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10 septembre 2010

La face cachée du pétrole


En 1967, le pétrole dépasse définitivement le charbon et s’impose comme première source d’énergie à travers le monde. Mais dès 1924, grâce à l’essor de l’automobile, l’Amérique consomme déjà plus de pétrole qu’il n’en faudra à l’Europe dans les années 60. En 1924, 18 millions de véhicules circulent à travers le monde, dont 16 millions aux Etats-Unis. Pendant la première guerre mondiale, un quart de tout le pétrole consommé par les Forces Alliées pendant la durée du conflit est fourni par une seule et unique compagnie : la Standard Oil of New Jersey (future EXXON), propriété de John D. Rockefeller.

En 1917, au plus fort de la guerre, la production annuelle de pétrole atteint 400 millions de barils. Elle est aujourd’hui, en 2010, de 30 milliards de barils par an. Pendant des décennies, l’Occident en était venu à considérer que le pétrole et l’eau bon marché étaient des phénomènes aussi naturels l’un que l’autre. En 1900, le baril vaut 1,20$; trente ans plus tard, lors du Krach de Wall Street puis des économies occidentales, il se situe à 1,19$. Au milieu des années 30, il est à 1,10$ et lors de l’entrée en guerre des Etats-Unis, en 1941, à 1,14$. Victoire Alliée, lancement du plan Marshall, création des Etats-Unis, guerre froide :1,20$. Création de l’OPEP en 1960 : 1,80$. Jusqu’en 1971, le prix ne variera pas. L’Occident finance sa croissance et sa prospérité sur une matière première qu’il ne songera jamais à rémunérer à son plus juste prix.
Aujourd’hui, plus de 100 000 produits sont des dérivés du pétrole, notamment : vêtements, engrais, médicaments, cosmétiques, insecticides, instruments chirurgicaux, puces et ordinateurs…

Le monde consomme 85 millions de barils par jour, soit l’équivalent annuel de 30 milliards de barils. Et ce, dans un contexte sans précédent où l’explosion de la demande mondiale, tirée par la consommation chinoise, mais aussi indienne, coïncide avec un déclin de plus en plus rapide des réserves prouvées (c’est-à-dire vérifiées). Pour 5 barils consommés chaque jour, un seul nouveau baril est découvert et cette situation devient de plus en plus critique. Le chef économiste de l’Agence Internationale de l’Energie, regroupant les principaux pays industrialisés consommateurs, jusqu’ici rassurant, se montre désormais très inquiet.

Pour répondre dans les dix, quinze ans à venir aux besoins mondiaux, il faudrait produire quotidiennement 40 millions de barils supplémentaires, soit l’équivalent de la production de quatre nouvelles Arabies Saoudites, le principal producteur mondial. Ce qui est évidemment totalement impossible.



Eric Laurent: "La guerre du pétrole va gagner en intensité"

 SITE OFFICIEL : Eric Laurent
Dans une remarquable enquête basée sur son livre La face cachée du pétrole*, le journaliste et écrivain Éric Laurent démonte une histoire tissée de manipulations et de désinformation. Entretien avec un artisan du scoop.

Comment avez-vous fait pour révéler des secrets si bien gardés ?

Éric Laurent : J'ai commencé à travailler sur ce sujet en 1973, au moment du premier choc pétrolier. Je me suis mis à approcher le cœur du pouvoir pétrolier, à connaître certains de ses hommes-clés, à pressentir aussi combien la marche du monde en dépendait. Cela relève d'un artisanat journalistique de plus en plus méprisé : chercher les informations à la source et les recouper. Parce que ce qui entoure le pétrole est complexe et opaque, la presse se contente des communiqués officiels, presque toujours mensongers. Il n'existe aucune source indépendante de statistiques : elles proviennent des compagnies et des pays producteurs, qui ont tout intérêt à les manipuler. C'est ainsi que les réserves mondiales sont surestimées de 300 milliards de barils depuis 1986, date à laquelle, pour augmenter leurs quotas de production, les pays arabes de l'Opep ont gonflé les chiffres.

D'autres exemples ?

Dès 1928, les sept grandes compagnies pétrolières occidentales se sont partagées le monde, dans un secret qui n'a filtré que dans les années 1950. Le choc pétrolier de 1973, qu'on présente comme une réaction des pays arabes producteurs, est en réalité le fait de ces mêmes compagnies, qui voulaient dégager de gros bénéfices afin d'investir dans la prospection. Et c'est par le pétrole que Reagan a fait tomber l'URSS, comme on le découvre dans le film.

Il s'achève sur un futur lourd de menaces…

Le XXIe siècle a vu s'ouvrir une nouvelle phase, avec l'intervention en Irak de 2003, coup d'envoi d'une guerre du pétrole qui va gagner en intensité : les réserves mondiales s'épuisent et les compagnies en détiennent à peine 7 %. Les forces sont redistribuées. D'une part parce que la Chine entend s'assurer une hégémonie absolue sur les matières premières, et qu'elle en a les moyens. D'autre part, parce que quatre pays producteurs détiennent les clés de l'avenir, et aucun n'est l'ami de l'Occident : l'Iran, l'Arabie Saoudite, le Venezuela et la Russie. Or, pour répondre à la demande mondiale, il faudrait découvrir l'équivalent de quatre Arabie Saoudite ! On risque de voir se multiplier les catastrophes écologiques comme celle du Golfe du Mexique, car on recherche le pétrole à des conditions toujours plus risquées.

Propos recueillis par Irène Berelowitch

* Éditions Plon, 2006

« Bavures » de Kunduz, le tourment allemand

lundi 6 septembre 2010, par Philippe Leymarie
On s’en souvient comme de la « bavure de Kunduz » : le 4 septembre 2009, à la demande du commandement du contingent de la Bundeswehr au nord-est de l’Afghanistan – le troisième, derrière Américains et Britanniques – une frappe aérienne de l’OTAN avait fait cent quarante deux morts, dont au moins une quarantaine de civils. Supposé viser des chefs talibans, ce bombardement avait détruit – a la suite d’une erreur d’appréciation – un convoi de camions-citernes au milieu de la population.
A la mi-août, près d’un an après, l’armée allemande a versé 324 000 euros à 95 familles touchées par ce raid : chacune a touché 3 770 euros, au titre d’une « aide humanitaire », indique le ministère allemand de la défense. L’argent, « qui n’est pas une indemnisation au sens juridique », précise Berlin, est versé de manière « non bureaucratique », par le biais d’une banque afghane, sur des comptes « personnalisés », afin d’être « sûr qu’il ne tombe pas entre de mauvaises mains ».
La « bavure » avait soulevé un tollé en Afghanistan mais aussi en Allemagne, entraînant la démission du ministre de la Défense Franz Josef Jung, du chef d’état-major, le général Wolfgang Schneiderhan, et du secrétaire d’Etat à la Défense Peter Wichert, ainsi que la création d’une commission d’enquête parlementaire. Et surtout une perte de confiance dans les promesses du gouvernement allemand aux députés du Bundestag.

Pacifisme officiel

En principe, les soldats de la Bundeswehr, affectés en majorité dès la création de l’ISAF à une zone considérée comme « sûre », au nord du pays, devaient s’investir essentiellement dans des tâches de développement, et limiter leurs actions armées à une réplique en cas d’attaque, pour assurer leur propre sécurité. Une posture conforme, en théorie, au « pacifisme » qui est la ligne officielle en Allemagne, depuis la reconstruction d’une armée suite à la défaite du Reich.
La Bundeswehr avait été critiquée l’an dernier par le commandant en chef de l’Isaf, le général Stanley McChrystal, pour son manque de présence au front. Berlin participe désormais à des combats dans sa zone de déploiement du nord du pays, mais n’a reconnu clairement être « en guerre » en Afghanistan que depuis quelques mois, à la suite d’une nouvelle série d’incidents graves.

Expansion de l’insurrection

Ainsi, rendus nerveux le 2 avril dernier par la mort de trois de ses soldats, lors d’une attaque des talibans, des hommes de la Bundeswehr avaient tué par erreur six soldats afghans près de Kunduz – une nouvelle « bavure ». L’armée allemande avait perdu quatre hommes à nouveau à la mi-avril. En juillet dernier, des insurgés ont attaqué le bataillon allemand d’instruction et de protection (ASB) déployé à Kunduz, mais sans faire de victimes.
Dans cette même ville, relativement calme jusqu’à la fin 2008, les talibans ont attaqué fin août un poste de police et tué huit agents afghans. Un attentat-suicide, samedi dernier, y a tué 4 policiers et 3 civils. La situation de Kunduz, selon une dépêche AFP [1], est « symptomatique de l’expansion de l’insurrection des talibans dans la quasi-totalité du pays, alors qu’elle se concentrait essentiellement dans le sud et l’est dans les premières années du conflit ».

Opérations ciblées

Les documents internes de l’OTAN sur son intervention en Afghanistan, révélés fin juillet par le site Wikileaks, ont fait rebondir la polémique en Allemagne : ils indiquent que la Bundeswehr participe aux « opérations ciblées » (liste de personnes à éliminer) initiées par le commandement américain.
La rentrée parlementaire à Berlin, la semaine prochaine, devrait être l’occasion pour les députés d’opposition de dénoncer une pratique que le député social-démocrate Hans-Peter Bartels considère comme « sur le principe problématique, sans succès et contre-productive ». Avant ces révélations, plus des deux tiers de la population – selon plusieurs sondages – exigeaient déjà un désengagement rapide et total de la Bundeswehr d’Afghanistan.
L’armée allemande s’apprête d’ailleurs à subir les plus profonds bouleversements de ses cinquante-cinq ans d’existence. Karl-Theodor zu Guttenberg, le ministre de la Défense, veut non seulement suspendre le service militaire obligatoire, mais aussi réduire d’un tiers les effectifs de l’armée, et supprimer ou réduire une série de programmes d’équipement.

Notes

[1] 26 août 2010.

Toutes les télés du monde : Viêtnam


Si vous zappez sur la télévision vietnamienne, vous tomberez immanquablement sur des émissions historiques, mais aussi sur une chaîne pour les jeunes faite par les jeunes (VTV6), sur les émissions de Tahn Bach (véritable star nationale, à la fois animateur et comique), sur une chaîne dédiée à la santé qui aborde toutes les questions liées à la sexualité...
(France, 2010, 26mn)
ARTE F