avril 05, 2009
Reportage : Big Brother City (THEMA)
Une visite guidée et critique de Londres, capitale mondiale de la surveillance tous azimuts.
Avec plus de 4 millions de caméras en activité, soit une pour quatorze habitants, la Grande-Bretagne est aujourd'hui le pays dont les citoyens sont le plus surveillés au monde. Duncan Campbell, journaliste indépendant et auteur d'un rapport sur le système d'écoute Echelon (élaboré par les États-Unis, le Royaume-Uni, le Canada, l'Australie et la Nouvelle-Zélande pour intercepter les communications), fait découvrir la dimension orwellienne de la capitale britannique, véritable laboratoire des technologies de contrôle.
Atlas 2009 — Un monde à l’envers

Retrouvez ci-dessous, des extraits de l’Atlas au format PDF :
Nouvelle édition, entièrement inédite, en kiosques
Vingt ans après la chute du mur de Berlin, sept ans et demi après les attentats du 11 septembre 2001 à New York et Washington, une crise financière et économique sans précédent vient à nouveau bousculer la géopolitique internationale.
Chaque jour nous apporte son lot de nouvelles d’un monde en plein bouleversement : déclin de l’empire américain, poussée de la Chine et de l’Inde, retour de la Russie. Vivons-nous la transition de l’« hyperpuissance » au polycentrisme ?
Comment s’y retrouver, comprendre les mutations en cours, dégager de nouvelles grilles de lecture ? A ces questions, le nouvel Atlas du Monde diplomatique apporte des réponses, grâce à son approche à la fois globale et précise d’un monde en mutation.
Ouvrage de référence, il présente sur chacune de ses 87 doubles pages un texte synthétique émanant d’un spécialiste (économiste, politologue, environnementaliste...) accompagné de cartes et graphiques inédits auxquels s’ajoute une sélection de sites Internet.
Au sommaire, cinq grands chapitres :
• Les nouveaux rapports de forces internationaux
• Le monde vu depuis douze grands Etats, du Nord comme du Sud
• Les vrais défis énergétiques de la planète
• Les conflits qui persistent
• Les handicaps et promesses du continent africain
Dirigés par Alain Gresh, Jean Radvanyi, Philippe Rekacewicz, Catherine Samary et Dominique Vidal, soixante-dix collaborateurs ainsi que sept géographes-cartographes ont uni leurs talents pour réaliser cette nouvelle édition entièrement inédite.
• Plus de 300 cartes, schémas et graphiques ;
• Des textes courts et synthétiques hiérarchisant les informations essentielles ;
• Des spécialistes : économistes, sociologues, politologues, démographes, historiens, environnementalistes...
• Une large bibliographie (sites Internet, livres et rapports) pour approfondir vos recherches.
200 pages, 300 cartes et graphiques, 14 euros, disponible en kiosques.
Lire, dans Le Monde diplomatique de mars 2009, « L’œil, la Terre et le cartographe », par Philippe Rekacewicz, et « Par-delà les modes », par Dominique Vidal.
L’inquiétante « croisade espagnole » des barons de l’eau français
Le projet de transfert de l’eau du Rhône en Espagne, véritable serpent de mer hydraulique, est définitivement abandonné. C’est ce qu’a affirmé M. Loïc Fauchon, président de la Société des Eaux de Marseille (SEM), filiale commune de Veolia et Suez, le 16 mars 2009 depuis Istanbul, où se tenait le 5ème Forum mondial de l’eau, qui s’est conclu dans un climat de confusion générale — les participants s’étant déchirés autour de la notion de « droit à l’eau ». Derrière cette affaire qui défraie la chronique depuis des décennies, et a récemment été ravivée par la sévère crise hydrique qui affecte l’Espagne, en affleure une autre. Celle de la mainmise brutale des « barons de l’eau » Français sur les ressources en eau de toute la côte française de la Méditerranée. Une affaire qui éclaire d’un jour cru les errements d’une « politique de l’eau » menée par des coalitions d’intérêts qui conduisent toute une région à sa perte. Dans la plus grande opacité, tant les grandes manœuvres qui président à la (véritable) gestion de l’eau, loin des discours officiels, tiennent de l’invraisemblable thriller.
L’Espagne s’interroge depuis longtemps sur la nécessité de mettre en œuvre sur son territoire des transferts d’eau massifs, voire de recourir à l’eau du Rhône pour assurer la satisfaction de ses besoins. Au fil des décennies ont ainsi émergé des projets pharaoniques, dont la constance ne laisse pas d’étonner.
La crise de l’eau espagnole
Un projet de transfert des eaux de l’Ebre vers le Sud de l’Espagne, le « Proyecto del Levante » a commencé à être étudié dans la péninsule ibérique dès… 1933. Avant même la prise de pouvoir du caudillo Franco, figure à laquelle les ingénieurs hydrauliciens et des travaux publics espagnols vouent une reconnaissance émue, car il a obstinément financé leurs projets de barrages et de grands travaux hydrauliques dans les années 40-50. Travaux qui bénéficieront même des subsides du plan Marshall, et feront de l’Espagne de l’après-guerre le plus grand constructeur de barrages au monde…
Il s’agissait alors d’éviter toute réforme agraire et redistribution de terres en déplaçant la paysannerie pauvre sur de « nouvelles » terres marginales, le sud-est aride de l’Espagne.
Un premier projet "français" de transfert des eaux du Rhône pour l’irrigation du Languedoc, fut initié dès les années 1950 par l’avocat Philippe Lamour, qui arracha in extremis en 1955 la signature d’une concession d’eau du Rhône, acte de naissance de la CNA-BRL, au ministre démissionnaire sur le capot de sa DS Citroën, lors d’un de ces inimitables ballets gouvernementaux de la IVème République…
Inachevé en Languedoc même, n’arrivant qu’à Mauguio, à l’entrée de Montpellier, la relance de ce projet vers l’Espagne suscita une épouvantable bagarre au sein de la « communauté française de l’eau ».
Il était à l’époque ardemment défendu, sous forme d’un canal Rhône-Barcelone, par M. Jacques Blanc, qui ferraillait ferme aux côtés de la Compagnie du canal Bas Rhône Languedoc (BRL), une Société d’aménagement régional (compagnie d’état devenue société d’économie mixte dont la majorité du capital est aujourd’hui détenue par des collectivités locales du Languedoc Roussillon), créée en 1955, avec une participation de la Saur-Bouygues jusqu’en 2005.
Il sera peu glorieusement enterré à l’orée des années 90 après un éprouvant bras de fer qui laissera des traces.
Un second projet de transfert de l’eau du Rhône, qui devait arriver jusqu’à Cardedeu, fit son apparition en 1994, lors de sa proposition par un ingénieur d’AgBar (Aguas de Barcelona), filiale de l’entreprise française Ondeo-Suez, au moment où se discutait l’avant-projet du ministre socialiste espagnol Josep Borrell — qui prévoyait, lui, de recourir à l’eau de l’Ebre pour les bassins internes de Catalogne.
A nouveau l’affaire fit long feu, non sans moult dégâts collatéraux….
Le printemps 2008 sera agité par les controverses suscitées par un projet de transfert d’eau vers une Barcelone assoiffée par voie de tankers « hydroliers », mis en œuvre par la Société des eaux de Marseille, filiale commune de Veolia et Suez présidée par M. Loïc Fauchon, qui y songeait depuis 10 ans. Une initiative à laquelle le préfet des Bouches-du-Rhône mettra rapidement le holà, l’eau provenant d’aménagements publics (ceux de la Durance et du canal de Marseille).
Sur ces décombres, aujourd’hui, une étonnante coalition de barons de l’eau élabore un projet gargantuesque de mise en coupe réglée de tout le littoral méditerranéen français, aux fins d’y perpétuer un modèle d’urbanisation et d’agriculture rien moins que « soutenables ». A l’horizon, peut-être, à nouveau le mirage espagnol. Entre temps, de Montpellier à Perpignan, l’oligarchie de l’eau aura durablement assis son emprise sur des territoires vendus à l’encan, à revers de toutes les proclamations pour colloques (et banquets). Un littoral-Potemkine, dont la reconfiguration annoncée défie le sens commun.
L’échec du Plan hydrologique national
Après la seconde guerre mondiale, l’état franquiste construit donc des quantités phénoménales de barrages, financés par le plan Marshall, afin de doter le pays des infrastructures hydriques qui lui font défaut… et permettent de « loger » la paysannerie surnuméraire sur de petits lopins irrigués.
Dès l’orée des années 60 le « boom touristique » enflamme la Costa del Sol et la Costa Brava. On y édifie des milliers de kilomètres de résidences de vacances. Le sud du pays commence à développer massivement la culture des légumes (celle des agrumes surtout présente autour de Valencia date des années 1880), qui va connaître elle aussi une croissance fulgurante.
Trente ans plus tard, c’est le désastre : l’Espagne manque d’eau. Au sud, plus de trente mille hectares de cultures sous serre ont totalement asséché les réserves en eau. A quinze ans d’intervalle, des photos satellite de la Nasa virent du vert au rouge. C’est le gouvernement de M. Felipe Gonzalez, suivi par celui de M. Jose Maria Aznar, qui élabore le Plan hydrologique national (PHN), drivé par la puissante corporation des hydrauliciens qui gèrent les Confédérations hydrographiques, précurseurs des agences de bassin. On projette de construire un gigantesque aqueduc afin de transporter l’eau de l’Ebre, au nord, vers les terres assoiffées du sud. Remake ibérique du projet plus ancien des années 1930…
Les réactions sont sans précédent.
L’Espagne va vivre les plus importantes mobilisations populaires qu’ait connue l’Europe autour de la question de l’eau. Les « marches bleues » font descendre dans la rue jusqu’à un million d’opposants en un seul jour.
Il faudra attendre l’élection de M. Jose Luis Zapatero pour voir remiser le PHN. Les tenants d’une nouvelle culture de l’eau ont gagné. Pour combien de temps ?
Depuis, l’Espagne a connu un « boom » immobilier sans équivalent en Europe. Il s’y construisait chaque année, à partir des années 2000, plus de 800 000 logements, autant qu’en France, en Allemagne et en Grande-Bretagne réunies. Logements qui accueillent des centaines de milliers de retraités du nord de l’Europe, pour lesquels on édifie des milliers de « resorts » à l’américaine, dotés de golfs et de marinas.
En 2007, l’ensemble du conseil municipal de Torremolinos est arrêté au terme d’une opération « Mains propres » qui mobilise d’importantes forces de police espagnoles. Plus de deux milliards d’euros d’argent « noir » issu de la spéculation immobilière et de la corruption sont saisis en l’espace d’une semaine…
La question de l’eau n’est pas réglée. Au sud les cultures sous serre s’étendent toujours.
Quelle alternative au PHN ? L’Espagne s’est déjà dotée de plus de 800 unités de dessalement de l’eau de mer, ce qui en fait le champion européen en la matière.
Un modèle ? La gigantesque unité de dessalement de Carboneras voit 70 % de sa production d’eau potable dévolue à l’irrigation dans la région d’Almeria !
A Barcelone, OTV, filiale de Veolia, a édifié une gigantesque unité de retraitement des eaux usées, qui seront utilisées par les agriculteurs et les industriels.
Une fuite en avant éperdue dans la « high-tech » qui fait figure de nouvelle doxa.
Dessalons, réutilisons vous-dis-je !.
Le leader des « marches bleues », Pedro Arrojo, lauréat du prix Goldmann 2004, professeur d’économie à l’Université de Saragosse, dont la Fondation pour une nouvelle culture de l’eau travaille en réseau avec plusieurs centaines de scientifiques européens à promouvoir une politique européenne de l’eau soutenable, espère que l’accent désormais porté à la prise en compte du réchauffement climatique va infléchir la gestion de l’eau en Europe.
Les prochaines années seront décisives. L’Unesco a estimé que l’Espagne sera très probablement le premier pays européen frappé par le stress hydrique à l’horizon des 20 à 30 prochaines années.
Le Languedoc, laboratoire de la « nouvelle gestion de l’eau »
Un communiqué publié en février 2007 présentait, sobrement, de nouveaux grands projets à l’étude, cette fois, du côté français :
« La région Languedoc-Roussillon et les cinq départements qui composent son territoire (Aude, Gard, Hérault, Lozère, Pyrénées-Orientales), ont chargé en 2005 la compagnie d’aménagement BRL d’animer une démarche prospective, baptisée “Aqua 2020”, touchant les deux enjeux majeurs liés à l’eau : la satisfaction des besoins futurs en eau potable et la maîtrise des risques liés aux inondations.
Le volet “ressources” de cette démarche a donné lieu à la présentation, le 8 février, d’un « document de référence » exposant la stratégie régionale.
“De nombreux travaux avaient déjà été menés dans un cadre départemental ou infra-départemental, explique Claude Allet, président du directoire de Bas-Rhône-Languedoc (BRL). Il était nécessaire de raisonner à une autre échelle et de décloisonner les regards. L’eau ne connaît pas les frontières.
L’autre originalité de la démarche est de prendre en compte tous les usages de l’eau : eau potable, eau agricole, eau urbaine, eau destinée à l’industrie ou aux activités touristiques”.
Le diagnostic établi par Aqua 2020 chiffre à 60 millions de mètres cubes par an les besoins supplémentaires en eau potable liés à l’augmentation de la population à l’horizon 2020, soit 20 % de la consommation actuelle.
Il pointe la dégradation de nombreuses nappes et rivières, menacées par une augmentation des prélèvements.
La stratégie proposée repose sur trois axes : maîtriser l’évolution des besoins par une diminution de 5 à 10 % de la consommation individuelle, améliorer le rendement des réseaux en investissant entre 545 et 680 millions d’euros sur quinze ans et construire de nouveaux équipements.
Aqua 2020 identifie une trentaine d’opérations qui permettraient de stocker ou de transférer l’eau pour sécuriser les approvisionnements au sein des neuf grands territoires qui composent la région. Leur coût global est estimé à 290 millions d’euros.
Principale suggestion : prolonger le canal Philippe-Lamour, de BRL, qui amène l’eau du Rhône jusqu’à Montpellier par un adducteur qui desservirait la plaine littorale jusqu’à Béziers et Narbonne. A l’appui de cette stratégie, une “Charte de gestion durable des ressources en eau” détaille les engagements des six collectivités partenaires sur chacune des grandes orientations retenues. »
Quand l’INRA flingue les grands projets de Georges Frêche…
Mais les projets de nos barons de l’eau sont malignement épinglés dans un rapport commandé à l’Institut national de la recherche agronomique (INRA), pour l’expertise scientifique collective « Sécheresse 2006 ».
Septimanie et mégalomanie
« Aqua 2020 », le grand schéma directeur qui associe la Compagnie du Bas Rhône Languedoc (BRL), la Région Languedoc-Roussillon et ses conseils généraux, commandé par M. Georges Frêche qui veut faire une grande métropole d’Alès à Sète-Agde, est conçu en « chambre noire », et n’est en fait que la réédition « soft » du canal Rhône-Barcelone des années 90, finalement refusé par les Catalans [1] et fait figure de resucée du schéma initial BRL 1955-64 pour « irriguer le Languedoc », et remplacer cette fichue vigne à excédents chroniques, et ces fichus vignerons à révoltes tout autant chroniques...
C’est typiquement de la gestion de l’offre. Du tuyau ! Donc de l’ingénierie, des grands travaux et du service. Une offre complexifiée à souhait par l’interconnection des réseaux AEP-Eau Brute (voire assainissement ?) — ce qui permettra d’urbaniser les garrigues — et entraîne donc la nécessité de la centralisation de la gestion et d’une « régulation dynamique à la SCP » (Société du Canal de Provence »). Avec la rente de situation gestionnaire (chiffre d’affaires et profits) y afférent.
« Aqua 2020 » signe donc une prise de pouvoir technique et politique de la Région sur les communes et structures/syndicats intercommunales, préparée avec toute sorte d’alliés (scientifiques Polytech-UM2-MSE, techniques BRGM-bureaux d’études divers, politiques, économiques - partage des affermages avec les majors Veolia-Ondeo/SDEI-Saur... ).
D’où la grande opacité du dossier, même si une première réunion publique – aux invitations très ciblées – a été organisée à Gruissan au début du mois de février 2007.
Reste que le projet achoppe encore sur des batailles internes de leadership, à savoir l’obstination de certains départements, dont l’Hérault, qui se démarque de Georges Frêche, ou de quelques intercommunalités à pomper les sources karstiques (Cent Fonts sur l’Hérault, Causses héraultais, Issanka à Sète, sources du Minervois,...) pour s’affranchir de cette dépendance anticipée.
Serait-ce une réminiscence occitane de la mémoire des luttes/frictions des années 60-70 quand BRL — alors société d’Etat — voulait supplanter tous les pouvoirs locaux et gestionnaires de proximité (exemple ASA de Gignac...), dont les périmètres étaient inclus d’autorité dans le schéma d’aménagement des ingénieurs hydrauliciens et des politiciens promoteurs du projet (Philippe Lamour) à l’époque ?
L’Empereur septimanien, Georges Frêche, veut donc son « Pont du Gard » à lui... avec ou sans Barcelone ! Il pourrait même anticiper un renversement de tendance des Espagnols car quand le tuyau arrivera aux Pyrénées, une prolongation ne sera que plus facile à défendre si le dessalement d’eau de mer s’avère coûteux/peu efficace/polluant, si la réduction de la demande de cette mégapole n’est pas confirmée (les projections démographiques montraient un ralentissement en 1995-2000, base du calcul économique de rentabilité défavorable au canal-aqueduc Rhône-Barcelone, refusé par BRL, ce qui provoqua la démission du Conseil Scientifique du projet dont 3 directeurs de recherche du CNRS).
Quand Aqua 2020 devient Aqua Domitia
Dans son délire impérial, M. Georges Frêche rebaptise ensuite « Aqua Domitia » son fameux plan « Aqua 2020 », du nom de la célèbre voie romaine de la Narbonnaise en feue Septimanie.
Ce projet titanesque tentera de prolonger jusqu’aux Pyrénées le très déficitaire Canal du Bas-Rhône (BRL) qui, en plus de 50 ans, n’a guère dépassé les 60 kilomètres, n’utilisant que 16 % de son autorisation de prélèvement sur les eaux du Rhône, en raison de l’échec de la reconversion de la viticulture languedocienne vers les cultures irriguées.
Et il fera revivre feu le Canal Rhône-Barcelone, dont les Espagnols n’ont plus voulu au lendemain d’Atocha en 2004, et des gigantesques manifestations « Agua para la vida » (1 million de personnes à Madrid en 2002 contre le Plan Hydrologique National qui visait à prolonger le canal Rhône-Barcelone de 950 kilomètres vers l’Andalousie pour le tourisme et l’agro-industrie d’exportation espagnole... El Dorado de Plastico).
Ce projet équipementier de bétonneur, alors piloté par Bouygues, actionnaire de BRL, aura fait perdre 20 ans aux Catalans pour trouver des solutions alternatives de gestion de leur demande en eau, allant jusqu’à faire démissionner trois directeurs de recherche du CNRS, membres du Conseil scientifique de BRL, quand les conclusions ont été réécrites à leur insu, mais en faveur du canal, par une certaine « Ecole montpelliéraine de l’eau », très proche du PS local. Qu’à cela ne tienne, on remplace les canaux par des tuyaux.
Ainsi, à la faveur du transfert du capital de BRL, « La Région serait la première en France à maîtriser l’eau. Un patrimoine estimé à 1,4 milliards d’euros transféré de l’Etat à la Région. » claironne en une le n° 40 d’avril 2008 de Vivre en Languedoc-Roussillon, l’organe officiel du Conseil Régional présidé par Georges Frêche.
Les erreurs, maquillages et approximations dans ces articles d’auto-satisfaction « septimaniaque » ne manquent pas.
Quid de la dette de l’Etat envers BRL ? Quid des charges d’entretien et de maintenance du canal BRL et de ses prolongements, alors que les régions se plaignent partout des insuffisances de dotations des budgets territoriaux par l’Etat ? Quid des PCB de l’eau du Rhône que BRL distribue(-ra) pour les actuelles et futures usines de potabilisation (sic !) du Languedoc ? Quid des engagements euro-méditerranéens de la France à mieux gérer la demande en eau en limitant pertes et gaspillages alors que des dizaines de golfs sont prévus jusqu’aux Pyrénées ?
D’un autre côté, l’intégration entre Recherche-Enseignement Supérieur-Région-CG34-Secteur Privé est aussi en marche illustrant un partenariat public-privé pour l’eau dont le missi dominici régional est l’élu PS au Conseil Général de l’Hérault, Louis Calmels, vice-président de Verseau, un prof de physique retraité gentiment surnommé « hydro-céphale ». L’un des massacreurs de la patrimoniale source karstique des Cent Fonts par les pompages du Conseil Général !
Pour cela, il fallait bien invoquer la croissance démographique, le tourisme, la sécheresse et même le changement climatique, dont on a tenté de donner une caution scientifique ad hoc avec un congrès mondial organisé en septembre 2008 à... Montpellier sur le thème : « Changements globaux et ressources en eau ».
Main basse sur le Languedoc
Mais cette intégration révèle des appartenances aquatiques croisées et vraiment consanguines...
Ainsi on notera sur le site web de l’IFR-ILEE (Institut Formation & Recherche-Institut Languedocien Eau et Environnement), qui regroupe unités de recherche et enseignements supérieurs des sciences de l’eau, la naissance annoncée d’un « Cluster Eau » (futur pôle Compétitivité Eau)…
Ce projet de pôle Eau n’était pas encore validé par le gouvernement, suite à la remise à plat du dispositif d’évaluation courant juillet 2008.
Mais la Préfecture de Région n’en mettait pas moins en place notre « Cluster » porté par l’Association Verseau..
Un comité comportant 12 sièges (6 de droit, 6 élus) devait être constitué avant l’été 2008. Les 6 sièges de droit revenant à 4 industriels (BRL, Veolia, 2 pour Swelia, 1 recherche (ILEE), 1 association (Verseau).
Swelia est un groupement d’entreprises du Languedoc-Roussillon dans le secteur Eau et Assainissement, fondé en 2007. Swelia comme une malheureuse contraction de... Suez-Veolia !
BRL-SA (ancienne Compagnie Nationale d’Aménagement du Bas-Rhône Languedoc) est membre du CA de Verseau, Verseau est membre du CA d’Agropolis, dont des chargés de mission sont des anciens du CG34, le directeur d’ILEE siège au CA de Verseau, le Président de Verseau est logé à la Maison des Sciences de l’Eau qui héberge ILEE, qui... etc. etc.)
L’esprit de ce cluster relève de celui d’un pôle, sans en avoir le label scientifique. Il devait fonctionne sur le principe d’un conseil d’administration de 12 membres (6 industriels, 4 Recherche et enseignement supérieur et 2 associations) dont 6 de droit. La présidence en était confiée… au directeur régional de Veolia Eau .
Le concept d’un pôle universitaire de prestige fondé sur une excellence scientifique thématique était ensuite évoqué à Agropolis.
Il s’inscrirait dans le contexte actuel d’émergence de 10 pôles d’excellence, parmi lesquels ne figure pas Montpellier (rapport Attali).
A Montpellier quatre spécialités seraient représentées : agronomie et biologie, chimie, santé, et physique informatique. L’accent est mis sur la nécessité d’imposer la thématique Eau. D’où cette action intense de lobbying aquatique « public-privé » en cours... où tout se tient.
On comprend le manque de transparence regretté par certains élus Verts et LCR. En effet, Veolia Eau est le « fermier » eau et assainissement (gigantesque station de traitement des eaux usées Maera) exclusif de l’agglomération de Montpellier depuis que Georges Frêche est aux commandes, et Veolia a racheté en 2008 le fermier indépendant Ruas qui desservait Alès et Lunel.
Cette mainmise de Veolia sur l’agglomération vient d’ailleurs de susciter des remous au sein du conseil municipal de Montpellier en mars 2009.
Un maillon de plus vers la « grande agglomération » d’Alès à Sète, en passant par Nîmes, et qui n’est que la préfiguration d’une Communauté Urbaine de Montpellier, si désirée par l’imperator Georges Frêche.
Un homme qui a de l’entregent…
Une chaire universitaire sur l’eau est désormais financée par Suez-Lyonnaise des Eaux à l’ENGREF (Ecole nationale du Génie Rural et des Eaux et Forêts) de Montpellier, qui forme les fonctionnaires du GREF…
Alors que la Chaire Veolia est promue par le Cluster Eau (Veolia, BRL, Verseau, ILEE,…) dans le cadre du projet Campus qui vise à regrouper les 3 universités de Montpellier, et à « intégrer » les centres de recherche publics (IRD, CIRAD, CNRS, Cemagref…).
D’ailleurs Pierre Chevallier, hydrologue IRD-MSE-ILEE-Verseau, a été choisi pour piloter le pôle Eau du projet Campus à la place de Patrice Garin (Cemagref). Certainement parce qu’il est le poulain du président de Verseau, Bernard Pouyaud, l’organisateur du Congrès mondial de l’eau de l’IWRA…
Un projet soutenable ?
A la manœuvre donc cette fois, M. Georges Frèche, figure controversée du parti socialiste, et plusieurs de ses commensaux, promoteurs de cet invraisemblable projet « Aqua-Domitia », qu’ils portent sur les fonts baptismaux avec BRL, AXA, Séché environnement, Vinci, et Veolia-Suez évidemment. Surtout que Veolia est en embuscade sur l’agglomération de Montpellier dont M. George Frèche demeure l’irascible président…
Et c’est ici que les choses se corsent.
L’Agence européenne pour l’environnement (AEE) vient tout juste de publier en mars 2009 un rapport : « Water resources across Europe – confronting water scarcity and droughten » (Ressources en eau de l’Europe – faire face à la pénurie d’eau et à la sécheresse), où elle s’inquiète (à juste titre) de la surexploitation de l’eau en Europe et propose une série de recommandations pour une meilleure gestion de cette ressource.
Il souligne que les prélèvements trop importants dans les nappes de surface et souterraines exacerbent le « stress hydrique », y compris en Europe du Nord.
« Cette surexploitation a de fortes répercussions sur la qualité et la quantité de l’eau restante, ainsi que sur les écosystèmes qui en dépendent », déclarait la directrice exécutive de l’AEE dans un communiqué diffusé le 17 mars 2009.
Pour lutter contre la raréfaction de l’eau, elle insiste sur la nécessaire diminution de la demande et l’augmentation de l’efficacité de l’utilisation qui en est faite. Parmi les pistes d’amélioration, figurent plusieurs mesures concernant l’agriculture.
Ce secteur d’activité représente en effet 24 % des prélèvements d’eau européens, en seconde place derrière la production d’énergie (44 %). L’AEE propose notamment une facturation de l’eau sur la base du volume utilisé appliquée à tous les secteurs, y compris celui de l’agriculture, et l’interdiction des cultures bioénergétiques dans les régions les plus touchées par la pénurie d’eau. Elle suggère également d’améliorer le système de surveillance et de pénalités contre l’extraction illégale d’eau, « souvent à usage agricole ».
Enfin, concernant l’approvisionnement en eau, les autorités doivent inciter à l’utilisation de sources diverses, comme les eaux épurées, les eaux de pluie ou les eaux grises (eaux usées savonneuses). Alors que, dans certaines régions d’Europe, plus de 40 % des quantités d’eau destinées à la population sont perdues sous forme de fuites, il existe un potentiel non négligeable d’amélioration de la gestion de la ressource.
La crise espagnole a bon dos
De ce rapport, et du reste, nos barons de l’eau n’en ont cure. Surfant sur la crise espagnole, ils s’apprêtent à pérenniser des modes de gestion de l’eau qui conduisent tout droit le littoral méditerranéen de la France à la catastrophe.
L’Etat français a cédé l’an dernier, pour la coquette somme d’un milliard trois cent millions d’euros, le contrôle du bureau d’études Compagnie du Bas Rhône Languedoc (BRL) à la région Languedoc présidée par M. Georges Frêche. Il va donc falloir combler son déficit permanent en créant de « nouveaux marchés »…
Sa filiale SEPA-LRC n’existe plus, elle était dirigée par un cadre de BRL, M. Francis Imbert, du temps où Bouygues et SAUR étaient présents dans le capital de BRL.
Aujourd’hui, à la 3ème version du projet « Aqua-Domitia », le transfert de l’eau du Rhône vers l’Espagne n’est qu’un prétexte, ou un lointain horizon. Il s’agit d’abord d’interconnecter tous les réseaux hydrauliques agricoles (eau brute) et urbains de la région du Grand Montpellier dans un premier temps, puis jusqu’à l’Aude, et donc d’éliminer les syndicats intercommunaux et petits fermiers (c’est déjà fait avec Ruas, racheté l’an dernier par Veolia) en complexifiant le système et sa gestion. Un seul mot d’ordre : « Tout le pouvoir aux ingénieurs ! »
Cette interconnection est en fait destinée à urbaniser l’arrière-pays montpelliérain et faire passer Montpellier, agglomération qui compte aujourd’hui 400 000 habitants au stade d’une Communauté Urbaine de plus de 500 000 habitants... « Pour être visible de la Lune », comme l’affirme le leader de la Septimanie (et sans doute de Paris, dotations budgétaires obligent).
Vinci BTP veut faire construire le réseau d’interconnection hydraulique par sa filiale Sogea-Sud, qui a été rachetée à Veolia. Qui entend pour sa part reconduire son contrat d’affermage avec l’agglomération puis la (future ?) communauté urbaine de Montpellier.
Le P-DG de Sogea-Sud, M. Gérard Maurice, 60 ans, est dans le groupe Sogea depuis 1971, et avait financé le Palais des Congrès Corum de Montpellier dans le courant du premier contrat d’affermage signé par la CGE en 1989. Il est, depuis 1985, président de Sogea-Sud à Montpellier.
Il est également membre du bureau de la Fédération nationale des travaux publics (FNTP) et président de Canalisateurs de France depuis janvier 2004. Ainsi que président du Conseil Economique et Social régional Languedoc-Roussillon, où il côtoie l’énarque « passé au privé » Yves-Thibault de Silguy, P-DG de Vinci depuis juin 2006, et Délégué Général de Suez, où il est directeur général aux affaires internationales.
Canalisateurs de France est une organisation professionnelle membre de la Fédération Nationale des Travaux Publics (FNTP). Elle fédère 400 entreprises spécialisées dans la pose et la réhabilitation de canalisations d’eau potable, d’eaux usées et de gaz, soit 30 000 salariés.
Une fois ce projet d’interconnection réalisé, financé sur fonds régionaux, l’extension vers les Pyrénées-orientales, puis Barcelone et Valence, gérée par des filiales de la Lyonnaise-Suez, pourrait être « poussée » plus facilement, selon ses promoteurs. Contrairement au projet précédent « Canal/aqueduc Rhône-Barcelone », qui visait à desservir d’abord Barcelone. Une stratégie Amont-Aval au lieu d’une stratégie Aval-Amont en quelque sorte.
La crise de l’eau espagnole a bon dos…
A l’heure où des millions de Français ont été interrogés par les Agences de l’eau dans le cadre d’une « grande consultation nationale » sur l’avenir de l’or bleu, on suggère volontiers à nos amis bétonneurs d’organiser au plus tôt un nouveau « Sommet méditerranéen de l’eau », entre Sète et Cadaquès, et d’interroger les Septimaniens :
Etes vous favorables à l’inscription d’Aqua Domitia dans les SDAGE Rhône Méditerranée Corse et Adour Garonne ?
Afin d’accroître la compétitivité du pôle agricole méditerranéen, quel taux de croissance du secteur agricole faut-il définir à l’horizon 2020 : 10 %, 20 %, 30 % ?
Quel taux de croissance de l’habitat à l’horizon 2020 vous semble-t-il compatible avec la préservation de votre environnement : 10 %, 20 %, 30 % ?
A quelle distance de votre domicile souhaitez-vous pouvoir disposer des commodités d’un golf ?
Accepteriez vous que votre facture d’eau augmente de 30, 50, voire 80 % pour financer Aqua Domitia ?
Quel est votre candidat favori à la présidence du futur Etablissement d’Aménagement du Littoral Méditerranéen : Jean-Marie Messier, Bernard Tapie, Antoine Zacharias ?
Lire aussi :
Le remarquable dossier intitulé « Les enjeux de l’eau de l’agglomération de Montpellier et de la Région » réalisé par les Verts de Jacou (34), auquel cet article doit beaucoup.
Notes
[1] Pour des raisons politiques internes espagnoles et par l’Europe, consécutivement à l’interruption des financements FEDER pour l’Ibérie.
Des chercheurs dévoilent un vaste réseau de cyberespionnage opérant depuis la Chine
Vincent Birebent, publié le 30 mars 2009
Un rapport d’experts canadiens en sécurité avance que la Chine héberge un vaste réseau de cyberespionnage. Baptisé « Ghostnet », il aurait infiltré les machines de nombreuses représentations diplomatiques et ministères de pays étrangers.
Fruit de dix mois d'enquête menée par des experts en sécurité canadiens, le rapport du Munk Center, intitulé Investing a Cyber Espionnage Network*( voir le rapport ci-dessous) tendrait à prouver qu'un vaste système d'espionnage informatique opère à partir de la Chine, et qu'il aurait déjà permis d'infiltrer près de 1300 ordinateurs abritant des données « sensibles » dans 103 pays.
Baptisé « Ghostnet » par les chercheurs, ce réseau d'ordinateurs utilisés à des fins de piratage aurait pénétré les machines des ambassades de nombreux pays d'Asie comme celles d'Inde, d'Indonésie, de Corée du Sud, de Malaisie, de Thaïlande ou de Taiwan, mais aussi les ordinateurs des représentations des partisans du Dalai Lama à Bruxelles, Londres et New York.
Les systèmes informatiques des ministères des Affaires étrangères de l'Iran, du Bangladesh, des Philippines ou encore du Sultanat du Brunei auraient également été infiltrés, tout comme les machines situées aux sièges de l'Asean (Association des nations du sud-est asiatique), de la Banque Asiatique pour le développement et même un ordinateur non sécurisé au siège de l'OTAN.
Pas de preuve de l'implication du gouvernement de Pékin
Une fois les machines corrompues, les membres du réseau Ghostnet y placent un cheval de Troyes qui leur permet de prendre connaissance des données qui y sont stockées. Si les chercheurs ont réussi à démontrer que 70 % des serveurs faisant partie du réseau utilisent des adresses IP assignées en Chine, rien dans leur enquête ne prouve que le gouvernement de Pékin est à l'origine de ces attaques.
Joint par Associated Press, l'ambassade de la République Populaire de Chine au Canada a refusé de commenter ce rapport.
Lancée à partir de juin 2008, cette enquête est partie d'une demande du gouvernement tibétain en exil pour vérifier les ordinateurs de ses représentations diplomatiques à Dharamsala, en Inde, ainsi que dans plusieurs pays occidentaux.
(*) Enquête sur un réseau de cyberespionnage
Tracking GhostNet: Investigating a Cyber Espionage NetworkPar Vincent Birebent, ZDNet France
Reportage : Micro-puce sous-cutanée
No Microchip
No Chip
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Santé : l'exposition aux RFID à surveiller au travail
Thierry Noisette, publié le 3 février 2009
Sécurité - Le rapport que vient de rendre l’Afsset sur l’impact des technologies d’identification par radiofréquence (RFID) conclut que le niveau d’exposition électromagnétique, "très faible" pour l'ensemble de la population, doit être mieux surveillé en milieu professionnel.
L'Afsset (Agence française de sécurité sanitaire de l'environnement) avait été saisie en novembre 2005 par l'association France Nature Environnement pour évaluer les impacts éventuels des technologies d'identification par radiofréquences (RFID) sur l'environnement et la santé humaine.
Hier, l'agence a publié « un bilan sur le statut réglementaire national et international de la technologie RFID, une revue scientifique des études disponibles sur les risques sanitaires éventuels liés à son utilisation, une évaluation du risque sanitaire globale, vis-à-vis de la population générale ». Elle précise que les questions sur le respect de la vie privée ne sont pas de sa compétence et renvoie sur ce point à la Cnil.
Une exposition limitée par rapport au téléphone mobile
Dans son avis, l'Afsset indique que « les valeurs limites d'exposition des personnes aux champs électromagnétiques proposées par l'ICNIRP1 en 1998 ont été reprises par la réglementation française, et n'ont pas été remises en cause depuis lors par cette commission. Ces valeurs limites garantissent la protection des personnes contre les effets connus et avérés de l'exposition aux champs électromagnétiques. »
Conclusion prudente de l'Afsset, « les systèmes RFID engendrent la plupart du temps une exposition très faible des personnes au champ électromagnétique, en comparaison d'autres sources, comme par exemple l'usage d'un téléphone mobile ».
Dans le cadre professionnel cependant, « du fait des faibles distances observées entre l'interrogateur et certains postes de travail, l'exposition professionnelle, quoique toujours inférieure aux valeurs limites d'exposition dans les cas observés, peut être non négligeable. Il existe donc une très grande variabilité des situations d'exposition. »
Aussi l'agence recommande-t-elle une poursuite de la veille scientifique sur la recherche des effets biologiques des rayonnements aux fréquences spécifiques des RFID, et de « concentrer les recherches sur les expositions professionnelles utilisant des systèmes RFID à fonctionnement continu, qui représentent les scénarios d'exposition identifiés les plus défavorables ». Elle demande aussi des travaux sur « de possibles incompatibilités électromagnétiques avec des dispositifs actifs médicaux implantés ».
Des fabricants qui négligent leurs obligations
L'avis note aussi que les fabricants ou intégrateurs de systèmes RFID ne semblent pas tous « être au courant de la nécessité de contrôler que les dispositifs commercialisés, à travers le marquage "CE", doivent garantir la sécurité et la santé des personnes, y compris concernant l'exposition au champ électromagnétique ».
A plus long terme, le rapport souligne la croissance très importante des technologies RFID et que les étiquettes, quelle que soit leur forme, contiennent toutes une antenne métallique. « La question du développement durable, et donc du recyclage de ces étiquettes, vouées souvent à être détruites en même temps que leur support, se pose. Il faut encourager la mise sur le marché des étiquettes les moins polluantes. »
France Nature Environnement, déclencheur du rapport, estime pour sa part que l'Afsset conforte son approche : « La RFID est en passe de devenir un sujet majeur en matière de santé/environnement. » L'association relève parmi les points clés du rapport que « les experts ne se sont pas penchés sur le cas des effets d'implantation de RFID dans le corps humain, pratique qui est déjà une réalité dans d'autres pays ».
L'avis et le rapport de l'Afsset.
Par Thierry Noisette, ZDNet France PERMALINK
Enjeux du voyage de Nicolas Sarkozy en Afrique
mercredi 25 mars 2009
Le président français se rend, les 26 et 27 mars, en République démocratique du Congo (RDC), au Congo (Brazzaville) et au Niger. Le choix de ces destinations sort un peu de l’ordinaire des visites d’Etat en Afrique, qui privilégient en général le « pré carré françafricain » (1). En juillet 2007, M. Sarkozy s’était ainsi rendu au Sénégal et au Gabon avant d’effectuer une « visite de rattrapage » en Afrique du Sud au mois de septembre suite au désastreux discours de Dakar du 26 juillet.
Le programme du nouveau voyage présidentiel répond à des impératifs économiques et géopolitiques. Au Niger, le Français Areva, numéro un mondial du nucléaire, a perdu le monopole de l’extraction de l’uranium. Le gouvernement du président Mamadou Tandja a, en effet, décidé de commercialiser lui-même directement une partie de ce minerai et a réussi à obtenir une revalorisation de 50% de son prix d’achat en janvier 2008, en mettant en concurrence le groupe français avec d’autres acteurs du marché, notamment chinois et canadiens. En 2007, le géant hexagonal avait suscité la colère de Niamey par ses relations supposées avec les rebelles du Mouvement des Nigériens pour la justice (MNJ) dans la zone d’exploitation d’Imouraren (le plus grand gisement d’uranium de toute l’Afrique), ses dirigeants faisant même l’objet en juillet 2007 d’une mesure d’expulsion. Les relations entre Paris et Niamey se sont normalisées en janvier 2008 avec la confirmation des droits d’exploitation d’Areva sur Imouraren. Selon les termes de l’accord, la société d’exploitation créée sera détenue à 66,65 % par le groupe français et à 33,35 % par le Niger. Elle démarrerait en 2012 avec une production annuelle estimée, à terme, à 5 000 tonnes par an pendant plus de 35 ans.
La présence d’Areva au Niger reste controversée. Plusieurs rapports publiés par des associations, notamment la Commission de recherche et d’information indépendantes sur la radioactivité (Crirad), ont mis en cause les « négligences » du groupe nucléaire au Niger en matière de protection sanitaire et environnementale. En outre, après quarante ans de présence d’Areva, le Niger demeure un des pays les plus pauvres du monde. La visite de M. Sarkozy devrait inclure ces questions stratégiques au moment où Paris cherche de nouveaux partenariats mondiaux pour Areva.
En République démocratique du Congo (RDC), la France souhaite jouer un rôle dans la « stabilisation » de la région des Grands Lacs africains. La guerre permanente dans l’Est de la RDC, riche en minerais, et les tensions générées par les mouvements de populations consécutifs au génocide des Tutsis du Rwanda, fragilisent les équilibres régionaux.
Tout à sa politique de réconciliation avec le président Paul Kagamé, M. Sarkozy est soupçonné de vouloir favoriser un redécoupage des frontières profitable à Kigali. M. Sarkozy a notamment déclaré le 16 janvier dernier, lors des vœux aux ambassadeurs, vouloir « trouver une nouvelle approche des Grands Lacs… Cela met en cause la place, la question de l’avenir du Rwanda avec lequel la France a repris son dialogue, pays à la démographie dynamique et à la superficie petite. Cela pose la question de la République Démocratique du Congo, pays à la superficie immense et à l’organisation étrange des richesses frontalières. Il faudra bien qu’à un moment ou à un autre, il y ait un dialogue qui ne soit pas simplement un dialogue conjoncturel mais un dialogue structurel : comment, dans cette région du monde, on partage l’espace, on partage les richesses et qu’on accepte de comprendre que la géographie a ses lois, que les pays changent rarement d’adresse et qu’il faut apprendre à vivre les uns à côtés des autres ? ». Sur place, en RDC, certains s’inquiètent d’une « nouvelle conférence de Berlin » qui augurerait d’une balkanisation du pays. En tout cas, cette nouvelle position française aligne Paris sur Washington, allié de Kigali, et remet en cause la politique traditionnelle de la France, réticente à tout questionnement, forcément hasardeux, des frontières.
Au Congo Brazzaville, le président français s’inscrit dans une attitude françafricaine plus traditionnelle en rendant visite au dinosaure Denis Sassou Ngesso, auquel son opposition tente d’arracher un scrutin présidentiel libre et transparent. L’élection, dont la date exacte n’est pas fixée, devrait avoir lieu au mois de juillet dans ce pays où la France a de grands intérêts pétroliers.
(1) Lire, à ce sujet, dans l’Atlas du Monde diplomatique, la planche « Mort et résurrection de la ”Françafrique” », et le chapitre « L’Afrique au tournant » .
Un sous-marin pour passer la coke
C'est à Bogota, que ce sous-marin pouvant contenir 12 tonnes de cocaïnes a était saisit par la police colombienne.
Depuis 2005, 8 sous-marins ont étaient saisis par la police.
Lorsqu’il s’agit de faire transiter des millions de dollars de drogue, les trafiquants se lancent parfois dans des projets farfelus.
En voici un de plus : La marine Colombienne à récemment saisi un sous marin fait de fibre de verre capable d’accueillir 4 membres d’équipages et 12m³ de cocaïne . Impossible de dire si le sous marin aurait été capable de traverser le Pacifique, mais finalement par 150 mètres de fond et complètement perdus l’équipage aurait eu de quoi s’occuper… [Reuters] [source Gizmodo]
mars 23, 2009
Nucléaire : La Fabrique à Cancer
"Si le nucléaire a réussi à se développer d'une façon exceptionnelle en France, ce n'est pas grâce à la qualité de notre technologie, mais parce que l'opinion publique a pu être totalement asphyxiée et a laissé les mains libres à la technocratie étatique..."
Par Nos Libertés le dimanche 8 mars 2009, 02:59 - Lien permanent

Marc Atteia vient de publier un livre passionnant sur le nucléaire : "Le Technoscientisme, totalitarisme contemporain" aux éditions Yves Michel. Universitaire à la retraite il a milité une grande partie de sa vie avec le réseau Sortir du nucléaire, Amnesty Internationnal et le MDPL (Mouvement pour la Défense de la Paix et des Libertés). Son ouvrage se décompose en deux parties : une analyse de la dimension globalisante de la Ville et un dossier très complet sur le totalitarisme du nucléaire. Nous vous livrons quelques extraits de son ouvrage, disponible en librairie :
Extraits :
"Comme le capitalisme, le technocapitalisme veut s'approprier aujourd'hui toutes les richesses de la Terre et de sa biosphère. Demain, celles des planètes les plus proches de la Terre. Mais il a une ambition plus haute, une ambition spirituelle : recréer le monde."
[...]
"La Science et la technique modèlent les mentalités, les structures sociales, la vie quotidienne des individus, comme l'Église catholique le fit, aux temps de son apogée. Aux églises, cathédrales, couvents et monastères qui surgirent partout en Europe quand la catholicité étant dominante, répondent aujourd'hui les universités, les centres de recherche."
[...]
"Dans le monde des hommes, les robots affirment progressivement leur indépendance et leur prééminence. Parce qu'ils remplacent les hommes dans l'exercice de tâches de plus en plus nombreuses et de plus en plus complexes, ils contraignent l'humanité à se plier à leur logique, à se robotiser. Ainsi, voit-on l'homme de la ville perdre de plus en plus ses réflexes élémentaires, ses défenses naturelles, l'esprit d'initiative."
[...]
"Déracinés pour la plupart, atomisés, hommes et femmes des mégalopoles de la Terre ont perdu toutes les défenses immunitaires dont leur communauté d'origine les avait dotés. Dans leurs cerveaux la propagande idéologique de la Ville s'imprime facilement. Ainsi ne peuvent-ils concevoir de vivre dans un monde différent de celui qui les a attirés et assujettis. Ayant perdu le goût de la liberté, ils deviennent alors, sans qu'il soit nécessaire de les former pour cela, les meilleurs agents de propagande de l'idéologie totalitaire de la Ville."
[...]
"Depuis la fin de la seconde guerre mondiale, cent mille produits chimiques ont été inventés. On n'a étudié les effets nocifs que d'environ 25 % d'entre eux ! Depuis le début de l'ère nucléaire, des myriades de radio nucléides ont été projetés dans l'air, l'eau, le sol de toute la Terre. Ces poisons sont invisibles, indétectables autrement qu'avec un compteur de particules. Les nucléocrates peuvent ainsi en minimiser scandaleusement les effets toxiques. L'industrie humaine est à l'origine d'un grand nombre de cancers, de leucémies, de dysfonctionnements endocriniens, de maladies cardio-vasculaires."

[...]
"Le rêve à l'œuvre dans les nanobiotechnologies ne se limite pas à l'homme bionique. Il est plus radical encore. Il s'agit de devenir Dieu. De passer du bricolage hasardeux des espèces dans l'évolution à celui du design de la nature entière, avec l'homme dans le rôle du créateur."
[...]
"Pour se doter de l'arme nucléaire, les grandes puissances atomiques ont consenti d'énormes sacrifices financiers, mais, ce qui est bien plus grave, elles ont consenti à l'abandon des valeurs morales essentielles sur lesquelles se fondait leur civilisation, en adhérant au dogme de la dissuasion nucléaire basé sur la logique démente de la stratégie de la destruction mutuelle."
[...]
"Dieu veut que le fer serve à cultiver la terre, non à commettre l'homicide. Il n'est pas permis aux chrétiens de tuer."
[...]
"Lorsqu’Hérodote fait dire dans ses "Histoires au Lacédémonien Lichas" que « le fer a été trouvé pour le malheur de l'homme », il se fait l'écho des grands bouleversements politiques intervenus quelques siècles auparavant, avec l'apparition des techniques sidérurgiques qui avaient rendu possible un accroissement considérable de la production des arsenaux militaires, permettant à des États comme l'Assyrie ou la Perse de lever de gigantesques armées, d'asservir avec elles les peuples voisins et de se tailler les premiers grands empires de l'Antiquité."
[...]
"Aujourd'hui la symbiose de plus en plus étroite entre la Science et l'Armée ne choque qu'une minorité. Pourtant, il y a un abîme entre l'éthique de la Science et celle de la guerre."
[...]
"Le complexe militaro-industriel mondial veille au grain, avec une extrême vigilance. Il est essentiel pour sa survie, que le plus grand nombre croie que la guerre est comme la pesanteur, un fait de nature. C'est pourquoi, partout il crée, il attise ou exacerbe les rivalités ou les haines entre ethnies, peuples, nations."
[...]
"La toxicité nucléaire diffère d'un individu à l'autre selon l'âge, l'état de santé, le milieu ou l'hérédité. Certains radios nucléides ont une prédilection pour les poumons, d'autres pour les os, d'autres pour la thyroïde, etc."
[...]
"En Micronésie, la quasi-totalité des enfants en gestation au moment des essais nucléaires les plus puissants ont dû subir l'ablation de la thyroïde."
[...]
"En octobre 1957, le réacteur numéro 1 au graphite uranium de Windscale en Angleterre prend feu. On doit noyer le cœur, ce qui provoque une libération de vapeur d'eau chargée de radioéléments. Les alentours du centre nucléaire se trouvent hautement contaminés notamment par l'iode 131 : 1 million de Bq/m2 pour les sols, 30 000 Bq/l pour le lait. Le nuage radioactif se répand sur l'Angleterre et atteint le Danemark." (NDLR : ce ne fut pas le seul accident de cette centrale, puisque Le 26 septembre 1973 notamment, l'incendie d'un réacteur répandit une quantité très importante de gaz radioactif).


[...]
"Selon un rapport du CERR qui réunit des scientifiques de tous les pays européens, l'énergie nucléaire est la cause, depuis 1945, du décès de 65 millions de personnes et des cancers de 123 millions de personnes encore en vie."
[...]
"Après la guerre du Golfe, l'uranium appauvri a été désigné par certains scientifiques et par les anciens combattants comme l'un des facteurs de certaines maladies : cancers, immunodéficience, mutations génétiques, stérilité."
[...]
"Le coût de l'uranium appauvri est insignifiant, car il est disponible dans des proportions illimitées. Aux États-Unis il est quasiment fourni gratuitement aux firmes qui fabriquent les armes."

[...]
"Depuis 1945, il y a eu plus de 2049 explosions nucléaires expérimentales, dont plus de la moitié ont dispersé à tous les vents leurs dangereux produits de fissions, leur métal radio activé par l'action des neutrons et les neufs dixième de leur charge, dont le plutonium 239 qui a une demi-vie de 24 000 ans."

[...]
"Dès la fin des années 40, on commença à régler la question des déchets radioactifs en les rejetant à la mer, jusqu'à l'interdiction totale en novembre 1993."

[...]
Maurice Tubiana, expert OMS : "L'inquiétude qui se manifeste à propos de l'évacuation des déchets atomiques est absolument hors de proportion avec l'importance du problème, et il y a de fortes raisons de penser que la crainte des retombées radioactives dérive partiellement d'une association symbolique entre les déchets radioactifs et les excréments naturels."

[...]
"Quelques semaines après la fin de la guerre d'Algérie, les Français inauguraient une nouvelle technique de tir en souterrain, dans le flanc d'une montagne (le Tan Afela, situé dans le sud de l'Algérie). Pour rehausser l'événement, les militaires avaient convié deux ministres du général de Gaulle, Pierre Messmer et Gaston Palewski, qui entouré de 2000 hommes allaient assister à ce formidable spectacle d'une montagne ébranlée par le choc brutal de l'explosion. Ce fut, hélas, la catastrophe imprévue. La montagne de Tan Afela s'ouvrit sous les yeux incrédules des assistants. Un énorme nuage noir s'échappa du flanc de la montagne et se mit à obscurcir le ciel au-dessus de la foule des spectateurs. Ce fut la panique générale." (NDLR : Gaston Palewski, succombera à une leucémie en 1986).

[...]
"Avec 46 tirs aériens, la Polynésie et les archipels voisins ont subi l'équivalent de 675 Hiroshima."
[...]
"La Polynésie fait partie des États du Pacifique Sud qui ont le plus fort taux de mortalité par cancer de cette région."

[...]
"Le 6 août 1975, le gouvernement de Giscard d'Estaing accorda le monopole de la construction des centrales nucléaires à Framatome Creusot Loire, c'est-à-dire au groupe Schneider.
"En épousant en 1952, la petite fille du baron Charles Schneider, Valéry Giscard d'Estaing avait lié sa famille à un des plus puissants groupes européens de la finance et de l'industrie, le groupe Empain-Schneider."

"En janvier 1976, Westinghouse se retira de la présidence de Framatome et c'est le CEA qui l'y remplaça. C'est alors un cousin de Valéry Giscard d'Estaing, Jacques Giscard d'Estaing qui fut chargé de lier l'activité du CEA à celle de Framatome.
"Jacques Giscard d'Estaing était directeur depuis 1975 de la société des mines d'uranium de l'Aïr, à Arlit, dans le nord-est du Niger, la Sommaïr. Il participait au conseil d'administration de la Comuf dans le sud du Gabon. Depuis 1974, il était en relation avec sa majesté l'empereur Bokassa de Centrafrique, pour la mise en exploitation du gisement d'uranium de Bakouna. Il était aussi directeur financier du CEA."
[...]
"C'est par un putsch que la nucléocratie a imposé l'atome civil et militaire à la France, la nucléarisation à tout le pays. Ce putsch n'a pas renversé la République. Il a vidé la démocratie française de sa substance."
[...]
"Ils sont aujourd'hui de plus en plus nombreux ceux qui ont compris que l'énergie nucléaire est obsolète, qu'elle n'aurait jamais dû être utilisée comme source d'énergie et qui luttent pour un monde apaisé, respectueux des êtres humains et de leur environnement."
Quelques informations complémentaires :
En 1959, quelques années après le début de l'explosion des cancers en Occident, l'OMS signe un accord avec l'Agence Internationale de l'Énergie Atomique qui lui interdit de publier un document ayant un rapport avec le nucléaire, sans qu'il ait été, au préalable, validé par l'AIEA. Aujourd'hui l'OMS prétend que le tabac est responsable de 90 % des cancers des poumons. Si on prend l'exemple du Danemark, le nombre de fumeurs aurait du donc être multiplié par 12 entre 1945 et 2000, selon les théories de l'OMS. Or au contraire le nombre de fumeurs, comme dans la majorité des pays occidentaux, a été divisé par deux en 50 ans, on aurait donc du assister à une division par deux et non une multiplication par douze du nombre de morts par cancer du poumon sur une tranche d'âge fixe, c'est-à-dire sans biais du à l'allongement de l'espérance de vie. Cette mascarade de l'OMS dure depuis 1959 et a été consolidée avec la conférence de Richard Doll en 1967 (voir notre article à ce sujet).


Liste des maladies « radio-induites » dans le manuel US 2003 des radiations ionisantes :
- Cancer du poumon
- Cancer de la trachée
- Cancer des bronches
- Cancer de la thyroïde
- Cancer de l'estomac
- Cancer du sein
- Cancer de l'œsophage
- Cancer du colon
- Cancer du pancréas
- Cancer des glande salivaires
- Cancer de la vessie
- Cancer des os
- Cancer primitif du foie
- Cancer du rein
- Cancer de l'ovaire
- Cancer du rectum
- Cancer de l'intestin grêle
- Cancer du pharynx
- Cancer des voies biliaires
- Cancer de la vésicule biliaire
- Cancer du bassinet, de l'uretère, et de l'urètre
- Cancer de la prostate
- Carcinome broncho-pulmonaire (une maladie pulmonaire rare)
- Tumeurs bénignes du cerveau et du système nerveux central
- Leucémies sauf leucémie lymphoïde chronique
- Myélome multiple
- Cataracte sous capsulaire postérieure
- Nodule thyroïdien non malin
- Adénome parathyroïdien Tumeurs malignes du cerveau et système nerveux central
- Lymphomes autre que Hodgkin

Soixante millions de morts depuis 1945
Le Soir (Belgique) du 12 février 2003
Par Christophe Schoune
Une étude internationale révise à la hausse les effets du nucléaire et propose des normes plus drastiques
C’est une solide dose de poil à gratter que quarante-six scientifiques viennent de glisser dans la boîte aux lettres de diverses institutions internationales, dont la Commission européenne. Le premier rapport [1] du Comité européen sur les risques de radiations remet en cause les normes et méthodes d’évaluation qui ont prévalu jusqu’à présent en matière de radioprotection.
Sollicitée et financée par le groupe Verts européens, il y a cinq ans, l’élaboration de cette étude a été coordonnée par le chimiste anglais Chris Busby et a rassemblé une palette d’experts «indépendants» du monde entier. Nous avons développé une méthodologie qui remédie aux manquements bien connus de la commission internationale de protection contre les rayonnements (CIPR), expose Chris Busby, cheville ouvrière de l’étude. Le modèle du CIPR a une base physique datant de la découverte de l’ADN. Comme tous les modèles, elle est de nature mathématique, réductrice et simpliste. Bref dépassée.
Historiques, ces modèles prennent pour base d’analyse la quantité de cancers et de leucémies constatés suite à l’explosion d’Hiroshima en 1945. Une relation linéaire trop simple, estiment les experts, qui déplorent l’absence de prise en compte de facteurs liés à l’exposition interne (ingestion et inhalation de particules) à la base de nombreux cancers, notamment aux abords des usines de retraitement de plutonium, en Russie. Mais les cancers ne sont pas les seules affections visées, pointe l’étude, qui évoque les mutations de l’ADN induites par la catastrophe de Tchernobyl, en 1986.
Afin de revoir l’évaluation des risques lors des expositions aux rayonnements ionisants (essais nucléaires, pollution historique, proximité de centrales), l’étude a créé de nouveaux facteurs de pondération dits de « danger biophysique » ou de « danger lié la biochimie de l’isotope ». En appliquant ces principes aux données officielles des Nations Unies, l’impact sur la santé humaine d’une faible irradiation chronique est multiplié par soixante. Si bien que le total des morts par cancers est estimé à quelque 61,6 millions depuis 1945, contre 1,1 million selon les sources officielles. Le nombre de cancers est pour sa part évalué à 123,2 millions contre 2,3. L’étude estime en outre que les radiations ont induit une importante mortalité infantile et fœtale (3,4 millions).
Conséquence «logique» pour ces experts : il importe de réduire la dose maximale de rayonnement admissible à 0,1 millisievert (contre 1 mSv actuellement) pour chaque être humain. Cela fait quinze ans que je collecte et j’analyse l’impact des radiations à faible dose, commente le biologiste russe Alexey Yablokov, coauteur de l’étude. Ces données m’ont convaincu que les standards internationaux ont jusqu’à présent reflété davantage les intérêts de l’industrie nucléaire que le souci réel de la santé humaine. Ce rapport est une bonne base pour créer un nouveau Comité mondial sur les risques des radiations !
Un vecteur politique, donc. Les Verts européens déclarent vouloir utiliser les résultats de cette étude afin de renforcer les normes européennes. Le Parlement s’est prononcé en ce sens, il y a quatre ans. Mais il avait été désavoué par le Commission. Du poil à gratter, disait-on ?
[1] Euradcom
Pour aller plus loin sur le nucléaire : Info Nucléaire.
Pour aller plus loin sur les liens entre l'OMS et l'AIEA : L'OMS et le Nucléaire.
Pour télécharger : l'article
Uranium - Le scandale de la France contaminée
Le scandale des armes a l'uranium appauvri
Video
Envoyé par EINSTEINXP sur wat.tv
L'ACRO propose une liste de plus de 100 sites francophones informant sur le nucléaire et la radioactivité, ainsi que des liens vers des listes similaires anglophones. Vous pouvez nous aider à la mettre à jour en envoyant un message à acro
altern.org
- laboratoires d'analyse indépendants
- associations citoyennes
- syndicats
- sites personnels
- centres d'information indépendants
- fondations
- medias
- registres de cancers
- sites académiques
- sociétés savantes
- sites officiels
- commissions locales d'information
- exploitants et affiliés
- organismes internationaux
- autres listes
- Internet libre
Liens sur le nucléaire
Les sites français sont en gras
- A
- AVEN, association des vétérans des essais nucléaires français
- A C R O (Association pour le Contrôle de la Radioactivité de l'Ouest)
- Association des Médecins Français pour la Prévention de la Guerre Nucléaire
- Atomics Archives (articles de la presse sur le nucléaire)
- Australia's Anti-Uranium Website
B- Baylor College of Medicine's Radiation Health Effects Research Resource Page
- Bellona Foundation (Norway)
- Bulletin of Atomic Scientists
C- Collectifs de lutte contre l'enfouissement des déchets nucléaires en Bretagne et ailleurs
- La Coordination Nationale contre l'enfouissement des déchets radioactifs
- Comité Stop Nogent-sur-Seine
- CRII-RAD (Commission de Recherche et d'Information Indépendantes sur la Radioactivité)
- CGT ENERGIE PARIS
- Castor Website (FRG)
- Citizen Alert (US)
- Citizen's Nuclear Information Centre (Japan)
- Committee for Nuclear Responsibility (US)
D- Dechets nucléaires en Aveyron
F- Forum CGT ENERGIE PARIS
- Federation of American Scientists (US)
- FMKK: Swedish Anti-Nuclear Movement
- Friends of the Earth (UK)
G- Gazette Nucléaire du GSIEN (Groupement des Scientifiques pour l'Information sur l'Energie Nucléaire)
- GANVA Groupe d'Actions Non-Violentes Antinucléaires
- Greenpeace International Nuclear
I- Information sur le nucléaire
- IAEA
- Institute for Energy & Environmental Research (US)
L- Low Level Radiation Campaign
M- For Mother Earth International (Belgium)
N- Nucléaire non merci !
- N-Base, Scottish Anti-Nuclear Group
- National Environmental Coal. of Native Americans (US)
- Natural Resources Defense Council (US)
- State of Nevada Nuclear Waste Project Office
- Nuclear Guardianship Project (US)
- Nuclear Information Resource Service (US)
O- Observatoire des armes nucléaires françaises
- OOA (WISE-Copenhagen)
P- Perline
- Proposition One (US)
- Public Citizen's Critical Mass Energy Project (US)
R- Réseau "Sortir du nucléaire"
- RESOSOL
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- Radiation and Research Foundation
- Redwood Alliance
S- SEBES (Stratégies énergétiques, Biosphère et Société)
- Stop Civaux
- Stop Melox
- stop-plutonium
T- TchernoBlaye
U- Union of Concerned Scientists (US)
- United States Department of Energy
W- WISE-Paris
Z- Zamatkuzem (WISE-Bratislava)
Nébuleuse et dangereuse cybersécurité nationale
(son site)
vendredi 13 mars 2009
Mêlant justice, sécurité intérieure, défense et renseignement dans un flou artistique, l’enjeu cybersécuritaire exacerbe les rivalités entre administrations fédérales américaines et menace les libertés électroniques.
ÉlectrodollarsDe 2007 à 2008, les réseaux informatiques gouvernementaux et industriels des États-Unis ont été victimes respectivement de 38 000 à 72 000 incidents : attaques, intrusions, pertes, vols et piratages de données. Dans son évaluation des niveaux de sécurité et de résilience des systèmes informatiques pour l’année fiscale 2007, le Congrès avait attribué un « C » à l’ensemble des administrations fédérales, « F » à l’Office de Régulation Nucléaire et au Département du Trésor, « D » au Pentagone, « A » au Département de la Justice...
D’où un plan de cybersécurité nationale - initié par l’ex-président George W Bush et renforcé par son technoïde successeur Barack Obama - portant sur cinq grands axes :
la recherche & développement orientée cybersécurité imbriquant secteur informatique, industrie militaire et laboratoires universitaires,
la protection et la résilience des infrastructures réseautiques vitales (administrations fédérales, électricité, transports, information & médias, finance, etc)
le contre-espionnage industriel en réseaux,
le développement de stratégies anti-cybercriminelles globales,
l’élaboration de standards pour la protection physique et numérique des données personnelles, administratives et industrielles.
L’administration Obama, le Pentagone, les milieux académiques et ceux industriels ont également été fortement séduits et convaincus par les pertinentes recommandations du Center for Strategic and International Studies dans Securing Cyberspace for the 44th Presidency, document empreint d’une profondeur voire d’une vision « cyberstratégique ».
D’ores et déjà, le secteur de la cybersécurité enregistre une croissance annuelle de 7 à 8% depuis 2003 soit deux fois mieux que le secteur des TIC dans sa globalité. Selon le cabinet de prévisions INPUT, les investissements cumulés de l’état fédéral dans ce masterplan cybersécuritaire passeront de 7,4 milliards en 2008 à 10,7 milliards de dollars en 2013 (+44%). Des acteurs traditionnels de la cybersécurité comme McAfee et Symantec sont désormais confrontés aux grands noms de l’industrie militaire : Boeing (Cyber Solutions), Lockheed Martin (Information Systems & Global Services), Raytheon (Information Security Solutions) et L3 Communications (Cybersecurity Units), pour ne citer qu’eux. BAE Systems, General Dynamics, l’Université John Hopkins, Lockheed Martin, Northrop Grumman, Science Application International et Sparta - tous généreusement subventionnés - rivaliseront chacun d’imagination par cycles semestriels au sein du Cyber Range Startup, laboratoire cybersécuritaire et incubateur d’innovations crée et supervisé par le DARPA, le fameux centre de recherches du Pentagone.
De nombreux analystes technologiques ou militaires évoquent passablement un « cyberplan Marshall » ou quelque keynésianisme électronique censé amortir les effets de l’actuelle dépression économique. En fait, la cybersécurité est aussi le nouvel eldorado de l’intelligence économique d’Oncle Sam : à défaut de circonscrire et d’intercepter efficacement les démons de la toile, les synergies technologiques entre recherches universitaires, privées et militaires seront hautement bénéfiques pour les applications civiles hardware, software et netware et boosteront d’autant une industrie informatique américaine déjà en pointe.
Côté européen, chaque nation concocte ses lotions cybersécuritaires en solitaire face à une menace qui n’a pour seule limite que la pervasivité des protocoles. Dépourvue d’une industrie informatique matérielle et logicielle digne de ce nom et a fortiori d’une réelle volonté politique dédiée à l’enjeu cybersécuritaire, le Vieux Continent peinera longtemps à produire une masse critique intellectuelle en matières d’infosécurité et de cyberstratégie. Cependant, ne nous leurrons pas : côté américain, le diable sommeille également dans la Matrice...
Le code et le texte
Déclenchée à dix milles lieux d’ici, une sournoise cyberattaque paralyse puis infecte sévèrement les réseaux militaires ou gouvernementaux (comme ce fut réellement le cas pour le ministère britannique de la défense en janvier 2009), les administrateurs systèmes mettent aussitôt en oeuvre des parades conformes aux procédures en vigueur et découvrent trop tard que la cyberattaque a été indéfiniment reroutée via plusieurs ordinateurs situés sur le territoire national et dans plusieurs pays étrangers grâce aux merveilles des botnets.
Dans un tel scénario, quelle autorité est chargée de l’enquête consécutive et/ou de l’élaboration d’un cadre cybersécuritaire légal : une cyberdivision du ministère de la justice, de la sécurité intérieure, de la défense ou d’une agence de renseignement ? Toutes ensemble ? Vive le chaos administratif ! Inerties bureaucratiques et rivalités internes en sus.
Quand un ordinateur ou un PDAphone devient une arme, les distinctions entre menace intérieure (impliquant police et justice) et menace extérieure (impliquant défense et renseignement), entre cybercriminalité, cyberterrorisme et cyberguerre (usant très souvent des mêmes modes opératoires), s’effacent promptement. Dès lors, les attributions intra-gouvernementales et les cadres légaux afférents devront être rapidement et drastiquement revus afin de mieux adapter la bureaucratie à l’enjeu cybersécuritaire. Méfions-nous du sempiternel discours ministériel jurant par tous les alinéas « qu’un dispositif approprié est déjà en place », la ligne de code Maginot du fonctionnaire ne dissuade point le hacker.
Quand bien même les services de renseignement seraient parfaitement informés de l’imminence d’un attentat, il leur est quasiment impossible de déterminer où, quand et comment il se produira. Motifs : le nombre de cibles est potentiellement infini et le coût d’un changement de cible est tout simplement négligeable pour l’action terroriste. Quelques mois ont suffi aux Panzer et aux Stuka pour défaire toute l’Europe pourtant très au fait du mode opératoire de l’armée allemande. L’expérience sécuritaire et l’histoire de la guerre nous ont amplement démontré à quel point des techniques, tactiques et stratégies totalement novatrices surprennent voire « hypnotisent » littéralement les appareils sécuritaires ou militaires visés. À leurs façons, cybercriminalité, cyberterrorisme et cyberguerre - concepts variants, poreux et connexes - nous réserveront aussi leurs sournoises embuscades et leurs déflagrantes malices durant les prochaines décénnies.
À quand une cyberattaque brutale aux effets prolongés des réseaux Bloomberg et Reuters afin de priver médias et places financières de leurs incontournables pourvoyeurs d’informations ? Imaginons les répercussions tous azimuts à l’échelle intercontinentale de plusieurs cyberattaques de précision contre Silicon Triangle (Bangalore, Chennai et Hyderabad), aujourd’hui considéré comme le gardien des infrastructures informatiques mondiales mais décrit par de nombreux spécialistes indiens en cybersécurité comme « un tigre édenté »...
Ennemi d’état
Dans maintes nations démocratiques - notamment celles occidentales - les armées et les agences de renseignement (CIA, MI-6, DST, etc) sont sollicités sur le territoire national lors d’exceptionnelles circonstances (désastres naturels, lutte anti-drogue, veille anti-terroriste, contre-espionnage, etc) et selon des conditions strictement définies par les constitutions ou par les gouvernements. De part et d’autre de l’Atlantique, le fétichisme sécuritaire de l’après-11 Septembre a effectivement conféré plus de pouvoir aux militaires et aux services de renseignement dans la sphère intérieure et suscité, à juste titre, de multiples interrogations et protestations.
Néanmoins, quoiqu’en disent plusieurs Cassandre, l’état prétorien n’a pas cours en Amérique du nord et en Europe. En guise d’exemple, la Turquie fait figure d’état prétorien moderne qui « se caractérise par un système politique dont l’armée occupe le coeur et assume potentiellement la direction », selon Levent Ünsaldi, docteur en sociologie à l’université de Paris I ; d’autres caractéristiques socioculturelles et politiques propres à la nation ottomane expliquent largement cet état de fait. Une patrouille militaire dans une aérogare, l’écoute téléphonique d’un caïd de la drogue et la surveillance électronique d’un attaché diplomatique ne font pas de la France, des États-Unis, du Royaume-Uni, du Canada ou de l’Allemagne un état prétorien... Du moins, pas encore.
Sous l’administration W. Bush, le plan de cybersécurité nationale était supervisé par le Homeland Security (le DHS ou département de la sécurité nationale), idem pour le National CyberSecurity Center (NCSC) placé sous son autorité et fraîchement crée par l’administration Obama. Savamment positionnée au croisement des agences de renseignement (CIA, NSA), du FBI et des départements de la justice et de la défense, la tutelle du DHS fournirait au NCSC un rôle fédérateur et coordinateur en matière de cybersécurité.
Début mars 2009, coup de théâtre : le tout nouveau directeur Rod Beckström de cette toute nouvelle agence démissionne brutalement de son poste et avance les deux raisons ayant conduit à cette décision : « la première est que les financements nécessaires à sa mission n’ont pas suivi. La seconde tient au fait que le NCSC, jusque-là rattaché au département de la sécurité nationale devrait rejoindre prochainement celui de la défense, et être placé sous la tutelle de la NSA, l’organe de renseignement électronique qui suscite la polémique avec le réseau Echelon ». En outre, Beckström estime que « les deux missions, l’une qui concerne la protection et l’autre, le renseignement, seraient incompatibles car ce sont deux métiers différents et leur rapprochement serait de nature à porter atteinte à la démocratie étant donné qu’un seul et même organisme aurait ainsi la charge de veiller sur les réseaux gouvernementaux » (cf. Zone Militaire). En effet, son administration n’avait obtenu en tout et pour tout que cinq semaines de financement du DHS durant toute l’année 2008 !
Comme son ex-homologue du NCSC, l’Amiral Dennis Blair du National Intelligence Council (NIC : organe rattaché à la Maison Blanche qui synthétise et analyse les informations provenant de toutes les divisions et agences américaines de renseignement électronique et du GCHQ britannique) a admis devant le Comité d’Intelligence du Congrès que seule la sulfureuse National Security Agency dispose de la puissance électronique et des compétences informationnelles nécéssaires à la sécurisation du cyberespace américain, mais qu’elle souffre d’un sérieux handicap de notoriété auprès du public et devrait donc impérativement renverser la vapeur grâce un travail de publicité et de relations publiques. Courage et bonne chance ! Aux yeux du FBI, du département de la justice et même d’une bonne partie du DHS et du Pentagone, la « No Such Agency » incarne également le mal absolu. Ses abus en matières de surveillance électronique et d’écoute téléphonique, sa culture très poussée du secret et son futur rôle central dans le domaine cybersécuritaire ne font qu’exacerber l’opprobe et la hantise dont elle est l’objet.
Toutefois, les craintes majeures de diverses administrations fédérales vis-à-vis de la NSA tiennent en deux mots : « Red Teams ». Considérées comme la crème des hackers fédéraux, ces cyber-unités spéciales de la NSA sont mandatées par le Pentagone pour analyser et évaluer ses propres réseaux informatiques et ceux de ses contractants privés en les soumettant à de très ingénieuses attaques cybernétiques (DDoS, troyens, virus, botnets, etc). Régulièrement, une Red Team sauvegardera d’ostentatoires fichiers-signatures inoffensifs dans des zones ultra-sécurisées des réseaux afin de démontrer « aux clients » leurs plus infimes failles critiques.
NB : Le réseau infaillible est celui par lequel aucune donnée n’est transmissible. Conclusion : le réseau infaillible n’existe pas. D’où l’importance accordée à la résilience des infrastructures réseautiques vitales dans le plan de cybersécurité nationale.
Dans le cadre du plan de cybersécurité nationale désormais supervisé par la NSA, tous les départements gouvernementaux seront inéluctablement soumis à ces audits cybernétiques certes très particuliers mais hautement indispensables. Pour le FBI, le DHS et le département de la justice, la NSA disposera de toutes les attributions légales pour « fourrer son nez dans leurs affaires y compris les plus confidentielles ». De quoi hérisser les cheveux de l’agent Clarisse Starling et du procureur Jack McCoy hurlant déjà à une violation progressive de la Constitution - et au viol réglementaire de leurs cachotteries ? - sous couvert de l’impératif cybersécuritaire. Les multiples associations américaines pour les droits civiques et pour les libertés électroniques ont vite levé leurs drapeaux rouges : selon elles, le département de la défense fixera peu ou prou (par le biais de la NSA) les normes cybersécuritaires et aura librement et surtout légalement accès à toute l’information gouvernementale et donc à toutes les données administratives personnelles.
On le voit, l’enjeu cybersécuritaire surpasse voire outrepasse peu à peu le cadre constitutionnel et légal, bouleverse complètement les schémas organisationnels au sein du gouvernement et de facto les rapports entre gouvernement, armée, renseignement et citoyens. Les théoriciens du droit constitutionnel et les experts en droit numérique ont un immense champ à défricher devant eux. À l’image de l’état prétorien moderne défini par Levent Üsaldi, l’état cyberprétorien se caractérise-t-il par « un super-système d’informations gouvernemental dont l’armée et les services de renseignement occupent le coeur et assume effectivement la direction » ?
Enfin, on ne peut qu’espérer que cette multitude d’acteurs se souvienne constamment des quatre principes de base de la cyberguerre énoncés par le Dr Lani Kass du Cyberspace Task Force (US Air Force) :
Le cyberespace fournit d’emblée un point d’appui à des attaques physiques parasitant/retardant/entravant votre réaction.
Tout ce que vous pouvez faire dans le cyberespace peut également vous être infligé beaucoup plus vite et pour beaucoup moins cher.
Les vulnérabilités sont disponibles à ciel ouvert, n’importe où et à n’importe qui ayant la capacité et l’intention de les exploiter.
Le cyberespace procure les voies et moyens à des attaques distantes organisées contre votre infrastructure à la vitesse de la lumière.
Il ne reste plus à la NSA qu’à débusquer l’algorithme incendiaire derrière toutes ces pages e-publicitaires évoquant les turpitudes de Britney Spears ou de Rihanna...
Articles liés :
The Register : Obama unfurls master plan for US cybersecurity
Center for Strategic and International Studies : Securing Cyberspace for the 44th Presidency (PDF)
Électrosphère : Déclaration de cyberguerre
Bloomberg : Lockheed, Boeing Tap $11 Billion Cybersecurity Market
Aviation Week : DARPA To Fund National Cyber Range Startup
Électrosphère : La perfide Albion cyberattaquée
Security Focus : Spy agency gains support for key cyber role
Zone Militaire : Démission du responsable de la cybersécurité américaine
Bibliograhie : Le militaire et la politique en Turquie, par Levent Ünsaldi, (éditions L’harmattan, 2005)
HADOPI, ou un Hommage Absurde et Désespéré aux Obsédés du « Piratage sur Internet »
lundi 2 mars 2009
Suite à la présentation du projet de loi « Création sur Internet » qui devrait prochainement être discuté au sein de l’assemblée nationale, il est permis de s’alerter au sujet de ce projet de loi, qui semble-t-il, dénonce clairement l’ignorance de ceux qui le soutiennent : ignorance des enjeux de la société de l’information telle qu’elle se présente devant nous ; ignorance des réalités sociologiques d’une génération connectée ; ignorance, enfin, des réalités techniques du fonctionnement des réseaux et des logiciels qui le composent.
Un air de… déjà vu !
Il ne s’agit pas de la première tentative de museler Internet afin de le transformer en un système centralisé ressemblant étrangement au Minitel ; cette dernière tentative étant la loi Dadvsi étudiée en 2006. Comme pour Dadvsi, l’urgence est déclarée ; comme pour Dadvsi, ce texte est annoncé comme le remède miracle contre le téléchargement non autorisé d’œuvres sur les fameux systèmes peer-to-peer ; comme pour Dadvsi, des mesures « techniques » de contrôle d’usage sont imposées ; comme pour Dadvsi, l’interopérabilité est méprisée ; comme pour Dadvsi, enfin, le logiciel libre est ignoré, et ses utilisateurs menacés.
Le tout pour se retrouver au point zéro, c’est à dire le même que celui auquel on se trouve à cet instant, pendant que des artistes souffrent de la réalité d’un système de perception de droits archaïque, organisé autour de la copie, et qui donc pour fonctionner nécessite de ce fait un système de gestion de copie organisé ; c’est à dire — par définition — l’inverse de ce qu’est Internet.
Des fondamentaux économiques bancals.
L’axiome à la base de ce projet de loi est le suivant : opposer de la résistance aux échanges informationnels sur le réseau, pariant que grâce à une logique de « vases communiquant », l’énergie qui se dissipe des résistances va converger vers les circuits organisés classiques — ceux seuls permettant actuellement la rémunération des ayants droit — du fait qu’il seront alors plus compétitifs face à un réseau où les coûts et les risques de transport seront devenus subitement élevés.
Il est permis de douter franchement de cette idéal mécanique de report des flux de trésorerie. C’est négliger qu’il y aura toujours des énergies pour résister à la résistance. Ne serait-ce par exemple parce qu’on pourrait se demander à un moment ou un autre si pourchasser ses clients pendant dix années est un modèle économique fiable ; le tout au nom bien sûr de la rémunération des artistes.
Pour donner un exemple de logique similaire, en 1845 un célèbre pamphlétaire encourageait [5], lui, de « faire une loi qui ordonne la fermeture de toutes fenêtres, lucarnes, abat-jour, contre-vents, volets, rideaux, vasistas, œils-de-bœuf, stores, en un mot, de toutes ouvertures, trous, fentes et fissures » pour lutter contre une soi-disant concurrence déloyale que faisait le soleil aux fabricants de chandelles. Son raisonnement de base — humoristique en ce qui le concerne — était pourtant précisément le même que celui qu’on entend aujourd’hui : « Si vous fermez, autant que possible tout accès à la lumière naturelle, si vous créez ainsi le besoin de lumière artificielle, quelle est en France l’industrie qui, de proche en proche, ne sera pas encouragée ? »
Demain, Hadopi sera un étage de plus sur un échafaudage fragile qui s’obstine à créer un besoin artificiel de payement de la dîme à une industrie inapte à s’adapter.
Une réalité ouvrant d’autres perspectives.
Ça peut sembler être une vérité de La Palisse ; mais les gens qui s’intéressent aux produits issus de l’industrie culturelle ne font qu’acheter ce qu’ils connaissent. D’ailleurs les statistiques effectuées sur les échanges hors marchés entre internautes ne démentent pas ce propos. Donc si, en effet, les échanges entre internautes peuvent avoir pour effet de nuire à la vente des artistes les plus connus, ils ont aussi un effet catalyseur important en termes de découverte de nouveaux artistes. Plusieurs études (voir [1]) tendent ainsi à démontrer que l’impact sur la baisse des ventes de disques, des échanges de fichiers entre internautes, tombe dans l’incertitude de la mesure, au même titre que de nombreux autres facteurs.
Par ailleurs, des études concernant les échanges ouverts de fichiers musicaux laissent apparaître une nette place à la diversité qui caractérise un réseau ouvert (voir [1]), avec 80% des œuvres les moins populaires mobilisant plus de 35% des usages. En comparaison, dans le contexte d’une vente oligopolistique telle que le défend le projet de loi « Création sur Internet », ces même 80% des œuvres les moins populaires mobilisent moins de 5% des usages. Ainsi, Internet pourrait se révéler être un catalyseur sans précédant pour l’épanouissement de la culture, à condition de créer des conditions de rémunération de la chaîne de production qui soit adaptées à sa nature décentralisée ; plutôt que de créer une hiérarchie artificielle de la diffusion de l’information pour adapter Internet à des méthodes aujourd’hui révolues.
De plus, lorsqu’il est question de rémunération de la création et de la culture à l’heure d’Internet, pourquoi se limiter à celle défendue par les industries et « officiellement » distribuée ? De nombreux créateurs de grande qualité grouillent sur Internet, et ne disposent d’aucune rémunération concernant leur production car jusqu’à maintenant le législateur s’est uniquement concentré sur le volet répressif, sans jamais s’évertuer à poser le problème cartes sur table. Trouvez vous normal, par exemple, qu’un site comme Wikipedia, qui met en avant des valeurs de partage avec des conditions permissives de réutilisation, 10e site le plus visité de l’Internet Français [3], soit obligé de se financer par les dons de ses visiteurs ?
Des principes curieux d’application de la « justice ».
On peut lister un certain nombre d’objections (source : [6]) sur les méthodes proposées par ce projet de loi :
- Des mesures d’exception prévues pour les services de police luttant contre le terrorisme sont étendues à la lutte contre l’échange non autorisé de musiques et de films.
- Des sociétés privées sont incitées à rechercher des infractions pénales sur Internet.
- Un relevé informatique n’est pas un élément de preuve suffisante : comme s’il s’agissait de juger un crime sur la base de simple empreintes de pas laissées au sol.
- La loi prévoit des peines automatiques, en rompant avec la présomption d’innocence, alors qu’il est de notoriété publique que les preuves avancées sont clairement insuffisantes.
Peut-être est-ce à cause de ces raisons, ou peut être d’autres encore, que différents « groupuscules », comme s’abaisse à les nommer Mme la Ministre, se sont opposés à ce projet de loi ou à des projets similaires. Parmi eux, la Cnil, l’Ufc que choisir, le parlement européen, la Suède, et la quasi totalité des associations liées au monde de l’Internet et du logiciel libre. En fait, les conditions d’application de cette loi sont si abusives, qu’elles pourraient tout à fait profiter à des groupes de pression organisés. Peut être demain des internautes innocents se feront racketter par un organisme mafieux situé à l’étranger, et pour être sûr que leur adresse IP ne soit pas injectée dans des réseaux de téléchargement, vireront une petite somme d’argent sur un compte situé dans un paradis fiscal, faute de quoi ils risqueraient une suspension de réseau sans procès, ni jugement.
Une dépossession organisée des ordinateurs personnel.
En ce qui concerne le cœur du projet de loi, il est concrètement « d’exclure de la toile » les gens qui ne se conformeront pas à la règle. Il s’agit d’une idée brillante, à supposer qu’il existe un dehors, mais la réalité est que Internet est un espace public. Conséquence de cela, la réponse proposée pour exclure le trafic « nuisible » est une espèce de filtrage généralisé, une mise à l’écart, on à même pu entendre parler clairement de « liste blanche ». Il a par ailleurs été nommé du bout des lèvres de fameux « moyens de sécurisation de la connexion ». Il serait intéressant que lors des débats soit explicité concrètement ce que seront ces fameux moyens.
Pendant les débats de la loi Dadvsi, il a été question de ce qu’on appelait des « Mesures de Restriction Digitales » (DRM), c’est-à-dire concrètement des dispositifs de restriction d’usage. Le fonctionnement de l’ensemble de ce genre de dispositif est par définition basé sur le principe que l’ordinateur devient une terre d’ambassade appartenant au fournisseurs de contenus, au lieu d’appartenir à l’utilisateur comme il se doit. Malgré des apparences éloignées, reviennent donc à ce propos les mêmes interrogations que celles qui ont conduit à la débâcle du projet de loi Dadvsi. Où sont les garanties d’égalité d’accès à l’information ? Où sont les garanties d’indépendance face à des acteur organisés en oligopoles ? Où sont les garanties de transparence, d’interopérabilité, le rapporteur s’y étant publiquement montré hostile (voir [2]) ! Où est la garantie d’accessibilité au réseau à partir de logiciels libre ? On peut donc se demander en quoi consisteront ces fameux « moyens de sécurisation de la connexion » et à qui ils profiterons dans les faits, en nous rappelant de l’affaire du rootkit Sony XCP [7].
Conclusion.
Espérons que ces différents point auront l’occasion d’être abordés en séance. Si comme moi vous êtes préoccupés par l’avenir d’Internet, vous devriez relayer l’appel lancé par La Quadrature du Net, qui invite chaque citoyen à draper de noir chaque site internet — portant ainsi le deuil d’un réseau neutre — et à contacter son député pour lui exposer ses doutes face à ce projet de loi.
Références
- [1]
- Philippe Aigrain, Internet et création. Comment reconnaître les échanges hors marchés en finançant la création ?, In Libro Veritas, 2008.
- [2]
- April, Riposte graduée : le rapporteur s’oppose à l’interopérabilité, l’April appelle à la mobilisation, 2009.
- [3]
- Génération NT, Mediametrie : Wikipedia également dans le top 10 français, 2007.
- [4]
- Assemblée Nationale, Projet de loi création sur Internet, 2009.
- [5]
- Frédéric Bastiat, Pétition des fabricants de chandelles, 1845.
- [6]
- La Quadrature du Net, Dossier HADOPI : cartes sur table, 2009.
- [7]
- Wikipedia, Extended Copy Protection.
Le rebond du Forum social mondial (Belém)
28 février 2009
Éric Toussaint, président du Comité pour l’annulation de la dette du tiers monde de Belgique (CADTM), dresse le bilan du dernier Forum Social Mondial. Aprés avoir soulevé beaucoup d’espoirs et avoir beaucoup déçu, le FSM s’est trouvé un second souffle. La crise financière mondiale l’a poussé à aborder les questions de fond qu’il avait si longtemps repoussées. Le moment de la maturité ?

Pauline Imbach : On a parlé de rebond du mouvement altermondialiste à l’occasion du Forum Social Mondial à Belém, que faut-il en penser ?
Éric Toussaint : Après une situation difficile du Forum Social Mondial (FSM) en 2006, 2007, 2008, on peut parler véritablement de rebond car cette 9ème édition est un énorme succès à différents niveaux.
Tout d’abord, ce FSM a connu une très forte participation, avec 133 000 personnes enregistrées. On parle même de 140 000. C’est tout à fait considérable et cela fait du FSM à Belém un des forums les plus populaires. Il se situe au même niveau que celui tenu à Mumbai (Bombay) en Inde en janvier 2004 ou celui organisé à Porto Alegre en 2005. Il faut savoir en effet que Belém est une ville excentrée par rapport aux grandes villes brésiliennes comme São Paulo, Rio de Janeiro, Belo Horizonte, Porto Alegre mais aussi par rapport à toute une série de pays d’Amérique latine. Belém est donc difficilement accessible : pour s’y rendre, un billet d’avion coûte cher et, en bus, il faut compter trois jours de route pour venir de Sao Paulo, cinq jours si on vient de Porto Alegre et six jours si on vient de Buenos Aires, Montevideo ou Asunción. Mumbai était beaucoup plus accessible pour les Indiens et Porto Alegre pour les Brésiliens, Argentins, Uruguayens et Paraguayens.
De plus, les participants, dans leur très grande majorité, avaient moins de 30 ans. Cette jeunesse était massivement présente lors des différentes activités.
Un autre facteur de réussite lors de ce forum, était la présence très visible et très active des peuples indigènes essentiellement du bassin amazonien et des Andes.
D’autre part, ce qui indique également un rebond, c’est la recherche manifeste, par une grande partie des participants, d’explications de fond en ce qui concerne les différentes facettes de la crise actuelle, recherche combinée à la volonté de se forger une opinion personnelle et à celle de passer à l’action pour mettre en place des alternatives.
C’est un changement évident par rapport au FSM qui s’est tenu à Nairobi en 2007 et qui marquait un essoufflement et une incapacité à poser les questions de fond.
Cela fait de ce Forum, la première grande mobilisation internationale contre la crise du capitalisme qui a éclaté en 2007.
Ce rebond du FSM et du mouvement altermondialiste contraste donc avec le deuil du capitalisme au Forum économique mondial de Davos. Le président Lula qui, avant, passait une journée au FSM et ensuite, s’envolait vers le Forum économique, a décidé cette année d’être uniquement visible au FSM et donc, de ne pas se rendre à Davos. C’est tout à fait significatif car cela montre l’ampleur de la crise. Lula a compris que sa gestion de type social libéral qui génère déjà beaucoup de doutes au niveau de la base, allait encore être plus mal perçue s’il se rendait à Davos. Pour tenter de couper court à des critiques sur sa gauche, il a préféré ne pas y aller. De même, aucun autre président de gauche ou de centre gauche d’Amérique latine ne s’est rendu dans la station de ski de Davos, alors que plusieurs d’entre eux y étaient invités. Le Forum économique faisait triste mine puisque aucun représentant significatif de l’administration de Barak Obama n’avait fait le déplacement. Pour discuter de la survie du capitalisme, seuls Vladimir Poutine, le Premier ministre chinois (c’est tout un programme) et Angela Merckel avaient fait le déplacement. Nicolas Sarkozy, lui même, avait décidé de ne pas aller à Davos. Si Lula y était allé ou, surtout, si Obama avait délégué quelqu’un de haut niveau, Sarkozy s’y serait également rendu !
Il faut aussi souligner le parti pris des medias. Un des principaux quotidiens financiers du monde, le Financial Times de Londres n’a pas consacré un seul mot au FSM de Belém tandis qu’il a réalisé deux suppléments pour célébrer Davos et que, dans son édition normale, il y a consacré plus de dix pages. Par contre, un certain nombre de quotidiens, de TV et de radios autour de la planète avaient délégué des envoyés spéciaux (il y avait environ 3 000 journalistes) et ont rendu compte de l’évènement. À juste titre, certains ont mis l’accent sur la « renaissance » ou le « deuxième souffle » du mouvement altermondialiste. Par ailleurs, tous les quotidiens de l’État du Para ont consacré chaque jour 5 à 8 pages entières au Forum. Une chaîne internationale de télévision comme Al-Jazira a largement couvert l’événement et a notamment donné amplement en direct la parole au CADTM.
Pauline Imbach : Quelles préoccupations ont dominé le FSM ?
Éric Toussaint : Il y avait trois thèmes principaux.
Tout d’abord la crise du capitalisme dans ces diverses dimensions : financière, économique, climatique, énergétique, alimentaire, migratoire et aussi la crise de « gouvernance » mondiale, c’est-à-dire, la crise manifeste de légitimité à la fois du G8, du FMI, de la Banque mondiale et de l’OMC. Le manque de légitimité des solutions alternatives comme le G20 était aussi au cœur des discussions.
Deuxièmement, les crimes de l’armée israélienne à l’égard du peuple palestinien. La question palestinienne, bien que Belém se trouve à plus de 12 000 km de la Palestine, était fortement présente. Dès le premier jour, lors de la manifestation d’ouverture, un drapeau palestinien de plus de 20 mètres de long était déployé, porté par des jeunes de ENLACE, un courant du parti d’extrême gauche brésilien PSOL. Beaucoup de gens portaient des signes de solidarité avec la lutte du peuple palestinien. Même s’ils étaient venus pour d’autres choses, ils tenaient à exprimer cette solidarité avec le peuple palestinien. Derrière cette question, c’était l’ensemble des guerres d’agression qui était dénoncé, comme celles à l’égard de l‘Irak ou de l’Afghanistan. L’exigence du retrait des troupes d’occupation faisait consensus.
Troisième thème tout à fait prioritaire : la réalité que vivent et les combats que mènent les peuples indigènes, notamment les peuples de l’Amazonie et des Andes. Le premier jour de travail du Forum était d’ailleurs entièrement placé sous le signe de la région amazonienne (région qui va au-delà du Brésil et qui englobe une partie de l’Équateur, de la Bolivie, du Venezuela, du Pérou et de la Colombie sans oublier la Guyane et le Surinam). Le thème des peuples indigènes comprenait à la fois leurs relations avec la nature et leur rôle de préservation de celle-ci ; mais aussi l’affirmation de leur identité culturelle et la manière dont la globalisation capitaliste les affecte. Les peuples indigènes ont beaucoup à apporter aux autres peuples notamment du point de vue de leur vision du monde (ce qui a déjà été intégré partiellement dans les nouvelles constitutions adoptées en Équateur en 2008 et en Bolivie en 2009). Ce qui était impressionnant, c’est l’apport des représentants des peuples indigènes à la réflexion et aux propositions du Forum. Ils ont joué un rôle très actif. Ils ont donné au Forum un relief particulier, en mettant la question de l’Amazonie au cœur des réflexions sur le défi du changement climatique et au cœur des réponses écologistes et socialistes à y apporter.
Au-delà de ces trois thèmes centraux, il y avait une série d’autres thèmes très importants. Par exemple, grâce au dynamisme de la Marche Mondiale des Femmes (MMF), la thématique féministe était plus visible que lors des éditions précédentes du Forum.
Autre thème essentiel : la compréhension du rôle néfaste et prédateur des transnationales non seulement du Nord, mais aussi du Sud. Puisqu’on était à Belém, un grand nombre d’activités ont été organisées contre l’action des grandes transnationales brésiliennes comme Petrobras, dans le domaine pétrolier et gazier ou encore Vale, dans le domaine de l’industrie extractive. Il était très important que les Brésiliens qui constituaient plus de 90 % des participants du Forum, prennent conscience de la responsabilité qu’ils ont en tant que citoyens pour mettre fin à l’action néfaste des entreprises de leur pays à l’échelle de leur continent et plus largement à l’échelle mondiale.
Pauline Imbach : En quoi la déclaration de l’Assemblée des Mouvements Sociaux (AMS) est-elle importante ?
Cette déclaration a un aspect tout à fait novateur. Il faut rappeler que, depuis le premier Forum de janvier 2001, à chaque occasion, une assemblée des mouvements sociaux s’est réunie. Préparée depuis le premier jour du Forum, elle se réunit en assemblée générale le dernier jour. À l’issue de l’assemblée, une déclaration finale est adoptée. Elle est rédigée par des représentants de toute une série de mouvements sociaux.
Jusqu’ici, ces déclarations étaient essentiellement un catalogue des thèmes principaux tels que les mouvements sociaux les percevaient et une liste des principales actions à venir. Les mouvements sociaux et les différentes campagnes y présentaient leurs principaux rendez-vous de mobilisation.
La déclaration qui a été adoptée à Belém, est d’une nature différente. Elle comprend une position de fond en terme de diagnostic de la crise du système capitaliste et de positionnement sur l’issue de celle-ci. Le titre et le sous titre synthétisent d’ailleurs bien cela : « Nous ne payerons pas la crise ! Que les riches la paient ! Pour des alternatives anti-impérialistes, anti-capitalistes, antiracistes, féministes, écologistes et socialistes ! »
Cette déclaration a donc un caractère programmatique en ce qui concerne l’alternative. Pour être plus précis, la déclaration indique que la crise du capitalisme ne pourra pas être solutionnée, du point de vue des intérêts des opprimés, si on se limite à réinstaurer quelques mécanismes de régulation. La solution à la crise implique une rupture avec le système capitaliste. « Pour faire face à la crise, il est nécessaire d’aller à la racine du problème et d’avancer le plus rapidement possible vers la construction d’une alternative radicale qui en finisse avec le système capitaliste et la domination patriarcale. » [1]
De plus, cette déclaration exprime des revendications immédiates pour faire face à la crise : « Nous devons lutter pour impulser la plus large mobilisation populaire par une série de mesures urgentes comme : la nationalisation sans indemnisation et sous contrôle social du secteur bancaire ; la réduction du temps de travail sans réduction de salaire ; des mesures pour garantir la souveraineté alimentaire et la souveraineté énergétique ; l’arrêt des guerres, le retrait des troupes d’occupation et le démantèlement des bases militaires étrangères ; la reconnaissance de la souveraineté et de l’autonomie des peuples afin de garantir le droit à l’autodétermination ; la garantie du droit à la terre, au territoire, au travail, à l’éducation et à la santé pour toutes et tous, la démocratisation des moyens de communication et de connaissance. » [2]
Enfin, ce texte propose un calendrier global unifiant, en particulier avec la semaine d’action mondiale du 28 mars au 4 avril 2009. Cela inclut le refus de payer la crise, l’opposition au G20 qui se réunira à Londres le 2 avril 2009, la solidarité avec le peuple palestinien le 30 mars 2009, l’opposition à la commémoration du 60ème anniversaire de l’OTAN et la demande de sa dissolution. Ainsi, il s’agit bien d’une semaine d’action mondiale puisqu’il y a, à la fois, un accord sur les dates et sur les thèmes d’actions. De plus, ce calendrier reprend les dates traditionnelles de mobilisation sur des grands thèmes : la journée des femmes le 8 mars, la journée des paysans le 17 avril, la journée des peuples indigènes le 12 octobre (date d’arrivée en 1492 de Christophe Colomb dans ce que les Européens ont appelé les Amériques). Enfin, ce calendrier contient également les grandes mobilisations à l’occasion du G8 prévu sur l’île de la Madeleine en Sardaigne en juillet 2009, le sommet de Copenhague sur les changements climatiques en décembre 2009 et la semaine mondiale d’action contre la dette et les Institutions Financières Internationales du 8 au 15 octobre 2009.
Ont été particulièrement actifs dans l’élaboration de la déclaration des mouvements sociaux, le CADTM qui avait fait la proposition de rédaction collective, la Marche Mondiale des Femmes (MMF), Via Campesina et en particulier son organisation brésilienne : le Mouvement des Sans Terre (MST), l’organisation des étudiants latino américain (OCLAE), des représentants de mouvements sociaux européens, africains, asiatiques, et les représentants d’organisation indigènes d’Amazonie et des Andes.
Habituellement, lors des Forums, les conclusions de l’assemblée des mouvements sociaux (AMS) sont rendues publiques le dernier jour. Cette année, comme il y avait l’assemblée des assemblées, sur laquelle nous reviendrons, et les assemblées thématiques, l’assemblée des mouvements sociaux a eu lieu le 30 janvier, c’est-à-dire 2 jours avant la fin du Forum. Lors de la présentation des conclusions de l’AMS, Joao Pedro Stedile du MST, a estimé que cette déclaration prouve la maturité de l’AMS dans la mesure où elle définit une politique claire.
Dans ce Forum, l’AMS a continué à jouer un rôle d’aiguillon en posant de manière radicale les problèmes et en renforçant une dynamique, déjà présente dans tout le Forum, qui consistait à la recherche d’explications et de solutions globales et radicales.
Si on lit les déclarations adoptées par une majorité des 11 assemblées thématiques qui ont eu lieu le 1er février au matin, on constate que, de manière répétée, la crise est analysée comme une crise du capitalisme. C’est particulièrement frappant quand on lit la déclaration des peuples indigènes, celle des mouvements anti-guerre ou encore celle de l’assemblée des femmes « Face à ces crises, les réponses palliatives basées encore dans la logique du marché ne nous intéressent pas. Ceci ne peut seulement mener qu’à une survie du même système. Nous avons besoin d’avancer dans la construction d’alternatives (…) pour nous opposer au système patriarcal et capitaliste qui nous opprime et nous exploite. » [3]
La déclaration des peuples indigènes exprime, avec des termes semblables à ceux de la déclaration de l’AMS, des revendications pour une alternative anti-raciste, anti-machiste, respectant la terre mère et socialiste. En voici un extrait : « La crise du modèle de développement capitaliste, eurocentrique, machiste et raciste est totale et nous conduit à la plus grande crise sociale et environnementale de l’histoire de l’humanité. La crise financière, économique, énergétique, productive aggrave le chômage structurel, l’exclusion sociale, la violence raciste, machiste et le fanatisme religieux. De si nombreuses et si profondes crises en même temps configurent une véritable crise de la civilisation occidentale, la crise du « développement et de la modernité capitaliste » qui met en danger toutes les formes de vie. Face à cela cependant, il y en a qui rêvent encore d’améliorer ce modèle et qui ne veulent pas reconnaître que ce qui est en crise, c’est le capitalisme, l’eurocentrisme avec son modèle d’État destiné à une nationalité, d’homogénéité culturelle, de droit positif occidental et de marchandisation de la vie. »
Alors que certains mouvements sociaux ou campagnes, notamment européens, hésitent, voire sont carrément réticents à parler d’alternative socialiste, l’assemblée des peuples indigènes, elle, l’exprime de manière tout à fait explicite. Or l’élaboration de ces deux déclarations s’est faite par des personnes différentes, en des lieux différents du Forum, même si la déclaration de l’AMS a été soumise en assemblée générale à tous les représentants des mouvements présents y compris bien sûr ceux des peuples indigènes (qui étaient venus nombreux à l’AMS).
Dans le comité de rédaction, nous avons eu une discussion sur la manière de marquer l’apport des organisations indigènes à la lutte contre la globalisation capitaliste. Dans la première version, la formule retenue, et qui ne me satisfaisait pas, parlait d’une « réapparition » des mouvements indigènes au cours des 15 dernières années. Or, dès la lecture du texte en assemblée générale, plusieurs représentant(e)s des mouvements indigènes ont demandé que le texte soit amendé pour parler d’une « nouvelle rencontre » entre les mouvements indigènes et les mouvements sociaux au cours des dernières années. Les peuples indigènes ont justement fait remarquer qu’ils n’ont pas attendu que les autres mouvements sociaux les découvrent pour entamer leur lutte. Depuis cinq siècles, ils sont en résistance face au capitalisme et aux différentes formes de domination qui leur ont été imposées. L’assemblée leur a donné raison et le texte a été amendé comme le souhaitaient les représentants des peuples indigènes.
Pauline Imbach : Que dire de la présence au FSM de partis politique et de certains gouvernements ?
Éric Toussaint : La participation de partis politiques est nouvelle car, lors des éditions précédentes au Brésil et en Afrique, les partis politiques étaient peu présents. Ils n’ont été présents de manière très visible que lors du FSM de Mumbai en Inde en janvier 2004 ou lors de certains Forums régionaux ou continentaux, notamment ceux de Karachi, Caracas, ou Athènes en 2006.
Tout d‘abord, il faut dire que les partis politiques brésiliens de gauche (PT, PSOL et PSTU) étaient beaucoup plus présents dans le programme même du Forum mais que leur participation était très différente. Pour le PT, il s’agissait plus de la présence du gouvernement et de l’administration de Lula (plusieurs ministres de son gouvernement étaient présents) que du PT en tant que tel. Par contre, le PSOL et le PSTU, partis d’opposition de gauche au gouvernement Lula, étaient actifs en tant que partis avec les courants syndicaux qui leur sont proches, notamment Con Lut »as et Inter Syndical.
La présence de partis politiques dans l’enceinte du Forum, me paraît tout à fait nécessaire car le Forum doit être un lieu de débat entre partis politiques, mouvements sociaux, organisations citoyennes et « campagnes ». Il serait tout à fait logique qu’à chaque édition du Forum social, des partis politiques reliés au processus du forum soient présents. Il faut mettre un terme à une forme de « ghettoïsation » des mouvements sociaux, ONG, mouvements citoyens qui seraient incapable d’entrer en débat, voire en collaboration active, avec des organisations politiques prêtes à lutter contre la globalisation capitaliste.
Par ailleurs, pour la première fois, quatre présidents étaient présents ensemble : Evo Morales (Bolivie), Rafael Correa (Équateur), Fernando Lugo (Paraguay) et Hugo Chavez (Venezuela).
Ils incarnent beaucoup d’espoir du côté du mouvement altermondialiste en général et des mouvements sociaux latino-américains en particulier. Il faut se rappeler qu’en 2005, il y avait eu deux meetings de présidents latino-américains pendant le FSM. Celui donné par Hugo Chavez et, à un autre moment, celui du président Lula. De plus, lors du forum polycentrique de 2006 à Caracas, Hugo Chavez avait participé à un autre grand meeting public.
La nouveauté à Belém c’est que, pour la première fois, quatre présidents étaient interpellés par les mouvements sociaux. C’est extrêmement important que les mouvements sociaux mettent les présidents face à un certain nombre de réalités et essayent d’obtenir d’eux une série d’engagements pour la mise en place d’un modèle alternatif et d’une intégration régionale en Amérique latine. Une intégration qui soit réellement favorable aux peuples, respectueuse de la nature et non pas soumise aux intérêts des transnationales capitalistes. Il faut aussi souligner que les quatre présidents répondaient à une invitation des mouvements sociaux, à l’initiative notamment du MST (Mouvement des Sans Terre), de La Via Campesina et de la MMF (Marche Mondiale des Femmes) qui avaient décidé d’exclure Lula vu le contenu de sa politique antisociale (la presse locale a fortement mis l’accent sur cette exclusion).
La politique de Lula est conforme au modèle social libéral de Gordon Brown en Angleterre ou de Zapatero en Espagne. Elle favorise principalement les grandes sociétés capitalistes brésiliennes présentes dans toute l’Amérique latine, le puissant secteur brésilien de l’agrobusiness, le système financier privé, les grandes transnationales étrangères implantées au Brésil. Cette politique maintient l’exportation comme soutien fondamental au développement, notamment l’agrobusiness de la canne à sucre dans le but de produire de l’éthanol ainsi que dans l’exportation de soja transgénique. D’autre part, du point de vue de la préservation de la nature, le bilan des cinq dernières années est catastrophique. La politique de Lula a entraîné la déforestation de l’Amazonie sur une superficie égale à celle du Venezuela.
Durant le FSM, la démarche du gouvernement de Lula consistait à reconquérir une légitimité par rapport à un secteur de gauche et à la jeunesse politisée opposés à ses politiques néo-libérales. Si le gouvernement de Lula avait un discours anti-libéral, les participants, eux, avaient un pas d’avance en attribuant les responsabilités de la crise globale au système capitaliste.
Lors de cette assemblée avec les quatre présidents, 1.000 délégués des mouvements sociaux étaient présents. Beaucoup plus de participants au FSM auraient souhaité y participer mais il a fallu procéder par délégation. La séance a commencé par une interpellation politique de la part de Camille Chalmers (secrétaire général de la PAPDA à Haïti) qui est membre de Jubilé Sud, du CADTM et de COMPAS (une alliance caribéenne de mouvements sociaux). Il a souligné le caractère positif de l’initiative d’audit réalisé par le gouvernement de Correa en Equateur et la suspension partielle d’une partie du paiement de la dette commerciale. Il a ensuite interpellé Hugo Chavez et Evo Morales sur la mise en place d’audits de la dette dans leurs pays respectifs et leur a rappelé qu’ils s’étaient engagés à le faire à l’issue d’une réunion de l’Alba, en présence de Correa, fin novembre 2008 à Caracas.
Avant de donner la parole aux présidents, deux féministes sont intervenues : Magdalena Leon de REMTE et Nalu Faria de la MMF [4].
Le premier président à prendre la parole fut Rafael Correa. Celui-ci est arrivé dans un contexte tout fait polémique. La veille, la confédération des nations indiennes de l’Équateur (CONAIE) avait envoyé un message au FSM, demandant que Correa soit déclaré persona non grata, en réponse à sa politique à l’égard d’investissements étrangers dans les industries extractives qui affectent directement les populations indigènes. Pour répondre à cette remise en question radicale, Rafael Correa a adopté un discours très à gauche sur le socialisme du XXIème siècle. Si ce discours apparaît uniquement positif, remis dans son contexte, il apparaît comme un moyen de donner le change pour reconquérir une légitimité mise à mal par le type de modèle capitaliste, productiviste, national qu’il met en place dans son pays. Il n’a pas non plus abordé la question de la dette, alors que, dans son introduction, Camille Chalmers avait bien souligné le caractère positif de l’audit de la dette et de la suspension partielle du paiement de celle-ci par l’Équateur depuis novembre 2008.
Ensuite, Fernando Lugo a prononcé un discours dans lequel il a insisté sur le fait qu’il est absolument nécessaire que le Brésil reconnaisse que l’application du traité d’Itaïpu est responsable d’un terrible et injuste endettement du Paraguay à l’égard du Brésil. L’entreprise binationale Itaïpu a une dette totale de 20 milliards de US$, 10 milliards US$ à charge du Paraguay et 10 milliards US$ à charge du Brésil. Plus de 95% de ces dettes sont dues à des entreprises brésiliennes. Lugo a expliqué qu’il attend une attitude amicale et digne du Brésil pour que celui-ci reconnaisse le caractère léonin de ce traité. Les autorités et le peuple du Paraguay veulent une réduction radicale de la dette qui leur est réclamée. Ils souhaitent pouvoir augmenter le prix de l’électricité qu’ils fournissent au Brésil et qu’ils souhaitent pouvoir vendre à d’autres pays de la région, afin d’augmenter les rentrées fiscales de l’État pour pouvoir entamer les réformes sociales sur la base desquelles Lugo a été élu en avril 2008.
Il faut aussi savoir que Lugo va instituer une commission d’audit international du traité d’Itaïpu. Il a décidé que les négociations avec Lula sur le traité d’Itaïpu seraient menées de manière publique, bien que le gouvernement de Lula souhaite, lui, qu’elles soient confidentielles et diplomatiques.
L’intervention de Evo Morales, qui a suivi, était intéressante dans la mesure où il s’est positionné comme faisant partie des mouvement sociaux. Il a expliqué qu’aucun des présidents présents, ne serait président s’il n’y avait pas eu de profondes luttes sociales et si les mouvements sociaux n’avaient pas renversé à plusieurs reprises les présidents menant des politiques néolibérales. Il a demandé aux mouvements sociaux de ne pas hésiter à convoquer régulièrement les présidents afin qu’ils soient obligés de rendre des comptes. Evo Morales a fait allusion à la situation de son pays après l’adoption par référendum de la nouvelle constitution le 27 janvier 2009 (c’est-à-dire le premier jour du FSM), ce qui constitue une avancée très importante pour la Bolivie.
Enfin, il a expliqué le rôle tout à fait contre révolutionnaire de la hiérarchie catholique bolivienne : en détournant le slogan du Forum, il s’est écrié « une autre Église est possible ». Ainsi, il s’est adressé à son collègue Fernando Lugo, ex-évêque catholique, théologien de la libération et, dans la salle, à François Houtart qui est aussi un théologien de la libération, engagé du côté de l’Église des pauvres.
Chavez, quant à lui, a insisté sur l’option anticapitaliste et socialiste en y ajoutant la dimension féministe et en proclamant qu’il était devenu un féministe absolument convaincu.
Après ces interventions, Joao Pedro Stedile, président du MST, a proposé des conclusions, de manière tout à fait exemplaire. En effet, loin de féliciter simplement les présidents, il a déclaré regrettable le temps qu’ils ont perdu et le fait qu’ils se sont révélés incapables, face à la crise, d’adopter des mesures favorables aux peuples. Il critiquait ainsi, l‘ensemble des présidents latino-américains, réunis notamment en décembre à Salvador de Bahia. En s’adressant particulièrement aux quatre présidents présents, il a déclaré qu’en l’absence d’une réaction commune de tous les présidents, les mouvements sociaux attendent des quatre présidents de gauche qu’ils prennent sans plus attendre des mesures fondamentales, structurelles pour répondre à la crise capitaliste.
De plus, il leur a proposé de ne pas attendre d’être convoqués par les mouvements sociaux pour inviter eux-mêmes régulièrement les mouvements sociaux pour écouter ce qu’ils ont à dire.
Cette rencontre a constitué un moment important du FSM, et une avancée dans le dialogue entre mouvements sociaux et gouvernements. Ce type de dialogue n’est possible qu’en Amérique latine dans la mesure où il y a plusieurs gouvernements de gauche issus de luttes sociales radicales reliés à la dynamique du FSM (avant son élection comme président en avril 2008, Fernando Lugo avait participé comme délégué paraguayen au FSM de Porto Alegre en 2005 où il s’était rendu en autobus depuis Asunción).
À la fin de cette journée, le président Lula a convoqué à un autre endroit de Belém un meeting qui était essentiellement un show de présentation de sa politique. Il a convié H. Chavez, R. Correa, E. Morales et F. Lugo qui y ont également pris la parole. Cette conférence se faisait dans un cadre très différent. Il n’était pas question de dialoguer avec les mouvements sociaux ou encore d’écouter les critiques qui pouvaient être faites sur sa politique ou celle des autres présidents.
Pauline Imbach : Observe-t-on un tournant à gauche de certains gouvernements latinos ? L’intégration régionale avance t-elle ?
Éric Toussaint : On ne peut pas parler d’un tournant à gauche des quatre gouvernements invités au FSM. Certes, une série de mesures positives ont été prises au cours de l’année 2008 au Venezuela en terme de nationalisations, comme par exemple celle de la grande entreprise sidérurgique SIDOR suite à un conflit social prolongé, ou encore celle de la banque du Venezuela qui appartenait à un des deux grands groupes bancaires privés espagnols. Au cours de l’année 2008, le bilan qu’on peut faire de Lugo est évidement court dans la mesure où il a prit ses fonctions au mois d’août, donc il y a à peine 6 mois. Il est nécessaire de laisser un délai plus important pour pouvoir se faire un jugement. Néanmoins, ce que l’on peut retenir c’est que face à la crise qui a commencé à toucher de manière directe les économies et les populations d’Amérique latine, les quatre gouvernements de gauche n’ont pas été en mesure de mettre en place une politique alternative concertée.
Il faudrait s’inspirer des propositions issues de la conférence convoquée par les autorités vénézuéliennes en octobre 2008, intitulée « Réponses du Sud à la crise économique mondiale » qui avait abouti à une déclaration dans laquelle figurait une série de propositions très concrètes qui n’ont malheureusement pas, jusqu’ici, été suivies d’effets. Du coté de l’intégration, il faut constater que la Banque du Sud qui existe sur le papier depuis décembre 2007, n’est toujours pas entrée en activité. Elle est clairement en panne.
Après ces observations critiques très importantes, il y a également des éléments positifs qui méritent d’être soulignés. Tout d’abord, en décembre 2008, a eu lieu au Brésil à Salvador de Bahia une réunion de tous les présidents latino-américains qui a concrétisé le retour de Cuba sur la scène commune de l’Amérique latine. À cette occasion, le président Felipe Calderon du Mexique (gouvernement de droite) et Raul Castro (de Cuba) étaient réunis sans que le gouvernement des États-Unis n’ait été invité à cette réunion. Or depuis la révolution cubaine de 1959, les États-Unis ont réussi à isoler Cuba sur le plan diplomatique au point que les réunions principales sur le plan continental étaient des réunions de l’Organisation des États américains (OEA) qui comprennent les États d’Amérique du Nord et d’Amérique latine à l’exclusion de Cuba. Aujourd’hui, il est en train de se mettre en place une fronde des États latino-américains, gouvernements de droite inclus, par rapport à Washington, afin de résoudre en interne certains problèmes régionaux, par exemple le conflit provoqué le 1er mars 2008 par l’intervention armée de la Colombie sur le territoire équatorien. C’est positif.
L’autre élément positif sur le plan de l’intégration est la poursuite de l’élargissement de l’ALBA (Alternative Bolivarienne pour les Amériques). Au départ elle incluait Cuba, le Venezuela et la Bolivie. En 2008, elle s’est étendue au Honduras et à l’île de la Dominique. On constate également depuis quelques mois un rapprochement prudent de l’Équateur.
Pauline Imbach : Que se passe-t-il du côté de la lutte sur la question de la dette ?
Éric Toussaint : Plusieurs conférences ont été consacrées au thème de la dette. Celle qui a connu la plus importante participation a réuni 500 personnes et était consacré à l’audit de la dette en Amérique latine et la création de la commission d’enquête parlementaire par le Congrès brésilien. Le CADTM et Jubilé Sud étaient les deux réseaux les plus présents au FSM. Latindadd, Eurodad et Afrodad étaient également présents. Comme le mentionne la déclaration finale des campagnes dette, une nouvelle crise internationale de la dette publique est en préparation.
Pauline Imbach : Au niveau de l’organisation du Forum, y a-t-il des nouveautés ?
Éric Toussaint : Oui. L’assemblée des assemblées qui a fait suite aux assemblées thématiques autogérées, constitue une innovation importante. Depuis le début de l’existence du FSM, les mouvements sociaux ont institué la tradition d’une assemblée finale unificatrice, convoquée en « marge » du programme officiel du Forum. Depuis plusieurs années, toute une série de composantes du Forum demandaient que le Forum lui-même favorise de manière active et délibérée les convergences entre toutes les organisations participantes qui le souhaitent, afin de dégager des alternatives communes dans la mesure du possible, des rendez-vous, des actions, des propositions unitaires. Il existait des résistances au sein du Conseil International (CI), mais cette année constitue un tournant et un progrès pour le FSM avec la convocation de l’assemblée des assemblées.
Le premier jour (27 janvier), le Forum s’est ouvert par une grande marche dans la rue. Le deuxième jour, toutes les activités étaient centrées sur la région amazonienne, ce qui a permis de mettre en valeur l’apport des peuples indigènes. Cette journée pan-amazonienne a été suivie de deux journées où tous les thèmes pouvaient être traités dans des activités autogérées. Et enfin, le dernier jour (1er février), se sont réunies le matin 11 assemblées thématiques, suivies l’après-midi d’une assemblée des assemblées où les conclusions de chaque assemblée thématique étaient présentées ainsi que la déclaration finale de l’Assemblée des Mouvements Sociaux –AMS- (tenue, elle, le 30 janvier). C’est de toute évidence un choix extrêmement positif.
Ceci dit, il faut mettre un bémol : le CI et le comité organisateur local n‘ont pas fait suffisamment d’efforts pour faire converger de manière optimale les activités autogérées du troisième et quatrième jour. Cela a donné lieu à une trop grande dispersion puisque près de 2.000 activités se sont déroulées. Il aurait fallu, durant les quatre à six mois qui ont précédé la tenue du Forum, avoir une équipe de volontaires et de permanents en contact avec toutes les organisations qui inscrivaient des activités afin de favoriser des regroupements et des fusions. Cela aurait permis d’éviter de nombreux doublons. De ce côté, le CADTM [5] a fait des efforts puisque toutes ses activités ont été co-organisées avec d’autres. Le CADTM n’a organisé aucune activité en solitaire. En ce qui concerne les réponses à la crise, le CADTM était engagé dans deux initiatives qui ont regroupé des dizaines d’organisations différentes. De même sur la thématique de la dette, les activités ont été menées avec Jubilé Sud, Latindadd et des campagnes nationales actives sur cette problématique, notamment au Brésil.
Deuxième critique, l’assemblée des assemblées s’est tenue dans de mauvaises conditions matérielles. Elle s’est déroulée en plein air, sans système de traduction. Les participants n’avaient aucune possibilité d’interpeller les personnes chargées par les différentes assemblées thématiques de présenter leurs conclusions. Il faudra pour les prochaines éditions un lieu fermé, avec un système de traduction pour permettre un véritable échange autour des conclusions.
Pauline Imbach : Par rapport à l’édition de Nairobi tenue en janvier 2007, le Forum était-il plus accessible aux personnes les plus opprimées ? La population locale a-t-elle participé activement au Forum ?
Éric Toussaint : Le Forum a connu une très forte participation numérique de la population de la région. Environ 100 000 personnes de l’État de Para, dont Bélem est la capitale, étaient présentes. L’entrée du FSM pour les Brésiliens s’élevait à 30 reales, c’est-à-dire 10 euros, le prix de huit à dix repas dans une cantine populaire. C’est donc un montant élevé pour le secteur de la population qui consacre 80 % de ses revenus pour survivre. Il aurait fallu fortement abaisser le tarif d’entrée pour permettre une plus large participation.
Un autre aspect critiquable qui, celui-ci, n’est pas de la responsabilité du comité organisateur du FSM mais le résultat de la politique du gouvernement fédéral et de celui de l’État du Para, c’est la discrimination dont a été l’objet la population des quartiers les plus pauvres de la ville. Deux cents policiers anti-émeutes ont été cantonnés dans les deux quartiers les plus pauvres et les autorités ont décrété la Ley Seca, une loi qui interdit de vendre de l’alcool le soir. C’est donc manifestement une politique discriminatoire à l’égard des « classes dangereuses » pour reprendre un terme du XIXème siècle. Dans le reste de la ville, la présence policière était très discrète et on pouvait vendre des boissons alcoolisées à toute heure du jour et de la nuit.
D’autre part, les habitants vivant dans des constructions précaires aux alentours de l’université où s’est tenu le Forum ont été expulsés de force juste avant le Forum afin de nettoyer le quartier.
Durant le Conseil International, le CADTM a interpellé le comité organisateur sur le prix de l’entrée du forum et a critiqué l’attitude des autorités de l’État vis-à-vis des populations pauvres. Les membres du comité organisateur ont déclaré qu’ils étaient eux-mêmes très préoccupés par ce genre de politiques.
En conclusion, le FSM devrait être totalement ouvert aux populations locales sans barrière financière. L’organisation d’un Forum ne devrait pas être accompagné de mesures de sécurité dans lesquels la police vise de manière discriminatoire les classes populaires qui doivent être l’acteur central du changement dans un processus comme celui du FSM et de l’altermondialisme.
Pauline Imbach : Comment la situation évolue t-elle au niveau du Conseil International (CI) ?
Éric Toussaint : On constate une évolution positive au sein du CI autour de ce Forum Social Mondial. D’une part, avant le Forum, vu le choix stratégique de convoquer une assemblée des assemblées et, d’autre part, après le FSM, lors de la réunion de deux jours du CI. Le succès du Forum s’est traduit dans le climat serein des débats et des élaborations du CI. La réunion a été le lieu d’un débat stratégique introduit par un document présenté par Gus Massiah. Sans qu’aucun vote ait eu lieu sur le sujet, on percevait, au sein du CI, la volonté de faire réussir les plans d’actions et notamment la semaine d’action mondiale décidée lors de l’AMS. Alors que certaines composantes, dont des composantes fondatrices du forum, s’étaient exprimées lors des éditions précédentes contre l’organisation dans le cadre du Forum de grandes manifestations, notamment celles contre la guerre en 2003 et en 2004, à cette occasion-ci, elles se sont exprimées de manière favorable au calendrier d’action. Il est clair que la crise mondiale du capitalisme est passée par là. Chacun et chacune sont confrontés à la nécessité de l’action pour y faire face.
Cela pose différentes questions : Est-ce que cela traduit une capacité du CI à réagir ? Lui qui était fortement assoupi et réticent à pousser à l’action. Est-ce que ce changement, constaté après le Forum de Belém, est durable ou momentané ?
Il est important que les organisations qui peuvent activement stimuler le CI dans le bon sens prennent leurs responsabilités. De ce côté-là, le CADTM compte bien prendre les siennes avec les autres organisations qui souhaitent améliorer le fonctionnement du CI pour que celui-ci contribue à affronter les défis de la crise globale capitaliste.
De plus, une proposition très importante à soutenir a été émise lors du CI : celle de tenir une prochaine réunion à Gaza en 2010 qui serait accompagnée d’activités publiques destinées à des centaines de participants. Il faut que ce projet se concrétise au premier semestre 2010 pour appuyer la lutte du peuple palestinien.
Pauline Imbach : Le plan d’action des mouvements sociaux a-t-il des chances de réussir ?
Éric Toussaint : Pour que l’appel de l’AMS aboutisse à un succès, il faut que toutes les organisations qui ont participé au forum ou toutes celles qui soutiennent cette convocation, mettent tout en place pour que dans leur pays et leur région, cet appel se transforme en mobilisation. Il y a aussi d’autres rendez-vous auxquels il faudra répondre présent. Il est certain que les luttes en cours ou les luttes récentes (en Grèce, en France, en Guadeloupe et Martinique …) peuvent contribuer au succès de ce plan. Il faut combiner ces luttes à la volonté des travailleurs et des organisations syndicales de réagir aux vastes plans de licenciements qui touchent des pans entiers de l’économie.
[1] Extrait de la Déclaration de l’assemblée des mouvements sociaux.
[2] Ibid.
[3] Ibid.
[4] Lire : Ignacio Ramonet, La vraie gauche et les mouvements sociaux.
[5] La délégation du CADTM au FSM était composée d’une trentaine de déléguées et délégués provenant de 14 pays (Argentine, Belgique, Bénin, Brésil, Côte d’Ivoire, Equateur, France, Haïti, Inde, Japon, Maroc, Pakistan, République démocratique du Congo, Togo. Les délégués de Colombie, du Venezuela et de Tunisie n’ont pas été en mesure d’arriver à Belém).
Une livraison de Nouvelles questions féministes
Quand Theodor Adorno rencontre Bridget Jones
jeudi 26 février 2009, par Mona Chollet
Dans son dernier numéro, la revue féministe francophone se penche sur les figures féminines emblématiques de la culture de masse contemporaine.
Presse, cinéma, télévision, publicité : les féministes des années 1970 s’étaient emparées avec une belle ardeur des images du féminin produites par la culture de masse. Elles les avaient disséquées, contestées, brocardées, en avaient montré les présupposés et la fonction idéologiques. Leurs héritières, qui auraient pourtant eu plus que jamais du grain à moudre, ont sérieusement relâché leur vigilance. Certes, d’indécrottables mal élevées continuent le combat de façon sporadique – voir par exemple ce récent billet sur le blog Les Entrailles de Mademoiselle ; on se souvient aussi de la bible du stéréotype féminin publiée en 2003 par le collectif des Guerrilla Girls sous le titre immortel de Bitches, Bimbos & Ballbreakers (« Salopes, bimbos et casse-couilles »). Mais, pour l’essentiel, force est de constater que cet exercice aussi salutaire que divertissant est tombé en désuétude.
Intitulé « Figures du féminin dans les industries culturelles contemporaines », le dernier numéro de la revue Nouvelles questions féministes vient remédier en partie à la frustration que l’on peut ressentir dans ce domaine. Et commence par montrer que la critique culturelle féministe ne peut plus se pratiquer comme à la grande époque. Comme le fait remarquer l’introduction du dossier [1], celle des années 1970 n’échappait pas toujours – paradoxalement – au piège d’une certaine misogynie, en condamnant dans un même mouvement la culture de masse, assimilée à la « basse culture », et son public supposé privilégié : les femmes, consommatrices aliénées et bovarysantes de romans à l’eau de rose et de soap operas. Les analyses, au cours de la décennie suivante, devaient heureusement gagner en finesse.
Depuis, de toute façon, la donne a un peu changé : les auteures constatent « l’émergence d’une nouvelle norme culturelle que certains sociologues qualifient volontiers d’“omnivorité” : l’affirmation du “bon goût” résiderait désormais dans la capacité à apprécier des formes d’expression esthétiques multiples et variées, allant de la série télévisée à la musique classique, l’exclusivité en termes de goûts étant devenue la marque d’un statut culturel dominé ». Cette évolution s’incarne assez bien dans la personnalité de Quentin Tarantino (à qui un article du dossier est consacré) : en clamant son goût pour les sous-genres obscurs et habituellement dénigrés du cinéma, en s’inspirant d’eux, en les citant, en les remixant, le réalisateur leur a donné leurs lettres de noblesse. Avec lui, la connaissance des sous-cultures est devenue une manifestation de l’élitisme le plus pointu – si pointu, même, rapporte Maxime Cervulle dans son article, que Miramax a dû, au moment de la sortie de Grindhouse, éditer une brochure expliquant au public américain, qui risquait d’être un peu perdu, « le concept du film et la mauvaise qualité “volontaire” de la pellicule »…
Par ailleurs, avec l’essor d’Internet, le public, qui n’était qu’une masse indistincte et passive dans les années 1970, a acquis une capacité nouvelle à « répliquer » aux productions dont on le bombarde, et à se les approprier. Un article de ce dossier, signé Malin Isaksson, s’intitule « Quand les internautes rencontrent Buffy : la fan fiction sur l’amour entre femmes ». Au « canon » d’une production telle que l’ont imaginée les scénaristes, vient désormais s’ajouter le « fanon » des fictions dérivées que les fans imaginent à partir de cet univers (voir par exemple le site Fanfic-fr.net). Ainsi, dans de nombreuses fan fictions inspirées par la série Buffy contre les vampires (Buffy the Vampire Slayer), de Joss Whedon, l’héroïne, Buffy, adolescente blonde et hétérosexuelle relativement sage et ordinaire – en dehors de son aptitude à tuer des vampires et, plus ponctuellement, de la relation sadomasochiste qu’elle entretient avec l’un d’entre eux au prix d’une grande culpabilité –, se voit poussée au passage à l’acte lesbien avec sa sulfureuse acolyte, Faith.
Des héroïnes émancipées qui rejettent le féminisme
Autre évolution : aujourd’hui, bon nombre de productions culturelles ne se laissent plus classifier aussi facilement qu’autrefois selon une grille de lecture féministe, car elles combinent des éléments conservateurs et des éléments progressistes. Nous vivons en effet à l’ère du « postféminisme », qui a intégré quarante ans de féminisme, et entretient avec ce dernier des rapports ambigus. Même si l’égalité est loin d’être acquise, le féminisme, réduit à un rabâchage daté et ennuyeux, suscite, dans la sphère culturelle, la lassitude de ceux – et celles – qui ne se sentent pas concernés par ses enjeux, ou qui lui ont toujours été plus ou moins sourdement hostiles. Au mieux, il est perçu comme dépassé, puisque les discriminations ou les violences dont les femmes restent victimes sont niées ou minimisées.
Les personnages féminins emblématiques produits ces dernières années par l’industrie culturelle reflètent cette ambivalence. Il s’agit de jeunes femmes qui, tout en bénéficiant de certains acquis du féminisme, au sens où elles sont économiquement indépendantes et sexuellement affranchies, les « compensent » par une surenchère dans la mise en scène d’une féminité classique exacerbée – comme la Carrie Bradshaw de Sex and the City. La « mascarade » de la féminité, écrit Angela McRobbie dans son article « L’ère des top girls : les jeunes femmes et le nouveau contrat sexuel », « désavoue les figures spectrales puissantes et castratrices de la lesbienne et de la féministe auxquelles les “top girls” pourraient raisonnablement être associées ». Elle leur permet à la fois de se rassurer elles-mêmes sur leur capacité à susciter le désir des hommes et de rassurer leurs collègues masculins, que leur irruption dans le monde du travail pourrait effrayer.
Ce que McRobbie appelle le « complexe mode-beauté » se charge donc, par ses prescriptions incessantes, de rétablir la part de contrôle social et patriarcal auquel ces héroïnes ont échappé – Sex and the City a d’ailleurs été (avant tout, disent les mauvaises langues) une extraordinaire machine à « lancer » des marques, des modes, des produits. On pourra remarquer que, pour les femmes réelles, lorsque la possibilité d’assurer leur indépendance économique et leur épanouissement personnel est remise en question par la précarité, le chômage, le temps partiel subi, l’ingratitude et la pénibilité du travail, il risque fort de ne rester que la deuxième partie de l’équation : des normes particulièrement tyranniques en matière d’apparence physique, et la conviction que l’identité et les possibilités d’accomplissement personnel d’une femme résident avant tout dans son aptitude à s’y conformer.
Angela McRobbie constate aussi que les héroïnes de ces dernières années, personnages de fiction, mannequins ou jet-setteuses en vue, sont toutes blanches, voire blondes aux yeux clairs (qu’on pense à Carrie Bradshaw, Bridget Jones, Paris Hilton, Lindsay Lohan, Sienna Miller, Jennifer Aniston, Gisele Bundchen, etc.) : « Le nombre de photos de femmes noires ou asiatiques dans les pages des magazines féminins a drastiquement diminué ces dernières années, et, tout aussi important, personne ne semble plus trouver nécessaire d’en parler. » Comme le féminisme, l’antiracisme est passé de mode. Cette régression est due à « l’inattention complète et soutenue, de la part des éditeurs et éditrices, journalistes et autres personnes, blanches pour la plupart, qui occupent des postes importants au sein des institutions médiatiques, culturelles et publiques, aux problèmes de l’égalité des chances et de la représentation des minorités ». Implicitement, constate McRobbie, « la mascarade postféministe rétablit d’un bout à l’autre la normativité de la blancheur ».
Bagarres et beuveries en talons aiguille
L’universitaire britannique analyse aussi un autre archétype de la féminité postféministe : celui de la phallic girl, qui, tout en affichant, là encore, une féminité classique et aguichante – minijupe, talons aiguille, décolleté plongeant –, adopte un comportement traditionnellement réservé aux hommes. Elle « boit abondamment, jure, fume, se bagarre, a des aventures sexuelles sans lendemain, montre sa poitrine en public, se fait arrêter par la police, consomme de la pornographie », etc. Les héroïnes du film de Tarantino Boulevard de la Mort, que Maxime Cervulle analyse dans son article, correspondent largement à cet archétype, dont elles incarnent la forme la plus spectaculaire, mélange « d’hyperféminité et de masculinité violente ». Cervulle avoue d’ailleurs sa perplexité devant le manque d’imagination que constitue le fait de « représenter des femmes puissantes comme des hommes comme les autres ».
La phallic girl, comme la top girl, manifeste par ailleurs sa défiance, voire sa franche hostilité à l’égard des féministes, et, même si elle ne dédaigne pas de temps en temps une aventure avec une autre femme, se démarque clairement des « lesbiennes phalliques ». Boulevard de la Mort, montre Cervulle, a un effet dépolitisant en ce qu’il présente le féminisme – consistant ici à rendre la monnaie de sa pièce à un tueur de femmes – comme « une résistance individuelle totalement déconnectée de tout mouvement social ou collectif ». Tarantino, nourri de cultural studies et d’études féministes, les passe à la moulinette de son ironie ambiguë, et les « vide de la spécificité de leur ancrage politique » pour mieux perpétuer des stéréotypes.
Maxime Cervulle se penche aussi, au passage, sur l’archétype de la guerrière hypersexy (qui n’est pas une nouveauté), omniprésent dans les mangas, par exemple, et incarné en particulier ces dernières années par l’héroïne d’un autre film de Tarantino, Kill Bill : Beatrix Kiddo (Uma Thurman). Il en analyse ainsi la signification : « Là où le trope de l’infirmière sexy exprime l’attachement des hommes qui le reproduisent et le font circuler aux politiques genrées du care, par lequel les femmes sont assignées aux soins et au travail affectif, le trope de la rébellion des femmes exprime le désir de certains hommes d’abandonner le poids et les contraintes de la domination, pour se laisser aller, dans l’intimité des alcôves, aux délices d’une soumission choisie. » Il pointe en effet le « travail de contrôle et de censure de soi » qu’exige des hommes le maintien de la domination masculine : « Ainsi, sans doute faut-il “lire” ces moments où les hommes hétérosexuels s’abandonnent à une soumission sexuelle, ou s’investissent affectivement dans des représentations de femmes puissantes et armées, comme des temps de loisirs où ils tentent de desserrer un instant l’emprise que le genre et la domination ont aussi sur eux. »
Chick lit et mum lit à la française
Le dernier article du dossier, enfin, signé Nathalie Morello, traite d’un genre qui se prête mieux à une critique féministe traditionnelle : la mum lit, ou « littérature de maman ». Il s’agit d’une des innombrables déclinaisons d’un phénomène qui, dans le sillage du succès du Journal de Bridget Jones, fleurit surtout en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis : la chick lit, ou « littérature de poulette ». Chaque genre a ses ramifications, si bien que l’on trouve désormais la teen lit (pour les adolescentes), la granny lit (pour les grands-mères), mais aussi l’improbable Christian chick lit (pour les « poulettes chrétiennes »), la yummy mummy lit (pour les mères de compétition), la slummy mummy lit (pour les mères débordées) et la dummy mummy lit (pour les mères « nulles ») – ces trois derniers types étant respectivement incarnés dans la série Desperate Housewives par les personnages de Bree Van De Kamp, Lynette Scavo et Susan Mayer.
La mum lit met en scène, sur le mode humoristique, des femmes aux prises avec le « triple idéal féminin de la mère parfaite, de l’épouse épanouie et de la travailleuse accomplie ». Mais, note Nathalie Morello à la suite d’autres critiques féministes, « si l’autodérision permet d’évacuer momentanément culpabilité, frustration et anxiété, si elle signale même une certaine distance par rapport aux normes établies, elle risque aussi de déplacer la critique de ce qu’Adrienne Rich a appelé l’institution de la maternité vers les faiblesses individuelles de ces mères » : là aussi, donc, individualisation et dépolitisation.
Nathalie Morello se penche sur les quelques déclinaisons françaises à succès du genre, comme Les tribulations d’une jeune divorcée, d’Agnès Abécassis, et Et toi, tu vis toute seule ? d’Anne de Bartillat [2]. Propos lénifiants sur la prépondérance du rôle maternel et le bonheur d’être « une vraie maman » – une dimension absente de la mum lit anglo-saxonne –, clichés visant les deux sexes, pointes de franche misogynie à travers des considérations haineuses à l’égard de certaines catégories de femmes (les propriétaires de portables, les femmes sans enfants), reproduction du modèle sentimental traditionnel, dénouement ultraconventionnel… Le tableau est plutôt accablant.
Morello explique ces spécificités françaises par le fait qu’en France, « les représentations idéalisées autour de l’être-femme sont profondément ancrées dans la conscience collective ». « C’est davantage une caractéristique de la mentalité française, note-t-elle, de valoriser la quête d’un idéal féminin-maternel, tandis que l’esprit anglo-saxon a une propension à rire des facéties de celle qui tente en vain de s’y conformer, dans un contexte culturel où la notion de genre comme rôle ou performance est également plus répandue. » D’après elle, c’est d’ailleurs ce qui explique que la mum lit, comme la chick lit, ne « prenne » pas vraiment en France : les auteures françaises sont mal équipées pour faire honneur au genre. En outre, le paysage littéraire en France reste fortement clivé entre la « grande » littérature et la production bas de gamme, alors qu’en Grande-Bretagne, « les questions de fond ayant rapport à la race, la classe, le genre trouvent traditionnellement à s’exprimer dans la culture populaire, y compris dans la fiction écrite ».
Il reste que la mum lit à la française donne à voir en pagaille les symptômes de la renaturalisation des rôles sexuels que l’on a laissée s’opérer au cours des dernières décennies. Dans un contexte où le marché du travail menace de ne plus assurer son rôle valorisant et émancipateur – au moins économiquement –, l’assignation des femmes à une maternité perçue comme leur vocation naturelle, ajoutée à une tyrannie de l’apparence qui ne fait qu’habiller de chic et de glamour les contraintes les plus aliénantes et les plus éculées, ouvre la porte à toutes les régressions. Tout change, certes… Mais il s’en faut de si peu pour que, en fin de compte, rien ne change.
Nouvelles questions féministes, revue internationale francophone, Vol. 28, n° 1/2009, éditions Antipodes (Lausanne).
Notes
[1] Signée Valérie Cossy, Fabienne Malbois, Lorena Parini et Silvia Ricci Lempen.
[2] S’y ajoute une analyse d’un roman qui n’appartient pas à cette catégorie, mais qui traite tout de même de la solitude d’une mère élevant seule ses enfants : Sans moi, de Marie Desplechin, dont Nathalie Morello pointe les qualités et les limites.
janvier 04, 2009
La nouvelle administration US : Obama choisit ceux qui ont échoué

- Barack Obama présente son équipe économique. De gauche à droite : Timothy Geithner, Christina Romer, Barack Obama, Lawrence Summers, Melody Barnes, Robert Rubin.
Certains s’attendaient à ce que Barack Obama, nouveau président des États-Unis, nomme une équipe économique profondément renouvelée afin de mettre en œuvre un New Deal. Obama allait changer le capitalisme, à défaut de l’abolir, et procéder à une nouvelle vague de régulation de l’économie. Mais en fait, Obama a choisi les plus conservateurs parmi les conseillers démocrates, ceux-là mêmes qui ont organisé la déréglementation forcenée quand Bill Clinton était président à la fin des années 1990. La cohérence de son choix, à travers trois noms emblématiques, est révélatrice.
Premier en piste, Robert Rubin est secrétaire au Trésor entre 1995 et 1999. Dès son arrivée, il est confronté à la crise financière au Mexique, premier grand échec du modèle néolibéral dans les années 1990. Par la suite, il impose avec le FMI un traitement de choc qui aggrave les crises survenues en Asie du Sud-Est en 1997-98, puis en Russie et en Amérique latine en 1999. Rubin ne doute toujours pas des bienfaits de la libéralisation et il contribue résolument à imposer aux populations des pays émergents des politiques qui dégradent leurs conditions de vie et augmentent les inégalités. Aux États-Unis, il pèse de tout son poids pour obtenir l’abrogation du Glass Steagall Act, ou Banking Act, en place depuis 1933, qui a notamment déclaré incompatibles les métiers de banque de dépôt et de banque d’investissement. La porte est alors grande ouverte pour toutes sortes d’excès de la part de financiers avides de profits maximums, rendant possible la crise internationale actuelle. Pour boucler la boucle, cette abrogation du Banking Act permet la fusion de Citicorp avec Travelers Group pour former le géant bancaire Citigroup. Par la suite, Robert Rubin devient l’un des principaux responsables de Citigroup… que le gouvernement des États-Unis vient de sauver dans l’urgence en novembre 2008 en garantissant pour plus de 300 milliards de dollars d’actifs ! Malgré cela, Rubin est l’un des principaux conseillers de Barack Obama.
Deuxième personnalité en scène, Lawrence Summers hérite pour sa part du poste de directeur du Conseil économique national de la Maison-Blanche. Son parcours comporte pourtant un certain nombre de taches qui auraient dû être indélébiles… En décembre 1991, alors économiste en chef de la Banque mondiale, Summers ose écrire dans une note interne : « Les pays sous-peuplés d’Afrique sont largement sous-pollués. La qualité de l’air y est d’un niveau inutilement élevé par rapport à Los Angeles ou Mexico. Il faut encourager une migration plus importante des industries polluantes vers les pays moins avancés. Une certaine dose de pollution devrait exister dans les pays où les salaires sont les plus bas. Je pense que la logique économique qui veut que des masses de déchets toxiques soient déversées là où les salaires sont les plus faibles est imparable. [...] L’inquiétude [à propos des agents toxiques] sera de toute évidence beaucoup plus élevée dans un pays où les gens vivent assez longtemps pour attraper le cancer que dans un pays où la mortalité infantile est de 200 pour 1 000 à cinq ans » [1]. Il ajoute même, toujours en 1991 : « Il n’y a pas de [...] limites à la capacité d’absorption de la planète susceptibles de nous bloquer dans un avenir prévisible. Le risque d’une apocalypse due au réchauffement du climat ou à toute autre cause est inexistant. L’idée que le monde court à sa perte est profondément fausse. L’idée que nous devrions imposer des limites à la croissance à cause de limites naturelles est une erreur profonde ; c’est en outre une idée dont le coût social serait stupéfiant si jamais elle était appliquée » [2]. Avec Summers aux commandes, le capitalisme productiviste a un bel avenir.
Devenu secrétaire au Trésor sous Clinton en 1999, il fait pression sur le président de la Banque mondiale, James Wolfensohn, pour que celui-ci se débarrasse de Joseph Stiglitz qui lui a succédé au poste d’économiste en chef et qui est très critique sur les orientations néolibérales que Summers et Rubin mettent en œuvre aux quatre coins de la planète où s’allument des incendies financiers. Après l’arrivée de George W. Bush, il poursuit sa carrière en devenant président de l’université de Harvard en 2001, mais se signale particulièrement en février 2005 en se mettant à dos toute la communauté universitaire après une discussion au Bureau national de la recherche économique (NBER) [3]. Interrogé sur les raisons pour lesquelles on retrouve peu de femmes à un poste élevé dans le domaine scientifique, il affirme que celles-ci sont intrinsèquement moins douées que les hommes pour les sciences, en écartant comme explications possibles l’origine sociale et familiale ou une volonté de discrimination. Cela provoque une grande polémique [4] tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de l’université. Malgré ses excuses, les protestations d’une majorité de professeurs et d’étudiants de Harvard l’obligent à démissionner en 2006.
Si sa responsabilité dans la situation actuelle n’est pas encore avérée, sa biographie consultable sur le site de l’université de Harvard au moment de sa présidence affirme qu’il a « dirigé l’effort de mise en œuvre de la plus importante déréglementation financière de ces 60 dernières années ». On ne saurait être plus clair !

- « The Economist », l’hebdomadaire des spéculateurs de la City, appelait à voter Obama.
Troisième personnalité choisie par Obama, Timothy Geithner vient d’être nommé secrétaire au Trésor. Actuellement président de la Banque centrale de New York, il a été sous-secrétaire au Trésor chargé des Affaires internationales entre 1998 et 2001, adjoint successivement de Rubin et de Summers, et actif notamment au Brésil, au Mexique, en Indonésie, en Corée du Sud et en Thaïlande, autant de symboles des ravages de l’ultralibéralisme qui ont connu de graves crises durant cette période. Les mesures préconisées par ce trio infernal ont fait payer le coût de la crise aux populations de ces pays. Rubin et Summers sont les mentors de Geithner. Aujourd’hui, l’élève rejoint ses maîtres. Nul doute qu’il va continuer à défendre les grandes institutions financières privées, sourd aux droits humains fondamentaux, bafoués aux États-Unis comme ailleurs suite aux politiques économiques qu’il défend avec véhémence.
Prétendre re-réguler une économie mondiale déboussolée en donnant les leviers de décision à ceux qui l’ont dérégulée aux forceps revient à vouloir éteindre un incendie en faisant appel à des pyromanes.
| Éric Toussaint Éric Toussaint est président du CADTM Belgique (Comité pour l’Annulation de la Dette du Tiers Monde). Dernier livre publié : Banque du Sud et nouvelle crise internationale, CADTM/Syllepse, 2008. Les articles de cet auteur Damien Millet Damien Millet est secrétaire général du CADTM France (Comité pour l’Annulation de la Dette du Tiers Monde). Dernier livre publié : Dette odieuse (avec Frédédric Chauvreau), CADTM/Syllepse, 2006. . Les articles de cet auteur |
[1] Des extraits ont été publiés par The Economist (8 février 1992) ainsi que par The Financial Times (10 février 1992) sous le titre « Préservez la planète des économistes ».
[2] Lawrence Summers, à l’occasion de l’Assemblée annuelle de la Banque mondiale et du FMI à Bangkok en 1991, interview avec Kirsten Garrett, Background Briefing, Australian Broadcasting Company, second programme.
[3] Financial Times, 26-27 février 2005.
[4] La polémique a été également alimentée par la désapprobation de l’attaque lancée par Summers contre Cornel West, un universitaire noir et progressiste, professeur de Religion et d’études afro-américaines à l’université de Princeton. Summers, sioniste notoire, dénonça West comme antisémite parce que celui-ci soutenait l’action des étudiants qui exigeaient un boycott d’Israël tant que son gouvernement ne respecterait pas les droits des Palestiniens. Voir Financial Times du 26-27 février 2005. Aujourd’hui, Cornel West, qui a soutenu Obama avec enthousiasme, s’étonne que celui-ci veuille s’entourer de Summers et de Rubin.
AFP : un nouveau mandat sur fond d’inquiétudes
Il est parfois des coquilles révélatrices : ce vendredi 12 décembre, un conseil d’administration de l’Agence France Presse se réunit pour « désigner le Pdg de l’Agence, lors d’un vote qui devrait conduire à la réélection de Pierre Louette pour un deuxième mandat de trois ans, selon des sources concordantes », nous apprend une dépêche de l’AFP, datée du 11 décembre. Une première dépêche ô combien révélatrice d’aspirations inconscientes était par erreur titrée, quelques minutes plus tôt : « La réélection de Pierre Louette au menu du CE de l’AFP vendredi ». En réalité, comme s’empresse de le corriger la vénérable agence, ce n’est bien sûr par le comité d’entreprise qui décide de la nomination de son président mais le « CA ». Entendez le conseil d’administration de l’AFP composé de représentants de la presse, de l’audiovisuel public et de l’Etat, lequel assure 40 % des ressources de l’Agence. Aucune chance donc de laisser aux personnels le droit de décider de leur avenir. Aucune chance pour que le seul autre candidat déclaré à la présidence, le journaliste Pierre Brosselin, ne fasse rien d’autre que de la figuration.
Un président proche du pouvoir
Car Pierre Louette, à 45 ans, est pratiquement certain de se succéder à lui-même. Cet énarque passé par France Télévisions, Havas Advertising et LVMH a en effet le soutien du gouvernement. Fin octobre, les représentants de l’Etat lui ont donné mandat pour remettre ses propositions en vue d’une modernisation du « statut » de l’AFP… avant la fin du premier trimestre 2009. Un statut, issu d’une loi datant de 1957, qui stipule que l’AFP ne peut « en aucune circonstance tenir compte d’influences ou de considérations de nature à compromettre l’exactitude ou l’objectivité de l’information » et qu’elle ne doit « en aucune circonstance, passer sous le contrôle de droit ou de fait d’un groupement idéologique, politique ou économique » [1].
La loi précise que l’Agence est une société soumise au droit commercial mais avec une gouvernance dérogatoire au droit commun des sociétés, destiné à assurer son indépendance. Elle n’a donc ni capital ni actionnaires et, comme tel, aucune légitimité à faire entrer un groupe extérieur dans sa structure de contrôle. C’est précisément ce que Pierre Louette va recevoir instruction de modifier dans « une lettre de mission du gouvernement », remise ce vendredi 12 décembre et ayant pour but de réformer le statut de l’AFP.
Une telle réforme n’est en rien nécessaire au développement de l’AFP qui, au cours de ces dernières années, a pu se développer dans le multimédia et même consolider ses comptes avec un bénéfice net annoncé de 3 millions d’euros en 2008. Mais Nicolas Sarkozy en a décidé autrement. Il a convaincu Pierre Louette, qu’il avait déjà pu côtoyer au cabinet d’Edouard Balladur entre 1993 et 1995 lorsqu’il était ministre du budget et porte-parole du gouvernement, de faire entrer des « actionnaires stables » dans un capital « libéré en actions ». En d’autres termes, il s’agit de faire sienne la préconisation de Danièle Giazzi secrétaire national de l’UMP, qui, dans un rapport très flatteur façon « Le corbeau et le renard » avait suggéré que l’Agence « ouvre son capital si nécessaire » et se transforme en société anonyme. En d’autres termes, qu’elle s’oriente sur la voie de la privatisation.
Une agence trop influente pour Sarkozy
Le chef de l’Etat a un problème personnel avec l’AFP. Il n’a pas supporté quand il était ministre de l’intérieur qu’elle évoque un jour d’octobre 2005, alors que son épouse d’alors s’était envolée à New York avec son amant, une relation intime qu’il avait avec une journaliste politique du Figaro. L’Agence entre alors dans le collimateur du ministre-candidat pour ne pas avoir su protéger sa vie privée à laquelle, « ni plus qu’un autre ni moins qu’un autre », il a droit. L’AFP se défend officieusement en expliquant que des photos circulaient dans toutes les rédactions, que de nombreux titres de presse avaient déjà repris l’information et que la nouvelle circulait en boucle sur Internet. « A l’heure de l’instantanéité, on ne peut pas être les derniers à parler d’une vérité que plus personne n’ignore… », explique un journaliste de l’Agence. Néanmoins, pour Sarkozy, l’AFP a franchi la ligne jaune que ne doit jamais oublier ce grossiste en informations pour médias dominants : elle a fait entrer une histoire non homologuée par le pouvoir dans la sphère du discours légitime.
En 2008, l’heure de la revanche a sonné. Le mandat du président Louette arrive à échéance et l’Agence a besoin de 20 millions d’euros pour sa modernisation informatique. De plus, si elle veut être assurée d’une revalorisation des crédits accordés par l’Etat en abonnements, elle a besoin de signer son contrat d’objectifs et de moyens pour les années 2009-2012. C’est le moment d’agir. Comme à son habitude, Sarkozy fait alors monter au créneau son « porte-flingue » favori : le lobbyiste Frédéric Lefebvre, député des Hauts-de-Seine et porte-parole de l’UMP. Au printemps dernier, celui-ci saisit le prétexte de la non reprise par l’AFP d’un communiqué de l’UMP pour l’accuser de partialité. En réalité, il s’agit de faire pression sur les 1200 journalistes alors que l’influence de l’AFP s’est trouvée considérablement renforcée par la reprise systématique de ses dépêches sur les grands sites et portails internet. En mai, l’intersyndicale de l’Agence appelle les salariés à se réunir devant le siège, place de la Bourse, à Paris, pour protester contre « les attaques répétés contre l’AFP ». La tension est entretenue jusqu’au rapport Giazzi qui semble refléter la position de la majorité sur la troisième agence de presse mondiale.
Le très pacifiant Pierre Louette
C’est alors que Pierre Louette entre en scène. En septembre, il fait passer le message qu’il a vu Frédéric Lefebvre et qu’il a obtenu de lui qu’il cesse ses coups de boutoirs contre l’Agence. Aux yeux des personnels, il gagne ses galons de communiquant chevronné qui a su gérer avec élégance une crise ouverte avec le parti majoritaire (comme il y eut crise avec Ségolène Royal, à propos de l’annonce de sa séparation avec François Hollande). Mais une question demeure : de quelle mission Pierre Louette est-il aujourd’hui porteur pour obtenir ainsi un renouvellement de son mandat ? S’agit-il de préparer une privatisation rampante comme le craint l’intersyndicale de l’AFP qui appelle à signer une pétition pour défendre l’institution ? [2]
On peut d’autant plus le penser que Pierre Louette engage l’Agence sur le terrain d’une diversification tous azimuts qui va de la vidéo au téléphone mobile en passant par les questionnaires ludiques et les gadgets autour de l’information fournis par une filiale américaine (Newzwag). De même, il vient de signer un accord exclusif avec l’agence privée Relaxnews pour créer « le premier fil mondial d’informations loisirs ». Quel contrôle éditorial conservera l’Agence dans ce nouveau service où il s’agira autant de « donner l’actualité des produits » du luxe ou de la mode que de tenir l’agenda des événements de l’industrie culturelle ? Faudra-t-il s’étonner si, dans quelques mois, ou quelques années, Pierre Louette annonce la nécessité de s’adosser à un grand nom de la technologie, de la communication ou des médias pour mieux développer un savoir-faire multimédia composite ?
vendredi 12 décembre 2008, par Marie Bénilde
Notes
[1] Lire « L’AFP complètement à Louette », Bakchich.info.
janvier 03, 2009
« Perte toxique » derrière la piraterie somalienne
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| Par Najad Abdullahi
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Les pirates somaliens ont accusé les sociétés européennes de mettre à la décharge la perte toxique outre de la côte somalienne et exigent une rançon de $8m pour le retour d'un bateau ukrainien qu'ils ont capturé, dire l'argent ira vers nettoyer la perte. La demande de rançon est des moyens de la « réaction à la perte toxique qui a été continuellement vidée sur les rivages de notre pays pendant presque 20 années », Januna Ali Jama, un porte-parole pour les pirates, basé dans la région semi-autonome de Puntland, a dit. « Le littoral somalien a été détruit, et nous croyons que cet argent n'est rien comparé à la dévastation que nous avons vue sur les mers. » Les pirates tiennent le système mv Faina, les réservoirs de transport d'un bateau ukrainien et le matériel militaire, outre de la côte nordique de la Somalie. Selon le bureau maritime international, 61 attaques par des pirates ont été rapportées puisque le début de l'année. Tandis que l'argent est le premier objectif des hijackings, des réclamations de la destruction environnementale continue outre de la côte de la Somalie ont été en grande partie ignorées par les autorités maritimes des régions. Dumping des allégations Ahmedou Ould-Abdallah, le délégué de l'ONU pour la Somalie confirmé à Al Jazeera le corps du monde a « l'information fiable » que les compagnies européennes et asiatiques vident la perte toxique, y compris la perte nucléaire, outre du littoral somalien. « Je dois soumettre à une contrainte cependant, ce gouvernement de non a approuvé cet acte, et ce seuls temporaires d'entreprises privées anonymes et d'individus sont responsables, » il a dit
Mais l'évidence de telles pratiques est littéralement apparue sur les plages de la Somalie nordique quand le tsunami de 2004 a frappé le pays. Le programme des Nations Unies pour l'environnement (PNUE) a rapporté que le tsunami avait lavé vers le haut des récipients de rouillement de perte toxique sur les rivages de Puntland. Nick Nuttall, un porte-parole de PNUE, dit Al Jazeera que quand les barils étaient ouverts heurté par la force des vagues, les récipients ont exposé « une activité effrayante » qui avait continué pour plus que la décennie. La « Somalie a été employée comme dépotoir pour des déchets dangereux commençant au début des années 90, et continuant par la guerre civile là, » il a dit. « Les compagnies européennes l'ont trouvée pour être très bon marché pour se débarasser de la perte, calcul des coûts aussi peu que $2.50 par tonne, où les coûts d'évacuation des déchets en Europe sont quelque chose comme $1000 une tonne. « Et la perte est beaucoup de différentes sortes. Il y a les déchets radioactifs en uranium. Il y a plomb, et métaux lourds comme le cadmium et le mercure. Il y a également perte industrielle, et il y a des pertes d'hôpital, pertes de produit chimique - vous nom il. » Nuttall a également indiqué que depuis que les récipients sont venus à terre, les centaines de résidants sont tombées malades, souffrant de la bouche et le saignement abdominal, les infections de peau et d'autres maux. « Nous [le PNUE] avions prévu de faire une évaluation scientifique appropriée et détaillée sur l'importance du problème. Mais en raison des niveaux élevés de l'insécurité onshore et outre de la côte somalienne, nous ne pouvons pas effectuer une évaluation précise de l'ampleur du problème, » il a dit. Cependant, Ould-Abdallah réclame la pratique continue toujours. « Ce qui est le plus alarmant ici est que la perte nucléaire est mise à la décharge. La perte radioactive d'uranium qui tue potentiellement Somalis et détruit complètement l'océan, » il a dit. Perte toxique Ould-Abdallah a refusé d'appeler quelles compagnies sont impliquées dans le dumping de rebut, citant des raisons légales. Mais il a dit le carburant d'aides de pratique la guerre civile de 18 ans en Somalie comme les compagnies payent les ministres du gouvernement somaliens pour mettre à la décharge leur perte, ou a fixé des permis et des contrats. « Il n'y a aucun contrôle du gouvernement… et il y a peu de personnes avec la base morale élevée… [et] oui, les gens en positions élevées sont épongés, mais en raison de la fragilité du TFG [gouvernement fédéral transitoire], certaines de ces compagnies ne demandent maintenant plus les autorités - elles mettent à la décharge simplement leur perte et partent. » Ould-Abdallah a indiqué qu'il y a des questions morales à considérer parce que les compagnies sont en pourparlers des contrats avec un gouvernement qui est en grande partie divisé le long des lignes tribales. « Comment pouvez vous être en pourparlers ces rapport d'affaires avec un pays à la guerre et avec un gouvernement luttant pour rester approprié ? » En 1992, un contrat pour fixer le dumping de la perte toxique a été fait par Swiss et les associés et le Progresso d'Achair de sociétés d'expédition d'Italien, avec Nur Elmi Osman, un ex-fonctionnaire ont nommé au gouvernement d'Ali Mahdi Mohamed, un de beaucoup de chefs de milice impliqués dans évincer du barre de Mohamed Siad, l'ancien président de la Somalie. Sur demande des gouvernements suisses et italien, le PNUE a examiné la question. Les deux sociétés avaient nié conclure n'importe quel accord avec des chefs de milice au début de la guerre civile somalienne. Osman également nié signant tout contrat. « Participation de Mafia » Cependant, Mustafa Tolba, ancien directeur exécutif de PNUE, dit Al Jazeera qu'il a découvert les sociétés ont été installés en tant que compagnies factices par de plus grandes sociétés industrielles pour avoir des déchets dangereux. « Alors, lui senti comme nous avions affaire avec la Mafia, ou une certaine sorte de groupe de crime organisé, fonctionnant probablement avec ces sociétés industrielles, » il a dit.
La Mafia d'Italien commande des 30 pour cent environ de compagnies de l'évacuation des déchets de l'Italie, y compris ceux qui traitent la perte toxique. En 1998, Famiglia Cristiana, un magasin hebdomadaire italien, réclamé que bien que la majeure partie du gaspiller-dumping ait eu lieu après que le début de la guerre civile en 1991, l'activité ait commencé réellement dès 1989 sous le gouvernement de barre. Au delà de la question morale de l'essai de fixer un accord de déchets dangereux dans un pays instable aimez la Somalie, la tentative alléguée par Swiss et les sociétés d'Italien pour vider la perte en Somalie violeraient les traités internationaux auxquels les deux pays sont des signataires. Ramifications légales La Suisse et l'Italie ont signé et ont ratifié la convention de Bâle sur la commande des mouvements transfrontaliers des déchets dangereux et de leur disposition, qui sont entrés en vigueur en 1992. Les Etats membres d'UE, comme 168 autres pays ont également signé l'accord. La convention interdit le commerce de rebut entre les pays qui ont signé la convention, aussi bien que les pays qui n'ont pas signé l'Accord à moins qu'un accord bilatéral ait été négocié. Il est interdit également l'expédition des déchets dangereux à une zone de guerre. Abdi Ismail Samatar, professeur de géographie à l'université du Minnesota, a indiqué Al Jazeera que parce qu'une coalition internationale des vaisseaux de guerre a été déployée au Golfe d'Aden, on doit avoir observé le dumping allégué de la perte. Dommage causé à l'environnement « Si ces actes continuent, puis sûrement ils doivent avoir été vus par quelqu'un impliqué dans des opérations maritimes, » il a dit. « La cargaison visée est-elle une certaine destination plus importante que des activités illégales de surveillance dans la région ? La piraterie n'est pas le seul problème pour la Somalie, et je pense qu'elle est irresponsable de la part des autorités pour donner sur cette issue. » Mohamed Gure, Président du groupe de souci de la Somalie, a dit que les conséquences sociales et sur l'environnement seront senties pendant des décennies. « Le littoral somalien employé pour soutenir des centaines de milliers de personnes, comme source de nourriture et de vies. Une grande partie est maintenant presque détruite, principalement aux mains de ces soi-disant ministres qui ont vendu leur nation pour remplir leurs propres poches. » Ould-Abdallah a indiqué que la piraterie n'empêchera pas le dumping de rebut. « Les intentions de ces pirates ne sont pas concernées par protéger leur environnement, » il a dit. « Ce qui est finalement nécessaire est un fonctionnement, le gouvernement efficace qui obtiendra son acte ensemble et prendra la commande de ses affaires. » | ||||
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Le grand mensonge des « guerres propres »
De la réalité des armes à l’uranium appauvri
Par Robert James Parsons
« Le souci immédiat pour les professionnels de la médecine, pour les représentants des organisations d’entraide humanitaire et pour les employeurs d’expatriés sur le terrain reste la menace d’une vaste contamination par l’uranium appauvri en Afghanistan. » C’est ce qu’on lit dans les conclusions du rapport, long de quelque 130 pages, de M. Dai Williams, chercheur indépendant et psychologue britannique spécialiste des conditions de travail. Intitulé Mystery Metal Nightmare in Afghanistan ? - « Cauchemar de métal mystérieux en Afghanistan ? » (1) -, ce texte est le fruit de plus d’un an de travail acharné sur la question de l’uranium appauvri (UA) et les effets de son utilisation sur les êtres humains qui en subissent les conséquences.
S’appuyant sur des sites Internet d’associations et spécialisés (2) ainsi que sur ceux des fabricants d’armes, M. Williams a pu déceler des informations précieuses, les découper inlassablement et les comparer avec les armes dont l’utilisation pendant la guerre a été signalée, voire vantée, par le Pentagone. Il en ressort une vision de la guerre - tant celle d’Afghanistan que les prochaines - qui surprend et effraie à la fois.
Depuis 1997, les Etats-Unis retravaillent et « améliorent » leur arsenal de missiles et de bombes guidées et « intelligentes ». Si des prototypes de ces armes ont été testés dans les montagnes du Kosovo en 1999, un contingent bien plus important a fait ses preuves en Afghanistan. Or l’« amélioration » en question repose sur le remplacement d’une ogive conventionnelle par une ogive en « métal lourd dense » (3). En calculant le volume et le poids de ce métal mystérieux, on arrive à deux conclusions possibles : il s’agit soit de tungstène, soit d’uranium appauvri.
Le tungstène, cependant, pose des problèmes. Son point de fusion élevé (3 422 °C) le rend très difficile à travailler ; il coûte cher ; il est produit surtout par la Chine ; et il ne brûle pas.
Pyrophore, l’UA, lui, brûle en impact ou si l’on y met le feu. Avec un point de fusion de 1 132 °C, il est bien plus facile à travailler. Déchet nucléaire, il est fourni gratuitement aux fabricants d’armements. De surcroît, le fait qu’on puisse l’utiliser dans toute une panoplie d’armes permet de réduire sensiblement le problème de la conservation des déchets nucléaires.
Ce genre d’arme peut pénétrer, en quelques secondes, des dizaines de mètres de béton armé ou de rocher. Munie d’un détonateur réglé par un ordinateur qui mesure la densité du matériel pénétré, l’ogive en UA devenue charge explosive est déclenchée à une profondeur préétablie ou une fois qu’elle arrive au « vide ». Tout ce qui se trouve dans ce « vide » est réduit, en quelques secondes, à l’état de fine poudre noire par la combustion de l’UA. Mais celui-ci, du même coup, se transforme en une poudre d’oxyde d’uranium. Si 30 % seulement de l’UA d’un « pénétrateur » de 30 millimètres sont oxydés, celui d’un missile peut, lui, s’oxyder à 100 %. Et la plupart des poussières ainsi produites mesurent moins de 1,5 micron : elles sont donc respirables.
Pour une petite poignée de chercheurs dans ce domaine, la controverse suscitée par l’utilisation d’armes à l’UA pendant la guerre de Kosovo s’était égarée. Au lieu de se demander quelles armes auraient été utilisées sur la majorité des cibles (souterraines en montagne) admises par l’OTAN, elle s’est focalisée sur la question des pénétrateurs antichars de 30 mm admis par l’OTAN, mais sans effet contre les installations souterraines durcies/renforcées.
Mais tant que le débat se limitait à ces pénétrateurs antichars, on parlait d’engins dont même les plus lourds (de 120 mm) ne dépassent pas les cinq kilos. Or les charges explosives en UA des systèmes de bombes guidées utilisées en Afghanistan vont jusqu’à une tonne et demie d’UA dans le cas du bunker buster (GBU-28) fabriqué par Raytheon (4).
A Genève, où se concentrent les organisations d’entraide humanitaire actives en Afghanistan, le rapport de M. Dai Williams a suscité des réactions très diverses. Si les porte-parole du Haut-Commissariat des Nations unies (HCR) pour les réfugiés et de l’Office pour la coordination des affaires humanitaires se sont donné la peine de le diffuser, les principaux dirigeants n’ont pas semblé inquiets. Seuls Médecins sans frontières et le Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE) craignent, à terme, une catastrophe sanitaire et environnementale.
Contamination durable
Le PNUE et l’Organisation mondiale de la santé (OMS) ont publié, respectivement en mars et en avril 2001, des rapports importants. Ceux-ci sont abondamment cités par les tenants du caractère inoffensif de l’UA, à commencer par le Pentagone, qui soulignent que les deux organisations sont indépendantes et neutres. Pourtant, l’étude du PNUE est au mieux boiteuse, et celle de l’OMS carrément peu fiable.
La visite au Kosovo à partir de laquelle le PNUE a élaboré son analyse s’organisa sur la base de cartes fournies par l’OTAN, dont des troupes accompagnaient les chercheurs afin de les protéger des munitions non explosées, y compris les sous-munitions des bombes à fragmentation. Spelon toute probabilité, celles-ci étaient - a découvert M. Williams - porteuses de charges creuses à l’UA. Ces troupes auraient donc fini par empêcher toute rencontre de l’équipe avec ces sous-munitions et ont ainsi empêché celle-ci d’en découvrir l’existence.
D’autant - on le sait maintenant - que, pendant les seize mois qui précédèrent la visite du PNUE, le Pentagone envoya sur le terrain au moins dix équipes de contrôle et fit des efforts considérables de nettoyage (5). Sur les 8 112 « pénétrateurs » antichars tirés sur les sites visités, le PNUE n’en a récupéré que 11, malgré un taux de non-explosion plutôt élevé. Et la quantité de poussières repérées directement sur les points censés avoir été touchés par ces armes, dix-huit à vingt mois après leur utilisation, fut bien faible.
Quant à l’OMS, elle n’entreprit aucune étude épidémiologique digne de ce nom, mais une simple étude académique. Cédant aux pressions de l’Agence internationale pour l’énergie atomique, elle se contenta de recherches sur l’UA comme métal lourd contaminant chimiquement. Avertie, en janvier 2001, de la publication imminente d’un article de fond mettant en cause l’inaction de l’OMS (6), celle-ci tint une conférence de presse pour annoncer la création d’un fonds de deux millions de dollars - et, à terme, vingt millions - pour la recherche sur l’UA. Selon le docteur Michael Repacholi, le rapport à ce sujet, en chantier depuis le mois d’août 1999 et confié au géologue britannique Barry Smith, devait être étendu à la question de la contamination radioactive. Les études préalables, expliqua-t-il, comporteraient des analyses d’urine de personnes exposés à l’UA, menées de manière à établir le niveau d’exposition.
Mais la « monographie » en question, rendue publique une dizaine de semaines plus tard, n’était qu’un survol d’une sélection de la littérature existante. Sur les centaines de milliers de monographies publiées depuis la fin de la guerre de 1939-1945 qui auraient dû être épluchées, le rapport ne retenait - à quelques exceptions près - que celles consacrées à la contamination chimique. La poignée d’articles consultés consacrés à la contamination radioactive émanaient soit du Pentagone, soit de la Rand Corporation, boîte à idées du Pentagone. On ne s’étonnera pas, dans ces conditions, que ce texte n’ait inquiété personne.
Enfin, les recommandations des deux rapports relevaient du bon sens et ne déviaient guère des conseils déjà exprimés par l’OMS - et répétés continuellement par les organisations humanitaires actives sur le terrain - depuis la fin de la guerre. Il s’agissait par exemple du marquage des sites connus, du ramassage des pénétrateurs dans la mesure du possible, d’une attention particulière vouée aux enfants pour les empêcher de s’approcher des sites contaminés, d’une surveillance éventuelle de l’eau de certains puits, etc.
L’essentiel du problème se résume en deux points-clés :
la radiation émise par l’UA menace le corps parce que, une fois les poussières inhalées, elle est de source interne. Or les normes de protection internationale contre la radiation - sur lesquelles les « experts » se fondent pour affirmer que l’UA est inoffensif - ne traitent que de la radiation de source externe ;
la question de l’« uranium sale », que le rapport du PNUE a le mérite d’avoir soulevée. L’uranium des centrales nucléaires retraité pour utilisation comme munition contient en effet toutes sortes d’éléments hautement toxiques, par exemple le plutonium, dont 1,6 kg suffirait à tuer huit milliards de personnes. Plutôt que d’uranium appauvri, il serait plus juste de parler d’« uranium plus ».
Dans un documentaire diffusé par Canal+ en janvier 2001 (7), une équipe de chercheurs français présente le résultat d’une enquête auprès de l’usine de retraitement de Paducah, dans le Kentucky. Selon l’avocat des quelque 100 000 plaignants, actuels et anciens ouvriers, tous contaminés du fait du non-respect flagrant des normes de sécurité élémentaires, l’usine entière est irrévocablement contaminée ainsi que toute sa production. D’après les enquêteurs, c’est précisément de cette installation que semble provenir l’UA des missiles largués sur la Yougoslavie, l’Afghanistan et l’Irak (8).
Ces armes représentent beaucoup plus qu’un nouvel instrument des guerres modernes. Le programme de réarmement américain, lancé par le président Ronald Reagan, reposait sur la conviction que le vainqueur des nouveaux conflits serait celui qui détruirait le plus efficacement les centres de commande et de communication de l’ennemi. Or ceux-ci se trouvent presque toujours enterrés dans des bunkers renforcés.
Certes, un bombardement nucléaire pourrait avoir raison du béton armé, mais il produirait des radiations que même le Pentagone reconnaît comme effrayantes, sans compter un champignon redoutable pour les relations publiques, dans un monde de plus en plus sensible aux dangers de la guerre nucléaire. A l’inverse, le recours à une ogive à l’UA paraît propre : elle ne déclenche qu’un incendie peu comparable aux suites d’une explosion nucléaire, mais d’une puissance destructrice tout aussi forte.
Les informations recueillies par M. Dai Williams indiquent qu’après des tests sur ordinateur en 1987 (9), les Etats-Unis ont effectué leurs premiers essais grandeur nature contre Bagdad en 1991. Puis la guerre au Kosovo leur a donné la possibilité d’expérimenter, sur des cibles d’une dureté impressionnante, les prototypes des armes à l’UA et même certaines déjà en production. L’Afghanistan permettra à la fois une amplification et une prolongation de ces essais.
Mais, même au Pentagone, tout n’est pas clair. M. Dai Williams cite plusieurs articles parus dans la presse début décembre (10), qui évoquent des équipes NBC (nucléaire-biologique-chimique) déployées sur le terrain pour contrôler toute contamination éventuelle. Celle-ci, selon les Etats-Unis, serait imputable aux talibans, mais, dès octobre 2001, des médecins afghans, évoquant des morts rapides apparemment dues à des troubles internes, accusaient la coalition d’utiliser des armes chimiques et radioactives. Les symptômes cités (hémorragies, constrictions respiratoires, vomissements) pourraient résulter d’une contamination radioactive.
Le 5 décembre 2001, quand une bombe touche malencontreusement des soldats de la coalition, les représentants des médias sont tous immédiatement enlevés et enfermés dans un hangar. Selon le Pentagone, il s’agissait d’une GBU-31, armée d’une ogive BLU-109. Dans le documentaire de Canal+, on voit un représentant d’un fabricant d’armes à une foire internationale aux armes à Dubaï, le 14 novembre 1999, après la guerre au Kosovo. Celui-ci présente l’ogive BLU-109 et décrit ses capacités de pénétration contre les cibles souterraines dures et renforcées, précisant qu’elle vient d’être testée dans une guerre...
Le 16 janvier 2002, le secrétaire américain à la défense, M. Donald Rumsfeld, avoue que les Etats-Unis ont trouvé des traces de radioactivité en Afghanistan (11). Mais ce ne sont, assure-t-il, que des ogives à l’UA, censées appartenir à Al-Qaida, sans expliquer comment celle-ci aurait pu les lancer sans avions. Sur ce point, M. Willliams confirme que, même si la coalition ne s’est pas du tout servi d’armes à l’uranium appauvri, les armes qu’aurait utilisées le groupe de M. Oussama Ben Laden représenteraient à elles seules une source importante de contamination, surtout si elles proviennent de Russie : cet UA pourrait même être plus « sale » que celui de Paducah.
Suite à ses enquêtes dans les Balkans, le PNUE a créé une unité d’évaluation après conflit, dont le directeur Henrik Slotte se déclare prêt à intervenir sur le terrain en Afghanistan dès que possible, à condition que la sécurité soit suffisante, l’accès aux sites concernés garanti et l’opération convenablement financée. L’OMS, quant à elle, s’est murée dans un mutisme total. Aux questions adressées à M. Jon Lidon, porte-parole de la directrice générale Gro Harlem Brundtland, sur l’état du fonds pour la recherche sur l’UA, l’organisation n’a pas daigné répondre.
Pourtant, des études épidémiologiques devraient commencer immédiatement, selon M. Williams, sinon les victimes des expositions extrêmes seront toutes mortes, leur décès étant attribué à la rigueur de l’hiver dans ce pays sortant de plus de deux décennies de guerres.
Dans le comté de Jefferson (Indiana), le Pentagone a fermé le champ de tir de quelque 80 hectares où il testait autrefois les obus à l’UA. Le devis le moins élevé pour le remettre en état se monte à 7,8 milliards de dollars - sans compter le stockage pour toujours d’une épaisseur de six mètres de terre et la végétation à enlever. Estimant ce prix trop élevé, l’armée a cherché d’autres solutions et finalement décidé d’offrir le terrain au service des parcs nationaux afin d’y créer une réserve naturelle, offre que celui-ci a refusée. On parle maintenant de classer l’ex-champ de tir en « zone nationale de sacrifice » et d’en interdire l’entrée pour l’éternité ! Voilà qui donne une idée de l’avenir réservé aux diverses zones de la planète où les Etats-Unis ont utilisé et utiliseront des armes à l’uranium appauvri.
Robert James Parsons.
(1) Lire l’article.(2) Les sites Internet de Janes Defense Information, de la Federation of American Scientists, du Centre for Defense Information.
(3) Voir le Hard and/or Deeply Buried Target Defeat Capability (HDBTDC) Program sur le site de la FAS.
(4) Voir les « missiles intelligents » sur le site de la FAS et la présentation du Bunker Buster sur le site de USA Today.
(5) Chronology of environmental sampling in the Balkans ; voir aussi le site du PNUE.
(6) « Loi du silence sur l’uranium appauvri », Le Monde diplomatique, février 2001.
(7) La Guerre radioactive secrète, de Martin Meissonnier, Roger Trilling, Guillaume d’Alessandro et Luc Hermann, diffusé en février 2000, actualisé et rediffusé en janvier 2001 sous le titre L’Uranium appauvri ; nous avons retrouvé l’usine contaminée, de Roger Trilling et Luc Hermann.
(8) Lire Naïma Lefkir Lafitte et Roland Lafitte, « Armes radioactives contre l’« ennemi irakien » », Le Monde diplomatique, avril 1995.
(9) The Use of Modeling and Simulation in the Planning of Attacks on Iraqi Chemical and Biological Warfare Targets
(10) Lire notamment « New Evidence is Adding to US Fears of Al-Qaida Dirty Bomb », International Herald Tribune, 5 décembre 2001 ; « Uranium Reportedly Found in Tunnel Complex », USA Today, 24 décembre 2001.
(11) U.S. Says More Weapons Sites Found in Afghanistan, Reuters, 16 janvier 2002
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Internet à l’assaut de la dernière frontière
Vint Cerf, l’un des papas d’Internet et l’un des vice-présidents de Google, dit qu’il bosse sur de nouveaux protocoles destinés à produire un réseau spatial de communications suffisamment solide sur le modèle d’Internet ici-bas.
Il y a quelques années, V. Cerf dessinait les protocoles ayant permis de vous apporter Internet. Il veut désormais aller sur la lune, pensant qu’il est temps d’avoir un vrai système de communications dans l’espace, au lieu de liaisons radio qui inhibent l’interopérabilité et qui doivent être redéfinies à chaque nouvelle mission.
Vint Cerf s’est acoquiné avec le Jet Propulsion Laboratory (JPL) de la NASA et MITRE Corporation basée à Washington DC, une organisation sans but lucratif de ressources technologiques. Leur projet commun s’appelle Interplanetary Internet.
Leur projet de développement de standards de communications, qui consiste à jeter les bases techniques d’un support dans l’espace de liaisons à large bande, sera testé à bord de l’ISS (International Space Station) l’an prochain. Si tout va bien, Vint Cerf espère que les missions spatiales pourront utiliser les protocoles dès 2010.
En réponse à une interview du magazine Technology Review du MIT, V. Cerf indique que les premiers problèmes à surmonter impliquent les délais imputés à la distance et la rotation des planètes, cause d’interruptions des lignes de communications.
Pour y parer, Vint Cerf dit que le projet est de développer un réseau DTN (disruption-tolerant networking) qui stocke l’information quand le réseau est indisponible et la transmet quand le réseau est de nouveau disponible, sur le même design que le protocole TCP/IP.
Vint Cerf précise que le protocole TCP/IP serait toujours utilisé à la surface des planètes et dans les vaisseaux, tandis que les protocoles DTN seraient réservés aux communications interplanétaires.
Les problèmes de sécurité ne sont évidemment pas absents et V. Cerf fait remarquer que de grands soins ont été apportés à la sécurité des nœuds de communication capables d’identifier les autres nœuds auxquels ils sont connectés.
“Des méthodes solides d’authentification seront employées, des méthodes de cryptographie, pour s’assurer que les intervenants sont autorisés à communiquer”, explique V. Cerf en précisant que les noeuds de communication pourront refuser de transmettre l’information en cas de non reconnaissance.
Vint Cerf espère que ce système servira un jour de base aux communications robotisées et humaines dans toute la galaxie. Enterprise, fin de transmission.
L’Inq
Technology Review
Traduction et adaptation d’un article de Sylvie Barak pour INQ.
Par : Cyril Fussy - Lundi 27 octobre 2008 à 18:56
Conflits militaires, or et crises de change
Les guerres de l’or
Conflits militaires, or et crises de change
Permettez-moi de remercier les organisateurs, Messieurs Graf et Brunner, de m’avoir invité. Avoir choisi un sujet aussi brûlant que celui de l’or les honore. Ils font ainsi preuve de courage. En effet, le mot «or» était tabou jusqu’il y a peu. Le prononçant, on risquait de passer pour un original. Ils ont pris une sage décision. Nous verrons bientôt à quel point, dès l’origine de la civilisation, l’or a joué un rôle essentiel et positif dans l’histoire de l’humanité. Je prouverai que, sans monnaie-or, il n’est que crises et guerres dans le monde. Le XXe siècle et le début du XXIe en témoignent. Je prouverai également ou affirmerai tout au moins que, sans étalon-or, le monde retombera dans un nouveau moyen-âge. Je ne sais pas quel en est la signification, mais le calendrier de l’ancien peuple des mayas se termine en 2012. D’ici là, le système financier actuel – ou plutôt le non-système – aura fini d’exister, à mon avis. Comme vous le savez, il se fonde sur un mensonge et une accumulation gigantesque de dettes, qui ne peuvent plus être honorées. Il est probable que cette montagne de dettes recouvrira tout finalement.
Toutefois, j’entends aussi vous donner de l’espoir en vous racontant qu’il y avait autrefois de meilleurs systèmes financiers qu’aujourd’hui. De plus, ma conférence est un appel. Elle vise à inciter les jeunes à s’occuper de l’or en tant que monnaie. Faites de l’archéologie monétaire. Examinez l’étalon-or. Vous seuls pouvez sauver le monde, personne ne le fera à votre place.
Situation actuelle, après la renonciation à l’étalon-or
Le premier événement est l’abandon de l’étalon-or en 1914, au début de la Première Guerre mondiale, et le deuxième est la fondation du Système fédéral de réserve des Etats-Unis en 1913. L’histoire du monde prouve qu’il y a une corrélation étroite entre ordre monétaire et guerre et paix. L’histoire économique démontre que les marchés financiers ne fonctionnent parfaitement que sous le régime de l’étalon-or.
Elle démontre aussi qu’il y a une étroite corrélation entre l’ordre monétaire et l’éthique et la morale.
Le XIXe siècle a été, fait peu connu, une période de prospérité et de croissance sans inflation. On croit parler d’un conte de fées en constatant que les principales monnaies de l’époque sont restées longtemps stables. Le franc français l’est même resté pendant 100 ans. C’était l’époque de l’étalon-or.
Fonctionnement du système de l’étalon-or
La durée de la fixation des monnaies (2) à l’étalon-or
Franc français 1814–1914 100 ans
Florin néerlandais 1816–1914 98 ans
Livre sterling 1821–1914 93 ans
Franc suisse 1850–1936 86 ans
Franc belge 1832–1914 82 ans
Couronne suédoise 1873–1931 58 ans
Mark allemand 1875–1914 39 ans
Lire 1883–1914 31 ans
Source: Pick’s Currency Yearbook 1977–1979
Tous les déficits des balances des paiements (balance des paiements: somme de toutes les transactions économiques entre un pays et l’étranger) étaient compensés par des exportations d’or. Ainsi, l’or assurait la discipline de l’économie. Il limitait les dépenses publiques. Il donnait au citoyen une monnaie qui conservait sa valeur et était reconnue sur le plan international. Si la hausse des prix dans le pays accroissait le déficit de la balance des paiements, l’or sortait automatiquement du pays, ce qui limitait sa mise à disposition de la circulation monétaire interne. Par conséquent, les prix restaient stables ou baissaient. Les exportations redevenaient compétitives et la balance des paiements s’améliorait. En revanche, si la balance des paiements était excédentaire, l’or était importé et l’économie connaissait l’expansion. Les réévaluations et dévaluations étaient inconcevables. La stabilité du système était préservée automatiquement. C’est pourquoi les politiciens n’aiment pas l’or. L’or oblige à équilibrer le budget.
Les monnaies stables de l’histoire
Byzance nous donne l’exemple le plus imposant d’une nation à la monnaie saine. Fidèle à l’ancienne tradition grecque de la monnaie stable, l’empereur Constantin a ordonné la frappe d’une nouvelle monnaie, nommée solidus. Pendant 800 ans, le solidus a été la monnaie mondiale, circulant de la Chine à la Grande-Bretagne, de la Mer baltique à l’Ethiopie.
La législation byzantine était très stricte en matière monétaire. Avant d’être admis dans la corporation des banquiers, il fallait avoir des parrains. Ceux-ci devaient témoigner du caractère irréprochable du candidat. On voulait s’assurer qu’il ne falsifierait pas de monnaie. Si quelqu’un contrevenait à ces normes, on l’amputait de la main. Il est étonnant que l’empire byzantin ait prospéré pendant 800 ans comme centre commercial mondial. Durant cette époque, aucune dévaluation, aucune accumulation de dettes n’ont eu lieu. Ni l’antiquité, ni les temps modernes ne présentent de pareils exemples. Par sa monnaie, Byzance a contrôlé le monde civilisé comme le monde barbare de l’époque. Ce phénomène grandiose a pris fin quand l’empereur Alexius Commenus, qui avait contracté de fortes dettes de jeu, a dû dévaluer sa monnaie. 200 ans après, les Turcs sont arrivés et le miracle a pris fin.
Un autre exemple frappant du succès des monnaies d’or standardisées a été le dinar d’or de l’empire arabe. A son apogée, cet empire s’est étendu de Bagdad à Barcelone.
Seule une nouvelle monnaie-or, le florin d’or florentin, a permis l’essor des villes-Etats italiennes, telles Florence, Sienne, Venise et Gênes. Une monnaie-or stable et fiable a stimulé le négoce et procuré le bien-être aux villes-Etats italiennes et à larges régions de l’Europe occidentale. La monnaie-or a formé la base économique de la Renaissance. La culture ne s’épanouit que si le bien-être règne et non pas quand les gens sont pauvres. La puissance de l’or et la confiance qu’il suscite ont porté l’humanité à un niveau supérieur de civilisation.
Dans leur grande sagesse, les fondateurs des Etats-Unis ont prévu dans la Constitution que seuls l’or et l’argent auraient cours légal. Ils avaient horreur du papier-monnaie et d’une banque centrale. Aujourd’hui, ce fait est ignoré ou considéré comme anachronique.
L’étalon-or du XIXe siècle, conquête monétaire du monde civilisé
En 1960, le professeur Melchior Palyi a écrit dans son livre «Währungen am Scheideweg» (3) (Les monnaies à un tournant décisif):
«Pour la première fois depuis l’épanouissement de Rome, le monde civilisé est parvenu à réaliser son unité monétaire. L’intégration commerciale et financière du monde a été effectuée sans empire militaire ni utopie. Cette unité monétaire est reconnue et acceptée aussi bien en théorie que dans la pratique. En raison des automatismes et de la discipline auxquels les autorités monétaires étaient liés, les fluctuations des changes étaient, sinon impossibles, tout au moins limitées. Tel était l’avantage inestimable de la monnaie-or. De même, le capital pouvait être affecté à des transactions à court ou à long terme. Le commerce et l’industrie pouvaient planifier leurs activités. Notamment les automatismes et les règles de bienséance monétaire rendaient la valeur de la monnaie indépendante de l’humeur des gouvernements. Sur le plan mondial, ils stabilisaient cette valeur dans une forte mesure. Malgré toutes les assurances des réformateurs monétaires, aucun succédané d’une valeur tant soit peu équivalente n’a été trouvé depuis lors.»
L’économiste Ludwig von Mises a écrit dans «Human Action»: (4)
«L’étalon-or a été l’étalon mondial au temps du capitalisme, de l’accroissement du bien-être, de la liberté et de la démocratie […] C’était l’étalon international dont le commerce international et les marchés mondiaux des capitaux avaient besoin […] Il a porté l’industrie, le capital et la civilisation occidentales dans les coins les plus reculés de la planète, créant des richesses inconnues jusqu’alors […] Il a accompagné un progrès inconnu jusqu’alors du libéralisme occidental, a uni tous les Etats en un ensemble de nations libres collaborant pacifiquement […] L’étalon-or n’atteint certainement pas la perfection. Dans le monde des hommes, rien n’est parfait d’ailleurs […] Mais personne n’a inventé de système plus satisfaisant que celui de l’étalon-or.»
Avant de vendre son âme, Alan Green-span (5),(6) a décrit l’étalon-or comme le garant de la prospérité et de la liberté. Selon ses déclarations d’alors, seul ce système monétaire peut empêcher que l’Etat-providence ne prolifère avec ses déficits budgétaires, que le monde financier ne commette sans cesse des excès de spéculation aboutissant à des dépressions. Il estimait alors que l’or et la liberté économique étaient inséparables. L’étalon-or est un instrument de l’économie libérale, l’un dépendant de l’autre. Sans or, il n’est pas d’économie libre liée à la division du travail.
L’époque de l’étalon-or, au XIXe siècle, était l’âge d’or de l’homme blanc et du Japon. Après la chute de Napoléon, cette époque n’a connu que huit guerres importantes.
Les guerres du XIXe siècle après la chute de Napoléon
1861–65 Guerre civile des Etats-Unis
1866 Guerre entre la Prusse et l’Autriche, Königsgrätz
1870–71 Guerre franco-allemande
1877–78 Guerre russo-turque
1894–95 Guerre entre la Chine et le Japon
1900 Guerre des Boers, Afrique du Sud
De plus, il n’y avait pas de terrorisme comme actuellement.
Ma thèse
Déclin de l’ancien ordre mondial à la suite du déclin de l’étalon-or
La tragédie monétaire du XXe siècle
Considérez, Mesdames et Messieurs, que non pas la réintroduction de l’étalon-or, mais l’établissement d’un système immonde, celui de l’étalon de change-or, a été décidé. Il en résulte que les banques centrales pouvaient utiliser comme réserves, outre l’or, les monnaies des Etats vainqueurs, le dollar et la livre. Le dollar et la livre étaient subitement déclarés équivalents de l’or, ce qui est inflationniste. Ce que les alchimistes monétaires fabriquaient était inflationniste, car ces dollars et livres comptaient double, à savoir dans le pays d’émission et dans celui d’utilisation comme réserves. De surcroît, chacun aurait dû savoir que la diminution du pouvoir d’achat n’épargnait pas non plus ces monnaies, qui ne pouvaient donc pas servir d’étalon général et durable. L’or conserve toujours sa valeur, contrairement aux monnaies de papier. Une des décisions les plus catastrophiques de l’histoire monétaire a été celle du ministre britannique des finances de l’époque, Winston Churchill, de ne pas dévaluer la livre, mais de maintenir la parité-or au niveau de 1914, malgré l’inflation survenue depuis lors. Lorsqu’une légère dépression a eu lieu en 1927 aux Etats-Unis, le Système fédéral de réserve (la «Fed») a approvisionné excessivement le système bancaire en liquidités. De plus, il voulait aider ainsi la Banque d’Angleterre, qui perdait alors beaucoup d’or parce que la rémunération des placements à intérêt fixe était plus attrayante à l’époque aux Etats-Unis. Pour abaisser le niveau des taux d’intérêt, la Fed a injecté de nouvelles liquidités dans le système bancaire, qui les a déversées sur le marché des actions et a perdu complètement le contrôle de la situation en 1929. Lorsqu’on a voulu stopper l’expansion, il était déjà trop tard. L’économie américaine s’est effondrée, entraînant le monde dans la Grande Dépression des années trente. Aujourd’hui encore, les partisans de l’économie étatique rendent l’étalon-or responsable de cette débâcle. Or il n’y avait plus d’étalon-or. Et celui-ci avait fonctionné auparavant.
Les banques centrales, les banques et la guerre
Le Système fédéral de réserve
Griffin recommande de dissoudre le Système fédéral de réserve pour les raisons suivantes:
1. La Fed ne peut pas réaliser l’objectif qu’elle s’est fixé, à savoir la stabilité de la valeur de la monnaie. Depuis sa fondation, la valeur du dollar a diminué de plus
de 95%.
2. Il s’agit d’un cartel contraire à l’intérêt public.
3. Elle est un excellent instrument pour promouvoir l’usure dans le système bancaire.
4. Elle crée une fiscalité très inéquitable.
5. Elle encourage la guerre.
6. Elle déstabilise l’économie.
7. Elle est un instrument du totalitarisme.
L’Etat ou plutôt l’Etat-providence
Wilhelm Röpke, l’un des auteurs du miracle économique allemand,(10) a écrit: «La connaissance s’impose qu’un gouvernement a rarement disposé de sa monnaie de manière illimitée sans en abuser. Aujourd’hui, à l’époque de l’Etat-providence, la probabilité d’un tel abus est plus forte que jamais.»
Actuellement, nous avons besoin de l’étalon-or plus que jamais, car l’expérience nous démontre que l’on ne peut pas se fier à la -politique. La structure politique actuelle résistera donc de toutes ses forces à chaque tentative de réinstaurer l’étalon-or, parce qu’il ne permettrait pas de maintenir l’Etat-providence. Celui-ci vit de l’escroquerie que le gouvernement commet en étant le principal responsable de la détérioration de la valeur de la monnaie.
Les décisions funestes prises à Bretton Woods en 1944
Veuillez bien faire la différence: après la Première Guerre mondiale, on est passé de l’étalon-or à l’étalon de change-or, les deux devises qui servent d’étalon étant la livre et le dollar; après la Seconde Guerre mondiale, on en est arrivé à l’étalon dollar-or. Entre-temps, la livre sterling avait perdu toute sa valeur et ne pouvait plus être utilisée comme réserve monétaire. Signe de la puissance économique des Etats-Unis, seul le dollar figurait maintenant à côté de l’or comme réserve monétaire.
Lorsque le Président Nixon a résilié unilatéralement cet ordre monétaire le 15 août 1971, il signait ainsi la déclaration de faillite des Etats-Unis. En 1973, on est passé aux changes flexibles, ce qui ouvrait définitivement les vannes d’une création de monnaie et de crédit, d’une économie déficitaire et d’une spéculation sans précédents. Nous ne parlerons pas aujourd’hui de l’institution funeste du FMI et de la Banque mondiale, bien qu’il n’y ait pas de doute qu’ils aient soutenu et encouragé tous deux le socialisme mondial.
Conséquence: l’ordre monétaire international actuel
Comment les Etats-Unis peuvent-ils payer ces guerres? Car ils sont en faillite. Le déficit de leur balance commerciale va atteindre bientôt USD 600 milliards, celui de leur budget dépasse USD 500 milliards. Leur endettement envers l’étranger est énorme.
Mais ils sont déjà en faillite depuis le 15 août 1971. Ce jour-là, les Etats-Unis ont accentué leur guerre contre l’or. Comme une simple république bananière, ils n’ont plus fait face à leur obligation de convertir les dollars en or. Néanmoins, ils font la guerre et paient simplement avec du papier-monnaie sans couverture, pour ainsi dire avec de la fausse monnaie.
Et qui les aide à se comporter ainsi? Nous tous! Tel était déjà le cas lorsque Kennedy et Johnson faisaient la guerre au Vietnam. Le monde finance les déficits et les Etats-Unis font la guerre. Tel est le résultat effroyable de la renonciation à l’étalon-or. Mais personne ne le remarque ou personne ne veut l’avouer. C’est donc notre faute à tous.
Le XXe siècle et le début du XXIe siècle
Pourquoi fait-on la guerre?
Au Moyen-Orient, les Américains ont deux objectifs, à savoir
1. contrôler les réserves pétrolières de la région et
2. détourner l’attention de l’état du système financier américain.
Saddam Hussein n’était qu’un prétexte, puisqu’on l’avait armé et encouragé dans sa lutte contre l’Iran.
Cependant, une raison supplémentaire est l’arrogance incroyable des Américains. Les dirigeants américains connaissent maintenant le revers de la médaille. Ils ne peuvent pas gagner cette guerre, qui ruine leur monnaie encore davantage. En effet, les guerres ont toujours détruit le pouvoir d’achat de la monnaie. Alors qu’une monnaie d’or de l’époque d’Alexandre le Grand brille aujourd’hui comme jadis, le destin des monnaies de papier est de revenir tôt ou tard à leur valeur intrinsèque, soit à zéro.
Les Allemands s’y connaissent. Ils ont subi une perte totale après la Première Guerre mondiale, une perte totale après la Seconde et finalement, par l’institution du système monétaire européen et de l’euro, la perte du mark pour la troisième fois durant un siècle.
L’or, synonyme de liberté
Pourquoi l’or est-il manipulé?
Normalement, le cours de l’or monte en Europe, puis est précipité vers le bas dès que la COMEX ouvre sa séance à New-York. Un jour davantage, un jour moins. Indépendamment des dommages que l’économie subit dans le monde entier.
Quel intérêt ont ces malfaiteurs financiers à manipuler le cours de l’or?
L’histoire monétaire mondiale foisonne de dévaluations, de détérioration des pièces de monnaie et de faillites. Pendant chaque période, on pouvait y échapper cependant en passant à des monnaies couvertes par de l’or. Depuis 1971, cela n’est plus possible, abstraction faite du franc suisse.
Toutes les catastrophes économiques, monétaires et financières des 30 dernières années sont dues à ce changement.
Le système actuel de papier-monnaie sans couverture est encore très récent. Il dépend uniquement de la croyance que les dettes sur lesquelles il se fonde seront remboursées un jour.
Le seul événement qui pourrait saper cette confiance et, partant, ébranler le système financier, est une forte hausse du prix de l’or en dollars. C’est la raison pour laquelle le cours de l’or est manipulé chaque jour.
Toutefois, l’histoire du pool de l’or des années soixante nous démontre que l’on ne peut pas manipuler le cours de l’or indéfiniment. A cette époque également, les banques centrales ont tenté de limiter le cours de l’or à USD 35. Le 17 mars 1968, le pool s’est effondré et cette misérable expérience a sombré dans le ridicule.
Les gouvernements du monde manipulant chaque jour le cours de l’or, ce métal est très bon marché actuellement.
Où en sommes-nous? Le monde en crise et en guerre
2. La monnaie de réserve, le dollar, est faible, car la situation financière des Etats-Unis est alarmante. On compte plus de USD 34 billions de dettes, USD 200 billions de produits dérivés et quelque USD 10 billions d’engagements hors budget. (Rappelons-nous que, en 1997, un seul Hedge Funds, Long Term Capital Management, dont le bilan se chiffrait à USD 3 milliards, a suscité la crainte que la structure financière mondiale ne s’effondre!)
3. Accroissement dramatique de la masse monétaire aux Etats-Unis et dans le monde.
4. Actuellement, les Bourses sont des casinos; leur évaluation est trop forte et périlleuse. Chaque jour, la Working Group on Financial Markets, fondée en 1987 par le Président Reagan, manipule l’indice Dow Jones. Il n’y a plus de marchés libres. Les initiés évitent les marchés.
5. Des taux d’intérêt négatifs (inflation supérieure aux intérêts reçus) sont néfastes aux investissements et à la conjoncture en général.
6. La demande d’or est supérieure à la production, les banques centrales ont prêté entre un tiers et la moitié de leur or. L’or a disparu. Une panique pourrait s’ensuivre si les gens remarquaient que l’or est la seule sûreté et qu’une grande partie de l’or des banques centrales est vendue.
7. Accumulation de dettes historiquement élevée sur le plan mondial. La jeune génération devra verser des intérêts d’un montant insupportable et ne pourra s’acquitter de ses obligations. Il pourrait en résulter une panique, ou elle pourrait se débarrasser de ces dettes par l’inflation.
8. La détérioration monétaire actuelle est une catastrophe pour les salariés et les retraités. Elle aboutit à l’anéantissement de la classe moyenne. Dans le monde, un milliard de personnes vit dans des quartiers misérables. Bientôt, un tiers des citadins vivra dans des bidonvilles. Dans ces régions, la propension à se radicaliser croît. La haine augmente.
9. Ces dix prochaines années, l’économie mondiale passera par une phase de dépression dite de Kondratieff. Si l’humanité a toujours survécu aux crises, elle ne surmontera pas la crise actuelle sans graves conséquences, vu les moyens actuels de pollution monétaire.
10. La confusion politique s’accroît. La situation géopolitique est pire que jamais. Un seul coup d’Etat en Arabie saoudite pourrait avoir des conséquences désastreuses pour l’approvisionnement en pétrole et l’économie mondiale.
Le député au Congrès Howard Buffett, père de l’investisseur couronné de succès Warren Buffett, a déclaré en 1948:
«En raison de la vigueur économique des Etats-Unis, il peut s’écouler beaucoup de temps jusqu’à ce que l’expérience du papier-monnaie se termine. Mais si ce jour arrive, notre gouvernement de l’époque estimera sans doute qu’une guerre à l’étranger est plus sage qu’une discussion dans son propre pays. Tel est aussi la solution qu’Hitler et d’autres ont choisie en recourant à l’économie du papier-monnaie. Si la liberté doit survivre, il n’y a pas de défi plus important que le retour à une monnaie honnête, à savoir la réintroduction de l’étalon-or. C’est là le seul moyen de préserver les fruits de notre travail.»
Telles sont les corrélations entre liberté, monnaie et esprit, guerre et paix et or.
Mesdames, Messieurs
Je crois avoir livré assez d’arguments pour vous convaincre de la nécessité d’une monnaie saine, stable, basée sur l’or. La seule issue est le retour à une monnaie honnête, à l’étalon-or.
Ou comme l’a dit un jour Otto de Habsbourg: «Sur tous les plans, l’éthique et la morale demeurent la voie la plus sûre. («FAZ» 12.4.1988)» (12)
Pour terminer, je donnerai encore la parole à deux personnes dont la sagacité ne fait aucun doute.
Harry Schultz, l’expert en investissements connu dans le monde entier, nous a donné une des meilleures définitions de l’étalon-or: «Etalons (or et autres)»: (13)
«Durant les 38 dernières années, je l’ai écrit plusieurs fois et j’insiste sur ce point: je suis partisan de l’or, à quelque prix que ce soit! Je ne lutte pas pour l’or pour réaliser des bénéfices sur les actions de mines d’or, sur les barres ou les pièces d’or. L’importance de l’or a une source plus profonde, et il me serait désagréable de me prononcer pour l’or pour des raisons uniquement mercantiles. L’or est le point rotation et d’ancrage de notre liberté individuelle, et non d’un groupe et d’une nation. Facteur déterminant, l’or fait partie du système monétaire. Il nous faut retourner à l’étalon-or. Jadis, j’étais encore prêt au compromis, acceptais un étalon proche de l’or et une version modifiée du traité de Bretton Woods. Tel pourrait d’ailleurs être le résultat des débats. A mon avis, nous devrions toutefois lutter pour un pur étalon-or, pour la vieille forme qui a si bien fonctionné. Et pas seulement pour des raisons de politique financière. L’étalon-or a obligé les nations à limiter leurs dettes, leurs dépenses et leurs plans socialistes. Il en est résulté que des comportements raisonnables se sont formés en raison de ces limitations et que ces comportements se sont répercutés sur chacun. Les hommes étaient plus honnêtes, tenaient compte davantage de la morale et de la bienséance et étaient plus aimables, car le système était honnête et moral. Cause et effet. Actuellement, la cause et l’effet découlent d’un système inverse: aucune limite à l’action, au contrôle et à l’emprise des gouvernements; aucune limite à l’endettement de l’Etat, au bien-être ni aux plans socialistes. Il n’y a plus d’instance qui contrôle le gouvernement.
La population a adopté ce comportement, contractant des dettes et perdant le respect du système et de toute morale. S’en sont suivis davantage de divorces, d’escroqueries, de criminalité, d’enfants hors mariage, de ménages mal en point. Si la monnaie d’un pays n’a plus de base ni de couverture, il n’y a plus de norme pour aucun comportement. La monnaie fixe une norme qui s’étend à toute activité humaine. Pas de couverture de la monnaie, pas de morale. C’est pourquoi la monnaie sous forme de pièces d’or a fonctionné si bien, et les Etats-Unis n’ont évolué que lentement et prudemment en direction d’une monnaie de papier et ont couvert longtemps leur billet à 100% par de l’or. Lentement toutefois, à la manière d’un salami débité tranche par tranche, cette couverture a été supprimée, pour être finalement éliminée intégralement. Les effets de ce malaise se manifestent tous les jours.
Des films brutaux reflètent une société brutale qui, elle-même, correspond à un manque de respect à l’intérieur de la société. Nous sommes de plus en plus corrompus lorsque la monnaie perd sa sûreté. La bulle qui s’est formée sur les marchés des actions est une partie de cette situation, tout comme le seront le krach et la récession de demain. Le «grand frère» n’a pu se manifester qu’en l’absence de contrôles automatiques et après la disparition de la liberté individuelle, les changes n’étant plus convertibles. Dites-le autour de vous. Luttez pour l’or. Non pour réaliser un profit – même si les profits sont utiles et nous aident dans notre lutte pour la liberté individuelle –, mais pour assurer un avenir qui nous ramène à un esprit sain sur de nombreux plans. Un étalon-or nous procure un étalon humain or! Ces deux étalons sont indissociables. Tels sont l’effet et la cause ultimes.»
Le Président de Gaulle a fait à son pays le don le plus grand qu’il pouvait lui faire: il lui a redonné confiance.
Le 4 février 1965, il a déclaré:
«Le temps est venu de remettre le système financier international sur une base incontestable, qui ne porte pas le sceau d’une nation déterminée. Sur quelle base? Il est malaisé de s’imaginer un autre étalon que l’étalon-or. L’or, dont les propriétés ne changent pas; qui n’a pas de nationalité et qui est considéré depuis toujours et partout comme la monnaie par excellence, ne se modifiant pas». (14)
Par: Ferdinand Lips (décédé en septembre 2005)
Horizons et débats, numéro 27, semptembre 2004
Source: http://www.horizons-et-debats.ch/27/27_13.htm
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Notes
1 Lips, Ferdinand, Die Gold-Verschwörung, Rotenburg, Ed. Kopp, 2003
2 Lips, Ferdinand, Das Buch der Geldanlage, Dusseldorf, Ed. Econ, 1981
3 Palyi, Melchior, Währungen am Scheideweg, Francfort-sur-le-Main, Ed. Fritz Knapp, 1960
4 Mises, Ludwig von, Human Action, New Haven, CT: Yale University Press, 1949
5 Greenspan, Alan, «Gold and Economic Freedom», dans Capitalism: The Unknown Ideal, Ayn Rand éd., New York, NY: New American Library, 1967
6 Parks, Lawrence, What does Mr. Greenspan Really Think? New-York: Foundation for the Advancement of Monetary Education FAME, 2001
7 Zweig, Stefan, Die Welt von Gestern, Stockholm: Ed. Bermann-Fischer, 1944
8 Warburton, Peter, Debt and Delusion, Middlesex, Angleterre: Alan Lane The Penguin Press, 1999
9 Griffin, G. Edward, The Creature from Jekyll Island – A Second Look at the Federal Reserve System: Westlake Village, Californie, American Media, 1994
10 Röpke, Wilhelm, Jenseits von Angebot und Nachfrage, Erlenbach/Zurich, Ed. Eugen Rentsch, 1961
11 Lips, Ferdinand, Gold Wars – The Battle Against Sound Money as Seen From a Swiss Perspective, New-York, NY, Foundation for the Advancement of Monetary Education FAME, 2002
12 Habsburg, Otto von, Ethik und Moral des Geldes, Frankfurter Allgemeine Zeitung, supplément «Geist und Geld» du 18 avril 1988
13 Lips, Ferdinand, Die Gold-Verschwörung, Rottenburg, Ed. Kopp, 2003
14 Rueff, Jacques, New-York, NY, Macmillan,1972



















