24 juillet 2010

La guerre du Viêt Nam continue L’Agent orange tue encore

par Silvia Cattori*

Au cours des guerres au Viêt Nam et en Irak, les Etats-Unis ont privé les mouvements de résistance de cachettes naturelles en détruisant les jungles et les palmeraies. Ils ont également utilisé cette technique en Amérique latine pour détruire les cultures dans les zones où les habitants soutiennent des guérillas. Pour conduire cette guerre chimique et environnementale, ils ont utilisé des défoliants industriels, principalement l’Agent Orange, fabriqué par Monsanto.
Ce produit toxique continue à tuer au Viêt Nam, où il était utilisé il y a plus de quarante ans, en Irak où il était pulvérisé il y a six ans, et en Colombie où un ses dérivés sont toujours utilisé. André Bouny a consacré sa vie à étudier cette forme de guerre au Viêt Nam et ses conséquences actuelles. Il vient d’y consacrer un ouvrage détaillé et répond aux questions de Silvia Cattori.


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Trois avions UC-123B en mission d’épandage de produits chimiques défoliants au Sud-Viêt Nam, ici au-dessus de rizières.
© US Army.
Silvia Cattori : Votre livre « Agent Orange – Apocalypse Viêt Nam » [1] que je viens de dévorer d’une traite et le cœur serré, devrait être lu et pris au sérieux par tous les politiques qui ont une conscience et des moyens d’agir. Cet ouvrage très documenté et illustré de photographies bouleversantes sur la plus grande guerre chimique de l’histoire de l’humanité devrait être porté à la connaissance des gens, mobiliser les jeunes, et tous les parents dont la santé des enfants risque d’être menacée demain si l’on ne met pas un terme à la folie destructrice de ces guerres auxquelles, curieusement, aucun parti écologique ne s’est jamais opposé. Ni les écologistes, Daniel Cohn-Bendit, ou Joschka Fischer ne se sont opposés à la guerre qui a déversé des tonnes de bombes à l’uranium appauvri sur la Serbie. Ce que vous décrivez, et qui devrait être un sujet de préoccupation majeure pour tout un chacun, demeure étrangement ignoré de la part des médias. Comment vous, qui n’êtes ni journaliste, ni médecin, ni scientifique, en êtes-vous arrivé à vous investir à ce point, pour mettre à jour, un demi siècle après, les conséquences terrifiantes de la guerre chimique menée au Viêt Nam ? Pourriez-vous nous dire ce qui vous a motivé ?
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André Bouny
André Bouny : On peut en effet s’étonner qu’aucun grand reporter n’ait écrit de livre sur ce crime dont l’ampleur est si considérable qu’elle dépasse presque l’entendement ; sans doute le sujet, complexe, couvre tant de domaines que cela dissuade pareille entreprise dans un monde de plus en plus spécialisé.
De fait, on ne se lève pas un matin en se disant qu’on va écrire un livre sur l’Agent Orange : cet ouvrage est le résultat d’une longue immersion. Les premières images que j’ai vues à la télévision - en noir et blanc dans mon village - alors que j’étais adolescent, montraient la guerre du Viêt Nam. Elles sont restées gravées en moi. Puis, étudiant à Paris, j’ai participé aux protestations contre cette guerre, et nous savions que des armes chimiques y étaient utilisées. Par la suite, j’ai découvert ce pays.
Il est nécessaire de faire connaître cet immense malheur à nos concitoyens, comme à l’opinion internationale. Ce livre contient des photographies qui ont la plus grande importance puisqu’elles permettent de comprendre et de réaliser les ravages causés par l’Agent Orange. La plupart de ces illustrations n’ont jamais été publiées. Toutes sont des photos dignes, car ce n’est pas un livre « choc », en tout cas, pas dans le mauvais sens du terme : c’est avant tout un livre « lumière ».
Je ne me sens pas appartenir à mon seul pays, mais au monde au sens le plus large. Le fait que mes enfants soient d’origine vietnamienne - je les ai adoptés - y est bien sûr pour beaucoup. L’association D.E.F.I. Viêt Nam, que j’ai fondé, a tissé des liens étroits avec différentes couches de la société vietnamienne, surtout au sud. De nombreux containers de matériel médical expédiés y ont équipé des services hospitaliers, des maternités, des dispensaires et des cabinets dentaires. Les visites aux enfants parrainés permettent de découvrir des lieux incroyables aux conditions de vie impensables, en ville comme à la campagne.
Lorsque j’ai constitué le CIS (Comité International de Soutien aux victimes vietnamiennes de l’Agent Orange), de nouvelles attaches se sont développées, au nord cette fois. Cette « réunification » m’a permis de parcourir le pays d’un bout à l’autre et de mieux comprendre la complexité de ce peuple.
Silvia Cattori : Bien que la guerre du Viêt Nam puisse sembler lointaine aux jeunes générations, votre ouvrage apparaît redoutablement actuel pour au moins deux raisons. Tout d’abord parce qu’il montre que les effets de l’Agent Orange continuent aujourd’hui à déployer leurs effroyables conséquences sur des millions de gens. Des enfants monstrueux continuent à naître en ce moment même car les mutations génétiques acquises par les personnes contaminées se transmettent à leur descendance, ce qui représente, comme vous l’écrivez, un véritable « crime contre le génome humain ». Et deuxièmement parce que d’autres armes susceptibles d’entraîner des effets à long terme aussi terribles - notamment les armes à l’Uranium Appauvri– ont été très récemment utilisées, en Serbie [2], en Afghanistan [3], en Irak [4], à Gaza [5], au Liban [6] et continuent à l’être. « Prendre conscience de la catastrophe générée par l’Agent Orange – dites-vous dans votre conclusion – est la première étape, nécessaire pour prévenir et éviter d’autres désastres du même type (écologiques, environnementaux et sanitaires), voire pire. » Dans cette perspective, avez-vous noué des contacts avec les groupes ou les chercheurs qui enquêtent sur ces nouvelles armes ? Envisagez-vous des actions communes ?
André Bouny : Pour ma génération, le Viêt Nam évoque la guerre ; pour les plus jeunes, une destination touristique. Une nouvelle guerre fait oublier la précédente et occulte en grande partie ses conséquences, d’autant plus que l’information se concentre exclusivement sur la dernière. Dans le cas qui nous intéresse, effectivement, des enfants affectés de lourds handicaps et affublés parfois de formes inhumaines naissent à l’instant où nous parlons, bien que la science n’ait pas encore démontré - ni compris - les mécanismes qui prouveraient que ces effets tératogènes soient dus à une modification génétique acquise chez les victimes de l’Agent Orange - comme c’est le cas dans l’expérience sur les drosophiles effectuées par deux biologistes états-uniennes. Cependant, les autorités vietnamiennes se posent la question de savoir si l’on doit laisser procréer les victimes de l’Agent Orange.
La similitude des effets de l’Agent Orange avec ceux de l’Uranium Appauvri sur les nouveau-nés est frappante et oblige à un rapprochement. Par expérience, nous connaissons les risques et les séquelles de la radioactivité. D’ailleurs la controverse sur la radioactivité de basse intensité - celle par exemple liée aux particules ingérées ou inhalées dissipées par l’effet pyrophore des ogives d’armes à Uranium Appauvri - n’est pas sans rappeler celle que connut l’Agent Orange face au lobby de la chimie ; pour l’Uranium Appauvri, il s’agit de celui du nucléaire. De la même façon, les seuils admis de dioxine dans l’alimentation ne peuvent en aucun cas être sans effets. Le parallèle entre ces deux poisons existe aussi dans des utilisations civiles : agriculture, gestion des forêts, et élimination des déchets, entre autres, pour la dioxine ; l’énergie et le médical pour la radioactivité.
La conscience d’une catastrophe comme celle de l’Agent Orange sur l’environnement et toute forme de vie qui l’habite ne va pas de soi dans nos sociétés consuméristes, qui laissent croire qu’il existe une solution à tout par le biais du progrès et par la transformation de matières en « biens » de consommation, qui polluent la nature et donc nos organismes, générant ainsi un cercle vicieux sans fin. Conduire une lutte pour la justice et la reconnaissance des victimes, ainsi que leur dédommagement, ne laisse pas de temps et d’énergie pour en mener plusieurs de front, bien que toute victime ait droit à notre compassion et par-dessus tout à notre aide et solidarité. Cependant, à l’image du CIS, on remarque qu’il y a un grand nombre de personnalités qui s’activent inlassablement en faveur des victimes de l’Uranium Appauvri. Oui, la conscience de ceux-là a déjà pour action commune l’information.
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USA, Holmdel, New Jersey, 6 février 2007. Devant les photos représentant les épandages de l’Agent Orange au "Vietnam Veterans Memorial Fund", Don Johansen retrace les événements tels qu’il les a vécus. Vétéran de la guerre, (il avait 22 ans en 1965), il était infirmier et soignait ses camarades de combat mais aussi la population vietnamienne. Il a vu ces épandages et a lui-même été aspergé par l’Agent Orange. En 1980, il a appris qu’il souffrait de diabète, conséquence de la guerre, et a été victime d’une crise cardiaque. Depuis 2000, il reçoit des compensations financières du gouvernement. Atteint psychologiquement, il pense chaque jour à son expérience au Vietnam, et il se rend dans les écoles pour témoigner et raconter aux jeunes générations les horreurs de la guerre.
© 2007, Olivier Papegnies.
Silvia Cattori : Dans votre ouvrage exhaustif « Agent Orange – Apocalypse Viêt Nam », vous faites le point complet sur de nombreux aspects du problème. Quels sont, à vos yeux, les éléments spécifiquement nouveaux que vous apportez ?
André Bouny : L’élément neuf le plus remarquable est certainement le nouveau calcul du volume des agents chimiques que j’établis à partir des données du « Rapport Stellman », étude officielle financée par les États-Unis au début des années 2000 au Viêt Nam. Un rapport qui bouscula à la hausse toutes les estimations communément admises jusque-là. Pour faire simple, je suis parti de données établies par des archives de l’armée américaine - lesquelles sont probablement incomplètes - et je les ai croisées avec d’autres informations, elles aussi issues de ces mêmes archives. Le résultat est tout simplement terrifiant. Jeanne Mager Stellman, scientifique états-unienne qui a établi le rapport qui porte son nom, a lu attentivement mon livre et ne remet à aucun moment en cause le nouveau calcul que je propose sur les volumes d’agents chimiques utilisés au Viêt Nam.
D’autre part, la façon dont je parle de la guerre du Viêt Nam dans cet ouvrage n’est pas celle contée par les manuels d’histoire occidentaux : la perspective est celle des Vietnamiens. En effet, de nombreux éléments trop peu connus, oubliés par amnésie sélective, voire inconnus, jalonnent la toile de fond. Je veux parler de la fausse attaque subie par les navires US dans le golfe du Tonkin qui permit de déclencher la guerre contre le Viêt Nam du Nord communiste et de tromper le Congrès états-unien, ou de la trame des guerres secrètes menées au Laos et au Cambodge dans la plus parfaite illégalité nationale et internationale, ou encore de l’inimaginable tonnage de bombes déversées lors de cette deuxième guerre d’Indochine, du nombre impensable de morts et de blessés, ou de l’embargo qui accrut les dommages de cette longue guerre d’Indépendance sur la population civile, la première victime d’un des derniers conflits postcoloniaux… Ce sont quelques exemples.
Silvia Cattori : J’ai parcouru le Viêt Nam et le Laos dans les années 1970 le cœur brisé. J’ai admiré ces médecins vietnamiens frêles qui opéraient jour et nuit dans la jungle les victimes des bombardiers états-uniens qui déversaient sans discontinuer leurs mortelles cargaisons. Où en sont aujourd’hui les effets de l’Agent Orange sur les humains, la faune et la flore dans ces pays de l’ancienne Indochine où résident des anciens combattants et où a été stocké le produit ?
André Bouny : La situation actuelle au Viêt Nam est tout simplement catastrophique. Il y a quelques jours seulement, la Vice-présidente de l’Assemblée nationale du Viêt Nam annonça que 4 millions de personnes étaient actuellement contaminées.
Cela peut paraître énorme, pourtant ces chiffres sont, en pourcentage, bien en deçà à ceux des vétérans sud-coréens qui ont porté l’affaire en justice, par exemple… Or ils n’ont pourtant pas été exposés d’une façon comparable à celle de la population vietnamienne qui s’y trouve encore ! Anciens combattants et civils confondus sont atteints de maladies incurables et de cancers, dans un pays où l’accès aux soins est difficile, quand il y en a.
Puis il y a les nouveau-nés, ceux qui viennent au monde avec des déformations monstrueuses, des absences partielles ou totales de membres, et/ou des déficiences mentales. Il en est de même au Laos et au Cambodge, pays qui manquent cruellement de moyens pour faire un état des lieux épidémiologique, à l’instar du Viêt Nam. Aux USA, au Canada, en Australie, en Nouvelle-Zélande, en Corée du Sud, comme autour des bases militaires américaines au Philippines où était stocké le poison, vétérans et civils qui furent exposés à l’Agent Orange développent les mêmes maux.
Sur l’environnement, la forêt tropicale disparue ne se régénère pas, et on ne sait pas redémarrer la forêt tropicale quand les sols érodés ont perdu leurs nutriments, générés par la forêt elle-même, lui permettant de croître et d’exister : c’est une situation inextricable et désespérante. Au Viêt Nam, des zones entières sont proscrites aux cultures ou interdites d’accès : ce sont les hots spots. Ces points chauds sont souvent d’anciennes bases militaires états-uniennes étalées sur des surfaces considérables - de véritables villes - où on stockait l’Agent Orange avant de le transvaser dans les avions ou des engins terrestres, et qui étaient largement défoliées alentours pour des raisons évidentes de sécurité, tout comme leurs environs.
En ce qui concerne les USA, le Canada, la Corée du Sud, l’Australie et la Nouvelle-Zélande, le problème touche plus particulièrement les vétérans et, à des degrés divers, les lieux où ont été expérimentés les agents chimiques - ou parfois fabriqués, comme en Nouvelle Zélande - lors d’essais pour leur mise au point. Le combat des vétérans de ces pays, malades et ayant aussi une descendance pareillement atteinte est davantage connu car, comparativement au Viêt Nam, ces pays bénéficient de structures de soins. Mais tout de même, le combat de ces vétérans de pays dits développés fut long et féroce avant d’obtenir la reconnaissance de liens de cause à effet entre l’Agent Orange et leurs afflictions. Et ces combats continuent de nos jours. Pour la plupart des vétérans, la reconnaissance et les dédommagements se font toujours attendre.
Silvia Cattori : Vous décrivez de façon détaillée, avec une grande compassion et beaucoup de tact, le quotidien des victimes et de leur famille. Y a-t-il un espoir pour elles ?
André Bouny : L’espoir exige que trois points soient satisfaits. Avant tout que les médias soutiennent les victimes auprès des opinions publiques sans quoi les points suivants seront inatteignables : que justice soit rendue, ce qui implique un dédommagement conséquent et adapté ; qu’enfin des budgets fassent avancer la science dans les domaines de la décontamination corporelle et environnementale (nous venons d’apprendre que le généticien John Greg Venter venait de prendre le contrôle d’une bactérie). Or, les bactéries fondent l’espoir principal en ce qui concerne la décontamination des sols. Au-delà, le président Barack Obama pourrait, pour des questions de stratégies géopolitiques, adoucir les angles de cette affaire.
Silvia Cattori : Dans la partie Annexes de votre ouvrage, vous recensez tous les films documentaires, les livres et les articles majeurs sur le sujet, en français et en anglais. Pourquoi y en a-t-il si peu ?
André Bouny : Dans la littérature générée par la guerre du Viêt Nam, il arrive que cette arme chimique soit brièvement mentionnée, faisant rarement l’objet d’une page entière. Aux États-Unis existent des publications consacrées à l’Agent Orange, essentiellement en référence aux vétérans nationaux. En 2005, l’Association d’Amitié Franco-Vietnamienne publia en langue française une petite anthologie de 13 auteurs spécialisés. Côté cinéma, s’il existe bien quelques documentaires - souvent d’initiative personnelle - aucun long métrage n’a encore été consacré à ce thème. Le film le plus long sur le sujet -programmé sur une chaîne de télévision française - dure 75 minutes et est consacré aux procédures vietnamiennes en terre états-unienne.
Il y a certainement des raisons objectives, mais aussi irrationnelles, à cela : absence de budget pour une œuvre qui ne projetterait pas l’image d’une Amérique bienfaisante, autocensure visant à préserver un honneur blessé, ou à ne pas affoler ou révolter l’opinion publique devant des images insoutenables d’enfants-monstres. Le crime de l’Agent Orange peut resurgir à l’occasion de l’urgente préoccupation à préserver l’environnement qui n’échappe pas à un effet de mode. D’autre part, l’utilisation des congénères chimiques de l’Agent Orange dans les pesticides utilisés par l’agriculture industrielle mobilise les gens autour d’une alimentation qui fait peur souvent à juste titre, liant ainsi les pesticides aux ressources alimentaires actuelles ; à l’opposé, l’Agent Orange fut utilisé au Viêt Nam, au Laos, et au Cambodge, pour détruire les ressources vivrières d’hier. Refermé, ce cercle relie de façon indissociable Le Monde selon Monsanto, de Marie-Monique Robin ; Solutions locales pour un désordre global, de Coline Serreau ; et Agent Orange – Apocalypse Viêt Nam : un signe des temps.
Silvia Cattori : Il est très courageux de s’atteler à un sujet que les pouvoirs veulent ignorer. Reste à augurer que votre livre qui est déjà recensé sur les nouveaux médias recevra l’accueil qu’il mérite dans la presse traditionnelle.
André Bouny : 2010 est l’année de la biodiversité. Chaque année devrait l’être ! On constate une évolution du public vers une prise de conscience plus large, un intérêt à mieux discerner et connaître les méfaits de nos sociétés industrielles sur nos propres vies. Ce constat implique le public et les médias, les deux ayant partie liée.
Bien que l’Agent Orange ne soit pas, hélas, un sujet du passé puisque les victimes meurent et naissent encore à cet instant, il y a bien sûr un devoir de mémoire et surtout de réparation. Le courage consistera à en parler. J’ai confiance : les médias traditionnels ne peuvent pas rester en marge d’un problème qui concerne des millions de victimes.
À mon avis, Internet et médias traditionnels ne sont pas antagonistes, comme souvent ces derniers le croient, mais complémentaires. Ils n’ont pas à se craindre mutuellement : ils doivent simplement abolir la ligne qui les partage sur certaines informations. Si certains sites bénéficient d’une audience importante, il est aussi un fait que pour qu’une information parvienne au grand public, elle doit être relayée par les grands médias traditionnels ; Internet ne peut pas s’y substituer ; pas encore du moins. J’espère que les sites web seront un relais, un passage vers les médias que vous appelez « alignés » ; je ne suis pas naïf, mais peut-être suis-je trop optimiste ? Les ONG telles que Médecins du Monde, Médecins sans Frontières, Handicap International, le WWF, la Croix Rouge, etc., doivent aussi se rapprocher des victimes de l’Agent Orange qui ont besoin de tous. Chacun doit sortir de son pré carré.
Seule l’opinion publique peut exercer une pression suffisamment forte pour obliger ses élus et responsables politiques à intervenir auprès de leurs homologues de tous les pays, et des États-Unis en particulier. Les victimes sont parmi nous, bien que de nombreuses personnes exposées soient déjà mortes. Les enfants innocents qui naissent aujourd’hui, trois générations après la guerre, sans bras ni jambes, ou sans yeux, voire sans cerveau, ou avec deux têtes (le nombre des malformations n’a pas de limites), ces enfants sont nos semblables au sens le plus laïc du terme. Se taire revient à cautionner le crime. Par ailleurs, quand les criminels demeurent non seulement impunis mais qu’ils prospèrent de leurs crimes, grandes sont les chances qu’ils en commettent d’autres dans le futur. Il est nécessaire de connaître le passé pour empêcher que cela ne se reproduise.
Silvia Cattori : Vous relatez dans votre livre comment l’action intentée aux États-Unis par les victimes vietnamiennes de l’Agent Orange s’est soldée par un déni de justice, à peine rapporté par les grands médias, et vous évoquez les intérêts croisés des grands groupes industriels, des grandes puissances et des pouvoirs médiatiques qui expliquent ce silence scandaleux. Le même silence entoure aujourd’hui les informations réunies par quelques groupes de chercheurs sur les effets des armes à l’Uranium Appauvri, dont les travaux n’ont connu jusqu’ici qu’une diffusion trop restreinte pour mobiliser l’opinion publique. Comment dès lors rester aussi optimiste que vous semblez l’être ? Quels sont, selon vous, les facteurs qui pourraient changer la situation de façon déterminante ?
André Bouny : Bien identifier les freins à la justice est une nécessité pour espérer obtenir gain de cause sur le terrain judiciaire. L’information sur ces obstacles est essentielle, non seulement pour les dénoncer, mais pour obtenir un soutien de l’opinion publique ; car la justice ne peut s’obtenir que si et quand la preuve de l’injustice est bien comprise de tous. Mais nous sommes dans un cercle immoral puisque les intérêts financiers unissent marchands d’armes et pouvoirs médiatiques. À cela s’ajoute l’autocensure, consciente ou inconsciente, fabriquée par une idéologie individualiste qui s’appuie sur le mirage d’un progrès perpétuel et illimité, laissant croire et accepter qu’au fond rien n’est si grave ; et que tout problème trouvera bien un jour sa solution et finira par se résoudre de lui-même. C’est un peu le même mensonge intellectuel que celui qui consiste à croire que les sources d’énergies non-renouvelables sont inépuisables et éternelles.
Pour la touche d’optimisme, je sais qu’il existe des journalistes curieux et humanistes, éclairés et courageux, comme il y en a toujours eu.
On ne peut pas être aux côtés des victimes et ne pas croire à ce qu’on entreprend pour elles, sans quoi il est inutile de commencer la moindre action visant à leur obtenir de meilleures conditions de vie. Bien sûr, la réalité peut anéantir l’espoir. Il arrive même parfois que l’optimisme s’évanouisse, ou plutôt s’éclipse. Mais si ceux qui soutiennent les victimes venaient à afficher un pessimisme résigné, sur qui pourraient-elles compter ?
La situation des victimes de l’Agent Orange - comme les victimes d’autres armes - ne pourra changer que si une information soutenue de manière durable fait prendre conscience de leur existence à l’opinion publique internationale.
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 Silvia Cattori
Journaliste suisse indépendante, de langue maternelle italienne. Les années qu’elle a passées outre-mer, notamment en Asie du Sud-Est et dans l’Océan indien, en contact étroit avec le milieu de la diplomatie et des agences des Nations Unies, lui ont donné une certaine compréhension du monde, de ses mécanismes de pouvoir et de ses injustices. En 2002, elle fut témoin de l’opération « Bouclier de protection », conduite par Tsahal en Cisjordanie. Elle se consacre depuis à attirer l’attention du monde sur le sort subi par le peuple palestinien sous occupation israélienne.
Auteur de Asie du Sud-Est, l’enjeu thaïlandais (éd L’Harmattan, 1979).

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Agent Orange – Apocalypse Viêt Nam par André Bouny, éditions Demi-lune, 2010 (416 pp.). Livre en vente par correspondance via la librairie du Réseau Voltaire.


[1] « Agent Orange – Apocalypse Viêt Nam », Collection Résistances, Éditions Demi-Lune, 2010.
[2] Voir :
- « Mesures de la radioactivité dans des échantillons de sol serbe », par H.W. Gabriel, ingénieur nucléaire, et D. Schalch, physicien, Horizons et débats, No 25, 23 juin 2008.
- « Mesure de la radioactivité d’échantillons de sol provenant de Serbie, 2e partie », par H.W. Gabriel, ingénieur nucléaire, et D. Schalch, physicien, Horizons et débats, No 11/12, 30 mars 2009.
[3] Voir :
- « Les armes américaines de destruction massive et le génocide perpétré froidement contre les Afghans », par Mohammed Daud Miraki, Horizons et débats, No. 40 octobre 2006.
[4] Voir : « A Fallujah, en Iraq, l’uranium appauvri et le phosphore blanc continuent de tuer les enfants », par Joelle Penochet, legrandsoir.info, 17 septembre 2009.
[5] Voir :
- Les diverses études publiées sur le site : http://newweapons.org/
- « Des traces de métaux détectées dans les cheveux d’enfants palestiniens », par newweapons.org, 19.03.10.
- « Gaza Strip, soil has been contaminated due to bombings ; population in danger » par les Professeurs Mario Barbieri, Maurizio Barbieri et Paola Manduca, 17 décembre 2009.
- « Newborn in Gaza with severe defects », Palestine News Network, 28 janvier 2010.
- « Gaza : Un camp de lente extermination ? », par Silvia Cattori, silviacattori.net, 14 octobre 2009.
- « Gaza : Des mères palestiniennes horrifiées par la naissance d’enfants difformes », par Silvia Cattori, silviacattori.net, 30 septembre 2009.
[6] Voir :
- « Enriched and industrial uranium detected in civilians’ urine that were exposed to the dust of Israeli rockets », newweapons.org, 6 mars 2008.
- « Israel Detonated a Radioactive Bunker Buster Bomb in Lebanon », par Flaviano Masella, Angelo Saso, Maurizio Torrealta, Global Research, 11 novembre 2006.

Honduras, un an après le coup d’Etat

Par Renaud Lambert

Il y a un an, le 28 juin 2009, un coup d’état militaire renversait le président du Honduras, M. Manuel Zelaya.
Au-delà des prétextes invoqués, le coup d’état visait à défendre les intérêts de ceux qui l’avaient commandité : l’oligarchie hondurienne et les multinationales présentes dans le pays. Cette élite – dont un rapport du Bureau pour la démocratie, les droits humains et le travail du département d’Etat américain observait, en mars 2007, qu’elle « exerce un contrôle considérable sur l’économie, le système judiciaire et les institutions politiques du pays » – s’estimait menacée par le programme économique de M. Zelaya.
Ce n’était pas la première fois qu’un chef d’Etat hondurien chahutait les dominants en prétendant stimuler le capital « national », développer la consommation interne et accroître le salaire minimum.
En 1993, Carlos Roberto Reina remportait les élections présidentielles, soutenu par une fraction de la bourgeoisie, elle-même menacée par l’ouverture économique du pays, et par les couches populaires, déjà frappées par les politiques néolibérales. Dès la première année de son mandat, Reina rencontra les dirigeants du Fonds monétaire international (FMI) et ceux de l’Agence américaine pour le développement international (USAID) afin de leur présenter l’inflexion de la politique économique du Honduras qu’il envisageait. Menacé, en retour, d’avoir à se passer des crédits que ces institutions lui allouaient, Reina en revint à la feuille de route néolibérale.
Quinze ans plus tard, les choses avaient changé. Délaissé par les Institutions financières internationales, le Honduras obtint le soutien politique de l’Alliance bolivarienne pour les peuples de notre Amérique (ALBA), qu’il rejoint en août 2008, et l’aide économique du Venezuela. M. Zelaya s’était plaint, lors de son arrivée au pouvoir, que le Honduras était si pauvre qu’ « il ne pouvait même pas construire une route sans faire appel à la Banque mondiale ». Dès la signature d’un accord avec Petrocaribe, il bénéficia de financements à taux réduits pour ses investissements en infrastructure qui l’autorisaient à dépenser ses propres deniers dans le cadre de programmes sociaux. Le même accord l’assurait de la livraison de 20 000 barils de pétrole brut par jour à des prix généreux.
Le 3 janvier 2008, un communiqué de l’Association industrielle nationale (ANDI) – qui, malgré son nom, représente les intérêts des firmes étrangères au Honduras – prenait acte de ce changement d’époque : « désormais s’est imposée l’inévitable nécessité de prendre des mesures que nul ne souhaitait, ou de mettre la clef sous la porte. » Les intérêts de l’élite n’étant pas négociables, l’ANDI concluait : « le président Zelaya et ses acolytes des syndicats obligent le patronat à se défendre et, sans le vouloir, ont réveillé le tigre. » Le 28 juin 2009, après une longue période de sommeil, le tigre bondissait.
A cette rupture dans la stratégie des classes dominantes honduriennes, le président américain, M. Barack Obama, promit d’en opposer une autre, dans la politique étrangère américaine. Jusque-là, celle-ci se caractérisait par sa complaisance vis-à-vis des putschistes latino-américains, comme lors du coup d’état qui renversa le président vénézuélien, M. Hugo Chávez, pendant quelques heures, en avril 2002.
Au contraire, dès le 29 juin, M. Obama condamna les putschistes : « Je pense qu’il s’agirait d’un précédent terrible si nous commencions à revenir en arrière, à une époque où les transitions politiques s’effectuaient par le biais de coups d’état, plutôt qu’au travers d’élections démocratiques. » Mais l’attitude ultérieure de Washington ne fut pas à la hauteur des déclarations du nouveau président.
Le Département d’Etat refusa de qualifier l’opération de « coup d’état militaire », un terme qui aurait « contraint l’administration à mettre un terme à ses programmes d’aide au Honduras », observe Alex Main, du Centre pour la recherche économique et politique (CEPR). L’administration américaine se contenta de suspendre le versement d’une fraction réduite de l’aide qu’elle allouait au pays (pour un montant de 31 millions de dollars). Mme Hillary Clinton, proche du lobbyiste Lanny Davis – qui se mit rapidement au service des putschistes honduriens –, en annonça la reprise le 4 mars 2010. Le même jour, elle invitait l’Organisation des Etats américains (OEA) à reconnaître le gouvernement de M. Porfirio Lobo, vainqueur, le 29 novembre 2009, d’un scrutin illégitime (puisque organisé par un gouvernement illégitime), et en fonctions depuis le 27 janvier 2010. Elle le félicitait par ailleurs d’avoir « restauré la démocratie » au Honduras.
Situation invraisemblable il y a encore une vingtaine d’années, le gouvernement de facto, soutenu par les Etats-Unis, n’a toujours pas été reconnu par l’OEA. Il est régulièrement mis en cause par les pays de l’ALBA. L’Union des nations sud-américaines (UNASUR) menaça de boycotter le sommet Amérique latine, Caraïbes et Union Européenne de Madrid, en mai 2010, si M. Lobo y participait.
La crise hondurienne constitue sans doute l’un des épisodes du conflit larvé qui oppose le Venezuela aux Etats-Unis. Mais, si le Honduras pourrait se passer de la reconnaissance diplomatique du Venezuela, celle du Brésil lui fait cruellement défaut.
Il y a quelques années, Brasília avait enteriné les préférences américaines lors du renversement du président haïtien Jean-Bertrand Aristide, en 2004.
Cette fois-ci, le président brésilien, M. Luis Inacio « Lula » da Silva a estimé qu’il était en mesure de tenir tête aux Etats-Unis. Selon le journaliste uruguayen Raúl Zibechi, l’année qui vient de s’écouler a révélé une menace plus préoccupante pour Washington que le socialisme du XXIème siècle de M. Chávez : l’émergence du mastodonte économique brésilien et sa prétention à défendre ses intérêts.
Pour l’heure, la population hondurienne poursuit sa lutte malgré la répression policière et militaire. Torture, disparitions, couvre-feux, fermeture de médias sont (re)devenus monnaie courante au Honduras. Les rassemblements de plus de quatre personnes ont été interdits. Le Comité des familles de détenus et de disparus au Honduras (COFADEH) a recensé 43 assassinats politiques.

Afghanistan : ave Petraeus !

par Philippe Leymarie

Vingt minutes : c’est le temps qu’il aura fallu au président Barack Obama pour limoger le général Stanley McChrystal, commandant en chef des troupes américaines et de l’OTAN en Afghanistan. Et pour remplacer l’élève par le maître : le général David Petraeus, qui était déjà patron du Commandement pour le Moyen-Orient (Centcom), c’est-à-dire de l’ensemble des troupes américaines dans le Golfe, en Irak et en Afghanistan. « On se moque de savoir qui commande, a fait aussitôt savoir Yousouf Ahmadi, un des porte-paroles réguliers du commandement taliban : nous combattrons les envahisseurs jusqu’à leur départ. »
Ancien chef des opérations spéciales de l’US Army, McChrystal – qui remplaçait le général David McKiernan, remercié par le président américain en juin 2009 – avait :
- remis la population au cœur de la stratégie de l’OTAN ;
- mis un frein aux frappes aériennes (génératrices de « bavures » et autres « dommages colatéraux ») ;
- demandé aux GI’s de sortir des casernements (et donc de prendre des risques avec leur propre sécurité) ;
- convaincu l’exécutif américain d’envoyer 30 000 hommes en renfort (au prix d’une périlleuse annonce de début de retrait à partir de l’été 2011) ;
- banni l’alcool sur les bases de l’OTAN ;
- fait fermer des postes dans les secteurs les plus reculés, pour concentrer davantage de forces au sein des zones peuplées ;
- et poursuivi la politique "d’afghanisation" (armée et police).
La « grande offensive » lancée en février dernier dans la région rurale de Marjah, dans le Helmand (sud), un des bastions talibans, n’avait pas convaincu. Le général en préparait une autre, plus importante, sur Kandahar, mais qui - de son propre aveu - avait pris du retard. Les chefs militaires de l’OTAN avaient prévenu que les premiers signes positifs du changement de stratégie ne pourraient être constatés avant la fin 2010, au plus tôt.
Le général, à défaut de rencontrer l’assentiment des populations, semblait au moins avoir gagné la confiance du président afghan, M. Hamid Karzaï, ainsi que celle d’une majorité de diplomates et chefs militaires étrangers : « Avant McChrystal, c’était une basse-cour, remplie de poulets courant dans tous les sens, commente un diplomate cité par l’AFP. Aujourd’hui, tout le monde marche dans la même direction ». [1]
Le limogeage du général tient à ses propos imprudents et cavaliers (dits « d’après-boire » !) recueillis par le périodique Rolling Stones, qui ne témoigneraient pas de « l’unité dans l’effort » exigée par la situation… et par le président américain. Mais McChrystal est aussi victime de la dégradation du contexte sécuritaire de ces dernières semaines : dès avant le 23 juin, on savait que ce mois serait le plus meurtrier pour les forces internationales (79 morts). A trois reprises, ce mois-ci, une dizaine de soldats de l’OTAN sont morts durant une même journée. Depuis le début de l’année, la coalition a essuyé plus de 300 pertes, ce qui laisse augurer d’une année plus difficile que 2009, considérée comme « l’année terrible » (520 morts).

Armée de Babel

Petraeus est l’homme du « surge » (le sursaut, le retournement de situation, la montée en puissance), la politique finalement endossée par le président Obama :
- ce général - un des plus décorés de l’armée américaine - avait réussi à retourner partiellement la situation en Irak, à partir de 2007, en saisissant l’opportunité de s’appuyer sur le ralliement des chefs de tribus sunnites (la branche ethno-religieuse à la quelle se rattachait le régime de Saddam Hussein, ainsi que la majorité de la population de la région de Bagdad).
- Il est aussi le chef militaire qui, dès 2006, avait fait de son manuel de contre-insurrection un outil politico-militaire, porteur d’une alternative. Depuis – a relevé le colonel Michel Goya, de l’IRSEM, lors des Assises de la recherche stratégique, à Paris, le 24 juin dernier –, les experts en contre-insurrection débattent de cette question des tribus, et de leur place dans une stratégie de reconquête « du cœur et des esprits ».
Petraeus se retrouve à la tête d’un contingent militaire étranger en Afghanistan désormais plus important que celui d’ Irak, mais qui – au fil des renforts décidés par le président Obama – est de plus en plus américain : la Force internationale d’assistance à la sécurité (FIAS) qui regroupe les contingents de l’OTAN – une armée de Babel, quasi ingouvernable en raison de l’hétérogénéité des règles d’engagement (extrêmement restrictives pour le Japon, très limitatives pour les troupes allemandes, etc.) – sera désormais très minoritaire, et de plus en plus cantonnée aux tâches de formation, entraînement, conseil de l’armée et de la police afghanes.

Exagérément négative

Officiellement, il n’est pas question de changer la stratégie dite « globale » qui a été adoptée par les Alliés au sommet de l’OTAN à Bucarest en 2008, et confirmée au sommet de Strasbourg-Kehl en 2009. Le secrétaire américain à la défense, Robert Gates, relevait à la mi-juin « des progrès », et soulignait que la nouvelle stratégie américaine n’était en œuvre que depuis quatre mois, l’ensemble des renforts annoncés n’étant pas encore à pied d’œuvre. Il jugeait alors « tragique mais inévitable » que de nouvelles victimes soient à déplorer parmi les soldats américains, alors que les troupes avancent vers des zones tenues par les talibans : « C’est dur et nous subissons des pertes significatives comme nous l’anticipions », a déclaré quelques jours plus tard Robert Gates, pour qui « la situation est dépeinte d’une manière exagérément négative ». [2]
Le secrétaire à la défense a rappelé que « l’armée afghane devrait être prête à assumer des responsabilités de base en matière de sécurité dans certaines régions d’Afghanistan d’ici un an, à compter de juillet 2011 ». Le général Petraeus, entendu par une commission du Sénat à la mi-juin, avait assorti le début de retrait des militaires américains d’une série de conditions : il sera en première ligne pour les valider sur le terrain ...
La nomination du « sauveur de l’Irak » est sans doute une des dernières cartouches dont dispose le président Obama, afin de « finir le travail » – pour reprendre une expression souvent utilisée dans le milieu militaire. Mais cette valse des grands chefs [3] , intervenant quelques mois après une autre, fait tout de même désordre, dans le contexte dramatique du moment. Elle souligne également, par défaut, combien les Européens et autres alliés au sein de l’OTAN sont à la remorque des Américains, dans ce conflit où ces derniers décident de tout.
Pendant ce temps, une enquête effectuée par cette même commission du Congrès américain a établi qu’en sous-traitant à des entreprises privées la protection des convois américains d’armes et de ravitaillement en Afghanistan, le Pentagone finançerait indirectement les chefs de guerre et peut-être même les talibans !

Notes

[1] Cf. Karim Talbi, Afp, Kaboul, 24 juin 2010.
[2] Cf. AFP, Washington, 20 juin 2010.
[3] Elle se double de changements importants dans la direction afghane, avec la mise à l’écart récemment du ministre de l’intérieur et du chef des renseignements.

Les robots sapiens & la singularité technologique

par Maxdel26 (son site) 

Je suis tombé par hasard ce matin sur un documentaire très intéressant sur la robotisation des animaux. Le terme peut paraître étrange mais les faits sont tout à fait réels et très étonnant.Je vais vous faire un petit récapitulatif de ce que l’avenir et les scientifiques nous promettent.
L’histoire
Tout commence dans les années 1950 avec José Delgado un neuro-physiologiste espagnol. Delgado a longtemps étudié les épilepsies et souhaité trouver un moyen d’arrêter ces crises. Il commença alors à travailler sur la création et l’implantation d’électrodes dans certaines parties du cerveau : ce qui porte aujourd’hui le nom d’électrostimulation du cerveau (ESB). Sa première expérience fut réalisée dans une arène de corrida à Cordoue (1963). Il avait alors fait implanter des électrodes dans le cerveau d’un taureau. Une télécommande était utilisée pour envoyer des impulsions électriques dans le noyau caudé de l’animal. Placé dans une arène le taureau chargea l’assistant du professeur, qui appuya sur le bouton de sa télécommande. L’animal s’arrêta net, et devint alors craintif.
Cette expérience fut très critiquée par une grande majorité de scientifiques. En effet, s’il est possible d’agir à distance sur le comportement d’un animal, il est évident que le faire sur un humain ne doit pas être plus compliqué. On retombe alors dans la traditionnelle confrontation entre Ethique et Science.
Je vous encourage à regarder cette vidéo d’une durée de 7 minutes sur les expériences du professeur Delgado, et notamment celle du taureau.

On doit d’ailleurs au professeur Delgado ces propos tenus devant le Congrès américain en 1974.
Nous avons besoin d’un programme de psychochirurgie pour le contrôle politique de notre société. Le but est le contrôle physique de l’esprit. Chacun qui dévie de la norme donnée peut être chirurgicalement mutilé.
L’individu peut penser que la réalité la plus importante est sa propre existence, mais c’est seulement son point de vue personnel. Même si cette attitude libérale est très séduisante, ceci manque de perspective historique. L’homme n’a pas le droit de développer sa propre façon de penser. Nous devons contrôler le cerveau électriquement. Un jour, les armées et les généraux seront contrôlés par stimulation électrique du cerveau.
Bref, on en parle peu souvent mais la manipulation mentale est, faut-il s’en étonner, le rêve de beaucoup de gouvernements.
On peut rappeler le Projet MK-Ultra de la CIA qui se déroula des années 1950 à 1970. Son but était la manipulation des esprits à travers l’injection de substances psychotropes. Elle fit d’autant plus de bruit que les expériences n’étaient en général pas testées sur des personnes consentantes. En effet, plus de 30 universités ont « ouvert leurs portes » à la CIA qui pu expérimenter leurs tests sur « toutes les catégories sociales, hautes et basses, américains et étrangers » sans que les cobayes, les premiers concernés, en soient au courant. (si le sujet vous intéresse, voici le lien sur Wikipedia)
Pour l’anecdote sur le contrôle mental, il est amusant de rappeler les actions de la DARBA (financée par l’armée américaine) qui a tenté pendant plusieurs années de créer une « bombe gay » dont il est inutile de vous décrire les conséquences sur les armées.
Toutefois la manipulation mentale électronique s’avère beaucoup plus efficace.
On passe maintenant aux aspects médicaux de ces évolutions.
Vous comprenez bien que si, dans l’expérience de Delgado, le taureau s’arrête net, c’est qu’on a agi sur une partie de son cerveau responsable de ses mouvements.
Les progrès technologiques de ses dernières années ont permis aux chercheurs d’étudier le cerveau de très près. Même s’ils ne saisissent pas encore toute la complexité de cet organe, on peut désormais savoir quelle est la partie du cerveau qui est impliquée dans un mouvement précis. Cela a permis, par exemple, de « créer » les premiers cyborgs. Bon je vous vois déjà partis dans les représentations du genre Terminator et compagnie. Non.
Un cyborg est simplement un être humain qui a reçu des greffes de parties mécaniques.
Claudia Mithchell – Un exemple de cyborg :
Vous imaginez alors les progrès scientifiques désormais réalisables et la vie de milliers d’handicapés qui pourront enfin retrouver la mobilité et l’usage d’un membre perdu.
Pour la petite anecdote le premier cyborg se nommait Johnny Ray. Au cours d’une soirée le malheureux se fit poignarder : il restera paralysé jusqu’à la fin de sa vie. C’est le professeur Philip Kennedy qui lui demanda alors de participer à l’expérience. Johnny accepta, on lui implanta une électrode dans le cerveau. Le professeur lui demanda alors de contrôler le curseur de l’ordinateur auquel il était relié : il y parvint du premier coup, sans aucun entraînement.
Mais l’expérience la plus troublante fut celle réalisée sur un singe, par un professeur américain dont j’ai oublié le nom. Le singe s’était fait implanter une puce visant à contrôler un bras mécanique. Il est évident que le singe n’allait pas du premier coup se mettre à penser à ce que la pince bouge, quel intérêt aurait-il à faire ça. Alors les scientifiques lui donnèrent une manette qu’il actionnait pour faire bouger le bras mécanique : le but du jeu était de déplacer un curseur sur une cible. Au fil des jours le primate s’améliora au jeu, jusqu’à ce qu’il lâcha complètement les manettes pour contrôler le bras par ses pensées.
Plus tard, d’autres expériences montrèrent que les primates étaient capables d’actionner par la pensée et sans aucun entraînement, un bras mécanique afin de se nourrir.

La singularité technologique

Ce concept a été mis au point par Vernor Vinge, un chercheur américain et auteur de science-fiction qui pense que l’évolution technologique est telle, qu’elle finira un beau jour par dépasser ses créateurs. Selon lui l’Intelligence Artificielle finira par surpasser l’intelligence humaine. Les robots créés par l’homme pourront alors s’auto-améliorer et créer eux-mêmes des machines encore plus puissantes.
J’explique : Selon Gordon Moore (un des créateurs d’Intel) la puissance de calculs des ordinateurs évoluerait à un rythme exponentiel. En effet, la loi qu’il a créée (et qui porte son nom) estime que les performances des microprocesseurs doublent tous les deux ans : ce qui est vrai.
Toutefois il faut la nuancer car aujourd’hui, la plupart des scientifiques s’accordent à dire que cette loi est vouée à l’échec à moyen terme. En effet, s’il est possible de réduire la taille des composants à des valeurs totalement incroyables (le transistor MOSFET a bien été réduit à 18 nanomètres, soit 70 atomes alignés) il n’est évidemment pas possible de les réduire à l’infini.
La loi se prend alors « The Wall » (Le mur – en anglais). Elle se retrouve elle même confrontée à d’autres lois :
  • celle de Rock  : qui considère que le coût d’une unité de fabrication de semi-conducteur double tous les 4 ans. Ainsi il faut compter plus de 7 milliards de dollars aujourd’hui pour créer une usine de création de composants se rapprochant de plus en plus des limites physiques.
  • celle de Wirth  : les softwares et les hardwares évoluent de façon contraire. Les hardwares (composants informatiques) se développent en puissance, alors que les softwares (logiciels informatiques) deviennent eux de plus en plus lourds. Ainsi l’utilisateur quelconque n’aura pas l’impression que son ordinateur est plus puissant s’il doit ramer lors de l’exécution d’un logiciel.
Mais le développement informatique est bien là et ses évolutions sont incroyables : un ordinateur de nos jours est plus d’un milliard de fois plus puissant qu’un ordinateur des années 1985. Certains scientifiques estiment que les ordinateurs des prochaines années connaîtront la même évolution.
Alors on voit venir les premiers contestataires qui essayent de faire prendre conscience aux publics des dangers d’un phénomène.
On peut alors rappeler l’action de Theodore Kaczynski, un mathématicien américain plus connu sous le nom de Unabomber qui tua 3 personnes et en blessa 29 à travers des envoies de colis piégés.
Ses idées étaient les suivantes :
  1. Le progrès technologique nous conduit à un désastre inéluctable.
  2. Seul l’effondrement de la civilisation moderne peut empêcher le désastre.
  3. La gauche politique est la première ligne de défense de la Société technologique contre la révolution.
  4. Ce qu’il faut, c’est un nouveau mouvement révolutionnaire, voué à l’éradication de la société technologique, et qui prendra des mesures pour tenir à l’écart tous les gauchistes et consorts.
L’homme est aujourd’hui en prison, où il purge la peine maximale après avoir fait l’objet de la chasse à l’homme la plus couteuse de l’histoire du FBI.
Si l’idée d’un soulèvement des machines peut paraître totalement folle, il faudra de plus en plus s’habituer à vivre avec, car tout développement entraîne sa contrepartie d’opposition.
La singularité technologique (la prise de pouvoir des machines) n’aura lieu, si on en croit les scientifiques qui la soutienne, qu’en 2030, ce qui nous laisse encore un peu de temps pour profiter de nos libertés civiques.
Pour finir, qu’on soit pour ou contre cette théorie, il est bon de rappeler que tous le monde s’accorde pour dire que dans un futur proche nous serons probablement tous équipés de machines nous permettant d’augmenter nos capacités, qu’elles soient physiques ou intellectuelles.
Il est alors nécessaire de se souvenir de cette phrase de Rabelais qui déjà au 16ème siècle rappelait la nécessité de la sagesse en science :
Science sans conscience n’est que ruine de l’âme
François Rabelais
.
Consultez mon blog :


Sources :

20 juin 2010

Eurosatory, la grande braderie

par Philippe Leymarie

L’armement terrestre et aéroterrestre ne connaît pas la crise. Ou pas trop – pour le moment – si l’on en juge par le nombre record d’exposants (1300) au salon Eurosatory, qui se tient à Paris-Villepinte du 14 au 18 juin. Le nouvel hélicoptère de combat EC645 d’Eurocopter doit y être dévoilé, de même que des nouveaux drones tactiques… Thalès, appuyé par Nexter et Safran, doit être désigné (de préférence à EADS) comme architecte de « Scorpion », le vaste plan de modernisation de l’armée de terre française (qui consommerait 20 milliards d’Euros sur vingt ans)… La présence israélienne à ce salon (58 exposants) est toujours aussi fournie, même si le déplacement à Paris du ministre de la Défense Ehud Barak a été annulé au dernier moment.
Dans le classement des exposants, la France – pays-hôte – figure naturellement en tête (400), devant les Américains (123), les Allemands (118), les Britanniques (88) et donc les Israéliens (58). Au total, plus de cinquante pays sont représentés, y compris la Chine qui dispose d’un pavillon national, tout comme le Brésil et l’Afrique du Sud, ainsi que des pays d’Europe de l’Est, traditionnellement très actifs dans l’armement terrestre (Russie, Ukraine, Bulgarie, Roumanie).
Mais sont présents également des Australiens, des Bosniaques, un groupe saoudien qui produit des blindés, une demi-douzaine d’exposants des Emirats arabes unis – le plus grand importateur d’armes (et d’avions civils) sur ces cinq dernières années… Une cinquantaine de milliers de professionnels sont attendus à Villepinte, transformé l’espace de quelques jours en un vaste centre d’affaires pour la discussion et parfois la signature de contrats d’armement.
En dépit de la crise, les dépenses militaires mondiales – toutes spécialités – ont atteint un nouveau record pour 2009, selon le rapport de l’Institut de recherche pour la Paix de Stockholm (SIPRI) publié le 2 juin dernier : 1531 milliards de dollars ont été consacrés au secteur militaire (+ 6 % par rapport à 2008, et + 49 % par rapport à l’année 2000), avec comme champions les Etats-Unis (661 milliards), la Chine populaire (une centaine de milliards), la France (63,9), etc. Les dépenses militaires ont été en hausse en 2009 dans les deux tiers des pays recensés par le SIPRI, la zone Asie-Océanie ayant été la plus active (+ 8,9 %).

Stocks dangereux

Déjà, en mars 2010, l’institut suédois s’était ému de la constitution de stocks d’armes – avions, navires, missiles, etc – jugés « dangereux », notamment dans certaines zones de l’ex-tiers-monde. Il a calculé que le total des transactions sur l’armement a atteint 116 milliards de dollars de 2005 à 2009 (contre 96 milliards sur les cinq ans précédents), donc une augmentation de 22 %. Avec toujours les mêmes grands vendeurs : Etats-Unis (35 milliards, + 17 %), Allemagne (12 milliards, + 100 %), France (9,2 milliards, + 30 %), à l’exception d’un recul sévère du Royaume-Uni (5milliards, - 11 %).
Et du côté des acheteurs, des surenchères régionales ruineuses : la Grèce, sous prétexte de tenir tête à la Turquie, s’équipe au rythme d’un milliard de dollars par an ; la Malaisie a multiplié par huit ses achats, et Singapour est devenu le septième importateur du monde, derrière la Chine, l’Inde, la Corée du Sud, les Emirats arabes unis, la Grèce et Israël. L’Algérie s’est hissée à la 9ème place mondiale, après avoir consacré 3,4 milliards à des achats d’équipements militaires. Sur des volumes plus modestes, le Qatar, la Syrie, Oman enregistrent des progressions plus fortes.
La France, qui a signé 7,95 milliards d’euros de commandes en 2009 pour des équipements de défense à l’export – grâce notamment au contrat sur la vente de sous-marins de type « Scorpene » au Brésil –, espère atteindre les 10 à 12 milliards de commandes en 2010, à condition qu’un au moins des contrats envisagés sur la vente de chasseurs Rafale aboutisse, de même que le projet de vente des Bâtiments de projection et de commandement (BPC) à la Russie. « Nous renouons avec les chiffres des années 2000 malgré la crise », s’était félicité en février dernier Laurent Collet-Billon, le délégué général de l’armement, qui espérait pouvoir devenir le troisième exportateur mondial du genre, derrière les USA, le Royaume-Uni, mais devant la Russie, la Chine ou Israël.

La « war room » de l’Elysée

Mais, en dépit de la mise en place d’une soit-disant « war room » à l’Elysée, pour booster les grands contrats d’armement ou assimilés (comme le nucléaire), et éviter les déconvenues (comme le choix des Marocains en 2007 en faveur du chasseur F16 américain au détriment du Rafale), on a assisté à une suite d’échecs ou de reports retentissants : les réacteurs EPR rejetés par la Corée du Sud ; les atermoiements de la Libye, de la Grèce, de l’Inde et du Brésil à propos du Rafale ; les complexités politiques de l’éventuel accord qui serait passé avec la Russie sur la vente des BPC… tout cela malgré des déclarations arrogantes, des signatures enthousiastes, etc.
Dans l’armement terrestre – la spécialité d’Eurosatory – les Français sont cependant optimistes, après plusieurs années de vaches maigres : croissance de 20 % du chiffre d’affaires en 2009 (5,26 milliards d’euros) par rapport à 2008 ; 2 milliards à l’export ; une forte progression dans les hélicoptères et les véhicules blindés. Le groupement des industries de défense terrestre (GICAT) – qui organise Eurosatory – s’inquiète cependant des conditions d’exécution de la Loi de programmation militaire (LPM) « dans un contexte de restriction budgétaire ».
Il a sans doute raison de s’inquiéter. Ce lundi, dans son discours inaugural du salon Eurosatory, le ministre français de la défense, Hervé Morin, a déclaré : « Nous devons encourager les industriels à nouer des partenariats, des regroupements, des coentreprises et il nous faut réfléchir aux complémentarités européennes, la contraction considérable des budgets nous impose d’être déterminés et d’avancer dans ce sens.
Nous devons, pour chaque pays européen, définir quelles sont les compétences et les technologies que nous voulons conserver au niveau national, celles sur lesquelles nous sommes prêts à nous mettre en commun, et enfin celles sur lesquelles nous sommes prêts à nous mettre en situation d’interdépendance. »

Nouvel Angolagate ?

L’ONG Oxfam considère que, pour atteindre ses taux de croissance actuels, « la France brade ses engagements européens sur le contrôle du commerce des armes », continuant d’exporter en direction de pays comme le Tchad, la Colombie ou Israël, notoirement impliqués dans de graves violations des droits humains ou dans des crimes de guerre.
Car, si les ventes augmentent, le contrôle effectif, lui, ne progresse pas. Oxfam estime que, « sans régulation, le commerce des armes n’est rien d’autre qu’un business de la mort ». Le régime d’attribution des autorisations d’exporter du matériel de guerre a été plutôt allégé ces dernières années. L’association considère qu’en l’absence d’une loi sur le contrôle des intermédiaires, passée au Sénat en 2007 mais jamais présentée à l’Assemblée nationale, un « nouvel Angolagate est toujours possible » en France.


Tell a Friend

Quand Monsanto vient au secours d’Haïti

par Benjamin Fernandez

Jeudi 4 juin, entre 8 000 et 12 000 paysans haïtiens, soutenus par une vingtaine d’organisations locales et internationales, manifestaient dans la commune de Hinche, au centre de l’île, pour exprimer leur désaccord avec la politique d’« aide » au secteur agricole du gouvernement. En particulier sa décision d’accepter les semences offertes par le géant de l’industrie agronomique Monsanto. La transnationale vient de promettre un don de 475 tonnes de semences, avec leur arsenal de pesticides et d’engrais. Un premier arrivage a déjà été distribué dans des centres pilotes et vendus « à prix réduit » aux paysans. L’opération s’inscrit dans le cadre du projet Winner (Initiative bassins versants pour les ressources naturelles et environnementales) qui épaule près de 10 000 agriculteurs pour la reprise de leur activité. Lancé en 2009, le projet est supervisé par l’Agence américaine pour le développement international (USAID).
On ne présente plus Monsanto, qui fabriquait l’agent orange utilisé pendant la guerre du Vietnam ainsi que des produits à base de dioxine avant de se convertir aux biotechnologies agricoles. Bien représentée au sein de l’administration américaine (1), l’entreprise se trouve mise en cause dans plusieurs affaires liées à la contamination de l’environnement par des produits polluants, dont ses herbicides (2). Elle est par ailleurs dénoncée pour avoir contribué à ruiner des dizaines de milliers de paysans dans les pays les plus pauvres, comme l’Inde, où le surendettement des semeurs de coton a entraîné des vagues massives de suicide. De son côté, le directeur des opérations en Haïti du projet Winner n’est autre que M. Jean-Robert Estimé, qui fut ministre des affaires étrangères du « président à vie », M. Jean-Claude Duvalier.
M. Jean-Yves Urfié, père spiritain engagé depuis quarante ans auprès des paysans haïtiens, a, le premier, alerté quant à la nature de « l’aide généreuse », de Monsanto, craignant qu’il ne s’agisse d’organismes génétiquement modifiés (OGM). Le ministre de l’agriculture, M. Joanas Gué, s’en est immédiatement défendu, assurant avoir pris « toutes les précautions avant d’accepter l’offre de la multinationale Monsanto » (3).
On sait désormais que les semences offertes se composent de semences de maïs dites « hybrides », non transgéniques. La productivité attendue de ces graines nécessite une utilisation d’herbicides et d’engrais bien supérieure à celle nécessaire pour les semences traditionnelles ou autochtones. De plus, seule la première génération de ces semences est fertile. Si l’habitude est prise de les utiliser (à la place des semences tirées des récoltes précédentes), il faudra alors acheter semences, engrais et herbicides auprès de Monsanto.
On peut comprendre comment une semence « super productive » pourrait être la bienvenue dans un pays qui manque de nourriture. Toutefois, M. Jean-Pierre Ricot, économiste à la Plateforme haïtienne de plaidoyer pour un développement alternatif (PAPDA), estime qu’il s’agit de l’introduction d’une logique de marché qui ne correspond pas à la culture paysanne d’Haïti : « Les paysans haïtiens ont traditionnellement la capacité de produire et de reproduire leur propre semence, organique et locale, à destination de leur famille et du marché de proximité. Monsanto veut intégrer les agriculteurs sur un marché qu’ils ne contrôlent pas en matière de qualité de semence et de prix [et] faire du paysan haïtien un assisté plutôt qu’un producteur. (4)  »
Quelles que soient les motivations de la transnationale, le choix d’un tel partenariat soulève des interrogations quant à l’orientation de la politique d’aide et à l’avenir de l’agriculture haïtienne. La survie de la population paysanne, près de 70 % du total, dépend de ce secteur-clé déjà malmené par « l’aide américaine »… et que la reconstruction aurait pu aider à « remettre sur pied ».
Dès 1981, sous l’administration Reagan, l’USAID fait pression sur le gouvernement haïtien pour substituer des produits d’exportation (cacao, coton, huiles essentielles) aux cultures vivrières. L’opération sera facilitée par l’octroi d’une aide alimentaire américaine équivalente à 11 millions de dollars. En 1995, un accord passé entre l’ancien président, M. Jean-Bertrand Aristide, et le président américain William Clinton pour lever les barrières douanières, a autorisé le « dumping » des produits agricoles américains (subventionnés) sur le marché local.
Autosuffisante dans les années 1980, la production nationale haïtienne alimentaire satisfaisait moins de 40 % de la demande alimentaire locale à la veille du séisme. Le reste provenait des importations et de l’aide internationale (5). Une situation qui n’a fait qu’aggraver les conséquences de la catastrophe. Le nombre de personnes vivant en situation d’insécurité alimentaire sévère est passé de 500 000 avant le séisme à plus de 2 millions aujourd’hui. Le nombre de familles disposant de stocks de nourriture a chuté de 44 à 17 % et les prix des denrées alimentaires ont bondi de 25 % en moyenne.
La crise alimentaire sans précédant dont témoignèrent les émeutes de la faim en 2008, avait acculé les grands acteurs de l’aide internationale à reconnaître leur « erreur » et recommander de placer l’agriculture au centre des politiques de développement (6). Ainsi M. Clinton, aujourd’hui envoyé spécial pour Haïti à l’ONU, a-t-il présenté ses excuses au peuple haïtien pour les dommages causés par son administration (7). Plusieurs spécialistes, et même certains membres du Congrès américain, ont proposé que les Etats-Unis achètent les productions locales pour les distribuer aux populations plutôt que d’envoyer leurs propres produits agricoles. En vain. Dans l’état actuel, Haïti demeure l’un des tout premiers clients du riz américain.
Comme s’en est inquiété le président Haïtien M. René Préval lors de sa rencontre avec son homologue américain le 10 mars dernier : « si on continue à envoyer de la nourriture et de l’eau de l’étranger, cela va concurrencer la production nationale d’Haïti et le commerce haïtien ». Selon M. Gérald Maturin, ancien ministre de l’agriculture aujourd’hui à la tête de la Coordination régionale des organisations du Sud-Est (CROSE), la reconstruction dépend « de l’inclusion de la paysannerie dans l’économie nationale et dans la vie de la nation » (8). Celle-ci réclame aujourd’hui de ne plus être ignorée dans la définition de l’aide et la mise en place des projets de reconstruction.
Dans le contexte d’urgence alimentaire, et à l’approche de la saison cyclonique, l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) promet l’envoi de 345 000 tonnes de semences d’ici la fin de l’année. Le cahier des charges de l’institution prévoit l’achat de semences locales ainsi que l’appui technique aux paysans. Alors que le principal acteur public de l’aide d’urgence affiche une stratégie d’ampleur cohérente avec les besoins agricoles et alimentaires de la population haïtienne, pourquoi faire appel à Monsanto pour la fourniture de 0,13 % du total des semences dont Haïti a besoin cette année ?
La décision d’introduire des semences hybrides, stériles, se justifie-t-elle entièrement par l’urgence alimentaire ? N’ouvre-t-elle pas la voie à la conquête progressive du marché haïtien des semences pour une transnationale en quête de nouveaux marchés ? Au final, cette goutte d’eau qui pourrait passer inaperçue – et qui vient à point nommé pour redorer le blason d’une société critiquée et aux résultats décevants (9) – ne menace-t-elle pas de se transformer en déluge d’ici quelques années ?
Benjamin Fernandez
(1) Les cooptations entre la firme et l’administration publique américaine sont nombreuses. Citons l’ancienne dirigeante de Monsanto, Linda Fischer, qui a été nommée directrice adjointe de l’agence de protection de l’environnement (EPA) en 2003, ou Michael R. Taylor, vice président pour les politiques publiques à Monsanto, qui a été propulsé au lendemain du séisme en Haïti commissaire député à la Food and Drug Administration (FDA).
(2) La multinationale a été condamnée pour pollution des sols, des nappes phréatiques et du sang des populations avec les polychlorobiphényles (PCB) aux Etats-Unis et au Royaume-Uni (Pays de Galles), et pour publicité mensongère quant à la nature soi-disant biodégradable de son désherbant Roundup aux Etats-Unis et en France (condamnée à New York en 1996 et à Lyon en 2008).
(3) « Pas de semences OGM en Haiti, selon le ministre de l’agriculture », Alterpresse, 1er mai 2010.
(4) « Le futur agricole d’Haïti selon l’américain Monsanto », Rue89, 28 mai 2010.
(5) « Aide alimentaire et production nationale : nécessité d’une adéquation », Agropresse, 1er mars 2010. http://www.agropressehaiti.org/public/voir_article.php ?id=55
(6) « L’agriculture au service du développement », Rapport 2008 sur le développement dans le monde, publié en octobre 2007.
(7) Discours du 10 mars 2010 devant la Commission des affaires étrangères du Sénat américain.
(8) RFI, 12 mai 2010. Ministre de l’agriculture en 1997, pendant le premier mandat de M. Préval, M. Maturin tenta une réforme agraire en faveur de la paysannerie, effritée par des alternances dans le gouvernement.
(9) Les bénéfices de la firme au premier trimestre 2010 ont accusé une perte de 19 millions de dollars par rapport à la même période l’an passé, marquant un recul de 19% en un an (AFP, 7 avril 2010).


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Traité de Lisbonne, article 123 : le coup d’état de la finance

par Zevengeur (son site)

Comme chacun sait, la Grèce est actuellement en première ligne des pays attaqués par la finance sur son point faible : la dette souveraine.
Cette situation est cependant valable pour la plupart des pays occidentaux endettés, y compris la France, la seule différence étant que les plus vulnérables subissent en premiers les coups de boutoir de ladite finance. Les suivants sur la liste commencent d’ailleurs également à être touchés (Portugal, Espagne) à travers les agences de notation.

Cet article va évoquer une question fondamentale que personne ou presque ne se pose, à savoir pourquoi les états en sont arrivés à se financer sur le marché privé.
Cette question en apparence anodine est en fait lourde de conséquences sur les finances publiques et surtout pour les contribuables que nous sommes tous.
C’est bien la finance qui coule la Grèce : démonstration
La dette d’un état
Comme tous les pays en déficit, la Grèce doit lever régulièrement sur le marché mondial des fonds pour financer son déficit.
A ce niveau, on doit bien distinguer le déficit annuel de l’état (du à un niveau de dépenses supérieur aux recettes) de la dette qui est grosso modo le cumul du solde des déficits annuels passés.
Qu’un prêt corresponde à une création monétaire ou pas reste une question philosophique, dans tous les cas un prêt correspond à une avance de fonds devant être remboursée à l’aide d’argent qui sera en principe obtenu dans le futur, il y a donc un risque associé lors de l’émission d’un prêt.
Toute dette comprend 2 parties :
  • cumul des déficits antérieurs ou capital
  • charge de la dette ou intérêts financiers
La situation de la Grèce
En 2009, la situation de la Grèce est la suivante :

- dette = environ 100% du PNB

- déficit = 13% du PNB incluant les intérêts annuels de la dette.

En 2010, la dette sera donc au moins égale à 113% du PNB, les intérêts de cette dette si les taux restaient à 3% devraient donc passer à 113*3% = 3.39%.
Directement de votre poche dans celle des banquiers
Cette partie des dépenses de l’état ne correspond à aucun investissement collectif, ces intérêts prélevés sur les impôts directs ou indirects des citoyens correspondent donc à une partie du fruit de leur travail qui va directement dans la poche des banquiers sans aucun service en échange.
Une question que peu de gens se posent est de savoir s’il est normal que les banquiers privés s’enrichissent sur le dos des états.
Réponse : cette question est éludée car les médias nous parlent sans cesse des taux d’intérêts « du marché » et de leurs variations comme si cela représentait une vérité universelle, le battage médiatico/politique nous a habitué à cet état de fait depuis une trentaine d’années.

Endettement court terme
Le plus grave problème de la Grèce est que cette dernière est endettée à partir de prêts courts termes de l’ordre de 2 ans, cela revient à dire que la majeure partie de sa dette [100% du PIB] doit être renouvelée sur les marchés financiers grosso modo tous les 2 ans.
Et si jamais les taux d’intérêts consentis varient, alors le déficit vient mécaniquement augmenter également.
Un taux qui passe de 3 à 7% associé à un renouvellement des emprunts obligataires sur 2 ans environ vient mécaniquement augmenter les dépenses de l’état de +4% de la dette au bout de ces 2 ans.
Cela augmente très vite et devient donc également très rapidement insupportable.
La finance a lancé une guerre aux états
Comme vu dans l’article "La spéculation attaque notre (R)UE" les spéculateurs attaquent la Grèce à l’aide du marché opaque des CDS dits à "nue position", c’est-à-dire achetés par des gens qui n’ont pas prêté un euro à la Grèce.
C’est le principe du "Je prends une assurance incendie sur la maison de mon voisin".
La finance joue avec les taux d’intérêts
Puisque le nombre de CDS pris sur la Grèce augmente fortement, les agences de notation en déduisent que "le marché" croit de plus en plus à un défaut de paiement de la Grèce et baissent leur note.
Du coup les taux d’intérêts consentis à la Grèce explosent, ils sont de l’ordre de 6/7% pour les taux courts termes contre 3/3.5% pour les pays en dont la note est AAA. Le temps que je termine cet article, ils pourraient facilement dépasser les 10% ou bien plus si rien n’est fait pour enrayer cette spéculation.
Les taux d’intérêts sont donc une redoutable arme de destruction massive.
Un cercle vicieux
La séquence de guerre lancée par la finance sur la Grèce est donc :
  1. Achats massifs de CDS « nus » sur la Grèce
  2. Prise en considération de ces achats par les acteurs économiques en particulier les agences de notation
  3. Les agences baissent leurs notes de confiance sur l’état attaqué
  4. Conséquence : les taux d’intérêts augmentent pour compenser le risque de défaut de paiement
  5. L’augmentation des taux enfonce encore plus la Grèce dans le marasme
  6. Retour à 1.
Une Europe elle-même au bord du gouffre va-t-elle pouvoir stopper la finance avec son plan d’aide à la Grèce de 80 Milliards auxquels s’ajoutent les 30 Milliards du FMI ? Car derrière la Grèce, il faudra bientôt sauver le Portugal, l’Espagne, L’Italie, etc…
Revenons maintenant sur la question posée précédemment.
L’article 123 du traité de Lisbonne
L’article 123 du Traité de Lisbonne stipule que : « 1. Il est interdit à la Banque centrale européenne et aux banques centrales des États membres, ci-après dénommées « banques centrales nationales », d’accorder des découverts ou tout autre type de crédit aux institutions, organes ou organismes de l’Union, aux administrations centrales, aux autorités régionales ou locales, aux autres autorités publiques, aux autres organismes ou entreprises publics des États membres ; l’acquisition directe, auprès d’eux, par la Banque centrale européenne ou les banques centrales nationales des instruments de leur dette est également interdite »
En clair les états signataires s’interdisent de se financer directement à taux zéro auprès de leur banque centrale ou de la BCE. Ils sont obligés de s’adresser aux banques privées qui leur proposent les taux qu’elles décident tout en se finançant actuellement elles mêmes à un taux quasi nul auprès de la BCE.
Cette situation est identique pour tous les pays du monde occidental et dure en France depuis 1973.
Il s’agit d’un véritable coup d’état.
Un coup d’état financier et politique en 4 actes
1ier acte : La France privatise la création monétaire
En 1973, le ministre des finances Valery Giscard D’Estaing (sous la Présidence de Pompidou, ancien directeur général de la banque Rothschild) modifie les statuts de la Banque de France à travers la loi 73-7 pour lui interdire de faire des avance ou des prêts à l’Etat.
2ième acte : On Européanise cette règle
En 1992, l’article 104 du traité de Maastricht interdit à la BCE et aux Banques Centrales Nationales de consentir des avances ou des prêts aux États ou aux Collectivités Publiques.
Cette loi s’étend donc à toute l’Europe.
3ième acte : La règle passe dans la proposition de constitution Européenne
L’article 123 du traité de Lisbonne reprend mot pour mot le libellé de l’article 104 de traité de Maastricht.
4ième acte : Sarkozy bafoue 200 ans de démocratie Française
Le traité de Lisbonne a été adopté en France par Mr Sarkozy le 04 février 2008 alors que le référendum sur la constitution européenne avait été rejeté en 2005 par 53% des Français.
Et la France dans tout ça ?
Avant la loi de 1973, comme le montre le schéma ci-dessous la dette n’existait pas en France :

 Du 1er janvier 1976 au 31 décembre 2006, la dette de la France s’élève à 1142,7 milliards d’euros après les remboursements déjà effectués. Mais cette dette entraîne des intérêts composés qui la font augmenter à chaque seconde.
Les intérêts totaux de la dette du 1er janvier 1976 au 31 décembre 2006 s’élèvent à la somme de 1142,2 milliards !
Dit autrement, l’Etat doit pour la période du 1er janvier 1976 au 31 décembre 2006, 0,5 milliard au titre du capital et 1142, 2 milliards au titre des intérêts cumulés de la dette. Ces intérêts dus continuent à générer des intérêts.
C’est-à-dire que 99,95 % de la dette sont constitués uniquement des intérêts cumulés de 1976 à 2006 et que la France a été incapable de rembourser malgré le taux élevé des impôts durant toute cette longue période (30 ans).
Si la France avait pu continuer à se financer à taux 0 à la Banque de France ou à la BCE, la dette serait…quasi nulle !

A la lumière de ce qui précède, on prend conscience que la finance a opéré un véritable coup d’état en substituant avec la complicité de dirigeants politiques le droit régalien des états de frapper leur propre monnaie.
Cela ne s’est d’ailleurs pas fait en un jour, mais c’est une autre histoire.
La gestion des finances publiques
Pour être complets, notons que la gestion des finances publiques Françaises a toujours été plus ou moins désastreuse.
Emprunts à taux zéros ou pas, le budget de l’état a pratiquement toujours été en déficit. Avant 1973 certains disaient qu’emprunter à taux zéro revenait à faire tourner la planche à billets.
Il est exact que cela générait de l’inflation qui réduisait la confiance dans la monnaie.
Cependant entre la situation inflationniste précédente et celle d’aujourd’hui, quelle est la plus catastrophique ?
La finance est devenue le cancer de notre société
Comme le cancer,
la finance créée à l’origine pour irriguer le corps économique fonctionne maintenant quasiment exclusivement pour son propre compte.
Comme le cancer,
les mécanismes de régulations ont été supprimés grâce au libéralisme.
Comme le cancer,
la finance épuise les ressources de la société pour se développer.
Comme le cancer,
le seul objectif de la finance est de croitre sans limite.
Comme le cancer,
la maladie s’est généralisée à travers la mondialisation (métastases).
Comme le cancer,
la finance est en train de tuer l’organisme qu’elle parasite.
Comme le cancer,
lorsque la finance aura tué le système, elle sera emportée avec lui en enfer !
Peut-on encore s’en sortir ?
La solution pour commencer à se sortir de cette situation serait de rendre à la Banque de France le droit de faire des avances ou des prêts sans intérêts à l’Etat et aux collectivités publiques.
Bien sûr cela impliquerait la sortie de la constitution Européenne et donc induirait un aveu d’erreur de la part de celui qui nous y a fait entrer d’une manière que l’on ne peut qualifier autrement que de totalitaire.
Sachant que le temps joue contre nous et que depuis 2 ans l’immobilisme et la discorde règnent en Europe, je vous laisse conclure par vous même.
Pour finir, regardez ce petit compteur : http://www.nirgal.com/wakeup/dette

Liens
http://www.societal.org/docs/dette-publique.htm
http://www.voltairenet.org/article154208.html
http://www.consultations-europeennes-des-citoyens.eu/fr/proposal/2581
http://www.dazibaoueb.fr/article.php?art=7791
http://www.chevenement.fr/Quelques-liens-autour-du-traite-de-Lisbonne,-abusivement-dit-simplifie_a453.html
http://www.letransmuteur.net/creation-monetaire-l-article-123-du-traite-de-lisbonne/
http://forums.france3.fr/ce-soir-ou-jamais/Participez-aux-debats/economique-crise-sujet_1441_1.htm
http://www.pauljorion.com/blog/?p=10797#more-10797
http://www.pauljorion.com/blog/?p=10822


 



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