3 novembre 2012

Netizen Report : Situation mondiale, et réglementation d'Internet au Malawi et en Zambie

Par Netizen Report Team · Traduit par Abdoulaye Bah
30/10/2012
Source : http://fr.globalvoicesonline.org

English · Netizen Report: Malawi & Zambia Regulation Edition

Ce rapport a été élaboré, écrit et édité par Alex Laverty, Weiping Li, Chan Myae Khine, Renata Avila, Sarah Myers, et Rebecca MacKinnon.


(Liens en anglais sauf mention contraire) Cette semaine, la Zambie et le Malawi ont décidé de réglementer la liberté d'expression en ligne en cherchant à censurer et museler les médias sur leur territoire. Il reste à voir s'il s'agit d'un exemple de la crise de croissance de la démocratisation en Afrique australe ou d'une tendance croissante vers l'autoritarisme en réseau - une nouvelle forme de gouvernance autoritaire qui est capable de s'adapter et de survivre dans un monde placé en réseau international.

En Zambie, l'Administration du Président Sata a interdit le site d'informations en ligne Zambian Watchdog (chien de garde zambien), affirmant que le média favorise la propagande haineuse. La pression a été croissante tout le mois : l'ONG des médias régionale, l'Institut des médias d'Afrique australe, a lancé une alerte le 5 octobre mettant en garde contre l'érosion de la liberté d'Internet dans le pays.

Au Malawi, malgré une transition en douceur du pouvoir présidentiel plus tôt cette année après la mort du président Mutharika, le journaliste Justice Mponda a été arrêté sur la base d'accusations de diffamation peu de temps après qu'une nouvelle proposition a été présentée en ligne au Parlement. Voir l'article de Global Voices pour plus de détails sur cette arrestation ; Mponda a depuis été libéré sous caution. Surnommé le E-Bill, le projet de loi a été présenté par le gouvernement comme un moyen de gérer le développement et le déploiement des TIC dans le pays. Cependant les critiques font valoir que le projet de loi menace des droits constitutionnels fondamentaux, notamment la liberté d'expression et celle de la presse. Plus de détails sur l'e-loi sont disponibles ici et ici.

Censure

Le magasine britannique New Statesman a publié un numéro en chinois coordonné par le célèbre dissident chinois Ai Weiwei. Ce numéro comprend plusieurs articles sur des sujets sensibles interdits dans les médias chinois. Pour éviter la censure, le magazine est en format numérique et peut être téléchargé en format PDF à partir du site Web de partage de fichiers Dropbox.

Des utilisateurs en Chine et à Hong Kong ont rapporté que le célèbre service de messagerie pour téléphone portable WeChat, un produit de la société chinoise Tencent, avait censuré [en chinois] les mots-clés sensibles tel que le nom du leader politique récemment évincé “Bo Xilai.” Le service de l'application affiche un message disant aux utilisateurs “modifiez votre texte avant d'envoyer votre message” lorsque leurs messages contiennent des mots censurés.

Brutalité

Quatre Bahreïnis utilisateurs de Twitter Ali Al-Haiki, Abdullah Al-Hashimi, Ali Mohamed et Abdullah Salman ont été arrêtés pour avoir “calomnié des personnalités publiques dans les médias sociaux.”
En Turquie, le pianiste et compositeur Fazil Say a également été accusé d'outrage aux valeurs religieuses à travers ses tweets. Say a été traduit en justice le 1er Juin.


Surveillance


Comme les médias sociaux sont devenus populaires parmi les jeunes Ougandais, le chef de la police du pays a insisté pour davantage de surveillance afin d'empêcher la diffusion d'information “dangereuses”.
Le gouvernement pakistanais a ordonné aux télécommunications du pays qui fournissent des services d'installer du matériel de surveillance pour contrôler le courrier électronique et les communications vocales en provenance de l'étranger.

Le gouvernement néerlandais a proposé une loi visant à accorder à la police le pouvoir d'installer des logiciels espions pour détecter et détruire des fichiers dans les ordinateurs, y compris ceux situés dans d'autres pays.

La semaine dernière a vu le lancement d'une nouvelle application mobile de cryptage des communications, Silent Circle. Elle est conçue pour les utilisateurs de données pour sécuriser les communications et contrer les demandes croissantes de la part des gouvernements. Elle est maintenant disponible sur le marché. Ce service limitera les données qu'il stocke et promet de publier un rapport de transparence sur les demandes qu'il reçoit des autorités responsables de l'application des lois.

Protection de la vie privée

Un panel nommé par le gouvernement de l'Inde a proposé le Privacy Act, une nouvelle loi sur la protection des personnes élaborant des lignes directrices relatives à l'interception, l'utilisation et le stockage des données.

La Cour suprême du Canada a statué que les employés devraient avoir un droit raisonnable d'utilisation privée des ordinateurs de bureau, lors d'un procès entre une école et un membre du personnel qui aurait copié des photos des élèves nus sur son ordinateur.

AdWeek a découvert la semaine dernière que Facebook proposait un service aux utilisateurs “prioritaires”, à travers lequel certaines entreprises peuvent avoir accès à un outil qui recueille les données relatives à d'autres pages “aimées” par leurs fans.

Verizon peut utiliser les données personnelles des utilisateurs pour des fins liées à la commercialisation, selon sa nouvelle politique de confidentialité. Bien qu'il puisse être désactivé à tout moment, l'Electronic Frontier Foundation a déclaré qu'un tel usage des données des clients pouvait être considéré contraire à la Wiretap Act, la loi sur l'écoute électronique.

Politique nationale

Le Parlement européen a approuvé une loi plus stricte sur le contrôle des exportations des “armes numériques” - des technologies qui sont utilisées par des régimes autoritaires pour contrôler, suivre et retracer les citoyens.

À Singapour, un chercheur de l'ASEAN pourrait être inculpé pour le téléchargement de photos et de vidéos explicites de lui-même et de sa petite amie sur son blog, selon Channel News Asia (Canal Nouvelle Asie).
L'utilisation de Viber et d'autres services de VOIP via les téléphones portables pourrait être interdite au Myanmar en raison de l'absence de contrats entre le ministère et les utilisateurs, selon un ingénieur du ministère des télécommunications du Myanmar.


Droits d'auteur


Les principaux fournisseurs d'accès à Internet des États-Unis, y compris AT & T, Verizon et Comcast vont mettre en place un système d'alerte pour les droits d'auteur appelé des “six-coups” en novembre. Selon des informations révélées par le Center for Copyright Information (Centre d'information du droit d'auteur (CCI)), les fournisseurs de services Internet alerteront d'abord les utilisateurs qui ont téléchargé des fichiers violant des droits d'auteurs. Si les utilisateurs ignorent l'alerte, les fournisseurs de services Internet vont ralentir la vitesse d'Internet et les diriger vers un programme de tutorat en ligne. La divulgation d'un document interne d'AT & T obtenu par le blog d'informations de BitTorrent de TorrentFreak a révélé que les propriétaires de contenus peuvent engager des poursuites contre les utilisateurs après le cinquième avertissement.

Selon les résultats d'un “Sondage sur la culture” de l'American Assembly, les internautes aux États-Unis et en Allemagne achètent plus de contenus musicaux que ceux qui n'utilisent pas les réseaux de partage de fichiers.
Une affaire de partage de fichiers considéré illégal d'un étudiant a été retirée sans raison précisée par la Recording Industry Association of New Zealand (l'association néozélandaise de l'industrie des enregistrements), qui avait demandé des sanctions de NZ $ 2.699.25 (US $ 2.223.38). Cela aurait été l'un des premiers cas de partage illégal de fichiers porté en justice pour infraction au droit d'auteur.

Le site suédois de partage de fichiers Pirate Bay a transféré son service dans le “cloud”, en espérant que cette initiative permettra de réduire les coûts et de rendre les opérations de contrôle de la police plus difficiles.

Souveraineté du cyberespace

Les éditeurs français de journaux ont plaidé en faveur d'une loi pour faire payer aux moteurs de recherche les contenus multimédia montrés dans les résultats de recherche. Google a répondu dans une lettre au gouvernement français que ses résultats de recherche ont permis de réorienter 4 milliards de clics sur les sites web des médias, et il ferait plutôt retirer ces sites de médias des résultats de recherche que de payer pour les montrer.

Un scénario similaire se joue au Brésil. Depuis l'année dernière, 154 journaux, représentant plus de 90% de la circulation totale des journaux du Brésil, ont mis fin à leur coopération avec Google News (Google Actualités) après que le moteur de recherche géant eut refusé de payer le droit d'utiliser leurs titres.
 

Gouvernance d'Internet


L'ICANN a lancé un nouveau site Web myICANN.org pour fournir aux intervenants de l'information sur l'ICANN et ses outils de collaboration pour la communauté.

Le Center for Democracy and Technology (Centre pour la démocratie et la technologie) explique dans ce document comment les révisions proposées du Règlement des télécommunications internationales (RTI), qui pourraient faire objet de discussions lors de la Conférence mondiale sur les télécommunications internationales (CMTI) en décembre, comporteraient un impact négatif sur l'Internet mettant encore plus en péril le développement économique mondial.  


Cybersécurité

Des pirates informatiques inconnus ont pris pour cible le vote en ligne du “Conseil de coordination” de l'opposition russe où des opposants au Kremlin élisent leurs dirigeants. Les candidats à l'élection affirment que le Kremlin était derrière l'attaque.

Cyber-Activisme


Des journalistes du Tadjikistan ont organisé une campagne contre la censure appelé “100 jours pour la liberté sur Internet sur TajNet” condamnant le blocage des sites en ligne tels que YouTube et la BBC.

Le co-fondateur et coordonnateur d'une communauté de cartographie en direct appelée Standby Task Force, Jaroslav Valuch, a expliqué les tendances et les défis pour les militants des nouveaux médias.

Les partis pirates européens ont marqué une nouvelle victoire dans une élection nationale: Libor Michálek a été élu premier sénateur du Parti Pirate en République tchèque.

Les internautes du Costa Rica ont largement discuté d'une loi sur la cybercriminalité controversée qui criminalise les fuites en ligne d'informations politiques, punit ceux qui usurpent l'identité d'autres personnes sur Internet, et fait de la “diffusion de fausses nouvelles” un crime. La société civile locale a demandé à avoir un entretien avec le gouvernement et a téclamé la révision de la loi.

Développements positifs


Google permet désormais aux utilisateurs d'exposer les détails sur les pots-de-vin qu'ils ont payés en utilisant Google Maps Street View et une galerie photos.

Les utilisateurs anonymes en Russie peuvent désormais soumettre les détails de pots de vin qu'ils ont payé à l'aide d'une nouvelle appli iPhone / iPad appelée Bribr qui sert à afficher les statistiques des pots-de-vin versés ou reçus.

Le Tech Challenge for Atrocity Prevention (Défi technique pour la prévention des atrocités) offrira un “prix en argent pouvant atteindre 10.000 $ aux développeurs de documents et de prototypes innovants apportant des solutions pouvant aider à prévenir les atrocités de masse.”


Publications et études
Pour les événements à venir concernant l'avenir des droits des citoyens à l'ère numérique, voir le calendrier des événements Global Voices.

Les infos dont on parle peu n°13 (1er Novembre 2012)

Par cptanderson
02/11/2012
Source : http://www.info-libre.fr



Mes liens:
Infos internationales
Économie
Santé
Environnement

29 octobre 2012

Contre le nationalisme japonais, le romancier Oe Kenzaburo reprend la plume

Par Martine Bulard
26/10/2012
source : http://blog.mondediplo.net

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Les provocations succèdent aux provocations en mer de Chine. L’été a été occupé par le face-à-face entre les bateaux chinois et philippins. Depuis la rentrée, c’est à l’est que les escarmouches prolifèrent : entre le Japon et la Corée du Sud, autour de l’île Dodko — pour les Coréens — ou Takeshima — pour les Japonais ; entre le Japon et la Chine pour les îles Senkaku (nom japonais) ou Diaoyu (nom chinois). Pourquoi ce regain de tension ? Stephanie Kleine-Ahlbrandt apporte une série d’éclairages pour comprendre la stratégie de Pékin dans le prochain numéro du Monde diplomatique (daté de novembre, en vente le 28 octobre).

Au Japon, la montée du nationalisme inquiète les citoyens — non sans raison. L’un des fers de lance de ce courant de pensée, le gouverneur de Tokyo, M. Ishihara Shintaro, a démissionné de son poste afin de créer un parti nationaliste en bonne et due forme. Il est à l’origine de la relance du conflit entre Pékin et Tokyo. En août, il avait lancé une souscription pour la nationalisation de trois îlots des Senkaku qui appartenaient à un richissime homme d’affaires nippon, et le gouvernement lui a officiellement emboîté le pas.

Plusieurs intellectuels japonais se sont émus de cette escalade. Dans un texte publié à la « une » du quotidien Asahi Shimbun (28 septembre), l’écrivain Murakami Haruki regrette que ces tensions distendent les liens construits avec la Chine. On peut, écrit-il, comparer le nationalisme à « un alcool bon marché et de mauvaise qualité que l’on distribue aux gens gratuitement. En quelques verres, ils sont pris de frénésie et perdent le contrôle d’eux-mêmes. Mais quand ils se réveillent le lendemain, il ne reste qu’un vilain mal de tête. Nous devons être très prudents face aux hommes politiques et aux polémistes qui distribuent à tout-va ces mauvais breuvages ».

Enfin, porté par des intellectuels de renom, dont le romancier Oe Kenzaburo, Prix Nobel de littérature en 1994, un manifeste contre le nationalisme d’Etat avait déjà recueilli deux mille signatures (au 22 octobre) avant d’être remis au premier ministre le vendredi 26. Une mobilisation que l’on n’avait pas vue depuis longtemps.

Voici une traduction de ce manifeste.

En finir avec le cercle vicieux des conflits territoriaux

 

Un appel des citoyens japonais.

1. Les tensions s’avivent autour des îles Senkaku et Takeshima. C’est particulièrement triste et regrettable, car elles interviennent sous un gouvernement dirigé depuis 2009 par le Parti démocratique du Japon (PDJ), qui se fixait comme priorité de tourner le Japon vers l’Asie de l’Est et d’établir des relations d’égal à égal avec les Etats-Unis ; elles se déroulent après le mouvement de sympathie qui s’est manifesté après le tsunami du 11 mars 2011, ainsi que l’élan de solidarité des dirigeants chinois et coréens Wen Jiabao et Lee Myung-bak, qui ont alors visité les zones sinistrées. La Corée et la Chine sont deux amis importants pour le Japon, et des partenaires pour construire la paix et la prospérité dans la région. Les liens économiques entre les nations ne peuvent être rompus, et ces relations sont appelées à s’approfondir. En tant que citoyens du Japon, nous sommes profondément préoccupés par la situation actuelle, et faisons la déclaration suivante.

2. On parle de « conflit territorial ». Mais il ne faut pas oublier le contexte historique de ces problèmes — et notamment l’histoire du Japon, en tant qu’agresseur en Asie. En arrière-plan de la visite de M. Lee Myung-bak sur les îles Takeshima/Dokdo se trouve l’affaire des esclaves sexuelles des anciens militaires japonais, connues sous l’appellation de « femmes de réconfort ». Durant l’été 2011, la Cour constitutionnelle de Corée a adopté une résolution sur cette question. A la fin de la même année, lors du sommet de Kyoto, le président coréen a, de nouveau, soulevé ce sujet dont on dit qu’il est à la source des problèmes actuels. Mais le premier ministre Noda Yoshihiko a évité de répondre. Lors de son discours pour l’anniversaire de la libération de la Corée, le 15 août dernier, le président Lee a une nouvelle fois appelé le Japon à prendre « des mesures responsables » pour régler cette question des « femmes de réconfort ». Les revendications du Japon sur les Takeshima/Dokdo remontent à 1905, lors de la guerre russo-japonaise, au moment où la colonisation de la Corée était lancée et où le droit international reculait. Les Japonais doivent comprendre que, pour le peuple coréen, il ne s’agit donc pas de simples « îles », mais du point de départ symbolique de l’invasion et de la colonisation. De plus, les îles Senkaku (Diaoyu, pour la Chine continentale et Taïwan) ont été incorporées au territoire japonais en janvier 1895, pendant la guerre sino-japonaise ; trois mois plus tard, Taïwan et les îles Penghu devinrent des colonies nippones. Ces deux territoires ont été annexés à une période, où tant la Corée que la Chine étaient en état de faiblesse et dans l’incapacité de faire valoir le droit international.

3. Cette année marque le quarantième anniversaire des relations diplomatiques entre le Japon et la Chine, et plusieurs événements célébrant l’amitié entre les deux pays sont d’ores et déjà prévus. Cette atmosphère amicale s’est détériorée quand le gouverneur de Tokyo Ishihara Shintaro a fait savoir qu’il voulait acheter trois des îlots des Senkaku et qu’en réponse, le gouvernement a décidé de les nationaliser. Il est normal que la Chine ait interprété ce geste comme une provocation et une volonté de rompre le statu quo en vigueur jusqu’alors. Et l’on peut regretter que les propos de M. Ishihara n’aient soulevé que peu de critiques. En outre, la décision de M. Noda a été annoncée le 7 juillet — jour anniversaire de l’incident du pont « Lu Gou » (Marco Polo) de 1937 [1], qui a marqué le début de l’invasion du territoire chinois par le Japon. Ce qui est connu en Chine comme l’incident du « 7.7 » et reste ancré dans les mémoires.

4. Dans tous les pays, les disputes territoriales alimentent le nationalisme et sont utilisées par les autorités politiques comme un exutoire aux frustrations et contradictions internes. Une action d’un côté engendre une réaction de l’autre, et l’escalade continue au point de rendre la situation incontrôlable et d’en arriver à un affrontement armé. Nous nous opposons à tout usage de la violence et nous insistons sur le fait que la question doit être résolue par le dialogue pacifique. Les dirigeants politiques et les médias ont une responsabilité dans la lutte contre le nationalisme et dans la promotion du dialogue. Alors que l’on est en train de tomber dans un cercle vicieux, le rôle des médias pour stopper l’escalade nationaliste, faciliter la réflexion sur l’histoire et appeler au calme devient plus crucial que jamais.

5. Quant aux questions territoriales proprement dites, les seules options possibles sont le dialogue et les négociations. C’est pourquoi le Japon doit sortir de sa position fictive, selon laquelle il n’existerait pas de « problème de territoire » (à propos des Senkaku). Sans reconnaissance de l’existence du problème, il ne peut y avoir de consultation ni de dialogue. De plus, il faut ajouter que la notion de « territoire naturel » [employée par le gouvernement japonais] n’est acceptable pour aucune des parties.

6 . Durant la période nécessaire de consultation et de négociation, le statu quo devrait prévaloir et les actions provocatrices devraient être bannies de tous côtés. Des règles de bonne conduite devraient être adoptées. A l’image de ce qu’a proposé, le 5 août dernier, le président taïwanais Ma Ying-jeou avec son « initative de paix en mer de Chine orientale ». Il a appelé à une modération des actes de chacun afin de prévenir toute escalade, d’éviter tout affrontement, de ne pas abandonner les voies du dialogue, d’aller vers un consensus et l’établissement de normes communes pour les activités dans cette zone maritime — des recommandations extrêmement calmes et raisonnables. De telles voix devraient être partagées et renforcées.

7. La zone maritime autour des Senkaku a été un espace de pêche, d’échanges et de vie pour les habitants d’Okinawa [île japonaise] comme pour ceux de Taïwan. Aucun des pêcheurs ne souhaite voir ces îles transformées en zone de conflits. Nous devons respecter l’opinion de ceux qui y vivent et y travaillent.

8. Le plus important aujourd’hui est que le Japon exprime clairement ce qui fut son histoire — l’invasion des pays voisins — et présente ses regrets. Il devrait réaffirmer les accords internationaux : avec la Chine, le communiqué commun de 1972 et le traité de paix et d’amitié de 1978 ; avec la Corée du Sud, la déclaration de partenariat de 1998 ; avec la Corée du Nord, la déclaration de Pyongyang de 2002. Il devrait également respecter ses propres déclarations reconnaissant sa responsabilité historique : la déclaration du secrétaire général du gouvernement Kono Yohei en 1993, celle des premiers ministres Murayama Tomiichi en 1995 et Kan Naoto en 2010. Dans la foulée, le Japon doit clairement s’engager dans la voie de la réconciliation, de l’amitié et de la coopération avec ses voisins. Les résultats d’une recherche historique, tant au niveau gouvernemental qu’à celui des citoyens, entre le Japon et la Corée d’une part, le Japon et la Chine d’autre part, devraient être réexaminés, comme devrait l’être la déclaration commune d’intellectuels japonais et sud-coréens, qui en 2010 ont déclaré nul le traité d’annexion de la Corée de 1910.

9. La seule voie pour sortir du conflit dans les zones contestées est le codéveloppement et l’utilisation conjointe des ressources dans les territoires litigieux. Si la souveraineté ne peut être partagée, la gestion et la distribution des richesses peuvent l’être, y compris celles de la pêche. Plutôt que de s’affronter, les nations devraient poursuivre le dialogue, la consultation de toutes les parties pour arriver à une meilleure connaissance des ressources et à un partage des intérêts. Nous devons sortir du conflit qui alimente le nationalisme pour jeter de nouvelles bases de coopération régionale.

10. Le fardeau pesant sur Okinawa [qui abrite les principales bases américaines, fort contestées par la population] ne doit pas s’alourdir au nom des tensions régionales, ni à travers un renforcement du pacte de sécurité américano-japonais ou au déploiement des V-22 Osprey, un nouveau type d’avion de transport à décollage vertical.

11. Enfin, nous proposons de créer un cadre de concertation à un niveau non gouvernemental réunissant des citoyens du Japon, de la Chine, de la Corée, de Taïwan et d’Okinawa, avec un point de vue tourné vers l’avenir dans un esprit de confiance mutuelle et de bonne foi.

Notes

 

[1] Tokyo prétexta l’enlèvement d’un de ses soldats, qui s’entraînaient à une quinzaine de kilomètres de Pékin, près du pont Marco Polo, pour s’emparer de la capitale chinoise et étendre la guerre à tout le pays.

24 octobre 2012

L’Islande et le refus de l’austérité

Par Salim Lamrani
18/10/2012
Source : http://www.voltairenet.org

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L’Union européenne fait aujourd’hui le choix de l’austérité face à la crise économique mais se lance en même temps dans le sauvetage — avec des fonds publics — des banques privées qui auraient dû faire faillite à cause de leur mauvaise gestion. Est-ce vraiment la seule solution viable ? Salim Lamrani se penche sur le cas de l’Islande, un exemple que les médias et les apprentis sorciers de la finance européenne préfèrent passer sous silence.

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Le 6 mars 2010, plus de 93% électeurs islandais participant à un référendum se prononcent contre le remboursement de presque 4 milliards de dollars au Royaume-Uni et aux Pays-Bas, au titre des dettes accumulées par les banques islandaises en faillite. 
 
Face à la crise économique, alors que l’Union européenne a choisi la voie de l’austérité et a décidé de sauver les banques, l’Islande a au contraire procédé à la nationalisation des institutions financières et a rejeté les politiques de restrictions budgétaires. Avec un taux de croissance de 2,7% en 2012, même le Fonds monétaire international (FMI) salue le redressement économique du pays.

Lorsqu’en septembre 2008, la crise économique et financière a touché l’Islande, petit archipel du Nord de l’Europe peuplé de 320 000 habitants, l’impact a été désastreux, comme sur le reste du continent. La spéculation financière a conduit les trois principales banques à la faillite, dont les actifs représentaient une somme dix fois supérieure au PIB de la nation, avec une perte nette de 85 milliards de dollars. Le taux de chômage a été multiplié par 9 entre 2008 et 2010, alors que le pays jouissait auparavant du plein emploi. La dette de l’Islande représentait 900% du PIB et la monnaie nationale avait été dévaluée de 80% par rapport à l’euro. Le pays s’est retrouvé plongé dans une profonde récession, avec un recul du PIB de 11% en deux ans [1].

Face à la crise

En 2009, lorsque le gouvernement a voulu appliquer les mesures d’austérité exigées par le FMI, en échange d’une aide financière de 2,1 milliards d’euros, une forte mobilisation populaire l’a contraint à la démission. Lors des élections anticipées, la gauche a remporté la majorité absolue au Parlement [2].

Le nouveau pouvoir a néanmoins fait adopter la loi Icesave – du nom de la banque en ligne privée qui a fait faillite et dont les épargnants étaient en majorité hollandais et britanniques – afin de rembourser les clients étrangers. Cette législation contraignait l’ensemble des Islandais à rembourser une dette de 3,5 milliards d’euros (40% du PIB) – 9000 euros par habitant – sur 15 ans à un taux de 5%. Face aux nouvelles protestations populaires, le Président a refusé de ratifier le texte parlementaire et l’a soumis à référendum. En mars 2010, 93% des Islandais ont rejeté la loi sur le remboursement des pertes causées par Icesave.

Soumise une nouvelle fois à référendum en avril 2011, elle a de nouveau été massivement rejetée à 63% [3].
Une nouvelle Constitution, rédigée par une Assemblée constituante de 25 citoyens élus au suffrage universel parmi 522 candidats et composée de 9 chapitres et de 114 articles, a été adoptée en 2011. Celle-ci prévoit un droit à l’information, avec un accès public pour les documents officiels (Article 15), la création d’un Comité de contrôle de la responsabilité du gouvernement (Article 63), un droit à la consultation directe (Article 65) – 10% des électeurs peuvent demander un référendum sur des lois votées par le Parlement –, ainsi que la nomination du Premier Ministre par le Parlement [4].

Ainsi, contrairement aux autres nations de l’Union européenne dans la même situation, qui ont appliqué à la lettre les recommandations du FMI exigeant l’application de mesures d’une austérité sévèr – comme en Grèce, en Irlande, en Italie ou en Espagne –, l’Islande a choisi une voie alternative. Lorsqu’en 2008, les trois principales banques du pays, Glitnir, Landsbankinn et Kaupthing se sont effondrées, l’Etat islandais a refusé d’y injecter des fonds publics, comme dans le reste de l’Europe. Il a au contraire procédé à leur nationalisation [5].

De la même manière, les banques privées ont été contraintes d’annuler toutes les créances à taux variable dépassant 110% de la valeur des biens immobiliers, évitant ainsi une crise de subprime comme celle des Etats-Unis. Par ailleurs, la Cour Suprême a déclaré illégaux tous les prêts indexés sur des devises étrangères qui ont été octroyés à des particuliers, obligeant ainsi les banques à renoncer à ces créances, au bénéfice de la population [6].

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Accusé de négligence dans la gestion de la crise financière, l’ex-premier ministre islandais Geir Haarde a été déclaré coupable, en avril 2012, par un tribunal spécial qui n’a retenu aucune sanction à son encontre.
Quant aux responsables du désastre – les banquiers spéculateurs qui ont provoqué l’effondrement du système financier islandais –, ils n’ont pas bénéficié de la mansuétude en vogue à leur égard dans le reste de l’Europe où ils ont été systématiquement absous. En Islande, ils ont été poursuivis par la justice et mis en prison, par Olafur Thor Hauksson, Procureur spécial nommé par le Parlement. Même le Premier Ministre Geir Haarde, accusé de négligence dans la gestion de la crise, n’a pu éviter un procès [7].

Une alternative à l’austérité

Les résultats de la politique économique et sociale islandaise ont été spectaculaires. Alors que l’Union européenne se trouve en pleine récession, l’Islande a bénéficié d’un taux de croissance de 2,1% en 2011 et prévoit un taux de 2,7% pour 2012, et un taux de chômage oscillant autour de 6% [8]. Le pays s’est même offert le luxe de procéder au remboursement anticipé de ses dettes auprès du FMI [9].

Le président islandais Olafur Grímsson a expliqué ce miracle économique : «  La différence est qu’en Islande, nous avons laissé les banques faire faillite. C’était des institutions privées. Nous n’y avons pas injecté de l’argent pour les maintenir à flot. L’Etat n’a pas à assumer cette responsabilité  » [10].

Contre toute attente, le FMI a salué la politique du gouvernement islandais – qui a appliqué des mesures aux antipodes de celles qu’il préconise –, une politique qui a permis de préserver « le précieux modèle nordique de protection sociale ». En effet, l’Islande dispose d’un indice de développement humain assez élevé. « Le FMI déclare que le plan de sauvetage à la manière Islandaise fournit des leçons pour les temps de crise ». L’institution ajoute que « le fait que l’Islande soit parvenue à préserver le bien être social des ménages et obtenir une consolidation fiscale de grande ampleur est l’une des plus grandes réussites du programme et du gouvernement islandais ». Le FMI a néanmoins omis de préciser que ces résultats ont été possibles uniquement parce que l’Islande a rejeté sa thérapie de choc néolibérale et a mis en place un plan de relance alternatif et efficace [11].

Le cas de l’Islande démontre qu’il existe une alternative crédible aux politiques d’austérité appliquées à travers l’Europe. Celles-ci, en plus d’être économiquement inefficaces, sont politiquement coûteuses et socialement insoutenables. En choisissant de placer l’intérêt général au-dessus de celui des marchés, l’Islande montre la voie au reste du continent pour sortir de l’impasse.
 

Le cyberespace est-il « espace » ? Des approches changeantes…

 Par Cidris
 17/10/2012
Source : http://alliancegeostrategique.org

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(l’image renvoie à un blog dont l’article est : Le cyberespace est-il infini ?)

L’observateur aguerri des moeurs et des modes d’affrontements sur Internet ou dans le cyberespace ne peut ignorer qu’ il semble se produire récemment des évolutions notables. Ce que l’on appelle parfois des « signaux faibles » semblent apparaître ça et là et nous donnent l’occasion de tracer un panorama de quelques modifications conceptuelles marquantes.


Le discours de Léon Panetta prononcé récemment est ainsi instructif : celui-ci évoque de manière directe à la fois le besoins de maîtriser les aspects offensifs pour mieux les comprendre mais également le fait de disposer d’une capacité déjà fortement structurée. Comme si tout cela concourrait à la mise en place d’une forme de « dissuasion », le patron de la NSA et du Cyber-Command, le Général Keith Alexander évoquait tout aussi récemment le développement de ces capacités.

On retiendra ainsi 3 points qui me paraissent essentiels :

- le discours désormais dénué de « langue de bois » qui décrit l’existence de capacités offensives. Rappelons le contexte législatif problématique du moment où les acteurs sont en attente d’arbitrages au sein des institutions parlementaires avant la nouvelle loi relative à la « cyber-sécurité. Celui-ci n’est pas sans lien car l’avenir et la sécurité des Etats-Unis reposeraient sur ce texte : de tels discours peuvent donc être interprétés comme une forme de « motivation » ;

- bien que généralement l’on repousse la dissuasion comme une forme de stratégie applicable au cyberespace, il est bon de se souvenir que dissuader un acteur de commettre une action ne passe pas forcément par un missile nucléaire. Avertir ou montrer ses muscles est également une partie du processus : chaque enfant dans une cour d’école pourra vous le démontrer. La concomitance de ces discours n’est pas sans lien avec l’affirmation d’une forme de puissance dans ce domaine ;

- enfin, un aspect interpelle dans le discours de M. Panetta : sa confiance dans la capacité des Etats-Unis à localiser les acteurs d’attaques informatiques et de leur appliquer les traitements et punitions liés à leurs actions. Ceci a de quoi interpeller car jusqu’ici, la notion d’invisibilité sur Internet et l’impossibilité d’imputer formellement constituait une donnée structurante. Cette information participe également à la construction d’un discours dissuasif  : « nous savons frapper fort et nous savons qui frapper » ;

Bien évidemment, l’on sait depuis longtemps qu’il est possible de retrouver des responsables d’actes délictueux ou des attaquants informatiques, surtout lorsque les flux sont surveillés. De plus, les moyens utilisés n’étaient pas forcément liées à une quelconque capacité informatique mais aux bonnes vieilles méthodes d’investigation : après tout, le hacker de génie peut être assez démuni et maladroit une fois en possession de son butin. Il demeurait toutefois relativement acquis qu’un attaquant motivé, intelligent et disposant de quelques moyens pouvait assez facilement demeurer dans l’ombre.

C’est pourquoi l’on peut comprendre le discours de plusieurs manière : soit les Etats-Unis disposent d’une capacité révolutionnaire de détection et de localisation qui techniquement laisse un peu dubitatif. Ou bien, et c’est plus crédible, une intense mobilisation des acteurs ayant la capacité à acquérir, traiter et utiliser l’information a été mise en oeuvre. Cette capacité pourra être à la fois humaine et électronique et fournir justement des moyens croisés pour identifier des attaquants. Ce que n’évoque pas le discours, c’est l’échelle de temps : les « représailles » pourraient alors avoir lieu bien plus tard.

Mais l’évolution ne s’arrête pas là. Après avoir insisté sur la nature « géographique » et spatiale du..cyberespace, il semble que cela ne suffise plus. On ne compte plus aujourd’hui les articles, mémoires et autres opinions faisant d’Internet un nouvel espace de bataille, à l’égal des autres (sans doute aussi sur ce blog).

On prédisait même une évolution du domaine comme on a pu le voir sur mer puis dans les airs. C’était oublier une donnée fondamentale : air, mer ou terre sont des données fortement exogènes à l’homme. Les propriétés physique des espaces aériens et maritimes sont des données constantes et stables , pré-existantes à l’humain.

A contrario, Internet ou le « cyberespace » est un espace construit, non seulement physiquement et techniquement par l’homme. Il est également construit car on a souhaité lui donner du sens et des particularisme, le qualifier et identifier des caractéristiques. Il demeure pourtant un « espace » instable, mouvant et très évolutif sous les pressions conjuguées des technologies et des usages.

Ainsi, le très célèbre M. Libicki produit-il un récent article dont le titre suffit : « Cyberspace Is Not a Warfighting Domain » !…et l’on trouve dans la citation d’introduction des réflexions parallèles à celles évoquées plus haut.

Autre élément : une publication évoquait dernièrement les difficultés rencontrées par l’Air Force dans l’usage de la définition du cyberespace. Pour les non-familiers, il est bon de rappeler que cette composante de l’armée américaine avait rajouté le cyberespace dans sa devise qui incluait l’air, l’espace et bientôt le cyber ! C’est dire si la confusion jouait déjà à plein.

Aujourd’hui, cette approche, matérialisée dans une doctrine semble poser de nombreux problèmes notamment au niveau des moyens à mettre en oeuvre obligeant ainsi les responsables à faire évoluer leur vision.

C’est ainsi : le cyberespace qui était autrefois Internet se modifie. Il n’est pas constant, il n’est pas « fini » et peut évoluer de mille manières. Sa compréhension technique est un atout indispensable à l’analyste qui devra aussi saisir la notion d’usage et l’inter-pénétration avec la société. En matière stratégique, il doit visiblement être redéfini : c’est un besoin qui semble impératif à plusieurs acteurs et qui devra être attentivement suivi.


Source :
dans le texte

20 octobre 2012

900 prescriptions applicables aux centrales nucléaires françaises

Source : http://fukushima.over-blog.fr
14/10/2012

english version

fessenheim 
Suite à la catastrophe de Fukushima, l’ASN a été chargée de réaliser des évaluations complémentaires de sûreté (ECS). Celles-ci ont débouché sur plus de 900 prescriptions qui devront être suivies dans les prochains mois ou les prochaines années. Des milliards d’euros de travaux en perspective pour l’exploitant, remettant en cause une énergie nucléaire bon marché. Dans l’article qui suit, Jean-Marc Royer analyse quelques prescriptions et met en lumière plusieurs incohérences ou arrangements qui ressemblent fortement aux errances commises par les Japonais, erreurs qui ont conduit à la catastrophe nucléaire que l’on connaît.
 
Alors que Tepco vient de reconnaître avoir volontairement minimisé le risque de tsunami, tout en sachant que la sécurité serait insuffisante en cas de séisme trop important, il est légitime de surveiller ce que disent aujourd’hui nos dirigeants, nos opérateurs et nos agences de sécurité ! Exemple, ces 30 directeurs de centrales nucléaires françaises qui publient une lettre ouverte pour dénoncer l’arrêt annoncé de la centrale de Fessenheim en 2016. Ne connaissent-ils pas la prescription de l’ASN demandant un radier sous le réacteur n°1 de Fessenheim avant le 30 juin 2013 ?

Décisions de l’ASN du 26 juin 2012 fixant à EDF des prescriptions applicables aux centrales
 
suite aux évaluations complémentaires de sûreté (ECS)
 
 
par Jean-Marc ROYER

Suite aux ECS publiés en janvier 2012 et dont nous avions fait un résumé et une analyse, l’ASN a édité une série de prescriptions s’appliquant à toutes les centrales nucléaires françaises. Comme il y avait un peu plus d’une trentaine de domaines ou chapitres concernés, leur déclinaison, adaptée à chaque centrale (26 au total) a donné un volume de plus de 900 prescriptions qui a « assommé » d’un gros volume relié les participants à la conférence de presse du 28 juin dernier qui n’en pouvaient mais. Ce qui est toujours un des buts visés : écraser le quidam sous un flot d’informations dans lesquelles il n’est pas apte à trier, ce qui fût exactement la même tactique que celle utilisée par Tepco dans les semaines qui suivirent la catastrophe. A ce niveau de répétition, c’est sans aucun doute possible une tactique mise au point au niveau international par le village nucléaire et leurs consultants en « com. ». Examinons de plus près quelques-unes de ces prescriptions propres à Belleville et au Tricastin [1]. Nous avons choisi d’étudier les prescriptions de ces centrales étant donné ce que nous écrivions suite à la synthèse du rapport de l’ASN de janvier 2012 :
 
L’ASN, faisant le constat que des « effets falaise » (effets cumulatifs) peuvent se produire très près des niveaux d’inondation retenus dans le « référentiel EDF », demande à l’exploitant de revoir toutes ses estimations (fournir le détail de la méthodologie et les justifications utilisées pour caractériser le modèle d’inondation retenue), de se prononcer lui-même sur l’adéquation des bâtiments à ces évaluations et lui prescrira de revoir sa copie concernant Belleville et Tricastin, notamment en cas de rupture des digues amont.
Concernant des « effets falaise » possibles suite à une inondation (perte totale de source froide et/ou des alimentations électriques), l’ASN pense que ni les rapports d’Evaluation Complémentaires de Sûreté, ni les compléments présentés par EDF en cours d’instruction, ne sont de nature à les éviter et lui demande de revoir là aussi ses copies (pages 122, 124, 128, 130, 137 et 139 du rapport de janvier 2012).
 
belleville
Centrale nucléaire de Belleville
 
Toutes les prescriptions débutent par rappeler la partie des ECS concernée (ECS-1, 2, 3) et le paragraphe, I, II, III…
 
(ECS-1) I « Avant le 30 juin 2012 les exploitants proposeront un noyau dur de dispositions matérielles et organisationnelles robustes visant, pour les situations extrêmes […] à :
a) prévenir un accident avec fusion du combustible ou en limiter la progression,
b) limiter les rejets radioactifs massifs,
c) permettre à l’exploitant d’assurer les missions qui lui incombent dans la gestion d’une crise. » […] 
On constatera, une fois de plus, que l’ASN demande gentiment à EDF de bien vouloir envisager de limiter les effets de son choix mortifère en cas d’accident majeur et d’être en capacité de le gérer.
 
II et III Pour dimensionner ce noyau dur, « l'exploitant retient des marges significatives forfaitaires par rapport aux exigences applicables au 1er janvier 2012. […] L'exploitant justifie le cas échéant le recours à des systèmes, structures et composants (SSC) non diversifiés ou existants. » […]
Autrement dit, si EDF ne peut pas ou ne veut pas s’exécuter, il n’aura qu’à en fournir la justification, ce qui a tout de même quelques airs de ressemblance avec les petits arrangements que la commission indépendante du Japon à dénoncé dans son rapport page 16.
 
Tricastin (ECS-7) « Avant le 31 décembre 2012, l’exploitant justifiera auprès de l'ASN qu'il a mis en place une organisation et des ressources permettant de faire face à l'isolement du site en cas d'inondation. »
Tricastin (ECS-11) « Avant le 31 décembre 2013, l'exploitant remettra à l'ASN une étude indiquant le niveau de robustesse au séisme des digues et autres ouvrages de protection des installations contre l’inondation et présentant selon ce niveau de robustesse : les conséquences d'une défaillance de ces ouvrages » […]
Voici comment nous résumions le rapport de l’ASN de janvier 2012 :
 
La Règle Particulière de Conduite est déclinée avec des retards de plusieurs années, avec des « écarts » et de manière incomplète ou incohérente, en contradiction avec le Plan d’Urgence Interne ou sans convention d’alerte avec Météo France ; certains « retours d’expérience » ne sont pas renseignés, le ruban bleu revenant aux sites de Cruas et du Tricastin qui n’ont toujours pas intégré qu’ils pouvaient être isolés par une inondation et même, pour ce dernier site, en perdre son alimentation électrique. Et ce qu’écrivait l’ASN à ce sujet :
« Les exploitants du site du Tricastin auraient des difficultés à gérer une situation accidentelle consécutive à un séisme majeur, du fait de la perte des alimentations électriques, des moyens de communication, de la supervision de l'installation ou encore du non dimensionnement au séisme de locaux annexes, des locaux de crise ou de repli, et des locaux abritant les moyens et les hommes de la Formation Locale de Sécurité » (page 67 du rapport de janvier 2012).
 
explosion-et-colonne-de-fumee-a-tricastin
Centrale nucléaire du Tricastin (2 juillet 2011)
 
(ECS 19) I « Avant le 31 décembre 2016, l'exploitant met en place dans le puits de cuve des moyens redondants permettant de détecter le percement de la cuve et dans l'enceinte des moyens redondants permettant de détecter la présence d'hydrogène. Une instrumentation permet de signaler en salle de commande le percement de la cuve par le corium. » […]
Où l’on constate surtout que rien de ce type n’avait été prévu en cas d’accident grave ! Quel aveu de taille. Et lorsqu’EDF menace de doubler les tarifs en guise de réplique politique à ces recommandations, quel culot ! Mais comme pour la piscine N°4 de Fukushima, faudra-t-il aller déposer un cierge chaque jour pendant des années en attendant que les travaux soient réalisés ? Et d’ailleurs, la similitude ne s’arrête pas là :
 
(ECS-20) I. Avant le 30 juin 2012, l'exploitant présentera à l'ASN les modifications à apporter permettant de mesurer d'une part l'état de la piscine d'entreposage du combustible (température et niveau d'eau de la piscine de désactivation) et d'autre part l'ambiance radiologique du hall du bâtiment combustible. […] 
II. Dans l’attente de leur mise en œuvre, au plus tard le 31 décembre 2012, l'exploitant met à disposition de son organisation nationale de crise des abaques donnant, en fonction de la puissance résiduelle du combustible entreposé dans la piscine de désactivation, les délais d’atteinte de l’ébullition en cas de perte totale du refroidissement. […]
Prescription qui, venant de l’ASN, constitue la meilleure preuve des dangers que la piscine N°4 de Fukushima fait courir au peuple japonais et à ceux du monde entier.
 
(ECS-5) Au plus tard le 30 juin 2012, l’exploitant réalise les remises en conformité de la protection volumétrique mentionnées dans la note D4550.31-12/1367- Indice 0. L’exploitant met en œuvre l'organisation et les ressources telles que décrites dans le document D4550.31-06/1840 indice 0 du 12/10/2007 susvisé pour s'assurer que la protection volumétrique conserve dans le temps l'efficacité qui lui est attribuée dans la démonstration de sûreté. […]
Ce qui revient à dire qu’une prescription de 2007 n’est toujours pas entrée dans les faits ! Voici ce que nous avions écrit à ce sujet :
 
Par ailleurs, l’ASN se plaint de ce que les échéances convenues pour effectuer des travaux à la suite de « l’évènement du Blayais » [1999] ne soient pas respectées sans qu’aucune mesure compensatoire n’ait été prise (pages 25 à 32).
 
(ECS-8) « Avant le 30 septembre 2012, l'exploitant vérifiera la conformité de ses installations vis-à-vis des dispositions de la règle fondamentale de sûreté I.3.b dont l'application est prévue par le rapport de sûreté. » […]
Voici ce que nous en disions dans la synthèse :
 
Un constat : la règle en vigueur (FS I.3.b) n’est pas respectée, l’instrumentation est insuffisante ou mal positionnée, son entretien et sa maintenance laissent à désirer, de même que sa qualification, son étalonnage et son réglage. De plus, les exercices ne sont pas réalisés et les opérateurs ne savent pas utiliser cette instrumentation sismique ou en interpréter les données en salle de commande ce qui les mettrait dans l’impossibilité de se faire une idée juste sur l’état du réacteur [en cas d’accident grave dû à un séisme hors dimensionnement] (page 40).
 
(ECS-29) « Avant le 31 décembre 2013, l'exploitant remettra à l'ASN une étude détaillée sur les possibilités d'amélioration du dispositif d'éventage filtration U5 » […]
Système de filtrage d’urgence dont on peut se demander s’il n’aggraverait pas la situation en cas d’Accident grave (AG) et dont nous écrivions :
 
L’ASN va prescrire à EDF d’intégrer dans le « noyau dur » les éléments indispensables à la gestion de crise, c'est-à-dire :
[…] L’accessibilité, l’opérabilité, l’habitabilité des salles de commande en cas de rejets de substances dangereuses ou radioactives (184), notamment après ouverture du système de filtration U5, lequel pose une série de problèmes non résolus à ce jour. En effet :
. il n’est pas « robuste aux séismes majeurs » ;
. il ne peut être utilisé pendant les premières 24h suivant un AG pour éviter le rejet des aérosols ;
. par la condensation ou la présence d’oxygène dans sa tuyauterie, il induit des risques de déflagration de l’Hydrogène ;
. son ouverture oblige les personnels à évacuer les salles de commande dans les 24h suivantes ;
. son efficacité de filtrage laisse à désirer, surtout s’il est utilisé par deux réacteurs simultanément (pp 184 à 207).
 
Puis viennent toute une série de prescriptions qui pourraient être regroupées sous le même chapitre et qui découlent du fait que depuis la conception, la possibilité d’un accident majeur n'a jamais été prise en compte :
 
(ECS-16) I. « Avant le 31 décembre 2012, l'exploitant présentera à l'ASN les modifications en vue d'installer des dispositifs techniques de secours permettant d’évacuer durablement la puissance résiduelle du réacteur et de la piscine d’entreposage des combustibles en cas de perte de la source froide. » […]
II. Avant le 31 décembre 2012, l'exploitant présentera à l'ASN les modifications qu'il envisage en vue de l'installation, avant le 30 juin 2013 sauf justification particulière, de dispositifs assurant l'injection d'eau borée dans le cœur du réacteur en cas de perte totale d'alimentation électrique du site lorsque le circuit primaire est ouvert. […]
 
(ECS-18) I. « Avant le 30 juin 2012, l'exploitant présentera à l'ASN les modifications qu'il envisage en vue d'augmenter notablement, avant le 31 décembre 2014, l'autonomie des batteries utilisées en cas de perte des alimentations électriques externes et internes. » […]
III. « Au plus tard le 30 juin 2013, l'exploitant met en place un dispositif temporaire sur chaque réacteur permettant d'alimenter : le contrôle commande nécessaire en cas de perte des alimentations électriques (externes et internes), et l'éclairage de la salle de commande. » […]
 
(ECS-27) I. « Avant le 31 décembre 2012, l'exploitant transmettra à l’ASN une étude de faisabilité en vue de la mise en place, ou de la rénovation, de dispositifs techniques, de type enceinte géotechnique ou d'effet équivalent, visant à s’opposer au transfert de contamination radioactive vers les eaux souterraines et, par écoulement souterrain, les eaux superficielles, en cas d’accident grave ayant conduit au percement de la cuve par le corium. » […]
 
(ECS-35) II. « Avant le 31 décembre 2012, l'exploitant transmettra à l’ASN la liste des compétences nécessaires à la gestion de crise en précisant si ces compétences sont susceptibles d’être portées par des entreprises prestataires. L'exploitant justifiera que son organisation assure la disponibilité des compétences nécessaires en cas de crise, y compris en cas de recours à des entreprises prestataires. » […]
 
(ECS-36) I. « Avant le 30 juin 2012, l'exploitant présentera à l’ASN les mesures qu’il prévoit afin de disposer d’équipes spécialisées capables d’intervenir pour assurer la relève des équipes de quart et mettre en œuvre des moyens d'intervention d’urgence en moins de 24 heures, avec un début des opérations sur site dans un délai de 12 heures après leur mobilisation. Ce dispositif peut être commun à plusieurs sites nucléaires de l’exploitant. » […]
Ce que nous en disions à propos du rapport initial de janvier 2012 reste d’une brûlante acuité :
 
-1- Les ingénieurs nucléaires, leurs commanditaires industriels, politiques et militaires se refusaient à penser, il y a quarante ans, qu’un accident majeur puisse un jour arriver. Les centrales ont été construites sur ce postulat : la probabilité de survenue d’un accident majeur était considérée comme nulle ou bien trop minime pour justifier des dispositions jugées trop coûteuses au regard de ce qui fût qualifié de « risque résiduel ». Poussé par Tchernobyl et Fukushima, c’est ce à quoi ce rapport se confronte, et à quoi il tente de pallier un peu tard, par des moyens et des méthodes dont on peut se demander ce qu’ils deviendront une fois traduits sur les sites par l’exploitant, étant donné la manière dont les prescriptions en cours sont appliquées.
-2- Le nucléaire français est « au bord de la falaise » ! Il n’y a pas un seul des sujets abordés par l'ASN qui ne pose problème, alors que l’exploitant, l’industrie dans son ensemble et les politiques qui les soutiennent nous serinent depuis des lustres que les centrales françaises sont les plus sûres ! Quel démenti cinglant et argumenté en détail ! Ce ne sont plus seulement des manques ou des négligences, mais une suite d’aveux, qui, mis bout à bout constituent justement le lit d’un accident majeur ! Un véritable gouffre, un précipice au bord duquel se trouve effectivement toute l’industrie nucléaire, guettée par « un effet falaise » (les acronymes et les euphémismes sont un des traits majeurs de la novlangue) qui lui est consubstantiel (voir plus bas). Sans pouvoir malheureusement le démontrer dans ce cadre, il est évident qu'il se produira un accident nucléaire majeur en France. Intégrer cela dans le domaine de la pensée pose certes quelques difficultés, mais devient à mon sens plus que nécessaire.
 
Le dernier paragraphe, comme tout ce texte, je l’ai écrit le 13 septembre 2012. Bien qu’étant à 3000 km de Paris, j’ai appris le lendemain que Fessenheim serait fermée en 2016 (ce qui reste en contradiction avec la recommandation de l’ASN dont la date butoir était fixée au 30 juin 2013).
 
Dans le cadre d’une négociation identique à celle de novembre 2011 entre les partis au pouvoir, l’ASN a d’ores et déjà fourni l’argumentaire à l’abandon de Fessenheim car elle a prescrit à EDF le renforcement du radier de Fessenheim, avant le 30 juin 2013 (page 201 du rapport de janvier 2012). Pour des raisons d’études et de travaux à planifier bien en amont, il est évident que cela sera impossible à réaliser avant cette date : on ne coule pas du béton sous un réacteur comme on glisse de la poussière radioactive sous un tapis de mensonges … Chacun pourra en tirer ses propres réflexions. Je complète par cette déclaration d’André-Claude pour les intimes : « Il n’y a aucune raison de fermer quelque centrale que ce soit en France » directeur de l’ASN, Figaro 26 mars 2011. Neuf mois plus tard, l’ASN disait donc, de facto, le contraire concernant Fessenheim.
 
Dernier commentaire (du 22 septembre) : « les annonces politiques » ne font que reprendre à grands renforts de tambours et trompettes ce qu’il était déjà prévu de faire (c’est quelque chose que j’ai pu moi-même vérifier de près dans la pratique du cabinet du ministre Gayssot en 1998-99).
 
Jean-Marc Royer, les 13 et 22 septembre 2012
 


 
[1] Décisions n°2012-DC-0274 et 0292, s’appliquant à Belleville sur Loire (Cher) INB n°127 et 128 et au Tricastin, (Drôme) INB n°87 et 88. Ces prescriptions sont très largement identiques ; nous signalerons seulement celles qui sont propres au Tricastin.
 

La Pologne , Centrale de l'Europe

Source : http://ddc.arte.tv





En organisant l’Euro de football l’été dernier, en tandem avec l’Ukraine, la Pologne a présenté l’image d’un pays résolument ouvert et tourné vers l’avenir. Au sein d’une Europe en crise, le pays affiche une bonne réussite : épargné par la récession, il rattrape son retard et fait désormais figure de « grand » de la scène européenne. Le Dessous des Cartes analyse les ressorts de cette montée en puissance polonaise. Une émergence qui se veut autant économique que diplomatique.


Lectures

Étude économique de la Pologne 2012
OCDE
L'étude économique de l'OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques) concernant la Pologne en 2012 examine les récents développements économiques et politiques ainsi que les perspectives économiques.
Il comprend également des chapitres spéciaux qui traitent des changements climatiques et des soins de santé.
« La Pologne est le pays de l’OCDE qui a enregistré la plus forte croissance tout au long de la crise économique mondiale. Cependant, compte tenu des restrictions budgétaires prévues par les autorités polonaises et du freinage de l’activité économique en Europe, la croissance du PIB réel devrait fléchir fortement pour tomber à 2 - 3 pour cent en 2012 et 2013. » Extrait de la synthèse.
La Pologne - De Pilsudski à Walesa - 11 novembre 1918 / 27 octobre 1991
Jean Lorcin
Éditions Jacques André / Cei
Professeur honoraire d’histoire contemporaine à l’université Lumière Lyon 2, Jean Lorcin, spécialiste d’histoire économique et sociale, a enseigné l’histoire de l’Allemagne et de la Russie-URSS au XXe siècle.
Il lui a paru essentiel de compléter cette expérience de l’Europe centrale et orientale par la prise en compte de l’entre-deux que représente la Pologne. Il y était d’autant plus disposé qu’il a été responsable des relations scientifiques entre Lyon 2 et l’université de Lódz, lui permettant ainsi de prendre conscience de la situation politique, économique et sociale d’un pays d'abord sous l’état de guerre, en 1984, puis fraîchement libéré en 1991. Autant de souvenirs qui l’ont poussé à aborder ce sujet, tant les liens entre la France et la Pologne sont anciens et étroits.
D’autre part, l’enseignement de l’histoire allemande et soviétique lui a permis de se distancier d’une historiographie purement polono-polonaise dont Daniel Beauvois a montré les limites au lendemain de la libération du joug soviétique. Comme lui, Jean Lorcin n’a pas voulu s’immiscer dans les querelles internes, ou encore mettre en concurrence les insurrections du ghetto de Varsovie en 1943 et de la ville de Varsovie en 1944.
Il s'est efforcé de s’en tenir à l'histoire « sincère » pour reprendre l’expression de Seignobos, d’une Pologne encore inquiète, agitée, mais représentative d'une Europe de l’Est qui se veut désormais centrale, à un moment décisif pour l’avenir de l’Union européenne. Il lui a paru utile de consigner dans un ouvrage de synthèse le fruit de son expérience. La lecture d’une surabondante littérature historique lui a permis de compléter son information qui s’appuie en particulier sur la consultation des archives diplomatiques polonaises, françaises, allemandes et pontificales publiées à ce jour.
Voyage en Pologne
Alfred Döblin avec une traduction de Nicole Casanova
Flammarion
« Des champs plats passent furtivement, de petites forêts. Au bord d'un cours d'eau, sous un pont de bois, une paysanne va pieds nus, foulard blanc sur la tête. Qu'est-ce que cela ? Troupeaux de boeufs. De nouveau des terres cultivées. Beaucoup d'oies blanches. C'est la Pologne. »
Un matin de septembre 1924, par la fenêtre du train qui l'emmène de Berlin à Varsovie, Alfred Döblin pose pour la première fois le regard sur la campagne polonaise. Il parcourra le pays pendant deux mois, mû par le désir de comprendre cet État voisin, tout juste sorti des cendres de la Première Guerre mondiale et qu'il connaît mal. Posant sur toutes choses un regard curieux, notant au fil de ses promenades les impressions qui feront la matière de ce livre, il interroge sans relâche ses interlocuteurs : « Quelles forces, quelles puissances organisent l'État ? Qui gouverne, officiellement ou non ? Qui a faim, et qui est rassasié ? ».
Alerté par la montée de l'antisémitisme à Berlin depuis le début des années 1920, Döblin accorde une attention toute particulière à la population juive. Le mode de vie de ce peuple ayant sa propre langue, sa propre religion et sa propre culture bouleverse le voyageur, lui-même d'origine juive. Ce monde décrit par Döblin a cessé d'exister. La guerre et la barbarie nazie ont anéanti la culture juive polonaise et bouleversé à jamais la physionomie du pays. Le témoignage de l'écrivain, façonné par le style puissant qui fait de lui l'un des plus grands auteurs allemands du XXe siècle, retrace les contours d'un monde disparu.

Le roi Mathias Ier
Janusz Korczak et une traduction de Zofia Bobowicz
Fabert
Il était une fois, dans un pays imaginaire, un jeune garçon amené malgré lui à devenir monarque à la mort de son père. Le petit Mathias se heurte à l'hostilité des ministres, à l'incompréhension des adultes et à leur ignorance des problèmes des enfants. Après de nombreuses péripéties et d'incroyables aventures, il parvient à s'imposer et à faire évoluer son pays en une démocratie où les enfants auraient les mêmes droits que les adultes. Le petit roi réformateur crée ainsi le Parlement des enfants et parvient à réformer son administration pour l'adapter à l'écoute des enfants et répondre à leurs besoins. Mais, inexpérimentés, les principaux intéressés ne font pas toujours le meilleur usage de leur liberté... Les ennemis de Mathias organisent un mémorable désordre, les États voisins lui déclarent la guerre et le petit roi est finalement vaincu.
Roman d'aventures, Le Roi Mathias Ier est aussi un conte métaphorique plein d'humour qui s'adresse aux enfants, mais qui concerne également les adultes.
À partir de l'imaginaire et de la toute-puissance de l'enfance, il donne à réfléchir sur les mécanismes du pouvoir, sur la méfiance et les malentendus persistants entre le monde des adultes et le monde des enfants, et sur la reconnaissance des droits d'expression et de participation de ces derniers : des problématiques toujours d'actualité.
À propos de l'auteur : médecin, éducateur et écrivain célèbre, Janusz Korczak est reconnu comme le précurseur et l'inspirateur de la Convention des droits de l'enfant. Grand témoin de son temps, il s'est battu toute sa vie pour défendre et faire respecter l'enfant. Sa démarche profondément humaniste, son attitude éthique toujours exemplaire, et son œuvre littéraire pour adultes et enfants ont profondément marqué des générations de jeunes Polonais.
Pour Janusz Korczak, l'enfant est un citoyen qui doit être considéré avec sérieux, acteur de son éducation, il devrait toujours être associé aux décisions qui le concernent.

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Au cœur du génocide. Les enfants dans la Shoah, 1933-1945
Mémorial de la Shoah - Paris
Jusqu'au 30 décembre 2012.
Un million et demi d’enfants juifs de moins de 15 ans ont été assassinés en Europe durant la Shoah. Le fondement de cette mise à mort des victimes ne repose que sur le crime d’être né et sur lui seul.
Heinrich Himmler dans un discours prononcé à Posen, en octobre 1943, déclare : « Je ne me sentais en effet pas le droit d’exterminer les hommes […] et de laisser grandir les enfants qui se vengeraient sur nos enfants et nos descendants. (…) »
De ces enfants, nous sont parvenus des lettres, récits, journaux, dessins… Ces documents sont la base, parmi d’autres écrits, photographies et films d’époque, de l’exposition proposée par le Mémorial de la Shoah. En complément, un cycle de rencontres, de projections, de témoignages, et un colloque évoquent le sort et les actes des enfants qui ne sont plus, mais aussi de ceux qui ont survécu.
Accompagnant l'exposition, un cycle thématique propose des rencontres, des projections et un colloque avec des historiens, des écrivains et des témoins.

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