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10 juillet 2013

Samsung ou l’empire de la peur

Par MARTINE BULARD
07/2013

Sa tablette Galaxy l’a propulsé sur le devant de la scène, au point qu’il dépasse Apple. Du coup, Samsung et son concurrent se livrent une guerre sans merci devant les tribunaux et les instances internationales. Mais, au-delà de l’électronique, le groupe sud-coréen, aux activités multiformes, constitue un conglomérat si puissant qu’il influence aussi bien la politique que la justice ou la presse du pays.


IMPOSSIBLE de la rater, même au milieu de cette forêt d’immeubles en verre aux formes plus biscornues les unes que les autres – ici, l’originalité est signe de distinction. La tour Samsung trône en plein cœur de Gangnam, l’un des districts les plus « bling-bling » de Séoul avec ses avenues gigantesques, ses voitures de luxe et ses jeunes branchés,rendus mondialement célèbres par le chanteur Psy dans son clip Gangnam Style.

Samsung Electronics y présente, sur trois niveaux, ses inventions les plus spectaculaires : écrans géants où l’on se transforme en joueur de golf ou en champion de base-ball ; télévisions en 3D ; réfrigérateurs aux parois transparentes et dotés d’un système pouvant suggérer des recettes à partir de leur contenu ; miroirs avec capteurs indiquant votre rythme cardiaque, votre température… Sans oublier, en très bonne place, le dernier bijou du groupe : le smartphone Galaxy S4, lancé dans le monde entier.

C’est la face lumineuse de Samsung. En cette fin d’après-midi de mai, des dizaines d’adolescents se retrouvent ici, l’université de Séoul se situant à quelques centaines de mètres. Ils vont d’un stand à l’autre, s’ébahissent devant les prouesses, se défient, s’interpellent. Tous ceux que l’on a pu interroger assurent que travailler chez Samsung serait « le rêve »

Une opinion que l’on entendra très souvent. N’est-ce pas Samsung qui a damé le pion au colosse américain Apple et au japonais Sony sur le marché des téléphones portables et des tablettes ?
N’est-ce pas « le géant du XXIe siècle dans les technologies les plus avancées », comme l’énonce un jeune chercheur récemment embauché chez Samsung Design, temple de l’innovation ? Et la plus grande tour du monde à Dubaï ? Et la centrale nucléaire d’Abou Dhabi ?, interroge notre jeune interlocuteur, un brin ironique, car la France a perdu le marché. Samsung, encore Samsung, toujours Samsung…

Fiche d’identité 
SAMSUNG

Chiffre d’affaires : 185,1 milliards d’euros.
Bénéfice net : 13,7 milliards.
Salariés : 369 000 personnes, dont 40 000 chercheurs.

Part des ventes mondiales de téléphones
portables : 29 % (22 % pour Apple).

Principales filiales : Samsung Electronics (téléphones portables, semi-conducteurs, écrans LCD, panneaux solaires...), Samsung Heavy Industries (construction navale,lates-formes pétrolières), Samsung Techwin (armement), Samsung Life Insurance (assurances), Everland (parcs d’attractions), The Shilla Hotels and Resorts, Samsung Medical Center, Samsung Economic Research Institute.

Principaux pays d’implantation, outre la Corée : Chine (assemblage des téléphones portables), Malaisie, Vietnam, Inde, Ukraine, Pologne, Etats-Unis, etc.



Sources : rapport officiel de Samsung 2012,
IDC Worldwide Mobile Phone Tracker 2012


Le groupe étend ses tentacules des chantiers navals au nucléaire, de l’industrie lourde à la construction immobilière, des parcs de loisirs à l’armement, de l’électronique à la grande distribution et même aux boulangeries de quartier, sans oublier le secteur des assurances ou encore les instituts de recherche. Il forme ce que l’on appelle un chaebol, sans équivalent dans le monde (1).

« En Corée du Sud, déclare Park Je-song, chercheur au Korean Labor Institute (KLI), vous naissez dans une maternité qui appartient à un chaebol, vous allez dans une école chaebol, vous
recevez un salaire chaebol – car la quasi-totalité des petites et moyennes entreprises en dépendent, vous habitez un appartement chaebol, vous avezune carte de crédit chaebol, et même vos loisirs et votre shopping seront assurés par un chaebol. » Il aurait pu ajouter : « Vous êtes élu grâce à un chaebol », puisque ces mastodontes financent indifféremment droite et gauche.

Il en existe une trentaine dans le pays, dont Hyundai, LG (Lucky Goldstar) ou SK Group (Sunkyung Group), chacun détenu par une grande famille dynastique. Le plus puissant est Samsung,
qui opère dans les nouvelles technologies et soigne son image – le groupe a dépensé 9 milliards d’euros en marketing en 2012 (2) –, même si la saga familiale, avec procès spectaculaires, querelles fratricides, corruption et dépenses somptuaires, ferait passer Dallas pour un feuilleton à l’eau de rose.

Son histoire symbolise l’évolution de la République de Corée, passée du statut de pays en développement dans les années 1960 – derrière la Corée du Nord, alors plus industrialisée à celui
de quinzième économie mondiale. Le créateur du groupe, Lee Byung-chul (1910-1987), a commencé au bas de l’échelle, en tenant un petit commerce avec pour emblème trois étoiles – samsung en coréen. La légende met l’accent sur son sens des affaires, qui lui a permis de miser sur les biens de grande consommation (télévisions, réfrigérateurs), puis sur l’électronique, gagnant ainsi ses lettres de noblesse et remplissant ses caisses en Corée comme sur les marchés occidentaux. Il a légué sa fortune à ses enfants, sans payer d’impôts ou presque, et désigné l’un de ses fils, M. Lee Kun-hee, pour lui succéder.

Autodafé de téléphones portables

Ce dernier développera le groupe au point de le hisser à la première place dans les ventes de semi-conducteurs (il fournit Apple), de smartphones, d’écrans plats, de téléviseurs, et parmi les tout premiers dans l’engineering ou la chimie. Il se situe au vingtième rang mondial (3), affichant un chiffre d’affaires équivalent à un cinquième du produit intérieur brut (PIB) de la Corée. Avec une fortune personnelle évaluée à 13 milliards de dollars, M. Lee Kun-hee est l’homme le plus riche du pays et occupe le 69e rang mondial.

La légende omet de rappeler que Lee Byungchul a démarré ses affaires, en 1938, avec l’aval de l’occupant japonais. Elle ne dit pas non plus que le groupe s’est développé avec l’aide sonnante et trébuchante du dictateur Park Chung-hee, qui a apporté terrains, financements, fiscalité réduite, normes spécifiques pour protéger le marché intérieur. Pur produit de la dictature, Samsung conserve de beaux restes.

A 71 ans, le patron actuel « exerce un pouvoir absolu sur les orientations du groupe comme sur le personnel, assure Park Je-song, bien qu’il ne détienne qu’une infime partie du capital » : moins de 3 % (lire l’encadré page suivante). Dès qu’il parle, chacun obtempère sans barguigner. En 1993, foin du sexisme, il lance à l’ensemble du personnel : « Vous devez tout changer, sauf vos femmes. » Du jour au lendemain, produits, méthodes, management sont chamboulés. Cette fameuse « réactivité au marché » fera le succès du groupe et la légende de son chef.

Deux ans plus tard, constatant la piètre qualité des téléphones, m. lee kun-hee organise un gigantesque autodafé de cent cinquante mille portables, qui partent en fumée devant les travailleurs ahuris.
L’image est retransmise dans la totalité des usines, histoire de montrer qu’un travail bâclé ne vaut pas plus que ce tas de cendres. le «zéro défaut» devient la norme à respecter et la culpabilisation des travailleurs, un dogme.

Avocat réputé, M. Kim Yong-cheol a travaillé au secrétariat général, le saint des saints, aussi appelé « groupe central pour la réforme » (Reformation Headquarter Group). Il raconte que lors des réunions avec le grand patron, qui peuvent durer plus de six heures, pas un seul cadre ne boit un verre d’eau, de peur d’être contraint d’aller aux toilettes : M. Lee ne le supporterait pas. Nul ne peut parler sans son autorisation. Oser émettre le moindre doute ne viendrait à l’idée de personne. « C’est comme un dictateur. Il ordonne, on exécute. »

Pour les sous-traitants aussi, pas de salut hors la soumission. Fin connaisseur de la Corée, le dirigeant français d’une entreprise dans le secteur ultraprisé des aménagements urbains de luxe, qui a réclamé l’anonymat, confie : « Pour travailler ici, il faut être adoubé. L’appel d’offres n’existe pas. Tout est fondé sur la confiance. Si ça marche, vous devez être entièrement dévoué au groupe, obéir au doigt et à l’œil. L’avantage est que vous pouvez innover, mais sous sa protection. » Impossible de travailler pour un autre chaebol ou de refuser unecommande. « Ce sont des rapports féodaux », finit il par admettre. D’autres sous-traitants moins prestigieux peuvent du jour au lendemain voir leur marge autoritairement réduite, ou être rayés de la liste des
fournisseurs.

L’avocat Kim Yong-cheol a vécu le système Samsung de l’intérieur. Pendant « sept ans et un mois », précise-t-il, il a mis son talent au service du grand homme et de ses pratiques plus ou moins licites : double comptabilité, caisses noires pour acheter journalistes et élus, comptes cachés pour subvenir aux besoins personnels, dont ceux de Mme Lee, grande amatrice d’art contemporain. « Je suis resté jusqu’au moment où j’ai découvert qu’on avait ouvert un compte bancaire à mon nom crédité de plusieurs dizaines de millions de wons (4). »

Excédé par cette injustice, M. Kim Yong-cheol trempe sa plume dans l’acide et publie en 2010 Penser Samsung (6). Il y détaille les exactions de la famille et la corruption jusqu’au plus haut niveau de l’Etat : « Je devais apporter la preuve que je ne mentais pas. » Aucun des trois grands journaux,
Chosun, JoongAng et Donga – « Chojoodong », comme on nomme ici cette presse de connivence n’accepte d’encart publicitaire pour le livre. Aucun n’en rendra compte. Tous sont liés à
Samsung par la publicité, par les enveloppes régulièrement versées aux journalistes, ou par des relations intimes avec la famille. Seul Hankyoreh brisera l’omerta, ce qui lui vaudra d’être privé des annonces publicitaires du groupe.

Les réseaux sociaux feront néanmoins connaître le livre, qui se vendra à deux cent mille exemplaires. Beau succès de librairie, mais toujours pas d’emploi pour l’avocat. Lui qui se définit comme un conservateur a dû retourner dans sa ville natale, Gwangju, fief des démocrates mais seul endroit où il a pu trouver un poste. Il n’a qu’un regret : « Le débat public n’a pas eu lieu. Samsung a qualifié mon livre de “pure fiction”. » Et le manège a repris.

Même constat du côté du cinéaste Im Sangsoo. Lui a choisi d’emblée la fiction avec son film L’Ivresse de l’argent (7), en 2012. Il y décrit avec maestria le comportement des chaebols : la
corruption, l’arrogance, le mépris du personnel, les querelles familiales, jusqu’au meurtre. «Les chaebols transforment les gens en esclaves. Je devais démonter leurs mécanismes », explique-t-il dans les locaux de l’édition coréenne du Monde diplomatique (8). Toutefois, « ce ne fut pas un succès au box-office ». Silence médiatique et refus de diffusion des grandes salles de cinéma. Pour lui, « le plus décevant, c’est que le film n’a guère intéressé la gauche, car elle n’ose pas s’attaquer à cette forteresse. Pourtant, il y a deux dynasties dans la péninsule : les Kim en Corée du Nord et les Lee en Corée du Sud. »

L’image est à peine excessive quand on voit le sort réservé au député du Nouveau Parti progressiste Roh Hoe-chan, déchu de son mandat en février dernier pour avoir rendu publique une liste des personnalités corrompues par Samsung. Pas n’importe quelle liste : celle établie par les services secrets, qui, pour d’obscures raisons, avaient enregistré des conversations entre le patron du groupe et celui du journal JoongAng. Il y est beaucoup question d’argent versé à du très beau monde : le vice- ministre de la justice, un ou deux procureurs, plusieurs journalistes,
quelques candidats aux élections.

Ne pas manger avec un syndicaliste à la cantine

Les syndicalistes, également, ont droit au bâillon. L’un des porte-parole du groupe, M. Cho Kevin, dément pourtant toute chasse aux sorcières. Il nous fait savoir par courriel (il est plus facile de rencontrer un ministre ou un député qu’un représentant de Samsung) : « Des syndicats existent dans de nombreuses filiales, et le groupe respecte le droit du travail ainsi que les normes éthiques. » Des syndicats maison, oui ; mais pas la Confédération coréenne des syndicats (Korean Confederation of Trade Union, KCTU), dont l’ancêtre a joué un rôle décisif pour mettre fin à la dictature dans les années 1980. Enlèvements, licenciements, menaces, chantage : la direction ne lésine pas sur les moyens, si l’on en croit l’étude du professeur Cho Don-moon, sociologue à l’Université catholique de Corée (9).

Jusqu’en 2011, un seul syndicat était autorisé dans l’entreprise, et le salarié qui voulait en créer un devait se faire enregistrer auprès de l’administration publique. Dès qu’un dossier arrivait, le fonctionnaire prévenait la direction de Samsung, laquelle pouvait enlever l’impétrant pendant plusieurs jours, le temps de créer son propre syndicat dans l’usine. Depuis janvier 2011, le pluralisme syndical est reconnu, mais la KCTU reste l’ennemi.

Ils sont six, âgés de 30 à 50 ans. Tous travaillent chez Samsung, autour d’Ulsan, à deux heures et demie de train à grande vitesse au sud-est de Séoul. Mais pour les rencontrer, il faudra faire des tours et des détours jusqu’à une auberge coréenne traditionnelle, entourée de fleurs et d’arbres, tout au bord d’un lac, loin de leur domicile, afin qu’ils passent incognito. Le coin est plus enchanteur que les environs des usines où ils fabriquent des batteries de portable, des écrans à cristaux liquides ou des panneaux solaires. Et surtout plus discret : «C’est trop dangereux de rencontrer une journaliste – étrangèrequi plus est », expliquent-ils. Syndiqués à la KCTU, ils vivent dans une semi-clandestinité. Tous sont catalogués « MJ », pour moon jae,
transcription phonétique en alphabet occidental du coréen « problème ». « Dans chaque secteur, raconte
l’un d’entre eux, il y a des personnes chargées de repérer les MJ, de les harceler, de les acheter et d’empêcher la “contamination”. » L’un de ses collègues enchaîne : « Si une personne prend un verre par hasard dans une soirée avec un MJ, elle est immédiatement convoquée par la direction, qui lui demande ce qu’elle a entendu et ce qu’elle a dit. Même à la cantine, il est peu recommandé de manger avec un MJ. »

Permission de minuit pour les ouvrières

Les sanctions pleuvent : un seul de ces syndicalistes a conservé son travail à la chaîne. L’un a été muté dans un bureau où il s’occupe, seul, des oeuvres caritatives de l’usine. Un autre a été placé dans un service d’approvisionnement bien encadré. Une question sur l’activité du quatrième fait rire la tablée : « Rien, je ne fais littéralement rien. Avant, j’étais ouvrier ; maintenant, je suis dans un bureau, tout seul, sans aucune tâche. » Il en rigole, mais il a dû consulter un psychiatre. A son collègue qui vient de rejoindre le syndicat, la direction a proposé un « stage obligatoire » de plusieurs mois… en Malaisie. Il a refusé ; il attend la sanction. Quant au sixième, il a été licencié il y a quatre ans. Sans recours.

Nous avons rencontré d’autres MJ à Suwon, la ville-phare de Samsung, dans la banlieue de Séoul. M. Cho Jang-hee, ancien manager d’un restaurant au parc d’attractions Everland, a eu l’audace de créer avec trois de ses collègues un syndicat affilié à la KCTU. Toutes les tentatives précédentes avaient échoué, certains ayant eu une promotion, ou de l’argent pour payer les études des enfants, d’autres ayant cédé aux pressions. « Tout d’un coup, les collègues n’osent plus vous regarder, ils ne vous parlent plus, raconte-t-il. Il y a même des “séances de formation” au cours desquelles les cadres expliquent que nous sommes des voyous qui mettons en péril l’entreprise. » Eux ont été suivis vingt-quatre heures sur vingt-quatre et filmés. Leurs téléphones ont été piratés, leurs proches menacés. Mais ils ont tenu.

Certes, leur influence est marginale : onze adhérents « au grand jour » et soixante-huit clandestins, sur dix mille salariés. Ils ne sont pas près d’être élus pour représenter le personnel dans ces commissions paritaires concoctées par le groupe pour contourner les syndicats et composées pour moitié de gens de la direction, pour moitié de représentants des salariés chaudement recommandés par la direction. Reste que, pour la première fois, la KCTU a une existence légale, sinon reconnue, chez Samsung. M. Cho Jang-hee l’a payé cher, puisqu’il a été licencié. Quant aux deux autres cofondateurs, ils ont été mis à pied pendant trois mois et mutés dans deux restaurants différents « pour bien [les] isoler ».

A Ulsan comme à Suwon, ces syndiqués reconnaissent que pour eux, travailleurs à plein temps, « les salaires sont corrects ». En revanche, les précaires touchent entre 40 et 60 % de moins pour un travail parfois identique, ne bénéficient d’aucune protection, d’aucun bonus, et sont jetés à la rue dès que les commandes baissent (10). Or, qu’ils soient estampillés Samsung ou employés par les soustraitants, ils représentent selon les estimations (les statistiques officielles n’existent pas) entre 40 et 50 % des effectifs. Quant aux plus de 50 ans, cadres compris, ils sont ardemment invités à démissionner, car ils coûtent trop cher. Pour tous, les conditions de travail sont difficiles, les amplitudes horaires démesurées, les tensions fortes, les accidents nombreux. En janvier 2013, un salarié précaire est mort après une fuite d’acide fluorhydrique à l’usine de Hwasung, près de Suwon.

De l’extérieur, rien ne laisse présager du moindre danger dans cette unité. Soucieux du décorum, M. Lee Kun-hee a construit avec soin sa digital city (« ville numérique »), qui s’étend sur trois communes, Hwasung, Giheung et Onyang. Le savant assemblage de gros cubes d’un blanc pur, d’immeubles en verre élégants et de pelouses bien entretenues fait penser à un campus universitaire. A chaque extrémité, des dortoirs : ceux des filles sont imposants, car les « opératrices » sont les plus nombreuses. Plus loin, celui des garçons, chargés de la maintenance et de l’approvisionnement. Venus de tout le pays, ces jeunes gens fabriquent des semi-conducteurs.

Tous les ans, des cadres de Samsung partenten chasse. Ils descendent dans les collèges de province afin de dénicher de nouvelles recrues, à charge pour les enseignants de les présélectionner. Au dire de tous, il y a plus de demandes que d’élus. Samsung jouit d’une belle réputation, et les salaires y sont relativement élevés : l’équivalent de 2 000 euros, une fortune pour ces débutants (le salaire minimum ne dépasse pas 600 euros). « En travaillant chez Samsung, témoigne une employée, je peux aider mes parents et préparer mon mariage. »

Mais les rêves de jeune fille s’évanouissent souvent dans les salles blanches de production. De l’extérieur, tout paraît aseptisé avec ces « opératrices » aux allures de cosmonautes, en tenue immaculée, dont seuls les yeux apparaissent. On imagine des lieux hautement sécurisés. Ce décor futuriste dissimule cependant des pratiques moyenâgeuses.

Il faut travailler au moins douze heures par jour ; participer aux activités caritatives afin de développer l’esprit de solidarité, dixit le management ; puis, éventuellement, retourner au travail avant d’aller se coucher. Six jours sur sept. Le septième, les ouvrières sont si fatiguées qu’elles dorment sur place et rentrent rarement dans leur famille. « On se lève Samsung, on mange Samsung, on travaille Samsung, on s’entretient Samsung, on dort Samsung », résume Kab-soo, heureuse d’en être partie après avoir amassé un petit pécule et trouvé un autre emploi un peu moins dur.

Bien sûr, ces jeunes filles ont le droit de sortir le soir. « Nous ne sommes pas en Chine », me réplique, un peu vexé, un ex-cadre du groupe. Cependant, reconnaît-il, ce n’est pas très bien vu. Et si, par égarement, elles rentrent après le couvrefeu (minuit), elles reçoivent un « carton rouge » qui ne sera effacé que lorsqu’elles auront dûment participé aux activités caritatives maison.

La fatigue est telle que les indisciplines sont rares. Pourtant, encapuchonnées dans leur costume de Bunny, les travailleuses résistent à cette robotisation. Interdites de maquillage, elles mettent des faux cils. Couvertes jusqu’aux yeux du bonnet réglementaire, elles trouvent des façons élégantes de le porter, raconte Lee Kyung-hong, jeune cinéaste documentariste qui les a filmées pendant trois ans (11)… après leur départ de l’entreprise, car il leur est totalement interdit de parler tant qu’elles y sont employées.

Ce sont leurs seules fantaisies. « On travaille dans la peur », se souvient Kab-soo. Peur de se tromper. Peur de ne pas y arriver. Peur de la maladie. La fabrique des semi-conducteurs nécessite en effet de grandes quantités de produits chimiques, des gaz extrêmement dangereux, des champs électromagnétiques. Les ouvrières doivent remper leurs dalles dans plusieurs bains avec une grande rapidité, ne pas se tromper, vérifier...

Deux mille violations des lois sur la sécurité au travail

Sur le papier, les normes de sécurité existent. Mais dans l’unité de Hwasung, il y a déjà eu deux fuites d’acide fluorhydrique entre janvier et mai 2013. Les systèmes de ventilation ne fonctionnent pas toujours. Enfin, souvent, les opératrices elles-mêmes déverrouillent les vannes de sécurité pour aller plus vite et remplir leur mission. Sans être payées à la pièce, elles se sentent responsables du résultat commun.

A ce rythme, elles ne tiennent pas plus de quatre à cinq ans. Ensuite, soit elles trouvent un autre emploi, soit elles repartent chez leurs parents et se marient – seules 53,1 % des femmes travaillent (12). Quelques-unes en meurent. La jeune Hwang Yumi, âgée de 22 ans, est décédée en 2007 après quatre ans de travail à l’unité de Giheung. Son père Hwang Sang-gi, taxi à Dokcho, à deux heures et demie de voiture de Séoul, se souvient de chaque instant du cancer qui l’a rongée pendant de longs mois. Il est devenu un symbole. Il a beau, selon son expression, « parler moins bien que les bureaucrates de Samsung », il a beau avoir reçu des menaces et des offres financières pour se taire, il n’a jamais abandonné la partie. Il veut que le cancer de sa fille soit reconnu comme maladie professionnelle non seulement par l’administration – ce qui est acquis –, mais aussi par Samsung, qui nie toujours. Pour Yumi, et pour tous ceux qui meurent encore.

La première à l’avoir écouté est l’avocate Lee Jong-ran. Elle est intarissable sur les dégâts provoqués par ce concentré de substances dangereuses. « Les fabricants disent qu’il n’y a rien à craindre, mais aucun ne veut donner la liste exacte des produits utilisés, au nom du “secret de fabrication”. Et des jeunes meurent en secret. » Avec le docteur Kong Jeong-ok et l’association Supporters for the Health and Rights of People in the Semiconductor Industry (Sharps), elle a recensé cent quatre vingt-un anciens employés Samsung souffrant d’affections diverses (leucémie, cancer du sein, sclérose en plaques…) entre 2007 et mai 2013.

Pour beaucoup de spécialistes du groupe, ces maladies professionnelles sont un secret de Polichinelle. Il aura cependant fallu les fuites de liquide toxique à Hwasung, à dix minutes à vol d’oiseau des résidences de luxe autour de Suwon, pour que certains commencent à s’inquiéter. Le ministère de l’emploi a effectué une inspection spéciale et trouvé plus de deux mille violations du droit du travail en matière de sécurité. La direction a promis d’y remédier…

Mais quand, après des mois et des mois de procédures pour que soit examiné un cas précis, l’agence publique d’indemnisation mandatée par l’administration entre enfin en lice, elle ne manque pas d’inclure dans la commission un médecin… Samsung (13) dont la voix est prépondérante.


Notes :
(1) Lire Laurent Carroué, « Les travailleurs coréens à l’assaut du dragon », et Jacques Decornoy, « Délicate fin de guerre dans la
péninsule de Corée », Le Monde diplomatique, respectivement février 1997 et novembre 1994.
(2) « Samsung a dépensé 9 milliards en marketing en 2012 », Le Figaro, Paris, 14 mars 2013.
(3) « Global 2000 leading companies », Forbes, New York, mai 2013, www.forbes.com
(4) 1 000 wons représentent environ 0,60 euro.
(5) Aucun lien de parenté avec les propriétaires de Samsung. Les noms de famille sont peu nombreux en Corée : les cinq plus courants (Lee, Kim...) représentent la moitié de la population.
(6) Uniquement en coréen.
(7) Disponible chez Wild Side Video, Paris.
(8) Lire l’entretien sur notre site : «L’univers impitoyable des dynasties sud-coréennes », Planète Asie, http://blog.mondediplo.net 
(9) Cho Don-moon, « La stratégie antisyndicale de Samsung. Histoire de la lutte des travailleurs pour la création d’un syndicat », étude (en coréen), 2012. 
(10) Cf. Jean Marie Pernot, « Corée du Sud. Des luttes syndicales pour la démocratie », Chronique internationale de l’IRES, no 135, Paris, mars 2012.
(11) Lee Kyung-hong, L’Empire de la honte (en coréen), Purn Production, Séoul, 2013.
(12) La moyenne pour les pays de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) est de 56,7 %.
(13) « South Korean government rejects Samsung victim’s workers compensation based on Samsung doctor’s opinion », Sharps, 31 mai 2013, http://stopsamsung.wordpress.com


Un contrôle circulaire
COMMENT, avec 3 % du capital, la famille Lee peut-elle diriger un
groupe qui pèse l’équivalent d’un cinquième du produit intérieur de
la République de Corée ? Pendant plus de trois heures, l’économiste
Kim Sang-jo, professeur à l’université Hansung à Séoul et président de l’association
Solidarité pour la réforme de l’économie (1), prend le temps d’expliquer
ses mille et une ficelles, que l’on peut ainsi résumer : dissimulation
de capitaux, nébuleuse de participations. « On dit que les fonds de pension étrangers
détiennent Samsung. Le plus probable est que la famille dispose de sociétés
offshore, dans les paradis fiscaux. » Tous les spécialistes rencontrés soupçonnent
qu’une partie des fonds d’investissement dits étrangers lui appartiennent,
mais nul ne sait combien. Et le gouvernement n’est guère curieux.
« A l’intérieur, poursuit Kim Sang-jo, beaucoup de petits actionnaires sont des
prête-noms. Des filiales comme Samsung Life Insurance permettent également de
dissimuler les capitaux familiaux. » On peut selon lui estimer la fortune de l’actuel
patron de Samsung, M. Lee Kun-hee, et de sa femme à 30 milliards de
dollars, soit deux fois plus que son montant officiel. Du reste, son frère Lee
Maeng-hee et sa soeur Lee Sook-hee lui intentent un procès, l’accusant d’avoir
sous-estimé l’héritage. L’affaire est en cours devant les tribunaux.
Le groupe est contrôlé par un système de participations circulaires : A
contrôle B, qui contrôle C, qui contrôle A. Selon un autre spécialiste, Jason
Chung, créateur du site Chaebul.com, l’équivalent à l’échelle coréenne du
magazine américain Forbes, le jeu se mène à partir de trois entités majeures :
Samsung Everland, qui regroupe les parcs de loisirs et constitue une sorte
de holding, Life Insurance et Samsung Electronics.
Le tout s’accompagne d’un management ultracentralisé et autoritaire, exercé
publiquement par M. Lee Kun-hee, et secrètement par ce qui est parfois appelé
le secrétariat général, ou « groupe central pour la réforme » (Reformation
Headquarter Group, RHG). C’est cette équipe d’une centaine de personnes
qui, selon Kim Sang-jo, détient le pouvoir réel, surtout après la diversification
ratée dans l’automobile menée par M. Lee Kun-hee au milieu des années 1990.

« Du reste, celui-ci a disparu de la scène publique entre 1995 et 2004 », note Kim
Sang-jo. Après la crise de 1997, le RHG a massivement restructuré et a
concentré le groupe sur ses coeurs de métier, dont l’électronique, en développant
la qualité et en misant sur l’innovation, quitte à acheter des chercheurs
à l’étranger. Avec le succès que l’on connaît. M. Lee Kun-hee régnait mais ne
gouvernait pas. Il a repris les rênes. Ce qui n’est pas sans danger.
A 71 ans, il a déjà adoubé son fils Lee Jea-yong, 46 ans, actuel patron d’Electronics,
pour lui succéder. Mais celui-ci est divorcé, ce qui est fort mal vu en
Corée ; et surtout, il n’a guère brillé jusqu’à présent. Sa soeur Boo-jin, qui
dirige Everland et Samsung Chimie, se pose déjà en rivale. A cela s’ajoute le
fait que près de 80 % des profits du groupe proviennent de la seule filiale Electronics
: un mauvais choix de produit, comme chez Nokia, ou une mauvaise
stratégie, comme chez Sony, et c’est tout le groupe qui serait fragilisé.
Si les chaebols (lire ci-dessus) en général et Samsung en particulier « ont acquis
une puissance telle qu’aucun politique n’a su s’en libérer », souligne Kim Sang-jo, il
n’est pas sûr que cela puisse perdurer. La « démocratisation [économique] des
chaebols » promise par la présidente de la République, Mme Park Geun-hye, est
pour l’instant restée lettre morte, mais une partie des actionnaires, notamment
à l’étranger, commencent à ruer dans les brancards. Les relations féodales avec
les petites et moyennes entreprises (PME) écrasent les jeunes pousses innovantes
: « Ici, des entreprises comme Google ou Microsoft ne pourraient pas exister »,
assure l’économiste. Enfin, quoique encore marginale, la contestation sociale
et politique s’amplifie en même temps que les inégalités, note de son côté Jason
Chung : 1 % de la population détenait 65 % de la richesse nationale en 2012,
contre 40 % en 1990. De là à mettre en cause le champion national…

  1. B.
(1) L’association regroupe des économistes, des juristes et des comptables. Elle vise,
comme son nom l’indique, une réforme structurelle de l’économie et une réduction du
poids des chaebols.


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