3 mars 2011

La Stratégie du choc (The Shock Doctrine) (Documentaire)

Wikipedia :

La Stratégie du choc (The Shock Doctrine) est un film documentaire britannique réalisé par Michael Winterbottom et Mat Whitecross, sorti en 2010 en France.

Sommaire

Synopsis

Suite à la publication, en 2007, de La Stratégie du choc écrit par Naomi Klein, les deux réalisateurs (Michael Winterbottom et Mat Whitecross) décident de tourner ce documentaire à l'aide de nombreuses images d'archive.
Le texte original reprend la méthode de « traitement de choc » de l'économiste Milton Friedman qui disait qu'après une crise, il fallait, aux hommes politiques, imposer immédiatement des réformes économiques douloureuses avant que les gens n'aient pu se remettre de la crise. Ainsi, ils l'accepteraient plus facilement. Naomi Klein l'a nommé « stratégie du choc ». Elle considère qu'après un choc, chaque individu est plongé dans un état de choc et redevient comme un enfant, enclin à suivre un chef politique qui dit vouloir le protéger.

Fiche technique

Distribution

Liens externes

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VERSION FRANCAISE





La stratégie du choc envoyé par Super_Resistence


ENGLISH VERSION  







2 mars 2011

La LOPPSI 2, un Patriot Act français

par Jean-Claude Paye*
pour  http://www.voltairenet.org
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Le Parlement français vient d’adopter une nouvelle loi fourre-tout qui transcrit en droit français diverses mesures du Patriot Act états-unien. Pour le sociologue Jean-Claude Paye, l’inefficacité du vaste système de surveillance progressivement mis en place atteste que sa finalité réelle est autre que le but annoncé. Les sociétés occidentales évoluent vers un modèle infantilisant où seul le fait de se placer sous le regard enveloppant du pouvoir génère un sentiment de sécurité.



La loi française « LOPPSI 2 », Loi d’Orientation et de Programmation pour la Sécurité Intérieure, a été définitivement adoptée ce 8 février 2011 [1]. Ce texte présente de fortes similitudes avec le Patriot Act états-unien, voté immédiatement après les attentats du 11 septembre 2001. Ces deux législations se présentent toutes deux comme un fourre-tout sécuritaire, une collection de mesures disparates, visant à réduire les libertés fondamentales, et contiennent des réformes importantes destinées à assurer un contrôle du Net.
L’USA Patriot Act anticipe les lois françaises. Il installe, dès 2001, tout un ensemble de dispositions qui mettront une décennie pour exister dans l’Hexagone, telle l’installation légale de chevaux de Troie dans les ordinateurs, l’incrimination de cybercriminalité ou l’infiltration policière dans les échanges électroniques.
Dans un premier temps, lors de son installation en 2001, le Patriot Act s’inscrit dans l’état d’urgence. Il se présente comme devant faire face à un état de guerre : la « guerre contre le terrorisme ». A côté de mesures déjà permanentes, nombre de dispositions ont été votées pour une période de quatre ans. Ce n’est qu’en 2006, lors de leur procédure de renouvellement, que la plupart de ces dernières vont devenir permanentes [2]. Seules les plus contestés seront de nouveau votées pour une nouvelle période de quatre ans. Ensuite, sous la présidence Obama, elles seront renouvelées, d’année en année.
La loi française dite LOPPSI 2, s’inscrit, quant à elle, directement dans la permanence. Toutes ses mesures sont votées pour une période indéterminée. Ne devant pas être renouvelées, les dispositions ne sont pas limitées dans le temps. La référence principale de cette loi n’est plus l’image de la guerre contre le terrorisme, mais directement celle d’un état d’urgence, exhibé par l’Etat, afin de se défendre contre ses propres populations. La loi mélange des mesures générales de surveillance et de suppressions des libertés individuelles de tous les citoyens avec des dispositions qui stigmatisent des catégories particulières de la population, celles placées dans la précarité ou bien les jeunes.

Les « chevaux de Troie »

Sous le couvert de la lutte contre la « criminalité organisée », la LOPPSI 2 prévoit la possibilité, avec l’autorisation d’un juge d’instruction, de mettre en place, à l’insu de l’utilisateur, un dispositif technique enregistrant les frappes au clavier ou des captures d’écran. Cependant, ce système permettra de retenir toutes les infractions constatées à l’occasion de cette surveillance, même si cela ne concerne pas des faits relevant de la criminalité organisée. Ces dispositifs pourront être installés, sur place ou en s’infiltrant à distance, durant une période renouvelable de huit mois. Afin de mettre en place ce « mouchard », les enquêteurs ont ainsi le droit de s’introduire dans le domicile ou le véhicule de la personne mise en cause, à son insu et, si nécessaire, de nuit. A cet effet, la loi annule les protections constitutionnelles de la vie privée.

Le filtrage du Net

La loi prévoit également un système de filtrage des sites diffusant des images de mineurs à caractère « manifestement pornographique ». Sans intervention d’un juge, elle donne à une autorité administrative, l’Office central de lutte contre la criminalité, la possibilité de priver ces sites de l’accès au Net. Cependant, l’administration peut saisir le juge pour les contenus « non manifestement pédopornographiques » [3]. Présenté comme une limitation des pouvoirs de l’exécutif, cette disposition a en fait une conséquence perverse : elle permet d’étendre le filtrage à un contenu qui manifestement n’est pas pédophile. Tel est bien l’enjeu de cet article. Une fois le principe du blocage adopté, il suffit d’étendre progressivement le champ des sites filtrables, comme cela a été fait pour le fichier national des empreintes génétiques. La loi introduit ainsi une brèche qui annonce d’autres motifs de blocage. Un simple amendement à la LOPPSI permettrait d’inclure les sites qui ne respectent pas le droit d’auteur.

La « cybercriminalité »

La LOPPSI établit une série de délits spécifiques s’ils sont exercés sur le Net. Est créé le délit d’utilisation frauduleuse, sur un réseau de communications électroniques, de l’identité d’un individu ou de données à caractère personnel « en vue de troubler sa tranquillité ou de porter atteinte à son honneur ou à sa considération ».
Les sanctions prévues pour les délits de contrefaçon en bande organisée de coordonnées bancaires, de moyens de paiement et de marchandises sur un réseau de communication électronique sont alourdies, pouvant aller jusqu’à dix ans d’emprisonnement et un million d’euros d’amende pour l’utilisation frauduleuse de moyens de paiement.
La création du délit d’usurpation d’identité devrait favoriser une nette augmentation de l’activité de la « plateforme PHAROS » (Plateforme d’Harmonisation, d’Analyse, de Recoupement et d’Orientation des Signalements) qui permet, depuis janvier 2009, dans le cadre du plan d’action du gouvernement contre « la criminalité sur Internet », la dénonciation en ligne aux services de police, de contenus de sites constitutifs d’infractions. Ces signalements, plus de 1 000 par mois actuellement, sont ensuite traités par l’OCLCTIC.

L’interconnexion des fichiers

Cette loi coordonne les fichiers dits « d’antécédents » [4], tel le STIC et le JUDEX, qui contiennent des « données à caractère personnel » concernant les personnes suspectées d’avoir participé à la commission d’un crime, d’un délit ou d’une contravention de 5ème classe. Le texte prévoit que les décisions d’acquittement ou de relaxe conduisent à un effacement des données personnelles, « sauf si le procureur de la République en prescrit le maintien pour des raisons liées à la finalité du fichier ». Il lui donne aussi le pouvoir d’effacer les données personnelles ou de les maintenir dans le fichier, en cas de non-lieu ou de classement sans suite.
L’article 10 permet aussi d’utiliser des systèmes « d’analyse sérielle », de recoupement automatique d’informations qui croisent des données ouvertes, disponibles sur internet, avec des données fermées : IP, numéro de téléphone. Il s’agit d’informations nominatives sur les personnes suspectées d’être auteurs ou complices de crimes ou de délits, mais aussi sur les victimes ou simplement sur des personnes susceptibles de fournir des renseignements. Quant aux fichiers dits « de rapprochement », ils vont permettre de croiser les données nominatives, recueillies dans différentes enquêtes et cela sans aucune limite en termes de gravité des infractions concernées.

Big Mother

A première vue, la loi est illisible. Elle apparaît comme un fourre tout, une collection de mesures disparates, allant de la constitution de fichiers sur l’ensemble des habitants et la légalisation des mouchards électroniques, à la criminalisation des squatters ou à la possibilité d’installer un couvre-feu pour les enfants de 13 ans. Il y a cependant une forte cohérence entre les différentes dispositions, non pas au niveau des objets sur lesquels portent les différents articles, mais en ce qui concerne l’intention du pouvoir. Les délits créés n’ont d’ailleurs pas d’autres finalités que d’être des supports du regard du gouvernement, des supports de l’image de l’insécurité et de son alter-ego, la sécurité.
La criminalisation des squatters, des gens du voyage, des étrangers en situation irrégulière ou simplement des jeunes, sous entend que toute forme d’existence, qui n’est pas étroitement contrôlée, est dangereuse. Il est ainsi induit que la sécurité réside dans un abandon complet aux initiatives du gouvernement, à ses différents fichiers, à ses perquisitions informatiques, ainsi qu’à l’impunité judiciaire pour ses agents de renseignement.
Ce n’est pas pour rien que la loi opère un déplacement sémantique en remplaçant « vidéosurveillance » par « vidéoprotection ». Cette permutation n’est pas destinée à nous tromper. Il ne s’agit pas d’une opération idéologique au sens habituel du terme. Elle s’inscrit au contraire dans la transparence, celle de l’intentionnalité du gouvernement, celle de Big Mother et de sa gouvernance fusionnelle Ainsi, la sécurité, la protection octroyée, consiste, aussi bien, à être dans l’oeil des caméras de surveillance généralisées par la LOPPSI 2, qu’à être repris et conservés dans ses fichiers de police, même si on a été acquitté par la Justice. Le but de ces différents fichiers n’est pas d’établir une surveillance des populations. Une enquête de la Commission Nationale de l’Informatique et des Libertés nous avait appris que, en 2008, les fichiers policiers français comprenaient 83% d’erreurs. L’objectif est tout autre, il s’agit de nous intimer que notre protection consiste à nous abandonner au pouvoir et ainsi à renoncer à tout droit à une vie privée.

L’enfermement dans le « regard » du pouvoir

La LOPPSI 2, tout comme son antécédent états-unien l’USA Patriot Act, opère un renversement de l’ordre juridique. Il s’agit d’abord d’appliquer aux populations des procédures qui, autrefois, étaient uniquement utilisées vis-à-vis d’agents d’une puissance ennemie. Il s’agit ensuite d’inscrire ces mesures dans le droit, c’est à dire d’obtenir le consentement des populations à l’abandon de leur existence.
Dans les deux cas, la construction juridique est semblable. La loi enregistre l’absence de limites à l’exercice du pouvoir exécutif, renversant ainsi le rôle traditionnel de celle-ci.
La LOPPSI 2 est éclairante pour saisir cette mutation, plus particulièrement la constitution des « fichiers d’antécédents ». L’acquittement par un tribunal n’entraîne pas automatiquement la suppression de l’inscription dans le fichier. La désinscription dépend uniquement de la décision arbitraire du procureur. Cette procédure nous indique que la finalité de ces fichiers n’est pas la surveillance des populations. Elle nous confirme ce que nous apprend une enquête de la CNIL [5] : sur ces trois dernières années, plus d’un million de personnes sont toujours marquées comme « suspectes », alors même qu’elles ont été blanchies par la Justice [6].
Ici aussi, il ne s’agit pas de surveiller les populations, mais d’installer chez elles, le sentiment qu’elles n’ont aucune marge de manœuvre face à l’arbitraire du pouvoir, face à la manière dont on les désigne.
La LOPPSI n’est pas, comme on l’a souvent écrit, la manifestation d’une société de surveillance, mais bien celle d’une « société scopique », d’une société qui nous enferme dans le regard du pouvoir, auquel l’individu doit s’identifier afin d’assurer sa protection. L’insécurité résulte alors d’être en dehors de ce regard comme, par exemple se placer en dehors de l’oeil des caméras. L’enjeu n’est pas d’identifier les criminels ou même les « personnes à risques ». Il s’agit de faire accepter par les citoyens que le pouvoir a la capacité de les nommer, de disposer de leur existence et qu’ils n’ont aucun recours contre cet état de fait.


 Jean-Claude Paye
Sociologue. Derniers ouvrages publiés : La Fin de l’État de droit, La Dispute 2004 ; Global War on Liberty, Telos Press 2007.


[1] « Projet de loi d’Orientation et de programmation pour la performance et la sécurité intérieure », texte adopté n° 604, 8 février 2011.
[2] « De l’état d’urgence à l’état d’exception permanent », par Jean-Claude Paye, Réseau Voltaire, 29 mars 2008.
[3] « La Loppsi revient à l’assemblée nationale, les amendements bloqués », par Marc Rees, Numera.com, 3 novembre 2010.
[4] Article 2 de la LOPPSI 2.
[5] « En 2008, la CNIL a constaté 83% d’erreurs dans les fichiers policiers », par Jean-Marc Manach, Bug Brother, 21 janvier 2009.
[6] « Le quart des 58 fichiers policiers est hors la loi », par Jean-Marc Manach, Bug Brother, 19 septembre 2009.

28 février 2011

Rapport Angelides : une arme pour un sursaut politique

par Jacques Cheminade (son site) 
pour http://www.agoravox.fr 
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Une Commission officielle d’enquête sur la crise financière vient de publier le 27 janvier un rapport dévastateur qui confirme en tous points les analyses de Lyndon LaRouche et de moi-même, créant ainsi une occasion pour le changement de système économique, financier et social au cœur de notre combat. Cette Commission, qui n’avait pas été mandatée pour présenter des solutions, ne propose pas formellement d’adopter la séparation des banques d’affaires et des banques de dépôt (Glass-Steagall), mais tout ce qu’elle dénonce montre la nécessité d’en venir là, ainsi d’ailleurs que son président l’a affirmé plus tard.

Non, ce n’est pas en France que ça se passe mais aux Etats-Unis !

Cela seul, s’il le fallait, confirmerait la nécessité de l’une des missions que nous nous sommes ici données, qui est de rendre compte de l’évolution du rapport de forces des deux côtés de l’Atlantique pour saisir au bond ces plats de l’histoire qui ne repassent jamais deux fois.

On est loin des conclusions grisâtres de notre commission d’enquête de l’Assemblée nationale sur la spéculation financière, qui a rendu son rapport le 22 décembre 2010. Là où son président Phil Angelides et les cinq autres membres démocrates de la Commission américaine, qui sont des experts indépendants, fustigent et dénoncent la corruption et la fraude régnant dans le système actuel, MM. Henri Emmanuelli et Jean-François Mancel considèrent chez nous que « la spéculation ne saurait être diabolisée car elle a toujours eu un rôle économique effectif ». Ici ce sont des élus, au passé financier assez riche, qui enquêtent sur la base de documents ou de témoignages aimablement fournis par les établissements financiers, ceux-là mêmes qui ont organisé le système de dérégulation ayant conduit à la crise. Là-bas, les enquêteurs américains disposaient du double pouvoir d’assigner des témoins à comparaître et de réquisition de documents, dont nos élus se trouvaient fort dépourvus. Tout est là ! C’est ce que nous continuons à préconiser en France, la mise en place d’une véritable Commission Pecora, avec des pouvoirs d’instruction, comme à l’époque de l’administration Roosevelt, et non se bornant à écouter ceux qui le veulent bien.

Pour le reste, aux Etats-Unis le combat continue. Phil Angelides participe à de nombreux programmes de radio et de télévision et témoignera devant la Commission des services financiers de la Chambre des représentants le 16 février, et plus tard devant la Commission bancaire du Sénat. L’offensive est cependant sabotée par le représentant démocrate Barney Frank et le sénateur, également démocrate, Christopher Dodd, ainsi que par les enragés du Parti républicain, buveurs ultra-libéraux du thé monétariste britannique. La grande presse américaine, dont les liens avec Wall Street ne sont un secret pour personne, tente pour sa part d’étouffer le débat. Ce sont les jeunes candidats larouchistes qui le portent, à travers tout le pays, redonnant ainsi vigueur au courant Roosevelt du Parti démocrate, contre le compromis honteux passé par le président Obama avec les nouveaux élus républicains en vue de faire payer aux victimes les conséquences de la crise, tout en renflouant ses auteurs.

Comme l’a écrit François Morin dans le titre de son dernier ouvrage, ce qui est en cause ici est bel et bien la création d’« Un monde sans Wall Street » (Economie humaine, Seuil) et sans son cerveau, qui se trouve à la City de Londres.

Le rapport Angelides : un brûlot contre trente ans d’horreur financière

Ce qui frappe d’abord en prenant connaissance du rapport, ce sont les moyens mis pour le rédiger. La Commission d’enquête a été créée pour « examiner les causes, intérieures et internationales, de la crise financière actuelle aux Etats-Unis », en partant de 22 points clairement définis lui ayant donné une compétence très large. Elle a été mise en place comme un élément fondamental relevant de la loi sur la Répression de la fraude et la reprise économique (Public Law 111-21), votée par le Congrès et signée par le Président en mai 2009. Elle a réuni 6 représentants choisis par les démocrates et 4 par les républicains, soutenus par une équipe de plus de 80 membres, qui ont examiné des millions de pages de documents, se sont entretenus avec plus de 700 témoins et ont tenu 19 jours d’auditions dans tout le pays. C’est dire l’importance du travail, sans commune mesure avec celui qu’ont été en mesure d’effectuer nos élus.

Pour paraphraser Shakespeare, nous dit ironiquement la Commission, citant Cassius dans Jules César, « la faute n’est pas inscrite dans les étoiles, mais en nous-mêmes ». Elle souligne en effet, comme LaRouche et moi-même l’avions fait à l’époque, que la crise financière était évitable et prévisible, et que l’effondrement de la bulle du crédit hypothécaire ne fut que l’étincelle qui alluma un tonneau de poudre bien rempli par un empilement de spéculations de toutes sortes. Les pertes ont été fortement amplifiées, constate-t-elle, par les produits dérivés et les titres synthétiques. « La crise a été le résultat à la fois d’action et d’inaction humaine, et non la conséquence de la Nature des choses ou de modèles d’ordinateurs ayant échappé à tout contrôle ».

L’impact de cette crise se fera « ressentir pendant au moins une génération », et nous-mêmes, malgré notre familiarité avec les opérations financières, « avons été fascinés, surpris et même choqués par ce que nous avons vu, entendu et lu ». Elle souligne avoir reçu « de nombreux rapports sur des pratiques de prêts prédatrices et hors du commun » et accuse « la Réserve fédérale d’avoir totalement échoué à endiguer le flot d’hypothèques toxiques, ce qu’elle aurait pu faire en fixant des critères prudentiels de prêts sur hypothèque. La Réserve fédérale était l’organisme qui avait le pouvoir de le faire et ne l’a pas fait. » Les institutions financières américaines ont laissé circuler les agents économiques « sur une autoroute dans laquelle il y avait ni limites de vitesse ni bandes continues ».

La Commission montre ensuite comment « les fautes nombreuses et étendues dans la supervision et la régulation financières ont eu des conséquences dévastatrices sur la stabilité des marchés financiers américains. (…) Plus de trente ans de dérégulation et de confiance dans l’autorégulation par les institutions financières, dont l’ancien président de la Réserve fédérale Alan Greenspan s’était fait le champion (…) ont conduit au désastre. (…) Cette approche a ouvert des brèches dans le contrôle de domaines fondamentaux portant sur des risques de milliers de milliards de dollars, comme le système de banque noire et les marchés de produits dérivés de gré à gré ». Elle souligne ensuite le rôle de la corruption politique : « De 1999 à 2008, le secteur financier a dépensé 2,7 milliards de dollars dans ses activités de lobbying ; les individus et les comités d’action politique organisés par ce secteur ont versé plus d’un milliard de dollars aux campagnes politiques.

« Nous concluons que les échecs dramatiques de la gouvernance des sociétés financières et de la gestion du risque de la part de nombreuses institutions financières ont été une cause majeure de la crise. (…) Trop nombreuses ont été ces institutions qui ont agi avec une totale insouciance, prenant trop de risques, avec trop peu de capital et trop de dépendance envers le financement à court terme. »

La messe se trouve dite : c’est tout le système financier et politique américain qui est remis en cause, appelant ainsi implicitement mais vigoureusement à ce qu’un autre soit mis en place. « Comme Icare, souligne la Commission, ils n’ont jamais craint de voler de plus en plus près du soleil. » Presque toujours, ils n’ont pas su ou voulu mesurer les conséquences à long terme de leurs actes. Les plus grandes banques ont opéré avec un capital extrêmement faible : le rapport entre leurs engagements financiers et leurs fonds propres était de 40 contre 1. « Une perte de 3 % dans la valeur de leurs actifs aurait ainsi pu entraîner leur faillite. » En fait, on sait que sans les renflouements des administrations Bush et Obama, sans doute toutes les banques de Wall Street et, faut-il ajouter, de la City, seraient tombées en faillite, à l’exception (contestable) de JP Morgan Chase !

Nous en concluons, dit la Commission, que « le gouvernement se trouvait très mal préparé pour faire face à la crise et sa réaction inconsistante n’a fait qu’ajouter à l’incertitude et à la panique sur les marchés financiers ».

Ainsi la crise était évitable, ce qui a été fait pour l’éviter a aggravé la situation à terme, la corruption règne et a régné, les effets de levier ont été systématiquement dissimulés dans un jeu à tout va, Wall Street est le premier responsable, mais c’est la responsabilité collective de toute une nation livrée au jeu qui se trouve engagée.

Depuis 2007-2008, les choses ont changé, en pire

L’aspect le plus intéressant et le plus fort du rapport est de montrer que depuis le début de la crise, Wall Street a été temporairement sauvé, mais au détriment du peuple américain et dans une fuite en avant financière autodestructrice.

Le rapport souligne que 26 millions d’Américains sont toujours au chômage, que près de 11 000 milliards de dollars de richesse immobilière s’est évanouie et que les fonds de pension et les comptes d’épargne de toute une vie se sont évaporés. Interrogé sur WNYC, Phil Angelides a ajouté : « Je crois que tout cela montre qu’il y a encore une immense colère dans ce pays, une colère et une grande confusion, sur ce qui a pu amener 4 millions de familles à perdre leur domicile et 13 millions à se trouver encore menacées ; 11 000 milliards d’épargne ont été anéantis et 26 millions d’Américains sont au chômage. Les gens veulent savoir comment cela a pu arriver et pourquoi c’est arrivé. » Le rapport montre comment Citigroup et AIG, respectivement la seconde banque et la principale société d’assurance américaines, ont été sauvées au détriment du contribuable et du citoyen, soumis à des mesures d’austérité, par ce que l’on ne peut qualifier que de magouilles douteuses et mafieuses. Plus de 40 milliards pour que Citigroup reprenne la banque Wachovia et 180 milliards pour que AIG puisse rembourser ses dettes de jeu ont été versés sans réelle contrepartie, et en faveur des autres joueurs, comme 12,9 milliards de dollars pour Goldman Sachs, 11,9 milliards pour la Société générale – en tout, plus de 100 milliards sur le tapis. Beaucoup d’autres exemples sont donnés dans le rapport, dont on peut consulter toutes les pièces sur le site internet [www.fcic.gov.-&gt ;http:/...]

Rien ou presque n’a changé depuis, sauf en pire. En effet, les moyens de jouer les plus criminellement destructeurs restent en place. Il s’agit d’abord, comme le constate la Commission, des produits financiers dérivés échangés de gré à gré, sans le moindre contrôle. Après l’abrogation de la loi Glass-Steagall, le 12 novembre 1999, pour absoudre la fusion entre Citicorp et Travellers (soit une banque de dépôt et une banque d’affaires, investment bank) et permettre toutes sortes d’opérations du même genre par la suite, il a été décidé en 2000 de compléter la dérégulation à tout va en éliminant la réglementation, par la gouvernement fédéral ou les Etats américains, des échanges de produits financiers dérivés. On a pu alors se mettre à jouer avec des effets de levier énormes, de plusieurs fois sa mise. On a ainsi créé les fameux Credit default swaps (CDS), assurances contre la faillite ou le défaut de paiement, utilisés pour les crédits hypothécaires et vendus à la chaîne par AIG, ce qui provoqua ses énormes pertes.

La différence est qu’aujourd’hui, les Etats ayant absorbé la dette toxique des banques, les CDS sont pris sur la dette souveraine des Etats (les bons du Trésor), avec des gains effarants pour les banques parieuses, comme on l’a vu dans le cas de Goldman Sachs vis-à-vis de la dette grecque, et au détriment des peuples écrasés par l’austérité.

L’existence des CDS a permis d’étendre brutalement l’émission d’un autre titre dérivé, les Collateralized debt obligations (CDO). Les CDO sont un produit synthétique agglomérant de nombreuses créances de tout ordre, qui constituent des paris sur la performance de titres réellement liés à des hypothèques. Ils ont amplifié les pertes dues à l’effondrement de la bulle immobilière en permettant des paris multiples sur les mêmes titres hypothécaires et ont fortement contribué à les répandre à travers tout le système financier.

Aujourd’hui, Glass-Steagall n’a pas été rétabli, les produits dérivés négociés de gré à gré ne sont toujours par réellement contrôlés et plus que jamais, les établissements financiers échappent au prétendues régulations qui leur sont imposées en passant dans « l’économie de l’ombre » (le shadow banking et les dark pools), où ils opèrent en sponsorisant directement ou indirectement des joueurs dépendant d’elles. Les lecteurs les plus âgés se souviennent peut-être d’un film intitulé « Macao, l’enfer du jeu ». Eh bien, nous y sommes, sauf que les Macao se sont multipliés autant que les impulsions électroniques des joueurs ! Joseph Stiglitz a comparé les réformes de l’administration Obama à un fromage de gruyère, français et non pas suisse, car elles sont pleines de trous.

En effet, si l’on a bien créé un organe chargé de surveiller les risques systémiques, le Financial systemic oversight councel, celui-ci sera notamment composé du secrétaire au Trésor, actuellement Timothy Geithner, du président de la Réserve fédérale, Ben Bernanke, et des autorités existantes de surveillance des marchés. C'est-à-dire exactement les mêmes individus et institutions dont la Commission Angelides dénonce la culpabilité dans l’extension de la crise. Comme si on nommait des renards pour surveiller les bonnes mœurs du poulailler ! De plus, si la loi Dodd-Frank approuvée par Obama interdit en principe aux banques de dépôt de jouer avec leurs capitaux propres et l’argent que leur fournit l’Etat à un taux d’intérêt pratiquement nul, en fait elle leur laisse la possibilité d’investir jusqu’à 3 % de leurs capitaux dans les fonds spéculatifs et autres sociétés de capital investissement, en prenant pour définition de ces capitaux, non leurs capitaux propres stricto sensu, mais ce qu’on appelle le Tier 1, définition beaucoup plus large. Ainsi, les banques pourront investir, derrière la feuille de vigne, encore plus de leurs liquidités, obtenues grâce à la complaisance de l’Etat, dans les hedge funds spéculatifs et les fonds de capital investissement, avec des effets de levier inchangés ! Les banques pourront conserver leurs départements gérant les opérations de produits dérivés (swaps) et la Commission américaine sur les échanges de dérivés sur matières premières (US Commodity futures trading Commission) a même annoncé que, dans le cadre de la « réforme » Dodd-Frank, elle n’allait mettre aucune limite aux échanges de produits financiers dérivés sur les matières premières au cours de l’année 2011. Cela au moment où les spéculations sur les denrées alimentaires provoquent des émeutes contre la cherté de la vie partout dans le monde et où le prix du cuivre explose à des niveaux jamais vus !

La Commission Angelides met ainsi en pleine lumière la fraude de la réforme Dodd-Frank-Obama. C’est ce qu’avait fait auparavant la démocrate larouchiste Rachel Brown en dénonçant la culpabilité de Barney Frank au cours des primaires démocrates du 4e district du Massachusetts. Elle a montré que celui-ci a toujours défendu la dérégulation du système financier et a bénéficié du financement des grandes banques de Boston impliquées dans les spéculations rendues possibles par cette dérégulation.

Utiliser le rapport Angelides pour se mobiliser en France et en Europe

Interrogé sur CNBC, Angelides a souligné : « Ce qui est frappant, c’est combien peu les choses ont changé depuis 2008. » Puis il ajouta que « les mêmes facteurs de risque demeurent ». Enfin, lorsqu’il lui a été demandé si « cela pourrait de nouveau arriver », il a répondu : « Absolutely ! »

Cela intéresse bien entendu directement la France et l’Europe, car la dérégulation généralisée a propagé partout, de proche en proche, les effets du vice financier. Dans ces conditions, seul un Glass-Steagall global, partant des Etats-Unis et de l’Europe, est de nature à arrêter la course folle qui conduit à la désintégration du système, entraînant avec elle la destruction de l’économie productive, de l’emploi et de la création humaine.

Glass-Steagall n’est pas une technique dans le système pour sauver le système, mais le moyen d’en sortir. Le défi n’est pas de réguler un système qui s’est déjà condamné lui-même ! En privant le secteur financier des ressources pour spéculer, Glass-Steagall établit le principe d’une faillite ordonnée des spéculateurs, puis, en éliminant la prolifération d’effets toxiques polluants, il créera les conditions pour une reprise de l’économie mondiale en permettant de réorienter les flux financiers vers le travail et la création humaine. Il s’agit de la piste de décollage d’une plateforme de développement nouvelle, dans les domaines à la fois économique, politique, social et culturel.

La Commission Angelides permet d’ouvrir cette porte en Europe. Or, jusqu’à aujourd’hui, les socialistes et les communistes ont bien présenté deux timides amendements visant à « étudier l’opportunité et la faisabilité d’une séparation, en France, des activités de dépôt et d’investissement des banques », mais ne se sont pas insurgés lorsque le gouvernement a balayé leurs textes d’un revers de la main. Cela montre deux choses. D’une part, l’hypocrisie absolue de Nicolas Sarkozy et de Christine Lagarde lorsqu’ils parlent de changements dans le système financier et monétaire international. Ils ne veulent tout simplement changer que les détails pour sauver les intérêts de ceux qui les ont fait princes. D’autre part, malgré les convictions d’un Michel Rocard ou d’un Pierre-Alain Muet, les socialistes se montrent d’une timidité étonnante. Rappelons à ce propos que c’est Jacques Delors, ministre de l’Economie et des Finances de François Mitterrand, qui, [par la loi bancaire 84-46 du 24 janvier 1984, abrogea la loi du 2 décembre 1945->http://www.cheminade2012.fr/Le-Glas...] et fit ainsi disparaître la distinction fondamentale des activités bancaires sous le titre unique « d’établissements de crédit », les libérant ainsi de toute contrainte sur l’origine et l’investissement de leurs ressources. Mieux encore, Barney Frank, l’homme lige de Wall Street, est l’interlocuteur sur ces sujets de Philippe Cordery, chargé du secrétariat du Parti socialiste européen (PSE). Là, on doit dire qu’un grand nettoyage de printemps doit avoir lieu de toute urgence, car il ne suffit pas d’avoir écarté du PSE les partis de MM. Ben Ali et Moubarak, qui en étaient membres « honorables ». Il reste à faire l’essentiel pour nettoyer les écuries d’Augias.


Conclusion

Comme il apparaît bien que les partis établis, malgré la bonne volonté de certains de leurs membres, ne sont pas de nature à changer un ordre de choses qui nous mène à un terrible désastre, il faut que les peuples se saisissent du rapport Angelides comme d’une arme. Ils doivent le présenter à leurs élus, partout où ils le peuvent, en exigeant que les révélations de ce rapport soient utilisées pour définir une autre politique que celle d’un suicide social collectif. Les actions des départements, des entreprises et des travailleurs qui ont été lésés dans leur existence même doivent ainsi être coordonnées pour donner un sens commun à leur colère, en formant une nouvelle Résistance. C’est pour la bâtir que nous nous battons ici, en espérant que la France puisse redevenir catalyseur et inspiratrice, afin que la campagne présidentielle ne soit ni un pensum pessimiste ni un déballage de démagogies, mais un débat sur de vraies idées, dès aujourd’hui.
 
Jacques Cheminade

Le Dessous des cartes - Entre terre et mer

http://www.arte.tv
Recherches et écriture: LEPAC / Jean-Christophe Victor
Réalisation : Didier Ozil
Graphisme : Frédéric Lernoud
PERMALINK
Vaste territoire où se concentrent : les populations et les enjeux économiques des installations touristiques, portuaires et aquacoles, le littoral est aussi une zone très fragile, soumise aux aléas climatiques et écologiques.
« Entre-deux » encore peu connu, il fait aujourd’hui l’objet, en Europe, d’un grand travail de cartographie haute définition, décliné en France sous le nom de Litto 3D.

  • Les naufrages de l’Erika et du Prestige
  • Les littoraux français
  • Des littoraux de plus en plus peuplés
  • Des littoraux sous pression
  • Le Golfe du Morbihan selon le SHOM
  • Le Golfe du Morbihan selon l’IGN
  • Le “zéro de la carte”
  • Une définition commune de la “zone littorale”
  • Le projet “Litto 3D” : la presqu’île du Morbihan
  • Le projet “Litto 3D” : l’île de Mayotte

Les naufrages de l’Erika et du Prestige

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Les naufrages de l’Erika et du Prestige
L’Union européenne a une zone littorale très étendue, de près de 95 500 km linéaires. Et avec les naufrages des cargos pétroliers Erika en 1999, puis celui du Prestige en 2002, on a pris conscience en Europe de la méconnaissance d’une zone située comme entre terre et mer, une zone pas bien cartographiée.

 Pourquoi cette description si technique et si précise ?
Et bien, d’abord ce projet concerne des zones à forte densité d’occupation des sols et des zones qui sont fragilisées par les constructions et par les pollutions.
Deuxièmement, une carto 3D à une si grande échelle, c’est un petit peu une première, on peut donc espérer que la technologie pourra être exportée.
Et puis troisièmement, cela révèle une prise de conscience, la prise de conscience des dangers et des menaces qui pèsent sur les côtes à cause du changement climatique et des risques de montée des océans.
On ne pourra bien anticiper la montée des océans qu’avec des instruments de mesure précis.
Et bien, c’est l’un des buts du projet que je vous ai décrit aujourd’hui.
 
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25 février 2011

Berlin 1885, la ruée sur l'Afrique (Documentaire)

http://videos.arte.tv
Réalisateur : Joël Calmettes
(France, 2010, 85mn)
ARTE F / RBB
PERMALINK

Comment les diplomates occidentaux ont décidé de l'avenir de l'Afrique, fixant les règles de sa colonisation. Un huis clos passionnant reconstitué à partir des minutes de la conférence de Berlin.

 15 novembre 1884. À l'initiative de Bismarck, une conférence internationale réunit à Berlin les représentants de toutes les grandes puissances européennes, ainsi que ceux de l'Empire ottoman et des États-Unis. À l'heure où les visées colonisatrices en Afrique s'intensifient, son objectif est d'organiser le partage du bassin du Congo et, plus généralement, d'établir des règles pour la colonisation du centre de l'Afrique. Car si les Européens se sont depuis longtemps installés le long des côtes, le coeur du continent est encore presque totalement terra incognita et attise les convoitises. Pendant plusieurs semaines, des diplomates qui ne connaissent rien à l'Afrique et n'y mettront jamais les pieds vont y tracer des frontières, au nom du libre commerce et de la mission civilisatrice de l'homme blanc...

Rivalités européennes
Comment raconter les âpres négociations d'une conférence du XIXe siècle aujourd'hui tombée dans l'oublin ? Il n'y a aucun film d'archive de la conférence de Berlin (le cinéma naîtra quelques années plus tard) et aucune photographie n'y a été prise. En revanche, Joël Calmettes a retrouvé toutes les minutes des débats qui se tenaient alors dans un français impeccable - la langue diplomatique de l'époque. À partir de ces comptes-rendus, il a recréé à l'aide de la fiction les moments clés de la conférence : la rivalité entre Français et Anglais, les manoeuvres du roi des Belges Léopold II, les interventions du célèbre explorateur Henry Morton Stanley, l'influence des diplomates américains, la position subtile de Bismarck, les discours pleins de bons sentiments des représentants belges et portugais (sur l'alcool, l'abolition de l'esclavage)... Ces séquences élégamment mises en scène sont complétées par des éclairages d'historiens européens, américains et africains. L'ensemble montre avec une rigueur implacable la façon dont l'histoire de l'Afrique s'est écrite à Berlin - sans aucun Africain, avec des diplomates se comportant comme des copropriétaires vétilleux, prisonniers de leurs nationalismes et de leurs préjugés.

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Dossier en partenariat avec Slate Afrique

Paroles d'Africains

En partenariat avec le site SlateAfrique, les papiers d'un écrivain et d'un journaliste africains pour éclairer le débat.

21 février 2011

Afghanistan, défense européenne, OTAN : à quand le débat ? (1)

par Philippe Leymarie
pour http://blog.mondediplo.net
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« Quelle sécurité en Europe et dans le monde, après le sommet de Lisbonne » : un modeste colloque, organisé fin janvier au Sénat à Paris par une parlementaire communiste, a permis de faire le point sur trois questions qui ne sont jamais débattues en France, sinon dans des cercles restreints : l’Afghanistan, et pourquoi y rester ? L’Europe de la défense et l’OTAN : quelle utilisé, quelle répartition, quel équilibre ? Et la dissuasion nucléaire : a-t-elle encore un sens ? En voici les extraits les plus saillants, en commençant par le volet Afghanistan...
La guerre que mène là-bas l’OTAN, sous direction en fait américaine, dépasse désormais en durée celle qu’y avaient menée les Soviétiques, a fait remarquer d’emblée l’ancien ministre socialiste Paul Quilès, qui continue de suivre de près les questions de défense.
Selon lui, le projet de désengagement progressif annoncé lors du sommet de l’OTAN fin novembre à Lisbonne par le président Barack Obama est « peu crédible ». Il s’agirait de pacifier les provinces une à une, pour les rendre aux civils et militaires afghans, et de retirer une fraction proportionnelle des troupes étrangères, avec un objectif de transfert total – et donc d’évacuation des forces de l’OTAN et des Etats-Unis – fixé à 2014.
Mais l’interface afghane – le régime du président Karzai – est fragile :
— il est contesté jusque dans Kaboul, sa capitale, théâtre d’attentats répétés, et il a une autorité moindre encore ailleurs dans le pays ;
— il est peu représentatif de la majorité pachtoune du pays ;
— les élections ont été contestées ;
— l’administration est corrompue, mêlée au trafic de drogue (qui a explosé depuis la chute du régime taliban, il y a dix ans) ;
— le transfert à l’armée afghane est illusoire (20 % de taux annuel de désertion) ;
— la crispation est toujours aussi forte également avec les voisins (Pakistan, Inde) ;
— le coût financier est écrasant : 350 milliards de dollars pour les USA (sans commune mesure avec les 460 millions d’euros engagés par exemple par la France) ;
— le conflit est plus meurtrier que jamais : 10 000 morts l’an dernier, dont 711 soldats de l’OTAN, 1 200 policiers et au moins 2 500 civils.

Alignement français

Conclusion de Paul Quilès :
— une victoire militaire est impossible ;
— l’alignement du président Sarkozy sur son homologue américain sonne faux, car il n’est en rien associé à la décision ;
— la présence de ces troupes occidentales dans un pays musulman, en soutien à des institutions locales discréditées, alimente la propagande fondamentaliste (« croisade »).
L’ancien ministre socialiste plaide pour une initiative politique que la France aurait dû prendre au sein du Conseil de sécurité des Nations unies : une conférence internationale, avec l’ensemble des voisins de l’Afghanistan, devant déboucher sur un statut non-aligné pour ce pays, de nouvelles institutions, le retrait des troupes étrangères, des garanties de sécurité régionale, etc.
Pour ce qui est de la France, elle devrait se dissocier immédiatement de l’opération actuelle, commencer à retirer son contingent (pour être en phase le début de désengagement américain, prévu pour juillet prochain) [1], et augmenter son aide civile au développement.

« Actionnaire à 1 %»

Autre opinion exprimée à ce colloque : celle du général Vincent Desportes, l’ex-patron du Collège interarmées de défense (CID). Une tribune publiée par Le Monde le 2 juillet dernier, à quelques semaines de sa retraite, lui avait valu une réprimande de l’état-major. Il qualifiait l’opération de l’OTAN en Afghanistan de « guerre américaine », dans laquelle la France (comme l’Europe dans son ensemble) est sans voix : « Quand vous êtes actionnaire à 1 %, vous n’avez pas la parole. »
Dans son exposé au Sénat, le général désormais en retraite a d’abord relevé le décalage important entre le discours politique et la réalité sur le terrain, les informations diffusées par les divers acteurs du conflit étant peu fiables. Pour les militaires occidentaux, juge-t-il, c’est « la quadrature du cercle » : ils doivent à la fois assurer la protection et rechercher l’adhésion de la population ; mais en même temps contrer l’adversaire et protéger leurs propres soldats, au fil d’un « micro-management du champ de bataille ». Le tout débouchant sur une « impasse tactique », avec pertes croissantes, en raison d’une « étonnante capacité de résistance de l’adversaire ».
Le général considère que les théories contre-insurrectionnelles, « aussi intelligentes soient-elles », ne peuvent suffire à régler un problème qui est surtout stratégique et politique. Que « le messianisme occidental est essoufflé ». Qu’il n’est plus temps de faire de la réforme sociétale, ou même de la reconstruction, mais de s’en tenir à un simple rétablissement d’un niveau acceptable de sécurité : « L’ambition du secrétaire d’Etat Robert Gates est de laisser l’Afghanistan au moins en l’état où les Soviétiques l’avaient laissé », ce qui n’est même pas le cas actuellement. Il faudra en tout cas accepter de considérer ce pays comme une nation multiethnique, avec un pouvoir décentralisé, une influence majoritairement pachtoune [2], un fonctionnement plus tribal que démocratique.

Guerre en silence

Cela suppose aussi que l’Afghanistan cesse d’être un pion, un élément de la « profondeur stratégique » de certains pays de la région, qui défendent chacun leurs intérêts, car eux resteront après le retrait occidental : « Un pouvoir acceptable à Kaboul suppose qu’il le soit aussi à Islamabad et New-Delhi. La solution afghane passe par la solution au Cachemire. »
Conclusion du général : « Le temps joue contre nous, fait le jeu de la Chine ou de l’Iran, et nous transforme de plus en plus en force d’occupation. Les coalisés se délitent. Après les élections de mi-mandat, la question afghane est oubliée aux Etats-Unis. Cette guerre n’est pas populaire : il faudra quitter bientôt l’Afghanistan. Mais si un seuil de stabilisation n’est pas atteint, ce sera pire qu’en 2001, Al-Qaida revenant sous l’égide des talibans, voir menaçant la stabilité du Pakistan. »
Ce militaire tout juste passé au cadre de réserve affirme « ne pas connaître la solution », mais estime en tout cas qu’« on n’a pas le droit de conduire une guerre en silence. C’est à la nation de confirmer ou d’infirmer la mise en jeu de la vie de ses soldats, souvent moins militaristes que les politiques ». Si les soldats français sont à effectifs relativement réduits en Afghanistan, juge-t-il, c’est que les forces armées sont en limite de leurs moyens : « Elles enregistrent des succès tactiques notables, même si, stratégiquement, ce n’est pas très sensible », estime Vincent Desportes.
Quoi qu’il en soit, l’argument de la légitime défense – invoqué par l’OTAN, la France, etc. – est « usé jusqu’à la corde », selon Paul Quilès : « La démocratie, la tranquillité de nos populations, la défense des droits des femmes : pourquoi ne pas l’exiger en Arabie saoudite, alors ? » Quant au « On y restera le temps qu’il faudra » formulé par le président Sarkozy et ses ministres, c’est « le degré zéro, le contraire d’une position politique ».

Notes

[1] Evalué ces derniers mois à 3 750 personnels environ, le contingent français a compté jusqu’à 4 200 soldats ces dernières semaines, du fait de la participation d’unités navales et aériennes supplémentaires.
[2] Alors que les postes de direction sont en majorité tadjik.

Le dessous des cartes - Shanghaï : capitale du XXIe siècle ?

http://www.arte.tv
Recherches et écriture: LEPAC / Jean-Christophe Victor
Réalisation : Frédéric Ramade
Graphisme : Pierre-Jean Canac
(France, 2010, 12mn)
ARTE F
PERMALINK
En 2010, Shanghai a été un peu au centre du monde avec son Expo universelle.
Cette ville mythique, globale, à la fois ancienne et nouvelle, est évidemment confrontée à des défis majeurs : démographique, énergétique, urbanistique, et bien entendu la pollution.
Alors aujourd’hui, l’Expo est finie et nous avons voulu savoir ce qu’allait devenir Shanghai maintenant, grâce au carnet de voyage de l’un de nos chercheurs qui s’est rendu à Shanghai pour nous rapporter quelques cartes.


Shanghai, une ville ouverte sur la mer

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Shanghai, une ville ouverte sur la mer
Voici Shanghai. C’est la première ville chinoise par le nombre d’habitants, suivie par Pékin qui est la capitale, Chongqing et Guangzhou.
Shanghai, en chinois cela veut dire « sur la mer », et la ville ouvre en effet sur la Mer de Chine orientale et sur ses routes commerciales.


Dans la mesure où les chinois sont de moins en moins ruraux et de plus en plus citadins et, qu’ils sont plus d’un milliard, la Chine cherche évidemment, quel modèle urbain va pouvoir être développé de façon harmonieuse dans cet immense pays.
Shanghai a constitué un laboratoire de recherche qui est intéressant.
Il faut savoir que l’Expo universelle a accueilli à peu près 10% de visiteurs étrangers.
Ce qui veut dire que 90% étaient des visiteurs chinois, qu’ils ont payé le billet d’entrée fort cher, environ 150 yuans soit à peu près 17 euro. Il y a eu 73 millions de visiteurs en tout pour l’Expo, ce qui dépasse le record de l’Expo universelle d’Osaka au Japon.
Et naturellement, le pouvoir chinois a profité de cette Expo pour durcir les contrôles de sécurité, museler la presse et placer les dissidents à résidence pour les empêcher de venir parler avec les visiteurs étrangers.


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ARTE Reportage - Israël Palestine , Mali

http://videos.arte.tv
(France, 2011, 42mn)
ARTE
PERMALINK
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Hebron : le chemin de la paix
Hébron, deuxième ville de Palestine, à 30 km au sud de Jérusalem, vit une situation apparemment inextricable. Au cœur d’une vieille ville palestinienne sous haute surveillance, quelques micro colonies juives, des pâtés de maison qui cristallisent les tensions.
La ville est divisée en deux zones - H1 la zone palestinienne -, et H2, - la zone contrôlée par l’armée israélienne. Kyriat Arba, avec ses 7500 habitants, est la colonie la plus importante. Mais au cœur de la ville palestinienne, il y a d’autres sites d’implantation israélienne, des confettis où se cristallisent les tensions…
Pour assurer la sécurité de quelques 500 colons, 1500 soldats israéliens quadrillent une zone de quelques kilomètres carrés à peine. Check points, vérifications et contrôles continuels entre la vieille ville arabe et celle qu’on appelle ici « la zone juive ».
Une tension perpétuelle, avec des poussées de fièvre. Dans le centre ville, les zones de contacts entre israéliens et palestiniens ont été condamnées.
Sur place, dans une cité dont la rue principale a été tout simplement fermée, la réponse de la non-violence tente de faire son chemin…

Mali : main basse sur le riz
En 2008, le prix des matières premières avait atteint des sommets, celui du riz était multiplié par six en quelques mois provoquant des émeutes de la faim dans les pays pauvres.
Deux ans plus tard, retour sur la situation au Mali et ses ambitions agricoles. Un périple jusqu’au delta du fleuve Niger, la grande zone rizicole du Mali. Un territoire porteur de beaucoup d’espoir, mais aussi de convoitises.
Au lendemain de la crise, le gouvernement malien annonçait haut et fort sa volonté de devenir autosuffisant en riz et même, exportateur pour l’Afrique de l’Ouest. Deux ans plus tard, le constat est sans appel. Le riz malien ne parvient toujours pas à concurrencer celui venant de Thaïlande ou encore de Birmanie ou du Pakistan.
La ruée sur les terres depuis la crise de 2008 s’est poursuivie, le grand projet libyen d’aménagement de 100.000 hectares dans le delta du fleuve Niger est devenu emblématique. Si les infrastructures (comme l’immense canal d’irrigation et une nouvelle route) ont bien été réalisées, aucun aménagement des terres n’est en vue. Et le canal risque de devenir un enjeu majeur car de l’eau, il n’y en aurait pas assez pour tout le monde.
Entre temps, bien d’autres projets venant d’investisseurs étrangers, et aussi (et c’est un phénomène nouveau !), d’investisseurs maliens sont en cours.
Le grand développement agricole promis est bien en route mais il reste encore flou et suscite autant d’espoirs que d’inquiétudes.
Une grande partie de la population malienne confrontée à la pauvreté devra, elle, encore attendre.

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17 février 2011

Camera City (Documentaire)

http://www.lcp.fr
Réalisé par Olivier ZANETTA et Christophe RIGAUD (52’)  
Une coproduction LCP / VONews
PERMALINK 

Depuis l’installation du premier système de vidéosurveillance à Levallois-Perret en 1993, les caméras se sont déployées sans bruit dans les centres-villes.
Loin de la polémique de ses débuts, la vidéosurveillance est aujourd’hui assimilée à un nouvel équipement urbain. Banalisée, fondue dans des stratégies plus vastes de sécurisation des lieux de sociabilité, cette vidéosurveillance, est désormais qualifiée de vidéoprotection.
Dans ce documentaire, les réalisateurs zooment sur cette généralisation de l’équipement vidéo dans les communes et s’attachent à comprendre pourquoi des élus, de droite comme de gauche, s’engagent dans cette démarche.


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