10 décembre 2009

Aminatou Haidar, l’activiste qui met les Sahraouis au centre du débat européen

par Francesco Raiola (son site) mercredi 9 décembre 2009

Comment définir la “Question sahraouie” ? Personne ne le sait, et pourtant elle est en train de compromettre les rapports diplomatiques entre l’Espagne et le Maroc, à cause de l’activiste du Front Polisario Aminatou Haidar.

Les Sahraouis sont un peuple du Sahara Occidental qui vit dans le désert algérien depuis que le Maroc en a occupé les territoires en 1975. Les relations diplomatiques entre le Maroc et les Sahraouis n’existent pas, ainsi le peuple du Sahara Occidental est reconnu seulement par l’Union Africain, mais pas par l’Onu, qui apparemment évite soigneusement de s’attaquer au problème. Un problème long de 2700 km comme le mur qui sépare les Sahraouis et leur ancienne terre. Un mur plus long que celui de Berlin ou celui de Gaza qui, par contre, pour les « grands » de la terre se perd parmi le sable du désert.
Aminatou Haidar est une activiste qui lutte pour l’indépendance des populations du Sahara Occidental (elle a été candidate en 2005 pour le Prix Sakharov pour la liberté de pensée, en 2008 elle a été aussi candidate pour le Prix Nobel pour la Paix et cette même année elle a gagné le Robert F. Kennedy Human Rights Award), qui depuis trois semaines est en grève de la faim à Lanzarote, où elle a été envoyée après l’expulsion du Maroc. Le motif de l’expulsion étant que Haidar, la « pasionaria » comme elle a été surnommée, avait écrit Sahara Occidental comme lieu de résidence, sur sa fiche d’aéroport, plutôt que Maroc : elle « a refusé sa nationalité » diront les autorités marocaines. L’Espagne, ex colonisateur en terre sahraouie, n’a pas eu d’autre choix que d’affronter le problème et a proposé à l’activiste le passeport espagnol « à titre exceptionnel », que Mme Haidar a refusé, en prétextant que l’Espagne fait le jeux du Maroc.
Après trois semaines de grève, le Première Ministre espagnol M. Zapatero a admis qu’il y avait des problèmes avec l’Etat africain, en ajoutant qu’il « est normal » que certains fois, il y ait des problèmes avec les voisins et que l’intérêt général doit prévaloir. Oui, mais quel est-il cet intérêt général ? Il est forcément différent si on le regarde du côté de l’Espagne ou du Maroc, et encore davantage de celui des Sahraouis… et au centre il y a Mme Haidar, bloquée aux Canaries.
Hier les autorités espagnoles ont pensé à l’alimenter de force, mais après la dernière loi sur l’Autonomie du patient, qui dit que le patient ayant toutes ses facultés mentales peut refuser l’alimentation, ce passage en force s’avère impossible.
Bloquée dans l’aéroport comme une nouvelle Viktor Navorsy, le protagoniste de ‘The Terminal’ interprété par Tom Hanks, elle a réussi, là où la diplomatie a échoué pendant des années : c’est-à-dire porter la cause sahraouie à l’attention du grand public et l’Espagne face à ses propres responsabilités d’ancien colonisateur.
De son côté le Front Polisario (Front populaire de Libération de la Saguia el Hamra et du Rio de Oro) qui représente le peuple sahraoui, fait savoir que le risque est élevé. Les sahraouis ont toujours lutté sans violence, en demandant un référendum pour l’autodétermination, que le Maroc n’a pas voulu concéder (officiellement ils sont en négociation pour décider d’une date), mais maintenant le Front menace d’abandonner la voie pacifique, si Mme Haidar devait mourir. Le secrétaire et premier Ministre de la République arabe sahraouie démocratique (RASD), Taleb Omar, a soutenu hier que si Mme Haidar mourait les « arguments pour continuer la voie pacifique » seraient caduques. Une affirmation très forte qui risque d’affaiblir la lutte Sahraouie, avec le risque de la faire passer pour un simple mouvement terroriste aux yeux de ceux qui ne connaissent pas leur cause.

9 décembre 2009

Petropolis : Aerial Perspectives on the Alberta Tar Sands


VOIR EN ENTIER sur ARTE +7

http://www.petropolis-film.com/#

Un voyage hypnotique au-dessus de la plus importante réserve de pétrole à ciel ouvert.

Vue du ciel, la Terre est un enchevêtrement de forêts, de rivières et d'affluents à perte de vue. Une nature souveraine au-dessus de laquelle plane la caméra. Soudain, une plongée vertigineuse à la manière d'un oiseau de proie, et nous voilà aux portes de l'enfer : une mine de pétrole à ciel ouvert. De visions d'apocalypse en séquences hypnotiques tournées depuis un hélicoptère, Petropolis adopte le point de vue des oiseaux pour réaliser l'autopsie de cette immense blessure. Violée par l'homme, abusée sans remords, la Terre filmée par Peter Mettler est une bête à l'agonie.

(Canada, 2009, 40mn)
ARTE F
Réalisateur: Peter Mettler

Shot primarily from a helicopter, filmmaker Peter Mettler's "Petropolis: Aerial Perspectives on the Alberta Tar Sands" offers an unparalleled view of the world's largest industrial, capital and energy project.

Canada's tar sands are an oil reserve the size of England. Extracting the crude oil called bitumen from underneath unspoiled wilderness requires a massive industrialized effort with far-reaching impacts on the land, air, water, and climate.

It's an extraordinary spectacle, whose scope can only be understood from far above. In a hypnotic flight of image and sound, one machine's perspective upon the choreography of others, suggests a dehumanized world where petroleum's power is supreme.

Le piège : Afghanistan 1979-2009

par Tiberio Graziani*

Le président Obama vient de choisir l’escalade militaire en Afghanistan où l’OTAN affronte l’insurrection pashtoune, assimilée par la propagande à l’obscurantisme religieux. Ce faisant Washington s’engage dans un nouveau bourbier. L’analyste italien Tiberio Graziani observe ici que le piège afghan, qui avait été créé par les États-Unis en 1979 pour nuire aux Soviétiques, se referme aujourd’hui sur eux.


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Insurgés afghans paradant sur la carcasse d’un hélicoptère soviétique. À l’époque, les moujahidin étaient considérés par Washington comme des « combattants de la liberté », aujourd’hui, ils abattent des hélicoptères de l’OTAN et sont qualifiés de « terroristes taliban ».

1979, l’année de la déstabilisation

Parmi les divers évènements de la politique internationale de l’année 1979, il y en a deux qui sont particulièrement importants à souligner, pour avoir contribué au bouleversement de la géopolitique mondiale basée à l’époque sur la confrontation entre les USA et l’URSS.
Il s’agit de la révolution islamique d’Iran et de l’aventure soviétique en Afghanistan.

Comme on le sait, la prise du pouvoir par l’ayatollah Khomeiny élimina un des piliers fondamentaux sur lesquels reposait l’architecture géopolitique occidentale, édifiée par les États-Unis à partir de la fin de la Seconde Guerre mondiale.
L’Iran de Reza Pahlavi représentait, dans les relations de pouvoir entre les États-Unis et l’URSS, en particulier au niveau géostratégique, un pion très important dont la disparition poussa le Pentagone et Washington à une révision profonde de leur politique régionale.
En fait, un Iran autonome et hors de contrôle introduisait, sur l’échiquier géopolitique régional, une variable qui compromettait potentiellement toute la cohérence du système bipolaire.
En outre, le nouvel Iran, comme puissance régionale anti-étatsunienne et anti-israélienne, possédait également toutes les caractéristiques (en particulier, l’étendue et la centralité géographiques, ainsi que l’homogénéité politico-religieuse) pour prétendre à l’hégémonie sur une partie au moins du Proche-Orient, en opposition ouverte avec les aspirations analogues et les intérêts d’Ankara, de Tel-Aviv —les deux solides piliers de la stratégie régionale de Washington— et d’Islamabad.

Pour ces raisons, les stratèges de Washington, conformément à leur « géopolitique du chaos » bicentenaire, poussèrent immédiatement l’Irak de Saddam Hussein à déclencher une guerre contre l’Iran.

La déstabilisation de toute la région permettait à Washington et à l’Occident de se donner du temps pour mettre au point une stratégie à long terme, et de « harceler sur ses flancs », en toute tranquillité, l’ours soviétique.

Comme l’a révélé, il y a onze ans, Zbigniew Brzezinski [1], conseiller à la sécurité nationale du président Jimmy Carter, lors d’une interview donnée à l’hebdomadaire français Le Nouvel Observateur [2], la CIA avait pénétré en Afghanistan, en vue de déstabiliser le gouvernement de Kaboul, en juillet 1979 déjà, soit cinq mois avant l’intervention de l’armée soviétique.
La première directive par laquelle Carter autorisait l’action clandestine pour aider secrètement les adversaires du gouvernement pro-soviétique date, en fait, du 3 juillet 1979.

Le même jour, le stratège étatsunien d’origine polonaise écrivit une note au président Carter, dans laquelle il expliquait que sa directive conduirait Moscou à intervenir militairement.
Cela se réalisa parfaitement à la fin de décembre de la même année.

Toujours dans la même interview, Brzezinski rappelle que, lorsque les Soviétiques entrèrent en Afghanistan, il écrivit une autre note à Carter, exprimant l’opinion que les USA avaient finalement l’occasion de donner à l’Union soviétique « sa guerre du Vietnam ».
Le conflit, insoutenable pour Moscou, devait conduire, selon Brzezinski, à l’effondrement de l’empire soviétique.

Le long engagement militaire des Soviétiques en faveur du gouvernement communiste de Kaboul contribua, en effet, à affaiblir encore davantage l’Union soviétique, déjà en proie à une importante crise interne, aussi bien sur le plan politique que socio-économique.

Comme nous le savons aujourd’hui, le retrait des troupes de Moscou du théâtre afghan laissa toute la région dans une situation d’extrême fragilité politique, économique, et surtout géostratégique. En effet, dix ans seulement après la révolution iranienne, la région tout entière avait été complètement déstabilisée au profit exclusif du système occidental. Le déclin, contemporain et inéluctable, de l’Union soviétique, accéléré par son aventure en Afghanistan et, ultérieurement, le démembrement de la Fédération yougoslave (une sorte d’État tampon entre les blocs occidental et soviétique) dans les années 90, ouvrirent la voie à l’expansion des États-Unis —de l’hyper-puissance, selon l’expression du ministre français Hubert Védrine— dans l’espace eurasien.

Succédant au système bipolaire, une nouvelle saison géopolitique allait s’ouvrir : celle du « moment unipolaire ».
Le nouveau système unipolaire aura, toutefois, une vie très courte, qui se terminera —à l’aube du XXIe siècle— avec la réaffirmation de la Russie en tant qu’acteur mondial et l’émergence concomitante, économique et géopolitique, de la Chine et de l’Inde, les deux États-continents de l’Asie.

Les cycles géopolitique de l’Afghanistan

L’Afghanistan, en raison de ses spécificités, relatives, en premier lieu à sa position par rapport à l’espace soviétique (frontières avec les Républiques —à l’époque soviétiques— du Turkménistan, d’Ouzbékistan et du Tadjikistan), à ses caractéristiques géographiques, et aussi à son hétérogénéité ethnique, culturelle et confessionnelle, représentait, aux yeux de Washington, une grande partie de l’ « arc de crise », c’est à dire de cette portion de territoire qui s’étend des frontières sud de l’URSS à l’océan Indien. Le choix, comme piège pour l’Union soviétique, était donc tombé sur l’Afghanistan pour d’évidentes raisons géopolitiques et géostratégiques.

Du point de vue de l’analyse géopolitique, l’Afghanistan représente en fait un excellent exemple d’une zone de crise, où les tensions entre les grandes puissances se manifestent depuis des temps immémoriaux.

Le territoire actuellement dénommé République islamique d’Afghanistan, où le pouvoir politique a toujours été structuré autour de la domination des tribus pachtounes sur les autres groupes ethniques (Tadjiks, Hazaras Ouzbeks, Turkmènes, Baloutches), s’est constitué à la frontière de trois grands dispositifs géopolitiques : l’Empire mongol, le khanat ouzbek et l’Empire perse. Et ce sont les différends entre ces trois entités géopolitiques limitrophes qui détermineront son histoire.

Pendant les XVIIIe et XIXe siècles, lorsque l’État se consolidera en tant que royaume d’Afghanistan, la région deviendra l’objet de différends entre deux autres entités géopolitiques majeures : l’Empire de Russie et la Grande-Bretagne. Dans le cadre du « grand jeu », la Russie, puissance continentale, dans sa poussée vers les mers chaudes (océan Indien), l’Inde et la Chine, se heurte à la puissance maritime britannique, qui tente, à son tour, d’encercler et de pénétrer la masse de l’Eurasie, vers l’est en direction de la Birmanie, de la Chine, du Tibet et du bassin du Yangtze, en s’appuyant sur l’Inde, et vers l’ouest en direction de l’actuel Pakistan, de l’Afghanistan et de l’Iran jusqu’au Caucase, à la mer Noire, à la Mésopotamie et au Golfe Persique.

Dans le système bipolaire, à la fin du XXe siècle, comme on l’a vu plus haut, l’Afghanistan est une fois de plus le théâtre de la compétition entre une puissance maritime, les USA, et une puissance continentale, l’URSS.

Aujourd’hui, après l’invasion étatsunienne de 2001, ce que Brzezinski avait, de façon présomptueuse, appelé le piège afghan des Soviétiques, est devenu le cauchemar et le bourbier des États-Unis.

Tiberio Graziani

Directeur d’Eurasia –Rivista di studi geopolitici– et de la collection Quaderni di geopolitica aux Edizioni all’insegna del Veltro (Parme, Italie). Co-fondateur de l’Istituto Enrico Mattei di Alti Studi per il Vicino e Medio Oriente. Professeur à l’Istituto per il Commercio Estero (placé sous l’autorité du ministère italien des Affaires étrangères)

[1] « La stratégie anti-russe de Zbigniew Brzezinski », par Arthur Lepic, Réseau Voltaire, 22 octobre 2004.

[2] Le Nouvel Observateur, 15-21 janvier 1998, p. 76.

PERMALINK

Les nouveaux visages du journalisme en Chine

mardi 8 décembre 2009, par René Vandergoten

Avec ses fenêtres teintées encastrées dans d’épais murs de marbre blanc, le bunker du China Daily, entre les périphériques trois et quatre de Pékin, n’a rien à envier au blockhaus de News Corp, dans les docks de Londres, où sont installées les rédactions du Times ou du Sun. Mais, dans la forteresse du quotidien chinois, pas d’émulation : le silence est monacal. En costume-cravate, un homme attend dans le hall, un gobelet de thé vert à la main. C’est Gene Wang (son nom est modifié à sa demande), l’un des 230 journalistes du quotidien national anglophone chinois. China Daily tire à 300 000 exemplaires, tandis que son site Internet comptabilise 6 millions de pages vues chaque jour, dont les deux tiers hors de la Chine.

Après neuf ans de métier, ce jeune père de famille de 34 ans est responsable des secteurs stratégiques « énergies » et « environnement ». D’une nature prudente, Gene Wang se méfie des étrangers : « Etes-vous bien sûr que vous êtes venu avec un visa de journaliste ? J’ai les moyens de vérifier. » Et pour cause. Il est dans les petits papiers des autorités. En octobre 2008, il a reçu les félicitations solennelles du ministre de l’industrie et de l’information pour son courage et son dévouement lorsqu’il a couvert le tremblement de terre du Sichuan, puis les Jeux olympiques de Pékin.

Chaque jour, à la cafétéria, dans les couloirs ou à la conférence de rédaction, Gene Wang côtoie près de 70 journalistes et correcteurs anglais, américains ou australiens sans lesquels le journal anglophone n’existerait pas. Pourtant, la cohabitation entre Chinois et Occidentaux est loin d’être harmonieuse. Gene Wang espère qu’à l’avenir, China Daily pourra carrément se passer de leurs services. « Nous n’avons pas besoin d’un Occidental pour montrer comment les Chinois doivent voir leur pays. » Car le contenu de China Daily, comme celui du Quotidien du peuple , est calqué sur la vision du gouvernement. De fait, si les plus anciens laowai (étrangers) du journal adhèrent pleinement à la propagande du Parti communiste chinois (PCC), d’autres n’entrent pas facilement dans le moule, ce qui donne des conférences de rédaction plutôt atypiques. L’un des récalcitrants décrit : « Généralement, les journalistes juniors acceptent mal que leur papier soit mis à la trappe sans explication. Alors, pendant la conférence de rédaction du matin, ils posent des questions. Les chefs, tous chinois, ne donnent aucune explication, et la réunion, censée se tenir en anglais, vire subitement au mandarin. Les jeunes, qui ne maîtrisent pas particulièrement la langue, sont largués. »

A 1 200 euros par mois, avec un logement de fonction, une connexion Internet ultrarapide, des cours particuliers de mandarin et une tolérance pour les piges extérieures, le train de vie d’un journaliste anglophone fraîchement débarqué au China Daily est bien meilleur que celui d’un confrère chinois aguerri. L’emploi du temps n’est pas non plus éreintant : copier-coller des dépêches de Xinhua, l’agence de presse officielle, fluffy stories ou articles de divertissement façon « J’ai testé pour vous la vie nocturne de Sanlitun (la rue de la soif, à Pékin) », puis relecture des principaux papiers rédigés par les camarades chinois, pour s’assurer que l’anglais est parfait.

Peter B., journaliste économique au China Daily, ne compte pas s’éterniser. Agé de seulement 24 ans et originaire de Londres, il a décroché son poste en répondant à une annonce diffusée sur le site Web du quotidien. C’était en juin 2008. « Je sortais d’un stage café-photocopie au Financial Times et je voulais vraiment être à Pékin pendant les Jeux. Depuis Londres, j’ai passé trois entretiens téléphoniques avant d’obtenir le poste. Aujourd’hui, je gère la page boursière... Mais, surtout, j’ai un permis de travail, un bien assez rare en Chine. » Quand son carnet d’adresses sera suffisamment étoffé, Peter envisage de construire une véritable correspondance pour la presse britannique et, pourquoi pas ?, un blog pour raconter son expérience.

Une presse prospère pour entrepreneurs locaux Retour à la table des matières

A une nuit de train au départ de la gare de l’Ouest de Pékin, la presse de Wuhan répond à d’autres règles. Grise, polluée et poussiéreuse, la capitale de la province du Hubei compte une usine d’assemblage pour PSA Peugeot Citroën et un gigantesque campus. Wuhan dispose aussi de six quotidiens régionaux, parmi lesquels le Chu Tian Dushi Bao, lancé en 1997 par le gouvernement local et déjà en tête des ventes avec 1,3 million d’exemplaires distribués chaque jour sur un marché de 10 millions d’habitants. Sa spécialité : l’éloge des entrepreneurs locaux qui ont réussi. Une double page « portrait » leur est ainsi consacrée chaque semaine.

Un rendez-vous avec la rédaction du Chu Tian Dushi Bao a donc été fixé… par l’entremise de M. Wen Jie Yong, un entrepreneur local. Ce fils de paysans devenu patron a délaissé sa cimenterie pour ouvrir, en octobre 2008, un laboratoire de médicaments à Hankou, l’un des trois arrondissements de Wuhan. Le 13 décembre suivant, lui aussi a eu droit à son quart d’heure de gloire : sur deux pages, les journalistes ont rendu hommage à la réactivité de Wen Jie Yong, qui, sentant la crise immobilière se profiler, s’est reconverti dans l’industrie pharmaceutique. De quoi lui garantir une entrée dans le cercle des grands notables de la province, avec l’apparat afférent. Désormais, l’homme ne se déplace jamais en ville sans son chauffeur particulier, au volant d’une Citroën « Triomphe », la limousine des Chinois. Un coup de téléphone a suffi à réunir plusieurs journalistes pour une discussion sur le pouvoir de la presse locale.

Mais seul le départ de Wen Jie Yong va permettre d’achever les palabres avec la rédaction : « Pour notre rubrique consacrée à l’essor économique, chaque patron est présenté par les membres du gouvernement local, dont le siège est à deux pas de la rédaction. » Les deux journalistes insistent sur des salaires confortables, des avantages en nature. « Une bonne planque » pour cet ancien professeur d’anglais ou ce fonctionnaire des impôts.

Les acrobaties de « Nanfang Dushi Bao » Retour à la table des matières

Il faut alors descendre dans le sud de la Chine, s’éloigner au maximum de Pékin, pour appréhender une conception plus libre du métier. Un nouveau train de nuit nous emmène à Canton, 13 millions d’habitants et une réputation d’« atelier du monde » mise à mal par la crise. A la fois toute proche de Hongkong et très loin de Pékin, la presse cantonaise a longtemps joui d’une autonomie éditoriale relative et d’une certaine notoriété auprès des étudiants. C’est le cas du Nanfang Dushi Bao (le quotidien métropolitain de Canton) et du Nanfang Zhou Mo (le journal du week-end de Canton, vendu à 1 300 000 exemplaires), diffusés à l’échelle nationale et d’où sortent les scandales ou l’actualité qui font jaser la blogosphère chinoise et enrager le gouvernement central.

Un rendez-vous est donné à côté du 289, Guangzhou lu, le siège du groupe, avec une dizaine de journalistes du Nanfang Dushi Bao . Une « immersion » dans la rédaction est envisagée, mais sujette à polémique. Depuis l’automne 2008 et le tournage en caméra cachée d’un documentaire pour la télévision japonaise, les journalistes étrangers sont persona non grata. Pourtant, ces salariés sont impatients de parler de leur réalité. Tous sont jeunes, souvent moins de 30 ans, et blogueurs invétérés. Au Nanfang Dushi Bao, le turn-over des journalistes est impressionnant ; les contrats durent trois ans et sont rarement renouvelés. Le métier n’est pas simple : pour l’actualité chaude, les journalistes doivent composer avec Xinhua, l’agence de presse officielle, qui exige la priorité quand bien même le journal aurait obtenu l’information bien avant. Rien ne peut donc être diffusé avant Xinhua.

Pour le reste, les sujets arrivent grâce aux confrères d’autres régions qui ne peuvent se permettre, par exemple, de publier chez eux une enquête sur la corruption du parti local. « Ces échanges de bons procédés fonctionnent dans les deux sens », précise l’un des journalistes. « C’est cette solidarité qui nous permet de continuer de lever des lièvres. » Les scoops proviennent aussi de lecteurs en détresse. C’est alors aux journalistes du Nanfang Dushi Bao de devoir trier parmi des nombreuses informations, souvent délicates, comme le tabassage d’un étudiant par des policiers ou les conditions d’expulsion d’une famille sans histoires. « Une fois vérifiées, nous prenons 10% de ces doléances en considération », résume l’un des journalistes. De temps en temps, la censure s’affiche au grand jour, comme ces courriels collectifs affichés sur un tableau aimanté : « Il ne faut pas interroger les familles de victimes du lait en poudre contaminé à la mélamine » , « Il ne faut pas photographier les enfants hospitalisés à cause du lait et des complications », souvenirs du scandale du lait contaminé…

« Au final, le rédacteur en chef appose sa signature à côté de chaque photo et de chaque texte avant publication. Il ne peut rien laisser passer », explique un journaliste. Son travail ressemble à un savant dosage entre audace et respect des règles édictées par le parti. Les conditions de travail des journalistes en Chine transpirent aussi à travers les pages du Nanfang Zhou Mo. Fin novembre 2008, un dossier de quatre pages était consacré à Fu Hua, un journaliste de 43 ans et ancien juge, aux prises avec la justice. « Un cas d’école ; l’homme réalise une enquête sur un chantier bâclé d’agrandissement de l’aéroport de Long Jia (province de Jilin, dans le nord-est de la Chine). Le chef de chantier, en conflit avec son employeur, fournit au journaliste des informations fracassantes et de l’argent, l’équivalent de 500 euros, pour que l’enquête puisse être menée le plus rapidement possible. Le contremaître sera condamné à sept ans de prison, le journaliste à un an, grâce au soutien de son rédacteur en chef. Faut-il considérer le journaliste comme un criminel ? » écrit le journal. Si personne ici n’a oublié l’arrestation du rédacteur en chef du Nanfang Dushi Bao, Cheng Yizhong, le 1er avril 2004, pour avoir, sans consulter le parti, redistribué une partie des bénéfices du journal à tous les salariés, ils avouent une sincère inquiétude pour d’autres camarades, moins protégés – au moins 31 journalistes chinois et 51 blogueurs sont actuellement derrière les barreaux, selon le rapport annuel 2008 de Reporters sans frontières. Ils évoquent le nom de Zola Zhou [1], un journaliste citoyen respecté par la blogosphère chinoise, qui appelle ouvertement aux dons sur son blog, afin de financer ses propres enquêtes. « C’est comme s’il donnait un bâton pour se faire battre », résume un journaliste qui se fait surnommer Tataking. A 26 ans, ce rédacteur de Nanfang Dushi Bao passe le plus clair de ses journées à ratisser la Toile avant que les censeurs ne la nettoient (ou ne l’« harmonisent »), à la recherche d’informations sensibles, de témoignages laissés sur les forums ou les blogs chinois.

Tian Ren, l’un des quarante photographes du journal, nous explique que les propositions pécuniaires font partie du quotidien. « A Canton, ça construit en permanence, et les accidents de chantier sont quotidiens. Quand on nous appelle parce qu’un bâtiment s’est effondré avec des ouvriers ensevelis, nous sommes sûrs qu’à notre arrivée sur place quelqu’un nous proposera une enveloppe pour ne pas photographier… En général, c’est 200 euros. » Tian Ren refuse tout compromis. Le jeune homme préfère la photo artistique et s’inspire beaucoup de son chef de service et mentor, Fiang Qian Hua, lauréat 2007 du prestigieux Word Press Photo, une récompense qui honore les meilleurs photojournalistes de la planète.

Finalement, une visite du quotidien Nanfang Dushi Bao, de la rédaction et de ses différents desks va pouvoir être programmée, au pas de charge. A l’intérieur, interdiction absolue de photographier. Dans le hall, face à l’ascenseur, un petit communiqué annonce l’arrivée du salarié Liu Ye au sein de la section du Parti communiste du groupe. Au premier étage, nous découvrons le service « société et économie ». Les mains sur le clavier, de tout jeunes journalistes en jeans et baskets rédigent leurs papiers. Face à eux, une quinzaine de correcteurs s’affairent, au crayon de bois, sur le contenu de la prochaine édition. Sur les cloisons qui délimitent chaque bureau, des posters Hello Kitty ou des autocollants humoristiques « Ici vous pouvez entrer sans aucun diplôme » côtoient d’immenses drapeaux de velours rouge. En lettres dorées, on y lit : « Toute la rédaction du Di Yi Cai Jing Ri Bao (le premier quotidien financier) vous est reconnaissante d’avoir défendu notre journaliste dans vos colonnes. » Un autre drapeau, rouge et or, déclame : « Parce que vous avez le courage de dire la vérité, les habitants du village de Xishui, province du Hubei, vous remercient. »

Blogueurs et journalistes : même combat ? Retour à la table des matières

La nouvelle génération de journalistes en Chine baigne dans la culture Web. Ils puisent leurs informations sur les blogs, quand ils ne transmettent pas à leurs auteurs des scoops qu’ils ne peuvent eux-mêmes traiter. Cette proximité entre journalistes de médias contrôlés par l’Etat et blogueurs sulfureux se traduit par des rencontres insoupçonnées. A l’initiative de Wen Yun Chao, blogueur, amateur de hard rock et propriétaire d’un bar à Canton, c’est toute la crème des blogueurs militants chinois qui était attendue à Canton les 25 et 26 avril 2009, autour de Rebecca MacKinnon, ancienne chef du bureau de CNN à Pékin et fondatrice de Global Voices Online, un site qui relaie et traduit les billets citoyens du monde entier.

Wen Yun Chao est devenu un blogueur réputé ce jour de juin 2007 où il a décidé de couvrir en temps réel une manifestation populaire contre la construction d’une usine chimique à Zhangzhou [2]. Tandis que les médias traditionnels avaient pour ordre de boycotter l’événement, Wen a posté sans relâche des centaines de SMS décrivant minute par minute la manifestation [3]. Depuis ce jour, il est considéré comme l’un des spécialistes des sujets brûlants en Chine. Idem pour Zola Zhou, un blogueur de 27 ans qu’il considère comme son petit frère. Le garçon est devenu la coqueluche des médias occidentaux depuis son reportage sur les irréductibles expropriés de Chongqing. Sa photo d’une maison vouée à la démolition et suspendue à un petit lopin de terre rongé par les pelleteuses fera le tour du monde.

René Vandergoten est journaliste indépendant à Pékin.

Notes

[1] Le blog de Zola : www.zuola.com/weblog Invité par la télévision allemande Deutsche Welle en novembre dernier à participer au jury des Bobs ou « Best of Blogs » de l’année, Zola sera finalement interdit de sortie du territoire chinois, malgré l’intervention de l’ambassade d’Allemagne.

[2] Le billet qui rendit Wen Yun Chao célèbre : www.wenyunchao.com

[3] Le site Twitter, qui permet l’envoi de messages courts depuis son téléphone portable, se répand actuellement parmi les journalistes citoyens, ou citizen reporters, de Chine. En août 2008, le blogueur Zola avait décrit son arrestation en direct sur son blog, depuis le siège arrière du véhicule de police.

8 décembre 2009

Bolivie : une exploitation minière agressive

http://www.dailymotion.com/cite-des-sciences

Exploitées depuis 500 ans, les mines boliviennes offrent un spectaculaire exemple de pollution environnementale. Un reportage photo de Clara Delpas.



5 décembre 2009

Qui tient le "Cloud", tiendra la Gouvernance

par Pierre de La Coste (son site)

Le « Cloud computing », dont on parle de plus en plus, est une révolution beaucoup plus importante, pour l’Internet, que le Web2.0. Celui-ci est une révolution des usages, alors que le Cloud computing (informatique dans les nuages) est une révolution dans les infrastructures.

Le « Cloud computing », dont on parle de plus en plus, est une révolution beaucoup plus importante, pour l’Internet, que le « Web 2.0 ». Celui-ci est une révolution des usages, alors que le Cloud computing (traduisons : « informatique dans le Nuage », mais, malheureusement, la langue française perd sa capacité à exprimer des concepts technologiques nouveaux...) est une révolution dans les infrastructures.

Les deux se situent donc à des niveaux différents et se confortent mutuellement. C’est en grande partie parce que le web2.0, par son côté convivial, a achevé de populariser l’internet et a séduit des non-professionnels et le grand public, que les entreprises ont découvert de nouveaux marchés de masse et que les infrastructures du Réseau doivent s’adapter.

Le Cloud (puisqu’il faut parler ainsi), en effet, permet de faire plus et mieux, pour moins cher, sur Internet. Il permet d’éviter le gaspillage des ressources (humaines, financières et environnementales) que représente l’augmentation exponentielle de la puissance des ordinateurs personnels, rendue obligatoire par l’empilement permanent de nouveaux outils et logiciels.

Avec le Cloud, l’intelligence est désormais dans le réseau. De très nombreux utilisateurs peuvent faire fonctionner à distance, en même temps, les mêmes logiciels. Mais pour y parvenir sans embouteillage aux heures de pointe, l’hébergement de cette puissance logicielle doit d’être assurée de manière mutualisée : des techniques nouvelles permettent d’aller chercher la puissance de calcul et l’espace disque des serveurs là où il est disponible à un moment donné, dans le « Cloud ».

Il est clair que la possession ou la maîtrise de telles infrastructures est stratégique. Le Cloud est d’abord source de croissance et d’emploi : il existe des besoins nouveaux, qui ont leur marché, du fait du web2.0 et d’autres phénomènes comme l’internet des objets et l’internet mobile. Mais le contexte de crise financière freine les investissements. Le Cloud, qui permet d’être plus efficace pour des coûts inférieurs, permet donc de faire sauter l’un des verrous qui empêche le retour de la croissance dans les TIC (qui représentent elles-mêmes la moitié de la croissance en Europe).

Derrière l’économie, la politique

Comme toujours, derrière l’économie, il y a la politique. Tout d’abord, pour les Etats, la capacité à encourager la création de cette nouvelle infrastructure, orientera la localisation de la croissance et des emplois. Les Etats-Unis sont à l’origine du lancement d’Internet première génération. Et la croissance des Google, Yahoo, Ebay et autres, ainsi que des Microsoft, IBM, etc, qui ont pris le train en marche, a d’abord bénéficié à l’Amérique du Nord. Nous sommes dans une situation analogue aujourd’hui.

Mais le Cloud amènera tôt ou tard des questions de gouvernance, c’est à dire d’organisation juridique et politique de l’Internet. C’est un sujet crucial, mais difficile à médiatiser, qui semble rebutant et technique à beaucoup. La plupart des internautes pensent que l’Internet, « ça marche tout seul » et que « c’est gratuit ». Deux opinions courantes, aussi fausses l’une que l’autre et qui permet à l’ICANN, émanation du gouvernement américain, et à son prestataire, la société Verisign, d’opérer dans la plus grande opacité.

Avec le Cloud, les questions vont revenir, avec encore plus d’insistance et concerner des intérêts encore plus stratégiques : qui contrôle les données hébergées ? Quelle confidentialité pour les données personnelles ? Quel est leur statut juridique ? Quelle loi s’applique ? Le Cloud est-il « neutre » (c’est-à-dire est-ce que toutes les technologies, tous les formats, y sont acceptés sans favoritisme) ? Comment y pourchasser les contenus illicites ?

Il se pourrait bien que prochainement la gouvernance « classique », de l’Internet, incarnée par l’ICANN, perde peu à peu de son importance réelle. Nous en serons immédiatement informés. Le jour ou les américains diront aux européens et au reste du monde : « rentrez dans l’ICANN, chers amis, et partageons la gestion des noms de domaines et autres questions annexes ». Ce jour-là, c’est certain, le vrai pouvoir sera ailleurs.

Article publié sur le site tuviens.fr de Nathalie Kosciuszko-Morizet, en réponse à la question "Quelle gouvernance internationale pour Internet ?"

PERMALINK

Silence , on vaccine



http://wiki.france5.fr/index.php/SILENCE_ON_VACCINE

Synopsis

Les vaccins occupent une grande place dans la politique de santé publique. Leurs bienfaits sont incontestables. Ils font néanmoins des victimes, dont on ne parle guère, souvent atteintes de maladies immunitaires ou neurologiques. Le film, enquête en France, aux Etats-Unis et au Canada, et cherche à savoir s'il existe un lien de causalité entre vaccin et maladie. Il cherche aussi à déterminer le sort des victimes et à comprendre, dans la logique ' bénéfice-risque ', si le bénéfice collectif n'occulte pas le risque des individus. Au-delà, il s'interroge sur la liberté individuelle face à la vaccination, alors même que cet acte médical se multiplie, notamment pour les enfants.(Programme sous-titré par télétexte pour les sourds et les malentendants) Image ci-dessus : ©France 5

Article de France 5

La polémique concernant les risques accrus de développer une sclérose en plaques à la suite d'une vaccination contre l'hépatite B n'est pas morte. Illustré par des témoignages douloureux et étayé par des explications scientifiques, ce documentaire dérangeant propose de faire la lumière sur ces vaccins qui se transforment en poison dans un nombre croissant de cas.

Silence, on vaccine  ©France 5
Silence, on vaccine
©France 5
Du mercure et de l'aluminium : ce sont les substances que l'on peut trouver dans certains vaccins administrés aux enfants de manière récurrente dès leur plus jeune âge. Même si ceux-ci ont permis aux sociétés occidentales de maîtriser des fléaux comme les hépatites, le tétanos ou la poliomyélite, ce film avance qu'ils ont probablement favorisé le développement de maladies neurologiques, dermatologiques ou rhumatologiques.

A Québec, les parents du petit Alexis, 2 ans et atteint d'une encéphalite, en témoignent. Depuis qu'on lui a injecté six vaccins dans la même journée, Alexis « ne sait plus avaler, ne sait plus parler, ne sait plus marcher ». Des études épidémiologiques américaine, française et canadienne laissent penser que le mercure, présent sous forme de conservateur dans certains vaccins courants comme l'antitétanique ou les antigrippaux, entraînerait des troubles du comportement et du développement. D'autres vaccins à base d'aluminium cette fois, à l'instar des antihépatites, pourraient provoquer des maladies neuromusculaires (lire l'encadré). Aurélie, une jeune femme pleine de vie malgré sa maladie, explique qu'elle a manifesté les premiers symptômes de la sclérose en plaques à la suite d'une vaccination contre l'hépatite B.

Lobbies pharmaceutiques

Silence, on vaccine  ©France 5
Silence, on vaccine
©France 5
Bien que le nombre de victimes augmente, notamment parmi les enfants, les associations ont du mal à les faire reconnaître et indemniser, car le lien de causalité entre les pathologies et le vaccin est difficile à prouver. Aux Etats-Unis, Dan Burton, un membre du Congrès, a ouvert une enquête parlementaire sur la nature des produits contenus dans les vaccins et leurs effets sur la population. L'élu républicain regrette la négligence des autorités américaines, qui ont avalisé la mise sur le marché de vaccins dont la toxicité n'a jamais véritablement été évaluée. Il explique en outre que l'industrie pharmaceutique constitue « le groupe de pression le plus puissant de Washington », ce qui rend toute évolution législative en la matière impossible.

S'ajoutent à l'hostilité des acteurs économiques et à l'immobilisme des politiques les réticences du monde médical à remettre en cause les bénéfices des vaccins. Des réactions alarmistes pourraient en effet mettre en péril l'enjeu de santé publique que constitue la vaccination. Barbara Loe Fisher, présidente du Centre national d'information sur la vaccination aux Etats-Unis, s'interroge sur le caractère « utilitariste » de ces politiques de santé publique : « Combien de personnes peut-on sacrifier pour le bien de la majorité ? »

Silence, on vaccine  ©France 5
Silence, on vaccine
©France 5
Les victimes et les associations qui les défendent revendiquent le droit d'être informées des produits contenus dans les vaccins et des risques encourus à la suite de leur injection. Ils émettent des réserves concernant les contraintes légales de vaccination et réclament des indemnisations en cas d'effets indésirables invalidants. Rompre l'omerta qui règne sur la possible toxicité de certains vaccins permettrait d'améliorer leur innocuité. Ce qui profiterait, d'une part, à la santé publique et limiterait, d'autre part, les drames d'individus qui développent une maladie en ayant voulu en prévenir une autre.

Lourds soupçons sur certains composants

Le thimérosal est un agent conservateur à base de mercure présent en quantité infime dans les vaccins antitétanique, antigrippaux, antidiphtérique parmi d'autres. Selon certaines études, il pourrait entraîner des troubles neurologiques, dont des comportements autistiques. L'aluminium est un adjuvant présent dans les vaccins antihépatites qui permet de stimuler la réaction de l'organisme contre la particule virale injectée lors de la vaccination. Il favorise donc l'immunisation de l'organisme vacciné. Au demeurant, ce composant additionnel est soupçonné de favoriser le développement de maladies neuromusculaires.

Source : magazine des programmes de France 5

4 décembre 2009

Corruption : l'image de la France est toujours dégradée

Télécharger le rapport complet.

par Edouard Orozco

Notre douce France se classe 24e à l'indice de Indice de Perception de la Corruption (IPC) 2009 établi par Transparence Internationale. Aussi bien noté (6,9) qu'en 2008, l'Hexagone pourrait encore améliorer son image, selon l'ONG qui s'inquiète du projet de suppression du juge d'instruction.

Sans surprise, les pays perçus comme les plus corrompus sont pauvres et ont été touchés par de longs conflits (interventions militaires étrangères, guerres civiles). Rien d'étonnant, donc, à ce que la Somalie et l'Afghanistan ferment le banc, ou que l'Irak soit 176e sur 180 pays, d'après l'Indice de Perception de la Corruption publié chaque année par Transparency International (Transparence Internationale), une ONG fondée en 1993 qui lutte la corruption des gouvernements et institutions gouvernementales mondiaux.

Mais taper sur les pays du Sud étant un peu facile, l'Organisation s'évertue aussi à mettre le doigt sur les dérives de certains pays occidentaux. La France, par exemple, pointe cette année au 24e rang et reste à la traîne des autres grandes nations démocratiques, comme les Etats-Unis (19e), l'Allemagne (14e), l'Angleterre ou le Japon (17es ex-æquo). "La France continue ainsi à véhiculer une image relativement dégradée de ses institutions publiques", note TI-France, la branche française de Transparency International.

"A l’instar de certains de ses voisins européens comme la Belgique (21ème rang), l’Espagne (32ème) et l’Italie (63ème rang), pays secoués par des affaires de corruption ayant éclaboussé la sphère politique, l’actualité en France a été émaillée par plusieurs affaires", commente encore TI-France. "Deux procès retentissants – Angolagate, affaire Clearstream – ont impliqué des personnes au plus haut niveau de l’Etat. Cette année a également été marquée par les enquêtes visant Jacques Chirac, qui ont conduit à son renvoi, en octobre 2009, devant le tribunal correctionnel."

La réforme du juge d'instruction en ligne de mire

Comme elle l'avait déploré en mai 2009, l'ONG continue par ailleurs à dénoncer la suppresion du juge d'instruction, projet qui inquiète "sur la volonté française de faire la lumière sur les dossiers politico-financiers de grande ampleur". "L’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe, dans une résolution adoptée le 30 septembre 2009, a ainsi appelé la France à « revoir le projet de suppression des juges d’instruction » afin « d’éviter (de donner) l'impression que cette réforme vise à protéger la classe politique de tout contrôle judiciaire»", rappelle TI-France dans son communiqué.

"Ce qui nous inquiète sur le projet de suppression du juge d'instruction, c'est qu'il n'est pas accompagné d'une réforme du statut du parquet", précise Julien Coll, délégué général de TI France. "On craint que cela aggrave l'affaiblissement de la justice financière."

Que vaut ce classement ?

Ce classement qui se base notamment sur des sondages réalisés auprès d'analystes et d'experts en finance internationaux est-il pour autant fiable ? "Nous ne publions les données d'un pays que lorsque nous avons un minimum de trois sources. Et nous allons prochainement passer à quatre", argumente Julion Coll, qui avance également des "éléments de faits" pour expliquer la note attribuée à la France. "Par exemple, sur la corruption d'agents publics étrangers, des pays comme l'Allemagne et les Etats-Unis sont en avance sur la France qui n'a encore condamnée aucune entreprise, dix ans après les recommandations de l'OCDE."

Et ce ne sont pas les derniers rebondissements du procès de l'Angolagate, rythmé par la conférence de presse théâtrale de Charles Pasqua, qui vont améliorer l'image internationale de la France en matière de corruption.

2 décembre 2009

De la production de peluches vivantes en ex URSS : L’expérience de la Ferme aux Renards

par Taupo (son site) jeudi 27 août 2009

Introduction :

Notre histoire commence en Sibérie à la toute fin des années 50. A cette époque, l’Union Soviétique relève doucement la tête après le fiasco Trofim Lyssenko, Grand chef de l’académie Lénine des sciences agronomiques ayant imposé par la force sa vision non-Mendélienne de la génétique et de l’agriculture de 1938 à 1952. Un généticien russe du nom de Dmitry K. Belyaev profite alors du retour à une génétique “orthodoxe” pour monter un projet pharaonique qui aujourd’hui, presque 25 ans après la mort de son fondateur, apporte de nouveaux éléments très intéressants dans son domaine. Depuis le début de l’expérience en 1959, ce sont donc 50 années d’efforts qui ont été sacrifiées à l’étude d’un processus aussi fascinant que complexe : La domestication animale.

Techniquement, domestiquer un animal sauvage consiste à l’apprivoiser et à l’élever en ne laissant se reproduire que les individus présentant un caractère choisi, dans le but de maximiser les chances de transmission à la descendance et n’obtenir à terme que des individus portant ledit caractère (pour faire simple on appelle ça aussi la sélection artificielle). Par exemple, les chevaux ont été domestiqués pour leur force, les moutons pour leur laine, les porcs pour leur viande, les vaches pour leur lait et caetera. Mais au cours du processus est survenu un phénomène étrange, un changement de morphologie qui relèverait presque de la convergence évolutive… Vous ne devinez pas ? Alors regardez attentivement ces différentes images d’animaux domestiqués :

Baudet du Poitou
(image : Dynamosquito)
Lapin Bélier
(image : Jullion)

Chèvre Angora
(image : Sébastien Pissavy)

Porcelets
(image : Little Pig Farm)

Cet aspect pelucheux, les oreilles qui tombent, une petite taille, de jolies petites taches, un museau raccourci ou la queue qui s’enroule… c’est une constatation approuvée par la science : en subissant la domestication les animaux deviennent mignons. Approuvé par la science je vous dis ! Darwin lui même le mentionnait dans le premier chapitre de l’Origine des Espèces “Il n’existe pas un seul animal domestique qui ne possède pas, quelque part dans le monde, des oreilles tombantes”. Il est vrai que la totalité des espèces animales domestiquées présentent des caractères que l’on ne retrouve que très rarement chez leurs cousins sauvages, en voici une liste :

  • Existence de variétés naines ou géantes
  • Robe pie (blanc tacheté de noir)
  • Poils ondulés ou bouclés
  • Queue enroulée
  • Queue courte, diminution du nombre de vertèbres
  • Oreilles tombantes
  • Changement de cycle reproductif

(Je vois de suite surgir les pinailleurs alors je prends les devants. Effectivement il n’existe pas de Canari aux poils ondulés, ni même de Gecko aux oreilles tombantes ou de Poisson rouge à la queue enroulée. Vous l’aurez compris tous seuls, nous ne traiterons ici que des mammifères.)

Mais pourquoi sont-ils aussi mignons ?

Les recherches les plus pointues menées sur la relation humain-loup/chien suggèrent que la domestication animale est un processus long et complexe basé sur une double sélection (à la fois naturelle et artificielle). On comprend aisément en quoi l’humain représente en lui-même une pression de sélection artificielle pour les animaux apprivoisés, mais l’idée qu’une sélection naturelle puisse encore agir à ce niveau est un peu plus subtile, voici une tentative d’explication :

Du point de vue de l’animal, la domestication correspond à la colonisation d’une nouvelle niche écologique (voir d’une niche tout court pour nos amis canins). Or, pour une espèce sauvage, s’aventurer dans un nouveau milieu (nouvelles ressources, nouveaux prédateurs, nouveau climat…), est relativement dangereux et conduit le plus souvent à une diminution drastique de la population (période “d’adaptation” où s’exercent de fortes pressions de sélection). Dans ce genre de situation, on peut assister à un dérèglement des cycles de reproduction. Par exemple, les individus atteignant plus rapidement leur maturité sexuelle apportent un avantage à l’espèce (diminution du temps de génération, régénération plus rapide des effectifs en cas de forte mortalité), au fil du temps leur présence est donc de plus en plus marquée dans la population (de même que leur patrimoine génétique). D’autre part, une maturité sexuelle précoce s’accompagne le plus souvent de pédomorphisme c’est à dire de la conservation de traits juvéniles à l’âge adulte (à rapprocher de la néoténie, voir d’autres billets à ce sujet ici et ). Dans ce cas, la capacité à se reproduire est atteinte avant la fin du développement complet de l’animal, les individus peuvent donc procréer avant l’âge adulte. De ce fait, les gènes nécessaires aux dernières phases de développement ne sont plus soumis à sélection et peuvent devenir inactifs, d’où une transmission du caractère “enfantin” à la descendance. Tout serait donc affaire de sexe, la domestication favoriserait les animaux présentant un cycle de reproduction altéré d’une part pour l’avantage que cela représente dans la colonisation d’un nouveau milieu (sélection naturelle), mais également pour des raisons de rentabilité d’élevage (sélection artificielle). En conséquence le pédomorphisme augmente progressivement en fréquence dans ces populations et on aboutit à des générations d’animaux mignons (car c’est un peu ça l’idée générale : tout ce qui a l’air jeune est plus mimi, on vous voit bien gazouiller comme des glands chaque fois que vous croisez une poussette. ça remonte les sourcils, ça étire le nez et ça arrondit la bouche avant de prononcer la formule fatidique “comme il est mignon”. Faites pas semblant de pas connaître c’est un réflexe conditionné).

Quant à lui, Belyaev (qui n’apprécierait sans doute pas la dimension Freudienne des théories actuelles du "tout sexe") proposait à son époque une version moins lubrique selon laquelle le caractère sélectionné ne serait pas reproductif mais comportemental, la clé de la domestication résiderait alors dans la capacité d’un animal à accepter l’humain, et donc à être apprivoisé. La théorie de Belyaev est la suivante : Comme c’est largement admis en biologie, le comportement animal a une origine physiologique, et est déterminé au moins en partie par des stimuli neurochimiques ou de nature hormonale (qui sont eux mêmes gouvernés par les gènes codants les hormones et neurotransmetteurs en question). Or on sait que ces mêmes stimuli influent sur le développement physique des individus. En sélectionnant un comportement prompt à la domestication, l’humain sélectionnerait donc en réalité une configuration génétique et hormonale particulière qui pourrait avoir des répercutions sur la croissance des animaux et conduire à des changements morphologiques tels que ceux listés à la fin de mon introduction.

Expérimentation grandeur nature : La ferme aux renards

Si l’on peut être sûr d’une chose à propos de Dmitry Belyaev, c’est qu’il n’avait pas froids aux yeux (et en Sibérie ça peut toujours rendre service). Pour tester son hypothèse, le courageux généticien a décidé de “repartir de zéro” en domestiquant une espèce sauvage et en observant le processus évolutif en direct. Mais quelle espèce choisir ? La plupart des travaux d’alors sur la domestication ayant été réalisés chez le loup/chien, il semblait judicieux de choisir un canidé en vue de comparaisons. Belyaev a donc jeté son dévolu sur le renard gris de Sibérie, déjà pas mal exploité dans la région pour sa fourrure. Une chance pour lui, ces pourritures d’éleveurs de tortionnaires avaient tenté quelques expériences de capture et de reproduction de renards sauvages, leurs animaux avaient donc déjà “passé le premier traumatisme de la captivité” qui peut rendre une expérience de domestication très longue, pénible et coûteuse en raison d’une forte mortalité (mais qu’on se le dise, même après cette étape, la vie d’un animal en cage dans une ferme a fourrure est tout bonnement ignoble). Belyaev a donc sauvé un petit cheptel du massacre et débuté son expérience en isolant deux populations de renards : les agressifs d’un côté, les dociles de l’autre et en ne réalisant que des croisements à l’intérieur d’un même groupe. Il est important de préciser que les individus étaient placés dans l’un où l’autre groupe uniquement en fonction de leur comportement, aucun autre caractère n’a été pris en compte. Évidement, au début, les renards avaient encore une attitude sauvage et (compte tenu de leur expérience précédente) étaient tout bonnement terrifiés par le contact humain. La ségrégation initiale consistait donc à séparer les individus véritablement agressifs des craintifs/soumis.

Comportement d’un individu agressif (ou mort de peur, au choix)

Mais au fil des générations, les soumis ont perdu progressivement leur crainte de l’être humain et sont devenus dociles, se laissant de plus en plus manipuler. Après plusieurs années de sélection, certains individus désignés “Classe IE, Domesticated Elite” ont même développé un comportement affectueux, accueillant les chercheurs/soigneurs par des gémissements, des jappements, en tournant sur eux même et se ruant sur la porte de leur cage comme de gentils chiots impatients qu’on leur apporte leur gamelle. Impressionnant.

Comportement d’un individu “Elite”

D’emblée, à moins que vous ayez subi une cardiectomie récemment, vous conviendrez, même sans regarder en détail sa morphologie, que la peluche ci-dessus est vraiment “trop mignonne” (avec la bouche en ”O”, les sourcils et tout et tout) . Belyaev a donc réussi l’exploit de transformer en un temps record un renard grognant et mordant en gentil chien-chien avide de papouilles et de su-sucre. Mais l’histoire ne s’arrête pas là, car en observant de plus près les individus “Elite”, on remarque rapidement que se sont produits plusieurs changement morphologiques par rapport à la population sauvage initiale ou aux individus agressifs témoins. Je vous le donne en mille : Apparition de zones blanches sur le pelage (8ème à 10ème génération), oreilles tombantes et raccourcissement ou enroulement de la queue selon les individus (15ème à 20ème génération).

piebal oreilles tombantes

Zones blanches sur le pelage

Oreilles tombantes

queue enroulée Queue enroulée

(images : Lyudmila N. Trut)

Tout s’est déroulé comme prévu, la corrélation “gentil = mignon” semble se vérifier, comme l’espérait le maître. Restait à vérifier l’explication physiologique. Et bingo, des analyses sanguines ont révélé des changements hormonaux, en particulier au niveau des corticostéroïdes (ou corticoïdes) dont le taux est relativement faible dans les premières semaines suivant la naissance des renardeaux et augmente fortement entre 2 et 4 mois pour atteindre le niveau adulte aux alentours de l’âge de 8 mois. Cette brusque élévation correspond à la fermeture de la “fenêtre de socialisation”, une période pendant laquelle le renardeau perçoit les stimuli extérieurs comme amicaux et peut par exemple s’habituer à la présence humaine. Au delà de cette fenêtre, tout nouveau stimulus sera perçu comme une agression et entraînera une réaction de peur chez l’animal. Chez les individus dociles, l’élévation du taux de corticostéroïdes est plus tardive, d’où un allongement de la fenêtre de socialisation et une plus grande facilité à être apprivoisé. De plus, le taux maximal atteint à l’âge adulte était 4 fois inférieur à celui des individus sauvages, après seulement 30 générations de croisements entre individus dociles. Concernant les nouveaux traits physiques observés, il semblerait que les animaux dociles présentent un taux 5 fois plus élevés de sérotonine (un neurotransmetteur) et d’autres éléments impliqués dans l’acquisition des caractères physiques dans les stades les plus précoces du développement.

Conclusion

Au final cette expérience de longue durée ne remet pas en cause la vision moderne de la domestication (les deux vision sont compatibles et se complètent), mais elle apporte des éléments nouveaux pour expliquer le développement de la mignonitude chez les animaux domestiques. Et même au delà du sujet de la domestication, elle suggère combien la sélection d’un caractère simple (ici le comportement) peut avoir des répercussions importantes sur le reste de l’animal. En terme de génétique, cela montre qu’un nombre restreint de gènes peuvent être impliqués dans un très grand nombre de fonctions, il faut donc définitivement oublier l’idée selon laquelle un gène donné a un rôle unique qui lui est propre. Pour finir, le dernier avantage de cette expérience (et pas des moindre, c’est même tout le contraire) est qu’elle montre en direct l’évolution par le biais de la sélection.

Mettre en place un élevage de renards gris en pleine Sibérie sous le régime stalinien : des centaines de milliers de roubles. Domestiquer un animal quasi-sauvage pour en faire un adorable compagnon : 50 années de travail. Mettre une grosse claque aux détracteurs des théories de l’évolution : ça n’a pas de prix.

(image : Lyudmila N. Trut)
Référence :
Early canid domestication : The farm-fox experiment. Lyudmila N. Trut (1999)

Face aux armes, l’âme nue

vendredi 5 décembre 2008, par Jean-Christophe Servant

Dans le film Hunger, de Steve McQueen, le corps humain est la dernière des armes. Sa nudité imposée par le système politico-carcéral, l’ultime munition que l’on possède pour faire face à la violence froide de l’oppression pénitentiaire. Vingt-sept ans après la mort de Bobby Sands, l’utilisation de son corps comme moyen extrême de contestation reste d’actualité sur le continent africain. Les années 2000 voient même une recrudescence de cette pratique. Malgré les tabous culturels, de plus en plus de femmes, parmi les plus pauvres et les moins en contact avec la société civile urbaine, utilisent en effet la menace du corps nu comme le dernier recours pour faire bouger les choses en leur faveur. Avec une différence par rapport aux épisodiques manifestations nues — des cyclotouristes aux anti-fourrure du People for the Ethical Treatment of Animals (Peta), en passant par les strikers — se déroulant sur le continent européen. Ici, c’est moins la séduction ou le sarcasme qui compte que la honte provoquée par le dévoilement du corps.

Dans le le Delta du Niger, de plus en plus de Nigérianes en viennent à cette extrémité pour s’opposer aux pratiques des compagnies extractives internationales pompant le pétrole du principal producteur du continent. C’est ce que raconte le documentaire The Naked Option : a last resort, réalisé par l’Américaine Candace Schermerhorn : l’histoire d’un groupe de six cents femmes, qui, en juillet 2002, prirent en otage sept cents employés de Chevron Texaco sur le terminal pétrolier d’Escravos. Après avoir libéré une partie d’entre eux, elles retinrent le groupe restant en menaçant de se déshabiller.

Dans une grande partie de l’Afrique, explique Terisa E. Turner, professeur au Département de sociologie et d’anthropologie de l’Université de Guelph (Ontario, Canada), et membre fondatrice de l’International Oil Working Group, « les femmes se débarrassent de leurs habits, comme une manière ultime de protestation, exprimant par-là que c’est d’ici que provient la vie, et ainsi je révoque la vôtre ! ». La nudité volontaire de femmes âgées est, en particulier, utilisée dans des situations désespérées. Les femmes brandissant cette « arme » du vagin exposé peuvent être violées ou tuées. C’est donc en pleine connaissance des implications vitales de leur geste qu’elles engagent ce type de protestation. Elles affirment ainsi implicitement qu’elles auront gain de cause ou qu’elles mourront. Beaucoup d’hommes, soumis à cette « exécution » sociale et symbolique, pensent vraiment qu’ils en décéderont. Selon une source nigériane : « Dans nombre de communautés rurales, la pratique de se déshabiller est une forme courante de censure, avec la croyance qu’elle s’accompagne du pouvoir magique d’infliger à ses ennemis des malédictions entraînant mort ou folie. » C’est ce même modus operandi qui a été utilisé en juillet dernier par les femmes de la communauté d’Obodogugu-Ogume (« Nigeria : Women Protest Naked ; Eight Shot in Renewed Inter-Ethnic Crisis », The Vanguard, 17 juillet 2008).

« Quand des femmes se déshabillent,
ce n’est plus une manifestation pacifique »

Les raisons motivant ce genre de manifestations corporelles sont en tout cas de plus en plus diverses. Au Kenya, en 2001, trois cents femmes s’étaient opposées dans le plus simple appareil à une équipe de naturalistes procédant au recensement animalier d’une zone côtière destinée à être annexée à la Tana River National Primate Reserve. A Madagascar, en 2002, au plus fort de la crise politique opposant le président sortant Ratsiraka à son challenger Ravalomana, une cinquantaine de prostituées du port de Tomasina firent de même. Il s’agissait alors de dénoncer le blocage des routes menant à leur zone rouge et affectant par là même leurs revenus. En Afrique du Sud, mi-2006, le groupe d’une cinquantaine de détenues de la prison de Mthatha manifestant dans le plus simple appareil revitalisait lui une pratique courante durant les années de l’Apartheid : le setshwetla, la manifestation nue, menée alors par les prisonniers politiques contre les pratiques carcérales du régime de Pretoria. A l’époque, les hommes tout autant que les femmes y participaient. Mais aujourd’hui, « les prisonniers ne le font plus. Ils se sont rendus au système » (lire « Naked Protest throws official », SAPA, 14 septembre 2006). Ce setshwetla 2.1 était organisé par les prisonnières afin de contester un transfert vers le pénitentier de Queenstown, distant de 250 km, alors que la loi sud-africaine interdit que les prisonniers soient éloignés de leurs familles. Aucun transport public ne reliant les deux villes, il fallait donc le faire savoir. Au Ghana, début 2008, un groupe de Libériennes, réfugiées durant la guerre civile, utilisèrent le même procédé pour contester leur déménagement forcé dans l’ouest du pays, moyennant une aide financière passée de 1 000 à 100 dollars. Une centaines d’entre elles furent arrêtées à l’issue de la manifestation. Réaction du ministre de l’intérieur ghanéen Kwamena Bartels : « Quand des femmes se déshabillent ensemble et se plantent au bord d’une route, ce n’est plus une manifestation pacifique. »

Sur les scènes de théâtre d’avant garde, à l’autre bout de l’engagement, mais à peu de distance du monde réel africain, l’acteur Steven Cohen utilise tous les orifices de son corps nu pour dénoncer « la prétention humaine à la saisie dominatrice du monde ». Queer, blanc, juif et africain, Steve Cohen est « intéressé par la politique du nu, non par le commerce de la sexualité ». Xénophobie, génocide, politiques discriminatoires et répression de l’appareil d’Etat, faux-semblants de la « renaissance africaine », blessures raciales d’antan et nouvel apartheid social, Cohen est la vérité nue de la nouvelle Afrique du Sud. Dans son solo « Maid in South Africa », montré début novembre à Paris dans le cadre du Festival d’automne au Centre Georges-Pompidou, il intervient devant une vidéo de sa vieille nounou, noire, procédant aux taches ménagères en tenue de strip-teaseuse. Dans « Chandelier », il évolue, paré de cet encombrant et fragile accoutrement, dans un camp de squatteurs de Johannesburg en train d’être expulsés. Entre actionnisme et culture drag queen repolitisée, le ready made propre à tant d’artistes africains et l’engagement auprès d’activistes tels que Zackie Achmat [1], Cohen intervient certes pour un public avisé. Il n’empêche. Si les femmes d’Escravos ont momentanément inquiété l’appareil policier nigérian, Steven Cohen effraie, lui, la bonne conscience de la « Nation Arc-en-ciel ». En mai dernier, ses œuvres ont été retirées par le département de l’enseignement, et, sur plainte de certains parents, du programme des courts d’art plastique enseigné durant les études secondaires (« Too nude for school », Mail and Guardian, 9 mai 2008). Une étonnante leçon de morale dans un pays connu pour être l’un des plus violents d’Afrique subsaharienne...

Notes

[1] Lire Philippe Rivière, « Vivre à Soweto avec le sida », Le Monde diplomatique, août 2002.

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