9 janvier 2014

Au Bangladesh, les meurtriers du prêt-à-porter

Par Olivier Cyran
Source : http://www.monde-diplomatique.fr
06/2013
English : In Bangladesh, the murderers of ready-to-wear

Ce mercredi 8 janvier marque l’ouverture des soldes d’hiver, une période de liesse notamment propice à l’achat de vêtements à prix sacrifiés. L’occasion aussi de s’intéresser aux conditions de travail de ceux qui les confectionnent, par exemple au Bangladesh, troisième fournisseur de la France après la Chine et l’Italie. En juin dernier, Olivier Cyran menait l’enquête sur le secteur du prêt-à-porter dans ce pays où «  il est difficile de trouver des hommes de pouvoir qui ne soient pas liés au monde du textile  ».

Avant même que l’effondrement des ateliers du Rana Plaza, à Dacca, ne tue plus d’un millier d’ouvriers, d’autres drames avaient mis en lumière les conditions de travail dans les usines de confection bangladaises. Comment le pays en est-il arrivé à une telle situation ?

Visible à plusieurs centaines de mètres à la ronde, l’étincelante tour de verre qui se dresse en solitaire sur la berge du lac Hatirjheel évoque un greffon de la City de Londres transplanté au cœur d’un gigantesque bidonville. C’est le siège de l’Association des fabricants et exportateurs de textile du Bangladesh (Bangladesh Garment Manufacturers and Exporters Association, BGMEA), l’organisation des employeurs du prêt-à-porter.

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Contrairement à l’immeuble du Rana Plaza, qui ne respectait aucune loi en matière de construction et dont l’effondrement, le 24 avril, a entraîné la mort d’au moins mille cent vingt-sept personnes, majoritairement des ouvriers du textile, la tour du BGMEA ne menace pas de s’écrouler. Ce ne serait pourtant que justice : dans un verdict rendu le 19 mars dernier, la Haute Cour du Bangladesh a ordonné la destruction du gratte-ciel patronal dans un délai de trois mois, au motif qu’il a été illégalement bâti sur un terrain public dont l’organisation patronale s’est emparé sans droit ni titre, grâce à la complicité du ministère du commerce. Le BGMEA a fait appel du jugement. Quelle que soit l’issue de la procédure, personne n’imagine que la « tumeur cancéreuse de Hatirjheel », comme l’appellent les magistrats, puisse un jour prochain tomber en poussière.

A l’entrée, le visiteur a droit au salut militaire des agents de sécurité. A Dacca, où le touriste est rare, l’homme blanc se confond souvent avec l’acheteur de prêt-à-porter, négociant de Mango, Benetton ou Hennes & Mauritz (H&M), auquel vigiles et portiers se doivent de marquer leur déférence. L’intéressé s’accommode volontiers de ce statut seigneurial. Sa considération pour l’homme de la rue transparaît dans la brochure Dhaka Calling, offerte aux clients des grands hôtels, dans laquelle figure cette sage recommandation : « Ne riez pas des gens que la pauvreté a rendus malades, ne vous moquez pas d’eux. »

Nous sommes le 9 avril, et le Rana Plaza, à une vingtaine de kilomètres de la tour du BGMEA, tient encore debout. Le pire massacre de l’histoire industrielle du Bangladesh n’aura lieu que dans deux semaines, mais la question de la sécurité et des conditions de travail dans le textile se pose néanmoins déjà avec insistance. Le 7 janvier dernier, un incendie a provoqué la mort de huit ouvriers chez Smart Export Garment, une petite usine de trois cents salariés située dans le centre de Dacca. « Ils avaient tous moins de 16 ans », assure Saydia Gulrukh, une anthropologue qui a fondé un groupe de solidarité avec les victimes du textile. Un mois et demi plus tôt, le 24 novembre 2012, un autre incendie ravageait l’usine de Tazreen Fashions à Ashulia, un faubourg au nord de la capitale bangladaise, faisant cent douze morts et un millier de blessés, selon le bilan officiel.

Dans les neuf étages de Tazreen s’entassaient trois mille salariés, majoritairement des jeunes femmes venues des campagnes les plus pauvres en quête d’un gagne-pain pour leur famille. A raison de 3 000 takas par mois, l’équivalent de 30 euros, elles confectionnaient dix heures par jour et six jours sur sept des vêtements destinés à des marques prestigieuses, parmi lesquelles Disney, Walmart et le groupe français Teddy Smith. Les produits hautement inflammables avaient été stockés au rez-de-chaussée, à côté de la cage d’escalier, au mépris des règles de sécurité les plus élémentaires. Les issues de secours ayant été verrouillées pour empêcher tout vol de marchandise, conformément aux usages en vigueur, les victimes piégées par les flammes sont mortes brûlées vives ou défenestrées. Leur patron, M. Delwar Hossain, n’a jamais été inquiété par la justice et court toujours. Son appartenance au BGMEA aurait-elle joué un rôle dans la garantie de son impunité ?

« Le patronat tient les commandes du pays » 

 

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Pour étudier la question, rendez-vous a été pris avec le président du BGMEA, M. Atiqul Islam. L’homme fort de l’économie bangladaise — le textile compte entre quatre et cinq millions de salariés et représente 80 % des exportations, ce qui fait du pays le deuxième exportateur mondial de prêt-à-porter après la Chine — n’est en poste que depuis un mois. La promotion de ce jeune entrepreneur peu connu dans le milieu en a surpris plus d’un. « C’est un petit joueur sans expérience ni relief, lâche un professionnel du secteur. S’il a été bombardé président, c’est grâce à sa malléabilité, qui permet aux gros bonnets de tirer les ficelles sans se mettre en avant. »

En décembre 2012, une mission d’inspection diligentée par le BGMEA — initiative peu habituelle, comme on s’en doute — identifiait quatre usines jugées dangereuses, car bâties en violation du code de construction. Parmi elles, Rose Dresses Limited, une fabrique implantée à Ashulia et détenue par… M. Islam. Trois mois plus tard, ce dernier était élu à la tête du BGMEA. Sachant que l’immense majorité des cinq mille ateliers de confection du pays piétinent ouvertement la loi, le soupçon s’est fait jour que l’inspection avait pour seule finalité de « coincer » le futur président et de faire peser sur ses épaules l’amicale pression de ses protecteurs.
En attendant le patron des patrons, on se remémore l’histoire économique du pays. Anu Mohammed, professeur d’économie à l’université de Jahangirnagar, la résume en ces termes : « Le Bangladesh n’a pas toujours vécu sous la tutelle du prêt-à-porter. Jusqu’au milieu des années 1980, c’est la culture du jute qui constituait la première richesse du pays. Puis sont arrivés le FMI [Fonds monétaire international] et la Banque mondiale. Sous leur égide, les plans de privatisation et de réduction des dépenses publiques provoquent un envol du chômage, un recours massif aux importations et le dépérissement des industries locales. Les bureaucrates des grands partis politiques, les officiers de l’armée, les gradés de la police et les fils de bonne famille se précipitent sur l’aubaine. » Les incitations à investir dans le textile sont irrésistibles : main-d’œuvre à bas prix, affaiblissement des syndicats du fait de la privatisation des entreprises d’Etat, suppression des taxes douanières sur les importations de machines destinées à l’industrie d’exportation. La corruption fera le reste.

Séduits, l’Europe et les Etats-Unis récompensent cette politique en ouvrant grand leurs portes aux vêtements made in Bangladesh. Dans un discours prononcé à Dacca le 21 novembre 2001, M. Pascal Lamy, alors commissaire européen au commerce, lance son « Je vous ai compris » : « L’Union européenne est disposée à soutenir le Bangladesh dans ses efforts pour parvenir à (…) une meilleure intégration dans le système commercial mondial, en ouvrant de nouvelles possibilités commerciales et en favorisant une plus grande pénétration sur le marché. » Entre 2000 et 2012, le chiffre d’affaires du textile bangladais va plus que quadrupler, passant de 4,8 à 20 milliards de dollars. Goldman Sachs exulte : en juin 2012, la banque new-yorkaise place le pays, l’un des plus pauvres du monde, en tête de sa liste des « Next Eleven », les « onze prochains » susceptibles de rejoindre les puissances émergentes des Brics (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud).

La poule aux œufs d’or donne naissance à une nouvelle élite occidentalisée, qui roule en 4 x 4, dîne au Pizza Hut (le comble du snobisme à Dacca), joue au golf et envoie ses enfants étudier aux Etats-Unis. « Le prêt-à-porter, c’est la promesse de l’argent facile, un moyen lucratif pour investir dans n’importe quel secteur ou briguer un siège au Parlement, poursuit Anu Mohammed. Officiellement, sur trois cents députés, vingt-neuf possèdent une usine textile. En réalité, si l’on tient compte de ceux qui s’abritent derrière un prête-nom, ils sont beaucoup plus nombreux. Au Bangladesh, il est difficile de trouver des hommes de pouvoir qui ne soient pas liés au monde du textile. Et c’est le BGMEA qui tient les commandes du pays. »

Retour au siège de l’organisation patronale. Alors que M. Islam se fait attendre, l’un de ses proches vient nous tenir compagnie dans le salon attenant au bureau présidentiel. M. Hassan Shahriar Chowdhury rentre tout juste des Etats-Unis, où il dit avoir collaboré avec un groupe de congressistes sur une « affaire de contre-terrorisme ». Officier dans l’armée de l’air, ce « fan d’Angela Merkel » ne possède pas d’usine textile — c’est du moins ce qu’il affirme. Que fait-il alors au BGMEA ? Il esquive la question, mais se montre ravi de bavarder avec un journaliste français. « J’adore la France. Vous savez, l’Etat bangladais prévoit d’acquérir deux sous-marins. D’habitude, on achète nos armements à la Chine. Je connais bien la première ministre, Sheikh Hasina. Je lui ai donc glissé à l’oreille qu’elle ferait mieux de prendre des sous-marins français. C’est plus cher, mais il y a moins de corruption, vous ne croyez pas ? » Devant le scepticisme de son interlocuteur, M. Chowdhury préfère changer de sujet en lui ouvrant avec insouciance son carnet d’adresses. « Puisque vous êtes journaliste, est-ce que cela vous intéresserait de rencontrer ma cousine, qui est ministre de la condition féminine ? Je peux aussi vous présenter les directeurs des principaux journaux du Bangladesh, ce sont tous des amis. »

L’apparition de M. Islam abrège cet échange prometteur. Serré de près par cinq conseillers, le patron des patrons annonce qu’il a changé d’avis : l’entretien est annulé. « Il vous faut une accréditation auprès du ministère de l’intérieur, fait-il, la mine sombre, sans quoi il m’est impossible de vous parler, surtout sur des sujets aussi sensibles. » En retournant vers l’ascenseur, on prend note de l’avertissement collé sur la vitre derrière laquelle s’affairent managers et secrétaires : « Parlez moins, travaillez plus. »

Pour mesurer la puissance du BGMEA, les survivantes de Tazreen fourniront peut-être de meilleurs éléments d’appréciation. Guidé par Sherin, la cheville ouvrière de la Fédération nationale des travailleurs du textile (National Garments Workers Federation, NGWF), un syndicat proche du Parti communiste, on se met en route pour Ashulia. Peu à peu, l’invraisemblable chaos urbain de Dacca fait place à un paysage lunaire, hérissé de cheminées vomissant des fumées noires dans lesquelles des adolescents dépenaillés enfournent des lingots de terre. Les briques sorties du fourneau serviront à la construction des résidences pour classes moyennes visibles à l’horizon, mais aussi à celle des usines qui continuent de croître plus au nord. Quittant la route, on s’engage sur un petit chemin de terre. Au bout, la carcasse calcinée d’un cube de béton habillé d’échafaudages en bambou : bienvenue à Tazreen Fashions, récemment encore fournisseur officiel des liquettes de Disney.

Nasreen est âgée de 25 ans, mais en paraît 40. Contrairement à d’autres rescapées, retournées précipitamment dans leur village, elle n’a pas quitté Nishchintapur, le quartier-dortoir aux ruelles tranquilles et presque douces qui s’étend au pied de l’usine. Le 24 novembre 2012, à 18 h 50, Nasreen était rivée à sa machine à coudre, au deuxième étage, quand elle a entendu la sirène d’alarme. « Le contremaître nous a dit que c’était un exercice, qu’on devait rester à nos postes, raconte-t-elle d’une voix atone. Puis l’alarme a sonné une deuxième fois. Là, on s’est mises à paniquer. On commençait à sentir l’odeur de brûlé. Le contremaître ne voulait toujours pas qu’on bouge, mais on a couru quand même. Il y avait deux portes de sortie ; l’une était ouverte, l’autre fermée. L’escalier auquel on accédait par la porte ouverte était déjà en flammes. Si on avait pu emprunter l’autre, qui ne brûlait pas, on serait toutes encore en vie. » Certaines fenêtres aussi sont verrouillées. Avec une poignée de camarades, Nasreen parvient à en ouvrir une et à se jeter dans le vide. Elle s’en sortira avec une jambe cassée, des cauchemars qui la hanteront à vie et la peur bleue de devoir un jour remettre les pieds dans une usine.

Elle n’aura pourtant pas le choix. A ce jour, elle a reçu pour seule aide « vingt-cinq kilogrammes de riz, vingt-cinq kilogrammes d’oignons et un litre d’huile ». Le maigre salaire de son mari ne suffisant pas à nourrir la famille, elle va devoir vaincre ses insomnies et se rasseoir devant une machine à coudre. Au Bangladesh, lorsqu’une usine brûle ou s’effondre, c’est le BGMEA qui indemnise les victimes. Ses tarifs sont pittoresques : 100 000 takas (1 000 euros) par blessé au titre de l’aide médicale, 600 000 takas (6 000 euros) par cadavre en guise de compensation pour la famille. L’employeur ne s’en mêle pas, la justice non plus. Et seuls les plus chanceux toucheront les miettes distribuées par le BGMEA. Car c’est ce dernier aussi qui établit la liste des victimes. Comme la plupart des embauches se font oralement, sans contrat de travail, nombre de survivants ne disposent d’aucun document pour prouver leur bonne foi. Après tout, n’importe qui peut se casser une jambe ou tomber dans un feu de cheminée.

Dans le cas de Tazreen, l’affaire se durcit encore du fait de l’impossibilité d’identifier les corps trop abîmés ou réduits en cendres. Selon Saydia Gulrukh, qui suit de près les familles abandonnées, au moins vingt-sept ouvrières disparues dans l’incendie ont été exclues de la liste des victimes. D’autres évoquent un chiffre cinq à dix fois supérieur. « Le bilan officiel n’a rien à voir avec ce qui s’est passé. Chacun de nous a des collègues qui ne sont jamais ressorties vivantes de cette usine et que le BGMEA refuse de reconnaître, sous prétexte qu’elles n’ont pas laissé de traces, s’insurge Shilpee, une autre survivante. Mais quelles traces peux-tu laisser quand tu es morte et que ta famille au village n’est même pas au courant ? »
Alors que Tazreen fumait encore, le gouvernement, par la voix de la première ministre, imputait l’incendie à une « action de sabotage » — ce que chaque Bangladais a instantanément traduit comme une mise en cause des islamistes. Cette accusation étonnante, qu’aucun élément n’est venu étayer par la suite, visait-elle à protéger le propriétaire de l’usine et le BGMEA ? Anu Mohammed n’en doute pas une seconde. La meilleure preuve en est, dit-il, qu’« au bout du compte rien ne s’est passé : pas d’enquête pour déterminer les causes de l’incendie, pas de mandat d’arrêt contre le patron et ses contremaîtres, aucune mesure pour protéger les travailleurs contre les risques d’incendie. A part les victimes elles-mêmes, personne ne songe à réclamer des comptes à l’employeur, Delwar Hossain. Depuis des mois, son nom a totalement disparu des journaux. C’est comme s’il n’avait jamais existé ».

Chez Carrefour : « Nous sommes très vigilants ! » 

 

Ses clients étrangers l’ont eux aussi rayé de leur mémoire. Le 15 avril, à l’initiative du syndicat international IndustriAll et d’un réseau d’organisations non gouvernementales, les marques approvisionnées par Tazreen étaient conviées à Genève pour une réunion visant à mettre en place un fonds d’indemnisation. Disney a décliné l’invitation : les amis de Donald disent avoir plié bagage après la combustion de leur main-d’œuvre, troquant le Bangladesh pour le Cambodge ou le Vietnam, de sorte qu’ils s’en lavent les mains. Refus catégorique aussi de Walmart, qui a d’abord nié le moindre lien avec Tazreen, avant de faire volte-face et de se défausser sur le cabinet d’audit qui avait certifié conforme cette usine modèle. Quant au président-directeur général (PDG) de Teddy Smith, M. Philippe Bouloux, occupé à vendre du « look rock’n’roll » pour 163 euros dans sa boutique parisienne de l’Opéra, impossible de le joindre au téléphone ou par courrier électronique. A force d’insister, on finit par intercepter l’une de ses collaboratrices et par lui arracher cette déclaration : « Nous sommes une toute petite entreprise, nous n’avons pas les moyens d’aller à Genève… »

Le groupe Carrefour, lui, feint de tomber des nues lorsqu’on l’interpelle. Le numéro un français de la grande distribution, qui possède ses propres bureaux à Dacca (sous l’enseigne de Carrefour Global Sourcing Bangladesh and Pakistan), admet certes avoir été client de Tuba Group, l’entreprise de M. Hossain, mais nie énergiquement avoir jamais passé commande à Tazreen. Il est vrai que le fournisseur bangladais possédait au moins dix usines, et que les tee-shirts vendus chez Carrefour ne proviennent pas nécessairement de la plus mortelle d’entre elles à ce jour. Mais, au dire d’un bon connaisseur du textile bangladais, cet argument ne vaut pas un bouton de caleçon : « Quand un client passe une commande, ce n’est pas auprès de telle ou telle usine, mais auprès d’un fournisseur. C’est lui qui signe le contrat, les chartes sociales, éthiques, environnementales et tout le baratin. Quand la commande est importante, et elle l’est nécessairement dans le cas d’un client comme Carrefour, le fournisseur va ventiler la production sur tous les sites dont il dispose. Dans le cas présent, Tazreen servait d’usine de délestage quand les autres unités de Tuba Group étaient engorgées. Carrefour ne pouvait pas l’ignorer. Pour quelles raisons d’ailleurs auraient-ils rayé de la liste cette usine-là, alors que rien ne la distinguait des autres ? »
Mais le géant français n’en démord pas. « Nous avons nos standards et nos rapports d’audit, en vertu desquels nous avons formellement interdit Tazreen comme lieu de production. Nous sommes très vigilants ! », proteste M. Bertrand Swiderski, le directeur du développement durable. On serait ravi de pouvoir consulter ces fameux rapports, mais ils sont, hélas, « confidentiels ».

« Au premier tract, on se ferait arrêter par la police » 

 

M. Swiderski accepte bien volontiers, en revanche, de nous adresser la « charte sociale » que son groupe s’enorgueillit de faire signer à ses fournisseurs exotiques. Ce document brille comme une feuille de papier cadeau sur le charnier des couturières bangladaises. Au chapitre du « respect de la liberté d’association », la charte de Carrefour stipule par exemple que « les travailleurs ont le droit d’adhérer au syndicat de leur choix ou d’en créer un, et de procéder à des négociations collectives, sans l’accord préalable de la direction ». On imagine que M. Hossain a signé de bon cœur cette pieuse exhortation. Dans les usines de son groupe, toute forme de vie syndicale était, comme il va de soi au Bangladesh, strictement interdite.
A preuve, le récit de Faizul (1). Cet ancien ouvrier de Tazreen reçoit dans une pièce nue surmontée d’un toit de tôles donnant sur une ruelle en terre battue de Nishchintapur. C’est le siège local de la NGWF, le syndicat dont il est le secrétaire pour le secteur d’Ashulia. Secrétaire clandestin s’entend. Du conte de fées sorti des cerveaux de la direction du développement durable de Carrefour, il donne une version plus lapidaire : « A l’usine, si tu prononces le mot “syndicat”, tu te fais virer tout de suite, et tu ne retrouves plus de boulot après. A Tazreen, on était une centaine d’ouvriers syndiqués, mais en secret. On n’en parlait jamais au travail. »

Après l’incendie, son local a vite été submergé par les rassemblements spontanés de survivants déterminés à en découdre, mais désespérément impuissants à agir. « Tous les ouvriers qui nous connaissaient sont venus partager leur deuil et leur colère, raconte Faizul. Cinquante-trois de nos camarades sont morts dans l’incendie. On était furieux contre le patron qui les a conduits à la mort, et contre le gouvernement et le BGMEA qui le protègent. Mais on n’a pas su quoi faire. » Diffuser un tract, organiser un meeting ? Lancer un appel à la grève dans les autres usines ? Regard peiné de Faizul, mal à l’aise devant la naïveté de son visiteur français : « Rien de tout ça n’est possible ici. Au premier tract, on se ferait arrêter par la police. Et on ne retrouverait plus jamais de travail. »

Lorsqu’on lui demande en quoi consistent alors ses activités syndicales depuis l’incendie, il explique avoir « pris contact avec des ouvriers d’autres usines pour qu’ils vérifient que les portes et les issues de secours restent ouvertes, comme le patronat s’y est engagé ». Et si elles ne le sont pas ? « Alors les camarades nous avertissent par SMS. Tout le monde possède un téléphone portable ici, c’est comme ça qu’on communique. » Difficile de savoir si Faizul n’aspire pas à des modalités d’action plus franches : il s’exprime en présence et sous le contrôle d’un cadre du syndicat venu de Dacca. On finit le thé au gingembre offert par notre hôte. Avant de nous raccompagner, Faizul nous remet la photo d’identité de sa femme : ouvrière à Tazreen comme lui, elle est morte le jour de l’incendie en se jetant du troisième étage.
On appelle « maison d’achat » le lieu stratégique qui sert d’intermédiaire entre les marques étrangères et les fournisseurs locaux. Il en existe environ deux cents au Bangladesh. Celle de M. Nizam Uddin met un point d’honneur à ce que tous ses clients — majoritairement européens — « se rendent au Bangladesh pour voir par eux-mêmes comment tournent les usines. On les accueille, on les bichonne, on s’en occupe bien ». A l’étage, une dizaine d’opérateurs téléphoniques traitent les commandes dans un chuintement de voix sourdes, tandis que dans la cave trois couturiers confectionnent en silence les modèles destinés au fabricant, suivant les spécifications techniques de l’acheteur. « Notre client principal vient de baisser ses commandes, ce qui nous oblige à prospecter de nouveaux acheteurs. C’est la première fois que cela nous arrive en treize ans », soupire M. Uddin. Sur un présentoir, dans un coin de son bureau, l’élégant directeur expose les coupes et les médailles qu’il a gagnées au golf, sa « passion ».

On s’étonne que son entreprise tourne à plein régime alors que l’opposition islamiste du Jamaat-e-Islami a décrété pour ce matin un jour de hartal (grève), vidant les rues de Dacca et bloquant l’activité économique. M. Uddin hausse les épaules : « Oh, cela ne nous inquiète pas. Quel que soit leur bord, les manifestants ne s’attaquent pas à nos intérêts. Ils brûlent parfois des voitures ou des magasins, mais ils laissent les usines tranquilles. Vous savez, le BGMEA compte des membres dans tous les grands partis. Aujourd’hui, il soutient la Ligue Awami de la première ministre Sheikh Hasina, mais il s’entend tout aussi bien avec les nationalistes du BNP [Bangladesh Nationalist Party], ou même avec les islamistes du Jamaat. »

Le champion de golf nous présente l’un de ses collaborateurs, M. Georges Paquet. Cet expatrié français de 67 ans fume des Gitanes maïs qu’il rapporte de Dubaï, où il vit la moitié de l’année. Arrivé au Bangladesh en 1994, il se dit « en fin de carrière » et s’autorise un franc-parler rafraîchissant. « On fait de tout, ici, y compris des culottes pour incontinents qui se vendent en France dans les grandes surfaces. Le problème, c’est que mes clients écrasent de plus en plus les prix. Ils veulent quoi, que les gens travaillent gratuitement ? Les marques européennes font au moins une marge de sept, c’est-à-dire qu’elles revendent nos produits à un tarif sept fois supérieur au prix d’achat, si ce n’est dix. Il n’y a plus de limite à la volonté de profit. De vieux clients nous quittent du jour au lendemain parce qu’un concurrent leur propose 10 centimes de moins sur un article. Il règne une hypocrisie incroyable. Figurez-vous qu’au moment où les dirigeants de H & M rencontraient Sheikh Hasina pour réclamer de meilleures conditions de travail dans les usines bangladaises, leurs subordonnés négociaient une baisse de 15 % sur les prix de vente de leurs fournisseurs. “Débrouillez-vous, on se fiche du reste”, voilà leur philosophie. »

Quand on l’interroge sur l’incendie de Tazreen, M. Paquet lève les yeux au ciel et reprend son souffle. « Delwar Hossain, je le connais depuis dix ans. C’est quelqu’un de bien et de pieux ; la mosquée près de chez lui, c’est lui qui l’a payée de sa poche. Au début, j’étais son deuxième meilleur client, mais il a été grisé par le succès. Il a acheté une usine après l’autre, une douzaine en tout, et puis il s’est retrouvé patron d’une boîte qui faisait 65 millions de dollars de chiffre d’affaires. Il a perdu le contrôle. Quand Tazreen a brûlé, cela faisait un an qu’il n’y avait pas mis les pieds. » L’impunité de son ami ne pose aucun problème au vieux briscard des sous-vêtements absorbants. « Faut pas croire qu’il mène la belle vie : Tazreen lui a coûté un bras et une jambe. Delwar est criblé de dettes, il n’a plus un seul client et tout le monde lui tourne le dos, même ses copains du BGMEA. Vous voulez quoi, qu’il aille en prison ? » Dommage que cette judicieuse question ne soit pas soumise à l’examen de Rehanna, dont l’image nous revient à l’esprit en cet instant : depuis qu’elle s’est faufilée par la conduite d’aération du quatrième étage pour se jeter dans le vide, fuyant les flammes où rôtissaient ses camarades, cette jeune ouvrière de Tazreen a effectivement perdu un bras et une jambe. Elle utilise désormais une brouette en bois en guise de fauteuil roulant.

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« Rien ne changera
tant que le système ne sera pas dissous » 

 

Les survivants de l’hécatombe industrielle d’Ashulia ne prédisent pas un avenir souriant à leurs collègues des usines environnantes. « D’autres catastrophes sont à venir, qui seront peut-être encore pires que celle-là », redoute un jeune rescapé au bras entortillé dans un linge sale. Saydia Gulrukh partage ce pronostic : « Tazreen n’a pas changé d’un iota la situation désastreuse des ouvriers du textile, du fait de l’indifférence des élites pour leur sort. Il faut donc s’attendre à d’autres horreurs. Des mesures cosmétiques seront sans doute prises pour que le BGMEA rassure ses clients étrangers et que ces derniers rassurent leurs consommateurs. Mais rien ne changera tant que le système ne sera pas démantelé, dissous et rebâti sur des bases philosophiques nouvelles. » Deux semaines plus tard, le carnage du Rana Plaza faisait dix fois plus de morts que l’incendie de Tazreen, suscitant cette épitaphe du ministre bangladais des finances, M. Abul Maal Abdul Muhith : « Je ne pense pas que ce soit très sérieux. C’est juste un accident. »

Olivier Cyran
Journaliste. 
(1) Le prénom a été changé.

Le typhon Haiyan : La catastrophe des Philippines n’est pas due au réchauffement climatique

Par Prof Michel Chossudovsky
Source : http://www.mondialisation.ca
19/11/2013
English : Climate Change: The Philippines Haiyan Typhoon is not the Result of Global Warming


Haiyan (Yolanda), le typhon tropical le plus puissant jamais enregistré, a frappé les Philippines, entraînant des conséquences dévastatrices pour tout le pays et faisant des [milliers de morts]. Environ 615.000 personnes ont été déplacées et jusqu’à 4,3 millions de personnes ont été touchées, selon sources gouvernementales.

La tragédie des Philippines est devenue un sujet de discussion à la Conférence internationale de Varsovie sur les changements climatiques sous l’égide de l’ONU.  La cause du typhon Haiyan et la détresse qui en résulte ont simplement été attribuées, sans preuves, à l’impact du réchauffement climatique. 



Bien qu’il n’existe aucune preuve scientifique que le super typhon Haiyan soit la conséquence du réchauffement climatique, les déclarations d’ouverture au Sommet de Varsovie ont laissé entendre dans des termes sans équivoque qu’il y avait une relation de cause à effet prouvée. La secrétaire exécutive de la Convention-Cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques (CCNUCC), Christiana Figueres, a affirmé (sans preuves) que le typhon fait partie de la « triste réalité » du réchauffement climatique. (Cité dans Did Climate Change Cause Supertyphoon Haiyan? | TIME.com, 11 novembre 2013.)

Le représentant des Philippines à la confrence de l’ONU sur les changement climatiques, M. Yeb Sano, a déclaré lors de son discours à la séance d’ouverture :

« Les typhons comme Yolanda et leurs conséquences représentent un triste rappel à la communauté internationale que nous ne pouvons nous permettre de tergiverser sur l’action climatique. Varsovie doit tenir parole en élevant ses aspirations et trouver la volonté politique pour lutter contre le changement climatique. » ( UN News Center, 11 novembre 2013.)

Ironie amère du sort, la tragédie des Philippines a contribué à renforcer un consensus qui remplit indirectement les poches des entreprises faisant du lobbyisme pour un nouvel accord sur le commerce du carbone. Le système de plafonnement et échange (cap and trade) est une manne de plusieurs milliards de dollars, s’appuyant sur le consensus sur le réchauffement planétaire. Selon Mme Figueres, chef de la (CCNUCC) :

« Nous devons clarifier la finance permettant au monde entier d’aller vers un développement à faible émission de carbone, … Nous devons mettre en œuvre un mécanisme aidant les populations vulnérables à faire face aux effets inattendus du changement climatique. »

La manipulation des marchés de plafonnement et échange est connue et docmentée. L’enjeu constitue le commerce des produits dérivés du carbone, contrôlé par les puissantes institutions financières comme JP Morgan Chase. (Voir Copenhagen’s Hidden Agenda: The Multibillion Trade in Carbon Derivatives, Global Research, 8 décembre 2009.) En 2008, Simon Linnett, vice-président de Rothschild & Sons a reconnu la nature de cette entreprise multimilliardaire :

« En tant que banquier, je salue également le fait que le système de “plafonnement et échange” soit devenu la méthode dominante pour le contrôle du CO2. Contrairement à la fiscalité ou à la simple réglementation, le plafonnement et l’échange offre davantage de possibilités pour la participation et l’innovation du secteur privé. » ( Telegraph, 31 janvier, 2008)

Le plafonnement et l’échange de crédits transformé en produits dérivés se nourrit du consensus sur le réchauffement planétaire. Sans ce consensus, ce commerce de plusieurs milliards de dollars serait un cuisant échec.

La crise humanitaire aux Philippines n’a rien à voir avec le réchauffement climatique. Les conséquences sociales du typhon Haiyan sont aggravés par le manque d’infrastructure et de services sociaux, sans compter l’absence d’une politique de logement cohérente. Les personnes les plus touchées par le typhon vivent dans la pauvreté dans des maisons de fortune.

Une réduction des émissions de CO2, comme l’a suggéré M. Yeb Sano lors de son discours à la séance d’ouverture du Sommet sur le climat à Varsovie, n’est pas une solution à la détresse d’une population appauvrie.

Aux Philippines, les répercussions sociales des catastrophes naturelles sont invariablement exacerbées par un cadre politique macro-économique imposé par les créanciers extérieurs de Manille.

La coup fatal des réformes économiques néolibérales est en jeu. Depuis plus de 25 ans, depuis la disparition de la dictature de Marcos, la « médecine économique » du FMI sous la gouverne du Consensus de Washington prévaut, servant en grande partie les intérêts des institutions financières et des sociétés minières et agroalimentaires.

Le gouvernement de Benigno Aquino s’est lancé dans une nouvelle vague de mesures d’austérité impliquant la privatisation généralisée et la réduction des programmes sociaux. En revanche, une grande partie du budget de l’État a été redirigée vers l’armée, laquelle collabore avec le Pentagone dans le cadre du « virage asiatique » d’Obama. Ce programme, qui sert les intérêts de Washington au détriment des Philippins, comprend également l’achat de systèmes d’armes avancés d’une valeur de de 1,7 milliard de dollars.

Michel Chossudovsky

Article original : Climate Change: The Philippines Haiyan Typhoon is not the Result of Global Warming

Traduction: Julie Lévesque pour Mondialisation.ca

Michel Chossudovsky est directeur du Centre de recherche sur la mondialisation et professeur émérite de sciences économiques à l’Université d’Ottawa. Il est l’auteur de Guerre et mondialisation, La vérité derrière le 11 septembre et de la Mondialisation de la pauvreté et nouvel ordre mondial (best-seller international publié en plus de 20 langues).

(Fukushima) La pollution de l’Océan Pacifique s’étend inexorablement

Source : http://www.vivre-apres-fukushima.fr
30/12/2013
English :  (Fukushima) Pollution of the Pacific Ocean is spreading inexorably

Résumés d’une série d’Articles concernant la pollution de l’océan pacifique présentés par ENENEWS

Concernant la pêche à proximité de Fukushima Dai Ichi (traduits de l’anglais)

 

Aleksey Yaroshevsky, RT reporter, 25 Dec. 2013 :
“Au port de SOMA (~45 km de Fukushima Dai ichi) quoiqu’ il soit juste quelques Km des zones contaminées par la radioactivité, des produits de la mer de toutes sortes et de toutes tailles sont amenés plusieurs fois par jour. C’est préoccupant… «
Réponse (indirecte) de Akihisa Sato, travailleur au laboratoire, 25 Dec. 2013:
“Nous prenons des échantillons de chaque prise et si nous trouvons la plus petite trace de contamination, nous détruisons la totalité de la prise…. Ce poisson est sûr.
Autre avis:
Hirokai Kurosaki, economiste, 25 Dec. 2013:
“La plus grande partie du poisson pêché dans un rayon de 30 km est jeté aux ordures car contaminé. Et Tepco indemnise les pêcheurs locaux; ainsi ils sont contents et gardent le silence. Certain poissons sont commercialisés mais seulement localement.

En Russie on se préoccupe également:

 


Russian Experts: La pollution de Fukushima se disperse partout sur la terre; clairement, une grande quantité de poissons, de fruits de mer et autres produits de la mer ont été pollués. Ces produits représentent un grand danger pour l’espèce humaine lorsque ils sont consommés en grande quantité par les gens.

Maxim Shingarkin, vice-président du Comité de la Douma d’État de Russie pour les ressources naturelles, le 26 décembre 2013: “Les courants dans l’océan mondial sont ainsi faits que les zones de pêche près de la côte Nord Ouest des US on plus de probabilités de contenir des produits radioactifs que la mer d’Okhotk qui est bien plus près du Japon. Ces produits sont le principal danger pour l’humanité parce qu’ils peuvent se retrouver dans les assiettes des gens en grandes quantités. [...] Les émissions dans l’air n’ont pas été projetées dans la mer D’Okhotsk, ni à Sakhalin, ni loin vers l’Est, ni dans les îles Kouriles. Donc, le transport aérien de marchandises ne semble pas dangereux pour autant. Je veux dire à ce jour parce que tout le combustible nucléaire pas a été retiré des unités de production d’électricité. Ceci signifie que des émissions radioactives dans l’atmosphère sont possibles en cas de surchauffe.

Vladimir Slivyak, Co-président du groupe de l’écologie international Ecodefence, le 26 décembre 2013: « Le gouvernement russe prévu de limiter la pêche dans l’Extrême-Orient. Pour autant que je sache, aucune de ces restrictions n’a été mise en patique à ce jour. Néanmoins, il est possible que certaines mesures seront prises. [...] Il a fallu des années après Tchernobyl pour en tirer des conclusions détaillées sur l’ampleur de la pollution nucléaire. Nous avons une situation similaire avec Fukushima [...] Nous saurons probablement les conséquences de cet accident dans 10-15 ans. Il est clair qu’une grande quantité de poissons, algues et tout ce que l’océan contient ont été pollués. Il est clair que la pollution se répand sur toute la terre. Il est clair que de vastes territoires ont été pollués au Japon même. Tout cela est généralement clair. Mais nous avons besoin de recherche afin de fournir plus de détails et cela prendra beaucoup de temps « .

Aux États Unis

 

Arnold Gundersen s’élève contre la politique du secret que pratique le gouvernement américain

carte du nuage radioactif de Fukushima

Uncertainty in Simulation of Global Transport of Radioactive Tracer Emitted from Fukushima Daiichi Nuclear Power Plant, Studies on the 2011 Off the Pacific Coast of Tohoku Earthquake, 2014
De Portland au sud, à Vancouver au nord, il y a eu localement d’importants dépôts de particules chaudes. L’un des scientifiques avec qui nous travaillons avait des filtres à air à Seattle, contrôlant l’air en continu; nous pourrions montrer clairement que l’individu moyen à Seattle a inhalé environ 10 particules chaudes par jour dans ses poumons. Quoi que vous fassiez, vous ne pouvez pas expulser ça: la taille des particules est telle qu’une fois inspirée, elle se dépose dans votre poumon [...] Ce que les gens à Seattle auraient pu faire était de mettre des masques à air, mais bien sûr, le temps que nous ayons les données et qu’elles soient analysées, on était en mai et le plus gros du nuage était déjà passé. Les autorités savaient cependant. Je suis absolument convaincu que les autorités savaient et ont choisi de nous garder tous dans l’ignorance. A Seattle le gouvernement a annoncé qu’il allait faire voler des hélicoptères le long de la côte tout au long de la région de Seattle. Ils ont dit qu’ils faisaient la surveillance du rayonnement de fond, et que c’était juste une pure coïncidence qu’ils fassent cela seulement 90 jours après Fukushima Daiichi. Je ne le crois pas. Je pense que ces hélicoptères étaient à la recherche de particules chaudes et on ne nous a pas donné le résultat de ces enquêtes. Ils ont dit que c’était un secret de sécurité nationale. Donc, les autorités savaient et ne nous ont pas avertis [...]

En savoir plus sur Arnie Gundersen sur le site de son organisation

Sur la côte pacifique des USA et du Canada, il y a des phénomènes jamais vus auparavant: forte mortalité des étoiles de mer, poissons décolorés, comportements anormaux de populations entières… il se passe quelque chose dans le pacifique et les chercheurs ne savent pas quoi. Serait-ce la pollution radioactive ? nul ne le sait. Aux dernières nouvelles des Aigles de cette région souffriraient maintenant d’une maladie jamais vue qui les empèche de marcher et voler…
On peut voir aussi sur les cartes que la pollution s’infiltre dans le détroit de Bering. Ce détroit donne sur l’océan atlantique.


Carte de la contamination en surface en 2012
Surface water distribution of Fukushima 137Cs in 2012 (Aoyama et al., 2013; G. Hong, pers. comm. [personal communication])

 

Les chinois ont de leur côté mis l’embargo sur certains produits de la mer en provenance du japon.

 

Sri Lanka

 

The Island, le 25 décembre 2013: Les produits de mer des importations en provenance du Japon indiquent une contamination radioactive

[...] Atomic Energy Authority (AEA): Le Coordinateur National du Projet, Directeur des Sciences de la Vie , Wijeya A. Waduge a déclaré qu’une étude avait été menée selon les techniques de l’Autorité de l’énergie atomique (AIEA).

Grâce à cette étude, ils ont établi des données de référence pour la radioactivité marine autour du Sri Lanka [~ 4,300 miles de Fukushima, Japon]. Le Sri Lanka n’est pas atteint par la zone de danger de radiation, mais il est temps pour toutes les parties prenantes d’ être sur le qui-vive (..) Waduge dit que les niveaux de rayonnement, en particulier dans les produits de la mer importés du Japon, avaient sensiblement augmenté. [...] Ces niveaux de rayonnement étaient en dessous du niveau de 100 Becquerel [Bq / kg] de danger, avec des résultats variant entre 15 et 20 [...]

carte Japon-Sri-lanka

12 décembre 2013

Tritium à la mer : L’AIEA encourage Tepco à rejeter l’eau radioactive à l’océan

Source : http://www.vivre-apres-fukushima.fr
05/12/2013
English : IAEA recommends discharging Fukushima radioactive water to the sea

Tepco se trouve avec d’énormes quantités d’eau radioactive qui vont croissant et dont il ne sait que faire.


conf de presse de l'AIEA
Juan Carlos Lentigo, à G, chef de l’équipe d’experts de l’AIEA pendant une conférence de presse à Tokyo le 4 Déc. (image Akira Hatano- Asahi)

L’AIEA, après une visite sur place recommande d’envisager de rejeter cette eau radioactive à la mer. Bien sur, ce serait après « traitement » de décontamination et de façon « contrôlée ».
Mais ils avouent quand même qu’ils ne savent pas retenir le Tritium.
A supposer que la décontamination pour les autres substances radioactives soit efficace, ce serait donc de l’eau tritiée qui finirait dans la poubelle collective « océan Pacifique ».

Un article en anglais de l’Asahi Shimbun

Allison Macfarlane, à la tête de la NRC, l’autorité de sûreté nucléaire américaine, en visite au Japon, a déclaré de même que l’eau partiellement décontaminée par ALPS, mais contenant toujours beaucoup de tritium, devrait être rejetée en mer, après avoir été diluée, car il n’y a pas d’autre solution.

Note:

- Tepco laisse filer déjà chaque jour à l’océan quelque 400m3 d’eaux contaminées, de façon incontrôlée.
- Rejeter à la mer, c’est tous les riverains et habitants du Pacifique, tous les poissons et autres habitants de l’océan qui vont en être contaminés. Progressivement la contamination va s’étendre à l’ensemble des mers.L’industrie nucléaire, incapable de gérer ses déchets en est toujours au stade de « l’océan poubelle »; et ce sont les populations qui vont en subir les conséquences.


Qu’est-ce que le Tritium ?
Le tritium est l’isotope radio actif de l’Hydrogène (symbole: 3H ou T)
Comme l’hydrogène « normal », il s’unit à l’oxygène et forme ainsi une eau radioactive sous différentes formes.
Pur, il est très radioactif.
Dans l’environnement on le trouve sous une forme très diluée dans l’eau normale appelée eau tritiée.
Il se désintègre en émettant un rayonnement Beta- , de faible énergie
Sa demi-vie est de 12,32 ans (il faut donc 120 ans pour qu’il ne persiste plus que 1/1000 de la radioactivité initiale).
Il est rare dans l’environnement naturel
Il est fabriqué et émis dans l’environnement par:
  • les explosions d’armes nucléaires
  • l’industrie nucléaire: les centrales, la fabrication des armes atomiques et surtout les centres de retraitement des combustibles
    Ses usages:
  • en premier lieu: « améliorer le rendement des armes thermonucléaires »
  • il est un élément de base des réacteurs ITER
  • traceur en biologie, exploration pétrolière, gaz de schiste etc…
Comme l’eau normale, l’eau tritiée diffuse très facilement partout dans l’environnement et dans tous les êtres vivants;
Comme l’organisme ne le distingue pas de l’hydrogène normal, le tritium s’incorpore dans tous les tissus animaux et végétaux.
Il est difficile à stocker, il traverse aciers et béton.
Il n’existe pas de méthode industrielle pour le piéger; ce qui fait que la totalité du Tritium fabriqué par l’industrie nucléaire est libérée dans l’environnement…(ASN)

Les infos dont on parle peu n°48 (30 Novembre 2013)

Source : http://www.agenceinfolibre.fr



Infos internationales


Économie


Santé / environnement

30 novembre 2013

Et la frontière devint un marché prospère et militarisé...

Par Elisabeth Vallet
29/11/2013
Source : http://blog.mondediplo.net
English : And the border became a thriving market and militarized ...


Septembre 2013. Enclave espagnole de Melilla (nord du Maroc).

L’assaut est donné juste avant l’aube, le plus violent depuis 2007. Une fois encore, une fois de plus, des migrants se sont jetés contre la barrière frontalière qui sépare le Maroc de Melilla dans l’espoir de pénétrer l’espace Schengen. Le lendemain, une centaine sont passés et viennent grossir les rangs de ceux qui sont déjà retenus dans cette petite enclave de 80 000 habitants, dans des camps en large surcapacité.

Au même moment, à Ceuta, d’autres migrants tentaient la même manœuvre, mais en passant par la mer, à la nage. Les deux petites enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla sont désormais une des principales portes d’entrée de l’Union européenne pour les migrants qui arrivent de presque partout en Afrique. Et depuis 2011, le « ressac » provoqué par les révoltes arabes a accru la pression aux frontières de l’espace Schengen. Et crispé les Etats européens.

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© Chappatte. Avec l’aimable autorisation de l’auteur. Dessin paru dans la "NZZ am Sonntag", Zürich - www.globecartoon.com
 
Alors que la mondialisation atténue les frontières, les Etats riches sont paradoxalement en train de les réaffirmer. Face à des flux qu’ils pensent ne pas pouvoir maîtriser, ils dressent des murs dans l’urgence. Des murs pour rassurer leurs populations qui y voient une manière de canaliser les flux de migrants. Des murs qui, dans un univers où l’on veut « éliminer les risques », permettent en apparence de répondre à un enjeu de sécurité auquel l’Etat-prescripteur ne croit pouvoir répliquer que de manière unilatérale et asymétrique.

Lire « Voyage aux marges de Schengen », Le Monde diplomatique, avril 2013 Les murs reflètent le besoin qu’ont les Etats de se « sanctuariser » (comme l’Inde, l’Arabie saoudite ou encore la Chine dont les tendances à s’emmurer s’affirment de plus en plus) ou de redéfinir leur souveraineté (comme la Russie qui a annoncé — en septembre 2013 — la construction d’une double barrière le long de sa frontière… avec la Norvège !). Dans ce contexte, la frontière devient alors un objet qu’il faut surveiller, filmer, bétonner, blinder, armer.

Du risque à la menace 

 

Le mur cristallise le contraste entre deux espaces : celui de la sécurité et celui du risque. De fait, il devient le moyen de répondre à un enjeu classique (pression migratoire) devenu une question de sécurité (menace terroriste), alors que cet enjeu pourtant très localisé (le long de la frontière) prend des accents nationaux (la frontière est intégrée dans la dimension sécuritaire nationale).

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Le mur à Jérusalem
Photo : Elisabeth Vallet, 2010. 
Or depuis 2001, deux « menaces » — les flux migratoires et les mouvements de groupes terroristes — ont fini par se confondre et se superposer dans les discours légitimant l’érection de nouveaux murs — y compris dans des Etats dits démocratiques. Ainsi en va-t-il d’Israël le long des 240 kilomètres de sa frontière avec l’Egypte, le long de la frontière jordanienne (depuis janvier 2012 et confirmé par l’annonce d’une nouvelle barrière en octobre 2013), de la frontière libanaise et, bien entendu, dans les territoires occupés.
De son côté, l’Inde, après celle réalisée pour s’isoler du Pakistan, en achève une deuxième autour du Bangladesh pour limiter la contrebande, l’immigration et l’« éventualité terroriste », et en amorce une troisième (semble-t-il) le long de sa frontière avec la Chine.

L’Espagne figure également au tableau des démocraties fortifiées : le Maroc (qui a construit graduellement depuis 1981, un mur de sable — Berm — au Sahara occidental pour isoler le front Polisario), voit son territoire marqué par deux barrières érigées en 1998 et triplées après 2005 autour des enclaves espagnoles de Melilla et de Ceuta pour empêcher le passage des migrants.

De leur côté, les Etats-Unis poursuivent la construction de la barrière de 930 kilomètres qui les sépare déjà du Mexique — même si l’administration Obama a décidé de suspendre, en mars 2010, le programme trop onéreux de « frontière virtuelle ».

La Grèce a achevé, en janvier dernier, un mur le long de sa frontière avec la Turquie pour, là aussi, « freiner » le passage des migrants. Enfin, la Bulgarie vient d’approuver la construction d’une nouvelle barrière frontalière sur 30 kilomètres le long de sa frontière avec la Turquie.

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Toujours plus de murs dans un monde sans frontières : nombre de murs frontaliers, 1945-2012
Données compilées par Élisabeth Vallet et la Chaire Raoul-Dandurand avec l’appui d’une subvention du Conseil de recherches en sciences humaines du Canada. 
Alors que l’annonce par la Turquie, en septembre et octobre 2013, de la réalisation d’un mur frontalier en deux points de sa frontière avec la Syrie mobilise les notables kurdes des villes affectées, les discours de légitimation des murs se nourrissent de deux types d’arguments :

- Le premier met l’accent sur le fait de freiner ou d’empêcher le passage des migrants. C’est le cas des frontières entre :
  • Ceuta, Melilla et Maroc
  • Turkménistan et Ouzbékistan
  • Ouzbékistan et Afghanistan
  • Chine et Corée du Nord
  • Emirats Arabes Unis et Oman
  • Brunei et la Malaisie
  • Inde et Bangladesh
  • Grèce et Turquie
  • Turquie et Syrie
- Le second est axé sur la prévention du terrorisme ou des trafics (drogue, armes, métaux précieux, êtres humains). C’est le cas des frontières entre :
  • Iran et Pakistan
  • Égypte et Gaza
  • Ouzbékistan et Kirghizstan
  • Israël et Palestine
  • Brunei et Malaisie
  • Thaïlande et Malaisie
  • Arabie Saoudite et Yémen
  • Irak et ses voisins
Mais cette « classification » n’est pas aussi tranchée, puisque Washington par exemple, justifie aussi l’existence de son mur avec le Mexique par la lutte contre le narcotrafic. Ce double argumentaire est aussi valide en Asie centrale ou aux frontières de l’Inde.

L’émergence d’une industrie de la frontière blindée 

 

Répondre à cet éventail d’objectifs (surveiller et fermer la frontière) exige l’utilisation de technologies élaborées et complexes, lesquelles ont favorisé l’émergence d’un nouveau marché international de la sécurité. Ainsi, le blindage de la frontière, qui s’appuie sur la convergence du civil et du militaire, s’est traduit, avec la fin de la guerre froide, par une mutation du complexe militaro-industriel vers l’industrie de la sécurité.

Il n’y a donc rien de surprenant au fait de trouver, à quatre kilomètres à l’ouest du point d’entrée de Mariposa à Nogales (Arizona), la brigade d’ingénierie de l’armée de l’air : venue d’Alaska, elle y a été déployée pour construire une route de patrouille. Cette manœuvre présentait deux avantages pour la défense américaine : d’une part la brigade appuyait de facto les travaux du département de la sécurité intérieure (Homeland Security) et d’autre part, ce déploiement permettait de former les soldats sur des terrains similaires à ce qu’ils pouvaient trouver, par exemple, en Afghanistan. Le recyclage de plaques de métal datant de la guerre du Golfe, et fournies par l’armée à titre gracieux, témoigne aussi de cette « fusion » entre le militaire et le civil.

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Nogales, Sonora.
Photo : Élisabeth Vallet, 2011. 
La fusion des univers militaire et sécuritaire est particulièrement patente dans la zone frontalière. Il est logique que la « fortification » frontalière les rassemble : la technologie duale est ainsi au cœur du dispositif. Les exemples abondent.

Israel Aerospace Industries (IAI), à travers l’un de ses sous-traitants, a adapté des technologies militaires au mur, comme celle par exemple du « Plug-in Optronic Payload », constitué de caméras thermiques de haute sensibilité capables de faire le point à quelques kilomètres de distance.

Elbit et ses sous-traitants développent des dispositifs électroniques de détection et des caméras de surveillance LORROS, des véhicules téléguidés terrestres déployés le long du mur israélien sur les routes de surveillance, et le TORC2H system. Kollsman (filiale de Elbit Systems qui est l’une parmi les quelques centaines d’entreprises israéliennes à exporter dans ce domaine) fait partie du consortium agencé autour de Boeing qui travaille à équiper la frontière mexicaine.

De fait, les Israéliens sont présents sur plusieurs marchés, comme en Inde pour les drones et les radars, et en qualité de sous-traitants de certains consortiums, dans les Etats du Golfe. Et toute la technologie des drones et de la robotisation des armées trouve sa traduction dans la « recherche et développement » menée tant en Israël qu’aux Etats-Unis sur la surveillance à distance de la frontière.

Fort de ses 19 milliards de dollars annuels, le marché mondial du « frontalier militaire » est le fruit de la fin de la guerre froide, venu opportunément remplacer le déclin des dépenses militaires et de l’acquisition de systèmes d’armes. Devant ces bouleversements géopolitiques, les industries de défense ont alors dû repenser leurs marchés et leurs objectifs : la « privatisation des marchés de défense » autrefois monopolistiques a facilité la mutation du complexe militaro-industriel.

Des résultats mitigés 

 

Mais voilà, les murs n’entravent pas vraiment les flux. Les migrants ne renoncent pas. Ils contournent, utilisent des routes migratoires plus longues, plus dangereuses, sur lesquelles la mortalité est bien plus importante.

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Toujours plus de morts au pied du mur
Esquisse cartographique de Philippe Rekacewicz, extraite de l’exposition « Cartes en colères » présentée à la maison des métallos à Paris en octobre 2012. Ce document s’appuie sur les méticuleuses recherches du géographe Olivier Clochard, membre du réseau Migreurop. 
Le corollaire de cette logique est le développement d’une véritable industrie des tunnels, comme par exemple entre l’Egypte et Gaza ou encore sous la ville de Nogales (à cheval sur la frontière de l’Arizona et de Sonora au Mexique). Le sous-sol est « troué comme du gruyère » et finit par poser de véritables problèmes de sécurité : en 2010, un bus s’était enfoncé dans le sol devenu meuble, juste en face du poste frontalier.

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« Traverser » la frontière en voiture à Yuma...
Source : US Border Patrol, 2012. 
Les murs multiplient les effets pervers : comme aux Etats-Unis, où ils vont jusqu’à pérenniser l’implantation durable des travailleurs saisonniers qui renoncent à suivre le rythme des migrations pendulaires de peur de ne pouvoir revenir : fermer la frontière, c’est s’assurer d’obtenir l’effet inverse de ce que les autorités recherchent, puisque cela « fixe » les populations sur place. La construction de murs ne résout rien : elle ne fait que poser une chape de plomb sur un problème qui demeure entier.

Lorsque l’Inde a décidé de construire un mur le long de sa frontière bangladaise, elle l’a fait pour trois raisons :

- Stopper les flux migratoires (arguant d’une pression accrue du voisin « surpeuplé »).
- Enrayer le trafic (la contrebande).
- Prétendument freiner la « menace islamique » (le Bharatiya Janata Party a instrumentalisé la barrière en agitant la menace de l’islam radical).

Pour autant, elle n’a pas réglé les difficultés économiques de son voisin, elle n’a pas empêché le passage d’immigrants sans papiers (ils sont 10 à 20 millions de Bangladais en Inde) et elle n’a pas non plus bridé la montée de la xénophobie. Les barbelés et le béton d’une barrière de 5 mètres de hauteur ne sont qu’un simple voile sécuritaire. Le Bangladesh est engagé dans un rapport asymétrique avec l’Inde.

À la frontière mexicano-américaine, à Nogales, les migrants évitent les zones clôturées de la frontière pour s’aventurer dans le désert, à la merci de leurs passeurs, de la déshydratation, et des brigands. Au Maroc, les migrants attendent en périphérie des enclaves le bon moment pour passer. Lorsqu’ils réussissent, ils sont souvent ramenés de force de l’autre côté... Ils tentent alors leur chance en parcourant des dizaines de kilomètres à travers le désert pour passer par la mer via les Canaries. Mais cette route est infiniment plus dangereuse.

Puisque les murs ne suffisent pas, les Etats-prescripteurs se lancent aussi dans une surenchère de fortifications, considérant qu’il est devenu indispensable de les doubler d’un ensemble de systèmes plus sophistiqués, incluant d’autres barrières, des avions et des drones, des centres de détention publics ou privés, des agents frontaliers, des structures de communication, du renseignement...

Les dollars de la frontière 

 

La construction des barrières est particulièrement onéreuse. De l’expropriation à sa réalisation, le coût de construction du mur aux Etats-Unis oscillait (selon un rapport du Government Accountability Office de 2008) entre 1 et 4,5 millions de dollars par kilomètre. Il est même monté, pour la région de la réserve naturelle des montagnes Otay et du côté de Smuggler Gutch près de San Diego, à 6,4 millions de dollars par kilomètre. En Israël, le coup initialement prévu de 1 million de dollars par kilomètre est maintenant proche de 2 millions de dollars. L’Union européenne de son côté a contribué à hauteur de 250 millions d’euros à la réalisation de la clôture de barbelés autour de Ceuta, et avait déjà financé 75% de la première barrière entre 1995 et 2000.

Au même moment, le Maroc a englouti environ 40% de son PIB dans la construction du Berm au Sahara, composé d’un mur de 2 700 kilomètres assorti de quatre murs intérieurs de 2 mètres de haut, et équipé de technologies sophistiquées de surveillance.

Et les coûts sont encore plus élevés lorsque la technologie devient inopérante. Ainsi la « Secure Border Initiative » aux États-Unis s’est soldée par un fiasco total. A défaut de pouvoir couvrir la totalité de la frontière mexicaine avec sa « barrière virtuelle de haute technologie », elle a péniblement couvert 85 kilomètres, en engouffrant au passage près d’un milliard de dollars, avant que le département du Homeland Security ne se décide à y mettre un terme (les câbles des tours de surveillance électronique ne résistaient pas à la chaleur, tout comme cela avait été le cas en 1997 avec le Integrated Surveillance Intelligence System). Le programme qui a pris le relais (Arizona Border Surveillance Technology Plan), fondé sur des drones et des radars mobiles, dont le coût est évalué à 1,5 milliards de dollars, pourrait lui aussi très vite déraper, faute de contrôle effectif.

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Souscription publique de l’État d’Arizona pour prolonger le mur frontalier
Source : https://www.buildtheborderfence.com...
 
Pour faire face à ces coût très élevés, l’Etat d’Arizona a fait une levée de fonds en ligne pour construire une barrière le long de 320 kilomètres de frontière. Echec total : il n’a même pas recueilli de quoi construire le premier kilomètre — il lui fallait 2,8 millions de dollars — l’Etat a annoncé le 6 novembre 2013 qu’il en suspendait la réalisation.

Enfin, le coût d’entretien est également très élevé. Ainsi, le Customs and Border Protection aux Etats-Unis évalue qu’il lui faut 6,5 milliards de dollars pour s’assurer du fonctionnement de la barrière existante pour les vingt prochaines années, expliquant du même souffle qu’ils ont dû réparer les dégradations liées à 4 037 effractions constatées en 2010 pour un coût total de 7,2 millions de dollars.

Israël a prévu la réfection (pour un montant qui pourrait aller jusqu’à 130 millions de dollars) de la barrière de 130 km qui longe la frontière syrienne et l’installation d’entraves additionnelles (rouleaux de barbelés, creusage de fossés, monticules) et de senseurs. Tout cela parce que, conçue il y a quatre décennies et ayant souffert du rude climat du plateau du Golan, elle ne correspond plus, selon les autorités israéliennes, aux « enjeux de sécurité contemporains ».

Un marché en expansion 

 

Le marché de la frontière combine la construction d’infrastructures, de systèmes d’armes, de renseignement, ainsi que des composantes terrestres, marines et aériennes comme les radars et les drones, un ensemble d’éléments qui appartiennent — encore aujourd’hui — à la sphère du militaire.

Hal Rogers — président républicain de la commission des appropriations à la Chambre des représentants — adopte même une définition plus extensive du complexe « sécuritaro-industriel », puisqu’il inclut les entreprises privées qui sont chargées de construire, d’entretenir et d’approvisionner les centres de détention, mais aussi les fournisseurs (alimentaires, textiles par exemple) des agents frontaliers, les compagnies de transports qui fournissent des moyens de locomotion (aériens et terrestres) pour expulser les immigrants, les entreprises locales.

Ce marché est d’une telle ampleur que les petites entreprises sont éclipsées de facto des appels d’offre, à moins qu’elles ne s’allient à un chef de file qui prend alors la tête d’un consortium, comme ce fût le cas de Boeing puis de EADS avec General Dynamics aux Etats-Unis, de Cassidian dans le cadre du programme de drones frontaliers Talarion.

À l’inverse, les Etats-contracteurs sont parfois tenus d’élaborer des accords avec leurs voisins, de façon à pouvoir peser plus lourd dans le processus d’appel d’offres face à ces grands ensembles militaro-sécuritaro-industriels. Or ce sont presque toujours les mêmes acteurs qui remplissent le rôle de chef de file : EADS, BAE Systems (Royaume Uni), DRS Technologies and la Raytheon Corp.(USA), LG Electronics (Corée du Sud), Thales (France) et une flopée de sous-traitants internationaux (dont beaucoup sont israéliens).

C’est ainsi que les grandes industries de défense ont trouvé, dans la fortification des frontières, un nouveau marché lucratif autour duquel elles se sont réorganisées, recyclant l’expertise acquise au cours de la guerre froide et bénéficiant de la privatisation du marché de la frontière et de la sécurité.

Malgré la contraction des budgets de sécurité, une décennie après le 11-Septembre, en pleine crise économique, les débouchés demeurent importants. En atteste l’ampleur que prend le marché saoudien, qui représente actuellement, selon le Homeland Security Research, le plus gros marché frontalier, pour un montant allant au-delà des 20 milliards de dollars sur les dix prochaines années, et qui pourrait doubler d’ici 2015 en raison de l’effet des révoltes arabes sur la « perception d’insécurité » des dirigeants saoudiens.
Pour preuve, le Saudi Guard Development Program qui inclut la réalisation par EADS, le long de la frontière saoudienne, de près de 5 000 kilomètres de système électronique et de détection (avec 225 stations radars reliées à un centre de commandement, 400 postes frontières et baraquements, la formation de 20 000 gardes frontaliers, la fourniture de 20 avions et hélicoptères et de drones, ainsi que le système de communication ACROPOLE développé pour la police française), tandis que le long de la frontière avec l’Irak, s’élève une barrière de 2,5 mètres de haut, décomposée en trois sections (la première est faite de barbelés, la deuxième d’équipements de détection et la troisième relie le tout aux centres de commandement).

Preuve en est également la relance, en avril 2013 et dans la foulée de la destitution du président yéménite, de la construction d’une barrière entre le Yémen et l’Arabie saoudite, longue de 1 800 kilomètres, amorcée en 2003 et interrompue en 2004. Et, pour ne citer que le deuxième marché en importance après le marché saoudien, le Homeland Security a ouvert une série d’appel d’offres qui dépasse le milliard de dollars au cours des douze derniers mois, et ce simplement pour permettre une surveillance constante de la frontière américaine.

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Le monde emmuré
source : Theo Deutinger, TD Architects. 
Même si la carte réalisée par Theo Deutinger d’après le livre de Peter Sloterdijk (In the World Interior of Capital : Towards a Philosophical Theory of Globalization, Polity Press, 2013) comporte quelques omissions (un certain nombre de murs n’apparaissant pas), elle traduit bien l’idée développée par Mike Davis, d’une « grande muraille de la civilisation ».

Alors que le centre de gravité des relations internationales semble se déplacer vers des BRICS avides de sécurité (et qui ont les moyens de la financer), lesquels pays développent un « complexe de l’emmurement », le mouvement ne paraît pas devoir ralentir. Et au cours de la seule année 2013, le rythme des annonces de nouveaux murs frontaliers ne fait que s’accélérer.

Pour autant, le complexe sécuritaro-industriel n’est pas l’unique vecteur de l’essor des murs : bien avant le 11-Septembre, les Etats avaient commencé à penser au « système mur » pour leurs frontières alors qu’ils étaient confrontés au mouvement — anxiogène — toujours plus puissant et rapide de la mondialisation.
Dans le même temps, les industries de défense avaient amorcé leur reconversion avant même la fin de la guerre froide. Il n’en fallait pas plus pour que, face à la perception d’une menace asymétrique, la « barrière frontalière » devienne la panacée, autant pour l’industrie que pour les Etats.

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Un monde sanctuarisé
Esquisse cartographique de Philippe Rekacewicz, extraite de l’exposition « Cartes en colères » présentée à la maison des métallos à Paris en octobre 2012. 
Car les murs frontaliers sont avant tout des murs d’argent : ils séparent les riches des pauvres, le Nord du Sud, les « élus » des exclus. Ils constituent également un luxe que seuls les Etats les plus riches peuvent se permettre : ils représentent bien plus une thérapie collective nationale que des ouvrages de défense au sens classique du terme.

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Etats-Unis, deux frontières, deux réalités : au nord avec le Canada...
Cultus Lake, Colombie Britannique - Photo : Élisabeth Vallet, 2010. 
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... Au sud avec le Mexique
Nogales, Sonora - Photo : Élisabeth Vallet, 2011. 
Quelques ouvrages, quelques liens pour aller plus loin
- Wendy Brown, Murs. Les murs de séparation et le déclin de la souveraineté étatique, Les Prairies Ordinaires, 2009.
- Michel Foucher, L’obsession des frontières, Perrin, 2007.
- Reece Jones, Border Walls : Security and the War on Terror in the United States, India and Israel, Zed Books, 2012.
- Philippe Rekacewicz, Frontières, migrants et réfugiés (Études cartographiques), exposition présentée aux Carrefours de la pensée au Mans en 2007 et partiellement reprise dans l’exposition « Cartes en colères », présentée à la Maison des Métallos à Paris en 2012.
- The Border-Industrial Complex Goes Abroad par Todd Miller, 19 novembre 2013.
- Le marché juteux de la surveillance des frontières par , El Watan, 18 novembre 2013.

Elisabeth Vallet est professeure associée au département de géographie et directrice scientifique de la Chaire-Raoul-Dandurand, université du Québec à Montréal (UQAM). Elle dirige l’antenne québécoise du programme de recherches « Borders in Globalization » de l’Université de Victoria au Canada.

Qu'est ce que le salafisme ?

Source : http://ddc.arte.tv
11/2013

Le salafisme est une doctrine idéologique à la fois médiatisée et méconnue. Le Dessous des Cartes fait le point sur cet islam fondamentaliste qui rejette l’influence occidentale, et s’interroge sur ses évolutions récentes, au lendemain des révolutions arabes, alors qu’un nouvel espace politique s’est ouvert au Maghreb et au Machrek.





Passion arabe. Journal, 2011-2013
Gilles Kepel
Éditions Gallimard
03/2013
Présentation de l’éditeur
Le 17 décembre 2010, à Sidi Bouzid, une ville du centre de la Tunisie, Mohamed Bouazizi, vendeur ambulant de fruits et légumes, s'immole par le feu et embrase le monde arabe. Les régimes de Ben Ali, Moubarak, Kadhafi sont précipités dans les flammes, et l'incendie porte à Bahreïn, au Yémen et jusqu'en Syrie. En deux ans, les révolutions ont abattu des dictatures, mais fréquemment porté au pouvoir les Frères musulmans.
Le salafisme prolifère, nourri du désenchantement de jeunes et de déshérités dont la pauvreté s'est accrue. Et al-Qaida, qu'on croyait enterrée, resurgit de la Syrie au Mali. Que sont devenues la liberté, la démocratie, la justice sociale revendiquées par les "printemps arabes" ? Quel est le rôle des pétromonarchies du Golfe dans l'arrivée au pouvoir des partis islamistes ? Pourquoi le conflit entre sunnites et chiites est-il en train de détourner l'énergie des révolutions, tandis que la Syrie s'enfonce dans des souffrances inouïes ? Gilles Kepel, familier du monde arabe depuis quatre décennies, est retourné partout – Palestine, Israël, Egypte, Tunisie, Libye, Oman, Yémen, Qatar, Bahreïn, Arabie saoudite, Liban, Turquie, Syrie – et a rencontré tout le monde – salafistes et laïcs, Frères musulmans et militaires, djihadistes et intellectuels, ministres et fellahs, diplômés-chômeurs et rentiers de l'or noir.
De ce périple, il a rapporté un journal. Ecrit sur le vif puis enrichi au cabinet de travail, il capte en quatorze chapitres conçus comme autant de stations les déchirements intimes de ces sociétés. La passion de l'auteur y rend compte en écrivain, par la violence et les épreuves, et parfois l'espérance, d'une incoercible Passion arabe.

À propos de l’auteur
Membre senior de l'Institut universitaire de France, Gilles Kepel a écrit sur le monde arabe et l'islam contemporains une douzaine d'ouvrages qui ont reçu un écho international. Il a aussi fondé la collection Proche-Orient aux PUF, qui accueille en priorité les travaux de jeunes chercheurs. On peut lire sur le site du Monde des livres la chronique que fait Christophe Ayad du livre Passion arabe.

Le salafisme d'aujourd'hui. Mouvements sectaires en Occident
Samir Amghar
Éditions Michalon
09/2011
Présentation de l’éditeur
Depuis les attentats du 11-Septembre, les pouvoirs publics s'inquiètent de l'influence du salafisme en Europe et en Amérique du Nord. Ce mouvement fondamentaliste ne saurait pourtant se réduire à ses dérives terroristes. Il est désormais une référence pour une partie des musulmans qui vivent en Occident, puisqu'il propose une réponse aux questions morales, sociales et politiques que se posent les populations d'origine immigrée.
À la complexité du monde moderne, aux incertitudes morales et identitaires, aux difficultés sociales et économiques des quartiers de relégation, le salafisme oppose la voie des pieux ancêtres, ces premiers disciples du Prophète qui connurent un destin hors du commun. Ce n'est pas le moindre de ses paradoxes que de se prêter à une lecture générationnelle : en s'engageant dans l'étude du Coran et de l'arabe classique, les jeunes salafis prennent l'ascendant sur leurs pères illettrés, et fondent ainsi une nouvelle identité sociale.
Cette enquête passionnante, menée sur deux continents à la lumière des travaux de Max Weber sur les sectes, reconstitue l'univers social et idéologique des groupes salafistes, en analysant leurs techniques de mobilisation et leur travail de socialisation auprès des jeunes. Stéphanie Le Bars, pour le journal Le Monde, en propose sa lecture.

À propos de l’auteur
Docteur en sociologie de l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS) à Paris, Samir Amghar est actuellement chercheur post doctoral au Centre d’études et de recherches internationales de l’université de Montréal. Il a, entre autres, co-édité European Islam : The Challenges for Public Policy and Society, édité en 2007 par le Centre for European Policy Studies. Samir Amghar fut, comme spécialiste, auditionné par la Mission d’information sur la pratique du port du voile intégral sur le territoire national lors de la séance de l'Assemblée nationale du mercredi 4 novembre 2009.

Généalogie de l'islamisme
Olivier Roy
Éditions Hachette. Collection Plurielle
01/2011
Présentation de l’éditeur
L'islamisme est une idéologie qui veut faire de l'islam et du respect intégral de la charia un modèle politique alternatif à la démocratie. Il va donc bien au-delà d'un simple fondamentalisme religieux. Ce livre en montre les origines, en restitue la filiation avec les idéologies tiers-mondistes, et en présente les principaux courants contemporains. Bien accueilli par les plus déshérités, l'islamisme n'en est pas moins un échec dans ses tentatives de réalisation positive : d'où l'évolution de certains vers un mouvement purement protestataire. voire terroriste. Dans sa préface, Olivier Roy revient sur les attentats du 11-Septembre, le mouvement de Ben Laden et l'Afghanistan. pour donner à comprendre les chemins de cette extrême radicalisation.

A propos de l’auteur
Agrégé de philosophie, spécialiste de l'Asie centrale contemporaine et de l'islam politique, auteur de nombreux ouvrages, directeur d'études à l'EHESS, Olivier Roy est détaché à l’Institut européen de Florence en tant que directeur du programme Méditerranée. Il explique, pour la revue Thema, en quoi l'islam et la laïcité sont une fausse opposition : à lire sur sur le site du CNRS.

Voyages au coeur de la planète islam. Diversité des sociétés musulmanes
Wendy Kristianasen
Éditions du Cygne
09/2011
Présentation de l’éditeur
Les révolutions arabes ont confirmé un paradoxe apparent : les revendications exprimées sont démocratiques dans leurs aspirations ; les mouvements islamistes demeurent une force importante dans les sociétés. Pendant de nombreuses années pourtant, nous avons été inondés d'informations sur « l'exception arabe », « la menace islamiste », « la guerre contre le terrorisme », « le choc des civilisations », l'islamisme. Les images succédaient aux images, mais ce flot d'informations, au lieu d'éclairer, créait la confusion et ne permettait pas de percevoir les changements profonds qui se produisaient dans le monde musulman. En lisant cette série d'articles écrits de 1993 à nos jours, on perçoit non seulement l'ampleur des changements du monde musulman et des musulmans eux-mêmes, mais aussi leurs causes profondes. Loin de toute explication culturaliste, les débats à l'intérieur de ces sociétés, à l'intérieur même des mouvements islamistes, témoignent des bouleversements en cours. De l'Iran au Maroc, de l'Égypte à l'Algérie en passant par la Palestine, nous verrons que les sociétés musulmanes sont très diverses et loin d'être homogènes... même si, partout, les femmes luttent pour leurs droits et ceux de leurs enfants.

À propos de l’auteur
Wendy Kristianasen est journaliste, spécialiste du Proche-Orient et du monde musulman. Elle est depuis vingt ans correspondante du Monde diplomatique et dirige depuis quatorze ans les éditions anglophones du magazine.
Les éditions du Cygne éditent les publications de l'institut bruxellois Medea qui œuvre depuis quinze ans à faire connaître le monde arabe, ses particularités et ses opportunités. Son but est de promouvoir les synergies et le dialogue entre deux régions voisines et complémentaires. Moyen-Orient 2012. Bilan géopolitique est coordonné par Sébastien Boussois, créateur du CCMO, Cercle des chercheurs sur le Moyen-Orient.

Vers un nouvel ordre du monde
Gérard Chaliand, avec la collaboration de Michel Jan
Éditions du Seuil
04/2013
Présentation de l’éditeur
Finalement, la domination absolue de l'Occident, européen puis américain, n'aura duré que deux siècles. Un nouvel ordre du monde s'élabore sous nos yeux, dont la crise actuelle, jointe à l'essor de l'Asie, révèle les traits. Mais contrairement à certaines idées reçues, la période que nous traversons n'a pas commencé avec la chute du mur de Berlin et la fin de la guerre froide. Elle trouve sa source dix ans plus tôt, en 1979, quand surviennent la révolution khomeyniste, le deuxième choc pétrolier et le grand tournant initié par le dirigeant chinois Deng Xiaoping.
Deux facteurs majeurs expliquent la recomposition géopolitique actuelle : l'évolution de la démographie globale, qui voit l'Occident reculer par rapport au reste de la planète, et la mondialisation de l'économie, qui voit les pays dits émergents accéder aux premiers rangs. En analysant le parcours et les évolutions des grandes puissances, ce livre propose deux dimensions de lecture du monde contemporain, l'une dynamique, l'autre analytique.
D'une part, un récit, vif et informé, des grands événements qui façonnent notre globe et déterminent son avenir ; d'autre part, une approche plus synthétique de la nouvelle puissance, la Chine. C'est dans la conjugaison de ces deux axes que se dessinent les contours du monde de demain.

 À propos des auteurs
• Écrivain politique et poète, Gérard Chaliand est avant tout un homme de terrain, spécialiste reconnu des conflits armés. Il a contribué au renouveau de la géopolitique et a enseigné à l'Ena, à l'École de guerre et dans de grandes universités américaines. Gérard Chaliand propose dans le numéro d'automne 2013 de la revue Long Cours son analyse de l’un des ressorts, longtemps occulté, des conflits du Moyen-Orient : la « guerre froide » que se livrent les représentants des deux principaux courants de l’islam, les sunnites et les chiites. Il a récemment traduit trois poètes ottomans, ouvrage intitulé Je n'ai pas trouvé de chemin menant au monde, aux éditions de l'Aube, en poche.
• Sinologue réputé, membre du groupe de réflexion et d'intelligence stratégique Asie 21, Michel Jan a écrit les chapitres consacrés à la Chine.

Long cours n°5
Ouvrage collectif, sous la responsabilité éditoriale de Tristan Savin
09/2013
"Quand on s’intéresse à l’actualité internationale, à son déroulement chaotique, comment négliger l’importance de l’islam ? Trop souvent ramené à sa manifestation la plus violente – le terrorisme –, il relève pourtant, dans sa version politique moderne, d’une réalité plus complexe, héritière de l’Histoire, sujette aux aléas de la géostratégie et tributaire des velléités des puissances en présence, à la fois religieuses et financières. On ne peut appréhender la situation actuelle sans prendre en compte tous ces facteurs…."  Tristan Savin, rédacteur en chef.
Pierre-André Hervé, pour Les Clés du Moyen-Orient, donne à lire les notes d'une lecture attentive et enthousiaste du dossier de ce numéro. Par ailleurs, le site des Clés du Moyen-Orient propose, dans un texte de Mélodie Le Hay, de revenir aux prémisses de la politisation de l'islam dont l'une des figures marquantes fut, au début du siècle dernier, Hassan al-Banna.

Moyen-Orient n° 13. Islam et Démocratie
Ouvrage collectif
Éditions Aerion
01/2012
Encore une édition très complète à laquelle ont participé des auteurs tels qu'Olivier Roy, Charles Saint-Prot, Samir Amghar ou encore Omar Saghi. L'éditorial est en ligne sur le site.

Qantara n° 89. Les années Nasser. Une histoire du panarabisme.
11/2013
Le numéro d'automne de Qantara, "le magazine des cultures arabe et méditerranéenne" de l'Institut du monde arabe, consacre un dossier spécial à l'histoire du panarabisme intitulé Les années Nasser. Une histoire du panarabisme.
Le site de la revue propose à la lecture l'éditorial de ce numéro.

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