21 septembre 2012

Fukushima , une population sacrifiée

Pour http://www.lcp.fr

Documentaire inédit écrit et réalisé par David Zavaglia (52’) - 2012.
Coproduction LCPAn / Scientifilms



 Alternative Player Video
DL : DF , RG

Vendredi 11 mars 2011. 14h46 heure locale. Le Japon vient d’être touché par l’une des catastrophes naturelles les plus terribles de son histoire. Depuis, l’archipel vit avec une épée de Damoclès audessus de lui : celle de la centrale de Fukushima qui ne peut être réparée et qui continue de fuir…

Un an après, la situation s’est-elle améliorée ? L’Etat a-t-il pris des dispositions suffisantes ? Comment les habitants s’organisent-ils sur place ? D’un côté, on observe un Etat qui engage un retour progressif de la population au lieu d’élargir la zone d’évacuation. De l’autre, la résistance s’organise à travers des opérations de détection et de mesure de radioactivité…

Le réalisateur nous livre une enquête saisissante sur le rôle de l’Etat Japonais et les risques encourus par les populations locales. Une chronique édifiante d’une catastrophe au long cours…

20 septembre 2012

Syrie : Les Origines de la Crise 1/2

Pour http://ddc.arte.tv

DL : DF , RG


Depuis plus d’un an, les révoltes en Syrie remettent en cause le régime autoritaire en place depuis quarante ans. Ces mobilisations s’inscrivent dans la lignée du printemps arabe ; pour autant, quelles sont les spécificités de ce mouvement de révolte syrien ? À travers l’histoire, la géographie, la démographie et l’économie notamment, le Dessous des Cartes cherche à déceler et à comprendre les origines de la crise syrienne.


Lectures

La Syrie depuis 5000 ans
Nora Benkorich, Françoise Briquel-Chatonnet, Anne-Marie Eddé, Gabriel Martinez-Gros, Elizabeth Picard, Maurice Sartre
L'Histoire n°375
La Syrie est l'un des plus vieux pays au monde et c'est là que sont apparues les premières communautés chrétiennes.
Mais la Syrie est également une jeune nation aux mains d’un clan depuis 1970, celui des Assad.
Quelques clés pour comprendre les enjeux d'une révolte peut-être plus compliquée qu'ailleurs.
À commander sur le site :
www.histoire.presse.fr/lhistoire/375_
Syrie, l'État de barbarie
Michel Seurat
PUF - Collection Proche-Orient
Michel Seurat fut assassiné pendant sa captivité à Beyrouth en 1986, alors otage de l’« Organisation du jihad islamique », une émanation du Hezbollah. Il était l’un des meilleurs spécialistes du monde arabe contemporain.
Arabisant hors pair, homme de terrain scrupuleux, féru de sciences sociales autant qu’islamologue érudit, ce scientifique du CNRS a inspiré les générations successives de chercheurs. Plus d’un quart de siècle après sa disparition, ses textes font toujours référence dans les universités du monde entier. Ils sont désormais recommandés comme des classiques de l’école française sur le Proche-Orient.
Pour livrer ses analyses du système de pouvoir syrien à l’époque de Hafez el-Assad, qu’il nomma « l’État de barbarie », il s'est nourri des textes du grand historien médiéval Ibn Khaldoun, autant que de ceux produits par la sociologie française. Écrit à chaud dans les années 1980, le propos de son livre est plus que jamais d’actualité alors que la Syrie, dont Bachar el-Assad a hérité, s’est enfoncée dans une violence inouïe, où s’enchevêtrent révolution et guerre civile.
Ses études des clans, des villes, des milices urbaines alaouites ou islamistes ainsi que des Frères musulmans fournissent des clefs de lecture indispensables pour comprendre les enjeux et les lignes de clivages d’aujourd’hui, à l’heure où le monde arabe est entré dans l’une des phases de bouleversements majeurs de son histoire.

Agenda

Le IXe festival photo Peuples et Nature
La Gacilly - Morbihan - France
Jusqu'au 30 septembre 2012
« Le festival photo Peuples et Nature de La Gacilly expose une photographie éthique, humaniste et de sens, fondée sur les rapports entre l’Homme et son Environnement. Il croise les regards de photographes venant du monde de l’art et du photojournalisme.
Ce festival est le plus grand festival de photos de France totalement en extérieur. 250 000 visiteurs l’ont fréquenté en 2011.
Les rues, les jardins, les venelles du village se transforment en de véritables galeries d’art photographique.
Dix-neuf expositions y seront installées en 2012 : plus de 600 photos grand format. Les rues redeviennent « espaces publics » au sens propre du terme. Elles informent, interpellent, étonnent, émerveillent et sont lieux d’échanges et de débats, toutes générations confondues. »
Auguste Coudray, président du festival.
En 2012, le festival photo Peuples et Nature de La Gacilly (Morbihan) se veut l’ambassadeur du sommet de Rio de juin 2012.
Le Brésil est l’invité d’honneur de cette neuvième édition où sont exposées les images de Marc Ferrez, de José Medeiros, Julio Bittencourt Anouk Garcia ou encore celles des photographes de l'agence Tyba, élue meilleure agence d’Amérique latine.
En vingt clichés qui ont marqué l’Histoire, une exposition signée de vingt photographes prestigieux présente ces moments de l’actualité qui, de 1992 à 2012, ont marqué la conscience de l’homme vis-à-vis de la planète.
Les peuples restent au cœur du Festival de la Gacilly :
• Pierre de Vallombreuse offre les plus belles images de ses cinq années passées à rencontrer les Hommes Racines ;
•l’Espagnol Juan Manuel Castro Prieto (agence VU) dévoile de véritables « tableaux » des cinq continents ;
• les Allemands Heidi et Hans-Jürgen Koch présentent leur travail stupéfiant sur les grands primates, miroirs de nous les hommes ;
• tandis que le National Geographic nous fait rêver à travers une grande expédition en Russie sur une biodiversité méconnue.
La Gacilly rend hommage au plus célèbre de nos photographes : il y a cent ans naissait Robert Doisneau, l’homme qui photographiait les « petites gens » avec son cœur. Ses filles Annette et Francine ont découvert des images oubliées qui n’avaient jamais été montrées au grand public. Ces trésors retrouvés sont exposés ici pour la première fois.
Toutes les informations sur le site : www.festivalphoto-lagacilly.com/

19 septembre 2012

Kosovo : l’illusion de la souveraineté

Par Jean-Arnault Dérens
17 Septembre 2012
pour http://www.monde-diplomatique.fr

english version

Lundi 10 septembre, une cérémonie solennelle a, théoriquement, marqué la fin de la « supervision » internationale de l’indépendance du Kosovo. Celui-ci aurait donc accédé à la « pleine souveraineté ». Pourtant, la reconnaissance de cet Etat ne fait toujours pas l’objet du moindre consensus et le petit territoire reste toujours le « terrain de jeu » de nombreuses missions internationales, aux mandats flous et aux compétences incertaines.

Le Groupe d’orientation sur le Kosovo (International Steering Group, ISG) s’est réuni une dernière fois à Pristina le 10 septembre, avant d’annoncer son autodissolution. Chargé de « superviser » l’indépendance proclamée le 17 février 2008, il réunissait les représentants de vingt-cinq Etats ayant tous reconnu le Kosovo. Son « bras armé » était le Bureau civil international (ICO), dont l’activité a également pris fin. Le gouvernement du Kosovo a cherché à donner le plus de lustre possible à cette évolution mais, si les officiels répétaient que ce 10 septembre était « la date la plus importante dans l’histoire du Kosovo depuis la proclamation d’indépendance », l’heure n’était guère à la liesse populaire.

Dans la pratique, la fermeture du Bureau civil international (International civilian office, ICO) ne changera pas grand chose pour les citoyens du Kosovo. Leur petit pays est toujours le « terrain de jeu » d’un grand nombre de missions aux mandats flous et aux compétences souvent incertaines. Ainsi, la mission d’administration intérimaire des Nations unies (Minuk) reste déployée au titre de la résolution 1244 du Conseil de sécurité, jamais abrogée, même si le champ d’action et les effectifs de cette mission ont été drastiquement réduits. L’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) conserve également d’importantes attributions dans les domaines aux contours bien imprécis de la « démocratisation » et de la promotion des minorités.

Pour les citoyens ordinaires, toutefois, la présence internationale la plus visible demeure sans aucun doute la mission militaire de l’OTAN, la Kosovo Force (KFOR), dont les effectifs sont progressivement passés, depuis juin 1999, de plus de 50 000 à moins de 5 000 hommes. Au cours des douze derniers mois, cependant, la KFOR a dû faire appel à des renforts pour réagir à la situation de crise dans les régions serbes du Nord du Kosovo (1). L’autre présence très visible est celle des policiers et des douaniers de la mission européenne Eulex.

Le 7 septembre, le Parlement du Kosovo a justement adopté la loi qui permet de proroger le mandat de cette mission jusqu’au 15 juin 2014. En théorie, Eulex est une mission « technique », qui doit rester « neutre » sur le statut du pays. Son déploiement sur l’ensemble du territoire, y compris les enclaves serbes, résulte en effet d’un accord passé avec Belgrade grâce à la médiation des Nations unies. De surcroît, cinq Etats membres de l’Union européenne ne reconnaissent toujours pas l’indépendance du Kosovo (2). Cette mission doit apporter son appui aux institutions locales dans trois secteurs qui n’ont pourtant rien de « techniques », mais touchent au cœur des fonctions régaliennes, à savoir la police, la justice et le contrôle des frontières.
Selon leur zone d’affectation, leur pays d’origine, voire leurs convictions personnelles, les fonctionnaires, les policiers, les juges ou les procureurs de cette mission considèrent pourtant tantôt le Kosovo comme un Etat indépendant, tantôt comme une province méridionale de la Serbie, voire toujours comme un territoire placé sous administration provisoire des Nations unies, conformément à la résolution 1244 du Conseil de sécurité...

Dans ce dense maquis des missions et des organisations internationales présentes sur le territoire, l’ICO a toujours eu du mal à trouver sa place. De fait, cet organisme était chargé de mettre en application les recommandations du médiateur des Nations unies, M. Martti Ahtisaari. Or, le plan présenté en février 2007 par l’ancien président finlandais, et qui prévoyait l’accession du Kosovo à une indépendance « sous supervision internationale », n’a jamais reçu l’assentiment de Belgrade ni de ses alliés au sein du Conseil de sécurité de l’ONU. De ce fait, le « plan Ahtisaari » ne repose sur une aucune base juridique internationale et n’a jamais engagé que les pays ayant choisi de l’approuver...

Le modèle institutionnel mis en place au Kosovo ne brillait d’ailleurs pas par son originalité, n’étant guère qu’un décalque du dispositif international en Bosnie-Herzégovine, où le Haut représentant international est chargé de mettre en pratique les décisions prises par le Conseil de mise en œuvre de la paix (Peace Implementation Council, PIC). Le cadre mis en place en Bosnie-Herzégovine est assurément plus solide qu’au Kosovo, puisque le Haut représentant dispose d’une autorité reconnue par tous les acteurs locaux et est placé sous la double responsabilité du Conseil de sécurité des Nations unies et de l’Union européenne. De plus, le PIC regroupe les représentants de cinquante-cinq Etats, au nombre desquels la Russie. Malgré cela, cette lourde tutelle internationale n’a pas permis à la Bosnie de sortir du blocage institutionnel et de la crise politique qui la ronge depuis le retour à la paix, en 1995 (3). Une nouvelle crise se profile même, la plupart des pays européens contestant l’équilibre des pouvoirs au sein de la tutelle internationale et réclamant des pouvoirs décisionnels accrus pour le représentant spécial de l’Union européenne (RSUE) au détriment du haut représentant international. A l’inverse, les Etats-Unis ont réaffirmé leur soutien au haut représentant, avec l’approbation du Royaume-Uni et le silence gêné de l’Autriche, l’actuel haut représentant, Valentin Inzko, étant un diplomate de ce dernier pays (4). Cette cacophonie au sein de la tutelle internationale fait bien sûr les gorges chaudes de Sarajevo, alors que la situation au Kosovo est autrement plus délicate...

En effet, faute de consensus international, jamais la présence ni le rôle du représentant civil et de son bureau (IC) n’ont été approuvés par le conseil de sécurité des Nations unies. Plus gênant encore, l’ICO ne s’inscrivait pas davantage sous le parapluie de l’Union européenne, alors que son chef, le diplomate néerlandais Pieter Feith, a longtemps cumulé cette fonction avec celle de représentant spécial de l’Union. Cela signifie en pratique que, dans ses fonctions de représentant civil, M. Fieth devait apporter son soutien à la construction de l’Etat du Kosovo, tandis que, dans son habit de RSUE, il devait veiller à respecter la plus stricte « neutralité » quant au statut du territoire... Depuis un an, les deux charges avaient été dissociées, permettant de mettre un terme à cette situation schizophrénique, et l’Union est représentée au Kosovo depuis décembre 2011 par M. Samuel Zbogar, l’ancien ministre des affaires étrangères de Slovénie.

De fait, depuis cette scission des deux charges, la question de la survie de l’ICO était posée, de nombreux pays européens, même parmi ceux ayant reconnu l’indépendance du Kosovo, exprimant leurs réserves. Les désaccords agitant la communauté diplomatique occidentale au Kosovo sont de plus en plus ouverts et visibles. L’ambassadeur italien à Pristina, M. Michael Giffoni, qui assume également la charge de « coordinateur » de l’Union européenne pour le nord du Kosovo, exige ainsi depuis des mois une « nouvelle stratégie » pour faire face aux problèmes posés dans cette zone, stratégie qui ne saurait être trouvée dans le cadre du plan Ahtisaari...

L’analyste kosovar Augustin Palokaj note d’ailleurs qu’avec le départ de l’ICO, s’en va du Kosovo la seule mission internationale qui le considérait comme un Etat, car ni la KFOR, ni l’OSCE, ni la représentation de l’UE, ni Eulex ne traitent le Kosovo comme tel (5). Si les Kosovars ne regretteront pas l’ICO, ils n’ont donc pas lieu non plus de se réjouir du départ de cette mission.

Il est vrai que le bilan de la présence internationale au Kosovo est singulièrement faible. M. Feith avait estimé, au printemps 2012, que l’ICO avait rempli « 80 % de ses objectifs », mais l’ancien adjoint de M. Ahtisaari, le diplomate autrichien Albert Rohan reconnaissait lui-même que « les choses n’avaient pas évolué dans le bon sens », notamment dans le nord du Kosovo (6), plus proche que jamais de la sécession. La souveraineté de Pristina sur cette zone qui correspond à 18 % du territoire n’est qu’une fiction juridique — tout comme les fonctionnaires de Pristina, les employés de l’ICO ne pouvaient d’ailleurs pas y pénétrer. Sauf à envisager une nouvelle épreuve militaire, à laquelle personne ne semble tenir, la solution à la question du nord ne pourra résulter que de nouvelles discussions avec Belgrade. Pour l’instant, le dialogue amorcé depuis un an sous l’égide de l’Union européenne, ne concerne que des questions « techniques » et n’a d’ailleurs guère apporté d’avancées concrètes.

La Serbie réclame la reprise d’un dialogue politique sur le statut du Kosovo, que les autorités de Pristina refusent catégoriquement, estimant que tout ce qui pouvait être négocié l’avait déjà été, en 2007, lors de la « médiation » de M. Ahtisaari, et que l’indépendance est un fait acquis. S’il semble effectivement très peu réaliste de remettre en cause cette indépendance, il n’en demeure pas moins qu’un nouveau dialogue politique sera nécessaire, sauf à voir le statu quo perdurer durant des années sur un « modèle » chypriote.
En réalité, la fin de la « supervision » exercée par l’ICO marque avant tout une volonté des pays occidentaux de se dégager au moins partiellement tout en laissant un rôle accru à l’ONU. Or, le voyage du secrétaire général Ban Ki-Moon au Kosovo, fin juillet, a été l’occasion de dresser un bilan désastreux. Dans son rapport, M. Ban Ki-Moon pointe notamment les très faibles retours de non-Albanais, les menaces auxquelles sont toujours exposées les minorités, le manque de professionnalisme de la police, et enfin la situation préoccupante du nord du Kosovo (7).

Cette visite a rappelé que l’ONU demeurait un acteur incontournable (8). Or, le Kosovo reste toujours tenu à l’écart des Nations unies, même s’il est, à ce jour, reconnu par un peu plus de 90 Etats. Durant l’été, le gouvernement de Pristina avait annoncé la reconnaissance du pays par le Mali et le Nigeria, avant que ces deux pays n’opposent des démentis catégoriques. De toute manière, le blocage de la Russie et de la Chine empêche d’envisager une prochaine admission du Kosovo au sein de l’ONU — et, par conséquent, l’accès de Pristina à la plupart des organisations internationales demeure interdit, depuis le Conseil de l’Europe jusqu’aux fédérations sportives internationales (9)...

Alors que le mouvement Vetëvendosja (Autodétermination), qui constitue l’une des principales forces d’opposition, réclame l’arrêt de toute forme de tutelle internationale et s’est prononcé au Parlement contre la prorogation du mandat d’Eulex, les Kosovars savent bien que la fermeture de l’ICO ne va pas changer grand chose. « Les décisions importantes sont prises à l’ambassade des Etats-Unis. Les Européens ne sont consultés que pour la forme, et nos dirigeants politiques sont de simples exécutants », estime ainsi Agron, un sympathisant de Vetëvendosja.

(1) Lire «  Vives tensions au Kosovo  », La valise diplomatique, 29 juillet 2011.
(2) Il s’agit de Chypre, de l’Espagne, de la Grèce, de la Roumanie et de la Slovaquie.
(3) Lire «  La Bosnie-Herzégovine étouffe dans le carcan de Dayton  », Le Monde diplomatique, novembre 2008.
(4) Lire Matteo Tacconi, «  Bosnie-Herzégovine : quand l’Union européenne tire à vue sur le Haut représentant international  », Le Courrier des Balkans, 10 septembre 2012.
(5) Lire Augustin Palokaj, «  Kosovo : la “pleine indépendance”, ce n’est toujours pas pour maintenant  », Le Courrier des Balkans, 13 septembre 2012.
(6) Lire Serbeze Haxhiaj, «  Kosovo : la fin de «  l’indépendance supervisée  », l’échec d’ICO et l’avenir du Nord  », Le Courrier des Balkans, 7 juin 2012.
(7) Lire Belgzim Kamberi, «  ONU : en visite au Kosovo, Ban Ki Moon s’inquiète de la situation dans le nord  », Le Courrier des Balkans, 25 juillet 2012.
(8) Lire Elias Pinteri, «  Kosovo : se la schizofrenia è internazionale  », Osservatorio Balcani e Caucaso, 12 septembre 2012.
(9) Le Kosovo n’étant pas membre du Comité international olympique (CIO), il n’a pas été représenté aux Jeux de Londres.

13 septembre 2012

Nestlé et le business de l'eau en bouteille

Pour http://videos.arte.tv
11 Septembre 2012
(Suisse, Allemagne, 2012, 90mn)
ARTE / SSR


DL : DF , CK

Comment transformer de l'eau en or ? Une entreprise détient la recette : Nestlé, multinationale basée en Suisse, leader mondial de l'agroalimentaire, grâce notamment au commerce de l'eau en bouteille, dont elle possède plus de 70 marques partout dans le monde (Perrier, San Pellegrino, Vittel ou Poland Spring aux États-Unis). Pour le président du CA, Peter Brabeck, l'eau, fer de lance d'une stratégie planétaire, peut "garantir encore cent quarante ans de vie" à l'entreprise. Malgré le refus de collaborer opposé par la direction, Res Gehriger et Urs Schnell dévoilent les coulisses de ce marché qui brasse des milliards. Des États-Unis au Nigeria en passant par le Pakistan, ils explorent les circuits de l'eau en bouteille, mettant en lumière les méthodes parfois expéditives du plus puissant groupe agroalimentaire de la planète. Ils montrent qu'elles reposent sur une question cruciale, objet dans nombre de pays d'un vide juridique dont les avocats et lobbyistes de la firme savent tirer profit : à qui appartient l'eau ?

EN SAVOIR ++++

11 septembre 2012

Des Nouvelles de l'Iran

Pour http://ddc.arte.tv

DL : DF , CK , MF


République islamique, discours nationaliste, ressources pétrolières, seuil nucléaire, l’Iran est l’objet de discours passionnels. À l’opposé, les cartes offrent une vision plus rationnelle du pays et permettent de mieux comprendre son contexte politique, économique et stratégique. Le Dessous des Cartes propose donc d’explorer une nouvelle fois cet État complexe, situé au carrefour du Moyen-Orient et du monde indien.



Lectures

L’Iran chiite et les Arabes
François Zabbal, Abolala Soudavar, Michael Barry, Christian Jambet, Yann Richard, Sabrina Mervin et Pierre-Jean Luizard
QANTARA NUMÉRO 75 - Institut du Monde arabe
"Le dossier de ce numéro de Qantara, magazine trimestriel des cultures arabes et méditerranéennes, est né de la conviction que l’antagonisme qui dresse aujourd’hui l’un contre l’autre un Iran chiite et un monde arabe majoritairement sunnite ne s’explique vraiment qu’en se tournant vers le passé proche et lointain.
Certes, les luttes sanglantes qui opposent sunnites et chiites en Irak depuis 2006, et les rivalités qui sont apparues au grand jour au Liban entre ces deux communautés peuvent s’appréhender grâce à la science politique.
Mais le risque est grand de tenir pour immuables des expressions qui recouvrent en fait des réalités mouvantes, telles qu’être arabe ou iranien, ou encore chiite.
Il suffit de remonter le temps pour constater que les choses étaient quelque peu différentes. Ainsi le lecteur qui plongerait dans l’histoire des premiers siècles de l’Islam serait surpris d’apprendre que l’entourage des califes se composait souvent de fonctionnaires et de savants qui faisaient plus ou moins ouvertement profession de chiisme. Ou encore que la renaissance iranienne du Xe siècle se fait sous l’égide d’un pouvoir sunnite.
Les articles proposés ont permis de montrer que l’association étroite entre l’Iran et le chiisme est datable : elle remonte au XVe siècle et elle aboutit à une “chiitisation” de l’Iran avec la création d’institutions cléricales originales, et en contrepartie à une “iranisation” des chiites arabes, tout au moins dans la perception qu’en ont les Turcs ottomans et les Arabes sunnites.
Pour autant, le dossier est loin d’épuiser la question. En amont, la part de l’Iran dans la formation de l’Islam comme civilisation, culture et système de croyance est un sujet à peine effleuré : il est inépuisable. (…)
En fin de compte, c’est la vision ethnique de l’histoire et de la religion qui est en jeu. C’est elle qui s’est imposée et qui oriente aujourd’hui encore, et plus que jamais, la perception de l’Islam."
Extrait de l'éditorial.
Pour commander cet ancien numéro :
Le numéro 84, en kiosque actuellement, est consacré aux identités alimentaires et ses interdits depuis Moïse jusqu'à nos "fast-food" actuels .
Fin octobre 2012, le numéro 85 sera consacré à "La fin des Andalousies et au conflit des universalismes".

Qantara signifie en arabe "le pont", "l’arche", "la passerelle".
Ce magazine trimestriel à vocation culturelle se double d'un projet conçu par Yannis Koïkas et coordonné par les directeurs de l'Institut du monde arabe :
"Qantara, Patrimoine méditerranéen, Traversées d’Orient et d’Occident".
Rassemblant les directions des Antiquités et du Patrimoine de neuf pays partenaires (la France, l’Espagne, le Maroc, l’Algérie, la Tunisie, la Jordanie, le Liban, l’Egypte et la Syrie), le projet Qantara, Patrimoine méditerranéen, Traversées d’Orient et d’Occident a permis la réalisation d’une base de données consultable sur Internet et proposant une vision transversale du patrimoine culturel méditerranéen.
Le propos ne se limite cependant pas au patrimoine des pays partenaires mais concerne bien l’ensemble de la production artistique des pays du littoral méditerranéen. Des développements continus de la base sont menés à cette fin.
Deux cents historiens, chercheurs et conservateurs, spécialistes des arts de l’islam mais également du Moyen Âge européen, et plus particulièrement de régions stratégiques dans les échanges Nord-Sud comme l’Espagne, la France, la Sicile et l’Italie, la Grèce et les Balkans ont permis cette analyse transversale.
Un site Internet, un livre et une exposition multimédia itinérante, en quatre langues, offrent au grand public une ouverture sur cette histoire seconde, celle du patrimoine matériel et artistique, qui surclasse les antagonismes classiques entre mondes musulman et chrétien, et transcende les différences entre Orient et Occident.
Enfin Qantara, le pont a inspiré l'initiative du site : de.qantara.de/ en allemand, en anglais et en turc, qui a pour vocation de développer la compréhension et le rapprochement interculturel.

Agenda

Visa pour l'image 2012
Perpignan
Du 1er au 16 septembre 2012 (semaine scolaire : du 17 au 21 septembre)
Perpignan est depuis vingt-quatre ans le rendez-vous annuel des photojournalistes du monde entier, qui comme le rappelle le président de l’association Visa pour l’image-Perpignan, Jean-Paul Griolet : "sont les artisans de cette liberté d’expression qui seule peut nous aider dans notre recherche de vérité (…). Seule une presse diversifiée, plurielle et libre nous évitera de sombrer dans l’obscurantisme, l’extrémisme et toutes ses conséquences, en nous montrant le travail des photojournalistes."
Jean-François Leroy, fondateur et directeur de Visa pour l’image,  rappelle que le travail des photojournalistes, au prix quelquefois de vies dramatiquement perdues (Rémi Ochlik, Marie Colvin, Gilles Jacquier), permet de découvrir "des sujets incroyables, des témoignages extraordinaires, des histoires poignantes (…), le monde tel qu’il est."
En contrepoint et non sans humour, Jean-François Leroy cite ce "tweet" : «Twitter te fait croire que tu es une personnalité, Instagram que tu es un photographe et Facebook que tu as des amis. Le réveil va être difficile ! » (retrouvé sur :
http://twitter.com/Tiersmonde/status/192910281406545920 )
Expositions, projections, rencontres et forums, décryptages des métiers, nouvelles technologies et remises de prix (dont celui de l'Association nationale des iconographes : www.ani-asso.fr/) rempliront généreusement le temps de cette nouvelle édition.
Les élèves et leurs enseignants, accueillis durant tout le festival, bénéficient d’une semaine spéciale, du 17 au 21 septembre, durant laquelle les expositions restent ouvertes et commentées par des professionnels.
La participation des établissements scolaires confirme l’ambition du festival Visa pour l’image de constituer un espace pédagogique privilégié, qui enseigne comment déchiffrer les médias.
Ambition soutenue par le Centre de liaison de l’éducation et des médias d’information (www.clemi.org) organisme du ministère de l’Éducation nationale.
L'ensemble du programme et des manifestations sur le site : www.visapourlimage.com/

10 septembre 2012

Colères d’Arabie : le logiciel espion

Par
6 Septembre 2012
pour http://owni.fr

english version


Cruel paradoxe de ce printemps arabe : les défenseurs des droits de l'homme bahreïnis utilisent les réseaux sociaux occidentaux pour manifester ; leurs tortionnaires, des systèmes de surveillance occidentaux pour les espionner. 




Au printemps dernier, un Bahreïni exilé à Londres, une économiste britannique résidant à Bahreïn et le propriétaire d’une station service en Alabama, naturalisé Américain, recevaient un e-mail émanant apparemment d’une journaliste d’Al-Jazeera.

Il y était question d’un rapport rédigé par Zainab Al-Khawaja, sur les tortures infligées à Nabeel Rajab, deux des défenseurs des droits de l’homme incarcérés (et probablement torturés) à Bahreïn, suivi de cette précision :

Merci de vérifier le rapport détaillé en pièces jointe, avec des images de torture.

Quelques jours plus tard, ils recevaient d’autres emails évoquant l’arrestation d’opposants bahreïnis, ou encore l’agenda du roi de Bahreïn, et systématiquement accompagnés de fichiers compressés en pièce jointe, laissant penser qu’il pourrait s’agir de virus informatiques.


Ces e-mails, transmis au journaliste de Bloomberg Vernon Silver (qui a particulièrement suivi l’utilisation de technologies de surveillance occidentales par les dictatures arabes), ont ensuite été analysés par deux chercheurs associés au Citizen Lab, un laboratoire de recherche canadien qui étudie notamment les technologies de surveillance politique.

Morgan Marquis-Boire, un ingénieur en sécurité informatique travaillant chez Google, est un spécialiste (.pdf) des logiciels espions utilisés par les barbouzes libyens et syriens pour pirater les ordinateurs des cyber-dissidents. Bill Marczak, un doctorat en informatique de Berkeley, fait quant à lui partie de Bahrain Watch, qui veut promouvoir la transparence au Bahreïn, et dont le site tient la comptabilité des manifestants et civils tués par les autorités, des armes (chevrotine, grenades et gaz lacrymogènes) achetées à des entreprises occidentales, et des entreprises de relations publiques anglo-saxonnes financées par le régime.

En analysant les e-mails envoyés aux défenseurs des droits de l’homme bahreïnis, les deux chercheurs ont découvert un logiciel espion particulièrement perfectionné, utilisant une “myriade de techniques destinées à échapper à toute forme de détection“, notamment par les antivirus, dont le code n’en mentionnait pas moins, et plusieurs fois, le mot FinSpy, la société Gamma International, et le nom de plusieurs de ses responsables.

FinSpy, à en croire cette proposition de contrat trouvée en mars 2011 dans l’un des bâtiments de la sécurité égyptienne après la chute du régime Moubharak, est vendu près de 300 000 euros. C’est l’un des produits phares de la gamme d’outils de “lutte informatique offensive” commercialisés par FinFisher, filiale de la société britannique Gamma, spécialisée dans les systèmes de surveillance et d’interception des télécommunications. Owni avait déjà eu l’occasion de présenter sa gamme de produits, et même de réaliser un montage vidéo à partir des clips promotionnels expliquant le fonctionnement de ses logiciels.






A l’occasion de l’opération SpyFiles, WikiLeaks et Privacy International avaient révélé que FinFisher faisait partie des cinq marchands d’armes de surveillance numérique spécialisés dans les chevaux de Troie. Derrière ce nom, des logiciels espions créés pour prendre le contrôle des ordinateurs qu’ils infectent afin d’activer micro et caméra, d’enregistrer toutes les touches tapées sur le clavier (et donc les mots de passe) ou encore les conversations sur Skype, par messagerie instantanée, par e-mail etc. avant de renvoyer, de façon furtive et chiffrée, les données interceptées via des serveurs situés dans plusieurs pays étranger.

Un autre chercheur en sécurité informatique a ainsi réussi à identifier des serveurs utilisés pour contrôler FinSpy, et donc espionner des ordinateurs, en Estonie, Éthiopie, Indonésie, Lettonie, Mongolie, au Qatar, en république tchèque et aux USA, mais également en Australie, ainsi qu’à Dubai, deux des pays placés “sous surveillance” dans le classement des Ennemis d’Internet émis par Reporters sans frontières.
Dans une seconde note, publiée fin août, CitizenLab révèle avoir identifié d’autres serveurs dans 2 des 12 pays considérés comme des “Ennemis d’Internet” par RSF : l’un au Bahreïn, l’autre contrôlé par le ministère des télécommunications du Turkménistan, considéré comme l’un des régimes les plus répressifs au monde.

Les deux chercheurs détaillent par ailleurs le fonctionnement de FinSpy Mobile, qui permet d’infecter les iPhone et autres téléphones portables Android, Symbian, Windows et Blackberry, afin de pouvoir espionner les SMS, emails et télécommunications, exfiltrer les contacts et autres données, géolocaliser le mobile, et même d’activer, à distance, le téléphone à la manière d’un micro espion, sans que l’utilisateur ne s’aperçoive de la manipulation.

A Bloomberg, qui l’interrogeait, Martin J. Muench, 31 ans, le concepteur de FinFisher, a nié avoir vendu son cheval de Troie à Bahreïn, tout en reconnaissant qu’il pourrait s’agir d’une version de démonstration de son logiciel espion qui aurait été volée à Gamma.
Au New York Times, où il démentait toute espèce d’implication, expliquant, tout comme l’avait fait Amesys, que ses produits ne servaient qu’à combattre les criminels, à commencer par les pédophiles :
Les utilisations les plus fréquentes visent les pédophiles, les terroristes, le crime organisé, le kidnapping et le trafic d’être humain.
Dans une déclaration publiée moins d’une heure après la publication de la deuxième note de Citizen Lab, Martin J. Muench envoyait un communiqué mentionné par le New York Times pour expliquer que l’un des serveurs de Gamma aurait été piraté, et que des versions de démonstrations de FinSpy auraient bien été dérobées. Dans la foulée, plusieurs des serveurs utilisés par FinFisher pour permettre aux données siphonnées de remonter jusqu’à leurs donneurs d’ordre ont disparu des réseaux.

Comme notre enquête sur Amesys, le marchand d’armes français qui avait créé un système de surveillance généralisé d’Internet à la demande de Kadhafi (voir Au pays de Candy) l’avait démontré, les logiciels espions et systèmes d’interception et de surveillance des télécommunications ne font pas partie des armes dont l’exportation est juridiquement encadrée (voir Le droit français tordu pour Kadhafi). Aucune loi n’interdit donc à un marchand d’armes occidental de faire commerce avec une dictature ou un pays dont on sait qu’il se servira de ces outils pour espionner opposants politiques et défenseurs des droits humains.

François Hollande recevant le roi Hamed ben Issa al-Khalifa de Bahreïn
François Hollande recevant le roi Hamed ben Issa al-Khalifa de Bahreïn


Interrogé lors d’un point presse ce 4 septembre, le porte-parole de l’ambassade de France à Bahreïn a expliqué avoir “appris avec déception les décisions de la Cour d’appel du Bahreïn qui confirment les lourdes peines infligées à ces opposants” :
Le cas de Monsieur Khawaja nous préoccupe tout spécialement. Nous espérons vivement qu’un réexamen de ces condamnations aura lieu lors d’un éventuel pourvoi en cassation.
Nous restons préoccupés par la persistance des tensions dans le royaume de Bahreïn et rappelons notre profond attachement aux principes de liberté d’expression et de droit à manifester pacifiquement.
Le 23 juillet dernier, François Hollande recevait très discrètement le roi du Bahreïn, Hamed ben Issa Al Khalifa, à Paris. Etrangement, cette visite officielle ne figurait pas sur l’agenda du président, et n’a été connue que parce qu’une journaliste de l’AFP a tweeté, interloquée, leur poignée de main sur le perron de l’Elysée. Officiellement, côté français, il a été question de la situation en Syrie, et de la menace nucléaire en Iran. Jean-Paul Burdy, maître de conférences à l’Institut d’Etudes Politiques de Grenoble, relève cela dit que l’agence de presse de Bahreïn avance que de nombreux autres sujets ont été abordés, y compris la coopération entre les deux pays en matière de lutte contre “toutes les formes de terrorisme et d’extrémisme“, ainsi que de “l’importance de la promotion de la démocratie et des droits humains“.
Au lendemain de cette visite, la presse bahreïnie salue en “une” l’accord de coopération signé entre la France et le Bahreïn, et visant à mettre en place, souligne Le Monde, des réformes dans les secteurs de la presse et de la justice, ce qui fait bondir l’opposition :
La France prend le risque de devenir la complice des tours de passe-passe de la monarchie, s’indigne Abdel Nabi Al-Ekry, un vieil opposant de gauche. Comment peut-elle prétendre réformer la justice bahreïnie alors que 21 des dirigeants de l’opposition croupissent en prison, au terme de procès bidons ? C’est décevant de la part d’un socialiste comme Hollande.

L’agenda de l’Élysée, dépiauté par Rue89, révèle qu’”au moins six autres représentants de pays autoritaires ou franchement dictatoriaux ont été reçus par François Hollande depuis son élection“, alors même que François Hollande avait pourtant promis de “ne pas inviter de dictateurs à Paris“. Cinq d’entre eux sont soupçonnés d’avoir voulu acheter le système Eagle de surveillance généralisé de l’Internet conçu par la société française Amesys à la demande de Kadhafi, et dont le nom de code, en interne, était Candy, comme bonbon, en anglais.

À la manière d’un mauvais polar, les autres contrats négociés par Amesys portent en effet tous un nom de code inspiré de célèbres marques de friandises, bonbons, chocolats, crèmes glacées ou sodas : “Finger” pour le Qatar (sa capitale s’appelle… Doha), “Pop Corn” pour le Maroc, “Kinder” en Arabie Saoudite, “Oasis” à Dubai, “Crocodile” au Gabon, et “Miko” au Kazakhstan, dont le dictateur-président est le seul à ne pas avoir encore été reçu par François Hollande, quand bien même il utiliserait par contre le système FinSpy de FinFisher.

Depuis le classement sans suite de la plainte déposée à l’encontre d’Amesys, à la veille de la présidentielle, le nouveau gouvernement ne s’est jamais prononcé sur cette affaire, par plus que sur l’implication de Claude Guéant, Brice Hortefeux et des services secrets français, non plus que sur une éventuelle interdiction, à l’exportation, de la commercialisation des armes de surveillance numérique.



Pour se prémunir de ce genre de chevaux de Troie, Citizen Lab rappelle tout d’abord que ces logiciels espions ne peuvent être installés que si le pirate a un accès physique à la machine (ordinateur ou téléphone portable), ou si la victime accepte d’ouvrir une pièce jointe ou une application que les espions prennent cela dit généralement soin de maquiller de sorte qu’elle émane d’une personne ou institution de confiance. Les chercheurs recommandent également de régulièrement mettre à jour systèmes d’exploitation et logiciels -à commencer par l’anti-virus, les suites Office, Acrobat, Java, Flash, en vérifiant que les mises à jour proviennent de sources légitimes et de confiance-, mais également d’installer des fonds d’écran protégés par mot de passe (pour éviter à un intrus de profiter d’une pause pipi pour pirater votre système), et enfin d’utiliser si possible des mots de passe forts, et des logiciels de chiffrement. Voir aussi, à ce titre, notre petit manuel de contre-espionnage informatique.

2 septembre 2012

Les médias et l’« insécurité » (1) : une irrésistible ascension ? (extraits de La France a peur)

Par Laurent Bonelli
2 Aout 2012
pour http://www.acrimed.org

english version

Comment un certain traitement de la sécurité s’est-il imposé ? Quelles ont-été les modalités de ce traitement à la télévision, en particulier dans les magazines télévisés ? À ces deux questions, l’ouvrage de Laurent Bonelli – La France a peur [1] – apporte des réponses. Si l’enquête qu’il propose s’arrête en 2005, il ne fait aucun doute que, pour l’essentiel, elles valent pour les années qui ont suivi. Nous publions donc, avec l’accord de l’auteur, deux articles extraits de son livre. Voici le premier (Acrimed)

 
I. Une irrésistible ascension ?
 
Sans faire une généalogie de l’apparition du crime dans les médias, force est de constater que ce dernier a depuis longtemps été considéré comme une manière privilégiée d’attirer l’attention du public et de susciter son intérêt. Dans les années 1820, aux États-Unis, le Morning Herald réagissait à la baisse de son audience en diminuant les comptes rendus des débats parlementaires, et en leur substituant le récit de cas policiers. Il multiplia ses ventes par cinq en huit ans [2]. En France, c’est à partir du second Empire que les faits divers se diffusent dans la presse. À la fin du XIXe siècle, des journaux populaires comme Le Petit parisien ou Le Petit journal, consacrent plus de 12 % de leurs publications aux agressions, aux cambriolages et aux crimes. L’ouvrier, puis le rebelle au travail, le vagabond, le gréviste, l’étranger, la femme deviennent, dans leurs colonnes, les principales figures menaçantes pour l’ordre social [3]. L’existence d’une presse consacrant une grande part de son activité aux faits divers les plus sordides ou les plus crapuleux n’est donc pas nouvelle.

En revanche, leur traitement par les médias d’information générale et politique s’adressant à des publics les mieux pourvus en capitaux culturels et économiques (et donc situés du côté du pôle le plus valorisé de la profession) est plus nouvelle et surprenante. C’est sous le triple effet de la part croissante de la télévision dans la définition des modes de traitement de l’information ; de la recherche vitale de « l’audience » dans un contexte de dépendance accrue des principaux médias à l’égard des financements publicitaires ; et de constitution de « l’insécurité » comme objet et enjeu de débat politique que ce secteur des médias s’en est saisi, participant en retour à la reformulation et à la diffusion de ce thème.

De la désignation des quartiers « chauds » aux déclinaisons multiformes des violences concernant les jeunesses populaires (« chiens dangereux », « tournantes », « bandes de filles »), de la mise en accusation des hommes politiques, des magistrats ou des travailleurs sociaux à l’élection « d’experts », mobilisés pour donner « de la profondeur » au reportage, les journalistes jouèrent ainsi un rôle central dans la mise en scène publique de certains comportements, territoires et groupes sociaux.

Annie Collovald a montré que depuis le début des années 1980, on assistait à une homogénéisation progressive des points de vue adoptés, en même temps qu’à l’émergence d’une catégorie commune de perception : la « violence urbaine » [4]. Pour nombre de journalistes, les flambées de violence de l’automne 1990 et du printemps 1991 à Vaulx-en-Velin, à Sartrouville, à Mantes-la-Jolie et à Meaux marquent un renversement de perspective : si les mesures sociales adoptées durant dix ans de politiques de la Ville n’ont pas empêché l’irruption de la violence, c’est que celle-ci aurait une autre nature. La violence devient alors dans les médias la caractéristique et le mode d’existence essentiel d’une jeunesse défavorisée, notamment immigrée.

Cet angle de vue est conforté par le virage politique du parti socialiste, qui gagne les élections de juin 1997. L’inscription de la lutte contre la violence urbaine dans l’agenda gouvernemental ouvre la porte à la banalisation du thème dans la presse. La « violence » sort de la catégorie des faits divers, pour devenir un « problème de société » dont se saisissent notamment les journalistes généralistes et les éditorialistes. Les initiatives et les querelles gouvernementales sont abondamment commentées (à partir de 1998) et constituent autant d’occasions pour ces journalistes de mettre en accusation l’action de l’État. Les violences urbaines dans leurs différentes modalités seraient ainsi l’expression d’un désordre, lui-même explicable par l’insuffisante capacité de la société française à assurer l’exercice de l’ordre. Les deux principaux schèmes interprétatifs qui traversent l’ensemble de la presse à partir du début des années 1990 sont ainsi le binôme ordre versus désordre et celui d’une rupture interne à la société française entre ceux qui « jouent le jeu » de l’intégration et ceux qui la refusent [5].

On aurait tort de sous-estimer l’effet d’amplification de ces cadres interprétatifs : « par leur capacité à choisir ce qu’ils vont transmettre et les énormes audiences auxquelles ils vont le transmettre, les journalistes ont probablement plus d’influence dans la construction de la déviance et participent davantage à son contrôle que ne le font quelques-uns des agents les plus évidents du contrôle. […] Les journalistes ne rendent pas seulement compte des efforts de ces derniers pour définir et contrôler la déviance, mais sont directement impliqués comme agents du contrôle social. En effet, les journalistes jouent un rôle clé dans la constitution des visions de l’ordre, de la stabilité et du changement, et influencent les pratiques de contrôle qui concordent avec ces visions. En résumé, les journalistes sont des agents centraux dans la reproduction de l’ordre [6] ». Il faut donc étudier leurs représentations, leur manière de travailler et les contraintes encadrant leur activité, autant que celles des agents les plus visibles des institutions de contrôle, comme les policiers, les procureurs, les juges ou les personnels pénitentiaires.

Il n’existe bien entendu pas de « vision médiatique » unifiée du monde social. Le mode de traitement de l’information varie non seulement selon le type de support (audiovisuel, presse écrite, radio), mais aussi en leur sein. Un journaliste de presse quotidienne régionale n’écrit pas de la même manière que l’un de ses confrères de la presse nationale ; celui travaillant pour un quotidien est soumis à des contraintes différentes que son homologue de la presse hebdomadaire et le journaliste spécialisé diffère du journaliste « généraliste ». Pour autant, ces diverses visions journalistiques ne sont pas des points de vue indépendants : elles font système. L’espace médiatique est en effet un champ [7]. En d’autres termes, ce dont vont parler les journalistes et la manière dont ils vont le faire peut s’analyser au travers des positions que chacun d’eux occupe dans le champ. Les règles dominantes (montée de la publicité, de l’information spectacle) autant que les stratégies de distinction (presse « populaire » contre journaux « parisiens », télévision « culturelle » contre télévision « de masse » par exemple) ne prennent sens qu’en regard de l’ensemble de cet espace, structuré par des règles du jeu spécifiques. Ainsi, quel que soit le type de média dans lequel ils travaillent, les journalistes se lisent, s’écoutent ou se regardent beaucoup entre eux. Au point que deux des règles principales de cet univers professionnel soient l’autoréférence dans la concurrence. C’est-à-dire qu’il est très difficile pour un journaliste de ne pas parler de ce dont parlent ses collègues (et notamment ceux qui occupent une position dominante), mais qu’il doit essayer en permanence de trouver un petit plus par rapport à eux (le scoop).

De ce point de vue, l’intérêt croissant des médias généralistes pour les questions de « sécurité » est inséparable des transformations contemporaines du champ journalistique et notamment de la montée en puissance de la télévision dans la définition des normes professionnelles dominantes.
Retenons d’abord que l’univers journalistique s’est profondément transformé durant ces trente dernières années [8]. La télévision y a conquis une position prépondérante pour ce qui est de fixer ce que les anglo-saxons appellent l’agenda, c’est-à-dire ce dont il faut parler, les sujets importants. Dans les années 1950, les journalistes de télévision étaient doublement dominés tant du point de vue du prestige qu’économiquement. Suspects d’être dépendants du pouvoir politique, leur travail était lié également à des subventions de l’État. Entre des journaux à grand tirage, comme France soir et des journaux à tirage plus restreint, mais dotés d’une autorité semi officielle, des organes de « réflexion », comme Le Monde, cumulaient les deux facteurs de pouvoir dans le champ journalistique (tirage et capital symbolique) et en représentaient le pôle dominant.

Le développement massif de la télévision (qui s’installe dans presque tous les foyers), de même que le délitement de l’influence politique qui s’exerçait sur elle jusqu’en 1981, ainsi que la baisse du tirage des quotidiens changent profondément la donne. Dans l’évolution des rapports entre les différents organes de presse la télévision s’impose comme le média prépondérant, dictant de plus en plus son tempo et ses manières de traiter l’information aux autres médias [9].

L’une des conséquences de l’hégémonie de la télévision est l’homogénéisation et la dépolitisation (notamment au sens partisan du terme) de l’information. En effet, plus un média étend sa diffusion (et plus il est contraint par des logiques commerciales, c’est-à-dire la nécessité de réaliser une forte audience), plus il doit présenter une information omnibus, sans aspérités et surtout non conflictuelle. Autrement dit, une information destinée au plus grand nombre exclut tout ce qui peut diviser et ne soulève jamais de problèmes ou seulement des problèmes sans histoire. Comme le signalait Pierre Bourdieu, « à travers l’accroissement du poids symbolique de la télévision et, parmi les télévisions concurrentes, de celles qui sacrifient avec le plus de cynisme et de succès à la recherche du sensationnel, du spectaculaire, de l’extraordinaire, c’est une certaine vision de l’information, jusque là reléguée dans les journaux dits à sensation, voués aux sports et aux faits divers, qui tend à s’imposer à l’ensemble du champ journalistique. […] Les faits divers ont pour effet de faire le vide politique, de dépolitiser et de réduire la vie du monde à l’anecdote et au ragot […], en fixant et en retenant l’attention sur des événements sans conséquences politiques, que l’on dramatise pour “en tirer les leçons” ou pour les transformer en “problèmes de société” » [10].

Les faits spectaculaires et proches vont progressivement supplanter d’autres thèmes, comme en témoignent la diminution des sujets « étranger » et la montée des faits divers [11]. La concomitance entre ce mouvement et le développement du traitement médiatique de l’« insécurité » semble indiquer qu’elle constitue l’un des thèmes parfaitement adaptés à ces nouvelles contraintes journalistiques, particulièrement à la télévision. La place désormais conquise par cette dernière dans le traitement de l’actualité rendait légitime d’en faire un terrain d’enquête privilégié pour étudier la manière dont l’« insécurité » est mise en récit.

« L’insécurité » télévisée

De manière accélérée à partir du début des années 1990, des séries de faits divers, souvent dramatiques, mais indépendants les uns des autres quant à leurs motivations et leur déroulement vont être constitués dans les discours médiatiques comme « violences urbaines », « problème des banlieues », ou « montée de l’insécurité ». Les approches liées à l’« intégration » ou à la « dégradation sociale » laissent la place à la focalisation sur les minorités des pires et leurs actions violentes [12]. Les dossiers spéciaux, les reportages à sensation se multiplient, pour culminer au printemps 2002, lors de la campagne précédant l’élection présidentielle.

Entre le 1er janvier et le 5 mai 2002, les journaux télévisés n’ont pas consacré moins de 18 766 sujets aux crimes, agressions sexuelles, braquages, ou aux interventions des forces de police et de gendarmerie, soient 987 sujets par semaine [13].

L’influence du traitement des faits divers criminels par la presse fut abondamment invoquée pour dénoncer son rôle dans l’accession au deuxième tour de Jean-Marie Le Pen. Le député socialiste européen Olivier Duhamel expliquait ainsi que « l’hypertrophie sécuritaire a été orchestrée par le tandem Élysée-TF1 », alors que Julien Dray, pourtant grand habitué des plateaux s’emportait : « Il y a une chaîne de télé qui porte une part particulière de responsabilité, elle s’appelle TF1, et je pourrais d’ailleurs l’appeler TF-Haine [14] ». Bien qu’épargnées par la polémique, la presse quotidienne, la presse quotidienne régionale et la presse magazine n’avaient pourtant pas été en reste. L’institut TNS Media Intelligence a de la sorte évalué que « l’insécurité » avait été le thème le plus médiatisé à partir de mars 2001, et que la presse écrite avait y avait contribué à hauteur de 25,6 % [15].

Cet intérêt médiatique se prolonge dans les magazines télévisés, pourtant présentés par leur promoteurs comme des émissions permettant de donner de la « profondeur », de prendre le « temps de l’analyse », par rapport aux journaux télévisés.

Laurent Bonelli

 

Notes

 

[1] Laurent Bonelli, La France a peur. Une histoire sociale de l’“insécurité”, La Découverte, coll. « cahiers libres », 2008.
[2] R.V Ericson, P. M. Baranek et J.B.L. Chan, Visualizing Deviance. A Study of News Organization, University of Toronto Press, Toronto, 1987, pp. 50-51.
[3] Voir M. Lever, Canards sanglants, Fayard, Paris, 1993 et D. Kalifa, L’encre et le sang. Récits de crimes et société à la Belle Époque, Fayard, Paris, 1995.
[4] A. Collovald, Violence et délinquance dans la presse. Politisation d’un malaise social et technicisation de son traitement, Rapport pour la DIV, septembre 1999, dactylographié.
[5] A. Peralva et E. Macé, Médias et violences urbaines. Étude exploratoire sur le travail des journalistes, rapport pour l’IHESI, avril 1999, pp. 4-5.
[6] R.V Ericson, P. M. Baranek et J.B.L. Chan, Visualizing Deviance…, op. cit., p. 3.
[7] P. Bourdieu, « L’emprise du journalisme », Actes de la recherche en sciences sociales n° 101-102, mars 1994, pp. 3-9.
[8] Notamment D. Marchetti, Contribution à une sociologie des transformations du champ journalistique dans les années 80 et 90. À propos d’« événements sida » et du « scandale du sang contaminé », Thèse de sociologie, EHESS, Paris, 1997 ; J. Duval, Critique de la raison journalistique. Les transformations de la presse économique en France, Seuil, Paris, 2004, et E. Neveu, Sociologie du journalisme, La Découverte, Paris, 2001.
[9] P. Champagne et D. Marchetti, « L’information médicale sous contrainte. À propos du ‘scandale du sang contaminé’ », Actes de la recherche en sciences sociales n° 101-102, mars 1994, pp. 40-62.
[10] P. Bourdieu, Sur la télévision, Seuil-Raisons d’agir, Paris, 1996, pp. 58-59.
[11] Pour les journaux télévisés, voir Les Nouveaux Dossiers de l’Audiovisuel, n°10 mai-juin 2006.
[12] A. Collovald, « Des désordres sociaux à la violence urbaine », Actes de la recherche en sciences sociales, n°136-137, mars 2001, pp. 108 et suiv. Voir également S. Bonnafous, L’immigration prise aux mots. Les immigrés dans la presse au tournant des années 80, éditions Kimé, Paris, 1991.
[13] J. Terral, L’insécurité au journal télévisé. La campagne présidentielle de 2002, L’Harmattan, Paris, 2004, pp. 35 et suiv.
[14] Cité par J. Terral, L’insécurité au journal télévisé… op. cit., pp. 9-10.
[15] Cité par Le Monde du 24 avril 2002.

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