11 février 2012

Les coupeurs de tête modernes

Par Manlio Dinucci
Le 11 février 2012 
pour  http://www.mondialisation.ca

Comme don emblématique de l’"amitié italo-libyenne" rénovée, par l’opération des nouveaux gouvernements des deux pays, le premier ministre Mario Monti a rapporté en Libye la tête de Domitille, que quelqu’un avait volé il y a vingt ans en décapitant une statue antique. En matière de têtes coupées, Mario Monti en effet s’y entend.  Avant de recevoir du président Napolitano la charge de chef de gouvernement, il a fait partie pendant des années de la banque étasunienne Goldman Sachs, une des plus grandes banques du monde, dont les spéculations (parmi lesquelles l’arnaque des crédits subprime) ont provoqué des coupes dans les postes de travail et les vies humaines (à la suite de l’augmentation des prix internationaux des céréales).

En tant que consultant international, il était, selon Le Monde,  « "ouvreur de portes", chargé de pénétrer au coeur du pouvoir européen pour défendre les intérêts de la banque d'affaires » [1]. Intérêts non seulement économiques mais politiques : les plus grands actionnaires de cette banque font partie de l’omnipotente élite financière, organisée en véritable gouvernement ombre transnational, dans les salons duquel se décident non seulement les grandes opérations spéculatives, comme l’attaque contre l’euro, mais aussi celles visant à substituer un gouvernement par un autre plus utile.

C’est dans ces salons secrets qu’il a été décidé de faire tomber politiquement la tête de Berlusconi : un affairiste très utile pour le démantèlement de la chose publique et les « libéralisations », qui s’est cependant fait mal voir à cause de ses accords économiques avec la Libye de Kadhafi et la Russie de Poutine. Devenu encore plus incommode quand, comme le révèle le Washington Post, il s’est mis dans une grande colère à cause du coup joué par la France le 19 mars, d’attaquer la Libye, la première : Berlusconi menaçant alors d’enlever aux alliés l’usage des bases italiennes. Rappelé par H. Clinton, il est rentré dans les rangs et l’Italie, une fois le traité de non-agression avec la Libye déchiré, a joué son rôle dans la guerre « avec honneur ». Ceci n’a cependant pas sauvé Berlusconi : abandonné et tourné en dérision par les alliés, il a dû lui-même mettre la tête sur la guillotine quand, sous la gestion du gouvernement ombre transnational, les « marchés » ont menacé de faire écrouler son empire économique.

Et c’est dans ces salons secrets qu’on a décidé de faire tomber la tête de Kadhafi, matériellement, en démolissant l’état qu’il avait construit et en l’assassinant. Ce n’est pas par hasard que la guerre a commencé par l’assaut aux fonds souverains, au moins 170 milliards de dollars que l’État libyen avait  investi à l’étranger, grâce aux revenus de l’export pétrolier qui affluaient pour leur plus grande part dans les caisses de l’État, en laissant des marges restreintes aux compagnies étrangères. Fonds de plus en plus investis en Afrique, pour développer les organismes financiers de l’Union africaine (la Banque d’investissement, le Fonds monétaire et la Banque centrale) et créer le dinar d’or en concurrence au dollar. Projet démantelé avec la guerre décidée, avant les gouvernements officiels, par le gouvernement ombre dont fait partie Goldman Sachs, dans laquelle aujourd’hui n’a formellement plus aucune charge ce Mario Monti qui, en habit de chef du gouvernement italien, a débarqué à Tripoli, accompagné par l’amiral Di Paola, aujourd’hui ministre italien de la défense, lequel, comme président du Comité militaire de l’OTAN, a joué un rôle fondamental dans la guerre contre la Libye.

Ils ont apporté en cadeau la tête de Domitille à un « gouvernement » créé artificiellement par l’OTAN, avec le devoir de couper (matériellement) les têtes de ceux qui veulent une Libye indépendante du nouveau colonialisme.


Edition de mardi 24 janvier 2012 de il manifesto
Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

Note

Manlio Dinucci est un collaborateur régulier de Mondialisation.ca.  Articles de Manlio Dinucci publiés par Mondialisation.ca

LA MONDIALISATION DES MALADIES


LA MONDIALISATION DES MALADIES

Direct Link : DF , MF , BF


En modifiant de nombreux paramètres dans l’économie, l’urbanisation, les transports et l’alimentation, la mondialisation affecte également la santé. Au début du XXIe siècle, de nouvelles problématiques sanitaires se répandent dans le monde, brouillant les frontières que l’on croyait nettes entre pays riches et pays en développement.



Lectures

Santé internationale - Les enjeux de santé au Sud
Sous la direction de Dominique Kerouedan Presses de Sciences Po
La santé est désormais un sujet éminemment politique, abordé au plus haut niveau des instances nationales, européennes et internationales, publiques, parlementaires et privées.
Qu'ils œuvrent à l'échelle mondiale dans le domaine de la politique économique, du droit, de la sécurité, du développement, de l'environnement, ou du secteur privé industriel et commercial, les dirigeants de demain seront confrontés à des défis majeurs en lien avec la santé.
Sensibiliser tous ces acteurs, partager les connaissances dont ils auront besoin pour travailler de manière légitime et crédible avec les professionnels de santé sur le terrain, quels que soient leurs métiers, tel est l'objectif de ce premier opus de "Santé internationale".
"Santé internationale" dresse un panorama des enjeux de santé au Sud en quatre volets :
- les considérables enjeux contemporains de la santé dans les pays en développement ;
- l'évolution historique des systèmes de santé tels qu'ils se sont construits ces trente dernières années, en Afrique notamment ;
- l'état des connaissances sur l'efficacité des politiques, des stratégies et des instruments de financement de l'aide au développement ;
- les contributions de la recherche en sciences sociales au service de décisions solidement fondées, adaptées et pertinentes.
Son ambition est de devenir à la fois :
- un support pédagogique aux enseignements de la santé mondiale dans les universités ;
- un outil de connaissance sur les grands enjeux auxquels les pays en développement sont confrontés, utile aux milieux universitaires autant que professionnels, administratifs et politiques.
Pourront s'en emparer les étudiants comme les enseignants des IEP, des grandes écoles, des universités de sciences humaines et sociales, des écoles de management, tout autant que des écoles de médecine et des écoles de santé publique.
Dominique Kerouedan est docteur en médecine, en épidémiologie et santé publique, licenciée en droit. Elle travaille dans les domaines de l'aide au développement sanitaire des pays du Sud et de l'évaluation des politiques et des stratégies de santé mondiale. Elle est maître de conférences et coordonne les enseignements de la mineure "Global Health" à la Paris School of International Affairs de Sciences Po.
CARTO N°8
Areion
"Carto n°8" est consacré à Séoul, avec un sujet sur la géo-économie des médicaments.
Décrite comme une petite localité paysanne au début du XXe siècle, Séoul est aujourd’hui la métropole émergente d’Asie par excellence, symbole de la mondialisation dans laquelle s’est inscrit le développement sud-coréen. S’il s’agit d’expliquer la géographie sociale, économique et humaine d’une mégapole, parler de Séoul oblige également à réfléchir sur le développement urbain des villes.
Quel rôle jouent-elles dans le monde ?
Ont-elles dépassé les États et deviennent-elles des actrices à part entière des relations internationales ?
Dans le cas de Séoul, il ne faut pas oublier la proche DMZ, zone démilitarisée qui sépare depuis 1953 les deux Corée et depuis laquelle deux systèmes, l’un démocratique, l’autre dictatorial, s’observent tout en s’ignorant.
Cet avenir encore incertain qui domine la péninsule coréenne, plus d’un demi-siècle après la fin de la guerre froide, se retrouve dans plusieurs sujets d’actualité traités dans ce numéro de Carto, dossier mené par Valérie Gelézeau.
Et aussi au sommaire :
l’actualité vue par les cartes dont la rubrique "Enjeux internationaux" propose une carte détachable avec pour thème "Médicaments : entre santé et trafics" ; « L’œil du cartographe » proposé par Cécile Marin ; la rubrique "Histoire", dans laquelle notamment Jean-Yves Sarazin nous invite à un "Retour sur les crues de la Seine à Paris, entre inquiétudes et vrais risques".
Éléments pour une éthique de la vulnérabilité - Les hommes, les animaux, la nature
Corine Pelluchon Cerf - Collection : humanités
Si nous ne voulons pas que l'écologie se réduise à des déclarations d'intention, des changements dans nos styles de vie sont nécessaires.
La question est de savoir quelle éthique et quelles transformations de la démocratie peuvent rendre possible la prise en compte de l'écologie dans notre vie.
Reliant des champs de l'éthique appliquée, qui d'ordinaire sont étudiés séparément – la culture et l'agriculture, le rapport aux animaux, l'organisation du travail et l'intégration des personnes en situation de handicap –, cette enquête élabore un concept rigoureux de responsabilité susceptible de promouvoir une autre manière de penser le sujet et une autre organisation politique.
Loin de fonder la politique sur l'écologie, il s'agit de montrer que celle-ci ne peut être prise au sérieux qu'au sein d'un humanisme rénové.
Cet ouvrage fait suite à "L'autonomie brisée. Bioéthique et philosophie" édité chez PUF, en 2009.

Guatemala : Le travail des enfants dans les champs de cannes à sucre

Ecrit par Juliana Rincón Parra · Traduit par Valentin Bomski



L'enquête récente faite par des journalistes de Plaza Publica au Guatemala a révélée comment les autorités gouvernementales,bien qu'elles aient juridiquement interdit le travail des enfants, autorisent les enfants de moins de 14 ans à travailler dans des champs de cannes à sucre, un travail physiquement exigeant et dangereux.

Morceaux de canne à sucre photo de Chris McBrien CCBy
Dans l'article Travail infantil et exploitation du sucre au Guatemalala, Alberto Arce et Martín Rodríguez Pellecer expliquent comment les enfants travaillent dans les champs de cannes à sucre où ils sont payés à la quantité coupée. Alors que la plupart des travailleurs adultes coupent deux à trois tonnes, ils n'atteignent même pas le salaire minimum,(équivalent à environ 7,50 USD en monnaie locale) par jour. Une des familles interrogées,où le père travaille avec ses deux fils, l'un de 12 ans et l'autre de 13, ne gagne pas le salaire minimum à eux trois.
Para llegar al salario mínimo, con un salario de Q20 por tonelada es necesario superar las tres toneladas diarias. Para el finquero, la media normal que un cortador puede extraer es de seis toneladas. Los cortadores dicen que a partir de dos o tres es inhumano.
Pour atteindre le salaire minimum, avec un salaire de 20 Q  par tonne, il est nécessaire de couper plus de trois tonnes par jour. Pour le propriétaire de la plantation, la quantité ‘normale' qu'un coupeur peut extraire est de 6 tonnes. Les coupeurs disent qu'a plus de 2 ou 3 tonnes, c'est inhumain.

Plantation Flamenco, photo de Alberto Arce, CC BY
Voici la courte vidéo qu'ils ont tournée quand ils sont allés dans une plantation de cannes à sucre pour prendre des photos à l'aide d'une antique caméra en bois. Extrait de l'article:
Plaza Pública ingresó sin pedir permiso a la propiedad privada de Kuhsiek para hacer unas fotografías artísticas sobre trabajadores de la caña. En ese momento, no se sabía quién era el dueño de la finca. Ya dentro se descubrió el trabajo infantil. Allí, en una conversación informal entre el empresario agrícola, uno de los reporteros que escriben esta nota y el fotógrafo Rodrigo Abd, se acordó una entrevista formal en su oficina de la capital.
Plaza Pública s'est rendue dans la plantation sans demander l'autorisation à l’administration de la propriété privée des Kuhsiek, pour prendre quelques photographies artistiques des coupeurs de canne. A ce moment, on ne savait pas qui était le propriétaire de la plantation. Une fois dedans, le travail des enfants a été découvert. Là, au cours d'un entretien informel avec l'entrepreneur agricole, l'un des journalistes qui a écrit cet article et le photographe Rodrigo Abd ont convenu d'une entrevue officielle dans le bureau dont il dispose dans la capitale.
La plus grande ironie est peut-être que le propriétaire de la plantation de Flamenco n'est autre que Otto Kuhsiek, le président de la Chambre d'Agriculture du Guatemala. Dans l'interview, il n'a pas nié que les enfants peuvent aller dans les champs, mais a affirmé qu'ils ne travaillent pas réellement là :
El presidente de la Cámara del Agro se define como una persona que trata de cumplir con la Ley: “No conozco las edades de los niños que se encontraban en mi finca, que estaban, en todo caso, en su período vacacional. Usted vio que había una escuela en frente de donde estaban. Y esos niños no son trabajadores, sino que vienen acompañando a sus padres. Son sus ayudantes (…) .



Le président de la Chambre d'Agriculture se définit comme une personne respectueuse des lois : “Je ne connais pas l'âge des enfants rencontrés dans ma ferme, en tout cas pas celui des enfants pendant la saison des vacances.Je ne sais pas si vous avez remarqué, mais il y a une école en face d'où ils étaient. Et ces enfants ne sont pas là en tant que travailleurs, ils accompagnent leurs parents,ils les aident.”
Il a poursuivi en expliquant que les travailleurs ne sont pas exploités parce qu'ils sont libres de partir quand ils sont fatigués. Cependant, les journalistes soulignent que les travailleurs peuvent encore être vus dans les champs après à 5 h  parce qu'ils sont payés pour ce qu'ils peuvent couper, ils peuvent être forcés a choisir entre nourrir leurs familles ou se reposer.
Sur Twitter, sous le hashtag #11deazucar, la journaliste guatémaltèque Alejandra Gutierrez essaye d'attirer l'attention sur leurs responsabilités dans le sort des enfants :
¿Los cañeros? ¿los azucareros? ¿los compradores? ¿los padres? ¿el Estado? La tragedia es que esos niños tengan que trabajar. #11deazucar
Les coupeurs de canne à sucre ? les travailleurs du sucre ? les acheteurs ? les parents ? l'Etat ? La tragédie est que ces enfants doivent travailler. #11deazucar
Le travail infantile dans les champs de cannes a sucre n'est pas nouveau : en 2007 , cette vidéo montrant des images de travailleurs de canne à sucre au Guatemala, dont des enfants, a été envoyée sur YouTube.
L'industrie du sucre au Guatemala a l'une des plus fortes croissances et remporte l'un des plus gros succès économique du pays mais cette croissance et cette richesse ne profite pas à la population plus loin dans la chaîne. En fait, Asazgua, la fédération du sucre, qui réunit les 13 usines de transformation du sucre au Guatemala, , garantit un salaire minimum uniquement à ceux qui travaillent dans la transformation du sucre, et non pas à ceux qui le coupe, et estime que les problèmes exposés par les travailleurs de la canne ne sont ni des des problèmes de travail des enfants ni leur problème tout court car ils sont que des coupeurs, et pas des travailleurs du sucre : Ils ne font pas partie d'Asazgua, ce n'est pas à eux d'empêcher ce qui se passe.

A Flamenco,Photo de Alberto Arce, CC BY
Dans l'article de Plaza Publica, Arce et Rodrguez racontent comment les propriétaires de plantations et Asazgua se présentent comme des victimes, affirment que le travail des enfants dans les plantations est le choix des agriculteurs, et que ne pas autoriser les enfants à travailler dans les champs pourrait conduire des agriculteurs ou leurs enfants à brûler les récoltes et à saboter la production.
L'article et l'enquête ont eu des résultats, mais malheureusement, pas ceux espérés. Le journaliste Alberto Arce a posté sur  twitter que, bien que l'exploitation Finca Flamenco ait cessé ses activités à la suite de l'article sur le sucre dans @ PlazaPublicaGT, des coupeurs de canne ont perdu leur emploi à Retalhuleu.

28 janvier 2012

Des SMS furtifs sur vos portables

Par  
Le 26 janvier 2012
pour http://owni.fr

Les services de sécurité envoient des milliers de SMS furtifs pour localiser des personnes et réactiver leur téléphone à distance. Une technologie jusque-là méconnue, et pas vraiment encadrée par le droit. L'affaire fait grand bruit chez les experts allemands, avec lesquels nous nous sommes entretenus. En France, plusieurs acteurs nous ont concédé, du bout des lèvres, que ce procédé était également utilisé.



C’est une question au gouvernement qui nous a mis la puce à l’oreille. En juin 2011, Colette Giudicelli, sénatrice des Alpes Maritimes, écrit à Claude Guéant, ministre de l’intérieur :
Plusieurs services de police judiciaire et de renseignement étrangers utilisent des SMS furtifs pour localiser des suspects ou des personnes disparues : cette méthode consiste à envoyer vers le téléphone portable de ce suspect un SMS qui passe inaperçu et renvoie un signal à l’émetteur du message. Mme Colette Giudicelli aimerait savoir si cette procédure est déjà utilisée en France.
Sept mois plus tard, toujours pas de réponse du gouvernement. Le sujet aurait pu tomber aux oubliettes s’il n’y avait eu, fin décembre, la 28ème édition du Chaos Communication Congress, à Berlin. Lors de cette conférence de hackers, le chercheur Karsten Nohl expert en sécurité de mobiles lance : “En Allemagne, la police a envoyé en 2010 des milliers de SMS furtifs pour localiser des suspects.”
Également connu sous le nom de Flash-SMS, le SMS furtif obéit au principe du signal aller-retour que l’on ne voit pas, ou du “ping” dans le jargon des informaticiens. Les développeurs de la société Silent Services, à l’origine d’un des premiers logiciels permettant d’envoyer ce genre de SMS, expliquent :
Les SMS furtifs vous permettent d’envoyer un message à un autre portable à l’insu de son propriétaire. Le message est rejeté sur le téléphone de ce dernier et il n’existe aucune trace. Vous obtenez, en retour, un message de l’opérateur vous attestant que votre message a été reçu.

Techniquement, les SMS furtifs, ou “silent SMS“, serviraient donc à savoir si une personne a allumé son portable et permettraient aux opérateurs de “tester” les réseaux, sans gêner les usagers. Mais une toute autre utilisation en est faite par les services de renseignement et la police. Contacté par OWNI, Neil Croft, diplômé du département des sciences informatiques de l’Université de Pretoria, en Afrique du Sud, explique :
Envoyer un SMS furtif, c’est comme envoyer un SMS normal, sauf que le mobile ne voit pas le message qu’il a reçu. Les informations du SMS sont modifiées, dans le programme de codage des données, pour que l’utilisateur qui le reçoit ne s’aperçoive de rien. Un SMS furtif peut aider les services de police à détecter un mobile sans que la personne concernée soit au courant de la requête.
Pour trafiquer les informations du SMS et le rendre silencieux, les services de sécurité passent par une passerelle SMS, comme Jataayu SMS gateway, qui permet d’interconnecter les systèmes GSM et informatique. Neil Croft, désormais président d’une société de marketing par SMS, nous explique :
Ces SMS furtifs sont aussi utilisés par certains hackers pour mener des attaques dites “de déni de service” (DDOS). Le résultat, c’est une batterie qui se décharge anormalement vite, et l’impossibilité de recevoir des appels. Un tel procédé ne coûte pas cher : on peut envoyer un SMS furtif par seconde pendant une heure pour environ 36 euros.
Ce procédé d’envoi en masse apparaît largement utilisé par les services. En novembre 2011, Anna Conrad, du parti Die Linke (La Gauche), pose une question écrite au Landtag de Rhénanie du Nord-Westphalie, à propos de l’usage par la police allemande de SMS furtifs, ou “Stille SMS”. Réponse du Parlement local : en 2010, le Land a mené 778 enquêtes et envoyé 256 000 SMS furtifs. Mais pour Mathias Monroy, journaliste à Heise online ces technologies de surveillance profitent surtout d’un vide juridique :
C’est très problématique pour la vie privée, parce que juridiquement, on ne sait pas si les SMS furtifs sont ou non une communication (…) Le Land a considéré que ce n’en était pas une, puisqu’il n’y a aucun contenu. C’est pratique, car s’il ne s’agit pas d’une communication, cela ne rentre pas dans le cadre de l’inviolabilité des télécommunications de l’article 10 de la Constitution allemande.
Mais le 6 décembre, suite à une question d’un député de gauche, Andrej Hunko, sur l’utilisation des SMS furtifs par la police allemande, le ministre de l’intérieur a joué le jeu de la transparence. Au total, ces dernières années, les services de police et de renseignement allemands auront envoyé une moyenne de 440 000 SMS furtifs en un an.
Après chaque SMS envoyé, le lien était fait avec Vodafone, E-Plus, O2 et T-Mobile, les quatre opérateurs de téléphonie mobile, afin d’accéder aux informations de communication des personnes surveillées. Pour agréger les données brutes fournies par les opérateurs, la police allemande utilise les logiciels Koyote et rsCase, fournis par Rola Security Solutions, une société qui élabore des “solutions logicielles pour la police” depuis 1983.

Souriez, vous êtes pistés

 

Le journaliste spécialisé Mathias Monroy s’inquiète d’une utilisation croissante de ces technologies de surveillance. Car les SMS furtifs permettent de connaître très finement la position des personnes espionnées. Cette localisation utilise le réseau GSM, comme nous l’explique Karsten Nohl :
On peut localiser un utilisateur en repérant les trois antennes relais les plus proches de son mobile, puis en déduisant, par triangulation, la distance d’après la vitesse que met un signal [comme un SMS furtif, NDLR] à faire un aller-retour.Un téléphone mobile met à jour sa présence sur le réseau régulièrement, mais quand la personne se déplace, l’information n’est pas mise à jour tout de suite. En envoyant un SMS furtif, la localisation du mobile est instantanément mise à jour. C’est très pratique, parce que cela permet de localiser quelqu’un à un instant T, en fonction des ondes.


Un SMS furtif sert notamment (mais pas seulement) à affiner la position dans le temps, en forçant la mise à jour d’un mobile. Une technique bien plus efficace qu’une simple localisation cellulaire (Cell-ID). Contacté par OWNI, François-Bernard Huyghes, chercheur à l’IRIS, commente l’utilisation de ces SMS furtifs :
C’est la seule méthode immédiate et pratique pour suivre constamment un mobile hors des périodes d’utilisation. On parle alors de géopositionnement et non plus de géolocalisation. Après cela, soit les policiers suivent l’information via les opérateurs, soit des sociétés privées traitent les données et, par exemple renvoient à l’enquêteur une carte où apparaissent les déplacements du téléphone surveillé en temps réel.
Les bénéfices des SMS furtifs ne s’arrêtent pas là : en envoyant un grand nombre de ces SMS les services de sécurité peuvent aussi perturber le mobile, ou réactiver ses signaux à distance ou encore décharger sa batterie. Un porte-parole du ministère de l’Intérieur Allemand explique à OWNI :
La police et les services de renseignement allemands utilisent les SMS furtifs pour réactiver des mobiles inactifs et améliorer la géolocalisation d’un suspect, par exemple quand celui-ci se déplace lors d’une entrevue. Les SMS furtifs sont un outil précieux d’investigation, qui est utilisé uniquement dans le cadre d’une surveillance des télécommunications ordonnée par le juge, dans un cas précis, sans jamais violer le droit fondamental à la protection de la vie privée.

 

Réactiver à distance

 

En France, la police et les services de renseignement travaillent notamment avec Deveryware, un “opérateur de géolocalisation”, qui vend également aux entreprises un service de “géopointage” de leurs salariés, le Geohub, accessible via une base de donnée baptisée DeveryLoc.
Pour alimenter son Geohub, Deveryware combine la localisation cellulaire, le GPS, ainsi que d’autres techniques de “localisation en temps réel”. Quand on demande à la société si les SMS furtifs font partie de ces techniques, réponse évasive :
Nous sommes au regret de ne pouvoir répondre, vu le caractère confidentiel imposé par les réquisitions judiciaires.
Les applications de Deveryware permettent aux enquêteurs de cartographier les déplacements d’un suspect et d’en avoir un historique. Interrogé par OWNI, Laurent Ysern, responsable investigation pour SGP Police, constate :
Tous les services d’investigation ont accès à la plateforme de Deveryware. Grâce à ce système, on peut suivre une personne sans être obligé d’être derrière elle. Pas besoin de filatures, donc moins de fonctionnaires et de matériel à mobiliser.
Alors qu’en Allemagne, le ministère de l’Intérieur répond dans les 48 heures, en France, étrange silence. Unique réponse, provenant du Service d’information et de communication de la police nationale :
Malheureusement, personne à la PJ ou à la sécurité publique ne veut communiquer sur le sujet, ce sont des techniques d’enquête…
Même silence chez les opérateurs, SFR et Bouygues Telecom. Sébastien Crozier, délégué syndical CFE-CGC-Unsa chez France Télécom-Orange, lance :
Les opérateurs collaborent toujours avec la police, c’est une obligation de service public : ils agissent sur réquisition judiciaire, tout comme pour les requêtes de fadettes. Il n’y a pas de méthode absolue, l’envoi de SMS est une partie des méthodes utilisées pour géolocaliser un utilisateur. On utilise surtout cette technique pour “réactiver” le téléphone : le réseau va se mettre en situation active.


En France, d’ici à 2013, l’utilisation de ces procédés de surveillance entreront dans une phase industrielle. Le ministère de la Justice mettra sur place, avec le concours de la société d’armement Thales, une nouvelle plateforme nationale des interceptions judiciaires (PNIJ), qui devrait permettre de centraliser l’ensemble des interceptions judiciaires, autrement dit les écoutes, mais aussi les réquisitions telles que les demandes de localisation cellulaire. Sébastien Crozier remarque :
Cette interface entre officiers de police judiciaire et opérateurs permettra de rationaliser les frais de justice, de réduire les coûts de traitement de moitié, parce que jusqu’ici, les réquisitions sont gérées commissariat par commissariat… Il y aura encore plus de demandes, mais ça sera moins coûteux pour les opérateurs comme pour la police.


Couverture, Illustrations et photos sous licences Creatives Commons via Flickr par Nicolas Nova ; Arlo Bates ; Keoshi ; Luciano Belviso ; Meanest Indian ; Photo de couverture remixée par Ophelia Noor avec l’aimable autorisation de Spo0nman [CC-by-nc-nd]

22 pays, dont la France, signent l'accord anti-contrefaçon ACTA

Pour http://pro.clubic.com
par Alexandre Laurent 
le Jeudi 26 Janvier 2012

22 pays européens, dont la France, ont signé jeudi à Tokyo le traité anti-contrefaçon ACTA. Bien que le texte doive encore être discuté devant le Parlement européen à l'été, l'annonce a immédiatement déclenché des attaques contre les sites Web de l'institution.


Cadenas parapluie
Des représentants du Conseil de l'Europe ainsi que de 22 Etats membres, dont la France, ont signé jeudi 26 janvier le traité anti-contrefaçon ACTA. Extrêmement controversé, le texte vise pour mémoire à définir un nouveau cadre juridique visant à enrayer la contrefaçon, qu'elle soit réalisée hors ligne ou en ligne. Par extension, il s'intéresse de près aux infractions au droit d'auteur et donc au téléchargement illégal.

Contrairement aux projets SOPA et PIPA, qui ont provoqué une contestation telle que le Congrès américain a choisi d'en repousser l'examen, ACTA n'est pas une loi, mais un traité. Les signataires du texte s'engagent donc à poursuivre un certain nombre d'objectifs communs, ainsi qu'à harmoniser la réponse législative aux points qu'il soulève. Les Etats-Unis et sept autres pays l'ont déjà approuvé le 1er octobre 2011.

Pour que le traité soit bel et bien ratifié sur le Vieux continent, il faudra encore que le Parlement européen donne son accord... et les discussions promettent d'être houleuses, d'autant que la chape de plomb jetée sur le projet pendant ses trois années de gestation laisse imaginer le pire à ses détracteurs.

Entre autres mesures décriées, ACTA prévoit par exemple d'imposer aux fournisseurs d'accès de fournir, non pas aux autorités ou à la justice mais directement aux ayant-droits, toute information permettant d'identifier l'auteur d'un acte de contrefaçon sur Internet. De façon plus générale, le traité vise à responsabiliser les acteurs du Net quant aux données qu'ils transportent ou hébergent.

Bien que la Commission européenne assure que l'équilibre entre lutte contre la contrefaçon et libertés individuelles sera parfaitement respecté - ACTA se conformant parfaitement selon elle, au droit européen - beaucoup craignent les dérives qu'est susceptible d'entraîner le traité.

Une pétition a par exemple été lancée le 21 janvier dernier sur le site de la Maison Blanche. Déjà signée par près de 30 000 internautes, elle invite le Président Obama à désengager les Etats-Unis du projet. Dans la journée de jeudi, l'annonce de cette signature par les Etats membres de l'Union a déclenché une vague d'attaques visant à empêcher l'accès au site du Parlement européen.

En Pologne, les contestataires ont délaissé les bans numériques pour envahir la rue. Plus de 20 000 personnes auraient ainsi manifesté cette semaine dans les rues de Cracovie, de Wroclaw et d'autres villes du pays d'après les médias anglo-saxons.

« Ces derniers jours, on assiste à des manifestations très encourageantes de la part de citoyens polonais ou du reste de l'Europe, qui s'inquiètent des conséquences d'ACTA sur la liberté d'expression, l'accès aux médicaments, ainsi que le partage de la culture et de la connaissance. Cet important mouvement va prendre de l'ampleur. Les citoyens européens doivent reconquérir la démocratie face à l'influence néfaste d'intérêts industriels sur la politique globale », clame en France Jérémie Zimmermann, porte-parole de La Quadrature du Net.

Pour aller plus loin, on pourra consulter en ligne l'argumentaire de la Commission européenne en faveur d'ACTA (anglais, PDF), ainsi que la version finale du texte (anglais, PDF).


Par  http://www.laquadrature.net

Paris, 26 janvier 2011 – Aujourd'hui à Tokyo, l'Union européenne et 22 de ses États Membres, dont la France, ont officiellement signé ACTA1, l'accord commercial anti-contrefaçon. Le mouvement citoyen mondial contre les lois américaines anti-partage SOPA et PIPA doit désormais vaincre leur équivalent global ACTA au Parlement européen.

Non à ACTA !
Quelques jours après les manifestations en ligne contre les projets de loi anti-partage SOPA et PIPA aux États-Unis, la cérémonie de signature de l'ACTA est le symbole du contournement de la démocratie visant à imposer des politiques qui nuiront à la liberté de communication et à l'innovation de par le monde. Cette signature hautement symbolique n'est toutefois pas la fin du combat.
Chaque citoyen souhaitant agir pour vaincre ACTA a maintenant l'occasion de participer en vue de le faire rejeter. Chaque étape de la procédure de ratification qui conduira au vote final au Parlement européen (au plus tôt en juin) sera l'occasion de se faire entendre. (Voir ci-dessous).

« Ces derniers jours, on assiste à des manifestations2 très encourageantes de la part de citoyens polonais ou du reste de l'Europe, qui s'inquiètent des conséquences d'ACTA sur la liberté d'expression, l'accès aux médicaments, ainsi que le partage de la culture et de la connaissance. Cet important mouvement va prendre de l'ampleur. Les citoyens européens doivent reconquérir la démocratie face à l'influence néfaste d'intérêts industriels sur la politique globale3. Lors de chacun des débats et des votes sur ACTA au sein des commissions du Parlement européen, les citoyens doivent alerter leur élus. », déclare Jérémie Zimmermann, porte-parole de l'organisation citoyenne La Quadrature du Net.

La procédure ACTA au Parlement européen

 

  • La commission Commerce International (INTA) du Parlement européen est la principale commission travaillant sur ACTA.
  • Les commissions Affaires Juridiques (DEVE), Libertés Publiques (LIBE) et Industrie (ITRE) seront les premières à voter sur leurs rapports pour avis.
  • Ces derniers seront envoyés à INTA pour influencer son rapport final, qui sera ensuite transmis à l'ensemble du Parlement européen pour lui recommander de voter pour ou contre la ratification d'ACTA.
  • The vote final du Parlement européen en session plénière aura lieu au plus tôt en juin.
Voir la fiche de procédure d'ACTA : http://www.europarl.europa.eu/oeil/file.jsp?id=5924982.

Pour agir contre ACTA, rendez vous sur notre page de campagne dédiée.

Génocide ? Un concept utilisé à géométrie variable

Par Thomas Roussot (son site)  
jeudi 26 janvier 2012
pour http://www.agoravox.fr/tribune-libre

Un génocide est censément l’extermination physique, intentionnelle, systématique et programmée d’un groupe ou d’une partie d’un groupe en raison de ses origines ethniques, religieuses ou sociales. Dès son apparition en 1944 dans le champ lexical, ce terme s’est voulu restrictif, son inventeur, Raphael Lemkin, entendait l’affecter à la destruction d’une nation ou d’un groupe ethnique. Le caractère ambivalent et hybride de ce concept n’allait pas tarder à révéler des failles et contradictions nombreuses.



L’article 2 de la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide, adoptée par l’assemblée générale des Nations unies, le 9 décembre 1948, affirme :

« Dans la présente Convention, le génocide s’entend de l’un quelconque des actes ci-après commis dans l’intention de détruire, en tout ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux, comme tel :
a) Meurtre de membres du groupe ;
b) Atteinte grave à l’intégrité physique ou mentale de membres du groupe ;
c) Soumission intentionnelle du groupe à des conditions d’existence devant entraîner sa destruction physique totale ou partielle ;
d) Mesures visant à entraver les naissances au sein du groupe ;
e) Transfert forcé d’enfants du groupe à un autre groupe.
 Dans les années 70, il allait s’étendre en France à la destruction d’un groupe humain quel qu’il soit, en peu de temps.

La racine grecque et latine du terme fait allusion aux principes de naissance, genre, espèce et massacre.
La destruction planifiée de groupes humains en fonction de critères politiques n’entre pas dans toutes les législations nationales comme une action assimilable à un génocide (cette acception fut adoptée en 1946 par l’ONU puis retirée sous la pression de l’URSS en 1948).
De ce fait, les 100 millions de morts liés au régime communiste n’ont que rarement pour ne pas dire jamais le droit à ce terme.

Il fut pourtant utilisé pour qualifier les massacres de masse en Argentine et au Chili.
Le droit français est le plus extensif de nos jours puisqu’il envisage toute destruction totale ou partielle de groupes humains à partir de tout critère arbitraire comme pouvant relever d’une telle dénomination. Selon l’approche pénale, historique ou philosophique, l’emploi de ce qualificatif ne recouvre pas les mêmes situations. Les instances internationales se bornent la plupart du temps à n’envisager l’application de ce concept que si les victimes sont agressées pour des raisons ethniques, nationales, religieuses ou raciales (cette dernière notion étant envisagée du point de vue des agresseurs).

D’étranges absences historiques demeurent quant à cette classification, du fait des conflits d’interprétation et surtout des rapports de force politiques.

Quid d’Hiroshima et Nagasaki ? N’y avait-t-il pas volonté de détruire des japonais de la part des USA ?

Quid des massacres religieux divers et variés provenant des trois monothéismes ?

La plupart du temps, la contestation concernant l’attribution de ce concept se greffe sur l’absence de coordination étatique pour accomplir un massacre de grande ampleur.

Il faut bien constater que les tribunaux créés pour évaluer la nature génocidaire de tel ou tel régime sont essentiellement formés par des puissances dominantes qui renâclent grandement à envisager les massacres commis au cours de leurs propres histoires respectives qui regorgent de divers crimes à grande échelle qui n’ont jamais motivé une telle dénomination :

· le massacre des Cimbres par les Romains, vers -100 ;

· le massacre des Helvètes par les Romains, à la bataille de Bibracte, en -58, lors de leur tentative de migration vers la Saintonge ;

· le massacre des Gaulois par les Romains, durant la guerre des Gaules : sur les sept millions d’habitants estimés de la Gaule, deux millions de Gaulois assassinés ou déportés (La Revue de l’Histoire no 51 p. 81) ;

· le 22 juillet 1209, le Sac de Béziers : les troupes conjointes du pape Innocent III et du roi de France Philippe II massacrent toute la population de la ville de Béziers. Un prélude au bûcher de Montségur le 16 mars 1244 et à l’Inquisition ;

· le massacre des Tainos[53],[54] commis par les Européens durant la conquête de l’île d’Hispaniola. Il restait environ 60 000 Tainos. En 1531, l’exploitation dans les mines d’or, les suicides et les maladies[53] avaient réduit ce nombre à 600, soit une diminution de 99 %[53] ;

· la déportation des Acadiens par les Britanniques sous les ordres du gouverneur Charles Lawrence en 1755 ainsi que, parallèlement, le massacre de leurs alliés, les Hurons. Dépossédées de leurs terres, des familles furent déportées dans des colonies britanniques, réduites au travail non rémunéré et, pour certaines d’entre elles déportées au Royaume-Uni. Les conditions étaient telles que près de 50 % des Acadiens déportés moururent durant le transport ;

· le massacre des Tasmaniens, qui a été qualifié de « génocide le plus parfait de l’histoire », par les Britanniques ;

· en Australie, les Aborigènes, dont la population est estimée à 350 000 avant l’installation des Britanniques[Quand ?], furent décimés par les maladies infectieuses, les migrations forcées, à l’instar des Amérindiens.

· eu Canada, les enfants des Amérindiens furent envoyés, entre 1922 et 1984, dans des pensionnats (Écoles résidentielles) fondées par le gouvernement canadien, dirigées par des églises (catholiques ou protestantes), où étaient entretenues des conditions d’insalubrité, de violences de tout ordre comme la pédophilie ou encore d’expérimentations médicales (dans les dernières années, à partir de la Guerre froide), ce qui conduisit à une mortalité de presque 50 %, soit donc environ 50 000 décès d’enfants en quelques décennies (sur les 120 000 pensionnaires y ayant séjourné) ;

· le gouverneur anglais Jeffrey Amherst fit distribuer aux Indiens Delaware en 1763 des couvertures infectées de petite vérole (variole) ;

· En 1897, les premiers camps de concentration furent expérimentés au cours de la guerre d'indépendance de Cuba. Ils furent repris lors de la Seconde Guerre des Boers en Afrique du Sud par les Britanniques assistés des Canadiens. Sur environ 120 000 internés, plus de 27 000 civils afrikaners (10 % de la population afrikaner des républiques boers), essentiellement des femmes, des vieillards et des enfants, près de 20 000 Noirs alliés à ces derniers, meurent dans ces camps, victimes des conditions de vie (alimentation insuffisante, absence d’hygiène et de soins) dénoncées à l’opinion internationale par Emily Hobhouse ;

· les Béothuks étaient des habitants indigènes de l’île de Terre-Neuve au Canada avant le contact anglais aux XVe et XVIe siècles. Le peuple a été officiellement déclaré éteint en tant que groupe ethnique distinct en 1829 avec le décès de Shanawdithit.

Les républicains français, via la Terreur, ont massacré le peuple vendéen entre 1793 et 1794 (visant bel et bien à exterminer ce peuple dans sa globalité comme l’indiquent les documents signés par Robespierre, Carnot et autres membres du Comité de salut public).
Destructions à grande échelle utilisant des « techniques » impliquant gaz, fours, tanneries de peaux humaines et fonte des corps. Bien avant le régime nazi.
Avant de faire la leçon à la Turquie, cet épisode de l’histoire de France devait inviter à la réflexion…

L’assemblée nationale ne semble guère motivée pour reconnaître la nature génocidaire de ce processus historique, et pour cause, il a été commis par leurs aïeuls.
Sans oublier le million de morts en Algérie. Mais là, on se contentera de parler de crimes de guerre…

Il paraît plus facile de condamner la Turquie que les massacres tibétains par la Chine…il faut croire que le vote tibétain quasi-inexistant dans l’hexagone explique un tel traitement différentiel. Instrumentaliser l’histoire et faire voter une loi liberticide restreignant la liberté de recherche et de pensée pour séduire une frange de l’électorat, encore « un apport novateur » de ce gouvernement. Gayssot, le stalinien transpirant, avait posé la première pierre de cet édifice législatif illégitime et totalitaire sur un plan intellectuel. Des chercheurs, aussi courageux ou illuminés (selon les cas) soient-ils, n’ont pas à risquer de se retrouver en prison pour des idées. C’est déjà le cas dans ce pays dit de la liberté d’expression.

Alors que la recherche historique, n’en déplaise aux moralistes à la petite semaine, est faite de révisions successives, le politicien veut fixer dans le marbre des interprétations circonstancielles, inachevées et au final partiales, pour assurer une réélection. Et ce avec le support de sa prétendue opposition dite de gauche.

Bienvenue au pays des Droits de l’Homme.

La fraise espagnole, un cauchemar social

Par http://www.monde-diplomatique.fr
jeudi 26 janvier 2012
 
Des fraises en hiver : fabriqué par la publicité, ce rêve de consommateur est, on le sait, un cauchemar écologique, aussi bien pour l’eau massivement gaspillée que pour les pesticides employés dans la production. On sait moins qu’il est aussi, pour ceux qui produisent ces fraises sous les serres andalouses, un cauchemar social. Une mission d’enquête mandatée par la Fédération internationale des ligues des droits de l’Homme (FIDH) rendait aujourd’hui son rapport sur les conditions de travail des quelque 50 000 personnes qui constituent la main-d’œuvre de cette cette production saisonnière.

Majoritairement composée de travailleurs migrants, et surtout de femmes, cette population est régie par le système de la contratación en origen, qui permet aux patrons, en accord avec la Région et les syndicats, de « recruter “à la source” dans leur pays d’origine quelques milliers de personnes qui seront convoyées puis réparties dans les plantations où elles travailleront jusqu’à la fin de la saison de la fraise, s’engageant à revenir dans leur pays dès la fin de leur contrat ».

Depuis que la Pologne, la Bulgarie et la Roumanie sont entrées dans l’Union européenne, « le recrutement à la source concerne désormais des travailleuses marocaines. Ce système original est souvent érigé en exemple des avantages de la migration circulaire, un modèle promu par les institutions de l’UE afin de pourvoir aux besoins en main-d’œuvre de l’Europe tout en garantissant la non-installation des migrants sur son sol », souligne le rapport.

Mais, sur le terrain, les enquêteurs de la FIDH ont découvert « un certain nombre de problèmes psycho-sociaux dans la communauté des travailleuses marocaines. Par exemple, les femmes enceintes font tout pour dissimuler leur grossesse à leur employeur car elles craignent de devoir arrêter de travailler et donc renoncer à la saison. Lorsqu’elles sont malades, ces femmes hésitent aussi à se rendre dans les centres de santé et à en informer leur employeur ». Les « critères de sélection » des employeurs sont, constate le rapport, « sexistes et paternalistes ». Ainsi, « pour la fraise et encore plus pour la framboise, les doigts de la femme et sa délicatesse supposée conviendraient mieux. [Le programme] prévoyait de manière non explicite le recrutement en priorité de mères d’enfants en bas âge — une clause supposée empêcher leur évasion pendant la durée ou à la fin du contrat ».

Bien souvent, les ouvrières ne disposent pas d’une copie de leur contrat de travail, et certaines se voient confisquer leur passeport, ce qui les contraint à rester, loin de tout, cloîtrées sur leur lieu de travail. D’autant, insiste le rapport, que l’aspect temporaire des contrats, combiné au désintérêt des syndicats majoritaires espagnols comme des syndicats marocains, conduisent à une « absence » complète de représentation syndicale.

Quant aux conditions d’hébergement, elles sont parfois carcérales, « en dessous de toute norme. Il s’agit généralement de baraques en préfabriqué éloignées de plusieurs dizaines de kilomètres des zones urbaines et où le minimum en matière d’hygiène n’est pas respecté ».

« Le système même d’embauche de travailleurs à l’étranger — ce qu’Emmanuel Terray a décrit par l’expression “délocalisation sur place” — qui dépendent entièrement de cet employeur pour revenir travailler sur le territoire espagnol et qui ne disposent d’aucune représentation syndicale, empêche tout type de revendication, précise la FIDH, et explique le consentement des travailleurs à des conditions de travail pourtant en deçà des normes nationales et internationales, a fortiori dans une période de crise économique ».
« Conditions de travail dans les plantations de fraises à Huelva (Espagne) », le rapport de la FIDH (PDF).

Dans « Le Monde diplomatique »

 

  • « Florissante industrie de l’agriculture biologique », Philippe Baqué, février 2011.
    Comment le mouvement bio, lancé par des militants soucieux de défendre la petite paysannerie tout en rejetant les logiques productivistes, risque de s’échouer sur les têtes de gondole des supermarchés.
  • « Dans les champs de la Bekaa », Lucile Garçon et Rami Zurayk, septembre 2010.
    Attirés par de meilleurs salaires, des travailleurs syriens franchissent la montagne frontalière pour s’établir dans la plaine libanaise de la Bekaa. Précaire, leur séjour peut durer quelques mois ou plusieurs années…
  • « Et pour quelques tomates de plus », Aurel et Pierre Daum, mars 2010.
    Nos habitudes de consommation ne sont pas sans conséquences. Dans un kilo de tomates, en hiver, on trouvera : un goût insipide, de l’exploitation, de la pollution, des profits et, in fine, une réflexion sur… la mondialisation des échanges commerciaux.
  • « Colère des paysannes de l’Atlas marocain », Cécile Raimbeau, avril 2009.
    Depuis que de grandes exploitations de primeurs ou d’agrumes et des industries du secteur cosmétique tirent profit de la plaine du Souss, de plus en plus de paysannes berbères sont acculées à trimer comme ouvrières agricoles dans des conditions déplorables.
  • « Travailleurs saisonniers : cueille ou crève », Romain Fantin, Lettres de... (Les blogs du Diplo), 18 août 2009.
    Bienvenue à Castleton, une petite ferme perdue au fin fond de l’Ecosse, à 4 km du hameau le plus proche et à 40 km d’Aberdeen. Ici, deux cents étudiants, presque tous d’Europe de l’Est, viennent cueillir des fraises pendant les deux ou trois mois d’été. (...)

Toujours disponible

 

  • « We feed the world - le marché de la faim », d’Erwin Wagenhofer
    Ce documentaire permet de comprendre les causes profondes de la crise alimentaire ; il explique comment, alors que tous les experts reconnaissent que la planète est capable de nourrir l’ensemble de ses habitants, la famine et la misère rurale persistent.
    Disponible dans la boutique en ligne.

Le dessous des cartes - Conflits 2030 Les Lieux 2-2



DL : DF , BF , WU

Aujourd’hui, les principaux conflits sont concentrés au cœur d’un arc de crise, qui s’étend du Sahel à la frontière afghano-pakistanaise. D’ici 2030, l’imbrication potentielle de ces différents conflits pourrait avoir des répercussions sur le reste du monde, et l’arc de crise pourrait s’étendre. Le Dessous des Cartes analyse ces possibles extensions géographiques en 2030.



Lectures

Zones grises - Quand les États perdent le contrôle
Gaïdz Minassian Autrement - Collection : frontières
Elles se répandent partout sur la planète, déstabilisent et bousculent les forces en présence, cristallisent des défauts d'intégration sociale et réveillent les tambours de la guerre.
On les appelle "zones grises".
Espaces dérégulés zones de non-droits ou bien contrôlées par les mafias ; zones à l'abandon ou territoires dont les pouvoirs publics ont démissionné ; les zones grises sont situées quelque part à la lisière du légal et de l'illégal, du palpable et de l'imaginaire, de l'immédiat et du lointain.
Qu'elles portent les germes de la guerre, ou qu'elles revendiquent la légalité et la légitimité, les zones grises semblent annoncer le chaos.
Pourtant elles interrogent aussi, à juste titre, sur notre conception de l'Etat et sur les critères de l'autorité légitime et le système international tel qu'il est organisé. Les Etats seraient-ils responsables de leur prolifération ? Autant de problématiques abordées dans ce livre qui, pour la première fois, croise une réflexion approfondie sur la notion même de zone grise et des analyses de cas concrets et contemporains, depuis la zone contrôlée par les FARC en Colombie jusqu'à nos banlieues françaises.
Gaïdz Minassian est Docteur en Sciences-Politiques, chercheur associé à la Fondation pour la recherche stratégique, enseignant à Sciences Po. et journaliste pour le Monde.
Espoirs et défis des révolutions arabes
Mondes - Les Cahiers du Quai d'Orsay n°8 Grasset
Une revue trimestrielle et bilingue pour mieux faire connaître les enjeux de notre politique étrangère, publiée par le Ministère des Affaires étrangères et européennes en partenariat avec les Editions Grasset, la revue Mondes, les Cahiers du Quai d’Orsay.
Écrits pour l’essentiel par les diplomates en poste à l’étranger ou à Paris, les articles publiés dans Mondes - les Cahiers du Quai d’Orsay illustrent la richesse intellectuelle et conceptuelle de la diplomatie française et contribuent au débat d’idées international.
La revue accueille également les signatures de chercheurs et d’observateurs français et étrangers.
Histoire critique du XXe siècle - Le Monde diplomatique
Collection : Atlas du Monde diplomatique
Le XXe siècle a souvent été dépeint comme une ère de massacres.
Il fut aussi marqué par de formidables soulèvements contre les oppressions. Et par des bouleversements démographiques, sanitaires, militaires sans précédent.
L’ Atlas Histoire du Monde diplomatique en dresse le bilan.
Pourquoi les empires centraux s’effondrèrent-ils après la Grande Guerre ? Qui finançait le régime nazi ? Quelle fut la face cachée de la Guerre froide ? Comment le monde ouvrier, les femmes, les peuples colonisés tentèrent-ils de briser leurs chaînes, parfois avec succès ? Que signifia la première guerre d’Afghanistan et celle du Golfe ?
Bien des controverses actuelles trouvent leur origine derrière ces points d’interrogation…
Un article en propose une critique détaillée : www.herodote.net/articles/article.php?ID=1204
Dans la collection des Atlas du Monde diplomatique, cette nouvelle publication éclaire un siècle d’histoire, d’événements et de tendances. Elle met l’accent sur des sujets ignorés, minorés ou maltraités par les médias et les manuels scolaires.
Des cartes, dates et chiffres étayent cet outil d’analyse, conçu par des universitaires, des cartographes et des journalistes spécialisés.
Les quatre grands chapitres :
« Années folles » : de la « Belle époque » à l’essor du communisme.
« Années noires » : du krach de 1929 aux ruines de la Seconde guerre mondiale.
« Années rouges » : de la guerre froide à l’émancipation du tiers-monde.
« Années grises » : de la grève des mineurs britanniques à la crise financière asiatique.
Disponible également en allemand.
Défense et sécurité nationale - Le Livre blanc volume 1
La Documentation française / Odile Jacob / Ministère de la défense
Quelle doit être, à l'heure de la mondialisation, la politique de la France pour garantir la sécurité du pays, assurer la défense de ses intérêts dans le monde et contribuer à l'affirmation de l'Europe sur la scène internationale ?
Le Livre blanc sur la défense et la sécurité nationale, demandé par le Président de la République Nicolas Sarkozy dès le début de son mandat, répond à ces questions.
À l'horizon des quinze ans à venir, il expose pour la première fois une stratégie de sécurité nationale portée par une ambition européenne et internationale, fondée sur de nouveaux principes et de nouveaux objectifs.
À cette fin, il examine tour à tour tous les moyens nécessaires dans les domaines du renseignement, de la dissuasion nucléaire, de la prévention des crises, de la protection du territoire et de la population, ainsi que des interventions militaires et civiles à l'extérieur du territoire.
Ce Livre blanc s'adresse à tous ceux et à toutes celles qui ont choisi de servir la défense et la sécurité nationale.
Il concerne aussi tous les Français qui sont au coeur de cette nouvelle stratégie et sont appelés à y prendre une part décisive.

Agenda

MUSÉE DE LA GRANDE GUERRE DU PAYS DE MEAUX
Meaux France
La concrétisation du projet de musée consacré à la Première Guerre mondiale dans le Pays de Meaux est devenue possible par l’acquisition en 2005 de la collection privée de Jean-Pierre Verney, historien, spécialiste reconnu de la Première Guerre mondiale et ancien chargé de mission au ministère de la Défense. Il a en outre participé à la bande-dessinée "Putain de guerre" de Jacques Tardi avec ses textes historiques présents dans le livre.
Le bâtiment de 7000 m², ouvert le 11/11/2011, a été conçu par l’architecte Christophe Lab. Organisé sur trois niveaux, le musée bénéficie d’un auditorium, de salles pédagogiques et d’un centre de documentation avec plus de 6 000 ouvrages, et met en scène ses collections sur 3 300 m2 d’exposition.
Le Musée de la Grande Guerre a pour ambition de transmettre au grand public l’histoire de ce conflit. Les visiteurs y découvrent notamment la reconstitution d’un champ de bataille avec une tranchée française, un no man’s land et une tranchée allemande.
Par une mise en regard des deux batailles de la Marne, ils peuvent prendre la mesure de l’évolution des Nations et des hommes au cours de ces quatre années de guerre.
Toutefois, l’ampleur de la collection fait de ce nouvel équipement un musée généraliste sur la Première Guerre mondiale.
La scénographie interactive (projections, écrans multimédia, ambiances olfactives…) permet à tous les publics de comprendre la Grande Guerre, et notamment comment cette période a fait basculer les sociétés belligérantes du XIXe siècle au XXe siècle.
Marc Ferro, historien, est président du Conseil scientifique du Musée de la Grande Guerre.
Il a initié, avec "FRÈRES DE TRANCHÉES : À L’OUEST, À L’EST" le premier cycle de conférences au début du mois de décembre 2011 :
« Oublier la guerre, le temps d’un Noël, c’est aussi une façon de l’humaniser quand les ennemis se retrouvent frères. Mais la guerre ne les a pas oubliés, elle a sanctionné les auteurs, censuré les récits, gommé les souvenirs jusqu’à les réduire à des faits divers, symptômes des malheurs du temps. »
Les compte-rendus des conférences (actes de Marc Ferro) seront prochainement disponibles sur le site ainsi que la programmation culturelle à venir.

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