25 novembre 2012

Rosneft devient la première entreprise pétrolière mondiale

Par Alfredo Jalife-Rahme
12/11/2012
Source : http://www.voltairenet.org
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Après avoir racheté l’essentiel de Yukos, puis avoir conclu une joint-venture avec Exxon-Mobil pour exploiter le pétrole de la Mer Noire, Rosneft vient d’absorber TNK-BP. Ce faisant, la Russie —qui dispose déjà avec Gazprom de la première entreprise gazière mondiale— se dote de la première entreprise pétrolière mondiale. L’analyste Alfredo Jalife-Rahme compare la stratégie nationale de Vladimir Poutine à la logique mercantile libérale qui prévaut dans son pays, le Mexique ; un parallèle qui a valeur d’exemple.

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Le pétrole constitue toujours la matière première géostratégique par excellence pour la planète, et ce serait une grave erreur que d’analyser sa reprise en main par l’État sous un simple angle mercantiliste : ce qui est en jeu, c’est la sécurité énergétique des pays producteurs.

Si les USA, principaux acheteurs du pétrole mexicain, admettent que les hydrocarbures sont stratégiques, il est inconcevable que les pays vendeurs n’en tiennent pas compte.

Et pourtant c’est bien là le péché mortel que commettent les gestionnaires formés par l’ITAM (Institut Technologique Autonome de Mexico) au Mexique, qui affichent une ignorance géopolitique pathétique ; la question n’est pas de privatiser ou d’étatiser, termes qui ont des acceptions variables, bien souvent superficielles, tant aux USA qu’au Mexique, mais de se centrer sur qui détient le contrôle sur la première matière première d’importance géostratégique mondiale.

Aux USA, les entreprises privées d’hydrocarbures, telle Exxon Mobil, font partie de la panoplie garante de la sécurité nationale et internationale ; au Mexique, il n’y a aucune garantie en ce sens, s’agissant d’entreprises privées —au capital étranger ou national— qui opèrent au Mexique et qui sont soumises bien souvent aux crédits de Wall Street, ce qui pipe les dés d’emblée et mine la sécurité nationale, puisqu’aucun contrôle efficace ne peut s’exercer sur elles : dans le cadre de la dérégulation globale financiériste, leur financement devient aléatoire [1]

Le Mexique néolibéral des « énarques » de l’ITAM est l’exception, au moment où les grandes puissances pétrolières récupèrent leurs actifs perdus dans un vaste mouvement de ré-étatisation et de dé-privatisation : c’est le cas de la réorganisation du portefeuille de Rosneft en Russie, tout récemment, faisant suite à la légendaire BP britannique, qui était le symbole même de l’irrédentisme britannique.

Le site géopolitique StratRisks, basé en Floride, souligne que Rosneft a délogé Exxon Mobil du premier rang pour la production mondiale, après le rachat de TNK-BP (entreprise mixte constituée de Britanniques et d’oligarques russes, condensée dans la firme AAR). TNK-BP se trouvait parmi les 10 entreprises pétrolières privées les plus importantes au monde, et en 2010, elle produisait 1,74 millions de barils par jour à partir de ses sites actifs en Russie et en Ukraine.

Le président Poutine considère que l’opération, d’une envergure inédite, permettra une production de plus de 4 millions de barils par jour. Il rapporte les tribulations de TNK-BP qui était jadis une transnationale privée ; son rachat par Rosneft constitue une ré-étatisation et une dé-privatisation en deux étapes : d’abord « Rosneft acquiert 50 % de TNK-BP dans une alliance stratégique (joint-venture) avec BP, en échange de liquidités et d’actions de Rosneft d’un montant de 27 millions de dollars, ce qui attribue à BP 19,75 % de Rosneft ». Dans une deuxième étape, « les oligarques de AAR obtiendraient 28 milliards de dollars (cash) au titre de la moitié de la copropriété dans TNK-BP, quoique cet accord ne soit pas encore conclu ».

Ainsi l’entreprise d’État (sic) Rosneft débourserait 55 milliards de dollars pour avoir l’emprise décisive, avec une participation minoritaire de BP, entreprise privée (sic) dont la position se trouve fort diluée : il s’agit bien d’une dé-privatisation concomitante à la ré-étatisation de Rosneft.

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Vladimir Poutine a mis en place une Commission pour le Développement stratégique du secteur de l’énergie et pour la sécurité environnementale. Elle élabore la Doctrine de sécurité énergétique de la Fédération de Russie (23 octobre 2012).
© Kremlin 
Pour StratRisks, il s’agit bel et bien d’une nationalisation : Poutine a su créer un géant pétrolier national, qui lui permet de mettre en œuvre son plan de renforcement de l’influence russe dans le monde, par le contrôle des nécessités énergétiques d’autres pays.

Dans ce nouveau cadre, Rosneft va pouvoir extraire presque la moitié du pétrole produit en Russie, ce qui est énorme, si l’on compare avec l’Arabie saoudite : la Russie est une superpuissance énergétique, et en nationalisant progressivement ses ressources, Poutine renforce son contrôle sur les besoins européens.
Reste un problème : la Russie n’a pas les compétences technologiques suffisantes en matière d’hydrocarbures, ce pourquoi elle s’est assurée la permanence de BP comme associé minoritaire, afin de ne pas commettre l’erreur de l’Arabie saoudite, qui avait nationalisé son industrie pétrolière en 1980, alors qu’elle produisait plus de 10 millions de barils par jour, et qui en cinq ans sous le régime d’Aramco (l’entreprise d’État) avait vu diminuer sa production de 60 %.

Poutine estime que son influence à l’échelle internationale va augmenter, après l’opération Rosneft. Sa manœuvre stratégique amènera des prix du pétrole plus élevés, et un marché énergétique en hausse étonnante. À mon avis, fort de ses ogives nucléaires, Poutine joue finement sa carte pétrolière, tandis qu’au Mexique, la kakistrocratie (« gouvernement par les pires ») issue de ITAM a totalement perdu la vision géostratégique du président Lázaro Cárdenas (qui avait exproprié et nationalisé toutes les ressources du sous-sol en 1938).

Celui-ci, en bon général, avait compris il y a 74 ans déjà la portée géostratégique des hydrocarbures. Il s’agit de savoir qui garde le contrôle en dernière instance des hydrocarbures mexicains —d’un point de vue multidimensionnel—, et qui garantit l’approvisionnement lorsque l’État prendra ses distances : c’est ce qui s’appelle la sécurité nationale. Allons-nous créer l’équivalent d’une Televisa (conglomérat multimédia mexicain, le plus important d’Amérique latine et du monde hispanique) avec le pétrole mexicain, ce qui nous livrerait à la merci de ses intérêts totalitaires ?

Au Mexique, le pétrole se trouvait aux mains des Britanniques, avec les résultats cataclysmiques que l’on sait, outre les dégâts environnementaux dont nous avons hérité [après la marée noire provoquée par la plateforme pétrolière de BP Deepwater Horizon en 2010, le groupe pétrolier britannique est en discussions avancées avec l’États-unien Plains pour lui céder des champs pétroliers du golfe du Mexique pour un montant de 7 milliards de dollars, écrit le Wall Street Journal. Mais d’autres groupes ont exprimé de l’intérêt pour les actifs de BP et un autre acheteur pourrait émerger, précise le quotidien financier. Source : Le Figaro, 20 septembre 2012].

Le site StratRisks souligne que l’Europe dépend du pétrole et du gaz russe, et que la manœuvre poutinienne renforce cette dépendance, tout autant que la puissance russe ; cela va de la construction des oléoducs jusqu’au contrôle à hauteur de 40 % de sa capacité d’enrichissement d’uranium global. Le rachat des deux moitiés de TNK-BP par Rosneft, entreprise d’État, en fera un Goliath dans le secteur pétrolier global, au point que la Russie pourra produire des asphyxies par le contrôle de l’approvisionnement, quand elle décidera une hausse des prix.

StratRisks envisage une incrustation de la Russie dans l’OPEP ; alors le cartel pétrolier contrôlerait plus de la moitié de la production mondiale et la plus grande partie des réserves potentielles, et avec une telle influence, les pays de l’OPEP pourraient disposer à leur guise du prix que le reste du monde aurait simplement à payer. Ce n’est pas si facile —cela peut déboucher sur une guerre mondiale— mais ce n’est pas incongru non plus.
Pour résumer, selon StratRisks, Gazprom, l’entreprise gazière russe, contrôle déjà le gaz de l’Europe et Rosneft le pétrole, ce qui revient à étrangler la suprématie occidentale, et ouvre la voie à un nouvel ordre mondial présidé par la Russie.

Il s’agit de géopolitique, on est loin de l’esprit de clocher teinté de modernisme de pacotille qui caractérise le gouvernement mexicain néolibéral, qui prétend livrer à d’autres, les yeux fermés, le pétrole mexicain, en oubliant que pétrole et pouvoir, phonétiquement proches, vont profondément de pair.

Traduction
Maria Poumier
Source
La Jornada (Mexique)
#La Jornada (Mexique)


[1] Voir la vulnérabilité financière de Petrobras et sa dépendance envers Wall Street et la City, dans notre article de La Jornada du 24 octobre 2012.


L’art des grands projets inutiles

Par Alain Devalpo
08/2012
Source : http://www.monde-diplomatique.fr
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Les grands projets d’aménagement du territoire ne visent pas toujours à satisfaire des besoins. Pour vendre la construction d’une ligne de train à grande vitesse que peu de gens souhaitent utiliser ou celle d’un aéroport dans une région qui n’en nécessite pas, ingénieurs, promoteurs et maîtres d’ouvrage rivalisent d’habileté et de rhétorique. Justifier l’inutile est devenu une véritable culture dont on peut saisir les règles, les rites et les rythmes en lisant la conclusion d’un séminaire — fictif — sur le sujet.

Vous, bâtisseurs de cathédrales du nouveau millénaire, poursuivez un dessein plein d’esprit et de noblesse. Mais la population ne comprend pas toujours le sens de vos rêves. « Votre projet ne sert à rien ! », vous oppose-t-on parfois. Comment, dans ces conditions, faire fructifier vos ambitions ?
Les intervenants que nous venons d’entendre ont su nous faire partager leur inestimable expérience, et je vais tenter de dégager les axes stratégiques forts qui vous aideront à y parvenir.

Commençons par les transports. C’est un réconfort pour le bâtisseur contemporain que d’observer une campagne traversée comme l’éclair par des trains perchés sur leur digue de ballast. La course à la mobilité est synonyme de réussite. Nos sociétés vivent à la vitesse d’Internet. L’économie est un écheveau de flux tendus. L’homme doit s’y soumettre, et ce secteur offre un large éventail d’opportunités.
Pour séduire vos interlocuteurs, la démesure sera votre premier atout. Incitez vos ingénieurs à ébaucher des plans pharaoniques : percer cinquante kilomètres de tunnel sous les Alpes pour le tracé du train à grande vitesse (TGV) Lyon-Turin, mettre en valeur des milliers de mètres carrés de bocage pour implanter un aéroport dans la région nantaise, creuser sous la ville de Barcelone… L’exploit technologique, nourrissant l’orgueil national, occultera les désagréments pour les autochtones.

Sachez tirer parti de la concurrence entre métropoles : elle favorise le gigantisme et sert vos projets. Labourez le terrain politique en flattant la mégalomanie des grands élus qui rêvent tous d’une tour Eiffel dans leur cité. Une fois que vous aurez gagné leur confiance, ils sauront faire pression sur la cohorte des élus plus modestes, dont les finances seront ponctionnées même si les retombées pour leur territoire n’existent que sur le papier. Afin qu’aucune objection ne s’élève, votre pari sur l’avenir devra être pourvoyeur d’emplois. Le chantier terminé, si l’on vous fait remarquer que les promesses ne sont pas tenues, il sera toujours temps d’échafauder des analyses vous dédouanant : la crise, la crise ! Jouez de vos accointances gouvernementales pour obtenir un label d’intérêt général : ce dispositif administratif procure un véritable passe-droit.

Entourez-vous de bureaux d’études maîtrisant l’art de sophistiquer les dossiers jusqu’à les rendre indéchiffrables. Quand le fait le plus anodin se présente de manière abstraite, les curieux se découragent. La science étant l’apanage des scientifiques, seul un polytechnicien sera en mesure de compter les trains d’une ligne L durant un temps t. Pour se forger un avis, les élus s’en tiendront aux conclusions de vos études sérieuses, véridiques et bien intentionnées. Inutile, en revanche, de déployer trop de subtilité pour approcher la presse régionale : c’est un allié toujours fiable, et la générosité de votre régie publicitaire sera perçue par ce secteur sinistré comme un geste en faveur de la liberté de la presse.

Lorsque vous vous estimez en mesure d’œuvrer en harmonie avec les élus et les médias, présentez le plan de financement. Le secteur français de la grande vitesse fonctionne selon un schéma avisé. Réseau ferré de France (RFF) cumule des dizaines de milliards d’euros de dettes (1). Plusieurs lignes à grande vitesse (LGV) sont déficitaires, et le réseau secondaire se détériore. Pourtant, il faut se féliciter qu’une élite mobile bénéficie des TGV. Même si l’Espagne, numéro un européen en la matière, se trouve en pleine tempête financière, l’audace commande de persister dans la construction de deux mille kilomètres de voies nouvelles, pour un budget moyen de 20 millions d’euros le kilomètre.

Pour financer ces projets à la viabilité économique plus que douteuse, il est capital d’emprunter la voie des partenariats public-privé. En obtenant la construction, la maintenance, la gestion et l’exploitation d’une infrastructure, votre maîtrise sera totale, et les collectivités publiques vous seront pieds et poings liés. Vos experts expliqueront que vos bénéfices reflètent votre patriotisme, et le fardeau des pertes publiques sera dépeint comme un moindre mal au regard des emplois — hum ! — créés.

Au vu de l’ampleur des déficits budgétaires actuels, l’enveloppe présentée (qui explosera par la suite) pourra sembler exorbitante à vos commanditaires. Afin qu’ils fassent avaler aux contribuables des pilules de plusieurs milliards d’euros, fournissez-leur des chiffres propres à enivrer les plus sceptiques. Certaines données sont à minimiser, d’autres à amplifier. C’est en spéculant sur des besoins futurs que vous hypnotiserez vos concitoyens. Multipliez les tonnes de fret de marchandises et les passagers par millions, sans hésiter à flirter avec l’absurde. Seul un avenir où vous aurez gagné pourra vous donner tort.
Si le domaine du transport ferroviaire réserve de juteux contrats, ne négligez pas l’aérien, à l’exemple du projet d’aéroport du Grand Ouest, à Notre-Dame-des-Landes. Nantes est certes pourvue d’un aéroport sous-exploité, et la région, en cul-de-sac, en accueille déjà douze. Mais c’est oublier que l’époque est à la virtualité. Car enfin, il n’est nul besoin de besoins pour faire prospérer une idée !

Evoluer avec son époque a un coût. Il est bien sûr regrettable d’ensevelir des hectares de biodiversité sous des bijoux de technologie, mais ces sacrifices sont indispensables. Avec une législation de plus en plus contraignante, vos infrastructures doivent offrir des garanties d’insertion écologique et paysagère. Il existe de nombreux artifices pour enduire acier et béton du vert HQE (haute qualité environnementale) : un musée sur l’agriculture locale, des panneaux solaires, un toit végétal…

Il vous faudra, sur ce dossier, conserver un moral à toute épreuve. Car, malgré tous vos engagements, les écologistes aboieront. Ils seront rejoints par une foule d’esprits influençables, dont l’approche naïve peut dresser un obstacle imprévu. Un retraité dans la force de l’âge se révèle parfois un adversaire opiniâtre, qui va décortiquer vos plans de manière obsessionnelle. On le déplore au Pays basque, autour du projet de LGV vers l’Espagne : un argumentaire enflammé, livré par deux trublions (2), est relayé par les réseaux alternatifs. Misez sur votre service de communication pour leur barrer l’accès aux médias de grande envergure. Evitez que la contestation ne s’étende, ne devienne emblématique ou gagne les tribunaux administratifs, au risque d’un gel des chantiers.

Une bataille de chiffres ne peut opposer que des adversaires de même catégorie. Face aux arguments amateurs, invoquez la rigueur technocratique de vos spécialistes. Avec l’ardeur des pionniers, brandissez l’intérêt national, voire international, face à la vision passéiste de vos contradicteurs. Revendiquez votre participation sincère et transparente aux concertations publiques. Compte tenu de vos soutiens politiques et médiatiques, le dialogue, mené selon les méthodes adéquates, ne devrait pas vous inquiéter.

La contre-offensive doit être graduée. Vous devrez peut-être piloter une campagne de dénigrement par voie de presse. Si vous n’étouffez pas la révolte dans l’œuf, votre lobbying devra œuvrer à la criminalisation de l’opposition à votre ouvrage. A la légitimité revendiquée par les protestataires, répondez par la légalité institutionnelle et le recours à la force publique. Et si on vous accule au bras de fer, montrez votre détermination ; vous aussi avez le droit de vous exprimer ! Au nom de l’intérêt général, assignez, inondez les protestations sous des nuages de gaz lacrymogène, distribuez les amendes par milliers et faites éventuellement interpeller à tour de bras, comme en Allemagne pour la nouvelle gare de Stuttgart. La bataille peut aussi se gagner manu militari, comme nous l’enseigne l’expérience contre le maquis radical des « No TAV » (3) du val de Suze, en Italie. Si la tournure des événements l’impose, la possibilité de décréter un chantier « zone militaire d’intérêt stratégique » n’est pas à écarter.

Certes, planifier un grand marché public s’avère de plus en plus laborieux ; mais le jeu en vaut la chandelle. Les concessions accordées par les autorités s’étalent de nos jours sur plus d’un demi-siècle. Pour votre entreprise et vos actionnaires, c’est la promesse de décennies de prospérité. D’autant que l’éventail des pyramides du futur ne cesse de s’élargir : groupes hospitaliers, centres commerciaux, quartiers d’affaires, infrastructures sportives, tours (4)... Pour paraphraser George Orwell, dont l’un des personnages déclarait : « La guerre, c’est la paix. La liberté, c’est l’esclavage. L’ignorance, c’est la force », je n’hésiterai pas à l’affirmer : l’inutile, c’est rentable !

Alain Devalpo
Journaliste. 
(1) Marc Fressoz, FGV, Faillite à grande vitesse, Le Cherche Midi, Paris, 2011.
(2) Pierre Recarte et François Tellier, Les Rails de la déraison. La très grande vitesse en Aquitaine et ailleurs, Nuvis, Paris, 2011.
(3) No treno ad alta velocità  Pas de TGV  »).
(4) Lire Thierry Paquot, «  Plus haute sera la prochaine tour  », Le Monde diplomatique, mars 2008.
Voir aussi le courrier des lecteurs dans notre édition de septembre 2012.

17 novembre 2012

Gaza, assassinats et désinformation

Par Alain Gresh
15/11/2012
Source : http://blog.mondediplo.net
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Pour comprendre l’escalade à Gaza, il faut toujours rappeler quelques données sur ce territoire (360 kilomètres carrés, plus de 1,5 million d’habitants, soit plus de 4 500 personnes par kilomètre carré — ce qui en fait un des endroits de la planète où la densité de population est la plus élevée), occupé depuis 1967 par Israël. Même si l’armée s’en est retirée, ses accès avec le monde extérieur sont toujours contrôlés par Israël ; la circulation à l’intérieur même de cette mince bande de terre est limitée et le blocus mis en place depuis des années perdure : pour les Nations unies, Gaza reste un territoire occupé.

Les données qui suivent sont fournies par le Bureau des Nations unies pour la coordination des affaires humanitaires dans les territoires palestiniens (OCHA oPt), dans un document de juin 2012 intitulé : « Five Years of Blockade : The Humanitarian Situation in the Gaza Strip » :

- C’est en juin 2007 que le gouvernement israélien a décidé d’intensifier le blocus de ce territoire, qui était déjà sévèrement « contrôlé ».
- 34 % de la population (et la moitié des jeunes) est au chômage.
- 80 % de la population dépend de l’aide alimentaire.
- Le PNB par habitant était, en 2011, 17 % en dessous de celui de 2005 (en termes constants).
- En 2011, un camion par jour sortait de Gaza avec des produits pour l’exportation, soit moins de 3 % du chiffre de 2005.

- 35 % des terres cultivables et 85 % des eaux pour la pêche sont partiellement ou totalement inaccessibles aux Gazaouis à la suite des restrictions israéliennes.
- 85 % des écoles doivent fonctionner en « double service » — un le matin, l’autre l’après-midi —, en raison de la surpopulation.

Toute guerre s’accompagne d’une propagande intense et le gouvernement israélien est passé maître dans cet art. Déjà lors de l’offensive de décembre 2008-janvier 2009, on avait assisté à un déferlement médiatique (Marie Bénilde, « Gaza : du plomb durci dans les têtes »). Des intellectuels français, dont l’inénarrable Bernard-Henri Lévy, avaient contribué à cette désinformation.

L’homme assassiné par Israël, Ahmed Jabari, était le chef de l’aile militaire du Hamas (sur cette organisation, lire « Qu’est-ce que le Hamas ? »). Nombre de médias le présentent comme « un terroriste » responsable de toutes les attaques contre Israël. La réalité est assez éloignée de ce portrait — au-delà même de l’usage du terme « terrorisme », pour le moins ambigu. Une nouvelle fois, c’est un journaliste israélien Aluf Benn qui fait remarquer (« Israel killed its subcontractor in Gaza », Haaretz, 15 novembre) :

« Ahmed Jabari était un sous-traitant, en charge du maintien de la sécurité d’Israël dans la bande de Gaza. Cette qualification paraîtra sans aucun doute absurde pour tous ceux qui, au cours des dernières heures, ont vu Jabari décrit comme un “archi-terroriste”, “le chef du personnel de la terreur” ou “notre Ben Laden”.
C’était pourtant la réalité durant ces cinq années et demi. Israël a exigé du Hamas qu’il observe la trêve dans le sud et la fasse appliquer par les nombreuses organisations armées dans la bande de Gaza. L’homme à qui avait été confiée cette tâche était Ahmed Jabari. »

Il suffit de regarder les graphiques publiés par le ministère des affaires étrangères israélien lui-même sur les tirs de roquettes (« Palestinian ceasefire violations since the end of Operation Cast Lead », 14 novembre 2012), pour se rendre compte que, de manière générale, la trêve a bien été observée. Elle a été rompue par des raids de l’armée israélienne les 7 et 8 octobre 2012, puis les 13 et 14 octobre, provoquant une escalade qui a continué sans discontinuer depuis. Et, à la veille de l’assassinat de Jabari, une trêve avait été finalisée par l’Egypte, ce que confirme le témoignage du militant de la paix Gershon Baskin, repris dans Haaretz, « Israeli peace activist : Hamas leader Jabari killed amid talks on long-term truce », 15 novembre)

Chaque escalade fait suite à des assassinats ciblés de militants palestiniens à Gaza. Ces exécutions extra-judiciaires sont une pratique ancienne du gouvernement israélien (à laquelle les Etats-Unis se sont ralliés depuis longtemps). Vous avez dit « terrorisme » ? (lire « De Gaza à Madrid, l’assassinat ciblé de Salah Shehadeh », par Sharon Weill, Le Monde diplomatique, septembre 2009).

Le scénario avait été exactement le même en 2008. Alors que la trêve était respectée du côté palestinien depuis juin 2008 (« List of Palestinian rocket attacks on Israel, 2008 », Wikipedia), c’est l’assassinat de sept militants palestiniens en novembre qui devait déboucher sur une escalade et l’opération « Plomb durci ».
Sur les violations par Israël des cessez-le-feu au cours des dernières années, on pourra lire Adam Horowitz, « Two new resources : Timeline of Israeli escalation in Gaza and Israel’s history of breaking ceasefires » (Mondoweiss, 14 novembre 2012).

D’autre part, il est difficile de parler d’un affrontement entre deux parties : les F-16 israéliens et les roquettes palestiniennes ne sont pas des armes équivalentes. Le bilan humain, depuis la trêve de janvier 2009 qui a suivi l’opération « Plomb durci », le confirme.

L’organisation israélienne de défense des droits humains B’Tselem dresse le compte des Palestiniens et des Israéliens tués à Gaza depuis le 19 janvier 2009 jusqu’au 30 septembre 2012 (« Fatalities after operation “Cast Lead” ») :
271 Palestiniens (dont 30 mineurs) contre 4 Israéliens.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes...

Un choc de compétitivité pour les actionnaires ?

Par Laurent Cordonnier
12/11/2012
Source : http://www.monde-diplomatique.fr
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Le premier ministre Jean-Marc Ayrault a annoncé, mardi 6 novembre, une réduction de la fiscalité des entreprises de l’ordre de 20 milliards d’euros par an, par l’instauration d’un « crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi ».

La mesure, adoptée à l’issue d’un séminaire gouvernemental, sera financée à parts égales par des hausses de la taxe sur la valeur ajoutée (TVA) et par des coupes supplémentaires dans les dépenses publiques. Il s’agit de la mesure phare prise par le gouvernement suite au rapport remis la veille par Louis Gallois, commissaire général à l’investissement (1).

Reprenant l’essentiel des propositions du rapport concernant les mesures destinées à améliorer la compétitivité dite « hors coût », le gouvernement a choisi de s’en écarter sensiblement concernant le volet « compétitivité coût » : ce sera une baisse d’impôt sur les bénéfices des sociétés, plutôt qu’une baisse des charges patronales. Une telle mesure suscite légitimement l’incompréhension. Elle est destinée, selon le chef de l’exécutif, à créer un « choc de confiance ». Comme le résume le journal Les Echos, c’est « un signal majeur envoyé au patronat, aux organisations internationales (FMI, OCDE...) et aux économistes, qui n’ont de cesse d’affirmer, pour la plupart, que la France fait trop porter son ajustement budgétaire sur les impôts depuis trois ans ». Un « signal » à 20 milliards d’euros, payé par l’ensemble des contribuables, pour amadouer le patronat... On est en droit de se demander si cela aura des effets tangibles en dehors du cercle magique — dont on aimerait bien connaître le périmètre et l’initiation — qui en a supposé l’incantatoire efficacité.

Une baisse des impôts sur les bénéfices des sociétés peut-elle améliorer la compétitivité des produits français (les rendre plus attractifs relativement aux produits étrangers) ? En théorie, oui. Mais à condition seulement qu’elle soit répercutée sous forme de baisse du prix des produits (pour améliorer la compétitivité prix), ou que l’impôt économisé serve aux investissements nécessaires à l’amélioration de la compétitivité hors coût : investissements privilégiant l’innovation, investissements visant à augmenter la qualité des produits, ou investissements accompagnant des réorientations stratégiques destinées à mieux positionner les produits français sur les segments de la demande mondiale en croissance — si l’économie française rencontre des problèmes de compétitivité, c’est plutôt sur ce dernier aspect qu’il faudrait aller les chercher.

La recherche-développement n’est pourtant pas la priorité des entreprises françaises, mais davantage considérée comme une variable d’ajustement, tel que le décrit un rapport récent de la Fondation Copernic et d’Attac. Lorsque leurs marges sont sous tension, comme cela a été le cas durant la période de surévaluation de l’euro, elles ont préféré sacrifier l’innovation pour continuer à augmenter les dividendes versés aux actionnaires (2).

Une baisse des impôts sur leur bénéfice sera-t-elle de nature à soulager cette tension ou encouragera-t-elle à l’inverse une utilisation rentière de cette manne ? On dispose de quelques éléments pour en juger.

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Répartition du revenu global créé par l’ensemble des entreprises
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Prélèvements publics et ponction des actionnaires sur les grandes entreprises
Source : Banque de France, base de données des comptes sociaux, novembre 2011. 
Comme le montrent ces graphiques, l’impôt sur les sociétés a déjà fortement baissé en France durant ces quinze dernières années. Dans la répartition du revenu global créé par l’ensemble des entreprises — revenu qui est la contrepartie de la richesse créée et vendue par ces mêmes entreprises — la part qui revient à l’Etat a diminué de près de quatre points. Pour les seules grandes entreprises, qui représentent plus du tiers de la valeur ajoutée produite et de l’emploi, les efforts de l’Etat ont été significatifs : la part des prélèvements sur le revenu global a baissé de 6,4 points (3). Sans pour autant que cela ait créé un « choc de compétitivité ». Le commerce extérieur de la France s’est en effet dégradé sur cette période (hors facture énergétique) de plus de 50 milliards d’euros. C’est peut-être pourquoi, en bonne logique, le gouvernement s’apprête à augmenter la dose.

La baisse des prélèvements sur les entreprises n’a cependant pas été mise en œuvre en pure perte. Elle a sans doute permis aux entreprises, qui en ont bénéficié, de verser toujours plus de dividendes à leurs actionnaires. La part du revenu global des entreprises distribuée aux actionnaires et aux associés a en effet augmenté de six points sur la même période. Avec la diminution de quatre points de la part qui rémunère le personnel (4), ce sont les seuls et véritables changements notables dans la répartition des revenus crées par les entreprises depuis quinze ans : baisse des rémunérations, baisse des prélèvements étatiques et hausse de la rente. De là à parler de vases communicants entre les baisses d’impôts et les dividendes, il y a un pas... qu’il est tout à fait tentant de franchir en l’absence de bonnes raisons de penser le contraire.

D’autant que le crédit d’impôt en question, qui est fonction de la masse salariale, arrosera sans discernement l’ensemble des entreprises françaises. N’en sont en effet pas exclues, a priori, les 2,55 millions de micro-entreprises (moins de dix salariés) qui emploient en moyenne à peine plus d’un salarié, et qui ne sont sans doute pas les champions actuels (ni futurs) de la projection du « site France » à l’étranger. Comme le note le Conseil économique, social et environnemental : « Selon les dernières données disponibles, la France compte 92 000 entreprises exportatrices (2009) et l’Allemagne 364 000 (2007), soit un rapport de un à quatre. De plus, 1 % des entreprises réalisent environ 70 % des exportations en France et 60 % en Allemagne (5). » Bref, pour 1 % des entreprises qui exportent réellement (et pour les 2 % que l’on espère demain), faut-il faire un chèque en blanc de 20 milliards d’euros aux 98 % qui n’exportent pas et n’exporteront sans doute jamais rien ?

(1) «  Pacte pour la compétitivité de l’économie française  », Rapport au premier ministre, 5 novembre 2012.
(2) «  En finir avec la compétitivité  », Attac et Fondation Copernic, octobre 2012.
(3) Au passage : la part des salariés (et du personnel extérieur) est passée de 50,5 points à 43,6.
(4) Part non transcrite sur les graphiques, pour ne pas alourdir la présentation.
(5) «  La compétitivité, enjeu d’un nouveau modèle de développement  », Conseil économique, social et environnemental, octobre 2011.

7 novembre 2012

Un tribunal citoyen pour évacuer les enfants de Fukushima

Par Pierre Fetet
Source : http://fukushima.over-blog.fr
05/12/2012

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Le 26 février à Tokyo et le 17 mars à Koriyama, se sont tenus des tribunaux de Citoyens du Monde, afin de juger l’évacuation des enfants de Fukushima. Ces verdicts de citoyens sont là pour aider le Japon à prendre la décision d’évacuer les enfants de Fukushima, afin que leur droit de vivre et d’être éduqué dans un endroit non contaminé soit respecté. La démarche est soutenue par un certain nombre d’ONG et de personnalités, telles que Noam Chomsky ou Michel Fernex. En tant que citoyen du monde, chacun peut participer à cette action internationale.
 
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Selon les données du document “Analyse de la radioactivité du sol (césium 134 et 137)”, publié le 30 août par le Ministère de l’Education Japonais, la contamination radioactive de la ville de Koriyama, où 14 enfants vont encore à l’école, atteint les niveaux représentés sur la carte ci-dessus.
 
Voici le message de l’association qui soutien cette action :
 
« Le 24 juin 2011, 14 élèves du primaire et des collégiens ont demandé une injonction temporaire, comme moyen de secours d'urgence, à la section détachée de Koriyama du Tribunal de première instance de Fukushima, exigeant des autorités municipales de Koriyama que les cours soient donnés dans un environnement dans lequel la dose annuelle reçue soit inférieure à 1 mSv.

Le but des 14 élèves était non seulement leur propre évacuation, mais aussi l'évacuation de tous les enfants qui avaient des cours dans un environnement avec un niveau dangereusement élevé de radiation. Cependant, comme ce but était difficilement atteignable d’un seul coup pour tous les enfants par un procès, les 14 ont décidé de montrer la voie en se concentrant sur leur cas et en demandant pour eux une évacuation.

Au cours du procès, une comparaison détaillée et concrète de la situation à Fukushima avec celle de Tchernobyl a été effectuée, et il a été énoncé que le cancer de la thyroïde et les maladies cardiaques trouvés chez les enfants de Tchernobyl étaient susceptibles d’apparaître aussi à Koriyama. Toutefois, le tribunal a rendu sa décision en refusant d’accéder à la demande des enfants dès le 16 décembre 2011 — le jour même où le premier ministre Noda a fait sa tendancieuse déclaration de « l'arrêt à froid ».

Cette décision revient à déclarer aux 14 enfants et tous les autres enfants de Fukushima : « On se moque de ce qui vous arrive, évacuer ou non relève de votre responsabilité »,
cela revient à abandonner les enfants de Fukushima à leur sort en violation flagrante de leurs droits humains.
Face à l’immense désastre d'origine humaine qu’est l’accident nucléaire de Fukushima, après la législature et l'administration gouvernementale, la magistrature s’est elle-même disqualifiée. A cause de cela, la vie des enfants de Fukushima est maintenant en grand danger.

Quand un Etat démocratique ne fonctionne pas, pour sortir de cette situation, ce sont les citoyens eux-mêmes qui doivent prendre les choses en main. Pour sauver les enfants, cette responsabilité fondamentale incombe à ces citoyens souverains. Le 26 février à Tokyo et le 17 mars à Koriyama, nous avons tenu  des tribunaux de Citoyens du Monde afin de rendre clair et public le jugement des citoyens partout dans le monde, avec un jury composé de citoyens du monde entier, donnant leur verdict en ce qui concerne l'évacuation des enfants.

Ces verdicts de citoyens de partout dans le monde pour le Tribunal des Citoyens du Monde, par des jugements qui montrent une conscience juste et le sens commun des citoyens du monde, influenceront le procès en cours demandant l'évacuation, aideront à sauver les enfants de Fukushima, et par là même soutiendront les tentatives des citoyens japonais de changer le Japon.

Nous appelons les citoyens de partout dans le monde à s'acquitter de leurs responsabilités fondamentales en tant que citoyens pour protéger et sauver les enfants, en participant au Tribunal des Citoyens du Monde. Nous vous remercions sincèrement pour votre attention et votre participation. » (
source)
 
 
Vous êtes citoyen du monde et désirez participer au jugement ?
Mettez-vous dans la position d'un membre du jury et exprimez votre jugement  dans cette page
 
>> Remplir les cases successives : pays, sexe, âge, votre choix pour (« in favour ») ou contre (« against ») la requête, puis terminez en mettant les raisons qui vous poussent à faire ce jugement.
 
Enfin, soumettez votre participation  en cliquant sur « submit »
 
Quand vous aurez terminé, votre jugement sera affiché sur cette autre page :
 
 
Autre moyen de soutenir la demande d’évacuation des enfants de Fukushima :
accédez à cette pétition en cliquant sur ce lien http://fukushima-syomei-f.blogspot.jp/
 
 
______________
 
Soutiens
 
   
 
Katsutaka-Idogawa2.jpgLe 30 octobre 2012, Katsutaka Idogawa, maire de Futaba, ville située à 3km de la centrale de Fukushima, est venu à Genève pour témoigner au Conseil des droits de l’homme de l’ONU contre la désinformation des autorités japonaises sur l’effet des radiations sur la population et exiger l’évacuation des enfants des zones contaminées. Il était accompagné de maître Toshio Yanagihara, avocat qui représente les 14 enfants et l’association qui les soutient dans leur procès pour obtenir cette évacuation.
 
 
 
Lors de la réunion à l’ONU, le maire de Futaba a déclaré : « Je pense que l'accident s'est produit à cause de précautions de sécurité insuffisantes et nous considérons cela comme une catastrophe d'origine humaine. (…)
 
Il ya des gens qui parlent comme si l'accident avait été contenu, mais en réalité, c'est le contraire. (…)
 
Même si nous avons eu une exposition involontaire à la radiation, nous n'avons jamais entendu aucune excuse de personne. Ce sentiment que j'ai ne s’effacera jamais, c'est un acte criminel impardonnable. » (source)
.
 
Michel-Fernex.jpg
A cette occasion, Michel Fernex s’est également exprimé, invité par deux ONG, l’association japonaise pour le droit à la liberté d'expression et l’association pour l’évacuation des enfants de Fukushima.
Celui -ci a apporté son soutien à la démarche citoyenne entreprise. Il est très préoccupé par la situation des habitants de la préfecture de Fukushima, en particulier par la contamination interne des enfants et des femmes enceintes. Il a partagé ses connaissances sur les conséquences de l’accident de Tchernobyl sur les populations européennes.
 
 
 
Noam-Chomsky.jpgMessage de soutien de Noam Chomsky (12 janvier 2012)
« C’est un privilège que de pouvoir apporter un soutien personnel au procès pour l’évacuation des enfants de Fukushima. Il n’existe pas de meilleur moyen de mesurer la santé mentale d’une société que la façon dont elle traite la tranche la plus vulnérable de sa population – et qui de plus vulnérables et précieux que ses enfants victimes d’actes inadmissibles. Pour le Japon, ainsi que pour nous tous, ceci est un test auquel nous ne pouvons pas échouer. »
 
 
_________________
 
Autres documents
 
Documents de première instance et états, etc -> ici (en anglais)
 
 
   
DSC03066.JPGA l’occasion de son passage à Genève, Katsutaka Idogawa est venu prêter main forte aux vigies d’Hippocrate
 
 

5 novembre 2012

Nigéria une émergence retardée

Source : nigeria-une-emergence-retardee

DL


Le Nigeria résume bien les paradoxes de cette nouvelle Afrique en marche, où l’ancrage dans une modernité mondialisée cohabite, parfois violemment, avec des traditions qui se vivent encore au quotidien. Ce dualisme est pourtant une source d’inspiration permanente pour le cinéma nigérian dont l’explosion créative contraste avec le rigorisme des extrémistes religieux. Le Dessous des Cartes tente de décrypter ce pays riche avec une population pauvre.

Lectures

Vie et enseignement de Tierno Bokar - Le Sage de Bandiagara
Amadou Hampâté Bâ
Seuil
Au début du XXe siècle, au coeur de l'Afrique, au Mali, la lumière de "Dieu a brillé sur un homme : Tierno Bokar", que l'on appelait le Sage de Bandiagara. Cheikh de la confrérie soufi Tidjaniya, Tierno Bokar fut une pure et haute figure non seulement de l'islam en Afrique noire, mais de la spiritualité universelle.
Sa vie est d’abord retracée dans ses lieux et dans son contexte politique et religieux, pour situer la parole et l'enseignement du Maître, qui font l'objet des deux autres parties de l'ouvrage.
Ethnicité, frontières et stabilité aux confins du Cameroun, du Nigeria et du Tchad
Saïbou Issa
L'Harmattan
Enserrée entre le Nigeria et le Tchad, la région du Logone et Chari, dans l'extrême nord du Cameroun, a été le théâtre d'affrontements sanglants et de criminalité organisée, au début des années 1990, au plus fort des soubresauts de l'ouverture démocratique. Les affrontements entre les Arabes Choa et les Kotoko ont généralement été inscrits au registre de la volonté d'affranchissement de peuples qui, tout au long de la période de centralisation du pouvoir, restaient une minorité politique, indépendamment de leur poids démographique.
L'ouvrage propose une lecture géopolitique pour cartographier les enjeux de paix, de stabilité et de sécurité aux frontières septentrionales du Cameroun. Solidarité ethnique transfrontalière, circulation des armes et des bandes armées, peur de l'islam militant, problèmes fonciers locaux et régionaux, militarisation de l'ethnie, vote identitaire, réfugiés politiques et environnementaux, coopération en matière de sécurité, données géostratégiques, etc. sont autant de thèmes qui s’imbriquent et alimentent l'analyse.
En fin de compte, le changement est venu des urnes, un changement dans le respect d'un nécessaire équilibre local, à l'heure de l'exploration pétrolière dans le Logone et Chari.

Cameroun, Nigeria, ONU - Entre la force de la palabre et la primauté du droit
André-Hubert Onana Mfege
L'Harmattan
Note de l’éditeur : « L'ONU peut être considérée comme l'artisan du différend frontalier nigéro-camerounais et de son règlement. Dans la mouvance d'une décolonisation "à la sauvette", elle s'est compromise dans la question du Cameroun septentrional au point de constituer le terreau d'un conflit qu'elle ne pourra résoudre que quarante-huit ans plus tard. »
Voici une analyse plutôt pertinente du rôle des Nations unies, s'appuyant aussi sur la palabre africaine pour trouver une solution à ce vieux litige.
Le livre existe également au format E-book ou PDF.

L'or noir du Nigeria - Pillages, ravages écologique et résistances
Xavier Montanya - traduit par Raphaël Monnard
Coédité par Agone / Survie
Note de l’éditeur : « Dans la riche zone pétrolière du delta du Niger, Shell ou Total opèrent en dehors de tout respect des droits humains. Après cinquante ans d'exploitation sauvage et de marées noires, l'air, les sols et les cours d'eau sont empoisonnés. Les nombreuses résistances, pacifiques ou armées, des populations locales privées de leurs terres et de leurs moyens de subsistance se heurtent à une sanglante répression menée par les compagnies pétrolières et l'armée nigériane. »
Pour l'écrivain nigérian Wole Soyinka, « le monde doit comprendre que le combustible qui fait fonctionner ses industries est le sang de notre peuple. » Le Nigeria, premier partenaire commercial de la France en Afrique subsaharienne, est un cas extrême mais exemplaire pour saisir l'ampleur du désastre engendré par l'extraction intensive des ressources naturelles dans les pays africains, et comprendre ses causes, ses acteurs et ses enjeux.
Le journaliste catalan Xavier Montanyà, qui a enquêté dans le delta du fleuve Niger, est aussi l'auteur des Derniers Exilés de Pinochet (Agone, 2009).
Le pétrole au Nigeria : un instrument au service de quel développement ? - Pillage, crise identitaire et résistance dans le delta du Niger
Benoît Paraut avec une préface de Damien Millet
L'Harmattan
Extrait de la présentation de l’éditeur
« La découverte de pétrole dans un champ d'Oloibiri en 1956 a suscité à l'époque les plus vives espérances au Nigeria. À la veille de l'indépendance du pays, cette ressource devait assurer le décollage économique et la stabilité politique.
Quarante années plus tard, l'exécution du militant ogoni Ken Saro-Wiwa sonne définitivement le glas du rêve "développementaliste".
Cet "assassinat juridique" révèle au monde la collaboration existant entre les compagnies pétrolières internationales et les élites politiques nationales dans le pillage des ressources du Delta du Niger. (...) Depuis les attentats du 11 septembre 2001, la recherche de pétrole en Afrique renforce ces effets destructeurs. Parler du pétrole comme d'un instrument de développement n'a donc en réalité que peu de sens. Ce concept est confondu dans l'imaginaire occidental avec l'idée de croissance économique. Mais peut-on parler de développement quand la recherche de cette croissance passe par un écocide doublé d'un ethnocide ? »

À propos des auteurs
Benoît Paraut est doctorant en science politique à l'Université de Bourgogne et membre du Credespo (Centre de recherche et d'étude en droit et science politique). Il a également participé au programme de recherche et de formation des représentants des Peuples autochtones du monde francophone organisé par l'Université de Bourgogne en collaboration avec le Haut commissariat aux droits de l'homme des Nations unies.
Damien Millet, porte-parole du CADTM France (Comité pour l'annulation de la dette du Tiers-Monde), est notamment auteur de L'Afrique sans dette (CADTM-Syllepse, 2005).

Arts du Nigeria dans les collections privées françaises
Alain Lebas, Toyin Falola, Hélène Joubert - avec les photographies de Hughes Dubois
Editeur : 5 Continents
Ce livre a fait l'objet d'une exposition qui se tient au Musée de la civilisation, du 24 octobre 2012 au 21 avril 2013, à Québec (Canada).
L’Art du Nigeria dans les collections privées françaises propose une incursion dans la riche production artistique du Nigeria à travers un choix d’œuvres toutes plus belles les unes que les autres provenant de collections privées françaises. L’exceptionnelle sélection ici présentée est le fruit du travail et de la passion du commissaire de l’exposition, Alain Lebas qui, grâce à la générosité de nombreux collectionneurs, a pu rassembler un ensemble unique de pièces magnifiques.
Des auteurs de renommée internationale ont été invités à faire découvrir le Nigeria, ses populations et leurs cultures diversifiées. Une présentation de leur univers mythologique permet de mieux saisir la nature et l’importance des pièces exposées. Puis un retour historique sur l’apparition des pièces nigérianes sur le marché de l’art en France met en perspective plus de cinquante années d’intérêt et de collection.
Finalement, quatre collectionneurs chevronnés livrent leur passion et l’émotion que suscitent en eux les œuvres d’art du Nigeria.

Dieux noirs
Daniel Lainé - avec une préface de Tobie Nathan
Arthaud
L'Afrique vit en étroite communion avec le monde visible de la terre et les forces invisibles. Cette interaction entre hommes et dieux détermine, y compris aujourd'hui, les sociétés africaines, en équilibre entre le réel et le surnaturel, le visible et l'invisible, le monde des esprits et des dieux. Sur terre, ceux qui les représentent ont un pouvoir immense. Ils sont gardiens des traditions, piliers de la société : féticheuses, prêtres, sorciers, magiciens, guérisseurs, prophètes.
Ce second livre de Daniel Lainé présente les portraits photographiques de ces hommes et femmes, lors de rituels, exorcismes, danses, pratiques magiques, souvent inaccessibles aux non-initiés, et dont beaucoup ont déjà disparu. Un voyage au cœur de l’Afrique du Sud, du Bénin, du Cameroun, du Congo, de la Côte-d'Ivoire, du Gabon, de la Gambie, du Ghana, du Mali, du Nigeria, de l’Ouganda, du Sénégal et du Togo.
À propos des auteurs
Daniel Lainé, né en 1949, devient photographe pigiste à Libération, Partir et Grands Reportages, avant d'entrer à Gamma Magazine en 1980. Il rejoint l'équipe d'Actuel de 1981 à 1993, avec une pause de six mois en 1985, lorsqu'il devient correspondant de l'AFP à Abidjan. Il a reçu le Prix de la villa Médicis hors les murs en 1988, pour son travail sur les rois africains, et le World Press Photo 91, premier prix, catégorie "People in news". II collabore aujourd'hui à de nombreux magazines.
Tobie Nathan a créé la première consultation d'ethnopsychiatrie en France. Il est l'auteur d'une trentaine d'ouvrages dont des romans à succès.
Rois d'Afrique
Daniel Lainé avec une introduction de Pierre Alexandre
Arthaud
Pour Daniel Lainé, il était temps de faire un sort au mépris que couvre l’expression : « Rois Nègres ». Il fallait montrer que les dynasties d'Afrique existent tout autant que le grand-duc du Liechtenstein ou du Luxembourg, qu'elles remontent aussi loin, jusqu'à l'époque des « Charlemagne » africains.
Daniel Lainé est un amoureux fou des mystères du continent noir. Pendant dix-huit mois, il a coursé les héritiers des dynasties. La colonisation avait rangé certains des rois africains au placard. La plupart d'entre eux n'ont plus qu'un pouvoir rituel. Beaucoup ont attendu leur intronisation en travaillant comme cadres supérieurs ou comme simples policiers. D'autres restent puissants. Et puis, quelle histoire et quelles sagas !
En introduction, Pierre Alexandre, historien et linguiste, situe et raconte l'épopée de nombreuses et puissantes dynasties, riches en hauts faits et en péripéties, de ce continent encore bien méconnu.
Un large choix des photographies de Daniel Lainé sont exposées au musée Dapper à Paris, dans le cadre de l'exposition Design en Afrique, du 10 octobre 2012 au 14 juillet 2013.

Agenda

Design en Afrique - S'asseoir, se coucher et rêver
Musée Dapper - Paris
10 octobre 2012 - 14 juillet 2013
Commissaire : Christiane Falgayrettes - Leveau
Le trône, réel ou mystique, celui des dieux et des hommes, traverse toutes les civilisations et toutes les religions, animistes et polythèistes, chrétienne et musulmane. L'ancien Dios thronous grec qui désigne le « support des cieux » c'est l'Axis Mundi en latin.
L'exposition Design en Afrique dévoile un univers voué principalement à des objets supportant le corps. Leur conception est marquée par une créativité en prise directe avec les attitudes, les mouvements, mais aussi avec les symboles de la décoration. Formes et fonctions dialoguent pour le confort des uns et le prestige des autres.
Design en Afrique, l'exposition et l'ouvrage, ne vise nullement la confrontation de l'ancien et du nouveau, mais essaie de montrer combien les besoins du quotidien stimulent depuis toujours la créativité.
L'art du design, ouvert à des pratiques – telle que l'installation – réservées jusqu'alors à d'autres modes d'expressions plastiques, favorise ainsi l'émergence d'esthétiques nouvelles qui entretiennent souvent un dialogue original avec les cultures traditionnelles.
La centaine de pièces présentées dans l'exposition fait dialoguer les objets anciens , usuels ou prestigieux, avec les réalisations des artistes et designers : Kossi Assou, Nicolas Sawalo Cissé, Issa Diabaté, Cheick Diallo, Alassane Drabo, Balthazar Faye, Iviart Izamba, Ousmane MBaye, Vincent Niamien, Antonio Pépin et Christian Ndong Menzamet et enfin Jules-Bertrand Wokam.
En une image : le fauteuil Mobutu transpose les travers qui, selon son auteur Iviart Izamba, minent les États africains. Traditionnellement, la peau de léopard constituait l’un des signes de dignité les plus courants des chefs bantu ; elle symbolisait la force et inspirait le respect.
Avec le sanguinaire Mobutu (1930-1997), tyran s’exhibant toujours en public avec sa toque en léopard, cette parure a revêtu une dimension négative. Produit de la récupération, ce fauteuil constitue une satire féroce de la société dont est issu Iviart Izamba, né en 1974 en République démocratique du Congo.
Nigeria-Arts de la vallée de la Bénoué
Musée du quai Branly - Paris
13 Novembre 2012 au 27 janvier 2013
Nigeria, Arts de la vallée de la Bénoué est la première exposition à présenter une vision exhaustive des arts des nombreux peuples qui habitent la région du Nigeria, définie par la grande rivière Bénoué, l’affluent le plus important du Niger, qui mesure 1 050 km de long.
L’exposition propose un voyage spectaculaire sur la rivière Bénoué à travers la présentation des principaux courants artistiques de la région et des vingt-cinq groupes ethniques établis sur ses rives.
Elle réunit une sélection de près de 150 objets – sculptures et masques essentiellement en bois, céramique et métal en provenance d’institutions publiques et de collections privées des États-Unis et d’Europe – invitant à découvrir les œuvres d’art de cette région rarement montrées au public et peu étudiées.
Remontant le cours de la rivière sur les pas des premiers explorateurs, l’exposition replace les objets dans un contexte géographique et explore leur histoire ainsi que les connexions entre les œuvres des différentes régions de la vallée.
Commissaires :
Marla C. Berns, Shirley and Ralph Shapiro Director, Fowler Museum, University of California, Los Angeles
Hélène Joubert, conservateur en chef du patrimoine, responsable des collections Afrique du musée du quai Branly
Commissaires adjoints : Sidney Kasfir et Richard Fardon
Scénographie : Nathalie Crinière, Agence NC

Le Désert De Tous Les Dangers


DL 

Des couples non mariés flagellés en public, des voleurs amputés de la main ou du pied : de Gao à Tombouctou, le Nord du Mali est dominé depuis six mois par des milices islamistes qui imposent leur loi. Une zone dans la tourmente où sont toujours détenus 6 otages français. C'est aussi une zone stratégique pour la France puisqu'une partie de l'uranium qui permet à nos centrales nucléaires de produire de l'électricité provient des mines d'Arlit, situées à 300 km de là, côté Niger.

C'est dans cette région, aujourd'hui interdite à tout occidental, qu'une équipe d'Enquête Exclusive a pu pénétrer pour réaliser un document exceptionnel. Qui sont les nouveaux maîtres du Nord Mali ? Certains, formés dans les lycées francophones de la région, ont versé dans le trafic de cocaïne avant de prendre les armes et de rallier AQMI, Al Qaeda au Maghreb Islamique. Nous avons pu suivre leur conquête du pouvoir et leur application parfois sanglante de la Charia.

Alors que les négociations se poursuivent pour libérer les otages français, 4 salariés d´Areva qui travaillaient sur les mines d'uranium à Arlit au Niger, nous avons pu filmer pour la première fois depuis leur enlèvement la vie sous tension des expatriés français qui continuent à exploiter ces sites miniers. Sécurité maximum pour une zone à haut risque. Les otages occidentaux sont aujourd'hui un moyen de pression mais aussi une source de revenus pour les factions qui se disputent le contrôle de la région. Nous avons pu suivre heure par heure la libération d'une otage suisse.

Bernard de La Villardière a rencontré Cheick Modibo Diarra, l'actuel Premier ministre malien, qui délivre des informations sur les six otages français...

Enquête au coeur de la poudrière du Sahel : un nouvel Afghanistan aux portes de l'Europe.

Un document de Stéphane Rodriguez et Hervé Bouchaud, production Sable Rouge.

Reportage : Nigéria , Etats-Unis/Mexique , Pennsylvanie

Source : http://videos.arte.tv


DL


Nigéria : l'éternelle marée noire

Pour la première fois aux Pays-Bas, une multinationale est assignée devant les tribunaux pour répondre de dommages créés par une de ses filiales à l'étranger.
Le géant pétrolier Shell comparaît devant un tribunal néerlandais pour des accusations de pollution dans le Delta du Niger.

C'est l'une des plus grandes catastrophes écologiques au monde.

Depuis plus d’un demi-siècle, une marée noire perpétuelle souille le delta du Niger. Une histoire qui a commencé en 1956 quand Shell, la compagnie historique, ouvrait son premier puits à Oloibiri.

Depuis, chaque année, l'équivalent d'un Exxon-Valdez, ce tanker de 180.000 tonnes échoué sur les côtes d'Alaska en 1989, se déverserait dans la mangrove. Résultat : un environnement dévasté, des populations locales incapables d'assurer leur subsistance et une rébellion qui menace la stabilité de la région.

A qui la faute ? Les écologistes dénoncent le laxisme des compagnies pétrolières et les avaries à répétition. Shell, Total, Agip, Chevron et les autres estiment que l'immense majorité des marées noires est due à des actes de sabotage sur les pipelines qui traversent le delta. Dans ce débat, le gouvernement ferme les yeux et se contente de toucher sa rente pétrolière qui assure 80% des revenus du pays.

La situation est telle que des groupes armés se sont formés pour réclamer une meilleure répartition des richesses. Kidnappings à la chaîne, sabotages à grande échelle, conflit ouvert avec l'armée…

Les habitants du delta sont pris entre deux feux et ne reçoivent de l'or noir que les fuites et les pollutions. Des villages entiers voient leur terre et leur mode de vie dévastés. Ils attendent souvent en vain des compensations que les compagnies pétrolières ne versent pas ou si peu.

Quel contraste avec le Golfe du Mexique où l'administration Obama et la pression internationale ont obligé BP à verser 20 milliards de dollars aux sinistrés ! Mais le delta du Niger n'est pas la Louisiane, l'Afrique n'est pas l'Amérique…

Le pétrole était une chance pour le Nigéria, il est devenu au fil des ans une véritable malédiction.




Etats-Unis/Mexique : la frontière familiale

Quand le policier l’a arrêtée, Juanita n’avait pas payé son ticket de parking, elle n’avait pas de titre de séjour non plus, mais elle avait sept enfants qui l’attendaient à la maison.

Juanita a été arrêtée et expulsée des Etats-Unis comme le sont 400 000 travailleurs mexicains chaque année.
Chaque matin, l’autobus qui arrive de Tucson en Arizona à Nogales au Mexique débarque son lot d’ « indocumentados », les sans-papiers expulsés. Des hommes, des femmes qui ont tout perdu, leur maison, leur travail, leur rêve et parfois même leurs enfants…

C’est une histoire de fou. Ces hommes, ces femmes sont Mexicains. Ils vivaient clandestinement aux Etats-Unis, parfois depuis des années. Leurs enfants, eux, sont nés aux Etats-Unis. Ils sont donc citoyens américains. Alors, quand les parents « sans-papiers » se font arrêter pour une simple infraction au code de la route, la police les expulse et leurs enfants « américains » sont confiés à l’administration américaine.

La plupart d’entre eux ne reverront plus jamais leurs parents. Certains seront déclarés « adoptables » par des familles américaines. Et c’est ainsi qu’aujourd’hui le mur qui sépare le Mexique des Etats-Unis déchire plus d’un millier de familles mexicaines.

A Tucson, où la lutte contre l’immigration sauvage est un bon thème de campagne électorale, les femmes mexicaines s’organisent pour lutter contre la peur et résister à la pression psychologique de l’administration américaine.

Selon les statistiques, d’ici 2017, 15 000 enfants mexicains nés aux Etats-Unis pourraient ainsi être séparés de leurs parents. Simple monstruosité administrative ou effet pervers d’une mondialisation qui garantit la libre circulation des marchandises, mais pas celle des familles.


Pennsylvanie : plein gaz sur la présidentielle

En Pennsylvanie, comme dans tous les Etats-Unis, à quelques jours de l’élection présidentielle, le 6 novembre prochain, l’économie est la préoccupation numéro un des électeurs. Qu’elle est loin, l’élection de 2008, où Barack Obama s’était distingué de son adversaire en promettant beaucoup pour défendre l’environnement.

Depuis la découverte du premier puits de pétrole en 1859, la Pennsylvanie est un haut-lieu de l’énergie aux Etats-Unis. Aujourd’hui, l’exploitation du gaz de schiste y est en pleine expansion. Dans une Amérique en crise, qui ne pense qu’à sauver des emplois, l’état de la planète ne semble plus vraiment à l’ordre du jour. Oubliés, Al Gore et son constant alarmant.

Découvert il y a moins de 10 ans en Pennsylvanie, le gisement de Marcellus constitue l’une des plus grandes réserves de gaz souterraine. Une alternative au pétrole qui permet aux Américains de continuer à consommer toujours autant, en toute indépendance énergétique.

Le phénomène a pris une ampleur spectaculaire. Des millions de dollars ont été investis dans des coins perdus. 4500 puits ont déjà été forés. Un énorme business qui a offert à une population, fermiers depuis plusieurs générations, l’opportunité de louer leurs terres pour l’exploitation du pétrole de schiste.
Pourtant, la nouvelle technique de fracturation hydraulique de la roche qui permet de forer à 2300 mètres de profondeur comporte bien des risques : des sols transformés en gruyère, des eaux polluées et la menace de tremblements de terre.

Malgré cela, la Pennsylvanie se prend à rêver d'une folle prospérité. Les opposants au « fracking » ne pèseront pas lourd face à la promesse d’un nouvel eldorado.

(France, 2012, 52mn)
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