvert et pulvérisé sur la forêt tropicale. »
Par André Bouny
01/08/2013
Source : http://www.mondialisation.ca
English : Agent Orange : The return in Amozonian forest
Le 5 juillet 2011, Stephen Messenger, écrivain et défenseur de l’environnement vivant à Porto Alegre (État du Rio Grande do Sul, Brésil), dénonçait les agissements de Monsanto :
« Agent
Orange est l’une des armes les plus dévastatrices de la guerre moderne,
un produit chimique qui a tué ou blessé quelque 400.000 [hélas, bien
davantage !] personnes au cours de la guerre du Viêt Nam – et maintenant
il est utilisé contre la forêt amazonienne. Selon
les responsables, les éleveurs au Brésil ont commencé la pulvérisation
de l’herbicide hautement toxique sur des parcelles de forêt comme
méthode secrète pour effacer illégalement feuillage, plus difficiles à
détecter que des tronçonneuses et des tracteurs.
Au
cours des dernières semaines, un relevé aérien détecté quelques 440
hectares de forêt qui avaient été pulvérisés avec le composé –
empoisonnant des milliers d’arbres et un nombre incalculable d’animaux
selon IBAMA (Agence de l’environnement du Brésil) – ont d’abord été
pressenti pour le défrichement illégal constaté par des images
satellites de la forêt en Amazonie. Plus tard, un survol en hélicoptère
dans la région révélé des milliers d’arbres laissés couleur de cendre et
défoliés par des produits chimiques toxiques. IBAMA
déclare que l’Agent Orange a probablement été dispersés au moyen d’un
avion par un fermier encore non identifié pour défricher la terre pour
le pâturage, car il est plus difficile à détecter que les opérations
traditionnelles qui nécessitent des tronçonneuses et des tracteurs.
La semaine dernière, dans une autre partie de l’Amazonie, une enquête menée par l’Agence découvre quatre tonnes de pesticides hautement toxiques cachés dans la forêt dans l’attente de sa dispersion. En cas de rejet, les produits chimiques auraient pu potentiellement décimer quelque 7500 hectares de forêt, tuant toute la faune qui y habite et contaminant les eaux souterraines. Dans ce cas, la personne responsable a été identifiée et fait maintenant face à des amendes approchant 1,3 million de dollars.
Selon un article de Folha de Säo Paulo, la dernière fois que ces produits chimiques ont été enregistrés en cours d’utilisation pour défolier, c’était en 1999, mais les autorités disent que la distribution de l’herbicide dévastateur pourrait devenir plus fréquente et que les fonctionnaires devaient sévir contre ces types flagrants de crimes contre l’environnement.
«Ils [Deforesters] ont changé leur stratégie parce que, dans un laps de temps très court, plus de zones de forêt peuvent être détruits avec des herbicides. Ainsi, ils n’ont pas besoin de mobiliser des équipes d’abattage d’arbres et peuvent donc contourner le contrôle de l’IBAMA,” dit Jerfferson Lobato de l’IBAMA.
Bien que l’Agent Orange a été initialement conçu pour effacer la couverture forestière dans les situations de combat, son utilisation est devenue un sujet de controverse en raison de son impact sur les humains et la faune. Pendant la guerre du Viêt Nam, l’armée américaine a dispersé 12.000.000 de litres [un minimum de 84 millions, prouvés] d’herbicide, un impact sur la santé de près de 3 millions de personnes [actuellement, mais en tout, bien davantage], principalement des paysans, et citoyens vietnamiens, causant des malformations congénitales sur environ 500 mille enfants. En outre, l’effet du produit chimique sur l’environnement est profond et durable.
Le mois dernier, plus de trois décennies après la dernière utilisation de l’Agent Orange au Viêt Nam, les États-Unis ont commencé à participer au financement [pour moins de moitié] d’une opération de décontamination. Pendant ce temps, dans l’Amazonie brésilienne, le produit chimique hautement toxique avait été redécouvert et pulvérisé sur la forêt tropicale. »
Le 6 juillet 2011 goodplanet.info, de la fondation Yann Artus Bertrand, reprend : Épandage d’Agent orange et d’herbicides agrotoxiques sur la forêt amazonienne.
L’Ibama (l’Institut brésilien de l’environnement et des ressources
naturelles renouvelables) a découvert une zone de 178 ha, environ autant
de terrains de football, dévastée par des herbicides épandus par avion.
Repérée grâce au système de détection par satellite DETER (détection de
la déforestation en temps réel), la zone a ensuite été survolée par les
équipes de l’Ibama qui ont constaté que les arbres avaient perdu leurs
feuilles et qu’ils étaient de couleur blanchâtre, rapporte le Folha do Sao Paulo.
D’après Jefferson Lobato, chef de la division de contrôle et de surveillance de l’Ibama, cette technique est encore récente. “Les “bûcherons” ont changé de stratégie. L’utilisation d’herbicides leur permet de déboiser en peu de temps des surfaces plus importantes. Ainsi, ils n’ont plus besoin de mobiliser des équipes entières et peuvent déjouer notre surveillance.”
Les
spécialistes de l’Ibama expliquent que les agrotoxiques tuent
directement les arbres et contaminent le sol, les nappes phréatiques,
les animaux et les hommes. Il y a quelques jours, une équipe de l’Ibama
avait découvert cachées dans la forêt 4 tonnes d’herbicides agrotoxiques
parmi lesquels figurait notamment du 2,4 D (acide 2,4
dichlorophénoxyacétique), un des principaux constituants de l’Agent
Orange, responsable de la mort de plusieurs centaines de milliers de
personnes lors de la guerre du Viêt Nam.
Pour
l’instant, les responsables n’ont pas encore été identifiés mais déjà,
les autorités ont qualifié le fait de répandre des herbicides sur la
forêt par avion de crime environnemental.
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Le business du commerce equitable
Source : http://www.arte.tv
Le business de l'éthique, qui prétend réconcilier le porte-monnaie et la morale, brasse des milliards d'euros. Du Mexique au Kenya, Donatien Lemaître a décortiqué toute la filière. Il montre comment l'idée généreuse du commerce équitable est de plus en plus récupérée par des as du marketing ou des multinationales en quête de virginité.
Pourquoi juste consommer quand on peut consommer juste ? C'est la
question – sous forme de slogan – que posent les acteurs du commerce de
l'éthique. En glissant dans son caddie un produit arborant la mention
"équitable", le consommateur fait un choix qui prend tout son sens à
l'autre bout du monde. En Afrique ou en Amérique latine, des petits
producteurs auront été payés décemment pour produire la matière
première. Et ils n'auront pas été contraints de courber l'échine face
aux importateurs et aux distributeurs, comme le veut la règle de
l'économie mondialisée. Qu'en est-il réellement ? À l'exemple de Max
Havelaar, les labels se multiplient et les consommateurs les
plébiscitent. Mais quelle réalité se cache derrière les étiquettes ?
La rançon du succès
Du Mexique au Kenya en passant par la République Dominicaine, Donatien Lemaître a décortiqué toute la filière. Il montre comment l'idée généreuse du commerce équitable est de plus en plus récupérée par des as du marketing ou des multinationales en quête de virginité, bien loin de l'objectif de ses créateurs. Les premiers à s'en emparer ont été les grands réseaux de distribution : les "consom-acteurs" sont prêts à payer leur café plus cher si les producteurs sont correctement rémunérés ? Les grandes surfaces ont accordé de plus en plus de place au label "équitable". Mais elles ont parallèlement augmenté leurs marges sur ces produits... Résultat : tandis que les producteurs labellisés gagnent à peine plus que les producteurs lambda (et jamais assez pour sortir de la pauvreté), les grandes enseignes, elles, s'enrichissent. Du côté des producteurs, le système n'est pas forcément plus vertueux : Donatien Lemaître observe que, dans les plantations de bananes de la République dominicaine, des petits propriétaires ayant obtenu le label Max Havelaar exploitent des travailleurs haïtiens sans-papiers. Ainsi, le commerce équitable a ses coopératives, ses programmes de développement, mais aussi ses forçats invisibles… Autre surprise : pour répondre à la demande croissante de bananes équitable, Max Havelaar a accordé son label à de gros producteurs : chez Savid, on produit 150 tonnes de bananes par semaine avec des ouvriers haïtiens mal payés et mal logés, mais dont les papiers sont en règle... Bienvenue dans l'ère de l'équitable industriel ! Enfin, Donatien Lemaître s'intéresse aux multinationales de l'agroalimentaire. Et constate qu'au Kenya, le partenariat entre Rainforest Alliance et Lipton (groupe Unilever) a profité à la marque, mais absolument pas aux travailleurs occasionnels des plantations de thé. Où il apparaît que si le commerce équitable était une belle idée, il renforce aujourd'hui essentiellement le système dominant.
Le business de l'éthique, qui prétend réconcilier le porte-monnaie et la morale, brasse des milliards d'euros. Du Mexique au Kenya, Donatien Lemaître a décortiqué toute la filière. Il montre comment l'idée généreuse du commerce équitable est de plus en plus récupérée par des as du marketing ou des multinationales en quête de virginité.
La rançon du succès
Du Mexique au Kenya en passant par la République Dominicaine, Donatien Lemaître a décortiqué toute la filière. Il montre comment l'idée généreuse du commerce équitable est de plus en plus récupérée par des as du marketing ou des multinationales en quête de virginité, bien loin de l'objectif de ses créateurs. Les premiers à s'en emparer ont été les grands réseaux de distribution : les "consom-acteurs" sont prêts à payer leur café plus cher si les producteurs sont correctement rémunérés ? Les grandes surfaces ont accordé de plus en plus de place au label "équitable". Mais elles ont parallèlement augmenté leurs marges sur ces produits... Résultat : tandis que les producteurs labellisés gagnent à peine plus que les producteurs lambda (et jamais assez pour sortir de la pauvreté), les grandes enseignes, elles, s'enrichissent. Du côté des producteurs, le système n'est pas forcément plus vertueux : Donatien Lemaître observe que, dans les plantations de bananes de la République dominicaine, des petits propriétaires ayant obtenu le label Max Havelaar exploitent des travailleurs haïtiens sans-papiers. Ainsi, le commerce équitable a ses coopératives, ses programmes de développement, mais aussi ses forçats invisibles… Autre surprise : pour répondre à la demande croissante de bananes équitable, Max Havelaar a accordé son label à de gros producteurs : chez Savid, on produit 150 tonnes de bananes par semaine avec des ouvriers haïtiens mal payés et mal logés, mais dont les papiers sont en règle... Bienvenue dans l'ère de l'équitable industriel ! Enfin, Donatien Lemaître s'intéresse aux multinationales de l'agroalimentaire. Et constate qu'au Kenya, le partenariat entre Rainforest Alliance et Lipton (groupe Unilever) a profité à la marque, mais absolument pas aux travailleurs occasionnels des plantations de thé. Où il apparaît que si le commerce équitable était une belle idée, il renforce aujourd'hui essentiellement le système dominant.
- Origine : ARTE F
- Pays : France
- Année : 2013
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3 août 2013
1918. Les fêtes de l’Armistice
Source : http://www.arte.tv
Après 1 560 jours d’une guerre extrêmement meurtrière – et pour la première fois mondiale –, le 11 novembre 1918, à 11 h précises, les cloches sonnent partout en France pour annoncer que les combats ont cessé. Un armistice a été signé, à l’aube, entre l’Allemagne et les Alliés vainqueurs, mais en France comme en Angleterre la nouvelle n’a été annoncée qu’à 11 h du matin. De l’autre côté de l’Atlantique, à cause du décalage horaire, l’événement a commencé à être fêté beaucoup plus tôt.
À Paris, à Londres, à Washington comme à New York, de nombreuses caméras étaient dans la rue pour immortaliser un moment aussi important dans l’histoire du monde. Mais cette liesse qu’elles nous montrent était-elle générale, spontanée ou mise en scène ? Les reporters étaient-ils libres d’aller où ils voulaient et de montrer ce qu’ils souhaitaient ? Et pour qui travaillaient-ils ? Dernière question, la censure mise en place durant la guerre avait-elle été déjà levée ?
Mystères d'archives - Saison 3
Directeur de la collection Serge Viallet
Une coproduction ARTE France, Ina
Seize épisodes de 26 mn
RÉCOMPENSES
• Prix FOCAL 2009 « Best use of archive footage » (Londres)
• Prix ITFA 2009 « Best use of archive footage » (Beijing)
• Prix ITFA 2011 « Best Archive Preservation Project » (Turin)
Après 1 560 jours d’une guerre extrêmement meurtrière – et pour la première fois mondiale –, le 11 novembre 1918, à 11 h précises, les cloches sonnent partout en France pour annoncer que les combats ont cessé. Un armistice a été signé, à l’aube, entre l’Allemagne et les Alliés vainqueurs, mais en France comme en Angleterre la nouvelle n’a été annoncée qu’à 11 h du matin. De l’autre côté de l’Atlantique, à cause du décalage horaire, l’événement a commencé à être fêté beaucoup plus tôt.
À Paris, à Londres, à Washington comme à New York, de nombreuses caméras étaient dans la rue pour immortaliser un moment aussi important dans l’histoire du monde. Mais cette liesse qu’elles nous montrent était-elle générale, spontanée ou mise en scène ? Les reporters étaient-ils libres d’aller où ils voulaient et de montrer ce qu’ils souhaitaient ? Et pour qui travaillaient-ils ? Dernière question, la censure mise en place durant la guerre avait-elle été déjà levée ?
Mystères d'archives - Saison 3
Directeur de la collection Serge Viallet
Une coproduction ARTE France, Ina
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• Prix FOCAL 2009 « Best use of archive footage » (Londres)
• Prix ITFA 2009 « Best use of archive footage » (Beijing)
• Prix ITFA 2011 « Best Archive Preservation Project » (Turin)
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Le Golfe par ses mots
Par Akram Belkaïd *
08/2013
Source : http://www.monde-diplomatique.fr
English Gulf by his words
* Journaliste
En avril 2013, lors d’une conférence sur l’énergie organisée à Doha, au Qatar, l’un des intervenants, un officiel qatari, commence et conclut son intervention en anglais – la lingua franca dans le Golfe – en rendant hommage à la « vision éclairée » de son émir. Dans la salle, journalistes et universitaires échangent clins d’oeil et sourires entendus. Habitués de ce genre de manifestations, certains ont même parié sur le nombre de fois où serait prononcée l’expression « the vision ». Il faut dire qu’elle est devenue omniprésente dans toutes les monarchies pétrolières ou gazières du golfe Arabo-Persique. Que ce soit lors d’un colloque, dans un document officiel ou dans une simple plaquette touristique, il faut célébrer la « vijieune » – exigez l’accent – de Son Altesse royale, ou plutôt, en forçant un peu le trait, de « Son Altessissime des cieux très élevés ».
Au-delà de l’obséquiosité dont il témoigne, pareil propos résume l’image que les monarques et leur cour tentent de projeter à l’extérieur. Ainsi, il faut donc savoir que le roi, l’émir ou le sultan a eu un jour une vision, personnelle cela va sans dire, quant à la manière de développer son pays. « A strategic vision », une vision stratégique, bien sûr, et non un caprice de nouveau riche.
Les gratte-ciel de Dubaï, les villes nouvelles d’Arabie saoudite, les ports du sultanat d’Oman, la diversification de l’économie d’Abou Dhabi pour sortir du tout-pétrole, l’activisme du Qatar sur tous les fronts de la planète, les hôtels fantasmagoriques que la presse anglo-saxonne qualifie d’« al-blingbling », les compagnies aériennes (Emirates, Etihad Airways, Qatar Airways, Oman Air…) qui dament le pion à leurs concurrentes européennes (1), les fantaisies touristiques : tout cela relèverait de la « vision » cohérente de monarques qui seraient à la fois stratèges et planificateurs, gestionnaires avisés et entrepreneurs.
Opportunistes, et souvent à l’origine des grands projets économiques dans la région, les cabinets de conseil anglo-saxons ont compris tout l’intérêt d’investir dans ce terme de « vision ». Depuis plusieurs années, c’est à qui élaborera le plus beau et le plus dense des rapports de prospective. « Vision 2020 », « Vision 2030 » – en attendant ceux de 2040 : les pays du Golfe ne cessent de se projeter dans l’avenir et d’imaginer tous les scénarios susceptibles de faire d’eux de véritables puissances économiques et énergétiques.
Souvent, les consultants mobilisés au service de « the vision » n’ont guère de scrupules, vendant successivement la même idée à des monarques rivaux et obsédés par l’idée de faire mieux que le voisin. L’émirat de Charjah est connu dans le monde pour la beauté de ses musées, notamment celui de la Civilisation islamique ? Le Qatar en aura un plus grand, tandis qu’Abou Dhabi entend réussir l’exploit de réunir le Louvre et le Guggenheim dans le même « district culturel ». Dubaï possède la plus grande tour du monde ? L’Arabie saoudite envisage d’en ériger une encore plus haute, en signe manifeste de sa domination régionale…
Alors que le projet européen se réduit comme peau de chagrin et que les Etats- Unis ne savent pas comment sortir d’une croissance qui ne crée plus d’emplois, les pays du Golfe revendiquent leur confiance en l’avenir, même si, dans les coulisses, le nucléaire iranien provoque cauchemars et sueurs froides. Il ne se passe donc pas un jour, ou presque, sans que l’on parle de « projects » à plusieurs dizaines de « billions » – milliards – de dollars. Les sommes citées par l’hebdomadaire MEED (Dubaï) ou par le quotidien émirati The National – tous deux en anglais, langue des affaires, mais aussi de l’éducation supérieure et de tout ce qui touche aux loisirs et à la culture – donnent le tournis. A lire et à entendre les déclarations officielles, tous ces projets sont « world-class », d’envergure internationale, car le temps des cheikhs fortunés achetant d’obsolètes éléphants blancs (2) serait révolu.
LE projet doit être lourd, impressionnant, mais aussi rentable, de façon à permettre au pays concerné de tenir son rang d’« emerging market » – marché émergent –, au même titre que la Chine ou le Brésil, mais aussi et surtout de « hub ». C’est-à-dire de carrefour stratégique et de noeud de communications et de transports où il est opportun, pour ne pas dire obligatoire, de se rendre pour faire de bonnes affaires. Il y a d’ailleurs un aspect quasi obsessionnel dans la volonté des pays du Golfe d’être aujourd’hui à la convergence des mondes. « To be on the map » : être sur la carte du globe et, surtout, être enfin connu et reconnu. C’est, entre autres, ce qui motive les monarchies de la région, comme le montre l’exemple très médiatisé du Qatar.
Voilà pourquoi le qualificatif « global » s’accole inévitablement au terme « hub ». Aucun projet, aucune activité, aucun colloque n’a droit de cité s’il n’est pas « global », c’est-à-dire inscrit dans la mondialisation. De passage à Doha ou à Manama, on ne sera donc pas surpris si la carte de visite de l’attachée de presse d’une petite affaire familiale proclame sa fonction de « global press officer ». Même le « mall », ce gigantesque centre commercial climatisé où expatriés et nationaux traînent leur ennui dans de tristes galeries de marbre, se doit d’être « global ». Les pays du Golfe ? « A global hub with a strategic vision. »
Ce matériel linguistique suffit à charpenter des livres et des colloques célébrant l’avènement d’une nouvelle économie. Une économie robuste (« strong economy »), mais aussi, vous préviendra-t-on, très attentive au développement durable (« sustainable development »). Car, bien sûr, dans cette région qui est la première du monde en termes d’émissions de gaz à effet de serre par habitant, se soucier de l’environnement, c’est aussi très « world-class ».
Dans la terminologie abondante à laquelle recourent les documents relatifs à la « vision », le « capital humain » (« human capital ») s’accommode à toutes les sauces. Officiellement, il faut le développer et le protéger. Bien entendu, cela ne concerne guère les légions de travailleurs immigrés, notamment ceux originaires du sous-continent indien, pour lesquels on parle plutôt de « deportation », c’est-à-dire d’expulsion. Une punition automatique quand il leur prend la mauvaise idée de faire grève pour réclamer leurs (maigres) droits ou leurs salaires, trop souvent versés en retard et amputés du coût de leur nourriture et de leur logement, qu’ils n’ont d’ailleurs pas la possibilité de négocier.
Ces derniers temps, intérêt de l’Occident protecteur oblige, on lie le « human capital » au sort des femmes. A Dubaï comme à Doha ou à Koweït, il n’est question que de leur donner un meilleur accès à la vie professionnelle. Dès lors surgit un autre terme qui mérite attention, tant il cristallise les sousentendus politiques et idéologiques chers à l’idéologie néolibérale : celui d’« empowerment », qui, dans les textes, signifie « donner progressivement plus de pouvoir aux personnes concernées pour qu’elles puissent mieux agir d’elles-mêmes ». « Empowerer » une femme émiratie ou qatarie, c’est donc lui faire prendre conscience qu’elle pourrait avoir plus, mais sans pour autant remettre en question le système patriarcal dominant. En clair, l’émanciper, mais pas trop.
A l’inverse, pratiquer l’« empowerment » des jeunes « locals », les locaux, terme qu’emploient les expatriés pour désigner les nationaux, consiste à les convaincre d’en faire plus et d’accepter des emplois jusque-là réservés aux étrangers, notamment dans le secteur privé. Campagne après campagne, la « labor nationalization », le remplacement des travailleurs étrangers, demeure toutefois un échec, et la dépendance aux « foreign workers » reste importante. Ce qui, chose nouvelle, alimente de longs débats dans la presse et les Parlements, pour la plupart consultatifs (3).
Mais comment ne pas comprendre cette jeunesse masculine blasée et désoeuvrée, qui inquiète les puissants chouyoukh – terme par lequel on désigne les monarques, mais aussi les grandes figures tribales ? Pas facile pour elle d’exister, de mener une vie normale ou, plus important encore, d’acquérir le goût de l’effort et du travail bien fait, quand tout ce qui l’entoure ne parle que de « luxury » – mot signifiant luxe, mais que l’on peut aussi traduire par luxure quand on connaît certains aspects de la vie nocturne de quelques villes du Golfe. Comment mettre au travail cette jeunesse autrement qu’en la recrutant dans une fonction publique pléthorique, dans des pays où un autre maître mot est « leisure » – loisir, à comprendre surtout dans le sens de farniente –, et le maître verbe, « enjoy » – prendre du plaisir ?
Il n’y a cependant pas que la jeunesse qui inquiète les chouyoukh. Quatre décennies d’énormes bouleversements sociaux ont engendré une forme de malêtre et de quête identitaire. C’est pourquoi, au nom de la cohésion nationale, il est souvent question de « heritage » (prononcer « heuritadje », en roulant bien le « r ») et de « culture » (prononcer « keultch’re »). Ah, ce « cultural heritage », expression bien utile pour compenser le malaise généré par la « modernity » tant revendiquée – du moins pour ce qui est de l’aspect technologique, car, pour les mentalités…
MAIS, persifle le visiteur en provenance du Proche-Orient ou du Maghreb, de quel héritage culturel parle-t-on en ces terres jadis connues pour leur vacuité ? La tente ? Les chameaux ? La poésie antéislamique ? La frugalité imposée par le désert ? Les joutes marines ? La gastronomie sommaire, dont le visiteur prendra garde à ne pas demander si elle est « spicy » (épicée), le terme « spice » faisant désormais référence à des substances synthétiques de plus en plus prisées par la jeunesse locale en quête de paradis artificiels ?
La terminologie en vogue n’a pas d’expression favorite pour cela. Elle se contente tout au plus de reconnaître que les pays de la région sont engagés dans un « nation building », la construction d’une nation. Un « challenge » qui demeure incertain, malgré l’existence d’une « vision » stratégique et prospective qui, il faut tout de même le reconnaître, fait défaut à nombre de pays.
Notes :
(1) Lire Jean-Pierre Séréni, « Emirates veut faire redécoller Dubaï », Le Monde diplomatique, novembre 2010.
(2) Un « éléphant blanc » est un ouvrage ambitieux qui soit n’aboutit jamais, soit se révèle un gouffre financier.
(3) Lire « Les Emirats arabes unis saisis par la fièvre nationale », Le Monde diplomatique, mai 2010.
08/2013
Source : http://www.monde-diplomatique.fr
English Gulf by his words
* Journaliste
En avril 2013, lors d’une conférence sur l’énergie organisée à Doha, au Qatar, l’un des intervenants, un officiel qatari, commence et conclut son intervention en anglais – la lingua franca dans le Golfe – en rendant hommage à la « vision éclairée » de son émir. Dans la salle, journalistes et universitaires échangent clins d’oeil et sourires entendus. Habitués de ce genre de manifestations, certains ont même parié sur le nombre de fois où serait prononcée l’expression « the vision ». Il faut dire qu’elle est devenue omniprésente dans toutes les monarchies pétrolières ou gazières du golfe Arabo-Persique. Que ce soit lors d’un colloque, dans un document officiel ou dans une simple plaquette touristique, il faut célébrer la « vijieune » – exigez l’accent – de Son Altesse royale, ou plutôt, en forçant un peu le trait, de « Son Altessissime des cieux très élevés ».
Au-delà de l’obséquiosité dont il témoigne, pareil propos résume l’image que les monarques et leur cour tentent de projeter à l’extérieur. Ainsi, il faut donc savoir que le roi, l’émir ou le sultan a eu un jour une vision, personnelle cela va sans dire, quant à la manière de développer son pays. « A strategic vision », une vision stratégique, bien sûr, et non un caprice de nouveau riche.
Les gratte-ciel de Dubaï, les villes nouvelles d’Arabie saoudite, les ports du sultanat d’Oman, la diversification de l’économie d’Abou Dhabi pour sortir du tout-pétrole, l’activisme du Qatar sur tous les fronts de la planète, les hôtels fantasmagoriques que la presse anglo-saxonne qualifie d’« al-blingbling », les compagnies aériennes (Emirates, Etihad Airways, Qatar Airways, Oman Air…) qui dament le pion à leurs concurrentes européennes (1), les fantaisies touristiques : tout cela relèverait de la « vision » cohérente de monarques qui seraient à la fois stratèges et planificateurs, gestionnaires avisés et entrepreneurs.
Opportunistes, et souvent à l’origine des grands projets économiques dans la région, les cabinets de conseil anglo-saxons ont compris tout l’intérêt d’investir dans ce terme de « vision ». Depuis plusieurs années, c’est à qui élaborera le plus beau et le plus dense des rapports de prospective. « Vision 2020 », « Vision 2030 » – en attendant ceux de 2040 : les pays du Golfe ne cessent de se projeter dans l’avenir et d’imaginer tous les scénarios susceptibles de faire d’eux de véritables puissances économiques et énergétiques.
Souvent, les consultants mobilisés au service de « the vision » n’ont guère de scrupules, vendant successivement la même idée à des monarques rivaux et obsédés par l’idée de faire mieux que le voisin. L’émirat de Charjah est connu dans le monde pour la beauté de ses musées, notamment celui de la Civilisation islamique ? Le Qatar en aura un plus grand, tandis qu’Abou Dhabi entend réussir l’exploit de réunir le Louvre et le Guggenheim dans le même « district culturel ». Dubaï possède la plus grande tour du monde ? L’Arabie saoudite envisage d’en ériger une encore plus haute, en signe manifeste de sa domination régionale…
Alors que le projet européen se réduit comme peau de chagrin et que les Etats- Unis ne savent pas comment sortir d’une croissance qui ne crée plus d’emplois, les pays du Golfe revendiquent leur confiance en l’avenir, même si, dans les coulisses, le nucléaire iranien provoque cauchemars et sueurs froides. Il ne se passe donc pas un jour, ou presque, sans que l’on parle de « projects » à plusieurs dizaines de « billions » – milliards – de dollars. Les sommes citées par l’hebdomadaire MEED (Dubaï) ou par le quotidien émirati The National – tous deux en anglais, langue des affaires, mais aussi de l’éducation supérieure et de tout ce qui touche aux loisirs et à la culture – donnent le tournis. A lire et à entendre les déclarations officielles, tous ces projets sont « world-class », d’envergure internationale, car le temps des cheikhs fortunés achetant d’obsolètes éléphants blancs (2) serait révolu.
LE projet doit être lourd, impressionnant, mais aussi rentable, de façon à permettre au pays concerné de tenir son rang d’« emerging market » – marché émergent –, au même titre que la Chine ou le Brésil, mais aussi et surtout de « hub ». C’est-à-dire de carrefour stratégique et de noeud de communications et de transports où il est opportun, pour ne pas dire obligatoire, de se rendre pour faire de bonnes affaires. Il y a d’ailleurs un aspect quasi obsessionnel dans la volonté des pays du Golfe d’être aujourd’hui à la convergence des mondes. « To be on the map » : être sur la carte du globe et, surtout, être enfin connu et reconnu. C’est, entre autres, ce qui motive les monarchies de la région, comme le montre l’exemple très médiatisé du Qatar.
Voilà pourquoi le qualificatif « global » s’accole inévitablement au terme « hub ». Aucun projet, aucune activité, aucun colloque n’a droit de cité s’il n’est pas « global », c’est-à-dire inscrit dans la mondialisation. De passage à Doha ou à Manama, on ne sera donc pas surpris si la carte de visite de l’attachée de presse d’une petite affaire familiale proclame sa fonction de « global press officer ». Même le « mall », ce gigantesque centre commercial climatisé où expatriés et nationaux traînent leur ennui dans de tristes galeries de marbre, se doit d’être « global ». Les pays du Golfe ? « A global hub with a strategic vision. »
Ce matériel linguistique suffit à charpenter des livres et des colloques célébrant l’avènement d’une nouvelle économie. Une économie robuste (« strong economy »), mais aussi, vous préviendra-t-on, très attentive au développement durable (« sustainable development »). Car, bien sûr, dans cette région qui est la première du monde en termes d’émissions de gaz à effet de serre par habitant, se soucier de l’environnement, c’est aussi très « world-class ».
Dans la terminologie abondante à laquelle recourent les documents relatifs à la « vision », le « capital humain » (« human capital ») s’accommode à toutes les sauces. Officiellement, il faut le développer et le protéger. Bien entendu, cela ne concerne guère les légions de travailleurs immigrés, notamment ceux originaires du sous-continent indien, pour lesquels on parle plutôt de « deportation », c’est-à-dire d’expulsion. Une punition automatique quand il leur prend la mauvaise idée de faire grève pour réclamer leurs (maigres) droits ou leurs salaires, trop souvent versés en retard et amputés du coût de leur nourriture et de leur logement, qu’ils n’ont d’ailleurs pas la possibilité de négocier.
Ces derniers temps, intérêt de l’Occident protecteur oblige, on lie le « human capital » au sort des femmes. A Dubaï comme à Doha ou à Koweït, il n’est question que de leur donner un meilleur accès à la vie professionnelle. Dès lors surgit un autre terme qui mérite attention, tant il cristallise les sousentendus politiques et idéologiques chers à l’idéologie néolibérale : celui d’« empowerment », qui, dans les textes, signifie « donner progressivement plus de pouvoir aux personnes concernées pour qu’elles puissent mieux agir d’elles-mêmes ». « Empowerer » une femme émiratie ou qatarie, c’est donc lui faire prendre conscience qu’elle pourrait avoir plus, mais sans pour autant remettre en question le système patriarcal dominant. En clair, l’émanciper, mais pas trop.
A l’inverse, pratiquer l’« empowerment » des jeunes « locals », les locaux, terme qu’emploient les expatriés pour désigner les nationaux, consiste à les convaincre d’en faire plus et d’accepter des emplois jusque-là réservés aux étrangers, notamment dans le secteur privé. Campagne après campagne, la « labor nationalization », le remplacement des travailleurs étrangers, demeure toutefois un échec, et la dépendance aux « foreign workers » reste importante. Ce qui, chose nouvelle, alimente de longs débats dans la presse et les Parlements, pour la plupart consultatifs (3).
Mais comment ne pas comprendre cette jeunesse masculine blasée et désoeuvrée, qui inquiète les puissants chouyoukh – terme par lequel on désigne les monarques, mais aussi les grandes figures tribales ? Pas facile pour elle d’exister, de mener une vie normale ou, plus important encore, d’acquérir le goût de l’effort et du travail bien fait, quand tout ce qui l’entoure ne parle que de « luxury » – mot signifiant luxe, mais que l’on peut aussi traduire par luxure quand on connaît certains aspects de la vie nocturne de quelques villes du Golfe. Comment mettre au travail cette jeunesse autrement qu’en la recrutant dans une fonction publique pléthorique, dans des pays où un autre maître mot est « leisure » – loisir, à comprendre surtout dans le sens de farniente –, et le maître verbe, « enjoy » – prendre du plaisir ?
Il n’y a cependant pas que la jeunesse qui inquiète les chouyoukh. Quatre décennies d’énormes bouleversements sociaux ont engendré une forme de malêtre et de quête identitaire. C’est pourquoi, au nom de la cohésion nationale, il est souvent question de « heritage » (prononcer « heuritadje », en roulant bien le « r ») et de « culture » (prononcer « keultch’re »). Ah, ce « cultural heritage », expression bien utile pour compenser le malaise généré par la « modernity » tant revendiquée – du moins pour ce qui est de l’aspect technologique, car, pour les mentalités…
MAIS, persifle le visiteur en provenance du Proche-Orient ou du Maghreb, de quel héritage culturel parle-t-on en ces terres jadis connues pour leur vacuité ? La tente ? Les chameaux ? La poésie antéislamique ? La frugalité imposée par le désert ? Les joutes marines ? La gastronomie sommaire, dont le visiteur prendra garde à ne pas demander si elle est « spicy » (épicée), le terme « spice » faisant désormais référence à des substances synthétiques de plus en plus prisées par la jeunesse locale en quête de paradis artificiels ?
La terminologie en vogue n’a pas d’expression favorite pour cela. Elle se contente tout au plus de reconnaître que les pays de la région sont engagés dans un « nation building », la construction d’une nation. Un « challenge » qui demeure incertain, malgré l’existence d’une « vision » stratégique et prospective qui, il faut tout de même le reconnaître, fait défaut à nombre de pays.
Notes :
(1) Lire Jean-Pierre Séréni, « Emirates veut faire redécoller Dubaï », Le Monde diplomatique, novembre 2010.
(2) Un « éléphant blanc » est un ouvrage ambitieux qui soit n’aboutit jamais, soit se révèle un gouffre financier.
(3) Lire « Les Emirats arabes unis saisis par la fièvre nationale », Le Monde diplomatique, mai 2010.
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Les infos dont on parle peu n°38 (27 Juillet 2013)
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10 juillet 2013
Samsung ou l’empire de la peur
Par
MARTINE BULARD
07/2013
Source :
http://www.monde-diplomatique.fr
english
Samsung
or empire of fear
Sa
tablette Galaxy l’a propulsé sur le devant de la scène, au point
qu’il dépasse Apple. Du coup, Samsung et son concurrent se livrent
une guerre sans merci devant les tribunaux et les
instances internationales.
Mais, au-delà de l’électronique, le groupe sud-coréen, aux
activités multiformes, constitue un conglomérat si puissant qu’il
influence aussi bien la politique
que la justice ou la presse
du pays.
IMPOSSIBLE
de la rater, même au milieu de cette forêt d’immeubles en verre
aux formes plus biscornues les unes que les autres – ici,
l’originalité est signe de distinction. La tour Samsung trône en
plein cœur de Gangnam, l’un des districts les plus « bling-bling
» de Séoul avec ses avenues gigantesques, ses voitures de luxe et
ses jeunes branchés,rendus mondialement célèbres par le chanteur
Psy dans son clip Gangnam Style.
Samsung
Electronics y présente, sur trois niveaux, ses inventions les plus
spectaculaires : écrans géants où l’on se transforme en joueur
de golf ou en champion de base-ball ; télévisions en 3D ;
réfrigérateurs aux parois transparentes et dotés d’un système
pouvant suggérer des recettes à partir de leur contenu ; miroirs
avec capteurs indiquant votre rythme cardiaque, votre température…
Sans oublier, en très bonne place, le dernier bijou du groupe : le
smartphone Galaxy S4, lancé dans le monde entier.
C’est
la face lumineuse de Samsung. En cette fin d’après-midi de mai,
des dizaines d’adolescents se retrouvent ici, l’université de
Séoul se situant à quelques centaines de mètres. Ils vont d’un
stand à l’autre, s’ébahissent devant les prouesses, se défient,
s’interpellent. Tous ceux que l’on a pu interroger assurent que
travailler chez Samsung serait « le rêve »
Une
opinion que l’on entendra très souvent. N’est-ce pas Samsung qui
a damé le pion au colosse américain Apple et au japonais Sony sur
le marché des téléphones portables et des tablettes ?
N’est-ce
pas « le géant du XXIe siècle dans les technologies les plus
avancées », comme l’énonce un jeune chercheur récemment
embauché chez Samsung Design, temple de l’innovation ? Et la plus
grande tour du monde à Dubaï ? Et la centrale nucléaire d’Abou
Dhabi ?, interroge notre jeune interlocuteur, un brin ironique, car
la France a perdu le marché. Samsung, encore Samsung, toujours
Samsung…
Fiche
d’identité
SAMSUNG
Chiffre
d’affaires : 185,1
milliards d’euros.
Bénéfice
net : 13,7
milliards.
Salariés
: 369 000
personnes, dont 40 000 chercheurs.
Part
des ventes mondiales de téléphones
portables
: 29 %
(22 % pour Apple).
Principales
filiales : Samsung
Electronics (téléphones portables, semi-conducteurs, écrans LCD,
panneaux solaires...), Samsung Heavy Industries (construction
navale,lates-formes pétrolières), Samsung Techwin (armement),
Samsung Life Insurance (assurances), Everland (parcs d’attractions),
The Shilla Hotels and Resorts, Samsung Medical Center, Samsung
Economic Research Institute.
Principaux
pays d’implantation, outre la
Corée : Chine
(assemblage des téléphones
portables), Malaisie, Vietnam, Inde,
Ukraine, Pologne, Etats-Unis, etc.
Sources
: rapport officiel de Samsung 2012,
IDC
Worldwide Mobile Phone Tracker 2012
Le
groupe étend ses tentacules des chantiers navals au nucléaire, de
l’industrie lourde à la construction immobilière, des parcs de
loisirs à l’armement, de l’électronique à la grande
distribution et même aux boulangeries de quartier, sans oublier le
secteur des assurances ou encore les instituts de recherche. Il forme
ce que l’on appelle un chaebol, sans équivalent dans le monde (1).
«
En Corée du Sud, déclare Park Je-song, chercheur au Korean Labor
Institute (KLI), vous naissez dans une maternité qui appartient à
un chaebol, vous allez dans une école chaebol, vous
recevez
un salaire chaebol – car la quasi-totalité des petites et moyennes
entreprises en dépendent, vous habitez un appartement chaebol, vous
avezune carte de crédit chaebol, et même vos loisirs et votre
shopping seront assurés par un chaebol. » Il aurait pu ajouter : «
Vous êtes élu grâce à un chaebol », puisque ces mastodontes
financent indifféremment droite et gauche.
Il
en existe une trentaine dans le pays, dont Hyundai, LG (Lucky
Goldstar) ou SK Group (Sunkyung Group), chacun détenu par une grande
famille dynastique. Le plus puissant est Samsung,
qui
opère dans les nouvelles technologies et soigne son image – le
groupe a dépensé 9 milliards d’euros en marketing en 2012 (2) –,
même si la saga familiale, avec procès spectaculaires, querelles
fratricides, corruption et dépenses somptuaires, ferait passer
Dallas pour un feuilleton à l’eau de rose.
Son
histoire symbolise l’évolution de la République de Corée, passée
du statut de pays en développement dans les années 1960 –
derrière la Corée du Nord, alors plus industrialisée à celui
de
quinzième économie mondiale. Le créateur du groupe, Lee Byung-chul
(1910-1987), a commencé au bas de l’échelle, en tenant un petit
commerce avec pour emblème trois étoiles – samsung en coréen. La
légende met l’accent sur son sens des affaires, qui lui a permis
de miser sur les biens de grande consommation (télévisions,
réfrigérateurs), puis sur l’électronique, gagnant ainsi ses
lettres de noblesse et remplissant ses caisses en Corée comme sur
les marchés occidentaux. Il a légué sa fortune à ses enfants,
sans payer d’impôts ou presque, et désigné l’un de ses fils,
M. Lee Kun-hee, pour lui succéder.
Autodafé
de
téléphones portables
Ce
dernier développera le groupe au point de le hisser à la première
place dans les ventes de semi-conducteurs (il fournit Apple), de
smartphones, d’écrans plats, de téléviseurs, et parmi les tout
premiers dans l’engineering ou la chimie. Il se situe au vingtième
rang mondial (3), affichant un chiffre d’affaires équivalent à
un cinquième du produit intérieur brut (PIB) de la Corée. Avec une
fortune personnelle évaluée à 13 milliards de dollars, M. Lee
Kun-hee est l’homme le plus riche du pays et occupe le 69e rang
mondial.
La
légende omet de rappeler que Lee Byungchul a démarré ses affaires,
en 1938, avec l’aval de l’occupant japonais. Elle ne dit pas non
plus que le groupe s’est développé avec l’aide sonnante et
trébuchante du dictateur Park Chung-hee, qui a apporté terrains,
financements, fiscalité réduite, normes spécifiques pour
protéger le marché intérieur. Pur produit de la dictature, Samsung
conserve de beaux restes.
A
71 ans, le patron actuel « exerce un pouvoir absolu sur les
orientations du groupe comme sur le personnel, assure Park Je-song,
bien qu’il ne détienne qu’une infime partie du capital » :
moins de 3 % (lire l’encadré page suivante). Dès qu’il parle,
chacun obtempère sans barguigner. En 1993, foin du sexisme, il lance
à l’ensemble du personnel : « Vous devez tout changer, sauf vos
femmes. » Du jour au lendemain, produits, méthodes, management sont
chamboulés. Cette fameuse « réactivité au marché » fera le
succès du groupe et la légende de son chef.
Deux
ans plus tard, constatant la piètre qualité des téléphones, m.
lee kun-hee organise un gigantesque autodafé de cent cinquante mille
portables, qui partent en fumée devant les travailleurs ahuris.
L’image
est retransmise dans la totalité des usines, histoire de montrer
qu’un travail bâclé ne vaut pas plus que ce tas de cendres. le
«zéro défaut» devient la norme à respecter et la culpabilisation
des travailleurs, un dogme.
Avocat
réputé, M. Kim Yong-cheol a travaillé au secrétariat général,
le saint des saints, aussi appelé « groupe central pour la réforme
» (Reformation Headquarter Group). Il raconte que lors des réunions
avec le grand patron, qui peuvent durer plus de six heures, pas un
seul cadre ne boit un verre d’eau, de peur d’être contraint
d’aller aux toilettes : M. Lee ne le supporterait pas. Nul ne peut
parler sans son autorisation. Oser émettre le moindre doute ne
viendrait à l’idée de personne. « C’est comme un dictateur. Il
ordonne, on exécute. »
Pour
les sous-traitants aussi, pas de salut hors la soumission. Fin
connaisseur de la Corée, le dirigeant français d’une entreprise
dans le secteur ultraprisé des aménagements urbains de luxe, qui a
réclamé l’anonymat, confie : « Pour travailler ici, il faut
être adoubé. L’appel d’offres n’existe pas. Tout est fondé
sur la confiance. Si ça marche, vous devez être entièrement
dévoué au groupe, obéir au doigt et à l’œil. L’avantage est
que vous pouvez innover, mais sous sa protection. » Impossible de
travailler pour un autre chaebol ou de refuser unecommande. « Ce
sont des rapports féodaux », finit il par admettre. D’autres
sous-traitants moins prestigieux peuvent du jour au lendemain voir
leur marge autoritairement réduite, ou être rayés de la liste des
fournisseurs.
L’avocat
Kim Yong-cheol a vécu le système Samsung de l’intérieur. Pendant
« sept ans et un mois », précise-t-il, il a mis son talent au
service du grand homme et de ses pratiques plus ou moins licites :
double comptabilité, caisses noires pour acheter journalistes et
élus, comptes cachés pour subvenir aux besoins personnels, dont
ceux de Mme Lee, grande amatrice d’art contemporain. « Je suis
resté jusqu’au moment où j’ai découvert qu’on avait ouvert
un compte bancaire à mon nom crédité de plusieurs dizaines de
millions de wons (4). »
Excédé
par cette injustice, M. Kim Yong-cheol trempe sa plume dans l’acide
et publie en 2010 Penser Samsung (6). Il y détaille les exactions de
la famille et la corruption jusqu’au plus haut niveau de l’Etat :
« Je devais apporter la preuve que je ne mentais pas. » Aucun des
trois grands journaux,
Chosun,
JoongAng et Donga – « Chojoodong », comme on nomme ici cette
presse de connivence n’accepte d’encart publicitaire pour le
livre. Aucun n’en rendra compte. Tous sont liés à
Samsung
par la publicité, par les enveloppes régulièrement versées aux
journalistes, ou par des relations intimes avec la famille. Seul
Hankyoreh brisera l’omerta, ce qui lui vaudra d’être privé des
annonces publicitaires du groupe.
Les
réseaux sociaux feront néanmoins connaître le livre, qui se vendra
à deux cent mille exemplaires. Beau succès de librairie, mais
toujours pas d’emploi pour l’avocat. Lui qui se définit comme
un conservateur a dû retourner dans sa ville natale, Gwangju, fief
des démocrates mais seul endroit où il a pu trouver un poste. Il
n’a qu’un regret : « Le débat public n’a pas eu lieu. Samsung
a qualifié mon livre de “pure fiction”. » Et le manège a
repris.
Même
constat du côté du cinéaste Im Sangsoo. Lui a choisi d’emblée
la fiction avec son film L’Ivresse de l’argent (7), en 2012. Il
y décrit avec maestria le comportement des chaebols : la
corruption,
l’arrogance, le mépris du personnel, les querelles familiales,
jusqu’au meurtre. «Les chaebols transforment les gens en esclaves.
Je devais démonter leurs mécanismes », explique-t-il dans les
locaux de l’édition coréenne du Monde diplomatique (8).
Toutefois, « ce ne fut pas un succès au box-office ». Silence
médiatique et refus de diffusion des grandes salles de cinéma. Pour
lui, « le plus décevant, c’est que le film n’a guère
intéressé la gauche, car elle n’ose pas s’attaquer à cette
forteresse. Pourtant, il y a deux dynasties dans la péninsule : les
Kim en Corée du Nord et les Lee en Corée du Sud. »
L’image
est à peine excessive quand on voit le sort réservé au député du
Nouveau Parti progressiste Roh Hoe-chan, déchu de son mandat en
février dernier pour avoir rendu publique une liste des
personnalités corrompues par Samsung. Pas n’importe quelle liste :
celle établie par les services secrets, qui, pour d’obscures
raisons, avaient enregistré des conversations entre le patron du
groupe et celui du journal JoongAng. Il y est beaucoup question
d’argent versé à du très beau monde : le vice- ministre de la
justice, un ou deux procureurs, plusieurs journalistes,
quelques
candidats aux élections.
Ne
pas manger avec un syndicaliste à la cantine
Les
syndicalistes, également, ont droit au bâillon. L’un des
porte-parole du groupe, M. Cho Kevin, dément pourtant toute chasse
aux sorcières. Il nous fait savoir par courriel (il est plus facile
de rencontrer un ministre ou un député qu’un représentant de
Samsung) : « Des syndicats existent dans de nombreuses filiales, et
le groupe respecte le droit du travail ainsi que les normes éthiques.
» Des syndicats maison, oui ; mais pas la Confédération coréenne
des syndicats (Korean Confederation of Trade Union, KCTU), dont
l’ancêtre a joué un rôle décisif pour mettre fin à la
dictature dans les années 1980. Enlèvements, licenciements,
menaces, chantage : la direction ne lésine pas sur les moyens, si
l’on en croit l’étude du professeur Cho Don-moon, sociologue à
l’Université catholique de Corée (9).
Jusqu’en
2011, un seul syndicat était autorisé dans l’entreprise, et le
salarié qui voulait en créer un devait se faire enregistrer auprès
de l’administration publique. Dès qu’un dossier arrivait, le
fonctionnaire prévenait la direction de Samsung, laquelle pouvait
enlever l’impétrant pendant plusieurs jours, le temps de créer
son propre syndicat dans l’usine. Depuis janvier 2011, le
pluralisme syndical est reconnu, mais la KCTU reste l’ennemi.
Ils
sont six, âgés de 30 à 50 ans. Tous travaillent chez Samsung,
autour d’Ulsan, à deux heures et demie de train à grande vitesse
au sud-est de Séoul. Mais pour les rencontrer, il faudra faire des
tours et des détours jusqu’à une auberge coréenne
traditionnelle, entourée de fleurs et d’arbres, tout au bord d’un
lac, loin de leur domicile, afin qu’ils passent incognito. Le coin
est plus enchanteur que les environs des usines où ils fabriquent
des batteries de portable, des écrans à cristaux liquides ou des
panneaux solaires. Et surtout plus discret :
«C’est trop dangereux de rencontrer une journaliste –
étrangèrequi plus est », expliquent-ils. Syndiqués à la KCTU,
ils vivent dans une semi-clandestinité. Tous sont catalogués « MJ
», pour moon jae,
transcription
phonétique en alphabet occidental du coréen « problème ». «
Dans chaque secteur, raconte
l’un
d’entre eux, il y a des personnes chargées de repérer les MJ, de
les harceler, de les acheter et d’empêcher la “contamination”.
» L’un de ses collègues enchaîne : « Si une personne prend un
verre par hasard dans une soirée avec un MJ, elle est immédiatement
convoquée par la direction, qui lui demande ce qu’elle a entendu
et ce qu’elle a dit. Même à la cantine, il est peu recommandé de
manger avec un MJ. »
Permission
de minuit pour les ouvrières
Les
sanctions pleuvent : un seul de ces syndicalistes a conservé son
travail à la chaîne. L’un a été muté dans un bureau où il
s’occupe, seul, des oeuvres caritatives de l’usine. Un autre a
été placé dans un service d’approvisionnement bien encadré. Une
question sur l’activité du quatrième fait rire la tablée : «
Rien, je ne fais littéralement rien. Avant, j’étais ouvrier ;
maintenant, je suis dans un bureau, tout seul, sans aucune tâche. »
Il en rigole, mais il a dû consulter un psychiatre. A son collègue
qui vient de rejoindre le syndicat, la direction a proposé un «
stage obligatoire » de plusieurs mois… en Malaisie. Il a refusé ;
il attend la sanction. Quant au sixième, il a été licencié il y a
quatre ans. Sans recours.
Nous
avons rencontré d’autres MJ à Suwon, la ville-phare de Samsung,
dans la banlieue de Séoul. M. Cho Jang-hee, ancien manager d’un
restaurant au parc d’attractions Everland, a eu l’audace de créer
avec trois de ses collègues un syndicat affilié à la KCTU. Toutes
les tentatives précédentes avaient échoué, certains ayant eu une
promotion, ou de l’argent pour payer les études des enfants,
d’autres ayant cédé aux pressions. « Tout d’un coup, les
collègues n’osent plus vous regarder, ils ne vous parlent plus,
raconte-t-il. Il y a même des “séances de formation” au cours
desquelles les cadres expliquent que nous sommes des voyous qui
mettons en péril l’entreprise. » Eux ont été suivis
vingt-quatre heures sur vingt-quatre et filmés. Leurs téléphones
ont été piratés, leurs proches menacés. Mais ils ont tenu.
Certes,
leur influence est marginale : onze adhérents « au grand jour » et
soixante-huit clandestins, sur dix mille salariés. Ils ne sont pas
près d’être élus pour représenter le personnel dans ces
commissions paritaires concoctées par le groupe pour contourner les
syndicats et composées pour moitié de gens de la direction, pour
moitié de représentants des salariés chaudement recommandés par
la direction. Reste que,
pour la première fois, la KCTU a une existence légale, sinon
reconnue, chez Samsung. M. Cho Jang-hee l’a payé cher, puisqu’il
a été licencié. Quant aux deux autres cofondateurs, ils ont été
mis à pied pendant trois mois et mutés dans deux restaurants
différents « pour bien [les] isoler ».
A
Ulsan comme à Suwon, ces syndiqués reconnaissent que pour eux,
travailleurs à plein temps, « les salaires sont corrects ». En
revanche, les précaires touchent entre 40 et 60 % de moins pour un
travail parfois identique, ne bénéficient d’aucune protection,
d’aucun bonus, et sont jetés à la rue dès que les commandes
baissent (10). Or, qu’ils soient estampillés Samsung ou employés
par les soustraitants, ils représentent selon les estimations (les
statistiques officielles n’existent pas) entre 40 et 50 % des
effectifs. Quant aux plus de 50 ans, cadres compris, ils sont
ardemment invités à démissionner, car ils coûtent trop cher. Pour
tous, les conditions de travail sont difficiles, les amplitudes
horaires démesurées, les tensions fortes, les accidents nombreux.
En janvier 2013, un salarié précaire est mort après une fuite
d’acide fluorhydrique à l’usine de Hwasung, près de Suwon.
De
l’extérieur, rien ne laisse présager du moindre danger dans cette
unité. Soucieux du décorum, M. Lee Kun-hee a construit avec soin sa
digital city (« ville numérique »), qui s’étend sur trois
communes, Hwasung, Giheung et Onyang. Le savant assemblage de gros
cubes d’un blanc pur, d’immeubles en verre élégants et de
pelouses bien entretenues fait penser à un campus universitaire. A
chaque extrémité, des dortoirs : ceux des filles sont imposants,
car les « opératrices » sont les plus nombreuses. Plus loin, celui
des garçons, chargés de la maintenance et de l’approvisionnement.
Venus de tout le pays, ces jeunes gens fabriquent des
semi-conducteurs.
Tous
les ans, des cadres de Samsung partenten chasse. Ils descendent dans
les collèges de province afin de dénicher de nouvelles recrues, à
charge pour les enseignants de les présélectionner. Au dire de
tous, il y a plus de demandes que d’élus. Samsung jouit d’une
belle réputation, et les salaires y sont relativement élevés :
l’équivalent de 2 000 euros, une fortune pour ces débutants (le
salaire minimum ne dépasse pas 600 euros). « En travaillant chez
Samsung, témoigne une employée, je peux aider mes parents et
préparer mon mariage. »
Mais
les rêves de jeune fille s’évanouissent souvent dans les salles
blanches de production. De l’extérieur, tout paraît aseptisé
avec ces « opératrices » aux allures de cosmonautes, en tenue
immaculée, dont seuls les yeux apparaissent. On imagine des lieux
hautement sécurisés. Ce décor futuriste dissimule cependant des
pratiques moyenâgeuses.
Il
faut travailler au moins douze heures par jour ; participer aux
activités caritatives afin de développer l’esprit de solidarité,
dixit le management ; puis, éventuellement, retourner au travail
avant d’aller se coucher. Six jours sur sept. Le septième, les
ouvrières sont si fatiguées qu’elles dorment sur place et
rentrent rarement dans leur famille. « On se lève Samsung, on mange
Samsung, on travaille Samsung, on s’entretient Samsung, on dort
Samsung », résume Kab-soo, heureuse d’en être partie après
avoir amassé un petit pécule et trouvé un autre emploi un peu
moins dur.
Bien
sûr, ces jeunes filles ont le droit de sortir le soir. « Nous ne
sommes pas en Chine », me réplique, un peu vexé, un ex-cadre du
groupe. Cependant, reconnaît-il, ce n’est pas très bien vu. Et
si, par égarement, elles rentrent après le couvrefeu (minuit),
elles reçoivent un « carton rouge » qui ne sera effacé que
lorsqu’elles auront dûment participé aux activités caritatives
maison.
La
fatigue est telle que les indisciplines sont rares. Pourtant,
encapuchonnées dans leur costume de Bunny, les travailleuses
résistent à cette robotisation. Interdites de maquillage, elles
mettent des faux cils. Couvertes jusqu’aux yeux du bonnet
réglementaire, elles trouvent des façons élégantes de le porter,
raconte Lee Kyung-hong, jeune cinéaste documentariste qui les a
filmées pendant trois ans (11)… après leur départ de
l’entreprise, car il leur est totalement interdit de parler tant
qu’elles y sont employées.
Ce
sont leurs seules fantaisies. « On travaille dans la peur », se
souvient Kab-soo. Peur de se tromper. Peur de ne pas y arriver. Peur
de la maladie. La fabrique des semi-conducteurs nécessite en effet
de grandes quantités de produits chimiques, des gaz extrêmement
dangereux, des champs électromagnétiques. Les ouvrières doivent
remper leurs dalles dans plusieurs bains avec une grande rapidité,
ne pas se tromper, vérifier...
Deux
mille violations des lois sur la sécurité au travail
Sur
le papier, les normes de sécurité existent. Mais dans l’unité de
Hwasung, il y a déjà eu deux fuites d’acide fluorhydrique entre
janvier et mai 2013. Les systèmes de ventilation ne fonctionnent pas
toujours. Enfin, souvent, les opératrices elles-mêmes
déverrouillent les vannes de sécurité pour aller plus vite et
remplir leur mission. Sans être payées à la pièce, elles se
sentent responsables du résultat commun.
A
ce rythme, elles ne tiennent pas plus de quatre à cinq ans. Ensuite,
soit elles trouvent un autre emploi, soit elles repartent chez leurs
parents et se marient – seules 53,1 % des femmes travaillent (12).
Quelques-unes en meurent. La jeune Hwang Yumi, âgée de 22 ans, est
décédée en 2007 après quatre ans de travail à l’unité de
Giheung. Son père Hwang Sang-gi, taxi à Dokcho, à deux heures et
demie de voiture de Séoul, se souvient de chaque instant du cancer
qui l’a rongée pendant de longs mois. Il est devenu un symbole. Il
a beau, selon son expression, « parler moins bien que les
bureaucrates de Samsung », il a beau avoir reçu des menaces et des
offres financières pour se taire, il n’a jamais abandonné la
partie. Il veut que le cancer de sa fille soit reconnu comme maladie
professionnelle non seulement par l’administration – ce qui est
acquis –, mais aussi par Samsung, qui nie toujours. Pour Yumi, et
pour tous ceux qui meurent encore.
La
première à l’avoir écouté est l’avocate Lee Jong-ran. Elle
est intarissable sur les dégâts provoqués par ce concentré de
substances dangereuses. « Les fabricants disent qu’il n’y a rien
à craindre, mais aucun ne veut donner la liste exacte des produits
utilisés, au nom du “secret de fabrication”. Et des jeunes
meurent en secret. » Avec le docteur Kong Jeong-ok et l’association
Supporters for the Health and Rights of People in the Semiconductor
Industry (Sharps), elle a recensé cent quatre vingt-un anciens
employés Samsung souffrant d’affections diverses (leucémie,
cancer du sein, sclérose en plaques…) entre 2007 et mai 2013.
Pour
beaucoup de spécialistes du groupe, ces maladies professionnelles
sont un secret de Polichinelle. Il
aura cependant fallu les fuites de liquide toxique à Hwasung, à dix
minutes à vol d’oiseau des résidences de luxe autour de Suwon,
pour que certains commencent à s’inquiéter. Le ministère de
l’emploi a effectué une inspection spéciale et trouvé plus de
deux mille violations du droit du travail en matière de sécurité.
La direction a promis d’y remédier…
Mais
quand, après des mois et des mois de procédures pour que soit
examiné un cas précis, l’agence publique d’indemnisation
mandatée par l’administration entre enfin en lice, elle ne manque
pas d’inclure dans la commission un médecin… Samsung (13) dont
la voix est prépondérante.
Notes :
(1)
Lire Laurent Carroué, « Les travailleurs coréens à l’assaut du
dragon », et Jacques Decornoy, « Délicate fin de guerre dans la
péninsule
de Corée », Le Monde diplomatique, respectivement février 1997 et
novembre 1994.
(2)
« Samsung a dépensé 9 milliards en marketing en 2012 », Le
Figaro, Paris, 14 mars 2013.
(3)
« Global 2000 leading companies », Forbes, New York, mai 2013,
www.forbes.com
(4)
1 000 wons représentent environ 0,60 euro.
(5)
Aucun lien de parenté avec les propriétaires de Samsung. Les noms
de famille sont peu nombreux en Corée : les cinq plus courants (Lee,
Kim...) représentent la moitié de la population.
(6)
Uniquement en coréen.
(7)
Disponible chez Wild Side Video, Paris.
(8)
Lire l’entretien sur notre site : «L’univers impitoyable des
dynasties sud-coréennes », Planète Asie,
http://blog.mondediplo.net (9) Cho Don-moon, « La stratégie antisyndicale de Samsung. Histoire de la lutte des travailleurs pour la création d’un syndicat », étude (en coréen), 2012.
(10) Cf. Jean Marie Pernot, « Corée du Sud. Des luttes syndicales pour la démocratie », Chronique internationale de l’IRES, no 135, Paris, mars 2012.
(11)
Lee Kyung-hong, L’Empire de la honte (en coréen), Purn Production,
Séoul, 2013.
(12)
La moyenne pour les pays de l’Organisation de coopération et de
développement économiques (OCDE) est de 56,7 %.
(13)
« South Korean government rejects Samsung victim’s workers
compensation based on Samsung doctor’s opinion », Sharps, 31 mai
2013, http://stopsamsung.wordpress.com
Un
contrôle circulaire
COMMENT,
avec 3 % du capital, la famille Lee peut-elle diriger un
groupe
qui pèse l’équivalent d’un cinquième du produit intérieur de
la
République de Corée ? Pendant plus de trois heures, l’économiste
Kim
Sang-jo, professeur à l’université Hansung à Séoul et président
de l’association
Solidarité
pour la réforme de l’économie (1), prend le temps d’expliquer
ses
mille et une ficelles, que l’on peut ainsi résumer : dissimulation
de
capitaux, nébuleuse de participations. « On
dit que les fonds de pension étrangers
détiennent
Samsung. Le plus probable est que la famille dispose de sociétés
offshore,
dans les paradis fiscaux. » Tous les
spécialistes rencontrés soupçonnent
qu’une
partie des fonds d’investissement dits étrangers lui
appartiennent,
mais
nul ne sait combien. Et le gouvernement n’est guère curieux.
«
A l’intérieur, poursuit Kim Sang-jo,
beaucoup de petits actionnaires sont des
prête-noms.
Des filiales comme Samsung Life Insurance permettent également de
dissimuler
les capitaux familiaux. » On peut selon lui
estimer la fortune de l’actuel
patron
de Samsung, M. Lee Kun-hee, et de sa femme à 30 milliards de
dollars,
soit deux fois plus que son montant officiel. Du reste, son frère
Lee
Maeng-hee
et sa soeur Lee Sook-hee lui intentent un procès, l’accusant
d’avoir
sous-estimé
l’héritage. L’affaire est en cours devant les tribunaux.
Le
groupe est contrôlé par un système de participations circulaires :
A
contrôle
B, qui contrôle C, qui contrôle A. Selon
un autre spécialiste, Jason
Chung,
créateur du site Chaebul.com, l’équivalent à l’échelle
coréenne du
magazine
américain Forbes, le
jeu se mène à partir de trois entités majeures :
Samsung
Everland, qui regroupe les parcs de loisirs et constitue une sorte
de
holding, Life Insurance et Samsung Electronics.
Le
tout s’accompagne d’un management ultracentralisé et
autoritaire, exercé
publiquement
par M. Lee Kun-hee, et secrètement par ce qui est parfois appelé
le
secrétariat général, ou « groupe central pour la réforme »
(Reformation
Headquarter
Group, RHG). C’est cette équipe d’une centaine de personnes
qui,
selon Kim Sang-jo, détient le pouvoir réel, surtout après la
diversification
ratée
dans l’automobile menée par M. Lee Kun-hee au milieu des années
1990.
«
Du reste, celui-ci a disparu de la scène publique entre 1995 et 2004
», note Kim
Sang-jo.
Après la crise de 1997, le RHG a massivement restructuré et a
concentré
le groupe sur ses coeurs de métier, dont l’électronique, en
développant
la
qualité et en misant sur l’innovation, quitte à acheter des
chercheurs
à
l’étranger. Avec le succès que l’on connaît. M. Lee Kun-hee
régnait mais ne
gouvernait
pas. Il a repris les rênes. Ce qui n’est pas sans danger.
A
71 ans, il a déjà adoubé son fils Lee Jea-yong, 46 ans, actuel
patron d’Electronics,
pour
lui succéder. Mais celui-ci est divorcé, ce qui est fort mal vu en
Corée
; et surtout, il n’a guère brillé jusqu’à présent. Sa soeur
Boo-jin, qui
dirige
Everland et Samsung Chimie, se pose déjà en rivale. A cela s’ajoute
le
fait
que près de 80 % des profits du groupe proviennent de la seule
filiale Electronics
:
un mauvais choix de produit, comme chez Nokia, ou une mauvaise
stratégie,
comme chez Sony, et c’est tout le groupe qui serait fragilisé.
Si
les chaebols (lire ci-dessus) en
général et Samsung en particulier « ont
acquis
une
puissance telle qu’aucun politique n’a su s’en libérer »,
souligne Kim Sang-jo, il
n’est
pas sûr que cela puisse perdurer. La «
démocratisation [économique] des
chaebols
» promise par la
présidente de la République, Mme Park Geun-hye, est
pour
l’instant restée lettre morte, mais une partie des actionnaires,
notamment
à
l’étranger, commencent à ruer dans les brancards. Les relations
féodales avec
les
petites et moyennes entreprises (PME) écrasent les jeunes pousses
innovantes
:
« Ici, des entreprises comme Google ou
Microsoft ne pourraient pas exister »,
assure
l’économiste. Enfin, quoique encore marginale, la contestation
sociale
et
politique s’amplifie en même temps que les inégalités, note de
son côté Jason
Chung
: 1 % de la population détenait 65 % de la richesse nationale en
2012,
contre
40 % en 1990. De là à mettre en cause le champion national…
- B.
(1)
L’association regroupe des économistes, des juristes et des
comptables. Elle vise,
comme
son nom l’indique, une réforme structurelle de l’économie et
une réduction du
poids
des chaebols.
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