15 janvier 2010

La technique du coup d’État coloré

par John Laughland*

La technique des coups d’État colorés trouve son origine dans une abondante littérature du début du XXe siècle. Elle a été mise en application avec succès par les néo-conservateurs états-uniens pour « changer les régimes » de plusieurs États post-soviétiques. Elle a par contre échoué dans des univers culturels différents (Venezuela, Liban, Iran). John Laughland, qui couvrit certaines de ces opérations pour le Guardian, revient sur ce phénomène.

JPEG - 15 ko
Le symbole d’Otpor (Serbie).

Au cours de ces dernières années, une série de « révolutions » ont éclaté en différents endroits du monde.

Georgie

En novembre 2003, le président Edouard Chevardnadze a été renversé à la suite de manifestations et d’allégations d’élections truquées.

Ukraine

En novembre 2004, des manifestations – la « Révolution orange » – commencèrent au moment où des accusations similaires d’élections truquées étaient formulées. Il en résulta que le pays perdit son ancien rôle géopolitique de pont entre l’Est et l’Ouest et fut poussé vers une adhésion à l’OTAN et à l’UE. Étant donné que la Rus de Kiev fut le premier État russe et que l’Ukraine s’est maintenant tournée contre la Russie, il s’agit là d’un événement historique. Mais, comme le disait George Bush, « vous êtes soit avec nous soit contre nous ». Bien que l’Ukraine ait envoyé des troupes en Irak, elle était manifestement considérée comme trop amie de Moscou.

Liban

Peu après que les États-Unis et l’ONU aient déclaré que les troupes syriennes devaient se retirer du Liban et suite à l’assassinat de Rafik Hariri, les manifestations de Beyrouth ont été présentées comme la « Révolution du Cèdre ». Une énorme contre-manifestation du Hezbollah, le plus important parti pro-syrien, fut passée sous silence alors que la télévision montrait sans fin la foule anti-syrienne. Exemple particulièrement énorme de mauvaise foi orwellienne, la BBC expliqua aux téléspectateurs que « le Hezbollah, le plus grand parti politique du Liban, est jusqu’ici la seule voix dissidente qui souhaite que les Syriens restent au Liban ». Comment la majorité populaire peut-elle être une « voix dissidente » ? [1]

Kirghizistan

Après les « révolutions géorgienne et ukrainienne, nombreux sont ceux qui prédisaient que la vague de « révolutions » allait s’étendre aux anciens États soviétiques d’Asie centrale. Et c’est ce qui arriva. Les commentateurs semblaient divisés sur la question de savoir quelle couleur attribuer au soulèvement de Bichkek : révolution « citron » ou « tulipe » ? Ils n’ont pas pu se décider. Mais ils étaient tous d’accord sur un point : ces révolutions sont cool, même quand elles sont violentes. Le président du pays, Askar Akaïev, fut renversé le 24 mars 2005 et les contestataires prirent d’assaut le palais présidentiel et le mirent à sac.

Ouzbékistan

Lorsque des rebelles armés s’emparèrent des bâtiments gouvernementaux, libérèrent des prisonniers et prirent des otages dans la nuit du 12 au 13 mai dans la ville ouzbek d’Andijan (située dans la vallée de Ferghana où les troubles avaient également commencé au Kirghizistan voisin), la police et l’armée encerclèrent les rebelles et il en résulta une impasse de longue durée. On entreprit des négociations avec les rebelles qui ne cessèrent d’augmenter leurs revendications. Quand les forces gouvernementales les attaquèrent, les combats firent quelque 160 morts dont 30 parmi les forces de la police et de l’armée. Pourtant les médias occidentaux présentèrent immédiatement ces affrontements violents de manière déformée, prétendant que les forces gouvernementales avaient ouvert le feu sur des contestataires non armés, sur « le peuple ».

Ce mythe sans cesse répété de la révolte populaire contre un gouvernement dictatorial est populaire à gauche comme à droite de l’éventail politique. Autrefois, le mythe de la révolution était manifestement réservé à la gauche, mais lorsque le putsch violent eut lieu au Kirghizistan, le Times s’enthousiasma à propos des scènes de Bichkek qui lui rappelaient les films d’Eisenstein sur la révolution bolchévique ; le Daily Telegraph exalta le « pouvoir pris par le peuple » et le Financial Times eut recours à une métaphore maoïste bien connue lorsqu’il vanta la « longue marche du Kirghizistan vers la liberté ».

Une des idées clés à la base de ce mythe est manifestement que le « peuple » est derrière les événements et que ces derniers sont spontanés. En réalité, bien sûr, ce sont des opérations très organisées, souvent mises en scène pour les médias et habituellement créés et contrôlés par les réseaux transnationaux d’« ONG » qui sont des instruments du pouvoir occidental.

La littérature sur les coups d’État

Le mythe de la révolution populaire spontanée perd de sa prégnance en raison de l’ample littérature sur les coups d’État et les principales tactiques utilisées pour les provoquer. C’est bien entendu Lénine qui a développé la structure organisationnelle vouée au renversement d’un régime que nous connaissons maintenant sous le nom de parti politique. Il différait de Marx en ce qu’il ne pensait pas que le changement historique était le résultat de forces anonymes inéluctables. Il pensait qu’il fallait le provoquer.

Mais ce fut probablement Curzio Malaparte qui le premier, dans Technique du coup d’État, donna une forme célèbre à ces idées [2]. Publié en 1931, ce livre présente le changement de régime comme une technique. Malaparte était en désaccord avec ceux qui pensaient que les changements de régime étaient spontanés. Il commence son livre en rapportant une discussion entre des diplomates à Varsovie au printemps 1920 : La Pologne a été envahie par l’armée rouge de Trotski (la Pologne avait elle-même envahi l’Union soviétique, prenant Kiev en avril 1920) et les bolcheviques étaient aux portes de Varsovie. La discussion avait lieu entre le ministre de Grande-Bretagne, Sir Horace Rumbold, le Nonce papal, Monseigneur Ambrogio Damiano Achille Ratti (lequel fut élu pape deux ans plus tard sous le nom de Pie XI). L’Anglais disait que la situation politique intérieure de la Pologne était si chaotique qu’une révolution était inévitable et que le corps diplomatique devait fuir la capitale et se rendre à Poznan. Le Nonce n’était pas d’accord, insistant sur le fait qu’une révolution était tout aussi possible dans un pays civilisé comme l’Angleterre, la Hollande ou la Suisse que dans un pays en état d’anarchie. Naturellement, l’Anglais était choqué à l’idée qu’une révolution pût éclater en Angleterre. « Jamais ! » s’exclama-t-il. Les faits lui ont donné tort car il n’y eut aucune révolution en Pologne et cela, selon Malaparte parce que les forces révolutionnaires n’étaient pas suffisamment bien organisées.

Cette anecdote permet à Malaparte d’aborder les différences entre Lénine et Trotski, deux praticiens du coup d’État. Il montre que le futur pape avait raison et qu’il était faux de dire que certaines conditions sont nécessaires pour qu’il y ait révolution. Pour Malaparte, comme pour Trotski, on peut provoquer un changement de régime dans n’importe quel pays, y compris dans les démocraties stables d’Europe occidentale à condition qu’il y ait un groupe d’hommes suffisamment déterminés à l’effectuer.

Fabriquer le consentement

Cela nous amène à d’autres textes relatifs à la manipulation médiatique. Malaparte luimême n’aborde pas cet aspect mais celui-ci est a) très important et b) constitue un élément de la technique utilisée pour les changements de régime aujourd’hui. À vrai dire, le contrôle des médias durant un changement de régime est si important qu’une des caractéristiques de ces révolutions est la création d’une réalité virtuelle. Le contrôle de cette réalité est lui-même un instrument du pouvoir, si bien que lors des coups d’États classiques des républiques bananières, la première chose dont s’emparent les révolutionnaires est la radio.

Les gens éprouvent une forte répugnance à accepter l’idée que les événements politiques, aujourd’hui, sont délibérément manipulés. Cette répugnance est elle-même un produit de l’idéologie de l’ère de l’information qui flatte la vanité des gens et les incite à croire qu’ils ont accès à une somme considérable d’informations. En fait, l’apparente diversité de l’information médiatique moderne cache une extrême pauvreté de sources originales, de même qu’une rue entière de restaurants sur un rivage grec peut cacher la réalité d’une seule cuisine à l’arrière. Les informations sur les événements importants proviennent souvent d’une source unique, souvent une agence de presse et même des diffuseurs d’informations comme la BBC se contentent de recycler les informations reçues de ces agences tout en les présentant comme étant les leurs. Les correspondants de la BBC sont souvent dans leurs chambres d’hôtel lorsqu’ils envoient leurs dépêches, lisant souvent pour le studio de Londres l’information que leur ont transmise leur collègues en Angleterre, qui les ont à leur tour reçues des agences de presse. Un second facteur expliquant la répugnance à croire à la manipulation des médias est lié au sentiment d’omniscience que notre époque de mass média aime flatter : critiquer les informations de la presse, c’est dire aux gens qu’ils sont crédules et ce message n’est pas agréable à recevoir.

La manipulation médiatique a plusieurs aspects. L’un des plus importants est l’iconographie politique. C’est un instrument très important utilisé pour défendre la légitimité des régimes qui ont pris le pouvoir par la révolution. Il suffit de penser à des événements emblématiques comme la prise de la Bastille le 14 juillet 1789, l’assaut du Palais d’Hiver pendant la révolution d’octobre 1917 ou la marche de Mussolini sur Rome en 1922 pour se rendre compte que certains événements peuvent être élevés au rang de sources presque éternelles de légitimité.

Cependant, l’importance de l’imagerie politique va bien au-delà de l’invention d’un emblème pour chaque révolution. Elle implique un contrôle beaucoup plus rigoureux des médias et généralement ce contrôle doit être exercé sur une longue période, pas seulement au moment du changement de régime. Il est vraiment essentiel que la ligne du parti soit répétée ad nauseam. Un aspect de la culture médiatique d’aujourd’hui que de nombreux dissidents dénoncent à la légère est que les opinions dissidentes peuvent être exprimées et publiées, mais c’est précisément parce que, n’étant que des gouttes d’eau dans l’océan, elles ne représentent jamais une menace pour la marée propagandiste.

Willy Münzenberg

Un des maîtres modernes du contrôle des médias fut le communiste allemand avec qui Goebbels apprit son métier, Willy Münzenberg. Il n’est pas seulement l’inventeur de la manipulation mais aussi le premier à avoir mis au point l’art de créer un réseau de journalistes formateurs de l’opinion qui propagèrent des idées correspondant aux besoins du Parti communiste allemand et à l’Union soviétique. Il fit fortune en édifiant un vaste empire médiatique.

Il était très impliqué dans le projet communiste dès le début. Il appartenait aux proches de Lénine à Zurich et en 1917, il accompagna le futur chef de la révolution bolchévique de la gare centrale de Zurich à la gare de Finlande à Saint-Pétersbourg dans un train plombé, avec l’aide des autorités impériales allemandes. Lénine demanda à Münzenberg de combattre la publicité épouvantable suscitée par le fait qu’en 1921, 25 millions de paysans de la région de la Volga commencèrent à souffrir de la famine qui frappait l’État soviétique nouvellement créé. Münzenberg, qui était alors rentré à Berlin où il fut plus tard élu député communiste au Reichstag, fut chargé de créer une œuvre de bienfaisance ouvrière factice, le Foreign Committee for the Organisation of Worker Relief for the Hungry in Soviet Russia dont le but était de faire croire que les secours humanitaires provenaient d’autres sources que de la Herbert Hoover’s American Relief Administration. Lénine craignait non seulement que Hoover utilise son projet humanitaire pour envoyer des espions en URSS (ce qu’il fit) mais également – chose peut-être plus importante – que le premier État communiste au monde ne souffre fatalement de la publicité négative due au fait que l’Amérique capitaliste lui venait en aide à quelques années de la Révolution.

Après s’être fait la main en « vendant » la mort de millions de personnes causée par les bolcheviques, Münzenberg se tourna vers des activités de propagande plus générales. Il édifia un vaste empire médiatique connu sous le nom de Trust Münzenberg qui possédait deux quotidiens de masse en Allemagne, un hebdomadaire de masse et avait des intérêts dans d’autres publications dans le monde. Il s’illustra particulièrement en mobilisant l’opinion mondiale contre l’Amérique lors du procès de Sacco et Vanzetti (deux immigrés italiens anarchistes condamnés à mort pour meurtre dans le Massachusetts en 1921) et pour contrebalancer l’idée propagée par les nazis selon laquelle l’incendie du Reichstag en 1933, était l’œuvre d’un complot communiste. Rappelons que les nazis prirent prétexte de cet incendie pour procéder à des arrestations et à des exécutions en masse de communistes. (On pense maintenant que le feu a en réalité été mis à titre individuel par l’homme qui fut arrêté dans le bâtiment à l’époque, le pyromane Martinus van der Lubbe). Münzenberg réussit à convaincre une partie importante de l’opinion d’un mensonge opposé à celui des nazis, c’est-à-dire que ceux-ci avaient mis le feu eux-mêmes afin d’avoir un prétexte pour se débarrasser de leurs principaux adversaires.

Le fait le plus significatif pour notre époque est que Münzenberg comprit combien il est important d’influencer les faiseurs d’opinion. Il avait essentiellement pour cible les intellectuels, partant de l’idée qu’ils étaient faciles à influencer en raison de leur grande vanité. Il avait notamment des contacts avec un grand nombre de personnalités littéraires des années 1930. Il en encouragea beaucoup à soutenir les Républicains lors de la guerre civile espagnole et d’en faire une cause célèbre de l’anti-fascisme communiste. La tactique de Münzenberg revêt une grande importance dans la manipulation de l’opinion en faveur du Nouvel ordre mondial aujourd’hui. Plus que jamais, des « experts » apparaissent sur nos petits écrans pour nous expliquer les événements et ils sont toujours des véhicules de la ligne officielle du parti. On les contrôle de différentes manières, généralement avec de l’argent ou par la flatterie.

Psychologie de la manipulation de l’opinion

Il existe une série d’ouvrages qui mettent le doigt sur un aspect un peu différent de la technique spécifique mise au point par Münzenberg. Il concerne la manière d’amener les gens à agir collectivement en recourant à des stimuli psychologiques. Peut-être que le premier théoricien important en fut le neveu de Freud, Edward Bernays, qui écrivait dans son ouvrage Propaganda, paru en 1928, qu’il était tout à fait naturel et justifié que les gouvernements façonnent l’opinion publique à des fins politiques [3]. Le premier chapitre porte le titre révélateur suivant : « Organiser le chaos ». Pour Bernays, la manipulation consciente et intelligente des opinions et des habitudes des masses est un élément important des sociétés démocratiques. Ceux qui manipulent les mécanismes cachés de la société constituent un gouvernement invisible qui représente le vrai pouvoir. Nous sommes dirigés, nos esprits sont façonnés, nos goûts formés, nos idées suggérées essentiellement par des hommes dont nous n’avons jamais entendu parler. C’est la conséquence logique de la manière dont notre société démocratique est organisée. Un grand nombre d’êtres humains doivent coopérer afin de vivre ensemble dans une société qui fonctionne bien. Dans presque tous les actes de notre vie quotidienne, qu’il s’agisse de la sphère politique, des affaires, de nos comportements sociaux ou de nos conceptions éthiques, nous sommes dominés par un nombre relativement réduit de personnes qui connaissent les processus mentaux et les caractéristiques sociales des masses. Ce sont elles qui contrôlent l’opinion.

Pour Bernays, très souvent les membres du gouvernement invisible ne savent même pas qui en sont les autres membres. La propagande est le seul moyen d’empêcher l’opinion publique de sombrer dans le chaos. Bernays continua de travailler sur le sujet après la guerre et a publié, en 1947, The Engineering of Consent [4], titre auquel Edward Herman et Noam Chomsky faisaient allusion lorsqu’ils publièrent leur ouvrage majeur La fabrique du consentement en 1988 [5]. Le rapport avec Freud est important parce que, comme nous allons le voir, la psychologie est un outil capital pour influencer l’opinion publique. Selon deux des auteurs ayant collaboré à La fabrique du consentement, Doris E. Fleischmann et Howard Walden Cutler écrivent que chaque chef politique doit faire appel à des émotions humaines de base afin de manipuler l’opinion. L’instinct de conservation, l’ambition, l’orgueil, la faim, l’amour de la famille et des enfants, le patriotisme, l’esprit d’imitation, le désir de commander, le goût du jeu ainsi que d’autres besoins sont les matières brutes psychologiques que chaque leader doit prendre en compte dans ses efforts pour gagner l’opinion publique à ses idées. Pour préserver leur confiance en eux, la plupart des gens ont besoin d’être certains que tout ce qu’ils croient est vrai.

C’est ce que Münzenberg avait bien compris : le besoin fondamental des hommes de croire ce qu’ils veulent croire. Thomas Mann faisait allusion à ce phénomène quand il attribua l’ascension d’Hitler au désir collectif du peuple allemand de croire à un « conte de fées » dissimulant la laide réalité.

À ce sujet, d’autres ouvrages méritant d’être mentionnés concernent moins la propagande électronique moderne que la psychologie des foules. Les classiques, ici, sont Psychologie des foules de Gustave Le Bon (1895) [6], Masse et puissance d’Elias Canetti (1960) [7] et Le viol des foules par la propagande politique de Serge Tchakhotine (1939) [8]. Tous ces livres font abondamment appel à la psychologie et à l’anthropologie. Il y a également le magnifique ouvrage de l’anthropologue René Girard dont les écrits sur la logique de l’imitation (mimesis) et sur les actions violentes collectives sont d’excellents outils pour comprendre pourquoi l’opinion publique peut si facilement être amenée à soutenir la guerre et d’autres formes de violence politique.

Technique de formation de l’opinion

Après la guerre, un grand nombre des techniques mises au point par le communiste Münzenberg furent adoptées par les États-uniens, comme le montre magnifiquement l’excellent ouvrage de Frances Stonor Saunders Qui mène la danse ? La CIA et la Guerre froide culturelle [9]. Saunders explique de manière extrêmement détaillée comment, au début de la Guerre froide, les États-uniens et les Britanniques commencèrent une importante opération clandestine destinée à financer des intellectuels anti-communistes [10]. L’élément fondamental est qu’ils concentrèrent leur attention sur des personnalités de gauche, surtout des trotskistes qui n’avaient cessé de soutenir l’Union soviétique qu’en 1939 lorsque Staline signa le Pacte de non-agression avec Hitler et qui avaient souvent travaillé auparavant pour Münzenberg. Un grand nombre de ces personnes qui se situaient au point de jonction entre le communisme et la CIA au début de la Guerre froide sont devenus des néo-conservateurs de premier plan, en particulier Irving Kristol, James Burnham, Sidney Hook et Lionel Trilling [11].

Les origines gauchistes, voire trotskistes, du néo-conservatisme sont connues, bien que je continue d’être surpris par de nouveaux détails que je découvre, par exemple que Lionel et Diana Trilling ont été mariés par un rabbin qui considérait Felix Dzerjinski, fondateur de la police secrète bolchévique (ancêtre du KGB) et pendant communiste de Himmler, comme un modèle d’héroïsme. Ces origines gauchistes entretiennent un rapport particulier avec les opérations clandestines évoquées par Saunders car l’objectif de la CIA était précisément d’influencer les opposants de gauche au communisme, c’est-à-dire les trotskistes. L’idée de la CIA était simplement que les anti-communistes de droite n’avaient pas besoin d’être influencés et encore moins d’être payés. Saunders cite Michael Warner lorsqu’elle écrit que pour la CIA, la stratégie consistant à soutenir la gauche anticommuniste allait devenir le fondement théorique des opérations politiques de la CIA contre le communisme pendant les deux décennies suivantes.

La stratégie était décrite dans The Vital Center : The Politics of Freedom d’Arthur Schlesinger (1949) [12], ouvrage qui constitue une des pierres angulaires de ce qui devint plus tard le mouvement néoconservateur. Saunders écrit que l’objectif consistant à soutenir des groupes gauchistes n’était ni de détruire ni de dominer ces groupes mais plutôt de maintenir une discrète proximité et de diriger leur pensée, de leur procurer un moyen de se défouler et, à la limite, de s’opposer à leurs actions au cas où ils deviendraient trop « radicaux ». Les manières dont cette influence de gauche fut ressentie furent nombreuses et variées. Les États-Unis étaient décidés à donner d’eux-mêmes une image progressiste, en contraste avec l’Union soviétique « réactionnaire ». Autrement dit, ils voulaient faire exactement ce que faisaient les Soviétiques. En musique, par exemple, Nicolas Nabokov (le cousin de l’auteur de Lolita) était l’un des principaux agents du Congrès pour la liberté de la Culture. En 1954, la CIA finança un festival de musique à Rome au cours duquel l’amour « autoritaire » de Staline pour des compositeurs comme Rimski-Korsakov et Tchaïkovski fut « contré » par de la musique moderne non orthodoxe inspirée du dodécaphonisme de Schoenberg. Pour Nabokov, promouvoir une musique qui abolissait manifestement les hiérarchies naturelles, c’était délivrer un message politique clair. Un autre progressiste, le peintre Jackson Pollock, ancien communiste, fut également soutenu par la CIA. Ses barbouillages étaient censés représenter l’idéologie américaine de la « liberté » opposée à l’autoritarisme de la peinture du réalisme socialiste. (Cette alliance avec les communistes a précédé la Guerre froide : le fresquiste communiste mexicain Diego Rivera fut parrainé par Abby Aldrich Rockefeller mais leur collaboration prit fin subitement lorsque Rivera refusa de retirer un portrait de Lénine d’une scène de foule peinte sur les murs du Rockefeller Center en 1933.)

Ce mélange entre la culture et la politique fut encouragé explicitement par un organisme de la CIA qui avait un nom très orwellien, le Bureau de stratégie psychologique. En 1956, il parraina une tournée européenne du Metropolitan Opera dont l’objectif politique était d’encourager le multiculturalisme. Son organisateur, Junkie Fleischmann, déclara : « Nous, aux États-Unis, nous sommes un melting-pot et par là nous prouvons que les peuples peuvent s’entendre indépendamment des races, des couleurs de peau ou des confessions. En utilisant le terme de « melting-pot » ou toute autre expression accrocheuse, nous pourrions présenter le Met comme un exemple de la manière dont les Européens immigrés peuvent s’entendre aaux États-Unis et suggérer que, par conséquent, une espèce de fédération européenne est tout à fait possible. »

Soit dit en passant, c’est exactement l’argument utilisé notamment par Ben Wattenberg qui, dans son ouvrage The First Universal Nation, soutient que les États-Unis possèdent un droit particulier à l’hégémonie mondiale parce qu’elle réunit toutes les nations et races de la planète. La même idée a été exprimée par Newt Gingrich et d’autres néoconservateurs.

Parmi les autres sujets mis en avant, certains sont au centre de la pensée néoconservatrice d’aujourd’hui. Le premier d’entre eux est la croyance authentiquement libérale à l’universalisme moral et politique. Elle a été au centre de la philosophie de la politique étrangère de George W. Bush. À de nombreuses occasions, il a déclaré que les valeurs politiques sont les mêmes dans le monde entier et il a utilisé cette affirmation pour justifier l’intervention militaire en faveur de la « démocratie ». Au début des années 1950, Raymond Allen, directeur du PSB (le Bureau de stratégie psychologique fut rapidement désigné uniquement par ses initiales, sans doute afin de cacher son vrai nom) était déjà parvenu à la conclusion suivante :

« Les principes et idéaux contenus dans la Déclaration d’indépendance et la Constitution sont destinés à être exportés et constituent le patrimoine des hommes partout dans le monde. Nous devrions nous adresser aux besoins fondamentaux de l’humanité qui, je crois, sont les mêmes pour l’agriculteur du Texas que pour celui du Pendjab. »

Certes, il serait faux d’attribuer la propagation des idées uniquement à la manipulation clandestine. Elles s’inscrivent dans de vastes courants culturels dont les causes sont multiples. Mais il ne fait pas de doute que la domination de ces idées peut être considérablement facilitée par des opérations clandestines, en particulier parce que les gens des sociétés d’information de masse sont étonnamment influençables. Non seulement, ils croient ce qu’ils lisent dans les journaux mais ils s’imaginent qu’ils sont arrivés aux conclusions par eux-mêmes. Par conséquent, l’astuce pour manipuler l’opinion publique consiste à appliquer ce qui a été théorisé par Bernays, mis en place par Münzenberg et élevé au rang d’un grand art par la CIA. Selon l’agent de la CIA Donald Jameson, en ce qui concerne les attitudes que l’Agence désirait susciter par ses activités, il est évident qu’elle voulait produire des gens qui étaient intimement persuadés que tout ce que faisait le gouvernement était juste.

Autrement dit, ce que la CIA et d’autres agences ont fait pendant cette période fut d’adopter la stratégie que nous associons au marxiste italien Antonio Gramsci qui affirmait que l’« hégémonie culturelle » était essentielle pour la révolution socialiste.

Désinformation

Enfin, il existe une quantité énorme de textes sur la technique de désinformation. J’ai déjà mentionné le fait important, formulé à l’origine par Tchakhotine, que le rôle des journalistes et des médias est fondamental pour s’assurer que la propagande est constante. Il écrit que la propagande ne saurait s’interrompre, formulant ainsi une des règles fondamentales de la désinformation moderne qui est que le message doit être répété très souvent pour passer. Avant tout, Tchakhotine dit que les campagnes de propagande doivent être dirigées de manière centralisée et très organisée, ce qui est devenu la norme à l’ère de la « communication » politique moderne. Les membres travaillistes du Parlement britannique, par exemple, ne peuvent pas parler aux médias sans l’autorisation du Director for Communications du 10, Downing Street.

Sefton Delmer était à la fois un praticien et un théoricien de la black propaganda (désinformation). Il créa une fausse station de radio qui, pendant la Seconde Guerre mondiale, diffusait de la Grande-Bretagne vers l’Allemagne et répandit le mythe qu’il y avait de bons Allemands patriotes qui s’opposaient à Hitler. On maintint le mythe qu’il s’agissait en réalité d’une station allemande clandestine et on la fit émettre sur des fréquences proches de celles des stations officielles. Ce genre de « black propaganda » fait maintenant partie de l’arsenal de la « communication » gouvernementale états-unienne. Le New York Times a révélé que le gouvernement faisait des bulletins d’informations favorables à sa politique qui étaient ensuite diffusés sur les chaînes ordinaires et présentés comme s’ils émanaient de ces chaînes.

Il y a de nombreux autres auteurs qui ont écrit sur le sujet et j’ai parlé de certains d’entre eux dans ma chronique All News Is Lies mais peut-être que l’ouvrage qui correspond le mieux au débat actuel est celui de Roger Mucchielli, La Subversion, publié en français en 1971 et qui montre que la désinformation, autrefois tactique auxiliaire pendant la guerre, est devenue une tactique principale [13]. Selon lui, la stratégie s’est développée au point que l’objectif est maintenant de conquérir un pays sans même l’attaquer physiquement, en particulier en recourant à des agents d’influence à l’intérieur. C’est essentiellement l’idée proposée et discutée par Robert Kaplan dans son essai publié dans The Atlantic Monthly en juillet/août 2003 et intitulé « Supremacy by Stealth » [14]. Un des plus sinistres théoriciens du Nouvel ordre mondial et de l’Empire américain, Robert Kaplan, défend explicitement l’utilisation illégale et immorale de la force pour permettre aux États-Unis de contrôler le monde entier. Son essai concerne le recours aux opérations secrètes, à la force des armes, aux coups tordus, à la désinformation, aux influences clandestines, à la formation de l’opinion, voire aux assassinats politiques, tous moyens relevant d’une « éthique païenne » et destinés à assurer la domination US.

Un autre point à souligner à propos de Mucchielli est qu’il fut un des premiers théoriciens du recours à de fausses ONG ou « organisations de façade » pour provoquer un changement politique interne dans un autre pays. Comme Malaparte et Trotski, Mucchielli avait compris que ce n’étaient pas des circonstances « objectives » qui faisaient le succès ou l’échec d’une révolution mais la perception de ces circonstances créée par la désinformation. Il avait également compris que les révolutions historiques, qui se présentaient invariablement comme le produit de mouvements de masse, étaient en réalité l’œuvre d’un tout petit nombre de conspirateurs très bien organisés. Comme Trotski, Mucchielli insistait sur le fait que la majorité silencieuse devait être absolument exclue du mécanisme de changement politique, précisément parce que les coups d’État sont l’œuvre d’un petit nombre de personnes et non de la masse.

L’opinion est le « forum » où l’on pratique la subversion et Mucchielli montre les différentes manières d’utiliser les mass médias pour créer une psychose collective. Selon lui, les facteurs psychologiques sont extrêmement importants à cet égard, particulièrement dans la poursuite de stratégies importantes comme la démoralisation d’une société. L’adversaire doit être amené à perdre confiance dans le bien-fondé de sa cause et tous les efforts doivent être tentés pour le convaincre que son adversaire est invincible.

Rôle des militaires

Avant d’aborder le présent, évoquons encore une question d’ordre historique : le rôle des militaires dans la conduite d’opérations secrètes et dans l’influence exercée sur le changement politique. C’est une chose dont certains analystes contemporains admettent volontiers l’existence aujourd’hui : Kaplan approuve le fait que l’armée états-unienne soit utilisée pour « promouvoir la démocratie ». Il se plaît à indiquer qu’un coup de téléphone d’un général US est souvent un meilleur moyen d’encourager un changement politique dans un pays du Tiers Monde qu’un appel de l’ambassadeur des États-Unis. Il cite un officier des Army Special Operations : « Quel que soit le président du Kenya, c’est le même groupe de gars qui dirige les forces spéciales et les gardes du corps du président. Nous les avons entraînés. C’est ce qu’on appelle l’influence diplomatique. »

L’aspect historique du sujet a été récemment étudié par un universitaire suisse, Daniele Ganser dans son livre Les Armées secrètes de l’OTAN [15]. Il commence par mentionner le fait que, le 3 août 1990, Giulio Andreotti, alors Premier ministre, a admis qu’il avait existé une armée secrète dans son pays depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale connue sous le nom de Gladio, qu’elle avait été créée par la CIA et le MI6 et qu’elle était coordonnée par une section peu orthodoxe de l’OTAN.

Il confirmait ainsi une des rumeurs les plus persistantes de l’Italie de l’après-guerre. De nombreuses personnes dont des magistrats instructeurs avaient le sentiment que Gladio ne faisait pas seulement partie d’un réseau d’armées secrètes créées par les États-Unis en Europe occidentale pour combattre une éventuelle occupation soviétique, mais également que ces réseaux en étaient venus à influencer le résultat d’élections, allant jusqu’à conclure de sinistres alliances avec des organisations terroristes. L’Italie était une cible particulière parce que le Parti communiste y était très puissant.

À l’origine, cette armée secrète avait été mise sur pied dans le but de se préparer à l’éventualité d’une invasion, mais il semble qu’elle effectua bientôt des opérations secrètes visant à influencer les processus politiques eux-mêmes, en l’absence d’invasion. Il existe de nombreuses preuves que les Étaats-uniens se sont ingérés massivement, en particulier dans les élections italiennes, afin d’empêcher le Parti communiste d’accéder au pouvoir. Des dizaines de milliards de dollars ont été offerts aux chrétiens-démocrates pour cette raison.

Ganser va jusqu’à dire qu’on a la preuve que des cellules Gladio ont organisé des attentats terroristes dans le but de faire accuser les communistes et de pousser la population épouvantée à réclamer des pouvoirs spéciaux pour l’État destinés à les « protéger » du terrorisme. Ganser cite l’homme accusé d’avoir posé une des bombes, Vincenzo Vinciguerra, qui a bien expliqué la nature du réseau dont il était un simple soldat. Cela faisait partie d’une stratégie visant à « déstabiliser afin de stabiliser ».

On s’attaquait à des civils, à des femmes, à des enfants, à des innocents, à des inconnus tout à fait étrangers au jeu politique. La raison en était simple : il s’agissait de contraindre le peuple italien à se tourner vers l’État pour demander une plus grande sécurité. Telle est la logique politique qui présidait à tous les massacres dont les auteurs sont restés impunis parce que l’Etat ne pouvait pas se déclarer coupable de ce qui était arrivé. Il existe un rapport évident avec les théories du complot à propos du 11-Septembre. Ganser présente toute une série de preuves selon lesquelles on a agi là comme Gladio en Italie et ses arguments laissent penser qu’il pourrait y avoir eu une alliance avec des groupes d’extrême gauche comme les Brigades Rouges. Après tout, lorsque Aldo Moro fut enlevé – il fut ensuite assassiné –, il se rendait au Parlement pour y présenter un programme de coalition entre les socialistes et les communistes, ce que les États-Unis étaient précisément déterminés à empêcher.

Les tacticiens de la révolution aujourd’hui

Les ouvrages historiques dont j’ai parlé nous aident à comprendre ce qui se passe aujourd’hui. Mes collègues et moi-même du British Helsinki Human Rights Group avons pu constater que les mêmes techniques sont utilisées aujourd’hui.

Les principales tactiques ont été perfectionnées en Amérique latine dans les années 1970–80. Beaucoup d’agents secrets spécialistes du changement de régime de l’époque Reagan et Bush père ont exercé leur métier sans problèmes dans l’ancien bloc soviétique sous Clinton et Bush fils. Le général Noriega raconte dans ses mémoires que les deux agents de la CIA et du département d’Etat envoyés pour négocier puis pour provoquer sa chute du pouvoir à Panama en 1989 s’appelaient William Walker et Michael Kozak. Or le premier réapparut au Kosovo en janvier 1999 lorsque, en tant que chef de la Mission de vérification, il supervisa la création du mensonge sur les « atrocités » qui servit de prétexte à la guerre. Michael Kozak, quant à lui, devint ambassadeur en Biélorussie où, en 2001, il monta l’opération « Blanche cigogne » destinée à renverser le président Alexandr Loukachenko. Dans un échange de lettres avec The Guardian, en 2001, il eut le front de reconnaître qu’il faisait en Biélorussie exactement ce qu’il avait fait au Nicaragua et au Panama, c’est-à-dire « promouvoir la démocratie » [16]

La technique moderne du coup d’Etat se présente essentiellement sous trois formes : ONG, contrôle des médias et agents secrets. Leurs activités sont interchangeables, si bien que je ne les traiterai pas séparément.

Serbie, 2000

Le renversement de Slobodan Milosevic ne fut manifestement pas la première fois où l’Occident utilisait des influences clandestines pour provoquer un changement de régime. Le renversement de Sali Berisha en Albanie en 1997 et celui de Vladimir Meciar en Slovaquie en 1998 ont été fortement influencés par l’Occident et dans le cas de Berisha, un soulèvement extrêmement violent fut présenté comme un exemple bienvenu de prise du pouvoir spontanée par le peuple. J’ai personnellement observé comment la communauté internationale et en particulier l’OSCE (Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe), falsifièrent les résultats de leur contrôle des élections afin d’assurer le changement politique. Cependant le renversement de Milosevic à Belgrade, le 5 octobre 2000, est important parce qu’il s’agissait d’une personnalité très connue et que la « révolution » qui l’a destitué impliquait un usage très ostentatoire du « pouvoir populaire ». Le contexte du putsch contre Milosevic a été brillamment décrit par Tim Marshall, journaliste à Sky TV [17]. Ce qu’il montre est valable parce qu’il approuve les événements qu’il évoque et qu’il se vante de ses nombreux contacts avec les services secrets, en particulier ceux de Grande-Bretagne et des États-Unis.

À tout instant, Marshall semble savoir qui sont les principaux agents secrets. Son compte rendu est plein de références à « un agent du MI6 de Pristina », à des « sources des services secrets yougoslaves », à « un homme de la CIA qui a aidé à préparer le coup d’État », à un agent des services secrets de la marine américaine », etc. Il cite des rapports secrets des renseignements serbes, il sait qui est le chef d’état-major du ministre britannique de la Défense qui mit au point la stratégie du renversement de Milosevic. Il sait que les conversations téléphoniques du ministre des Affaires étrangères britannique sont écoutées. Il sait qui sont les agents des services secrets russes qui accompagnent Evgueni Primakov, le Premier ministre russe, à Belgrade pendant les bombardements de l’OTAN. Il sait dans quelles chambres de l’ambassade de Grande-Bretagne il y a des micros et où sont les espions yougoslaves qui écoutent les conversations des diplomates. Il sait qu’un membre de la Commission des relations internationales de la Chambre des représentants états-unienne est en réalité un agent des services secrets de la marine. Il semble savoir que des décisions des services secrets sont souvent prises sans l’accord complet des ministres. Il décrit comment la CIA a escorté la délégation de l’Armée de libération du Kosovo jusqu’à Paris pour les entretiens de Rambouillet avant la guerre où l’OTAN lança à la Yougoslavie un ultimatum dont elle savait qu’il ne pouvait pas ne pas être rejeté. Il fait allusion à un « journaliste britannique » qui a servi d’intermédiaire entre Londres et Belgrade pour des négociations secrètes à un haut niveau extrêmement importantes où les participants cherchèrent à se trahir les uns les autres au moment où le pouvoir de Milosevic s’effondrait. (Je le soupçonne de parler ici de lui-même.)

Un des thèmes qui traversent son livre sans qu’il le veuille est que la frontière entre les journalistes et les barbouzes est ténue. Au début du livre, Marshall parle en passant des « liens inévitables entre les agents, les journalistes et les politiques », disant qu’ils « travaillent tous dans le même domaine ». Il continue sur le ton de la plaisanterie en disant que c’est une « association de barbouzes, de journaleux et de politicards, plus le peuple » qui a causé la chute de Milosevic. Il adhère au mythe de la participation du « peuple » mais le reste de son livre montre qu’en réalité le renversement du président yougoslave n’a pu avoir lieu que grâce à des stratégies politiques conçues à Londres et à Washington.

Avant tout, Marshall fait bien comprendre qu’en 1998, le département d’État et les services de renseignements décidèrent d’utiliser l’Armée de libération du Kosovo (ALK) pour se débarrasser de Milosevic. Il cite une source selon laquelle « le projet des États-Unis était clair : lorsque le moment serait venu, ils utiliseraient l’ALK pour apporter la solution au problème politique », le « problème » étant la survie politique de Milosevic. Cela voulait dire qu’on soutenait le sécessionnisme terroriste de l’ALK pour mener ensuite une guerre contre la Yougoslavie à ses côtés. Marshall cite Karl Kirk, un agent des services secrets de la marine états-unienne : « Finalement, nous avons engagé une vaste opération à la fois ouverte et secrète contre Milosevic ». La partie secrète de l’opération consistait non seulement à étoffer les différentes missions d’observation envoyées au Kosovo d’agents des services secrets britanniques et états-uniens, mais également – et c’était crucial – d’apporter une aide militaire, technique, financière, logistique et politique à l’ALK qui faisait du trafic de drogue et d’êtres humains et assassinait des civils. »

La stratégie commença à la fin de 1998 lorsqu’une « importante mission de la CIA fut mise en œuvre au Kosovo ». Le président Milosevic avait autorisé la mission d’observation diplomatique du Kosovo à entrer dans la province pour y contrôler la situation. Ce groupe fut immédiatement étoffé d’agents secrets et de forces spéciales britanniques et états-uniens, d’hommes de la CIA et des services secrets de la marine US, de membres du Special Air Service britannique et du 14th Intelligence, corps de l’armée britannique qui opère aux côtés du SAS pour effectuer ce qu’on appelle de la « deep surveillance ». Le but immédiat de l’opération était d’effectuer de l’« intelligence preparation of battlefield » [méthode d’analyse du terrain susceptible de devenir un champ de bataille], version moderne de ce que le duc de Wellington avait l’habitude de faire, c’est-à-dire de parcourir le champ de bataille de long en large pour se rendre compte de la configuration du terrain avant d’attaquer l’ennemi. Ainsi, comme l’écrit Marshall, « officiellement la KDOM [Mission diplomatique d’observation au Kosovo] était dirigée par l’OSCE en Europe et officieusement par la CIA. C’était un front de la CIA. » En fait, la plupart de ses membres travaillaient pour un autre front de la CIA, la DynCorp, compagnie basée en Virginie qui emploie, selon Marshall surtout des « membres des unités d’élite de l’armée américaine ou de la CIA ». On utilisa la KDOM, qui devint plus tard la Mission de vérification au Kosovo pour faire de l’espionnage. Au lieu d’effectuer les tâches de contrôle qui leur étaient assignées, les membres de la Mission utilisaient leurs GPS pour localiser et identifier les cibles que l’OTAN bombarderait plus tard. On a du mal à comprendre comment les Yougoslaves ont pu permettre que 2000 agents des services secrets parfaitement entraînés parcourent leur territoire, d’autant que, comme le montre Marshall, ils savaient très bien ce qui se passait.

Le chef de la Mission de vérification au Kosovo était William Walker, l’homme qui avait eu pour mission d’évincer Noriega du pouvoir au Panama et qui avait été ambassadeur des États-Unis au Salvador dont le gouvernement, soutenu par Washington, entretenait des escadrons de la mort. Walker « découvrit » le « massacre » de Racak en janvier 1999, événement utilisé comme prétexte pour engager le processus conduisant aux bombardements qui commencèrent le 24 mars. De nombreux témoignages laissent penser que Racak était une mise en scène et que les corps trouvés là étaient ceux de combattants de l’ALK et non de civils, comme on l’a prétendu. Ce qui est certain, c’est que le rôle de Walker était si important que la route nationale du Kosovo qui mène à Racak a reçu son nom. Marshall écrit que la date de la guerre – printemps 1999 – n’a pas seulement été décidée à la fin de décembre 1998, mais qu’elle a été communiquée à ce moment-là à l’ALK. Cela signifie que lorsque le « massacre » a eu lieu et que Madeleine Albright déclara que le printemps était précoce cette année-là, elle se comportait comme Goebbels qui, apprenant la nouvelle de l’incendie du Reichstag en 1933, aurait dit : « Quoi, déjà ? »

De toute façon, Marshall écrit que lorsque la Mission fut retirée à la veille des bombardements de l’OTAN, les agents de la CIA qui en faisaient partie remirent tous leurs mobiles et leurs GPS à l’ALK. « Les Étaats-uniens entraînèrent l’ALK, l’équipèrent en partie et lui donnèrent virtuellement un territoire », écrit Marshall, même si lui, comme tous les autres reporters, a contribué à propager le mythe des atrocités commises systématiquement par les Serbes contre une population civile albanaise totalement passive.

La guerre commença, bien sûr, et la Yougoslavie fut violemment bombardée. Mais Milosevic restait au pouvoir. Aussi Londres et Washington se mirent à pratiquer ce que Marshall appelle une « guerre politique » pour le faire partir. Cela consistait à donner d’importantes sommes d’argent et d’apporter une aide technique, logistique et stratégique, y compris des armes, à différents groupes de l’« opposition démocratique » et à des ONG de Serbie. À ce moment-là, les États-uniens opéraient principalement par le biais de l’International Republican Institute [18] qui avait ouvert des bureaux en Hongrie dans le but de se débarrasser de Milosevic. Marshall explique qu’à l’une des réunions, « on était tombé d’accord sur le fait que les arguments idéologiques de démocratie, de droits civiques et d’approche humanitaire seraient beaucoup plus convaincants s’ils étaient accompagnés, le cas échéant, de beaucoup d’argent ». Cet argent, et beaucoup d’autres choses, d’ailleurs, entrèrent en Serbie par les valises diplomatiques, dans bien des cas celles de pays apparemment neutres comme la Suède qui, n’étant pas officiellement membre de l’OTAN, purent maintenir des ambassades complètes à Belgrade. Marshall ajoute que l’argent entra pendant des années. Des médias « indépendants », comme la station de radio B92 (éditeur de Marshall) étaient financés en grande partie par les États-Unis. Des organisations contrôlées par George Soros [19] jouèrent également un rôle essentiel, comme plus tard en Géorgie, en 2003–04. Les « démocrates » n’étaient en réalité rien d’autre que des agents étrangers, comme l’affirmait impassiblement le gouvernement yougoslave à l’époque.

Marshall explique aussi une chose qui est maintenant de notoriété publique, c’est-à-dire que ce sont également les États-uniens qui ont conçu la stratégie consistant à mettre en avant un candidat, Vojislav Kostunica, pour unifier l’opposition. Il présentait le principal atout d’être inconnu du grand public. Marshall montre que la stratégie impliquait aussi un coup d’État soigneusement préparé et qui eut lieu comme prévu. Il montre de manière très détaillée comment les principaux acteurs de ce qui fut présenté par les télévisions occidentales comme un soulèvement « populaire » spontané étaient en réalité une bande de voyous extrêmement violents et lourdement armés commandés par le maire de la ville de Cacak, Velimir Illic. C’est le convoi d’Illic long de 22 kilomètres qui transporta « des armes, des paras et une équipe de kickboxeurs » jusqu’au bâtiment du Parlement fédéral de Belgrade. Marshall admet que les événements du 5 octobre 2000 « ressemblaient plus à un coup d’État » qu’à la révolution populaire que présentaient si naïvement les médias du monde entier.

Géorgie, 2003

Bien des tactiques appliquées à Belgrade furent reprises ad nauseam en Géorgie en novembre 2003 pour renverser le président Edouard Chevardnadze [20]. Les mêmes allégations d’élections truquées furent faites et sans cesse répétées. (En Géorgie, il s’agissait d’élections législatives et en Yougoslavie de l’élection présidentielle.) Les médias occidentaux reprirent sans se poser de questions ces allégations qui avaient été formulées longtemps avant le scrutin. Une guerre de propagande fut déclenchée contre les deux présidents, dans le cas de Chevardnadze après une longue période où on l’avait encensé comme un grand démocrate réformateur. Les deux « révolutions » se produisirent après un similaire « assaut contre le Parlement » transmis en direct par les télévisions. Les deux transferts de pouvoirs furent négociés par le ministre russe des Affaires étrangères Igor Ivanov qui prit l’avion pour Belgrade puis pour Tbilissi afin d’organiser la chute des présidents en exercice. Et, last but not least, l’ambassadeur américain fut le même dans les deux cas : Richard Miles.

Cependant, la similitude la plus manifeste consiste dans l’utilisation d’un mouvement étudiant connu sous le nom d’Otpor (Résistance) en Serbie et Kmara (C’est assez !) en Géorgie [21]. Les deux mouvements avaient le même symbole, un poing serré noir sur blanc. Les gens d’Otpor entraînèrent ceux de Kmara et tous les deux furent soutenus par les États-Unis. Et les deux étaient manifestement structurés selon des principes communistes, associant l’apparence d’une structure diffuse de cellules autonomes et la réalité d’une discipline léniniste fortement centralisée.

Comme en Serbie, le rôle joué par les opérations secrètes et l’argent états-uniens fut révélé, mais seulement après les événements. Pendant ceux-ci, les télévisions ne cessèrent de parler du soulèvement du « peuple » contre Chevardnadze. Toutes les images contraires à ce mensonge optimiste furent occultées, comme le fait que la « marche sur Tbilissi » menée par Mikhail Saakachvili était partie de Gori, la ville natale de Staline, au pied de la statue de l’ancien tyran soviétique qui reste un héros pour beaucoup de Géorgiens. Les médias ne s’inquiétèrent pas lorsque le nouveau président, Saakachvili, fut confirmé dans ses fonctions par une élection qui le gratifia d’un score stalinien de 96 %.

Ukraine, 2004

Dans le cas de l’Ukraine, on observe la même combinaison d’activités des ONG financées par l’Occident, des médias et des services secrets [22]. Les ONG ont joué un rôle énorme en délégitimant les élections avant qu’elles aient lieu. On n’a cessé de parler de fraudes généralisées. En d’autres termes, les manifestations de rues qui ont eu lieu après le second tour, remporté par Ianoukovitch, se fondaient sur des allégations qui circulaient avant le début du second tour. La principale ONG responsable de ces accusations, le Comité des électeurs d’Ukraine, n’a pas reçu un sou des électeurs ukrainiens ; il a en revanche été généreusement financé par les gouvernements occidentaux. Ses bureaux étaient ornés de photos de Madeleine Albright et le National Democratic Institute était un de ses principaux soutiens. Il ne cessait de faire de la propagande anti-Ianoukovitch.

Pendant les événements eux-mêmes, j’ai pu prouver certains des abus de cette propagande. Ils consistaient principalement à répéter inlassablement que le gouvernement pratiquait la fraude électorale, à dissimuler la fraude pratiquée par l’opposition, à présenter Victor Iouchtchenko, un des hommes les plus ennuyeux du monde, comme un politique charismatique et de propager la thèse ridiculement invraisemblable qu’il avait été délibérément empoisonné par ses ennemis. (Aucune poursuite n’a été engagée jusqu’à présent.) On trouvera le compte rendu le plus complet sur la propagande et les fraudes dans le rapport « Ukraine’s Clockwork Orange Revolution » du British Helsinki Human Rights Group. Une explication intéressante du rôle joué par les services secrets a été fournie dans le New York Times par C. J. Chivers qui montre que le KGB ukrainien a travaillé depuis le début pour Iouchtchenko, en collaboration avec les États-uniens, bien entendu [23]. Parmi d’autres articles importants sur le sujet, mentionnons celui de Jonathan Mowat intitulé « The New Gladio in Action ? Ukrainian Postmodern Coup Completes Testing of New Template », qui montre en détail comment la doctrine militaire a été adaptée pour provoquer un changement de régime et comment sont utilisés divers instruments, de la psychologie aux faux sondages d’opinion [24]. L’article de Mowat est particulièrement intéressant quand il parle des théories de Peter Ackermann, l’auteur de Strategic Nonviolent Conflict [25] et d’un discours intitulé « Between Hard and Soft Power : The Rise of Civilian-Based Struggle and Democratic Change » et prononcé au département d’Etat en juin 2004 [26]. Mowat est également excellent en matière de psychologie des foules et de son utilisation lors des putschs. Il attire l’attention sur le rôle des « masses d’adolescents » et de l’« hystérie des rebelles » et fait remonter l’origine de leur utilisation à des fins politiques au Tavistock Institute dans les années 1960. Cet Institut avait été créé par l’Armée britannique en vue de la guerre psychologique après la Première Guerre mondiale et parmi ses illustres étudiants on trouve David Owen, ancien Secrétaire d’État aux Affaires étrangères et Radovan Karadic, ex-Président de la République serbe de Bosnie. Mowat montre comment les idées formulées là par Fred Emery furent reprises par un certain Howard Perlmutter, professeur d’« architecture sociale » à la Wharton School et disciple d’Emery pour qui « Rock video in Katmandu » était une image appropriée pour évoquer la manière dont les États de culture traditionnelle pouvaient être déstabilisés afin de créer éventuellement une « civilisation globale ». Il ajoutait qu’une telle transformation devait satisfaire à deux exigences : « créer des réseaux internationaux d’organisations internationales et locales » et « créer des événements mondiaux » en « transformant un événement local en un événement pouvant avoir des répercussions internationales immédiates grâce aux médias.

Conclusion

Rien de ce que je viens d’évoquer ne relève de théories du complot, il s’agit d’authentiques complots. Pour les États-Unis, la promotion de la démocratie est un élément important de sa stratégie générale de sécurité nationale. D’importants secteurs du Département d’État, la CIA, des agences paragouvernementales comme le National Endowment for Democracy et des ONG financées par le Gouvernement, comme le Carnegie Endowment for International Peace, qui a publié plusieurs ouvrages sur la « promotion de la démocratie » ont tous un point commun : ils impliquent l’ingérence, parfois violente, de puissances occidentales, en particulier des États-Unis, dans la politique d’autres États et cette ingérence est très souvent utilisée pour encourager le changement de régime, objectif révolutionnaire par excellence.

 John Laughland

John Laughland a été administrateur du British Helsinki Human Rights Group, association étudiant la démocratie et le respect des Droits de l’homme dans les anciens pays communistes, et membre de Sanders Research Associates. Il est aujourd’hui directeur de recherches à l’Institut pour la Démocratie et la Coopération.


Les articles de cet auteur


Source Horizons et débats (Suisse)
Les articles de cet auteur




[1] Lors de la révolution du Cèdre, le Hezbollah formait une majorité relative. Après le retrait des forces de paix syrienne, le Hezbollah a constitué une vaste coalition incluant notamment le Mouvement patriotique libre du général Michel Aoun. Cette coalition est apparue majoritaire en nombre de voix lors des élections législatives. Cependant, compte tenu du système électoral qui privilégie les communautés sur les individus, cette coalition populaire est minoritaire au Parlement. Ndlr.

[2] Technique du coup d’État, par Curzio Malaparte. Première édition Grasset 1931. Réédition en livre de poche, Grasset & Fasquelle (200 !).

[3] Propaganda par Edward L. Bernays, Horace Liveright (1928) Téléchargeable. Version française : Propaganda : Comment manipuler l’opinion en démocratie, Zone (2007).

[4] « The Engineering of Consent », The Annals of the American Academy of Political and Social Science, 1947, 250 p. 113. Cet article a été reproduit dnas le recueil éponyme (The engineering of consent, University of Oklahoma Press, 1955.

[5] Manufacturing Consent : The Political Economy of the Mass Media, par Edward S. Herman et Noam Chomsky, Pantheon Books Inc (1988). Version française : La fabrication du consentement : De la propagande médiatique en démocratie, Agone, 2008.

[6] Psychologie des foules, par Gustave Le Bon, 1895. Téléchargeable.

[7] Masse und Macht, par Elias Canetti, Fischer Taschenbuch Vlg. Version française : Masse et puissance, Gallimard, 986.

[8] Le viol des foules par la propagande politique, par Serge Tchakhotine, Gallimard, réédition en poche 1992.

[9] Who Paid the Piper ? : CIA and the Cultural Cold War, par Frances Stonor Saunders, Granta, 1999. Version française : Qui mène la danse ? La CIA et la Guerre froide culturelle, Denoël, 2003.

[10] A propos du Congrès pour laa lioberté de laa Culture, on lira « Quand la CIA finançait les intellectuels européens », par Denis Boneau et « Quand la CIA finançait les intellectuels italiens », par Federico Roberti, Réseau Voltaire, 27 novembre 2003 et 5 septembre 2008.

[11] « Les New York Intellectuals et l’invention du néo-conservatisme », par Denis Boneau, Réseau Voltaire, 26 novembre 2004.

[12] The vital center ; the politics of freedom, par Arthur M. Schlesinger, Boston Houghton Mifflin Co, 1949.

[13] La subversion, par Roger Muchielli, C.L.C ; Nouvelle ed. revue et mise à jour edition, (1976)

[14] « Supremacy by Stealth », par Robert Kaplan, The Atlantic Monthly, juillet/août 2003.

[15] Les Armées secrètes de l’OTAN, par Daniele Ganser, éditions Demi-lune (2007). Ce livre est publié en feuilleton par le Réseau Voltaire.

[16] « For Nicaragua, read Belarus » par Mark Almond ; « Belarus and the Balkans », lettre de Michael Kozak ; « Belarus president tightens grip on a resentful people » et « Belarussian foils dictator-buster... for now. Tested US foreign election strategy fails against Lukashenko », par Ian Traynor, The Guardian, 21 et 25 août, 10 et 14 septembre 2001.

[17] Shadowplay, par Tim Marshall, Samizdat B92 éd. (Belgrade, 2003).

[18] IRI est une braanche de laa NED. Voir « La NED, nébuleuse de l’ingérence "démocratique" », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 22 janvier 2004.

[19] « George Soros, spéculateur et philanthrope », Réseau Voltaire, 115 janvier 2004.

[20] « Les dessous du coup d’État en Géorgie », par Paul Labarique, Réseau Voltaire, 7 janvier 2004.

[21] « L’Albert Einstein Institution : la non-violence version CIA », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 4 juin 2007.

[22] « Washington et Moscou se livrent bataille en Ukraine », par Emilia Nazarenko et la rédaction ; et « Ukraine : la rue contre le peuple », 1er et 29 novembre 2004.

[23] « Back Channels : A Crackdown Averted ; How Top Spies in Ukraine Changed the Nation’s Path », par C. J. Chivers, The New York Times, 17 janvier 2005.

[24] « The new Gladio in action ? Ukrainian postmodern coup completes testing of new template », par Jonathan Mowat, Online Journal, 19 mars 2005.

[25] Strategic Nonviolent Conflict : The Dynamics of People Power in the Twentieth Century, par Peter Ackerman et Christopher Kruegler, préface de Thomas C. Schelling, Greenwood Press (1993).

[26] Presentation at the US State Department. Between Hard and Soft Power : The Rise of Civilian-Based Struggle and Democratic Change, par Peter Ackerman, 29 juin 2004.

PERMALINK

8 janvier 2010

Propagande néo-conservateurs sur Arte

Analyse de la propagande des néo-conservateurs français, membres du Cercle de l'Oratoire et de la revue le Meilleur des Mondes, et des techniques utilisées pour manipuler le spectateur et la réalité.



Le documentaire "Le grand complot" est visible ici :
http://www.dailymotion.com/video/x5i7dh_le-grand-complot-13
http://www.dailymotion.com/video/x5i7p3_le-grand-complot-23
http://www.dailymotion.com/video/x5i8rj_le-grand-complot33

Eau, assainissement et santé

lundi 4 janvier 2010, par Philippe Rekacewicz

L’accès à des services sanitaires convenables et à l’eau potable reste toujours un luxe inaccessible pour une grande partie de la population des pays en voie de développement... Pour ces deux indicateurs, les progrès sont si lents que les Nations unies ne prévoient pas que les objectifs du millénaire pour le développement (OMD) soient atteints avant 2020 en Asie et 2040 — voire 2070 ! — pour l’essentiel des pays africains. Et quand bien même les « cibles » des ODM seront atteintes, il restera des centaines de millions de personnes sur le carreau, ne disposant toujours ni d’eau potable, ni de sanitaires adéquats.

Objectifs du millénaire :
c’est raté Retour à la table des matières

Que ce soit pour l’approvisionnement en eau potable ou pour l’aménagement d’équipements sanitaires convenables, les progrès sont beaucoup trop lents. Entre 1990 (l’année de référence) et 2006 (dernières statistiques connues), la proportion de la population mondiale approvisionnée en eau potable est passée de 77 % à 87 %, et celle équipée en services d’assainisement de 54 % à 62 %. La plupart des régions atteindront donc, de plus ou moins près, les objectifs fixés pour 2015, sauf en Afrique subsaharienne et en Asie du Sud. Au taux de croissance actuel, il manquerait 700 millions à 800 millions de personnes (selon les projections démographiques) correctement approvisionnées en eau propre et équipées de toilettes digne de ce nom pour atteindre les OMD. Et ce chiffre ne tient pas compte des quelques centaines de millions d’autres personnes que le pari onusien a « sacrifié » en ne les incluant pas dans le panel...

JPEG - 52 ko
Les objectifs inatteignables du millénaire pour le développement
JPEG - 46.7 ko
En 2070, des toilettes pour... seulement 70 % de la population africaine

Accès aux systèmes d’assainissement Retour à la table des matières

Les deux cartes ci-dessous montrent clairement où se situe le problème et où doivent porter les efforts, en Afrique et en Asie du Sud. 2,5 milliards de personnes n’ont pas d’accès à des équipements sanitaires décents. Un peu plus d’un milliard d’entre elles sont même obligées de déféquer à l’air libre. Cette pratique entraîne le développement de graves pathologies, comme par exemple les parasitoses intestinales telles que l’anguillulose ou l’ankylostomiase, fréquentes quand on marche pieds nus à proximité de matières fécales.

JPEG - 761.7 ko
Plus d’un milliard de personnes défèquent à l’air libre
JPEG - 893.4 ko
Chaque année, plus de deux millions de personnes meurent de diarrhée
JPEG - 99.2 ko
L’Afrique et l’Asie, laissés-pour-compte des services d’assainissement
JPEG - 75.3 ko
Accès aux services d’assainissement en milieu urbain
JPEG - 74.3 ko
Accès aux services d’assainissement en milieu rural

Accès à l’eau potable Retour à la table des matières

L’absence d’hygiène de base favorise la dissémination de maladies liées à l’eau (diarrhée, choléra, amibiases, typhoïde, dysenterie…). Elle provoque en silence la mort de dizaines de millions de personnes chaque année. Il suffirait pourtant d’investissements relativement modestes pour améliorer sensiblement cette situation. En 2006, 5,7 milliards de personnes avaient un accès à de l’eau potable, soit 1,6 milliard de plus qu’en 1990. Mais cela veut dire aussi qu’un peu plus de 900 millions de personnes étaient toujours obligées, à cette date, d’utiliser de l’eau impropre à la consommation. C’est en Afrique subsaharienne, où seulement 58 % de la population est approvisionnée, que la situation est la plus grave.

L’absence d’eau potable à proximité n’a pas pour seul impact une menace sur la santé publique, mais aussi sur la force de travail et l’éducation : les corvées d’eau mobilisent encore les femmes et les petites filles une bonne partie de la journée, notamment en Afrique, les empêchant soit d’avoir des activités plus lucratives, soit simplement d’aller à l’école.

JPEG - 101.3 ko
Le Sud sans eau potable
JPEG - 74.6 ko
Accès à l’eau potable en milieu urbain
JPEG - 73.9 ko
Accès à l’eau potable en milieu rural

À lire, dans Le Monde diplomatique de janvier 2010, notre dossier cartographique : « Le tabou des excréments, péril sanitaire et écologique », par Maggie Black (textes) et Philippe Rekacewicz (cartes et graphiques).


L'EAU
envoyé par Ali_La_Pointe.


L'Or bleu


Un film de Damien de Pierpont
2007 - Belgique - 52 minutes

La problématique de l'eau à Marrakech est au cœur des difficultés du développement économique marocain. Sécheresse, tourisme de masse, mondialisation... contraignent la ville à privatiser la gestion de son eau alors que la France, précurseur en ce domaine, retourne progressivement vers la publicisation... "L’Or bleu" enquête sur un nouvel Empire, celui de l’eau.

28 décembre 2009

"Changement climatique"... ce que la presse ne vous dira pas

par jean-michel Bélouve (son site) mercredi 9 décembre 2009

Jean Michel Bélouve, qui vient de publier son livre "la Servitude Climatique : Changement climatique, Business et Politique", présente, à l’occasion de l’ouverture de la Conférence des Nations Unies sur le Changement Climatique de Copenhague, la situation actuelle du dossier politique "changement climatique", et notamment... tout ce que la presse ne vous dira pas !.

Jamais un sommet climatique n’aura été aussi peu serein que celui qui commence ce 7 décembre à Copenhague. Cette quinzième conférence des parties à la Convention-Cadre des Nations Unies sur le Changement Climatique (CCNUCC) se déroulera sous une quadruple menace.

Nous observons d’abord chez les pays participants une vision floue des objectifs à poursuivre et des moyens à mettre en œuvre. Il existe des désaccords profonds entre pays du Nord et pays du Sud, mais les Pays du Nord sont eux mêmes divisés. Le dossier du GIEC, qui est censé inspirer les mesures politiques à prendre, est miné par de récentes découvertes, publications ou déclarations scientifiques qui tendent à infirmer les certitudes affichées jusqu’ici. Il y a enfin le scandale du Climate Research Unit (le "climategate") qui empoisonnera probablement l’atmosphère de la Conférence.

Mais quel objectif poursuit-on à Copenhague ?

La Conférence devait constituer l’aboutissement d’un processus de négociations, commencé à Bali, le 30 novembre 2007, et s’achever par la signature d’un traité donnant un prolongement au Protocole de Kyoto, signé en 1998 et en vigueur jusqu’au 31 décembre 2012. Mais aucune des parties ne croit plus possible une telle issue. Tout au plus Copenhague sera une étape vers un traité que l’ONU espère voir signer en 2010, l’année 2011 paraissant plus plausible à bon nombre d’observateurs. Le Secrétaire Exécutif de la CCNUCC, Yvo de Boer, a redéfini un objectif en quatre points :

1 – De quelle quantité les pays développés veulent-ils réduire leurs émissions de gaz à effet de serre ?

2- Dans quelles proportions les pays en développement, tels que la Chine et l’Inde vont-ils limiter l’augmentation de leurs émissions ?

3- De quelles aides [financières et technologiques], offertes par les pays développés, les pays en développement ont-ils besoin pour s’engager à limiter leurs émissions et à s’adapter aux impacts du changement climatique ?

4 Comment cet argent sera-t-il géré ?

La conclusion d’un accord scellant ces quatre points, selon M de Boer, ferait de la Conférence un succès. Mais même ces espoirs risquent fort d’être déçus.

Les réductions d’émissions des pays développés : disparates et insuffisantes.

Lors de l’étape de Poznań, Pologne, en fin 2008, la Conférence des Parties à la CCNUCC avait défini une fourchette de réduction d’émissions de 25% à 40 % pour 2020, pour les seuls pays développés, et une réduction de 50% en 2050, pour l’ensemble des pays (75% pour les pays développés). Il ne s’agissait pas d’un traité, mais d’une déclaration incluse au communiqué final, nombre de pays développés ne considérant cette communication que comme un repère non contraignant, alors que la Chine et l’Inde tiennent ces valeurs pour actées.

A ce jour, seule l’Union européenne a légiféré dans ce domaine par la directive du Paquet Energie Climat de décembre 2008, qui prévoit une réduction des émissions de 20% par rapport à l’année de référence 1990, qui pourrait être portée à 30 % en cas d’accord entre les nations à Copenhague. Toutefois, la répartition de ces quotas entre les pays membres n’a pas encore été abordée. Aux USA, le projet de loi climatique dit Waxman Markey Bill prévoit une réduction des émissions de 20 % en 2020, mais par rapport à l’année de référence 2005. Or les émissions de ce pays sont passées de 5200 millions de tonnes en 1990 à 6200 millions de tonnes en 2005 (source), soit plus de 19% d’augmentation. Cela signifie que les Etats Unis entendent seulement limiter leurs émissions au niveau atteint en 1990. Or le débat sur la loi Waxman Markey a été repoussé à l’année prochaine, et les sénateurs lui semblent de plus en plus défavorables. Les résistances sont particulièrement vives et les lobbys charbonniers actifs dans maints états producteurs ou consommateurs de houille. Manifestement, le Président Obama, qui se rend à Copenhague les mains bien vides, n’est plus maître de la situation.

Ajoutons que l’Australie vient de rejeter à une forte majorité un texte sur des quotas d’émission et le "cap and trade", alors qu’il s’agit du pays où la consommation d’énergie fossile est la plus forte au monde, par habitant (à égalité avec ceux des Etats Unis). La Russie a convenu de réduire ses émissions de 25% par rapport à 1990 (cela ne lui est pas bien difficile, vu qu’elle se situe actuellement à -29%). Le nouveau gouvernement japonais de M. Yukio Hatoyama a pris le contrepied de son prédécesseur en faisant voter une réduction d’émissions de 25% pour 2020.

25% au Japon et en Russie, 20 à 30 % en Union européenne, 0% aux USA (22% des émissions mondiales !), en Australie et en Nouvelles Zélande : nous demeurons bien en dessous de la fourchette 25% à 40 % voulue par l’ONU et les pays en développement. Or de quelle marge de manœuvre dispose un Obama contraint à la prudence par ses récents déboires, tant dans le domaine de sa loi climatique que dans celui de son dossier de sécurité sociale ? Il ne faut compter sur aucune bonne volonté de la part de l’Australie et de la Nouvelle Zélande. Bref, un accord sur le premier objectif de Monsieur de Boer est loin d’être acquis.

Quelles limitations d’émissions pour les pays en développement ?

Chez ces pays, la Chine conduit la concertation. Chine, Inde, Brésil, Afrique du Sud et Mexique sont très unis en vue de la négociation de Copenhague. Ce sont les pays disposant des ressources industrielles les plus importantes parmi les pays en développement. La Chine émet 24% du CO2 mondial, et l’Inde 6,5 %. A eux tous, les pays en développement dépassent 50% des émissions. Dans leur majorité, ils ne prennent pas d’engagements pour 2020. La Chine, toutefois, qui refusait toute idée de limitation en juillet dernier, avance aujourd’hui l’objectif de réduire son "intensité carbonique" de 40% à 45% par rapport à l’année 2005.

Qu’entend-elle exactement par intensité carbonique ? Cela veut dire que la Chine s’efforcera de limiter le taux croissance de ses émissions annuelles à 55-60% seulement du taux de croissance de son PIB. Or son objectif est de continuer sur la base d’une croissance économique de 8% l’an, ce qu’elle est fort capable de réaliser. Dans ses conditions, son PIB augmenterait, en 2020, de 217% par rapport à celui de 2005, tandis que ses émissions de CO2 augmenteraient de 102% par rapport à la référence de 2005 ! Lorsque nos médias crient victoire à l’annonce de cette décision chinoise "historique", il convient donc de relativiser. Or il est assez probable que les pays développés accepteront cette proposition chinoise, et se montreront conciliants dans l’octroi d’aides financières et technologique aux pays en développement, en fait essentiellement à la bande des cinq (Chine, Inde, Brésil, Afrique du Sud, Mexique).

Supposons maintenant que toutes les bonnes résolutions manifestées ci-dessus se confirment au cours des négociations dont Copenhague ne sera que le commencement, c’est-à-dire avec un Waxman Markey Bill voté par le Sénat et la Chambre des représentants dans les mêmes termes, des pays qui respectent scrupuleusement leurs engagements, nous aurions en 2020 la situation suivante, par rapport à 2005 (indice 100) :

2005

2020

Pays développés

56,5

45,7

Pays en développement

43,5

83,1

TOTAL

100

129,8

Les émissions de CO2 auraient donc cru de +30% par rapport à la référence de 2005 (et beaucoup plus par rapport à celle de 1990 !), et les pays en développement totaliseraient 65 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre, contre 35% aux pays développés. Il est assez probable d’ailleurs que cette évolution sera due en partie grâce aux délocalisations d’industries gourmandes en énergie des pays développés (les appellera-t-on encore ainsi ?) vers les pays en développement ! Ainsi pourraient se produire, tout naturellement, nos transferts de technologie.

Pays développés : et maintenant, passez à la caisse !

Si la Chine et ses alliés condescendent à faire un effet d’annonce avec leurs modérations d’intensité carbonique, ce n’est bien sur que pour obtenir des pays développés qu’ils ouvrent largement leur tiroir caisse. J’ai déjà évoqué (voir : "Tout savoir sur la taxe carbone et les véritables enjeux de Copenhague" ) l’exigence manifestée par la Chine de voir les pays développés consacrer 1% de leurs PIB à l’aide aux pays en développement pour leurs investissements verts. La position chinoise s’appuie sur les conclusions du rapport Stern, qui considère que cette contribution est nécessaire et suffisante pour éviter à la planète une catastrophe climatique, et c’est un pays développé, en l’occurrence le Royaume Uni , qui a commandé ce rapport et lui a donné une diffusion planétaire. La Chine et ses coalisés arguent également de la "responsabilité partagée, mais différenciée", reconnue et signée à Rio de Janeiro en 1992 par tous les pays développés, qui entérinent par là leur responsabilité dans l’accumulation de CO2 atmosphérique. Qui crée un dommage à autrui doit le réparer, n’est-ce pas ? Enfin, la Chine considère que le communiqué de Poznań qui fait état d’une fourchette de 0,5% à 1% des PIB des pays développés à consacrer à l’aide environnementale aux pays en développement constitue un engagement ferme des pays développés, en vertu, justement, de cette responsabilité différenciée.

Pour financer le développement vert des pays du Sud, la Commission européenne veut que l’ensemble des pays développés réunisse cent milliards d’euros par an. Cela représente quand même 92 euros par habitant et par an, nourrissons compris, et bien entendu nettement plus pour les riches habitants pays d’Europe occidentale, les USA, la Canada, le Japon. Que les contribuables ne s’angoissent pas trop quand même. Une bonne partie de cet argent serait prélevée sur des fonds jusqu’ici alloués à l’aide au développement : alphabétisation, santé, ressources en eau (The Guardian , Le Monde ), ce que les ONG environnementales dénoncent vivement Ce n’est pas la première fois que la lutte contre le CO2 pille les caisses destinées à des programmes humanitaires essentiels et urgents : l’ONU est coutumière du fait !

L’Union Européenne devrait, en toute logique, fournir environ 40 % des cent millions annuels, du fait de sa population et de son PIB. Mais, crise économique oblige, les membres contributeurs se font pingres quant à leur part respective, et il semble bien, -sauf accord confidentiel intervenu à la dernière minute -, qu’elle se rende à Copenhague sans avoir réglé ce problème essentiel. Les difficultés proviennent notamment des pays anciens membres du Pacte de Varsovie, dont les revenus sont considérablement moins élevés que ceux de la partie occidentale du continent. Il est scandaleux, clament les Polonais, d’extorquer de l’argent aux pays pauvres d’Europe pour le donner aux pays pauvres des autres continents.

Et que donnerait la France ? Enfin, les contribuables français ? Cela se discutait à l’Assemblée Nationale, le 2 décembre dernier, lorsqu’un commando de trublions arborant les couleurs de Greenpeace envahit l’hémicycle pour vociférer, au nom de son organisation et de dix autres ONG,que la France devait donner 4,2 milliards d’euros annuels ! 135 euros par foyer fiscal : la taxe carbone qui s’évapore vers le Sud ! Les médias dominants n’annoncent jamais ce genre de chiffrage. Il faut bien, pourtant, que les citoyens le sachent.

Qui gérera l’aide financière aux pays en développement ?

Ce que l’ONU prévoit, et que le Groupe "ad Hoc" constitué pour préparer les textes à négocier à Copenhague propose, c’est que les Etats financeurs versent leurs contributions à une caisse commune gérée par l’ensemble des parties au futur traité (Il y a actuellement 187 membres à la CCNUCC). La CCNUCC étant gérée par les fonctionnaires de l’ONU, cette organisation aurait donc un rôle important à jouer dans l’attribution de ces fonds aux différents projets à financer.

Nous aurions donc 38 pays donateurs, pour environ 149 bénéficiaires potentiels, chacun de ces 187 pays disposant d’une voix. Les pays en développement feront la loi, et parmi eux, nombre de pays pauvres et très pauvres qui, depuis la création du Programme des Nations Unies pour l’Environnement par Maurice Strong, en 1972, se soumettent volontiers à l’influence bienveillante de l’ONU.

C’est cette disposition qui a provoqué l’intervention spectaculaire et grandiloquente de Lord Monckton of Benchley, il y a quelques jours (voir la video sur Youtube ). Pour l’ancien conseiller énergie de Margaret Thatcher, ce n’est ni plus ni moins que l’intronisation d’un gouvernement mondial confié à l’ONU qu’a préparé le groupe ad Hoc. Le dernier rapport connu de ce groupe contient 26 occurrences du terme "gouvernance mondiale", et son article 35 traite de cette caisse commune.

Si la création d’un fond géré par une organisation multinationale ne suffit pas à faire de cette organisation un gouvernement, il ne faut pas cependant rejeter l’avertissement du Lord. Rappelons que Margaret Thatcher a toujours lutté contre les abandons de souveraineté exigés par la Communauté européenne, et que c’est cette position qui causa son départ et son remplacement par un John Major plus conciliant. Monckton est nourri de l’esprit de Margaret Thatcher, et a sans cesse protesté contre les accroissements successifs des pouvoirs de l’Union européenne. Sur ce plan, comme sur celui du changement climatique, son message rejoint celui du Président de la République Tchèque, Vaclav Klaus, qui voit dans la manière dont se construit l’Europe d’aujourd’hui une évolution vers un système autoritaire pouvant déboucher un jour sur une dictature. Et Vaclav Klaus, comme Monckton, voit dans la géopolitique du changement climatique un des moyens utilisés par l’ONU et certains mondialistes pour évoluer vers un gouvernement mondial qui ne serait pas démocratique.

Copenhague ne va pas nous faire basculer d’un seul coup dans une dictature mondiale ! Mais l’ONU, et certaines organisations en font une étape d’une stratégie initiée au Sommet de Rio de 1992. C’est là bas que Maurice Strong, secrétaire général du Sommet, a fait voter l’Agenda 21, qui est un programme mondial de mesures environnementales à prendre dans chacun des pays, dans chaque région, et dans chaque ville de ces pays (voir : "Développement durable : rappel sur l’histoire d’un concept dévoyé"). On parle souvent de conspiration, ou de complot, préparant l’avènement d’un gouvernement mondial. Mais ces termes sont abusifs. Les tenants d’un tel gouvernement exposent publiquement leur point de vue, dans des publications qui, certes, ne touchent guère le grand public, mais qu’on peut se procurer facilement.

En fin de XXème siècle et au début du XXIème siècle, Kofi Annan et Maurice Strong ont voulu imposer une réforme de l’ONU qui aurait donné à l’organisation des pouvoirs supranationaux en matière d’environnement, de justice, de police et de pacification, de lui permettre de collecter directement des fonds par des taxes (une taxe carbone multinationale, la taxe Tobin, etc.), d’entretenir une armée et une police. Les deux hommes ont été sèchement désavoués par le Conseil de Sécurité, qui n’a conservé de leurs propositions que la création du Tribunal International de La Haye. Richard N Haas, Président du Council on Foreign Affairs (une organisation politique privée des USA), plaide en 2006 pour que l’on confie à l’ONU la responsabilité géopolitique de la lutte contre le réchauffement climatique, contre la prolifération nucléaire, le Terrorisme, les trafics de drogue internationaux (lire son article : "State Sovereignty must be altered in globalized era" ).Le champion du mouvement pour la gouvernance mondiale a été Mikhaïl Gorbatchev, après qu’il ait perdu le pouvoir en Union soviétique. Il a fondé la Croix Verte internationale, la Fondation Gorbatchev, et, avec Ted Turner, Maurice Strong et d’autres personnalités internationales, il a fondé la Commission of Global Neighborhood, dont la vie éphémère a donné naissance à un ouvrage intitulé "Our global Neighborhood", un projet de gouvernement mondial sous l’égide de l’ONU (ISBN 0-19-827998-1 ; publication Oxford University Press, 1995). Une autre approche est la "Théorie de l’Empire Global" professée par Bzigniew Brzezinski, qui prévoit l’extension du pouvoir des Etats Unis, alliés à l’Europe et au Japon, pour évoluer progressivement vers un gouvernement mondial (Le Grand Echiquier, ISBN 978-2-01-278944-9). La construction européenne constitue pour ces idéologues un véritable laboratoire, et le modèle à suivre pour confédérer les grandes régions du monde (ALENA, Afrique subsaharienne, pays d’Islam…) qui seraient chapeautées par une instance gouvernante globale.

C’est ce processus que Lord Monckton veut tenter de stopper. Je décris, dans mon livre "la Servitude Climatique" , comment le changement climatique est utilisé comme fer de lance dans ce projet globalisateur :

"La gestion de l’affaire climatique doit faire réfléchir aux risques que les nations prendraient en se dessaisissant de pouvoirs essentiels au bénéfice de l’ONU. En confiant à l’ONU le monopole de l’expertise en matière de climat, les sept nations maîtresses lui ont accordé un pouvoir exorbitant par rapport au mandat que lui confiait la Charte des Nations Unies de 1945. Imaginons qu’à la mission d’expertise s’ajoute un pouvoir réglementaire et exécutif, sans que les citoyens n’aient de pouvoir de contrôle sur les prises de décision qui concernent leur vie quotidienne…".

("La Servitude Climatique", JM Bélouve, pages 338-339)

Là, probablement, réside l’enjeu capital de Copenhague…

Article publié le 7 décembre sur Institut Turgot et Institut Hayek.

Libellés

Politique (381) social (341) actualité (279) corporation (265) loi (227) Corruption (208) geopolitique (201) Documentaire (155) documentary (143) Propaganda (129) Etats (128) Guerre (126) France (124) Internet (98) Reflexion (95) Pollution (94) crise (94) USA (93) Economie (89) Europe (85) Nouvelles Technologies (82) Santé (75) Arté (59) Argent (57) Etats-Unis (53) environnement (53) reportage (53) administration US (52) Nucléaire (51) Armement (48) Surveillance (46) Nucleaire (45) Chine (44) Armées (43) Mort (42) histoire (42) Japon (40) Japan (36) Police (34) le dessous des cartes (34) rapport (33) Banque (30) Petrole (30) censure (30) Energie (29) Agriculture (27) Eau (27) Afrique (25) Conflits (24) Fukushima (24) LOBBYS (24) Russie (22) gouvernements (22) Medias (21) Sécurité (21) Frontières (20) International (20) Agro Alimentaire (19) Catastrophe (19) Revolution (19) Armes (18) Pauvreté (18) Repression (18) geographie (18) China (17) OTAN (17) Libye (16) cybersécurité (16) gouvernance (16) Army (15) Carte (15) cyberspace (15) ARTE Reportage (14) Allemagne (14) Facebook (14) Inde (14) Moyen Orient (14) Cyber-activisme (13) FMI (13) Google (13) Royaume-Uni (13) cyberespionnage (13) sciences (13) Mali (12) Manipulations (12) commerce (12) enfant (12) philosophie (12) Israël (11) Violence (11) Web 2.0 (11) capitalisme (11) Afghanistan (10) CIA (10) Immigration (10) Journaliste (10) Livres (10) Syrie (10) finance (10) religion (10) traité (10) Bresil (9) Dictature (9) Drones (9) Pakistan (9) Radioactif (9) US (9) Vietnam (9) business (9) desinformation (9) election (9) militaires (9) secret (9) travail (9) 2011 (8) Climat (8) Droit de l'Homme (8) Démocratie (8) Gaz (8) Informations (8) Irak (8) Mexique (8) Reflextion (8) Somalie (8) conspiration (8) exploitation (8) mondialisation (8) terrorisme (8) Bolivie (7) Canada (7) Democratie (7) Discrimination (7) Filtrage (7) Presse (7) controle (7) crimes (7) manifestations (7) multinationales (7) trafic (7) 2012 (6) ACTA (6) Areva (6) Asie (6) Crise sociale (6) Droit (6) Gaza (6) Grande Bretagne (6) Haïti (6) Italie (6) Madagascar (6) Netizen Report (6) Nigeria (6) O.N.U (6) Oligarchie (6) RDC (6) Société (6) UE (6) changement climatique (6) danger (6) justice (6) mines (6) ocean (6) pirates (6) projet (6) Africa (5) Algerie (5) Arabie Saoudite (5) Bahreïn (5) Brésil (5) Chimique (5) Chomsky (5) Colonisation (5) Congo (5) Crise politique (5) Debat (5) Egypte (5) Indigènes (5) Inégalités (5) Liberté (5) Loppsi (5) NSA (5) ONG (5) Palestine (5) Pharmaceutique (5) Tunisie (5) Union Européene (5) Veolia (5) agrocarburants (5) big brother (5) contamination (5) ecologie (5) emploi (5) esclavage (5) hadopi (5) informatique (5) interview (5) menace (5) prison (5) AIEA (4) Accident (4) Agent (4) Bombes (4) Chili (4) Colombie (4) Contaminés (4) Grèce (4) Honduras (4) Iran (4) Microsoft (4) Migration (4) OMC (4) Occident (4) Perou (4) Racisme (4) Tchernobyl (4) Venezuela (4) Webdocumentaire (4) Wikileaks (4) brevet (4) dette (4) fichage (4) frontex (4) industrie (4) maladie (4) nanotechnologies (4) plastic (4) plastique (4) privatisation (4) privée (4) public (4) réfugiés (4) 2013 (3) Apple (3) Australie (3) Azerbaïdjan (3) Bangkok (3) Banque mondiale (3) Banques (3) Bosnie (3) Corée (3) Dechets (3) Espagne (3) Faim (3) Islande (3) Kazakhstan (3) Kenya (3) Liban (3) Maroc (3) Monde (3) NATO (3) Nature (3) Niger (3) OGM (3) OMS (3) Politics (3) Proche-Orient (3) Riz (3) Roms (3) Sahel (3) Sarkozy (3) Totalitaire (3) Turquie (3) Twitter (3) Ukraine (3) Uranium (3) Urbanisation (3) accords (3) art (3) cancers (3) charbon (3) culture (3) cyber-censure (3) drogue (3) ethnie (3) extreme droite (3) futur (3) gouvernement (3) minerais (3) piraterie (3) ressources (3) réseau (3) sondage (3) stratégie (3) télévision (3) écologie (3) 2014 (2) 2030 (2) Abus (2) Affaire (2) Africom (2) Afrique du Sud (2) Agent Orange (2) Amerique du Sud (2) Arabes (2) Argentine (2) Arménie (2) Articque (2) Atlas (2) Attentat (2) Australia (2) Balkans (2) Bangladesh (2) Belgique (2) Bio Carburants (2) Bioethique (2) Birmanie (2) Biélorussie (2) CRIIRAD (2) Cambodge (2) Cancer (2) Caucase (2) Centrafrique (2) Cloud (2) Coltan (2) Correa (2) Corée du nord (2) Coup d’Etat (2) Crise financière (2) Côte d'Ivoire (2) DARPA (2) Defense (2) Drone (2) Défense (2) EDF (2) EFSA (2) Emirats (2) Equateur (2) Espace (2) G8 (2) Gaz de Schiste (2) Gazoduc (2) Genocide (2) Germany (2) Ghana (2) Goldman Sachs (2) Guatemala (2) Géorgie (2) IKEA (2) India (2) Indiens (2) Irlande (2) Kirghizistan (2) Kosovo (2) Les infos dont on parle peu (2) Liberté d'expression (2) Mafia (2) Maghreb (2) Mosanto (2) Médias (2) Nation (2) Nouvel Ordre Mondial (2) Obama (2) Oppression (2) Paragay (2) Parlement (2) Patriot Act (2) Petropolis (2) Quatar (2) RFID (2) Retraites (2) Royaume Uni (2) Rwanda (2) Révolte (2) Sahara (2) Science (2) Serbie (2) Sexe (2) Space (2) Swift (2) Taiwan (2) Taïwan (2) Tepco (2) Thailande (2) U.R.S.S (2) Video (2) Viol (2) WTO (2) Yemen (2) aide alimentaire (2) aluminium (2) animaux (2) bilan (2) biotechnologie (2) chimie (2) civil (2) coup d’État (2) debt (2) dessous des cartes (2) developpement (2) diaspora (2) diplomatie (2) débat (2) délation (2) education (2) ex-Yougoslavie (2) famine (2) fonds d'investissement (2) graphisme (2) hack (2) humain (2) loi Internet et Création loi Hadopi (2) medecine (2) metal (2) misère (2) mondial (2) mur (2) news (2) paradis fiscaux (2) pesticides (2) piratage (2) poison (2) populisme (2) previsions (2) prostitution (2) président (2) sensure (2) telephonie (2) terre rare (2) territoire (2) textile (2) transport (2) villes (2) war (2) 11/9 (1) 1918 (1) 1945 (1) 2 (1) 2009 (1) 2010 (1) 23andMe (1) 9/11 (1) A TelecomTV Campaign (1) AFP (1) ALENA (1) APT (1) ASN (1) Abidjan (1) Agences de notation (1) Alimentarius (1) Almentaire (1) Amazonie (1) Amérindiens (1) Angola (1) Anonymous (1) ArmeFrance (1) Asile (1) Autodialogue à propos de New Babylon (1) Awards (1) B.R.I.C (1) BASM Conférence de Dublin Le texte du futur Traité adopté (1) BCE (1) Babylon District (1) Bayer (1) Berlin 1885 la ruée sur l'Afrique (1) Berlusconi (1) Bhoutan (1) Bilderberg 2008 (1) Bill Gates Rockefeller Svalbard (1) Black Hat (1) Blackwater (1) Botnet (1) Brazil (1) Burkina Faso (1) CEA (1) CETA (1) CFR (1) CNT (1) COMMENT) SUPREMATIE DE L'INFORMATION (1) CONSPIRATION - LE BRESIL DE LULA (1) CONTROLE TOTAL (1) CPI (1) CRU (1) CUG (1) Cachemire (1) Camera City (1) Child miners (1) Chypre (1) Cisjordanie (1) Citoyenneté (1) City (1) Clearstream (1) Club de Paris (1) Cnil (1) Codex (1) Collapse (1) Colombia (1) Combattre les mines et les BASM (1) Commission (1) Contrôle maximum sur tout le spectre électromagnétique (1) Corruption des syndicats l’enquête qui dérange (1) Costa Rica (1) Criminalité (1) Crise à la Banque mondiale et au FMI (1) Cuba (1) Côte d’Ivoire (1) C’est quoi une bonne nouvelle (1) Dadaab (1) Darfour (1) Davos (1) De l’explosion urbaine au bidonville global (1) Destabilisation (1) Documentaire : No es un Joc ( Ce n'est pas un Jeu ) (1) Doha (1) Dubaï (1) Déchets (1) EADS (1) ELENA (1) Ecole (1) Ecoterrorisme (1) Ecuador - The Rumble in the Jungle (1) Eglise (1) Embargo (1) End (1) Enquête en forêt tropicale (1) Erreurs statistiques de la Banque mondiale en Chine : 200 millions de pauvres en plus (1) Eurosatory (1) Exposé sur le nouveau mode actuel de répression politique en France (1) F.M.I Finances Mondiale Immorale (1) FAO (1) FARC (1) FEMA (1) FSC (1) Finlande (1) Foret (1) Forum social mondial FSM Belém (1) Foxconn (1) Franc Maçon (1) France-Afrique (1) Fujitsu (1) G20 (1) Gabon (1) Game (1) Gasland (1) Gazprom (1) Golfe Du Mexique (1) Google Cisco HP Ericsson et Verizon (1) Greenpeace (1) Gréce (1) Guantánamo (1) Guaraní (1) Guerre d’Algérie 1954-1962 (1) Guinée (1) Génocide (1) Génome (1) Géographies des alimentations (1) Géoingénierie (1) H1N1 (1) H2Oil (1) HAARP (1) HP (1) Hackers ni dieu ni maître (1) High-Tech (1) Hiroshima (1) Hollande (1) Hotel Sahara (1) I Am The Media (1) IBM (1) IMF (1) INTERNET (QUI (1) IPRED (1) Iceland (1) Icesave (1) Imiter (1) Indonesia (1) Indonesie (1) Insertion (1) Island (1) Italia (1) J.O (1) Jean Ziegler (1) Jesus Camp (1) KYSEA (1) Karachi (1) Kurdistan (1) L'Or bleu (1) LE HOLD-UP DU SIÈCLE (1) La Commission européenne lance un programme de propagande radio (1) La Démocratie en France 2008 (1) La Fin du Pétrole (1) La Paz (1) La Stratégie du choc (1) La Trahison des médias le dessous des cartes (1) La fin de la propriété de soi (1) La guerre de l'information utilise des opérations psychologiques agressives (1) La guerre invisible (1) La guerre pétrolière oubliée du Soudan (1) La menace iranienne (1) La quatrième révolution (1) Lakmi et Boomy (1) Laos (1) Le Secret des Sept Soeurs (1) Le club des incorruptibles (1) Le grand Monopoly du gaz (1) Le grand marché des cobayes humains (1) Le nuage (1) Le temps des mensonges (1) Le ventre de Tokyo (1) Les Armées Privées dans la Cible (1) Les Occidentaux dénient que la Géorgie a procédé à un génocide (1) Les enfants des rues de Mumbai (1) Les insurgés de la terre (1) Les nouveaux chiens de gardes (1) Les secrets de la forteresse Europe (1) Leviev (1) Littérature (1) Livre (1) Londres (1) MSF (1) Malaisie (1) Malediction (1) Manille (1) Mauritanie (1) Mayotte (1) Medcament (1) Mexico (1) Minorité nationale (1) Mogadiscio (1) Money (1) Mongolie (1) Monsanto (1) Moving forward (1) Mozambique (1) Mururoa (1) Music (1) Musique (1) Médias citoyens (1) NED (1) Nazis (1) Nazisme (1) Neo Conservateurs (1) Nepal (1) Nes (1) Nestlé (1) Nicaragua (1) Nigéria (1) Noam (1) Norvège (1) Notre poison quotidien (1) Nouvelle Zelande (1) Nuage Mortel (1) O.G.M ?? Vous avez dit O.G.M : Organisation Générale du Mensonge (1) O.M.S (1) OFCE (1) Oil (1) Oman (1) Orange (1) Ormuz (1) Ouganda (1) Ouïgours (1) P2 (1) PIPA (1) PRISM (1) Pacifique (1) Papouasie (1) Paraguay (1) Pays Bas (1) Paysans (1) Pentagone (1) Pentagone: Nous devons combattre le Net (1) Perhttp://www.blogger.com/img/blank.gifte (1) Perte (1) Philippines (1) Phtographe (1) Planète à vendre (1) Pologne (1) Polynésie (1) Portugal (1) President (1) Prison Valley (1) Prix agricoles les véritables raisons de l’inflation (1) Prévisions (1) Prêt à jeter (1) Publicité (1) Pêche (1) QUOI (1) Quelle devrait être la politique européenne de l'immigration (1) RATP (1) Rapport Angelides (1) Reflection sur : Le monde de l'image (1) Regis Debray (1) Ruhnama (1) Révolution (1) SOPA (1) STIC (1) Samsung (1) Sans lutte pas de victoire possible (1) Savoir (1) Schiste (1) Scoop (1) Senegal (1) Shanghaï (1) Singapour (1) Skype (1) Sociologie (1) Soudan (1) Sri Lanka Tsunami tourisme banque mondiale (1) Station (1) Stratfor (1) Suisse (1) Sénégal (1) TAFTA (1) TPP (1) TSCG (1) TTIP (1) Tchad (1) The Shock Doctrine (1) Tibet (1) Tienanmen (1) Tokyo Freeters (1) Total (1) Touaregs (1) Turkménistan (1) U.A (1) U.S.A (1) UMP (1) Une livraison de Nouvelles questions féministes (1) Union Africaine (1) Union Européenne (1) United Kingdom (1) Vaccin (1) Vatican (1) Vie Privée (1) Viellesse (1) Viêtnam (1) VoIP (1) Voies de navigations (1) Volcan (1) Vu du ciel (1) Wackenhut (1) Water makes money (1) Windows (1) Yahoo (1) Yakutsk (1) Yaoundé by night (1) Zambie (1) Zeitgeist (1) accord (1) activisme (1) alex (1) anonymat (1) archives (1) article (1) assassinat (1) avocat (1) bactériologique (1) barrage (1) bauxite (1) bildenberg (1) biomimétisme (1) biotech (1) blocus (1) bourse (1) boycott (1) caméra (1) centrale (1) change (1) citizen berlusconi (1) coke (1) congrès (1) contamine (1) crime (1) c’est innover (1) dead (1) discours (1) domination (1) droits de l'homme (1) déchets toxiques (1) démographie (1) département (1) désinformation (1) d’Amnesty (1) e (1) electronique (1) enseignement (1) entreprises (1) estonie (1) etude (1) européen (1) eurosur (1) experience (1) explosifs (1) falsifiabilité et modèle standard de l'évolution stellaire (1) fanatism (1) femmes (1) fiscal (1) fête (1) grève (1) hackers (1) harmaceutique (1) hydrates de méthane (1) iPhone (1) information (1) ingérance (1) inondations (1) irradiés (1) jeu (1) jeux video (1) jones (1) journalisme (1) jugement (1) l'Oreal (1) la tyrannie du cool (1) lithium (1) main basse sur le riz (1) mandat (1) mer (1) methane (1) meu (1) monarchie (1) monnaie (1) obsolescence (1) opinion (1) or (1) parti de droite (1) patriotisme (1) protection des viols de brevets Google Cisco HP Ericsson Verizon (1) psychologie (1) rafale (1) rebellion (1) recherche (1) ressources naturelles (1) réunions secrètes UE OGM (1) sables bitumineux (1) salaires (1) saumon (1) sous-marin (1) speculation (1) structure (1) sureté (1) taxe (1) tourisme (1) toxique (1) transgenic (1) tribunal (1) victimes (1) vidéo (1) virus (1) vote (1) vêtements (1) ÉVASION FISCALE (1) Élections (1) États-Unis (affaires extérieures) (1) Étienne Chouard (1)