10 juillet 2013

Samsung ou l’empire de la peur

Par MARTINE BULARD
07/2013

Sa tablette Galaxy l’a propulsé sur le devant de la scène, au point qu’il dépasse Apple. Du coup, Samsung et son concurrent se livrent une guerre sans merci devant les tribunaux et les instances internationales. Mais, au-delà de l’électronique, le groupe sud-coréen, aux activités multiformes, constitue un conglomérat si puissant qu’il influence aussi bien la politique que la justice ou la presse du pays.


IMPOSSIBLE de la rater, même au milieu de cette forêt d’immeubles en verre aux formes plus biscornues les unes que les autres – ici, l’originalité est signe de distinction. La tour Samsung trône en plein cœur de Gangnam, l’un des districts les plus « bling-bling » de Séoul avec ses avenues gigantesques, ses voitures de luxe et ses jeunes branchés,rendus mondialement célèbres par le chanteur Psy dans son clip Gangnam Style.

Samsung Electronics y présente, sur trois niveaux, ses inventions les plus spectaculaires : écrans géants où l’on se transforme en joueur de golf ou en champion de base-ball ; télévisions en 3D ; réfrigérateurs aux parois transparentes et dotés d’un système pouvant suggérer des recettes à partir de leur contenu ; miroirs avec capteurs indiquant votre rythme cardiaque, votre température… Sans oublier, en très bonne place, le dernier bijou du groupe : le smartphone Galaxy S4, lancé dans le monde entier.

C’est la face lumineuse de Samsung. En cette fin d’après-midi de mai, des dizaines d’adolescents se retrouvent ici, l’université de Séoul se situant à quelques centaines de mètres. Ils vont d’un stand à l’autre, s’ébahissent devant les prouesses, se défient, s’interpellent. Tous ceux que l’on a pu interroger assurent que travailler chez Samsung serait « le rêve »

Une opinion que l’on entendra très souvent. N’est-ce pas Samsung qui a damé le pion au colosse américain Apple et au japonais Sony sur le marché des téléphones portables et des tablettes ?
N’est-ce pas « le géant du XXIe siècle dans les technologies les plus avancées », comme l’énonce un jeune chercheur récemment embauché chez Samsung Design, temple de l’innovation ? Et la plus grande tour du monde à Dubaï ? Et la centrale nucléaire d’Abou Dhabi ?, interroge notre jeune interlocuteur, un brin ironique, car la France a perdu le marché. Samsung, encore Samsung, toujours Samsung…

Fiche d’identité 
SAMSUNG

Chiffre d’affaires : 185,1 milliards d’euros.
Bénéfice net : 13,7 milliards.
Salariés : 369 000 personnes, dont 40 000 chercheurs.

Part des ventes mondiales de téléphones
portables : 29 % (22 % pour Apple).

Principales filiales : Samsung Electronics (téléphones portables, semi-conducteurs, écrans LCD, panneaux solaires...), Samsung Heavy Industries (construction navale,lates-formes pétrolières), Samsung Techwin (armement), Samsung Life Insurance (assurances), Everland (parcs d’attractions), The Shilla Hotels and Resorts, Samsung Medical Center, Samsung Economic Research Institute.

Principaux pays d’implantation, outre la Corée : Chine (assemblage des téléphones portables), Malaisie, Vietnam, Inde, Ukraine, Pologne, Etats-Unis, etc.



Sources : rapport officiel de Samsung 2012,
IDC Worldwide Mobile Phone Tracker 2012


Le groupe étend ses tentacules des chantiers navals au nucléaire, de l’industrie lourde à la construction immobilière, des parcs de loisirs à l’armement, de l’électronique à la grande distribution et même aux boulangeries de quartier, sans oublier le secteur des assurances ou encore les instituts de recherche. Il forme ce que l’on appelle un chaebol, sans équivalent dans le monde (1).

« En Corée du Sud, déclare Park Je-song, chercheur au Korean Labor Institute (KLI), vous naissez dans une maternité qui appartient à un chaebol, vous allez dans une école chaebol, vous
recevez un salaire chaebol – car la quasi-totalité des petites et moyennes entreprises en dépendent, vous habitez un appartement chaebol, vous avezune carte de crédit chaebol, et même vos loisirs et votre shopping seront assurés par un chaebol. » Il aurait pu ajouter : « Vous êtes élu grâce à un chaebol », puisque ces mastodontes financent indifféremment droite et gauche.

Il en existe une trentaine dans le pays, dont Hyundai, LG (Lucky Goldstar) ou SK Group (Sunkyung Group), chacun détenu par une grande famille dynastique. Le plus puissant est Samsung,
qui opère dans les nouvelles technologies et soigne son image – le groupe a dépensé 9 milliards d’euros en marketing en 2012 (2) –, même si la saga familiale, avec procès spectaculaires, querelles fratricides, corruption et dépenses somptuaires, ferait passer Dallas pour un feuilleton à l’eau de rose.

Son histoire symbolise l’évolution de la République de Corée, passée du statut de pays en développement dans les années 1960 – derrière la Corée du Nord, alors plus industrialisée à celui
de quinzième économie mondiale. Le créateur du groupe, Lee Byung-chul (1910-1987), a commencé au bas de l’échelle, en tenant un petit commerce avec pour emblème trois étoiles – samsung en coréen. La légende met l’accent sur son sens des affaires, qui lui a permis de miser sur les biens de grande consommation (télévisions, réfrigérateurs), puis sur l’électronique, gagnant ainsi ses lettres de noblesse et remplissant ses caisses en Corée comme sur les marchés occidentaux. Il a légué sa fortune à ses enfants, sans payer d’impôts ou presque, et désigné l’un de ses fils, M. Lee Kun-hee, pour lui succéder.

Autodafé de téléphones portables

Ce dernier développera le groupe au point de le hisser à la première place dans les ventes de semi-conducteurs (il fournit Apple), de smartphones, d’écrans plats, de téléviseurs, et parmi les tout premiers dans l’engineering ou la chimie. Il se situe au vingtième rang mondial (3), affichant un chiffre d’affaires équivalent à un cinquième du produit intérieur brut (PIB) de la Corée. Avec une fortune personnelle évaluée à 13 milliards de dollars, M. Lee Kun-hee est l’homme le plus riche du pays et occupe le 69e rang mondial.

La légende omet de rappeler que Lee Byungchul a démarré ses affaires, en 1938, avec l’aval de l’occupant japonais. Elle ne dit pas non plus que le groupe s’est développé avec l’aide sonnante et trébuchante du dictateur Park Chung-hee, qui a apporté terrains, financements, fiscalité réduite, normes spécifiques pour protéger le marché intérieur. Pur produit de la dictature, Samsung conserve de beaux restes.

A 71 ans, le patron actuel « exerce un pouvoir absolu sur les orientations du groupe comme sur le personnel, assure Park Je-song, bien qu’il ne détienne qu’une infime partie du capital » : moins de 3 % (lire l’encadré page suivante). Dès qu’il parle, chacun obtempère sans barguigner. En 1993, foin du sexisme, il lance à l’ensemble du personnel : « Vous devez tout changer, sauf vos femmes. » Du jour au lendemain, produits, méthodes, management sont chamboulés. Cette fameuse « réactivité au marché » fera le succès du groupe et la légende de son chef.

Deux ans plus tard, constatant la piètre qualité des téléphones, m. lee kun-hee organise un gigantesque autodafé de cent cinquante mille portables, qui partent en fumée devant les travailleurs ahuris.
L’image est retransmise dans la totalité des usines, histoire de montrer qu’un travail bâclé ne vaut pas plus que ce tas de cendres. le «zéro défaut» devient la norme à respecter et la culpabilisation des travailleurs, un dogme.

Avocat réputé, M. Kim Yong-cheol a travaillé au secrétariat général, le saint des saints, aussi appelé « groupe central pour la réforme » (Reformation Headquarter Group). Il raconte que lors des réunions avec le grand patron, qui peuvent durer plus de six heures, pas un seul cadre ne boit un verre d’eau, de peur d’être contraint d’aller aux toilettes : M. Lee ne le supporterait pas. Nul ne peut parler sans son autorisation. Oser émettre le moindre doute ne viendrait à l’idée de personne. « C’est comme un dictateur. Il ordonne, on exécute. »

Pour les sous-traitants aussi, pas de salut hors la soumission. Fin connaisseur de la Corée, le dirigeant français d’une entreprise dans le secteur ultraprisé des aménagements urbains de luxe, qui a réclamé l’anonymat, confie : « Pour travailler ici, il faut être adoubé. L’appel d’offres n’existe pas. Tout est fondé sur la confiance. Si ça marche, vous devez être entièrement dévoué au groupe, obéir au doigt et à l’œil. L’avantage est que vous pouvez innover, mais sous sa protection. » Impossible de travailler pour un autre chaebol ou de refuser unecommande. « Ce sont des rapports féodaux », finit il par admettre. D’autres sous-traitants moins prestigieux peuvent du jour au lendemain voir leur marge autoritairement réduite, ou être rayés de la liste des
fournisseurs.

L’avocat Kim Yong-cheol a vécu le système Samsung de l’intérieur. Pendant « sept ans et un mois », précise-t-il, il a mis son talent au service du grand homme et de ses pratiques plus ou moins licites : double comptabilité, caisses noires pour acheter journalistes et élus, comptes cachés pour subvenir aux besoins personnels, dont ceux de Mme Lee, grande amatrice d’art contemporain. « Je suis resté jusqu’au moment où j’ai découvert qu’on avait ouvert un compte bancaire à mon nom crédité de plusieurs dizaines de millions de wons (4). »

Excédé par cette injustice, M. Kim Yong-cheol trempe sa plume dans l’acide et publie en 2010 Penser Samsung (6). Il y détaille les exactions de la famille et la corruption jusqu’au plus haut niveau de l’Etat : « Je devais apporter la preuve que je ne mentais pas. » Aucun des trois grands journaux,
Chosun, JoongAng et Donga – « Chojoodong », comme on nomme ici cette presse de connivence n’accepte d’encart publicitaire pour le livre. Aucun n’en rendra compte. Tous sont liés à
Samsung par la publicité, par les enveloppes régulièrement versées aux journalistes, ou par des relations intimes avec la famille. Seul Hankyoreh brisera l’omerta, ce qui lui vaudra d’être privé des annonces publicitaires du groupe.

Les réseaux sociaux feront néanmoins connaître le livre, qui se vendra à deux cent mille exemplaires. Beau succès de librairie, mais toujours pas d’emploi pour l’avocat. Lui qui se définit comme un conservateur a dû retourner dans sa ville natale, Gwangju, fief des démocrates mais seul endroit où il a pu trouver un poste. Il n’a qu’un regret : « Le débat public n’a pas eu lieu. Samsung a qualifié mon livre de “pure fiction”. » Et le manège a repris.

Même constat du côté du cinéaste Im Sangsoo. Lui a choisi d’emblée la fiction avec son film L’Ivresse de l’argent (7), en 2012. Il y décrit avec maestria le comportement des chaebols : la
corruption, l’arrogance, le mépris du personnel, les querelles familiales, jusqu’au meurtre. «Les chaebols transforment les gens en esclaves. Je devais démonter leurs mécanismes », explique-t-il dans les locaux de l’édition coréenne du Monde diplomatique (8). Toutefois, « ce ne fut pas un succès au box-office ». Silence médiatique et refus de diffusion des grandes salles de cinéma. Pour lui, « le plus décevant, c’est que le film n’a guère intéressé la gauche, car elle n’ose pas s’attaquer à cette forteresse. Pourtant, il y a deux dynasties dans la péninsule : les Kim en Corée du Nord et les Lee en Corée du Sud. »

L’image est à peine excessive quand on voit le sort réservé au député du Nouveau Parti progressiste Roh Hoe-chan, déchu de son mandat en février dernier pour avoir rendu publique une liste des personnalités corrompues par Samsung. Pas n’importe quelle liste : celle établie par les services secrets, qui, pour d’obscures raisons, avaient enregistré des conversations entre le patron du groupe et celui du journal JoongAng. Il y est beaucoup question d’argent versé à du très beau monde : le vice- ministre de la justice, un ou deux procureurs, plusieurs journalistes,
quelques candidats aux élections.

Ne pas manger avec un syndicaliste à la cantine

Les syndicalistes, également, ont droit au bâillon. L’un des porte-parole du groupe, M. Cho Kevin, dément pourtant toute chasse aux sorcières. Il nous fait savoir par courriel (il est plus facile de rencontrer un ministre ou un député qu’un représentant de Samsung) : « Des syndicats existent dans de nombreuses filiales, et le groupe respecte le droit du travail ainsi que les normes éthiques. » Des syndicats maison, oui ; mais pas la Confédération coréenne des syndicats (Korean Confederation of Trade Union, KCTU), dont l’ancêtre a joué un rôle décisif pour mettre fin à la dictature dans les années 1980. Enlèvements, licenciements, menaces, chantage : la direction ne lésine pas sur les moyens, si l’on en croit l’étude du professeur Cho Don-moon, sociologue à l’Université catholique de Corée (9).

Jusqu’en 2011, un seul syndicat était autorisé dans l’entreprise, et le salarié qui voulait en créer un devait se faire enregistrer auprès de l’administration publique. Dès qu’un dossier arrivait, le fonctionnaire prévenait la direction de Samsung, laquelle pouvait enlever l’impétrant pendant plusieurs jours, le temps de créer son propre syndicat dans l’usine. Depuis janvier 2011, le pluralisme syndical est reconnu, mais la KCTU reste l’ennemi.

Ils sont six, âgés de 30 à 50 ans. Tous travaillent chez Samsung, autour d’Ulsan, à deux heures et demie de train à grande vitesse au sud-est de Séoul. Mais pour les rencontrer, il faudra faire des tours et des détours jusqu’à une auberge coréenne traditionnelle, entourée de fleurs et d’arbres, tout au bord d’un lac, loin de leur domicile, afin qu’ils passent incognito. Le coin est plus enchanteur que les environs des usines où ils fabriquent des batteries de portable, des écrans à cristaux liquides ou des panneaux solaires. Et surtout plus discret : «C’est trop dangereux de rencontrer une journaliste – étrangèrequi plus est », expliquent-ils. Syndiqués à la KCTU, ils vivent dans une semi-clandestinité. Tous sont catalogués « MJ », pour moon jae,
transcription phonétique en alphabet occidental du coréen « problème ». « Dans chaque secteur, raconte
l’un d’entre eux, il y a des personnes chargées de repérer les MJ, de les harceler, de les acheter et d’empêcher la “contamination”. » L’un de ses collègues enchaîne : « Si une personne prend un verre par hasard dans une soirée avec un MJ, elle est immédiatement convoquée par la direction, qui lui demande ce qu’elle a entendu et ce qu’elle a dit. Même à la cantine, il est peu recommandé de manger avec un MJ. »

Permission de minuit pour les ouvrières

Les sanctions pleuvent : un seul de ces syndicalistes a conservé son travail à la chaîne. L’un a été muté dans un bureau où il s’occupe, seul, des oeuvres caritatives de l’usine. Un autre a été placé dans un service d’approvisionnement bien encadré. Une question sur l’activité du quatrième fait rire la tablée : « Rien, je ne fais littéralement rien. Avant, j’étais ouvrier ; maintenant, je suis dans un bureau, tout seul, sans aucune tâche. » Il en rigole, mais il a dû consulter un psychiatre. A son collègue qui vient de rejoindre le syndicat, la direction a proposé un « stage obligatoire » de plusieurs mois… en Malaisie. Il a refusé ; il attend la sanction. Quant au sixième, il a été licencié il y a quatre ans. Sans recours.

Nous avons rencontré d’autres MJ à Suwon, la ville-phare de Samsung, dans la banlieue de Séoul. M. Cho Jang-hee, ancien manager d’un restaurant au parc d’attractions Everland, a eu l’audace de créer avec trois de ses collègues un syndicat affilié à la KCTU. Toutes les tentatives précédentes avaient échoué, certains ayant eu une promotion, ou de l’argent pour payer les études des enfants, d’autres ayant cédé aux pressions. « Tout d’un coup, les collègues n’osent plus vous regarder, ils ne vous parlent plus, raconte-t-il. Il y a même des “séances de formation” au cours desquelles les cadres expliquent que nous sommes des voyous qui mettons en péril l’entreprise. » Eux ont été suivis vingt-quatre heures sur vingt-quatre et filmés. Leurs téléphones ont été piratés, leurs proches menacés. Mais ils ont tenu.

Certes, leur influence est marginale : onze adhérents « au grand jour » et soixante-huit clandestins, sur dix mille salariés. Ils ne sont pas près d’être élus pour représenter le personnel dans ces commissions paritaires concoctées par le groupe pour contourner les syndicats et composées pour moitié de gens de la direction, pour moitié de représentants des salariés chaudement recommandés par la direction. Reste que, pour la première fois, la KCTU a une existence légale, sinon reconnue, chez Samsung. M. Cho Jang-hee l’a payé cher, puisqu’il a été licencié. Quant aux deux autres cofondateurs, ils ont été mis à pied pendant trois mois et mutés dans deux restaurants différents « pour bien [les] isoler ».

A Ulsan comme à Suwon, ces syndiqués reconnaissent que pour eux, travailleurs à plein temps, « les salaires sont corrects ». En revanche, les précaires touchent entre 40 et 60 % de moins pour un travail parfois identique, ne bénéficient d’aucune protection, d’aucun bonus, et sont jetés à la rue dès que les commandes baissent (10). Or, qu’ils soient estampillés Samsung ou employés par les soustraitants, ils représentent selon les estimations (les statistiques officielles n’existent pas) entre 40 et 50 % des effectifs. Quant aux plus de 50 ans, cadres compris, ils sont ardemment invités à démissionner, car ils coûtent trop cher. Pour tous, les conditions de travail sont difficiles, les amplitudes horaires démesurées, les tensions fortes, les accidents nombreux. En janvier 2013, un salarié précaire est mort après une fuite d’acide fluorhydrique à l’usine de Hwasung, près de Suwon.

De l’extérieur, rien ne laisse présager du moindre danger dans cette unité. Soucieux du décorum, M. Lee Kun-hee a construit avec soin sa digital city (« ville numérique »), qui s’étend sur trois communes, Hwasung, Giheung et Onyang. Le savant assemblage de gros cubes d’un blanc pur, d’immeubles en verre élégants et de pelouses bien entretenues fait penser à un campus universitaire. A chaque extrémité, des dortoirs : ceux des filles sont imposants, car les « opératrices » sont les plus nombreuses. Plus loin, celui des garçons, chargés de la maintenance et de l’approvisionnement. Venus de tout le pays, ces jeunes gens fabriquent des semi-conducteurs.

Tous les ans, des cadres de Samsung partenten chasse. Ils descendent dans les collèges de province afin de dénicher de nouvelles recrues, à charge pour les enseignants de les présélectionner. Au dire de tous, il y a plus de demandes que d’élus. Samsung jouit d’une belle réputation, et les salaires y sont relativement élevés : l’équivalent de 2 000 euros, une fortune pour ces débutants (le salaire minimum ne dépasse pas 600 euros). « En travaillant chez Samsung, témoigne une employée, je peux aider mes parents et préparer mon mariage. »

Mais les rêves de jeune fille s’évanouissent souvent dans les salles blanches de production. De l’extérieur, tout paraît aseptisé avec ces « opératrices » aux allures de cosmonautes, en tenue immaculée, dont seuls les yeux apparaissent. On imagine des lieux hautement sécurisés. Ce décor futuriste dissimule cependant des pratiques moyenâgeuses.

Il faut travailler au moins douze heures par jour ; participer aux activités caritatives afin de développer l’esprit de solidarité, dixit le management ; puis, éventuellement, retourner au travail avant d’aller se coucher. Six jours sur sept. Le septième, les ouvrières sont si fatiguées qu’elles dorment sur place et rentrent rarement dans leur famille. « On se lève Samsung, on mange Samsung, on travaille Samsung, on s’entretient Samsung, on dort Samsung », résume Kab-soo, heureuse d’en être partie après avoir amassé un petit pécule et trouvé un autre emploi un peu moins dur.

Bien sûr, ces jeunes filles ont le droit de sortir le soir. « Nous ne sommes pas en Chine », me réplique, un peu vexé, un ex-cadre du groupe. Cependant, reconnaît-il, ce n’est pas très bien vu. Et si, par égarement, elles rentrent après le couvrefeu (minuit), elles reçoivent un « carton rouge » qui ne sera effacé que lorsqu’elles auront dûment participé aux activités caritatives maison.

La fatigue est telle que les indisciplines sont rares. Pourtant, encapuchonnées dans leur costume de Bunny, les travailleuses résistent à cette robotisation. Interdites de maquillage, elles mettent des faux cils. Couvertes jusqu’aux yeux du bonnet réglementaire, elles trouvent des façons élégantes de le porter, raconte Lee Kyung-hong, jeune cinéaste documentariste qui les a filmées pendant trois ans (11)… après leur départ de l’entreprise, car il leur est totalement interdit de parler tant qu’elles y sont employées.

Ce sont leurs seules fantaisies. « On travaille dans la peur », se souvient Kab-soo. Peur de se tromper. Peur de ne pas y arriver. Peur de la maladie. La fabrique des semi-conducteurs nécessite en effet de grandes quantités de produits chimiques, des gaz extrêmement dangereux, des champs électromagnétiques. Les ouvrières doivent remper leurs dalles dans plusieurs bains avec une grande rapidité, ne pas se tromper, vérifier...

Deux mille violations des lois sur la sécurité au travail

Sur le papier, les normes de sécurité existent. Mais dans l’unité de Hwasung, il y a déjà eu deux fuites d’acide fluorhydrique entre janvier et mai 2013. Les systèmes de ventilation ne fonctionnent pas toujours. Enfin, souvent, les opératrices elles-mêmes déverrouillent les vannes de sécurité pour aller plus vite et remplir leur mission. Sans être payées à la pièce, elles se sentent responsables du résultat commun.

A ce rythme, elles ne tiennent pas plus de quatre à cinq ans. Ensuite, soit elles trouvent un autre emploi, soit elles repartent chez leurs parents et se marient – seules 53,1 % des femmes travaillent (12). Quelques-unes en meurent. La jeune Hwang Yumi, âgée de 22 ans, est décédée en 2007 après quatre ans de travail à l’unité de Giheung. Son père Hwang Sang-gi, taxi à Dokcho, à deux heures et demie de voiture de Séoul, se souvient de chaque instant du cancer qui l’a rongée pendant de longs mois. Il est devenu un symbole. Il a beau, selon son expression, « parler moins bien que les bureaucrates de Samsung », il a beau avoir reçu des menaces et des offres financières pour se taire, il n’a jamais abandonné la partie. Il veut que le cancer de sa fille soit reconnu comme maladie professionnelle non seulement par l’administration – ce qui est acquis –, mais aussi par Samsung, qui nie toujours. Pour Yumi, et pour tous ceux qui meurent encore.

La première à l’avoir écouté est l’avocate Lee Jong-ran. Elle est intarissable sur les dégâts provoqués par ce concentré de substances dangereuses. « Les fabricants disent qu’il n’y a rien à craindre, mais aucun ne veut donner la liste exacte des produits utilisés, au nom du “secret de fabrication”. Et des jeunes meurent en secret. » Avec le docteur Kong Jeong-ok et l’association Supporters for the Health and Rights of People in the Semiconductor Industry (Sharps), elle a recensé cent quatre vingt-un anciens employés Samsung souffrant d’affections diverses (leucémie, cancer du sein, sclérose en plaques…) entre 2007 et mai 2013.

Pour beaucoup de spécialistes du groupe, ces maladies professionnelles sont un secret de Polichinelle. Il aura cependant fallu les fuites de liquide toxique à Hwasung, à dix minutes à vol d’oiseau des résidences de luxe autour de Suwon, pour que certains commencent à s’inquiéter. Le ministère de l’emploi a effectué une inspection spéciale et trouvé plus de deux mille violations du droit du travail en matière de sécurité. La direction a promis d’y remédier…

Mais quand, après des mois et des mois de procédures pour que soit examiné un cas précis, l’agence publique d’indemnisation mandatée par l’administration entre enfin en lice, elle ne manque pas d’inclure dans la commission un médecin… Samsung (13) dont la voix est prépondérante.


Notes :
(1) Lire Laurent Carroué, « Les travailleurs coréens à l’assaut du dragon », et Jacques Decornoy, « Délicate fin de guerre dans la
péninsule de Corée », Le Monde diplomatique, respectivement février 1997 et novembre 1994.
(2) « Samsung a dépensé 9 milliards en marketing en 2012 », Le Figaro, Paris, 14 mars 2013.
(3) « Global 2000 leading companies », Forbes, New York, mai 2013, www.forbes.com
(4) 1 000 wons représentent environ 0,60 euro.
(5) Aucun lien de parenté avec les propriétaires de Samsung. Les noms de famille sont peu nombreux en Corée : les cinq plus courants (Lee, Kim...) représentent la moitié de la population.
(6) Uniquement en coréen.
(7) Disponible chez Wild Side Video, Paris.
(8) Lire l’entretien sur notre site : «L’univers impitoyable des dynasties sud-coréennes », Planète Asie, http://blog.mondediplo.net 
(9) Cho Don-moon, « La stratégie antisyndicale de Samsung. Histoire de la lutte des travailleurs pour la création d’un syndicat », étude (en coréen), 2012. 
(10) Cf. Jean Marie Pernot, « Corée du Sud. Des luttes syndicales pour la démocratie », Chronique internationale de l’IRES, no 135, Paris, mars 2012.
(11) Lee Kyung-hong, L’Empire de la honte (en coréen), Purn Production, Séoul, 2013.
(12) La moyenne pour les pays de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) est de 56,7 %.
(13) « South Korean government rejects Samsung victim’s workers compensation based on Samsung doctor’s opinion », Sharps, 31 mai 2013, http://stopsamsung.wordpress.com


Un contrôle circulaire
COMMENT, avec 3 % du capital, la famille Lee peut-elle diriger un
groupe qui pèse l’équivalent d’un cinquième du produit intérieur de
la République de Corée ? Pendant plus de trois heures, l’économiste
Kim Sang-jo, professeur à l’université Hansung à Séoul et président de l’association
Solidarité pour la réforme de l’économie (1), prend le temps d’expliquer
ses mille et une ficelles, que l’on peut ainsi résumer : dissimulation
de capitaux, nébuleuse de participations. « On dit que les fonds de pension étrangers
détiennent Samsung. Le plus probable est que la famille dispose de sociétés
offshore, dans les paradis fiscaux. » Tous les spécialistes rencontrés soupçonnent
qu’une partie des fonds d’investissement dits étrangers lui appartiennent,
mais nul ne sait combien. Et le gouvernement n’est guère curieux.
« A l’intérieur, poursuit Kim Sang-jo, beaucoup de petits actionnaires sont des
prête-noms. Des filiales comme Samsung Life Insurance permettent également de
dissimuler les capitaux familiaux. » On peut selon lui estimer la fortune de l’actuel
patron de Samsung, M. Lee Kun-hee, et de sa femme à 30 milliards de
dollars, soit deux fois plus que son montant officiel. Du reste, son frère Lee
Maeng-hee et sa soeur Lee Sook-hee lui intentent un procès, l’accusant d’avoir
sous-estimé l’héritage. L’affaire est en cours devant les tribunaux.
Le groupe est contrôlé par un système de participations circulaires : A
contrôle B, qui contrôle C, qui contrôle A. Selon un autre spécialiste, Jason
Chung, créateur du site Chaebul.com, l’équivalent à l’échelle coréenne du
magazine américain Forbes, le jeu se mène à partir de trois entités majeures :
Samsung Everland, qui regroupe les parcs de loisirs et constitue une sorte
de holding, Life Insurance et Samsung Electronics.
Le tout s’accompagne d’un management ultracentralisé et autoritaire, exercé
publiquement par M. Lee Kun-hee, et secrètement par ce qui est parfois appelé
le secrétariat général, ou « groupe central pour la réforme » (Reformation
Headquarter Group, RHG). C’est cette équipe d’une centaine de personnes
qui, selon Kim Sang-jo, détient le pouvoir réel, surtout après la diversification
ratée dans l’automobile menée par M. Lee Kun-hee au milieu des années 1990.

« Du reste, celui-ci a disparu de la scène publique entre 1995 et 2004 », note Kim
Sang-jo. Après la crise de 1997, le RHG a massivement restructuré et a
concentré le groupe sur ses coeurs de métier, dont l’électronique, en développant
la qualité et en misant sur l’innovation, quitte à acheter des chercheurs
à l’étranger. Avec le succès que l’on connaît. M. Lee Kun-hee régnait mais ne
gouvernait pas. Il a repris les rênes. Ce qui n’est pas sans danger.
A 71 ans, il a déjà adoubé son fils Lee Jea-yong, 46 ans, actuel patron d’Electronics,
pour lui succéder. Mais celui-ci est divorcé, ce qui est fort mal vu en
Corée ; et surtout, il n’a guère brillé jusqu’à présent. Sa soeur Boo-jin, qui
dirige Everland et Samsung Chimie, se pose déjà en rivale. A cela s’ajoute le
fait que près de 80 % des profits du groupe proviennent de la seule filiale Electronics
: un mauvais choix de produit, comme chez Nokia, ou une mauvaise
stratégie, comme chez Sony, et c’est tout le groupe qui serait fragilisé.
Si les chaebols (lire ci-dessus) en général et Samsung en particulier « ont acquis
une puissance telle qu’aucun politique n’a su s’en libérer », souligne Kim Sang-jo, il
n’est pas sûr que cela puisse perdurer. La « démocratisation [économique] des
chaebols » promise par la présidente de la République, Mme Park Geun-hye, est
pour l’instant restée lettre morte, mais une partie des actionnaires, notamment
à l’étranger, commencent à ruer dans les brancards. Les relations féodales avec
les petites et moyennes entreprises (PME) écrasent les jeunes pousses innovantes
: « Ici, des entreprises comme Google ou Microsoft ne pourraient pas exister »,
assure l’économiste. Enfin, quoique encore marginale, la contestation sociale
et politique s’amplifie en même temps que les inégalités, note de son côté Jason
Chung : 1 % de la population détenait 65 % de la richesse nationale en 2012,
contre 40 % en 1990. De là à mettre en cause le champion national…

  1. B.
(1) L’association regroupe des économistes, des juristes et des comptables. Elle vise,
comme son nom l’indique, une réforme structurelle de l’économie et une réduction du
poids des chaebols.


Les États-Unis et la drogue

Source : http://www.arte.tv/guide/fr/041187-000/les-etats-unis-et-la-drogue
Source : http://future.arte.tv/fr/sujet/etats-unis-la-drogue-une-guerre-sans-fin
02/07/2013

Etats-Unis : la drogue, une guerre sans fin

Politique d’amélioration de la santé publique ou instrument de contrôle des pauvres et des minorités ? Bilan de 35 ans de lutte contre la drogue aux États-Unis. Des quartiers défavorisés aux prisons, Eugene Jarecki s’immerge dans une Amérique parallèle, en proie à la misère et à l’illégalité.

En 1969, Richard Nixon déclare la drogue ennemi numéro un des États-Unis d’Amérique. La guerre est-elle aujourd’hui gagnée ? Certainement pas : les stupéfiants restent l’origine de tous les problèmes, affirme Nannie Jeter, la vieille nounou noire d’Eugene Jarecki. Frappé par cette affirmation, le réalisateur et essayiste américain entreprend alors une enquête fouillée et subtile sur trente-cinq ans de répression de la toxicomanie, éclairant en particulier ses liens avec la question raciale.

Avec un chiffre d'affaires annuel de plus de 63 milliards de dollars, le marché de la drogue aux Etats-Unis ne cesse de croître. Si les pouvoirs publics, notamment depuis le mandat du président Nixon, tentent d'endiguer le phénomène, le trafic de drogue sur le sol américain reste difficile à juguler, notamment du fait de l'action des réseaux internationaux de narcotrafiquants. Pourtant, du Mexique aux quartiers du Bronx, la pierre angulaire du commerce de stupéfiants semble rester la même : la pauvreté, et les problèmes d'intégration qui s'ensuivent.

La guerre contre les stupéfiants : politique d'amélioration de la santé publique ou instrument de contrôle des pauvres et des minorités ? Des quartiers défavorisés aux prisons, l'essayiste et réalisateur américain Eugene Jarecki signe une enquête fouillée et subtile sur trente-cinq ans de répression de la toxicomanie. Voyage au coeur d'une Amérique parallèle.


  • Origine : ZDF
  • Pays : Etats-unis
  • Année : 2012
  • Son : Stereo
  • Image : HD, 16/9
  • Version : VF

18 juin 2013

LES HOMMES ET L’ESPACE

Source : http://ddc.arte.tv
15/06/2013


Lieu stratégique et géopolitique, reflet des relations internationales, l'espace est désormais convoité par de nouvelles puissances émergentes. Le Dessous des Cartes propose un aperçu des enjeux, à court et moyen terme, des activités spatiales dans le monde.





Lectures

Analyse comparée de la stratégie spatiale des pays émergents : Brésil, Inde, Chine
De Florence Gaillard-Sborowsky, Emmanuel Puig, Isabelle Sourbès-Verger
Institut stratégique de l’Ecole militaire (Irsem) Études n°15
Présentation de l'éditeur
Les puissances spatiales contemporaines sont soit les héritières de la guerre froide comme les États-Unis et la Russie, soit des États qui ont investi de longue date dans l’espace comme le Japon et la France qui a entraîné l’Europe dans son sillage. Depuis un peu plus d’une décennie, des puissances émergentes poursuivent leurs efforts afin de se doter d’une capacité spatiale autonome. L’Inde et la Chine y parviennent chacune à leur manière. Le Brésil qui a joué de malchance dans le développement d’un lanceur national continue à nourrir des ambitions dans ce domaine. Ces trois puissances présentent des compétences inégales et sont relativement dissemblables dans leurs formes d’occupation de l’espace, dans leurs organisations politico-administratives, dans leurs structures et compétences industrielles, dans les relations entre acteurs civils et militaires, dans les coopérations privilégiées tant au niveau bilatéral que régional.
Ces trois pays dits émergents, caractérisés par de vastes territoires inégalement pourvus d’infrastructures terrestres possèdent, en plus des motivations classiques de reconnaissance internationale et de fierté nationale, une dimension particulière, celle de la contribution effective des satellites au développement économique national et à l’aménagement plus équilibré du territoire. L’étude analyse successivement pour chacun des États, ses activités spatiales nationales, son organisation politique et industrielle, ses priorités nationales et leurs implications internationales. À l’issue de ce panorama, une analyse comparée des forces et faiblesses de chacun des États en prenant en compte le niveau de compétences qu’ils visent à l’horizon de la prochaine décennie et sur leurs convergences possibles est présenté.
Le téléchargement s'effectue sur le site du ministère français de la Défense.
Les auteurs
Florence Gaillard-Sborowsky est spécialiste des politiques spatiales. Elle s'intéresse plus particulièrement à la politique spatiale européenne et à l'accès aux technologies spatiales des pays en voie de développement et notamment des pays arabes.
• Emmanuel Puig est enseignant à Sciences-Po Lille et chercheur associé au centre Koyré du CNRS. consultant auprès de la Délégation aux affaires stratégiques (DAS) et d’entités privées, il est notamment membre du Projet SITC (Study of Innovation and Technology in China) de l'UC Institute on Global Conflict and Cooperation de l’université de San Diego. Ses travaux actuels portent sur les transformations politiques et organisationnelles des industries de défense chinoises et sur les conséquences de ces évolutions sur la politique étrangère chinoise.
• Chargée de recherche et directrice adjointe du centre Alexandre Koyré, Isabelle Sourbès-Verger définit ainsi ses travaux : ils "se caractérisent aussi par leur dimension comparative, les politiques des pays membres du club spatial étant suivies au travers de deux grands axes : leur place dans la définition de l’intérêt national et leur rôle dans la représentation du pays sur la scène internationale." Elle est l'auteur, avec D. Borel, d'Un empire très céleste. La Chine à la conquête de l’espace (Dunod, 2008).
Le Centre Alexandre Koyré, se consacre depuis cinquante ans à la recherche en histoire des sciences et des techniques. La centaine de chercheurs, enseignants-chercheurs, post-doctorants et doctorants, travaillent, sur les périodes moderne et contemporaine, sur l’Étude et histoire des cultures savantes. Actuellement, l'un des axes principaux de recherche s'intitule Mondialisations, environnement, "gouvernance" des sciences : problèmes actuels, questions historiques. Le Centre Alexandre Koyré est partenaire de deux laboratoires d’excellence, le LabEx "Histoire et anthropologie des savoirs, des techniques et des croyances" (Hastec) et le LabEx "Sciences, innovations et techniques en société" (Sites)
L’Institut de recherche stratégique de l’École militaire (Irsem)  a été créé en 2009 au sein du ministère de la Défense. Ses équipes agissent en lien avec le tissu français des "think tanks" et de la recherche universitaire. Ses publications sont téléchargeables depuis son site ou publiées et diffusées par la Documentation française comme Les Champs de Mars, revue académique de l’Irsem qui présentent des articles scientifiques sur les questions stratégiques.
La reconquête de l’espace
Coordonné par Xavier Pasco
Edition Choiseul Géoéconomie n° 61
03/2012
Bien qu'épuisé, les articles de ce numéro de la revue Géoéconomie sont téléchargeables sur le site de l'éditeur, Choiseul Editions.
On peut lire avec intérêt le compte-rendu attentif et annoté de la revue sur le site de Guilhem Penent, De la Terre à la Lune. Ce blog, né en 2011, s’adresse, selon son animateur, "à tous les passionnés qui ont à la fois le regard plongé dans le ciel étoilé et les pieds bien ancrés sur le sol terrestre".
Il précise : "Deux objectifs guideront la rédaction de Terre à la Lune : faire découvrir les enjeux de l’espace et tenter d’appliquer une méthode originale comme grille de lecture des politiques spatiales."
Ce blog fait partie du réseau Alliance géostratégique qui fédére des blogs d’auteurs indépendants – professionnels comme amateurs – passionnés par les enjeux de géopolitique, de défense et de sécurité. Il donne dans son blog les liens pour accéder au texte de la Stratégie spatiale française, parue le 22 mars 2013.
L'auteur
Coordinateur de ce numéro de Géoéconomie, Xavier Pasco est docteur en science politique, (université de Paris I Panthéon-Sorbonne) et maître de recherche à la Fondation pour la recherche stratégique. Il y est plus particulièrement chargé du suivi des affaires spatiales américaines civiles et militaires et de la stratégie internationale des États-Unis dans les domaines de l'espace (civil et militaire) de haute technologie. À ce titre, il est l'auteur de nombreux rapports d'étude sur les activités spatiales, civiles et militaires, aux Etats-Unis et dans le monde, effectués pour le compte des organismes publics nationaux et européens.
Vers la guerre spatiale
Sous la direction éditoriale de Alexis BAUTZMANN, Joseph HENROTIN et Véronique SARTINI
Areion Défense et sécurité Internationale Hors-série n°28
02/2013
On peut lire le sommaire et commander ce numéro sur le site du magazine Défense et sécurité Internationale (DSI).
L'espace en jeu
Nombreuses contributions introduites par Isabelle Sourbès-Verger
Armand Colin L'Information géographique Vol. 74
02/2010
Présentation et abonnement sont sur le site d'Armand Colin.
Lebanese Rocket Society (documentaire)
Joana Hadjithomas et Khalil Joreige
Urban Distribution
Dans les années 1960, le Liban fut le premier pays arabe à commencer à envoyer des fusées dans le ciel. Emmené par Manoug Manougian, leur professeur de physique, un petit groupe d'étudiants de l'Université Haigazian commence des tests et les premiers lancements en vue de conquérir l'espace. Leurs travaux prendront de plus en plus d'ampleur au point de faire la une des journaux, de devenir une fierté nationale.
Qui étaient ces jeunes gens ? Pourquoi se sont-ils arrêtés ? Et surtout, pourquoi tout cela a-t-il été totalement oublié ?
Ce documentaire a été présenté au festival Le cinéma du réel de 2013.
The Afronautes - A Zambian Space Program
Cristina De Middel
Auto-édition présentée sur le site "This book is true"
Avec son ouvrage "The Afronauts", la photographe espagnole Cristina de Middel revisite de manière fictionnelle un fait historique oublié de l'histoire : la folle aventure spatiale zambienne, dans les années 1960. Invitée des prestigieux festivals européens et nominée pour le prix Deutsche Börse, son travail s'annonce déjà comme un rendez-vous incontournable de l'année 2013 de la photographie.
Les quatre-vingt-huit images de ce livre d'art sont mises en pages par Ramón Pez et conciencieusement éditées par Laia Abril. La première édition est épuisée. À suivre donc réédition et exposition. L'auteur propose aussi sur son site quelques photographies du livre et ses travaux passés et en cours.

Le Netizen report : la Jordanie censure des centaines de sites web

Ecrit par Netizen Report Team · Traduit par Celine Arnoldi
08/06/2013
Source : http://fr.globalvoicesonline.org

Disparaging Jordan's royal family are among subject made taboo by the new law. Image via Flickr user yousefomar, CC BY-NC-SA 2.0
Dénigrer les famille royale de Jordanie fait partie des sujets devenus tabous depuis la nouvelle loi. Image via Flickr de  yousefomar. (CC BY-NC-SA 2.0)

Ce bulletin de veille a été élaboré, écrit, et publié par Lisa Ferguson, Weiping Li, Alex Laverty, Chan Myae Khine, Ellery Roberts Biddle, et Sarah Myers.

Le bulletin de veille de Global Voices Advocacy offre un résumé international des défis, victoires et tendances émergentes des libertés numériques de part le monde. La revue d'actualité de cette semaine souligne de nouvelles pratiques de censure en Jordanie et en Chine et des événements  préoccupants en Turquie

Censure

La Jordanie a bloqué au moins 281 sites dans la première mise en oeuvre de sa loi amendée sur la presse et les publications. La loi, qui est devenue effective en janvier, requiert que les sites d'informations s'enregistrent auprès du gouvernement ou risquent d'être ajoutés à une liste noire. La liste noire s'applique aussi au contenu qui “'ébranle la confiance dans la monnaie nationale  ‘dénigre’ la famille royale de Jordanie, et initie des manifestations physiques selon le site d'actualités Mashable.

L'accès à Facebook et Twitter semble être difficile à Istanbul alors que la ville vit des contestations anti gouvernementales massives. Les sites ne sont pas officiellement bloqués, mais les durées de chargement sont significativement plus lentes que d’ habitude, particulièrement pour les utilisateurs cherchant à se connecter par les réseaux 3G. Bien que cela puisse être du à des volumes de connexions importants sur les sites, les militants rappellent que le Premier Ministre turc Recep Tayyip Erdogan a dénommé les médias sociaux, qui ont joué un rôle important pour rallier les internautes aux contestations  “la pire menace pour  la société.
Le site de microblogging chinois Sina Weibo a utilisé de nouvelles tactiques de censure lors de l'anniversaire de Tiananmen le 4 juin. Plutôt que d'afficher un résultat de recherche indiquant qu'un contenu est censuré, les résultats de recherche indiqueront désormais que rien d'intéressant n'est dit sur le sujet.

Dans un effort apparent pour limiter les brimades sur Internet, les législateurs de l'Etat mexicain Nuevo León ont voté une loi stipulant que quiconque utilisant les réseaux sociaux pour publier des messages ou images qui peuvent  “nuire, déshonorer, discréditer une personne, ou l'expose au mépris” peut être incarcéré jusqu'à trois ans.

Brutalité 

Un blogueur tunisien comparaît à un procès devant un tribunal militaire pour “avoir sapé la réputation d'une armée” et “diffamation contre un fonctionnaire” après avoir publié une lettre sur son blog à l’intention du Ministre de la Défense critiquant le traitement de patients à l'hôpital militaire.

Surveillance

La Chambre des Représentants nigériane a voté à l'unanimité une résolution pour enquêter sur les dessous d'un contrat de 40 millions de dollars émanant du gouvernement fédéral vers une entreprise technologique israélienne pour vraisemblablement espionner les internautes nigérians.

Politique nationale 

Le gouvernement cubain offrira sous peu l'accès Internet à 118 cyber-centres de l'île à travers la compagnie de télécoms de l'Etat ETECSA pour l'équivalent de 4,50 dollars (US) par heure, un coût  significativement moins cher que ce qui est proposé par les hôtels de l'île. D'après les statistiques du gouvernement, seulement 2,9 pour cent des Cubains ont accès à l'Internet, bien que les experts familiers de l'économie informelle de l'île estiment ce nombre proche de 10 pour cent.

Un membre du groupe de travail du gouvernement britannique sur la protection des enfants a appelé Google et les autres moteurs de recherche à agir davantage pour restreindre l'accès à la pornographie en ligne.

Propriété intellectuelle

La Fondation Electronic Frontier a soumis un rapport à la Cour d'appel américaine expliquant que les APIs, qui sont les interfaces permettant aux applications de l'ordinateur de communiquer avec un autre, ne soient pas protégées par le droit d'auteurparce qu'ils sont essentiel à  l'innovation.

Activisme, cyber citoyens

Dans les Emirats arabes unis, la cour d'appel  d'Abu Dhabi  a confirmé la peine de 10 mois de prison de l'internaute Abdullah Al-Hadidi le 22 mai. Al-Hadidi a été arrêté en mars et accusé au nom de la loi controversée contre le cybercrime adoptée fin 2012. Il a été accusé de diffuser une information sur Twitter “de mauvaise foi” sur le procès de 94 citoyens des Emirats accusés de mettre en danger la sécurité nationale des Emirats.

Global Voices Advocacy a interrogé l'activiste bahreini, blogueur et auteur de Global Voices Ali Abdulemam, qui s'est récemment échappé de son pays après deux ans de clandestinité. Abdulemam a parlé de l'activisme citoyen et de la défense des droits de l'homme au Bahreïn tout comme de sa vie en clandestinité.

Bonnes nouvelles

L'équipe allemande Onformative a développé un programme qui peut analyser des Google Maps et détecter des paysages ressemblant à des visages dans le monde entier. Le concept clé du projet, selon leur site web, est “ l'autonomie de l'agent de recherche et le volume de données que l'on explore.” Ce modèle technologique de détection voudrait “accroître l'imagination humaine” et faciliter de futures avancées.

3 juin 2013

Les infos dont on parle peu n°32 (1er Juin 2013)

Source : http://www.info-libre.fr



Infos internationales


Économie


Santé / Environnement

2 juin 2013

Le sable : Enquête sur une disparition

Réalisateur : Denis Delestrac 
Source : http://videos.arte.tv
(France, 2013, 74mn)
ARTE F


On le trouve dans le béton, qui alimente, au rythme de deux tonnes par an et par être humain, un boom immobilier ininterrompu. Mais aussi dans les puces électroniques, le papier, le plastique, les peintures, les détergents, les cosmétiques... Ce sable que nous aimons fouler du pied ou laisser filer entre nos doigts s’est glissé à notre insu dans tous les interstices de notre quotidien. L’industrie le consomme en quantités croissantes, plus encore que le pétrole. Peut-être parce que, contrairement à l’or noir, cette matière première perçue comme inépuisable est restée à ce jour pratiquement gratuite. Alors que le sable des déserts est impropre à la construction, les groupes du bâtiment ont longtemps exploité les rivières et les carrières. Puis ils se sont tournés vers la mer, provoquant ce qui est en train de devenir une véritable bombe écologique.

Car le sable joue un rôle essentiel dans la protection des côtes et l’équilibre des écosystèmes marins. Les conséquences de cette surexploitation apparaissent peu à peu au grand jour. Petit à petit, les appétits économiques ont grignoté au moins 75 % des plages du monde, et englouti des îles entières, en Indonésie et aux Maldives, tandis que Singapour ou Dubaï ne cessaient d’étendre leur territoire en important, parfois frauduleusement, du sable. Disparition des poissons, impact aggravé de l’érosion et des tempêtes, bords de mer devenus lunaires ... : face aux timides régulations adoptées pour tenter de limiter le pillage, la "ruée vers le sable" s’est en réalité accélérée, sous l’égide de grandes entreprises multinationales et de mafias locales.


27 mai 2013

Contamination des eaux après l’accident de Fukushima

Source : http://fukushima.over-blog.fr
01/05/2013
Blog auteur Pierre Fetet
English  Water contamination after the Fukushima accident


Cet article a déjà été diffusé l’année dernière sur le blog Pensées pour Tohoku - Japon 11/3. Parce que ce sujet reste totalement d’actualité, mais aussi parce que les infos en français sont rares, nous l’éditons sur le blog de Fukushima avec l’autorisation de l’auteure et traductrice, Junko Takase.

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Contamination des eaux après l’accident de Fukushima

福島第1原発事故後の水の汚染

Rapport 1

Le 15 janvier 2012, la NHK a diffusé une émission
      « Contamination de la Radioactivité - Rapport Urgent de la Mer »,
d’après le premier sondage fait au large de Fukushima N°1, jusqu’à la baie de Tokyo
      ( Cet enquête a été réalisée à partir de novembre 2011 )
******

1-1 ) Au large de Fukushima 

福島県沖で

En novembre 2011, le professeur ISHIMARU Takashi et KANDA Jota de l’Univ. de Tokyo Océanographie a réalisé une enquête sur une zone de 20 km du large de Fukushima N.1, zone interdite par l’Etat, avec la Coopérative de la Pêche de Hisanohama, 30 km au sud de Fukushima. On y avait déjà trouvé des soles à 4500 Bq/kg de radioactivité, soit presque 10 fois plus que la norme officielle*.
A Hisanohama, depuis, la coopérative a cessé la pêche.

* Au moment où NHK a réalisé cette émission, la norme officielle était à 500 Bq/kg.                         Depuis avril 2012, celle-ci est de 100 Bq/kg
 
Les taux de radioactivité de l’eau de la mer à 20km du large de Fukushima : 0.06 µsv/h     Au même endroit à 13 m de profondeur de la mer : plus de 2 µsv/h
Nous avons également prélevé des échantillons de terre du fond de la mer à 32 endroits différents, sur la côte. Le résultat des analyses: Plus de 2000 Bq/kg sur 1 km de côte, juste devant la centrale, avec par endroit 4520 Bq/kg.
Ensuite, nous avons analysé les poissons dans la zone de 20 km, au large du sud-est.

Les résultats : mebaru 2300 Bq/kg,  Ainame 1400 Bq/kg, kasubé 1700 Bq/kg
L’analyse montre que la plupart des poissons du fond de mer avaient beaucoup plus de césium 137 que la norme. Quels sont les rapports entre ces poissons qui vivent au fond de la mer et la contamination de la terre ?
Dr.Ishimaru : « Au fond de la mer, vivent le plancton et de tout petits poissons qui mangent les boues contenant les substances radioactives.Ensuite, d'autres poissons mangent ces poissons. Tant que la substance radioactive reste au fond de la mer, la contamination des poissons continue par la chaîne alimentaire»
 

1-2 ) Jusqu’au au large de Chiba, à 200 km de Fukushima :

福島沖から200kmの千葉銚子まで

Le courant littoral tourne dans le sens des aiguilles d’une montre,
et le long de la côte du Pacifique, le courant tourne vers le sud.
Alors, nous avons décidé de faire des prélèvements de terre du fond de mer sur une distance de 200 km vers le sud de Fukushima.  
A 30 km, au large de la ville de Iwaki : 300 Bq/kg
A 80 km, au large de la ville de Takahagi de Ibaragi : le fond de mer était du rocher dur, et la quantité de cesium relevée était très peu élevée. Comme montre le tableau dessous, au nord de Ibaragi, il y avait peu de césium.

A 120 km, au large de Hitachinaka : On pensait que le taux de radioactivité allait baisser, alors que le résultat était étonnant, 380 Bq/kg ! Comme au large de Fukushima. En fait ici, le fond de mer est composé de boues dans lesquelles le césium se fixe facilement.
 
A 180 km, au large de la ville de Choshi de Chiba : 112 Bq/kg au lieu de 38 Bq/kg en octobre 2011

Professeur KANDA de l’Université de Tokyo Océanographie dit que ces substances de radioactivité se déplacent selon le courant de mer et peuvent se poser là où il y a des couches sédimentaires avec boues.


1-3 ) Dans les lacs et étangs ... endroits fermés :
 
内陸の湖や沼で起こっていること

En plus d'une contamination de la mer, il y a actuellement 23 lacs et étangs
en eau douce avec présence de poissons contaminés.
Par exemple à Akagi-Onuma (alt. 1340 m) à Gunma (situé à 200 km de Fuku–shima). Le taux de radioactivité autour de ce lac n’est pas important : 0.17 µsv/h (la norme officielle qui déclenche le nettoyage est à 0.23 µsv/h)

Mais depuis le mois d’août 2011, nous avons trouvé dans Wakasagi 640Bq/kg, et d’autres poissons avaient dépassé la norme de 500 Bq/kg.
En décembre 2011, nous avons décidé de faire l’enquête sur ce lac
avec M. SUZUKI du laboratoire de pisciculture de Gunma.
Résultat :
Plancton du lac Akagi-Onuma : 296 Bq/kg
Pourtant, ils ne vivent pas plus longtemps que quelques semaines.
Les boues du fond de lac : 950 Bq/kg, et en plus, la couche qui contient le césium fait 20 cm de profondeur.

Les lacs qui se trouvent au milieu des montagnes sont fermés et l’eau stagne. Une fois que le césium s’installe au fond du lac, il y reste et continue à contaminer les poissons : les planctons mangent les boues, les poissons les mangent, les poissons morts tombent au fond du lac, les planctons se reproduisent et ... cercle vicieux.
A Akagi-Onuma, c’est la saison de la pêche de Wakasagi. Mais aujourd’hui, on n’y voit personne.
******


25 ans après l’accident de Tchernobyl, le Centre National de Surveillance de la Radioactivité continue la recherche sur les poissons en eau douce contaminés en Ukraine

Leurs rapports montrent que les premières cinq années, le taux de césium dans les poissons avait baissé. Ensuite le taux ne diminue pas beaucoup. Il faudra attendre 30 ans, pour qu'il diminue de moitié.

1-4 ) A la Baie de Tokyo :
Un « Point Chaud », dans la Baie de Tokyo,
 plus élevé qu'au large de Fukushima


Dans l’embouchure de la rivière Edo, un « point chaud » révèle 2 fois plus de césium qu’à 20 km au large de Fukushima !

Depuis août 2011, en collaboration avec Dr. YAMAZAKI Hideo de l’Université de Kinki, nous avons commencé à faire des analyses. A 10 m de profondeur, le fond de mer est stagnant et sombre, et recouvert de boues. Nous avons fait des relevés à 26 endroits.

Résultats :
Les taux de césium trouvés étaient peu importants. Ormis au fond de la baie et à l’embouchure de la rivière Edo ( Edogawa) et Arakawa, où il a été relevé jusqu'à 872 Bq/kg !
En amont de ces rivières, s’étend la ville de Tokyo.
Dr. Koibuchi, chercheur de l’Université de Tokyo pense que la contamination de la Baie de Tokyo va s'aggraver et que dans Edogawa, on peut touver des endroits où le césium peut s’accumuler.
« Ces substances de radioactivité se déplacent dans le courant rapide de la rivière. Mais en approchant à l’embouchure où l’eau douce mélange avec l’eau de mer, l’agrégation se produit : le césium qui se déplacait avec la boue ne se mélange pas tout de suite à l’eau de mer salée. Mais le sel fait coller les boues et le césium se fixe au fond de la rivière.

Durant 2 mois, le Dr. Koibuchi a examiné les taux de césium au fond de Edogawa :
1623 Bq/kg à 8 km de l’embouchure !
On peut imaginer que les substances de radioactivités qui sont tombées sur la plaine, peuvent se déplacer avec la pluie et s’accumuler dans toutes les rivières qui versent à la baie de Tokyo.

Conclusion :
D’après la simulation réalisée par le groupe de la Prévention aux Catastrophes de l’Université de Kyoto, cette contamination s’étendrait à une vitesse de 5 km / an. Et vers mars 2014, la contamination de la baie de Tokyo toucherait le niveau le plus élevé. Du fait que la forme de la Baie de Tokyo est un peu fermée, il sera possible que cette situation dure pendant un petit moment ...
Comment les césiums peuvent-ils se déplacer ?
Qu’est-ce que l’agrégation ?


La substance radioactive comme le césium qui descend de la montagne à la plaine, arrive à la rivière ou au fleuve. Ensuite, le césium, de charge électrique positive, est pris par une particule argileuse de charge électrique négative, et ils se déplacent bien attachés désormais ensemble.

La densimétrie de cette particule (argile + césium) est légère, donc ne reste pas dans le courant rapide. Tandis que là où le courant est plus lent, notamment en aval de la rivière, elle se pose tout doucement au fond.

Quand cette particule se mélange avec l’eau salée de mer, leur densimétrie devient alors plus lourde ( agrégation ) et la particule peut s’entasser au fond de l’eau.
Rapport 2

Début de la contamination des rivières

河川汚染の始まり

Comment se passe la contamination des fleuves avant qu’ils se jettent dans la mer?

Dans le rapport 1, nous avons parlé de la contamination au large de Fukushima et de la Baie de Tokyo du mois d’août au novembre 2011.

D’après la recherche renouvelée au mois d’avril 2012 par l’équipe du Professeur YAMAZAKI Hideo de l’Université de Kinki dans la Baie de Tokyo, le taux de radioactivité s’est multiplié de 1.5 à 13 fois plus, depuis l’an dernier. C’est à dire ils ont vu la quantité de césium de la terre du fond de la mer à 1m : 7,305-27,213 Bq/m2, au lieu de 0,578-18,242 Bq/m2 en août 2011.
Ce résultat prouve que les substances de radioactivité ont été transportées par les rivières qui se jettent à la baie de Tokyo : Edogawa, Tamagawa et Arakawa. Ces substances, proviennent à la fois de la plaine et des montagnes.


2-1) Aux alentours de Tokyo
Tamagawa et Arakawa

Dans les chaînes de montagne de Okutama, la source de Tamagawa est bien polluée comme montre le tableau ci-dessous (partie bleu foncé et vert-bleu) :

Selon le résultat de monitoring aérien du Ministère de Culture et des Sciences, le taux de radioactivité à Okutama peut s’élèver de 60,000 jusqu'à 100,000 Bq/m2. Et malgré ce taux, il y a des gens qui y vivent, et qui y travaillent tous les jours.

A Tchernobyl, plus de 550,000 Bq était la zone d’évacuation obligatoire et 37,000 à 40,000 Bq/m2 était la zone de contrôle de radioactivité où on ne peuvait pas y aller facilement.

De ces zones hautement polluées, la pluie descend dans la rivière et rejoint Tamagawa. Juste avant que la rivière Hibara et Tamagawa se rejoignent, se situe le lac de Okutama, principale réserve d'eau pour les habitants de Tokyo.

On peut dire la même chose pour Arakawa, l’autre rivière qui verse à la baie de Tokyo, dont la source est à Oku-Chichibu.

Edogawa, l’affluent du Fleuve Toné

Les sources du Fleuve Toné, (principale réserve d'eau pour les habitants de Kanto), se situent dans les chaines de montagnes de plus de 2000 m qui se trouvent entre la frontière des préfectures de Gunma et de Niigata. La situation là-bas est encore pire que celle de Okutama.

Au cours supérieur Tonégawa, il y a le lac Okutoné, Naramata et Hujiwara, qui sont des lacs de barrage. Ici, la contamination sur des zones assez étendues peut atteindre de 60,000 à 100,000 Bq/m2. Ensuite, l’eau se déverse vers nos zones habitées.

Ces montagnes sont couvertes de neige durant l’hiver. Au printemps, peu à peu la neige  fond, passe dans les ruisseaux et finit par se joindre à la rivière Katashina et le Fleuve Toné. Normalement, on aime prendre dans les mains cette eau fraiche et se laver le visage pour se rafraîchir.... mais aujourd’hui, ce geste est trop risqué.

Le Fleuve Toné se jette dans le Pacifique, et avant, il se divise à Edogawa qui verse à la baie de Tokyo.

Dans tous les cas, la pollution par la radioactivité ne va pas s’arrêter. Ce n’est que le début.


2-2) A Fukushima

En printemps 2012, dans la préfecture de Fukushima aussi, on a remarqué le même phénomène de multiplication des taux de radioactivités : on commence à trouver des points chauds dans la ville de Aizu (que l’on croyait jusque là non-contaminée). Et aussi dans la ville de Koriyama et de Fukushima.

L’équipe NHK a réalisé le rapport de mesure des taux de radioactivité de la terre et de l’eau à plus de 200 endroits le long des deux fleuves Abukuma et Agano.

Il y a le fleuve Abukuma qui part du sud de Fukushima et se jette dans le Pacifique traversant la préfecture de Miyagi, et le fleuve Agano qui part de Aizu et se verse dans la mer du Japon traversant la préfecture de Niigata.

En fait, c’est exactement comme pour la Baie de Tokyo. Les rivières / fleuves peuvent transporter la radioactivité, provenant de toute l’eau qui descend de la montagne, et de l'eau des précipitations de pluies ou de neige, qui ruisselle sur les routes et bâtiments des villes.

Le fleuve Abukuma est le lieu de production de l'Ayu, un poisson de rivière. On a relevé 2050 Bq/kg à l’endroit de ponte, et 1840 Bq/kg à l’affluent. L'Ayu se nourrit de boue et des algues du fond de la rivière. On peut parler ici d’un phénomène de concentration in vivo. Et on peut dire la même chose pour les autres poissons de ces rivières.

Le 19 juin 2012, le Journal de Fukushima ( Fukushima Minpo ) a publié que les poissons de ce fleuve Abukuma ont dépassé la norme, suite aux analyses des taux de radioactivité.

Dans des villes en province, il est courant de trouver des réserves d’eau de pluie, en plein milieu de quartiers d’habitation. Ces réserves d'eau peuvent être contaminées par l'eau de pluie lorsqu'elle a ruisselé sur les toits des maisons ou sur les routes.
Lorsque l'eau d'un étang rejoint une rivière, souvent en passant par un canal, nous avons constaté que des taux de radioactivités sont très élevés. Puisque l'eau de l'étang est stagnante.
Au moment de la saison des pluies ou des typhons, les rivières peuvent sortir de leur lit et  innonder. Une fois que l’eau s’est retirée, la substance radioactive s'est déposée sur les terres inondées.


Conclusion :

Le Japon est appelé Mizuho no Kuni, c'est à dire : pays de rizière, entouré par la mer et les rivières.

La vie des Japonais est depuis toujours très proche de l'élément eau.

Mais cette eau, qui ruisselle depuis toujours chez nous, l’Homme l'a salie.

Pour combien de temps, on ne sait pas.

Le Mal s’est installé, on ne peut pas retourner en arrière.

Maintenant, l’Homme doit subir toute la conséquence de sa bêtise.

_______________________
Sources : Kaleidscope blog : 24 mai 2012, 6 juin 2012, 19 juin 2012, et NHK : émissions spéciales du 15 janvier 2012, 10 juin 2012 « Qu’est-ce qui se passe à la rivière ? »
Liens vers le blog japonais :
http://kaleido11.blog111.fc2.com/blog-entry-1297.html
http://kaleido11.blog111.fc2.com/blog-entry-1296.html
 

26 mai 2013

Centrales nucléaires, démantèlement impossible

Source : http://www.arte.tv

Voici quarante ans, les concepteurs des centrales nucléaires n'avaient pas prévu que, devenus trop vieux et donc dangereux, les réacteurs devraient être un jour démontés, et qu'il faudrait stocker leurs déchets hautement radioactifs. Un état des lieux alarmant sur les dangers de la déconstruction des sites nucléaires.

De la France aux États-Unis en passant par l'Allemagne, les pays qui ont misé sur l'énergie nucléaire se trouvent aujourd'hui confrontés à un nouveau défi : le démantèlement de leurs centrales vieillissantes ou définitivement mises à l'arrêt. Voici quarante ans, leurs concepteurs n’avaient pas prévu que, devenus trop vieux et donc dangereux, ces réacteurs devraient être un jour démontés, et qu'il faudrait stocker leurs déchets hautement radioactifs. Si les opérateurs et les autorités de la sûreté nucléaire assurent pouvoir maîtriser ce processus de démantèlement, la réalité est toute autre.


Les infos dont on parle peu n°31 (25 Mai 2013)

Source : http://www.info-libre.fr
25/05/2013



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