18 février 2012

Conflits d’intérêts à l’Autorité Européenne de Sécurité Alimentaire

Par Ceri (son site) 
jeudi 16 février 2012
pour  http://www.agoravox.fr


Le Corporate Europe Observatory a publié récemment (avec Earth open Source) un rapport sur les conflits d’intérêts qui règnent depuis des années au sein de l’EFSA (Autorité Européenne de Sécurité Alimentaire). Où l’on comprend mieux pourquoi nos aliments sont gorgés de pesticides, et pourquoi l’EFSA considère -par exemple- que les OGM ne sont pas dangereux.
La mission de l’EFSA, fondée en 2002, est donc d’informer les politiques pour qu’ils prennent des décisions intelligentes, mais aussi d’informer le public et les autorités sur les « risques associés à la chaîne alimentaire humaine et animale ». En principe, elle doit être indépendante et transparente.

Le problème de l’évaluation

 

Pour vendre des produits alimentaires en Europe, les entreprises doivent demander une autorisation à l’EFSA, qui évalue les risques et donne ou pas son accord.
Les dossiers soumis à l’EFSA tiennent souvent en des milliers de pages et sont protégées par le secret commercial invoqué par les multinationales de l’alimentaire. Des études indépendantes et/ou critiques sont donc impossibles à réaliser. Et bien sûr, les études menées par l’industrie concluent toujours qu’il n’y a pas de risques, quitte à biaiser les résultats comme on a pu le voir avec l’amiante, le tabac, les téléphones portables, les OGM[1], les pesticides, l’aspartame ou encore le bisphénol A (BPA) contenu dans de nombreux emballages.
L’EFSA n’a pas les moyens de commander des études contradictoires, et de fait c’est au consommateur de prouver les risques. Car même quand des études indépendantes existent, l’EFSA n’en tient pas compte (ou ne sait même pas qu’elles existent) et continue à se baser seulement sur les études industrielles. Et encore, ces études indépendantes sont menées après la commercialisation, puisque avant les chercheurs n’ont accès à aucune donnée sur les produits.
Il semblerait également que l’EFSA soit fortement influencée par les industriels lorsqu’elle évalue les risques, comme c’est le cas pour les OGM.
C’est ainsi que l’EFSA continue à envisager les choses sous l’angle de la DJA, la dose journalière admissible pour chaque produit. Or, il est démontré que la DJA ne correspond à rien et n’est certainement pas une mesure scientifique. L’EFSA tient compte de la dose maximale avec laquelle « on » ne constate pas d’effet, mais les études indépendantes estiment que cette dose est surévaluée, et que des problèmes peuvent survenir à des doses moindres que celles fixées par l’EFSA et le codex alimentarius. Finalement, encore une fois, l’EFSA se base sur les délires des industriels.
Les pesticides, l’aspartame, le bisphénol A, les OGM etc. sont évalués selon le critère de la DJA. Le cas du glyphosate est révélateur : cette substance est l’ingrédient principal du pesticide Roundup de Monsanto, et a été mis sur le marché en 2002 malgré des centaines d’études indépendantes qui en pointaient les risques. Si de son côté, Monsanto a voulu faire multiplier par 150 la DJA de glyphosate Transparency-under-the-carpetque les consommateurs ingéreront quotidiennement, l’EFSA, elle, regarde ailleurs et dit OK. Ainsi, on aura droit, par exemple, à 10mg de glyphosate par kilo de lentilles.
En janvier 2012, suite à la demande de Monsanto, l’EFSA a donc permis l’augmentation de 100 à 150 fois de la quantité de glyphosate contenue dans les lentilles, malgré que ce seuil soit six fois supérieur à celui auquel les humains n’ont aucun problème.
Mais, c’est du l’air du temps, semble-t-il, puisque l’UE a décidé de relever de 200 fois la limite maximale de glyphosate dans le soja. Rappelons que le soja transgénique est censé résister aux pesticides comme le Roundup. On est donc passé de 0,1 milligramme par kilo à 20 mg par kilo
Selon le CEO, l’EFSA, qui suit à la lettre les recommandations de l’industrie, estime que la DJA maximale pour le glyphosate est de 0,3 mg par kilo de poids corporel. Ensuite, elle divise ce seuil par deux et considère qu’on est en sécurité. Pas de chance, un rapport rédigé par des scientifiques internationaux montre que la DJA devrait être au moins 12 fois inférieure, soit 0,025 mg par kilo de masse corporelle et par jour.
Les études menées par l’industrie ont en effet cette particularité de ne porter que sur des périodes de tests très courtes, qui ne permettent pas de voir les conséquences à moyen et long terme.
Dans le cas du glyphosate, autorisé avant la mise en place de l’EFSA par un groupe de protection des consommateurs allemands et des experts de la commission, lesdits experts se sont uniquement basés sur les études de l’industrie.
Pour le bisphénol A (BPA), utilisé dans la fabrication de plastiques rigides et de certains revêtements (type cannettes, plombages dentaires…), et qui est connu pour impliquer des perturbations du système endocrinien (avec risques de cancers, malformations congénitales, maladies cardiaques, troubles de la thyroïde ou du système nerveux même à très faibles doses), l’EFSA n’a rien remarqué de suspect. L’EFSA n’a tenu compte d’aucune des centaines d’études indépendantes montrant qu’il y avait de gros risques pour la santé. Non, l’EFSA a seulement retenu deux études industrielles qui concluaient qu’il n’y avait aucun risque.
Selon le Réseau Environnement Santé, 96% des 193 études portant sur le BPA ont conclu à des effets inquiétants sur la santé. Et dans 31 études, les effets ont été observés à des doses inférieures à la DJA admise. André Cicolella, porte-parole du Réseau Environnement Santé et toxicologue à l'INERIS (l'Institut National de l’Environnement Industriel et des Risques), explique : « La DJA actuelle soutenue par l'EFSA est de 50 microgrammes / kg / jour. Mais une étude chez la souris a montré des modifications précancéreuses dans les glandes mammaires à seulement 0,025 microgrammes / kg / jour118. C'est 2000 fois inférieur à la DJA actuelle. (…) Donc, en prenant en compte la marge de sécurité courante, Cicolella estime : « La DJA ne devrait pas dépasser 25 picogrammes / kg / jour – ce qui est 2 millions de fois inférieure à la DJA actuelle. Ceci justifie clairement une interdiction ». »
Sur 69 études concernant le BPA chez l’homme, 67 ont détecté des effets négatifs.
Comme par hasard, plusieurs membres du groupe d’experts sur les additifs alimentaires, qui ont rendu des avis positifs sur ce produit, sont liés avec l’industrie et/ou avec l’ILSI.
Puis en septembre 2011 l’Autorité Française de Sécurité Sanitaire des Aliments (ANSES), publie deux rapports sur le BPA, qui concluent aux effets nocifs prouvés chez l’animal et suspectés chez l’homme même à des niveaux inférieurs aux DJA admises par l’EFSA. Finalement, le BPA sera interdit dans les contenants alimentaires dès 2014. Car les rapports concluent qu’il ne faut pas exposer les nourrissons, les jeunes enfants et les femmes enceintes au BPA. Evidemment, l’EFSA a répondu que c’était faux et qu’il n’y a aucun risque. C’est le groupe chargé des emballages alimentaires qui a répondu, et comme d’habitude des experts étaient très liés à l’ILSI, comme Roland Franz[2] ou Laurence Château[3].
Dans le cas de l’aspartame, un édulcorant artificiel des plus courants (présent dans 6.000 produits alimentaires et 500 médicaments), l’EFSA a fixé la DJA en sa basant sur quatre études industrielles datant des années 70. L’EFSA a même précisé en 2011 au parlement européen qu’elle ‘n’avait jamais eu les fameuses études sous les yeux !
Depuis, plusieurs études menées à grande échelle sur des rats et des souris ont montré que l’aspartame cause le cancer, mais l’EFSA est restée sur sa position des années 70 : elle écrivait encore début 2012 que « À la suite d’évaluations approfondies de sa sécurité, l’aspartame a été considéré sûr pour la consommation humaine et est autorisé depuis de nombreuses années dans de nombreux pays » et que le groupe d’experts chargé des additifs alimentaires a « conclu qu’il n’y avait pas de motif de réviser la DJA précédemment établie pour l’aspartame de 40 mg/kg pc/jour  ».
Elle a réitéré ces propos en 2009 : après une nouvelle étude indépendante à charge contre l’aspartame : « il n'y avait aucune indication que l’aspartame présente un risque en matière de génotoxicité ou de carcinogénicité et, par conséquent, aucune raison de réviser la dose journalière acceptable (DJA) précédemment établie pour l'aspartame, à savoir 40 mg/kg pc/jour ».
En 2006 et 2007, le Dr Morando Soffritti a publié les résultats de son étude sur les rats, dans laquelle il a observé les effets de l’aspartame sur toute la durée de vie des rats et pas seulement sur les deux premiers tiers de leur vie comme le recommande l’OCDE. Et il conclut qu’il est urgent de réévaluer les règles sur la consommation de ce produit. Bien sûr, l’EFSA a rejeté cette étude car elle n’est pas conforme aux normes OCDE ni aux normes des labos industriels.
 Soffritti a ensuite testé l’aspartame sur des souris, depuis le stade fœtal jusqu’à la mort, et a observé que le risque de cancer augmentait quand l’exposition à l’aspartame avait commencé lors de la gestation. Cette étude a également été rejetée par l’EFSA, pour les mêmes raisons, et aussi parce que les cancers ont pu apparaître spontanément. Pour étayer ces propos, l’EFSA cite cinq études : l’une résumant les conclusions d’un groupe de travail de l’ILSI, une autre financée par Rhône Poulenc, une autre signée par Alan Boobis, un collaborateur de l’ILSI, un article de l’ILSI et un autre financé par Dox Agro Sciences. En outre, on a appris que pour l’aspartame non plus, l’industrie n’a pas les études industrielles en sa possession.
Enfin, les règles fixées par l’EFSA en matière d’évaluation des risques sont suffisamment laxistes pour que l’industrie ait une marge de manœuvre. Le COE explique même que certaines lignes directrices de l’EFSA « ont été critiquées comme étant biaisées en faveur des intérêts de l’industrie au détriment de la santé publique  ».
Par exemple, le nouveau règlement sur les pesticides de 2009 précise que les recherches indépendantes doivent être prises en compte, mais en 2011 l’EFSA autorise les industriels à ne pas les prendre en compte.
L’EFSA a aussi indiqué aux industriels qu’ils pouvaient se baser sur un machin appelé l’échelle de Klimisch, et qui estime que les études réalisées selon les standards des labos industriels sont plus fiables que les études indépendantes. Le Pesticide Action Network a demandé à ce que l’EFSA communique les noms des experts ayant poussé à cette superbe idée, mais l’EFSA, après avoir refusé de donner les pièces deux fois de suite, a finalement envoyé une liste censurée : tous les noms étaient noircis.

Conflits d’intérêts flagrants

 

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Depuis des années, des associations citoyennes dénoncent la proximité entre les experts de l’EFSA et le lobby industriel. Friends of Europe a publié un rapport en 2004 portant sur les experts du groupe OGM de l’EFSA. Le rapport pointait les liens entre ces experts et l’industrie, même si certains avaient omis de déclarer ces liens. 11 autres études ont suivi, d’après le CEO.
Elles expliquaient pêle mêle que « Le chef du secrétariat du groupe d’experts OGM de l’EFSA devient lobbyiste pour Syngenta », que « Onze des 20 experts du groupe d’experts sur les additifs alimentaires présentent un conflit d’intérêts, selon la définition OCDE. Quatre membres du groupe d’experts n’avaient pas déclaré leur collaboration active avec ILSI Europe », que « deux des 5 experts nouvellement appointés en juillet se sont révélés en violation des règles internes de l’EFSA pour n’avoir pas déclaré leurs activités de consultants auprès de l’ILSI », que « le président du groupe d’experts NDA, Albert Flynn, présentait un conflit d’intérêts avec l’entreprise Kraft Foods », que « douze des 21 experts du groupe d’experts OGM présentaient des conflits d’intérêts, selon la définition de l’OCDE », ou évoquaient le conflit d’intérêts de la présidente de l’EFSA..
Mais rien ne se passe.
Le Corporate Europe Observatory rappelle que de nombreux membres des groupes d’experts sur les OGM, les additifs alimentaires ou les pesticides ont eu des conflits d’intérêts, par exemple en étant proches de l’International Life Sciences Institute (ILSI), le lobby industriel[4].
Un président de groupe de travail de l’ILSI, Kevin Glenn, également employé de Monsanto, a déclaré en 2006 que l’ILSI avait eu un impact déterminant sur l’EFSA, via un rapport concernant le codex alimentarius, censé fixer les normes alimentaires internationales.
Les liens sont tellement étroits entre l’ILSI et l’EFSA, que les deux organisent des conférences conjointes. Ainsi, en novembre 2005, l’EFSA et l’OMS ont organisé une conférence « avec le soutien de l’Institut International des Sciences de la Vie » au sujet de l’évaluation des risques concernant les substances qui endommagent l’ADN et causent le cancer. Des groupes de travail conjoints sont également organisés, avec des experts venus de l’ILSI et de l’EFSA.

L’EFSA est indépendante des autorités européennes, et elle fait un peu ce qu’elle veut. Seul le Parlement européen peut remettre en cause une partie du financement de l‘EFSA. Et bien sûr, on a oublié de mettre en place des règles strictes pour empêcher les conflits d’intérêts.
L’EFSA est dirigée par un conseil d‘administration qui doit en principe être nommé conjointement par les Etats membres de l’UE et le Parlement européen. En réalité, souligne le CEO, « les membres sont choisis dans une liste restreinte de candidats établie par la Commission européenne à la suite d’un appel public à manifestation d’intérêt ». En outre, quatre des 14 membres du CA doivent « avoir une expérience au sein d’organisations représentant les intérêts des consommateurs et d’autres intérêts dans la chaîne alimentaire », ce qui n’est pas le cas puisque selon l’EFSA elle-même, deux de ces quatre experts viennent de l’industrie.
Il s‘agit de Matthias Horst, qui est directeur de la fédération allemande des boissons et de l’alimentaire, et de Piet Vanthemsche, qui polyp_cartoon_GMO_Pusherdirige le syndicat flamand des agriculteurs industriels, occupe un poste de direction dans l'Agri Investment Fund, et détient des parts dans 19 entreprises liées à l'agro-industrie[5].
C’est le CA qui nomme les experts membres de la dizaine de groupe d’experts de l’EFSA. Lesdits experts ne sont pas rémunérés, juste défrayés[6].
Le CEO pointe le conflit d’intérêts de l’un des membres du conseil d’administration de l’EFSA, Diana Banati, qui a aussi siégé au conseil d’administration de l’ILSI, dont elle a démissionné suite à la polémique sur ses liens avec l’industrie. Apparemment, la dénommée Banati avait omis de mentionner ce conflit d’intérêt dans sa déclaration d’avril 2010. Mais elle l’avait précisé en 2006[7] quand elle a pris ses fonctions, ce qui n’a pas empêché l’EFSA de la recruter. Elle a démissionné à la suite du mini scandale qu’a provoqué la nouvelle de cette ambivalence.
Milan Kovac, autre membre du conseil d‘administration de l’EFSA, était également membre du conseil d‘administration de l’ILSI de 2001 à juillet 2011, ainsi que Jiri Ruprich, émanation de l’Institut Danone.
En 2008, l’EFSA a mis en place un groupe de travail qui devait permettre la mise sur le marché de substances chimiques toxiques, sans réaliser de tests toxicologiques préalables, ni même après d’ailleurs. Ledit groupe de travail était en outre infiltré par les industriels : la seule membre du groupe en question était une toxicologue de l’EFSA qui était également consultante pour l’industrie alimentaire, membre de l’ILSI.
Cette infiltration de l’industrie est très importante pour qu’on ne mette pas en place de mesures de précaution qui feraient perdre de l’argent à court terme.
On a parlé des dirigeants de l’EFSA, mais les « experts » sont aussi proches de l’industrie. En 2011, le COE publiait un rapport sur lesdits experts, et avait compté qu’onze d’entre eux étaient liés à l’industrie alimentaire. Le groupe consacré aux additifs alimentaires comptait 11 membres sur 20 ayant un conflit d’intérêts, selon la définition de l’OCDE. Quatre d’entre eux avaient oublié de mentionner leur collaboration avec l’IFSI[8], dont le président et le rapporteur du groupe.
Voici la liste de quelques uns des membres de ce groupe d’experts ayant des conflits d’intérêt (c’est un résumé, le détail est à la fin du rapport) :
 - Celle qui est aujourd’hui présidente mais était alors vice présidente de ce groupe d’experts, Ivonne Rietjens, a reçu de l’argent pour son laboratoire de la part de Nestlé depuis 2005, ainsi que de l’Organisation Internationale du Goût (IOFI) depuis 2010. Elle a aussi été membre de la discrète FEMA (Flavour Extract Manufacturers Association, dont Coca Cola et Pepsi sont des membres très actifs), et a travaillé avec l’ILSI pour redéfinir les procédures d’évaluation du risque pour la nourriture et les produits chimiques.
 - Son compatriote néerlandais, le rapporteur du groupe Gerrit Speijers, a été consultant pour Danone depuis 2007, et pour Pepsi Co International depuis 2010, et il a aussi travaillé pendant quelque temps avec l’ILSI Europe.
 - L’autrichien Jürgen Köning, qui a été consultant pour Danone depuis 2007, et son laboratoire a été financé par le lobby de l’industrie alimentaire autrichien de 2007 à 2011.
 - Paul Tobback (Belgique) a été membre du comité scientifique du lobby industriel belge depuis 2001, et a été consultant pour la chaîne de supermarchés Carrefour.
  - L’Irlandaise Iona Pratt, en plus d’avoir elle aussi travaillé avec l’ILSI, a , selon le CEO « Elle est en plus parfois rémunérée directement par des sociétés pour évaluer leurs produits, à la demande de l'Autorité Irlandaise de Sécurité des Aliments (FSAI) ». 
 - L'homme d'affaires britannique John Gilbert et le scientifique français Jean-Charles Leblanc ont tous les deux été conseillers de l'ILSI jusqu'en 2009, et J. Gilbert a travaillé pour l'ILSI pendant 15 ans.
  - La professeure de toxicologie Dominique Parent-Massin a travaillé comme consultante pour Coca-cola en 2009, ainsi que pour Ajinomoto, le plus grand fabricant d'aspartame au monde, de 2005 à 2008. En mars 2011, elle a déclaré des "liens financiers avec Ajinomoto qui ont été considérés comme un conflit d'intérêts par l'EFSA. Elle a également été consultante pour un cabinet de conseil qui ne divulgue pas le nom de ses clients, toujours selon le CEO.
Quand une partie des experts a été renouvelée en 2011, le scénario s’est répété : 2 des 5 nouveaux experts, Riccardo Crebelli et Ursula Gundert-Remy, ont encore oublié de faire référence à leurs jobs de consultants pour l’ILSI.
Ce n’est pas vraiment mieux du côté du groupe d’experts qui planche sur les OGM, puisque 12 des 21 membres sont proches de patent_cornl’industrie, essentiellement l’industrie pharmaceutique, et cinq ont ou ont eu des liens avec l’ILSI.
Par exemple (cette liste n’est pas exhaustive) :
 - le président Harry Kuiper, au sujet duquel le CEO explique qu’il a « joué un rôle actif dans l'ILSI pendant au moins une décennie. Depuis environ 2001, il a été un membre important du groupe de travail sur les biotechnologies mis en place par le Comité international des biotechnologies alimentaires de lILSI et a été impliqué avec l'ILSI jusqu'en 2010. Le groupe de travail de l'ILSI était dirigé par un employé de Monsanto et comprenait des employés de Cargill, Bayer et Syngenta. Kuiper est président du groupe d‟experts sur les OGM de l'EFSA depuis 2003.
Mais Kuiper a changé sa déclaration d'intérêt de l’EFSA pour en exclure ses connexions avec l’ILSI les plus récentes. Dans sa Déclaration de 2010 (avant que les critiques sur les liens EFSA-ILSI ne s’amplifient), il déclarait un lien d’intérêt avec l‟ILSI de 2000 à « maintenant », en tant qu’« expert indépendant » sur les aliments OGM. Mais dans sa déclaration d'intérêt de 2011, Kuiper déclare que son implication la plus récente avec l'ILSI datait de 2005 ! ».
 - Joe Perry, était un ancien vice président du groupe sur les OGM, et a été rémunéré par un sous traitant de BASF, Bayer, Monsanto et Syngenta. Jusqu’à 2006, Perry était chercheur dans le domaine des OGM pour un institut privé sponsorisé par Syngenta, Bayer, DuPont et Dow AgroSciences.
 - Jeremy Sweet, également ex vice president du groupe sur les OGM, a reçu des financements de la part de Monsanto, Bayer et BASF in 2006. Il a aussi fait des séminaires au Japon et en Corée pour l’ILSI. Depuis 1995, il est membre de British Crop Protection Association, un lobby de l’industrie des biotechnologies lié aux fabricants de graines BASF, Bayer CropScience, Dow, DuPont, Monsanto, Nufarm et Syngenta.
 - Joachim Schiemann, membre du groupe OGM, est aussi membre du Public Research and Regulation Initiative (PRRI), un groupe de pression industriel qui cherche à assouplir la législation sur la protection de l’environnement. Il a été viré de l’EFSA quelques jours après avoir publié un texte sur la résistance des marqueurs génétiques aux antibiotiques.
 - Jean-Michel Wal a reçu des financements de Nestlé, et a fait partie d’un groupe de travail de l’ILSI depuis 2002. Il a également publié des articles scientifiques conjointement avec des employés de l’industrie alimentaire et des biotechnologies, dont Nestlé et Unilever. Il était aussi membre de l’Institut Français pour la Nutrition (IFN[9]).
 - Detlef Bartsch était consultant pour Monsanto. En 202, il est apparu dans une pub pour l’industrie des biotechnologies, et a aussi rédigé un article avec des employés de Monsanto, Dupont, Syngenta, BASF avec ses collègues du groupe d’experts OGM Schiemann et Sweet.
 - Jozsef Kiss a vu son laboratoire financé par le producteur de semences OGM Pioneer Hi-Bred, dans le but tester l’impact environnemental du maïs OGM. La même boîte a aussi passé plusieurs contrats avec des membres de l’institut de Kiss de 2006 à 2009.
 - Patrick du Jardin a été un consultant rémunéré pour Monsanto en 2006. En novembre 2007, il rédige une lettre ouverte au commissaire européen à l’Environnement pour défendre l’industrie des biotechnologies. Durant les dix dernières années, il a mené des recherché sur les plantes OGM ayant des gènes résistants aux antibiotiques, similaires à ceux qu’utilisent BASF pour les pommes de terre Amflora.
 - Howard Davies est un chercheur sur les pommes de terre OGM, et son institut a été finance par Monsanto pour introduire les pommes de terre OGM au Kenya. Il a aussi eu des contrats externes avec BASF et Bayer et a fait des conférences pour l’ILSI.
Comme par hasard, tous ces experts se sont montrés favorables à l’introduction de moult produits OGM, comme les pommes de terre Amflora[10] de BASF ou divers maïs de Monsanto. A tel point qu’ils ont même plagié des textes des industriels de l’OGM. D’ailleurs ogml’histoire de ce plagiat est intéressante : le texte a été pompé en fait à Entransfood, un groupe de recherche mis en place par la commission européenne entre 2000 et 2003 (qui a coûté plus de 8 millions d’euros aux contribuables), et qui avait pour mission de faire accepter les OGM aux citoyens européens.
Quant au groupe de travail de l’EFSA sur « le seuil de préoccupation toxicologique » (TTC, une notion aussi contestée que la DJA pour les mêmes raisons), 10 de ses 13 membres sont, selon le Pesticide Action Network, en conflit d’intérêts. Ce groupe de travail créé en 2008 autorise la mise sur le marché de produits toxiques. Etrangement, il a été mis en place à la seule initiative de sa présidente, Susan Barlow (qui est aussi membre du comité scientifique de l’EFSA), qui est surtout consultante pour l’industrie chimique, et avait des clients tels que l’ILSI, Pfizer ou PepsiCo. Pour l’ILSI, elle a justement travaillé sur la question de l’autorisation des produits toxiques, avant de faire la même chose à l’EFSA.
Elle a formé son groupe avec Corrado Galli, lié à l’industrie alimentaire et cosmétique, à Giovanni Zapponi, ou encore Ursula Gundert Remy dont on a déjà parlé.
 En 2008, « sans répondre à une saisine de la Commission européenne, l'EFSA décide de rendre un avis sur la pertinence et la fiabilité d'une méthode d'évaluation de la toxicité des molécules qui se retrouvent dans la chaîne alimentaire (résidus de pesticides, d'emballages, d'additifs, etc.). Développée et promue depuis le milieu des années 1990 par les industriels réunis au sein de l'International Life Sciences Institute (ILSI), cette approche - dite du "seuil de préoccupation toxicologique" (TTC, pour Threshold of Toxicological Concern) - suscite la méfiance des ONG », nous explique le quotidien Le Monde.
Evidemment, tous les groupes d’experts sont touchés.
Du coup, c’est pareil au comité scientifique de l’EFSA, où au moins 6 membres sur 16 ont ou ont eu des liens avec l’IFSI : Susan Barlox, Harry Kuiper, Tony Hardy, Ivonne Rietjens, Iona Pratt et Joseph Schlatter.
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Pour conclure avec ce chapitre sur les conflits d’intérêts, le CEO explique la position de l’EFSA quant à tous ces rapports sur les ambiguités des experts avec l’industrie qu’ils sont censés réguler : « L'EFSA a nié avec véhémence les accusations contenues dans les rapports mentionnés. Par exemple, en réponse aux rapports de l'Observatoire Européen de l'Entreprise (CEO) sur le groupe scientifique chargé des additifs alimentaires (Groupe ANS), la directrice exécutive de l'EFSA, Catherine Geslain-Lanéelle, a déclaré qu'ils contenaient des "erreurs factuelles" et "induisaient le public en erreur au sujet de l'EFSA." 
Mais les accusations « d'erreurs factuelles » ont pu être facilement réfutées. En effet, quelques jours après la publication du premier rapport, les déclarations d'intérêts des experts du panel, à savoir John Christian Larsen, Gerrit Speijers, Jürgen König, et Iona Pratt ont été mises à jour afin d'inclure leurs collaborations avec l'ILSI. 
En réponse à la plainte de CEO sur le fait que deux nouveaux experts du panel ANS avaient à nouveau omis de déclarer des liens avec l'ILSI, l'EFSA a déclaré que « conformément à la politique de l'EFSA sur les déclarations d'intérêt, les experts … n'étaient pas tenus de déclarer ces activités car elles ne sont pas liées au domaine d'activité de leur panel scientifique. " 
Mais le document d'orientation de l'EFSA sur les déclarations d'intérêts indique clairement que les activités qui doivent être déclarées incluent « les conseils ou les services dans un domaine particulier relevant de la compétence de l'EFSA » (mis en italique par nous), et pas seulement de la compétence du panel ANS. De toute évidence le travail de ces personnes pour l'ILSI entre bien dans les attributions de l'EFSA. Donc même en se référant aux normes de l'EFSA, il devrait être déclaré, et, par rapport à toute norme objective, il devrait être interdit ».


[1] En 2002, Monsanto a demandé l’autorisation de mise sur le marché pour son maïs OGM MON863 en Allemagne, en étayant sa demande par une étude d’alimentation chez le rat. L’EFSA l’a autorisé en avril 2004, estimant qu’aucun effet indésirable n’avait été relevé. En mai 2004, Greenpeace réclame cette étude sur les rats, mais l’EFSA n’avait pas les documents. Greenpeace a donc demandé aux autorité allemandes, et bien sûr Monsanto a tenté d’empêcher qu’elles ne donnent le dossier à l’ONG. C’est une cour d’Appel allemande qui a finalement décidé la transmission de l’étude à Greenpeace, en juin 2005. En 2005, c’est l’UE qui autorise le MON863, et Monsanto publie une sorte de résumé de son étude. Après analyse de ces données, Gille Eric Seralini du CRIIGEN constate qu’elles montraient des effets toxiques, notamment au niveau du foie des rats, nourris au MON863 pendant 90 jours (seulement !).
[2] Franz a certes rédigé le rapport de l’EFSA sur le BPA, mais aussi un rapport de l’ILSI sur la consommation alimentaire et les usages des emballages. Il est aussi membre du comité scientifique de l’ILSI ‘international symposium food packaging ‘.
[3] Laurence Château a co écrit une étude de l’ILSI sur l’ « estimation de l’exposition des consommateurs aux produits chimiques qui migrent à partir de matériaux d’emballage ».
[4] L’ILSI, qui nie être un groupe de pression, a été créé en 1978. Parmi ses membres, on a Bayer, coca Cola, Danone, Kellogg’s, Kraft foods, Monsanto, Pepsi, Unilever, BASF (pesticides, graines), Cargill, Ferrero, Nestlé, Red Bull, Procter & Gamble, L’Oréal, Bio Mérieux, Brystol Myers Squibb, Exxon mobil, Eli Lilly, Merck & Co, Novartis, Sanofi Aventis… Au conseil d’administration, on retrouve le président de Coca Cola Europe, des médecins de Kraf Foods, de Sanofi Aventis, de Monsanto, de Syngenta, de Danone, de Nestlé, et quelques universitaires. A la fin des années 90 et au début des années 2000, IlSI a travaillé avec l'industrie du tabac pour faire pression sur l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) dans le but de limiter la lutte anti-tabac
[5] Il est aussi membre de la direction de la banque KBC à Bruxelles puis du KBC Group.
[6] A ce sujet, le CEO s’interroge : « Comme le dit la directrice générale Catherine Geslain-Lanéelle, les experts "ne sont pas payés pour leur travail (ils ne reçoivent que le remboursement de leurs dépenses) et partagent leur expertise en plus de leur travail quotidien, consacrant souvent des week-ends et des jours fériés à aider l'EFSA ainsi que d'autres organismes." Cela signifie que les revenus des scientifiques doivent provenir d'un autre emploi, y compris d'activités pour le secteur privé. Est-ce trop tiré par les cheveux d'assumer que l'industrie encouragerait les personnes avec lesquelles elle travaille à postuler pour un poste à l'EFSA, peut-être en leur permettant de faire le travail de l'EFSA sur leur temps rémunéré ? ». Accessoirement, certains experts indépendants ne veulent pas travailler à l’EFSA, car cela nuirait à leur réputation en raison du manque d’impartialité de l’agence.
[7] Banati avait dit qu’elle faisait partie du comité scientifique de l’ILSI.
[8] Il s’agit de John Christian Larsen, de Gerrit Speijers, de Iona Pratt, et de Jürgen König.
[9] L’IFN est un lobby où scientifiques et industriels se rencontrent pour défendre le bout de gras des industriels, justement. L’IFN a pour adhérents (c’est-à-dire des financements de) l’ANIA (le lobby des industries alimentaires : Association Nationale des Industries Alimentaires), du CEDUS (centre d’études et de documentation du sucre), du CNIEL (centre national interprofessionnel de l’économie laitière), de la FNCG (fédération nationale des industries de corps gras) etc. mais aussi des multinationales du secteur comme Coca Cola France, Danone, Kraft Foods, Kellogg’s France, Nestlé ou Unilever…

Le Cachemire, un casse-tête cartographique

Par Philippe Rekacewicz
le 9 Février 2012
pour  http://blog.mondediplo.net

L’Inde est une grande démocratie, où la liberté de la presse est garantie par l’article 19 1 (a) de la Constitution. Mais quand le magazine anglais The Economist a publié, en mai 2011, un long article d’analyse sur les relations et les rivalités indo-pakistanaises, la censure s’est abattue sur lui. Non pas à cause de l’article lui-même, mais en raison de son accompagnement cartographique — d’une facture très classique —, retraçant la géographie de ce conflit gelé depuis des décennies.
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Carte censurée par les autorités indiennes en mai 2011
Source : The Economist.
 
La carte est pourtant plutôt modérée ; elle est très bien conçue, avec un souci de précision. Chaque élément est pensé en fonction de la situation politique : les limites du Cachemire contestées sont bien en pointillé, ainsi d’ailleurs que la « ligne de contrôle », aussi appelée « ligne de cessez-le-feu ». The Economist prend particulièrement soin de n’attribuer aucune partie de territoire à personne. Le journal se borne simplement à rendre compte d’une situation factuelle (portion de territoire administrée par l’Inde ; par le Pakistan ; territoire tenu par la Chine mais revendiqué par l’Inde ; ou, plus complexe encore, territoire cédé par le Pakistan à la Chine, mais revendiqué par l’Inde !). Les auteurs - prudents - ont même opté pour une version minimaliste : ils auraient aussi bien pu écrire, pour la partie sud du Cachemire, « administrée par l’Inde mais revendiquée par le Pakistan », et vice-versa pour la partie nord. Pour finir, un détail, qui a toute son importance : The Economist pousse la subtilité jusqu’à arrêter la ligne de contrôle avant le glacier de Siachen (revendiqué par New Delhi et par Islamabad), mais sans le nommer. C’est dire si toutes les « précautions sémiologiques » ont été prises.

En dépit de cet excellent travail de recherche, et d’une carte présentant des faits exacts, la simple représentation cartographique d’un Cachemire potentiellement pakistanais (zone brune légèrement foncé) a suscité les foudres du gouvernement indien, qui a demandé aux autorités douanières de « retarder » l’entrée de 28 000 exemplaires du magazine, le temps qu’y soient apposés manuellement des autocollants blancs, afin de faire disparaître la carte (« Economist accuses India of censorship over Kashmir map », BBC News, 24 mai 2011).
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The Economist censuré par les autorités indiennes
Photo : BBC, 2011. 
 
Pourtant, durant de nombreuses années, l’Inde semblait plus flexible sur cette question, admettant la « réalité cartographique » de la ligne de contrôle et l’administration par le Pakistan de la partie septentrionale du Cachemire. Si l’ambassade indienne ne manquait pas de nous faire parvenir (au Monde diplomatique) des remarques officielles, celles-ci faisaient essentiellement référence au statut du glacier du Siachen. Il semblerait donc que les Indiens se soient récemment crispés sur la question de la représentation visuelle de ces territoires contestés, et aient décidé de resserrer les boulons, pour faire pression sur les publications afin qu’elles adoptent des modes de représentation conformes à leur perception. Depuis deux ou trois ans, les journaux et magazines dont les cartes osent ne pas montrer l’ensemble du Cachemire comme appartenant à l’Inde sont systématiquement censurés.

The Economist a répondu, sur son site Internet, à la fin de la page sur laquelle se trouve l’article, par une mise au point cinglante : « Manque-t-il une carte dans votre magazine ? Malheureusement, l’Inde censure les cartes qui montrent la situation factuelle des frontières, et insiste pour que seule son entière revendication territoriale [c’est-à-dire la totalité du Cachemire] soit figurée. C’est une position bien plus intolérante que celle du Pakistan ou de la Chine. Les lecteurs indiens seront sans doute privés de la carte dans l’édition papier. A la différence de leur gouvernement, The Economist pense que les lecteurs indiens sont capables d’appréhender cette réalité politique. Ceux qui veulent avoir une vision précise des différentes revendications peuvent consulter cette carte interactive. »

La carte interactive est d’ailleurs fort bien faite... Mais cette réponse n’est pas du goût de tout le monde et irrite les Indiens par son ton arrogant. Le journaliste Rajesh Kalra se désole, dans un article consacré à cet événement (« In digital age, can a government censor a map ? », 25 mai 2011) que « M. John Micklethwait, rédacteur en chef du magazine, ait réagit d’une manière démesurée au lieu de prendre cette affaire avec humour », en citant ses propos : « Bien que l’Inde soit une démocratie respectant la liberté d’opinion, elle reste beaucoup plus hostile sur ces questions que la Chine ou le Pakistan. »
Rajesh Kalra poursuit : « Je suis très partagé sur cette histoire, car, d’un côté, je pense que notre gouvernement n’a aucune vision valable sur ce problème, mais, de l’autre, je n’aime pas qu’on vienne nous donner des leçons, surtout quand il s’agit du Cachemire, question très émotionnelle pour beaucoup d’entre nous. »

Même le ministre finlandais des affaires étrangères, M. Alexander Stubb, s’y est brûlé les doigts en 2010 en suggérant — alors qu’il n’y était pas invité — qu’en absence de solution depuis soixante ans, l’Inde et le Pakistan devraient faire appel à un médiateur, déclenchant ainsi une véritable tempête diplomatique (« Switch off Nokia if Finland doesn’t apologize », 5 mai 2010).

Rajesh Kalra rappelle : « Il n’y a pas si longtemps, les journaux rentraient sans problème en Inde, et en cas de contentieux, le lecteur aurait simplement vu un tampon sur la carte indiquant que “les frontières telles que représentées sur cette carte ne sont ni authentiques ni correctes”. Je ne sais pas quand cela a changé, mais aujourd’hui, on bloque les magazines à la douane. »
« Il semble que The Economist ait manqué d’objectivité dans sa représentation cartographique, ce qui n’est pas le cas de l’article qui, lui, est plutôt assez bien équilibré, conclut-il. Le magazine aurait très bien pu accepter de se conformer à la demande indienne, plutôt que d’en faire un scandale inutile. Mais à l’ère d’Internet, cela a-t-il encore un sens de censurer les éditions papier de cette manière ? » La carte incriminée fut en tout cas consultée bien plus que 28 000 fois depuis l’Inde...

Voici comment j’avais traité la question de ces frontières « croisées » pour une exposition, au Musée des confluences (Lyon) en 2006 (Exposition « Frontières »).
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Inde, Chine, frontières croisées
Esquisse cartographique : Philippe Rekacewicz, 2006. 
 
Une autre façon de marquer la différence de statut entre les deux parties du Cachemire se trouvant de part et d’autre de la ligne de contrôle consiste à adapter la légende.
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Le Cachemire divisé
Carte : Philippe Rekacewicz (2003, revue en 2006). 
 
« Territoire sous contrôle du Pakistan et revendiqué par l’Inde » ne veut pas tout à fait dire la même chose que « territoire rattaché à l’Inde mais revendiqué par le Pakistan ».
A défaut de pouvoir publier des cartes interactives dans la version imprimée, on pouvait encore imaginer — pour ménager les susceptibilités — représenter ces revendications en une collection de deux cartes exprimant chacune les visions de New Delhi et d’Islamabad.
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Un territoire, deux perceptions
Carte extraite de l’Atlas du Monde diplomatique, Un monde à l’envers, Paris, 2009. 
 
Mais, pour l’Inde, le Cachemire ne peut pas être « occupé » et la terminologie, dans cette option, a fortement déplu...
Selon M. Miklos Pinther, l’ancien chef du bureau de cartographie de l’Organisation des Nations unies (ONU), à New York, les Indiens et les Pakistanais ont accepté l’idée des cartes qui montraient la ligne de cessez-le-feu et le glacier du Siachen, pourvu qu’ils soient représentés un peu comme s’ils étaient un no man’s land, presque une sorte de nulle part... L’ONU diffuse une carte dont elle dit qu’elle est acceptée par les deux parties.
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Carte diffusée par l’ONU, agréée par l’Inde et le Pakistan
Source : département de cartographie des Nations unies, New York. 
 
L’ONU insiste : c’est un document technique. Le titre officiel de la carte est « Modèle à suivre pour la cartographie à petite échelle des régions du Jammu-Cachemire, Aksai Chin and Arunachal Pradesh ». La représentation cartographique du Cachemire est une affaire très sensible au sein des instances internationales. Au début des années 2000, M. Gregory Prakas, alors chef de la section cartographique de la Banque mondiale, avait reçu l’ordre — à la suite d’une plainte du gouvernement indien — de ne plus ni produire, ni publier de carte du nord de l’Inde.
Le Diplo n’a pas encore été censuré en Inde, mais en octobre 2011, nous recevions une lettre de Mme Nina Tshering La, première secrétaire de l’ambassade indienne à Paris (la première depuis 2003), dont le ton et les revendications avaient de quoi laisser perplexe.
« L’Ambassade de l’Inde attire votre attention sur le fait que les frontières de l’Inde telles qu’elles figurent dans les pages du mensuel “Le Monde diplomatique” sont incorrectes. Il nous paraît inapproprié qu’une carte erronée de l’Inde où une partie de notre territoire est non seulement réduite mais également attribuée à des pays voisins [soit publiée] par un média étranger. Nous vous remettons ci-joint une carte de l’Inde publiée par le gouvernement dont l’utilisation est libre de droits. Nous vous serions reconnaissants de bien vouloir l’utiliser à l’avenir. »
Il est rare que les ambassades utilisent un style aussi direct et comminatoire. D’habitude, on nous « suggère » ou on nous « recommande »...
Mais la carte transmise par l’ambassade est elle aussi surprenante, d’autant plus qu’elle nous est présentée comme étant la carte officielle sur laquelle on nous demande de prendre exemple.
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Carte officielle transmise par l’ambassade d’Inde à Paris
 
Elle inclut en effet la totalité du Cachemire, et fait disparaître la ligne de contrôle (pourtant une réalité sur le terrain depuis 1947). Ce qui représente une différence majeure avec la carte diffusée par l’ONU, censée elle aussi avoir été avalisée par les autorités.
Rien n’est vraiment simple en cartographie.
P.-S. : les lecteurs indiens ont de la chance. Et The Economist ne devrait pas trop se plaindre. Si cette affaire s’était produite au Vietnam, voici ce qui aurait pu arriver.
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Le Monde diplomatique censuré au Vietnam
Dans le numéro de juin 2011, l’article de Xavier Monthéard, « Retrouvailles des Etats-Unis et du Vietnam », a été caviardé au feutre.

L’Accord commercial anti-contrefaçon compte ses opposants

Par Philippe Rivière
Le Vendredi 10 Février
pour http://www.monde-diplomatique.fr

On en sait désormais plus sur le projet d’Accord commercial anti-contrefaçon (ACAC, en anglais Anti-Counterfeiting Trade Agreement, ACTA). Et ce qu’on sait provoque des réactions houleuses. La méthode de négociation de cet accord, déjà, avait de quoi scandaliser : ficelé en secret par les lobbies de la propriété intellectuelle et une poignée de grands pays industrialisés, discuté hors de tout cadre international — il n’en manque pourtant pas qui soient compétents sur les domaines du commerce international, de la lutte contre les trafics et de la propriété intellectuelle : Organisation mondiale du commerce (OMC), Organisation mondiale de la propriété intellectuelle (OMPI), etc. —, ce traité serait adopté par un « noyau dur » comportant les Etats-Unis, l’Union européenne et neuf autres pays, puis, au fur et à mesure des amicales pressions exercées par les nations les plus « avancées », s’étendrait progressivement à l’ensemble des pays du monde — c’est-à-dire à tous ceux qui souhaitent faire partie du club mondial du commerce (1).

L’ACTA ouvrirait aux ayants droit (détenteurs du copyright d’un film, par exemple) des facilités exceptionnelles pour faire censurer un site Internet (2). Les fabricants de sacs à main, les firmes pharmaceutiques et autres détenteurs de marques ou de brevets pourraient solliciter les services de douane pour obtenir la saisie ou la suspension de produits en transit (3).

La mobilisation initiale des défenseurs d’un Internet libre, mais aussi des militants de l’accès aux médicaments, qui craignaient les conséquences sur le commerce des génériques destinés aux malades du Sud, s’est renforcée de façon impressionnante ces dernières semaines. Une pétition européenne a déjà dépassé les deux millions de signatures (4) ! Et une journée mondiale de manifestations est organisée le 11 février.
« Plus cet accord est connu, remarque la députée européenne Françoise Castex, plus il y a d’opposants. Ça a commencé par quelques internautes ; maintenant, ce sont des Etats membres qui retirent leur signature (5). »

Rapporteur du traité au Parlement européen, le socialiste Kader Arif a démissionné après son adoption par plusieurs Etats membres, dont la France, dénonçant une « mascarade (6) ».

Après d’importantes manifestations de rue (7), Varsovie a suspendu sa participation à l’accord. La semaine suivante, la République tchèque lui emboîtait le pas, le premier ministre estimant inacceptable « une situation dans laquelle les libertés fondamentales et l’accès libre aux informations seraient menacées ».
L’image la plus spectaculaire de ce débat est celle des députés polonais qui revêtent, sur les bancs de l’Assemblée, le fameux masque de V pour Vendetta, emblème des Anonymous (8). Mais qui est vraiment « anonyme », si ce n’est les lobbies qui ont préparé ce texte et qui, le préservant de toute mise en débat démocratique, le font signer par des coalitions choisies d’élus partisans et de fonctionnaires non élus ?
C’est ainsi que l’ambassadrice de Slovénie au Japon, signataire de l’ACTA au nom de son gouvernement, a finalement démissionné et demandé pardon au peuple. « J’ai signé l’ACTA par négligence civique, parce que je n’ai pas fait suffisamment attention. Tout simplement, je n’ai pas fait le lien entre ce qu’on m’a demandé de signer et cet accord qui, selon ma propre conviction de citoyenne, limite et enclot la liberté de participer au plus grand et plus important réseau de l’histoire humaine, et appauvrit ainsi gravement l’avenir de nos enfants. »

(1) Lire Florent Latrive, «  Traité secret sur l’immatériel  », Le Monde diplomatique, mars 2010.
(2) Cf. «  ACTA Survival Guide For Website Owners  », European Digital Rights, 7 février 2012.
(3) Lire «  ACTA, chapitre deux  », Information 2.0, 20 mars 2010.
(6) Il s’en explique sur le site Owni.fr : «  ACTA va trop loin  », 28 janvier 2012.
(7) «  La Pologne suspend le processus de ratification de l’ACTA  », Numérama, 3 février 2012.
(8) Sur ce mouvement, lire Felix Stalder, «  Anonymous, de l’humour potache à l’action politique  », Le Monde diplomatique, février 2012, en kiosques.

11 février 2012

L’anonymat n’est pas innocent

Par Alain Garrigou
Lundi 30Janvier 2012
pour  http://blog.mondediplo.net

L’anonymat est devenu si naturel dans les opérations de fabrication de l’opinion publique qu’on n’aperçoit plus sa fausse neutralité idéologique. En réalité, il n’est rien de si trompeur que cette condition qui permet d’obtenir des opinions. Parlant d’anonymat, il ne s’agit évidemment pas d’identité nominative mais de situation sociale. Sans doute, les sondages prennent-ils en considération les caractères sociologiques des sondés mais les oublient ensuite dans la publication de résultats réduits à leur plus simple expression en étant affectés à des Français selon la formule « X % des Français pensent que... ». Il n’est cependant pas de meilleure révélation à la fois de cet impensé de l’anonymat et de son orientation politique que les votes de paille. Formule d’interactivité, les médias lancent en effet des consultations auprès de leurs lecteurs selon cette vieille méthode. Les personnes qui répondent forment un échantillon spontané ne satisfaisant pas les critères de représentativité des sondages. C’est d’ailleurs contre eux qu’en 1936, George H. Gallup a imposé les sondages, selon l’histoire bien connue de la prouesse originelle. Un journal comme le Literary Digest en a fait les frais en disparaissant mais les votes de paille ont refait surface dans un statut hybride de jeu et de véritable consultation — les opinions sont d’ailleurs nommées « votes » et la valeur en est indiquée implicitement pas un compteur de leur nombre. Ils font souvent apparaître le biais de l’anonymat encore mal étudié par la critique des sondages.

Le 18 janvier 2012, L’Express.fr rebondissait sur la déclaration d’un ministre ayant jugé que la 5e semaine de congés payés est « payée à crédit » pour poser une question : « Supprimer la 5e semaine de congés payés comme l’a suggéré Luc Chatel, c’est... : indispensable ; inévitable, une sacré bourde ! ; impensable ; dégueulasse ! ; le cadet de mes soucis ». Un jour plus tard, il revenait au Figaro de lancer une autre question : « Accepteriez-vous une baisse temporaire de salaire pour garder votre emploi ? » proposant la simple alternative oui ou non. On pourrait discuter les items proposés. On pourrait suspecter aussi les véritables intentions. Moins s’informer que suggérer au public, changer les points de vue en les rendant dicibles, c’est le travail des spin doctors tel que l’énoncent certains d’entre eux : « L’opinion est d’abord préparée à l’idée même de la nécessité de changer de système — multiples rapports à l’appui. Puis le pouvoir soigne la mise en scène de la concertation avec les partenaires sociaux. Effet d’annonce après effet d’annonce. L’objectif, c’est que le sujet ne provoque plus de mobilisation au moment où le Parlement délibère sur la réforme elle-même [1] ».

L’anonymisation en est une condition. Ici, la réponse n’est pas dans la question mais dans la situation sociale des sondés. Dont nous ne savons rien. En d’autres termes, il est aisé de comprendre que ces questions n’ont pas le même sens pour tous, pour ceux qui bénéficient de la 5e semaine de congés payés et ceux qui n’en bénéficient pas, pour ceux qui sont salariés et ceux qui ne le sont pas, pour ceux qui sont actifs et ceux qui ne le sont pas, etc. Pour être concret et en connaissance des enquêtes où les clivages sont connus, il est clair que les intérêts ne sont pas les mêmes et que pour beaucoup de volontaires, il ne s’agit pas de réagir sur sa propre situation mais sur celle des autres, avec des points de vue qu’il est facile de s’imaginer : on approuvera d’autant mieux une réduction des congés payés que l’on n’en bénéficie pas soi-même, une diminution des salaires que l’on n’est pas soi-même salarié. De là à dire que les professions indépendantes de commerçants et artisans, libérales de médecins ou avocats, ou bien les retraités approuvent massivement, et que les salariés désapprouvent massivement sauf s’ils sont à l’abri, il suffit de se fier aux études scientifiques pour s’en convaincre. En ajoutant que le lectorat des médias organisateurs est politiquement orienté, on ne peut non plus douter de la perversité d’un vote de paille où la réponse est moins dans la question que dans l’échantillon. Que les spin doctors tentent ainsi de former l’opinion ne prouve ni l’inanité ni l’efficacité de ce type d’opérations. Il n’est simplement pas neutre d’anonymiser selon une conception idéologique qui tient à la fois de la philosophie du sujet, de la conception néolibérale de l’agent économique utilitariste et du paradigme politologique du choix électoral rationnel. L’opinion publique ? Une affaire d’êtres pensants, désincarnés, atomisés, isolés, seulement attachés à saisir le juste, le bon, le vrai dans un désintéressement vertueux de principe. Et pour saisir comment l’anonymat donne du crédit à l’opinion ainsi totalisée, il suffirait d’en éventer le secret en disant par exemple que le citoyen favorable à la diminution des salaires pour garder un emploi est un inactif bénéficiant d’une retraite élevée, d’un employeur se plaignant de la lourdeur des charges salariales, etc. En somme, ces questionnements s’appuient sur la lutte des classes, en suscitent les réactions, en lui enlevant sa réalité. Cette opération de transmutation idéologique est généralement qualifiée de « débat d’opinion ».

Notes

 

[1] Denis Pingaud, ex vice-président d’OpinionWay, Libération, 16 juillet 2010.

Live Japon : radioactivité, des techniques pour voir et savoir

Publiée par Karyn Poupée 

Les radiations sont incolores, inodores, invisibles, inaudibles, mais potentiellement dangereuses. Conscients de ce risque depuis l'accident de Fukushima, de plus en plus méfiants vis-à-vis des informations officielles, les Japonais veulent savoir dans quel environnement ils vivent et si ce qu'ils mangent est réellement sain, un besoin auquel répond une panoplie de plus en plus diversifiée d'outils de mesure et de services.

Nombre de particuliers s'équipent ainsi de compteurs Geiger, et découvrent ainsi des lieux insoupçonnés de radioactivité, une notion bien difficile à expliquer à des enfants même si ceux-ci voient parfois ce qu'ignorent des adultes, comme l'illustre le mangaka japonais Jean-Paul Nishi.

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« Quelqu'un sait-il si le niveau de radioactivité est élevé près de la gare de Shingoshigaya ? Mes parents habitent à côté... » La détection récente de zones à forte radioactivité dans plusieurs villes du Japon entraîne une psychose qui force les autorités nippones à réagir et les industriels et prestataires de services à imaginer de nouveaux appareils et services.

Depuis l'accident de la centrale nucléaire de Fukushima déclenché le 11 mars par le séisme et le tsunami qui ont ravagé le nord-est de l'archipel, des particules radioactives se sont dispersées dans la région, avec des concentrations très variables. En certains endroits pourtant éloignés de dizaines de kilomètres du site, elle atteint plusieurs microsieverts ou dizaines de microsieverts par heure, contre moins de 0,20 en temps normal.

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« Le vent et la pluie ont transporté les éléments radioactifs. Cela dépend des lieux où les précipitations sont tombées. Des endroits relativement proches ont été épargnés et d'autres contaminés bien que très distants de la centrale », explique le professeur Tatsuhiko Kodama, spécialiste des effets de la radioactivité.

Alors que les mesures terrestres et aériennes effectuées par les autorités montrent les grandes zones de contamination, elles ne révèlent pas des « points chauds » extrêmement localisés, lesquels ont généralement été décelés par des particuliers. De plus en plus de Japonais se dotent en effet de dosimètres (compteurs Geiger), grâce au développement de modèles simples à bas prix. Beaucoup de sociétés proposent désormais des appareils au mode d'emploi aisé censés répondre aux besoins basiques des familles, à commencer par celles résidant dans la préfecture de Fukushima.

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« La précision des petits appareils de poche est sujette à caution pour les faibles niveaux, mais ils permettent néanmoins de repérer des lieux où les niveaux sont anormalement élevés », explique Tomohisa Kume, chercheur d'Idea Consultant, société mandatée par des entreprises et municipalités pour effectuer des contrôles.

La firme nippone S.T, qui conçoit habituellement des produits d'entretien et hygiéniques, fut parmi les premières à se démener pour produire un premier dosimètre à très bas prix (moins de 100 euros), baptisé Air Counter, qui ressemble un peu à un « Tamagochi ». Le produit, accompagné d'un livret écrit pour public de profanes en matière de rayonnements ionisants, notamment des mères de famille, a d'abord été vendu dans la province de Fukushima et sur internet. Désormais, on le trouve même dans des supermarchés du centre de Tokyo, dont le Daimaru du quartier de Hamacho.

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S.T s'apprête en outre à mettre sur le marché un deuxième modèle, encore moins cher (environ 80 euros) en forme de thermomètre corporel, cette fois, et livré à 100 000 exemplaires au départ. Le groupe a également adjoint depuis ce mois-ci à sa gamme un service internet spécial permettant aux utilisateurs de poster les résultats géolocalisés de leurs mesures afin de constituer une carte, le tout en utilisant leur téléphone portable doté d'un module GPS. Ils peuvent en outre accompagner leur rapport de commentaires et de photos.

La société Nihon Seimitsu Sokki (Nissei), qui fabrique quant à elle entre autres des tensiomètres et appareils de mesure du rythme cardiaque, va elle aussi proposer en février un nouveau dosimètre, plus précis mais aussi plus cher (400 euros environ) tout en restant à la portée de particuliers.

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Le spécialiste des stylos, Sailor, a lui de même conçu avec des universitaires un dosimètre qui non seulement peut mesurer le débit de dose dans l'air mais mémorise aussi le cumul d'irradiation externe de son porteur. Cet instrument, surtout destiné aux personnes vivant dans des zones où la radioactivité ambiante est reconnue comme étant supérieure à la normale (ce qui est notamment la cas dans la ville de Fukushima, à 70 kilomètres du complexe atomique), où l'on mesure 1 microsievert par heure, contre 0,08 environ à Tokyo.

D'autres sociétés, qui avaient déjà une expérience dans le domaine se sont également mobilisées comme System Talks, avec un dosimètre de poche à 200 euros, ou Jujo Electronics, qui vise davantage des entreprises. Il existe aussi des modèles dotés d'un récepteur de localisation GPS et qui permettent de conserver des données cartographiques en transférant les relevés sur un ordinateur par prise USB.

La firme Sanwa a pour sa part commencé de proposer une sonde de mesure de radioactivité à connecter à un téléphone multifonctionnel de type iPhone d'Apple. Ce périphérique (vendu moins de 100 euros) se relie à l'iPhone sur l'écran duquel s'affiche le résultat des mesures, via une application spécifique. Ce produit a été développé grâce à l'initiative d'un jeune chercheur désireux de proposer des "compteurs Geiger" simples d'emploi et bon marché à ses concitoyens. Il a travaillé comme pour le développement de logiciels « open source » en réunissant les compétences de bénévoles puis in fine de la firme Sanwa. « Immédiatement après cette catastrophe déclenchée par le violent séisme et le tsunami du 11 mars dans le nord-est de l'archipel, les compteurs Geiger les moins chers coûtaient au bas mot 600 euros et étaient difficiles à trouver », explique sur son site Takuma Mori. Le produit est vendu via un site internet spécial. L'auteur de ces lignes en a commandé un il y a deux mois, mais ne l'a jamais reçu, ce qui saccage un peu cette généreuse initiative. Heureusement, le paiement était prévu à réception.

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Plusieurs collectivités locales proposent en outre des prêts gratuits de compteurs Geiger pour les personnes qui veulent juste effectuer une mesure dans leur jardin ou les lieux qu'elles fréquentent souvent. Généralement, il faut réserver des mois avant d'obtenir l'engin tant les demandes sont nombreuses. Enfin, la société de sécurité privée Alsok lancera mi-février pour les particuliers un service de mesures de radioactivité, d'abord à Tokyo et dans les préfectures alentours. Pour trois points dans une maison et à l'extérieur, la prestation sera facturée 30 euros environ.

« Le fait que les citoyens aient eux-mêmes découvert des points chauds de radioactivité grâce à la possession de compteurs Geiger individuels force les municipalités à prendre des mesures particulières afin de rassurer les habitants », confirme So Kasahara, responsable des lieux de verdure de l'arrondissement de Setagaya à Tokyo. Ici ont été passés au crible les bacs à sable où s'amusent les enfants ainsi que quelques points à proximité d'arbres, à des hauteurs de 5 centimètres, 50 cm et 1 mètre. Les résultats sont présentés sur le site internet de l'arrondissement le lendemain de chaque journée de mesures. La mairie de Setagaya a été plus que tout autre poussée à prendre des dispositions particulières, après avoir fait la une des journaux nationaux à cause de la détection de points présentant une radioactivité ahurissante, de plus de 100 voire 150 microsieverts par heure.

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Au grand soulagement des autorités locales et nationales, elle était due à des fioles de radium 226 abandonnées sous le plancher d'une maison ou enterrée sous l'asphalte depuis des années. Cette substance était autrefois utilisée pour la fabrication de peintures phosphorescentes ou autres produits chimiques.

A Kashiwa, dans la préfecture voisine de Chiba, à quelque 200 km de Fukushima, les près de 60 microsieverts par heure détectés en un lieu très cerné étaient quant à eux bien dus à des rejets du complexe atomique. Cette extrême hétérogénéité de la dispersion de césium 134 et 137, comme la difficulté de localiser tous les points fortement radioactifs, est un des facteurs d'angoisse s'ajoutant à celui du risque d'absorption de nourriture contaminée, puisqu'il est techniquement impossible de la contrôler en intégralité.

C'est à Kashiwa justement qu'a été mis en place le premier « Bekumiru » (voir les becquerels), un lieu où les particuliers peuvent venir mesurer la radioactivité de la terre de leur jardin, de légumes ou riz cultivés ou achetés, ou de divers aliments et boissons. Les tests se font sur rendez-vous, le matin pour le jour-même ou le lendemain. En une demi-heure, tous les créneaux sont pris. Il suffit de placer un échantillon dans un récipient que l'on introduit ensuite dans un appareil muni d'un capteur, puis d'appuyer sur le bouton « start » d'un instrument qui ressemble à une caisse enregistreuse. Vingt minutes plus tard, le résultat s'affiche. Le coût d'une consultation varie de 9 à 37 euros. Un document placé à côté de chaque machine renseigne sur les limites légales de becquerels par kilogramme pour les légumes, condiments et autres matières les plus courantes. Face au succès rencontré, Bekumiru a ouvert un deuxième point de présence à Tokyo et fait des émules dans le reste du Japon. « Il faudra surveiller les aliments pendant des années », prévient le professeur Kodama.

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Volant au secours des autorités locales, des groupes comme Toshiba, Hitachi ou NEC ont également mis les bouchées doubles pour concevoir de nouveaux dispositifs plus efficaces pour mesurer un maximum de lieux en un minimum de temps et en informer le public. Toshiba a par exemple mis au point une caméra portable sensible aux rayonnements et qui permet de réaliser des mesures sur de longues distances pour détecter les foyers à haut niveau (hot-spots). La couleur affichée sur l'écran relié à la caméra change en fonction des doses. L'appareil, qui vaut 20 millions de yens (200 000 euros) devrait être proposé aux municipalités en location avec le personnel et la prestation de mesure pour 5 000 euros par jour. Hitachi pousse pour sa part le développement de semi-conducteurs sensibles aux rayonnements, type de composants qui a justement permis de fabriquer des compteurs à moindres coûts.

Quant à NEC, il a imaginé un système qui associe des dosimètres installés dans des points fixes (écoles, jardins, hôpitaux, etc.) qui transmettent en temps réel leurs relevés via un réseau cellulaire de troisième génération (3G) à un serveur central auquel il est possible d'accéder depuis des ordinateurs ou téléphones portables.

La firme Ubiteq, elle, a conçu un outil de recueil de mesures à partir d'un véhicule équipé d'un système de localisation GPS couplé à des sondes pour tracer des cartes consultables sur internet, via un service d'informatique mutualisée en nuages (« cloud computing »). Des localités ont eu l'idée d'utiliser ce système avec leurs bus municipaux pour effectuer des relevés.

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D'autres, comme l'entreprise Kaine, ont installé des compteurs Geiger accompagnés de grands écrans et alimentés par un panneau solaire et une batterie, installations qui affichent en temps réel 24 heures sur 24 la mesure dans des lieux publics pour que « la radioactivité devienne visible ».

Les coupeurs de tête modernes

Par Manlio Dinucci
Le 11 février 2012 
pour  http://www.mondialisation.ca

Comme don emblématique de l’"amitié italo-libyenne" rénovée, par l’opération des nouveaux gouvernements des deux pays, le premier ministre Mario Monti a rapporté en Libye la tête de Domitille, que quelqu’un avait volé il y a vingt ans en décapitant une statue antique. En matière de têtes coupées, Mario Monti en effet s’y entend.  Avant de recevoir du président Napolitano la charge de chef de gouvernement, il a fait partie pendant des années de la banque étasunienne Goldman Sachs, une des plus grandes banques du monde, dont les spéculations (parmi lesquelles l’arnaque des crédits subprime) ont provoqué des coupes dans les postes de travail et les vies humaines (à la suite de l’augmentation des prix internationaux des céréales).

En tant que consultant international, il était, selon Le Monde,  « "ouvreur de portes", chargé de pénétrer au coeur du pouvoir européen pour défendre les intérêts de la banque d'affaires » [1]. Intérêts non seulement économiques mais politiques : les plus grands actionnaires de cette banque font partie de l’omnipotente élite financière, organisée en véritable gouvernement ombre transnational, dans les salons duquel se décident non seulement les grandes opérations spéculatives, comme l’attaque contre l’euro, mais aussi celles visant à substituer un gouvernement par un autre plus utile.

C’est dans ces salons secrets qu’il a été décidé de faire tomber politiquement la tête de Berlusconi : un affairiste très utile pour le démantèlement de la chose publique et les « libéralisations », qui s’est cependant fait mal voir à cause de ses accords économiques avec la Libye de Kadhafi et la Russie de Poutine. Devenu encore plus incommode quand, comme le révèle le Washington Post, il s’est mis dans une grande colère à cause du coup joué par la France le 19 mars, d’attaquer la Libye, la première : Berlusconi menaçant alors d’enlever aux alliés l’usage des bases italiennes. Rappelé par H. Clinton, il est rentré dans les rangs et l’Italie, une fois le traité de non-agression avec la Libye déchiré, a joué son rôle dans la guerre « avec honneur ». Ceci n’a cependant pas sauvé Berlusconi : abandonné et tourné en dérision par les alliés, il a dû lui-même mettre la tête sur la guillotine quand, sous la gestion du gouvernement ombre transnational, les « marchés » ont menacé de faire écrouler son empire économique.

Et c’est dans ces salons secrets qu’on a décidé de faire tomber la tête de Kadhafi, matériellement, en démolissant l’état qu’il avait construit et en l’assassinant. Ce n’est pas par hasard que la guerre a commencé par l’assaut aux fonds souverains, au moins 170 milliards de dollars que l’État libyen avait  investi à l’étranger, grâce aux revenus de l’export pétrolier qui affluaient pour leur plus grande part dans les caisses de l’État, en laissant des marges restreintes aux compagnies étrangères. Fonds de plus en plus investis en Afrique, pour développer les organismes financiers de l’Union africaine (la Banque d’investissement, le Fonds monétaire et la Banque centrale) et créer le dinar d’or en concurrence au dollar. Projet démantelé avec la guerre décidée, avant les gouvernements officiels, par le gouvernement ombre dont fait partie Goldman Sachs, dans laquelle aujourd’hui n’a formellement plus aucune charge ce Mario Monti qui, en habit de chef du gouvernement italien, a débarqué à Tripoli, accompagné par l’amiral Di Paola, aujourd’hui ministre italien de la défense, lequel, comme président du Comité militaire de l’OTAN, a joué un rôle fondamental dans la guerre contre la Libye.

Ils ont apporté en cadeau la tête de Domitille à un « gouvernement » créé artificiellement par l’OTAN, avec le devoir de couper (matériellement) les têtes de ceux qui veulent une Libye indépendante du nouveau colonialisme.


Edition de mardi 24 janvier 2012 de il manifesto
Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

Note

Manlio Dinucci est un collaborateur régulier de Mondialisation.ca.  Articles de Manlio Dinucci publiés par Mondialisation.ca

LA MONDIALISATION DES MALADIES


LA MONDIALISATION DES MALADIES

Direct Link : DF , MF , BF


En modifiant de nombreux paramètres dans l’économie, l’urbanisation, les transports et l’alimentation, la mondialisation affecte également la santé. Au début du XXIe siècle, de nouvelles problématiques sanitaires se répandent dans le monde, brouillant les frontières que l’on croyait nettes entre pays riches et pays en développement.



Lectures

Santé internationale - Les enjeux de santé au Sud
Sous la direction de Dominique Kerouedan Presses de Sciences Po
La santé est désormais un sujet éminemment politique, abordé au plus haut niveau des instances nationales, européennes et internationales, publiques, parlementaires et privées.
Qu'ils œuvrent à l'échelle mondiale dans le domaine de la politique économique, du droit, de la sécurité, du développement, de l'environnement, ou du secteur privé industriel et commercial, les dirigeants de demain seront confrontés à des défis majeurs en lien avec la santé.
Sensibiliser tous ces acteurs, partager les connaissances dont ils auront besoin pour travailler de manière légitime et crédible avec les professionnels de santé sur le terrain, quels que soient leurs métiers, tel est l'objectif de ce premier opus de "Santé internationale".
"Santé internationale" dresse un panorama des enjeux de santé au Sud en quatre volets :
- les considérables enjeux contemporains de la santé dans les pays en développement ;
- l'évolution historique des systèmes de santé tels qu'ils se sont construits ces trente dernières années, en Afrique notamment ;
- l'état des connaissances sur l'efficacité des politiques, des stratégies et des instruments de financement de l'aide au développement ;
- les contributions de la recherche en sciences sociales au service de décisions solidement fondées, adaptées et pertinentes.
Son ambition est de devenir à la fois :
- un support pédagogique aux enseignements de la santé mondiale dans les universités ;
- un outil de connaissance sur les grands enjeux auxquels les pays en développement sont confrontés, utile aux milieux universitaires autant que professionnels, administratifs et politiques.
Pourront s'en emparer les étudiants comme les enseignants des IEP, des grandes écoles, des universités de sciences humaines et sociales, des écoles de management, tout autant que des écoles de médecine et des écoles de santé publique.
Dominique Kerouedan est docteur en médecine, en épidémiologie et santé publique, licenciée en droit. Elle travaille dans les domaines de l'aide au développement sanitaire des pays du Sud et de l'évaluation des politiques et des stratégies de santé mondiale. Elle est maître de conférences et coordonne les enseignements de la mineure "Global Health" à la Paris School of International Affairs de Sciences Po.
CARTO N°8
Areion
"Carto n°8" est consacré à Séoul, avec un sujet sur la géo-économie des médicaments.
Décrite comme une petite localité paysanne au début du XXe siècle, Séoul est aujourd’hui la métropole émergente d’Asie par excellence, symbole de la mondialisation dans laquelle s’est inscrit le développement sud-coréen. S’il s’agit d’expliquer la géographie sociale, économique et humaine d’une mégapole, parler de Séoul oblige également à réfléchir sur le développement urbain des villes.
Quel rôle jouent-elles dans le monde ?
Ont-elles dépassé les États et deviennent-elles des actrices à part entière des relations internationales ?
Dans le cas de Séoul, il ne faut pas oublier la proche DMZ, zone démilitarisée qui sépare depuis 1953 les deux Corée et depuis laquelle deux systèmes, l’un démocratique, l’autre dictatorial, s’observent tout en s’ignorant.
Cet avenir encore incertain qui domine la péninsule coréenne, plus d’un demi-siècle après la fin de la guerre froide, se retrouve dans plusieurs sujets d’actualité traités dans ce numéro de Carto, dossier mené par Valérie Gelézeau.
Et aussi au sommaire :
l’actualité vue par les cartes dont la rubrique "Enjeux internationaux" propose une carte détachable avec pour thème "Médicaments : entre santé et trafics" ; « L’œil du cartographe » proposé par Cécile Marin ; la rubrique "Histoire", dans laquelle notamment Jean-Yves Sarazin nous invite à un "Retour sur les crues de la Seine à Paris, entre inquiétudes et vrais risques".
Éléments pour une éthique de la vulnérabilité - Les hommes, les animaux, la nature
Corine Pelluchon Cerf - Collection : humanités
Si nous ne voulons pas que l'écologie se réduise à des déclarations d'intention, des changements dans nos styles de vie sont nécessaires.
La question est de savoir quelle éthique et quelles transformations de la démocratie peuvent rendre possible la prise en compte de l'écologie dans notre vie.
Reliant des champs de l'éthique appliquée, qui d'ordinaire sont étudiés séparément – la culture et l'agriculture, le rapport aux animaux, l'organisation du travail et l'intégration des personnes en situation de handicap –, cette enquête élabore un concept rigoureux de responsabilité susceptible de promouvoir une autre manière de penser le sujet et une autre organisation politique.
Loin de fonder la politique sur l'écologie, il s'agit de montrer que celle-ci ne peut être prise au sérieux qu'au sein d'un humanisme rénové.
Cet ouvrage fait suite à "L'autonomie brisée. Bioéthique et philosophie" édité chez PUF, en 2009.

Guatemala : Le travail des enfants dans les champs de cannes à sucre

Ecrit par Juliana Rincón Parra · Traduit par Valentin Bomski



L'enquête récente faite par des journalistes de Plaza Publica au Guatemala a révélée comment les autorités gouvernementales,bien qu'elles aient juridiquement interdit le travail des enfants, autorisent les enfants de moins de 14 ans à travailler dans des champs de cannes à sucre, un travail physiquement exigeant et dangereux.

Morceaux de canne à sucre photo de Chris McBrien CCBy
Dans l'article Travail infantil et exploitation du sucre au Guatemalala, Alberto Arce et Martín Rodríguez Pellecer expliquent comment les enfants travaillent dans les champs de cannes à sucre où ils sont payés à la quantité coupée. Alors que la plupart des travailleurs adultes coupent deux à trois tonnes, ils n'atteignent même pas le salaire minimum,(équivalent à environ 7,50 USD en monnaie locale) par jour. Une des familles interrogées,où le père travaille avec ses deux fils, l'un de 12 ans et l'autre de 13, ne gagne pas le salaire minimum à eux trois.
Para llegar al salario mínimo, con un salario de Q20 por tonelada es necesario superar las tres toneladas diarias. Para el finquero, la media normal que un cortador puede extraer es de seis toneladas. Los cortadores dicen que a partir de dos o tres es inhumano.
Pour atteindre le salaire minimum, avec un salaire de 20 Q  par tonne, il est nécessaire de couper plus de trois tonnes par jour. Pour le propriétaire de la plantation, la quantité ‘normale' qu'un coupeur peut extraire est de 6 tonnes. Les coupeurs disent qu'a plus de 2 ou 3 tonnes, c'est inhumain.

Plantation Flamenco, photo de Alberto Arce, CC BY
Voici la courte vidéo qu'ils ont tournée quand ils sont allés dans une plantation de cannes à sucre pour prendre des photos à l'aide d'une antique caméra en bois. Extrait de l'article:
Plaza Pública ingresó sin pedir permiso a la propiedad privada de Kuhsiek para hacer unas fotografías artísticas sobre trabajadores de la caña. En ese momento, no se sabía quién era el dueño de la finca. Ya dentro se descubrió el trabajo infantil. Allí, en una conversación informal entre el empresario agrícola, uno de los reporteros que escriben esta nota y el fotógrafo Rodrigo Abd, se acordó una entrevista formal en su oficina de la capital.
Plaza Pública s'est rendue dans la plantation sans demander l'autorisation à l’administration de la propriété privée des Kuhsiek, pour prendre quelques photographies artistiques des coupeurs de canne. A ce moment, on ne savait pas qui était le propriétaire de la plantation. Une fois dedans, le travail des enfants a été découvert. Là, au cours d'un entretien informel avec l'entrepreneur agricole, l'un des journalistes qui a écrit cet article et le photographe Rodrigo Abd ont convenu d'une entrevue officielle dans le bureau dont il dispose dans la capitale.
La plus grande ironie est peut-être que le propriétaire de la plantation de Flamenco n'est autre que Otto Kuhsiek, le président de la Chambre d'Agriculture du Guatemala. Dans l'interview, il n'a pas nié que les enfants peuvent aller dans les champs, mais a affirmé qu'ils ne travaillent pas réellement là :
El presidente de la Cámara del Agro se define como una persona que trata de cumplir con la Ley: “No conozco las edades de los niños que se encontraban en mi finca, que estaban, en todo caso, en su período vacacional. Usted vio que había una escuela en frente de donde estaban. Y esos niños no son trabajadores, sino que vienen acompañando a sus padres. Son sus ayudantes (…) .



Le président de la Chambre d'Agriculture se définit comme une personne respectueuse des lois : “Je ne connais pas l'âge des enfants rencontrés dans ma ferme, en tout cas pas celui des enfants pendant la saison des vacances.Je ne sais pas si vous avez remarqué, mais il y a une école en face d'où ils étaient. Et ces enfants ne sont pas là en tant que travailleurs, ils accompagnent leurs parents,ils les aident.”
Il a poursuivi en expliquant que les travailleurs ne sont pas exploités parce qu'ils sont libres de partir quand ils sont fatigués. Cependant, les journalistes soulignent que les travailleurs peuvent encore être vus dans les champs après à 5 h  parce qu'ils sont payés pour ce qu'ils peuvent couper, ils peuvent être forcés a choisir entre nourrir leurs familles ou se reposer.
Sur Twitter, sous le hashtag #11deazucar, la journaliste guatémaltèque Alejandra Gutierrez essaye d'attirer l'attention sur leurs responsabilités dans le sort des enfants :
¿Los cañeros? ¿los azucareros? ¿los compradores? ¿los padres? ¿el Estado? La tragedia es que esos niños tengan que trabajar. #11deazucar
Les coupeurs de canne à sucre ? les travailleurs du sucre ? les acheteurs ? les parents ? l'Etat ? La tragédie est que ces enfants doivent travailler. #11deazucar
Le travail infantile dans les champs de cannes a sucre n'est pas nouveau : en 2007 , cette vidéo montrant des images de travailleurs de canne à sucre au Guatemala, dont des enfants, a été envoyée sur YouTube.
L'industrie du sucre au Guatemala a l'une des plus fortes croissances et remporte l'un des plus gros succès économique du pays mais cette croissance et cette richesse ne profite pas à la population plus loin dans la chaîne. En fait, Asazgua, la fédération du sucre, qui réunit les 13 usines de transformation du sucre au Guatemala, , garantit un salaire minimum uniquement à ceux qui travaillent dans la transformation du sucre, et non pas à ceux qui le coupe, et estime que les problèmes exposés par les travailleurs de la canne ne sont ni des des problèmes de travail des enfants ni leur problème tout court car ils sont que des coupeurs, et pas des travailleurs du sucre : Ils ne font pas partie d'Asazgua, ce n'est pas à eux d'empêcher ce qui se passe.

A Flamenco,Photo de Alberto Arce, CC BY
Dans l'article de Plaza Publica, Arce et Rodrguez racontent comment les propriétaires de plantations et Asazgua se présentent comme des victimes, affirment que le travail des enfants dans les plantations est le choix des agriculteurs, et que ne pas autoriser les enfants à travailler dans les champs pourrait conduire des agriculteurs ou leurs enfants à brûler les récoltes et à saboter la production.
L'article et l'enquête ont eu des résultats, mais malheureusement, pas ceux espérés. Le journaliste Alberto Arce a posté sur  twitter que, bien que l'exploitation Finca Flamenco ait cessé ses activités à la suite de l'article sur le sucre dans @ PlazaPublicaGT, des coupeurs de canne ont perdu leur emploi à Retalhuleu.

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