8 septembre 2011

Bull et l'Etat français impliqués dans une affaire de surveillance d'Internet en Libye ?

Par Christophe Auffray, ZDNet France. Publié le vendredi 02 septembre 2011

Amesys, propriété du français Bull, est soupçonné d’avoir livré un système de surveillance d’Internet au régime libyen de Kadhafi. Des cadres de l’entreprise ainsi que des militaires français auraient par ailleurs formé les agents des services secrets.
 
Le président Nicolas Sarkozy mise notamment sur le dossier libyen pour soigner sa stature internationale et de future candidat pour 2012. Une nouvelle affaire pourrait toutefois égratigner cette image.

En mai puis en juin, Reflets.info et Owni.fr révélaient que la société française Amesys, propriété du groupe Bull, avait vendu des technologies de surveillance à la Libye de Kadhafi. Depuis, le WSJ, la BBC ainsi que le Figaro sont venus corroborer ces soupçons.

La France a-t-elle vendu de la technologie de surveillance, à défaut de Rafale ?

Amesys aurait ainsi livré à la Libye un système baptisé Eagle permettant d’effectuer, en masse, des interceptions des flux Internet (emails, chats, VoIP…). Selon le Figaro, des ingénieurs de Bull, ainsi que des militaires de la direction du renseignement militaire (DRM), auraient même formé les services de renseignements du dictateur libyen.

Après plusieurs jours de silence, Amesys a publié un commentaire officiel, contestant, en partie, les informations révélées par la presse. La société reconnaît avoir signé un contrat en 2007, dans un contexte international dit de « rapprochement diplomatique avec la Libye qui souhaitait lutter contre le terrorisme et les actes perpétrés par Al-Qaida. »

Quant au dispositif technique livré en 2008, il s’agissait « d'un matériel d'analyse portant sur une fraction des connexions internet existantes, soient quelques milliers. Il n'incluait ni les communications internet via satellite - utilisées dans les cybercafés -, ni les données chiffrées - type Skype -, ni le filtrage de site Web. »

Amesys ne nie donc pas que le dispositif ait pu servir à une surveillance d’Internet, mais en limite le périmètre à quelques milliers de connexions. La filiale de Bull réfute par ailleurs avoir fourni une solution permettant des écoutes téléphoniques sur les lignes fixes et mobiles.

Amesys reconnaît de "l'analyse", mais sur "quelques milliers de connexions"

Toutefois, les discussions sur Internet en VoIP, non chiffrées, pouvaient elles être interceptées. « Toutes les activités d'Amesys respectent strictement les exigences légales et réglementaires des conventions internationales, européennes et françaises » assure cependant le groupe français.
Mais plusieurs éléments de sa défense sont directement contestés par le témoignage paru dans le Figaro d’un militaire intervenu, aux côtés d’ingénieurs de Bull (une mission facturée 10 millions d’euros), dans la formation des agents du renseignement libyen.

« En se branchant sur l'interconnexion internationale, nous avions déjà 98% du trafic, il y avait très peu de points de captures » déclare-t-il, ajoutant que cadres de Bull et militaires français étaient en relation directe avec le chef des services secrets libyens.

Suite à la publication de ces différentes informations, le député Christian Paul a interpellé le gouvernement par le biais d’une question parlementaire (reproduite sur Owni.fr). Le député souhaite savoir si l’Etat a donné son aval à la vente et à l’emploi d’armes technologiques en Libye - et dans d’autres pays.

Christian Paul souhaite également être informé des conditions dans lesquelles « des services civils ou militaires français auraient été chargés […] d'accompagner la livraison de ces outils, voire d'en former les utilisateurs. »

Pas de retour dans la zone d’exclusion de Fukushima officiellement inhabitable. Pour l’instant, le rayonnement est 29 fois supérieur à Hiroshima

Jeudi 25 Août 2011
Original : www.gaia-health.com/articles501/000517-fukushima-no-return-home.shtml
Traduction copyleft de Pétrus Lombard

Pour http://www.alterinfo.net


Le gouvernement japonais va enfin admettre que les radiations ont rendu inhabitable la région entourant Fukushima. Mais ce n'est qu’un élément d'un tableau bien plus désastreux.

Gaia Health, Heidi Stevenson, 24 août 2011

      Personne ne pourra revenir dans la zone d'exclusion autour de la centrale nucléaire de Fukushima qui a subi trois fusions de cœur de réacteurs et crache toujours des rayonnements. Le New York Times rapporte que le gouvernement annoncera bientôt que la zone d'exclusion est inhabitable, et pourrait le rester des décennies durant.

      Le premier ministre devrait se rendre à Fukushima ce samedi pour annoncer officiellement aux anciens habitants que leurs maisons sont perdues. Ils ne peuvent pas retourner dans le périmètre de 12 miles (20 km) de rayon autour de la centrale nucléaire de Fukushima.

      Ce qui a pris tant de temps peut seulement être décrit comme une machination politique. Les habitants ont dû partir à cause des radiations, dont on sait qu’elles contamineront pendant au moins des dizaines d'années. Il n’y avait aucune possibilité que les habitants puissent revenir. Pourtant, la fiction a été entretenue – la vie des gens a été suspendue pendant des mois – simplement pour que l'énormité de la catastrophe nucléaire de Fukushima puisse être cachée en attendant que les carrières politiques soient sécurisées et que les magouilles puissent assurer qu'il y aurait peu de résistance publique au projet de maintien de l'énergie nucléaire.


Les niveaux de radiation au Japon

      Al Jazeera rapporte que des scientifiques japonais et les médecins veulent un mandat national pour tester dans les aliments, l’eau, le sol et l'air, la radioactivité qui est actuellement toujours crachée par la centrale nucléaire polluée de TEPCO. Le Dr Tatsuhiko Kodama, professeur au Centre de recherche en sciences et technologies avancées et directeur du Centre des radio-isotopes de l'université de Tokyo, veut savoir :
      Quelle quantité de matières radioactives a été libérée par la centrale ? Le gouvernement et TEPCO n’ont pas encore indiqué la quantité totale de radioactivité libérée.

      Les installations de Kodama ont mesuré le rayonnement dans toute la nation japonaise. Leurs résultats sont effrayants. Ils ont constaté que, depuis le séisme, il y a plus de cinq mois, la quantité totale de radiation émise est supérieure à celle de 29 « bombes atomiques de type Hiroshima » ! La quantité d'uranium libéré équivaut à environ 20 bombes d'Hiroshima.

      Il ne surprendra guère que Kodama pense que la réponse du gouvernement n'a pas été adéquate.

      Considérez aussi que des niveaux de rayonnement supérieurs à 10.000 millisieverts [*] par heure ont été trouvés il y a juste quelques semaines. Jusqu’où se monte leur intensité est inconnu, car les compteurs Geiger ne peuvent pas enregistrer au-delà.
[* Ndt : Comme le montre ce graphique, 10.000 mSv est une dose mortelle. Je profite de cette note pour rajouter un truc scrogneugneu sur le dossier « médecine du cancer. » Selon cette révélation de Mike Adams, les rayonnements ionisants servant à « traiter le cancer » (comme ceux qui transforment les patients en bombes sales ambulantes) sont de l’ordre de 20.000 mSv. Mais, comme la grosse carambouille pharmaceutique a le bras long, elle a réussi à faire censurer son crime dans le graphique original des rayonnements.]

      Al Jazeera rapporte que des médecins japonais soignent maintenant des patients pour des maux qu'ils pensent causés par les radiations. Le Dr Yuko Yanagisawa, de l’hôpital de Funabashi Futawa dans la préfecture de Chiba, a déclaré :
      Nous avons commencé à voir des saignements nasals aigus, des cas de diarrhées rebelles, et des symptômes de type grippal chez des enfants. Nous sommes face à des situations nouvelles que nous ne pouvons expliquer avec le corps de connaissances sur lequel nous comptions sur jusqu'à présent.
      La situation à l’installation nucléaire de Daiichi à Fukushima n'a pas encore été totalement stabilisée, et nous sommes incapables d’en voir la fin. Comme les matières nucléaires n'ont pas encore été fixées (encapsulated), le rayonnement continue à se propager dans l'environnement.
      Les médecins sont consternés par la réponse du gouvernement : relever de 1 millisievert par an à 20 millisieverts par an la limite de rayonnement admise pour les enfants. Yanagisawa déclaré calmement :
      Du point de vue médical, cela a provoqué une controverse. C'est certainement une question qui implique à la fois les expositions personnelles internes ainsi que les expositions à de faibles doses.
      Kodama, un expert sur les effets internes du rayonnement, est consterné par le manque de réaction du gouvernement face à la radioactivité des aliments :
      Bien que trois mois se soient déjà écoulés depuis l'accident, pourquoi même les choses élémentaires n'ont pas encore été faites ? Je suis très en colère et ça me met en rage.
      Les radiations sont un grand danger pour les embryons chez des femmes enceintes, pour les jeunes, et les cellules très proliférantes des gens dont l'âge augmente. Même pour les adultes, les cellules très proliférantes, comme les cheveux, le sang et les cellules épithéliales de l’intestin, sont sensibles aux radiations.
      Le directeur exécutif de Greenpeace Japon est catégorique :
      Il est absolument scandaleux d'augmenter le niveau d'exposition pour enfants à vingt fois la limite maximale pour adultes. Le gouvernement japonais ne peut pas tout bonnement augmenter les limites de sécurité pour des raisons de commodité politique ou pour donner l'impression de normalité.
      Mais, naturellement, c'est exactement ce que le gouvernement japonais a fait.

      Le Dr Helen Caldicott, fondatrice et présidente de Physicians for Social Responsibility, lauréat du prix Nobel en 1985, est citée par Al-Jazira à propos de son inquiétude pour les générations futures :
      Les éléments radioactifs pénètrent dans les testicules et les ovaires, et cela cause de maladies génétiques comme le diabète, la fibrose kystique, et l'arriération mentale. Il y a 2600 de ces maladies qui entrent dans nos gènes et sont transmises de générations en générations, pour toujours.
      Le Dr Yanagisawa rajoute :
      L’incidence du cancer augmentera sans aucun doute. Dans le cas des enfants, des cancers de la thyroïde et des leucémies peuvent commencer à apparaître après plusieurs années. Dans le cas des adultes, l'incidence des divers types de cancer augmentera sur plusieurs décennies.
      L’exposition aux radiations est dite être sans effet immédiat, et après un cancer frappe – ce qu'est souffrir pendant longtemps de cette façon, seuls les survivants des bombardements atomiques peuvent vraiment le comprendre.
      Déjà, quelques rescapés de Fukushima commencent aussi à comprendre.

      Je suppose que citer la réaction du gouvernement japonais à tout ça sera considéré correct. Mais il ne s’agit pas d’une question de bord [politique]. C'est une question vitale et le gouvernement du Japon traite la vie de ses citoyens comme s’il s’agissait de pions sur un jeu d'échecs. La vie des générations futures est en danger, et ils répondent par des faux-fuyants, sans même tenter des solutions. En fait, ils n'ont même pas répondu au rapport de Kodama sur les niveaux de rayonnement ; ils l’ont tout bonnement ignoré.


L’ampleur de la dissimulation

      Personne ne pense même aux rejets radioactifs dans l'océan et la nappe phréatique, ni aux nuages [radioactifs] qui ont voyagé autour de la Terre. En fait, où sont les rapports sur l'endroit où se dirige la radioactivité ? La vérité, c’est que le Japon n'est pas le seul impliqué dans la dissimulation. Toutes les nations industrielles du monde le sont.

      En Zunie, il y a eu un tremblement de terre d'intensité 6,0 environ. Ne pensez pas que les centrales nucléaires s’en sont tirées les doigts dans le nez, car ce n’est pas le cas. Bloomberg a signalé que la centrale nucléaire de North Anna, exploitée par Dominion Resources, est passée sur les générateurs électriques diesel de secours quand l'alimentation à l’extérieur du site est tombée en rade le 23 août. L’un des quatre générateurs n'était pas opérationnel, car le séisme avait rompu la tubulure du liquide de refroidissement.

      La centrale a été soi-disant construite pour résister à un séisme de précisément cette magnitude, et elle s’en est assez mal tirée. Et la réalité de l’histoire est pire que ça. Le tremblement de terre à Charleston en 1886, un séisme d'environ 7,0, fut bien plus fort. Pourtant, aucun projet n'a été fait pour qu’une centrale nucléaire résiste à un séisme supérieur à 6,0 – et, de toute façon, elle n'a pas vraiment pu le gérer.

      Les capteurs sismiques ont été retirés de la centrale nucléaire de North Anna dans les années 90. Pour raison de compressions budgétaires. Ah ? Et Dominion Virginia Power, le propriétaire de la centrale, a prévu de rajouter un troisième réacteur sur le site. Il sera intéressant de voir si leur projet est accepté.

      En juin, une centrale nucléaire située le long du Mississippi, est presque passée en situation de catastrophe, au moment où une inondation a presque submergé les piscines de barres de combustible usagé. L’eau a pu arriver à quelques centimètres. Si l’inondation avait recouvert les piscines, la radioactivité se serait répandue dans le Mississippi.

      Par expérience personnelle, je puis rapporter qu’une autre centrale, Rancho Seco, près de Sacramento, en Californie, a été il y a 30 ans très près d’une fusion de cœur de réacteur. La cause n'avait pourtant rien à voir avec les catastrophes naturelles. La simple cupidité en était la raison. La compagnie propriétaire de la centrale avait choisi de ne pas faire la maintenance routinière nécessaire, de sorte qu'elle a pu présenter un plus grand profit. La responsabilité a été attribuée avec succès à la conception de la centrale, qui, assurément imparfaite, a rendu le manque d'entretien encore plus grave (egregious). Le public n'a jamais su l'ampleur de l'incident.

      Manifestement, l'industrie nucléaire de Zunie est en proie à exactement le même genre de problèmes que le Japon.

      L'industrie nucléaire est complètement dévoyée – et nos gouvernements sont complices de leurs crimes. La population japonaise commence à souffrir de la catastrophe de Fukushima, ainsi que les gens partout dans le monde. Bien sûr, nos gouvernements tenteront presque à coup sûr de le cacher, tout comme ils l’ont fait partout. Tchernobyl. Fukushima. Près de Three Mile Island et au moins en trois autres endroits de Zunie.


Note du traducteur : Pour se rendre compte du problème budgétaire et pratique dans lequel nous a fourré l’industrie nucléaire, il suffit de constater les difficultés quasi insurmontables du démantèlement des vieilles centrales. Le site cartoradiations diffuse cet article hallucinant du Canard enchaîné : Le super délire du démantèlement de Superphénix.
      Même avec des chantiers ruineux durant des décennies ou même des siècles, le démantèlement de centrales est une autre utopie irréalisable, puisqu’il faudra bien mettre quelque part les montagnes de débris dont certains restent radioactifs quasiment pour l’éternité.
      La seule solution logique qu’imposera l’urgence consistera à enterrer les centrales sous une montagne de béton en faisant mine d’oublier le danger d’irradiation des nappes phréatiques.

7 septembre 2011

Mozambique : Le gouvernement cède des terres à des grands propriétaires brésiliens

Ecrit par Adriano Rangel · Traduit par Norbert Bousigue
Pour http://fr.globalvoicesonline.org

Le gouvernement du Mozambique est en train de concéder l'usage de 6 millions d'hectares de terres [en portugais], soit l'équivalent des deux tiers de la superficie du Portugal, afin que de grands exploitants agricoles brésiliens cultivent du soja, du coton et du maïs dans le nord de ce pays africain, dans les provinces de Niassa , Cabo Delgado, Nampula et Zambézie. Cela avec l'intention de tirer profit de l'expérience brésilienne dans le cerrado, où, à partir des années 1960, la frontière agricole a progressé vers l'intérieur, avec l'élevage extensif et les grandes plantations de soja.


O cultivo de soja já consumiu 80% de todo o cerrado brasileiro. Imagem: Open Democracy no Flickr (CC BY-SA 2.0)
La culture du soja utilise maintenant 80 % du cerrado brésilien. Photo : Leonardo Freitas via openDemocracy sur Flickr (CC BY-SA 2.0)

Au Brésil, cette progression de l'élevage vers l'intérieur a entraîné la destruction de 80 % du cerrado, qui est considéré comme la savane la plus riche du monde en biodiversité. La dégradation de ce biome, qui couvre un quart du territoire brésilien, vient recouvrir et polluer les principaux bassins versants du pays, qui se situent justement dans cette région, considérée comme le château d'eau du Brésil.
Grâce à l'offre du gouvernement du Mozambique, la frontière agricole brésilienne envisage de traverser l'Atlantique en direction de la savane africaine. Pour le géographe Eli Alves Penha, auteur du livre Relações Brasil-África e Geopolítica do Atlântico (Relations Brésil-Afrique et Géopolitique de l'Atlantique), les « similitudes écologiques et culturelles » conduisent à un « emboîtement écologique » entre le Brésil et le continent africain.

Dans un entretien [en portugais] pour les Éditions de l'Université Fédérale de Bahia [entretien dans lequel l'auteur résume sa thèse sur l'intérêt géopolitique du Brésil pour l'Afrique subsaharienne], Penha, après avoir développé ses idées, commente l'affirmation du spécialiste en agriculture du Kenya, Calistous Juma [en anglais], selon laquelle « pour chaque problème africain il existe une solution brésilienne ». « Je dirais que la réciproque est également vraie », ajoute Penha.


L'agrobusiness brésilien, basé sur l'épuisement des ressources naturelles, envisage maintenant d'exporter son modèle insoutenable de semences génétiquement modifiées, d'utilisation dégradante du sol et de grands domaines exploités aux dépens d'un modèle de réforme agraire ayant échoué. En 2006, le site Repórter Brasil [en portugais] indiquait déjà une nouvelle voie pour la frontière agricole brésilienne :
A rápida degradação do solo é um exemplo [de perdas irreversíveis à região]. De acordo relatório da Conservação Internacional, o plantio tradicional da soja, como é feito no Cerrado, causa a perda de cerca de 25 toneladas de solo por hectare ao ano. Caso fossem aplicadas técnicas de conservação, como a aragem mínima, o número poderia ser reduzido a 3 toneladas por ano.
Para Rosane Bastos [bióloga integrante da Rede Cerrado], a improdutividade pode impulsionar a destruição de outros ecossistemas: “se os grandes produtores ficarem sem solo, vão subir para a Amazônia”, prevê.
La rapide dégradation du sol est un exemple [de pertes irréversibles dans la région]. Selon un rapport de Conservação Internacional, la culture traditionnelle du soja, comme elle est pratiquée dans le Cerrado, entraîne la perte de près de 25 tonnes de sol par hectare chaque année. Si des techniques de conservation, comme le labour minimal, étaient employées, ce chiffre pourrait être réduit à 3 tonnes par an.
Pour Rosane Bastos [biologiste qui fait partie du Réseau Cerrado], le manque de productivité peut provoquer la destruction d'autres écosystèmes : « si les grands producteurs se retrouvent sans sol, ils vont se déplacer en Amazonie », prévoit-elle.
 
A maioria da população de Moçambique vive no campo. O país é um dos mais empobrecidos do mundo, com 70% dos habitantes abaixo da linha da pobreza. Imagem: The International Livestock Research Institute (ILRI) no Flickr (CC BY-NC-SA 2.0)
La majorité de la population du Mozambique vit dans les campagnes. Ce pays est l'un des plus pauvres du monde, avec 70 % de ses habitants sous le seuil de pauvreté. Photo : The International Livestock Research Institute (ILRI) sur Flickr (CC BY-NC-SA 2.0)

Que le gouvernement du Mozambique recherche des accords afin d'augmenter la productivité agricole n'est pas nouveau, comme Global Voices s'en est fait l'écho en janvier et juillet 2010. Le site Repórter Brasil [en portugais] faisait déjà part de sa préoccupation au sujet des communautés traditionnelles du Mozambique :
A Constituição de Moçambique decreta que todas as terras do país são propriedade do Estado, que pode conceder autorização de uso a empresas por períodos de 50 anos. Essa concessão, no entanto, está condicionada à ausência de comunidades tradicionais no território. Pelo jeito, lá, como no Brasil, boas leis não são garantia de boas práticas.
La Constitution du Mozambique déclare que toutes les terres du pays sont propriété de l'État, qui peut concéder son usage à des entreprises pour des périodes de 50 ans. Cette concession, toutefois, est conditionnée à l'absence de communautés traditionnelles sur son territoire. Tout montre que là-bas, comme au Brésil, de bonnes lois ne garantissent pas de bonnes pratiques.
Une des exigences du gouvernement du Mozambique pour la concession des terres est l'emploi de 90 % de main d'œuvre nationale pour les travaux agricoles. Sur au moins la moitié du territoire cédé par l'état aux brésiliens vivent des paysans sur de petites propriétés. Le Mozambique est l'un des 49 pays les plus pauvres du monde, avec 70 % de sa population sous le seuil de pauvreté, et les agriculteurs y éprouvent de grandes difficultés à accéder au crédit [en portugais] pour la production de nourriture.
Les structures foncières et les acquisitions de terres par des sociétés étrangères dans les pays africains ont fait l'objet d'une étude de l'Organisation des Nations Unies, citée par Fundação Verde [en portugais].
O documento pontualiza que as aquisições (de modo geral feitas na África mediante contratos de aluguel de meio século ou um século inteiro pelo que nada se paga) podem constituir um benefício ao supor investimentos estrangeiros. Também pode acarrear atração tecnológica, incremento da produtividade agrária e criação de emprego e de infra-estrutura. Mas, assim como estão sendo levados a cabo, com precárias consultas à população local, falta de transparência e sem garantir nos contratos os compromissos de investimento, emprego ou desenvolvimento de infra-estruturas, supõe colocar em risco o modo de vida de milhares de pequenos agricultores ou pastores, cuja existência depende da terra.
Ce document souligne que les acquisitions (réalisées en Afrique de manière générale par l'intermédiaire de contrats de location de cinquante ou de cent ans pour lesquels aucun argent n'est versé) peuvent constituer un profit en supposant des investissements étrangers. Cela peut également amener une attraction technologique, un accroissement de la productivité agricole et la création d'emplois et d'infrastructures. Mais la façon dont elles sont conduites, avec peu de consultation de la population locale, un manque de transparence et sans garantir dans les contrats les engagements d'investissement, d'emploi ou de développement d'infrastructures, peut mettre en péril le mode de vie de milliers de petits cultivateurs ou éleveurs, dont l'existence dépend de la terre.
 
Le néocolonialisme brésilien [en portugais] au Mozambique ne contribuera certainement pas au développement socialement juste de ce pays. Si, d'un côté, le Brésil peut offrir des connaissances techniques [en portugais] pour la culture de semences dans la savane africaine, il est d'un autre côté en train de proposer un modèle insoutenable d'agrobusiness, basé sur la monoculture, la dégradation de l'environnement et la concentration des terres entre les mains de quelques uns.
 

Madagascar : Les sanctions ont pour effet le déclin économique et l'insécurité alimentaire

Ecrit par Lova Rakotomalala · Traduit par Suzanne Lehn
Pour http://fr.globalvoicesonline.org

Madagascar vit ces dernières années un déclin lent et apparemment inexorable de sa fragile économie, qui met à rude épreuve la vie de millions de Malgaches.
Après deux ans et demi sous la houlette du gouvernement de transition d'Andry Rajoelina (la moitié d'un mandat présidentiel), l'économie a été classée au dernier rang mondial par le magazine Forbes [en anglais], des milliers de personnes ont perdu leur emploi et une crise alimentaire plane sur la région méridionale du pays.

Si les disettes sont récurrentes dans cette région depuis dix ans, un expert indépendant des Nations Unies a pourtant averti que les sanctions infligées à Madagascar ont rendu la situation intenable du point de vue de la sécurité alimentaire.

Madagascar rice fields. Image by Flickr user Luc Legay (CC BY-SA 2.0).
Rizières à Madagascar. Photo sur Flickr de Luc Legay (CC BY-SA 2.0).

Une crise qui se prolonge
Il y a 30 mois, Andry Rajoelina, ancien maire et magnat malgache de la publicité et des médias, prenait le pouvoir à Madagascar par un putsch militaire en 2009, un acte qui a engendré des sanctions immédiates de la majeure part de la communauté internationale. Des sanctions qui ont un effet catastrophique sur la sécurité alimentaire, soutient Olivier De Schutter, le Rapporteur spécial de l'ONU sur le droit à l'alimentation :
“Le résultat est que Madagascar a aujourd'hui un des niveaux de malnutrition infantile les plus élevés du monde, comparable à ceux de l'Afghanistan ou du Yémen,” a-t-il affirmé. [..] la décision des Etats-Unis de suspendre Madagascar du African Growth and Opportunities Act a coûté au moins 50.000 emplois au secteur textile, qui comptait pour moitié dans les exportations de Madagascar.
S'ajoutant à cela, l'Union Européenne a gelé les programmes prêts à être signés avant la crise politique, suspendant toute l'aide au développement passant par le canal du gouvernement.
L'économiste renommé et observateur de l'aide pour Aid Watchers William Easterly a soulevé les mêmes arguments [en anglais] il y a un an, à propos des sanctions qui touchent les pauvres et manquent leur cible revendiquée, ceux qui sont aux commandes :
De multiples critiques ont protesté sans relâche depuis que l'administration américaine, dans l'espoir de contraindre le gouvernement contesté du Président Andry Rajoelina à tenir des élections, a d'abord menacé de retirer les préférences commerciales à Madagascar.
L'industrie textile malgache a été un succès évident du African Growth and Opportunity Act (AGOA) états-unien, qui supprimait les quotas et droits de douane américains de milliers de produits des pays africains éligibles. Les exportations de Madagascar ont triplé pendant les trois premières années du programme, et le secteur textile, qui représentait 60 pour cent des exportations malgaches, comptait 50.000 emplois directs et au moins 100.000 emplois indirects supplémentaires. [..]
Nous commençons à voir maintenant les effets dans l'économie officielle et informelle :
Usines qui ferment et emplois industriels perdus : “les usines licencient et on assiste à une explosion du nombre de chômeurs,” [..]
‘Je pouvais gagner 20.000 ariary7 (7,15 €) par jour,’ indique Soloniaina Rasoarimanana, qui vend depuis 10 ans des vêtements sur un stand dans la rue. ‘A présent, avec la crise politique et plus de concurrence, je gagne dans les 5.000 ariary (1,79 €) par jour.’” [..]
Parmi les effets que nous NE voyons PAS : des indices d'un intérêt accru pour arriver à un accord de partage du pouvoir et instaurer une gouvernance démocratique de la part du gouvernement Rajoelina.
Le blogueur malgache Ndimby complète la liste des effets nocifs des sanctions :
De plus, les entreprises sont asphyxiées par la crise, mais aussi par des « redressements d’office » [Note: un système bien connu visant à punir les entreprises qui n'ont pas les faveurs du pouvoir] imposés par le Fisc, mais qui semblent plus tenir de la roulette russe que d’une quelconque rationalité.
La paupérisation de la population est une réalité, et les victimes se lancent dans l’informel pour joindre les deux bouts. Cela se voit dans les rues, où les vendeurs sont de plus en plus nombreux. Et cela se voit dans les journaux, où des « salons de massage » en nombre croissant proposent leurs services tout en résorbant le chômage féminin.
Le développement de la prostitution a été documenté en détail par IRIN News, qui fait ressortir une hausse importante du nombre de jeunes filles qui essaient de payer leurs frais de scolarité. Témoignage de Nadine, 16 ans, qui raconte son quotidien :
[L'ambition de Nadine] est d'ouvrit une boutique de prêt-à-porter après avoir effectué des études supérieures courtes en stylisme, mais en attendant, avec huit de ses amies, elle recourt au travail du sexe pour payer ses frais de scolarité. Facturant jusqu'à 7 dollars US la passe, elle exerce dans la banlieue pauvre d'Antananarivo de 67 Hectares. [..] “La plupart [de mes amies] sont comme moi ; elles prennent soin de leurs parents [par le travail du sexe]”, dit-elle. [..] Miroarisoa Rakotoarivelo, à la tête du Groupe Développement Madagascar, a indiqué qu'une récente étude sur 129 travailleuses du sexe a fait apparaître un nombre croissant d'enfants parmi elles. “Ça a augmenté, et je peux vous le prouver avec les chiffres de janvier à avril 2011 que nous avons eus,” a-t-elle dit à IRIN, ajoutant que près de la moitié des travailleuses du sexe de l'échantillon avaient moins de 18 ans.
Des solutions à l'horizon ?
Le gouvernement de transition avait été installé pour préparer des élections transparentes. Deux années ont passé et une échéance précise reste toujours à fixer pour le le calendrier électoral. Rivonala Razafison constate [en anglais] :
Le groupe de médiateurs insiste que les scrutins ne peuvent se dérouler tant que l'administration du Président Andry Rajoelina n'aura pas réalisé les conditions définies par la feuille de route proposée par la SADC au début de l'année pour mettre fin à la crise politique du pays. La feuille de route présentée par le médiateur de la SADC Leonardo Simao recommandait la démission de leurs fonctions de tous ceux ayant l'intention de se lancer dans la compétition électorale. Cela a pris M.Rajoelina à rebrousse-poil [..] Il prétend que la feuille de route précédente était déjà en vigueur, et qu'il n'y avait donc pas lieu d'ajouter d'autres conditions. En novembre, le pays a approuvé une nouvelle constitution qui a abaissé l'âge minimum pour être candidat à la présidence, autorisant le sortant, 36 ans à présent, à la briguer.
Une issue reste à trouver sous l'aspect économique également. Plus inquiétant encore, les transactions de terres agricoles, qui avaient été à l'origine du renversement de l'ex-président Ravalomanana, ont fait un retour en force, avec la mise en location par le gouvernement de terres pour 50 ans à l'Inde à 37 dollars US l'hectare par an.
Les transactions foncières sont un sujet central d'inquiétude pour les Malgaches, alors que les évictions de paysans des terres arables sont en hausse.
Le chanteur célèbre Bekoto, qui est aussi un militant de la cause des paysans malgaches, a proposé un nouveau paradigme pour répondre à la détresse des paysans. Il défend que les nouvelles technologies devraient être utilisées par les paysans pour informer les média des évictions forcées de leurs terres par les autorités et comme outil de négociation de leurs droits à accéder à l'alimentation et à travailler les terres sur lesquelles ils vivent.
De Schutter suggère que la solution à la crise alimentaire peut se trouver sur place :
Nous savons que le système de riziculture intensive, une invention purement malgache, permet de doubler, tripler ou même quadrupler les rendements.
[…]
Une stratégie nationale de soutien à ce type de production écologique pourrait rendre la Grande Ile auto-suffisante en riz en trois ans.
Sur le plan politique, Ndimby argue que seules des élections peuvent apporter une issue à la crise et l'allègement des sanctions économiques. Il ajoute qu'un mandat présidentiel unique non renouvelable doit être adjoint aux conditions des élections à venir. Ceci contribuerait à ce que les élections posent une fondation concrète pour une démocratie durable.

Un nouveau premier ministre japonais, et après ?

Par Martine Bulard
Pour http://blog.mondediplo.net

Au terme de sombres tractations, le Parti démocrate du Japon (PDJ), divisé, a fini par se mettre d’accord sur un nom : M. Noda Yoshihiko, ministre des finances dans le précédent gouvernement, a été élu président du parti, lundi 29 août, avant d’être promu premier ministre par la Diète. Le troisième en deux ans et demi.
A la fin de la semaine dernière, M. Kan Naoto avait présenté sa démission – ce qui ne fut une surprise pour personne. Un mois plus tôt, en difficulté au sein de sa propre majorité parlementaire et les élus de l’opposition rechignant à voter une rallonge budgétaire pour le programme de reconstructions après le tremblement de terre ainsi qu’une loi autorisant l’émission d’obligations d’Etat, M. Kan avait eu cette phrase remarquable : « Votez ces lois si vous ne voulez plus voir ma tête, je m’en irai après. » C’est désormais chose faite.
Du point de vue des Japonais, il est fort à parier que ce changement apparaisse fort éloigné des préoccupations quotidiennes, comme le rapporte le quotidien Asahi Shimbu, qui fait parler un habitant des zones sinistrées : « “Est-ce que c’est vraiment le moment de changer de gouvernement au lieu de s’occuper de nous”, s’exclame Sakuma Shinji, agriculteur de 61 ans. Je me fous de savoir qui va devenir le prochain premier ministre. Quel qu’il soit, il faut qu’il mette un terme à la crise nucléaire afin que l’on puisse revenir chez nous dès que possible » 

Vu du monde politique nippon, cela n’a rien d’extraordinaire. M. Noda est le sixième chef de gouvernement en cinq ans et l’arrivée du PDJ, en 2009, après cinquante-cinq ans de règne sans partage du Parti libéral-démocrate (PLD), n’a strictement rien changé à cette valse des premiers ministres. M. Hatoyama Yukio, le prédécesseur de M. Kan, avait été évincé neuf mois après sa nomination, pour cause d’émancipation trop rapide de la tutelle américaine (il avait laissé espérer que la base militaire de Futenma, sur l’île d’Okinawa, serait fermée) et de changements socio-économiques trop lents. Son parti avait perdu les élections sénatoriales de 2010 et du même coup, la majorité à la Chambre des conseillers.

M. Kan, lui, n’a duré que quatre cent quarante-neuf jours, mais avant la triple catastrophe – tremblement de terre, tsunami, fuite nucléaire –, il était au plus bas dans les sondages, son ministre des affaires étrangères Maehara Seiji empêtré dans des affaires d’argent (reçu de l’étranger) et la situation économique et sociale du pays toujours aussi dégradée. Ses réactions fort hésitantes lors de l’accident de la centrale de Fukushima ont achevé de le discréditer.

Pourtant, plus que l’incompétence du premier ministre, ce sont l’omnipotence des lobbies nucléaires et leur collusion avec l’Etat qui ont frappé, et notamment la complicité entre le propriétaire de la centrale Tokyo Electric Power (Tepco) et l’agence de sûreté industrielle et nucléaire (Nisa, Nuclear and industrial safety agency), théoriquement indépendante (lire Govan MacCormack, « le Japon nucléaire ou l’hubris puni », Le Monde diplomatique, avril 2011). L’image du premier ministre tapant du poing sur la table pour simplement obtenir des informations a fait le tour du Japon, et six mois après le désastre de Fukushima, la centrale n’est toujours pas stabilisée, le bilan pas même établi ; les populations sinistrées s’entassent encore dans des préfabriqués ou des tentes, en attente d’un plan de reconstruction digne de ce nom.

Ces derniers mois ont mis en évidence l’imbrication entre les dirigeants politique, la bureaucratie et les affaires – ce que les Japonais nomment l’amakudari (descente du ciel), une sorte de chassé-croisé entre les personnels politiques et administratifs et le business, un pantouflage généralisé. Ainsi l’organisme officiel de contrôle du nucléaire comprenait d’anciens employés de l’industrie de l’atome…

Quand M. Kan annonça, en juin dernier, la fermeture de la centrale d’Hamaoka, située sur une faille sismique, la direction de Chubu Electric résista pendant trois jours, avant de s’incliner. Le président de la fédération patronale Keidanren a publiquement contesté la décision, accusant le premier ministre de ne pas mesurer les conséquences de ses actes, la centrale se situant dans la préfecture d’Aichi où est implanté Toyota…
Auparavant, le premier ministre avait imposé un contrôle de sécurité particulièrement strict sur l’ensemble des équipements nucléaires avant leur redémarrage, et annulé la construction de toute nouvelle centrale (dix-huit avaient été planifiées d’ici 2030). Il n’avait pris aucune mesure radicale – à l’image de la chancelière allemande Angela Merkel –, mais il avait proposé que soit discutée et adoptée « une stratégie révolutionnaire pour passer de l’énergie nucléaire aux énergies renouvelables ». Des mots à faire frissonner le lobby nucléaire et… une partie du PDJ – laquelle doit pousser un « ouf » de soulagement avec l’arrivée de M. Noda, un pro-nucléaire affirmé.

L’avenir énergétique du Japon n’est que l’un des nombreux problèmes auxquels le nouveau premier ministre doit faire face : le yen a atteint son niveau le plus élevé depuis sept ans, ce qui entraîne un tassement des exportations ; la croissance reste scotchée à un très bas étiage (entre 0,4 et 0,6 % prévu pour 2011) ; la dette poursuit sa course folle, au point d’atteindre 220 % du produit intérieur brut (PIB) d’ici la fin de l’année selon les prévisions officielles…

Certes, la dette souveraine est détenue aux neuf dixièmes par les Japonais eux-mêmes, protégeant le pays de tout coup extérieur : l’Agence Moody’s peut dégrader d’un cran de sa note (à Aa2), sans que cela ait des conséquences financières majeures. Mais le niveau d’épargne interne tend à se réduire pour cause de baisse de pouvoir d’achat, de vieillissement de la population et de très bas taux d’intérêts. Le système connaît certaines limites au moment où le pouvoir cherche à trouver des marges de manœuvre afin de lancer les programmes de reconstruction.

Cet état alarmant des finances publiques tient d’ailleurs beaucoup plus à l’anémie de l’activité économique qu’à une montée inconsidérée des dépenses publiques. Cela n’empêche pas le Fonds monétaire international (FMI) de préconiser un triplement de la taxe sur la valeur ajoutée (TVA), qui devrait passer, selon ses experts, de 5 % actuellement à 15 % voire 17 %. M. Noda n’a pas les moyens de lancer une telle offensive sur les impôts. Il envisage pourtant un relèvement de deux ou trois points de la TVA, que son prédécesseur n’avait pu obtenir. Mais, même modeste, cette augmentation des prélèvements risque d’aggraver la crise des débouchés dans un Japon aux prises avec l’anémie depuis plus de quinze ans.

Libéral convaincu, M. Noda a proposé la constitution d’un gouvernement d’union nationale avec l’opposition, le PDL, qui semble vouloir attendre patiemment les prochaines échéances pour prendre sa revanche politique (septembre 2012)… Aucune innovation dans son programme.

On ne saurait mieux décrire le blocage de la société nippone, pointé par Harry Harootunian dans Le Monde diplomatique d’avril 2011 (« La maison Japon se fissure »). Ce que résume parfaitement David Pilling, rédacteur en chef Asie du Financial Times : « Le Japon semble avoir le pire des deux mondes : une bureaucratie démoralisée et une classe politique sans capacité de direction. » La phrase est extraite du livre électronique collectif Tsunami : Japan’s post-Fukushima Future, dirigé par Jeff Kingston (Foreign Policy, 2011). Parmi les contributions, on peut noter la plongée historique de Nagai Mariko, les textes de Shoji Kaori, Ogata Shijuro, Kumiko Makihara, Gavan McCormak, de Robert Dujarric… On ne peut pas dire que les auteurs dessinent un avenir radieux mais au moins aident-ils à comprendre certains des enjeux au pays du Soleil-Levant.


  • permalien ac :
    30 août @19h04   »
    Noda, pas Nado.

  • permalien maniette :
    31 août @00h34   « »
    Keidanren, non pas keidanran. (qui éventuellement pourrait se transcrire 経団乱 au lieu de経団連 et ferait pouffer tout le monde car cela signifierait alors en gros le chaos des groupes économiques au lieu du conseil des groupes économiques, et en pratique ne serait sans doute pas compris.)

  • permalien Martine Bulard :
    31 août @09h24   «
    Vous avez parfaitement raison : Keidanren. Mes excuses auprès des lecteurs.

À l'abri derrière les grilles (Documentaire)

Réalisation : Corinna Wichmann, Lukas Schmid
Durée : 85min.
Année de réalisation : 2009

D'Afrique du Sud en Inde en passant par les États-Unis, un tour du monde des résidences fermées et protégées pour comprendre ce nouveau modèle de société qui se répand partout. À Johannesburg, le domaine de Dainfern, avec ses 1 215 villas et ses 5 000 habitants, multiplie les dispositifs de sécurité : la clôture est électrifiée à 30 000 volts pour dissuader les intrus... À Bangalore, la capitale indienne de l'informatique, beaucoup d'Indiens expatriés souhaitent à leur retour garder le style de vie qu'ils avaient en Californie ou en Floride ; c'est pour eux qu'a été conçu le lotissement de luxe Palm Meadows......

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7 août 2011

Vives tensions au Kosovo

Par Jean-Arnault Dérens
pour http://www.monde-diplomatique.fr

vendredi 29 juillet 2011

Le Kosovo, qui a proclamé en 2008 une indépendance contestée par Belgrade, a vécu une semaine d’extrême tension. Les violents incidents qui ont éclaté sur les postes frontière reliant le secteur nord du Kosovo, majoritairement serbe, à la Serbie, ont fait à nouveau basculer le pays dans l’inconnu. Les soldats américains de la Force de maintien de la paix au Kosovo (KFOR), la mission de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN), ont repris les postes frontière, mais les Serbes conservent des barricades dans tout le secteur.

De notre correspondant à Mitrovica
Tout a commencé lundi soir, quand les unités spéciales de la police du Kosovo (KPS) ont voulu prendre par la force le contrôle des postes frontière de Brnjak et de Jarinje. Ces postes sont situés dans le secteur nord, majoritairement serbe, du Kosovo, et ils ont toujours échappé, de facto, à l’autorité de Pristina.
Les hommes du KPS ont réussi à atteindre le poste de Brnjak, mais ils ont été bloqués, avant d’atteindre Jarinje, par les Serbes de la petite ville voisine de Leposavic qui, alertés par les mouvements de troupe, ont immédiatement érigé des barricades sur la route montant de Mitrovica vers la frontière. Un face-à-face très tendu s’en est suivi. Mardi, à la suite d’accords négociés par la KFOR, la mission de l’OTAN au Kosovo, le KPS a évacué Brnjak, mais, en se retirant, il s’est heurté à des manifestants serbes armés. Une fusillade a éclaté. Bilan : un policier tué, et trois Serbes grièvement blessés. Le lendemain soir, le poste de Jarinje a été incendié par des jeunes « extrémistes » serbes, probablement liés aux groupes de hooligans qui pullulent dans le nord du Kosovo.

La KFOR a rapidement repris les deux postes frontière, proclamés « zone militaire » : les soldats de l’OTAN contrôlent les passages et peuvent ouvrir le feu sans sommation. Depuis le début de la crise, la mission de l’OTAN est sur tous les fronts, non seulement militaires, mais aussi politiques : c’est le général allemand Erhard Buhler qui a mené, durant toutes ces journées d’extrême tension, des négociations parallèles avec le gouvernement du Kosovo et les émissaires de Belgrade.

Par contraste, la mission européenne Eulex brille par son absence. Elle est pourtant précisément chargée d’« assister » le Kosovo dans la construction de l’Etat de droit, et dans la mise en place d’un service des douanes et d’une police frontalière. A Bruxelles comme à Pristina, les responsables européens jurent que le gouvernement du Kosovo ne les a pas avertis de l’opération visant à reprendre les postes de Brnjak et de Jarinje, ce qui sonne comme un flagrant désaveu.

Il est vrai que la présence européenne au Kosovo manque fortement de cohérence. La mission Eulex a encore du mal à faire ses preuves dans le domaine judiciaire, même si elle a ouvert plusieurs importants procès pour crimes de guerre touchant d’anciens commandants de la guérilla albanaise de l’Armée de libération du Kosovo (UCK). Cette mission doit aussi mener l’enquête sur les allégations de trafic d’organes frappant le premier ministre Hashim Thaçi. Plus grave, le Bureau civil international (ICO), chargé de jouer un rôle – mal précisé – de « conseil politique » des institutions du Kosovo est en pleine crise. Jusqu’à présent, le chef de ce Bureau assumait également la charge de Haut représentant de l’Union européenne au Kosovo. Depuis la fin du mandat du Néerlandais Pieter Feith, les Européens sont incapables de se mettre d’accord sur le nom de son successeur. Le diplomate italien Fernando Gentili assume, à titre intérimaire, les seules fonctions de représentant de l’Union au Kosovo, tandis que plusieurs pays, dont la France, ont fait officieusement savoir qu’ils seraient favorables à une fermeture de l’ICO, justifiant cette pantalonnade par le fait que l’Etat du Kosovo serait désormais suffisamment « mûr » pour accéder à une « pleine indépendance », sans supervision internationale.

Le moment choisi pour déclencher cette opération ne manque pas, non plus, d’être particulier : au début du mois de juillet, le dialogue entre Belgrade et Pristina avait atteint de premiers résultats, avec la signature d’accords aussitôt qualifiés d’« historiques » par l’Union européenne. De manière rétrospectivement bien ironique, ces accords portaient précisément sur la liberté de circulation entre le Kosovo et la Serbie.
Pour avoir signé ces accords, le gouvernement de M. Thaçi a été vivement critiqué par l’opposition, qui a parlé de « trahison ». On peut supposer que l’opération de police visait, au moins en partie, à désamorcer ces critiques et à ressouder l’opinion publique kosovare, à un moment où les inculpations pour crimes de guerre se rapprochent dangereusement de l’homme fort de Pristina.

Euphorie patriotique à Pristina

 

De ce point de vue, l’objectif est atteint : une atmosphère d’union sacrée, voire d’euphorie patriotique, règne à Pristina. Tous les éditorialistes sont unanimes à estimer qu’il s’agit de « l’instant de vérité » pour le Kosovo, s’il veut rendre effective sa souveraineté sur l’ensemble de son territoire. Jeudi, le Parlement a voté à la quasi-unanimité une résolution de soutien, appelant le gouvernement à poursuivre l’opération. Le député Albin Kurti, dirigeant du mouvement radical Vetëvendosja (« Autodétermination »), estime que « le gouvernement ne peut plus faire marche arrière », et il a même appelé la présidente du Kosovo, Mme Atifete Jajhaga, à proclamer l’état d’urgence et la mobilisation générale.

Le nord du Kosovo, qui échappe toujours à l’autorité de Pristina, constitue un point de fixation permanent pour la population albanaise. Ces dernières semaines, le gouvernement Thaçi avait multiplié les mises en garde, parlant des « réseaux mafieux et criminels » qui contrôlent cette zone. De fait, celle-ci constitue, depuis 1999, une véritable zone de non-droit. Selon la police serbe, beaucoup de « hooligans » condamnés pour des actes de violence en Serbie auraient trouvé refuge à Mitrovica-nord : ils seraient responsables de l’incendie, mercredi soir, du poste de Jarinje. Tous les mouvements radicaux de Serbie, comme le groupe Obraz ou le mouvement 1389, sont bien implantés dans le nord du Kosovo : « Des cadres venus de Belgrade se sont installés à Mitrovica, et ils n’ont eu aucun mal à recruter beaucoup de jeunes désœuvrés », explique le responsable d’une ONG locale, qui tient à garder l’anonymat.

Le nord du Kosovo est toujours, de facto, administré par des structures « parallèles » serbes, largement dominées par des partis de l’opposition nationaliste, notamment le Parti démocratique de Serbie (DSS) de l’ancien premier ministre Vojislav Kostunica. Depuis 2008, Belgrade mène un patient travail d’influence pour reprendre le contrôle de ces structures ou, du moins, en marginaliser les éléments les plus radicaux.
Le gouvernement ne manque pas d’arguments sonnants et trébuchants : les salaires, les pensions de retraite, les aides sociales versées par Belgrade représentent toujours la principale ressource des Serbes du nord du Kosovo, même si des coupes sérieuses ont été opérées ces dernières années dans les budgets publics. Pourtant, dans ce vase clos que constitue le nord du Kosovo, chacun s’observe et tout se sait : il peut se révéler très dangereux de manifester une opinion « différente ».

Parmi la population serbe, un point fait de toute façon consensus : cette région n’appartient pas au Kosovo et Pristina ne peut pas couper le cordon ombilical qui la relie à la Serbie. « Pristina parle de contrebande, s’indigne un retraité, mais si je ne peux pas me rendre en Serbie pour acheter des poivrons, si je dois changer mes plaques d’immatriculation serbes pour des plaques du Kosovo qui ne me permettront pas de circuler en Serbie, je n’ai plus qu’à crever. C’est sûrement ça, la stratégie de Pristina : étouffer le nord du Kosovo, en lui coupant l’accès à la Serbie. »

Impéritie européenne

 

Malgré la fragile accalmie qui prévaut depuis jeudi, l’heure reste donc à la mobilisation : alors que des soldats américains de la KFOR ont pris les postes frontière dans la nuit de mercredi à jeudi, les Serbes conservent des barricades, bloquant notamment tous les accès à la zone sud du Kosovo, contrôlée par Pristina.
L’évolution de la crise est difficilement prévisible. Mais quelques leçons peuvent d’ores et déjà en être tirées, notamment sur l’impéritie des missions européennes déployées au Kosovo. La nouvelle radicalisation des deux communautés laissera également des traces, longues à effacer. Le dialogue entre Belgrade et Pristina, qui doit normalement reprendre en septembre, semble sérieusement compromis.
Théoriquement, ce dialogue doit porter sur des questions pratiques, de nature à faciliter la vie des citoyens. Vendredi, le publiciste kosovar Veton Surroi a toutefois estimé que la question du nord devait être posée de toute urgence. C’est ouvrir la voie à un débat sur le statut du Kosovo, que Pristina refuse catégoriquement, estimant que son indépendance est irréversible et qu’il n’y a donc plus rien à discuter en la matière. D’autres options pourraient toutefois revenir à l’ordre du jour, comme celle d’un éventuel partage territorial, dont les conséquences régionales pourraient se révéler extrêmement dangereuses.


 
Jean-Arnault Dérens est rédacteur en chef du Courrier des Balkans. Dernier ouvrage paru : Voyage au pays des Gorani (Balkans, début du XXIe siècle), en collaboration avec Laurent Geslin, Cartouche, Paris, 2010. Voir aussi son reportage « Balade en “Yougonostalgie” » dans le numéro d’août du Monde diplomatique (en kiosques).

Pérou : Retour au calme à Puno après conclusion d'accords

3 août 2011

Feu sur les embargos

Par Philippe Leymarie
Pour http://blog.mondediplo.net

La première moitié de cette année 2011 aura été marquée, sur le plan des équipements militaires, par la fin discrète de deux embargos de fait : l’un contre la Russie, ex-Union soviétique, à qui la France a fini par vendre quatre Bâtiments de projection et de commandement (BPC) – le premier équipement militaire majeur acquis par Moscou dans un pays occidental. L’autre contre Israël, l’Elysée ayant décidé de confier à son industriel de l’armement fétiche (Dassault) le soin de fournir d’ici 2014 à l’armée française les drones MALE (moyenne altitude, longue endurance) dont elle manque – des engins sans pilote dérivés en fait du Heron TP, développé, construit et donc vendu par le groupe d’armement israélien IAI.
Ce que n’a pas manqué de souligner à sa manière par exemple - et parmi beaucoup d’autres - le site Jforum, « portail juif francophone » : « Après l’embargo honteux, la France achète ses armes en Israël. Signé en fin de semaine dernière, le “deal” avec Israël Aerospace Industries (IAI), le numéro un israélien, est estimé à environ 500 millions de dollars, selon des responsables de cette entreprise. (…) Pour les médias israéliens, l’interdiction de la vente et de l’achat d’armement décrété par le général De Gaulle en juin 1967, au moment de la guerre israélo-arabe, était vécue comme une blessure. A l’époque, la France était de très loin le plus important fournisseur d’armes d’Israël. » (Voir aussi le billet d’Alain Gresh, « France-Israël, comme en 1956 », Nouvelles d’Orient, 25 juillet 2011.)

«  (…) Ce contrat massif et officiel a donc un arrière goût de revanche. Les responsables de la défense israéliens ne manquent pas de rappeler que le boycottage français a en fait donné une formidable impulsion au développement d’une industrie aéronautique israélienne de pointe. Dans un premier temps, Israël a copié les plans du Mirage pour produire des avions de combat, avant de tenter de mettre au point le Lavi, un modèle original, dans les années 80. Mais le véto américain à la production d’un appareil qui risquait de faire concurrence aux avions américains a encouragé Israël à miser sur l’avionique, les systèmes de défense anti-aériens, ainsi que sur les drones (...), réussissant à exporter pour 7,2 milliards de dollars d’armes l’an dernier, grâce notamment aux ventes des drones. »
«  (…) Les médias israéliens oublient que la France utilise les technologies avioniques d’Israël depuis des années. Paris collabore discrètement avec Israël en matière de technologie de drones depuis au moins 1995, lorsque le ministre de la défense François Léotard a signé pour l’achat de quatre drones. La France utilise discrètement l’expertise israélienne dans le programme SIDM (système de drone moyenne altitude longue endurance), car le célèbre Eagle One est le fruit d’une collaboration discrète entre IAI et EADS. »

Pays pionnier 

 

On ne s’étonnera pas de trouver, derrière cette apparente « solution de souveraineté nationale » à l’actuel manque (criant) de drones en France, la patte de l’industrie militaire israélienne – un pays pionnier dans ce domaine, immédiatement derrière les Etats-Unis : des entreprises de pointe comme Israeli Aeronautics Industries (IAI) et Silver Arrow (filiale d’Elbit Systems), ou encore Rafael, occupent une position-clé sur le marché mondial, avec leurs familles de drones tactiques Hunter, Hermes, Heron, Eitan ou leurs dérivés, développés en partenariat avec les pays européens – dont, désormais, la France.

A l’exception des Etats-Unis, la plupart des armées occidentales engagées en Afghanistan – notamment l’Allemagne, l’Australie, l’Espagne, le Canada, la France – mettent déjà en œuvre des engins sans pilote de fabrication israélienne. L’Inde, le Brésil, la Russie s’en sont procurés également. La vente de ces engins n’est pas soumise aux mêmes restrictions qu’aux Etats-Unis, où les engins UAV (Unmanned aerial vehicles) sont classés administrativement dans la même catégorie que les missiles de croisière, et soumis au Missile Technology Control Regime, un groupe informel de trente-quatre pays qui se donne pour but d’empêcher la prolifération des systèmes d’armes de destruction massive.

Cette procédure écarte nombre de clients, au grand dam de Gary Ervin, qui dirige la division « aerospace » de Northrop : « Si nous disons à nos clients qu’ils ne peuvent acquérir de Global Hawk [1], ils se rendent en Israël et achètent un Hermes 450. Ce n’est pas tout à fait un Global Hawk, mais c’est un engin assez efficace. C’est un de nos problèmes… » James Pitt, chef de la division des systèmes électroniques dans la même compagnie, remarque qu’alors que « les pays ont un appétit insatiable pour les drones, » les Etats-Unis – faute d’un changement de politique dans le secteur des UAV – risquent de dresser dans cinq ans un constat de carence : « Là aussi, nous avons manqué le bateau. » 

« Combat proven » 

 

Israël se pose en spécialiste des robots en tous genres, et ses universités, en lien étroit avec les entreprises spécialisées, se font fort de trouver des solutions techniques adaptées à tous les problèmes que rencontrent les forces armées de ce pays [2] : au fil des ans, et des tensions au nord comme au sud d’Israël, elles ont mis au point des robots escaladeurs de murs, des robot-serpents explorant des cavités ou abris, des robots blindés et armés pour patrouiller le long des frontières, des drones d’observation ou de tir, etc. Déjà, comme aux Etats-Unis, l’armée de l’air israélienne forme plus de contrôleurs de drones que de pilotes embarqués.
En quasi-guerre permanente, Israël ne cesse de tester des matériels en conditions réelles (« combat proven ») : un argument de vente décisif. Même si les dépenses militaires absorbent un dixième de sa richesse nationale, le secteur des industries high-tech – avec le plus souvent des branches défense fouettées par le climat guerrier du pays – est devenu la principale locomotive de l’économie israélienne. Une créativité qui s’explique aussi par l’osmose entre l’université et l’industrie de l’armement, et les liens avec « Tsahal » : les scientifiques comme les industriels sont souvent d’anciens militaires, et même d’ex-membres des commandos ou autres unités spéciales, partageant un même socle culturel et politique.

Une série de facteurs jouent, en Israël plus qu’ailleurs, en faveur de cette « robotisation du champ de bataille », qui serait près de toucher jusqu’à un tiers du parc terrestre et aérien de Tsahal :

— les contraintes du combat en zone urbaine, au milieu des populations, qui tend à se généraliser ;
— la nécessité politique d’éviter au maximum les victimes civiles « collatérales » ;
— le manque d’effectifs ;
— le souci de préserver la vie des soldats (mines, IED) ;
— les besoins en matière d’« ’assassinats ciblés », actions préventives, sabotages, etc. – facilités par le recours aux robots et drones.

Large spectre 

 

« Les drones, avions pilotés à distance, sont devenus des capacités indispensables à tout système de défense, explique de son côté le ministère français de la défense pour justifier l’initiative prise en faveur de l’avionneur Dassault, tout en minorant l’importance du fournisseur israélien. Leur endurance assure la permanence de la surveillance des théâtres d’opération, sans engager de vie humaine. Leur large spectre d’emploi permet le recueil de renseignement de toute nature ou le ciblage d’objectifs. Leur système de communication raccourcit les boucles de décision et leur furtivité diminue leur vulnérabilité. Ils s’inscrivent parfaitement dans la mission de connaissance et d’anticipation, définie par le Livre blanc comme l’une des cinq fonctions stratégiques dont les forces de défense et de sécurité doivent avoir la maîtrise [3]. »

A l’issue d’un Comité ministériel d’investissement , le ministre français de la défense Gérard Longuet a annoncé « l’entrée en négociations » avec Dassault Aviation pour l’acquisition d’ un nouveau système de drones MALE, « destiné à remplacer le système de drones actuellement utilisé par l’armée de l’air (le système Harfang) en attendant l’entrée en service, à l’horizon 2020, d’une nouvelle génération d’appareils, développée dans le cadre de l’accord de coopération franco-britannique de novembre 2010 ». Selon le ministère, le développement de cette solution (à partir du F-Heron TP israélien) impliquera autour de Dassault Aviation plusieurs entreprises françaises, ce qui « va permettre de commencer à structurer une filière industrielle en préparation du futur système de drones MALE franco-britannique ».

Ce choix présenté comme « national » met fin à deux ans d’atermoiements, dans un domaine où la France est notoirement absente, sur le plan industriel comme militaire. Un choix stratégique, car il engagera le pays pour plusieurs décennies. EADS, qui a une longue expérience des drones, [4]. et a déjà fourni à l’armée française plusieurs types d’engins sans pilote, paraissait un candidat plus naturel, surtout au moment où les restrictions budgétaires imposent – recommande-t-on au sommet de l’Etat – de rationaliser les investissements, de restructurer l’industrie européenne de l’armement, de mutualiser la conception et la production de certains équipements.

Louis Gallois, le patron d’EADS, plaidait encore au salon aéronautique du Bourget, en juin dernier, pour une solution largement européenne, autour du bi-réacteur MALE Talarion, un programme destiné à répondre à la demande de l’Allemagne, de l’Espagne... et de la France. Mais la réorganisation en cours de la branche défense de son groupe, rebaptisée Cassidian, et penchant de plus en plus côté allemand, semble avoir compté dans la décision de Paris de se rabattre sur l’ami Dassault.

Sous prétexte d’éviter de se placer sous la coupe américaine (premier producteur mondial de drones), qui proposait des achats « sur étagères » de ses Reaper ou Predator, et pour éviter de dépendre de l’« allemand » Cassidian, Paris se retrouve dans les bras exclusifs de son fournisseur unique de chasseurs (constructeur des fameux, très bons, mais invendables Rafale). On renouvelle donc, dans ce nouveau secteur-clé des drones, le schéma suicidaire qu’on a connu avec celui des chasseurs, dans les années 1980 : une concurrence intra-européenne, et même partiellement franco-française, comme ce fut (et est encore) le cas entre l’Eurofighter d’EADS et le Rafale de l’avionneur tricolore [5].

Notes

 

[1] Un drone de haute altitude et longue endurance, champion du monde de sa catégorie.
[2] Cf. Jean-Marie Hosatte, « La guerre télécommandée », Le Monde Magazine, septembre 2010.
[3] Communiqué du ministère de la défense, 21 juillet 2011.
[4] Cf. la lettre TTU, supplément au n° 765, 30 juin 2010 : « Drones : EADS au service de l’autonomie stratégique » (PDF).
[5] Cf. Dominique Gallois, « L’Etat choisit Dassault plutôt qu’EADS pour sept nouveaux drones », Le Monde, 23 juillet 2011.

La Cour pénale internationale en question

Par http://www.monde-diplomatique.fr

Le 26 février 2011, un mandat d’arrêt de la Cour pénale internationale (CPI) a été émis contre le colonel Mouammar Kadhafi et d’autres dirigeants libyens pour crimes contre l’humanité. Mais cette apparente bonne nouvelle dans le domaine de la lutte contre l’impunité cache des réalités moins réjouissantes.
La juridiction de la Cour internationale pour la Libye a été établie non pas parce que le pays aurait reconnu sa compétence, mais parce que le cas lui a été déféré par le Conseil de sécurité des Nations unies (1). Le statut de Rome, qui a mis en place la CPI, donne le pouvoir à ce dernier de transmettre des cas à la Cour afin que les criminels ressortissant d’Etats ne reconnaissant pas sa compétence ne restent pas impunis.
Mais les problème commencent avec le fait que trois membres du Conseil de sécurité qui possèdent le droit de veto, à savoir la Russie, la Chine et les Etats-Unis, n’ont toujours pas signé le statut de Rome. Ces Etats – tous suspectés d’avoir commis de graves crimes – sont donc, eux, totalement à l’abri.

Et le paradoxe va encore plus loin : ces pays refusant de reconnaître la CPI comme institution légitime, au lieu de la boycotter, peuvent la saisir – et ils le font quand cela convient à leurs objectifs politiques. C’est ainsi que les Etats-Unis, qui figurent parmi les opposants les plus résolus à la Cour, ont non seulement voté pour déférer le cas du Soudan (le premier cas porté devant la Cour en 2005), mais aussi financé les investigations nécessaires à la procédure et à l’inculpation du président soudanais Omar Al-Bachir. M. Kadhafi est devenu le second chef d’Etat visé par un mandat d’arrêt. Pourtant, le quotidien Le Monde (29 juin 2011) notait que « certains officiels aux Etats-Unis – pays non membre de la CPI – ont exploré l’idée d’offrir une forme d’impunité au colonel Kadhafi. C’était la tentation de l’échappatoire : lui faire miroiter un exil protégé, dans un pays ne reconnaissant pas la CPI. » La France et le Royaume-Uni semblent s’être ralliés aussi à cette solution.

Aussi longtemps que le droit international sera soumis aux règles du pouvoir plutôt qu’à celles du droit, il n’obtiendra aucune crédibilité comme un outil qui applique la justice, même lorsqu’il fait des pas importants vers la lutte contre l’impunité.

Certains diront, comme l’ancien président du Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie (TPIY), le juge Antonio Cassese, que jusqu’à l’avènement d’un système de droit pénal international s’appliquant de la même manière à tous les Etats, il faut accepter les limites politiques actuelles. Mais on court alors le risque que le système pénal international, au lieu de lutter contre l’impunité, devienne un outil de pouvoir qui fournira à certains une légitimité non seulement légale mais aussi morale. Pour la majorité des Etats, en revanche, ce même système perdra toute crédibilité, car il deviendra évident que les grandes puissances luttent contre l’impunité de façon partiale, ou, dit plus simplement, qu’elles appliquent leur propre politique avec l’aide de la CPI. Le refus de la grande majorité des pays africains et arabes de reconnaître le mandat lancé contre le président Al-Bachir témoigne de cette fracture.
Sharon Weill
Doctorante en droit international à l’Université de Genève ; chargée de cours à l’université de Tel-Aviv et à Paris-II.

(1) La situation en Libye a été déférée au procureur de la CPI par la résolution 1970, adoptée le 26 février 201 par le Conseil de sécurité des Nations unies. Ce dernier, agissant en vertu du Chapitre VII de la Charte de l’ONU, a décrété que « les autorités libyennes doivent coopérer pleinement avec la Cour et le Procureur et leur apporter toute l’assistance voulue » et, tout en reconnaissant que le statut de Rome n’impose aucune obligation aux Etats qui n’en sont pas signataires, a « demandé instamment » à tous les pays et à toutes les organisations régionales et internationales concernées de coopérer pleinement avec la Cour et le procureur (« La Chambre préliminaire I délivre trois mandats d’arrêt à l’encontre de Muammar Gaddafi, Saif Al-Islam Gaddafi et Abdualla Al-Senussi », CPI, 27 juillet 2011.).

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