11 août 2010

Géopolitique du Moyen-Orient : Le Liban, une passoire

Le Tribunal spécial sur le Liban à l’épreuve de la guerre de l’ombre (partie 1/3)

Mondialisation.ca, Le 4 aout 2010

« Il n’existe que deux choses infinies, l’univers et la bêtise humaine… mais pour l’univers, je n’ai pas de certitude absolue ».

Paris, 3 août 2010 – Objet de fantasme depuis un demi siècle, le Bar de l’Hôtel Saint Georges de Beyrouth a longtemps été un haut lieu du monde interlope de la barbouzerie internationale. Réputé pour ses cocktails détonants, ses barmen avenants, ses yachts rutilants et sa plage huppée, son ambiance calfeutrée, propice à tous les chuchotements, le destinait à être le lieu de côtoiement par excellence de personnages aussi emblématiques1 qu’énigmatiques que l’agent double soviéto britannique, Kim Philby, membre du fameux groupe «The Cambridge Five», ou, le Général Taymour Bakhtiar, tombeur de Mohamad Mossadegh, le premier ministre nationaliste iranien, artisan de la première nationalisation du pétrole en 1953.

Si Kim Philby, faux journaliste de l’Observer (1), démasqué, a été exfiltré par un sous marin soviétique au large des côtes libanaises, le Général Taymour Bakhtiar, son forfait accompli, a été remercié, en même temps qu’était répudiée sa cousine, l‘impératrice Soraya, contraint à l’exil et à l’errance à Beyrouth, Paris et Genève, pour finir assassiné à Bagdad, paradoxalement, par des agents de la Savak, un comble pour le fondateur de la police secrète iranienne (2).

L’Hôtel Saint Georges a été détruit aux premiers jours de la guerre civile libanaise, et sa cave, riche et abondante, pillée, a longtemps désaltéré les combattants des diverses factions au plus fort de la bataille pour le contrôle du centre ville de Beyrouth, à l’automne 1975. Sa silhouette, dessinée par Auguste Perret dans les années 1930, décorée par Jean Royère dans les années 1960, demeure mythique dans la mémoire des hommes et continue de fasciner hommes politiques et aventuriers. C’est d’ailleurs au pied de la façade de cet hôtel, objet de sa furieuse convoitise (3), que l’ancien premier ministre libanais Rafic Hariri a été assassiné, en 2005, trente ans après le début de la guerre civile.

La fascination qu’il continue d’exercer dans l’imagerie populaire s’explique en ce qu’il constituait une marque de distinction sociale pour sa clientèle, toute une cohorte d’honorables correspondants, de correspondants en quête d’honorabilité, de journalistes en quête de respectabilité, qui revendiquaient leur fonction comme un «trophée», cultivant avec art «le complexe du drogman», du titre de ces fameux intermédiaires auprès des chancelleries occidentales. Tous alléchés par le gisement d’informations constitué par l’imposante infrastructure de l’organisation de Libération de la Palestine et de la vingtaine de mouvements de libération du tiers monde qui gravitaient dans son orbite….. Du Front de Libération de l’Erythrée du futur président Issayas Afeworki, au FLOSY, le Front de Libération du Sud Yémen Occupé, du premier ministre nassérien Abdel Qawi Makkaoui, à l’Armée secrète pour la Libération de l’Arménie (ASALA). Tous des révolutionnaires en herbe, des révolutionnaires en puissance. «Koulouna Fidaiyoune», tous, des guérilleros palestiniens, pour reprendre le titre du film culte de l’époque du cinéaste libano arménien Garo Garabédian, dont l’équipe périra carbonisée lors du tournage.

La guerre clandestine qui s’y livrait à l’ombre de cet établissement prestigieux n’a jamais cessé, induisant de nouvelles méthodes au gré des progrès technologiques, mettant aux prises les traditionnels espions occidentaux et leurs alliés des monarchies arabes, les agents du Mossad, de l’Intelligence service britannique, de la CIA américaine, de la DGSE française, tous engagés dans une guerre opaque avec des concurrents d’un genre nouveau, agents iraniens, services de renseignements syriens et activistes du Hezbollah.

Etat tampon, théâtre de deux guerres civiles (1958; 1975-1990), le Liban a longtemps fait office de soupape de sûreté à l’ordre régional, le point de dérivation des conflits inter régionaux, le lieu de dénouement des psychodrames des actes de piraterie aérienne, assumant une fonction tribunicienne pour le compte des pays arabes, dont il en constituait une caisse de résonance, et les mouvements de libération qui leur étaient affiliés. Une des plateformes opérationnelles majeures de la guerre clandestine à l’apogée de la rivalité soviéto américaine, Beyrouth a tenu la dragée haute en matière d’espionnage aux grandes capitales situées sur la ligne de démarcation du front de la guerre froide. A l’égale de Berlin, immortalisée par les romans d’espionnage John Le Carré, ou de Vienne, passée à la postérité avec son «Troisième Homme» d’Hollywood, le film du cinéaste Orson Wells.

C’est depuis Beyrouth que la guerre culturelle souterraine de la CIA contre l’idéologie marxiste a été menée, dans les années 1950-1980, sur l’ensemble du Monde arabe, à travers la presse pétro monarchique, à coups d’opération oblique, de presse périphérique, d’informations annexes et de renseignements connexes. C’est depuis la capitale libanaise que se sont ourdies les opérations de déstabilisation des régimes arabes. C’est à Beyrouth enfin que la conférence régionale de la WACL s’est tenue au début de la guerre civile, en 1975, sous la présidence de Camille Chamoun, ancien président de la République du temps de la première guerre civile libanaise, pour convenir de la réplique américaine à la perte de Saigon et de Pnom Penh, les deux bastions américains en Asie, signe de l’importance stratégique de la capitale libanaise et de l’implication occidentale dans le conflit libanais (4). Fondée à Taiwan par Tchang Kaï-Chek, la Ligue anti-communiste mondiale (WACL), une Internationale fasciste regroupant d’anciens criminels de guerre nazis et nippons, a constitué la matrice de la contre insurrection dans les zones de confrontation avec la guérilla marxiste. Elle passe pour avoir recruté des mercenaires en vue de leur intégration au sein des milices chrétiennes libanaises, préludant à l’alliance militaire des phalangistes avec Israël, l’ennemi officiel du Monde arabe.

L’irruption des querelles du Monde arabe propulsée au paroxysme de la guerre froide soviéto-américaine sur la scène libanaise transformera le Liban en arène idéologique, où s’opérera un phénomène de cristallisation de la presse libanaise du fait de la rivalité égypto saoudienne. Dans un pays qui se targue d’être un chantre de la liberté de la presse, pas moins d’une dizaine de journaux libanais se trouvait sous perfusion égyptienne et autant sous fusion saoudienne. Tandis que le proconsul égyptien, le Général Abdel Hamid Ghaleb et son attaché de presse Anouar Jammal faisaient office de Rédacteur en chef occulte de sept quotidiens (Al-Moharrer, Al-Liwa, As-Siyassa, Al-Kifah, Al-Hourriya, Al-Anouar et Al-Hawdess), son équivalent saoudien, le Général, Ali Chaer, régnait en maître sur cinq quotidiens (Al-Hayat, Az-Zamane, Ad-Dyar, Al Joumhouriya et Ar Rouad).

Un chiffre suffit à illustrer l’importance de Beyrouth en tant que plaque tournante de la guerre de l’ombre (5). Entre 1945 et 1995, c’est à dire au cours des trente premières années de leur indépendance, dix huit coups d’état sanglants ont secoué le Monde arabe, la plupart fomentés depuis la capitale libanaise, dont huit en Syrie et trois, rien que dans l’année qui a suivi la défaite en 1949, avec les coups de force du Colonel Hosni Zaim, le 29 mars 1949, du Général Sami Hennaoui, 14 Août 1949, et du général Adib Chichakli, 19 décembre 1949.

Les visées hégémoniques de la Syrie sur le Liban s’expliquent partiellement par la volonté de Damas de sanctuariser le territoire libanais, dont elle a eu à pâtir de ses opérations de destablisation. Celles des Américains par le souci constant de «conserver le port de Beyrouth dans le giron de l’Occident», selon l’expression du général Alexander Haig, ancien commandant en chef de l’Otan et secrétaire d’état américain lors du siège de Beyrouth, en juin 1982. Un euphémisme qui masque mal le souci des occidentaux de garder par devers eux cette incomparable banque de données des pulsions du tiers monde militant.

Haut lieu de la contestation panarabe, Beyrouth représente, en effet, pour les Occidentaux, un observatoire permanent de la lumpen humanité, permettant aux cinq cents correspondants de la presse étrangère accrédités à l’époque au Liban, et à la multitude d’honorables correspondants se plaçant dans leur sillage, d’observer le déroulement de la guerre inter yéménite entre Républicains et Monarchiques du temps de la rivalité Saoud Nasser, dans la décennie 1960, les soubresauts du septembre noir jordanien, le massacre des Fedayine palestiniens par les Bédouins du Roi Hachémite, en 1970, les convulsions de la monarchie iranienne et sa chute, en 1979, dans la foulée du triomphe de la révolution islamique ou encore la riposte balistique du Hezbollah à la guerre de destruction israélienne du Liban, en juillet 2006.

II- Le paradis libanais, une fournaise

Mais le paradis libanais tant vanté par les maquettes publicitaires de luxe s’est révélé être une fournaise. A l’ombre de la dolce vita et de la farniente de la riviera libanaise, longtemps à la botte des états arabes, toujours à la remorque des occidentaux, constamment en quête de reconnaissance internationale, les Palestiniens paieront un lourd tribut à leur débordement de type mafieux, à leur laxisme contre révolutionnaire. Un maillon important de la chaîne de commandement en fera les frais, dont les principaux responsables politiques et militaires, que cela soit au Liban même ou à Tunis, leur troisième lieu d’exil. Au Liban avec l’assassinat de Kamal Nasser, porte parole officiel de l’OLP, Abou Youssef an Najjar, le ministre de l’intérieur de la centrale palestinienne, Kamal Adouane, le responsable des formations de jeunesse, tué lors d’un raid israélien en avril 1973, et le play boy Ali Hassan Salamah, chargé de la protection rapprochée de Yasser Arafat. A Tunis, avec l’assassinat des successeurs présumés du chef palestinien, Khalil Wazir, alias Abou Jihad, commandant en chef adjoint et ordonnateur de l’Intifada en Cisjordanie, et, Salah Khalaf, alias Abou Iyad, responsable de l’appareil de sécurité. La décapitation des chefs charismatiques de la guérilla palestinienne privera le combat palestinien d’une direction révolutionnaire, déblayant la voie à la promotion de bureaucrates aux postes de commandement dont Mahmoud Abbas en constitue le parfait représentant, de la même manière que l‘incarcération des deux figures emblématiques de la résistance de l’intérieur, Marwane Barghouti (Fatah) et Ahmad Saadate (FPLP) dégagera le terrain à la propulsion de deux cerbères affectés à la sécurité d’Israël, Mohammed Dahlan et Djibril Rajoub, dont le goût prononcé pour le luxe leur sera fatal.

La donne changera avec la relève chiite, et, en dépit de la disproportion des forces, le combat parait moins inégal. Certes le Hezbollah a dû pâtir de sérieux coups de butoir tant des israéliens que des occidentaux, mais le décompte au terme de trois décennies ne lui apparaît pas totalement aussi défavorable que la supériorité technologique du camp adverse et son impunité n’auraient pu le suggérer. Deux des prestigieux chefs du Hezbollah, Abbas Moussawi, premier chef du Hezbollah, et surtout Imad Moughnieh, le bâtisseur de sa branche militaire, ont certes été éliminés par assassinat, et le chef dignitaire religieux chiite, Cheikh Mohamad Hassan Fadlallah, objet d’un attentant manqué ourdi par la CIA avec des fonds pétro monarchiques. Mais, stoïc dans l’adversité, sa riposte a été à la hauteur de ses pertes.

Véritable prise de guerre, l’occupation de l’ambassade américaine à Téhéran, en 1980, a permis la mainmise sur un important lot de documents confidentiels, détaillant l’architecture du réseau du renseignement américain au Moyen orient et la liste des émargements. La décapitation de l’Etat major de la CIA pour le Moyen orient, une trentaine de personnes, lors de l’attentat contre le siège de l’ambassade américaine à Beyrouth, en 1983, de même que le dynamitage du PC des marines (214 tués), en même temps que le PC français, le Drakkar, en octobre 1983, constitueront de sérieux revers pour le renseignement occidental, accentué par la prise en otage, le 16 mars 1984, de William Buckley officiellement diplomate américain à Beyrouth, en fait un des animateurs de l’antenne de la CIA au Moyen orient, mort en 1985 en captivité, après avoir, semble-t-il, fourni des précieuses indications à ses tortionnaires. Sans compter le retentissant scandale de l’Irangate, la vente prohibée d’armes américaines à l’Iran, le scandale de la décennie 1980, allumé par une mèche à lente combustion depuis Beyrouth, pour finir par carboniser l’administration républicaine du président Ronald Reagan.

En trente ans, la guerre de l’ombre a été ponctuée de raids de commandos héliportés israélien sur Beyrouth et sur le sud Liban et de spectaculaires opérations. L’enlèvement de deux responsables chiites, Cheikh Karim Obeid (1989) et Moustapha Dirani (1994), et, le contre enlèvement d’un colonel israélien du cadre de réserve Hannane Tannebaum (2000), en témoignent. De non moins spectaculaires échanges de prisonniers aussi, une dizaine au total, permettant la libération de près de sept mille prisonniers palestiniens et arabes, en contrepartie de la restitution de dépouilles de militaires israéliens et d’espions, sans toutefois que ces gestes de conciliation n’affectent l’intensité du combat.

Beyrouth est un vaste cimetière de traîtres, mais ce bilan macabre n’a apparemment pas découragé les vocations tant cette activité périlleuse s’est révélée lucrative, à en juger par le récent coup de filet anti israélien réalisé par les services de sécurité libanais. Du gros gibier: Un général, deux colonels, trois cadres supérieurs occupant des fonctions névralgiques au sein d‘une entreprise stratégique de communications, un président sunnite d’un conseil municipal, proche du premier ministre Saad Hariri, le frère d’un garde de corps d’un dirigeant du mouvement chiite Amal. Tous à des postes sensibles. Soixante dix arrestations, 25 inculpations pour espionnage au profit d’Israël, un chiffre sans précédent, infligeant au renseignement israélien l’un des plus importants revers de son histoire (6).

L’élément déclencheur de cette contre offensive libanaise aura été l’assassinat en février 2008 à Damas d’Imad Moughniyeh, le cauchemar de l’Occident pendant un quart de siècle, qui conduisit cette organisation clandestine et opaque à opérer un travail de contre espionnage en profondeur pour finir par démasquer les pisteurs: deux frères sunnites, originaires de la bourgade d’al-Marj, dans la vallée de la Bekaa, Ali et Youssouf Jarrah, en possession du matériel photographique et vidéo, d’un système GPS dissimulé dans leur véhicule fréquemment garé au poste frontière de Masnaa, sur la route entre Beyrouth et Damas, en vue de pointer les responsables du Hezbollah empruntant le passage vers la Syrie. Opérant depuis vingt ans pour le compte des Israéliens, Ali Jarrah était même muni d’un passeport israélien, pour ses déplacements, via Chypre, en Israël.

Au niveau chrétien, six acteurs majeurs ont été arrêtés: Le général Adib Semaan al Alam, un ancien de la sûreté nationale, un poste où il avait aussi accès au département des passeports, source d’information capitale. Recruté par les services israéliens en 1994, il aurait loué pour le compte des Israéliens des abonnements à lignes de téléphonie cellulaire. Ses employeurs l’auraient convaincu de prendre sa retraite pour monter une agence de recrutement de domestiques asiatiques «Douglas office», qu’il utilisait comme taupes auprès de leurs employeurs, membres de la bourgeoisie libanaise. Grâce à cette couverture, Adib Alam aurait fourni des informations sur le Hezbollah et sur les mouvements internes de l’armée libanaise. Un deuxième officier chrétien inculpé est un beau frère d’un officier de l’armée dissidente libanaise du général Antoine Lahad, les supplétifs de l’armée israélienne au sud Liban. Convaincu de collaboration avec Israël, le colonel Mansour Diab, était directeur de l’Ecole des forces spéciales des commandos de marine, un poste qui lui a permis de superviser les opérations d’exfiltration d’agents et de transbordement de matériels d’espionnage. L’un des héros de la prise d’assaut du camp de réfugiés palestiniens de Nahr el-Bared, l’été 2007, blessé à l’épaule lors de l’attaque, il aurait été recruté par le Mossad pendant ses stages aux Etats-Unis.

Trois autres libanais employés d’une société de téléphonie cellulaire, la société Alpha, exerçant des fonctions sensibles au sein d‘une entreprise stratégique de communications, ont été inculpés pour «intelligence avec l’ennemi». Précisément pour avoir connecté le réseau de la téléphonie mobile de leur firme au réseau des services de renseignement israéliens, leur répercutant l’ensemble du répertoire de leurs abonnés, de leurs coordonnées personnelles et professionnelles y compris les coordonnées bancaires. Tareq Raba, ingénieur des télécommunications, et son subordonné hiérarchique, Charbel Qazzi, auraient fourni à leur commanditaires le code d’accès des abonnés avec possibilité de permuter les numéros de téléphone en vue de brouiller l’origine d’un appel et son destinataire. Le chef du réseau, Tareq Raba, en poste depuis 1996, a été recruté par le Mossad en 2001 et percevait pour prix de sa trahison 10 000 dollars par mois. Le 5me chrétien, Joseph Sader, est un employé à l’aéroport de Beyrouth, qui a admis être en charge du repérage des émissaires et diplomates du Moyen-Orient transitant par l’aéroport de la capitale libanaise.

Au niveau sunnite, un officier supérieur a été inculpé, originaire du Akkkar, région nord du Liban, le colonel Shahid Toumiyeh, frère de cinq officiers en service dans l’armée et la gendarmerie libanaise. Il a été arrêté en sa possession de plusieurs centaines de documents ultra secrets de l’armée libanaise. Toujours au niveau sunnite, un proche de Saad Hariri, Zyad Ahmad Hosni, président du Conseil municipal d’une localité de la Bekaa, était chargé de pister les déplacements des dignitaires du Hezbollah dans la zone frontalière libano syrienne et d’obtenir un rendez vous avec Hassan Nasrallah, le chef du mouvement chiite, en vue de son assassinat à distance.

Au niveau chiite, quatre prises consistantes: Ali Hussein Mintash, frère d’un garde de corps d’un dirigeant du mouvement chiite Amal, chargé du repérage des sites de lancement des missiles, le deuxième, un représentant en pharmacie, Jaoudat Salmane al Hakim, revendique un bilan particulièrement lourd puis qu’il a participé à l’assassinat de trois responsables du Hezbollah, Ghaleb Awad, dans la banlieue sud de Beyrouth, en 2004, et les frères Majzoub, à Saida, en 2006. Toujours au niveau chiite, un garagiste de Nabatiyeh, ville chiite du Sud Liban, Marwan Fakir, un concessionnaire automobile du Hezbollah, aurait utilisé ses talent pour installer des dispositifs de localisation sur des voitures du parti. Un quatrième chiite, Nasser Nader, est suspecté d’avoir organisé la surveillance du quartier de Dahieh, le bastion du Hezbollah dans la banlieue sud de Beyrouth, dévasté par des bombardements israélien d’une grande précision en 2006.

La découverte de ce réseau serait le fruit d’un événement fortuit: un puissant logiciel confié par les Occidentaux à la sécurité libanaise pour détecter les anomalies des communications cellulaires dans l’enquête sur l’assassinat de Rafic Hariri, un logiciel capable d’analyser des dizaines de milliers d’appels téléphoniques et d’en déceler les anomalies. Comme, par exemple, des téléphones portables qui ne s’activent qu’à certains moments. Ou qui ne communiquent qu’avec un ou deux numéros. Le responsable de ce programme, un brillant officier spécialiste des systèmes informatiques, le capitaine Wissam Eid, devenu sans doute encombrant par ses découvertes, a été pulvérisé, le 25 janvier 2008, par un attentat à la voiture piégée.

Plus grave, un des fournisseurs d’accès internet au Liban était alimenté par une société israélienne, la branche régionale de la société anglo italienne Tiscali, via son relais de Chypre, relié par une antenne pirate sur le Mont Barouk au Liban, une antenne pirate greffée sur l’antenne de la chaîne de télévision MTV, propriété de Gabriel Murr, frère du ministre de la défense Elias el Murr. Pis encore, une des antennes placées au sud Liban, dans la bourgade de Safarieh, proche de Saida, était dirigée vers la zone frontalière libano israélienne, zone de déploiement de la Finul, avec un réseau disposant d’une capacité de captation de la totalité de la messagerie électronique des «Casques bleus» de l’ONU.

Toutes les communautés libanaises sont représentées: chrétiens, sunnites, chiites, originaires du Sud Liban, de la Bekaa ou de Beyrouth. Toutes ont fourni des agents, soit pour glaner des informations, soit pour préparer des dossiers d’objectif ou organiser la filature des dirigeants du Hezbollah. Certains travaillaient pour Israël depuis les années 1980, recrutés pour des motifs variés: financiers, idéologiques ou psychologiques, voire même pour des cas de chantages sexuels ou d’addiction à la drogue. Une quarantaine de suspects ont été placés en détention, une trentaine d’autres sont toujours recherchés par les autorités libanaises. Certains ont réussi à fuir, prenant l’avion vers une destination inconnue, d’autres ont franchi la frontière entre les deux pays, toujours techniquement en guerre depuis 1949.

Ce bilan ne tient pas compte des avatars tel celui de l’agent franco afghan Karim Pakzad, représentant du Parti socialiste français à l’Internationale socialiste, arrêté le 26 avril 2007 par le Hezbollah, dans la banlieue Sud de Beyrouth, alors qu’il prenait des photos du bunker d’Hassan Nasrallah, porteur d’un appareil d’interception des communications téléphoniques, ni de la mystérieuse évaporation d’une non moins mystérieuse néerlandaise, Inneke Botter, ancien cadre supérieur de la succursale hollandaise de la firme française Orange, partenaire de la société libanaise, proche de la Mafia israélienne opérant en Europe centrale notamment en Géorgie et en Ukraine, démasquée par les services de renseignements russes.

Suivra

2ème volet du papier le 11 Août
II • Le Tribunal spécial sur le Liban, une parodie de justice, un vaudeville tragique
Le Liban, banc d’essai de la théorie de la désorientation informative et de la dissension sociale
Références

1- Harold Adrian Russel Philby, plus connu sous le nom de Kim Philby (1er janvier 1912 – 11 mai 1988), fut un agent double britannique, membre des services secrets britanniques, le MI6, et espion à la solde du KGB au profit duquel il trahissait le premier. Fils d’un homme de génie, St. John Philby (1885-1960) orientaliste de tout premier ordre, grand rival du colonel T. E. Lawrence, avant de devenir «l’inventeur» d’Ibn Séoud, le fondateur de l’Arabie saoudite, puis son éminence grise. La personnalité hors du commun du père a certainement profondément joué dans les choix de son fils Kim. Issu de la Gentry, il entre en 1929 au Trinity College de Cambridge, il y étudie l’économie et l’histoire. Il y rencontre ses futurs collègues dans l’espionnage, le Groupe de Cambridge ou Magnificent Five (Donald Maclean, Guy Burgess, Anthony Blunt et John Cairncross) qui deviendront complices de sa trahison. En 1940, il intègre le MI6, le service de renseignement britannique, plus connu sous le nom d’Intelligence Service. En 1944, il est affecté à la tête de la toute nouvelle section IX, chargée de lutter contre le communisme: il transmet des informations confidentielles aux Soviétiques qui permettent d’écraser une insurrection anti-communiste en Albanie. Les Américains les soupçonnent d’avoir transmis aux Soviétiques des informations confidentielles sur le programme nucléaire militaire et de leur avoir dénoncé les opérations de déstabilisation de l’Albanie, menées par la CIA et le MI6 entre 1949 et 1951. Définitivement exclu du MI6, Philby s’installe à Beyrouth comme correspondant de l’Observer puis de The Economist. Il y couvre la crise de Suez en octobre novembre 1956. En janvier 1963, il passe définitivement en Union soviétique, probablement avec l’accord tacite du gouvernement britannique.

2 -Taymour Bakhtiar: né en 1914 à Isfahan, fondateur de la SAVAK, la redoutable police secrète du Chah D’Iran. Commandant de la brigade blindée de Kermânchâh, il soutient, en 1953, le général Zahedi dans con coup de force contre le premier ministre nationaliste Mohamad Mossadegh, artisan de la nationalisation du pétrole iranien. En 1961, destitué de sa fonction, il s’installe dans un premier temps au Liban qu’il quittera ensuite pour l’Irak et s’allie à Saddam Hussein contre le Chah. Il est assassiné en 1970 lors d’une partie de chasse par des agents envoyés par la SAVAK.

3– Un robuste contentieux oppose les propriétaires de l’Hôtel Saint Georges à SOLIDERE, la société immobilière de Rafic Hariri. De tout temps l’Hôtel Saint-Georges a eu des facilités balnéaires qui ont fait son cachet. Ce à quoi s’oppose SOLIDERE qui se veut l’exploitant unique de la Baie Saint Georges que surplombe l’Hôtel. Ce contentieux paralyse le projet de rénovation de l’Etablissement. Depuis dix ans Rafic Hariri alternait mesures coercitives et offre de rachat, dans la pure tradition des pratiques italiennes illustrées par le film «Main basse sur la ville». Le journal «al Akhbar» évoque dans son édition du 12 Août 2010 « le récit de la mainmise de SOLIDERE sur le souk des bijoutiers» de Beyrouth. «SOLIDERE loue aux bijoutiers des biens fonciers qu’elle leur a vendus 12 ans auparavant. Les ayants droits portent plainte en justice. Qui va arrêter Solidere ?».

4- Le décompte des 18 coups d’état dans le monde arabe s’établit comme suit: Huit pour la seule Syrie: Hosni Zaim, Sami Hennaoui et Adib Chichakli en 1949, Faysal Al-Attassi, février 1954, Colonel Nahlaoui auteur du coup d’état qui a entraîné la rupture syro égyptienne le 28 septembre 1961, Ziad Harari 8 mars 1963 qui inaugure la série des coups d’état baasistes présentés comme des corrections de trajectoire avec Salah Jedid, 23 février 1966 et Hafez Al-Assad, 15 novembre 1970. En deuxième position dans l’ordre putschiste, l’Irak avec quatre coups de force notamment celui de Abdel Karim Kassem contre le trône hachémite (14 juillet 1958), lui même sera renversé par le général Abdel Salam Aref en 1961 avant que son Abdel Rahman Aref frère ne lui succède à la suite de son décès accidentel et que celui-ci ne soit évincé à son tour par les baasistes, le tandem Ahmad Hassan Al-Bakr-Saddam Hussein en 1968. L’Egypte avec Farouk, en 1952, L’Imam Badr au Yémen, en 1961, le Liban avec le coup d’état avorté de la Saint Sylvestre 1961 mené par le parti populaire syrien, le Roi Idriss Senoussi en Libye en 1969, le Sultan Qabous d’Oman qui a évincé son père en 1971, de même que le cheikh Zayed d’Abou Dhabi qui a évincé son frère le cheikh Chakhbout ainsi que la Tunisie avec le coup d‘état médical du général Ben Ali contre le président Bourguiba, en 1987, ainsi que l’Emir de Qatar qui a détrôné son père en juin 1995 ferment la liste des Etats putschistes. En comparaison, l’Afrique aura connu de 1960 à 1990, les trente premières années de son indépendance, 79 coups de force au cours desquels 82 dirigeants ont été tués ou renversés, selon le recensement établi par Antoine Glaser et Stephen Smith dans leur ouvrage «Comment la France a perdu l’Afrique» Ed. Calmann-Lévy 2005.

5- Cf. «L’Orchestre noir» de Frédéric Laurent, Editions Stock 1978 – note de bas de page (page 299) qui fait état d’une réunion régionale de la WACL sous le titre MESC (Middle East Solidarity Conference), en 1975, à Beyrouth sous la présidence de Camille Chamoun, qui sera aux premiers mois de la guerre civile, ministre de l’Intérieur.

6- «La Liste des agents israéliens» Cf. le journal libanais as Safir 28 juillet 2009 «Noir parcours de 22 agents israéliens. Nasrallah, cible prioritaire» par Hussein Yaacoub.

René Naba : Ancien responsable du monde arabo-musulman au service diplomatique de l’Agence France Presse, ancien conseiller du Directeur Général de RMC/Moyen orient, chargé de l’information, est l’auteur notamment des ouvrages suivants : —« Liban: chroniques d’un pays en sursis » (Éditions du Cygne); « Aux origines de la tragédie arabe"- Editions Bachari 2006.;  "Du bougnoule au sauvageon, voyage dans l’imaginaire français"- Harmattan 2002. « Rafic Hariri, un homme d’affaires, premier ministre » (Harmattan 2000); « Guerre des ondes, guerre de religion, la bataille hertzienne dans le ciel méditerranéen » (Harmattan 1998); "De notre envoyé spécial, un correspondant sur le théâtre du monde", Editions l'Harmattan Mai 2009

René Naba est un collaborateur régulier de Mondialisation.ca.  Articles de René Naba publiés par Mondialisation.ca

Le Cloud Computing, au service du gouvernement... US !

par Louis Naugès

Deficit france - Tous les états du monde utilisent massivement l’informatique...
A titre d’exemple, les dépenses informatiques des organisations gouvernementales américaines sont comprises entre $120 B et $130 B, soit environ 100 milliards d’euros par an.
- Tous les états du monde ont des soucis budgétaires...
- Tous les états du monde sont à la recherche de solutions informatiques plus économiques...

Pour réduire rapidement leurs dépenses informatiques, tous les états du monde doivent déployer immédiatement des solutions Cloud Computing / SaaS, Software as a Service.

Oui, mais...
Comme beaucoup d’entreprises, et souvent plus que les entreprises, les organismes publics sont soumis à des contraintes légales en terme de sécurité et de confidentialité des données qui rendent parfois délicate cette migration vers le Cloud.

Le Cloud, «Persona Grata» pour les organismes publics américains

Fisma Le 26 juillet 2010, Google a obtenu pour Google Apps la certification FISMA, Federal Information Security Management Act.

En pratique, cela signifie que toutes les organisations gouvernementales américaines, aux niveaux fédéraux, états ou locaux, peuvent utiliser Google Apps et les autres outils proposés par Google pour gérer leurs données, à l’exception, bien compréhensible, des données «classified» (confidentiel défense).

C’est une grande première pour le Cloud Computing ; Google est la première solution SaaS à obtenir cette certification.

Les conditions de cette certification FISMA :
- Les données sont stockées dans des centres calculs sur le territoire américain.
- Une version spécifique de Google Apps est proposée aux organismes publics ; ce sont exactement les mêmes outils que ceux proposés aux entreprises, mais ils disposent d’un espace de stockage réservé.

Google Apps for government En pratique, Google a créé un «Community Cloud», un «nuage communautaire gouvernemental», où seront stockées toutes les données des organismes publics.

L’état du Colorado avait anticipé cette certification ! Un bureau central, le Colorado's Statewide Internet Portal Authority (SIPA), a signé un accord avec un revendeur Google local pour proposer Google Apps à tous les organismes de l’état, ce qui représente un potentiel de 300 000 utilisateurs.
Le «Larimer County» sera l’un des premiers à en profiter, en migrant 1 800 personnes pendant le Week End du 4 juillet, date symbolique, car c’est celle de la fête nationale américaine !

Quels impacts pour les organisations gouvernementales françaises ?

Secure doc Après la certification SAS 70 type II déjà obtenue, cette nouvelle certification FISMA est une excellente nouvelle pour toutes les entreprises et les organismes publics qui utilisent déjà ou envisagent de déployer Google Apps.

Les procédures de sécurité très contraignantes exigées par FISMA seront appliquées par Google dans les quarante centres de calcul répartis par le monde ; toutes les entreprises, publiques ou non, vont en bénéficier.

Google proposait déjà une solution similaire pour les entreprises européennes ; elles peuvent obtenir que leurs données soient mémorisées dans le sous-ensemble de centres de calcul situés en Europe.

Google Apps pour A Nationale, Elysée.. Avec FISMA et la possibilité que les données soient hébergées en Europe, Google Apps va s’imposer encore plus rapidement comme la solution de référence pour l’immense majorité des organismes publics français, au niveau de l’Etat, des régions, des départements ou des communes.

C’est aussi une excellente nouvelle pour toutes les écoles, collèges, lycées et universités qui peuvent migrer plus «sereinement» vers la version «éducation» de Google Apps, totalement gratuite !

Notre ministre du budget, qui cherche des économies rapides dans les dépenses de l’Etat, les citoyens qui paient les impôts ne vont s’en plaindre !

(Rappel : je suis cofondateur de Revevol, distributeur de Google Apps dans plus de dix pays, dont la France.)

4 août 2010

Du poison dans nos vêtements (Reportage)

Rita Lemoine ne se doutait pas que ses chausssures neuves contenaient du diméthylfumarate, fongicide qui lui a provoqué une réaction cutanée spectaculaire et des paralysies musculaires. Depuis 2009, ce produit est interdit dans l'UE, mais de nombreux objets importés, notamment de Chine, échappent aux contrôles. Si en Asie, le chrome, les pigments et le chlore font toujours autant de victimes dans les tanneries, les travailleurs européens du textile ne sont pas non plus épargnés. Ainsi Frauke Driessen, qui a repassé pendant dix ans des jeans pour une grande marque de vêtements, est tombée malade suite à la présence dans son sang de dichlorométhane, substance cancérigène également présente dans son usine...
(Allemagne, 2010, 43mn)
NDR

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Du poison dans nos vêtements 1/3
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Du poison dans nos vêtements 2/3
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Du poison dans nos vêtements 3/3
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L'emballage qui tue (Reportage)

À l'heure où les produits "longue conservation" sont de plus en plus prisés, les clients ne soupçonnent pas l'existence de substances dangereuses dans les emballages hermétiques et dans les aliments avec lesquels ils sont en contact. C'est le cas du Bisphénol A, que l'on trouve dans les contenants en plastique rigide et qui peut provoquer des maladies cardiaques ou affaiblir le système immunitaire. Même risque avec les phtalates utilisés pour plastifier les matériaux servant au conditionnement. Agissant comme des hormones, ils peuvent entraîner la stérilité chez les hommes. Nombre de produits figurent sur la liste des substances interdites par l'Union européenne mais comme celle-ci importe massivement des produits venus d'Asie, où les réglementations ne sont guère restrictives...
(Allemagne, 2010, 30mn)
NDR

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L'emballage qui tue 1/2
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L'emballage qui tue 2/2
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24 juillet 2010

Vers un nettoyage de l’agent orange au Vietnam

Par Lidia Falcucci

300 millions de dollars : c’est le coût estimé du nettoyage des nombreux sites encore contaminés par l’agent orange, cet herbicide hautement toxique déversé sur le Vietnam par l’armée américaine au plus fort de la guerre (1953-1975). Dans un rapport rendu public le 16 juin (1), le groupe bilatéral vietnamo-américain (2) créé pour trouver un arrangement sur le sujet, dans le cadre d’une normalisation des relations entre les deux pays rappelle que, de 1961 à 1971 l’armée américaine a répandu 75 millions de litres du produit chimique sur un quart de la surface du Sud-Vietnam, affectant 400 000 hectares de terrain agricole . Près de trois millions de Vietnamiens en subissent encore les séquelles, et, depuis trente-cinq ans, n’ont reçu aucun dédommagement.
En 1984, les vétérans américains touchés par l’agent orange avaient déjà conclu un accord, dans le cadre d’un procès contre les fabricants de ce produit : en échange de l’arrêt des poursuites, Monsanto et six autres entreprises — Dow Chemical, Thompson, Diamond, Hercules, T-H Agricultural & Nutrition Company et Uniroyal — avaient versé la somme de 180 millions de dollars à un fond de compensation.
Washington a longtemps traîné des pieds, prétextant que les données scientifiques impliquant l’agent orange dans l’explosion des malformations congénitales étaient insuffisantes. Responsables de cette guerre chimique, les Etats-Unis s’exemptent de toutes poursuites internationales concernant des actes commis en temps de guerre.
Défoliant composé d’agents nocifs et puissants tels que la dioxine, son composant principal, l’agent orange trouble les fonctions immunitaires, hormonales et reproductives. Il est responsable de cancers (poumons et prostate), de maladies de la peau, du cerveau et du système nerveux, de problèmes respiratoires et circulatoires, de cécité et de diverses anomalies survenant à la naissance. Molécule très stable, la dioxine reste présente dans l’environnement, et continue à empoisonner l’agriculture et les générations de vietnamiens nés après la guerre.
Lidia Falcucci
(1) « Declaration and Plan of Action », Aspen Institute, juin 2010.
(2) Le US-Vietnam Dialogue Group on Agent Orange/Dioxin a été créé en 2007 par la Fondation Ford, une organisation privée basée à New York, et coordonnée par l’Aspen Institute, association privée de recherche basée à Washington.

Dans « Le Monde diplomatique »

  • « Au Vietnam, l’“agent orange” tue encore »
    par Francis Gendreau, janvier 2006.
    Entre 1961 et 1971, l’armée américaine a procédé à des épandages massifs de défoliants sur le Vietnam. Méthode ayant causé des dégâts allant, à long terme, bien au-delà des effets recherchés dans l’immédiat. En témoigne la situation du Vietnam, victime d’épandages d’agent orange il y a plus de trente ans.
  • « Les Etats-Unis sont-ils une menace pour l’Europe ? »
    par Pierre Conesa, avril 2008.
    Les Etats-Unis pourraient-ils constituer un risque grave pour la sécurité internationale dans les vingt prochaines années ? Loin d’être illégitime, l’interrogation dépasse l’administration Bush.
  • « L’ultime trahison »
    par Howard Zinn, avril 2004.
    Si le gouvernement consacre des centaines de milliards de dollars à la guerre, il ne trouve pas d’argent pour venir en aide aux anciens combattants américains du Vietnam.
  • « Le mensonge des “guerres propres” », par Schofield Coryell, mars 2002.
    Trente ans après, « les conséquences de la guerre chimique menée par les Etats-Unis sont toujours et partout visibles ».
  • « Dommages de guerre à géométrie variable »
    par Monique Chemillier-Gendreau, octobre 2003.
    L’Irak a été contraint de payer, sur les produits de son pétrole contrôlés par les Nations unies, toutes les réparations de la guerre qu’il a menée au Koweït en 1990-1991. En revanche, les Etats-Unis n’ont jamais versé un centime pour celle menée contre le Vietnam de 1964 à 1975. 
     
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La guerre du Viêt Nam continue L’Agent orange tue encore

par Silvia Cattori*

Au cours des guerres au Viêt Nam et en Irak, les Etats-Unis ont privé les mouvements de résistance de cachettes naturelles en détruisant les jungles et les palmeraies. Ils ont également utilisé cette technique en Amérique latine pour détruire les cultures dans les zones où les habitants soutiennent des guérillas. Pour conduire cette guerre chimique et environnementale, ils ont utilisé des défoliants industriels, principalement l’Agent Orange, fabriqué par Monsanto.
Ce produit toxique continue à tuer au Viêt Nam, où il était utilisé il y a plus de quarante ans, en Irak où il était pulvérisé il y a six ans, et en Colombie où un ses dérivés sont toujours utilisé. André Bouny a consacré sa vie à étudier cette forme de guerre au Viêt Nam et ses conséquences actuelles. Il vient d’y consacrer un ouvrage détaillé et répond aux questions de Silvia Cattori.


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Trois avions UC-123B en mission d’épandage de produits chimiques défoliants au Sud-Viêt Nam, ici au-dessus de rizières.
© US Army.
Silvia Cattori : Votre livre « Agent Orange – Apocalypse Viêt Nam » [1] que je viens de dévorer d’une traite et le cœur serré, devrait être lu et pris au sérieux par tous les politiques qui ont une conscience et des moyens d’agir. Cet ouvrage très documenté et illustré de photographies bouleversantes sur la plus grande guerre chimique de l’histoire de l’humanité devrait être porté à la connaissance des gens, mobiliser les jeunes, et tous les parents dont la santé des enfants risque d’être menacée demain si l’on ne met pas un terme à la folie destructrice de ces guerres auxquelles, curieusement, aucun parti écologique ne s’est jamais opposé. Ni les écologistes, Daniel Cohn-Bendit, ou Joschka Fischer ne se sont opposés à la guerre qui a déversé des tonnes de bombes à l’uranium appauvri sur la Serbie. Ce que vous décrivez, et qui devrait être un sujet de préoccupation majeure pour tout un chacun, demeure étrangement ignoré de la part des médias. Comment vous, qui n’êtes ni journaliste, ni médecin, ni scientifique, en êtes-vous arrivé à vous investir à ce point, pour mettre à jour, un demi siècle après, les conséquences terrifiantes de la guerre chimique menée au Viêt Nam ? Pourriez-vous nous dire ce qui vous a motivé ?
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André Bouny
André Bouny : On peut en effet s’étonner qu’aucun grand reporter n’ait écrit de livre sur ce crime dont l’ampleur est si considérable qu’elle dépasse presque l’entendement ; sans doute le sujet, complexe, couvre tant de domaines que cela dissuade pareille entreprise dans un monde de plus en plus spécialisé.
De fait, on ne se lève pas un matin en se disant qu’on va écrire un livre sur l’Agent Orange : cet ouvrage est le résultat d’une longue immersion. Les premières images que j’ai vues à la télévision - en noir et blanc dans mon village - alors que j’étais adolescent, montraient la guerre du Viêt Nam. Elles sont restées gravées en moi. Puis, étudiant à Paris, j’ai participé aux protestations contre cette guerre, et nous savions que des armes chimiques y étaient utilisées. Par la suite, j’ai découvert ce pays.
Il est nécessaire de faire connaître cet immense malheur à nos concitoyens, comme à l’opinion internationale. Ce livre contient des photographies qui ont la plus grande importance puisqu’elles permettent de comprendre et de réaliser les ravages causés par l’Agent Orange. La plupart de ces illustrations n’ont jamais été publiées. Toutes sont des photos dignes, car ce n’est pas un livre « choc », en tout cas, pas dans le mauvais sens du terme : c’est avant tout un livre « lumière ».
Je ne me sens pas appartenir à mon seul pays, mais au monde au sens le plus large. Le fait que mes enfants soient d’origine vietnamienne - je les ai adoptés - y est bien sûr pour beaucoup. L’association D.E.F.I. Viêt Nam, que j’ai fondé, a tissé des liens étroits avec différentes couches de la société vietnamienne, surtout au sud. De nombreux containers de matériel médical expédiés y ont équipé des services hospitaliers, des maternités, des dispensaires et des cabinets dentaires. Les visites aux enfants parrainés permettent de découvrir des lieux incroyables aux conditions de vie impensables, en ville comme à la campagne.
Lorsque j’ai constitué le CIS (Comité International de Soutien aux victimes vietnamiennes de l’Agent Orange), de nouvelles attaches se sont développées, au nord cette fois. Cette « réunification » m’a permis de parcourir le pays d’un bout à l’autre et de mieux comprendre la complexité de ce peuple.
Silvia Cattori : Bien que la guerre du Viêt Nam puisse sembler lointaine aux jeunes générations, votre ouvrage apparaît redoutablement actuel pour au moins deux raisons. Tout d’abord parce qu’il montre que les effets de l’Agent Orange continuent aujourd’hui à déployer leurs effroyables conséquences sur des millions de gens. Des enfants monstrueux continuent à naître en ce moment même car les mutations génétiques acquises par les personnes contaminées se transmettent à leur descendance, ce qui représente, comme vous l’écrivez, un véritable « crime contre le génome humain ». Et deuxièmement parce que d’autres armes susceptibles d’entraîner des effets à long terme aussi terribles - notamment les armes à l’Uranium Appauvri– ont été très récemment utilisées, en Serbie [2], en Afghanistan [3], en Irak [4], à Gaza [5], au Liban [6] et continuent à l’être. « Prendre conscience de la catastrophe générée par l’Agent Orange – dites-vous dans votre conclusion – est la première étape, nécessaire pour prévenir et éviter d’autres désastres du même type (écologiques, environnementaux et sanitaires), voire pire. » Dans cette perspective, avez-vous noué des contacts avec les groupes ou les chercheurs qui enquêtent sur ces nouvelles armes ? Envisagez-vous des actions communes ?
André Bouny : Pour ma génération, le Viêt Nam évoque la guerre ; pour les plus jeunes, une destination touristique. Une nouvelle guerre fait oublier la précédente et occulte en grande partie ses conséquences, d’autant plus que l’information se concentre exclusivement sur la dernière. Dans le cas qui nous intéresse, effectivement, des enfants affectés de lourds handicaps et affublés parfois de formes inhumaines naissent à l’instant où nous parlons, bien que la science n’ait pas encore démontré - ni compris - les mécanismes qui prouveraient que ces effets tératogènes soient dus à une modification génétique acquise chez les victimes de l’Agent Orange - comme c’est le cas dans l’expérience sur les drosophiles effectuées par deux biologistes états-uniennes. Cependant, les autorités vietnamiennes se posent la question de savoir si l’on doit laisser procréer les victimes de l’Agent Orange.
La similitude des effets de l’Agent Orange avec ceux de l’Uranium Appauvri sur les nouveau-nés est frappante et oblige à un rapprochement. Par expérience, nous connaissons les risques et les séquelles de la radioactivité. D’ailleurs la controverse sur la radioactivité de basse intensité - celle par exemple liée aux particules ingérées ou inhalées dissipées par l’effet pyrophore des ogives d’armes à Uranium Appauvri - n’est pas sans rappeler celle que connut l’Agent Orange face au lobby de la chimie ; pour l’Uranium Appauvri, il s’agit de celui du nucléaire. De la même façon, les seuils admis de dioxine dans l’alimentation ne peuvent en aucun cas être sans effets. Le parallèle entre ces deux poisons existe aussi dans des utilisations civiles : agriculture, gestion des forêts, et élimination des déchets, entre autres, pour la dioxine ; l’énergie et le médical pour la radioactivité.
La conscience d’une catastrophe comme celle de l’Agent Orange sur l’environnement et toute forme de vie qui l’habite ne va pas de soi dans nos sociétés consuméristes, qui laissent croire qu’il existe une solution à tout par le biais du progrès et par la transformation de matières en « biens » de consommation, qui polluent la nature et donc nos organismes, générant ainsi un cercle vicieux sans fin. Conduire une lutte pour la justice et la reconnaissance des victimes, ainsi que leur dédommagement, ne laisse pas de temps et d’énergie pour en mener plusieurs de front, bien que toute victime ait droit à notre compassion et par-dessus tout à notre aide et solidarité. Cependant, à l’image du CIS, on remarque qu’il y a un grand nombre de personnalités qui s’activent inlassablement en faveur des victimes de l’Uranium Appauvri. Oui, la conscience de ceux-là a déjà pour action commune l’information.
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USA, Holmdel, New Jersey, 6 février 2007. Devant les photos représentant les épandages de l’Agent Orange au "Vietnam Veterans Memorial Fund", Don Johansen retrace les événements tels qu’il les a vécus. Vétéran de la guerre, (il avait 22 ans en 1965), il était infirmier et soignait ses camarades de combat mais aussi la population vietnamienne. Il a vu ces épandages et a lui-même été aspergé par l’Agent Orange. En 1980, il a appris qu’il souffrait de diabète, conséquence de la guerre, et a été victime d’une crise cardiaque. Depuis 2000, il reçoit des compensations financières du gouvernement. Atteint psychologiquement, il pense chaque jour à son expérience au Vietnam, et il se rend dans les écoles pour témoigner et raconter aux jeunes générations les horreurs de la guerre.
© 2007, Olivier Papegnies.
Silvia Cattori : Dans votre ouvrage exhaustif « Agent Orange – Apocalypse Viêt Nam », vous faites le point complet sur de nombreux aspects du problème. Quels sont, à vos yeux, les éléments spécifiquement nouveaux que vous apportez ?
André Bouny : L’élément neuf le plus remarquable est certainement le nouveau calcul du volume des agents chimiques que j’établis à partir des données du « Rapport Stellman », étude officielle financée par les États-Unis au début des années 2000 au Viêt Nam. Un rapport qui bouscula à la hausse toutes les estimations communément admises jusque-là. Pour faire simple, je suis parti de données établies par des archives de l’armée américaine - lesquelles sont probablement incomplètes - et je les ai croisées avec d’autres informations, elles aussi issues de ces mêmes archives. Le résultat est tout simplement terrifiant. Jeanne Mager Stellman, scientifique états-unienne qui a établi le rapport qui porte son nom, a lu attentivement mon livre et ne remet à aucun moment en cause le nouveau calcul que je propose sur les volumes d’agents chimiques utilisés au Viêt Nam.
D’autre part, la façon dont je parle de la guerre du Viêt Nam dans cet ouvrage n’est pas celle contée par les manuels d’histoire occidentaux : la perspective est celle des Vietnamiens. En effet, de nombreux éléments trop peu connus, oubliés par amnésie sélective, voire inconnus, jalonnent la toile de fond. Je veux parler de la fausse attaque subie par les navires US dans le golfe du Tonkin qui permit de déclencher la guerre contre le Viêt Nam du Nord communiste et de tromper le Congrès états-unien, ou de la trame des guerres secrètes menées au Laos et au Cambodge dans la plus parfaite illégalité nationale et internationale, ou encore de l’inimaginable tonnage de bombes déversées lors de cette deuxième guerre d’Indochine, du nombre impensable de morts et de blessés, ou de l’embargo qui accrut les dommages de cette longue guerre d’Indépendance sur la population civile, la première victime d’un des derniers conflits postcoloniaux… Ce sont quelques exemples.
Silvia Cattori : J’ai parcouru le Viêt Nam et le Laos dans les années 1970 le cœur brisé. J’ai admiré ces médecins vietnamiens frêles qui opéraient jour et nuit dans la jungle les victimes des bombardiers états-uniens qui déversaient sans discontinuer leurs mortelles cargaisons. Où en sont aujourd’hui les effets de l’Agent Orange sur les humains, la faune et la flore dans ces pays de l’ancienne Indochine où résident des anciens combattants et où a été stocké le produit ?
André Bouny : La situation actuelle au Viêt Nam est tout simplement catastrophique. Il y a quelques jours seulement, la Vice-présidente de l’Assemblée nationale du Viêt Nam annonça que 4 millions de personnes étaient actuellement contaminées.
Cela peut paraître énorme, pourtant ces chiffres sont, en pourcentage, bien en deçà à ceux des vétérans sud-coréens qui ont porté l’affaire en justice, par exemple… Or ils n’ont pourtant pas été exposés d’une façon comparable à celle de la population vietnamienne qui s’y trouve encore ! Anciens combattants et civils confondus sont atteints de maladies incurables et de cancers, dans un pays où l’accès aux soins est difficile, quand il y en a.
Puis il y a les nouveau-nés, ceux qui viennent au monde avec des déformations monstrueuses, des absences partielles ou totales de membres, et/ou des déficiences mentales. Il en est de même au Laos et au Cambodge, pays qui manquent cruellement de moyens pour faire un état des lieux épidémiologique, à l’instar du Viêt Nam. Aux USA, au Canada, en Australie, en Nouvelle-Zélande, en Corée du Sud, comme autour des bases militaires américaines au Philippines où était stocké le poison, vétérans et civils qui furent exposés à l’Agent Orange développent les mêmes maux.
Sur l’environnement, la forêt tropicale disparue ne se régénère pas, et on ne sait pas redémarrer la forêt tropicale quand les sols érodés ont perdu leurs nutriments, générés par la forêt elle-même, lui permettant de croître et d’exister : c’est une situation inextricable et désespérante. Au Viêt Nam, des zones entières sont proscrites aux cultures ou interdites d’accès : ce sont les hots spots. Ces points chauds sont souvent d’anciennes bases militaires états-uniennes étalées sur des surfaces considérables - de véritables villes - où on stockait l’Agent Orange avant de le transvaser dans les avions ou des engins terrestres, et qui étaient largement défoliées alentours pour des raisons évidentes de sécurité, tout comme leurs environs.
En ce qui concerne les USA, le Canada, la Corée du Sud, l’Australie et la Nouvelle-Zélande, le problème touche plus particulièrement les vétérans et, à des degrés divers, les lieux où ont été expérimentés les agents chimiques - ou parfois fabriqués, comme en Nouvelle Zélande - lors d’essais pour leur mise au point. Le combat des vétérans de ces pays, malades et ayant aussi une descendance pareillement atteinte est davantage connu car, comparativement au Viêt Nam, ces pays bénéficient de structures de soins. Mais tout de même, le combat de ces vétérans de pays dits développés fut long et féroce avant d’obtenir la reconnaissance de liens de cause à effet entre l’Agent Orange et leurs afflictions. Et ces combats continuent de nos jours. Pour la plupart des vétérans, la reconnaissance et les dédommagements se font toujours attendre.
Silvia Cattori : Vous décrivez de façon détaillée, avec une grande compassion et beaucoup de tact, le quotidien des victimes et de leur famille. Y a-t-il un espoir pour elles ?
André Bouny : L’espoir exige que trois points soient satisfaits. Avant tout que les médias soutiennent les victimes auprès des opinions publiques sans quoi les points suivants seront inatteignables : que justice soit rendue, ce qui implique un dédommagement conséquent et adapté ; qu’enfin des budgets fassent avancer la science dans les domaines de la décontamination corporelle et environnementale (nous venons d’apprendre que le généticien John Greg Venter venait de prendre le contrôle d’une bactérie). Or, les bactéries fondent l’espoir principal en ce qui concerne la décontamination des sols. Au-delà, le président Barack Obama pourrait, pour des questions de stratégies géopolitiques, adoucir les angles de cette affaire.
Silvia Cattori : Dans la partie Annexes de votre ouvrage, vous recensez tous les films documentaires, les livres et les articles majeurs sur le sujet, en français et en anglais. Pourquoi y en a-t-il si peu ?
André Bouny : Dans la littérature générée par la guerre du Viêt Nam, il arrive que cette arme chimique soit brièvement mentionnée, faisant rarement l’objet d’une page entière. Aux États-Unis existent des publications consacrées à l’Agent Orange, essentiellement en référence aux vétérans nationaux. En 2005, l’Association d’Amitié Franco-Vietnamienne publia en langue française une petite anthologie de 13 auteurs spécialisés. Côté cinéma, s’il existe bien quelques documentaires - souvent d’initiative personnelle - aucun long métrage n’a encore été consacré à ce thème. Le film le plus long sur le sujet -programmé sur une chaîne de télévision française - dure 75 minutes et est consacré aux procédures vietnamiennes en terre états-unienne.
Il y a certainement des raisons objectives, mais aussi irrationnelles, à cela : absence de budget pour une œuvre qui ne projetterait pas l’image d’une Amérique bienfaisante, autocensure visant à préserver un honneur blessé, ou à ne pas affoler ou révolter l’opinion publique devant des images insoutenables d’enfants-monstres. Le crime de l’Agent Orange peut resurgir à l’occasion de l’urgente préoccupation à préserver l’environnement qui n’échappe pas à un effet de mode. D’autre part, l’utilisation des congénères chimiques de l’Agent Orange dans les pesticides utilisés par l’agriculture industrielle mobilise les gens autour d’une alimentation qui fait peur souvent à juste titre, liant ainsi les pesticides aux ressources alimentaires actuelles ; à l’opposé, l’Agent Orange fut utilisé au Viêt Nam, au Laos, et au Cambodge, pour détruire les ressources vivrières d’hier. Refermé, ce cercle relie de façon indissociable Le Monde selon Monsanto, de Marie-Monique Robin ; Solutions locales pour un désordre global, de Coline Serreau ; et Agent Orange – Apocalypse Viêt Nam : un signe des temps.
Silvia Cattori : Il est très courageux de s’atteler à un sujet que les pouvoirs veulent ignorer. Reste à augurer que votre livre qui est déjà recensé sur les nouveaux médias recevra l’accueil qu’il mérite dans la presse traditionnelle.
André Bouny : 2010 est l’année de la biodiversité. Chaque année devrait l’être ! On constate une évolution du public vers une prise de conscience plus large, un intérêt à mieux discerner et connaître les méfaits de nos sociétés industrielles sur nos propres vies. Ce constat implique le public et les médias, les deux ayant partie liée.
Bien que l’Agent Orange ne soit pas, hélas, un sujet du passé puisque les victimes meurent et naissent encore à cet instant, il y a bien sûr un devoir de mémoire et surtout de réparation. Le courage consistera à en parler. J’ai confiance : les médias traditionnels ne peuvent pas rester en marge d’un problème qui concerne des millions de victimes.
À mon avis, Internet et médias traditionnels ne sont pas antagonistes, comme souvent ces derniers le croient, mais complémentaires. Ils n’ont pas à se craindre mutuellement : ils doivent simplement abolir la ligne qui les partage sur certaines informations. Si certains sites bénéficient d’une audience importante, il est aussi un fait que pour qu’une information parvienne au grand public, elle doit être relayée par les grands médias traditionnels ; Internet ne peut pas s’y substituer ; pas encore du moins. J’espère que les sites web seront un relais, un passage vers les médias que vous appelez « alignés » ; je ne suis pas naïf, mais peut-être suis-je trop optimiste ? Les ONG telles que Médecins du Monde, Médecins sans Frontières, Handicap International, le WWF, la Croix Rouge, etc., doivent aussi se rapprocher des victimes de l’Agent Orange qui ont besoin de tous. Chacun doit sortir de son pré carré.
Seule l’opinion publique peut exercer une pression suffisamment forte pour obliger ses élus et responsables politiques à intervenir auprès de leurs homologues de tous les pays, et des États-Unis en particulier. Les victimes sont parmi nous, bien que de nombreuses personnes exposées soient déjà mortes. Les enfants innocents qui naissent aujourd’hui, trois générations après la guerre, sans bras ni jambes, ou sans yeux, voire sans cerveau, ou avec deux têtes (le nombre des malformations n’a pas de limites), ces enfants sont nos semblables au sens le plus laïc du terme. Se taire revient à cautionner le crime. Par ailleurs, quand les criminels demeurent non seulement impunis mais qu’ils prospèrent de leurs crimes, grandes sont les chances qu’ils en commettent d’autres dans le futur. Il est nécessaire de connaître le passé pour empêcher que cela ne se reproduise.
Silvia Cattori : Vous relatez dans votre livre comment l’action intentée aux États-Unis par les victimes vietnamiennes de l’Agent Orange s’est soldée par un déni de justice, à peine rapporté par les grands médias, et vous évoquez les intérêts croisés des grands groupes industriels, des grandes puissances et des pouvoirs médiatiques qui expliquent ce silence scandaleux. Le même silence entoure aujourd’hui les informations réunies par quelques groupes de chercheurs sur les effets des armes à l’Uranium Appauvri, dont les travaux n’ont connu jusqu’ici qu’une diffusion trop restreinte pour mobiliser l’opinion publique. Comment dès lors rester aussi optimiste que vous semblez l’être ? Quels sont, selon vous, les facteurs qui pourraient changer la situation de façon déterminante ?
André Bouny : Bien identifier les freins à la justice est une nécessité pour espérer obtenir gain de cause sur le terrain judiciaire. L’information sur ces obstacles est essentielle, non seulement pour les dénoncer, mais pour obtenir un soutien de l’opinion publique ; car la justice ne peut s’obtenir que si et quand la preuve de l’injustice est bien comprise de tous. Mais nous sommes dans un cercle immoral puisque les intérêts financiers unissent marchands d’armes et pouvoirs médiatiques. À cela s’ajoute l’autocensure, consciente ou inconsciente, fabriquée par une idéologie individualiste qui s’appuie sur le mirage d’un progrès perpétuel et illimité, laissant croire et accepter qu’au fond rien n’est si grave ; et que tout problème trouvera bien un jour sa solution et finira par se résoudre de lui-même. C’est un peu le même mensonge intellectuel que celui qui consiste à croire que les sources d’énergies non-renouvelables sont inépuisables et éternelles.
Pour la touche d’optimisme, je sais qu’il existe des journalistes curieux et humanistes, éclairés et courageux, comme il y en a toujours eu.
On ne peut pas être aux côtés des victimes et ne pas croire à ce qu’on entreprend pour elles, sans quoi il est inutile de commencer la moindre action visant à leur obtenir de meilleures conditions de vie. Bien sûr, la réalité peut anéantir l’espoir. Il arrive même parfois que l’optimisme s’évanouisse, ou plutôt s’éclipse. Mais si ceux qui soutiennent les victimes venaient à afficher un pessimisme résigné, sur qui pourraient-elles compter ?
La situation des victimes de l’Agent Orange - comme les victimes d’autres armes - ne pourra changer que si une information soutenue de manière durable fait prendre conscience de leur existence à l’opinion publique internationale.
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 Silvia Cattori
Journaliste suisse indépendante, de langue maternelle italienne. Les années qu’elle a passées outre-mer, notamment en Asie du Sud-Est et dans l’Océan indien, en contact étroit avec le milieu de la diplomatie et des agences des Nations Unies, lui ont donné une certaine compréhension du monde, de ses mécanismes de pouvoir et de ses injustices. En 2002, elle fut témoin de l’opération « Bouclier de protection », conduite par Tsahal en Cisjordanie. Elle se consacre depuis à attirer l’attention du monde sur le sort subi par le peuple palestinien sous occupation israélienne.
Auteur de Asie du Sud-Est, l’enjeu thaïlandais (éd L’Harmattan, 1979).

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Agent Orange – Apocalypse Viêt Nam par André Bouny, éditions Demi-lune, 2010 (416 pp.). Livre en vente par correspondance via la librairie du Réseau Voltaire.


[1] « Agent Orange – Apocalypse Viêt Nam », Collection Résistances, Éditions Demi-Lune, 2010.
[2] Voir :
- « Mesures de la radioactivité dans des échantillons de sol serbe », par H.W. Gabriel, ingénieur nucléaire, et D. Schalch, physicien, Horizons et débats, No 25, 23 juin 2008.
- « Mesure de la radioactivité d’échantillons de sol provenant de Serbie, 2e partie », par H.W. Gabriel, ingénieur nucléaire, et D. Schalch, physicien, Horizons et débats, No 11/12, 30 mars 2009.
[3] Voir :
- « Les armes américaines de destruction massive et le génocide perpétré froidement contre les Afghans », par Mohammed Daud Miraki, Horizons et débats, No. 40 octobre 2006.
[4] Voir : « A Fallujah, en Iraq, l’uranium appauvri et le phosphore blanc continuent de tuer les enfants », par Joelle Penochet, legrandsoir.info, 17 septembre 2009.
[5] Voir :
- Les diverses études publiées sur le site : http://newweapons.org/
- « Des traces de métaux détectées dans les cheveux d’enfants palestiniens », par newweapons.org, 19.03.10.
- « Gaza Strip, soil has been contaminated due to bombings ; population in danger » par les Professeurs Mario Barbieri, Maurizio Barbieri et Paola Manduca, 17 décembre 2009.
- « Newborn in Gaza with severe defects », Palestine News Network, 28 janvier 2010.
- « Gaza : Un camp de lente extermination ? », par Silvia Cattori, silviacattori.net, 14 octobre 2009.
- « Gaza : Des mères palestiniennes horrifiées par la naissance d’enfants difformes », par Silvia Cattori, silviacattori.net, 30 septembre 2009.
[6] Voir :
- « Enriched and industrial uranium detected in civilians’ urine that were exposed to the dust of Israeli rockets », newweapons.org, 6 mars 2008.
- « Israel Detonated a Radioactive Bunker Buster Bomb in Lebanon », par Flaviano Masella, Angelo Saso, Maurizio Torrealta, Global Research, 11 novembre 2006.

Honduras, un an après le coup d’Etat

Par Renaud Lambert

Il y a un an, le 28 juin 2009, un coup d’état militaire renversait le président du Honduras, M. Manuel Zelaya.
Au-delà des prétextes invoqués, le coup d’état visait à défendre les intérêts de ceux qui l’avaient commandité : l’oligarchie hondurienne et les multinationales présentes dans le pays. Cette élite – dont un rapport du Bureau pour la démocratie, les droits humains et le travail du département d’Etat américain observait, en mars 2007, qu’elle « exerce un contrôle considérable sur l’économie, le système judiciaire et les institutions politiques du pays » – s’estimait menacée par le programme économique de M. Zelaya.
Ce n’était pas la première fois qu’un chef d’Etat hondurien chahutait les dominants en prétendant stimuler le capital « national », développer la consommation interne et accroître le salaire minimum.
En 1993, Carlos Roberto Reina remportait les élections présidentielles, soutenu par une fraction de la bourgeoisie, elle-même menacée par l’ouverture économique du pays, et par les couches populaires, déjà frappées par les politiques néolibérales. Dès la première année de son mandat, Reina rencontra les dirigeants du Fonds monétaire international (FMI) et ceux de l’Agence américaine pour le développement international (USAID) afin de leur présenter l’inflexion de la politique économique du Honduras qu’il envisageait. Menacé, en retour, d’avoir à se passer des crédits que ces institutions lui allouaient, Reina en revint à la feuille de route néolibérale.
Quinze ans plus tard, les choses avaient changé. Délaissé par les Institutions financières internationales, le Honduras obtint le soutien politique de l’Alliance bolivarienne pour les peuples de notre Amérique (ALBA), qu’il rejoint en août 2008, et l’aide économique du Venezuela. M. Zelaya s’était plaint, lors de son arrivée au pouvoir, que le Honduras était si pauvre qu’ « il ne pouvait même pas construire une route sans faire appel à la Banque mondiale ». Dès la signature d’un accord avec Petrocaribe, il bénéficia de financements à taux réduits pour ses investissements en infrastructure qui l’autorisaient à dépenser ses propres deniers dans le cadre de programmes sociaux. Le même accord l’assurait de la livraison de 20 000 barils de pétrole brut par jour à des prix généreux.
Le 3 janvier 2008, un communiqué de l’Association industrielle nationale (ANDI) – qui, malgré son nom, représente les intérêts des firmes étrangères au Honduras – prenait acte de ce changement d’époque : « désormais s’est imposée l’inévitable nécessité de prendre des mesures que nul ne souhaitait, ou de mettre la clef sous la porte. » Les intérêts de l’élite n’étant pas négociables, l’ANDI concluait : « le président Zelaya et ses acolytes des syndicats obligent le patronat à se défendre et, sans le vouloir, ont réveillé le tigre. » Le 28 juin 2009, après une longue période de sommeil, le tigre bondissait.
A cette rupture dans la stratégie des classes dominantes honduriennes, le président américain, M. Barack Obama, promit d’en opposer une autre, dans la politique étrangère américaine. Jusque-là, celle-ci se caractérisait par sa complaisance vis-à-vis des putschistes latino-américains, comme lors du coup d’état qui renversa le président vénézuélien, M. Hugo Chávez, pendant quelques heures, en avril 2002.
Au contraire, dès le 29 juin, M. Obama condamna les putschistes : « Je pense qu’il s’agirait d’un précédent terrible si nous commencions à revenir en arrière, à une époque où les transitions politiques s’effectuaient par le biais de coups d’état, plutôt qu’au travers d’élections démocratiques. » Mais l’attitude ultérieure de Washington ne fut pas à la hauteur des déclarations du nouveau président.
Le Département d’Etat refusa de qualifier l’opération de « coup d’état militaire », un terme qui aurait « contraint l’administration à mettre un terme à ses programmes d’aide au Honduras », observe Alex Main, du Centre pour la recherche économique et politique (CEPR). L’administration américaine se contenta de suspendre le versement d’une fraction réduite de l’aide qu’elle allouait au pays (pour un montant de 31 millions de dollars). Mme Hillary Clinton, proche du lobbyiste Lanny Davis – qui se mit rapidement au service des putschistes honduriens –, en annonça la reprise le 4 mars 2010. Le même jour, elle invitait l’Organisation des Etats américains (OEA) à reconnaître le gouvernement de M. Porfirio Lobo, vainqueur, le 29 novembre 2009, d’un scrutin illégitime (puisque organisé par un gouvernement illégitime), et en fonctions depuis le 27 janvier 2010. Elle le félicitait par ailleurs d’avoir « restauré la démocratie » au Honduras.
Situation invraisemblable il y a encore une vingtaine d’années, le gouvernement de facto, soutenu par les Etats-Unis, n’a toujours pas été reconnu par l’OEA. Il est régulièrement mis en cause par les pays de l’ALBA. L’Union des nations sud-américaines (UNASUR) menaça de boycotter le sommet Amérique latine, Caraïbes et Union Européenne de Madrid, en mai 2010, si M. Lobo y participait.
La crise hondurienne constitue sans doute l’un des épisodes du conflit larvé qui oppose le Venezuela aux Etats-Unis. Mais, si le Honduras pourrait se passer de la reconnaissance diplomatique du Venezuela, celle du Brésil lui fait cruellement défaut.
Il y a quelques années, Brasília avait enteriné les préférences américaines lors du renversement du président haïtien Jean-Bertrand Aristide, en 2004.
Cette fois-ci, le président brésilien, M. Luis Inacio « Lula » da Silva a estimé qu’il était en mesure de tenir tête aux Etats-Unis. Selon le journaliste uruguayen Raúl Zibechi, l’année qui vient de s’écouler a révélé une menace plus préoccupante pour Washington que le socialisme du XXIème siècle de M. Chávez : l’émergence du mastodonte économique brésilien et sa prétention à défendre ses intérêts.
Pour l’heure, la population hondurienne poursuit sa lutte malgré la répression policière et militaire. Torture, disparitions, couvre-feux, fermeture de médias sont (re)devenus monnaie courante au Honduras. Les rassemblements de plus de quatre personnes ont été interdits. Le Comité des familles de détenus et de disparus au Honduras (COFADEH) a recensé 43 assassinats politiques.

Afghanistan : ave Petraeus !

par Philippe Leymarie

Vingt minutes : c’est le temps qu’il aura fallu au président Barack Obama pour limoger le général Stanley McChrystal, commandant en chef des troupes américaines et de l’OTAN en Afghanistan. Et pour remplacer l’élève par le maître : le général David Petraeus, qui était déjà patron du Commandement pour le Moyen-Orient (Centcom), c’est-à-dire de l’ensemble des troupes américaines dans le Golfe, en Irak et en Afghanistan. « On se moque de savoir qui commande, a fait aussitôt savoir Yousouf Ahmadi, un des porte-paroles réguliers du commandement taliban : nous combattrons les envahisseurs jusqu’à leur départ. »
Ancien chef des opérations spéciales de l’US Army, McChrystal – qui remplaçait le général David McKiernan, remercié par le président américain en juin 2009 – avait :
- remis la population au cœur de la stratégie de l’OTAN ;
- mis un frein aux frappes aériennes (génératrices de « bavures » et autres « dommages colatéraux ») ;
- demandé aux GI’s de sortir des casernements (et donc de prendre des risques avec leur propre sécurité) ;
- convaincu l’exécutif américain d’envoyer 30 000 hommes en renfort (au prix d’une périlleuse annonce de début de retrait à partir de l’été 2011) ;
- banni l’alcool sur les bases de l’OTAN ;
- fait fermer des postes dans les secteurs les plus reculés, pour concentrer davantage de forces au sein des zones peuplées ;
- et poursuivi la politique "d’afghanisation" (armée et police).
La « grande offensive » lancée en février dernier dans la région rurale de Marjah, dans le Helmand (sud), un des bastions talibans, n’avait pas convaincu. Le général en préparait une autre, plus importante, sur Kandahar, mais qui - de son propre aveu - avait pris du retard. Les chefs militaires de l’OTAN avaient prévenu que les premiers signes positifs du changement de stratégie ne pourraient être constatés avant la fin 2010, au plus tôt.
Le général, à défaut de rencontrer l’assentiment des populations, semblait au moins avoir gagné la confiance du président afghan, M. Hamid Karzaï, ainsi que celle d’une majorité de diplomates et chefs militaires étrangers : « Avant McChrystal, c’était une basse-cour, remplie de poulets courant dans tous les sens, commente un diplomate cité par l’AFP. Aujourd’hui, tout le monde marche dans la même direction ». [1]
Le limogeage du général tient à ses propos imprudents et cavaliers (dits « d’après-boire » !) recueillis par le périodique Rolling Stones, qui ne témoigneraient pas de « l’unité dans l’effort » exigée par la situation… et par le président américain. Mais McChrystal est aussi victime de la dégradation du contexte sécuritaire de ces dernières semaines : dès avant le 23 juin, on savait que ce mois serait le plus meurtrier pour les forces internationales (79 morts). A trois reprises, ce mois-ci, une dizaine de soldats de l’OTAN sont morts durant une même journée. Depuis le début de l’année, la coalition a essuyé plus de 300 pertes, ce qui laisse augurer d’une année plus difficile que 2009, considérée comme « l’année terrible » (520 morts).

Armée de Babel

Petraeus est l’homme du « surge » (le sursaut, le retournement de situation, la montée en puissance), la politique finalement endossée par le président Obama :
- ce général - un des plus décorés de l’armée américaine - avait réussi à retourner partiellement la situation en Irak, à partir de 2007, en saisissant l’opportunité de s’appuyer sur le ralliement des chefs de tribus sunnites (la branche ethno-religieuse à la quelle se rattachait le régime de Saddam Hussein, ainsi que la majorité de la population de la région de Bagdad).
- Il est aussi le chef militaire qui, dès 2006, avait fait de son manuel de contre-insurrection un outil politico-militaire, porteur d’une alternative. Depuis – a relevé le colonel Michel Goya, de l’IRSEM, lors des Assises de la recherche stratégique, à Paris, le 24 juin dernier –, les experts en contre-insurrection débattent de cette question des tribus, et de leur place dans une stratégie de reconquête « du cœur et des esprits ».
Petraeus se retrouve à la tête d’un contingent militaire étranger en Afghanistan désormais plus important que celui d’ Irak, mais qui – au fil des renforts décidés par le président Obama – est de plus en plus américain : la Force internationale d’assistance à la sécurité (FIAS) qui regroupe les contingents de l’OTAN – une armée de Babel, quasi ingouvernable en raison de l’hétérogénéité des règles d’engagement (extrêmement restrictives pour le Japon, très limitatives pour les troupes allemandes, etc.) – sera désormais très minoritaire, et de plus en plus cantonnée aux tâches de formation, entraînement, conseil de l’armée et de la police afghanes.

Exagérément négative

Officiellement, il n’est pas question de changer la stratégie dite « globale » qui a été adoptée par les Alliés au sommet de l’OTAN à Bucarest en 2008, et confirmée au sommet de Strasbourg-Kehl en 2009. Le secrétaire américain à la défense, Robert Gates, relevait à la mi-juin « des progrès », et soulignait que la nouvelle stratégie américaine n’était en œuvre que depuis quatre mois, l’ensemble des renforts annoncés n’étant pas encore à pied d’œuvre. Il jugeait alors « tragique mais inévitable » que de nouvelles victimes soient à déplorer parmi les soldats américains, alors que les troupes avancent vers des zones tenues par les talibans : « C’est dur et nous subissons des pertes significatives comme nous l’anticipions », a déclaré quelques jours plus tard Robert Gates, pour qui « la situation est dépeinte d’une manière exagérément négative ». [2]
Le secrétaire à la défense a rappelé que « l’armée afghane devrait être prête à assumer des responsabilités de base en matière de sécurité dans certaines régions d’Afghanistan d’ici un an, à compter de juillet 2011 ». Le général Petraeus, entendu par une commission du Sénat à la mi-juin, avait assorti le début de retrait des militaires américains d’une série de conditions : il sera en première ligne pour les valider sur le terrain ...
La nomination du « sauveur de l’Irak » est sans doute une des dernières cartouches dont dispose le président Obama, afin de « finir le travail » – pour reprendre une expression souvent utilisée dans le milieu militaire. Mais cette valse des grands chefs [3] , intervenant quelques mois après une autre, fait tout de même désordre, dans le contexte dramatique du moment. Elle souligne également, par défaut, combien les Européens et autres alliés au sein de l’OTAN sont à la remorque des Américains, dans ce conflit où ces derniers décident de tout.
Pendant ce temps, une enquête effectuée par cette même commission du Congrès américain a établi qu’en sous-traitant à des entreprises privées la protection des convois américains d’armes et de ravitaillement en Afghanistan, le Pentagone finançerait indirectement les chefs de guerre et peut-être même les talibans !

Notes

[1] Cf. Karim Talbi, Afp, Kaboul, 24 juin 2010.
[2] Cf. AFP, Washington, 20 juin 2010.
[3] Elle se double de changements importants dans la direction afghane, avec la mise à l’écart récemment du ministre de l’intérieur et du chef des renseignements.

Les robots sapiens & la singularité technologique

par Maxdel26 (son site) 

Je suis tombé par hasard ce matin sur un documentaire très intéressant sur la robotisation des animaux. Le terme peut paraître étrange mais les faits sont tout à fait réels et très étonnant.Je vais vous faire un petit récapitulatif de ce que l’avenir et les scientifiques nous promettent.
L’histoire
Tout commence dans les années 1950 avec José Delgado un neuro-physiologiste espagnol. Delgado a longtemps étudié les épilepsies et souhaité trouver un moyen d’arrêter ces crises. Il commença alors à travailler sur la création et l’implantation d’électrodes dans certaines parties du cerveau : ce qui porte aujourd’hui le nom d’électrostimulation du cerveau (ESB). Sa première expérience fut réalisée dans une arène de corrida à Cordoue (1963). Il avait alors fait implanter des électrodes dans le cerveau d’un taureau. Une télécommande était utilisée pour envoyer des impulsions électriques dans le noyau caudé de l’animal. Placé dans une arène le taureau chargea l’assistant du professeur, qui appuya sur le bouton de sa télécommande. L’animal s’arrêta net, et devint alors craintif.
Cette expérience fut très critiquée par une grande majorité de scientifiques. En effet, s’il est possible d’agir à distance sur le comportement d’un animal, il est évident que le faire sur un humain ne doit pas être plus compliqué. On retombe alors dans la traditionnelle confrontation entre Ethique et Science.
Je vous encourage à regarder cette vidéo d’une durée de 7 minutes sur les expériences du professeur Delgado, et notamment celle du taureau.

On doit d’ailleurs au professeur Delgado ces propos tenus devant le Congrès américain en 1974.
Nous avons besoin d’un programme de psychochirurgie pour le contrôle politique de notre société. Le but est le contrôle physique de l’esprit. Chacun qui dévie de la norme donnée peut être chirurgicalement mutilé.
L’individu peut penser que la réalité la plus importante est sa propre existence, mais c’est seulement son point de vue personnel. Même si cette attitude libérale est très séduisante, ceci manque de perspective historique. L’homme n’a pas le droit de développer sa propre façon de penser. Nous devons contrôler le cerveau électriquement. Un jour, les armées et les généraux seront contrôlés par stimulation électrique du cerveau.
Bref, on en parle peu souvent mais la manipulation mentale est, faut-il s’en étonner, le rêve de beaucoup de gouvernements.
On peut rappeler le Projet MK-Ultra de la CIA qui se déroula des années 1950 à 1970. Son but était la manipulation des esprits à travers l’injection de substances psychotropes. Elle fit d’autant plus de bruit que les expériences n’étaient en général pas testées sur des personnes consentantes. En effet, plus de 30 universités ont « ouvert leurs portes » à la CIA qui pu expérimenter leurs tests sur « toutes les catégories sociales, hautes et basses, américains et étrangers » sans que les cobayes, les premiers concernés, en soient au courant. (si le sujet vous intéresse, voici le lien sur Wikipedia)
Pour l’anecdote sur le contrôle mental, il est amusant de rappeler les actions de la DARBA (financée par l’armée américaine) qui a tenté pendant plusieurs années de créer une « bombe gay » dont il est inutile de vous décrire les conséquences sur les armées.
Toutefois la manipulation mentale électronique s’avère beaucoup plus efficace.
On passe maintenant aux aspects médicaux de ces évolutions.
Vous comprenez bien que si, dans l’expérience de Delgado, le taureau s’arrête net, c’est qu’on a agi sur une partie de son cerveau responsable de ses mouvements.
Les progrès technologiques de ses dernières années ont permis aux chercheurs d’étudier le cerveau de très près. Même s’ils ne saisissent pas encore toute la complexité de cet organe, on peut désormais savoir quelle est la partie du cerveau qui est impliquée dans un mouvement précis. Cela a permis, par exemple, de « créer » les premiers cyborgs. Bon je vous vois déjà partis dans les représentations du genre Terminator et compagnie. Non.
Un cyborg est simplement un être humain qui a reçu des greffes de parties mécaniques.
Claudia Mithchell – Un exemple de cyborg :
Vous imaginez alors les progrès scientifiques désormais réalisables et la vie de milliers d’handicapés qui pourront enfin retrouver la mobilité et l’usage d’un membre perdu.
Pour la petite anecdote le premier cyborg se nommait Johnny Ray. Au cours d’une soirée le malheureux se fit poignarder : il restera paralysé jusqu’à la fin de sa vie. C’est le professeur Philip Kennedy qui lui demanda alors de participer à l’expérience. Johnny accepta, on lui implanta une électrode dans le cerveau. Le professeur lui demanda alors de contrôler le curseur de l’ordinateur auquel il était relié : il y parvint du premier coup, sans aucun entraînement.
Mais l’expérience la plus troublante fut celle réalisée sur un singe, par un professeur américain dont j’ai oublié le nom. Le singe s’était fait implanter une puce visant à contrôler un bras mécanique. Il est évident que le singe n’allait pas du premier coup se mettre à penser à ce que la pince bouge, quel intérêt aurait-il à faire ça. Alors les scientifiques lui donnèrent une manette qu’il actionnait pour faire bouger le bras mécanique : le but du jeu était de déplacer un curseur sur une cible. Au fil des jours le primate s’améliora au jeu, jusqu’à ce qu’il lâcha complètement les manettes pour contrôler le bras par ses pensées.
Plus tard, d’autres expériences montrèrent que les primates étaient capables d’actionner par la pensée et sans aucun entraînement, un bras mécanique afin de se nourrir.

La singularité technologique

Ce concept a été mis au point par Vernor Vinge, un chercheur américain et auteur de science-fiction qui pense que l’évolution technologique est telle, qu’elle finira un beau jour par dépasser ses créateurs. Selon lui l’Intelligence Artificielle finira par surpasser l’intelligence humaine. Les robots créés par l’homme pourront alors s’auto-améliorer et créer eux-mêmes des machines encore plus puissantes.
J’explique : Selon Gordon Moore (un des créateurs d’Intel) la puissance de calculs des ordinateurs évoluerait à un rythme exponentiel. En effet, la loi qu’il a créée (et qui porte son nom) estime que les performances des microprocesseurs doublent tous les deux ans : ce qui est vrai.
Toutefois il faut la nuancer car aujourd’hui, la plupart des scientifiques s’accordent à dire que cette loi est vouée à l’échec à moyen terme. En effet, s’il est possible de réduire la taille des composants à des valeurs totalement incroyables (le transistor MOSFET a bien été réduit à 18 nanomètres, soit 70 atomes alignés) il n’est évidemment pas possible de les réduire à l’infini.
La loi se prend alors « The Wall » (Le mur – en anglais). Elle se retrouve elle même confrontée à d’autres lois :
  • celle de Rock  : qui considère que le coût d’une unité de fabrication de semi-conducteur double tous les 4 ans. Ainsi il faut compter plus de 7 milliards de dollars aujourd’hui pour créer une usine de création de composants se rapprochant de plus en plus des limites physiques.
  • celle de Wirth  : les softwares et les hardwares évoluent de façon contraire. Les hardwares (composants informatiques) se développent en puissance, alors que les softwares (logiciels informatiques) deviennent eux de plus en plus lourds. Ainsi l’utilisateur quelconque n’aura pas l’impression que son ordinateur est plus puissant s’il doit ramer lors de l’exécution d’un logiciel.
Mais le développement informatique est bien là et ses évolutions sont incroyables : un ordinateur de nos jours est plus d’un milliard de fois plus puissant qu’un ordinateur des années 1985. Certains scientifiques estiment que les ordinateurs des prochaines années connaîtront la même évolution.
Alors on voit venir les premiers contestataires qui essayent de faire prendre conscience aux publics des dangers d’un phénomène.
On peut alors rappeler l’action de Theodore Kaczynski, un mathématicien américain plus connu sous le nom de Unabomber qui tua 3 personnes et en blessa 29 à travers des envoies de colis piégés.
Ses idées étaient les suivantes :
  1. Le progrès technologique nous conduit à un désastre inéluctable.
  2. Seul l’effondrement de la civilisation moderne peut empêcher le désastre.
  3. La gauche politique est la première ligne de défense de la Société technologique contre la révolution.
  4. Ce qu’il faut, c’est un nouveau mouvement révolutionnaire, voué à l’éradication de la société technologique, et qui prendra des mesures pour tenir à l’écart tous les gauchistes et consorts.
L’homme est aujourd’hui en prison, où il purge la peine maximale après avoir fait l’objet de la chasse à l’homme la plus couteuse de l’histoire du FBI.
Si l’idée d’un soulèvement des machines peut paraître totalement folle, il faudra de plus en plus s’habituer à vivre avec, car tout développement entraîne sa contrepartie d’opposition.
La singularité technologique (la prise de pouvoir des machines) n’aura lieu, si on en croit les scientifiques qui la soutienne, qu’en 2030, ce qui nous laisse encore un peu de temps pour profiter de nos libertés civiques.
Pour finir, qu’on soit pour ou contre cette théorie, il est bon de rappeler que tous le monde s’accorde pour dire que dans un futur proche nous serons probablement tous équipés de machines nous permettant d’augmenter nos capacités, qu’elles soient physiques ou intellectuelles.
Il est alors nécessaire de se souvenir de cette phrase de Rabelais qui déjà au 16ème siècle rappelait la nécessité de la sagesse en science :
Science sans conscience n’est que ruine de l’âme
François Rabelais
.
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