11 octobre 2011

Couche d'ozone - Levée de boucliers contre une expérience britannique

Par Louis-Gilles Francoeur
pour http://www.mondialisation.ca

Des organismes internationaux réclament l'abandon d'un projet d'écran solaire dans la stratosphère


Au moment où des chercheurs confirment l'existence d'un trou de plus de 2 millions de kilomètres carrés dans la couche d'ozone au-dessus de l'Arctique, des équipes britanniques s'apprêtent à amorcer une expérience en vue d'injecter dans la stratosphère des sulfates pour refroidir éventuellement la planète. Or les sulfates sont les molécules qui auraient fortement contribué à endommager la couche d'ozone.

Le projet britannique SPICE se propose dans un premier temps de lancer un ballon qui ferait grimper un tuyau permettant de pulvériser de l'eau à un kilomètre dans l'atmosphère. Cette première phase permettrait d'injecter un jour des sulfates dans la stratosphère pour créer un écran solaire qui contribuerait à réduire le réchauffement climatique en cours.

Une cinquantaine d'organismes internationaux ont demandé hier au gouvernement britannique de cesser toute expérimentation dans la stratosphère et de mettre fin au projet SPICE, qui implique quatre universités, trois conseils de recherche, des ministères et la société Marshall Aerospace. Les groupes ont aussi lancé une pétition internationale.

Au même moment, on apprenait qu'un trou d'une ampleur sans précédent s'était créé au-dessus de l'Arctique durant les trois premiers mois de 2011 à environ 20 km de la surface terrestre. Plus de 80 % de l'ozone stratosphérique aurait disparu de cette zone. Les premières observations de ce trou ont été faites au début des années 80 et les deux plus importants ont été relevés en 1996 et 2005.

Pour Olivier Collin-Haubensak, un chercheur de l'UQAM qui a touché aux sciences de l'atmosphère, il y a un lien entre ce trou et les changements climatiques. La rotation de la Terre, dit-il, engendre un vortex qui concentre aux pôles les vapeurs d'eau des régions en voie de réchauffement et les acides des émissions industrielles. Ces sulfates contribuent à augmenter l'intensité de ce vortex et accentuent le refroidissement de l'air entre la troposphère et la stratosphère. Les molécules de chlore transportées par ce vortex réagissent aux froids extrêmes et agissent comme des catalyseurs qui détruisent les molécules de la mince couche d'ozone qui nous protègent des rayons ultraviolets. Ainsi, plus il y aura de chaleur au sol, plus on risque de voir ces sulfates contribuer à l'élargissement des trous dans la couche d'ozone.

C'est pourquoi, dit-il, le projet SPICE des Britanniques est tout simplement «délirant» puisqu'il pourrait contribuer à ces réactions. Il devrait faire l'objet d'une étude d'impacts préalable par la communauté internationale avant d'être autorisé.

En 2009, les parties à la Convention sur la diversité biologique (CBD) ont demandé en 2009 à tous les pays de la planète d'observer un moratoire complet sur les projets de géo-ingénierie. La CBD avait demandé, mais en vain, à l'Allemagne de mettre fin à une tentative de fertiliser avec de la limaille de fer les mers de l'Antarctique pour augmenter leur capacité de captage du CO2 afin de ralentir le réchauffement de la planète. L'expérience a eu cours, mais elle a été un échec.

À retenir

handsoffmotherearth.org

Propagande américaine : comment le Département de la Guerre a imposé un black out médiatique sur les conséquences d'Hiroshima et Nagazaki

Pour  http://www.alterinfo.net

Un journaliste indépendant australien, Wilfred Burchett, s’était rendu au Japon pour couvrir les conséquences du largage de la bombe atomique sur Hiroshima. Mais le sud du Japon avait été déclaré "zone militaire fermée" par le Général Douglas MC Arthur, et la presse interdite d’y pénétrer. Les journalistes occidentaux ont obéi sagement et se sont contentés des déclarations faites par les militaires américains qui les avaient regroupés sur le USS Missouri au large des côtes japonaises, où de là ils couvrirent la capitulation du Japon.

Wilfred Burchett, quant à lui, a décidé de se rendre sur les lieux pour constater par lui-même ce qui c’était passé, les effets de cette bombe nucléaire et en faire un reportage. Passant outre l’interdiction de MC Arthur, il a pris un train qui l'a conduit en 30 heures à Hiroshima. Sorti du train il n'a pu que constater les terribles dévastations causées par la bombe A. La ville d’Hiroshima qui comptait 350 000 habitants avait été littéralement rasée. Il a vu des êtres humains morts encastrés dans des murs, des chaussées, il a rencontré des personnes errantes leur peau déchirée, en lambeaux. Dans les hôpitaux, il a vu des personnes couvertes de plaies hémorragiques violettes sur la peau, atteintes de gangrène, de fièvre, perdant leurs cheveux.

Burchett a été parmi les premiers à décrire ce qu’il avait vu. Son article publié le 5 septembre 1945, presque un mois après le largage de la bombe A sur Hiroshima, à Londres dans le Daily Express, et intitulé "la peste atomique" commençait ainsi :

"Hiroshima ne ressemble pas à une ville bombardée. C’est comme si un rouleau compresseur lui était passé dessus et l’avait complètement écrasée. J’écris ces mots avec le moins de passion possible en espérant que cela servira de mise en garde pour le monde."

Son article a provoqué une onde de choc partout dans le monde. Les réactions candides de Burchett face à l’horreur avaient choqué les lecteurs. Il écrivait :

" sur cet endroit ou a été testée pour la première fois cette bombe atomique, j’ai vu les choses les plus terribles et effrayantes de mes quatre ans de guerre. En comparaison, une île du pacifique ravagée par un bombardement ressemble au jardin d’Eden. Aucune photo ne peut rendre compte des dévastations provoquées".

Le reportage indépendant de Burchett a été un véritable fiasco pour la propagande de l’armée américaine. La version officielle américaine relativisait le nombre des victimes et l’ampleur des dévastations causées, affirmait que les cibles visées étaient militaires et industrielles, se félicitait de leur destruction, et s’employait à nier les conséquences mortelles des radiations subies par les populations civiles. Un reporter américain qui avait réussi à rejoindre Nagasaki, Georges Weller du Chicago Daily News, et qui avait écrit un long article sur les atrocités vues, soumis son papier à la censure militaire. Son journal ne reçu jamais son article.

La censure militaire voulait un black out total sur ce qui c’était passé, elle l’obtint.

En effet, les autorités militaires américaines se sont attaqué au reportage de Burchett. Le Général MC Arthur avait ordonné qu’il soit expulsé du Japon, et sa camera contenant des photos d’Hiroshima disparu mystérieusement alors qu’il visitait un hôpital d’Hiroshima. Elles l’accusèrent de propagande pour le compte du gouvernement japonais.

4 jours après la parution en première page du reportage de Burchett, le Général en Chef Leslie Groves, directeur de projet de la bombe A, a invité 30 journalistes triés sur le volet sur le site de fabrication de la bombe à New Mexico, là où elle avait également été testée pour la première fois. Parmi eux, un journaliste scientifique du New York Times, William L. Laurence. Le Général les a conduit sur les lieux des tests, son intention étant de prouver que le site n’avait pas été contaminé par les radiations.

L’article de W.L Laurence paru le 12 septembre 1945 en première page du New York Times reprenait fidèlement la version militaire titrant :

"Le site américain de la Bombe Atomique, un démenti formel aux racontars distillés par Tokyo. Les tests de New Mexico confirment que c’est l’explosion et non les radiations atomiques qui ont tué.'

Laurence poursuivait sa propagande :

"Cet endroit du Nouveau Mexique, scène de la première explosion atomique sur terre, et berceau d’une nouvelle aire pour la civilisation, fournit aujourd’hui la réponse la plus efficace à la propagande japonaise affirmant que les radiations étaient responsables de la mortalité, même après le jour de l’explosion le 6 août, et que des personnes ayant pénétré dans Hiroshima avaient contracté des maladies mystérieuses dues aux radiations."

Puis, Laurence continuait en disant que l’armée avait organisé ce tour au Nouveau Mexique pour:

"apporter un démenti à ces mensonges", et citait le Général Groves :

"Les japonais prétendent que les gens sont morts à cause des radiations. Si cela est vrai, ce fut le cas d’un petit nombre".

Laurence continuait en donnant sa propre version des faits, renchérissant sur la propagande de l’armée américaine:

"les japonais continuent de répandre leur propagande pour faire croire que nous avons injustement gagné la guerre, essayant ainsi de s’attirer la sympathie de l’opinion publique afin d’obtenir des conditions de rédition moins sévères…Ainsi, au début, les japonais décrivaient des symptômes qui ne paraissaient pas vrais".

Laurence savait exactement ce qui s’était passé, car il avait assisté le 16 juillet 1945 aux premiers essais au Nouveau Mexique, et avait pu constater les conséquences aux alentours : des personnes malades empoisonnées, et la même chose pour le bétail. Par conséquent il dissimulait la vérité, mentait en connaissance de cause. Il continua à écrire toute une série d’articles pour le Times, une dizaine, qui ne tarissaient pas d’éloge sur les prouesses techniques du programme nucléaire américain, tout en continuant à dénier les conséquences mortelles pour les personnes. Laurence fut récompensé pour ses articles et reçu le Prix Pulitzer.

Outre sa rémunération par le New York Times, Laurence était aussi payé par le Département de la Guerre. En Mars 1945, le Général Groves lui avait proposé au cours d’une entrevue secrète un emploi de rédacteur de communiqués de presse pour le Projet nucléaire Manhattan, qu’il a accepté avec empressement. Il a aussi contribué à la rédaction de déclarations du président Truman sur le sujet ainsi que de celles du secrétaire à la Guerre Henri Stimson.

Les nombreux communiqués publiés après la guerre par les militaires furent repris mot pour mot par toute la presse. Ceux-ci étaient en fait tous rédigés par Laurence, un propagandiste zélé, un inconditionnel du programme nucléaire américain qu’il soutenait déjà dans des articles publiés en 1929, bien avant sa mise en chantier

Il possédait un double statut, celui de journaliste, et celui d’agent de propagande des institutions militaires. Ce dernier statut lui donnait accès à des informations ultra sensibles. Il a fait partie de l’équipage de l’escadrille qui a largué la bombe atomique sur Nagasaki. Il a assisté de visu à l’incinération de plus de 100 000 personnes, et a décrit l’évènement dans un article paru 1 mois plus tard, sa publication ayant été retardée par la censure militaire.

Laurence écrivait à propos du champignon atomique:

"nous l’avons vu monter dans les airs comme un météorite, venant de la terre au lieu de l’espace, devenant de plus en plus vif à mesure qu’il montait et rejoignait les nuages blancs… c’était une chose vivante, une nouvelle forme d’être, né juste devant nos yeux incrédules".

Le journal le New York Times, a su aussi garder le secret sur le double statut de Laurence, qu’il connaissait, celui de reporter et de porte parole du gouvernement. Il a transmis fidélement, au mépris du respect de toute déontologie journalistique, la propagande concoctée par le Département de la Guerre devenue par la suite le Département de la Défense plus connu sous le nom de Pentagon.

L’histoire semble se répéter aujourd’hui avec l’affaire de la journaliste Judith Miller du New York Times (encore ce journal) concernant les prétendus ADM possédées par Saddam Hussein, cause factice du déclenchement de la guerre américano britannique en Irak, et sur lesquelles elle a écrit de nombreux articles avant et après le déclenchement de la guerre, en soutien ouvert aux intentions belliqueuses de l’Administration Bush. Miller est directement impliquée dans le Plame/Wilsongate qui secoue sérieusement l’Administration Bush actuellement avec l’inculpation de Scooter Libby ex conseiller du vice président américain Dick Cheney mis lui aussi sur la sellette dans cette affaire.

Source: Les informations contenues dans cet article proviennent d’un article d’Amy Goodman et David Goodman paru sur le site de Common Dreams en août 2004 intitulé "Hiroshima cover up : how the war Department’s Timesman won the Pulitzer".

A lire aussi

Qui sont les responsables politques, scientifiques, militaires du génocide nucléaire japonais

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Le traité ACTA officiellement signé par huit pays

Par Guénaël Pépin | 05.10.11
pour  http://www.lemonde.fr

Huit pays ont signé l'accord international anti-contrefaçon (ACTA), mardi 4 octobre, selon un communiqué conjoint. Les pays signataires (Etats-Unis, Australie, Canada, Corée du Sud, Japon, Maroc, Nouvelle-Zélande et Singapour) sont dans l'attente des trois autres acteurs des négociations (Union européenne, Mexique et Suisse) qui n'ont pas apporté leur signature.
L'objectif affiché de ce traité est, selon le communiqué, "[d']améliore[r] la coopération internationale et [de] cont[enir] des standards internationaux efficaces pour faire respecter les droits de propriété intellectuelle". Ce respect passe par une plus grande sévérité envers la contrefaçon physique et numérique.
Sur le plan numérique, l'objectif est de renforcer les sanctions contre la distribution d'œuvres protégées et le contournement de mesures techniques de protection par une législation plus stricte et une meilleure coopération internationale. Des versions précédentes, publiées en 2010, évoquaient notamment la surveillance des contenus par les fournisseurs d'accès Internet, piste abandonnée depuis.

VOTE D'UNE VERSION ADOUCIE

Ce texte, accusé de porter atteinte aux libertés numériques, suscite la division au sein du Parlement européen. En septembre 2010, la déclaration no 12, signée par la majorité des députés européens, prenait le contre-pied des mesures répressives inscrites dans l'ACTA. Une déclaration de principe contredite deux mois plus tard par une résolution affirmant l'accord des parlementaires avec le projet international.

Débuté en octobre 2007, le projet a nécessité plusieurs tours de négociation à huis clos. Le onzième et dernier, qui a eu lieu à Tokyo en septembre 2010, devait déboucher sur une version finalisée. Depuis, deux documents ont été rendus publics par l'Union européenne, en novembre 2010 (PDF) et mai 2011 (PDF). L'assouplissement des mesures apporté par les dernières versions serait fraîchement accueilli, autant par les ayants droit que par les organisations non gouvernementales.

Le caractère secret des négociations est également fortement critiqué. Menées hors de tout cadre international officiel, elles impliquent à la fois des représentants nationaux et de groupes d'intérêts, avec une place minime pour les organisations de défense des citoyens. Une très large majorité des députés européens a d'ailleurs réclamé, en mars 2010, une plus grande transparence à la Commission européenne. Les signatures, selon la dernière version de l'accord publiée en mai 2011, sont ouvertes jusqu'en mai 2013.

EN SAVOIR + :
Wikipedia : http://en.wikipedia.org/wiki/Anti-Counterfeiting_Trade_Agreement
Wikipedia : http://fr.wikipedia.org/wiki/Accord_commercial_anti-contrefa%C3%A7on
European Commision Trade : http://ec.europa.eu/trade/creating-opportunities/trade-topics/intellectual-property/anti-counterfeiting/

Violation avérée des droits fondamentaux : http://www.greens-efa.eu/violation-averee-des-droits-fondamentaux-4505.html


10 octobre 2011

Areva cible d’une attaque informatique de « grande ampleur »

Par La rédaction, Publié le vendredi 30 septembre 2011
pour http://www.zdnet.fr

 Le spécialiste français du nucléaire a été la cible d’un piratage informatique. Mais Areva assure que seul un réseau non critique a été touché et qu’aucune information sensible n’a donc été dérobée.
 
L’information est révélée par L’Expansion. Le géant français du nucléaire a été victime d’un piratage informatique. L’intrusion a été découverte 10 jours plus tôt. Les salariés ont été informés d'une "maintenance exceptionnelle" le 16 septembre. Toutefois, la compromission du système d’information pourrait être plus ancienne.

« Notre réseau a effectivement été attaqué. Et nous avons, durant ces trois jours, renforcé nos mesures de sécurité » confirme à L’Expansion  un porte-parole d’Areva.

Les industries sensibles, cibles désignées ?

Toujours selon le site, les préjudices pourraient être de nature « stratégique », c’est-à-dire concerner des données critiques comme des secrets industriels. L’information est toutefois démentie (AFP) par Areva qui assure que le réseau attaqué n’offrait un accès qu’à des « informations non critiques ».
Comme pour Bercy plus tôt en 2011, Areva a fait appel à l’Anssi, l’agence nationale de sécurité des systèmes d’information créée en 2009.

Les attaques contre les industries et administrations sensibles ne sont pas un phénomène nouveau. En 2007, plusieurs Etats, dont l’Allemagne, ont été la cible de piratages informatiques.
En 2011, ce sont des entreprises du secteur de la défense qui ont été visées : Mitsubishi Heavy Industries au Japon et Lockheed Martin pour les Etats-Unis.

Patriot Act : le gouvernement hollandais veut exclure les fournisseurs IT américains

Par Christophe Auffray, Publié le mercredi 21 septembre 2011
pour http://www.zdnet.fr

Les autorités européennes réfléchissent à une solution de protection des données des citoyens européens vis-à-vis du Patriot Act auquel sont soumis les fournisseurs de services Cloud américains. Le gouvernement hollandais souhaite provisoirement exclure ces acteurs de ses appels d’offres.
 
Loi antiterroriste et de surveillance votée après le 11 septembre 2001 sous l’administration Bush, le Patriot Act agite les Etats européens. C’est un secret de polichinelle, mais les entreprises dont le siège est basé aux Etats-Unis sont susceptibles de transmettre des données aux autorités américaines.
Dans le domaine des services Cloud, le débat a été ouvert en juin, après que Microsoft ait reconnu être susceptible de transférer des données sans en informer préalablement les titulaires. Les instances européennes planchent depuis sur une rustine.

Le droit américain l'emporte sur le droit européen

Par prévention, le gouvernement néerlandais prévoit de bannir les fournisseurs de services en ligne américains des appels d’offres de l’administration. Cette mesure vise ainsi à prévenir le transfert vers les Etats-Unis de données relatives aux citoyens hollandais.

Pour le gouvernement, cette décision se veut provisoire, dans l’attente d’une évolution des lois européennes en matière de protection des données. La mise en œuvre s’annonce toutefois complexe. Les autorités néerlandaises testent en effet actuellement Google Docs et Dropbox.

Pas sûr par ailleurs qu’une évolution du droit européen apporte de réelles protections vis-à-vis du Patriot Act. Celui-ci prévoit en effet que les ressortissants européens sont impérativement tenus informés dès lors que leurs données quittent la zone Europe.

Questionné par ZDNet, Microsoft reconnaissait en juin ne pouvoir garantir à ses clients le respect de cette obligation. Google a admis en août avoir transféré des données aux services de renseignements américains.

L'accord Swift mort-né

A l’ère de la dématérialisation des données et de l’adoption croissante des services en ligne, notamment par les administrations, se pose la question de la traçabilité et de la souveraineté des données.
Or, à cette question, l’Europe peine à trouver une réponse satisfaisante, et surtout fiable. L’accord d’échange TFTP de données bancaires passé entre l’Europe et les Etats-Unis dans le cadre de la lutte anti-terroriste suscite des remous depuis plusieurs années.

La dernière rustine décidée par l’Europe a montré ses limites dès les six premiers mois de sa mise en œuvre, en raison des pratiques de contournement des Etats-Unis et du manque de rigueur d’Europol.

9 octobre 2011

La révolte des « mabawas » à Mayotte

Par Philippe Leymarie, jeudi 6 octobre 2011

« Mabawas » : c’est ainsi qu’on appelle, à Mayotte, les ailes de poulet. Elles font partie des produits de première nécessité (avec la farine, le riz, le sucre, le lait, les tomates, le gaz et le sable…). Et elles sont devenues le symbole du vigoureux mouvement social contre la vie chère déclenché il y a une dizaine de jours, dans cette île de l’archipel des Comores, au sud-ouest de l’océan Indien, devenue le 31 mars dernier le cent unième département français d’outre-mer.

Grève quasi générale depuis le 27 septembre, avec, presque tous les jours, des manifestations, des barrages, et parfois même le blocage de l’accès à l’aéroport, sous le slogan « Mabawas nachouké ! » (ailes de poulet moins chères !). Pas de victimes jusqu’ici, mais des jets de pierre, quelques voitures incendiées, des gaz lacrymogènes et des interpellations. La gendarmerie mobile – composée en grande majorité de fonctionnaires européens, bardés de leurs protections noires en écailles, très Robocop, comme dans l’Hexagone – a même sorti quelques blindés, pour faire sauter les obstacles. Trois pelotons sont arrivés en renfort de La Réunion.
« Débordements inacceptables », lance la ministre de l’outre-mer, Mme Marie-Luce Penchard, qui invoque « la sécurité des personnes », ajoutant, sur un ton alarmiste : « Personne ne peut souhaiter une issue dramatique à ce conflit ». Tandis que François Hollande, un des candidats socialistes à l’investiture pour l’élection présidentielle, appelle le gouvernement – qui devrait être « instruit par l’expérience de la grave crise antillaise de 2009 » (1) – à ne « pas laisser pourrir la situation ». Le LKP guadeloupéen a de son côté apporté son « soutien à la mobilisation des travailleurs et du peuple de Mayotte ».

Mais l’Etat ne se sent pas directement concerné par ce conflit social, rappelant simplement les grands chantiers engagés depuis la « départementalisation » : santé, formation, accès à Internet et, à partir de janvier prochain, l’application du Revenu de solidarité active (RSA) – traditionnel instrument « d’arrosage » outre-mer, qui devrait calmer certaines ardeurs (mais aussi enfoncer un peu plus l’île dans l’assistance, comme c’est déjà le cas aux Antilles et à la Réunion).

L’intersyndicale (CGT-Ma, Cisma-CFDT, Solidarité mahorais et le Collectif des citoyens perdus) alliée à des associations de consommateurs (Ascoma, Afoc) se plaint d’un manque de concurrence, qui tire les tarifs vers le haut, et demande au patronat des grandes surfaces ainsi qu’aux services de l’Etat et du département un engagement écrit sur une baisse des prix des produits de base, et notamment des cartons de découpe de volailles vendus presque deux fois plus cher que dans l’Hexagone, des bouteilles de gaz trois fois plus coûteuses, etc.

L’aile dure du mouvement cherche à bloquer les ronds-points de circulation et à fermer d’autorité les magasins qui ne se joignent pas spontanément à la grève. De plus en plus de ménagères participent aux manifestations, qui rassemblent régulièrement plusieurs milliers de personnes.
Le président du conseil général, contraint par les syndicalistes à sortir de sa réserve, se désole des pertes de recettes consécutives aux baisses de droits de douane intervenues depuis 2010 sur les produits de première nécessité – soit autant d’argent qui ne pourra être réinjecté – et attribue « le mal-être plus profond » à la délinquance actuelle, « avec son lot de vols, viols, d’émergence de jeunes bandes (2) ».

Les Mahorais – qui seraient 200 000 dans une île qui a grandi trop vite, à l’abri de la France, et de plus en plus coupée de son environnement naturel (Comores, Madagascar), avec un taux record de reconduites de sans-papiers à la frontière – découvrent que le statut départemental (qu’ils n’avaient cessé de réclamer) n’amène pas automatiquement l’égalité, la solidarité, ni une manne de crédits. Et qu’il continuera d’attirer les Comoriens d’Anjouan ou d’autres îles, pour qui Mayotte – même en butte à la cherté de la vie – reste un îlot de prospérité au milieu d’un océan de misère.

(1) La Guadeloupe avait connu en 2009 quarante-quatre jours d’une grève menée par près de cinquante organisations syndicales ou associations fortement politisées, avec blocage complet de l’économie.
(2) Cf. Malango actualités, la meilleure source d’information du moment à propos de Mayotte.

8 octobre 2011

Le Dessous Des Cartes - De la démographie aux choix politiques

http://ddc.arte.tv




Direct Link ou Direct Link


Spontanément, la géopolitique renvoie aux territoires, aux ressources, aux représentations et aux rapports de force. Or, dans toute région du monde, les évolutions démographiques représentent un outil prospectif majeur. Ce paramètre trop souvent négligé par les politiques publiques, peut contribuer à déstabiliser les équilibres économiques, politiques et sociaux.


Lectures

La Voie - Pour l'avenir de l'humanité
Edgar Morin Fayard - Collection : Essais
Le vaisseau spatial Terre, continue à toute vitesse sa course dans un processus à trois visages : mondialisation, occidentalisation, développement.
Tout est désormais interdépendant, mais tout est en même temps séparé. L’unification techno-économique du globe s’accompagne de conflits ethniques, religieux, politiques, de convulsions économiques, de la dégradation de la biosphère, de la crise des civilisations traditionnelles mais aussi de la modernité.
Une multiplicité de crises sont ainsi enchevêtrées dans la grande crise de l'humanité, qui n'arrive pas à devenir l'humanité.
Où nous conduit la voie suivie ? Vers un progrès ininterrompu ?
Nous ne pouvons plus le croire. La mort de la pieuvre totalitaire a réveillé la pieuvre des fanatismes religieux et stimulé celle du capitalisme financier.
Elles enserrent de plus en plus le monde de leurs tentacules.
La diminution de la pauvreté se fait non seulement dans un accroissement de bien-être matériel, mais également dans un énorme accroissement de misère.
Allons-nous vers des catastrophes en chaîne ? C’est ce qui paraît probable si nous ne parvenons pas à changer de voie.
Edgar Morin pose ici les jalons d’une « Voie » salutaire qui pourrait se dessiner par la conjonction de myriades de voies réformatrices et nous conduire à une métamorphose plus étonnante encore que celle qui a engendré les sociétés historiques à partir des sociétés archaïques de chasseurs-cueilleurs.
Directeur de recherches émérite au CNRS, penseur transdisciplinaire et indiscipliné, l’auteur de La Voie est connu pour avoir conçu la "pensée complexe" dans son œuvre maîtresse, La Méthode. Il est docteur honoris causa de vingt-quatre universités à travers le monde.
Pour une fiche de lecture détaillée : http://dialoguesenhumanite.org/331-la-voie-edgar-morin
L'Atlas géodémographique commenté
Revue « Population et avenir » Hors-série Atlas - (n° 701 bis)
Au sommaire : Atlas géodémographique commenté de la France Atlas géodémographique commenté de l'Europe Atlas géodémographique commenté du Monde Le site vous propose des informations sur la démographie ainsi que sur la géographie et l'histoire des populations. www.population-demographie.org/accueil.htm
Intercartes 5e
CRDP de l'Académie de Nice
La collection Intercartes, dirigée par Françoise MARTINETTI, a vu le jour en 1994, du besoin de proposer des cartes aux enseignants d'Histoire-Géographie du Collège et du Lycée, illustrant les programmes alors en vigueur.
"Le mûrissement de cette nouvelle publication est à la mesure de la mutation de l'enseignement de l'Histoire-Géographie au collège : il a été nécessaire de repenser la formule éditoriale de la collection, de prendre en compte la nouvelle version du LPC (Livret Personnel de Compétences) paru en Août 2010 pour l'année 2010/2011. Le retour sur la mise en oeuvre du nouveau programme a également été important pour la rédaction de ce nouveau numéro, d'où le décalage de la publication du prochain Intercartes 5e. Une équipe d'auteurs renouvelée, une prise en compte des nouveaux textes, des propositions pédagogiques en abondance : attendez-vous donc à de profonds changements avec Intercartes 5e "
Intercartes.NET est le site web des produits de la collection d'ouvrages Intercartes éditée par le CRDP de l'Académie de Nice.
Il est destiné à proposer aux utilisateurs des ressources en ligne autour des ouvrages, utilisables en classe par l'enseignant ou les élèves, ou bien à domicile, en accompagnement éducatif, en aide personnalisée, ou bien par curiosité : http://media-crdp.net/intercartes.net/ 

Agenda

PHOTOQUAI - 3e Biennale des images du monde
L’exposition présentée sur les quais de la Seine se prolonge dans le jardin du musée du quai Branly, à la tour Eiffel, ainsi que dans une dizaine d’institutions partenaires à Paris dont la Maison de l’Amérique latine, la Maison européenne de la photographie, le Petit Palais ou encore l'Ambassade d’Australie. Du 13/09/11 au 11/11/2011 Direction artistique : Françoise Huguier - Scénographie : Patrick Jouin
« A voir autrement, on voit autre chose » Heinrich Wölfflin, Principes fondamentaux de l’histoire de l’art (1915). Dans la continuité de la première biennale, l’initiative de sa création en revient au musée du quai Branly, PHOTOQUAI 2011, dédiée à la photographie non occidentale, poursuit sa mission d’origine en faisant découvrir des artistes dont l’œuvre est inédite en Europe. Mission fédératrice aussi puisqu’il s’agit de multiplier les croisements de regards en un système d’échange d’un lieu à l’autre. Les deux premières éditions, en 2007 et 2009, ont fait découvrir 116 photographes venus chaque année de plus de trente pays différents. La troisième édition de PHOTOQUAI, dont la direction artistique est confiée à la photographe et cinéaste Françoise Huguier, présente 46 photographes venus de 29 pays. Françoise Huguier s'est entourée de nombreux commissaires dont Olivier Culmann pour l’Inde, Christine Eyéné pour l’Afrique, Christian Caujolle pour Cuba ou encore Mouna Mekouar pour le Maghreb : "Il était important pour moi que la recherche des œuvres se fasse en étroite collaboration avec les commissaires pour donner à voir d’une part des artistes émergents, d’autre part des artistes n’ayant pas l’opportunité d’être diffusés. Bien sûr il y avait la possibilité offerte par internet mais rien ne vaut une recherche plus profonde dans différents pays pour en sonder le subconscient. La rencontre des photographes chez eux, dans leur contexte, permet de dépasser notre confort intellectuel d’Occidental qui nous empêche trop souvent d’aller regarder ailleurs. Cette curiosité active nous force à comprendre l’inspiration et les conditions de réalisation de l’œuvre d’un photographe, et comment celui-ci se situe dans les problématiques de son environnement. " (…) "Malgré la censure, l’autocensure ou le manque de moyens, j’ai été moi-même étonnée en allant à la rencontre des artistes dans différents pays, de voir tant de vitalité, d’inventivité et de profusion photographique. Une des idées fortes de cette 3e biennale était d’insister sur des régions du monde peu prospectées et peu vues : Cuba, Asie du Sud-Est, Afrique de l’Est…" Comme l’ont espéré ses fondateurs, PHOTOQUAI 2011 se fait l’écho de la créativité, non pas de la « sono mondiale », mais de la « photo mondiale ». (www.francoisehuguier.com/)

ARTE Reportage - Fukushima / Gaza / Somalie

Par http://www.arte.tv
(France, 2011, 42mn)
ARTE



Direct Link

Fukushima : les révoltés du nucléaire

De David Zavaglia, Pierre Grillot, Roger Walch et Valérie Mérie – Scientifilms – ARTE GEIE – France 2011

Alors que la France prononce vingt cinq ans plus tard un non lieu général sur Tchernobyl – et les supposés mensonges sur le nuage radioactif - les Japonais décident de prendre leur destin en main. Malgré une discrétion et un fatalisme farouches, ils n'acceptent plus les mensonges d'Etat.

Tandis que les autorités nippones bloquent l'importation de tous les outils de détection de la radioactivité pour empêcher que la population s'en équipe, une poignée de Japonais se rebelle et passe à l'action.
Parmi eux, Wataru Iwata, musicien. Il n'a aucune compétence scientifique. Cet été, il est pourtant venu en France et en Allemagne se former en urgence pour apprendre à mesurer la radioactivité. Il est reparti avec plusieurs détecteurs.
Notre équipe l'a suivi dans son pays alors qu’il mène avec de nombreux autres Japonais, une campagne inédite de mesure réelle de la radioactivité tout autour de la zone d'exclusion de la centrale de Fukushima. Les résultats sont édifiants : la radioactivité est bien plus élevée que ce qu'affirment les autorités.
Les Japonais se mobilisent, interpellent le gouvernement, se rassemblent, multiplient les campagnes de mesure, et décident de dénoncer les mensonges de leurs gouvernants.
Ce reportage, aux allures de road movie dans des zones dévastées, montre que des milliers de Japonais sont exposés chaque jour à des doses radioactives très nocives. 
Par ailleurs, la France, avec ses organismes indépendants comme la CRIIRAD et l'ACRO, est l'un des premiers pays à venir en aide à ces "Erin Brokovitch" du nucléaire, et réalise pour eux des analyses à distance.


Gaza n’attend rien de l’ONU

De Michel Dumont, Eric Bergeron et Isabelle Nommay – ARTE GEIE – France 2011

Les Palestiniens de Gaza n’attendent rien de positif de l’Assemblée générale de l’ONU. A quoi bon la reconnaissance d’un Etat qui, pour l’heure se compose de deux bouts de terre qui s’ignorent et de deux gouvernements qui ne se parlent pas.

Depuis juin 2006, la bande de Gaza est aux mains des islamistes du Hamas. L’ordre règne mais le million et demi de Gazaouis supportent de plus en plus mal un régime qui fait des affaires avec le commerce des tunnels, qui s’enrichit mais sans que le quotidien du petit peuple s’améliore.

« Fuck Israel, fuck Fatah, fuck Hamas » ainsi commence le manifeste diffusé sur les réseaux sociaux par une petite bande d’internautes pour lesquels l’important aujourd’hui n’est pas la proclamation d’un Etat mais la réconciliation entre les différentes factions palestiniennes.


Somalie, août 2011 : un silence assourdissant 

Photos : Martina Bacigalupo / Agence Vu
Réalisation : Serge Challon / Vu de la Terre
Béatrice Augereau, Anne Mangin et Marc Gigoux – ARTE GEIE – France 2011

Chaque mois, retrouvez dans ARTE Reportage la rubrique "Temps de pose". Une série de photos exclusives, sobrement commentées par l’auteur.

Martina Bacigalupo, jeune photographe italienne de 33 ans, primée par le Prix Canon de la Femme Photojournaliste en 2010, vit et travaille depuis 4 ans au Burundi dans la région des Grands Lacs.

Martina Bacigalupo collabore avec l’agence VU. Son travail s’inscrit dans la tradition des photographes engagés dans une relation de grande proximité avec ses sujets, à la recherche de la bonne distance, souvent face à des femmes rencontrées à tous les moments de leur vie dans une région du monde où se succèdent les tragédies, guerres, conflits ethniques, sécheresse, famine, épidémies.

Le 6 août 2011 à Mogadiscio, le groupe armé islamiste Al-Shabaab quitte la ville marquée par des décennies de guerre : d’un côté plusieurs quartiers désertiques où les gens ont encore trop peur des snipers pour aller retrouver leurs maisons et de l’autre, des camps de déplacés éparpillés partout où des centaines de personnes arrivent chaque jour pour fuir la famine qui dévaste le pays.

Les forces du Gouvernement Transitionnel (TFG), censées protéger la population, sont parfois responsables de graves violations à toutes les problématiques du pays. La population est prise entre un pouvoir incompétent et un groupe armé qui interdit aux ONG d’apporter l’aide nécessaire pour limiter les séquelles de la sécheresse. Ceux qui essaient de quitter le pays se retrouvent, après des journées de marche, dans le camp de réfugiés le plus grand du monde, Dadaab, au Kenya. Une catastrophe humanitaire, selon certains.

Lien

Le site web de Martina Bacigalupo

La Chine à la rescousse de l’Europe… sous condition

vendredi 30 septembre 2011, par Martine Bulard
pour http://blog.mondediplo.net

En chinois, le mot « crise » s’écrit avec deux caractères : l’un symbolise le danger, l’autre l’opportunité (危机, wēijī). Sans négliger le premier, Pékin utilise le second, comme le rappelle Mme Xu Bei, économiste chez Natixis (lire Paul Taylor, « China has a big stake in E.U. Stability », New York Times, 19 septembre 2011). La spécialiste note par ailleurs que « l’intérêt de la Chine est d’avoir une zone euro stable avec la création d’euro-obligations. Mais est-ce que la Chine peut avoir un impact sur les décisions des pays de l’Union européenne ? J’en doute ». La remarque est judicieuse. Toutefois, il a suffi que des autorités chinoises parlent d’acheter de la dette souveraine européenne pour que les « marchés » se calment… au moins pour vingt-quatre heures.

En Chine même, l’orgueil de voir les financiers occidentaux se tourner vers l’Est le dispute à l’inquiétude. Et ce n’est certainement pas un hasard si Zhang Monan, économiste et éditorialiste au très officiel China Daily, a pris sa plume pour préciser le sens des choix gouvernementaux. Sous le titre « Value cooperation over cash », elle part du sentiment que « la Chine est en train de payer pour les déséquilibres mondiaux » – alors qu’elle n’en serait ni responsable ni même coresponsable… Mais Zhang Monan souligne aussitôt que « les achats chinois de la dette européenne ne relèvent pas de la générosité. Aider l’Europe qui est aux prises avec une crise extrêmement difficile revient à aider la Chine elle-même. C’est aussi le prix que celle-ci doit assumer dans le cadre des déséquilibres financiers du monde. Beaucoup de Chinois regardent négativement l’achat de dette souveraine italienne. De fait, les acheteurs prennent de gros risques (...). Mais, en l’état actuel de la mondialisation financière, économique et médiatique, la crise de confiance et de crédibilité qui touche l’Europe peut s’étendre rapidement au reste du monde et engendrer un cercle vicieux d’autoréalisation. (...) Or l’Europe représente le plus grand marché d’exportation de la Chine. Vu sous cet angle, un effondrement des économies européennes aurait un impact énorme sur la Chine ». De fait, Pékin n’a aucun intérêt à voir l’euro exploser et l’Union européenne sombrer dans la récession. Déjà, la consommation aux Etats-Unis est au plus bas niveau – et les exportations chinoises vers l’Amérique baissent. Pour l’heure, le marché intérieur chinois n’a pas pris le relais – malgré des augmentations de salaire importantes dans les grandes entreprises. Le ralentissement tant redouté pointe le nez alors que les autorités chinoises ne peuvent pas rééditer l’opération de novembre 2008 (l’injection de 430 milliards d’euros dans l’économie). Bref, la Chine a (aussi) besoin de l’Europe... et de ses entreprises. Selon un rapport de l’Association chinoise de l’industrie, « plus de 80 % du commerce extérieur chinois [importations et exportations] est réalisé par des groupes à capitaux étrangers » (Xinhua, 27 septembre 2011). C’est dire le degré de dépendance du pays…

Zhang Monan détaille également tout l’intérêt pour les Chinois, mais également pour les autres économies émergentes, de s’appuyer sur l’euro qui « offre un substitut au dollar comme monnaie de paiement. Ainsi, par exemple, l’Irak, l’Iran, la Russie, le Venezuela et d’autres ont décidé d’accepter l’euro comme monnaie de transaction pour leurs ventes de pétrole », traditionnellement payées en dollars. Et de préciser : « L’achat de dette souveraine européenne par la Chine et les autres pays des BRICS [Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud] représente une sorte de soutien à l’euro [qui] devrait aider à briser la domination du dollar sur le système monétaire international. C’est un pas de plus vers l’instauration d’un système monétaire international multipolaire. »

Réduire le poids du dollar

 

Toujours selon l’économiste, les pays émergents « sont embourbés dans le “piège du dollar” avec pour conséquence une réévaluation de leur monnaie et une entrée massive de capitaux [hot money] depuis l’irruption de la crise ». Ce qui a pour conséquence de freiner les exportations. Donc tout ce qui peut affaiblir la domination du dollar est bon à prendre. « Le problème actuel, poursuit-elle, n’est pas de savoir si les économies émergentes doivent – ou non – tendre une main secourable aux pays européens durement touchés, mais de quelle manière ils peuvent le faire. » Fournir des liquidités n’est pas la clé – les réserves des BRICS n’y suffiraient d’ailleurs pas. « Ce dont l’Europe a le plus besoin, c’est d’investissements des pays émergents dans l’économie réelle – investissements qui, combinés aux technologies de pointe et à l’expertise de gestion des économies européennes, permettraient de créer un espace pour un nouveau mode de développement et de donner du temps à l’Europe pour engager de profondes réformes structurelles. » Les fonds et groupes chinois cherchent plutôt à investir dans des entreprises de haute technologie ou des infrastructures de transport (comme le montre l’exemple fameux du port du Pirée – le géant Cosco a conclu un accord pour la modernisation et l’exploitation d’un des embarcadères pour trente-cinq ans).

De plus, souligne Zhang Monan : « La crise financière est le résultat de l’absence d’un mécanisme de bonne gouvernance mondiale. » Les BRICS souffrent de la volatilité des capitaux en mal de profits qui passent d’une place à l’autre. Dans un éditorial remarqué du Financial Times, la présidente du Brésil, Dilma Rousseff, s’en prend « à ces économies qui déversent des liquidités sans aucun sens du bien commun », faisant clairement allusion à la banque centrale américaine (FED) qui, au nom de la lutte contre la récession aux Etats-Unis, injecte un flot continu de capitaux qui se placent partout… sauf dans l’économie américaine (lire « Brazil will fight back against the currency manipulators », Financial Times, 22 septembre 2011). En Chine, les « capitaux gris » (hot money), entrés illégalement sur le territoire en attente d’une réévaluation du yuan, ont augmenté de plus d’un quart au premier semestre 2011, selon les statistiques de la banque centrale chinoise. Et pourtant, à la différence du Brésil, le pays dispose d’un contrôle des changes... au grand dam des financiers. Le Fonds monétaire international (FMI), par la voix de son économiste chargé de l’Asie, M. Nigel Chalk, vient de réclamer des « réformes du système financier chinois dans les cinq ans à venir (…). On n’a jamais vu une économie aussi grande, aussi importante pour le système, avec ce type de système financier » – un système nourri par « une épargne élevée (…) reposant fortement sur les banques », et « étroitement régulé » – contrôle de capitaux et interventions sur le marché des changes au niveau international, taux d’intérêt et masse monétaire contrôlés par l’Etat au niveau national (Cf. Agence France presse, 19 septembre). Contrôle, régulation… autant de gros mots pour le FMI.

Que le système chinois pose des problèmes, c’est évident. Les autorités le savent, qui tentent de ralentir les distributions de crédits et les investissements inutiles. Mais que le FMI réclame comme mesure salvatrice une déréglementation en pleine crise financière, voilà qui ne manque pas de sel. C’est d’ailleurs cette myopie et ce dogmatisme du FMI qui permettent à la Chine de marquer des points politiques et de rassembler les BRICS. Ainsi, peu de temps avant d’avoir fustigé les Etats-Unis, Mme Rousseff avait précisé lors de la fête de l’Indépendance : « Dans la crise internationale actuelle, notre principale défense est de développer et protéger notre marché intérieur, qui est d’ores et déjà l’un des plus vigoureux au monde, et c’est pourquoi je veux qu’il soit clair que mon gouvernement n’autorisera pas les attaques contre nos industries et nos emplois. » (« Brazil President To Protect Domestic Market From Global Turmoil » The Wall Street Journal, le 7 septembre 2011). De toute évidence, les produits « made in China » étaient visés.
Mais la présidente du Brésil comme les chefs d’Etat ou de gouvernement des BRICS se sont retrouvés pour appeler le FMI à accélérer ses réformes en matière de quotas et de gouvernance. « Nous sommes préoccupés par la lenteur des réformes, ont-ils indiqué dans un communiqué le 22 septembre dernier. La mise en œuvre de la réforme 2010 prend du retard. » Les pays émergents veulent bien prêter main-forte – ils y ont intérêt – mais ils entendent prendre toute leur place aux commandes.

Jesus Camp (Documentary)

http://en.wikipedia.org/wiki/Jesus_Camp

Directed by Heidi Ewing
Rachel Grady
Produced by Heidi Ewing
Rachel Grady
Starring Becky Fischer
Mike Papantonio
Music by Force Theory
Cinematography Mira Chang
Jenna Rosher
Distributed by Magnolia Pictures
Release date(s) September 15, 2006
Running time 85 minutes
Country United States



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Femme pasteur à la tête d'une Église pentecôtiste, Becky Fischer anime un groupe de prière pour enfants dans le Missouri. Depuis 2001, elle organise en outre un camp d'été dans le Dakota du Nord pour ses jeunes ouailles et leurs familles. Serrés dans la chapelle, les enfants y répètent des chorégraphies pour accompagner le message divin. Ou assistent au discours anti-avortement d'un pasteur, muni de minuscules poupées représentant les embryons. Et lorsque Becky Fischer reprend la parole pour fustiger Harry Potter - "les sorciers sont les ennemis de Dieu" - et reprocher à certains d'oublier la foi dans la cour de récréation, les mains se joignent dans un mouvement unanime, les yeux montent au ciel, les corps se tordent et les larmes roulent sur les joues rougies de petits paroissiens écrasés par la culpabilité...

(Etats-Unis, 2006, 84mn)
ARTE F
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