26 octobre 2009

Une nouvelle génération d’armes nucléaires testée en ex-Yougoslavie ?

Article rédigé le 21 juin 2009, par Frédéric Courvoisier

Horizons et Débats

Le fait que les guerres soient utilisées pour tester de nouvelles armes est une réalité bien connue mais cruelle. Et chacun peut imaginer que les nombreux scientifiques et ingénieurs au service de l’industrie d’armement ne gagnent pas leur vie uniquement en rééditant d’anciennes armes, même si le secret qui règne dans ce domaine est bien gardé, que les débats publics ne sont pas souhaités, et sont même en partie étouffés par tous les moyens. Mais maintenant, on ne peut plus cacher le fait qu’en Irak, en Somalie, en Serbie, au Kosovo, en Afghanistan, au Liban et à Gaza, partout où les Etats-Unis et leurs alliés ont mené des guerres ou livré des armes, ceux-ci n’ont pas laissé derrière eux que des morts et des destructions. De tous ces pays nous proviennent des informations alarmantes sur des blessures ou maladies inconnues et sur l’augmentation inédite des cas de cancers, des dommages génétiques et des malformations chez les nouveau-nés.

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Dans certaines régions d’ex-Yougoslavie, on a été frappé par le fait que certaines maladies sont apparues peu après l’utilisation des armes. On est également frappé par l’augmentation considé­rable des cancers multiples: les victimes ne souffrent pas d’un seul type de cancer mais de deux ou trois.

Depuis, on a acquis un certain nombre de connaissances, notamment en ce qui concerne l’uranium dit «appauvri». La poussière d’uranium dégagée par la combustion suivant l’explosion d’une bombe est faite de nanoparticules qui passent les barrières hémato-encéphalique et placentaire et peuvent pénétrer dans les cellules, ce qui entraîne une toxicité radiologique et chimique.

Les études d’échantillons de sol serbe viennent de livrer de nouveaux résultats. On n’y a pas seulement trouvé de l’uranium et de ses sous-produits de désintégration mais d’autres éléments radioactifs. Ces découvertes posent de graves questions. Ainsi la composition isotopique du potassium apparaît différente de celle mesurée dans le potassium naturel et n’a aucun rapport avec les sous-produits de désintégration de l’uranium mais on la connaît en tant que conséquence des essais d’armes nucléaires. Qu’est-ce que cela signifie? Quels types d’armes a-t-on utilisés ici? Après le bombardement du bâtiment de la télévision, dans le centre de Belgrade, deux des cadavres des 16 employés tués n’ont pas été retrouvés. Le film Yugoslavia: the avoidable war*, nous apprend qu’ils se sont littéralement «volatilisés». La chaleur a dû être si intense qu’elle ne peut avoir été produite que par des munitions radioactives, par une explosion nucléaire en réduction. A-t-on testé ici une nouvelle génération d’armes nucléaires?

Au vu des problèmes sanitaires constatés dans les pays concernés et également chez les anciens combattants des armées des Etats-Unis et de l’OTAN, les pays qui ont utilisé ces armes se doivent, au regard du droit international, de faire enfin toute la lumière sur la question. L’humanité a le droit de savoir rapidement ce qui s’est passé et ce que cela signifie pour sa survie. Sinon tous les discours sur le droit, les droits de l’homme, la démocratie, l’écologie et la protection de l’environnement ne seront plus qu’une sinistre mystification.
Il s’agit ici manifestement de crimes de guerre. Ceux qui contribuent à les dissimuler s’en rendent complices. C’est une conséquence que la communauté internationale avait tirée de la Seconde Guerre mondiale et qu’elle avait inscrite dans les règles du droit international. Tous les responsables gouvernementaux et parlementaires des pays de l’Alliance de guerre sont concernés.

Active Denial System, consiste à employer des micro-ondes à 95Ghz et à les projeter sur une zone donnée. La portée de l’antenne que vous pouvez observer sur la vidéo, en l’occurrence montée sur un véhicule, est de 650 mètres environ. En deux secondes la surface de la peau atteint 65°C, ce qui déclenche un réflexe de fuite. Il faudrait environ 25 secondes pour que la peau commence à bruler.


Lire également l’article Effets potentiels d’une absorption accrue de potassium, qui évoque les effets du potassium-40 radioactif sur l’organisme humain. Il montre notamment comment sont détruits les mécanismes de réparation, c’est-à-dire d’importantes fonctions de défense du corps contre la formation de cellules cancéreuses. Il laisse deviner les effets de cet isotope sur la vie terrestre.

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25 octobre 2009

L'espace public sous surveillance privée

par Laurent Dauré et Dominique Guillemin
Mondialisation.ca, Le 21 juillet 2009

LES FAITS

Le 9 juillet, la RATP a annoncé qu’elle renonçait à intégrer un dispositif de comptage aux 1200 (mille deux cents !) nouveaux écrans vidéo qui seront placés dans le réseau des transports parisiens. Un porte-parole de la régie a précisé que cette décision a été prise « compte tenu des nombreuses questions posées par ces installations ». Cinq associations (Résistance à l’agression publicitaire, Souriez vous êtes filmés, Big brother awards, Robin des toits et Le Publiphobe) avaient porté plainte pour « violation de la législation sur la vidéosurveillance, ici utilisée à des fins purement mercantiles ». Elles furent déboutées en avril par le juge des référés du tribunal de grande instance de Paris au motif qu'elles étaient « irrecevables à agir ». La Commission nationale de l'informatique et des libertés (Cnil), quant à elle, poursuit l'étude de ces dispositifs de comptage et doit rendre un avis sur leur légalité.

Quatre écrans haute définition équipés de cette technologie ont été expérimentés en décembre à la station Charles de Gaulle-Étoile avant d’être débranchés suite à des protestations. Grâce à des capteurs, ces écrans principalement publicitaires dits « intelligents » permettent de compter les passants qui les regardent tout en précisant les zones de l’image sur lesquelles leurs yeux se posent. Selon Résistance à l’agression publicitaire[1] (RAP), « des capteurs identiques sont déjà en fonctionnement dans des espaces commerciaux, mis en place à l’insu de tous. Il est à craindre qu’ils soient bientôt mis en œuvre à grande échelle, y compris dans la rue. » Cette association avait présenté le 8 juillet une étude contestant la légalité des écrans qui, selon elle, seraient capables de « déterminer le sexe des passants, leur âge, la couleur de leur peau, le type de vêtements portés », et d’analyser « l’expression faciale ».

Le projet est mené par la régie publicitaire de la RATP, Metrobus, filiale des grands groupes Publicis et de JCDecaux. La société Majority Report[2] – dont le slogan est « The eyes of your business » – « mesure et décrit le comportement du consommateur » en fournissant la technologie intégrée aux écrans, celle-ci faisant partie d’une gamme d’outils automatisés collectant des informations sans le consentement des passants. Le dispositif permet en somme d'« instaurer la vidéosurveillance à des fins commerciales et une publicité intrusive via le dispositif Bluetooth », comme le dit Charlotte Nenner, présidente de RAP.

La RATP et Metrobus reconnaissent que le système est en effet « composé de capteurs qui détectent les formes des visages orientés vers l'affiche, mesurent le nombre de passages devant l'écran et le temps d'exposition au message » mais minimisent sa portée en affirmant qu'il ne s'agit que « d'un simple système de comptage et en aucun cas d'une collecte d'informations personnelles concernant les voyageurs ». Metrobus précise que « la fonctionnalité Bluetooth est installée, mais non encore activée », et que celle-ci donnera à terme la possibilité aux voyageurs « qui l'auront choisi » de télécharger sur leur téléphone mobile des informations et divers contenus.

LES COMMENTAIRES DE L’UPR

Même si ce n'est qu'un « simple système de comptage » ou un gadget pour ceux « qui l'auront choisi », un tel dispositif n'est pas anodin. En termes symboliques comme en termes d’accoutumance, ce sont les premiers pas qui comptent : sa mise en place permettrait de franchir une nouvelle étape vers la société de surveillance que la littérature de science-fiction a souvent décrite. Privé de l'option de comptage, il reste un vecteur de l'intensification de la pression publicitaire dans les espaces publics. C’est donc une nouvelle victoire du pan-mercantilisme auquel les gouvernants ne cessent de céder du terrain.

La pollution publicitaire visuelle et auditive est déjà considérable, que ce soit dans la rue ou dans les médias. Au lieu de s'efforcer de la réduire – voire de la supprimer –, les autorités publiques, bien plus consentantes qu’impuissantes, émettent de timides protestations pour la forme à chacune des « innovations » du marketing, cette technique de vente qui est en train d’envahir de façon très préoccupante tous les aspects des relations humaines. Le Conseil de Paris s'est ainsi contenté d'exprimer des « réserves » sur les installations en question, contestant le dispositif de comptage mais autorisant malgré tout les nouveaux écrans. La RATP et Metrobus reculent sur un point mais obtiennent le principal, en attendant une nouvelle occasion « d’avancer » et de se conformer ainsi au principe bougiste énoncé par le nouveau slogan de la RATP : « On avance, on avance... » Pour un recul, deux avancées en somme.

Les petites conquêtes de la société orwellienne à laquelle les puissants du jour semblent décidément vouloir nous destiner ne devraient pas être considérées à la légère ; il conviendrait d'empêcher que les citoyens s'accoutument à cette surveillance qui se fait de plus en plus insidieuse. Car l'invasion publicitaire, le fichage généralisé et la surveillance participent d'un vaste mouvement de recul des libertés publiques et du respect de la vie privée. Il est de plus en plus difficile de se mettre hors de portée de ce totalitarisme voyeur et consumériste. L'observation et l'enregistrement des comportements, que la finalité en soit commerciale ou sécuritaire, ne devraient pas être tolérés. Les services publics, déjà abandonnés à une privatisation progressive et à un alignement sur les techniques managériales et commerciales du monde de l'entreprise, subissent en plus la rapacité des multinationales qui n'y voient que des marchés à conquérir et des profits immédiats à réaliser.

Les dirigeants français sont toujours en quête d'un modèle étranger à présenter comme exemplaire (dernièrement la « flexisécurité » danoise) pour dénoncer les prétendus « archaïsmes » de notre tradition sociale et exiger une « modernisation ». Dans le domaine de la surveillance, vont-ils nous proposer de suivre le « modèle » du Royaume-Uni, dont la part dans le total mondial des caméras de vidéosurveillance s'élève à 10%, chaque Britannique étant filmé trois cents fois en moyenne dans une journée[3]?. À les suivre, il y aurait donc là aussi des « réformes » à mener d'urgence pour combler le « retard français ».

En 1945 déjà, l’écrivain français Georges Bernanos dénonçait l’accoutumance à la surveillance, il y voyait un recul des libertés face à la menace totalitaire du « Moloch technique » au service du contrôle social : « L'idée qu'un citoyen, qui n'a jamais eu affaire à la Justice de son pays, devrait rester parfaitement libre de dissimuler son identité à qui il lui plaît, pour des motifs dont il est seul juge, ou simplement pour son plaisir, que toute indiscrétion d'un policier sur ce chapitre ne saurait être tolérée sans les raisons les plus graves, cette idée ne vient plus à l'esprit de personne. Le jour n'est pas loin peut-être où il nous semblera aussi naturel de laisser notre clef dans la serrure, afin que la police puisse entrer chez nous nuit et jour, que d'ouvrir notre portefeuille à toute réquisition. Et lorsque l'État jugera plus pratique, afin d'épargner le temps de ses innombrables contrôleurs, de nous imposer une marque extérieure, pourquoi hésiterions-nous à nous laisser marquer au fer, à la joue ou à la fesse, comme le bétail ? L'épuration des Mal-Pensants, si chère aux régimes totalitaires, en serait grandement facilitée[4]. »

Pour empêcher que le monde effroyable décrit par George Orwell et redouté par Georges Bernanos ne finisse par devenir réalité, il est désormais urgent que les Français y mettent le holà. C'est assurément l’une des tâches essentielles que doit viser de nos jours la politique au sens noble du terme.


Notes

[1] Voir le site Internet : www.antipub.org .

[2] Voir le site Internet (entièrement en anglais) de cette société française : www.majority-report.com .

[3] AFP Londres, le 15 mai 2006. Cité par Le Plan B, hors-série été 2009.

[4] Georges Bernanos, La France contres les robots, in « Essais et écrits de combat », T. 2, Bibliothèque de la Pléiade, Gallimard, 1995 (1947).

Renforcement du FMI et de la Banque mondiale

par Damien Millet*, Eric Toussaint*, Renaud Vivien*

Le G20, auto-proclamé directoire économique mondial, a décidé de renforcer les capacités du FMI et de la Banque mondiale à ponctionner les richesses du Sud afin de résoudre la crise du Nord. Pour masquer la cruauté de cette politique, les institutions internationales sont convenues à Istanbul d’un lifting cosmétique du FMI qui ne modifie en rien le principe censitaire de son Assemblée générale. Les responsables du Comité pour l’annulation de la dette du tiers monde (CADTM) dénoncent cette aggravation des déséquilibres mondiaux.

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Le directeur général du Fonds monétaire international, Dominique Strauss-Kahn, discute avec son principal mandant, le secrétaire au Trésor des États-Unis, Tim Geithner (Istanbul, 3 octobre 2009). Les USA détiennent à eux seuls 16 % des droits de vote. Avec leurs principaux alliés, ils contrôlent sans difficulté l’institution.
©Stephen Jaffe, FMI

C’est dans un climat de répression que se sont achevées à Istanbul les assemblées annuelles du FMI et de la Banque mondiale. Pour la deuxième journée consécutive, les 10 000 policiers turcs mobilisés pour l’occasion n’ont pas hésité à utiliser canons à eau, gaz lacrymogène et véhicules blindés pour disperser les manifestants. Le même scénario s’était produit fin septembre lors du sommet du G20 à Pittsburgh où les manifestations contre cet « ersatz » de G8 avaient également été réprimées par les forces de police. Le FMI et la Banque mondiale ont tenu ces réunions controversées quelques jours après la décision du G20 de modifier les droits de vote au sein des deux institutions : 5 % des quotes-parts au FMI et 3 % des droits de vote à la Banque mondiale doivent ainsi être transférés vers « les pays émergents et en développement dynamiques » d’ici janvier 2011. Leur système actuel était de plus en plus contesté, tant par les pays du Sud que pas les mouvements sociaux : il repose sur la règle « 1 dollar égale une voix », contrairement à l’Assemblée générale de l’ONU où chaque pays possède une seule voix.

Pour le directeur général du FMI, le socialiste français Dominique Strauss-Kahn, il s’agit là « de décisions historiques ». Mais pour le CADTM, c’est une sinistre farce. En effet, ce transfert ne change rien aux rapports de force au sein des deux institutions. À titre d’exemple, la Chine, qui en sera un des principaux bénéficiaires, détient environ 3 % des droits de vote aujourd’hui, très loin derrière les États-Unis qui possèdent à eux seuls plus de 16 %, leur garantissant de facto un droit de veto sur toutes les grandes décisions. Le groupe emmené par le Rwanda, qui regroupe 24 pays d’Afrique noire et représente 225 millions d’individus, possède quant à lui 1,39 % des droits de vote ! Nul besoin d’être mathématicien pour comprendre que ces réformettes annoncées à grand renfort médiatique ne transformeront pas la Banque mondiale et le FMI en organisations démocratiques. D’ailleurs le seront-elles un jour vu que le système actuel ne peut être modifié sans l’accord des États-Unis ? Autre fait aggravant : depuis 1944, le président de la Banque mondiale a toujours été un États-unien tandis que le directeur du FMI est toujours un ressortissant européen en vertu d’une règle tacite. Ce partage des pouvoirs combiné à cette répartition des droits de vote profondément anti-démocratique prouvent bien que le FMI et le Banque mondiale constituent des instruments aux mains des puissances occidentales pour imposer au reste du monde des politiques servant leurs intérêts propres.

Après avoir traversé une grave crise de légitimité, la Banque mondiale et le FMI ont retrouvé un second souffle du fait de la crise mondiale. Entre 2004 et 2008, la hausse importante du prix des matières premières a augmenté les réserves de change de certains pays en développement, qui en ont alors profité pour rembourser de manière anticipée leurs dettes envers ces créanciers, afin de se débarrasser de leur tutelle encombrante. Mais à partir de la fin 2008, l’aggravation de la crise mondiale a radicalement modifié la situation. La liste des pays durement frappés par la crise s’est allongée et le G20 a remis FMI et Banque mondiale au cœur du jeu mondial. C’est ainsi que sous la pression du FMI, la Roumanie a dû appliquer des politiques anti-sociales comme la réduction brutale de 15 % des revenus des fonctionnaires, en contrepartie de liquidités pour surmonter la crise à court terme. Depuis 2008, une quinzaine de pays ont connu le même sort. La Banque mondiale a, quant à elle, tiré profit de la crise écologique en créant plusieurs fonds d’investissement climatiques tout en continuant à financer des projets de déforestation et d’industries extractives. Durant l’année 2008, les fonds alloués aux énergies propres ont d’ailleurs été 5 fois inférieurs à ceux destinés aux énergies non-renouvelables dont le montant a augmenté de plus de 165 % [1].

Ensuite, le G20, autoproclamé « instance de régulation mondiale », a joué un rôle décisif dans la tentative de relégitimation du FMI en triplant ses moyens financiers lors du sommet de Londres en avril dernier [2] et en élargissant ses missions à l’issue du sommet de Pittsburgh [3]. Le FMI est ainsi placé au cœur de la surveillance de l’économie mondiale « pour promouvoir la stabilité financière internationale et rééquilibrer la croissance ». A Istanbul, il a été convenu de « réexaminer le mandat du FMI pour qu’il englobe l’ensemble des politiques macroéconomiques et liées au secteur financier qui influent sur la stabilité de l’économie mondiale » [4]. Il devra ainsi « faire des recommandations de politique économique aux pays qui devront prendre des mesures correctives adaptées ». Nul besoin d’être devin pour connaître à l’avance ces recommandations. Le FMI déclarait en juin 2009 sur les politiques mise en œuvre dans la zone euro, que « les mesures prises pour soutenir la réduction de la durée de travail et l’augmentation des avantages sociaux — aussi importantes qu’elles soient pour accroître les revenus et maintenir la main d’œuvre sur le marché du travail — devraient être intrinsèquement réversibles » [5]. Le rapport « Doing Business 2010 » de la Banque mondiale est encore plus explicite puisqu’il décourage les pays d’adopter des programmes de protection sociale en qualifiant les gouvernements qui le font de « non-compétitifs » [6]. Malgré ses échecs répétés, le Consensus de Washington, sorte de code du néolibéralisme, continue donc à être l’ordonnance prescrite par le FMI et la Banque mondiale aux pays qui sollicitent leur « aide ».

Pourtant, l’échec de ces politiques d’ajustements structurels imposées aux pays du Sud depuis la crise de la dette de 1982 aurait dû être rédhibitoire : la pauvreté et les inégalités se sont aggravées tandis que le problème de la dette n’est absolument pas réglé. Pis, une nouvelle crise de l’endettement est en gestation, ce qui augmentera encore la part des budgets nationaux consacrés au remboursement des créanciers. À moins que les gouvernements décident de suspendre le paiement pour satisfaire en priorité les besoins humains fondamentaux et d’entreprendre un audit des dettes pour annuler sans conditions la part illégitime, qui n’a pas profité aux populations. Ce serait là un premier coup d’arrêt aux funestes politiques du FMI et de la Banque mondiale, dont l’abolition et le remplacement par des institutions soucieuses de l’intérêt des populations doivent être des revendications fortes.

 Damien Millet

Secrétaire général du CADTM France (Comité pour l’Annulation de la Dette du Tiers Monde). Dernier livre publié : Le système dette, Tome 1 : La Paz, Syllepse (2009).


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Eric Toussaint

Président du CADTM Belgique (Comité pour l’Annulation de la Dette du Tiers Monde). Dernier livre publié : Banque du Sud et nouvelle crise internationale, CADTM/Syllepse, 2008.


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Renaud Vivien

Membre du Comité pour l’annulation de la dette du tiers-monde (CADTM).

Le coton Bt de Monsanto détruit la terre et les agriculteurs

Mondialisation.ca, Le 24 février 2009
Institute of Science in Society


L'Inde est le 3ème producteur mondial de coton après la Chine et les USA. L'état du Gujarat est tourné vers l'agriculture et en particulier vers la production de coton



La biosécurité vise à faire en sorte que les OGM ne nuisent ni à l'environnement ni à la santé.

La terre, sa fertilité et les organismes qui entretiennent sa fertilité, sont un élément vital de l'environnement, en particulier dans le contexte de la production alimentaire et agricole.

Une récente étude scientifique réalisée par Navdanya, a comparé la terre des champs où du coton Bt a été planté pendant 3 ans avec celle des champs adjacents, plantés de coton naturel ou d'autres cultures. La région couverte incluait le Nagpur, l’Amravati et le Wardha de Vidarbha, ce qui représente les plus grandes plantations de coton OGM en Inde, et le taux le plus haut de suicides de fermiers (4000 par an).

En 3 ans, le coton Bt a réduit la population d’actinomycètes de 17%. Les actinomycètes sont indispensables pour dissocier la cellulose et créer l'humus.

La population bactérienne a été réduite de 14%. La biomasse microbienne totale a été réduite de 8,9%.

Les enzymes bénéfiques, vitales pour la terre, qui rendent les nutriments disponibles pour les plantes, ont aussi été considérablement réduites. Le phosphatase acide, qui contribue à l'assimilation des phosphates, a été réduit de 26,6%. Le nitrogénase, les enzymes qui catalysent la fixation de l'azote moléculaire, a été réduit de 22,6%.

À ce rythme, une dizaine d'années de culture de coton OGM, ou de tout type de culture génétiquement modifiée dotée de gènes Bt, pourrait entraîner la destruction totale des organismes du sol, laissant la terre morte, incapables de produire la nourriture.

Dans son dernier communiqué, l’International Service for the Acquisition of Agri-Biotech Applications a déclaré qu’il y a 7,6 millions d’hectares de coton Bt en Inde. Cela veut dire que 7,6 millions d’hectares de terre sont en train de mourir.

Habituellement, l'impact des OGM sur les organismes du sol n’est pas étudié. C'est une lacune redoutable, car la toxine Bt des cultures comme le maïs MON 810, le coton Bt ou l’aubergine Bt, a un grave impact sur les organismes bénéfiques du sol.

Le gouvernement de l'Inde cherche à ratifier l’homologation de l’aubergine Bt sans faire l’étude de biosécurité concernant les conséquences sur les organismes du sol. La Commission européenne tente de faire pression sur les pays exempts d'OGM pour introduire le maïs MON 810.

L’étude de Navdanya, la première à avoir examiné l'impact à long terme du coton Bt sur les organismes du sol, est un appel au réveil pour les organismes de réglementation du monde entier. Elle montre aussi que les affirmations de l'industrie biotechnologique sur l’innocuité des cultures génétiquement modifiées sont mensongères.

Pour obtenir une copie du rapport de l’étude et pour de plus amples renseignements, veuillez contacter :

Navdanya
A-60, Hauz Khas

New Delhi – 110 016

Téléphone : 91-11-26535422 / 26532124

Courriel : vandana@vandanashiva.com

Site Internet : www.navdanya.org

Article original en anglais : Monsanto's Bt Cotton Kills the Soil as Well as Farmers, le 23 février 2009.

Traduction : Pétrus Lombard.


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Loi sur les jeux en ligne : un cadeau aux « amis du Fouquet’s »

vendredi 16 octobre 2009, par Marie Bénilde

L’Assemblée nationale a voté le 13 octobre la loi légalisant le poker en ligne ainsi que les paris sportifs et hippiques sur Internet. Facteur d’addiction pour les plus vulnérables, menace pour la santé publique, les jeux d’argent en ligne toucheraient 5% de la population française dans sa forme illégale, soit cinq fois plus qu’il y a cinq ans. Pour l’entrée en vigueur de la loi, en 2010, le renfort de médias alliés à des opérateurs de paris ainsi qu’une abondante communication publicitaire risquent d’amplifier la dépendance de catégories entières de la population à ce nouvel opium du peuple.

C’était le 6 mai 2007, au Fouquet’s. Pour célébrer la victoire de Nicolas Sarkozy à l’élection présidentielle, Bernard Arnault, Stéphane Courbit, Martin Bouygues, François Pinault, Patrick Le Lay et bien sûr Dominique Desseigne, le président du groupe de casinos Lucien Barrière et propriétaire du Fouquet’s, sont réunis au restaurant de l’avenue des Champs Elysées. Tous ces industriels ou hommes d’affaires peuvent se vanter d’avoir parié sur la bonne casaque. Car, depuis que leur poulain a franchi la ligne d’arrivée, ils sont sur le point de récupérer leur mise avec la loi libéralisant le secteur des jeux en ligne. Tous sont en effet aujourd’hui impliqués dans les différents projets de sociétés de paris sportifs ou hippiques sur Internet qui, dès l’ouverture de la Coupe du monde de football, en juin 2010, seront opérationnelles sur le territoire français.

La loi, votée le 13 octobre à l’Assemblée nationale par 302 voix contre 206, a été approuvée par l’UMP et le Nouveau centre, mais n’en reste pas moins très critiquée à gauche qui espère qu’une prise de conscience de ses effets pervers finira par gagner les rangs du Sénat, lors de l’examen du texte en novembre. Qualifiée au Parti socialiste de « promesse faite par le président de la République à ses amis du Fouquet’s », elle voit se dresser aujourd’hui devant elle nombre de points d’achoppement qui sont susceptibles d’en faire un véritable scandale républicain.

Enfer ludique Retour à la table des matières

Le premier d’entre eux est d’abord d’ordre médical. Le gouvernement justifie sa loi par la présence de 25 000 sites illégaux dans le monde et la nécessité de « protéger les consommateurs en les amenant à jouer sur des sites légalisés qui, de ce fait, seront contrôlés et encadrés ». Remarquons d’abord que cet argument, qui vaut pour les jeux, n’est pas valide pour d’autres types d’addiction comme la drogue ou la prostitution. Va-on légaliser les commerces de marijuana ou rouvrir les maisons closes au prétexte que cela permettrait à l’Etat d’exercer un contrôle sur ces entreprises et, même, de les soumettre à l’impôt ?

En réalité, le gouvernement ne semble absolument pas avoir pris la mesure de la menace qui pèse sur les plus fragiles des joueurs. Car la légalisation de l’offre de jeux en ligne — au moyen d’une Autorité de régulation qui se prépare à autoriser une centaine d’opérateurs — ne risque pas seulement d’étendre le nombre de parieurs sur Internet (ils représentent actuellement 5% de la population pour une mise évaluée à 3 milliards d’euros). Elle risque aussi d’inciter des joueurs qui n’auraient pas nécessairement de comportements addictifs au départ à s’enfermer dans une sorte d’enfer ludique dont Internet et les médias seront les relais incessants.

On dira que les jeux d’argent, qui brassent 36,7 milliards d’euros de façon légale, produisent inévitablement des phénomènes d’addiction quand bien même ils seraient canalisés par les monopoles de la Française des jeux ou du PMU. C’est vrai. La grosse différence, c’est d’abord que le monopole permet à l’Etat, depuis 150 ans, de contrôler la demande de jeux en l’orientant. C’est ensuite que le fait de passer par un débit de tabac ou un bar du PMU implique un degré de sociabilité (on peut discuter avec les autres joueurs, évaluer ses chances) et un contact physique (on achète son billet et on retire ses gains à une caisse). A l’inverse, le pari sur Internet peut être associé à un moment de pure virtualité échappant à tout contrôle. Ou comme dit le psychiatre Marc Valleur, médecin-chef au Centre médical de Marmottan, à Paris, « en migrant sur Internet, le jeux d’argent constitue un très fort facteur d’attractivité supplémentaire. Il devient en premier lieu accessible en permanence dans un domicile transformé en casino bien réel ouvert 24 heures sur 24. Ensuite, il se pratique en solitaire, seul derrière son ordinateur, ce qui fait disparaître le regard social critique de l’autre [1] ».

Des médias intéressés aux paris Retour à la table des matières

Cet enfermement existe déjà pour les joueurs en ligne qui n’ont pas attendu la libéralisation des jeux pour s’essayer aux paris sur des sites étrangers. Mais l’entrée en vigueur de la loi risque d’ajouter à ce rapport intime au jeu qu’entretiennent pour l’heure quelques fenêtres promotionnelles sur le web, un bruit médiatique sans précédent pour démarcher internautes, lecteurs, auditeurs et téléspectateurs. Il ne s’agit pas seulement d’incitation au jeu par les dépenses publicitaires en faveur des médias — estimées à 250 millions d’euros par an — ou du parrainage sur les maillots des joueurs (à l’instar de Betclic sponsorisant l’Olympique lyonnais), mais aussi de l’intérêt bien compris qu’auront les médias à soutenir le commerce des paris sportifs jusque dans leurs programmes. Soucieux de diversifier leurs recettes, TF1 et M6 de même que RTL, Europe 1, RMC ou le groupe Amaury (L’Equipe, Le Parisien, le Tour de France...) font tous le pari d’une offre attelée à un opérateur (Betclic, Unibet, Française des jeux..) et d’émissions ou de sites incitatifs. Même le service public est de la partie pour pousser au clic l’internaute. « Il n’y a aucune raison de laisser au domaine privé ce type de revenus annexes », estime Daniel Bilalian, le directeur des sports de France Télévisions, qui entend drainer vers les sites de paris rémunérateurs les internautes du groupe public [2].

Face à l’addiction naissante, le joueur risque ainsi de trouver autour de lui, dans un espace médiatique ludique et désinvolte, une légitimation constante de son risque, fut-il destructeur. De surcroît, les nouvelles technologies comme la télévision interactive, qui permettra de parier tout en suivant les compétitions sportives ou les parties de poker, se prêtent bien à une connexion permanente sur les jeux d’argent. Quant à la publicité par ciblage comportemental dont les moteurs de recherche ou les grands portails se sont faits les champions, elle contribuera à enfermer encore davantage le joueur dans son addiction en l’incitant en permanence au gain : dès aujourd’hui, l’internaute qui s’intéresse au casino en ligne en faisant quelques requêtes sur Internet recevra, comme par hasard, moult propositions de paris.

Injonction européenne ? Retour à la table des matières

Le gouvernement affirme, comme à son habitude, qu’il répond à une injonction bruxelloise de libéralisation de ce marché et d’ouverture à la concurrence. Pourtant, la Cour de justice des communautés européennes a reconnu à l’Etat portugais, le 8 septembre, le droit de conserver son monopole sur les jeux au nom d’impératifs de santé public. Et comme dit le député PS Olivier Dussopt, « il n’y a ni obligation ni empressement de la Commission européenne à libéraliser ce secteur », dans la mesure où la préservation des monopoles publics pouvait très bien se justifier par des motifs d’ordre social comme la lutte contre les addictions et la protection des publics vulnérables [3]. En France, le seul garde-fou posé par le gouvernement consiste à interdire la communication publicitaire dans les émissions de télévision ou de radio destinées aux mineurs. L’alcool et le tabac sont plus sévèrement encadrés que l’incitation à risquer l’argent de la famille dans des paris hasardeux.

Rien ne dit enfin que l’autorisation des jeux en ligne empêchera les 25 000 sites considérés jusqu’à présent comme illégaux d’être actifs. Ils pourront au contraire développer leurs spécialités sur les casinos en ligne — roulettes, black jack — qui demeureront interdits en dehors des établissements physiques. Et comme il restera difficile — même avec le concours d’un juge — de fermer l’accès aux sites illégaux, on risque bien de voir la demande envers les gains faciles des jeux de hasard progresser de façon exponentielle... Au fond, c’est peut-être cela que recherche le gouvernement de Nicolas Sarkozy : l’espoir de l’argent facile, l’opium du gain assorti d’un impôt indirect, la roulette hasardeuse qui fasse oublier le cadeau fiscal donné aux plus riches... Des jeux, faute de pain.

Notes

[1] Libération, 7 octobre 2009.

[2] Stratégies, 27 août 2009.

[3] Lire le compte rendu de la séance du 7 octobre à l’Assemblée nationale.

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EDF-Veolia : plus belle la vie avec Henri Proglio !

mardi 6 octobre 2009, par Marc Laimé

Le feuilleton outrancièrement médiatisé de la nomination par le gouvernement français de M. Henri Proglio, actuel PDG de Veolia, fleuron du CAC 40 et premier groupe mondial des services à l’environnement, à la tête d’EDF, symbole du service public à la française, illustre jusqu’à la caricature la faillite de l’appareil médiatique. Ayant définitivement mué en instrument de propagande, il occulte les véritables enjeux d’un coup de force sans précédent dans l’histoire singulière du « capitalisme à la française », dont cette opération signe la mutation radicale. Au confluent de la « verticale du pouvoir » poutinienne et de la berlusconisation accélérée du débat public, l’avènement du lointain descendant hexagonal des « robber barons » (*), à la tête d’un empire qui va regrouper 500 000 salariés, évoque aussi l’un de ces « crépuscules de la raison qui engendrent des monstres. »

Conformément au scénario rigoureusement élaboré par une armada de spin doctors et conseillers en communication mobilisés pour l’occasion, la séquence a débuté dans le courant de l’été 2009 par des « fuites » évoquant la possible nomination de M. Proglio à la tête de l’une des plus emblématique entreprise française, véritable symbole d’un modèle de société dont les fondements remontent au programme élaboré à la fin de la seconde guerre mondiale par le Conseil national de la résistance.

Ironie de l’histoire, EDF a vu le jour au sortir de la seconde guerre mondiale en reprenant les actifs de la Lyonnaise de l’éclairage et de l’électricité, ancêtre de Suez-Lyonnaise des eaux, second leader mondial des services à l’environnement, désormais en guerre ouverte avec Veolia, en France et à l’étranger…

La quasi-totalité des médias français a consacré d’innombrables dépêches, articles, dossiers, reportages, « révélations », à un feuilleton dont le contenu signe un abaissement sans précédent de ce qui a très longtemps fait figure de « fondamentaux » du journalisme : enquêter, recouper, mettre en perspective une bien « ténébreuse affaire ».

« Recomposition brutale, racolage à tous les rayons », s’indigne Serge Halimi dans Le Monde Diplomatique d’octobre 2009, en présentant un état des lieux sans concession de la décomposition accélérée d’un système médiatique au fonctionnement de plus en plus délétère…

Notre im(P)roglio en donne un exemple achevé.

Très vite deux lignes de force se font jour. D’une part, une docte « analyse » de bilans boursiers, de stratégies de développement… Ici la presse économique, comme les medias généralistes, ont témoigné à nouveau de leur alignement sur la doxa de l’époque : cash-flow, endettement, conquête de marchés, compétition internationale, rôle décisif des « champions nationaux » dans l’avènement d’une nouvelle « croissance verte », qui sauvera l’humanité de la géhenne après l’hyper-catastrophe des « subprimes »…

Saint-Sulpice Retour à la table des matières

Puis, très vite, conjointement, c’est autour de la figure de M. Proglio que s’est développé une exercice d’hagiographie qui inclinerait à l’hilarité, s’il ne constituait l’épine dorsale d’une stratégie dont les retombées à moyen et à long terme font frémir.

Par le biais d’innombrables portraits et enluminures, la figure quasiment christique de M. Proglio va dès lors rapidement supplanter toute analyse.

Un saint homme, d’extraction modeste, qui toute sa vie se sera levé tôt, pour beaucoup travailler, et gagner peu au demeurant. Un homme discret, fuyant les mondanités, hormis une apparition fugace à la très fameuse « soirée du Fouquet’s », consécutive à l’élection de M. Nicolas Sarkozy à la présidence de la République en 2007. Un homme « fidèle », même à M. Jacques Chirac, ce qui en 2009, colporte la rumeur, ferait quasiment de lui un hérétique.

Mais surtout un homme fidèle à « son » entreprise, dont, après y être entré par la petite porte il y a presque quarante ans, il aura gravi tous les échelons, jusqu’à en devenir le « sauveur » quand Vivendi, sous la houlette du « flamboyant » Jean-Marie Messier, a été à deux doigts, au début des années 2000, d’engloutir dans sa chute la vénérable Générale des eaux, créé par décret napoléonien en 1853.

Ici la chronique s’attendrit, s’adorne de « petits faits » propres à émouvoir le cœur le plus endurci. Et ne manque pas de souligner la « fibre sociale » de M. Proglio, qui lui vaudrait la reconnaissance émue de la Confédération générale du travail (CGT), le premier syndicat français, aussi solidement implanté à Veolia qu’à EDF…

L’épisode est crucial, car, outre les qualités managériales de notre capitaine d’industrie, véritable « héros de notre temps », c’est in fine cet adoubement supposé par une « centrale ouvrière » qui légitime pleinement l’élection de M. Proglio, par M. Nicolas Sarkozy. M. Proglio dont les talents, l’entregent, la vision qui l’habite, mais surtout la très rare humanité, les capacités d’écoute, la maîtrise du dialogue social, en font sans conteste « le seul » candidat crédible à la présidence d’EDF.

Une entreprise, aujourd’hui encore publique, mais dont la « paix sociale » a hélas été troublée par des manifestations répétées de ses personnels, ce qui atteste à l’évidence que son actuel PDG, M. Gadonneix, passablement âgé au demeurant — et qui a, de surcroît, commis la folle imprudence de déclarer que les tarifs d’EDF devraient augmenter de 20 % pour supporter l’endettement considérable contracté en quelques années pour financer son « développement à l’international » —, ne fait décidément plus l’affaire en cette période sombre, où l’avenir de la maison France repose tout entier sur la vigueur de nos, rares, « champions nationaux. »

Ici l’imposture alimente d’interminables incidentes. D’éminents spécialistes du secteur rappellent dès lors que M. Proglio avait déjà repoussé en 2004 l’offre qui lui était faite de présider l’électricien national, « par amitié pour son président d’alors. »

La chanson de geste devient épique. Les mérites de notre capitaine d’industrie sont tels qu’ils sont de nature à lui permettre d’accomplir une mission impossible : présider un géant mondial de l’électricité et du nucléaire, lui aussi doté d’un endettement colossal, qui avoisinerait les 40 milliards d’euros, tout en conservant un rôle « non exécutif », au sein de Veolia, « sa maison », et d’engager ce faisant des rapprochements, des « synergies », d’élaborer une nouvelle configuration capitalistique, qui fera à terme d’EDF le premier actionnaire de Veolia.

Tout est en place pour l’ouverture du dernier acte de la farce. Une semaine durant les gazettes de s’interroger gravement : conflit d’intérêts, problème de gouvernance, rôle de l’Etat, voire, horresco referens, « nationalisation rampante »…

M. Nicolas Sarkozy n’outrepasse-t-il pas ses prérogatives en nommant nombre de dirigeants de grandes entreprises, semble s’interroger le magazine Challenges le 30 septembre 2009.

Mais la figure de notre héroïque baladin de la guerre économique mondiale résiste à la tempête. Ne peut-on comprendre son attachement à sa maison ? Au demeurant, sa rémunération à la tête d’EDF sera inférieure à celle que lui valait la présidence de Veolia. Argument imparable !

Sans compter qu’une escapade inattendue à la fête de l’Humanité témoigne à point nommé de sa « fibre sociale », lors même qu’à quelques heures d’intervalle Messieurs Eric Woerth, ministre du Budget, et Frédéric Mitterrand, ministre de la Culture, s’y font copieusement huer.

(L’un des trois grands hebdomadaires français nous appellera pour vérifier la scène de la voiture électrique de Suez à la Fête de l’Huma, d’une importance il est vrai majeure, que nous avons relatée dès la mi-septembre... O tempôra, o mores).

Dès lors, après un ultime arbitrage élyséen, après aussi que l’on ait appris que M. Proglio avait brutalement mis fin au début de l’été 2009, aux missions de conseil juridique que Veolia avait confié à M. Galouzeau de Villepin, ancien premier ministre, la nomination de M. Proglio à la tête d’EDF est donc acquise.

Ultime marqueur sémantique, un hebdomadaire économique publie en « Une » la photo plein cadre de M. Proglio. En sous-titre « Les franc-maçons », appartenance dont une dizaine de gazettes relateront que M. Proglio la dénie avec désinvolture…

Véritable apothéose dans la crétinerie moutonnière, sous forme de respectueuse soumission au « côté obscur de la force »…

A peine dramatisera-t-on à nouveau une séance du conseil d’administration de Veolia, convoqué… un dimanche soir (!), au cours duquel M. Proglio fera avaliser son projet de refonte de la « gouvernance » de l’entreprise, afin d’en devenir le président du conseil de surveillance, et faire accéder à la présidence de son futur directoire l’un de ses plus fidèles lieutenants, M. Antoine Frérot, qui dirige depuis plusieurs années les activités « Eau » de la multinationale.

De nouvelles « fuites » évoquent les états d’âme présumés du gotha du CAC 40 qui siège au dit conseil d’administration. « Tout cela est-il bien convenable ? ». La nouvelle « gouvernance » sera-t-elle conforme aux canons de l’époque ? La « place de Paris » frémit. Le Journal du Dimanche, propriété de M. Arnaud Lagardère, qui s’autoproclame le « frère » du président de la République, publie une émouvante photo de M. Proglio, le téléphone portable à l’oreille, concentré sur une conversation à l’évidence cruciale, sur fond de charmants bosquets du 16ème arrondissement.

Au terme d’une campagne éclair d’un mois, la messe est dite. Le flot d’arguments, de gloses, la savante mise en scène d’un suspense haletant auront épuisé l’hubris de la gent médiatique.

Enamourés, hagards, analystes et « columnists » se rendent et communient en chœur : « Plus belle la vie avec Henri Proglio ! »

Voire.

En dépit d’une « couverture intensive » , quelques menues considérations n’ont semblent-ils pas mérité d’être portées à la connaissance de l’opinion publique, qui auraient pourtant contribué à éclairer le débat, national, sur la question de la nomination de M. Henri Proglio à la direction d’EDF.

Dettes Retour à la table des matières

Ainsi, aucun fin limier n’a-t-il jugé bon de s’appesantir sur le véritable miracle survenu au début des années 2000, miracle qui a assuré la survie de Vivendi, Veolia, et la fortune de leurs dirigeants. Au détriment des 26 millions d’usagers français à qui Veolia distribue de l’eau.

M. Jean-Marie Messier, autre « héros de notre temps », on s’en souvient, rêvait de conquérir la planète, multiplia pour ce faire d’onéreuses acquisitions aux quatre coins du monde, surtout à Hollywood, endetta fort imprudemment Vivendi, dont il dût, la mort dans l’âme, abandonner précipitamment la présidence, après avoir creusé un gouffre avoisinant les 20 milliards d’euros.

Non sans avoir spolié au passage collectivités et usagers, clients de Veolia, de près de 5 milliards d’euros de « provisions pour renouvellement », en principe affectés au renouvellement des réseaux d’eau, somme astronomique qui apparaît avoir été dilapidée pour racheter des actions de Vivendi, et tenter désespérément ce faisant d’éviter un krach dont les conséquences auraient été terribles.

La plus élémentaire objectivité nous contraint toutefois à préciser qu’un rapport rédigé par M. Guy Carcassonne, éminent constitutionnaliste réputé socialiste, rapport commandé au dit M. Carcassonne par Veolia, pour un montant qui nous est inconnu, mais qui devrait assurer la subsistance des habitants d’une ville africaine durant une bonne dizaine d’années, a fait litière de ces imputations hasardeuses, qui n’ont au demeurant, en dépit de tentatives réitérées de quelques députés, jamais pu engager à la constitution d’une Commission d’enquête parlementaire, qui aurait peut-être permis d’éclairer cette ténébreuse affaire.

Ledit krach a donc fort heureusement été évité de justesse, consécutivement au départ de M. Jean-Marie Messier.

La dette considérable qu’avait contracté Vivendi a dès lors été « logée », miracle de l’ingénierie financière, dans la filiale Vivendi Environnement, puis Veolia Environnement, présidée par M. Henri Proglio, qui traîne depuis lors ce véritable boulet. Une dette aujourd’hui évaluée à 16,8 milliards d’euros, que les analystes financiers reprochent amèrement à M. Proglio de n’avoir su, ou pu, réduire.

Ceci en dépit des plus exotiques acrobaties qui peuvent germer dans la cervelle d’un directeur financier, ledit directeur financier ayant d’ailleurs fini par y perdre son job. Il est vrai que l’action de Veolia aura, nonobstant, perdu 45 % de sa valeur depuis trois ans...

Du coup, hier encore moribonde, Vivendi, confiée à M. Jean-René Fourtou, délestée de son considérable endettement, a miraculeusement recouvré les faveurs de la bourse, accompli un parcours exemplaire, et fait la fortune de son président et de ses actionnaires.

Accessoirement, on apprenait par le biais d’un communiqué de presse en date du 1er octobre 2009 que Maître Frédérik-Karel Canoy, avocat français initiateur d’une procédure ouverte à l’encontre de Vivendi en France, se rendait à New York le 5 octobre 2009 pour l’ouverture du procès de la « class action Vivendi », afin d’y représenter, assisté d’un avocat américain, les actionnaires français ruinés par les foucades de M. Messier, qui représentent près de 67 % des actionnaires de Vivendi, sans compter les institutionnels français et étrangers.

Par ailleurs, par un arrêt en date du 29 septembre 2009, la Cour d’Appel de Paris a confirmé que l’information émanant de la société Vivendi était bien trompeuse et mensongère. Ce qui pourrait augurer d’un prochain renvoi en correctionnelle de M. Jean-Marie Messier. Et, de fait...

On serait dès lors fondé à s’inquiéter des perspectives de rapprochement capitalistiques entre Veolia et EDF, dont M. Proglio se dit résolu à les accélérer, à la faveur d’un échange d’actions qui verrait EDF abandonner les parts qu’elle détient dans la filiale Dalkia, spécialisée dans le chauffage, commune aux deux groupes. Et devenir ce faisant, sans que Veolia ne débourse un centime, son « actionnaire de référence », à hauteur de 14 à 15 % du capital de Veolia, avant la Caisse des dépôts et consignations, qui détient aujourd’hui 10 % du capital de Veolia.

EDF, déjà nantie d’un endettement qui pourrait frôler à terme les 50 milliards d’euros, devenant dès lors le premier actionnaire, pour l’heure public, de Veolia, elle-même lestée d’un endettement qui pourrait atteindre les 18 à 19 milliards d’euros en 2012, ce en dépit d’un plan stratégique de « cessions d’actifs », engagé vigoureusement par M. Proglio, aux quatre coins du monde.

L’inévitable remontée des taux d’intérêt, aujourd’hui « historiquement très bas », vont de fait alourdir considérablement le poids du financement de la dette de ces deux entreprises, dont les orientations stratégiques que souhaite leur impulser M. Proglio exigent de surcroît des investissements colossaux nécessaires à leur déploiement à l’étranger.

On ne doute pas que M. Proglio, qui sera auditionné par le Parlement avant sa nomination effective à la direction d’EDF au début du mois de novembre 2009, saura rassurer ses interlocuteurs.

On ne parierait pas en revanche sur un « gel », voire même une « augmentation maîtrisée », des tarifs de l’eau et de l’électricité en France à l’horizon des toutes prochaines années.

Social Retour à la table des matières

Pour ce qui est de la « fibre sociale » de Veolia et de ses dirigeants, on prendra connaissance avec intérêt du jugement rendu le 24 septembre 2009 par la 17ème Chambre correctionnelle du Tribunal de grande instance de Paris, qui a relaxé M. Christophe Montgermont, ex-responsable du syndicat FO de Veolia, licencié par l’entreprise en 2004, poursuivi pour diffamation après qu’une dépêche AFP ait relaté le 4 novembre 2007 « qu’un syndicaliste FO accuse Veolia « d’acheter la paix sociale ».

Une nouvelle victoire pour un homme qui se bat obstinément pour faire reconnaître le caractère abusif de son licenciement, et comptabilise des dizaines de procédures engagées à son encontre par Veolia depuis une dizaine d’années, qu’il gagne au demeurant immanquablement, sans compter plusieurs agressions physiques perpétrées par des sicaires, dont deux furent arrêtés et condamnés à de la prison ferme…

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Le jugement de la 17ème Chambre du TGI de Paris

Mais Christophe Montgermont, véritable « bête noire » de Vivendi-Veolia va revoir Jean-Marie Messier… Maître Frédérik-Karel Canoy l’a fait citer devant le tribunal américain qui statue actuellement à New York

sur la « class action » Vivendi évoquée ci-dessus, avec Jean-Luc Touly, ex-délégué syndical CGT Vivendi Générale des eaux Ile-de-France, lui aussi licencié, désormais Directeur de l’eau à la Fondation France Libertés de Mme Danièle Mitterrand, et porte-parole de l’association française de lutte contre la corruption Anticor.

A la guerre comme à la guerre Retour à la table des matières

Mais tout cela ne sont que broutilles, si l’on en croit le contenu d’un sidérant rapport rendu public dans le courant de l’été 2009, avant que notre feuilleton n’enflamme les médias. Car Veolia, et donc la France, car « Veolia c’est la France », sont en guerre. En guerre contre tous, surtout les concurrents acharnés à sa perte et les puissances occultes qui les soutiennent, états, organisations internationales, ONG…

Ce rapport n’émane pas d’un nouveau Dr Folamour, mais de l’Ecole de guerre économique (EGE), étonnant institut de formation sis dans le 7ème arrondissement à Paris, dirigé par un ancien maoïste, ex-enfant perdu des années 80, institut qui jouit de la bienveillante attention du ministère de la défense, et forme les élites françaises de demain à la guerre planétaire qui ordonne désormais nos destinées.

Adoncques, pour la promotion de jeunes auditeurs de l’EGE qui a enquêté ardemment sur « l’environnement concurrentiel de Veolia », le tableau est terrible ! Car « l’analyse des rapports de force concurrentiels entre les principaux groupes de taille mondiale dans le domaine de l’eau » (PDF) ne laisse planer aucun doute. L’heure est grave et la maison France doit se mobiliser toute entière pour sauver le soldat Veolia, en butte à des menées quasi terroristes.

Seul un John Le Carré serait à même de déchiffrer les tenants et aboutissants qui ont présidé à la parution de ce sidérant rapport.

Surtout quand on prend connaissance des préconisations de nos vaillants voltigeurs qui dressent la « feuille de route » de Veolia, menacée de « perdre sa position dominante »… Voir notamment les pages 44 à 47 du rapport de l’EGE précité, qui décrivent admirablement les évolutions en cours aux niveaux français et européen..

Sur le fond, les orientations décrites dans ce rapport recoupent très largement les travaux du meilleur spécialiste français de la question, M. Dominique Lorrain, chercheur au CNRS, qui analyse depuis une dizaine d’années les enjeux de la compétition mondiale dans le domaine de l’eau

Au-delà, en France même, les deux majors françaises de l’eau sont aussi confrontées depuis une dizaine d’années à la contestation portée par des associations d’usagers, des élus, qui remettent en cause des pratiques qui défraient la chronique depuis des décennies, et défendent le retour à une gestion publique de l’eau.

Menaces Retour à la table des matières

Mais l’essentiel est ailleurs. Le modèle historique du service de l’eau inventé il y a plus d’un siècle agonise. La martingale des barons de l’eau ne survivra pas aux toutes prochaines années.

Cette remise en question du modèle économique des services d’eau tient à l’évolution des missions d’intérêt général confiées aux opérateurs, comme le soulignait un avis adopté par le Conseil économique et social environnemental (CESE) le 5 mai 2009, intitulé « Les usages domestiques de l’eau ».

(…) « Dans le passé, les services d’eau ont été rémunérés par la croissance des volumes consommés parce que cette croissance des consommations d’eau correspondait à un objectif d’intérêt général : améliorer la protection sanitaire des populations desservies, allonger l’espérance de vie des habitants des grandes villes d’Europe Ces objectifs ont été largement atteints avec la révolution “hygiéniste” de la fin du XIXe et du début du XXe siècle.

Désormais, sans bien sur renoncer aux objectifs de santé publique, une nouvelle mission de préservation de la ressource et de limitation des prélèvements est demandée aux opérateurs des services d’eau. »

Trois pistes de réflexion peuvent être imaginées pour concilier ces nouvelles missions d’intérêt général avec les modes de financement des services :

- Une première piste est liée à une délimitation plus précise du périmètre des services d’eau. Les missions et prestations extérieures au service d’eau, telles que la gestion des eaux pluviales, la restauration du milieu aquatique ou la lutte contre les inondations, devraient être à la charge du contribuable et non à celle de l’abonné. Dans cette optique, le financement des services d’eau et d’assainissement serait mixte ; majoritairement à la charge de l’abonné pour ce qui concerne le service d’eau et d’assainissement au sens strict ; à la charge du contribuable pour les autres missions extérieures au périmètre du service d’eau.

- Une deuxième piste consiste à rémunérer directement l’opérateur en fonction des performances exigées par la commune. Un tel système est susceptible de conduire à une augmentation de la part fixe des recettes de l’opérateur. La condition nécessaire à ce mode de rémunération est la définition d’indicateurs de mesure de la performance pertinents, par exemple comme l’amélioration du rendement du réseau. La concrétisation de cette piste dépendra en partie de la capacité de l’Office national de l’eau et des milieux aquatiques (ONEMA), à concevoir des indicateurs de performance utilisables par les communes, d’autre part à fiabiliser la remontée des informations fournies par les exploitants des services d’eau.

- Une troisième piste est de dissocier les volumes vendus des volumes prélevés. C’est l’un des avantages de la réutilisation des eaux usées. La rémunération de l’opérateur reste proportionnelle aux volumes d’eau facturés aux consommateurs. En revanche, ces volumes d’eau facturés sont indépendants des volumes prélevés sur la ressource. En d’autres termes, la réutilisation des eaux usées est une nouvelle ressource, qui permet de concilier maintien du mode de rémunération de l’opérateur et exécution de sa nouvelle mission d’intérêt général visant à sauvegarder la ressource naturelle.

La mise en œuvre de ces différentes pistes d’évolution du modèle économique des services d’eau est conditionnée par une décision de l’autorité organisatrice du service d’eau. Il ne saurait y avoir de solution unique, mais il y aura des solutions diverses. Il n’appartient pas à ce stade au Conseil de préconiser une piste plutôt qu’une autre.

Le Conseil affirme que cette mission d’intérêt général ne peut pas être rémunérée par un accroissement des volumes consommés et facturés. Il recommande en conséquent que les collectivités locales et l’ensemble des parties prenantes initient une réflexion pour la mise en place de nouveaux modes de rémunération des services d’eau et d’assainissement, qui soient cohérents avec l’ensemble de leurs missions d’intérêt général. »

Le nouveau bio-pouvoir Retour à la table des matières

Veolia et Suez ont parfaitement anticipé cette mutation radicale de leur modèle économique. Accessoirement, M. Antoine Frérot, qui va succéder à M. Henri Proglio à la direction de Veolia, a le premier théorisé cette indispensable évolution.

A l’étranger une croissance sans limite portée par les nouvelles technologies du dessalement et de la récupération des eaux usées.

En France une OPA massive sur la gestion de la ressource elle-même, bien au-delà des missions historiques des grands opérateurs privés du domaine de l’eau, pour le compte des collectivités locales.

De nouveaux « marchés », pour de nouvelles missions jusqu’ici massivement assurées, tant par les services déconcentrés de l’Etat que par les collectivités territoriales.

Or les services déconcentrés de l’Etat, héritage napoléonien, sont en passe d’être violemment pulvérisés, sous l’effet de la « Révision générale des politiques publiques » (RGPP) initiée à l’hiver 2007 par le gouvernement de M. François Fillon.

Main basse sur EDF Retour à la table des matières

Et c’est bien à cette aune qu’il convient d’apprécier l’accession de M. Henri Proglio à la direction d’Electricité de France. Que n’a-t-on lu depuis un mois sous la plume des folliculaires experts en fusions, synergies et tutti-frutti ! Le mariage de l’eau et de l’électricité n’a aucun sens, le modèle allemand d’E.ON a échoué, etc, etc.

Billevesées qui occultent l’essentiel.

Les Etats-unis mobilisent de 4 à 5% de leur production globale d’électricité pour produire de l’eau potable. Pourcentage que l’on retrouve peu ou prou dans l’ensemble des pays développés.

EDF est le premier gestionnaire des masses d’eau de surface en France. Cinquante-huit centrales nucléaires et plus de 400 barrages mobilisent près de 75 % des eaux superficielles qui sont affectées à la production énergétique.

Suez l’a compris de longue date, et a procédé à d’importantes acquisitions en ce domaine au cours de la dernière décennie, notamment les actifs de la Compagnie nationale du Rhône...

Or, réchauffement climatique aidant, les tensions vont monter crescendo et les conflits d’usage se multiplier autour de l’affectation des ressources en eau disponibles.

A l’horizon 2050, comme l’atteste un rapport publié le 21 septembre 2009 par l’Observatoire national sur les effets du réchauffement climatique (Onerc), placé sous la tutelle du ministère de l’Ecologie, le déficit en eau que va connaître la France est évalué à près de deux milliards de mètres cubes annuels, ce qui représente 13 % des besoins actuels…

Quels quotas d’eau demain pour la production d’énergie, l’agriculture, l’industrie, les besoins domestiques…

Qui arbitrera en la matière ?

Le « rapprochement » à marches forcées d’EDF et de Veolia dessine à cette aune d’inquiétantes perspectives.

Ceci d’autant plus que l’an dernier M. Jean-Louis Borloo, en catimini ou presque, annonçait, sacro-sainte concurrence oblige, que les 400 concessions « historiques » d’EDF allaient faire l’objet d’un appel d’offres, légitimé par l’ouverture à la concurrence du marché de l’énergie..

Par ailleurs le rapprochement annoncé entre EDF et Veolia pourrait aussi permettre à cette dernière de concurrencer son éternelle rivale, GDF-Suez, sur un marché porteur.

Le groupe présidé par M. Mestrallet participe en effet à plusieurs consortiums qui vont construire en Amérique du Sud et dans le Sud-est asiatique barrages et centrales hydro-électriques, un marché en plein essor dans les pays émergents, pour des chiffres d’affaire qui se comptent en milliards de dollars. Marchés dont Veolia est aujourd’hui absente...

La logique ultime de ces mouvements tectoniques c’est la création demain de véritables « marchés de l’eau », sous l’emprise d’une entreprise tentaculaire, point nodal de tous les flux énergétiques et de tous les réseaux. Un « champion mondial » pour la nouvelle « économie verte » mondiale...

Dans le rapport d’information, passé inaperçu, adopté le 13 mai 2009 par la Commission des affaires étrangères de l’Assemblée nationale, M. Jean-Jacques Guillet, député (UMP) des Hauts-de-Seine, décrit bien en effet « L’environnement, nouveau champ d’application de la diplomatie française »…

Défaite du politique Retour à la table des matières

Hélas, pour l’heure, anesthésiés par la campagne éclair de M. Proglio, partis politiques, syndicats, chercheurs, société civile..., demeurent cois, ou presque.

A peine un coup de semonce publié le 28 septembre 2009 sur le blog de M. Alain Bazot, président de l’UFC-Que-Choisir : « Henri Proglio à la tête d’EDF : attention de ne pas couper celle des consommateurs ! ».

Ou l’annonce le mardi 22 septembre 2009, lors du 34ème congrès de la Fédération nationale des collectivités concédantes et régies (FNCCR), à Annecy, que « face à des groupes des secteurs de l’eau, de l’énergie, du numérique engagés sur l’international, les collectivités rappellent leur rôle en tant que propriétaires des réseaux. Mais aussi en tant que garantes des services publics locaux ».

Des « petites phrases » du Parti socialiste et de M. François Bayrou.

Ah, et enfin, tout de même, Daniel Schneidermann dans sa chronique Rebonds du quotidien Libération en date du 5 octobre 2009, se gaussant : « Après la crise, retour d’un patron surhomme ».

Une votation citoyenne pour la Poste, très bien, bravo.

Mais pour l’eau et l’énergie, le politique aux abonnés absents.

Peut-être à raison des « pièges de la professionnalisation », qu’analyse dans l’article intitulé « Faire de la politique ou vivre de la politique », publié dans l’édition d’octobre 2009 du Monde Diplomatique, M. Rémy Lefebvre, professeur de sciences politiques à l’Université de Lille II :

« Exclus durablement du pouvoir national en France, les partis de l’ex-gauche plurielle se sont repliés sur leurs bases locales et leurs réseaux d’élus, s’accommodant d’une situation qui leur assure de nombreux postes à répartir. Le Parti socialiste, le Parti communiste français et les Verts sont ainsi devenus des machines électorales, relativement performantes sur le plan municipal, départemental ou régional, dans lesquelles les intérêts de milliers de professionnels de la politique semblent désormais prédominer. Il semble loin le temps ou la gauche combattait la notabilisation de ses élus. La lutte des places tend à se substituer à celle des classes, coupant les partis de gauche des revendications et du vécu quotidien des groupes sociaux qui les soutenaient traditionnellement (ouvriers, employés, enseignants. Et alors même que flexibilité et précarité frappent durement ces milieux et que la crise a fissuré les dogmes libéraux, ce sont les querelles de chefs et les savants calculs pour la composition des listes électorales qui dominent les débats. »

Au confluent de la verticale du pouvoir poutinienne qui inspire manifestement la « politique industrielle » du gouvernement de M. Sarkozy, et de la berlusconisation accélérée de l’appareil médiatique hexagonal, une déclaration d’un autre ministre du gouvernement de M. Fillon résume admirablement la séquence, inédite par son ampleur, qui aura mobilisé l’establishment politico-industriel en cette rentrée 2009.

Le dimanche 27 septembre 2009, M. Patrick Devedjian, ministre de la relance, minimisait en ces termes le « budget de crise », qui va encore creuser la dette de l’Etat : « Quand il y a le feu à la maison, on ne regarde pas la facture d’eau… »

Marseille 2012 Retour à la table des matières

Présidé par M. Loïc Fauchon, PDG de la Société des eaux de Marseille, filiale de Veolia, le Conseil mondial de l’eau, organisation privée toute acquise à la marchandisation de l’eau, organisera à Marseille en mars 2012, deux mois avant la prochaine élection présidentielle française, le 6ème Forum mondial de l’eau, qui devrait accueillir de 30 à 40 000 congressistes dans la cité phocéenne.

Ayant déjà annoncé que ce forum exceptionnel accueillera, c’est une première, une rencontre entre chefs d’états, la France entend y affirmer son hégémonie technique, financière et culturelle sur la question de l’eau, enjeu majeur du XXIe siècle.

Même clamé par des milliers d’altermondialistes, le slogan « l’eau n’est pas une marchandise » ne va pas suffire à réfréner les ambitions de Suez-GDF et Veolia-EDF, soutenus par tout l’appareil d’état français, qui se préparent à conférer à « Marseille 2012 » l’allure d’une victoire historique des tenants de la marchandisation de l’eau.

Quelle gouvernance de l’eau au XXIème siècle ? Retour à la table des matières

L’affaire semble mal engagée pour les tenants d’une gestion publique, soutenable et équitable de l’eau, bien commun de l’humanité, puisque dès sa prochaine réunion annuelle qui se tiendra du 14 au 16 octobre 2009 à Marseille, le Conseil mondial de l’eau va inviter six agences des Nations-unies à rejoindre son Conseil des gouverneurs, officialisant par ce biais son leadership, jusqu’ici officieux, et fortement contesté, sur la question de l’eau.

Démarche contre laquelle s’élèvent plusieurs coalitions internationales, engagées dans la défense de l’eau, bien public mondial, comme Water Justice, ou l’Africa Water Network, qui ont lancé une pétition internationale, adressée au Secrétaire général de l’ONU, M. Ban-Kimoon, et au président de son Assemblée générale, le Docteur Ali Abdussalam Treki, les conjurant d’enjoindre aux agences des Nations-unies concernées de ne pas rejoindre le « Board of Governors » du Conseil mondial de l’eau.

(*) « Robber barons » : dans la mythologie américaine les « robber barons » du XIXe siècle, magnats du fer ou du chemin de fer, incarnent la figure impitoyable du capitalisme qui n’hésitera pas à faire feu sur les grévistes de Chicago, donnant naissance au 1er mai chômé.



Europe : les illusions perdues

lundi 5 octobre 2009, par Philippe Leymarie

Puisque, après le vote ultra-favorable des Irlandais, l’Europe à la mode Barroso cavale à nouveau en direction de l’application, le plus tôt possible, du traité de Lisbonne, retour express sur le débat plus spécifique à propos de la défense européenne. Un débat tranché sabre au clair, par exemple, par le journaliste de Libération Jean-Dominique Merchet, pour qui « la défense européenne est une illusion : elle ne verra pas le jour et c’est tant mieux, car c’est une illusion dangereuse ».

Animateur du blog « Secret défense », un des plus courus du genre, l’auteur estime que l’Europe – construite sur le mode du « Plus jamais ça ! », après la suite de tragédies de la première moitié du XXe siècle – « ne pourra jamais assumer la responsabilité de la guerre [1]. » Et que, dans l’immédiat, le bilan de la Politique européenne de sécurité et de défense (PESD) est « à la fois rapide et désolant » : une force de réaction rapide qui n’a jamais vu le jour, pas plus qu’il n’y a d’état-major européen opérationnel en permanence, et à plus forte raison « d’armée européenne » ; des règles et procédures spécifiques pour la prise de décisions ayant des implications militaires (pas de supranationalité, unanimité nécessaire)...

Cuisine et vaisselle Retour à la table des matières

« Autant dire, écrit Merchet, que l’UE n’aura le choix qu’entre l’impuissance et la recherche permanente (et longue) du plus petit dénominateur commun… Longtemps encore, l’Europe comptera ses divisions… et elles ne seront pas blindées. » Une défense commune qui, selon l’auteur, est largement abandonnée à l’Organisation du Traité atlantique Nord (OTAN), c’est à dire — pour ce qui concerne les grands enjeux, notamment la dissuasion ou la réplique en cas d’attaque contre un Etat membre — au parrain américain : deux Etats-membres sur vingt-sept possèdent l’arme nucléaire (France, Grande-bretagne), mais quatre pays (Allemagne, Belgique, Hollande, Italie) stockent des têtes nucléaires américaines sous contrôle de l’US Air force, qui pourraient être mises en œuvre par les aviations des pays concernés... après feu vert, bien sûr, de Washington.

Et de citer la formule du néocon Robert Kagan, « aussi drôle que cruelle » : « Les Américains font la cuisine, les Européens font la vaisselle [2]. » Autant dire qu’on leur confie l’après-vente, par exemple en Bosnie ou en Afghanistan : reconstruction, justice, police... C’est d’ailleurs écrit noir sur blanc dans le traité européen, à la demande des atlantistes les plus enragés : « Les engagements et la coopération dans ce domaine [la défense] demeurent conformes aux engagements souscrits au sein de l’Otan, qui reste, pour les Etats qui en sont membres, le fondement de leur défense collective et l’instance de sa mise en œuvre. » Or, vingt et un des vingt-sept membres de l’UE sont également intégrés au sein de l’Otan - les exceptions restant relativement marginales (Autriche, Chypre, Finlande, Irlande, Malte, Suède)...

L’auteur s’interroge au passage sur le « monologue nucléaire français », les Européens ne paraissant pas très enclins à sa placer sous le parapluie proposé par Paris. Et aussi sur cette Europe « conçue pour des temps ordinaires » de paix, de tranquillité, qui serait bien en peine de se mobiliser en temps utile pour distinguer l’ami de de l’ennemi, et mettre en œuvre les moyens de prévention ou de riposte, par exemple en cas de menace dans l’espace aérien.

Equipé, mais vide Retour à la table des matières

Tout en soutenant que, « dix ans après sa création, la politique de défense et de sécurité apparaît comme une des avancées incontestables de l’Union européenne », le vice-amiral Jean-François Morel (qui avait été un des premiers officiers français affectés à l’état-major de l’Union européenne à Bruxelles), et son co-auteur, l’analyste franco-britannique Alastair Cameron [3] dressent une liste de « pistes de développements potentiels encore controversés » qui en dit long sur les difficultés de la tâche :

— l’entrée en vigueur des dispositions du traité de Lisbonne en matière de défense et de politique étrangère (coopération structurée permanente, coopérations renforcées, service européen d’action extérieure, clause d’assistance mutuelle) ;
— l’élaboration d’un Libre blanc européen, qui identifierait les intérêts communs, voire vitaux des Etats membres, et articulerait une stratégie de réformes et d’investissements pour y répondre ;
— la mise en place d’un quartier général d’opérations permanent, destiné à conduire de façon autonome les opérations européennes depuis Bruxelles (un centre d’opérations existe, tout équipé, mais il est vide ; et plusieurs pays – dont la Grande-Bretagne – ne souhaitent pas qu’il soit « armé ») ;
— l’augmentation de la part du financement communautaire des opérations, et la réduction d’autant des dépenses des Etats membres qui financent leurs propres éléments militaires déployés sous la bannière européenne ;
— la mise en place de relations militaires entre l’Union européenne et les Etats-Unis (alors que, jusqu’à présent, Washington s’est toujours refusé à faire passer la relation militaire euro-américaine en dehors de l’Otan ;
— l’augmentation du budget de l’Agence européenne de défense, afin de développer la recherche et le développement des technologies dans le domaine de l’armement.

Commandes du monde Retour à la table des matières

Prenant argument de prévisions du Conseil national du renseignement américain — qui pronostique une perte d’influence de l’Union européenne en 2025 face à deux poids lourds en ascension, la Chine et l’Inde, à une Russie en expansion... ou en faillite, à un Brésil appelé à un rôle de chef de file, à un Japon pris entre les USA et la Chine, et à des Etats-Unis d’Amérique qui seront toujours aux commandes du monde, mais dont les capacités d’action auront diminué —, Philippe Esper, président du Conseil économique de la défense, plaide pour que « la France engage, au sein d’un groupe de pays européens “qui le veulent et qui le peuvent”, une réflexion constructive sur un projet de sécurité et de défense, les économies et les civilisations européennes ne pouvant prétendre jouer un rôle mondial au cours du XXIe siècle que si elles sont capables de construire ensemble leur assurance-vie : leur sécurité et leur défense [4]. »

Les auteurs relèvent l’asymétrie de volume entre les budgets de défense des Etats-Unis et de l’Union européenne : l’écart s’est accentué (il est par exemple de 1 à 6 en faveur des Etats-Unis pour la recherche et le développement. Sur la période 2002-2008 (les mandats de George W. Bush), les Etats-Unis ont accru leurs dépenses de défense de 62 % (contre 22 % en Europe, ce qui — en intégrant l’inflation — correspond à une quasi stagnation.

Autre fait souligné : l’absence de coordination des budgets de défense en Europe. La France et la Grande-Bretagne consacraient presque 2 % de leur PIB à la défense, contre 1,3 à l’Allemagne et à l’Italie, 1,2 à l’Espagne, et beaucoup moins dans la plupart des autres Etats-Membres de l’UE. Les auteurs remarquent que le tissu industriel est également très fragmenté, et que la coopération opérationnelle entre Européens est restée timide, faute notamment de moyens pour la conduite autonome des opérations, avec une majorité d’interventions qui ne sont pas proprement militaires, et qui sont « de nature et d’intensité variables, et de portées limitées ». Ils plaident en faveur d’un sommet consacré spécialement à ces questions de défense européenne.

Notes

[1] Jean-Dominique Merchet, Défense européenne, La grande illusion, Larousse - A dire vrai, Paris, 2009.

[2] Robert Kagan, La puissance et la faiblesse, Plon - Omnibus, 2003.

[3] Jean-François Morel, Alastair Cameron, L’Europe de la Défense – le Chœur du Débat, préface de Javier Solana, L’Harmattan, Paris, 2009.

[4] Philippe Esper, Christian de Boissieu, Yves-Thibault de Silguy, Eurodéfense : pour une relance de l’Europe de la défense, préface de Romano Prodi, UNICOMM, 2009.

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