7 avril 2011

Imiter, c’est innover (Documentaire)

http://www.artisansduchangement.tv 
Durée : 52' 
Production : Les Productions Vic Pelletier, Matane et Lato Sensu Productions, La Varenne, France

En un siècle, les progrès technologiques et scientifiques ont permis une amélioration sans précédent des conditions de vie. Toutefois, aujourd’hui, nous découvrons que ces avancées technologiques portaient déjà en elles les germes des problèmes environnementaux et sociaux d’aujourd’hui.
La nouvelle approche scientifique ouvre la voie à un nouveau mode de développement visant à s'inspirer de l'organisation des écosystèmes, ou du fonctionnement des êtres vivants, pour les intégrer aux technologies humaines. C’est ce sur quoi travaillent activement certains Artisans du changement. 
Sommaire
  • 1.Mise en route.
    Niveaux : B1, B2
    Compétences : Compréhension non verbale, Production écrite, Production orale, Réception écrite
  • 2.Trois personnages qui ne manquent pas d’imagination.
    Niveaux : B1, B2
    Compétences : Compréhension non verbale, Interaction orale, Production écrite, Production orale, Réception orale
  • 3.Des canards dans les rizières.
    Niveaux : B1, B2
    Compétences : Production écrite, Production orale, Réception écrite, Réception orale
  • 4.Les débouchés du biomimétisme.
    Niveaux : B1, B2
    Compétences : Production écrite, Production orale, Réception orale
  • 5.Le succès du CH2, prototype de bâtiment bioclimatique.
    Niveaux : B1, B2
    Compétences : Compréhension non verbale, Production écrite, Production orale, Réception orale
  • 6.Conclusion par Takao Furuno, Janine Benyus et Mick Pearce.
    Niveaux : B1, B2
    Compétences : Lexique, Production écrite, Production orale, Réception écrite, Réception orale
  • 7.Pour aller plus loin
    Niveaux : B1, B2
    Compétences : Réception écrite, Réception orale

5 avril 2011

Elections au pays du « Sultan de la lumière »

Par Régis Genté
pour http://blog.mondediplo.net

Dimanche 3 avril, l’ex-république soviétique d’Asie centrale élit son Président. Une farce électorale que Noursoultan Nazarbaïev a imposée deux ans avant le terme de son mandat, sans aucune justification. Le « khan kazakh » (« sultan kazakh »), à la tête du pays depuis 1989, doit faire des envieux au Proche-Orient. Son secret : un peu de redistribution de la manne pétrolière et de bonnes vieilles recettes soviétiques, à commencer par un culte de la personnalité découvert sur le tard.
Fiat lux, et la lumière fut… et les rayons de lumière (« Nour », en kazakh) jaillirent un peu partout au Kazakhstan. Un peu partout dans le nom des institutions et de certains lieux. Entre flagornerie d’affidés et décisions de conseillers, à partir de 2007 l’entourage du Président Noursoultan Nazarbaïev se mit à tout va à emprunter le « Nour » du prénom du chef de l’Etat pour rebaptiser toutes choses. « Les blagues ont alors commencé à fuser sur internet, du genre : Comme cela, on aura de la vitamine D pour nos hivers bien gris ! », raconte Adil Nourmakov, un jeune politologue et blogueur. Fin 2006, le parti présidentiel “Otan” [“Patrie”] était renommé “Nour Otan” [“Les rayons de lumière de la patrie”]. Nous ne le savions pas à l’époque, mais c’était le premier d’une belle série. Aujourd’hui, l’entrée principale du quartier général de “Nour Otan” donne sur la “Nour Zhol” [“Le chemin de la lumière”], récemment encore appelée “Chemin vert”, la perspective centrale de la nouvelle capitale Astana. Vous voyez, à deux pas de la nouvelle mosquée récemment rebaptisée “Nour Astana”. »
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Les nationalités en Asie centrale
Carte : Philippe Rekacewicz, 2000, mise à jour en 2010.
Astana, qui veut simplement dire « Capitale » en kazakh, pourrait être rebaptisée « Noursoultan », quelques députés y travaillent. « Il faut renommer Astana du vivant de M. Nazarbaïev. Pourquoi attendre sa mort ? C’est grâce à lui qu’existe cette ville, avec ses superbes édifices tantôt ultra-modernes à l’occidentale, tantôt au style plus oriental. Il y a quinze ans ici, ce n’était qu’une steppe laissée aux loups », affirme Sat Tokpakbaïev, l’un de ces hommes politiques. Et lorsqu’on lui demande si son initiative n’est pas de nature à classer définitivement son pays dans la catégorie « régimes autoritaires », le député rétorque qu’aux Etats-Unis « la capitale a été baptisée d’après le nom du Président Washington et qu’il y existe une Jacksonville et une Lincolnville ».
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A Karaganda, poster célébrant le grand programme de développement « Kazakhstan 2030 », présenté comme une illustration du génie de M. Nazarbaïev
Photo : Régis Genté, 2008.
L’initiative sera-t-elle récompensée par un « oui » du Président ? On ne saurait l’exclure. En 2003, M. Nazarbaïev déclarait au Wall Street Journal : « Dans les pays Orientaux, ils respectent beaucoup leurs leaders et certaines personnes m’ont approché et m’ont dit qu’ils aimeraient ériger un monument pour moi, comme ils le font au Turkménistan pour Turkmenbachi (Saparmourad Nyazov). J’ai demandé pourquoi ? Ceci [Astana] est le monument. Mes réalisations sont mon monument. » Déjà, l’acte de naissance de la nouvelle capitale du Kazakhstan n’est plus officiellement le 10 décembre 1997, jour où fut signé le décret entérinant une décision d’ordre géopolitique, mais le 6 juillet 1998… Ainsi, les dix ans d’Astana purent être fêtés en même temps que les 70 printemps de son fondateur.
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Astana, Un « monument » à la gloire de M. Nazarbaïev
Photo : Ré. Ge. 2010.
Si ce culte de la personnalité semble avoir pris un coup d’accélérateur ces dernières années, c’est que les semences avait été jetées dans la steppe kazakhe dès les années 1990. Elles tardèrent toutefois à germer apparemment à cause de l’opposition de Sarah Nazarbaïeva, l’épouse du chef de l’Etat. Selon son ex-gendre, Rakhat Aliev, en exil à Vienne depuis 2007 après avoir été trop gourmand politiquement, c’est elle qui a dissuadé son mari de saturer l’horizon de ses portraits géants. Comme au Turkménistan voisin par exemple. Pas de statues en or non plus.

Toutefois, l’or sert le culte de ce khan des temps modernes. Au beau milieu de « Nour Zhol », à Astana, se dresse la tour Bayterek, aux formes inspirées de l’arbre de vie des légendes kazakhes. L’édifice de 97 mètres de haut, structure métallique dominée par un globe de verre doré, est l’attraction touristique de la capitale, même si les Kazakhstanais l’ont rebaptisé « la sucette », avec leur humour hérité de l’époque soviétique. Le samedi, les jeunes mariés, les kazakhs ethniques essentiellement, viennent s’y faire photographier dans des poses romantiques. Mais surtout, ils viennent apposer leurs mains gantées dans le bloc en or marqué de l’empreinte de celle du Président, face à Akorda, sa résidence. C’est l’occasion de faire des vœux.
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Dans la tour Bayterek, les jeunes mariés célèbrent le culte du président
Photo : Ré. Ge. 2011.
Au moment où les mains touchent le bloc en or, retentit l’hymne national, aux paroles retouchées par M. Nazarbaïev lui-même. On peut voir ses annotations en marge du texte vénéré dans une vitrine du « Musée du premier Président de la république du Kazakhstan », à Astana. Les groupes d’écoliers et de collégiens défilent inlassablement dans ce musée dédié à ce président à part, qui s’est lui même octroyé ce titre de « premier Président de la république » avant de devenir, en juin 2010, « leader de la nation ». Distinctions qui lui donnent des droits que n’auront plus ses successeurs et qui lui assurent une large immunité.
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Les jeunes mariés apposent leurs mains dans le bloc en or marqué de l’empreinte de celle du Président
Photo : Ré. Ge. 2011.
Mais parmi tous ses titres, c’est peut-être surtout celui de « grand-père » qui produit le plus d’effets dans l’esprit des 16 millions de ses compatriotes. C’est bien ce qui inquiète Bakhytzhan Toregozhina, qui dirige une ONG de protection de la jeunesse : « Nous avons des enfants qui, le matin, à la crèche, commencent par écouter l’hymne du Kazakhstan. Et on explique à ces petits enfants que l’auteur est Noursoultan Nazarbaïev. On leur demande de l’appeler grand-père. Certains croient vraiment que Noursoultan Nazarbaïev est un homme à qui ils doivent d’être nés. » Plus tard, à l’école ou à l’université, les jeunes Kazakhstanais doivent étudier les adresses à la nation que Grand-papa prononce chaque année devant le parlement, chantant l’avenir radieux de la glorieuse nation du Kazakhstan.

Régis Genté est journaliste. Basé à Tbilissi, il couvre le Caucase et l’Asie centrale.

ARTE Reportage - Chine , Maroc

http://videos.arte.tv
(France, 2011, 42mn)
ARTE


Chine : jasmin interdit
Tunisie, Egypte, Libye, Golfe... Un à un, les peuples arabes secouent le joug qui les étouffe depuis trop longtemps. La rue fait chuter des tyrans. Le monde, estomaqué, regarde ces manifestants qui n'ont que leur courage à opposer aux fusils, gagner leurs combats parfois en quelques jours.
La Chine aussi, bien sûr regarde. Enfin, pas toute la Chine : la Chine officielle, la Chine du parti unique, qui règne sans partage sur un peuple de 1,3 milliards d'âmes... Et cette Chine la est morte de peur : elle ne veut à aucun prix d'une quelconque contagion démocratique.
Alors, elle se crispe. Jusqu'au ridicule : le mot "jasmin", symbole des révolutions arabes, est banni du net. Pas un mot ou à peine, dans les médias officiels sur les mouvements en cours. Plus sérieusement, elle étouffe avec violence toute tentative d'expression de soutien aux Arabes en révolte. Quand des bloggeurs lancent l'idée de manifestations silencieuses, dans les grandes villes chinoises, quelques téméraires se déplacent, mais ils se retrouvent face à de grotesques déploiements policiers. Sur une des grandes avenues de Pékin, un samedi début Mars, les troupes anti émeutes et la multitude de policiers déguisés en balayeurs n'ont réussi à embarquer que les journalistes étrangers, auxquels il est désormais strictement interdit, à Pékin, de filmer dans la rue. Et puis, comme d'habitude, toutes les voix dissonantes, celle des quelques rares dissidents qui osent s'exprimer, sont réduites au silence. Pas question de donner des idées au peuple chinois : c'est bien connu, le peuple chinois peut s'exprimer, mais uniquement par la voix de ses représentants légitimes, les membres du Parti.
Ce violent raidissement semble bien excessif, et surtout, totalement inutile... Les Chinois savent très bien ce que sont les révolutions, ils connaissent parfaitement le prix à payer. Les morts, les famines, la répression, ils ont largement donné, et à l'enthousiasme romantique des mouvements de masse, ils préfèrent de loin la stabilité qui se traduit par une augmentation régulière de leur niveau de vie. Les Chinois sont devenus pragmatiques et très matérialistes. D'ailleurs, les dissidents eux mêmes concèdent qu'une révolution du jasmin n'est pas à l'ordre du jour en Chine : mais ils aimeraient tout de même que ce qui se passe ailleurs permette à la Chine de réfléchir sereinement à son avenir, et à son évolution vers plus de justice et de droit. Mais même cela, ce n'est pas l'ordre du jour ...

Jeunesse marocaine : l’appel au changemement
Certains sont encore étudiants, d’autres déjà chômeurs. Ce ne sont ni des enfants de bobos ou d’intellectuels et encore moins de militants.
Les journalistes occidentaux, comme la presse marocaine, ne s’aventurent presque jamais dans leurs quartiers. Habituellement discrets et silencieux, vivant de petits boulots, ces jeunes Marocains sortent de l’ombre aujourd’hui pour crier haut et fort leur envie de changement. Leur mouvement se nomme «20 février».
Sans comparaison aucune avec la jeunesse tunisienne ou égyptienne, et tout en continuant pour la plupart de ménager la personne du Roi, ils revendiquent le droit de vivre autrement et réclament un meilleur partage des richesses.
Soutenue par quelques chefs d’entreprise, montrés du doigt par d’autres, ces jeunes que nous avons rencontrés à Casablanca commencent à faire bouger les choses.

Les crayons de Courrier
A partir de janvier, chaque premier samedi du mois, retrouvez dans ARTE Reportage une nouvelle rubrique : Les Crayons de Courrier International, en partenariat avec l’agence Cartoons de Courrier International.
Cinq minutes pour voir l’actualité internationale autrement, à travers les dessins de presse de caricaturistes du monde entier.
Plus de dessins

Le Dessous des Cartes - Le Fonds monétaire international (F.M.I)

http://www.arte.tv
(France, 2010, 12mn)
ARTE F


Le Dessous des Cartes va consacrer deux émissions aux institutions qui régissent l’économie internationale.
Pour ce faire, aujourd’hui je me suis installé au Palais Brongniart, l’ancienne bourse de Paris qui aujourd’hui est devenu un lieu d’accueil pour les entreprises et pour des manifestations.
Aujourd’hui, je vais commencer par vous parler du Fonds Monétaire International pour essayer de comprendre comment fonctionne le FMI.

  • Les 187 États membres début 2011
  • Le fonctionnement du FMI
  • Les financements du FMI
  • Répartition des voix au sein du Conseil d’administration
  • Vers un rééquilibrage des influences
  • Le futur top 10 des quotes-parts
  • L’Union européenne au sein du FMI
  • Les principaux emprunteurs
  • Les cas grec et irlandais
  • Le plan grec en 2010
  • Les taux d’imposition en Europe
  • Le plan irlandais en 2010

Les 187 États membres début 2011

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Les 187 États membres début 2011
Voici sur le planisphère les 187 États membres du Fonds Monétaire International, soit la quasi-totalité du monde à l’exception de quelques États comme, par exemple, Cuba, la Corée du Nord, ou l’Autorité Palestinienne, Andorre, ou le Vatican.

Voilà, je vous ai décris quelques unes des missions du Fonds Monétaire International.
Pour certains Etats, en tout cas, les interventions du Fonds ont constitué une bouffée d’oxygène, voire une véritable bouée de secours, avec tout de même pour effet pervers des mécanismes de surendettement ou d’augmentation de la dépendance vis à vis des bailleurs internationaux.
En tout cas, les capacités d’intervention du Fonds vont être triplées passant de 250 à 750 milliards de dollars à partir de 2011 car le Fonds est au coeur de la stratégie internationale des dirigeants du G20.
Alors, ça ne résoudra qu’une petite partie des questions financières car il conviendrait parallèlement de trouver les moyens d’élever le niveau de responsabilité de certains dirigeants économiques et bancaires.

31 mars 2011

ARTE Reportage - Japon , Russie , Libye

http://videos.arte.tv
(France, 2011, 42mn)
ARTE


Le Japon malade du nucléaire
Depuis quelques jours, dans un Japon à nouveau meurtri, les survivants d'Hiroshima, font entendre leur voix.
Les "Hibakushas" étaient quasiment les seuls anti-nucléaires du pays, mais aujourd'hui, leur parole entre en résonance avec les inquiétudes des Japonais dans leur ensemble.
Ce reportage, à la rencontre d'un Japon de plus en plus inquiet, débute au centre de traitement contre les radiations de cette ville, qui va recevoir les irradiés de Fukushima... Il se poursuit, à Kaminoseki, où la population se mobilise fortement contre un projet de centrale nucléaire, puis à Kobe, ville martyre du tremblement de terre de 95 et à Hamaoka, où se trouve une centrale nucléaire touchée par le dernier séisme et ses répliques, mais loin d’être détruite comme Fukushima. Cette centrale est la plus controversée du Japon : elle a été construite selon les spécialistes sur l'épicentre du futur « big one »…
Ce périple s'achève au plus près de Fukushima, toujours très instable. L’équipe d’ARTE Reportage tente de comprendre les questions que se posent aujourd'hui les Japonais en matière d'avenir nucléaire. Des Japonais qui, jusqu'à présent, entre pragmatisme et discipline, en avaient accepté la nécessité.

Russie : Ozersk, ville secrète nucléaire
Vingt ans après la dissolution de l'URSS, deux millions de Russes vivent encore au secret, comme à l'époque soviétique, dans 42 villes closes dites "ZATO". Des villes liées à l'industrie militaire ou à la production d'énergie nucléaire.
Reliquat de l'époque soviétique, les habitants, soumis à des règlements particuliers pour tous leurs déplacements, se voient pourtant comme des privilégiés, protégés du monde par de hautes grilles. Mais d'autres se battent contre un système qui maintient le secret autour d'installations nucléaires déficientes, au mépris des populations locales, et de l'environnement.
Ozersk et son complexe Makak forment un bel exemple. La région de Mayak, qui produisait tout le plutonium de la guerre froide, est aujourd'hui une poubelle nucléaire. Protégée par son statut de ZATO.
Le secret est tel qu'il a permis d'occulter, pendant près de 30 ans, le premier accident nucléaire au monde : l'explosion en 1957 d'une cuve de déchets, suite à une panne du circuit de refroidissement. Le nuage radioactif avait alors affecté près de 300 000 personnes, sur 23 000 km²… 22 villages avaient été évacués.
50 ans plus tard, les victimes et les "liquidateurs", obligés à nettoyer la région, attendent toujours de l'aide. D'autres sont irradiés jour après jour par les émanations des usines de retraitement d'uranium de Mayak. Et la population est sans défense.
Nadiejda y a fondé Planète Espoirs, pour défendre les droits à la liberté et à un environnement décent pour les gens de la région. Et elle défend les victimes des restrictions à la circulation comme celles de la radioactivité.

Temps de Pose : Libye : des sandales et des canons
Philip Poupin est né dans l’Ouest de la France en 1982. Il apprend la photographie en autodidacte. Lorsqu’il propose en 2004 à l’Institut de Géopolitique de réaliser un mémoire de maîtrise sur la guerre du Darfour en cours, on le croit fou. Cependant quelques mois plus tard, il revient avec son enquête et son premier reportage photographique sur les jeunes guerriers du Darfour. Reportage qui lui vaudra de recevoir le Grand Prix Paris Match du photoreportage étudiant. En 2005, il part pour la Cisjordanie et Gaza, réalise un photoreportage sur les «Mahadjirines» au Tchad pour le Figaro Magazine, un autre sur l’esclavage au Niger pour Paris Match et un documentaire TV « Darfour, l’enfer oublié » pour ARTE. En 2006, après avoir suivi en France le mouvement anti-CPE, il part pour la Cisjordanie puis l’Afghanistan où il travaille pour le New York Times et le magazine américain US News and World Report. L’année suivante, il franchit l’Atlantique voir ce qui constitue la réalité de l’Amazonie, son trafic de bois illégal et ses mines d’or. Perrine Poupin – février 2008
Distribué par l'agence de presse photographique Cosmos, Philip Poupin vit actuellement à Kaboul où il collabore avec l'ensemble des titres de la presse française et étrangère.

30 mars 2011

Un peuple sur mesure

par Alain Garrigou
pour http://blog.mondediplo.net

C’est parti pour 2012. Les sondages fleurissent tout au long d’une campagne permanente. Une répétition un peu lassante. Elle ne sert pas la démocratie. Bien sûr, cette expression n’est pas plus directe que les corps intermédiaires que George Gallup voulait reléguer. Les sondages posent les questions que posent ceux qui les paient. Ils finissent par étouffer tout débat d’idées et de projets tant ils font de la politique une lutte de personnes. C’est une course de chevaux, une pauvre opposition de candidats ramenés à leurs egos, leurs sourires, leurs vies privées. A coup sûr, ils ont des programmes, ils ont peut-être même des convictions qui vont au-delà de leur personne. Le feuilleton les efface. Il est un moment où l’apparence élimine la substance.

Aucun fondateur de la démocratie ne renierait l’idéal d’un peuple de citoyens autonomes faisant un choix de destin et non un choix de personnes auxquelles remettre son destin. Les plus prudents y mettaient sans doute des conditions d’aptitude. Les plus enthousiastes rêvèrent même d’un mandat impératif impossible à réaliser. Les sondages tirent massivement la politique vers le contraire, la remise de soi à l’autorité, la confiance aveugle à des chefs. Ce n’est pas le moindre paradoxe que l’instrument de l’expression directe des fondateurs des sondages contribue à ce point à restaurer une autocratie plébiscitaire. Associés à des institutions comme l’élection du prince, ils contribuent à ramener les citoyens à un statut de mineur. Car, est-ce autre chose que de demander si on est favorable ou défavorable, quel avenir on voit, si on a plutôt confiance ou plutôt pas confiance en un tel ou une telle ? Et de demander si l’élection avait lieu demain pour quelle personne on voterait, en sachant que l’élection n’a pas lieu demain et qu’on ne connaît même pas le nom des candidats entre lesquels on aura à choisir…

Au moins peut-on espérer ramener les sondeurs à un usage plus respectueux des gens et de la démocratie. Il serait si heureux que la profession s’impose une discipline. Vain espoir si on se fie aux résultats de l’action des instances professionnelles européenne (Esomar) ou française (Syntec). Elles ont été incapables de lutter efficacement contre les dérives, c’est-à-dire contre la logique du profit qui est celle de toute entreprise économique. Alors, il faut se tourner vers les règlementations publiques, même si la première loi a fait la démonstration de son échec. Il faut surtout se tourner du côté de citoyens critiques. Or, si le sondo-scepticisme est largement répandu, il est souvent mal fondé, par exemple lorsqu’on approuve les « bons » sondages et réprouve les « mauvais » selon qu’ils font plaisir ou dérangent. Le travail d’éducation scientifique est nécessaire à la citoyenneté.

On ne prétendra pas convaincre les réticents qui affirmeront encore que « les autres » l’ont fait avant, qu’ils ont fait pire, voire qu’il en a toujours été ainsi. Nul n’est plus aveugle que celui qui ne veut pas voir. Combien sont-ils qui préfèrent être dupes que renoncer à leur opinion ? Les arrière-pensées sont transparentes et les dénégations pauvres. Il faut faire droit cependant à une objection. Ce n’est pas celle du « rien de nouveau sous le soleil », puisque justement, la rationalisation du travail politique, avec ses méthodes et ses dépenses de plus en plus importantes, montre suffisamment que les choses changent. Par contre, les objectifs auxquelles prétendent répondre les méthodes rationalisées du marketing politique viennent de loin. Alexis de Tocqueville l’avait formulé avec subtilité à propos de l’instauration du suffrage universel discernant « un effort immense pour apprivoiser le nouveau maître ». Il s’agissait alors de former les citoyens à la discipline électorale. Il n’était pas évident d’abandonner les pulsions de la révolte et de modérer les passions. Nous en sommes les produits. Cela ne suffisait pas. Comment encore et toujours obtenir le consentement ? Il est devenu difficile de répudier le maître par la contrainte. Il restait la persuasion. Apprivoiser l’ancien maître, tel est le programme que se sont données les spécialistes de la propagande, dont l’efficacité dépend d’abord de la dénégation de cette propagande, c’est-à-dire des procédés grossiers et parfois subtils utilisés à satiété par les dictatures.

On comprend que le développement de la réflexion en marketing ait donné à ses stratèges la certitude de détenir la formule. Croyance nécessaire sans doute pour convaincre des clients et vendre ; confiance confortée par de nouveaux instruments. La mesure, telle est la clef de la domestication des dominés selon cette autre expression paradoxale de Max Weber qui subsume le paradoxe démocratique : un maître dominé par des dirigeants qui n’ont d’autre légitimité que de le servir. Il existe une certaine continuité entre l’opération électorale, qui consistait à compter les voix pour instituer le nombre en souverain, et les opérations de marketing, qui insinuent le nombre dans toutes choses, avec la segmentation de la population en catégories, cibles, clientèles, pour mieux s’adresser à chacune. Jusqu’au discours intime et faussement personnalisé du storytelling, démentant l’opération d’objectivation par laquelle il a été construit, pour mieux saisir les attentes, pour exhiber ensuite le consentement massif auquel il serait difficile et quelque peu impudent de résister.

Autant la disciplinarisation des électeurs peut passer pour une condition nécessaire d’une lutte politique pacifiée, autant la formule est un danger pour la démocratie. Elle suppose de réintroduire le mécanisme censitaire au cœur de la compétition, non sous sa forme légale de limitation du droit de vote aux riches, mais comme capacité à ériger l’argent en arbitre de la performance. Cela n’est pas encore réalisé, objectera-t-on avec raison, même dans les pays où la ploutocratie électorale est la plus avancée comme aux Etats-Unis. Il ne suffit pas (encore ?) de dépenser des fortunes en publicité électorale pour l’emporter. Il faut aussi des méthodes plus subtiles, comme ne manqueraient pas de le faire remarquer les spin doctors. En oubliant presque qu’ils se font payer aussi et contribuent à la montée du rôle de l’argent.

Les méthodes rationalisées du marketing politique représentent un autre danger qui est celui de l’objectivation. Le paradigme de la mesure consiste en effet à objectiver le peuple dans ses catégories, strates, segments utiles, c’est-à-dire utiles pour le contrôler. En somme, un peuple sans cesse mesuré devient un peuple sur mesure. Cela transforme la perception même du peuple. L’objectivation va de pair avec le cynisme. Il faut entendre les spin doctors parler des citoyens : forcément, les manipulateurs méprisent les manipulés.

La formule a une fragilité objective car elle ne procède pas d’une connaissance bien sophistiquée même si elle se réclame de la science. Ce sont plutôt des recettes approximatives qu’il faut magnifier pour mieux les vendre et que l’on vend faute d’autre chose. Si les professionnels disposaient de meilleurs outils pour domestiquer le peuple, ils les utiliseraient. La distanciation des représentants par rapport aux représentés, associée à la professionnalisation politique, accentue au contraire le besoin des méthodes rationalisées de gagner les soutiens. Moins les politiciens ont de contacts directs et concrets avec les citoyens et plus il leur faut recourir aux sondages, plus il leur faut recourir à la publicité et plus il leur faut rationaliser leur relation aux représentés.

Une autre fragilité est une condition essentielle de la domination : son opacité. Jamais une domination n’est plus efficace que lorsqu’elle est démentie comme domination et se pare de la volonté divine, de la nature et aujourd’hui de la dénégation même de la séparation entre les dirigeants et le peuple. Il suffit de déceler les mécanismes de la domination pour qu’elle perde de son efficacité. C’est sans doute la spécificité et la valeur de la démocratie que de permettre ces opérations de désacralisation, mais c’est aussi le propre de toute démocratie que de les menacer au nom de la liberté, un nom pour désigner le débat, mais aussi le droit de réintroduire la puissance de l’argent dans les débats et les limiter – sinon les interdire. On comprend mieux pourquoi les sujets sensibles et ceux qui s’y risquent soient en butte aux menaces. Ils dévoilent et sont donc dangereux. Il faut au moins les contenir. Par la guerre des idées, assurent leurs adversaires pour faire croire à un combat loyal, mais surtout par tous les moyens dont ils disposent exclusivement, l’argent et l’Etat. Les enjeux sont trop importants pour qu’on s’en prive. Au moins, les critiques scientifiques savent-ils ce qu’ils risquent et ne doivent pas s’en plaindre, sauf à paraître naïfs. Au moins sont-ils un peu rassurés de savoir qu’ils servent à quelque chose.

Nuage Mortel (Documentaire)

http://videos.arte.tv
(Royaume Uni , 2006, 48mn)
ARTE F


Le 8 juin 1783, le volcan Laki entre en éruption. Son nuage mortel anéantit plus d'un quart de la population islandaise et les trois quarts de son bétail, avant de dériver à travers l'Atlantique Nord vers l'Europe continentale, semant sur son passage souffrance et dévastation. Les huit mois d'émission de gaz sulfurique provoquent l'une des plus importantes perturbations climatiques et sociales du dernier millénaire.
Poussé par les vents, le nuage toxique atteint la Norvège, l'Allemagne, la France et l'Angleterre. Plusieurs années de suite, des hivers longs et rigoureux ruinent les récoltes. L'Islande est ravagée par la famine la plus grave de son histoire. Ailleurs, la faim et le froid font aussi monter la mortalité en flèche. L'éruption du Laki pourrait même avoir hâté la Révolution française et causé des disettes jusqu'en Chine et au Japon !
Des études géologique, climatologique et médicale menées pour ce documentaire permettent d'avoir une vision très précise de cette catastrophe mondiale inégalée. Des témoignages sous forme de coupures de presse, lettres et journaux intimes, ainsi que des scènes reconstituées retracent le quotidien bouleversé des populations. Et des images de synthèse permettent de comprendre la nature du phénomène et la manière dont il s'est manifesté. Le tableau précis d'une "année de cendres" et de ses conséquences, éclairé par les explications des chercheurs.

Sous les ordures, la Chine (Documentaire)

http://videos.arte.tv
(Allemagne, 2010, 27mn)
ZDF


En octobre 2010, la conférence des Nations unies sur le changement climatique qui avait lieu à Tianjin, dans l'est de la Chine, a permis au gouvernement de la République populaire d'affirmer au monde entier sa bonne volonté en matière de défense de l'environnement. Il n'empêche que ses priorités sont claires : développer l'économie et le niveau de vie de la population. Et que malgré les projets de doublement des énergies vertes d'ici à 2020, le photovoltaïque en particulier, la Chine reste le producteur n° 1 de gaz à effet de serre. Pour un village-modèle qui pratique le développement durable dans la province du Zhejiang, combien d'industries polluantes et d'exploitations agricoles utilisant abusivement les engrais et pesticides ? Le reportage de Diana Zimmermann montre que les Chinois désireux d'agir contre le désastre écologique déjà en marche risquent davantage la prison que les honneurs de la presse.

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28 mars 2011

Le régime d’opinion

Par Alain Garrigou
pour http://blog.mondediplo.net

« Démocratie d’opinion », entend-on répéter dans les médias ou les dîners en ville. Sorte de sésame des Bouvard et Pécuchet d’aujourd’hui. On n’est pas sûr de bien saisir s’il s’agit d’un pas en avant de la démocratie ou si cela en désigne une forme abâtardie. C’est probablement ce qui fait la valeur du propos. On ne fâche personne, ni les optimistes ni les pessimistes : on a dit l’inverse, mais entre gens de bonne compagnie, l’important est de montrer qu’on est en bonne compagnie. L’ascension vers les hauteurs de la théorie fait l’affaire. Après tout, on se saurait être trop exigeant sur la qualité des propos tenus entre le fromage et la poire. Qui n’a jamais fauté ? Cela est plus ennuyeux quand ce sont des commentateurs à prétention scientifique qui lancent sur les plateaux et sur le papier les idées reçues. Que veulent-ils dire alors ? Pour le savoir, car on chercherait vainement une définition de l’expression, il faut remarquer qu’ils en parlent à propos des sondages ou d’Internet. En somme, ils ne font que recycler la vieille idée de George Gallup de sondages qui court-circuiteraient les corps intermédiaires et institueraient les mécanismes de la démocratie directe. Internet est venu à point pour réactiver les passions tristes des petits prophètes médiatiques.

Démocratie d’opinion, donc. Il faut refuser l’évidence pour assurer en effet que l’opinion publique bénéficie aujourd’hui d’une ubiquité nouvelle. Ce n’est pas simplement un fétiche qu’on invoquait quand on prétendait avoir une certaine lucidité sur le monde, à l’exemple des salons du XVIIIe siècle, mais des informations chiffrées, celles des sondages, sans cesse invoqués pour justifier les prises de position politique. Il faudrait être un esprit chagrin pour s’en plaindre.

L’opinion peut-être… La démocratie non. Ce n’est pas une humeur en effet que d’observer que cette omniprésence de l’opinion ne favorise pas forcément la démocratie et même qu’elle la pervertit. Quelle est cette opinion qu’on nous inflige à longueur de sondages ? Plutôt que de la formuler en termes abstraits selon les récurrents débats de philosophie médiatique de comptoir, observons la chose et non l’idée. En somme, comment les sondages objectivent-ils l’opinion ?

A partir de ce qu’il appelait un « rebut » des sondages, les non-réponses, Pierre Bourdieu avait élaboré des analyses classiques de la compétence politique statutaire, constatant d’abord que la probabilité de réponse était inégalement distribuée selon le genre (les hommes plus que les femmes) et la catégorie sociale (les classes élevées plus que les classes populaires). L’opinion n’était donc pas une propriété personnelle, naturelle et universelle, mais une capacité socialement distribuée. Les haussements d’épaule moquant aujourd’hui cette évidence font sourire, car voilà trente ans, les mêmes hurlaient d’indignation devant le « sociologisme ». Il s’agit ici de remarquer qu’un sociologue aurait bien du mal à réfléchir sur de telles données. Les sondages n’en donnent plus. Quels étaient les pourcentages sur lesquels travaillait Pierre Bourdieu ? Dans un sondage Sofres sur les relations de la France, de l’Algérie et du tiers-monde de 1971, pas moins de 16 %, autant de femmes que d’hommes, ne répondent pas à une question sur l’effort de la France pour loger les travailleurs étrangers. A une autre question sur les relations avec les pays sous-développés, la proposition selon laquelle la France devrait s’intéresser aux pays qui ont un régime démocratique « obtient », si l’on peut dire, 26 % de non-réponse chez les hommes mais 41 % chez les femmes (La Distinction, p. 471). Dans les sondages d’aujourd’hui, les NR sont réduites à des chiffres négligeables. Elles le sont d’ailleurs si bien que des sondages oublient de les signaler.

Les Français auraient-ils gagné en compétence ou en confiance pour répondre à toutes les questions ? Il suffit de se pencher sur le dispositif de production des chiffres pour savoir que les sondages n’enregistrent pas passivement les chiffres comme une photo instantanée, selon un autre cliché, faux mais répété en dépit de toutes les démonstrations.

La surévaluation de la généralité de l’opinion est d’abord le produit de la relation d’enquête. Comment sont interrogés les sondés ? La plupart des sondages sont effectués par téléphone, et de plus en plus en ligne, à la suite de la difficulté croissante à trouver des sondés. Trouver des gens qui acceptent conduit forcément à surévaluer la capacité ou la disposition à dire son opinion. Pour accepter de répondre à un enquêteur, plus souvent une enquêtrice, il faut supposer avoir quelque chose à dire. Le sondé n’aurait-il rien à dire, il s’est placé lui-même dans la situation d’obligation de répondre, de ce qu’on pourrait appeler le devoir d’opinion – assez proche d’une relation pédagogique, sauf qu’il met en œuvre un risque de honte ou de perdre la face faute d’avoir réponse à tout.

Si le sondé avoue ne pas avoir d’opinion, les consignes de l’enquêteur lui intiment de pousser à la réponse en répétant, en encourageant son interlocuteur. Autre mécanisme d’incitation à forcer les réponses, cette condition pour être rémunéré de ne pas recourir plus de trois fois à la non-réponse. Une sorte de joker que les enquêteurs essaient de repousser à la fin des questionnaires pour ne pas échouer. Si un sondé déclare ne pas avoir d’opinion sur le sujet, l’enquêteur prétend alors ne pas avoir cette case sur son écran d’ordinateur.
A l’opposé de cet alibi technique, la relation d’enquête entre un travailleur précaire et un enquêté bienveillant conduit à jouer de ressorts affectifs. L’enquêteur joue souvent du sentiment pour obtenir une réponse, allant jusqu’à supplier en évoquant explicitement le fait d’être payé ou pas selon la bonne volonté du sondé : petit chantage affectif de l’enquête. Les sondés sont généralement compatissants, une fois la relation établie. Enfin, il faut bien évoquer la pratique banale du bidonnage, puisque c’est le seul moyen, pour des travailleurs précaires sous-payés, de gagner modestement leur vie. On est bien loin de la légende d’enquêteurs heureux de contacter des sondés qui leur disent tout leur bonheur d’être enfin interrogés. Un propos de sondeurs qui avait d’autant moins de chances d’être démenti que l’on n’invitait guère dans les médias les critiques et les enquêteurs. Les premiers étaient accusés de mentir quand ils évoquaient une hausse des refus de répondre aux enquêtes d’opinion, et les seconds n’avaient pas travaillé dans une bonne entreprise, comme l’était forcément celle du sondeur invité à s’exprimer.

Quant à l’enquête en ligne, il suffit de dire que le questionnaire est auto-administré, selon le terme consacré. L’internaute volontaire se doute qu’il n’a aucune chance d’obtenir les gratifications promises s’il multiplie les non-réponses… Comment pourrait-il ne pas comprendre qu’on le sollicite pour qu’il donne des opinions ? On sait qu’il se comporte d’ailleurs largement en stratège pour maximiser ses chances de gagner. Et il n’y a effectivement pas, ou très peu de non-réponses dans ces questionnaires en ligne. Le résultat manifestement erroné sur tous les sujets, mais dont l’erreur apparaît manifestement sur des questions électorales : il n’y a pas d’abstentions.

Il est juste d’affirmer que les sondages fabriquent de plus en plus l’opinion. Depuis l’article de Pierre Bourdieu « L’opinion publique n’existe pas », on savait que les sondages agrégeaient des opinions inégalement constituées allant de l’opinion mobilisée jusqu’au simple artefact. Les prudences d’antan on été oubliées. Aujourd’hui, il s’agit seulement de donner des chiffres. Peu importe leur valeur. On ne peut assimiler la prolifération de mesures aussi falsifiées avec une « démocratie d’opinion » sans une immense crédulité. On ne s’intéresse que depuis peu à la réalité du travail d’enquête [1]. Il faut vouloir croire pour ne pas perdre sa foi dans les sondages. En même temps, on comprend mieux l’effort des sondeurs pour contrôler les médias. Dans cette lutte, politique s’il en est, il s’agit d’empêcher les critiques de s’exprimer, de les déconsidérer, de les encadrer, de les circonvenir.

Il faut un présupposé d’universalité de l’opinion : tout le monde en aurait une sur tous les sujets. Tant pis si c’est manifestement faux. C’est un dogme auquel il est difficile de s’attaquer, sauf à être taxé d’hostilité à la démocratie, de même que discuter les dogmes religieux dans un temps passé exposait aux bûchers de l’Inquisition. On risque aujourd’hui beaucoup moins. Le dogme de l’universalité conduit aux interrogations les plus surprenantes pour peu que l’on rompe avec l’évidence de la banalité. Ainsi, en pleine affaire du Mediator, ce médicament du laboratoire Servier accusé d’avoir tué plusieurs centaines de personnes, on interrogeait des sondés sur les responsabilités quelques jours avant que l’IGAS rende son rapport. On objectera qu’il ne s’agissait pas de substituer un rapport d’opinion à une enquête d’experts : il n’empêche. En voulant évaluer le sentiment public, pour vendre du papier, pour les conseils en communication politique, on fait comme si les registres vulgaires et experts étaient homologues. D’ailleurs, des sondages peuvent se permettre de soumettre le jugement des experts à la non-expertise des sondés. On peut continuer à interroger sur le Mediator des gens qui n’ont pas lu le rapport de l’IGAS, comme on peut interroger sur le réchauffement climatique des sondés qui ne savent pas ce qu’est le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC).

Il ne s’agit pas d’opposer un principe de compétence scientifique à un principe démocratique, mais de marquer combien le principe d’opinion s’immisce dans des sujets qui relèvent d’autres registres. Les scandales offrent un autre exemple de la confusion. Dans l’affaire Woerth-Bettencourt, les sondeurs ont demandé à leurs échantillons représentatifs si le ministre Eric Woerth devait démissionner ; question reproduite pour les vacances en Tunisie de Michèle Alliot-Marie. On pourrait penser que c’est une affaire de droit et de responsabilité politique. En faire une affaire d’opinion est sans doute intéressant pour les politiques et les commentateurs, mais tend à objectiver un droit d’opinion équivalent à tout autre autorité.


On ne s’étonnera pas alors de l’invocation généralisée de l’opinion dans les commentaires journalistiques. Le point de vue se fonde alors sur la souveraineté de l’opinion collective. Chacun peut en tirer une conséquence pour soi, avec la souveraineté de l’opinion personnelle qui se déploie à longueur de forums Internet où tant de réactions ne s’encombrent ni de justification ni de démonstration : c’est ainsi parce que je le pense. Dans d’autres arènes, même savantes, des interventions commencent facilement par des formules qui indiquent moins la prudence que la légitimité du jugement. « Moi, je crois », « moi, je pense », amorcent les points de vue les plus catégoriques. Ils n’ont pas besoin de se fonder en raison. Le régime d’opinion est une expression non pas démocratique mais plutôt narcissique, qu’un slogan publicitaire avait décliné par cette formule : « Parce que je le vaux bien ». Ce régime est une nouvelle forme d’obscurantisme, puisqu’il suffit de croire pour s’opposer à toutes les démarches de la raison.

Notes

[1] Il faut signaler l’excellent livre de Rémy Caveng, Un laboratoire du « salariat libéral ». Les instituts de sondage, Editions du Croquant, Bellecombe-en-Bauges, 2011, 262 pages.

Sécurité nucléaire, les risques de la dérégulation

Par Gilles Balbastre
pour http://www.monde-diplomatique.fr

Il n’a pas fallu attendre longtemps pour que la catastrophe de Fukushima, au Japon, déclenche en France un débat sur la pertinence et l’avenir de l’atome. Faut-il ou non sortir du nucléaire, faut-il ou non un référendum sur la question, faut-il ou non développer les énergies renouvelables ? Qu’importe à la presse l’importance du débat : l’émotion suffit à légitimer son inscription en tête des priorités politiques. Subordonner la vie démocratique au rythme des catastrophes et des faits divers est un procédé à double tranchant. Il peut conduire à une délibération informée sur l’avenir énergétique d’un pays, mais aussi au vote d’une loi sécuritaire. Par exemple, un « débat » sur la récidive lancé à l’été 2007 après l’enlèvement d’un garçonnet à Roubaix par un pédophile préluda à l’adoption d’une législation liberticide.
Au nombre des arguments sur l’avenir du nucléaire avancés par la plupart des protagonistes de cette controverse – politiques, éditorialistes, experts –, un a manqué à l’appel : la dérégulation du marché de l’électricité, entreprise en France et en Europe depuis une vingtaine d’années. Le processus débute en juin 1996 avec la directive européenne ouvrant le marché de l’électricité à la concurrence pour les professionnels. Il se poursuit par la loi du 10 février 2000, votée par le Parlement à majorité socialiste, qui transpose la directive de 1996, puis par la loi d’août 2004 qui privatise partiellement Electricité de France (EDF). Enfin, la loi sur la nouvelle organisation du marché de l’électricité (NOME) de novembre 2010 oblige EDF à céder à ses concurrents une partie de sa production. Entre-temps, une deuxième directive européenne, lancée lors du Conseil européen de Barcelone de mars 2002 et approuvée par le premier ministre et le président de la République française de l’époque, MM. Lionel Jospin et Jacques Chirac, ouvre à la concurrence la fourniture d’électricité au consommateur.
Les conséquences de la disparition du monopole de service public d’EDF sont loin d’être négligeables tant pour les usagers – hausse incessante des prix (1), dégradation du service – que pour les salariés et, finalement, pour la sûreté des centrales nucléaires. Etablissement public transformé en société anonyme en 2004 et coté en Bourse, ce « service public » doit désormais rémunérer ses actionnaires (2). De ce débat-là, peu ont entendu parler. Premier producteur mondial privé d’électricité, le propriétaire de la centrale de Fukushima, Tokyo Power Electric Company (Tepco), a falsifié des rapports d’inspection de réacteurs nucléaires durant plusieurs décennies pour couvrir près de deux cents incidents dans les centrales de Fukushima et de Kashiwazaki-Kariwa.
Les circonstances particulières de l’accident survenu au Japon – un tremblement de terre suivi d’un tsunami – focalisent l’attention sur la fiabilité technologique de la production nucléaire. Or la sûreté de cette industrie ne dépend pas uniquement, comme l’avancent souvent ses opposants, d’une technique plus ou moins efficiente. Elle repose aussi sur la qualité de la tâche effectuée par les salariés qui y travaillent. Ainsi, pour M. Michel Lallier, représentant de la Confédération générale du travail (CGT) au Haut comité pour la transparence et l’information sur la sécurité du nucléaire et ancien secrétaire du Comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT) de la centrale de Chinon, la sûreté de la production de l’électricité issue du nucléaire repose sur trois piliers : technologique, social, humain. « Comme pour un tabouret à trois pieds : si vous mettez à mal un de ses pieds, le tabouret ne tient plus vraiment, et les deux autres peuvent céder. C’est ce qui arrive aujourd’hui dans les centrales nucléaires. La sûreté nucléaire a reposé durant des décennies sur un cadre social bien défini pour un personnel qualifié, par la vigilance et le travail de ce personnel et par la cohérence humaine de ce collectif de travail. Or la dérégulation du marché de l’électricité, puis la privatisation partielle d’EDF avec sa course aux économies mettent à mal depuis les années 1990 tout cet édifice. Et, au final, le dernier pied technologique ne peut qu’être menacé à son tour. »
Depuis la loi de juin 2006 sur la transparence et la sûreté nucléaire, chacune des dix-neuf centrales françaises doit dresser un rapport annuel sur les incidents et accidents en matière de sûreté nucléaire, de radioprotection, de rejet dans l’environnement. Le texte rédigé par la direction est suivi d’un « avis » du Comité d’hygiène, de sécurité et de conditions de travail (CHSCT) dont nous publions ci-dessous des extraits avec, à chaque fois, un lien vers le document PDF sur le site de l’opérateur (3). Ces signaux d’alarme, envoyés par les salariés dans une indifférence médiatique d’autant plus inexplicable que ces rapports sont publics, éclairent l’attaque menée par la direction d’EDF contre les deux piliers sociaux et humains qui soutiennent l’édifice nucléaire français. Ils renseignent par conséquent sur la menace qui pèse sur le troisième.

La pratique du métier mise à mal

« Quelle efficacité humaine avec des horaires de travail dépassant de façon quasi quotidienne les 12 heures par jour ? » (Chinon, 2008)
« La recherche perpétuelle d’arrêts de tranche [arrêt d’un réacteur pour rechargement et maintenance] de plus en plus courts qui combine augmentation de la pression du temps et réduction des budgets et des ressources. » (Chinon, 2008).
« En matière de maintenance, on sait facilement ce qu’on économise en sous-traitant, en externalisant, en ayant recours à des personnels parfois moins formés, moins qualifiés, soumis à forte pression pour redémarrer la production dans les délais prévus. » (Saint-Alban, 2009)
« Les conditions de cette externalisation se traduisent par une montée des accidents parmi les salariés de cette sous-traitance. Beaucoup de ses salariés ont été affectés à ces activités, sans formation et pour la plupart sans connaissance des règles de sécurité fondamentales inscrites dans le recueil des prescriptions au personnel. » (Nogent-sur-Seine, 2009)

La souffrance au travail

« Acculés à faire leur travail malgré tout, les salariés peuvent être amenés à devoir travailler d’une façon qu’ils réprouvent, c’est à dire de “non-qualité”. La honte de cela va alors les ronger, les culpabiliser, car travailler devient pour eux “mal travailler” (…)  ». (Civaux, 2009)
« Les dégradations des conditions de travail, la surcharge de travail due au manque d’effectif, les objectifs inatteignables, augmentent la souffrance au travail. Ces risques psychosociaux ont un impact direct sur le niveau de sûreté et sur les conditions d’exploitation (…)  ». (Cattenom, 2009)
« Des politiques de management construisent à marche forcée l’excellence à coups de politiques d’indicateurs déconnectés du travail réel. » (Gravelines, 2009)
« Etats de souffrance, épisodes dépressifs notables, états réactionnel aigus, démobilisation professionnelle, troubles du sommeil (…)  ». (Paluel, 2009)

La sûreté nucléaire en question

« Après un redressement de courte durée, sans doute lié à certaines décisions et au changement de direction, les choses à nouveau se dégradent avec une cinétique inquiétante dans le domaine de la sécurité, de l’organisation matérielle et technique du travail. Le nombre global d’accidents a triplé en trois ans. » (Nogent-sur-Seine, 2009)
« Concernant l’environnement, malgré le respect des seuils réglementaires, nous continuons à déplorer des quantités non négligeables de rejets. Nous souhaitons que le site continue à diminuer ses rejets afin que son impact environnemental se réduise encore. » (Saint-Alban, 2009)
« Pour information, lors de l’incendie des transformateurs au pyralène tranche 3, les sapeurs pompiers sont arrivés sur site en trente minutes, ce qui a contraint les équipes de seconde intervention EDF à attaquer l’incendie, et ainsi à mettre en péril leur propre sécurité. En effet, les équipes de seconde intervention ont attaqué l’incendie sans que les lignes 400 000 volts aient été déconnectées. Pour rappel, déconnecter les lignes 400 000 volts a été le premier geste des sapeurs pompiers, ce qui démontre s’il en était besoin la nécessité de disposer de professionnels du feu. » (Blayais, 2010)
« A ce jour, la tranche 2 fonctionne depuis plusieurs mois avec une fuite hydrogène, certes surveillée et inférieure aux critères d’arrêt. » (Saint-Alban, 2009)

(1) Une des conséquences de la loi NOME est de faire grimper la facture d’électricité de 5 % par an jusqu’en 2015.
(2) Malgré une baisse en 2010 de son résultat net de plus de 70 %, EDF a versé à ses actionnaires la même somme que l’année précédente, soit 2,1 milliards d’euros.
(3) Ces textes sont disponibles sur le site d’EDF. Toutes les recommandations des CHSCT reproduites ci-dessous proviennent des rapports 2009 (2008 dans le cas de Chinon). Le nom entre parenthèse est celui de la centrale ; il s’agit d’un lien vers le fichier PDF du rapport correspondant. Une liste d’incidents est également en ligne sur le site Internet de l’Autorité de sûreté nucléaire.

Gilles Balbastre

Réalisateur et coauteur de Journalistes au quotidien et Journalistes précaires (tous deux sous la direction d’Alain Accardo), Le Mascaret, Bordeaux, respectivement 1995 et 1998.

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