13 mars 2011

Le Dessous des Cartes - Occident, empire du soleil couchant ? (2/2)

 (France, 2010, 12mn)
ARTE F
pour http://www.arte.tv

Voilà donc, le deuxième numéro que le Dessous des Cartes consacre à questionner la notion d’Occident.
Dans un premier temps, je vous ai parlé de l’Histoire, des valeurs fondatrices, des conquêtes jusqu’en 1939/1945, au moment où l’Europe, qui est le cœur historique de l’Occident, s’autodétruit.
Et bien, aujourd’hui, je vais poursuivre cette interrogation en abordant les dimensions économique et militaire de l’Occident.

  • Le monde en 1945
  • L’URSS : un nouveau rival géopolitique
  • Les deux blocs en 1949
  • L’absence d’unité stratégique de l’Occident
  • La création de l’OCDE en 1960
  • Le critère flou de l’économie
  • Du G8 au G20
  • Un Occident réinventé après le 11 septembre 2001
  • Les troupes présentes en Afghanistan à la fin de 2010
  • Occident vs Islam : un clivage absurde
  • L’Occident : une frontière mentale

Le monde en 1945

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Le monde en 1945
Voilà donc où nous en sommes en 1945, au terme de cette deuxième guerre mondiale, initiée par l’Allemagne nazie contre le reste de l’Europe, et gagnée par l’effort de guerre américain et britannique. Vous voyez sur cette carte les vainqueurs et leurs empires coloniaux, et les vaincus qui ont perdu leurs aires d’influence. On constate que parmi les pays vainqueurs, tous ne sont pas des Occidentaux, puisque Russie et Chine ne font pas partie de l’Occident.

Finalement, nous devrions peut-être penser que nous sommes toujours à l’Occident d’un autre pays, ou encore à l’Occident de quelqu’un d’autre.
En tout cas que l’on tente de comprendre cette idée d’Occident, ou que l’on cherche à la déconstruire, dans la mesure où c’est peut-être un mythe, à chaque fois, on débouche sur des interrogations et des contradictions.
Plus on délimite l’idée de l’Occident, plus elle apparaît à la fois comme permanente, critiquable et volatile.
Car au fond un Occident pour vaincre quoi ? Pour se battre contre qui ? Et pour faire quoi de la victoire ?


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Le rêve brisé de la jeunesse biélorusse

par Benjamin Vautrin
pour http://blog.mondediplo.net

Finalement, la révolution n’a pas eu lieu en Biélorussie. Les quelques concessions accordées à l’opposition – dont l’accès aux médias est limité – lors de la période électorale de décembre 2010 avaient pourtant fait naître quelques espoirs. Ils furent très vite brisés par une brutale reprise en main. Réécrite, canalisée, censurée, l’information ne sert qu’une cause, celle du pouvoir en place. L’opposition reste isolée et peine à se structurer.

Loukachenko, seul contre la jeunesse ?

Le 21 janvier 2011, Alexandre Gregorevitch Loukachenko a officiellement pris — pour la quatrième fois consécutive — ses fonctions de président de la République de Biélorussie, un mois après avoir remporté les élections dès le premier tour avec 79,65 % des voix (selon les sources officielles, pour une participation de 90% ; les études indépendantes l’avaient crédité de 35 % des voix au premier tour). Comme les deux derniers scrutins, ces élections ont été entachées de fraudes massives et de pressions sur les votants, et donc une nouvelle fois invalidées par les observateurs de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE). La campagne présidentielle a pourtant présenté une configuration inédite où, en partie grâce aux pressions de l’Union européenne et la Russie, les membres de l’opposition ont pu avoir accès aux médias nationaux, et des observateurs étrangers assister au déroulement du scrutin.
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Toujours dans le giron russe, mais tentée par l’Europe
Esquisse : Philippe Rekacewicz
En septembre, M. Loukachenko annonce que les élections présidentielles seront avancées au 19 décembre, anticipant ainsi de plus de quatre mois l’échéance électorale et prenant de court l’opposition. Il a quelques raisons d’être pressé. Fort de son expérience passée, il sait qu’il est plus facile de gérer des manifestants par -15°C plutôt qu’au début du printemps. Par ailleurs, les lignes de crédit s’épuisent, et il risque de ne plus pouvoir payer pensions et salaires, ce qui en pleine période électorale alimenterait l’instabilité sociale. Enfin, il est plus facile de renégocier les prêts avec la Russie en qualité de nouveau président.
Soufflant le chaud et le froid, feignant de se rapprocher de l’Europe, puis se retournant finalement vers le « grand frère russe », M. Loukachenko règle le curseur de ses relations en fonction de ses besoins de crédit auprès de l’Europe, de l’application incertaine des accords douaniers sur le lait ou le gaz avec la Russie, et de la nécessité de flatter la fibre nationaliste en jouant la carte de l’indépendance et du « seul contre tous », entretenant le mythe d’une Biélorussie indépendante et économiquement stable.
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Un pays enclavé
La faiblesse de son commerce extérieur met effectivement la Biélorussie à l’abri des crises systémiques. Mais son indépendance est toute relative : sans ressources énergétiques propres, sans accès à la mer, son budget dépend en grande partie des ristournes accordées par la Russie sur le prix du gaz et pétrole (42 milliards de dollars sur les dix dernières années). A titre de comparaison, le budget du pays pour 2010 était de 10 milliards de dollars, et sa dette dépassait 25 milliards de dollars.
Bien que Moscou ait durci le ton, sa politique à l’égard de M. Loukachenko n’a pas réellement changé. Il reste un allié stratégique de la Russie pour le transit du gaz vers l’Europe, du moins tant que les gazoducs Nordstream et South Stream ne seront pas mis en service. Malgré cela, en septembre 2010, Moscou tire un gros coup de semonce : sur la chaîne de télévision NTV sont diffusés une série de quatre reportages présentant Loukachenko comme « le Parrain » biélorusse, décrivant dans le détail son réseau d’influence et surtout le nommant explicitement comme responsable des assassinats d’opposants, dont celui d’Oleg Bebenin [1] quelques jours plus tôt. Le même type de reportage ayant été utilisé par le Kremlin pour préparer l’opinion publique au limogeage de Youri Lujkov, les biélorusses ont secrètement espéré que la Russie se préparait aussi à « limoger » Loukachenko, deux mois avant les élections !
Le président biélorusse se tourne alors vers l’Europe — démarche déjà amorcée en 2008 quand il avait refusé de reconnaître l’Abkhazie et l’Ossétie du Sud pour marquer son indépendance face à la Russie — et le 2 novembre, l’Union européenne, par le biais de l’émissaire polonais Radoslav Sikorskiy, fait une promesse d’aide financière de 3 milliards d’euros, à la condition que soient organisées des élections démocratiques.
Contraint, M. Loukachenko fait semblant de jouer l’ouverture. Il autorise, pour tous les candidats, deux passages à la radio, deux fois trente minutes d’antenne sur BTCanal1 et un débat d’une heure (auquel lui-même refusera de participer) ainsi que la publication de leur profession de foi dans la presse contrôlée par l’état. Ce service minimum est dénoncé par les neuf candidats concernés, mais néanmoins mis à profit pour aborder des sujets jamais évoqués par les médias biélorusses : le scandale de Tchernobyl et du million de biélorusses qui vivent toujours en zone contaminée, les disparitions d’opposants, l’endettement du pays, ce mystérieux « fond présidentiel » de 900 millions de dollars qui n’apparaît dans aucune comptabilité officielle, et bien sûr, les falsifications massives des élections.
Cette configuration joue contre les candidats. La toute petite « fenêtre d’expression » ne leur permet pas de s’exprimer harmonieusement, leur discours apparaît agressif, décalé, par rapport à l’image édulcorée que les médias nationaux donnent du pays. Ces candidats présentent bien un front solidaire entre eux, mais ne font preuve de combativité que contre Loukachenko, oubliant presque de mettre en valeur ce qui fait leur singularité. Beaucoup de votants indécis leur ont reproché de ne pas avoir de réel programme à présenter. Enfin, leur intervention télévisuelle ayant eu lieu quinze jours avant le scrutin, le président avait amplement le temps de démentir, contredire, diffamer, sans permettre aux candidats le moindre droit de réponse.
L’OSCE (dont les bureaux à Minsk ont depuis été fermés) a mesuré le temps de parole de chaque candidat entre le 25 novembre et le 5 décembre 2010 : 90 % du temps d’antenne pour M. Loukachenko contre 10 % répartis entre les neufs autres candidats… Les plus cyniques noteront tout de même une amélioration, puisque le temps de parole du président est normalement de 100 %.
Il existe deux chaines hertziennes biélorusses (Belarus TVCanal1, et STV) et deux chaînes d’origine Russe (ONT et NTV Belarus), très étroitement surveillées par le pouvoir qui censure régulièrement les programmes. Les très populaires programmes d’humour russe « Comedy Club » et « Projet Paris Hilton » se voient amputés, parfois au dernier moment, des sketchs mettant en scène Loukachenko. Il n’est pas rare de voir diffusé, sans explications, un clip musical avant la reprise du programme.
Pour les journaux télévisés, le traitement de l’information des chaînes russes est assuré par la rédaction locale à Minsk, qui n’a pas changé de ligne éditoriale depuis 1994 : la Biélorussie est un état indépendant et stable grâce à son président, le reste du monde est corrompu et instable. Seuls les Etats amis — Venezuela, Chine, Iran et Libye — ont les faveurs de l’actualité internationale.
Plus inquiétant encore que la censure, c’est la réécriture de l’Histoire. En mars 2006 lors des précédentes élections, des revues pornographiques et des seringues ont été placées dans les tentes des manifestants qui occupaient la place d’Octobre. Le même procédé a été utilisé au lendemain de la manifestation démocratique du 19 décembre 2010 : des barres de fer et des bouteilles de vodka ont été disposées sur les lieux de la manifestation, puis filmées par la télévision biélorusse. Les 30 000 à 40 000 manifestants pacifiques sont devenus « environ 3 000 marginaux alcooliques ». Il ne saurait être question d’un élan populaire mais bien, selon la thèse officielle, d’une contestation « marginale ». La ficelle peut paraître bien grosse, mais ici, le reportage diffamatoire est un exercice qui se pratique sans nuance et de manière très décomplexée. Le message passe assez bien auprès de la majorité des Biélorusses, pour qui Canal1 est la principale source d’information.
Depuis juillet 2010, un décret présidentiel [2]impose aux cafés Internet de noter le numéro de passeport de tous leurs clients et de conserver l’historique de navigation correspondant, supprimant du coup un des derniers espaces de liberté. Par ailleurs, l’Internet à domicile est centralisé par BelTelecom ce qui empêche tout anonymat. La presse indépendante (Nasha Niva, Narodnaja Volya) est soumise à une pression gouvernementale constante : contrôles fiscaux, remise en cause des licences de diffusion, ou numéros interdits lorsqu’ils contiennent un article « contre-présidentiel ».
Avec le plein contrôle des télécommunications, des médias, d’Internet, des syndicats [3] et des universités, Loukachenko a pu, en seize ans de pouvoir absolu, tisser un efficace réseau de propagande. La répression des opposants prend de multiples formes : licenciements, exclusion, sanctions financières...
« Sania, reste avec nous ! »
En octobre 2010, le groupe biélorusse RockerJoker a lancé sur YouTube une chanson intitulée « Sania, reste avec nous », Sania étant un diminutif pour « Alexandre ». L’ironie est à peine voilée :
« Sania reste avec nous,
Tout sera OK,
Des rues propres,
Le soleil cligne des yeux,
Une pluie comme une petite douche nous caresse l’âme,
[…]
Grâce à toi nous vivons dans l’endroit le plus propre au monde »
(Allusion au souhait du président d’avoir un pays propre « sur tous les aspects ».)
Reprise sur BTCanal1, la chanson est devenue très populaire parmi les jeunes du BRSM (mouvement des jeunes biélorusses, héritier idéologique affiché des jeunesses communistes de l’ère soviétique). Début décembre, le ministère de l’information impose aux radios nationales de diffuser cette chanson « au moins sept fois par jour ». Elle a été présentée par le groupe comme un « gag musical » lors de sa sortie, et malgré cela, est devenue le tube de campagne du président… Naïveté d’une censure ne comprenant pas le second degré ou habile retournement ? Depuis, pris à son propre piège, le groupe se terre dans un mutisme total…
Voici la version originale mise à la disposition du public par le groupe lui-même :
Une version plus « commerciale » a été réalisée plus tard, avec une mise en scène un peu plus élaborée et quelques danseuses en costume traditionnel pour faire couleur locale :
Le même groupe a aussi enregistré un clip absolument étonnant, « Goodbye America », en soi une performance puisque qu’il a été réalisé en une seule prise avec comme acteur principal le courageux chanteur du groupe biélorusse « Cassiopée ».
Puisque l’espace de parole est inexistant, les opposants biélorusses en reviennent aux bonnes vieilles méthodes de partisans : tracts imprimés à la maison et lancés dans la rue, disques gravés de reportages censurés distribués aux arrêts de bus, montages vidéo mis en ligne sur Internet, collage d’affiches présentant les portraits des opposants disparus. Mais ces initiatives citoyennes spontanées restent sporadiques et isolées. Les partis d’opposition ne se risquent à rien d’illégal, sachant que le moindre écart sera disproportionnellement sanctionné, comme l’ont d’ailleurs montré les événements de la soirée du 19 décembre 2010.
Toute manifestation publique est soumise à une autorisation, qui bien sûr n’est jamais accordée. Tout participant à une manifestation est de fait hors-la-loi, et tout organisateur passible de prison. C’est ce qui est arrivé à six des neuf candidats, arrêtés et passés à tabac le soir des élections, ainsi qu’à plus de 600 manifestants et à des journalistes étrangers. A ce jour, les candidats Andrey Sannikov, Vladimir Niklaev [4], Nikolai Statkevitch, et Alexei Mikhalevitch, qui avaient ouvertement appelé à manifester, sont toujours emprisonnés et n’ont pu voir leurs avocats respectifs qu’une seule fois, le 29 décembre.
Le soir des élections, la plupart des sites Internet d’information, les réseaux sociaux, ainsi que l’accès à toutes les serveurs de courrier électronique étaient bloqués. Les antennes relais situées sur le lieu de la manifestation ont capté les signaux émis par les téléphones portables des manifestants, et M. Loukachenko a promis que tous les participants seraient identifiés et sanctionnés. Depuis le début du mois de janvier, les convocations et interrogatoires individuels se succèdent. Les personnes identifiées se voient offrir l’abandon des poursuites en échange d’un témoignage contre les candidats, afin d’alimenter le procès des figures de l’opposition qui a débuté mi-février. Alexandre Otroshenkov, le secrétaire du candidat Sannikov, premier à être jugé, a d’ores et déjà écopé de quatre ans d’enfermement en colonie pénitentiaire.
Tout comme Alexandre Kazulin, candidat aux élections de 2006 condamné à cinq ans de prison pour avoir appelé à manifester, et libéré au bout de deux ans et demi contre un crédit européen et des promesses allemandes d’investissement, les candidats actuellement emprisonnés sont la monnaie d’échange pour le rachat d’une respectabilité européenne et la négociation d’un éventuel nouveau crédit.
Les possibilités de frapper économiquement une Biélorussie endettée et en manque de liquidités [5] n’ont jamais été aussi grandes. Pourtant, l’Europe, toujours aussi frileuse, se limite à des sanctions diplomatiques symboliques et la Russie, même si elle se dit inquiète, reste très discrète, surtout depuis la réconciliation affichée des deux présidents lors des négociations douanières de décembre 2010. Que l’Europe cède à un prévisible chantage ne fera que renforcer la position de ce dictateur aux méthodes de voyou.

Des oreillers pour un peu de liberté

La jeunesse biélorusse ne manque pas d’imagination. Elle s’est embarquée, à sa manière, dans le grand mouvement très international du « Pillow fight » dont le slogan est « faites des plumes, pas la guerre ! »...
Le 8 septembre 2009, quatre cents jeunes Biélorusses se sont réunis pour commémorer de manière festive le 495e anniversaire de la bataille de Vorsha (1514), au cours de laquelle 30 000 soldats du duché de Litva réussirent à défaire une solide armée russe de 80 000 combattants.
Armés d’oreillers, de duvets et de jouets en peluche, les jeunes répartis en deux camps se sont affrontés jusqu’au coucher du soleil dans une atmosphère joyeuse, ne laissant comme trace de la guerre qu’un soyeux tapis de plumes blanches.
Devenues de véritables cartes de visites culturelles pour Minsk, accueillies avec un enthousiaste retentissement dans les médias des pays voisins, ces batailles ont été interdites par le gouvernement en 2010. « Cet événement est stupide. Je ne le comprends pas, c’est pourquoi j’ai décidé de l’interdire » a déclaré Mikhail Titenkov, membre du comité exécutif de la ville de Minsk.
La dernière bataille, celle qui commémorait la victoire « de Grunwald » a eu lieu en juillet 2010, et soixante-dix personnes y ont été arrêtées.
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Bataille d’oreillers à Minsk en commémoration de la victoire de Vorsha (1514)
Photos : © Yahor Shumsky, 2009. Reproduites avec l’aimable autorisation de l’auteur.
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Benjamin Vautrin est journaliste.
A consulter
- « Loukachenko, “notre” impitoyable dictateur », traduction française parue sur Presseurope le 8 mars 2011 d’un article de The Independent (« In Europe’s last dictatorship, all opposition is mercilessly crushed ») le même jour.
- Le site de la charte 97 qui est une déclaration inspirée de la Charte 77 en Tchécoslovaquie pour la démocratie et la liberté. Le fondateur de la charte 97, Oleg Bebenin, a été retrouvé mort chez lui à Minsk en septembre 2010. La thèse officielle prétend qu’il s’est suicidé par pendaison, ce que réfutent catégoriquement ses amis et sa famille.
- « Belarus : Survey Shows Massive Abuses of Protesters » (en anglais), Human rights watch (HRW), 9 février 2011.

Notes

[1] Journaliste, soutien de campagne du candidat Sannikov, fondateur du site http://charter97.org, il enquêtait justement sur les enlèvements d’opposants survenus à la fin des années 1990.
[2] Décret présidentiel n°60 entré en vigueur le 1er juillet 2010 nommé « mesure de sécurité nationale sur le segment internet » accompagné d’une liste d’une vingtaine de sites internet rendus inaccessibles.
[3] Un peu moins de 80% des entreprises sont gérées par l’Etat, et un scrutin anticipé est organisé dans les usines et universités, permettant de surveiller et au besoin, corriger, les suffrages exprimés.
[4] Vladimir Niklaev, retenu dans les locaux du KGB dès le soir des élections malgré un traumatisme crânien est en résidence surveillée à son domicile depuis le 29 janvier 2011
[5] En février, l’Etat a annoncé son intention de supprimer 15% des postes de fonctionnaires. Le pays a un déficit de liquidités de plus d’un milliard de dollars pour le premier semestre 2011.

10 mars 2011

Les lents progrès du mouvement abolitionniste

http://blog.mondediplo.net
par Philippe Rekacewicz
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Aux Etats-Unis, l’Illinois devient, en 2011, le seizième Etat abolitionniste après le Nouveau Mexique (2009).
L’Etat de l’Illinois aux Etats-Unis, fief de Barack Obama, a officiellement signé, mercredi 10 mars 2011, le texte de loi qui abolit la peine de mort, et immédiatement commué en détention à vie la condamnation à la peine capitale de quinze prisonniers. Depuis 1976, 12 personnes ont été exécutées dans cet état où la peine de mort n’était plus appliquée depuis 2000, date à laquelle a été institué un moratoire.
L’autre bonne nouvelle, c’est le Gabon, qui a annoncé publiquement, le 15 février 2011, que son Parlement avait voté l’abolition de la peine de mort pour tous les crimes. Au cours des trois dernières années, quatre pays ont définitivement rayé la peine capitale de leur droit pénal : le Togo et le Burundi en 2009, l’Ouzbékistan et l’Argentine en 2008. En Europe, le seul Etat appliquant encore la peine capitale est la Biélorussie, qui a exécuté deux personnes en 2010.
Enfin, la Tunisie, en pleine révolution démocratique, est en bonne voie pour être le premier pays du Maghreb à abolir légalement la peine de mort. Un premier projet de loi avait été présenté en 2008, mais était resté sans suite. Au début du mois de février 2011, le conseil des ministres du gouvernement de transition a annoncé vouloir adopter les normes universelles pour les droits humains, dont un protocole facultatif du Pacte international sur les droits civils et politiques sur l’abolition de la peine capitale. La Tunisie est abolitionniste de fait, puisqu’aucune exécution n’a eu lieu depuis 1991, mais il reste aujourd’hui dans les prisons une centaine de prisonniers encore condamnés à mort et qui risquent toujours d’être exécutés.
Le mouvement abolitionniste progresse lentement, mais il progresse.
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Encore trop de taches rouges
Carte : Ph. Re. 2011.
Sites Internet à consulter :
- Peine de mort, le site de Sophie Fotiadi
- Death Penalty Information Center, informations et données très complètes pour les Etats-Unis
- Ensemble contre la peine de mort

Notre poison quotidien (Documentaire)

 http://www.arte.tv
Une enquête de Marie-Monique Robin  (BLOG)
Une coproduction d'Arte France et INA
France 2010, 113 Mn

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Au cœur de la nouvelle enquête , il y a une question fondamentale : comment les produits chimiques qui contaminent notre chaîne alimentaire sont-ils testés, évalués, puis réglementés ?

Au cours des 30 dernières années, le cancer, les maladies neurologiques (Parkinson et Alzheimer) ou auto-immunes, le diabète et les dysfonctionnements de la reproduction n’ont cessé de progresser. Comment expliquer cette inquiétante épidémie, qui frappe particulièrement les pays dits « développés » ? C’est à cette question que répond Notre poison quotidien, fruit d’une enquête de deux ans en Amérique du Nord, en Asie et en Europe.

S’appuyant sur de nombreuses études scientifiques, mais aussi sur les témoignages de représentants des agences de règlementation – comme la Food and Drug Administration (FDA) américaine ou l'Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) –, le film montre que la cause principale de l’épidémie est d’origine environnementale : elle est due aux quelques 100 000 molécules chimiques qui ont envahi notre environnement, et principalement notre alimentation, depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Cette grande enquête retrace le mode de production, de conditionnement et de consommation des aliments, depuis le champ du paysan (pesticides) jusqu’à notre assiette (additifs et plastiques alimentaires). Elle décortique le système d’évaluation et d’homologation des produits chimiques, à travers les exemples des pesticides, de l’aspartame et du Bisphénol A (BPA), et montre qu’il est totalement défaillant et inadapté. Elle raconte les pressions et les manipulations de l’industrie chimique pour maintenir sur le marché des produits hautement toxiques. Enfin et surtout, elle explore les pistes permettant de se protéger en soutenant ses mécanismes immunitaires par la nourriture, ainsi que le démontrent de nombreuses études scientifiques (décriées par l’industrie pharmaceutique).

Le documentaire sera suivi d’un débat en présence de Marie-Monique Robin

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7 mars 2011

Le Dessous des Cartes - Occident, empire du soleil couchant ? (1/2)

http://www.arte.tv
(France, 2010, 12mn)
ARTE F
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Le Dessous des Cartes va consacrer deux numéros à réfléchir à la notion d’Occident.
Cette notion est très présente dans notre façon de réfléchir, dans notre vocabulaire et en même temps, elle est tout à la fois mouvante, imprécise, et en même temps politique, c’est-à-dire assez sensible.
Dans l’idée d’Occident, Il y a à la fois une réalité, et une confusion.
Pour tenter d’y voir clair, nous allons prendre aujourd’hui des critères et des cartes.


Le critère géographique insuffisant

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Le critère géographique insuffisant
Il est bien difficile de figer ce territoire de l’Occident. Si on prend le critère géographique, on aurait tendance à placer tout de suite en Occident : l’Europe, les États-Unis et le Canada, c'est-à-dire des extensions historiques et directes de l’Europe. Mais il faudrait faire également figurer l’Australie et la Nouvelle-Zélande, deux nations elles aussi construites depuis la présence et l’influence européennes, à partir du XVIIIe siècle.
Vous l’avez remarqué cette notion est donc un peu géographique, beaucoup historique, très civilisationelle, parce que très inscrite dans nos mémoires collectives.
J’ai évoqué ces thèmes tout à fait fondateurs que sont : Athènes, Rome, la pensée chrétienne.
C’est pour cela que je me suis installé, aujourd’hui à la Cité de l’Architecture et du Patrimoine au Trocadéro à Paris, devant cette superbe mise au tombeau qui vient de l’Abbaye de Solesmes.
Et encore, je n’ai pas évoqué ces thèmes centraux que sont la Renaissance, les Lumières, ou le rationalisme scientifique.
Dans un prochain numéro, j’aborderai l’Occident peut-être dans sa dimension plus actuelle, la guerre froide, c’est-à-dire où l’Occident était face à l’URSS. La dimension économique, bien entendu, mais aussi la dimension militaire avec l’OTAN et la guerre actuelle en Afghanistan.

ARTE Reportage - Libye , U.S.A , Mauritanie

http://videos.arte.tv
(France, 2011, 42mn)
ARTE
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ARTE Reportage

Libye : la longue marche vers la liberté
Après des années de terreur, les habitants de l’Est de la Libye respirent enfin et espèrent qu’au plus vite, tous les Libyens pourront en faire de même. En attendant la chute de Tripoli et du clan Kadhafi, une Libye libre tente de s’organiser autour de la jeune génération à l’origine de la révolte.
A Benghazi, deuxième ville du pays, les habitants racontent le quotidien des années noires d’un régime parmi les plus durs et les plus répressifs du monde arabe. La population visite désormais le palais du colonel Kadhafi, les prisons, les lieux de torture, et se demande où sont passés les milliards de dollars de manne pétrolière.
Et chacun se dit prêt à marcher sur Tripoli pour mettre un terme définitif au pouvoir du colonel Kadhafi et de son clan.

Colorado : de l’uranium à tout prix
Depuis, la propagation des révolutions dans le monde arabe, les craintes d’une pénurie de pétrole grandissent, proportionnellement à la flambée des prix du baril. Une période d’incertitude qui incite plutôt à l’autonomie…
Depuis plusieurs années déjà, les Etats-Unis cherchent par tous les moyens à exploiter les ressources énergétiques tirées de leur propre sol. Certaines ressources, en perte de vitesse, comme le charbon, le nucléaire ou le gaz de schiste, - dont l’exploitation hautement polluante suscite un vif débat - sont remises au goût du jour. Dans les Appalaches, le charbon est toujours soumis à une exploitation intensive.
L’extraction nucléaire, tombée en désuétude, elle aussi, pourrait renaître aux USA. Un budget d’environ 8 milliards de dollars a été alloué à son développement par l’administration Obama.
Contre toute attente, les mines d’uranium sont remises en service. L’uranium est tenu pour responsable de nombreuses catastrophes, humaines et écologiques. Les sols seraient détruits. La qualité de l’eau et de l’air serait aussi irréversiblement altérée.
A Nucla, dans le Colorado, reposent les dépouilles des victimes de l’uranium. Pourtant, au grand dam des militants écologistes, l’espoir renaît chez les mineurs de la région, qui souhaitent la réouverture du site. Toute une population désoeuvrée oscille entre l’envie de retrouver du travail, les risques encourus pour leur santé et le travail de mémoire qui les relie à la génération précédente. Et Energy Fuels fait miroiter une industrie de l’uranium propre et sûre à l’état du Colorado et à ses travailleurs…

Nouakchott: le casse-tête de l’eau
Une personne sur trois dans le monde n’a pas assez d’eau pour vivre correctement. Un problème qui va en s'aggravant : les villes grandissent, la population augmente et l'agriculture, l'industrie et les ménages ont besoin d'eau en quantité toujours plus grande.
Dans certains pays, moins de 40 % de la population a accès à l'eau potable. C'est le cas de la Mauritanie. L’ONU estime qu’il faut au minimum 20 litres d’eau potable par jour et par personne. A Nouakchott, la population dispose en moyenne de 15 litres.
L’eau a toujours été une question cruciale pour la capitale mauritanienne, depuis sa création il y a un peu plus de 50 ans.
De simple bourgade, Nouakchott s’est muée en une métropole, qui atteint aujourd’hui près d’un million d’habitants. Mais Nouakchott souffre de pénurie d’eau depuis sa création, et pour cause, il n’y a aucune source d’eau douce dans les alentours. La nappe souterraine actuellement exploitée pour approvisionner la ville se trouve à 60 kilomètres mais elle ne suffit plus depuis longtemps.
L’accès à l'eau potable en Mauritanie reste un casse-tête récurrent pour les populations. Et les prix soumis à la spéculation. Depuis plusieurs années, les autorités placent tous leurs espoirs dans le projet d'alimentation en eau potable « Aftout Essahli » : un château d’eau, une station de traitement, une station de pompage. L’eau est acheminée depuis le fleuve Sénégal, à près de 200 kilomètres de Nouakchott. Un projet qui est, en partie, devenu réalité, depuis l’automne dernier. Mais dans la plupart des quartiers, il n’y a pas de réseau d’alimentation d’eau. La galère continue donc pour une grande majorité des habitants de Nouakchott, pour qui la quête quotidienne de l’or bleu représente un parcours du combattant.


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3 mars 2011

Face-à-face tendu à Bahreïn

par Alain Gresh
pour http://blog.mondediplo.net
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C’est le 14 février que se déroule à Bahreïn la première manifestation contre la dynastie régnante et que tombe la première victime ; le lendemain, lors de ses funérailles, un autre jeune homme est tué. Dans un geste spectaculaire, le roi présente alors ses excuses pour les morts, et les opposants occupent pacifiquement la place des Perles. Le 17 février au matin, l’armée donne l’assaut, tuant cinq personnes, dont certaines assassinées dans leur sommeil, sous la tente. Le lendemain, une nouvelle fois, l’armée se retire et, depuis, un calme précaire prévaut, même si les manifestations se poursuivent sans discontinuer. L’histoire singulière de cet archipel de quelques dizaines d’îles situé dans le Golfe, sa proximité avec l’Arabie saoudite et la présence du quartier général de la Ve flotte américaine, expliquent aussi bien la forte politisation de la population que les chassés-croisés de la monarchie et les incertitudes qui demeurent.

Deux siècles de domination perse, avant la colonisation britannique, ont marqué le pays, dont la majorité de la population, contrairement à la famille régnante (Al-Khalifa) sunnite, est chiite. Téhéran prétendit d’ailleurs annexer le Bahreïn lorsque Londres renonça, en 1968, à son protectorat. Mais la consultation organisée en 1970 sous le contrôle de l’ONU aboutit à l’indépendance, proclamée en août 1971. La vie à Bahreïn est marquée par une agitation politique chronique et par la présence de forces d’opposition, de gauche radicale et islamiste puissantes. La dissolution, en 1975, de l’assemblée élue deux ans plus tôt — signe, alors, d’une démocratisation balbutiante — et la découverte d’un « complot iranien » en 1981, puis d’une tentative de coup d’Etat en 1985, renforcent le caractère répressif du régime.

Mais l’opposition, de plus en plus dominée par les islamistes chiites (après la révolution iranienne de 1979), ne désarme pas, encouragée par les difficultés économiques, notamment le chômage, très élevé parmi les chiites, et par les discriminations. Elle réclame le retour à la Constitution de 1973 : des milliers de citoyens signent une pétition en ce sens en octobre 1994. Le mois suivant éclate une véritable intifada, qui se poursuivra plusieurs années. Des dizaines de personnes sont tuées, des centaines arrêtées ; la torture est une pratique courante.
En 1999, l’arrivée au pouvoir du nouvel émir cheikh Hamad bin Isa Al-Khalifa, succédant à son père décédé, permet une certaine ouverture démocratique : libération des opposants et retour dans l’émirat des exilés, reconnaissance de l’égalité entre les citoyens, abolition des lois d’exception et restauration de la liberté de parole. Une nouvelle Charte nationale, plébiscitée par référendum en février 2001, scelle la réconciliation nationale, mais celle-ci ne durera pas.
L’émir se proclame roi en février 2002. Il promulgue, sans consultation, une Constitution qui institue une Assemblée nationale bicamérale dont quarante membres sont bien élus, mais dont quarante autres sont désignés par le roi. Ce « coup d’Etat constitutionnel » s’accompagne d’une série de décrets royaux limitant le jeu politique. Les principaux mouvements de l’opposition (Al-Wefaq et Al-Waad, de gauche) boycottent les élections législatives d’octobre 2002 auxquelles, pour la première fois, les femmes sont autorisées à voter. Un compromis est finalement trouvé et l’opposition accepte de participer au scrutin du 2 décembre 2006.

C’est au même moment qu’éclate un scandale : des documents divulgués par un fonctionnaire britannique d’origine soudanaise révèlent que le gouvernement octroie la nationalité à des citoyens pakistanais ou arabes à condition qu’ils soient sunnites et que, d’autre part, il finance directement des journalistes et des candidats qui lui sont favorables. Les résultats du scrutin de 2006 ont confirmé l’influence du parti islamiste chiite Al-Wefaq, qui emporte 17 sièges sur 40. Mais la coexistence se révèle ardue et le gouvernement ne prend pas en compte les revendications de l’opposition. La protestation passe à nouveau dans la rue en 2010, et, même si les élections ont lieu au mois de novembre avec la participation d’Al-Wefaq (18 sièges), elles sont boycottées par un mouvement plus radical à l’égard du pouvoir, Al-Haq, et par les organisations de défense des droits humains qui cherchent à dépasser le clivage sunnites/chiites (lire Cortni Kerr et Toby C. Jones, « A Revolution paused in Bahrain », Middle East Report on line (Merip), 23 février). le mécontentement grandit qui débouche sur les manifestations du 14 février, la répression, puis le face-à-face qui se prolonge.

Les acteurs principaux sont d’abord les organisations nationales. Face à la mobilisation, perçue par une partie de la population comme chiite, voire manipulée par l’Iran, les forces favorables à la monarchie ont manifesté de manière massive, regroupant des dizaines de milliers de partisans, le plus souvent sur une base confessionnelle. Il faut toutefois noter que lors des dernières élections, on a assisté à un recul des islamistes sunnites, notamment des Frères musulmans.

Al-Wefaq s’est rallié au mouvement de protestation et ses députés ont décidé de quitter l’assemblée nationale. La libération par les autorités de tous les prisonniers politiques, l’amnistie accordée à Hassan Moushaimaa, un dirigeant du mouvement Al-Haq qui a pu rentrer d’exil (lire « Bahrain unrest : Shia dissident Hassan Mushaima returns », BBC News, 26 février), ont été des premières victoires. Mais elles ont mis aussi en évidence les divergences entre ceux qui réclament l’abolition pure et simple de la monarchie et ceux qui se prononcent pour une monarchie constitutionnelle, ces derniers craignant que des revendications plus radicales ne débouchent sur un affrontement entre sunnites et chiites.

Quant à la famille royale, elle semble divisée et pourra difficilement accepter l’idée même d’une monarchie constitutionnelle. Après avoir tenté d’acheter la population en offrant l’équivalent de 2 650 dollars à chaque famille, après avoir tenté la répression, les options sont limitées. Le roi et le prince héritier sont favorables au dialogue avec les oppositions, tandis que le premier ministre, en poste depuis plus de quarante ans, est partisan d’une ligne plus dure (lire Olivier Da Lage, « Bahreïn : dissensions chez les Al Khalifa ? », 20 février 2011.)

Les événements ne peuvent laisser indifférente l’Arabie saoudite, qui a toujours considéré la stabilité de Bahreïn comme relevant de la sécurité nationale, d’autant que ce petit royaume jouxte sa province est, à majorité chiite et où sont concentrées les richesses pétrolières. Les Saoud pourraient intervenir directement si cela est nécessaire, en utilisant le pont de 20 kilomètres de long qui relie l’île au royaume, pont inauguré en 1986 et dont tous les observateurs avaient noté à l’époque la dimension militaire.

Pour ajouter aux contradictions, Bahreïn abrite le quartier général de la Ve flotte américaine, et Washington a décidé d’y investir un demi-milliard de dollars, d’où les déclarations embarrassées de la Maison Blanche face à la répression. Le 25 février, le chef d’état-major américain, l’amiral Mike Mullen, en visite à Bahreïn, a déclaré que ce pays était un allié crucial (critical long-time ally). Et le président Obama a mis tout son poids dans le soutien à la volonté du roi d’entamer des réformes.

On notera la couverture assez « nuancée » des manifestations par Al-Jazira, qui a joué un rôle décisif pour répercuter les soulèvements égyptien et tunisien et qui relaie les événements de Libye sans cacher son soutien à l’opposition au colonel Kadhafi : l’émir du Qatar, sponsor de la chaîne, ne veut pas fâcher ses voisins saoudiens, avec qui il vient de se réconcilier.

La menace iranienne

Par Noam Chomsky
Chomsky.info, 2 juillet 2010
Traduction et notes par Jc Mourrat, 11 février 2011 
 
 
La terrible menace iranienne est largement reconnue comme le problème de politique internationale le plus important pour le gouvernement d'Obama. Le général Petraeus a informé le Comité sénatorial des forces armées en mars 2010 que "le régime iranien est la principale menace étatique pour la stabilité" dans la sphère d'influence du US Central Command [1], le Moyen-Orient et l'Asie centrale, la principale région du monde intéressant les Etats-Unis. Le terme "stabilité" a ici son sens technique usuel : fermement sous contrôle étasunien. En juin 2010, le Congrès des Etats-Unis a renforcé les sanctions contre l'Iran, avec des peines encore plus sévères contre les entreprises étrangères [2]. Le gouvernement Obama augmente rapidement sa capacité d'attaque sur l'île africaine de Diego Garcia, revendiquée par le Royaume-Uni, qui avait expulsé la population pour permettre aux Etats-Unis de construire une base militaire pour les attaques dans la zone d'action du Central Command. L'US Navy rapporte avoir envoyé un navire ravitailleur de sous-marins vers l'île, pour des sous-marins à propulsion nucléaire équipés de missiles guidés Tomahawk pouvant porter des têtes nucléaires. Chaque sous-marin a la force de frappe d'un groupe de combat aéronaval typique. Selon un rapport de cargaison de la US Navy obtenu par le Sunday Herald de Glasgow [3], l'équipement militaire expédié par Obama comprend 387 "bunker busters" [4], servant à détruire les structures souterraines renforcées. Le projet de développement de ces bombes, les plus puissantes de l'arsenal après les bombes nucléaires, avait été inité sous l'administration Bush, mais languissait. A sa prise de pouvoir, Obama a immédiatement accéléré le projet, et ces bombes sont sur le point d'être déployées plusieurs années en avance sur les prévisions, visant spécifiquement l'Iran.
"Ils se préparent totalement pour la destruction de l'Iran", selon Dan Plesch, directeur du Centre d'études internationales et de diplomatie de l'université de Londres [5]. "Les bombardiers et missiles de longue portée étasuniens sont prêts pour détruire 10 000 cibles en Iran en quelques heures", dit-il. "La force de frappe des Etats-Unis a quadruplé depuis 2003", accélérant sous Obama.
La presse arabe raporte qu'une flotte étasunienne (avec un navire israëlien) est passée par le canal de Suez en route pour le golfe persique [6], où sa mission est de "mettre en oeuvre les sanctions contre l'Iran et superviser les bateaux en provenance ou à destination de l'Iran." Des medias britanniques et israëliens rapportent que l'Arabie Saoudite garantit à Israël un couloir de passage pour bombarder l'Iran (démenti par l'Arabie Saoudite) [7]. De retour d'Afghanistan pour assurer aux pays de l'OTAN que les Etat-Unis maintiendraient leur engagement après le remplacement du général McChrystal par son supérieur, le général Petraeus, le président du Comité des chefs d’États-majors interarmées [8] Michael Mullen s'est rendu en Israël pour rencontrer le chef des forces armées israëliennes Gabi Ashkenazi, les hauts responsables militaires ainsi que les services de renseignement, poursuivant la coopération stratégique entre Israël et les Etats-Unis. La rencontre a porté sur "la préparation, par Israël et les Etats-Unis, à la possibilité d'un Iran nucléarisé", selon Haaretz, Mullen insistant sur le fait qu'il "cherche toujours à voir les problèmes sous la perspective israëlienne." Mullen et Ashkenazi maintiennent un contact régulier par une ligne téléphonique sécurisée.
Les menaces grandissantes d'action militaire contre l'Iran sont bien sûr en violation de la Charte des Nations unies, et en violation spécifique de la résolution 1887 du Conseil de sécurité de septembre 2009, qui réaffirme l'appel à tous les Etats à résoudre pacifiquement les différends liés au nucléaire, en accord avec la Charte, qui bannit l'usage ou la menace de la force.
Certains analystes qui semblent être pris au sérieux décrivent la menace iranienne en termes apocalyptiques. Amitai Etzioni prévient que "les Etats-Unis devront affronter l'Iran ou abandonner le Moyen-Orient", rien de moins. Si le programme nucléaire iranien se poursuit, affirme-t-il, la Turquie, l'Arabie Saoudite et d'autres Etats vont "se déplacer vers" la nouvelle "superpuissance" iranienne. Dans une rhétorique moins fiévreuse, une alliance régionale indépendante des Etats-Unis pourrait prendre forme. Dans le journal militaire étasunien Military review, Etzioni exhorte à une attaque étasunienne qui ciblerait non seulement les équipements nucléaires iraniens, mais aussi les équipements militaires non nucléaires, y compris l'infrastructure — c'est-à-dire la société civile. "Cette sorte d'action militaire est semblable aux sanctions : faire "mal" pour faire changer de comportement, mais par des moyens beaucoup plus puissants."
Mettant de côté ces discours enflammés, qu'est-ce exactement que la menace iranienne ? Une réponse qui fait autorité est donnée par le rapport de l'armée et des services de renseignement pour le Congrès d'avril 2010 [9].
Le régime clérical brutal iranien est assurément une menace pour son propre peuple, bien qu'il ne soit pas très haut placé dans la liste sur ce point en comparaison des alliés des Etats-Unis de la région. Mais ce n'est pas ce qui préoccupe l'armée et le renseignement. Ils sont plutôt préoccupés par la menace que l'Iran représente pour la région et le monde.
Le rapport exprime clairement que la menace iranienne n'est pas d'ordre militaire. Les dépenses militaires de l'Iran sont "relativement basses comparées au reste de la région", et bien sûr minuscules comparées à celles des Etats-Unis. La doctrine militaire iranienne est strictement "défensive, conçue pour ralentir une invasion et forcer une solution diplomatique à des hostilités." L'Iran a seulement "une capacité de projection de forces limitée hors de ses frontières". Concernant l'option nucléaire, "le programme nucléaire de l'Iran, et sa volonté de laisser ouverte la possibilité de développer des armes nucléaires, sont un élément central de sa stratégie de dissuasion."
Même si la menace iranienne n'est pas une agression militaire, cela ne veut pas dire qu'elle pourrait être tolérable pour Washington. La capacité de dissuasion iranienne est considérée comme un exercice illégitime de souveraineté, interférant avec les grands desseins étasuniens. Spécifiquement, elle menace le contrôle des ressources énergétiques du Moyen-Orient par les Etats-Unis, une haute priorité depuis la seconde guerre mondiale. Comme l'a fait remarquer une personalité influente, exprimant ainsi un point de vue courant, le contrôle de ces ressources donne "un contrôle considérable sur le monde" (A.A. Berle).
Mais la menace de l'Iran va au delà de la dissuasion. L'Iran cherche aussi a étendre son influence. Son "plan quinquennal actuel cherche a étendre les relations bilatérales, régionales et internationales, à renforcer les liens de l'Iran avec les Etats amis, et augmenter ses capacités de défense et de dissuasion. Dans la lignée de ce plan, l'Iran cherche à gagner en importance, en contrant l'influence étasunienne et développant des liens avec les acteurs régionaux, tout en défendant la solidarité islamique." En bref, l'Iran cherche à "déstabiliser" la région, dans le sens technique du terme utilisé par le général Petraeus. L'invasion et l'occupation militaire des pays voisins de l'Iran par les Etats-Unis est la "stabilisation". Les efforts de l'Iran pour étendre son influence aux pays voisins est la "déstabilisation", donc clairement illégitime. Il faut remarquer qu'une utilisation aussi révélatrice des termes est banale. Ainsi, l'expert en relations étrangères renommé James Chace, ancien éditeur du journal Foreign Affairs [10], utilisait également le terme "stabilité" dans son sens technique quand il expliquait que pour retrouver la "stabilité" au Chili, il était nécessaire de "déstabiliser" le pays (en renversant le gouvernement élu d'Allende pour y installer la dictature de Pinochet).
Au-delà de ces crimes, l'Iran participe et soutient le terrorisme, poursuit le rapport. Les Gardiens de la révolution "sont derrière certaines des attaques terroristes les plus meurtrières des trois décennies", notamment des attaques contre des installations militaires étasuniennes, et "beaucoup d'attaques insurgées contre les forces de sécurité iraquiennes et de la Coalition en Iraq depuis 2003." De plus, l'Iran soutient le Hezbollah et le Hamas, les forces politiques majeures an Liban et en Palestine — si les élections ont une quelconque importance. La coalition formée autour du Hezbollah a rassemblé le vote populaire lors des dernières élections libanaises, en 2009. Le Hamas a gagné les élections palestiniennes de 2006, forçant les Etats-Unis et Israël à mettre en place le blocus brutal de la bande de Gaza, pour punir les mécréants d'avoir mal voté lors d'élections libres. Ce sont les seules élections relativement libres du monde arabe. Il est normal pour l'élite de redouter la menace démocratique et d'agir pour la contenir, mais le cas est ici frappant, particulièrement en comparaison avec le fort soutien étasunien pour les dictatures de la région, mis en avant par Obama et ses éloges pour le brutal dictateur égyptien Mubarak, alors qu'il se rendait au Caire pour donner son célèbre discours adressé au monde musulman.
Les actes terroristes du Hamas et du Hezbollah font pâle figure en comparaison du terrorisme israëlo-étasunien dans la région, mais méritent tout de même notre attention.
Le 25 mai, le Liban a fêté le jour de la Libération, commémorant le retrait des troupes israëliennes du sud du Liban après 22 ans d'occupation, par suite de la résistance du Hezbollah — décrite par les autorités israëliennes commes une "agression iranienne" contre Israël dans le Liban sous occupation israëlienne (Ephraim Sneh). Voilà un autre exemple de rhétorique impériale courante. Ainsi, le président John F. Kennedy condamnait "l'assaut de l'intérieur" au Sud Vietnam, "qui est orchestré depuis le Nord". Cet assaut criminel par la résistance sud-vietnamienne contre les bombardiers, les armes chimiques, les programmes pour ammener les paysans dans ce qui s'apparentait à des camps de concentration, et d'autres mesures aussi insignifiantes prises par Kennedy furent dénoncées comme une "aggression interne" par l'ambassadeur étasunien aux Nations unies, le héros libéral Adlai Stevenson. Le soutien nord-vietnamien pour leurs compatriotes du Sud occupé par les Etats-Unis est une aggression, une interférence intolérable avec la vertueuse mission de Washington. Les conseillers de Kennedy Arthur Schlesinger et Theodore Sorenson, considérés comme des opposants à la guerre, faisaient l'éloge de l'intervention étasunienne visant à renverser l'"aggression" au Sud Vietnam — par la résistance locale, comme ils le savaient, au moins s'ils lisaient les rapports des services de renseignement. En 1955, le Comité des chefs d’États-majors interarmées des Etats-Unis avait défini plusieurs types d'"aggression", y compris "aggression autre qu'armée, c'est-à-dire, guerre politique, ou subversion." Par exemple, un soulèvement intérieur contre un Etat policier imposé par les Etats-Unis, ou des élections donnant le mauvais résultat. Une telle utilisation des termes est aussi courante dans les commentaires académiques ou politiques, et ont un sens sous l'hypothèse en vigueur que "Le monde nous appartient".
Le Hamas résiste à l'occupation militaire d'Israël et à ses actions violentes et illégales dans les territoires occupés. Il est accusé de refuser de reconnaître Israël (les partis politiques ne reconnaissent pas les Etats). En comparaison, les Etats-Unis et Israël non seulement ne reconnaissent pas la Palestine, mais ont toujours agit avec fermeté pour s'assurer que la Palestine ne pourra jamais exister sous une forme significative. Le parti au pouvoir en Israël, dans son programme de campagne de 1999, interdit l'existence de tout Etat palestinien — un pas supplémentaire vers le compromis, depuis la position officielle des Etats-Unis et Israël une décennie auparavant, assurant qu'il ne pouvait pas y avoir "un Etat palestinien supplémentaire" entre Israël et la Jordanie, ce dernier étant décrété "Etat palestinien", quoi qu'en pensent les ignorants habitant ou gouvernant ce pays.
Le Hamas est accusé de lancer des roquettes sur les implantations israëliennes, sans conteste des actes criminels, mais qui font pâle figure devant la violence d'Israël à Gaza, sans parler d'ailleurs. Sur ce point, il faut garder en mémoire que les Etats-Unis et Israël savent exactement comment mettre fin à la terreur qu'ils déplorent avec tant de passion. Israël reconnaît officiellement qu'il n'y avait pas de tirs de roquettes du Hamas tant qu'Israël respectait partiellement la trêve avec le Hamas de 2008 [11]. Israël a rejeté l'offre du Hamas de renouveler la trêve, préférant lancer l'"opération plomb durci" contre Gaza en décembre 2008, avec total soutien étasunien, une aggression meurtrière exceptionnelle sans le moindre prétexte moral ou légal crédible.
Le modèle de démocratie dans le monde musulman, malgré certains problèmes sérieux, est la Turquie, qui a des élections relativement libres, et a été l'objet de critiques sévères de la part des Etats-Unis. Le cas le plus extrême a été lorsque le gouvernement a suivi l'avis de 95% de la population en refusant de participer à l'invasion de l'Iraq, provoquant la condamnation sévère de Washington pour son incapacité à comprendre comment un gouvernement démocratique doit se comporter : selon notre idée de la démocratie, la voix du Maître détermine les choix politiques, pas l'opinion presque unanime de la population.
Le gouvernement Obama était également furieux lorsque la Turquie s'est jointe au Brésil pour trouver un accord avec l'Iran visant à restreindre sa capacité à enrichir de l'uranium. Obama avait loué l'initiative dans une lettre au président brésilien Lula da Silva, supposant apparemment qu'elle allait échouer et donnerait ainsi une arme de propagande contre l'Iran. Lorsque l'initiative a abouti, les Etats-Unis étaient furieux, et l'ont rapidement sapée en lançant une résolution du Conseil de sécurité comportant de nouvelles sanctions contre l'Iran, des sanctions si dépourvues de sens que la Chine a joyeusement soutenu la résolution — reconnaissant que les sanctions pourraient seulement empêcher les intérêts occidentaux d'être en compétition avec la Chine pour les ressources iraniennes. Une nouvelle fois, Washington a agi sans détours pour s'assurer que personne ne pourrait gêner le contrôle de la région par les Etats-Unis.
Sans surprise, la Turquie (comme le Brésil) a voté contre la motion étasunienne de sanctions au Conseil de sécurité. L'autre pays membre de la région, le Liban, s'est abstenu. Ces actions ont causé davantage de consternation à Washington. Philip Gordon, responsable sous l'administration Obama des relations diplomatiques avec l'Europe, a prévenu la Turquie que les Etats-Unis ne comprenaient pas ses actions, et que la Turquie devait "démontrer son implication dans le partenariat avec l'Occident", rapporte Associated Press, "un rappel à l'ordre rare pour un allié crucial de l'OTAN" [12].
La classe politique comprend très bien. Steven A. Cook, un universitaire du Conseil des relations étrangères, a observé que la question centrale est : "comment garde-t-on les Turcs à leur place ?" — à suivre les ordres comme de bons démocrates. Un gros titre du New York Times captura le sentiment général : "l'accord iranien, point noir de l'héritage du leader brésilien". En résumé, faites ce qu'on vous dit, sinon...
Rien n'indique que d'autres pays de la région soutiennent les sanctions étasuniennes davantage que la Turquie. Par exemple, le Pakistan et l'Iran se sont rencontrés en Turquie pour signer un accord concernant un nouveau gazoduc [13]. Encore plus préoccupant pour les Etats-Unis, le gazoduc pourrait être étendu jusqu'en Inde. L'accord des Etats-Unis avec l'Inde soutenant son programme nucléaire — et indirectement, son programme d'armes nucléaires — avait pour but d'empêcher l'Inde d'être reliée à ce gazoduc, selon Moeed Yusuf, un conseiller sur l'Asie du Sud auprès de l'Institut des Etats-Unis pour la paix, exprimant un point de vue courant. L'Inde et le Pakistan sont deux des trois puissances nucléaires ayant refusé de signer le Traité de non-prolifération (TNP), le troisième étant Israël. Tous ont développé des armes nucléaires avec le soutien des Etats-Unis, et continuent de le faire.
Aucune personne saine d'esprit ne souhaite que l'Iran développe des armes nucléaires; ou qui que ce soit. Une façon simple d'atténuer ou d'éliminer cette menace est d'établir une Zone exempte d'armes nucléaires (ZEAN) au Moyen-Orient. La question a été soulevée (une nouvelle fois) à la conférence du TNP au siège des Nations unies en mai 2010. L'Egypte, qui menait les 118 pays du Mouvement des non-alignés, proposa que la conférence soutienne un appel à négociations en 2011 concernant une ZEAN au Moyen-Orient, comme convenu par l'Occident, y compris les Etats-Unis, lors de conférence de révision du TNP de 1995.
Washington est toujours formellement d'accord, mais insiste pour qu'Israël en soit exemptée. L'heure n'est pas encore venue de créer la zone, a déclaré la Secrétaire d'Etat Hillary Clinton lors de la conférence du TNP, tandis que Washington soutenait qu'aucune proposition ne pourrait être acceptée si elle exigeait de placer le programme nucléaire israëlien sous le contrôle de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), ou si elle obligeait des signataires du TNP, en particulier Washington, à divulguer les informations concernant "les activités et équipements nucléaires israëliens, incluant les informations concernant de précédents transferts nucléaires vers Israël" [14]. La méthode d'Obama pour esquiver le problème est d'adopter la position d'Israël, selon laquelle toute proposition doit être conditionnée à un vaste accord de paix, que les Etats-Unis peuvent repousser indéfiniment, comme ils l'ont fait ces 35 dernières années à de rares et passagères exceptions près.
Au même moment, Yukiya Amano, directeur général de l'AIEA, demandait aux ministres des affaires étrangères des 151 pays membres de faire savoir leur point de vue sur comment mettre en application une résolution demandant à Israël d'adhérer au TNP et de permettre l'inspection de ses installations nucléaires par l'AIEA, selon Associated Press.
Il est rarement noté que les Etats-Unis et le Royaume-Uni ont une responsabilité particulière pour travailler à l'établissement d'une ZEAN au Moyen-Orient. A la recherche d'une maigre couverture légale pour leur invasion de l'Iraq de 2003, ils firent appel à la résolution 687 du Conseil de sécurité (1991), qui appelait l'Iraq à mettre un terme au développement d'armes de destruction massive. Les Etats-Unis et le Royaume-Uni prétendirent que l'Iraq n'avait pas respecté la résolution. Il n'est pas nécessaire de s'attarder sur cette excuse, mais cette résolution engage ses signataires vers l'établissement d'une ZEAN au Moyen-Orient.
Entre parenthèses, ajoutons que l'insistance des Etats-Unis de maintenir ses installations nucléaires à Diego Garcia sape la ZEAN mise en place par l'Union africaine, et de même, Washington bloque une ZEAN du Pacifique en excluant ses territoires de la région.
La rhétorique engagée d'Obama vis-à-vis de la non-prolifération a reçu beaucoup d'éloges, y compris un prix Nobel. Une action concrète dans ce sens est l'établissement de ZEAN. Une autre est de ne plus soutenir les programmes nucléaires des trois pays non signataires du TNP. Comme souvent, la rhétorique et l'action sont en désaccord, en fait en contradition directe dans ce cas, des faits auxquels on porte peu d'attention, comme la plupart de ce qui vient d'être rappelé ici.
Au lieu de prendre des mesures concrètes visant à réduire la vraiment terrible menace de prolifération des armes nucléaires, les Etats-Unis entreprennent des actions majeures visant à renforcer le contrôle étasunien sur le Moyen-Orient, région vitale de production de pétrole, par la violence si d'autres moyens ne suffisent pas. C'est compréhensible et même raisonnable, sous la doctrine impériale en vigueur, quelles qu'en soient les conséquences. Voilà une nouvelle illustration de "l'injustice sauvage des Européens" que déplorait Adam Smith en 1776, le centre de commandement ayant depuis traversé l'océan vers leur ancienne colonie.
  1. Le US Central Command est l'un des dix Commandements interarmées de combat ("Unified Combattant Command") du département de la défense étasunien. Six d'entre eux ont une zone géographique d'action spécifique ("area of responsibility"), dont le US Central Command.
  2. Il s'agit du Comprehensive Iran Sanctions, Accountability, and Divestment Act of 2010. [lien]
  3. Rob Edward. Final destination, Iran ? The Herald, 14 mars 2010. [lien]
  4. En anglais "Massive ordnance penetrator", il s'agit d'une bombe anti-bunker de 13 600kg, beaucoup plus grosse que la bombe anti-bunker qui pénètre le plus profondément actuellement, faisant "seulement" 2 270 kg. [lien]
  5. Voir la référence [3].
  6. Jack Khoury. Report: U.S., Israeli warships cross Suez Canal toward Red Sea. Haaretz.com, 19 juin 2010. [lien]
  7. Hugh Tomlinson. Saudi Arabia gives Israel clear skies to attack Iranian nuclear sites. The Times, 12 juin 2010. [lien]
  8. En anglais "Joint Chiefs of Staff", ce comité est formé de haut gradés des forces armées des Etats-Unis, chargés de conseiller le gouvernement.
  9. Lieutenant General Ronald L. Burgess, Director, Defense Intelligence Agency. Statement before the Committee on Armed Services, US Senate, 14 Avril 2010. Unclassified Report on Military Power of Iran, Avril 2010. John J. Kruzel, American Forces Press Service, "Report to Congress Outlines Iranian Threats," Avril 2010, (note dans la version originale). [lien]
  10. Foreign Affairs est un bimestriel influent traitant de politique étrangère et de relations internationales, qualifié par Chomsky de "main establishment journal".
  11. Voir le rapport du Israeli Intelligence and Terrorism Centre [lien] ou l'interview de Mark Regev, porte-parole du premier ministre israëlien [lien].
  12. Associated Press. U.S.: Turkey must prove its commitment to the West. Haaretz.com, 26 juin 2010. [lien]
  13. Zeeshan Haider. Pakistan, Iran sign deal on natural gas pipeline. Reuters, 17 mars 2010. [lien]
  14. Eli Lake. Clinton in struggle for Israel’s nuke secret. The Washington Times, 3 mai 2010. [lien]

Espoirs et embûches des révoltes arabes : Les paysans dans la révolution égyptienne

Par Raphaël Kempf
pour http://www.monde-diplomatique.fr
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La pièce est petite, sale et mal éclairée. Un antique poste de télévision trône sur un meuble décharné. Par la fenêtre se dévoilent les champs travaillés, découpés et cultivés par les fellahs égyptiens. Aujourd’hui, l’arrivée de l’ingénieur cairote attire beaucoup de monde dans la maison d’Ahmed Ahmed el-Komwaldy. Viennent uniquement des hommes en galabiyyehs et à l’accent difficile. On raconte les événements de la veille, une bataille rangée, apprendrons-nous, entre des voyous stipendiés par un général de l’ancien régime et les paysans du village. Mais, pour le moment, c’est de la révolution que nous parlons. « Avant la révolution, il n’y avait pas de démocratie, c’était un régime policier, dit un paysan. Aujourd’hui, c’est mieux. » Quand on lui demande s’il a pris part à cette révolution, il répond que non. « Il y a Internet et Facebook qui relient entre eux les intellectuels (1). » Ici, rien de tel ; seule la télévision. Mais ils sont pourtant au courant, et la carence du pouvoir dans les campagnes pendant quelques semaines a permis aux paysans de récupérer des terres qui leur avaient été spoliées avant la révolution par de grands propriétaires terriens ou des officiels de l’ancien régime, avec la complicité des autorités de l’Etat.
Les paysans égyptiens sont confrontés à un pouvoir que Bachir Sakr, ingénieur agricole et membre du Comité de solidarité avec les paysans, qualifie de « féodal » (2). En effet, « depuis une dizaine d’années, écrit François Ireton, (...) sont intervenus un certain nombre d’événements liés à des revendications foncières, en général totalement dénuées de fondement légal. D’anciens grands propriétaires, ou leurs héritiers, saisissent l’occasion de la mise en œuvre de la loi de 1992 [qui a libéralisé le marché de la location des terres agricoles], soit pour tenter de récupérer des terres ayant autrefois appartenu à leur famille et qui furent confisquées et redistribuées en petites propriétés lors de la réforme agraire de 1952, soit tout simplement pour mettre la main sur des terres qu’ils convoitent (3) ».
Dans le village d’Imaria, situé entre la ville de Damanhour et Alexandrie, dans le nord-est du Delta du Nil, les paysans affrontent un général de la sécurité de l’Etat, Tarek Heikal. Ils l’accusent de leur voler des terres en falsifiant des documents avec la complicité des fonctionnaires de l’Organisation de la réforme agraire, qui gère les terres redistribuées aux paysans après la réforme agraire du président Gamal Abdel Nasser. Selon eux, il leur a ainsi volé, en juin 2010, 5 feddans (4) qu’ils cultivaient. Ils avaient alors tenté, sans succès, de résister.
Puis vint la révolution. Les paysans ont alors décidé de cultiver ces terres, en profitant de l’absence du général. Celui-ci a riposté en envoyant ses hommes de mains. Des heurts violents ont eu lieu le 14 février ; un jeune du village a été blessé, disent-ils le lendemain. Et la villa du général, qui y venait en villégiature, a été détruite.
Dans le village voisin de Barnougui, c’est l’héritier d’une grande famille de propriétaires terriens, M. Saleh Nawwâr, que l’on accuse d’avoir volé 400 feddans aux paysans. Pendant la révolution de 2011, ce sont 50 feddans que les paysans ont mis d’eux-mêmes en culture. Pour M. Beshir Sakr, ingénieur agricole et membre du Comité de solidarité avec les paysans, ces prises de terre constituent « le second acte de la révolution. Les ouvriers font grève et revendiquent ; les paysans, eux, reprennent d’eux-mêmes leur outil de production : la terre. La révolution est pour eux une chance. »
Mais c’est à la seule condition que les féodaux ne récupèrent pas ces terres que la révolution égyptienne sera réellement réussie. Karam Saber Ibrahim, directeur du Centre de la Terre pour les droits de l’homme, y insiste. « Il n’est pas possible d’appeler cela une révolution s’il n’y a pas de changement pour les ouvriers, les paysans et les nécessiteux. Dans plus de cinquante villages aujourd’hui, les paysans réclament leurs terres, et, grâce à la révolution, de nombreux feddans sont en train d’être repris des mains des corrompus et des hommes d’affaires. Nous en sommes au début [de la révolution] ; il faut reprendre aux corrompus et faire une caisse pour les citoyens. Il y a des milliards qui doivent être redistribués. » La demande d’égalité et de justice sociale est forte aujourd’hui en Egypte. Elle ne passera pas uniquement par des réformes démocratiques et constitutionnelles. « Les gens ne mangent ni une constitution, ni l’Assemblée du peuple », conclut amèrement Karam Saber Ibrahim.

Raphaël Kempf.

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Raphaël Kempf

Juriste.
(1) Le terme arabe mouthaqaf a une acception plus large que le mot intellectuel en français. Il sert à désigner de façon générale toute personne cultivée.
(2) Lire Beshir Sakr et Phanjof Tarcir, « La lutte toujours recommencée des paysans égyptiens », Le Monde diplomatique, octobre 2007.
(3) François Ireton, « La petite paysannerie dans la tourmente néolibérale », Chroniques égyptiennes 2006, Centre d’études et de documentation économiques, juridiques et sociales (CEDEJ), Le Caire, juillet 2007, p. 38.
(4) Acre égyptienne et soudanaise (approximativement 40,0083 ares).

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